Déclaration de la fraction du P.O.S.D.R. (Bolchévik) lue à la séance de l’Assemblée constituante le 5 (18) janvier 1918 – DÉCLARATION DES DROITS DU PEUPLE TRAVAILLEUR ET EXPLOITÉ

«S’assignant comme tâche essentielle l’abolition de toute exploitation de l’homme par l’homme, l’élimination totale de la division de la société en classe, l’écrasement impitoyable de la résistance des exploiteurs, l’organisation socialiste de la société et la victoire du socialisme dans tous les pays», Lénine avait ainsi lancé le processus bolchevique irréversible de la révolution prolétarienne mondiale au lendemain de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre 1917 en faisant adopter cette Déclaration par l’Assemblée constituante, pour assurer définitivement le pouvoir au peuple travailleur:

Le début de la Révolution prolétarienne mondiale

1918

« Pravda » n° 5, (édition du soir), 19 (6) janvier 1918

Conforme au texte de la «Pravda »

 OEuvres t. 26, pp. 451-452, Paris-Moscou

Lénine

Déclaration de la fraction du P.O.S.D.R. (Bolchévik) lue à la séance de l’Assemblée constituante le 5 (18) janvier 1918 [1]

L’énorme majorité de la Russie laborieuse – les ouvriers, les paysans et les soldats – a exigé de l’Assemblée constituante qu’elle reconnaisse les conquêtes de la Grande Révolution d’Octobre, les décrets soviétiques sur la terre, la paix, le contrôle ouvrier et, avant tout, qu’elle reconnaisse le pouvoir des Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans. Le Comité exécutif central de Russie, selon la volonté de cette énorme majorité des classes laborieuses de Russie, a proposé à l’Assemblée constituante de reconnaître cette volonté comme ayant force de loi pour elle. Cependant, la majorité de l’Assemblée constituante, accédant aux prétentions de la bourgeoisie, a repoussé cette proposition, jetant ainsi un défi à toute la Russie laborieuse.

A  l’Assemblée constituante, c’est le parti des socialistes-révolutionnaires de droite, le parti de Kérenski, d’Avksentiev, de Tchernov, qui a obtenu la majorité. Ce parti qui se prétend socialiste et révolutionnaire, dirige la lutte des éléments bourgeois contre la révolution ouvrière et paysanne ; il est en fait un parti bourgeois et contre-révolutionnaire.

Dans sa composition actuelle l’Assemblée constituante est le produit du rapport de forces qui s’était établi avant la Grande Révolution d’Octobre. L’actuelle majorité contre-révolutionnaire de l’Assemblée constituante, élue sur des listes de partis aujourd’hui périmées, n’est qu’un reflet d’une étape déjà franchie de la révolution et tente de se mettre en travers du mouvement ouvrier et paysan.

Les débats qui se sont déroulés tout au long de la journée ont montré jusqu’à l’évidence que, tout comme au temps de Kérenski, le parti des socialistes-révolutionnaires de droite nourrit le peuple de promesses. En paroles, il lui promet tout ; mais, en fait, il a décidé de lutter contre le pouvoir des Soviets ouvriers, paysans et soldats, contre les mesures socialistes, contre la remise de la terre et de tout le matériel aux paysans sans rachat, contre la nationalisation des banques, contre l’annulation de la Dette publique.

Pour ne pas couvrir un seul instant les crimes des ennemis du peuple, nous déclarons quitter l’Assemblée constituante afin de laisser au pouvoir des Soviets le soin de résoudre définitivement la question de l’attitude à adopter vis-à-vis de la partie contre- révolutionnaire de l’Assemblée constituante.

Notes

Les notes rajoutées par l’éditeur sont signalées par [N.E.]

[1]. Après le refus de la majorité contre-révolutionnaire de l’Assemblée constituante de discuter la Déclaration des droits du peuple travailleur et exploité, les groupes parlementaires des bolchéviks et des s.-r. de gauche insistèrent sur l’interruption des séances pour examiner la situation au sein des divers groupes. Lénine fit un bref discours à la fraction bolchévique (les notes du secrétaire, le sténogramme du discours ne sont pas conservés). Lénine proposa de rendre publique la déclaration de la fraction bolchévique qu’il avait rédigée et de se retirer ensuite de l’Assemblée constituante. Cette proposition fut acceptée.

