Un autre regard sur Staline, par Ludo Martens – Avant-propos et Introduction

Reconstruction communiste recommande fortement la lecture du livre de Ludo Martens, Un autre regard sur Staline. Nous pouvons facilement classer cet ouvrage, peut-être pas comme un classique du marxisme, mais à tout le moins, une lecture essentielle pour comprendre autour de quoi tourne la propagande capitaliste pour «diaboliser» le communisme.

Un autre regard sur Staline - couverture de livre

 

Avant-propos

Qu’un dissident soviétique célèbre, vivant en Allemagne «réunifiée», un homme qui dans sa jeunesse poussait l’anti-stalinisme jusqu’à la préparation d’un attentat terroriste contre Staline, qui a rempli des livres pour dire tout le mal qu’il pensait de la politique stalinienne, qu’un tel homme se voie obligé, dans ses vieux jours, de rendre hommage à Staline, voilà qui laisse songeur.

Beaucoup d’hommes qui se proclament communistes n’ont pas fait preuve d’autant de courage. En effet, il n’est pas facile d’élever sa faible voix contre l’ouragan de la propagande anti-stalinienne.

D’ailleurs, un grand nombre de communistes se sentent fort mal à l’aise sur ce terrain. Tout ce que les ennemis du communisme avaient affirmé pendant trente-cinq ans, Khrouchtchev est venu le confirmer en 1956. Depuis lors, l’unanimité dans la condamnation de Staline, qui va des nazis aux trotskistes et du tandem Kissinger-Brzezinski au duo Khrouchtchev-Gorbatchev, semble s’imposer comme preuve de vérité. Défendre l’œuvre historique de Staline et du Parti bolchevik devient impensable, devient chose monstrueuse. Et beaucoup d’hommes qui s’opposent pourtant sans équivoque à l’anarchie meurtrière du capitalisme mondial ont plié sous l’intimidation.

Aujourd’hui, le constat de la folie destructrice qui s’est emparée de l’ex-Union soviétique, avec son cortège de famine, de chômage, de criminalité, de misère, de corruption, de dictature ouverte et de guerres interethniques, a conduit un homme comme Zinoviev à la remise en question de préjugés ancrés depuis l’adolescence.

Il ne fait aucun doute que ceux qui veulent défendre les idéaux du socialisme et du communisme devront au moins en faire autant. Toutes les organisations communistes et révolutionnaires de par le monde se verront obligées de réexaminer les opinions et les jugements qu’elles ont formulés depuis 1956 sur l’œuvre de Staline. Personne ne peut échapper à cette évidence: lorsqu’après 35 ans de dénonciations virulentes du «stalinisme», Gorbatchev en eut réellement fini avec toutes les réalisations de Staline, on constata que Lénine était, du même coup, devenu «persona non grata» en Union soviétique. Avec l’enterrement du stalinisme, le léninisme avait lui aussi disparu sous terre.

Redécouvrir la vérité révolutionnaire sur la période des pionniers est une tâche collective qui incombe à tous les communistes du monde. Cette vérité révolutionnaire sortira de la confrontation des sources, des témoignages et des analyses. L’apport des marxistes-léninistes soviétiques, qui seuls peuvent avoir accès à certaines sources et témoins, sera capital. Mais ils doivent travailler aujourd’hui dans des conditions des plus difficiles.

Nos analyses et réflexions sur le sujet, nous les publions sous le titre Un autre regard sur Staline. La classe dont l’intérêt fondamental consiste à maintenir le système d’exploitation et d’oppression nous impose quotidiennement sa vision de Staline. Adopter un autre regard sur Staline, c’est regarder le personnage historique de Staline à travers les yeux de la classe opposée, celle des exploités et des opprimés.

Ce livre n’est pas conçu comme une biographie de Staline. Son intention est d’aborder de front les attaques contre Staline auxquelles nous sommes le plus habitués: le «testament de Lénine», la collectivisation imposée, la bureaucratie étouffante, l’extermination de la vieille garde bolchevique, les grandes purges, l’industrialisation forcée, la collusion de Staline avec Hitler, son incompétence dans la guerre, et cetera. Nous nous sommes attelés à démonter certaines «grandes vérités» sur Staline, celles qui sont résumées des milliers de fois en quelques phrases dans les journaux, dans les cours d’histoire, dans les interviews et qui sont, pour ainsi dire, entrées dans le subconscient.

