Loi tendancielle de la baisse du taux du profit (Le commerce international – extrait)

Extrait du Kapital de Karl Marx Livre III Tome I Troisième partie –
Loi tendancielle de la baisse du taux du profit (Le commerce international – extrait)

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Il s’agit ici de simplement apporter un début d’éclaircissement pour expliquer le fait empirique vérifiable suivant lequel la loi de la baisse tendancielle du taux de profit qui fut momentanément suspendu avec la fin de l’élimination de la surproduction capitaliste en 1945 jusqu’à la chute du Mur de Berlin et du bloc des pays socialistes dans les années 90. Après cette période atypique, toutefois, nous avons vu réapparaitre les principes de la loi tendancielle de la baisse du taux de profit, découverte par Karl Marx. Le commerce international joue un rôle qui accentue les principes de la loi tendancielle de la baisse du taux de profit tout en favorisant un très fort taux de profit à fois, mais passager et temporaire, venant ainsi consolider le principe suivant lequel si on jette de l’huile sur un feu, celui-ci va se consommer plus rapidement parce que plus intensément. C’est ce que Karl Marx a nommé dans ses travaux comme les développements contradictoire de la loi suivant lequel nous devons mesurer l’intensité de la présence des facteurs antagonistes pour comprendre les principes de la loi visant à expliquer les développements contradictoires  de l’économie capitaliste.

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La loi en vertu de laquelle la baisse du taux du profit provoquée par le développement de la productivité est accompagnée d’une augmentation absolue du profit, a également pour conséquence que toute baisse des prix des marchandises issues de la production capitaliste ne va pas sans une augmentation relative des profits qui y sont contenus et qui sont réalisés par leur vente.
Par suite du développement de la force productive et des progrès correspondants de la composition du capital, une quantité de plus en plus grande de moyens de production est mise en œuvre par une quantité de plus en plus petite de travail ; il en résulte que chaque fraction du produit total, chaque marchandise absorbe moins de travail vivant et contient moins de travail matérialisé, que fon considère ce dernier comme provenant de l’usure du capital fixe ou qu’on l’envisage comme provenant des matières premières et auxiliaires mises en œuvre. Chaque marchandise contenant ainsi moins de travail passé (fourni par les moyens de production) et moins de travail présent (vivant) son prix diminue nécessairement. Cependant la quantité de profit qu’elle représente peut augmenter, et il suffit pour cela que le taux de la plus-value absolue ou relative augmente ; la marchandise contiendra, il est vrai, moins de travail nouveau, mais la fraction non payée de celui-ci aura augmenté par rapport à la fraction payée. Pareille conséquence ne se constate cependant que dans certaines limites. En effet, la diminution – cette diminution s’accentue de plus en plus à mesure que la production se développe – de la quantité de travail vivant incorporé à chaque marchandise est accompagnée d’une diminution de la quantité de travail non payé, quel que soit l’accroissement de cette dernière relativement à la quantité de travail payé. Sous l’action des progrès de la productivité du travail, le profit correspondant à chaque marchandise diminue considérablement malgré l’accroissement du taux de la plus-value ; et cette diminution (de même que la baisse du taux du profit) n’est ralentie que par la dépréciation des éléments du capital constant et l’action des autres facteurs, dont nous nous sommes occupés dans la première partie de ce volume, qui poussent à l’accroissement du taux du profit alors que le taux de la plus-value reste constant ou même est en décroissance.
 
Dire que le prix des marchandises dont l’ensemble constitue le produit total diminue, c’est dire qu’une même quantité de travail est incorporée à une quantité plus grande de marchandises ou que chaque marchandise prise isolément contient moins de travail qu’auparavant; ce cas se présente même lorsque le prix d’une partie seulement du capital constant augmente, par exemple, le prix des matières premières. A part quelques exceptions (comme lorsque la production du travail diminue dans une même mesure tous les éléments du capital constant et du capital variable), le taux du profit baisse malgré l’élévation du taux de la plus-value : 1° lorsque le travail vivant nécessaire étant devenu moindre, la fraction non payée de ce travail, bien que représentant une partie plus considérable de ce dernier, est plus petite qu’auparavant; 2° lorsque le capital ayant atteint une composition plus élevée, ce progrès a pour conséquence de diminuer, dans chaque marchandise, la fraction de la valeur représentant le travail vivant par rapport à l’autre fraction représentant les matières premières, les matières auxiliaires et l’usure du capital fixe.

