A testimony: « When comrade Stalin sends us to the battle… » (from a Russian song)

Traduction française: «Un témoignage: COMMENT JE SUIS ARRIVEE À STALINE»

(« Staline n’est pas parti dans le passé, il s’est dissout dans l’avenir »)

Si quelqu’un m’avait dit il y a 15, ou même 10 ans plus tôt qu’il y aurait un jour au mur de ma chambre le portrait de Yossif Vissarionovitch Staline, j’aurais sinon ri face à cette personne, au moins,je ne l’aurais pas crue. Mais aujourd’hui, ce portrait est en effet suspendu au mur de ma chambre.

Ce petit exemple démontre bien la profonde transformation qui s’est opérée en si peu de temps dans l’esprit des gens de ma génération, et même des plus jeunes, dans leur attitude concernant le rôle et la place de Staline dans l’histoire de notre pays et dans l’histoire du mouvement révolutionnaire mondial.  Je peux dire que le chemin que j’ai parcouru n’est pas une exception. Même la presse bourgeoise panique aujourd’hui: « Les citoyens russes évaluent de plus en plus positivement le rôle de Staline. » Et on avoue même dans les statistiques officielles, pro-bourgeoises, que 45% de la population juge positivement le rôle de Staline dans notre histoire. Dès que le Président Medvédev ait annoncé la nécessité d’une campagne de « déstalinisation », ce pourcentage a immédiatement augmenté de 6 points. Le projet « Le nom de la Russie » de la chaîne de télévision « Russie », réalisé en 2008, avait décidé de choisir des personnages illustres, liés à l’histoire de la Russie, par vote des usagers d’Internet (des téléspectateurs et de la radiodiffusion). Ce projet était l’analogue aux émissions anglaise « Les 100 Britanniques les plus célèbres » et ukrainienne « Ukrainiens célèbres ». Malgré les efforts énormes des auteurs du projet et du gouvernement, Staline est arrivé dans les trois noms de tête. Très longtemps Staline était en tête, avant qu’ils arrivent à le détrôner par une  « ressource administrative », introduisant dans la liste des premiers le prince Alexandre Nevsky, bien plus inoffensif pour le régime bourgeois. Il est évident que ce ne sont pas les vieux retraités qui ont inondé Internet par leur sympathie pour le « régime totalitaire », ou tout simplement pour cette époque où ils avaient été jeunes. On ne peut pas imaginer les vétérans ne sortant pas du réseau et utilisant sans répit Internet. Par conséquent, on est forcé de croire que le choix avait été fait par la génération des jeunes et de l’âge moyen.

Il est assez significatif que le pouvoir actuel russe craigne Staline, 60 ans après sa mort! La « déstalinisation » entamée par nos actuels gouvernants – comme une condition très importante, de discréditer le socialisme, leurs efforts de repousser les idées socialistes qui deviennent de plus plus en plus populaires, malheureusement ne fonctionne plus aussi bien que dans les années 1980.

C’est la réalité même qui nous a obligés à réévaluer l’importance du rôle de Staline mieux que tous livres, films et autres moyens de propagande. Comparant les résultats de son activité au poste de dirigeant avec les résultats catastrophiques des « activités » qu’ont cumulés tous les dirigeants des vingt dernières années, il est pratiquement impossible ne pas arriver à une position positive envers Staline.

Dans notre enfance et notre jeunesse, la grande majorité des gens de ma génération ne pensait tout simplement pas à Staline. Pour nous, il était au plus une grande figure historique, faisant une partie inséparable de notre histoire, autant que, par exemple, Pierre Premier, mais nous ne nous posions pas de question sur le rôle que Staline avait joué dans l’édification du socialisme dans notre pays, sur la création de notre société telle qu’elle avait été dès notre enfance. Peu à peu, sans crier gare, déjà à l’époque de Brejnev, on avait essayé de nous imposer l’idée – que l’on essaie d’imposer aujourd’hui – que le peuple « tout seul » avait construit le socialisme et avait gagné la Grande guerre patriotique. Bien sûr, les victoires et les succès ont été réalisés par le peuple, mais ce peuple avait des dirigeants bien précis. Et diminuer leur rôle n’a pas de sens.

