Crise financière, chaos économique et dictature politique, l’actualité de la lutte antifasciste

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23 mars 2015

Qui eût imaginé il y a seulement 10 ans que dans la France de 2015 on puisse être condamné à une peine de prison pour un simple message humoristique posté sur un réseau social ? Par touches successives et dans une indifférence quasi-complète se met en place ce qui ressemble de plus en plus clairement à une dictature. Le gouvernement actuel poursuit, en l’intensifiant et en l’élargissant, la révolution sécuritaire qui débute en France au milieu de la décennie 1970. Plusieurs évolutions en cours indiquent un recul effectif de la démocratie :

– un renforcement des pouvoirs donnés aux forces de renseignement et d’intervention,
– une restriction progressive des libertés publiques,
– une montée en puissance des procédures d’exception dérogatoires au droit pénal sous couvert de « guerre contre le terrorisme »,
– une répression politique contre ceux qui combattent l’idéologie dominante,
– une multiplication des lois discriminatoires contre la communauté musulmane.

Ces offensives sur le front intérieur s’accompagnent d’une diplomatie agressive et même belliciste contre les pays résistants à l’impérialisme occidental (Russie et Syrie en particulier) et d’un soutien affiché aux dictatures qui le servent (Ukraine, Egypte et monarchies du Golfe). « L’impérialisme, c’est la réaction sur toute la ligne et le renforcement de l’oppression nationale, conséquence du joug de l’oligarchie financière », écrivait Lénine. Un siècle plus tard, les faits sont là : politiques liberticides, laminage de la démocratie et mise en place d’un État policier sur fond de débâcle financière et économique et de durcissement des tensions géopolitiques.

Les politiques autoritaires menées par les élites mondialistes sont une réponse à l’aggravation des contradictions du capitalisme parvenu à son stade terminal de pourrissement. La domination de l’oligarchie perd peu à peu sa forme démocratique pour devenir une dictature politique ouverte, ce que l’on appelle communément le fascisme. L’analyse que faisait Georges Dimitrov de ce phénomène il y a 80 ans n’a rien perdu de son actualité. Elle permet de comprendre les ressorts de la situation actuelle.

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Vers un renforcement du contrôle social

Tout comme la Révolution néolibérale, sa soeur jumelle, la Révolution sécuritaire est un processus sans fin. Après les lois antiterroristes de 1986, 1992, 1996, 2001 et 2006 qui ont toutes laminé progressivement les droits du justiciable, renforcé les pouvoirs des services de renseignement et de la police, intensifié la surveillance des citoyens et militarisé l’espace public, le gouvernement actuel a rajouté deux grosses pierres à cette édifice : la loi du 21 décembre 2012 relative à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme et la loi du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme. Par un effet cumulatif – chaque nouvelle loi n’efface pas les précédentes mais vient ajouter de nouvelles dispositions régressives – la dernière est la plus liberticide de toutes celles déjà promulguées. Deux mois après son vote définitif, on commence à mesurer ses effets, notamment ceux de son innovation majeure : la création d’un délit d’apologie du terrorisme, aux contours éminemment flous. Quiconque manifeste des signes d’insoumission peut tomber sous le coup de cette inculpation d’autant plus aisément que le repérage des suspects bénéficie d’une force logistique aux pouvoirs accrus et de dispositifs de renseignement de plus en plus intrusifs grâce à la loi de programmation militaire qui par son article 20 légalise la surveillance d’Internet. Le dernier projet en date, celui de la loi sur le renseignement, qui sera voté avant l’été, permettra aux services de renseignement de surveiller les connexions des internautes sans passer par l’aval d’un juge. Il a suscité de fortes réserves de la part de la CNIL.

