Lettre à un camarade sur nos tâches d’organisation

Ce texte rédigé par Lénine en 1902 et conforme à celui édité par le C.C. du P.O.S.D.R. a joué un rôle fondamental dans la Grande Révolution Socialiste d’Octobre 1917 parce qu’il a jeté les bases de l’organisation révolutionnaire bolchevique, fraction du P.O.S.D.R.

Lénine

Cher camarade ! Je réponds avec plaisir à la prière que vous m’avez faite de donner mon avis sur votre projet d’«organisation d’un parti révolutionnaire Saint-Pétersbourg ». (Vous aviez en vue, sans doute, l’organisation du travail du Parti ouvrier social-démocrate de Russie à Petersbourg.) La question que vous soulevez est d’une im­portance telle que les membres du comité de Saint-Péters­bourg et même tous les social-démocrates russes en général doivent prendre part à sa discussion.

Je vous annonce tout d’abord que je suis entièrement d’ac­cord avec vous lorsque vous expliquez que l’ancienne organisation de l’« Union » (l’organisation « unioniste », comme vous l’appelez) ne convient pas. Vous attirez l’attention sur l’absence de préparation sérieuse et d’éducation révolu­tionnaire des ouvriers avancés, sur le système dit électif défendu avec tant d’orgueil et d’acharnement par les gens di! Rabotchéié Diélo au. nom des principes «démocratiques », sur le fait que les ouvriers demeurent à l’écart des activités principales.

C’est bien cela : 1) absence de préparation sérieuse et d’éducation révolutionnaire (non seulement des ouvriers, mais aussi des intellectuels), 2) application inadéquate et excessive du principe électif et 3) non-participation dés ouvriers à la véritable activité révolutionnaire, c’est en ce­la effectivement que consiste le principal défaut, non seule­ment de l’organisation de Saint-Pétersbourg, mais de nom­breuses autres organisations locales de notre parti.

Partageant entièrement votre point de vue de base sur les tâches d’organisation, j’adhère également à votre projet d’organisation, pour autant que votre lettre m’en présente les traits essentiels.

Notamment, je suis tout à fait d’accord avec vous qu’il faut surtout souligner les problèmes du travail à l’échelle de toute la Russie et au niveau de l’ensemble du parti ; c’est ce que vous faites dire au premier point du projet : « Le journal Iskra, qui a des correspondants permanents parmi les ouvriers et qui est étroitement lié au travail intérieur de l’organisation, constitue le centre dirigeant du parti (et non pas simplement d’un comité ou d’une région). » Je ferais cette seule remarque, c’est que le journal peut et doit assu­mer la direction idéologique du parti et développer les véri­tés théoriques, les principes tactiques, les idées générales d’organisation, les tâches générales de l’ensemble du parti à tel ou tel moment. Quant au dirigeant pratique, direct du mouve­ment, ce ne peut être qu’un groupe central distinct (appelons-le Comité central, si vous voulez), communiquant personnel­lement avec tous les comités, intégrant les meilleures forces révolutionnaires de tous les social-démocrates russes- et ayant la direction de toutes. les questions qui intéressent l’ensemble du parti, à savoir : diffusion des publications, édition des tracts, répartition des forces, distribution des tâches aux personnes et aux groupes, préparation. des manifestations et de l’insurrection dans toute la Russie, etc. En raison de sa situation illégale et pour assurer la continuité du mauve ment, notre parti peut et doit avoir deux centres dirigeants : l’O.C. (Organe central) et le C.C. (Comité central). Le pre­mier doit assurer la direction idéologique, le second la direction immédiate et pratique. L’unité d’action et la so­lidarité nécessaire entre ces groupes doivent être assurées non seulement par le programme unique du parti, mais par le choix des membres des deux groupes (il faut que les deux groupes, l’O.C. et le C.C., soient composés de gens qui s’ac­cordent parfaitement entre eux) et l’institution de réunions régulières et permanentes entre eux. C’est seulement ainsi, d’une part, que l’O.C. échappera aux entreprises des gen­darmes russes, que sa fermeté et sa continuité seront garan­ties, et d’autre part, que le C.C. sera toujours solidaire de l’O.C. dans tout ce qui est essentiel et suffisamment libre pour prendre directement en main tout côté pratique du mou­vement.

C’est pourquoi il serait souhaitable que le premier point des statuts (conformément à votre projet)- n’indique pas seulement, l’organe du parti reconnu pour dirigeant (ce qui est,. bien sûr, une indication nécessaire), mais qu’il indique aussi que l’organisation locale considérée se donne pour tâche de travailler activement à la création, au soutien et au renforcement des institutions centrales sans lesquelles notre parti ne peut exister en tant que tel.

Ensuite, dans le deuxième point, vous dites du comité qu’il doit a diriger l’organisation locale » (il serait mieux, peut-être, de dire : t tout le travail local et toutes les orga­nisations locales du parti », mais je ne m’arrêterai pas sur les détails dé la formulation), et qu’il doit être composé à la fois d’Ouvriers et d’intellectuels, car il est mauvais de les séparer en deux comités. C’est parfaitement et indiscuta­blement juste. Il ne doit y avoir qu’un seul comité du parti ouvrier social-démocrate de Russie composé de militants pleinement conscients et qui se consacrent totalement à l’activité social-démocrate. Il faut surtout tendre à ce que le plus grand nombre d’ouvriers possible deviennent des ré­volutionnaires pleinement conscients et professionnels et à ce qu’ils entrent au comité*. Dans le cas d’un comité unique et non double, la question des contacts personnels des mem­bres du comité avec de nombreux ouvriers acquiert une impor­tance particulière. Pour diriger tout ce qui se passe dans le milieu ouvrier, il faut avoir la possibilité d’aller partout, connaître énormément de monde, avoir ses entrées partout, etc., etc. C’est pourquoi on doit trouver autant que possible dans le comité tous les principaux chefs ouvriers du mouve­ment ouvrier, et le comité doit ‘diriger tous les aspects du mouvement local et régir tous les organismes, toutes les for­ces et toutes les ressources locaux du parti. Vous ne parlez pas de la façon dont le comité doit être composé, et là aussi, sans doute, nous serons d’accord avec vous: des règles spéciales ne sont guère nécessaires ici; la composition du comité regarde les social-démocrates de l’endroit. Peut-être pourrait-on seulement indiquer que les nouveaux mem-

