Apprendre de la politique antifasciste de l’Internationale Communiste !

Pour les authentiques communistes qui veulent étudier les 
fondements historique du front uni, voici un texte important 
dont on ne peut escamoter les principes qui y sont énoncés.

sur le front uni antifasciste

« La vie l’emportera.

La bourgeoisie a beau se démener, s’exaspérer à en perdre la raison, dépasser toutes les bornes, commettre sottise sur sottise, se venger d’avance des bolchéviks et s’efforcer de massacrer une fois de plus comme aux Indes, en Hongrie, en Allemagne et ailleurs des centaines de milliers de bolchéviks jeunes et vieux.

Elle fait en agissant ainsi ce qu’ont toujours fait les classes condamnées par l’histoire. Les communistes doivent savoir que l’avenir leur appartient, quoi qu’il arrive.

C’est pourquoi nous pouvons et nous devons unir dans la grande lutte révolutionnaire l’ardeur la plus passionnée su sang-froid le plus grand et à l’estimation la plus froide des agitations forcenées de la bourgeoisie. » (Lénine)

Pour vaincre le fascisme, il faut apprendre de ceux et celles qui ont lutté contre lui. Cela signifie apprendre de l’Internationale Communiste, parce que l’histoire de celle-ci correspond très exactement à la lutte contre le fascisme.

Initialement, l’Internationale Communiste devait rassembler les Partis Communiste de tous les pays, être une sorte de direction centrale; très vite néanmoins chaque Parti Communiste a lutté plus ou moins indépendamment mais en s’appuyant fermement sur les thèses de l’Internationale Communiste.

Et ces thèses ont dès le départ consisté en une analyse la plus précise possible du fascisme, dans le cadre de la crise capitaliste, l’Internationale Communiste analysant parfaitement la situation et annonçant clairement la crise de 1929 dûe à la surproduction de marchandises et de capital.

Cela ne signifie pas que dès le départ, le phénomène fasciste a été parfaitement compris.

Il y a au contraire toute une évolution, une progression de la connaissance, d’autant plus que le fascisme a pris de nombreuses formes, allant d’une nature agraire et cléricale (l’austro-fascisme de Dollfuss en Autriche ou de Pilsudski en Pologne) à une forme industrielle ultra-moderne et agressive (le fascisme italien, le nazisme allemand).

A ces différences s’ajoutent de plus les différences entre le fascisme en tant que fruit de la terreur blanche contre la révolution (Hongrie et Finlande en 1918) et celui qui est directement offensif et n’attend justement pas le développement plus profond du mouvement révolutionnaire (Italie en 1922, Allemagne en 1933).

Le fascisme s’est développé différemment selon les pays, ses formes ont été nombreuses et cela a conduit à de nombreuses erreurs.

En 1935, Dimitrov constatait ainsi dans son rapport au 8ème congrès de l’Internationale Communiste :

« Dans cet ordre d’idées, nous ne pouvons passer sous silence une série de fautes commises par les partis communistes, fautes qui ont freiné notre lutte contre le fascisme.

Il y avait dans nos rangs une sous-estimation inadmissible du danger fasciste, sous-estimation qui, jusqu’à présent, n’est pas liquidée partout.

Il y avait autrefois dans nos partis des points de vue du genre de « l’Allemagne n’est pas l’Italie »; autrement dit: le fascisme a pu vaincre en Italie, mais sa victoire est impossible en Allemagne, ce pays étant hautement développé sous le rapport de l’industrie, hautement cultivé, riche des traditions de quarante années de mouvement ouvrier, où le fascisme est impossible.

Il y avait aussi les points de vue, qu’on soutient encore aujourd’hui, du genre suivant: dans les pays de démocratie bourgeoise « classique », il n’y a pas de terrain pour le fascisme.