«Mais comment est-ce possible», nous disait un ami, «de défendre un homme comme Staline?»

Il y avait de l’étonnement et de l’indignation dans sa question. Elle me rappelait ce que m’avait dit, l’autre jour, un vieil ouvrier communiste. Il me parlait de l’année 1956, lorsque Khrouchtchev avait lu son fameux rapport secret. Cela provoqua des débats houleux au sein du Parti communiste. Au cours d’une de ces altercations, une femme âgée, communiste issue d’une famille juive communiste, qui avait perdu deux enfants pendant la guerre et dont la famille en Pologne avait été exterminée, s’était écriée:

«Mais comment pourrions-nous ne pas soutenir Staline, lui qui a construit le socialisme, lui qui a défait le fascisme, lui qui a incarné tous nos espoirs?»

Dans la tempête idéologique qui déferlait sur le monde, là où d’autres avaient flanché, cette femme restait fidèle à la révolution. Et pour cette raison, elle avait un autre regard sur Staline. Une nouvelle génération de communistes partagera son regard.

Introduction – L’actualité de Staline

Le 20 août 1991, l’écho du coup d’Etat farfelu de Yannaiev a résonné à travers le monde comme le prélude dissonant à la liquidation des derniers vestiges du communisme en Union soviétique. Les statues de Lénine ont été renversées et ses idées dénoncées. Cet événement a provoqué de nombreux débats au sein du mouvement communiste.

Certains ont dit qu’il s’est produit de façon totalement inattendue.

En avril 1991, nous avons publié le livre L’URSS et la contre-révolution de velours1 qui traite essentiellement de l’évolution politique et idéologique de l’URSS et de l’Europe de l’Est depuis 1956. Après le coup d’Etat professionnel d’Eltsine et sa proclamation vociférée du rétablissement capitaliste, nous n’avons rien à y changer.

En effet, les dernières escarmouches confuses entre Yannaiev, Gorbatchev et Eltsine n’étaient que les convulsions d’un système moribond, des extériorisations de décisions prises lors du 28e Congrès de juillet 1990.

«Ce congrès, écrivions-nous à l’époque, affirme nettement la rupture avec le socialisme et le passage à l’économie capitaliste.»2

Une analyse marxiste des bouleversements précipités en URSS avait conduit, fin 1989 déjà, à la conclusion suivante:

«Gorbatchev prône l’évolution lente, progressive mais systématique vers la restauration capitaliste. Le dos au mur, il cherche de plus en plus des appuis, tant politiques qu’économiques, du côté du monde impérialiste. En échange, il laisse les Occidentaux faire pratiquement tout ce qu’ils veulent en Union soviétique.»3 Une année plus tard, fin 1990, nous pouvions conclure notre analyse en ces termes:

«Depuis 1985, vague après vague, la droite a attaqué et, à chaque nouvelle étape, Gorbatchev a été entraîné plus loin vers la droite. Devant une agressivité redoublée des nationalistes et des fascistes, épaulés par Eltsine, il n’est pas impossible que Gorbatchev choisisse à nouveau la reculade. Ce qui provoquera sans doute l’effritement du Parti communiste, comme de l’Union soviétique.»4

«La balkanisation de l’Afrique et du monde arabe a assuré les conditions optimales pour la domination impérialiste. Les esprits les plus imaginatifs de l’Occident commencent à rêver, au-delà de la restauration du capitalisme en URSS, à son assujettissement économique et politique.»5

C’est à dessein que nous rappelons ces conclusions auxquelles beaucoup de marxistes-léninistes étaient arrivés en 1989 et en 1990. En effet, le dynamitage des statues de Lénine s’est accompagné d’une explosion de propagande clamant l’échec du marxisme-léninisme. Pourtant, il a été prouvé que l’analyse marxiste est au fond la seule valable, la seule qui a permis de découvrir les forces sociales réelles à l’œuvre derrière les mots d’ordre démagogiques «démocratie et liberté», «glasnost et perestroïka».