Un nouveau régime pénal d’exception

La guerre contre le terrorisme réduit les libertés publiques avec le consentement des populations concernées qui, sous l’effet du matraquage sécuritaire administré par les medias, sont désormais prêtes à sacrifier leurs libertés pour plus de sécurité. L’émotion suscitée par chaque nouvel attentat est ainsi l’occasion pour le gouvernement de prendre des mesures d’exception qui rapprochent la législation française toujours un peu plus du modèle du Patriot Act étasunien promulgué après les attentats du 11 septembre. Mises bout à bout, ces réformes transforment en profondeur le régime procédural des sanctions en créant une justice d’exception parallèle qui lamine peu à peu l’état de droit. Le domaine de la lutte antiterroriste s’affranchit de plus en plus des contraintes du droit pénal classique : la loi de novembre 2014 donne de nouveaux pouvoirs d’investigation aux enquêteurs pour fouiller les ordinateurs à distance, perquisitionner du matériel informatique, requérir des personnes pour déchiffrer des données cryptées et avoir recours à des écoutes et des sonorisations. La dernière loi sur le renseignement étend l’emploi de ces méthodes aux faits touchant la Défense Nationale, les intérêts de politiques étrangères, les intérêts économiques et scientifiques majeurs ainsi qu’aux « violences collectives pouvant porter gravement atteinte à la paix publique ». Notions pour le moins élastiques qui recouvrent quasiment tout le spectre de la contestation sociale et politique…

La surveillance par les services de renseignement des connexions des internautes et des sites jugés dangereux ainsi que leur suppression éventuelle par le pouvoir exécutif peut désormais se faire sans l’aval d’un juge et sans justification relative au contenu. Minority Report ne sera bientôt plus une fiction : la sanction peut être appliquée préventivement, avant même la commission de l’acte. La volonté (supposée) du sujet de commettre une infraction, attestée par des indices de comportement suspect (comme le fait de visiter certains sites Internet) peut être sanctionnée au même titre que l’acte accompli, sans même qu’il y  ait commencement d’exécution. Cette « justice prédictive » conduit à punir quelqu’un pour ce qu’il est – et donc pour ce qu’il pourrait faire étant donné sa dangerosité supposée – et non pour ce qu’il a fait. Le terme même de « guerre » contre le terrorisme indique que l’on a quitté le registre du droit pénal classique qui considère l’infracteur comme un délinquant amendable pour celui du droit pénal de l’ennemi qui est caractéristique des régimes totalitaires. Un ennemi est au mieux neutralisé, au pire éliminé. La guerre justifie l’emploi de mesures de sûreté comme l’internement des présumés terroristes (qualifiés « d’ennemis combattants illégaux ») dans les lieux de non-droit comme le camp de Guantanamo ou les « prisons secrètes de la CIA« .

Soumission au sionisme et racisme d’État

La réduction des libertés publiques, notamment d’expression, prend pour cible ceux qui refusent de rentrer dans le rang.  Face à la contestation montante, le ministre de l’Intérieur n’a pas hésité à modifier le droit au mépris de la séparation des pouvoirs. La jurisprudence Dieudonné, véritable coup de force politico-judiciaire qui lamine le droit protecteur de la création artistique, est lourd de conséquences pour les libertés publiques et a été dénoncé comme tel par les associations de défense des Droits de l’Homme. Les élites politiques ne défendent que la liberté d’expression de ceux qui servent leurs intérêts : soutien aux caricatures islamophobes de Charlie Hebdo, persécution contre les dessinateurs dissidents. Dans les faits, la liberté d’expression ne fait que régresser.

Enfin, comme toutes les politiques répressives menées dans un contexte de crise, celle du gouvernement utilise un bouc-émissaire ou une victime de substitution afin de faire diversion aux vrais problèmes économiques et sociaux posés par la dictature de l’oligarchie. Les mesures répressives contre le port du voile, véritables lois de Nuremberg des temps modernes, fabriquent des citoyens de seconde zone auxquels on interdit de manifester leur appartenance religieuse. Les musulmans sont devenus des parias de la République. Le modèle du choc des civilisations, nouvelle idéologie dominante, justifie ces politiques du deux poids, deux mesures au service du sionisme.