Ces points de vue ont pu et peuvent contribuer à diminuer la vigilance à l’égard du danger fasciste et entraver la mobilisation du prolétariat dans la lutte contre le fascisme. »

Ainsi, en 1922-23, le fascisme était encore considéré comme propre aux pays dont le poids de l’agriculture était encore important. Même le fascisme italien était uniquement vu selon cet angle.

On considérait que le fascisme était une simple « réaction », une peur des dominants face à la révolution d’Octobre.

C’est Clara Zetkine qui va développer les thèses qui vont écraser ces positions erronées.

Elle dit :

« Le prolétariat a affaire avec le fascisme à un ennemi extrêmement dangereux et redoutable. Le fascisme est actuellement l’expression la plus forte, la plus concentrée, l’expression classique de l’offensive générale de la bourgeoisie mondiale (…).

On a naguère considéré de façon presque unanime que le fascisme n’était rien d’autre que la terreur brutale exercée par la bourgeoisie et, historiquement quant à sa nature et à ses effets, on l’a mis sur le même plan que la terreur blanche dans la Hongrie de Horthy.

Cependant, bien que les sanglantes méthodes terroristes du fascisme et du régime de Horthy soient identiques et pareillement dirigées contre le prolétariat, la nature historique des deux phénomènes est profondément différente.

En Hongrie, la terreur s’installe après une victoire du prolétariat révolutionnaire même si celle-ci n’a été que de courte durée; la bourgeoisie avait pour un temps tremblé devant la puissance du prolétariat.

La terreur instaurée par Horthy fut une vengeance.

L’exécuteur de cette vengeance est la petite caste féodale des officiers.

Il en va autrement du fascisme. Il n’est nullement la vengeance de la bourgeoisie après un soulèvement du prolétariat.

Historiquement et objectivement, le fascisme est bien plus un châtiment infligé parce que le prolétariat n’a pas continué la révolution commencée en Russie.

Et le fascisme ne repose pas sur une petite caste, mais sur de larges couches sociales, qui englobent même une partie du prolétariat. Il faut que nous prenions clairement conscience de ces différences essentielles, si nous voulons venir à bout du fascisme. » (La lutte contre le fascisme).

Zetkine ne mentionne pas certaines situations où déjà la contre-révolution est capable d’englober une partie des masses, notamment agraires, comme en Finlande où la révolution de 1918 s’est appuyée sur l’idéologie nationaliste.

Mais elle souligne très justement le fait que le fascisme a une base de masse, est un mouvement et ne se contente pas d’être une réaction politique aux initiatives communistes.

« Je pense en effet que le fascisme, malgré toutes ses rodomontades, est la conséquence de l’ébranlement et du déclin de l’économie capitaliste, et un symptôme de la décomposition de l’Etat bourgeois.

C’est seulement si nous comprenons que le fascisme fascine et entraîne de larges couches sociales qui ont perdu la sécurité dont elles bénéficiaient naguère et ont, du coup, perdu toute foi dans le système actuel, que nous pourrons le combattre.

L’une des racines du fascisme est effectivement la décomposition de l’économie capitaliste et de l’Etat bourgeois.

Nous trouvons déjà dans la période d’avant-guerre [de 1914-1918] des sympomes de prolétarisation de couches bourgeoises du fait du capitalisme.

La guerre a ébranlé l’économie capitaliste jusque dans ses fondements. Cela ne se manifeste pas seulement par une extrême paupérisation du prolétariat, mais aussi par la prolétarisation de très larges couches de la petite et moyenne bourgeoisie, par la situation désespérée de la petite paysannerie et la misère noire des intellectuels. » (La lutte contre le fascisme).

Zetkine explique parfaitement que ce sont ces couches déclassées qui vont former la base militante du fascisme, des troupes de chocs aux intellectuels; ne croyant pas au marxisme, ils croient en la nation, en la fusion communautaire de toutes les classes, afin de préserver leur existence.