* Il faut s’efforcer de faire entrer dans le comité des ouvriers ré­volutionnaires ayant le plus de liaisons et la meilleure réputation dans la masse ouvrière.

bres sont cooptés par décisions de la majorité (ou des deux tiers, etc.) du comité, que celui-ci doit se soucier du trans­fert de ses liaisons à des personnes de confiance (sur le Plan révolutionnaire) et en sécurité (au point de vue politique), et de se former à l’avance des suppléants. Quand nous aurons un. O.C. et un C.C., les nouveaux comités ne devront pas se former autrement qu’avec leur participation et leur accord. Autant que possible, le nombre des membres du, comité ne doit pas être grand (afin que le niveau de ces membres soit plus élevé et que leur spécialisation dans -le métier révolutionnaire soit plus complète), mais il doit être en même temps suffisant pour assurer la direction de tous les aspects de l’activité et garantir la représentativité des réunions et la fermeté des décisions. S’il arrivait que les membres soient assez nombreux et qu’il soit dangereux pour eux de se réunir souvent, peut-être faudrait-il alors détacher du comité un groupe dirigeant spécial, très petit (disons cinq personnes ou même moins), dont devraient absolument faire partie le secrétaire et les personnes les plus capables de diriger pratiquement l’ensemble du travail. Il serait ‘extrêmement important pour ce groupe de s’assurer des remplaçants au cas où il serait repéré par la police, afin que le travail ne s’arrête pas. Les assemblées générales du comité sanctionneraient les décisions du groupe diri­geant, détermineraient sa composition, etc.

Vous. proposez ensuite, après le comité, lés organismes suivants, qui doivent lui être subordonnés : 1) discussion (réunion des « meilleurs » révolutionnaires), 2) cercles d’ar­rondissement, avec 3) un cercle de propagandistes pour » chacun d’eux, 4) cercles d’usine et 5) « rencontres représen­tatives » des délégués des cercles d’usines de l’arrondisse­ment. Je suis tout à fait d’accord avec vous, que tous les autres organismes (et ‘ils doivent être très nombreux et très ,divers, outre ceux que vous avez nommés) doivent être subordonnés au comité, -et qu’il doit y avoir des groupes d’arrondissement (pour les très grandes villes) et des groupes d’usinés (toujours et partout). Mais pour certains détails, il me semble que je ne suis pas entièrement d’accord avec vous. Par exemple, en ce qui concerne la « discussion », je pense que cette institution n’est pas du tout nécessaire. Les « meilleurs révolutionnaires » doivent être ‘tous dans le comité où remplir des fonctions spéciales (imprimerie, transports, propagande itinérante, organisation, disons, d’un service de pièces d’identité, ou d’un groupe de lutte contre les mouchards et les provocateurs, ou de groupes dans l’armée, etc.)

Des « réunions », il y en aura au comité, et dans chaque arrondissement, dans chaque cercle d’usine, de propagan­distes, professionnel (tisseurs, mécaniciens, tanneurs et au­tres), d’étudiants, littéraire, etc. A quoi bon alors prévoir spécialement des réunions ?

Continuons. Vous avez parfaitement raison de demander que la possibilité soit offerte « à tous ceux qui le désirent » de devenir directement correspondants de l’Iskra. Seule­ment, il faut entendre par « directement » non pas que l’on donnera « à tous ceux qui le désirent » l’adresse et le droit de s’adresser à la rédaction, mais qu’il faudra transmettre (ou envoyer) à la rédaction les lettres de tous ceux qui le désirent. L’adresse doit d’ailleurs être donnée assez large­ment, mais cependant pas à tous ceux qui le désirent, seule­ment aux révolutionnaires sûrs et à la prudence éprouvée, et peut-être pas à un seul par arrondissement, comme vous le voulez, mais à plusieurs ; il faut aussi que tous ceux qui participent au travail, tous les cercles quels qu’ils soient aient le droit de porter leurs décisions, leurs souhaits et leurs demandes à la connaissance aussi ‘bien du comité que de l’O.C. et du C.C. Si nous garantissons cette possibilité, on obtiendra’ des délibérations générales de tous les militants du parti sans avoir besoin-de créer des institutions aussi encombran­tes et voyantes que la « discussion ». Naturellement, il faut encore s’efforcer d’organiser des contacts individuels avec le plus grand nombre possible de militants de• toute sorte, mais ici toute la question est dans le respect des règles de sécurité. Des assemblées ou des réunions générales en Russie ne sont possibles qu’à de rares intervalles et à titre ex­ceptionnel, et il faut user d’une extrême prudence lors de l’admission à ces assemblées des « meilleurs révolutionnai­res », car pour ce genre de réunion, un provocateur aura généralement plus de facilité à venir, ou un mouchard à suivre l’un des participants. Je pense qu’il vaudrait mieux, peut-être, procéder ainsi : quand on peut organiser de gran­des (disons de 30 à 100 personnes) réunions générales (par exemple, en forêt l’été, ou dans un appartement clandestin prévu à cette intention), que le comité y envoie alors 1. ou 2 des « meilleurs révolutionnaires » et se préoccupe de la composition judicieuse de cette assemblée, c’est-à-dire par exemple d’y inviter le plus grand nombre possible de mem­bres sûrs des cercles d’usines, etc. Mais il ne faut pas of­ficialiser ces réunions, il ne faut pas les faire entrer dans les statuts, il ne faut pas les rendre régulières, il faut faire en sorte que tous les membres de l’assemblée ne connais­sent pas tous les participants, c’est-à-dire qu’ils ne sachent pas que tous sont des «représentants » des cercles, etc. ; voilà pourquoi non seulement je suis contre la « discussion », mais aussi contre les « rencontres représentatives ». Au lieu de ces deux institutions, je proposerais plutôt, en gros, la règle suivante. Le comité se préoccupe d’organiser de gran­des assemblées du plus grand nombre possible d’animateurs pratiques du mouvement, et de tous les ouvriers en général. La date, le lieu, le prétexte de la réunion et sa composition sont déterminés par le comité qui est responsable du caractère clandestin de ces entreprises. Il va de soi que cela ne limite en rien l’organisation par les ouvriers de meetings encore moins officiels, lors de promenades, en forêt, etc. Peut-être vaudrait-il encore mieux ne pas aborder ces questions dans les statuts.