 

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Le commerce international, en diminuant le prix des éléments du capital constant et des aliments pour lesquels est dépensé le capital variable, fait hausser à la fois le taux de la plus-value et le taux du profit. D’autre part, en poussant à l’agrandissement de l’échelle de la production, en accélérant l’accumulation, il provoque une diminution de l’importance du capital variable par rapport au capital constant et par conséquent la baisse du taux du profit. De même, le commerce international qui était un facteur de la production capitaliste lorsqu’elle commençait à se développer, en devient un produit dès qu’un marché international est indispensable pour l’écoulement des marchandises. (Cet aspect double du commerce international a complètement échappé à Ricardo).

 

Ici se pose une question qui à proprement parler sort du cadre de nos recherches : Le taux de profit plus élevé que réalisent les capitaux engagés dans le commerce international et surtout dans le commerce colonial, a-t-il pour conséquence l’augmentation du taux général du profit?

 

Le commerce international rapporte un profit dont le taux est plus élevé parce qu’il offre des marchandises a des pays moins avancés au point de vue des procédés de fabrication et qu’il peut, tout en les leur cédant à un prix inférieur au leur, les vendre au-dessus de leur valeur. Le travail des pays avancés compte dans ce cas comme travail d’un poids spécifique plus élevé et est porté en compte comme travail de qualité supérieure, bien qu’il ne soit pas payé comme tel ; d’où nécessairement une hausse du taux du profit. Ce qui n’empêche pas que le produit que sortirait du pays dans lequel on l’exporte à un prix moins élevé que celui auquel ce dernier pourrait le produire, la quantité de travail qui y est incorporé par le pays exportateur étant beaucoup moindre que celle que le pays moins avancé devrait y consacrer; de même un fabricant qui applique une nouvelle invention avant qu’elle soit généralisée, peut profiter de la productivité spécifique plus élevée du travail qu’il met en ceuvre et réaliser un surprofit en vendant ses marchandises moins cher que ses concurrents, bien qu’à un prix qui en dépasse notablement la valeur.

 

D’autre part, les capitaux engagés dans les colonies rapportent des profits d’un taux plus élevé, parce que telle est la règle dans les pays peu avancés au point de vue économique, où l’on fait travailler des esclaves et des coolies et où l’on exploite le travail avec plus d’âpreté. A moins que des monopoles ne fassent sentir leur influence, rien ne s’oppose sous un régime de libre concurrence à ce que ces taux plus élevés contribuent à une majoration du taux général du profit (1). Cependant Ricardo n’est pas de cet avis. D’après lui l’argent des marchandises vendues aux pays étrangers sert à importer des marchandises provenant de ces pays et qui, vendues dans les pays qui les importent, rapportent tout au plus un bénéfice exceptionnel et passager aux producteurs qui ont été les points de départ de l’échange. L’erreur de Ricardo apparait dès qu’on fait abstraction de la monnaie. Le pays qui expédie aux colonies échange moins de travail contre plus de travail, bien que la différence, comme dans tout échange e4tre le capital et le travail, ne profite qu’à une classe. Mais le taux du profit est plus élevé dans les colonies, ce qui, dans des conditions naturelles défavorables, correspond à une dépréciation de la valeur des marchandises ; par conséquent s’il y a compensation, elle n’a pas lieu au niveau primitif, comme le croit Ricardo.

 

D’un côté, le commerce international développe la production capitaliste et, par conséquent, la diminution du capital variable par rapport au capital constant ; d’autre part, en exagérant les besoins de l’étranger, il provoque la surproduction et entraine ainsi à -la longue un effet oppose.

 

Nous voyous donc qu’en général les causes qui déterminent la baisse du taux général du profit mettent en jeu des facteurs antagonistes, qui retardent, ralentissent et paralysent en partie cette chute, qui ne suppriment pas la loi, mais en affaiblissent l’action, si bien que celle-ci ne frappe les yeux que dans des circonstances spéciales et lorsqu’on l’observe pendant une période de longue durée.

 

Avant d’aller plus loin et afin d’éviter tout malentendu, nous énoncerons de nouveau deux principes que nous avons déjà mis en évidence à plusieurs reprises :

 

Primo. – Le même procès, qui au cours du développement de la production capitaliste détermine la baisse des prix des marchandises, entraine la modification de la composition organique du capital productif de la société et, par conséquent, la baisse du taux du profit. La diminution du coût relatif de chaque marchandise, même en y comprenant l’usure de l’outillage, ne doit donc pas être identifiée avec l’augmentation de la valeur du capital constant par rapport à celle du capital variable, bien que toute diminution du coût relatif du capital constant, l’importance de ses éléments matériels restant invariable ou augmentant, entraine la baisse du taux du profit, c’est-à-dire une diminution de la valeur du capital constant par rapport à celle du capital variable.

