PROJET DE PROGRAMME DU PARTI OUVRIER SOCIAL-DÉMOCRATE DE RUSSIE

Reconstruction communiste Canada a choisi de rediffuser le programme du Parti ouvrier social-démocrate de Russie tel qu’élaboré par Lénine en 1903 en raison, bien sûr de sa pertinence, mais également dans le but d’engager un débat sur les politiques que devraient adopter un éventuel parti communiste pour susciter l’adhésion et l’unité du prolétariat et des masses autour du projet communiste

[A]

I. La production marchande se développe de plus en plus vite en Russie, et le mode capitaliste de production y ac­quiert une position de plus en plus dominante;

II. Le perfectionnement continu de la technique conduit toujours plus à l’élimination de la petite production par la grande. La partie la plus importante des moyens de produc­tion (terre et fabriques, outils et machines, chemins de fer et autres moyens de communication) se concentre entre les mains d’un nombre relativement faible de capitalistes et de grands propriétaires fonciers, dont elle constitue la propriété privée. Les petits producteurs indépendants (paysans, artisans) ne cessent de se ruiner, perdant leurs moyens de production et se transformant ainsi en prolétaires ou deve­nant des serviteurs et des tributaires du Capital. En nom­bre toujours plus grand, les travailleurs sont contraints de vendre leur force de travail, de devenir des ouvriers salariés qui se trouvent placés sous la dépendance des possé­dants et créent par leur travail la richesse de ceux-ci;

III. Plus le progrès technique avance, plus l’accroisse­ment de la demande de force de travail retarde sur celui de l’offre, et plus les capitalistes ont . de possibilités pour élever le degré d’exploitation, des ouvriers. L’insécurité et le chômage, le joug de l’exploitation et toutes sortes d’humiliations deviennent ‘le sort commun de couches de lus en plus larges de la population laborieuse;

IV. Les crises industrielles, inévitablement provoquées ar les contradictions fondamentales du capitalisme, accentuent encore ce processus. La pauvreté et la misère des mas­ses se côtoient des faits de gaspillage de la richesse sociale, suite de l’impossibilité de trouver des débouchés pour marchandises produites.

V. Ainsi, le développement gigantesque des forces productives du travail social, travail qui se socialise de plus en plus, s’accompagne du fait qu’une infime minorité de la population monopolise les principaux avantages de ce développement En même temps qu’augmente la richesse sociale, on voit croître l’inégalité sociale, s’approfondir et s’élargir l’abîme entre la classe des possédants (la bourgeoisie) et la classe du prolétariat;

[B]

VI. Mais en même temps que croissent et se développent toutes ces contradictions inhérentes au capitalisme, le nombre et la cohésion, le mécontentement et la révolte des prolétaires, augmentent la lutte de la classes ouvrière contre la classe des capitalistes s’accentue, et la volonté de se libérer du joug insupportable du capitalisme grandit;

VII. L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Toutes les autres classes de la société contemporaine sont pour la conservation des bases du régime économique existante. La libération effective de la classe ouvrière exige la  révolution sociale préparée par tout le développement du capitalisme, c’est-à-dire la suppression de la propriété privée des moyens de production, la transformation de ces derniers en propriété sociale et le remplacement de la production capitaliste des marchandises par une organisation socialiste de la production à partir de toute la société, afin d’assurer le bien-être complet et l’épanouissement libre et total de tous ses membres;

VIII. Cette révolution du prolétariat abolira complète­ment la division de la société en classes et, par suite, toute inégalité sociale et politique découlant de cette division;

IX. Pour accomplir cette révolution sociale, le proléta­riat doit conquérir le pouvoir politique, qui le rendra maî­tre de la situation et lui permettra d’écarter tous les obstacles qui le séparent de son grand but. En ce sens, la dicta­ture du prolétariat constitue la condition politique indis­pensable de la révolution sociale;

X. La social-démocratie russe se donne pour but de découvrir devant les ouvriers la contradiction irréconcilia­ble qui existe entre leurs intérêts et les intérêts des ca­pitalistes ; d’expliquer au prolétariat la portée histori­que, le caractère et les conditions de la révolution sociale qu’il lui revient d’accomplir ; d’organiser un parti révolu­tionnaire de classe capable de diriger la lutte du proléta­riat dans toutes ses manifestations;