Selon Zetkine, le fascisme naît de cette manière et la bourgeoisie, constatant ce phénomène, l’appuie, car cela va dans son intérêt. Le fascisme permet à la fois de dévier le prolétariat dans sa course mais aussi de réprimer les révolutionnaires.

Ou comme le dit Zetkine: « Il est clair que le fascisme présente des caractéristiques différentes suivant les pays, en fonction des situations concrètes, spécifiques à chacun.

Il a néanmoins deux caractéristiques constantes : d’une part, un programme pseudo-révolutionnaire qui, de façon extrêmement habile, prend appui sur les courants d’opinion, les intérêts et les revendications des masses sociales les plus larges et, d’autre part, l’emploi de la terreur la plus brutale. » (La lutte contre le fascisme).

Comme on le voit, la première leçon concernant le fascisme est que celui-ci est un mouvement de masse.

A cela s’ajoute que ses troupes proviennent principalement des « déclassés », c’est-à-dire de la petite-bourgeoisie broyée par la crise capitaliste et refusant la prolétarisation.

Mais cette première leçon a amené une question essentielle: quel est le rapport entre ces couches petites-bourgeoises formant les rangs du mouvement fasciste et la bourgeoisie?

Il y a en effet une contradiction entre les intérêts de la petite-bourgeoisie et les grands capitalistes.

Cette contradiction a au départ été considérée comme essentielle et elle a amené la conception que le fascisme ne pouvait être en soi que temporaire.

Clara Zetkine dit ainsi :

« Le fascisme est condamné à se désagréger de l’intérieur. Il ne peut être que provisoirement l’instrument de la lutte de classe de la bourgeoisie, il ne peut que provisoirement renforcer, légalement ou non, le pouvoir de l’Etat bourgeois contre le prolétariat. » (La lutte contre le fascisme).

Cette conception erronée a amené l’idée que les couches petites-bourgeoises ayant servi de « mercenaires de la bourgeoisie » vont se retourner contre la bourgeoisie et qu’à ce moment-là le champ sera libre pour l’offensive du prolétariat.

Mais ce n’est pas la seule conception erronée qui s’est développée à partir de là. En effet, l’idée que les couches petites-bourgeoises puissent agir seules est fondamentalement contraire aux enseignements de Lénine sur la lutte des classes.

Il ne peut pas y avoir de « troisième force »; la petite-bourgeoisie penche toujours soit du côté des masses populaires, soit du côté de la bourgeoisie. Or, affirmer qu’il y a un mouvement petit-bourgeois c’est affirmer que la petite-bourgeoisie est capable d’une politique autonome.

Cette conclusion logique va être la thèse de Trotsky, pour qui le fascisme est en définitive un « bonapartisme », où la bourgeoisie « cède » le pouvoir à la petite-bourgeoisie et aux fascistes, ces derniers étant considérés comme des opportunistes sans cervelles.

Pour Trotsky, le fascisme ne porte pas en lui un programme impérialiste ultra-moderne; il n’est qu’une synthèse littéralement foireuse portée par des mercenaires.

Trotsky affirme :

« Le drapeau du national-socialisme fut brandi par des hommes issus des cadres moyens et subalternes de l’ancienne armée.

Couverts de décorations, les officiers et les sous-officiers ne pouvaient admettre que leur héroïsme et leurs souffrances aient été perdus pour la patrie, et surtout qu’ils ne leur donnent aucun droit particulier à la reconnaissance du pays.

D’où leur haine pour la révolution et pour le prolétariat. Ils ne voulaient pas prendre leur parti du fait que les banquiers, les industriels, les ministres les reléguaient à des postes insignifiants de comptables, d’ingénieurs, d’employés des postes et d’instituteurs. D’où leur  » socialisme « .

Pendant les batailles de l’Yser et de Verdun, ils ont appris à risquer leur vie et celle des autres, et à parler la langue du commandement qui en impose tant aux petits bourgeois de l’arrière. C’est ainsi que ces hommes sont devenus des chefs.