En ce qui concerne ensuite les groupes d’arrondisse­ment, je suis entièrement d’accord avec vous que l’une de leurs tâches essentielles est de bien mettre au point, la dif­fusion de la littérature. Je pense que les groupes d’arrondis­sement doivent être principalement des intermédiaires entre les comités et les usines, et même avant tout des organes de distribution. Leur première tâche doit être de mettre sur pied clandestinement une bonne diffusion de la littérature envoyée par le comité. Et cette tâche est d’une haute im­portance ; en effet, si l’on assure des relations régulières en­tre un groupe spécial de colporteurs pour l’arrondissement .et toutes les usines de l’arrondissement, entre ces colporteurs et le plus grand nombre possible de logements ouvriers de l’arrondissement, cela aura une énorme importance à la fois pour les manifestations et pour l’insurrection. Mettre au point et organiser une diffusion rapide et judicieuse des brochures, des tracts, des proclamations et autres, former pour cela tout un réseau d’agents, c’est faire plus de la moi­tié du chemin dans la préparation des manifestations ou de l’insurrection futures. Quand commence une époque d’agitation de grèves, d’effervescence, il est trop tard pour entreprendre l’organisation du colportage ; on ne peut le faire entrer dans les moeurs que peu à peu, en le pratiquant sans faute deux ‘ou trois fois par mois. S’il n’y a pas de journal, on peut et on doit faire circuler des tracts, mais il ne faut en aucun cas laisser cet appareil de distribution inactif. Il faut s’efforcer de faire atteindre à cet appareil un degré de perfection tel qu’en, une nuit, toute la popu­lation ouvrière de Saint-Pétersbourg puisse être informée et, poux ainsi dire, mobilisée. Et cette tâche n’a rien d’utopi­que, si les tracts sont systématiquement transmis du centre à des cercles intermédiaires plus étroits, et de ceux-ci aux colporteurs. A mon avis, il ne faudrait pas étendre la com­pétence d’un groupe d’arrondissement à d’autres fonctions que celles de simple intermédiaire ou de relais, ou plus exactement, il ne faudrait le faire qu’avec une extrême prudence, car cela ne peut que nuire à la clandestinité et à. la bonne marche du travail. Naturellement, des réunions sur tous les problèmes du parti auront lieu également dans les cercles d’arrondissement, mais toutes les questions gé­nérales du mouvement local doivent être résolues par le comité; et par lui seul. Il, ne faudrait admettre l’initiative du groupe d’arrondissement que dans les questions de tech­nique de relais et de diffusion. La composition du groupe d’arrondissement doit être déterminée par le comité, c’est-à-dire que le comité désigne un ou deux de ses membres (ou même des personnes extérieures) comme délégués pour tel ou tel arrondissement et charge ces délégués de former le groupe d’arrondissement, dont tous les membres seront encore confirmés par le comité dans ce qu’on pouvait appeler leur charge. Le groupe d’arrondissement est une filiale du comité, et c’est de lui seul qu’il tient ses pouvoirs.

Il passe maintenant à la question des cercles de pro­pagandistes. Il est douteux qu’on puisse les organiser à part dans chaque arrondissement, à cause du manque d’élé­ments, et d’ailleurs cela n’est guère souhaitable. La pro­pagande doit être menée dans un même esprit par tout le comité, et il faut qu’elle soit strictement centralisée ; c’est pourquoi je me représente les choses ainsi : le comité charge quelques-uns de ses membres d’organiser un groupe de propagandistes (qui sera une filiale du comité ou l’un des organismes du comité). Ce groupe, utilisant de façon clandestine les services des groupes d’arrondissement, doit assurer la propagande dans toute la ville, dans toute la lo­calité qui est « du ressort » du comité. Si cela est nécessaire, ce groupe peut aussi former des sous-groupes, donner pro­curation, pour ainsi dire, pour telle ou telle partie de ses fonctions, mais toujours avec la confirmation du comité, celui-ci devant toujours et en toute circonstance avoir le droit d’envoyer un délégué dans chaque groupe, sous-groupe ou cercle ayant tant soit peu rapport au mouvement.

C’est sur ce type de missions, sur ce type de filiales ou d’organismes du comité que doivent être organisés tous les groupes divers qui servent le mouvement, groupes d’étu­diants et groupes de lycéens, groupes, disons, de fonction­naires qui nous aident, et groupes de transport, d’imprimerie, de pièces d’identité, groupes pour l’installation d’ap­partements clandestins, groupes pour le dépistage des mou­chards, groupes de militaires, groupes de ravitaillement en. armes, groupes pour l’organisation, par exemple, de « sour­ces de revenus financiers », etc. Tout l’art d’une organisa­tion clandestine doit consister à tirer parti de tout, à « donner du travail à tous et à chacun », tout en conservant la direc­tion de tout le mouvement, et cela, bien sûr, non parce qu’el­le est investie du pouvoir, mais par son prestige, par son éner­gie, par sa plus grande expérience, par sa plus grande variété de talents, par sa plus grande ingéniosité. Cette re­marque se rapporte à l’objection possible et fréquente, selon laquelle une centralisation stricte peut trop facilement tout perdre, si par hasard il se trouve au centre une personne incapable munie d’un pouvoir considérable. Cela est pos­sible, bien sûr, mais le remède ne peut être le principe électif et la décentralisation, absolument inadmissible à une échelle tant soit peu large et même franchement nui­sible au travail révolutionnaire sous l’autocratie. Il n’y a pas de statuts pour remédier à cela. •Seules peuvent en fournir des mesures de « correction fraternelle », à com­mencer par des résolutions de tous les groupes et sous-groupes, pour continuer par l’envoi de celles-ci à l’ O.C. et au M., pour finir (dans le pire des cas) par le renversement de l’autorité complètement incapable. Le comité doit s’efforcer de pratiquer le plus possible la division du tra­vail, sans oublier que les divers aspects du travail, révolutionnaire requièrent des capacités diverses, que parfois, un homme tout à fait inapte à l’organisation :fera un agita­teur irremplaçable, ou qu’un homme incapable de la stric­te fermeté qu’exige l’activité clandestine fera un excellent propagandiste, etc.

