Simple rappel sur la position des communistes par rapport à la lutte des classes et au mouvement communiste international, tiré du « Manifeste communiste » de Karl Marx

Quelle est la position des communistes par rapport à l’ensemble des prolétaires?

 KARL MARX

Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.

Ils n’ont point d’intérêts qui divergent des intérêts de l’ensemble du prolétariat.

Ils n’établissent pas de principes particuliers [1] sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement prolétarien.

Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points. D’une part, dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolé­tariat. D’autre part, dans les différentes phases de développement que traverse la lutte entre prolétariat et bourgeoisie, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.

Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui entraîne toutes les autres; sur le plan de la théorie, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des condi­tions, de la marche et des résultats généraux du mouvement prolétarien.

Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ouvriers: constitution du prolétariat en classe, renversement de la domination bourgeoise, con­quête du pouvoir politique par le prolétariat.

Les thèses des communistes ne reposent nullement sur des idées, des principes in­ven­tés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde.

Elles ne sont que l’expression générale des conditions réelles d’une lutte de classe exis­tante, d’un mouvement historique qui s’opère sous nos yeux. L’abolition des rap­ports de propriété qui ont existé jusqu’ici n’est pas le caractère distinctif du commu­nisme.

Les rapports de propriété ont tous subi de continuels changements, de conti­nuelles transformations historiques.

La Révolution française, par exemple, a aboli la propriété féodale au profit de la propriété bourgeoise.

Ce qui distingue le communisme, ce n’est pas l’abolition de la propriété en général, mais l’abolition de la propriété bourgeoise.

Or, la propriété privée moderne, la propriété bourgeoise, est l’ultime et la plus parfaite expression du mode de production et d’appropriation qui repose sur des antagonismes de classe, sur l’exploitation des uns par les autres.

En ce sens, les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette formule uni­que: abolition de la propriété privée.

On nous a reproché, à nous autres communistes, de vouloir abolir la propriété per­­son­nellement acquise, fruit du travail de l’individu, propriété que l’on dit être la base de toute liberté, de toute activité, de toute indépendance personnelles.

La propriété, fruit du travail et du mérite personnel ! Veut-on parler de cette forme de propriété antérieure à la propriété bourgeoise qu’est la propriété, du petit bourgeois, (lu petit paysan ? Nous n’avons que faire de l’abolir, le progrès de l’industrie l’a abolie et continue chaque jour de l’abolir.

Ou bien veut-on parler de la propriété privée moderne, de la propriété bour­geoise ?

Mais est-ce que le travail salarié, le travail du prolétaire, crée pour lui de la pro­priété ? Nullement. Il crée le capital, c’est-à-dire la propriété qui exploite le travail salarié, et qui ne peut s’accroître qu’à la condition de produire de nouveau du travail salarié, afin de l’exploiter de nouveau. La propriété, dans sa forme présente, se meut entre ces deux termes antinomiques: le capital et le travail. Examinons les deux termes de cette antinomie.

Être capitaliste, c’est occuper non seulement une position purement personnelle, mais encore une position sociale dans la production. Le capital est un produit collec­tif; il ne peut être mis en mouvement que par l’activité commune de nombreux indivi­dus, et même, en dernière analyse, que par l’activité commune de tous les membres de la société.

Le capital n’est donc pas une puissance personnelle, mais plutôt une puissance sociale.

Dès lors, si le capital est transformé en propriété commune apparte­nant à tous les membres de la société,  ce n’est pas une propriété personnelle qui se change en pro­priété sociale. Seul le caractère social de la propriété change. Il perd son caractère de classe.

Venons-en au travail salarié.

Le prix moyen du travail salarié, c’est le minimum du salaire, c’est-à-dire la som­me des moyens de subsistance nécessaires pour maintenir en vie l’ouvrier en tant qu’ouvrier. Par conséquent, ce que l’ouvrier salarié s’approprie par son activité est tout juste suffisant pour reproduire sa vie ramenée à sa plus simple expression. Nous ne voulons en aucune façon abolir cette appropriation personnelle des produits du travail indispensable à la reproduc­tion de la vie du lendemain, cette appropriation ne laissant aucun profit net qui pourrait conférer un pouvoir sur le travail d’autrui. Ce que nous voulons, c’est supprimer le caractère misérable de cette appropriation qui fait que l’ouvrier ne vit que pour accroître le capital, et ne vit qu’autant que l’exigent les intérêts de la classe dominante.

Dans la société bourgeoise, le travail vivant n’est qu’un moyen d’accroître le tra­vail accumulé [2]. Dans la société communiste, le travail accumulé n’est qu’un moyen d’élargir, d’enrichir et de faire progresser l’existence des travailleurs.

Dans la société bourgeoise, le passé domine donc le présent; dans la société com­mu­niste c’est le présent qui domine le passé. Dans la société bourgeoise, le capital est indépendant et personnel, tandis que l’individu qui travaille n’a ni indépendance, ni personnalité.