Au début de sa carrière politique, Hitler ne se distinguait, peut-être, que par un tempérament plus énergique, une voix plus forte, une étroitesse d’esprit plus sûre d’elle-même. Il n’apportait au mouvement aucun programme tout prêt, si ce n’est la soif de vengeance du soldat humilié. » (Qu’est-ce que le national-socialisme?, 1933)

«Tous les discours d’Hitler étaient accordés sur ce diapason. Une sentimentalité informe, une absence totale de rigueur dans le raisonnement, une ignorance doublée d’une érudition désordonnée : tous ces moins se transformaient en plus.

Cela lui donnait la possibilité de rassembler toutes les formes de mécontentement dans la besace de mendiant du national-socialisme, et de mener la masse là où elle le poussait.

De ces premières improvisations, l’agitateur ne conservait dans sa mémoire que ce qui rencontrait l’approbation. Ses idées politiques étaient le fruit d’une acoustique oratoire.

C’est ainsi qu’il choisissait ses mots d’ordre. C’est ainsi que son programme s’étoffait. C’est ainsi que d’un matériau brut se formait un « chef »» (Trotsky, Qu’est-ce que le national-socialisme?, 1933)

Trotsky en arrive même à une comparaison terrible :

« Le programme avec lequel le national-socialisme est arrivé au pouvoir, rappelle tout à fait, hélas, le magasin  » universel  » juif dans les trous de province : que n’y trouve-t-on pas, à des prix bas et d’une qualité encore plus basse ! » (Qu’est-ce que le national-socialisme?, 1933)

Cette ironie de Trotsky comparant les nazis avec le « boutiquier juif » arrivant à vendre tout et n’importe quoi, en plus d’être honteuse, s’avère catastrophiquement fausse quand on voit comment les nazis ont véritablement porté le programme le plus moderne du capitalisme.

En fait, Trotsky se trompe totalement sur l’idéologie nazie; il en arrive à dire que « Le national-socialisme rejette le marxisme mais aussi le darwinisme » alors qu’en réalité le darwinisme appliqué à la société et aux peuples est précisément le fondement de l’idéologie impérialiste; il parle de la même manière d’«indigence infinie de la philosophie nationale-socialiste» comme s’il n’y avait pas un réel programme impérialiste nazi ainsi qu’une culture très précise; il nie la culture impérialiste bourgeoise allemande en général en disant : « De même que l’aristocratie ruinée trouvait une consolation dans la noblesse de son sang, la petite bourgeoisie paupérisée s’enivre de contes sur les mérites particuliers de sa race. »

Mais le point de vue de Trotsky sur le nazisme en 1933 n’est pas original, car cette erreur était encore pour beaucoup partagée en 1922-23, alors que le fascisme triomphait en Italie.

En fait, la conception dominante était qu’avec Octobre 1917 en Russie et la crise économique dans les pays capitalistes, le prolétariat était à l’offensive et que le fascisme était là pour « freiner » l’avancée des masses.

Cette avancée étant comprise comme un phénomène objectif, la petite-bourgeoisie ayant de plus des intérêts opposés à la bourgeoisie, le fascisme ne pourrait être que « temporaire. »

Il va falloir attendre les thèses de Dimitrov pour que l’on comprenne que le fascisme n’est pas seulement un frein, une posture défensive du système capitaliste, mais également une forme nouvelle de domination.

C’est Dimitrov qui va montrer les différences entre la bourgeoisie industrielle, jusque-là tenant les rênes de l’Etat, et la bourgeoisie financière, impérialiste.

Avant Dimitrov, on considérait la bourgeoisie comme un seul « bloc. » En 1926 encore, soit 4 ans après la prise du pouvoir par Mussolini, les Thèses de Lyon du Parti Communiste italien disaient encore que le fascisme « se propose de réaliser une unité organique de toutes les forces de la bourgeoisie en un seul organisme politique. » Parallèlement aux positions de Dimitrov qui vont se développer se pose la question de la nature de la social-démocratie. Celle-ci est opposée à toute lutte violente, que ce soit contre le capitalisme ou contre le fascisme.