A propos des propagandistes, d’ailleurs, je voudrais dire encore quelques mots contre l’encombrement habituel de cette profession par des gens peu capables, et l’abaissement

du niveau de la propagande qui en résulte. Parfois, le premier étudiant venu est promu sans autre examen propagandiste, et tous les jeunes exigent qu’on leur « donne un cercle », etc. Il faut lutter contre cette pratique, car le mal qui en résulte est très grand. Il y a très peu de propagandistes réellement capables et fermes sur les principes (et pour le devenir, il faut beaucoup étudier et acquérir une bonne dose d’expé­rience), et ceux-là, il faut les spécialiser, les occuper entièrement et en prendre un soin tout spécial. Il faut organiser pour eux plusieurs conférences par semaine, et savoir les appeler à temps dans d’autres villes, et en général organiser des tournées de propagandistes capables dans différentes villes. Quant à la masse des jeunes débutants, il vaut mieux l’employer à des entreprises pratiques, qui chez nous se trouvent reléguées au second plan par rapport à cette pro­menade des étudiants de cercle en cercle qu’on a l’opti­misme d’appeler de la « propagande ». Certes, pour les en­treprises pratiques sérieuses, une préparation solide est également nécessaire, mais il est malgré tout plus facile de trouver ici de quoi faire pour les « débutants ».

Parlons maintenant des cercles d’usines. Ils sont par­ticulièrement importants pour nous  la force essentielle du mouvement est en effet dans le degré de l’organisation des ouvriers dans les grandes usines, car les grandes usines (et fabriques) renferment la partie de la classe ouvrière qui prédomine non seulement par le nombre, mais plus en­core par l’influence, le niveau, la combativité. Chaque usine doit être pour nous une forteresse. Et pour cela, l’organisation ouvrière « d’usine » doit être aussi clandestine à l’in­térieur, aussi « ramifiée » à l’extérieur, c’est-à-dire dans ses relations extérieures, elle doit pousser ses tentacules aussi loin, et dansles directions les plus diverses, que n’im­porte quelle organisation révolutionnaire. Je souligne qu’ici également on doit absolument avoir pour noyau, pour dirigeant, pour « patron », un groupe d’ouvriers révolution­naires. Nous devons rompre complètement avec la tradi­tion d’un type purement ouvrier ou professionnel d’orga­nisation social-démocrate, jusques et y compris, dans les cercles «d’usines», Le groupe d’usine ou le comité d’usine ou de fabrique (pour le distinguer des autres groupes, qui doivent être très nombreux) doit se composer d’un très petit nombre de révolutionnaires recevant directement »du comité la mission et le pouvoir de mener tout le travail social-démocrate dans l’usine. Tous les membres du comité d’usine doivent se considérer comme des représentants du comité, tenus de se soumettre ‘à tous les ordres de celui-ci, tenus d’observer toutes les e lois et coutumes » de cette. « armée en campagne » dans laquelle ils sont entrés et de laquelle ils n’ont pas le droit de sortir en temps de guerre sans l’autorisation du commandement. Par suite, la, com­position du comité d’usine a une très grande importance, et l’un des premiers soins du comité doit être de former comme il convient ses sous-comités. Dans ce domaine, j’imagine les choses de la façon suivante : le comité charge tels de ses membres (plus, admettons, telles personnes parmi les ouvriers qui ne sont pas entrées dans le comité pour cer­taines raisons, mais qui peuvent être utiles par leur expé­rience, parleur connaissance du milieu, par leurs dons, par leurs relations) d’organiser partout des sous-comités d’usi­ne. La commission se réunit avec des délégués de l’arron­dissement, fixe une série de rendez-vous, éprouve comme il convient les candidats aux sous-comités d’usine, les soumet à un interrogatoire serré et « partial », les met, si besoin est, à l’essai, en s’efforçant d’examiner et d’éprou­ver elle-même directement le plus grand nombre possible de candidats au sous-comité d’une usine donnée et, enfin, propose au comité de confirmer la composition de chaque cercle d’usine ou de donner pouvoir à un ouvrier de former, de désigner, de éhoisir l’ensemble du sous-comité. De cette façon, c’est le comité qui déterminera avec lequel de ces agents il se mettra en relations et comment il le fera (en règle générale par l’intermédiaire des délégués d’arrondissement, mais cet­te règle peut admettre des compléments ou des modifica­tions). Compte tenu de l’importance de ces sous-comités d’u­sine, nous devons tendre dans la mesure du possible à ce que chaque sous-comité ait une adresse pour communiquer avec l’O.C. et un dépôt de ses liaisons en lieu sûr (c’est-à-dire afin que les renseignements nécessaires pour remettre immédiatement sur pied le sous-comité en cas d’immix­tion de la police soient transmis le plus régulièrement et le plus abondamment possible au centre du parti pour être conservés là ou il sera impossible aux gendarmes russes d’a­voir accès). Il va de soi que cette remise d’adresses doit être régie par le comité en accord avec ses propres raisons et avec les données dont il dispose, et non sur la base d’Un droit inexistant à une répartition « démocratique » de ces adresses. Enfin, il n’est peut-être pas superflu de préciser que, parfois, au lieu d’un sous-comité d’usine de plusieurs membres, il sera nécessaire, ou plus commode de se limiter à la désignation d’un agent du comité (et d’un suppléant). Une fois formé, le sous-comité d’usine doit entreprendre la création de toute une série de groupes et de cercles d’usine, avec des tâches différentes, plus ou moins clandestins, plus ou moins structurés, par exemple des cercles pour le colpor­tage et la diffusion des publications (l’une des fonctions les plus importantes qui doit être organisée de telle sorte que nous disposions d’une véritable poste, que soient éprou­vés et vérifiés non seulement les procédés de diffusion, mais aussi ceux du porte-à-porte, afin que tous les logements et leurs. entrées soient absolument connus), des cercles de lecture de la littérature illégale, des cercles pour le dépis­tage des mouchards*, des cercles spéciaux de direction du (..)