En 1956, lors de la contre-révolution sanglante en Hongrie, les statues de Staline furent détruites; trente-cinq ans plus tard, les statues de Lénine ont été réduites en poussière. Les déboulonnages des statues de Staline et de Lénine marquent les deux points de rupture avec le marxisme. En 1956, Khrouchtchev s’attaqua à l’œuvre de Staline pour changer la ligne fondamentale de la direction du Parti communiste. La dégénérescence progressive du système politique et économique qui s’ensuivit a conduit à la rupture définitive avec le socialisme, rupture consommée en 1990 par Gorbatchev.

Bien sûr, les médias nous entretiennent chaque jour de l’échec définitif du communisme dans le monde. Mais nous devons souligner que, si échec en Union soviétique il y a, c’est bien l’échec du révisionnisme, introduit en Union soviétique par Khrouchtchev, il y a 35 ans. Ce révisionnisme a abouti à l’effondrement du système politique, à la capitulation devant l’impérialisme, à la catastrophe économique. L’éruption actuelle du capitalisme sauvage et du fascisme en URSS montre bien à quoi mène finalement le rejet des principes révolutionnaires du marxisme-léninisme.

Pendant trente-cinq ans, les révisionnistes ont peiné pour démolir Staline. Une fois Staline démoli, Lénine a été liquidé en un tour de main. Khrouchtchev s’est acharné contre Staline. Gorbatchev l’a relayé en menant, au cours des cinq années de sa glasnost, une véritable croisade contre le stalinisme. Avez-vous noté que le démontage des statues de Lénine n’a pas été précédé d’une campagne politique contre son œuvre? La campagne contre Staline y avait suffi. Une fois toutes les idées politiques de Staline attaquées, dénigrées, démolies, on fit simplement le constat qu’on en avait fini, par la même occasion, avec les idées de Lénine.

Khrouchtchev a commencé son œuvre destructrice en affirmant qu’il critiquait les erreurs de Staline dans le but de «rétablir le léninisme dans sa pureté originelle» et d’améliorer le système communiste. Gorbatchev fit les mêmes promesses démagogiques pour désorienter les forces de gauche. Aujourd’hui, on doit se rendre à l’évidence: sous le prétexte de «retourner à Lénine», on a fait rentrer le tsar; sous prétexte d’«améliorer le communisme», on a ressuscité le capitalisme sauvage.

La plupart des hommes de gauche ont lu quelques ouvrages consacrés aux activités de la CIA et des services secrets occidentaux. Ils ont tous appris que la guerre psychologique et politique est une branche à part et extrêmement importante de la guerre totale moderne. La calomnie, l’intoxication, la provocation, l’exploitation de divergences, l’exacerbation des contradictions, la diabolisation de l’adversaire, la perpétration de crimes mis sur le dos de l’adversaire sont des tactiques habituelles auxquelles recourent les services secrets occidentaux.

Or, depuis 1945, l’impérialisme «démocratique» a investi des moyens colossaux dans les guerres anticommunistes, guerres militaires, guerres clandestines, guerres politiques et guerres psychologiques. N’est-il pas évident que la campagne anti-Staline a été au centre de tous les combats idéologiques menés contre le socialisme? Les porte-parole officiels de la machine de guerre américaine, Kissinger et Brzezinski, ont fait l’éloge des ouvrages de Soljénitsyne et de Conquest, qui sont aussi, par hasard, deux auteurs en vogue parmi les sociaux-démocrates, les trotskistes et les anarchistes. Au heu de «découvrir la vérité sur Staline» chez ces spécialistes de l’anticommunisme, n’auraient-ils pas mieux fait d’y découvrir les ficelles de la guerre psychologique et politique menée par la CIA?