 

Secundo. — De ce que le travail vivant contenu dans les différentes marchandises représentant le produit du capital diminue de plus en plus par rapport aux matières et aux moyens de production qui y sont incorporés, il ne résulte nullement que le travail non payé qu’elles contiennent diminue relativement au travail payé. Le contraire est vrai; la partie non payée augmente par rapport à la partie payée, par suite de la diminution soit absolue, soit relative de cette dernière, par suite de l’accroissement de la plus-value absolue ou relative. A la tendance à la baisse du taux du profit se rattache une tendance à la hausse du taux de la plus-value, c’est à-dire du degré d’exploitation du travail. Rien de plus absurde donc que d’expliquer la baisse du taux du profit par une hausse du taux des salaires, bien que le fait puisse se présenter exceptionnellement. La statistique ne parvient à analyser d’une manière intelligente les salaires aux différentes époques et dans les différents pays que si elle part d’une saine compréhension des rapports qui déterminent le taux du profit. Celui-ci baisse, non parce que le travail devient moins productif, mais parce que sa productivité augmente; la baisse du taux de la plus-value et celle du taux du profit ne sont que des expressions capitalistes de l’accroissement de la productivité du travail.

 

  1. L’accroissement du capital par actions.

 

Aux cinq facteurs dont nous venons d’analyser l’influence, il convient d’ajouter le suivant sur lequel nous ne nous appesantirons guère pour le moment. A mesure que la production capitaliste et l’accumulation du capital se développent, une partie de ce dernier n’est utilisée que pour produire des intérêts ; non pas des intérêts comme ceux qui accompagnent les prêts d’argent et qui n’ont rien à voir avec le taux général du profit, qui part de l’expression : intérêt -~- profits de tolite nature -+- rente ; mais des dividendes comme ceux qu’abandonnent, déduction faite de tous les frais, grands et petits, les capitaux engagés dans les grandes entreprises industrielles, telles que les chemins de fer, etc. Bien que ces capitaux ne contribuent pas à l’égalisation des taux de profit, puisqu’ils donnent un profit inférieur à la moyenne, on peut cependant les faire entrer théoriquement en ligne de compte pour le calcul du taux général. Celui-ci, devient alors plus petit que celui qui existe en apparence et qui attire les capitalistes, car c’est précisément dans ces entreprises que le capital constant est le plus grand par rapport au capital variable.

CHAPITRE XV

LE DÉVELOPPEMENT DES CONTRADICTIONS IMMANENTES DE LA LOI

  1. Considérations générales

Nous avons vu, dans la première partie de ce volume, que le taux du profit est toujours inférieur à celui de la plus-value et nous venons d’exposer que même l’accroissement du taux de la plus-value a une tendance à se traduire par une baisse du taux du profit. Les deux taux ne sont égaux que dans le seul cas où c’est égal à zéro, c’est-à-dire lorsque le capital est exclusivement avancé pour le salaire. La baisse du taux du profit n’est accompagnée d’une baisse du taux de la plus-value que lorsque le rapport entre la valeur du capital constant et la quantité de force de travail reste invariable ou que cette dernière augmente par rapport à la première. Si Ricardo confond le taux du profit avec le taux de la plus-value, c’est parce qu’il assigne une grandeur constante à la journée de travail, qu’elle soit intensive ou extensive.

La baisse du taux du profit et l’accélération de l’accumulation sont des manifestations d’un même phénomène, puisqu’elles expriment l’une et l’autre le développement de la productivité. L’accumulation accentue la baisse du taux du profit, parce qu’elle détermine la concentration des travaux et une composition supérieure du capital. A son tour, la baisse du taux du profit active la concentration et la centralisation du capital parce qu’elle pousse à la mise hors combat des petits capitalistes et à l’expropriation des derniers survivants de la production directe, accélérant ainsi l’accumulation en tant que masse, la faisant tomber en tant que taux.

Cependant la plus-value étant le but de la production capitaliste, la baisse du taux du profit ralentit la formation de capitaux nouveaux et favorise la surproduction, la spéculation, les crises, la surabondance de capital et la surpopulation. Aussi les économistes comme Ricardo, qui considèrent la production capitaliste comme une forme définitive, constatent- ils qu’elle se crée elle-même ses limites et attribuent-ils cette conséquence, non pas à la production, mais à la Nature (dans la théorie de la rente). Ce qui les épouvante surtout dans la baisse du taux du profit, c’est le sentiment que le régime capitaliste rencontre dans le développement des forces productives, des bornes qui n’ont rien à voir avec la production de la richesse en elle-même, des limites qui établissent le caractère historique, passager, du mode capitaliste et montrent qu’à un moment donné il doit forcément se trouver en conflit avec les conditions mêmes de son développement.

Source : http://classiques.uqac.ca/classiques/Marx_karl/capital/capital_livre_3/capital_livre_3_1/capital_livre_3_1_fichiers.html

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