*Nous devons prévenir les ouvriers que la suppression des mou­chards, des provocateurs et des traîtres peut être parfois, bien sûr, une nécessité absolue, mais qu’il est extrêmement peu souhaitable et même erroné de l’ériger en système, et que l’on doit s’efforcer de créer une organisation capable de mettre les mouchards hors d’état de nuire eh les repérant et en les harcelant. Il est impossible de tuer tous les mouchards, mais on peut et on doit créer une organisation qui les suive à la trace et qui éduque la masse des ouvriers,

(..) mouvement professionnel et de la lutte économique, des cercles d’agitateurs et de propagandistes sachant engager une conversation et la prolonger de façon pleinement légale (à propos des machines, de l’inspection, etc.), cela afin de pouvoir parler en toute sécurité et publiquement, afin de souder les gens, de tâter le terrain, etc.* Le sous-comité d’usine doit s’efforcer de s’étendre sur toute l’entreprise, d’entourer le plus grand nombre possible d’ouvriers d’un réseau de toutes sortes de cercles (ou d’agents). La bonne marche des activités du sous-comité doit se mesurer à l’a­bondance de ces cercles, à la possibilité qu’auront les pro­pagandistes itinérants d’y pénétrer, et, ce qui est le prin­cipal, à la bonne marche du travail régulier de diffusion des publications et d’obtention d’informations et de çor-respondances.

Ainsi, à mon avis, le type général d’organisation doit être de ce genre : à la tête de tout le mouvement local, de tout le travail social-démocrate local se trouve le comité. Il est prolongé par des organismes et des filiales qui lui sont subordonnés, à savoir : premièrement, un réseau d’agents d’exécution embrassant (dans la mesure du possible) toute la masse ouvrière et organisé- sous forme de groupes d’arrondissement et de sous-comités d’usines (ou de fabriques). En période de paix, ce réseau diffusera les brochures, les tracts, les proclamations, les communiqués clandestins du comité ; en période de combats, il organisera des manifes­tations et autres actions collectives. Deuxièmement, doi­vent également relever du comité toute une série de cercles et de groupes divers servant l’ensemble du mouvement (propagande, transports, toutes entreprises clandestines, etc.)* Par leur situation, tous les groupes, cercles, sous-comités et autres doivent être des organismes ou des filiales du co­mité. Les uns exprimeront clairement leur intention d’adhé­rer au parti ouvrier social-démocrate de Russie, et sous réserve de ratification par le comité, ils y adhéreront, prendront des fonctions (par délégation du comité ou par accord avec lui), s’engageront à obéir aux directives des

* Il faut aussi des groupes de combat, utilisant des gens qui ont servi dans l’armée ou dés ouvriers particulièrement forts et agiles en cas de manifestations ou pour délivrer des prisonniers, etc.

organismes du parti, recevront les mêmes droits que tous les membres du parti et seront considérés comble des candi­dats directs au comité, etc. Les autres, dont la situation est celle de cercles organisés par des membres du parti ou adjacents à tel ou tel groupe du parti, n’adhéreront pas au parti ouvrier social-démocrate de Russie.

Dans toutes leurs affaires intérieures, les membres de tot.is ces. cercles ont bien entendu des droits égaux, de même que le membres du comité entre eux. L’unique exception à cela sera que seule la personne (Ou les personnes) désignée par le comité local aura le droit d’entretenir de relations personnelles avec ce comité (ainsi qu’avec le Comité central et l’organe central). Sous tous les autres rapports, cette personne• aura les mêmes droits que les autres, qui ont éga­lement le droit d’adresser (mais pas personnellement) des déclarations au comité local, ainsi qu’au C.C. et à l’O.C. De, cette façon, l’exception indiquée ne portera ‘au fond aucune atteinte à l’égalité des droits, mais ne sera qu’une concession nécessaire aux exigences imprescriptibles de la clandestinité. Un membre du comité qui n’aura pas trans­mis au comité, au C.C. et à l’O.C. une déclaration de « son » groupe aura à répondre d’une infraction directe aux devoirs du parti. Ensuite, en ce qui concerne le degré de clandes­tinité ou de structuration des divers types de cercles, cela dépendra du genre de leurs fonctions : à cet égard, on aura ici les organisations les plus variées (depuis la plus «rigoureuse », la plus étroite, la plus fermée, jusqu’à la plus « libre », la plus large, la plus ouverte, la plus souple). Par exemple, pour le groupé’ des colporteurs, le secret et la discipline militaire la plus rigoureuse sont requis. Pour le groupe des propagandistes, la clandestinité est aussi né­cessaire, mais la discipline militaire beaucoup moins. Pour le groupe d’ouvriers qui donnent lecture des publications légales ou qui organisent des causeries sur les besoins et les revendications professionnels, la clandestinité est en­core moins nécessaire, etc. Les groupes de colporteurs doi­vent appartenir au P.O.S.D.R. et connaître un certain nom­bre de ses membres et de ses responsables. Le groupe qui étai- die les conditions du travail et élabore les revendications professionnelles ne doit pas nécessairement appartenir au P.O.S.D.R. Les groupes d’étudiants, d’officiers, d’employés qui font leur éducation avec la participation d’un ou deux membres du parti doivent même parfois ne rien savoir de l’appartenance de ceux-ci au parti, etc. Mais il est un point ,sur lequel nous devons absolument exiger l’organisation maxima dans tous les groupes affiliés au comité, à savoir : chaque membre du parti qui y participe est formellement responsable de ce qui se fait dans ces groupes, et est tenu de prendre toutes les mesures pour que le C.C. et l’O.C. soient le plus possible au courant de la composition de cha­cun de ces .groupes, de tout le mécanisme de leur travail et de tout le contenu de ce travail. Cela est indispensable à la fois pour que .le centre ait une vue complète du mouve­ment, pour qu’il dispose de la base de recrutement la plus large en vue de pourvoir les diverses fonctions du parti, pour que l’expérience d’un groupe puisse être transmise (par l’intermédiaire du centre) à tous les autres groupes analogues de toute la Russie, pour qu’on puisse prévenir la venue de provocateurs et de personnes douteuses, en un mot, cela est absolument indispensable dans tous les cas.

