CONTRE-OFFENSIVE IDEOLOGIQUE par Vincent Gouysse

Symbole du communisme avec une planète en feu(1)

CONTRE-OFFENSIVE IDEOLOGIQUE

 VINCENT GOUYSSE

 

1ère édition, octobre 2014

WWW.MARXISME.FR

 

       

Copyright Vincent Gouysse, octobre 2014. Diffusion libre de l’édition numérique : reproduction totale ou partielle du texte autorisée pour tous les pays sous réserve d’indiquer la source. Pour la traduction, s’adresser à l’auteur.

 

 

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Légende des illustrations de la couverture :

En 1937, l’exposition universelle de Paris voit l’aigle du Reich surplombant le pavillon de l’Allemagne nazie faire face à la statue de l’ouvrier et de la kolkhozienne coiffant le pavillon de l’Union Soviétique. Œuvre de la sculptrice Vera Ignatievna Moukhina, la sculpture principale haute de 25 mètres et pesant 80 tonnes représentent le pouvoir des travailleurs et a été réalisée en acier inoxydable. De part et d’autre du pavillon soviétique se trouvent deux blocs sculptés de Joseph Tchaïkov représentant les habitants des différentes républiques soviétiques. A l’inverse, la pavillon et la sculpture nazie glorifient le « surhomme » aryen, le prédateur fasciste féroce cherchant à asservir les peuples. La symbolique de cette opposition idéologique irréductible est particulièrement forte au moment où la Guerre d’Espagne fait rage : alors que l’URSS incarne la seule et véritable opposition au fascisme, ce face à face annonce la guerre d’extermination que les pays impérialistes « démocratiques » rêvent alors de voir éclater entre les deux protagonistes… pendant qu’eux-mêmes se verraient bien cantonnés au rôle de « spectateurs » ou « d’arbitres ». En 1937, Paris, Londres et Washington soutiennent en effet Franco dans la coulisse (financièrement et commercialement) et sacrifieront bientôt l’Autriche, la Tchécoslovaquie et la Pologne à Hitler pour l’encourager à poursuivre la conquête de son « espace vital » vers l’Est soviétique… Les impérialistes anglo-franco-américains comptent alors sur l’impérialisme allemand pour détruire le berceau de la révolution communiste internationale, l’embryon d’un monde nouveau qui émerge alors même que le monde bourgeois, confronté à une profonde crise économique, croule sous le poids de ses propres contradictions.

 

 

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ISBN 978-1-326-06214-9

                 

SOMMAIRE :

Avant-propos (p. 5)

  • Contre-culture : Le réalisme socialiste dans la chanson soviétique (p. 7)
  • Ce que sont les « Amis de l’URSS » et comment ils luttent contre les marxistes-léninistes… (p. 157)

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Autres documents écrits pour l’OCF

  • Capitalisme et crise économique (p. 186)
  • Les enseignements de « l’affaire Dieudonné » (p. 191)
  • De la « liberté de la presse » sur le front de la « guerre des classes » … (p. 196)
  • De la réaction politique sous l’impérialisme (p. 198)
  • Le matérialisme dialectique : une méthode scientifique (p. 201)
  • De la source et du rôle des préjugés religieux (p. 204)
  • Sionisme et antisémitisme : les deux faces de la même médaille (p. 207)
  • Une année 2013 très contrastée pour la sidérurgie mondiale (p. 209)
  • Salariat, crise économique et socialisme : constat et perspectives (p. 211)
  • La fin de l’Histoire ? Non, celle de la préhistoire de l’humanité ! (p. 216)
  • Un autre monde est possible… et nécessaire ! (p. 218)
  • La question nationale sous le capitalisme et le socialisme (p. 220)
  • FN vs « Front de gauche » : victoire par KO ! ─ Et les travailleurs dans tout ça ? (p. 224)
  • Célébrations du 6 juin 1944 : entre mémoire sélective et culture de l’oubli… (p. 227)
  • Les dessous du bras de fer russo-occidental en Ukraine (p. 237)
  • Prime de naissance, congé parental : les dessous de la fin programmée de la politique nataliste… (p. 239)

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Annexes

A ─ Extraits de Que faire ? ─ Journal communiste d’information ─ Organe de l’OCF

 

N°1 – Février 2014 :

  • « Je ne sais pas ce qu’est un homme, je ne connais que son prix ». (p. 244)
  • Mais qui sont-ils ? (p. 246)
  • On va dans le mur… (p. 248)

N°2 – Avril 2014 :

  • 85 = 3 500 000 000 (p. 250)
  • Abstention : la véritable percée ! (p. 252)
  • Le camarade Pascal Lamy (p. 253)

 

N°3 – Juillet 2014 :

  • Ce que tout gréviste doit savoir. (p. 254)
  • France-Inter : départ à la retraite. (p. 256)
  • Mais pourquoi ne le diraient-ils pas tout haut ? (p. 257)
  • I.B. (p. 258)
  • Un ministre des finances… Prudent. (p. 260)

 

N°4 – Octobre 2014 :

  • Réformes ? (p. 261)
  • « L’exemple » allemand ? (p. 263)
  • Les gens qu’on ne voit pas… Laurence Boone. (p. 264)
  • Bouygues en correctionnelle. (p. 265)
  • C’est l’automne, les promenades peuvent reprendre… (p. 266)
  • La guerre est-elle à l’ordre du jour ? (p. 269)

 

B ─ Autres documents :

  • Capitalisme : régimes et système (p. 271)
  • Comprendre l’exploitation capitaliste de façon simple. (p. 280)
  • Nous voulons vivre dignement ! (p. 284)
  • Ce que pensent d’autres camarades de la mouvance URCF-PRCF… (p. 288)
  • Adam Smith : Méfiez-vous des capitalistes ! (p. 292)

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Notes (p. 296)

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Avant-propos

Lorsque le camarade Vincent nous a demandé d’écrire une introduction à son nouveau livre intitulé Contre-offensive idéologique, nous nous sommes sentis très honorés de la confiance mise en nous.

À une époque où le système capitaliste-impérialiste mondial est sur le point de s’effondrer, quand la crise inévitable qui touche la société bourgeoise affiche sa nature perverse, exploiteuse et réactionnaire, l’offensive idéologique par les classes oppressives devient plus sévère que jamais. En utilisant le canal idéologique comme le dernier instrument pour perpétuer un peu plus sa domination de classe déjà condamnée, la bourgeoisie n’hésite pas à recourir à toutes les sortes possibles de médias pour diffuser son idéologie moribonde : de la radio à la télévision et au cinéma, sans oublier l’Internet.

Face à cela, nous, communistes, avons le devoir de préparer notre propre contre-offensive idéologique pour paralyser les attaques et les pressions idéologiques impérialistes-capitalistes-révisionnistes. La révolution socialiste mondiale est de toute façon inévitable, mais un travail idéologique anti-bourgeois efficace de notre part contre nos ennemis de classe peut certainement contribuer à accélérer son éclosion en renforçant le facteur déterminant révolutionnaire subjectif, par l’éveil de la conscience des travailleurs du monde.

Et c’est précisément ce que ce magnifique livre du camarade Vincent vise à faire. Doté d’une gamme impressionnante de musiques révolutionnaires, paroles et commentaires respectifs, mais aussi de photos, images, affiches, liens, etc., ce livre est un témoignage précieux et compact de la culture et de la vie socialistes.

Il est également un bel hommage à l’Union Soviétique bolchévique des camarades Lénine et Staline, à ses héroïques travailleurs multinationaux qui ont osé prendre en mains leur propre destin et leur avenir, contre tous les exploiteurs et les oppresseurs qui voulaient et veulent toujours garder l’humanité dans sa préhistoire. Leurs victoires inoubliables contre le fascisme et la réaction résonnent encore de nos jours, en dépit des tentatives des anti-communistes de tous types ─ depuis les « classiques » à ceux des genres révisionnistes et néo-révisionnistes, trotskistes, maoïstes, titistes, khrouchtchéviens, eurocommunistes, castristes-guevaristes, etc. ─, pour les effacer.

En lisant ce livre, faites savoir aux travailleurs du monde que le système bourgeois-capitaliste-impérialiste et la vie et la culture décadentes qui lui sont inhérents ne sont pas inévitables !

En outre, le grand livre du camarade de Vincent comprend également des articles et des témoignages dénonçant et démasquant à juste titre les révisionnistes et sociaux-fascistes des « Amis de l’URSS » ainsi que du « PRCF » et de « l’URCF », deux organisations anti-communistes françaises qui, tout comme leurs « jumelles » idéologiques d’autres pays, ont pour seul but de détacher les ouvriers du chemin du véritable socialisme et de les maintenir dans la servitude bourgeoise-capitaliste-impérialiste.

Mais nous, communistes, sommes ici pour veiller à qu’ils ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs.