A l’époque de Brejnev, Staline paraissait sur les écrans de télé exclusivement dans le contexte de la Grande guerre patriotique – aussi bien dans des films de long métrage, que dans des documentaires. Un grand respect était montré pour son rôle durant cette période de notre histoire, mais on taisait son action d’avant et d’après la guerre, comme si, à la différence du temps de la guerre, pendant ces périodes notre peuple n’avait pas de dirigeant concret – on parlant « du parti et du gouvernement ». Une telle demi-présentation de Staline remplissait aussi nos manuels d’histoire. D’une part, on s’éloignait des excès de Khrouchtchov, mais de l’autre, dans le paragraphe de la mort de Staline, il restait les notions de « culte de la personnalité » et des « répressions ». Dans l’ensemble, le rôle de Staline dans l’édification du socialisme en URSS était jugé positivement à l’époque de Brejnev, mais on préférait en parler le moins possible. Le « culte de la personnalité », ainsi que les « répressions » étaient considérés comme des « frais de l’époque », dus aux traits personnels du caractère de Staline (comme du temps de Khrouchtchov), sans aucune analyse des événements de ces années-là. Et nous qui vivions à l’époque de Brejnev, croyions à tout cela, car il nous était impossible d’imaginer que le peuple pouvait aimer véritablement et sincèrement, et respecter son Guide. Nos chefs et notre Bureau Politique ne provoquaient pas de tels sentiments, hors de ricanements, quand on nous obligeait de les aimer, comme Léonide Brejnev lui-même (envers lequel j’éprouve aujourd’hui un grand respect, même si c’est sans adoration). Ceci influençait notre position envers Staline. Le « culte de la personnalité » nous paraissait comme humiliant pour l’homme moderne et pensant, parce que, se fondant sur notre expérience de l’époque brejnévienne, il nous semblait que c’était une obligation, et non pas un amour véritable de tout un peuple. Mais l’ancienne génération savait de quoi ils parlaient. Cette génération n’avait pas encore cédé au « lavage du cerveau », tout simplement elle trouvait que Staline était un dirigeant d’une autre échelle et d’un autre type que les khrouchtchéviens et les brejnéviens. J’ai commencé à comprendre cela seulement après mes voyages en RPDC, où j’étais heureuse de voir dans la réalité un tel sentiment unanime du peuple envers leur dirigeant.

…………….

Mais à l’époque bréjnévienne, l’accusation envers Staline comme « tyran » ne sortait pas des milieux intellectuels (surtout dans la capitale). De tels propos ne se prononçaient pas à haute voix, et si c’était le cas, ce n’était que dans des œuvres littéraires, à peine dit. Et ce n’était pas autant à cause de la censure, mais surtout que le peuple ne pouvait pas admettre des œuvres où de tels propos auraient été divulgués.

…………….

Parmi les chauffeurs de longue route, il était devenu une habitude de mettre dans leur cabine le portrait de Staline… On sentait que les portraits faits de façon semi-légale (achetés au marché noir ou bien reproduits assez cher chez les photographes, car ces portraits n’étaient pas en vente dans les magasins) étaient une sorte d’appel aux dirigeants. C’était une sorte de contestation contre la corruption qui commençait à gagner du terrain dans ces années-là, contre le recul des normes socialistes, contre l’éloignement de la nomenclature du Parti du peuple.

…………….

Après l’époque de Khrouchtchov que ma génération n’a pas connue, l’intérêt pour la personnalité de Staline avait été rallumé pour la première fois dans la deuxième moitié des années 1980, quand nous avions 20 ans. A l’époque de la « pérestroïka ». A l’Institut où je faisais mes études d’Archives historiques à Moscou, on a répandu des bruits qu’il y aurait une conférence, promettant « une nouvelle parole dans les sciences historiques », fondée sur des « sources interdites auparavant ». Des types racontaient que ce serait une conférence vraiment « historique »… Et, il y a eu beaucoup de monde, jusqu’aux escaliers et aux fenêtres… Et en quoi consistait cette conférence? En accusations hystériques et paroles, vides de contenu, contre Staline, de tous ses pêchés et de nos malheurs dans le passé, ainsi qu’à présent.. Étant donné le sentiment qu’on avait déjà que quelque chose nous avait été caché, nous avons cru un certain temps qu’effectivement on avait devant nous « la nouvelle parole dans les sciences historiques ».

La position négative envers Staline était conservée surtout dans les milieux petits-bourgeois. Ils avaient transmis à leurs descendants des récits de « répressions ». Leurs enfants et petits-enfants, qui avaient reçu du socialisme nettement plus qu’ils n’avaient perdu, ne se posaient pas la question de savoir si leurs aïeuls avaient été coupables ou pas, s’ils avaient porté préjudice au socialisme par leurs actes ou pas.

……….

Un long moment, la restauration du capitalisme dans notre pays allait sous les slogans de « retour au sources léninistes », de rétablissement d’un soi-disant « socialisme juste » qui n’avait jamais existé.. Il fallait persuader les gens que le socialisme chez nous n’est pas « tel qu’il faut », et la faute en incombait personnellement à Staline, et à personne d’autre. Pour cela il fallait séparer Staline de Lénine, le mettre en opposition avec Lénine (puisque l’autorité de Lénine était toujours indéniablement élevée). La réalisation de cette entreprise était facilitée par le fait que personne entre nous ne connaissait les œuvres théoriques de Staline et nos connaissances de sa personnalité n’étaient pas profondes. Mais la destruction de l’autorité de Staline, comme nous l’avons compris plus tard, a mené à destruction de l’autorité du dirigeant du prolétariat mondial.