Comment réaliser cette organisation ? En envoyant ré­gulièrement des rapports au comité, en communiquant à l’O.C. la plus grande partie possible du contenu du plus grand nombre possible de ces rapports, en organisant des visites de tous les cercles par des membres du C.C. et du comité local, enfin en mettant sans faute en lieu sûr (et au bureau du parti près le C.C. et l’O.C.) les liaisons avec ces cercles, c’est-à-dire les noms et les adresses de plusieurs membres de ces cercles. Ce n’est qu’une fois les rapports communiqués et les liaisons transmises que l’on poùrra considérer qu’un membre du parti qui prend part à l’activité de tel ou tel cercle a rempli ses obligations ; alors seule­ment le parti dans son ensemble sera à même de se mettre à l’école de chacun des cercles qui mènent le travail prati­que ; alors seulement les opérations de police ne seront plus une catastrophe, car dès le moment où le délégué de notre C.C. sera en possession de liaisons dans différents cercles, il lui sera toujours facile de trouver tout de suite des rem­plaçants et de rétablir l’organisation. La découverte d’un comité par la police ne détruira plus alors toute la machine, mais nous privera seulement de dirigeants que des suppléants seront prêts à remplacer. Et que l’on ne dise pas que les conditions de la clandestinité ne permettent pas de communi­quer les rapports et les liaisons : il suffit de le vouloir, et tant que nous aurons des comités, un C.C. ou un O.C., on a et on aura toujours la possibilité de transmettre (ou d’envoyer) les communiqués et les liaisons..

Nous sommes arrivés ici à un principe extrêmement im­portant de toute l’organisation et toute l’activité du parti si, en ce qui concerne la direction idéologique et pratique du mouvement et de la lutte• révolutionnaire du prolétariat, il faut la plus grande centralisation possible en ce qui concerne l’information du centre du parti (et par suite de tout le parti) sur le mouvement et la responsabilité devant le parti, il faut la plus grande décentralisation possible. Le mouve­ment doit être dirigé par le plus petit nombre possible de groupes les plus homogènes possible, riches de l’expérience de révolutionnaires professionnels. Au mouvement doit par­ticiper le plus grand nombre possible de groupes les plus divers et les plus hétérogènes possible venus des couches les plus différentes du prolétariat (et des autres classes du peu­ple). Et en ce qui concerne chacun de ses groupes, le centre du parti doit toujours disposer non seulement des données exactes sur leur activité, mais aussi des données aussi complètes que possible sur leur composition. Nous devons centra­liser la direction du mouvement. Nous devons aussi (et nous devons pour cela, car sans information la centralisation est impossible) décentraliser au maximum la responsabilité de­vant le parti de chacun de ses membres, de chacun de ceux qui participent au travail, de chaque cercle membre du parti ou apparenté au parti. Cette décentralisation est la condition indispensable de la centralisation révolutionnaire et son correctif nécessaire. C’est justement lorsque cette centralisation sera achevée et quo nous aurons un O.C. et un C.C. que la possibilité pour les plus petits groupes de – s’adresser à eux — et non seulement la possibilité, mais – l’habitude, acquise par une pratique de longues années, de s’adresser régulièrement au C.C. et à l’O.C. — éliminera les résultats fâcheux que peut avoir la présence au sein de tel ou tel comité local d’éléments peu satisfaisants: Maintenant que nous sommes à la veille d’une réelle unifica­tion du parti et de la création d’un véritable centre diri­geant, nous devons nous graver dans l’esprit que ce centre sera impuissant si nous ne réalisons pas en même temps une décentralisation maxima dans la responsabilité à l’égard de ce centre et dans son information sur toutes les roues et tous les rouages de la machine du parti. Cette décentralisa­tion n’est rien d’autre que l’autre aspect de cette division du travail qui, de l’aveu général, constitue l’un des be­soins pratiques les plus urgents de notre mouvement. Au­cune attribution officielle du rôle dirigeant à une organisa­tion, aucune création de Comités centraux formels ne rendra notre mouvement réellement uni ni ne créera un parti solide et combatif, si le centre .du parti reste comme par le passé séparé du travail pratique direct par des comités locaux du type ancien, où, premièrement, entre une- masse de gens dont chacun dirige toutes, sortes d’affaires sans se consacrer à des fonctions bien distinctes du travail révo­lutionnaire, sans être responsable d’entreprises particuliè­res, sans se donner la peine d’étudier soigneusement, de préparer minutieusement et de mener jusqu’au bout ce qu’ils entreprennent et dépensent une masse de temps et de forces en vaines agitations, et qui, deuxièmement, sont flanqués d’une masse de cercles d’étudiants et d’ouvriers, pour la moitié complètement inconnus du comité, et pour l’autre moitié aussi encombrants, aussi peu spécialisés, n’élabo­rant pas plus d’expérience professionnelle, n’utilisant pas plus l’expérience des autres et exactement aussi occupés que le comité à ‘d’interminables réunions « à propos de tout », à des élections et à des élaborations de statuts. Pour que le centre puisse bien travailler, il faut que les co­mités locaux’ se transforment, deviennent des organisations spécialisées et plus « pratiques », atteignant effectivement la perfection soit dans l’une soit dans l’autre des fonctions pratiques. Pour que le centre puisse non seulement conseiller, convaincre, discuter (comme cela se faisait jusqu’à présent), mais effectivement diriger l’orchestre, il est nécessaire, que l’on sache exactement qui conduit les violons, à quel en­droit, qui a appris et apprend chacun des instruments, où et comment il le fait, qui (lorsque la musique commence à détonner) est responsable des canards et qui il faut déplacer, etc., pour corriger des dissonances. A l’heure actuelle, il faut le dire franchement, ou bien nous ne savons rien du travail intérieur effectif du comité, à part ses proclamations et ses correspondances générales, ou bien nous savons quel­que chose par nos amis et par les gens que nous connaissons bien. Or n’est-il pas ridicule de penser qu’un immense parti capable de diriger le mouvement ouvrier russe et qui prépare l’assaut général contre l’autocratie puisse se borner à cela ? La réduction du nombre des membres du comité, l’affectation à chacun d’eux, dans la mesure du pos­sible, d’une fonction déterminée dont il sera comptable et responsable, la création d’un centre spécial très peu nom­breux et dirigeant tout, la mise sur pied d’un réseau d’agents d’exécution liant le comité à chaque grande usine ou fabri­que, s’occupant régulièrement de la diffusion des publica­tions et donnant au centre un tableau exact de cette diffusion et de tout le mécanisme du travail, enfin la création de nombreux groupes et cercles assumant différentes fonctions ou unissant des gens proches de la social-démocratie, qui aident celle-ci et se préparent à devenir des social-démo­crates, l’activité (et la composition) de ces cercles devant toujours être connue du comité et du centre, voilà en quoi doit consister la réorganisation du comité de Saint-Péters­bourg, et d’ailleurs de tous les autres comités du parti, et voilà pourquoi la question des statuts a si peu d’impor­tance.