C’est à nous, et non aux révisionnistes et aux anti-communistes de toutes sortes, que l’avenir appartient. Nous citerons notre bien-aimé camarade Enver Hoxha, dont le PTA et l’Albanie socialiste étaient les héritiers louables et persévérants de l’Union Soviétique de Lénine et Staline et du PCUS (B) :

« Le marxisme-léninisme est l’idéologie triomphante. Qui l’embrasse, la défend et la développe, fait partie de la glorieuse armée de la révolution, de cette grande armée invincible des communistes authentiques, qui dirigent le prolétariat et tous les opprimés dans la lutte pour la transformation du monde, la destruction du capitalisme et l’édification du monde nouveau, le monde socialiste ». (Enver Hoxha, L’Impérialisme et la Révolution, 1979, in : Enver Hoxha, Œuvres Choisis, Tome V, 1985, Tirana, édition numérique en langue Française)

Ce fût un plaisir pour nous d’écrire cette courte introduction et nous espérons sincèrement que notre coopération avec le camarade Vincent se poursuivra à l’avenir.

 

Vive Marx, Engels, Lénine, Staline et Enver Hoxha !

Vive la révolution socialiste prolétarienne mondiale et la dictature du prolétariat !

Vive le socialisme mondial et le communisme mondial !

 

La Section Portugaise du Komintern (SH), octobre 2014

 

Contre-culture : Le réalisme socialiste dans la chanson soviétique

A une époque où les médias bourgeois diffusent une culture faite de torrents de chansons toutes plus vides et ineptes que les autres faisant l’apologie des « valeurs » véhiculées par des sociétés bourgeoises décadentes plongées dans un état de décomposition de plus en plus avancé, à une époque où même les aspirations des chansons d’amour contrastent avec les mauvaises conditions économiques et sociales réelles mettant chaque jour la grande masse des couples à rude épreuve, il est nécessaire de rappeler qu’une autre culture fût et reste possible, une fois l’espèce humaine évidemment placée dans d’autres conditions économiques et sociales…

Contrairement aux chansons quotidiennement diffusées par les médias bourgeois pour lesquels la forme (rythme et mélodies) est souvent plus importante que le contenu ─ au point que les paroles de beaucoup d’entre elles ne sont même pas comprises par la majorité de ceux qui les écoutent ─, les chansons que nous allons présenter ici possèdent un riche contenu, ce qui n’empêche cependant pas « la forme » d’être également au rendez-vous.

C’est dans cette optique de découverte d’une culture radicalement différente ─ dans sa forme comme dans son contenu ─, ainsi qu’afin de combattre l’indigence et de remplir le vide « cultivés » par la culture bourgeoise, que nous présentons ici une sélection de quelques-unes des plus remarquables chansons soviétiques illustrant l’attachement des grandes masses ouvrières et paysannes soviétiques au socialisme qui leur apportait chaque jour une vie meilleure, témoignant de leur profonde reconnaissance à l’égard du PCUS (b) et de ses chefs, et enfin démontrant leur capacité à endurer les plus cruels sacrifices au nom de la défense des acquis du socialisme et de ses idéaux.

Cette sélection ne constitue pourtant qu’un petit échantillon du vaste héritage qui nous a été légué par la chanson soviétique : de nombreuses autres chansons datant de la même période auraient mérité d’être intégrées à ce dossier. La plupart des chansons présentées ici sont pour la première fois traduites en français, ce qui explique cette limitation. Après chacune d’entre-elles, nous donnons un synopsis permettant d’en comprendre la portée ainsi que le contexte historique dans lequel elles s’inscrivent.

Nombreuses sont ces chansons qui ont vu leurs textes expurgés par les khrouchtchéviens ou, quand c’était trop difficile, qui ont simplement été bannies des médias aux mains de la néo-bourgeoisie nomenclaturiste à laquelle les références à Staline rappelaient de bien douloureux souvenirs…

Il fallait en effet rayer de l’Histoire l’œuvre de celui qui avait guidé trois décennies de transformations radicales qui ébranlèrent de fond en comble un monde bourgeois alors en bien mauvaise posture, l’œuvre de celui qui dénnonçait implacablement les voies de trahison anciennes comme nouvelles menaçant l’avenir de la Révolution communiste internationale. Depuis cette époque, ces chansons furent ainsi soit dénaturées, soit condamnées à l’oubli.

Nous donnons donc évidemment les chansons dans leur version originale, non expurgée par ceux qui ont confisqué le pouvoir aux travailleurs soviétiques à la mort du camarade Staline.

Notons au passage que beaucoup de chansons de l’époque socialiste ─ qui fût caractérisée par une véritable explosion créatrice ─, restent aujourd’hui populaires en ex-URSS. Nous donnons à ce sujet dans l’annexe intitulée post-soviet era quelques interprétations, notamment contemporaines, en témoignant.

L’impérialisme russe en particulier n’hésite pas à les remettre au goût du jour dans leurs versions expurgées afin de cultiver une certaine nostalgie, garante d’un semblant de stabilité sociale et d’unité nationale : comme s’il restait encore quelque chose de l’époque socialiste et de la grandeur passée de l’URSS stalinienne dans la Russie d’aujourd’hui… Et comme si l’Armée russe d’aujourd’hui, qui invoque rituellement les symboles de la Grande Guerre patriotique, avait encore quelque chose à voir avec l’Armée Rouge qui, il y a six décennies, sous la direction du camarade Staline et en lien étroit avec son peuple multi-ethnique déterminé à défendre les acquis du socialisme, résista, refoula et écrasa la Wehrmacht, le plus puissant détachement de choc de la réaction impérialiste mondiale. Comme si enfin un pays bourgeois quel qu’il soit confronté à une situation aussi dramatique serait aujourd’hui capable de rééditer une résistance populaire aussi vaste et profonde…

Après tout, ces mystifications ont assez bien fonctionné pendant près de quatre décennies en ce qui concerne le social-impérialisme soviétique qui avait su conserver les éléments hérités de la culture socialiste susceptibles de servir ses intérêts ─ et notamment de justifier le rôle directeur de son complexe militaroindustriel, instrument de ses ambitions internationales qu’il camoufla parfois sous les habits de la lutte « anti-coloniale » dans la sphère d’influence de ses concurrents ─, tout en lui permettant de faire croire aux masses exploitées indigènes comme étrangères que rien n’avait fondamentalement changé en dépit de la déstalinisation…

Au contraire, pour nous, ces chansons de l’ère stalinienne sont un vibrant appel lancé aux peuples et aux communistes de l’ex-URSS à ne pas se laisser mystifier par leur bourgeoisie, à se réapproprier le sens et le contexte de ces chansons, en d’autres termes à renouer avec leur passé révolutionnaire, seule façon de redonner vie à ce brillant héritage, un héritage qui ne leur appartient pas seulement, mais qui appartient également à tous les travailleurs et peuples opprimés du monde !

Nous profiterons enfin de cette « plongée profonde » au pays des Soviets pour démontrer l’actualité de la méthode matérialiste-dialectique, laquelle, comme Karl

Marx le soulignait lui-même si justement,

« … est un scandale et une abomination pour les classes dirigeantes, et leurs idéologues doctrinaires, parce que dans la conception positive des choses existantes, elle inclut du même coup l’intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire ; parce (…) qu’elle est essentiellement critique et révolutionnaire ».1

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 24/09/2014 ──────────────────────────────────

Avant d’entamer la lecture de ce dossier, veuillez télécharger l’archive comprenant l’ensemble des fichiers audio des chansons traduites sur la page http://marxisme.fr/realisme_socialiste_chanson_sovietique.htm

Toutes les chansons d’époque ainsi que leurs textes en langue russe proviennent du site Soviet Music. Pour chaque chanson, nous donnons une ou deux dates : une seule quand l’année de l’interprétation que nous donnons en téléchargement coïncide avec celle de la conception de la chanson, et deux dates, quand celles-ci diffèrent. ● Nous tenons en premier lieu à remercier un camarade qui se reconnaîtra pour sa contribution majeure à la traduction des chants présentés dans ce dossier depuis la langue russe. Sans son précieux travail, l’envergure et la précision de ce dossier se seraient trouvées amoindries. Ce camarade a d’abord révisé nos traductions depuis l’anglais en les confrontant au texte russe original pour les chansons suivantes : L’Armée Blanche et le Baron Noir (1920) ; Par les vallées et les montagnes (1922) ; Hymne du Komintern (1929) ; Plaine, ma plaine (1934) ; La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse (1936) ; Chant de la mère-patrie (1936) ; Chanson sur Staline (1937) ; Si demain apporte la guerre (1938) ; Trois tankistes (1938) ; Katioucha (1938) ; Hymne du Parti Bolchévik (1939) ; Marche des tankistes soviétiques (1939) ; La Guerre sacrée (1941) ; Marche des défenseurs de Moscou (1942) ; Marche de l’artillerie (1943) ; Invincible et légendaire (1943) ; Les rossignols (1944) ; Hymne de l’URSS (1944) ; Un avenir radieux s’ouvre à nous (1949). Il a ensuite traduit depuis le russe les chants suivants pour lesquels nous n’avions pas pu trouver de traduction anglaise sur laquelle nous appuyer : Chanson de la flotte Rouge (1936) ; Tout le pays chante avec nous (1936) ; Oh, chevaux d’acier (1937) ; Ne nous touche pas (1938). Nous tenons également à remercier le camarade N. A. et sa femme qui sont venus en renfort, corrigeant quelques traductions et traduisant depuis le russe les chants suivants : Chanson sur Stalingrad (1943) ; Marche de la cavalerie rouge (1936). Nous tenons enfin à remercier le camarade P.-A. Rey2 qui a également participé à ce travail en traduisant pour nous depuis le russe les chants suivants : Chanson des cosaques (1937) ; Au combat pour la mère-patrie (1939) ; Chanson des jeunes mitchouriniens (1949) ● Tous les chants référencés dans ce dossier sont disponibles sur notre site en téléchargement sous forme de fichiers de haute qualité au format .mp4. Chaque fois que nous avons pu les identifier, nous avons signalé par le code * (apposé à côté du texte russe), les vers, strophes et couplets expurgés par les khrouchtchéviens. Nous avons naturellement, dans la mesure du possible, privilégié les interprétations originales.