XI. Mais le développement des échanges internationaux et de la production pour le marché mondial a créé entre tous les peuples du monde civilisé des liens si étroits que le mou­vement ouvrier contemporain devait devenir international et l’est devenu depuis longtemps déjà. La social-démocratie russe se considère comme un des détachements de l’armée mondiale du prolétariat, comme une partie de la social-démocratie internationale;

XII. Toutefois, les objectifs immédiats de la social-démocratie russe sont sensiblement modifiés par le fait que, dans notre pays, de nombreux vestiges de l’ordre social pré-capitaliste, de la féodalité, retardent très fortement le dé­veloppement des forces productives, rendent impossible un déploiement total de la lutte de classe du prolétariat sous toutes ses formes, abaissent le niveau de vie de la population  travailleuse, entraînent pour des millions de paysans des formes d’extinction d’une barbarie asiatique et maintiennent tout le peuple dans l’ignorance, l’hébétude et l’absence totale de droits;

XIII. Le plus important de ces vestiges du régime féodal, le plus puissant rempart de cette barbarie est l’autocratie tsariste. Elle est l’ennemi le plus cruel et le plus redoutable du mouvement de libération du prolétariat et du progrès culturel de l’ensemble du peuple.

[C]

Par suite*, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie se fixe pour tâche politique immédiate le renversement de l’autocratie tsariste et son remplacement par la républi­que, sur la base d’une constitution démocratique garantissant:    

1)      la souveraineté du peuple, c’est-à-dire la concentration du pouvoir suprême entre les mains d’une assemblée. législative composée de représentants du peuple;

2)      le suffrage universel, égal et direct pour tout citoyen ayant atteint l’âge de 21 ans, aussi bien pour les élections à l’assemblée législative que pour les élections à tous les organes d’auto-administration locale,  le scrutin secret dans toutes les élections ; le droit pour tout électeur d’être élu à toutes les élections; le droit pour tout électeur d’être élu à toutes les assemblées représentatives ; un traitement pour les représentants du peuple;

3)      l’inviolabilité de la personne et du domicile des citoyens;

4)      une liberté complète de conscience, de parole, de réunion, de grève et d’association;

5)      la liberté de déplacement et d’entreprise;

6)       la suppression des castes et la pleine égalité en droits des citoyens, sans distinction de sexe, de religion ou de race;

7)      La reconnaissance du droit à l’autodétermination pour toutes les nations dont se compose l’État;

8)      l’octroi à tout citoyen  du droit de poursuivre en justice n’importe quel fonctionnaire sans passer par la voie hiérarchique;

9)      le remplacement de l’armée permanente par l’armée général du peuple;

10)  la séparation de l’Église et de l’État et de l’école et de l’Église;

11)  l’instruction gratuite et obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans; l’octroi aux enfants de familles pauvres de la nourriture, des vêtements et des fournitures scolaires aux frais de l’État.

[D]

Dans l’intérêt de la protection de la classe ouvrière et de-l’élévation de sa capacité de combat, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie exige :

1) la limitation de la journée de travail à huit heures pour tous les ouvriers salariés;

2) l’établissement par la loi d’un repos hebdomadaire d’une durée d’au moins -36 heures • consécutives, pour les ouvriers salariés des deux sexes dans toutes les branches de l’économie nationale;

3) l’interdiction totale des heures supplémentaires;

4) l’interdiction du travail de nuit (de O heures du soir à 5 heures du matin) .dans toutes les branches de l’économie nationale à l’exception de celles où il est absolument né­cessaire pour des raisons techniques;

5) l’interdiction pour les patrons d’utiliser le travail salarié des enfants âgés de moins de quinze ans ;

6) l’interdiction du travail des femmes dans lès bran­ches comportant des risques particuliers pour l’organisme féminin;