J’ai commencé par analyser l’ébauche de statuts afin de montrer de façon plus claire à quoi tendent mes proposi­tions. Le résultat de cette analyse aura permis au lecteur, je l’espère, de comprendre qu’au fond, on pourrait peut-être se passer de statuts, en les remplaçant par des rapports ré­guliers sur chaque cercle, sur chaque fonction. Que peut-on mettre dans les statuts ? Le comité dirige tout (c’est déjà clair sans cela). Le comité élit un groupe dirigeant (cela n’est pas toujours nécessaire, et quand ça l’est, il ne s’agit pas de statuts; il s’agit d’informer le centre de la composition de ce groupe et des suppléants prévus). Le co­mité répartit entre ses membres les divers secteurs du tra­vail, chargeant chacun d’eux d’envoyer régulièrement des rapports au comité et d’informer le C. C. et l’O. C.. sur la marche des choses (et ici, il est plus important d’informer le centre de telle ou telle répartition que d’inscrire dans les statuts une règle qui, à cause de la pauvreté de nos forces, restera souvent sans application). Le comité doit définir avec précision ses membres. Le comité recrute ses membres par cooptation. Le comité désigne les groupes d’arrondissement, les sous-comités d’usine, les groupes de ceci et de cela (si on énumère tout ce qu’il est souhaitable de créer, on n’en ‘finira pas, et il ne servirait à rien d’an faire une énumération type dans les statuts ;’ il suffit d’informer le centre de leur création). Les groupes et les sous-comités d’arrondissement constituent tels et tels cercles… Il est d’autant moins-utile actuellement d’établir do statuts de ce genre que nous n’a­vons presque pas (et en beaucoup d’endroits pas du tout) d’expérience commune à tout le parti quant à l’activité de ces divers groupes et sous-groupes, et que pour acquérir cette expérience., ce n’est pas de statuts que l’on a besoin, mais de l’organisation, si l’on peut s’exprimer ainsi, de la mise au courant du parti : pour les statuts, chacune de nos organisations locales, leur consacrera au minimum plu­sieurs soirées. Si chacun selon sa fonction particulière con­sacrait ce temps à rendre compte de façon détaillée et réflé­chie de cette fonction à tout le parti, le travail y gagnerait au centuple.

Et ce n’est pas parce que le travail révolutionnaire ne se coule pas toujours dans des formes précises que les sta­tuts sont inutiles. Non, les formes sont nécessaires, et nous devons essayer de donner forme à tout le travail, dans la me­sure du, possible. Et les formes sont admissibles dans une mesure beaucoup plus grande qu’on ne le croit habituelle­ment ; seulement, on n’y arrivera pas par des statuts, niais uniquement et exclusivement (répétons-le une fois de plus) en informant de façon exacte le centre du parti : alors seu­lement ce seront des structures réelles liées à une respon­sabilité réelle et à une réelle publicité (dans le parti). Qui donc d’ailleurs ignore que chez nous, les divergences de vue et les conflits graves se règlent essentiellement non pas par un vote « statutaire », mais par la lutte et la menace de « s’en aller » ? L’histoire de la majorité de nos comités au cours des trois ou quatre dernières années de la vie du parti est remplie de cette lutte intérieure. Il est très regrettable qu’on n’ait pas donné une forme à cette lutte ; elle aurait alors apporté beaucoup plus pour l’instruction du parti, pour l’expérience de nos successeurs. Mais une telle struc­turation utile et nécessaire ne sera jamais créée ses statuts, mais exclusivement par la publicité dans le parti. Sous l’autocratie, nous ne pouvons avoir d’autre moyen ni d’autre outil pour la publicité dans le parti que la mise au courant régulière du centre du parti.

Et ce n’est que lorsque nous aurons appris à faire cette publicité que nous tirerons effectivement une expérience du fonctionnement de telle ou telle organisation, ce n’est que sur la base de cette expérience large et prolongée que l’on élaborera des statuts qui n’existeront pas seulement sur le papier.

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2 avis sur « Lettre à un camarade sur nos tâches d’organisation »

  1. J’attire l’attention des lecteurs et des camarades sur l’immense IMPORTANCE que Lénine attache dans ce texte à la lutte de classe sur le front IDÉOLOGIQUE-THÉORIQUE – relisez attentivement vous verrez que partout il insiste sur l’absolue nécessité de mener le travail pratique d’organisation en parallèle avec la lutte idéologique afin de s’assurer que tout ce travail d’organisation – ce militantisme – ces sacrifices ouvriers ne sont pas fait en pure perte pour transformer – changer – réformer – transformer – modifier – réparer – le capitalisme mais BIEN pour éradiquer le capitalisme et préparer les conditions objectives et subjectives pour l’édification du mode de production socialiste. ET cela ca s’appelle se battre – organiser – lutter pour la révolution prolétarienne socialiste sous la bannière – le leadership – la dictature idéologique du Marxisme-Léninisme et RIEN D’AUTRE.