Choc des civilisations et guerre impérialiste

Cette politique discriminatoire sur le front intérieur s’accompagne d’une participation aux guerres de l’Empire menées contre les peuples d’Orient, Irak en particulier, sous couvert d’éradication du terrorisme, afin de « sécuriser » les profits des entreprises occidentales qui s’y trouvent. L’idéologie du choc des civilisations partagée par les élites mondialistes légitime les guerres de reconquête en cachant leurs mobiles économiques et financiers derrière des discours qui font de l’occident judéo-chrétien une citadelle assiégée par l’Islam. La défense stratégique de l’occident  passe aussi par un soutien politique, financier et militaire à la junte fasciste de Kiev. En Ukraine, le processus de fascisation à l’œuvre partout dans l’Europe en crise est arrivé à son terme. Le modèle autoritaire est la forme ultime que peut prendre l’État bourgeois quand il est confronté à une crise d’une intensité particulière. La victoire du fascisme est :

« un signe montrant que la bourgeoisie n’est plus en mesure d’exercer le pouvoir par les vieilles méthodes du parlementarisme et de la démocratie bourgeoise, ce qui l’oblige à recourir dans sa politique intérieure, aux méthodes terroristes de gouvernement ; comme un signe attestant qu’elle n’a plus la force de trouver une issue à la situation actuelle sur la base d’une politique extérieure de paix, ce qui l’oblige à recourir à une politique de guerre » (J. Staline, Les questions du léninisme, 1947).

L’austérité, voie royale vers le fascisme

Confrontée à une crise financière sans précédent, l’Union Européenne a pris le chemin d’une fuite en avant austéritaire qui contraint les peuples à toujours plus de sacrifices et les enferme dans la spirale de la récession. Le dernier programme d’austérité en date qui s’abattra sur la France après les élections départementales est encore plus dur que les précédents : la Commission exige pas moins de 30 milliards d’euros de coupes budgétaires en plus des 50 milliards d’euros déjà prévus par le gouvernement Valls d’ici 2017, et 4 milliards d’euros de coupes supplémentaires dès cette année. Dans son interview au Parisien du mercredi 4 mars, François Hollande a déjà accepté le nouveau diktat de la Commission. Il a déclaré que « si Bruxelles demande 4 milliards de plus pour respecter nos engagements en matière de réduction des déficits publics, ils seront trouvés par des économies nouvelles ».

Et comme si ça ne suffisait pas, la Commission exige de nouvelles « réformes structurelles » qui concerneront les retraites, l’assurance-chômage et le marché du travail : recul de l’âge du départ à la retraite, réduction des indemnités des chômeurs et facilitation des licenciements. Et avec à la clé de nouvelles sanctions contre la France si elle ne se conforme pas aux exigences des diktats bruxellois.

Comment contraindre la majorité de la population à vivre dans des conditions toujours plus dégradées ? Le maintien en vie du capitalisme à son stade terminal requiert l’usage de la force, l’exercice d’un pouvoir d’État toujours plus répressif :

« Les milieux impérialistes tentent de faire retomber tout le poids de la crise sur les épaules des travailleurs. C’est pour cela qu’ils ont besoin du fascisme. Ils s’efforcent de résoudre le problème des marchés par l’asservissement des peuples faibles, par l’aggravation du joug colonial et par un nouveau partage du monde au moyen de la guerre. c’est pour cela qu’ils ont besoin du fascisme » (G.Dimitrov, VIIè Congrès de l’IC, 1935).

L’Union Européenne, un projet fasciste

L’Union Européenne en tant que bloc impérialiste ne peut être à terme qu’un projet fasciste car la crise de l’endettement est non résolvable dans le cadre des institutions actuelles, la monnaie unique privant les États européens de toute relance par l’inflation et les condamnant à une récession sans fin. Face à cette débâcle inévitable, on peut prévoir que la dictature oligarchique qui s’exerce sur les peuples européens se passe de la forme démocratique de gouvernement, de moins en moins adaptée, pour s’appuyer sur des États autoritaires relayant les injonctions de la Troïka. On peut parler à ce sujet d’euro-fascisation dont l’épicentre se situe dans les centres de pouvoir et les institutions même du grand capital. Dans un récent rapport, JPMorgan Chase plaide pour l’abrogation des constitutions démocratiques bourgeoises établies après la Seconde Guerre mondiale dans une série de pays européens et la mise en place de régimes autoritaires afin de laminer les oppositions aux mesures d’austérité massivement impopulaires appliquées au nom des banques. Des gouvernements au service exclusif des intérêts du capital financier et soumettant les peuples par la force étatique brute : nous avons la caractérisation exacte du fascisme qui est :