Ce n’est vraiment pas un hasard si l’on retrouve de nos jours, dans presque toutes les publications bourgeoises et petites-bourgeoises «en vogue», les calomnies et les mensonges à propos de Staline qu’on pouvait lire dans la presse nazie pendant la guerre. C’est un signe que la lutte des classes au niveau mondial devient de plus en plus âpre et que la grande bourgeoisie mobilise toutes ses forces pour la défense tous azimuts de sa «démocratie». Lors de quelques conférences que nous avons données sur la période de Staline, nous avons lu un long texte antistalinien et demandé aux personnes présentes ce qu’elles en pensaient. Presque toujours, les intervenants soulignaient que le texte, quoique violemment anticommuniste, montrait clairement l’enthousiasme des jeunes et des pauvres pour le bolchevisme ainsi que les réalisations techniques de l’URSS et qu’il était, somme toute, assez nuancé. Ensuite, nous révélions à l’auditoire que le texte qu’il venait de commenter était un texte nazi, publié dans Signal n° 24 de 1943, en pleine guerre… Les campagnes antistaliniennes menées par les «démocraties» occidentales en 1989-1991 étaient parfois plus violentes et calomnieuses que celles menées au cours des années trente par les nazis. De nos jours, il n’y a plus les grandes réalisations communistes des années trente pour faire contrepoids aux calomnies. Il n’y a plus de forces politiques significatives pour prendre la défense de l’expérience soviétique sous Staline.

Lorsque la bourgeoisie clame l’échec définitif du communisme, elle utilise la faillite lamentable du révisionnisme pour réaffirmer sa haine de l’œuvre grandiose réalisée par Lénine et Staline. Mais ce faisant, elle pense plus à l’avenir qu’au passé. La bourgeoisie veut faire croire que le marxisme-léninisme est définitivement enterré, parce qu’elle se rend parfaitement compte de l’actualité et de la vitalité de l’analyse communiste. La bourgeoisie dispose d’une pléthore de cadres capables de faire des évaluations scientifiques de l’évolution du monde. Aussi envisage-t-elle des crises majeures, des bouleversements d’ampleur planétaire et des guerres en tout genre. Après le rétablissement du capitalisme en Europe de l’Est et en Union soviétique, toutes les contradictions du système impérialiste mondial se trouvent exacerbées. Face aux gouffres du chômage, de la misère, de l’exploitation et de la guerre qui s’ouvrent devant les masses travailleuses du monde entier, seul le marxisme-léninisme pourra montrer la voie du salut. Seul le marxisme-léninisme peut apporter aux masses travailleuses du monde capitaliste et aux peuples opprimés du tiers monde les armes de leur libération. Tout le tapage sur la fin du communisme vise ainsi à désarmer, en vue des grandes luttes futures, les masses opprimées du monde entier.

La défense de l’œuvre de Staline, qui est pour l’essentiel la défense du marxisme-léninisme, est une tâche actuelle et pressante pour faire face à la réalité de la lutte des classes sous le Nouvel Ordre mondial.

L’œuvre de Staline est d’une actualité brûlante dans les anciens pays socialistes comme dans les pays qui maintiennent leur orientation socialiste, dans les pays du tiers monde comme dans les pays impérialistes.

Staline est au centre de l’actualité dans les anciens pays socialistes.

Après la restauration capitaliste en URSS, l’œuvre de Staline a pris une grande importance pour comprendre les mécanismes de la lutte des classes sous le socialisme.

Il existe un lien entre la restauration du capitalisme à laquelle nous avons assisté et la virulente campagne contre Staline qui l’a précédée. Les éclatements de haine contre un homme qui est décédé en 1953 peuvent, de prime abord, sembler étranges sinon incompréhensibles. Pendant les vingt années qui ont précédé l’arrivée de Gorbatchev, Brejnev a incarné la bureaucratie, la stagnation, la corruption et le militarisme. Mais ni en Union soviétique ni dans le monde «libre», on n’a assisté à cette critique violente, acharnée, rageuse contre Brejnev, qui a caractérisé la croisade anti-Staline. Il est évident qu’au cours des dernières années, tous les fanatiques du capitalisme et de l’impérialisme, pour en finir avec ce qui restait du socialisme en URSS, ont pris Staline pour cible.

La dérive désastreuse entamée par Khrouchtchev montre, par opposition, la pertinence de la plupart des idées énoncées par Staline. Staline affirmait que la lutte des classes continue sous le socialisme, que les anciennes forces féodales et bourgeoises n’ont pas cessé le combat pour la restauration et que les opportunistes au sein du parti, les trotskistes, les boukhariniens et les nationalistes bourgeois aident les classes et couches antisocialistes à regrouper leurs forces. Khrouchtchev a déclaré que ces thèses étaient aberrantes et conduisaient à l’arbitraire. Mais en 1992, la figure massue du tsar Boris se dresse comme un monument témoignant de la justesse de l’analyse de Staline.