 

Белая армия, чёрный барон (1920) L’Armée Blanche et le Baron Noir (1920)
Белая армия, чёрный барон

Снова готовят нам царский трон, Но от тайги до британских морей Красная Армия всех сильней.

 

Припев :

 

Так пусть же Красная

Сжимает властно

Свой штык мозолистой рукой,

И все должны мы

Неудержимо

Идти в последний смертный бой ! (бис)

 

Красная Армия, марш вперёд !

Реввоенсовет нас в бой зовёт. Ведь от тайги до британских морей Красная Армия всех сильней !

 

Припев. (бис)

 

Мы раздуваем пожар мировой,

Церкви и тюрьмы сравняем с землёй. Ведь от тайги до британских морей Красная Армия всех сильней !

 

Припев. (бис)

L’Armée Blanche et le Baron Noir

Nous préparent de nouveau le trône du Tsar, Mais de la taïga aux mers britanniques, L’Armée Rouge est la plus forte.

 

Refrain :

 

Alors laissez cette [Armée] Rouge

Agripper avec force

Ses baïonnettes de ses mains calleuses,

Et nous devons tous 

Irrépressiblement

Aller nous battre jusqu’à la mort. (bis)

 

Armée Rouge, en avant, marche !

Le Soviet révolutionnaire appelle à la guerre, Car de la taïga aux mers britanniques, L’Armée Rouge est la plus forte !

 

Refrain (bis)

 

Nous alimentons un incendie mondial, Nous raserons les églises et les prisons. Car de la taïga aux mers britanniques, L’Armée Rouge est la plus forte !

 

Refrain (bis)

Nous donnons ici cette chanson dans sa version remaniée de 1927, sans la référence à Trotski qui vient d’être exclu du PCUS (b) pour son opposition récurrente à la stratégie d’édification du socialisme et pour activités fractionnistes, après un vote de défiance humiliant du PCUS (b) dont seulement 0,5 % des 728 000 membres soutiennent alors la ligne de Trotski.

Sur le rôle de précieux auxiliaire de la bourgeoisie internationale joué par Trotski, nous renvoyons à notre dossier sur le trotskisme.3

Ceci étant dit, cette première chanson décrit l’enjeu fondamental des années de la Guerre civile (1918-1922) qui fût (comme nous allons le voir ensuite plus en détails), en grande partie alimentée par les puissances impérialistes coalisées soutenant les armées Blanches. Déterminées à abattre le pouvoir soviétique qui venait de naître, elles forcèrent le PCUS (b) à instaurer le communisme de guerre.

Le Baron noir dont il est question ici était l’amiral Piotr Nikolaïevitch Wrangel qui opérait dans le Caucase. Sous son commandement, les Armée blanches conquirent notamment Tsaritsyne au cours de l’hiver 1918-1919, ville qui fût renommée Stalingrad en 1925.

Mais à l’automne 1920, il fût forcé de battre en retraite devant l’Armée Rouge, laquelle, dans la région se trouvait alors sous le commandement de Staline, Vorochilov et du Maréchal Boudienny.4

 

 

Ci-dessus : « Wrangel avance ! Aux armes, prolétaires ! » (1920)

Comme la plupart des fonctionnaires et généraux tsaristes hostiles au pouvoir des Soviets, Wrangel opta pour l’exil afin de continuer le combat contre lui depuis l’étranger. Il importe de souligner qu’une partie du « mérite » de l’évacuation de ses troupes revînt à l’impérialisme français qui dépêcha notamment le croiseur-cuirassé Waldeck-Rousseau à cet effet.

 

По долинам и по взгорьям (1922) Par les vallées et les montagnes (1922)
По долинам и по взгорьям

Шла дивизия вперед,

Чтобы с бою взять Приморье Белой армии оплот.

 

Наливалися знамена

Кумачом последних ран,  Шли лихие эскадроны  Приамурских партизан.

 

Этих лет не смолкнет слава,

Не померкнет никогда,  Партизанские отряды  Занимали города.

 

И останутся как в сказке,

Как манящие огни,

Штурмовые ночи Спасска,  Волочаевские дни.

 

Разгромили атаманов,

Разогнали воевод,  И на Тихом океане

Свой закончили поход.

Par les vallées et les montagnes

La division allait de l’avant,

En vue de la bataille pour reprendre Primorye Bastion de l’Armée Blanche.

 

Les drapeaux étaient tachés

Ensanglantés par les derniers blessés, Alors qu’arrivaient fièrement les escadrons Des partisans de [la région] Amour.

 

La gloire de ces jours ne s’estompera jamais,

Ne disparaîtra jamais, Les groupes de partisans Occupaient la ville.

 

Ils resteront dans la légende,

Comme les feux brillants,

[Des combats] de l’assaut nocturne de Spassk,

Au cours des journées de [la bataille] de Volochaevsk.

 

Les Atamans furent écrasés,

Le [général] Voivod déguerpit,

Et sur [les rivages] de l’Océan Pacifique Leur campagne prit fin.

Cet autre chant datant également des années de la Guerre civile fait référence à la bataille de Primorye, qui eût lieu dans l’Extrême-Orient soviétique (située dans la région de Vladivostok) en février 1922. Cette bataille sonna le glas de l’intervention étrangère en Sibérie, alors essentiellement soutenue par l’Armée impériale japonaise qui engagea dans la région au total 70 000 hommes, contre 12 000 soldats américano-canadiens et 5 000 soldats français, anglais et italiens.

 

Ci-dessus : Parade militaire des troupes d’intervention étrangères à Vladivostok en 1918.

Parmi les raisons qui poussèrent les impérialistes étrangers à soutenir activement les débris du tsarisme contre le jeune URSS ne figuraient pas seulement leur haine « naturelle » pour le communisme, mais également le souci, pour le Capital financier international, de recouvrer la juteuse manne financière des emprunts russes répudiés par le décret soviétique du 29 décembre 1917.

A lui seul, l’impérialisme français détenait la moitié de l’encours de ces emprunts dotés d’un (longtemps) confortable rendement de 5 %, mais qui devinrent du jour au lendemain des bouts de papier sans la moindre valeur. A la veille de la première guerre mondiale impérialiste, c’est un stock de 15 milliards de francs or, qui avait été investit dans les emprunts russes. Il faut dire que plusieurs décennies durant, les banques françaises avaient encouragé les petits porteurs à les acquérir et ce sont alors 1,5 million d’épargnants français qui en possèdent. Juste avant la guerre, les emprunts russes contribuaient à hauteur de près du tiers à l’épargne individuelle des français, et également à près du tiers des profits d’une banque comme le Crédit Lyonnais !…5

Avant la Révolution d’Octobre, le régime tsariste était de type bourgeois-compradore, car étroitement lié au capital financier anglo-français qui contrôlait les branches clefs de l’économie russe.

« Les intérêts anglo-français ne contrôlaient pas moins de 72 % du charbon, du fer et de l’acier, et 50 % du pétrole russe. Chaque année, plusieurs centaines de millions de livres sterling et de francs, sous forme de dividendes, de profits et d’intérêts, étaient tirés du travail des ouvriers et des paysans russes pour des intérêts étrangers alliés au tzar ».6

Refusant de perdre la main sur ces richesses, les impérialistes étrangers étaient déterminés à faire tout ce qui était en leur pouvoir pour abattre la jeune URSS. Les troupes Blanches de l’amiral Koltchak reçurent ainsi des Alliés, et en particulièrement des Anglais, une quantité colossale d’armement ainsi que des fonds.