« la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier » (G.Dimitrov, VIIè congrès de l’IC, 1935).

La militarisation est également une tendance lourde de l’impérialisme analysé par Lénine. Les oligarchies occidentales poursuivent leurs guerres de rapine contre les peuples dominés sous la bannière de l’OTAN afin de préserver les intérêts et les profits des multinationales. La guerre contre le « terrorisme » au Mali a été menée par les impérialistes français pour « sécuriser » l’approvisionnement des centrales françaises en uranium au Niger et protéger ainsi les intérêts d’Areva. Israël, tête de pont de l’impérialisme américain au Moyen-Orient, joue un rôle décisif dans la guerre de civilisation contre les peuples d’Orient, assimilés à l’axe du mal par la théorie néoconservatrice. Pièce maîtresse du Nouvel Ordre Mondial, sa capitale Jérusalem est appelée à devenir  le siège du futur gouvernement mondial. Le sionisme, qui justifie l’hégémonie occidentale sur les peuples dominés, est partie intégrante de l’idéologie des élites mondialistes qui sépare le monde en deux camps – occident judéo-chrétien contre Islam barbare. Comme l’a si bien dit Christophe Barbier à propos de l’opération plomb durci, quand Tsahal bombarde les populations palestiniennes – femmes et enfants compris – elle le fait pour notre tranquillité.

La classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle (Marx) : l’hyper-classe mondialisée assure donc la promotion médiatique de l’idéologie sioniste ou pro-occidentale – parfois en menant de véritables campagnes de désinformation – en même temps qu’elle se donne les moyens de sanctionner politiquement ou même pénalement ceux qui la contestent.

Crise et social-fascisme

Le fascisme est-il nécessairement instauré par un coup d’État ?  Pour Georges Dimitrov :

« on ne saurait se faire de l’arrivée du fascisme au pouvoir l’idée simpliste et unie qu’un comité quelconque du capital financier déciderait d’instaurer à telle date la dictature fasciste (…) avant l’instauration de la dictature fasciste, les gouvernements bourgeois passent ordinairement par une série d’étapes préparatoires et prennent une série de mesures réactionnaires contribuant à l’avènement direct du fascisme« .

Le processus engagé en France est un processus de fascisation : une succession de réformes laminant les droits démocratiques et sociaux par lesquelles la social-démocratie fraye la voie au fascisme. La fascisation est le mouvement vers le fascisme qui se développe de l’intérieur même de la démocratie bourgeoise en crise. La politique actuelle en apparence démocratique mais en réalité fasciste peut être qualifiée de « sociale-fasciste ». Démocratie bourgeoise et fascisme assurent tous deux la même dictature du capital impérialiste mais la première n’est durablement efficace que lorsque la bourgeoisie a les moyens de lâcher des « miettes » et de faire des concessions à la classe dominée. La seconde survient quand elle n’a plus de grain à moudre et que les contradictions produites par la crise deviennent insurmontables par les méthodes démocratiques. L’histoire nous a montré que l’on peut passer aisément de l’une à l’autre : « le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie mais son évolution par temps de crise » (Brecht). Dans le contexte de récession sans fin que connaît l’UE, la situation de l’Ukraine, au bord du gouffre économique et sous le joug du fascisme, pourrait bien devenir à moyen terme la norme des pays européens.

 

Source: http://communisme-bolchevisme.net/analyses_actualite_internationale.htm#43

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