Les adversaires de la dictature du prolétariat n’ont cessé d’affirmer que Staline incarnait, non pas la dictature des travailleurs, mais sa propre dictature autocratique. Le mot Goulag devint synonyme de «dictature stalinienne». Or, ceux qui étaient dans le Goulag du temps de Staline font maintenant partie de la nouvelle bourgeoisie au pouvoir. Démolir Staline, c’était faire renaître la démocratie socialiste. Mais Staline enterré, Hitler a ressurgi de sa tombe. Et on réhabilite en Russie, en Ukraine, en Roumanie et en Slovaquie tous les héros noirs, les Vlassov, les Bandera, les Antonescu, les Tiso et autres collaborateurs nazis. La chute du mur de Berlin marque la montée du néo-nazisme en Allemagne. Aujourd’hui, confronté au déchaînement du capitalisme et du fascisme à l’Est, on comprend mieux que Staline a effectivement défendu le pouvoir ouvrier.

Staline est au centre du débat politique dans les pays qui maintiennent le socialisme.

Les médias ne manquent pas de nous rappeler régulièrement qu’il existe encore, malheureusement, un dernier carré de staliniens sur la planète. Fidel Castro se maintient dans sa petite île comme un dinosaure stalinien. Kim Il Sung surpasse Staline dans le domaine du culte de la personnalité. Les bourreaux chinois de la place Tien An Men sont les dignes héritiers de Staline. Quelques dogmatiques Vietnamiens affichent toujours les photos de Hô Chi Minh et de Staline. Bref, les quatre pays qui maintiennent, d’une façon ou d’une autre, la voie socialiste sont excommuniés du monde «civilisé» au nom de Staline. Ce tapage incessant vise aussi à susciter et à renforcer des courants «antistaliniens», c’est-à-dire bourgeois et petits-bourgeois dans ces pays.

L’œuvre de Staline gagne en actualité dans le tiers monde.

De nos jours, dans le tiers monde toutes les forces qui s’opposent à la barbarie impérialiste sont traquées et pourfendues au nom de la lutte contre le «stalinisme».

Ainsi, le Parti communiste des Philippines vient d’être, «saisi du démon stalinien des purges» d’après les termes du journal Le Monde.6 Selon un tract du groupe Meisone, les «staliniens» du Front populaire de libération du Tigré ont pris le pouvoir à Addis-Abeba. Au Pérou aussi, on entend encore les thèses mao-staliniennes, «cette langue de bois d’un autre âge», dixit monsieur Marcel Niedergang dans Le Monde. Il nous fut même donné de lire que le Baath syrien dirige «une société fermée, presque stalinienne»!7 En pleine guerre du Golfe, un journal nous rapportait les informations d’une feuille soviétique qui, en comparant des photos de Staline et de Saddam Hussein, croyait savoir que Saddam était un fils illégitime du grand Géorgien. Et les énergumènes qui ont chassé le brave père Aristide de Haïti, affirment tout à fait sérieusement que ce dernier avait installé «une dictature totalitaire»!

L’œuvre de Staline est d’une brûlante actualité pour tous les peuples qui se sont engagés dans le combat pour leur affranchissement de la domination impérialiste.

Staline représente, tout comme Lénine, la fermeté dans les luttes des classes les plus acharnées, les plus impitoyables. Staline a montré que, dans les situations les plus difficiles, seule une attitude ferme et inflexible envers l’ennemi de classe permet de résoudre les problèmes fondamentaux des masses travailleuses. L’attitude conciliante, opportuniste, défaitiste et capitularde conduit nécessairement à la catastrophe et à la revanche sanguinaire des forces réactionnaires.

Aujourd’hui, les masses travailleuses du tiers monde se trouvent dans une situation des plus difficiles, apparemment sans issue, qui ressemble aux conditions de l’Union soviétique en 1920-1933. Au Mozambique, les forces les plus rétrogrades de la société ont été utilisées par la CIA et par les services sud-africains pour massacrer 900.000 Mozambicains. Les fondamentalistes hindous, protégés depuis longtemps par le Congrès et soutenus par une partie de la grande bourgeoisie indienne, plongent l’Inde dans la terreur. En Colombie, la collusion-rivalité entre l’armée et la police réactionnaires, la CIA et les trafiquants de drogue, provoque des bains de sang parmi les masses populaires. En Irak, où une agression criminelle a fait 200.000 morts, l’embargo imposé par nos grands défenseurs des droits de l’homme continue à tuer à petit feu des dizaines de milliers d’enfants.