« Nous avons envoyé en Sibérie, raconta fièrement le général Knox, des centaines de milliers de fusils, des centaines de millions de cartouches, des centaines de milliers d’uniformes et de cartouchières, etc. Toutes les balles qui ont été tirées cette année sur les Bolchéviks par les soldats russes ont été fabriquées en Grande-Bretagne, par des ouvriers britanniques, avec des matières premières britanniques et transportées à Vladivostok sur des bateaux britanniques ».7

A la fin de l’année 1919, l’impérialisme britannique avait à lui seul fourni aux armées blanches pour 100 millions de £ de fournitures, soit environ 3,6 milliards € d’aujourd’hui… Ce sont finalement les victoires militaires majeures remportées par l’Armée Rouge ainsi que l’opposition grandissante à la Guerre contre la Russie des Soviets au sein de leur opinion publique, qui détermineront finalement les impérialistes coalisés à renoncer (pour un temps) à chercher à l’étrangler. Au printemps 1919, la flotte de guerre de l’impérialisme français qui opère alors en mer Noire ─ laquelle constitue alors un point d’appui stratégique pour le contrôle des gisements pétroliers du Caucase ─, est victime de vastes mutineries dont le camarade André Marty sera l’un des éléments moteur.

 

Ci-dessus : Du 26 au 28 avril, le croiseur-cuirassé français Waldeck-Rousseau, alors stationné devant Odessa, fût secoué par deux jours de mutinerie. Pour l’équipage de ce navire, le transfert sur un autre bâtiment d’André Marty, alors mis aux fers pour son rôle dans la mutinerie dont venait d’être victime le torpilleur Protet, fût la goutte d’eau qui fit déborder le vase… Alors officier-mécanicien, André Marty sera condamné à 20 ans de travaux forcés et ne sera libéré en 1923 que suite à une vaste campagne politique menée par le PCF dont il deviendra membre du Comité Central en 1926. Anti-impérialiste convaincu ─ ce qui lui vaudra d’être de nouveau incarcéré ─, il intégra les Brigades Internationales au cours de la guerre d’Espagne. Il jouera en outre un rôle actif éminemment positif au sein de la section française de l’Internationale Communiste dont il fût le secrétaire de 1935 à 1943. Tout au long de cette période, ainsi que dans les années de l’immédiate après-guerre, André Marty sera l’une des bêtes noires des social-chauvins infiltrés à la direction du PCF, direction qui parviendra cependant à la marginaliser dès 1947. A la fin de l’année 1952, les khrouchtchéviens français profiteront du durcissement de la lutte de classe interne qui traverse alors l’URSS ainsi que le mouvement communiste international, pour l’exclure du PCF en portant contre lui les accusations les plus ignobles.

Comme on le voit, ce que l’on appelle assez improprement la Guerre civile russe fût en fait avant tout une agression militaire étrangère qui infligea à l’URSS naissante des destructions matérielles d’un montant colossal estimé à 60 milliards de dollars de l’époque et coûta la vie de pas moins de 9 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, morts dans les combats ou des suites des conséquences induites par cette guerre.

En 1921-1923, la jeune URSS victime des puissances impérialistes coalisées connaît la guerre, la famine, les épidémies, la ruine, le chaos économique ainsi qu’une vague de banditisme. Dans les années 1930, les nazis utiliseront les photographies de cette cruelle époque afin de « prouver » la « famine artificielle » soi-disant provoquée par Staline en Ukraine en 1932-1933 pour mater les paysans réfractaires à la collectivisation… Après plus de huit décennies, la bourgeoisie internationale continue de colporter les mensonges de la propagande nazie et les a même élevé au rang de « vérité historique ». Une preuve de la remarquable capacité qu’a la bourgeoisie d’utiliser les preuves de ses propres crimes pour essayer de prouver les « crimes » de ses adversaires communistes !

 

En 1923, les bolchéviks héritaient ainsi d’un pays agraire misérable, dont une grande partie de l’industrie avait été détruite ─ en 1920 la production sidérurgique soviétique était ainsi tombée à moins de 200 000 tonnes d’acier, soit à peine 5 % de son niveau de 1913 ! ─, et qui pouvait être à tout moment victime d’une autre agression militaire impérialiste…

Alors à la veille de sa mort, Lénine résumait la situation dans laquelle se trouvait la jeune URSS de la façon suivante :

« Les puissances capitalistes de l’Europe occidentale, partie sciemment, partie spontanément, ont fait tout leur possible pour nous rejeter en arrière, pour profiter de la guerre civile en Russie en vue de ruiner au maximum notre pays. Précisément une telle issue à la guerre impérialiste leur apparaissait, bien entendu, comme offrant des avantages sensibles ; si nous ne renversons pas le régime révolutionnaire en Russie, nous entraverons du moins son évolution vers le socialisme, voilà à peu près comment ces puissances raisonnaient, et de leur point de vue, elles ne pouvaient raisonner autrement. En fin de compte elles ont accompli leur tâche à moitié. Elles n’ont pas renversé le nouveau régime instauré par la révolution, mais elles ne lui ont pas permis non plus de faire aussitôt un pas en avant tel qu’il eût justifié les prévisions des socialistes, qui leur eût permis de développer à une cadence extrêmement rapide les forces productives ; de développer toutes les possibilités dont l’ensemble eût formé le socialisme ; de montrer à tous et à chacun nettement, de toute évidence, que le socialisme implique des forces immenses et que l’humanité est passée maintenant à un stade de développement nouveau, qui comporte des perspectives extraordinairement brillantes ».8

Гимн Коминтерна (1929) Hymne au Komintern (1929)
Заводы, вставайте ! Шеренги смыкайте !

На битву шагайте, шагайте, шагайте !

Проверьте прицел, заряжайте ружье.

На бой, пролетарий, за дело свое !

На бой, пролетарий, за дело свое !

 

Товарищи в тюрьмах, в застенках холодных,

Вы с нами, вы с нами, хоть нет вас в колоннах,

Не страшен нам белый фашистский террор,  Все страны охватит восстанья костёр !

Все страны охватит восстанья костёр !

 

На зов коммунистов стальными рядами  Под знамя Советов, под красное знамя !  Мы красного фронта отряд боевой,  И мы не отступим с пути своего !

И мы не отступим с пути своего !

 

Огонь ленинизма наш путь освещает,  На штурм капитала весь мир поднимает !  Два класса столкнулись в последнем бою ;  Товарищ, борись за свободу свою !

Товарищ, борись за свободу свою !

 

Заводы, вставайте ! Шеренги смыкайте !

На битву шагайте, шагайте, шагайте !

Проверьте прицел, заряжайте ружье.

На бой, пролетарий, за дело свое !

На бой, пролетарий, за дело свое !

Usines, dressez-vous ! Serrez les rangs !

Marchez à la bataille, marchez, marchez !

Vérifiez les viseurs et chargez les armes.

Au combat, prolétaires, pour votre cause !

Au combat, prolétaires, pour votre cause !

 

Camarades emprisonnés, dans les froides chambres de torture, Vous êtes avec nous [bis], même si vous êtes absents de nos bataillons,

La terreur fasciste blanche ne nous effraie pas,

Tous les pays seront couverts du feu de l’insurrection ! Tous les pays seront couverts du feu de l’insurrection !

 

A l’appel des communistes, en rangs d’acier,

Sous la bannière des soviets, sous la bannière rouge !

Bataillon rouge, en avant au combat,

Nous ne nous écarterons pas de notre chemin !

Nous ne nous écarterons pas de notre chemin !

 

Le feu du léninisme illumine notre route,

Le monde entier nous porte à l’assaut du Capital !

Deux classes se sont heurtées dans une dernière bataille ; Camarade, bats-toi pour ta liberté !

Camarade, bats-toi pour ta liberté !

 

Surgissez des usines ! Serrez les rangs !

Marchez à la bataille, marchez, marchez !

Vérifiez les viseurs et chargez les armes.

Au combat, prolétaires, pour votre cause !

Au combat, prolétaires, pour votre cause !

Cette chanson fût écrite et composée par les allemands Eysler et Frenkel à l’occasion du dixième anniversaire de la fondation de la IIIème Internationale. Elle en devint à cette occasion l’hymne officiel.

C’est sous l’impulsion de la révolution d’Octobre que l’Internationale communiste fût fondée sous la bannière du léninisme, en complète rupture avec la IIème Internationale réformiste et social-chauvine.

L’existence du premier Etat socialiste permit d’agir comme un catalyseur, et aida à faire le tri dans le mouvement ouvrier international. Ceux qui prenaient ouvertement partie contre l’URSS ne pouvaient en effet apparaître que comme des traîtres à la révolution communiste et des alliés objectifs de la bourgeoisie internationale.

L’URSS elle-même était bien consciente de jouer le rôle de stimulant majeur de la croissance du mouvement ouvrier international révolutionnaire, quoiqu’en disent les trotskistes. Pour ces derniers, la thèse léniniste de rupture de la chaîne impérialiste à son maillon le plus faible et l’édification du socialisme dans un seul pays représentait un abandon de l’internationalisme prolétarien.