J’ai commencé à ne pas être gênée du mot « staliniste » seulement depuis quelques années, devenue consciente que le stalinisme, c’est notre socialisme soviétique, dans nos conditions concrètes de cette époque. On n’a pas raison de craindre la renaissance du stalinisme, mais la négation de Staline logiquement mène à la négation de tout l’héritage soviétique, de tout ce qui avait été bon, extraordinaire et exceptionnel, qui n’aurait certainement pas été réalisé sans le travail prodigieux de Staline et de ses collaborateurs. C’est la raison pour laquelle Staline est l’objet d’attaques virulentes des capitalistes de tous les pays et de tous les peuples, et non pas pour des raisons d’« humanisme ».

Pourquoi les gens viennent comme moi vers Staline, seulement aujourd’hui? Parce qu’ils voient les inégalités criantes actuelles, les souffrances de millions de gens et l’impunité d’une poignée qui les dépouillent, et se posent la question: « Est-ce que cela aurait été possible sous Staline? »

C’est justement par cette pensée que j’ai commencé à prendre connaissance avec les œuvres de Staline et la lecture de livres qui le concernent. Et j’ai découvert ce que je n’ai pas connu dans mes manuels scolaires qui nous imprégnaient de dédain et de mépris envers Staline. Je ne suis certainement pas seule dans ce processus. La popularité de Staline croît de jour en jour dans le peuple. Ses portraits apparaissent dans les transports publics, des graffitis faits par les jeunes, des monuments nouveaux sont érigés par collecte de fonds volontaire par les gens. On lui dédie de nouvelles poésies et même des contes fantastiques.

A l’époque, les gens ne pensaient pas que de faux communistes écrivaient des odes pour Lénine, que c’étaient des simples arrivistes. C’est grâce à Gorbatchev qu’ils ont eu l’opportunité de montrer leur vrai visage. J’en ai connu – un de mes élèves – qui se nourrissait de ses écrits pour Lénine, et qui, à la fin de la contre-révolution s’est transformé en voyant, prestigitateur et mage. Ce « léniniste ardent » s’est brusquement découvert « personnellement offensé par Staline ». En voyant des gens comme ceux-là, on comprend que leurs aïeuls ont parfaitement mérité leurs jugements.

Mais l’antistalinisme de la « pérestroïka » a aussi empoisonné ma conscience un certain temps. J’avais de la gêne dans mes relations avec ceux qui approuvaient Staline sans appel. Et je me disais: un bon type, mais il est staliniste… La propagande antistalinienne m’empêchait de me tourner vers les œuvres de Staline et juger par moi-même, et non pas par ce qui se disait. Corriger cette situation m’a été permise par mes contacts personnels avec le Parti du Travail de Belgique, et comme je l’ai dit plus haut, mes voyages en République Démocratique de Corée.

Quand je regarde autour de moi la réalité en Russie et je vois comment les capitalistes se précipitent à voler le peuple, je me dis: regardez comment sont les ennemis – forts, insolents, perfides, prêts à faire couler du sang pour conserver le « statu quo » capitaliste. Et vous pensez qu’ils vont se rendre sans bataille, pour restituer ce qu’ils volé? Si l’ennemi ne se rend pas, il faut l’anéantir!

Si on ne le détruit pas, il anéantira la révolution. C’est ce qui est arrivé dans notre pays à la fin des années 1980, quand on s’est mis à fermer les yeux « humainement » sur beaucoup d’affaires illicites des chefs de parti sans contrôle. C’est, à quoi il faut réfléchir: comment assurer le mécanisme de travail sans cesse effectif du contrôle populaire dans la future révolution.

Staline n’a pas besoin d’être un homme d’État parfait, il n’a pas besoin de monuments et de poésies. Et nous n’avons pas besoin de le justifier. Aujourd’hui, c’est la réalité qui le justifie.

Ceux qui ont l’esprit sain en viendront à Staline. Parce qu’ils ont commencé à distinguer où étaient le mouvement socialiste et la création, et où s’est trouvé l’avènement de la souffrance capitaliste.

Nous découvrons pour nous Staline, car en voyant de quelle panique sont pris en son encontre ceux qui possèdent le pouvoir, nous comprenons que c’est exactement ce qu’il nous faut.

 

[1] http://polit.ru/news/2011/04/26/stalin/ («Russian citizens are more and more positive about Stalin»)

[2] http://russian-bazaar.com/ru/content/12981.htm

(«Authentic, real choice of the people, without administrative pressure or propaganda – this is who he is, Stalin-Vysotsky-Lenin»)

[3] Ibid

[4] Statistics can be found in the «White book» by S. Kara-Murza and many other open sources, including the Internet.

[5] http://www.rusproject.org/node/679

[6] For M. Shatrov’s biography, see http://ru.wikipedia.org/wiki/Шатров,_Михаил_Филиппович

[7] http://shapiro-tulin.ru/

[8] http://www.rusproject.org/node/679


Irina Malenko, traductrice et auteure – malenko@btinternet.com

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