Et c’est l’abolition de ces rapports sociaux que la bourgeoisie qualifie d’abolition de la personnalité et de la liberté ! Et avec raison. Car il s’agit certes d’abolir la person­nalité, l’indépendance, la liberté bourgeoises.

Par liberté, dans le cadre des actuels rapports de production bourgeois, on entend la liberté du commerce, la liberté d’acheter et de vendre.

Mais si le trafic disparaît, le libre trafic disparaît aussi. Au reste, tous les beaux dis­cours sur la liberté du commerce, de même que toutes les forfanteries libérales de notre bourgeoisie, n’ont de sens que par contraste avec le trafic entravé, avec le bourgeois asservi du moyen âge; mais ils n’en ont aucun lorsqu’il s’agit de l’abolition, par le communisme, du trafic, des rapports de production bourgeois et de la bourgeoi­sie elle-même.

Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société actuelle, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres; si cette propriété existe, c’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui a pour condition nécessaire que l’immense majorité de la société soit frustrée de toute propriété.

En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien ce que nous voulons.

Dès l’instant que le travail ne peut plus être converti en capital, en argent, en rente foncière, bref en pouvoir social susceptible d’être monopolisé, c’est-à-dire dès que la propriété individuelle ne peut plus se transformer en propriété bourgeoise, vous déclarez que l’individu est supprimé.

Vous avouez donc que, lorsque vous parlez de l’individu, vous n’entendez parler que du bourgeois, du propriétaire bourgeois. Et cet individu-là, certes, doit être supprimé.

Le communisme n’enlève à personne le pouvoir de s’approprier des produits so­ciaux; il n’ôte que le pouvoir d’asservir le travail d’autrui à l’aide de cette appro­pria­tion.

On a objecté qu’avec l’abolition de la propriété privée toute activité cesserait, qu’une paresse générale s’emparerait du monde.

Si cela était, il y a beau temps que la société bourgeoise aurait péri de fainéantise puisque, dans cette société, ceux (lui travaillent ne gagnent pas et que ceux qui ga­gnent ne travaillent pas. Toute l’objection se réduit à cette tautologie qu’il n’y a plus de travail salarié du moment qu’il n’y a plus de capital.

Toutes les accusations portées contre le mode communiste (le production et d’appropriation des produits matériels l’ont été également contre la production et l’appropriation des oeuvres de l’esprit. De même que, pour le bourgeois, la disparition de la propriété de classe équivaut à la disparition de toute production, de même la disparition de la culture de classe s’identifie, pour lui, à la disparition de toute culture.

La culture dont il déplore la perte, n’est pour l’immense majorité qu’un dressage qui en fait des machines.

Mais inutile de nous chercher querelle en appliquant à l’abolition de la propriété bourgeoise l’étalon de vos notions bourgeoises de liberté, de culture, de droit, etc. Vos idées résultent elles-mêmes des rapports bourgeois de propriété et de production, com­me votre droit n’est que la volonté de votre classe érigée en loi, volonté, dont le contenu est déterminé par les conditions matérielles d’existence de votre classe.

La conception intéressée qui vous fait ériger en lois éternelles de la nature et de la raison vos rapports de production et de propriété – rapports historiques qui disparais­sent au cours de l’évolution de la production – cette conception, vous la partagez avec toutes les classes dirigeantes aujourd’hui disparues. Ce que vous comprenez pour la propriété antique, ce que vous comprenez pour la propriété féodale, vous ne pouvez l’admettre pour la propriété bourgeoise.

L’abolition de la famille ! Même les plus radicaux s’indignent de cet infâme dessein des communistes.

Sur quelle base repose la famille bourgeoise actuelle ? Sur le capital, le profit individuel. La famille n’existe, sous sa forme achevée, que pour la bourgeoisie; mais elle a pour corollaire l’absence de toute famille et la prostitution publique auxquelles sont contraints les prolétaires.

La famille bourgeoise s’évanouit naturellement avec l’évanouissement de son corollaire, et l’une et l’autre disparaissent avec la disparition du capital.

Nous reprochez-vous de vouloir abolir l’exploitation des enfants par leurs parents ? Ce crime-là, nous l’avouons.

Mais nous supprimons, dites-vous, les liens les plus intimes, en substituant à l’édu­ca­tion familiale, l’éducation par la société.

Et voire éducation, n’est-elle pas, elle aussi, déterminée par la société ? Déter­minée par les rapports sociaux dans le cadre desquels vous élevez vos enfants, par l’immix­tion plus ou moins directe de la société, par le canal de l’école. etc. Les com­mu­nistes n’inventent pas l’action de la société sur l’éducation; ils en changent seule­ment le caractère et arrachent l’éducation à l’influence de la classe dominante.