Ils lui opposaient la théorie idéaliste petite-bourgeoise de la « révolution permanente » qui derrière sa phraséologie « de gauche » pseudo-radicale ne faisait abstraction que d’une seule chose : la marche réelle du développement du capitalisme qui avait une fâcheuse tendance à renforcer l’opportunisme au sein du mouvement ouvrier des pays impérialistes dominants…

A cette théorie capitulatrice de la « désespérance permanente » dont la bourgeoisie internationale comprit tout de suite l’intérêt et qu’elle se mit à promouvoir activement dans les pays impérialistes comme dépendants, Staline opposa la possibilité d’édifier le socialisme en URSS en dépit des conditions hostiles induites par l’encerclement capitaliste, et définissait cette tâche comme le commencement et un ferment majeur de la révolution communiste internationale.

Au début de l’année 1931, Staline soulignait ainsi que le PCUS(b) avait de multiples obligations à remplir, non seulement à l’égard des travailleurs soviétiques, mais également à l’égard du prolétariat international. Voilà comment il synthétisait ces obligations internationales qu’il jugeait comme « plus graves et plus importantes » encore que ses obligations « nationales » :

« La classe ouvrière de l’U.R.S.S. est une partie de la classe ouvrière mondiale. Nous avons vaincu, non seulement par les efforts de la classe ouvrière de l’U.R.S.S., mais aussi grâce à l’appui de la classe ouvrière mondiale. Sans cet appui l’on nous aurait depuis longtemps déchiquetés. On dit que notre pays est la brigade de choc du prolétariat de tous les pays. C’est bien dit. Mais cela nous impose les obligations les plus sérieuses. Au nom de quoi le prolétariat international nous soutient-il ? Qu’estce qui nous a valu ce soutien ? C’est que nous nous sommes jetés les premiers dans la bataille contre le capitalisme ; que nous avons les premiers instauré le pouvoir ouvrier ; que nous nous sommes mis les premiers à bâtir le socialisme. C’est que nous travaillons à une oeuvre qui, en cas de succès, retournera le monde entier et affranchira toute la classe ouvrière. Et que faut-il pour réussir ? Liquider notre retard, développer des rythmes élevés, bolchéviks, de construction. Nous devons marcher de l’avant de façon que la classe ouvrière du monde entier, en nous regardant, puisse dire : Le voilà mon détachement d’avant-garde, la voilà ma brigade de choc, le voilà mon pouvoir ouvrier, la voilà ma patrie ; ils travaillent à leur œuvre, à notre œuvre à nous, et ils y travaillent bien ; soutenons-les contre les capitalistes et attisons la flamme de la révolution mondiale ».9

Par conséquent, plus la marche en avant de l’URSS s’accentuait, plus la différenciation du mouvement ouvrier international s’approfondissait, plus les éléments social-démocrates et social-chauvins se démasquaient aux yeux de leur propre prolétariat et plus le mouvement communiste international se renforçait.

L’Histoire révèle pourtant que la bolchévisation de nombreux Partis communistes d’Europe de l’Ouest a souvent été davantage de façade que réelle ─ du fait que si nombre de leaders social-réformistes et social-chauvins camouflés tels M. Thorez et P. Togliatti souscriront en paroles à ses statuts et assurèrent vouloir suivre la voie tracée par la révolution d’Octobre ─, ils le firent sans jamais y joindre les actes et dans le but évident de ne pas se démasquer aux yeux des éléments révolutionnaires de leurs Partis communistes.10

 

Ci-dessus : Rassemblement de dizaines de milliers de communistes du Front Rouge à Berlin en mai 1928. A la veille de l’arrivée des nazis au pouvoir, le KPD est devenu un puissant Parti Communiste de type bolchévique, à l’inverse du PCF qui ne parviendra jamais à s’affranchir de ses préjugés démocratiques-bourgeois et social-chauvins exacerbés par le carractère rentier de l’impérialisme français. En 1929, l’organisation de défense paramilitaire du KPD dirigée par Ernst Thälmann et Willy Leow, la Roten Frontkämpferbund, compte 130 000 membres répartis dans plus de 1 600 sections locales. La moitié d’entre-eux sont membres du KPD. En 1932, le KPD compte plus de 250 000 membres qui s’attirent les sympathies de millions de travailleurs allemands. Pour l’impérialisme allemand, le maintien des libertés démocratiquesbourgeoises est devenu trop dangereux, il est devenu grand temps de jeter bas ce masque et de réduire au silence la voix des esclaves salariés au moyen de la dictature terroriste ouverte du Capital et de la répression du mouvement communiste ! Et pourquoi ne pas essayer d’en finir au passage avec l’URSS, la source de la « maladie » qu’est le bolchévisme (Winston Churchill) ?!

En dépit de ces limites, l’Internationale Communiste a joué un grand rôle dans la diffusion du léninisme et dans l’union des éléments révolutionnaires du prolétariat du monde entier.

C’est par exemple en s’inspirant de son esprit que les communistes albanais parvinrent à transformer leur lutte de libération nationale anti-fasciste en une vaste lutte contre les éléments féodaux et bourgeois-compradore indigènes liés à l’occupant, une lutte dirigée par le PCA qui déboucha sur l’enchainement immédiat de la révolution socialiste dès la libération du pays de l’occupant, à la fin de l’année 1944. Selon les conceptions trotskistes, l’édification socialiste à partir d’une Albanie féodale arriérée est tout bonnement impensable. Quatre décennies durant, les communistes albanais démontrèrent pourtant que cela était parfaitement réalisable… Après 1953, la RPSA allait devenir le dernier bastion de la révolution communiste internationale, le dernier pays socialiste.

Полюшко-поле (1934) Plaine, ma plaine (1934)
Полюшко-поле,

Полюшко, широко поле,

Eдут по полю герои,

Эх, да красной армии герои !

 

Девушки плачут,

Девушкам сегодня грустно,

Милый надолго уехал,

Эх, да милый в армию уехал !

 

Девушки, гляньте,

Гляньте на дорогу нашу, Вьётся дальняя дорога, Эх, да развесёлая дорога !

 

Только мы видим,

Видим мы седую тучу,

Вражья злоба из-за леса,

Эх, да вражья злоба, словно туча.

 

Эх, девушки, гляньте,

Мы врага принять готовы,

Наши кони быстроноги,

Эх, да наши танки быстроходны !

 

Эх, пусть же в колхозе

Дружная кипит работа, Мы дозорные сегодня,

Эх, да мы сегодня часовые !

Plaine, ma plaine,

Ma vaste plaine,

Des héros marchent à travers la plaine, Ah, ce sont les héros de l’Armée Rouge !

 

Les jeunes filles pleurent,

Aujourd’hui, les jeunes filles sont tristes,

Leurs amants sont partis pour longtemps, Ah, leurs amants sont partis à l’armée !

 

Jeunes filles, regardez,

Regardez notre route,

La route serpente au loin, Ah, la joyeuse route !

 

Cependant, nous voyons,

Nous voyons un nuage sombre,

L’hostilité de l’ennemi derrière la forêt,

Ah, l’hostilité de l’ennemi est comme un nuage.

 

Eh, jeunes filles, regardez,

Nous sommes prêts à recevoir l’ennemi, Nos chevaux ont les sabots légers, Et nos chars sont rapides !

 

Que, dans les kolkhozes,

Tous travaillent fraternellement avec ardeur, Nous sommes de patrouille aujourd’hui,

Ah, aujourd’hui, nous montons la garde !

Après avoir consacré en 1923-1927 ses premiers efforts à panser les blessures de près d’une décennie de guerres ─ d’abord de la guerre mondiale inter-impérialiste (1914-1917), puis celle qui lui fût imposée par les débris du tsarisme et les impérialismes étrangers coalisés (1918-1922) ─, après s’être débarrassée des capitulards de « gauche » (au premier chef des trotskistes) qui ne voyaient point d’autre salut pour la révolution d’Octobre que dans la victoire de la révolution communiste en Europe de l’Ouest ─ victoire hypothétique qui tarda à venir soit du fait de la prédominance du réformisme, soit du fait de la féroce répression fasciste ─, la jeune URSS se lança en 1928 dans une tâche nouvelle grandiose : démontrer aux peuples du monde la supériorité du nouveau système sur le capitalisme, démontrer que les travailleurs ne sont pas seulement capables de détruire l’esclavage salarié, mais de construire une société nouvelle et prospère débarrassée de toute forme d’exploitation.

En URSS, les années 1928-1932 furent ainsi marquées par la construction de la base matérielle du socialisme (à la ville comme à la campagne), par la liquidation des dernières classes exploiteuses (koulaks), ainsi que par la conquête d’une totale indépendance nationale sur le plan économique.

Au cours du premier plan quinquennal, l’URSS mena en grande partie à bien ces tâches capitales pour l’avenir du premier Etat socialiste. Pour les ouvriers et les paysans soviétiques, ce développement économique fulgurant fût déjà synonyme d’une amélioration considérable de leurs conditions d’existence.

Pourtant, dans les conditions d’un environnement international marqué par la crise économique et la victoire du fascisme en Allemagne, la menace d’une nouvelle guerre impérialiste contre l’URSS se faisait déjà de nouveau sentir avec force.

C’est ainsi que parallèlement aux chants populaires qui célèbrent de plus en plus les joies de la vie nouvelle et des acquis croissants du socialisme, on voit monter le danger pour l’URSS d’être à nouveau victime de rapaces impérialistes.