Les s.-r. de gauche qui occupaient une attitude hésitante à l’égard de l’Assemblée constituante proposèrent, après le départ des bolchéviks, de mettre immédiatement aux voix la question de l’attitude envers la politique de paix du pouvoir soviétique. L’aile droite de l’Assemblée rejeta cette proposition. Les socialistes-révolutionnaires de gauche se retirèrent à leur tour de l’Assemblée.

Après le départ des bolchéviks et des s.-r. de gauche, le Commissaire du peuple à la Marine, Dybenko, chargé d’assurer la garde du Palais de Tauride, ordonna aux marins de fermer la Constituante. Mis au courant de cette décision, Lénine donna les instructions suivantes : « Les camarades soldats et marins faisant partie de la garde du Palais de Tauride sont tenus de s’abstenir de tout acte de violence à l’égard des députés contre-révolutionnaires de l’Assemblée constituante. Ils les laisseront tous librement sortir du Palais tout en veillant à n’y laisser entrer personne sans une autorisation spéciale.

Le président du Conseil des Commissaires du peuple V. Oulianov (Lénine)  (Recueil Lénine XVIII, p. 46)

L’Assemblée constituante fut dissoute à 4 h 40 dans la nuit du 5 au 6 (18-19) janvier 1918. [N.E.]

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1918

Publié le 4 (17) janvier 1918 dans le n° 2 de la Pravda et le n° 2 des Izvestia du Comité exécutif central 

Ecrit le 3 (16) janvier 1918 au plus tard

 OEuvres, t. 26. pp. 445-447

Lénine

DÉCLARATION DES DROITS DU PEUPLE TRAVAILLEUR ET EXPLOITÉ [1]

L’Assemblée constituante décrète :

I.

1. La Russie est proclamée République des Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans. Tout le pouvoir au centre et dans les provinces appartient à ces Soviets.

2. La République soviétique de Russie est fondée sur la libre union des nations libres, en tant que fédération de Républiques soviétiques nationales.

II. S’assignant comme tâche essentielle l’abolition de toute exploitation de l’homme par l’homme, l’élimination totale de la division de la société en classe, l’écrasement impitoyable de la résistance des exploiteurs, l’organisation socialiste de la société et la victoire du socialisme dans tous les pays, l’Assemblée constituante décrète en outre :

1. La propriété privée de la terre est abolie. Toute la terre, avec tous les bâtiments, le cheptel et autre matériel servant à la production agricole, est déclarée patrimoine de tout le peuple travailleur.

2. La loi soviétique sur le contrôle ouvrier et le Conseil supérieur de l’économie nationale est confirmée, en vue d’assurer le pouvoir du peuple travailleur sur les exploiteurs et en tant que première mesure préparant la remise complète des fabriques, usines, mines, chemins de fer et autres moyens de production et de transport, en propriété à l’Etat ouvrier et paysan.

3. La remise de toutes les banques en propriété à l’Etat ouvrier et paysan est confirmée comme l’une des conditions de l’affranchissement des masses laborieuses du joug du capital.

4. Afin de supprimer les couches parasitaires de la société, le service du travail obligatoire pour tous est institué.

5. Pour assurer la plénitude du pouvoir aux masses laborieuses et éliminer toute possibilité de restauration du pouvoir des exploiteurs, il est décrété l’armement des travailleurs, la formation d’une Armée Rouge socialiste des ouvriers et des paysans et le désarmement complet des classes possédantes.

III.

1. Exprimant sa ferme volonté d’arracher l’humanité aux griffes du capital financier et de l’impérialisme qui ont inondé la terre de sang dans la guerre actuelle, la plus criminelle qui ait jamais été, l’Assemblée constituante se rallie sans réserve à la politique pratiquée par le pouvoir des Soviets : dénoncer les traités secrets, organiser la fraternisation la plus large avec les ouvriers et les paysans des armées actuellement en guerre et obtenir, coûte que coûte, par des mesures révolutionnaires, une paix démocratique entre les peuples, sans annexions ni contributions de guerre, fondée sur le droit des nations à disposer librement d’elles-mêmes.

2. D’autre part, l’Assemblée constituante insiste sur la rupture complète avec la politique barbare de la civilisation bourgeoise qui a édifié la prospérité des exploiteurs d’un petit nombre de nations élues sur l’asservissement de centaines de millions de travailleurs en Asie, dans les colonies en général et dans les petits pays.