Les phrases de la bourgeoisie sur la famille et l’éducation, sur les doux liens qui unissent l’enfant à ses parents sont de plus en plus écœurantes à mesure que la grande industrie détruit tout lien de famille pour le prolétaire et transforme les enfants en simples articles de commerce, en simples instru­ments de travail.

Mais la bourgeoisie tout entière de s’écrier en chœur: « Vous autres, communistes, vous voulez introduire la communauté des femmes ! »

Dans sa femme le bourgeois ne voit qu’un simple instrument de production. Il entend dire que les instruments de production doivent être exploités en commun et il ne peut naturellement qu’en conclure que les femmes connaîtront le sort commun de la socialisation.

Il ne soupçonne pas qu’il s’agit précisément d’abolir la situation de simple instrument de production qui est celle de la femme.

Rien de plus grotesque, d’ailleurs, que l’indignation vertueuse qu’inspire à nos bour­geois la prétendue communauté officielle des femmes en système communiste. Les communistes n’ont pas besoin de l’introduire, elle a presque toujours existé.

Nos bourgeois, non contents d’avoir à leur disposition les femmes et les filles de leurs prolétaires, sans parler de la prostitution officielle, se font le plus grand plaisir de débaucher leurs épouses réciproques.

Le mariage bourgeois est, en réalité. la communauté des femmes mariées. Tout au plus pourrait-on donc accuser les communistes de vouloir mettre à la place d’une com­mu­nauté des femmes hypocritement dissimulée une communauté franche et officielle. Il est évident, du reste, qu’avec l’abolition des rapports de production actuels, dispa­raîtra la communauté des femmes qui en découle, c’est-à-dire la prosti­tution officielle et non officielle.

En outre on a accusé les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité.

Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur prendre ce qu’ils n’ont pas. Com­me le prolétaire doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe nationale se constituer lui-même en nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens où l’entend la bourgeoisie.

Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparais­sent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l’uniformité de la production indus­trielle et les conditions d’exis­tence qu’elle entraîne.

Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître Plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés tout au moins, est l’une des premières conditions de son éman­cipation.

A mesure qu’est abolie l’exploitation de l’homme par l’homme, est abolie égale­ment l’exploitation d’une nation par une autre nation.

Du jour où tombe l’antagonisme des classes à l’intérieur de la nation, tombe également l’hostilité des nations entre elles.

Quant aux accusations portées d’une façon générale contre le communisme, d’un point de vue religieux, philosophique et idéologique, elles ne méritent pas un examen approfondi.

Est-il besoin d’une grande perspicacité pour comprendre qu’avec toute modifica­tion de leurs conditions de vie, de leurs relations sociales, de leur existence sociale, les représentations, les conceptions et les notions des hommes, en un mot leur con­science, changent aussi ?

Que démontre l’histoire des idées, si ce n’est que la production intellec­tuelle se transforme avec la production matérielle ? Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante.

Lorsqu’on parle d’idées qui révolutionnent une société tout entière, on énonce seulement le fait que, dans le sein de l’ancienne société, les éléments d’une société nou­velle se sont formés et que la disparition des vieilles idées va de pair avec la dispa­rition des anciennes conditions d’existence.

Quand le monde antique était à son déclin, les anciennes religions furent vaincues par la religion chrétienne. Quand au XVIlle siècle les idées chrétiennes cédèrent devant les idées des Lumières, la société féodale livrait sa dernière bataille à la bour­geoisie, alors révolutionnaire. Les idées de liberté de conscience, de liberté religieuse ne faisaient que proclamer le règne de la libre concurrence dans le domaine de la conscience .

Sans doute, dira-t-on, les idées religieuses, morales, philosophiques, politiques, juridiques, etc., se sont en effet modifiées au cours du développe­ment historique. Cepen­dant la religion, la morale, la philosophie, la politique, le droit se maintenaient toujours à travers ces transformations.

« Il y a de plus des vérités éternelles, telles que la liberté, la justice, etc., qui sont communes à tous les régimes sociaux. Or, le communisme supprime les vérités éternelles, il supprime la religion et la morale au lieu d’en renouveler la forme, et il contredit en cela tous les développements historiques antérieurs. »

A quoi se réduit cette accusation ? L’histoire de toute la société jusqu’à nos jours était faite d’antagonismes de classes, antagonismes qui, selon les époques, ont revêtu des formes différentes.

Mais, quelle qu’ait été la forme revêtue par ces antagonismes, l’exploitation d’une par­tie de la société par l’autre, est un fait commun à tous les siècles passés. Rien d’éton­­nant, donc, si la conscience Sociale (le tous les siècles, eu dépit (le toute sa varié­té et de sa diversité, se ruent dans certaines formes communes – formes de con­science qui lie se dissoudront complètement qu’avec l’entière disparition de l’antago­nis­me des classes.

La révolution communiste est la rupture la plus radicale avec les rapports tradi­tion­nels de propriété; rien d’étonnant si dans le cours de son développe­ment, elle rompt de la façon la plus radicale avec les idées traditionnelles.

PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !


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