Ce faisant, la social-démocratie désarme les masses populaires, elle prône en définitive la capitulation. Voilà pourquoi en 1924 le 5ème congrès de l’Internationale Communiste explique que « Le fascisme et la social-démocratie sont les deux aspects d’un et même instrument de la dictature du grand capital… La social-démocratie est déjà en train de transformer l’aile droite du mouvement ouvrier en aile gauche de la bourgeoisie et, ainsi, du fascisme. »

Staline expliquera pareillement au congrès que « Le fascisme n’est pas simplement une organisation de combat de la bourgeoisie, mais également un phénomène politique fondé sur la social-démocratie. »

En effet, l’incapacité de la « gauche » à être révolutionnaire permet aux fascistes de se présenter comme les seuls vrais « révolutionnaires », tandis que la social-démocratie pousse à l’isolement des comunistes, qui mettraient « de l’huile sur le feu. »

Le grand dirigeant socialiste sur le plan international Otto Bauer expliquait ainsi que le fascisme était le produit d’Octobre 1917, que les communistes poussaient la bourgeoisie à la violence, etc.

C’est le sens du fameux symbole social-démocrate, les trois flèches, dirigées à la fois contre les communistes, les fascistes et les conservateurs.

C’est pour cette raison que les communistes ont toujours mis en avant cette citation très connue désormais de Staline : « Le fascisme est l’organisation de combat de la bourgeoisie qui s’appuie sur le soutien actif de la social-démocratie.

Objectivement, la social-démocratie est l’aile modérée du fascisme. Ces organisations ne s’excluent pas réciproquement, mais au contraire se complètent l’une l’autre. Ce ne sont pas des antipodes, mais des jumeaux. »

Voilà pourquoi le Parti Communiste d’Allemagne (KPD) a inlassablement combattu pour que les membres de la social-démocratie comprennent la situation et s’arrachent de la domination de leurs dirigeants.

La thèse du social-fascisme n’a jamais été dirigé contre les militants, comme le prétendent les trotskystes; elle permettait au contraire de comprendre, comme le KPD l’a formulé, que : « Aussi longtemps qu’ils ne sont pas délivrés de l’influence des social-fascistes, ces millions d’ouvriers sont perdus pour la lutte antifasciste. » (Die Internationale, juin 1932).

L’histoire l’a prouvé maintes fois, et l’exemple le plus parlant, après l’assassinat de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht lors de l’écrasement des spartakistes par un dirigeant socialiste, est le putsch fasciste en Autriche en février 1934 : le Parti Communiste, extrêmement petit, a mené seul la lutte armée alors que la social-démocratie était un parti énorme, disposant de très nombreuses caches d’armes!

A l’opposé, quand le Parti Communiste a réussi à amener la social-démocratie à lutter, comme en France et en Espagne, le front populaire a réussi à s’opposer au fascisme.

Tels sont les faits : là où il y a eu front populaire, union à la base des organisations populaires sur des principes antifascistes clairs, le fascisme a été brisé.

Quelle est cette thèse du front populaire, justement développé par Dimitrov?

Celui-ci explique simplement que :

« La première chose qu’il faut faire, par laquelle il est nécessaire de commencer, c’est de réaliser le front unique, d’établir l’unité d’action des ouvriers dans chaque entreprise, dans chaque rayon, dans chaque région, dans chaque pays, dans le monde entier.

L’unité d’action du prolétariat à l’échelle nationale et internationale, voilà l’armé puissante qui rend la classe ouvrière capable non seulement de se défendre avec succès mais aussi de passer avec succès à la contre-offensive contre le fascisme, contre l’ennemi de classe. » (Le fascisme et la classe ouvrière)

« Les communistes et tous les ouvriers révolutionnaires doivent travailler à la création d’organismes de classe hors parti du front unique dans les entreprises, parmi les chômeurs, dans les quartiers ouvriers, parmi les petites gens des villes et dans les villages organismes élus (et, dans les pays de dictature fasciste, choisis parmi les membres, les plus autorisés du mouvement du front unique).