    Excellent texte de Lénine que évidemment j’endosse totalement mais ce qui me préoccupe c’est comment on met tout ceci en place ici au Canada en 2013 ?????

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    • NOUS PENSONS QUE LE CAMARADE BIBEAU COMMET UN ERREUR FONDAMENTALE EN PRENANT SES DÉSIRS POUR LA RÉALITÉ. NOUS TENONS D’ABORD À PRÉCISER POUR CEUX ET CELLES QUI NE SONT PAS TROP FAMILIERS AVEC LES NUANCES LÉNINISTES DU MATÉRIALISME DIALECTIQUE QUE NOUS ET LÉNINE N’ONT JAMAIS PENSÉ QUE LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT PUISSE SE MATÉRIALISER AVEC LES INSTRUMENTS IDÉOLOGIQUES DE LA BOURGEOISIE.

      TOUTEFOIS, LES CAMARADES GAUCHISTES PÊCHENT TOUS ET TOUTES PAR IDÉALISME EN SE MÉPRENANT SUR LE NIVEAU POLITIQUE DE LA CONSCIENCE RÉVOLUTIONNAIRE DE LA CLASSE OUVRIÈRE DANS L’ÉDIFICATION DE SA DICTATURE OU DÉMOCRATIE PROLÉTARIENNE. ILS PENSENT, EN FAIT, QU’IL SUFFIT QUE L’AVANT-GARDE DU PROLÉTARIAT RÉVOLUTIONNAIRE SOIT SUFFISAMMENT CONSCIENTE POUR QUE LE PARTI COMMUNISTE PUISSE AGIR COMME SI L’ENSEMBLE DE CLASSE OUVRIÈRE ET DES MASSES LABORIEUSES LE SOIENT ÉGALEMENT, ET CE, EN FAISANT FI DES INSTRUMENTS PÉDAGOGIQUES QU’OFFRENT LA DÉMOCRATIE BOURGEOISE.

      EN SE PRIVANT D’AUTANT DE MOYENS DE COMMUNIQUER AUX MASSES ET AU PROLÉTARIAT RÉVOLUTIONNAIRE POUR LEUR DIRE LA VÉRITÉ SUR LE CAPITALISME ET L’IMPÉRIALISME, LES GAUCHISTES NE RÉUSSISSENT QU’À S’ALIÉNER LA CLASSE RÉVOLUTIONNAIRE QU’ILS VEULENT POURTANT PORTER AU POUVOIR.

      AFIN DE MIEUX ILLUSTRER NOTRE PROPOS, NOUS UTILISERONS LA MÉMORABLE BROCHURE DE LÉNINE, « LA MALADIE INFANTILE DU COMMUNISME, LE GAUCHISME »:

      Voici donc quelques extraits par Vladimir Illitch Lénine:

      « Les communistes « de gauche » disent beaucoup de bien de nous, bolcheviks. Parfois on a envie de leur répondre: Louez-nous donc un peu moins, étudiez davantage la tactique des bolcheviks, familiarisez-vous davantage avec elle! Nous avons participé aux élections pour le parlement bourgeois de Russie, pour l’Assemblée constituante, en septembre-novembre 1917. Notre tactique était-elle juste ou non? Si c’est non, il faut le dire clairement et le prouver: cela est nécessaire pour que le communisme international puisse élaborer une tactique juste. Si c’est oui, certaines conclusions s’imposent. Bien entendu, il ne saurait être question d’assimiler les conditions de la Russie à celles de l’Europe occidentale. Mais sur la question spéciale de savoir ce que signifie la notion: « le parlementarisme a fait son temps politiquement », il faut de toute nécessité tenir exactement compte de notre expérience, car ces notions se changent trop aisément en phrases creuses, quand on néglige de tenir compte de l’expérience concrète. Nous, les bolcheviks russes, n’avions-nous pas, en septembre-novembre 1917, plus que tous les communistes d’Occident, le droit d’estimer que le parlementarisme avait politiquement fait son temps en Russie? Nous l’avions, évidemment, car la question n’est pas de savoir si les parlements bourgeois existent depuis longtemps ou depuis peu, mais si les grandes masses laborieuses sont prêtes (idéologiquement, politiquement, pratiquement) à adopter le régime soviétique et à dissoudre le parlement démocratique bourgeois – ou à en permettre la dissolution. Que la classe ouvrière des villes, les soldats et les paysans de Russie aient été, en septembre-novembre 1917, par suite de conditions particulières, admirablement préparés à l’adoption du régime soviétique et à la dissolution du plus démocratique des parlements bourgeois, c’est là un fait historique tout à fait indéniable et parfaitement établi. Et cependant les bolcheviks n’avaient pas boycotté l’Assemblée constituante; ils avaient, au contraire, participé aux élections avant et après la conquête du pouvoir politique par le prolétariat. Que ces élections aient donné des résultats politiques infiniment précieux (et utiles au plus haut point pour le prolétariat), c’est ce que j’ai démontré – j’ose l’espérer – dans l’article mentionné plus haut, où j’analyse en détail les résultats des élections à l’Assemblée constituante de Russie.

      De là une conclusion absolument indiscutable: la preuve est faite que même quelques semaines avant la victoire de la République soviétique, même après cette victoire, la participation à un parlement démocratique bourgeois, loin de nuire au prolétariat révolutionnaire, lui permet de démontrer plus facilement aux masses retardataires pourquoi ces parlements méritent d’être dissous, facilite le succès de leur dissolution, facilite l' »élimination politique » du parlementarisme bourgeois. Dédaigner cette expérience et prétendre cependant appartenir à l’Internationale Communiste, qui doit élaborer internationalement sa tactique (une tactique non pas étroitement ou exclusivement nationale, mais réellement internationale), c’est commettre une grosse erreur, et c’est précisément renier en fait l’internationalisme, tout en le reconnaissant en paroles. »

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