7) l’instauration par la loi de la responsabilité civile des employeurs en cas de perte totale ou partielle de. Leur capacité de travail par les ouvriers, à la suite d’accidents ou des conditions insalubres de la production ; la suppres­sion de l’obligation pour l’ouvrier de prouver que là perte en question est due à la faute de l’employeur;

8) l’interdiction du paiement du salaire en nature** ;

9) le paiement d’une pension d’État aux vieux travailleurs privés de leur capacité de travail;

10) l’accroissement du nombre des inspecteurs du tra­vail ; la nomination d’inspectrices dans les branches où prédomine le travail féminin; l’institution d’une surveil­lance par des représentants élus par les ouvriers et rétri­bués par l’État, de l’application de la. législation du tra­vail et par des délégués ouvriers, de l’établissement des tarifs et de la mise au rebut des articles;

11) l’institution d’un contrôle par les organes d’auto-administration locale, avec la participation de représen­tants élus des ouvriers, sur l’état sanitaire des locaux d’ha­bitation affectés aux ouvriers par les patrons, de même que sur le règlement intérieur de ces logements et sur les conditions de leur location; cela., dans le but de protéger les ouvriers salariés de l’ingérence des patrons dans leur vie et leur activité de personnes privées et de citoyens;

12) l’institution d’un contrôle sanitaire complet et bien organisé sur les conditions de travail dans toutes les entre­prises utilisant le travail salarié;

13) l’extension du contrôle de l’inspection du travail à l’industrie artisanale, au travail à domicile et aux entreprises d’État ;

14) la responsabilité pénale pour les infractions aux sur la protection du travail;

15) l’interdiction aux patrons d’opérer des retenues sur salaire quel qu’en soit le propos ou la destination (amendes, malfaçons, etc.);

16) l’institution, de tribunaux d’arbitrage social dans les branches de l’économie nationale avec une représentation paritaire des ouvriers et des patrons.

[E]

En outre, dans l’intérêt de la démocratisation économique de l’État russe, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie exige la suppression de tous les impôts indirects et la création d’un impôt progressif sur le revenu.

En vue d’éliminer les vestiges du vieux régime féodal, il cherchera à obtenir * : 

1) l’abolition des indemnités de rachat et des redevan­ces, ainsi que de toutes les charges qui retombent actuelle­ment sur la paysannerie en tant que caste taillable;

2) la suppression de la caution solidaire’ et de toutes les lois qui empêchent le paysan de disposer pleinement de sa terre;

3) la restitution au peuple de toutes les sommes d’argent qui lui ont été enlevées sous forme d’indemnités de rachat et de redevances la confiscation dans ce but des biens des monastères et des apanages ainsi qu’une taxation spéciale des terres des grands seigneurs terriens ayant bénéficié des prêts de rachat le versement des sommes ainsi obtenues à un fonds populaire spécial pour les besoins culturels et de bienfaisance des communautés rurales;

4) la création de comités paysans;

a) pour la restitution aux communautés rurales (soit par expropriation, soit, si les terres ont changé de main, par rachat, etc.) des terres enlevées aux paysans lors de l’abo­lition du servage (otrezki) et qui, entre les mains des pro­priétaires fonciers, servent d’instrument pour les asservir

b) pour l’élimination des vestiges du servage qui sub­sistent dans l’Oural, dans l’Altaï, dans les régions occiden­tales et dans d’autres régions du territoire ;

5) l’octroi aux tribunaux du droit de réduire les prix de fermage excessifs et d’annuler les contrats ayant un ca­ractère asservissant.

[F]

Dans son effort pour atteindre ses buts politiques e économiques immédiats*, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie soutient tout mouvement oppositionnel et révolu­tionnaire dirigé contre l’ordre social et politique qui existe en Russie et rejette résolument tous les projets réformistes dans lesquels chaque extension de la tutelle policière sur les masses travailleuses est représentée comme un pas en avant vers la solution de la question sociale*.

Pour sa part, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie est fermement convaincu qu’une mise en oeuvre systéma­tique, complète et définitive des transformations sociales et politiques qu’il propose n’est possible que par le ren­versement de l’autocratie et la convocation d’une Assem­blée constituante librement élue par l’ensemble du peuple.

Rédigé fin janvier-début février 1902

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