Seuls, des organismes de cette sorte pourront englober aussi dans le mouvement de front unique l’énorme masse inorganisée des travailleurs, contribuer au développement de l’initiative des masses dans la lutte contre l’offensive du Capital, contre le fascisme et la réaction, et, sur cette base, à la création du vaste cadre de militants ouvriers du front unique qui est indispensable pour la formation de centaines et de milliers de bolchéviks sans parti dans les pays capitalistes.

L’action commune des ouvriers organisés, tel est le début, telle est la base. (…)

La création d’organismes de classe en dehors des partis est la meilleure forme pour réaliser, élargir et consolider le front unique au plus profond des grandes masses.

Ces organismes seront aussi le meilleur rempart contre toutes les tentatives des adversaires du front unique de violer l’unité d’action qui s’établit au sein de la classe ouvrière. » (Le fascisme et la classe ouvrière)

Dimitrov résout donc déjà le problème de savoir quel type de front il faut construire.

« Certains communistes se creusent vainement la tête pour savoir par quoi commencer : par le front unique du prolétariat ou par le front populaire antifasciste ?

Les uns disent : on ne pourra pas entreprendre l’établissement du Front populaire antifasciste avant d’avoir organisé un solide front unique du prolétariat.

Mais, raisonnent les autres, comme l’établissement du front unique prolétarien se heurte dans nombre de pays à la résistance de la partie réactionnaire de la social-démocratie, mieux vaut commencer du coup par le Front populaire et, sur cette base seulement, déployer ensuite le front unique de la classe ouvrière.

Les uns et les autres, évidemment, ne comprennent pas que le front unique du prolétariat et le Front populaire antifasciste sont liés l’un à l’autre par la dialectique vivante de la lutte, qu’ils s’interpénètrent, se transforment l’un en l’autre au cours de la lutte pratique contre le fascisme, au lieu d’être séparés l’un de l’autre par une muraille de Chine.

Car, on ne saurait croire sérieusement qu’on puisse vraiment réaliser le Front populaire antifasciste sans établir l’unité d’action de la classe ouvrière elle-même, qui est la force dirigeante de ce Front populaire. Et, d’autre part, le développement ultérieur du front unique prolétarien dépend dans une mesure notable de sa transformation en un Front populaire contre le fascisme. » (Pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme, 1935)

Mais qu’est-ce que le fascisme?

« Le fascisme, ce n’est pas une forme du pouvoir d’Etat qui, prétendument, « se place au-dessus des deux classes, du prolétariat et de la bourgeoisie », ainsi que l’affirmait, par exemple, Otto Bauer.

Ce n’est pas « la petite bourgeoisie en révolte qui s’est emparée de la machine d’Etat », comme le déclarait le socialiste anglais Brailsford.

Non. Le fascisme, ce n’est pas un pouvoir au-dessus des classes, ni le pouvoir de la petite bourgeoisie ou des éléments déclassées du prolétariat sur le capital financier.

Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même.

C’est l’organisation de la répression terroriste contre la classe ouvrière et la partie révolutionnaire de la paysannerie et des intellectuels.

Le fascisme en politique extérieure, c’est le chauvinisme sous sa forme la plus grossière, cultivant une haine bestiale contre les autres peuples.

Il est nécessaire de souligner avec une vigueur particulière ce véritable caractère du fascisme parce que le masque de la démagogie sociale a permis au fascisme d’entraîner à sa suite, dans une série de pays, les masses de la petite bourgeoisie désaxée par la crise, et même certaines parties des couches les plus arriérées du prolétariat, qui n’auraient jamais suivi le fascisme si elles avaient compris son caractère de classe réel, sa véritable nature.