Les chants ci-après témoignent de la dualité de ces années, faites à la fois de joie et de gravité, de confiance et de crainte : joie et confiance des peuples composant l’Union Soviétique dans le socialisme ; gravité et crainte face aux dangers d’un monde extérieur en proie à une profonde crise économique qui le rend de plus en plus hostile.

Ci-dessus : Moscou, 1934 ─ parade militaire.

 

 

 

 

 

 

 

Конармейский марш (1936) Marche de la cavalerie rouge (1936)
По военной дороге

Мы пошли по тревоге,

Как в былой восемнадцатый год.

 

Были сборы недолги, ─

От Кубани и Волги

Мы коней оседлали в поход. (бис)

***

Среди зноя и пыли,

Где с Буденным ходили

На рысях на большие дела,

 

По курганам горбатым,

По речным перекатам,

Снова конница наша пошла. (бис)

***

На Дону и в Замостье

Тлеют белые кости,

Над костями шумят ветерки.

 

Помнят псы-атаманы,

Помнят польские паны

Конармейские наши клинки. (бис)

***

Если в край наш спокойный

Хлынут новые войны

Проливным пулеметным дождем, ─

 

По дорогам знакомым

За любимым наркомом

Мы коней боевых поведем ! (бис)

Sur le chemin de la guerre Nous sommes partis alarmés, Comme en l’an dix-huit [1918].

 

Le rassemblement ne fut pas long, ─

Depuis le Kouban et la Volga

Nous sellâmes nos chevaux pour la campagne [militaire]. (bis)

***

Dans la chaleur et la poussière,

Là où nous étions passés avec Boudienny

Au trot pour de grands évènements,

 

Sur les kourganes,

Sur les bancs fluviaux,

De nouveau notre cavalerie est en route. (bis)

*** Sur le Don et à Zamosc

Se décomposent des os blancs,

Au dessus des os bruissent les brises légères.

 

Ils s’en rappellent les chiens ottomans,

Ils s’en rappellent les hobereaux polonais,  De nos sabres de cavalerie. (bis)

*** Si dans notre pays tranquille

Jaillissent de nouvelles guerres

Faite d’une pluie torrentielle de mitraille, ─

 

Sur les routes familières

Pour notre cher commissaire au peuple

Nous mènerons les chevaux de combat ! (bis)

Cette chanson fait en premier lieu référence aux années de la Guerre Civile, mais évoque également le nouveau conflit qui se profile pour l’URSS dans un avenir proche. Au cours de la Guerre Civile ainsi que dans les années qui suivirent, l’Armée Rouge était dépourvue d’Arme blindée : en 1928, elle ne comptait que 200 automobiles blindées et chars légers. La cavalerie constituait alors l’Arme mobile par excellence.

La situation changea profondément avec l’exécution victorieuse du premier plan quinquennal. En 1933, l’Armée Rouge possédait désormais 5 000 blindés. Cette mutation imposait une redéfinition du rôle de la cavalerie et l’élaboration d’une doctrine de la guerre mécanisée. Dès 1932, soit trois ans avant la création de la première Panzerdivision, l’URSS créa ses deux premiers corps mécanisés. Au même moment, les officiers de cavalerie (comme Joukov) furent invités à suivre des cours pour se familiariser avec l’emploi des unités blindées.

 

 

Ci-contre : Charge de la cavalerie soviétique (Basin, 1943). Au début du conflit, l’Armée Rouge disposait de 1,2 million de chevaux, mais bien davantage encore furent utilisés comme moyen logistique : 3,5 millions, soit à peine plus que la Wehrmacht confrontée à une pénurie logistique structurelle et qui en utilisa près de 2,8 millions.

Жить стало лучше, жить стало веселей (1936) La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse (1936)
Звонки как птицы, одна за другой, Песни летят над советской страной.

Весел напев городов и полей –

Жить стало лучше, жить стало веселей !

 

Дружно страна и растет и поет, С песнею новое счастье кует.

Глянешь на солнце – и солнце светлей.

Жить стало лучше, жить стало веселей !

 

Знай, Ворошилов, мы все начеку, Пяди земли не уступим врагу.

Силушка есть у отцов и детей.

Жить стало лучше, жить стало веселей !

 

Хочется всей необъятной страной

Сталину крикнуть « Спасибо, Родной ! »

Весел напев городов и полей –

Жить стало лучше, жить стало веселей !

 

Звонки как птицы, однв за другой, Песни летят над советской страной.

Весел напев городов и полей –

Жить стало лучше, жить стало веселей !

Joyeuses comme les oiseaux, les unes après les autres, Les chansons volent au-dessus de l’Etat Soviétique.

La chanson des villes et des campagnes est joyeuse – La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse !

 

A l’unisson, le pays se développe et chante, Il forge un nouveau bonheur en chanson.

Même quand vous regardez le soleil, il semble plus brillant. La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse !

 

Sois certain, Vorochilov, que nous sommes tous sur le qui-vive, Nous ne cèderons pas un pouce de notre terre à l’ennemi.

Nos pères et nos fils sont vigoureux.

La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse !

 

L’immense pays tout entier veut

Crier à Staline « Merci, père ! »

La chanson des villes et des campagnes est joyeuse – La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse !

 

Joyeuses comme les oiseaux, les unes après les autres, Les chansons volent au-dessus de l’Etat Soviétique.

La chanson des villes et des campagnes est joyeuse – La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse !

Le titre de cette chanson est en fait une reprise d’un des passages du discours prononcé par le camarade Staline à la première conférence des stakhanovistes, le 17 novembre 1935. Pour Staline, ce qui permettait la naissance et l’essor du mouvement  des travailleurs de choc était en premier lieu « l’amélioration radicale de la situation matérielle des ouvriers » :

« … quand on a de la joie à vivre, le travail va bon train. D’où les normes de rendement élevées. D’où les héros et héroïnes du travail. Là se trouve avant tout la racine du mouvement stakhanoviste. S’il y avait la crise chez nous, s’il y avait le chômage, ce fléau de la classe ouvrière, si nous vivions mal, sans beauté, sans joie, nous n’aurions point de mouvement stakhanoviste ».11

Surtout, Staline soulignait qu’un autre facteur essentiel qui permettait l’essor d’une nouvelle attitude des ouvriers face au travail était l’abolition de l’esclavage salarié, c’est-à-dire le fait « que l’exploitation n’existe pas chez nous » :

« Chez nous les gens ne travaillent pas pour les exploiteurs, pour enrichir les parasites, mais pour eux-mêmes, pour leur classe, pour leur société à eux, la société soviétique, où l’élite de la classe ouvrière est au pouvoir. Et c’est pourquoi le travail chez nous a une portée sociale — il est une affaire de dignité et de gloire. En régime capitaliste, le travail revêt un caractère privé, personnel. Si tu as produit davantage, reçois davantage et vis comme tu l’entends. Personne ne te connaît et ne veut te connaître. Tu travailles pour les capitalistes, tu les enrichis ? Mais peut-il en être autrement ? Si on t’a embauché, c’est justement pour que tu enrichisses les exploiteurs. Tu n’es pas d’accord ? — va-t-en rejoindre les chômeurs et reste à végéter comme bon te semble — nous en trouverons d’autres, plus accommodants. Et c’est pour cela précisément que le travail des hommes n’est pas haut coté en régime capitaliste. On conçoit que dans ces conditions il ne puisse y avoir place pour un mouvement stakhanoviste. Il en va tout autrement en régime soviétique. Ici, l’homme qui travaille est à l’honneur. Il ne travaille pas pour les exploiteurs, mais pour lui-même, pour sa classe, pour la société. Ici, l’homme qui travaille ne se sent pas abandonné et solitaire. Au contraire, l’homme qui travaille se sent chez nous citoyen libre de son pays, un homme public en son genre. S’il travaille bien et donne à la société ce qu’il peut donner, c’est un héros du travail, il est environné de gloire. Il est évident que c’est seulement dans ces conditions que le mouvement stakhanoviste a pu naître ».12

Cette situation de la classe ouvrière soviétique émancipée occupée à construire sa société nouvelle offre déjà un contraste saisissant avec celle que le prolétariat « vit » (ou disons plus justement subit) aujourd’hui quotidiennement. Mais dans les années 1930, cette situation était encore bien plus périlleuse pour les élites bourgeoises-impérialistes, à un moment où le capitalisme en crise était de plus en plus tenté de renouer avec les méthodes de l’esclavage…

 

Ci-dessus : « La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse ! » Ce à quoi le Führer répond : « Je suis triste parce que vous êtes joyeux… » (Efimov-Joffe, 1936)

Comme en témoigne l’affiche soviétique ci-avant ─ contemporaine du fameux discours de Joseph Staline ─, l’URSS était bien consciente de ce frappant contraste qui faisait de plus en plus enrager une bourgeoisie internationale aux abois, confrontée à une supériorité de plus en plus manifeste du nouvel ordre social socialiste…