Dans toutes ces situations extrêmes, l’exemple de Staline montre comment mobiliser les masses pour un combat impitoyable et victorieux contre des ennemis prêts à tout.

Mais un certain nombre de partis révolutionnaires du tiers monde, engagés dans des combats acharnés avec l’impérialisme, ont progressivement dévié vers le défaitisme et la capitulation et ce processus de dégénérescence a presque toujours débuté par des attaques contre l’œuvre de Staline. L’évolution récente des partis qui constituent le FMNL au Salvador est exemplaire à ce propos.

Au sein du Parti communiste des Philippines s’est développée, depuis au moins 1985, une tendance opportuniste qui voulait mettre fin à la guerre populaire et entrer dans un processus de «réconciliation nationale». Partisans de Gorbatchev, les défenseurs de cette ligne s’attaquaient avec acharnement à Staline. Ce même opportunisme s’est exprimé sous une forme de «gauche»: voulant rapidement arriver au pouvoir, certains ont proposé une ligne militariste et une politique d’insurrection urbaine. Des responsables de cette tendance ont organisé une épuration du Parti à Mindanao, pour mettre fin à des infiltrations policières: ils ont exécuté plusieurs centaines de personnes dans des conditions contraires à toutes les règles du Parti. Mais quand le Comité central a décidé de mener une campagne de rectification, tous ces opportunistes se sont unis contre «la purge stalinienne»! José Maria Sison écrit:

«Ceux qui s’opposent le plus âprement au mouvement de rectification, sont ceux qui portaient la plus grande responsabilité pour la tendance militariste, pour la réduction importante de notre base de masse, pour la chasse aux sorcières qui a pris des proportions monstrueuses et pour la dégénérescence vers le gangstérisme. Ils étaient engagés depuis longtemps dans des campagnes de calomnies et d’intrigues. Ces renégats se sont en fait joints aux agents secrets et aux spécialistes de la guerre psychologique du régime U.S.-Ramos dans une tentative pour empêcher le Parti communiste des Philippines de se renforcer idéologiquement, politiquement et organisationnellement.»8

Le journal Démocratie Palestine du Front populaire pour la libération de la Palestine a ouvert une discussion sur

Staline.

«Les aspects négatifs de l’époque de Staline qui ont été mis en avant comprennent: la collectivisation forcée; la répression de l’expression libre et de la démocratie dans le parti et la société; l’ultracentralisme dans la prise des décisions dans le parti, dans l’Etat soviétique et dans le mouvement communiste international.»9

Toutes ces prétendues «critiques» de Staline ne sont rien d’autre que la reprise, telles quelles, des vieilles attaques anticommunistes de la social-démocratie. Prendre ce chemin et le suivre jusqu’au bout signifie, à terme, la mort du FDLP en tant qu’organisation révolutionnaire. Le parcours de tous ceux qui ont pris cette route dans le passé ne laisse aucun doute à ce propos.

L’évolution récente du Front sandiniste de libération nationale est instructive à ce sujet. Dans son interview avec Fidel Castro, Thomas Borge s’en prend dans des termes très vifs au «stalinisme»: c’est sous ce camouflage que s’est accomplie la transformation du FSLN en formation sociale-démocrate bourgeoise.

L’œuvre de Staline prend aussi une nouvelle signification dans la situation créée en Europe depuis la restauration capitaliste à l’Est.

La guerre civile en Yougoslavie montre dans quels carnages l’ensemble du continent européen pourrait à nouveau sombrer si les rivalités croissantes entre puissances impérialistes devaient provoquer une nouvelle grande guerre. Une telle éventualité ne peut plus être exclue. La carte mondiale d’aujourd’hui montre certaines ressemblances avec la situation entre 1900 et 1914, lorsque des puissances impérialistes rivalisaient pour la domination économique mondiale. Aujourd’hui, les rapports entre les six grands centres capitalistes, les EtatsUnis, la Grande-Bretagne, le Japon, l’Allemagne, la Russie et la France, sont devenus très instables. Nous sommes entrés dans une période où des alliances se nouent et se dénouent et où les batailles dans le domaine économique et commercial se mènent avec une vigueur croissante. La formation de nouveaux blocs impérialistes prêts à s’affronter par les armes entre dans le domaine des possibilités. Une guerre entre grandes puissances impérialistes ferait de toute l’Europe une gigantesque Yougoslavie. En face d’une telle éventualité, l’œuvre de Staline mérite une nouvelle étude.