Le développement du fascisme et la dictature fasciste elle-même, revêtent dans les différents pays des formes diverses, selon les conditions historiques sociales et économiques, selon les particularités nationales et la situation internationale du pays donné.

Dans certains pays, principalement là où le fascisme n’a pas de large base dans les masses et où la lutte des différents groupements dans le camp de la bourgeoisie fasciste elle-même est assez forte, le fascisme ne se résout pas du premier coup à liquider le Parlement et laisse aux autres partis bourgeois, de même qu’à la social-démocratie, une certaine légalité.

Dans d’autres pays, où la bourgeoisie dominante appréhende la proche explosion de la révolution, le fascisme établit son monopole politique illimité ou bien du premier coup, ou bien en renforçant de plus en plus la terreur et la répression à l’égard de tous les partis et groupements concurrents. » (Le fascisme et la classe ouvrière)

Dimitrov donne ainsi la définition classique du fascisme, tel que adoptée par l’Internationale Communiste : « Le fascisme au pouvoir c’est la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier. »

C’est-à-dire que le fascisme c’est la prise du pouvoir d’une partie – et d’une partie seulement – de la bourgeoisie.

Celle-ci a des intérêts en contradictoires avec les autres couches bourgeoises et par conséquent forme son propre parti : le parti fasciste, qui se charge de réaliser les tâches nécessaires et d’asseoir le « nouveau » pouvoir.

« Dépassant en cynisme et en hypocrisie toutes les autres variétés de la réaction bourgeoise, le fascisme adapte sa démagogie aux particularités nationales de chaque pays et même aux particularités des différentes couches sociales dans un seul et même pays.

Et les masses de la petite bourgeoisie, voire une partie des ouvriers, poussés au désespoir par la misère, le chômage et la précarité de leur existence, deviennent victimes de la démagogie sociale et chauvine du fascisme.

Le fascisme arrive au pouvoir comme le parti de choc contre le mouvement révolutionnaire du prolétariat, contre les masses populaires en fermentation, mais il présente son avènement au pouvoir comme un mouvement « révolutionnaire » contre la bourgeoisie au nom de « toute la nation » et pour le « salut » de la nation. » (Le fascisme et la classe ouvrière)

Cela signifie qu’il faut gagner les couches appauvries de la petite-bourgeoisie :

« Lors de la création du front populaire antifasciste, il est d’une grande importance d’aborder de manière juste les organisations, et les partis auxquels adhèrent en nombre considérable la paysannerie travailleuse et les masses fondamentales de la petite bourgeoisie urbaine.

Dans les pays capitalistes, la majorité de ces partis et de ces organisations, tant politiques qu’économiques, se trouvent encore sous l’influence de la bourgeoisie et continuent à la suivre.

La composition sociale de ces partis et de ces organisations, n’est pas homogène.

On y trouve des Koulaks de taille à côté de paysans sans terre, de grands brasseurs d’affaires à côté de petits boutiquiers, mais la direction y appartient aux premiers, aux agents du grand Capital.

Cela nous oblige à aborder d’une façon différente ces organisations, en tenant compte du fait que, bien souvent, la masse des adhérents ne connaît pas la physionomie politique réelle de sa direction.

Dans des circonstances déterminées, nous pouvons et nous devons orienter nos efforts pour attirer, en dépit de leur direction bourgeoise, ces partis et ces organisations, ou certaines de leurs parties, aux côtés du front populaire antifasciste. » (Le fascisme et la classe ouvrière)

Tel est le point de vue communiste sur la petite-bourgeoisie, classe brisée par la crise impérialiste. Si l’on ne comprend pas la mobilisation de la petite-bourgeoisie qui suit la bourgeoisie impérialiste d’un côté, alors que de l’autre la social-démocratie paralyse les forces vives des masses populaires, on ne comprend pas le fascisme.