C’est dans ce contexte d’essor du bien-être général des travailleurs de l’URSS, alors que l’instauration des rapports de production socialistes dans toute l’économie permet au premier Etat socialiste de rattraper à grandes enjambées son retard séculaire sur les pays capitalistes avancés, qu’au sein des peuples qui la composent, et plus encore ceux des provinces reculées les plus arriérées ─ à l’instar des anciennes nationalités opprimées par le tsarisme auxquelles le pouvoir soviétique accorde tout son concours moral et matériel ─, naît ce que les ennemis du socialisme appellent « le culte de la personnalité ». Entourant le Parti communiste et les dirigeants soviétiques en général, ainsi que leur chef en particulier, ce culte manifeste l’infinie reconnaissance des masses populaires à l’égard de ceux sous la direction desquels elles se sont brusquement arrachées à une arriération économique et culturelle séculaires.11

 

Ci-dessus : Moscou, 1936 ─ parade des athlètes dans une URSS qui respire le bonheur…

Comme le reconnaissait lui-même André Gide en 1936 dans la préface de son livre petit-bourgeois Retour de l’URSS :

« L’autorité de Staline a grandi organiquement avec les succès de la construction économique. Le peuple est reconnaissant à Staline du pain, de la viande, de l’ordre, de l’éducation et de la création de l’armée, qui assurent son bien-être. Le peuple doit avoir quelqu’un à qui exprimer sa reconnaissance de l’amélioration incontestable de ses conditions de vie, et pour cela, il choisit non pas des notions abstraites, non pas le communisme abstrait, mais un homme concret, Staline ».

Loin d’avoir été le promoteur de ce culte populaire spontané, Staline a au contraire sans relâche tenté de le combattre. A l’occasion d’un discours prononcé le 19 février 1933 au 1er Congrès des kolkhoziens de choc, Staline rectifia ainsi devant son auditoire une erreur contenue dans une lettre adressée par d’excellents kolkhoziens.

Quelle était donc cette erreur ? Simplement en ce que ces camarades considéraient « leur travail au kolkhoz comme un travail modeste et presque insignifiant, et celui des orateurs et des chefs qui prononcent parfois des discours interminables, comme une œuvre importante et créatrice ». Pour Staline, cette erreur peut-être « commise par modestie », n’en restait « pas moins une erreur » :

« Les temps ne sont plus où les chefs étaient regardés comme les seuls créateurs de l’histoire, tandis que les ouvriers et les paysans ne comptaient pas. Ce ne sont plus seulement les chefs, mais d’abord et surtout les millions de travailleurs qui décident maintenant du sort des peuples et des Etats. Les ouvriers et les paysans qui construisent, sans bruit ni fracas, usines et fabriques, mines et chemins de fer, kolkhoz et sovkhoz, qui créent tous les biens de la vie, qui nourrissent et habillent le monde entier, voilà les véritables héros et créateurs de la vie nouvelle. C’est ce que nos camarades de Bézentchouk semblent avoir oublié. Quand les gens surestiment leurs forces et commencent à tirer vanité de leurs mérites, c’est mal. Cela mène à la vantardise ; or la vantardise est une mauvaise chose. Mais c’est encore pis quand les gens commencent à sous-estimer leurs forces et ne voient pas que leur travail « modeste » et « obscur » est, en réalité, une grande œuvre créatrice, qui décide du sort de l’histoire. Je voudrais que les camarades de Bézentchouk approuvent ma petite rectification à leur lettre ».13

Voilà comment Staline, le soi-disant « dictateur », définissait l’action créatrice des masses travailleuses sous le socialisme. Qu’on mette en regard cette conception avec celle de la bourgeoisie qui s’attribue d’ordinaire à elle-même tous les mérites… tout en considérant les véritables producteurs de la richesse dans le « meilleur des cas » comme des « auxiliaires » secondaires… mais le plus souvent comme des « soushommes » dont « l’entretien » devient d’ailleurs de plus en plus un « luxe » hors de prix dans les conditions de la crise de déclassement des puissances impérialistes d’Occident et de l’exacerbation des rivalités inter-impérialistes ! On comprendra alors sans mal pourquoi Staline était aussi profondément aimé des larges masses travailleuses soviétiques… et comment son souci de lutter comme il le pouvait contre les manifestations négatives potentielles de ce culte populaire… contribuaient en fait paradoxalement à le renforcer !

La bourgeoisie aime beaucoup tourner en dérision les surnoms affectifs qui furent donnée à Staline dans ce cadre historique ─ à l’instar de celui de « Petit père des peuples » auquel il est d’ailleurs ici fait allusion ─, en les opposant à l’image repoussante qu’elle a fabriqué de lui et qu’elle s’obstine à vouloir faire passer pour la « vérité historique »… Il faut dire que l’ordre esclavagiste bourgeois a tout intérêt à calomnier l’ordre socialiste et ce qui l’incarne. En effet, pour la bourgeoisie, cet attachement démontre la dangereuse proximité du pouvoir stalinien des masses travailleuses qu’il représentait véritablement, … en bref tout le contraire de la réalité bourgeoise où le pouvoir politique apparaît de plus en plus comme complètement détaché des préoccupations des masses populaires et hostile à la défense de leurs intérêts fondamentaux même les plus élémentaires…

Les manifestations lyriques populaires de reconnaissance ainsi que les témoignages du profond attachement des travailleurs soviétiques à l’égard de Staline, le chef dévoué à leur cause, se retrouvent ainsi aussi bien dans le chant simple mais authentique et spontané des kolkhoziens du Kazakhstan, que dans de majestueuses odes mélodieuses et sophistiquées qui empliront et résonneront dans l’enceinte du Théâtre Bolchoï.14 Comme on le voit, il n’est pas bien difficile de comprendre le fondement matériel qui engendra la naissance et l’essor d’un culte populaire d’une ampleur et d’une profondeur inédites dans l’Histoire.

 

Ci-dessus : « Le capitaine de l’URSS nous conduit de victoire en victoire ! » (Efimov, 1933)

Notons au passage qu’on ne peut nier sur ce point que les successeurs de Staline ─ c’est-à-dire les représentants de la néo-bourgeoisie monopoliste d’Etat ─, aient remporté d’importants « succès » dans la lutte contre ce « culte » du peuple pour ses chefs dévoués à leur cause… En effet, hier comme aujourd’hui, en dépit de la continuelle publicité (bourgeoise) qui est faite aux Khrouchtchev, Brejnev et Gorbatchev, pas le moindre « culte populaire » autour d’eux ! Il faut dire que leurs échecs et leurs faillites économiques aidant, ces derniers n’ont apporté que déceptions et désillusions aux masses populaires de l’ex-URSS ! En effet, sous le capitalisme – qu’il soit  »traditionnel » (comme le nôtre) ou  »restauré » (comme dans l’URSS post-stalinienne) –, l’existence de chants populaires glorifiant les actions des pantins politiques du Capital est tout bonnement inconcevable. Un tel culte apparaîtrait en effet immédiatement aux masses populaires comme complètement artificiel et intégralement crée d’en haut, et risquerait ainsi d’agir comme un redoutable facteur de contestation et d’instabilité sociales.

Imagine-t-on par exemple un seul instant les larges masses du peuple de France entonner des chants de reconnaissance à l’égard des politiciens au pouvoir censés les représenter, à l’instar de leur « arracheur de dents » de président ?… Sur quelle base matérielle populaire un tel culte pourrait-il émerger ? Aucune naturellement !

Au contraire, ré-émergent aujourd’hui continuellement des manifestations du « culte » de celui que les capitalistes cherchent inlassablement à faire passer pour le « frère jumeau » d’Hitler… afin d’essayer de dégoûter les travailleurs du communisme et de leur boucher la seule perspective révolutionnaire existante.15

 

En ex-URSS, les commémorations de la victoire contre le fascisme sont toujours fréquemment associées à la figure de Staline…

 

Ci-dessus : Commémorations du 130ème anniversaire de la naissance de Joseph Staline (Moscou, 2009). Aussi longtemps que les communistes n’auront pas les idées claires sur les causes et les conséquences de la contre-révolution révisionniste-bourgeoise qui détruisit de l’intérieur l’URSS en 1953 et la transforma en une nouvelle puissance impérialiste, le mouvement communiste restera prisonnier de ces nostalgies stériles tolérées par la bourgeoisie et ses alliés néo-révisionnistes parfois maquillés en « staliniens ». Ce n’est que lorsque cette conscience aura été acquise, que les communistes parviendront à renouer véritablement avec l’essence du marxisme-léninisme et que la bannière du stalinisme redeviendra l’étendard de la lutte pour l’affranchissement des travailleurs du joug de l’esclavage salarié !

Il est par ailleurs aujourd’hui ridicule de voir la bourgeoisie s’obstiner à stigmatiser le « culte de la personnalité » de Staline ─ qui avait au moins un profond fondement matériel et moral populaire ─, alors que les médias bourgeois intoxiquent quotidiennement les esclaves salariés gémissant sous leur joug en créant un culte de la personnalité auréolant les individus bourgeois ─ stars de l’écran, de la chanson, sportifs, etc. ─, tous plus médiocres et superficiels les uns que les autres.