Dans les partis communistes de par le monde, la lutte idéologique autour de la question de Staline présente de nombreuses caractéristiques communes.

Dans tous les pays capitalistes, la pression économique, politique et idéologique exercée par la bourgeoisie sur les communistes est extrêmement forte. Elle est une source permanente de dégénérescence, de trahison, de glissement lent vers l’autre camp. Mais toute trahison nécessite une justification idéologique aux yeux de celui-là même qui la commet. En général, un révolutionnaire qui s’est engagé sur la pente glissante de l’opportunisme «découvre la vérité sur le stalinisme». Il reprend, telle quelle, la version bourgeoise de l’histoire du mouvement révolutionnaire sous Staline. En fait, les renégats ne font aucune découverte, ils copient simplement la bourgeoisie. Pourquoi tant de renégats ont-ils «découvert la vérité sur Staline» (pour améliorer le mouvement communiste, bien sûr), mais pourquoi aucun parmi eux n’a-t-il «découvert la vérité sur Churchill»? Une découverte qui serait autrement plus importante pour «améliorer» le combat anti-impérialiste! Ayant à son actif un demi-siècle de crimes au service de l’Empire britannique (guerre en Afrique du Sud, terreur aux Indes, Première Guerre mondiale inter-impérialiste suivie de l’intervention militaire contre la République soviétique, guerre contre l’Irak, terreur au Kenya, déclenchement de la guerre froide, agression contre la Grèce antifasciste, etc.), Churchill est sans doute le seul politicien bourgeois de ce siècle à avoir égalé Hitler.

Tout écrit politique et historique est marqué par la position de classe de son auteur. Des années vingt jusqu’en 1953, la majorité des publications occidentales sur l’Union soviétique servaient le combat de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie contre le socialisme soviétique. Les écrits des membres des partis communistes et des intellectuels de gauche défendant l’expérience soviétique constituaient un faible contre-courant de défense de la vérité sur l’expérience soviétique. Or, à partir de 1956, Khrouchtchev et le Parti communiste de l’Union soviétique ont repris pour leur compte, morceau par morceau, toute l’historiographie bourgeoise sur la période

Staline.

Depuis lors, tous les révolutionnaires du monde occidental subissent une pression idéologique incessante concernant les périodes cruciales de l’essor du mouvement communiste, surtout la période de Staline. Si Lénine a dirigé la révolution d’Octobre et a tracé les grandes orientations pour la construction du socialisme, c’est Staline qui a réalisé l’édification socialiste pendant une période de trente ans. Toute la haine de la bourgeoisie s’est concentrée sur le travail titanesque accompli sous la direction de Staline. Un communiste qui n’adopte pas une position de classe ferme vis-à-vis de l’information orientée, unilatérale, tronquée ou mensongère que répand la bourgeoisie, se perdra irrémédiablement. Pour aucun autre sujet de l’histoire récente, la bourgeoisie n’a un tel intérêt à noircir et dénigrer ses adversaires. Tout communiste doit adopter une attitude de méfiance systématique envers toutes les «informations» que lui livre la bourgeoisie (et les khrouchtchéviens) sur la période Staline. Et il doit tout mettre en œuvre pour découvrir les rares sources d’informations alternatives qui défendent l’œuvre révolutionnaire de Staline.

Or, les opportunistes dans les différents partis n’osent pas contrecarrer de front l’offensive idéologique antiStaline dont le but anticommuniste est pourtant évident. Les opportunistes plient sous la pression, ils disent «oui à la critique de Staline», mais prétendent critiquer Staline «par la gauche».