« Le fascisme est l’ennemi des neuf dixièmes du peuple allemand, des neuf dixièmes du peuple autrichien, des neuf dixièmes des autres peuples des pays fascistes. Comment, de quelle manière, ce pire ennemi a-t-il pu vaincre?

Le fascisme a pu accéder au pouvoir avant tout parce que la classe ouvrière, par suite de la politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie que pratiquaient les chefs de la social-démocratie, s’est trouvée scindée, désarmée au point de vue politique et au point de vue de l’organisation, face à l’agression de la bourgeoisie.

Quant aux Partis communistes, ils étaient insuffisamment forts pour soulever les masses, sans et contre la social-démocratie, et les conduire ainsi à la bataille décisive contre le fascisme. » (Le fascisme et la classe ouvrière)

Tel est le point de vue du rapport entre les révolutionnaires et les réformistes, entre les communistes et les socialistes.

Mais il y a encore un point essentiel que va aborder Dimitrov, celui de la paysannerie, encore très présente même dans les pays capitalistes. La Commune de Paris avait échoué car elle s’était retrouvée isolée, et en fait cette question est encore essentielle notamment dans les pays semi-féodaux semi-coloniaux, où justement Mao Zedong a développé la ligne correcte à ce sujet.

Dimitrov constate ainsi :

« Le fascisme a vaincu aussi parce que le prolétariat s’est trouvé coupé de ses alliés naturels.

Le fascisme a vaincu parce qu’il a réussi à entraîner à sa suite les grandes masses de la paysannerie, du fait que la social-démocratie pratiquait au nom de la. classe ouvrière une politique en réalité antipaysanne. Le paysan avait vu se succéder au pouvoir une série de gouvernements social-démocrates qui, à ses yeux, personnifiaient le pouvoir de la classe ouvrière mais pas un d’entre eux n’avait résolu le problème de la misère paysanne, pas un d’entre eux n’avait donné la terre à la paysannerie.

La social-démocratie d’Allemagne n’avait pas touché aux propriétaires fonciers: elle entravait les grèves des ouvriers agricoles.

Le résultat, c’est que ceux-ci, en Allemagne, bien avant l’accession de Hitler au pouvoir, abandonnèrent les syndicats réformistes et, dans la plupart des cas, passèrent aux Casques d’acier et aux national-socialistes. Le fascisme a vaincu encore parce qu’il a réussi à pénétrer dans les rangs de la Jeunesse, du moment que la social-démocratie détournait la jeunesse ouvrière de la lutte de classe, que le prolétariat révolutionnaire n’avait pas déployé parmi les jeunes le travail éducatif nécessaire et n’avait pas réservé une attention suffisante à la lutte pour ses intérêts et ses aspirations spécifiques.

Le fascisme a su saisir le besoin d’activité combative, particulièrement vif chez les jeunes et il a entraîné une partie considérable d’entre eux dans ses détachements de combat. » (Le fascisme et la classe ouvrière)

Ainsi les enseignements de l’Internationale Communiste concernant le fascisme sont :

-le fascisme ne consiste pas en une simple répression contre-révolutionnaire, mais en un mouvement de réorganisation de l’Etat sous l’égide de la bourgeoisie impérialiste;

-ce mouvement de fond est appuyé par la petite-bourgeoisie en crise dont l’organisation politique est très étroitement liée aux forces « nationalistes » s’appuyant sur les exigences de la bourgeoisie impérialiste;

-la social-démocratie en s’opposant au communisme empêche la classe ouvrière et les masses populaires en général d’assumer la bannière du communisme et donc celle de la lutte contre l’Etat bourgeois, dont la forme fasciste n’est qu’un avatar répondant aux exigences de la nouvelle couche dominante au sein de la bourgeoisie elle-même.

 Source : http://lesmaterialistes.com/contre-informations/apprendre-politique-antifasciste-internationale-communiste

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