L’Assemblée constituante salue la politique du Conseil des Commissaires du peuple qui a proclamé l’indépendance complète de la Finlande, commencé le retrait des troupes de la Perse et proclamé la liberté pour l’Arménie de disposer d’elle-même [2].

3. L’Assemblée constituante considère comme un premier coup porté au capital bancaire et financier international la loi soviétique sur l’annulation des emprunts contractés par les gouvernements du tsar, des grands propriétaires fonciers et de la bourgeoisie ; elle exprime la conviction que le pouvoir des Soviets marchera d’un pas ferme dans cette voie, jusqu’à la victoire complète de l’insurrection ouvrière internationale contre le joug du capital.

IV. Élue sur la base de listes de partis établies avant la Révolution d’Octobre, alors que le peuple ne pouvait pas encore se dresser de toute sa masse contre les exploiteurs, alors qu’il ne connaissait pas toute la force de la résistance qu’ils opposeraient pour défendre leurs privilèges de classe, alors qu’il n’avait pas encore entrepris pratiquement l’édification de la société socialiste, l’Assemblée constituante considérerait comme absolument erroné, même du point de vue formel, de s’opposer au pouvoir des Soviets.

Quant au fond, l’Assemblée constituante estime qu’aujourd’hui, au moment de la lutte suprême du peuple contre ses exploiteurs, ces derniers ne sauraient trouver place dans aucun des organes du pouvoir. Le pouvoir doit appartenir tout entier et exclusivement aux masses laborieuses et à leur représentation plénipotentiaire : les Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans.

Apportant son soutien au pouvoir des Soviets et aux décrets du Conseil des Commissaires du peuple, l’Assemblée constituante estime que sa mission se borne à établir les bases fondamentales de la transformation socialiste de la société.

En même temps, soucieuse de créer une alliance vraiment libre et volontaire et, partant, d’autant plus étroite et solide, entre les classes laborieuses de toutes les nations de Russie, l’Assemblée constituante borne sa tâche à l’établissement des principes fondamentaux d’une fédération des Républiques soviétiques de Russie, en laissant aux ouvriers et aux paysans de chaque nation la liberté de décider en toute indépendance, dans leur propre congrès des Soviets investi de pleins pouvoirs, s’ils désirent participer au gouvernement fédéral et aux autres institutions fédérales soviétiques, et sous quelles conditions.

Notes

Les notes rajoutées par l’éditeur sont signalées par [N.E.]

[1] Le projet de Déclaration des droits du peuple travailleur et exploité fut déposé le 3 (16) janvier 1918 à une réunion du Comité exécutif central de Russie qui l’adopta à l’unanimité avec quelques modifications. La «Déclaration» fut publiée le 4 (17) janvier dans les Izvestia. Le lendemain, la fraction bolchévique soumit la «Déclaration» au nom du pouvoir des Soviets à l’examen de l’Assemblée constituante. Cet organisme contre-révolutionnaire refusa de la discuter. La fraction bolchévique quitta l’Assemblée. Le 12 (25) janvier 1918, la «Déclaration» fut approuvée par le IIIe Congrès extraordinaire des Soviets. [N.E.]

[2] Le 6 (19) décembre 1917, la Diète finlandaise adopta une déclaration proclamant la Finlande État indépendant. Conformément à la politique nationale de l’État soviétique le Conseil des commissaires du peuple adopta, le 18 (31) décembre 1917, un décret sur la souveraineté nationale de la Finlande. Le 22 décembre 1917 (4 janvier 1918) le décret fut ratifié par le Conseil exécutif central.

Le 19 décembre 1917 (1er janvier 1918), en vertu du traité conclu entre la Russie, d’une part, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Turquie, la Bulgarie, de l’autre, à Brest-Litovsk le 2 (15) décembre, le gouvernement soviétique proposa au gouvernement persan d’élaborer en commun un plan de retrait des troupes russes de Perse.

Le 29 décembre 1917 (11 janvier 1918), le Conseil des commissaires du peuple promulgua le «Décret sur l’Arménie turque».

Le décret fut publié le 31 décembre 1917 (13 janvier 1918) dans le n° 227 de la Pravda. [N.E.]

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