Aujourd’hui, nous pouvons faire le bilan de soixante-dix années de «critiques de gauche» formulées contre l’expérience du Parti bolchevik sous Staline. Nous disposons de centaines d’ouvrages écrits par des sociauxdémocrates et des trotskistes, par des boukhariniens et des intellectuels de gauche «indépendants». Leurs points de vue ont été repris et développés par les khrouchtchéviens et les titistes. Nous pouvons mieux comprendre aujourd’hui le véritable sens de classe de cette littérature. Toutes ces critiques ont-elles abouti à des pratiques révolutionnaires plus conséquentes que celle incarnée dans l’œuvre de Staline? Les théories sont jugées, en fin de compte, par la pratique sociale qu’elles suscitent. La pratique révolutionnaire du mouvement communiste mondial sous Staline a bouleversé le monde entier et a imprimé une nouvelle orientation à l’histoire de l’humanité. Au cours des années 1985-1990, nous avons pu voir que toutes les prétendues «critiques de gauche» contre Staline, tel d’innombrables ruisseaux, se sont jetées dans le grand fleuve de l’anticommunisme. Sociauxdémocrates, trotskistes, anarchistes, boukhariniens, titistes, khrouchtchéviens, écologistes se sont tous retrouvés dans le mouvement «pour la liberté, la démocratie et les droits de l’homme» qui a liquidé ce qui restait du socialisme en URSS. Toutes ces «critiques de gauche» de Staline ont pu aller jusqu’aux conséquences finales de leur option politique et toutes ont contribué à la restauration d’un capitalisme sauvage, à l’instauration d’une dictature bourgeoise impitoyable, à la destruction des acquis sociaux, politiques et culturels des masses travailleuses et, dans de nombreux cas, à l’émergence du fascisme et des guerres civiles réactionnaires.

Parmi les communistes qui, en 1956, ont résisté au révisionnisme et ont pris la défense de Staline, les campagnes antistaliniennes se sont fait sentir d’une manière particulière.

En 1956, le Parti communiste chinois a eu le courage de défendre l’œuvre de Staline. Son document A nouveau à propos de l’expérience de la dictature du prolétariat a apporté une aide considérable aux marxistes-léninistes du monde entier. Sur la base de leur propre expérience, les communistes chinois ont aussi émis des critiques sur certains aspects de l’œuvre de Staline. Ceci est tout à fait normal dans une discussion entre communistes.

Cependant, avec le recul du temps, il apparaît que beaucoup de leurs critiques ont été formulées sous des formes trop générales. Ceci a influencé négativement beaucoup de communistes qui ont accordé de la crédibilité à toutes sortes de critiques opportunistes.

Ainsi, par exemple, les camarades chinois ont dit que, parfois, Staline ne distinguait pas nettement les deux types de contradictions, celles au sein du peuple, qui peuvent être surmontées par l’éducation et la lutte, et celles entre le peuple et l’ennemi, qui nécessitent des formes de lutte adéquates. De cette critique générale, certains ont conclu que Staline n’a pas bien traité les contradictions avec Boukharine, et ils ont fini par embrasser la ligne politique sociale-démocrate de Boukharine.

Les camarades chinois ont affirmé aussi que Staline s’ingérait parfois dans les affaires des autres partis et qu’il niait leur indépendance. De cette critique générale, certains ont conclu que Staline avait eu tort de condamner la politique de Tito et ils ont fini par accepter le titisme comme la «forme spécifiquement yougoslave du marxismeléninisme». Les événements récents en Yougoslavie font mieux comprendre comment Tito, depuis sa rupture avec le Parti bolchevik, a suivi une politique nationaliste-bourgeoise et est tombé sous la coupe américaine.

Les tâtonnements et les errements idéologiques relatifs à la question de Staline, que nous venons d’évoquer, se sont produits dans presque tous les partis marxistes-léninistes.

Nous pouvons en tirer une conclusion de portée générale. Dans notre jugement de tous les épisodes de la période 1923-1953, il faut s’efforcer de connaître dans leur intégralité la ligne et la politique défendues par le Parti bolchevik et par Staline. On ne peut souscrire à aucune critique de l’œuvre de Staline sans avoir vérifié les données primaires de la question débattue et sans avoir pris connaissance de la version donnée par la direction bolchevique.

 

Source: http://communisme-bolchevisme.net/Joseph_Staline_et_les_mensonges_de_la_bourgeoisie.htm

 

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