 

 

Песня о Родине (1936) Chant de la mère-patrie (1936)
Припев :

 

Широка страна моя родная, Много в ней лесов, полей и рек!

 

Я другой такой страны не знаю,

Где так вольно дышит человек. (бис)

 

От Москвы до самых до окраин,

С южных гор до северных морей Человек проходит, как хозяин Необъятной Родины своей.

 

Всюду жизнь и вольно и широко, Точно Волга полная, течет. Молодым везде у нас дорога, Старикам везде у нас почет.

 

Припев.

 

За столом никто у нас не лишний,

По заслугам каждый награжден, Золотыми буквами мы пишем Всенародный Сталинский закон.

 

Этих слов величие и славу Никакие годы не сотрут :

Человек всегда имеет право

На ученье, отдых и на труд.*

 

Припев.

 

Над страной весенний ветер веет.

С каждым днем все радостнее жить, И никто на свете не умеет Лучше нас смеяться и любить.

 

Но сурово брови мы насупим,

Если враг захочет нас сломать,

Как невесту, Родину мы любим, Бережем, как ласковую мать.

 

Припев.

Refrain :

 

Ma mère-patrie est vaste,

De ses nombreuses forêts, plaines et rivières !

 

Je ne connais aucun autre pays, 

Où l’homme puisse respirer aussi librement. (bis)

 

De Moscou aux plus lointaines provinces,

Des montagnes du Sud aux mers du Nord L’homme se dresse comme le maître De son immense patrie.

 

Tout au long de sa vie, libre et profonde,  Comme [les flots] du fleuve Volga.

Tous les chemins sont ouverts à la jeunesse,  Tandis que les anciens sont toujours honorés.

 

Refrain.

 

A notre table, personne n’est exclu,

Chacun est récompensé selon ses mérites, En lettres d’or nous écrivons La loi stalinienne du pays.

 

Ces mots de grandeur et de gloire

Ne pourront s’effacer au cours du temps : Chacun doit toujours pouvoir  étudier, se reposer et travailler.

 

Refrain.

 

Au-dessus du pays, souffle la brise du printemps.

Chaque jour, la vie devient plus joyeuse, Et personne d’autre dans ce monde ne peut Mieux que nous rire et aimer.

 

Mais nos sourcils se fronceront sévèrement,

Si un ennemi cherche à nous briser,

Nous chérissons notre mère-patrie comme une jeune mariée, Et nous la protégerons comme une mère aimante.

 

Refrain.

Cette chanson fût pour la première fois interprétée dans le film soviétique Le cirque, dont voici la trame : aux USA, l’artiste de cirque américaine Marion Dixon est contrainte de prendre la fuite sous les jets de pierre, prise à partie par la foule venue regarder le spectacle, après que la presse jaune ait révélé qu’elle avait un fils métis issu d’une liaison avec un homme noir. Marion est ainsi contrainte de prendre la fuite.

Le premier plan du film est celui où l’on assiste à cette course-poursuite auprès d’une boutique dédiée à la vente de souvenirs provenant des colonies. Marion quitte donc les USA où sa carrière est brisée, et arrive en URSS, dans un cirque moscovite, où elle commence à refaire sa vie. Mais alors qu’elle est en train d’y parvenir, quelle se crée des amitiés et commence même à tomber sous le charme d’un artiste du cirque, les choses se compliquent : son imprésario, de nationalité allemande, lui-même désireux d’obtenir les faveurs de Marion, voit d’un très mauvais œil cette liaison naissante. Aux vaines menaces et à la violence ne tardent pas à se succéder les actes : il veut désormais briser de nouveau sa vie et la contraindre à un nouvel exil pour mieux la garder sous sa coupe.

Il profite ainsi d’une représentation du cirque, pour révéler au public soviétique qu’elle cache un enfant noir, « qu’elle a été la maitresse d’un nègre » et que c’est « une créature abjecte ». La réaction populaire ne se fait alors pas attendre : mais elle est aux antipodes de celle attendue par notre imprésario ─ dont les traits du visage rappellent étrangement ceux d’Hitler ─, car le public réagit en lui riant au nez ! « Elle a donné naissance à un enfant noir, et alors ? »

Et quand l’imprésario insiste avec véhémence ─ « C’est un crime racial, elle doit être bannie de la société civilisée, qui appartient uniquement aux blancs ! » ─, et veut remettre la main sur l’enfant en pleurs, c’est le public qui le soustrait à lui et prend sa défense avant qu’un groupe de soldats soviétiques venus assister au spectacle ne s’interpose et le contraigne à reculer.

Finalement, ce n’est pas Marion, mais lui, qui est invité à s’éclipser sous la huée populaire… qui lui épargne cependant les jets de pierres qui auraient été pour le coup amplement mérités !

 

Ci-dessus, un panorama composé de quelques images du film dans sa version colorisée.

Il faut dire qu’en URSS, l’idée-même de préjugé racial est absurde, le socialisme ayant instauré la collaboration et l’amitié entre les différentes minorités nationales, au contraire du capitalisme qui excite les peuples les uns contre les autres et sème la discorde entre eux pour le plus grand profit des exploiteurs. Cette sortie remarquée de l’imprésario ne tarde pas à céder la place à une berceuse destinée à réconforter l’enfant traumatisé, une berceuse au cours de laquelle l’enfant désormais apaisé passe de bras en bras (ici ceux de membres de la minorité juive soviétique).

Pendant ce temps, Marion qui était partie s’effondrer en pleurs à la révélation de son imprésario et qui croyait que les huées populaires s’adressaient à elle, est rejointe par son amant venu la rassurer. Celle-ci comprend alors qu’elle a trouvé dans l’URSS le pays qui la rendra heureuse. Le film s’achève par la réunion de cette nouvelle famille et la participation des artistes du cirque à un grand défilé populaire sur la place Rouge sur l’air de notre chant.

Comme on le voit, ce film a une immense portée politique dans le contexte de flambée de la réaction fasciste dans les pays bourgeois plongés dans la crise économique. Notons au passage que la chanson du film fût interprétée par l’exemplaire chanteur noir-américain engagé Paul Robeson. A ses détracteurs bourgeois qui l’enjoignaient à aller vivre en URSS où il était chaleureusement reçu et pour laquelle il prenait fait et cause en plein Maccarthysme, il répondait qu’étant fils d’esclave et que ses ancêtres ayant contribué à créer la prospérité américaine au prix de leur sueur et de leur sang, il se battrait pour conquérir les droits qui lui étaient alors déniés sur le sol américain…16 Parlant une vingtaine de langues, Paul Robeson était un intellectuel polymathe. Après de brillantes études de droit aux USA et en Angleterre ainsi qu’un parcours athlétique universitaire de haut niveau, il se lança dans le cinéma au Royaume-Uni. Avec la victoire du fascisme en Allemagne, il commença à s’intéresser de très près au communisme et à l’URSS. En décembre 1934, il découvre de ses yeux l’URSS sur l’invitation de Sergei Eisenstein. Il y rencontre également des afro-américains ayant émigré en URSS. Ce premier contact est pour lui autant un choc qu’une révélation. Au retour de ce premier voyage, il déclarera au Daily Worker :

« Je n’étais pas préparé à la joie que j’ai vu sur chaque visage à Moscou. (…) Je savais qu’il n’y avait pas de famine ici, mais je n’étais pas préparé à la vie jaillissante, aux sentiments de sécurité, d’abondance et de liberté que je trouve ici, partout où je me tourne ».

Et de poursuivre en opposant ce tableau à celui ─ véritablement macabre ─, de Berlin par laquelle il venait de transiter. Quant à la question de savoir s’il existait une question de race en URSS, il répondit en souriant « seulement qui soit à mon avantage »… Paul Robeson démontra surtout très vite qu’il s’était parfaitement assimilé les principes de l’internationalisme prolétarien et l’essence de la dictature du prolétariat. Commentant la condamnation à mort qui venait d’être prononcée contre quatorze terroristes contre-révolutionnaires directement impliqués dans le meurtre de Sergueï Kirov, Paul Robeson déclara ainsi que

« De ce que j’ai déjà vu des travaux du gouvernement soviétique, je peux seulement dire que quiconque qui lève la main contre lui devrait être exécuté ! C’est le devoir de ce gouvernement de réprimer d’une main ferme n’importe quelle opposition à cette société véritablement libre et j’espère qu’ils le feront toujours. En ce qui me concerne, je me sens déjà chez moi ici. C’est ma maison. Je sens plus de parenté visà-vis du peuple russe sous leur nouvelle société que je n’en ai jamais ressenti partout ailleurs. Il est évident qu’il n’y a aucune terreur ici, que toutes les masses de chaque race sont contentées et soutiennent leur gouvernement ».17

 

En 1938, Paul Robeson se rendit en Espagne pour y chanter devant les troupes Républicaines et les Brigades Internationales.

 

Dix ans plus tard, en janvier 1949, Paul Robeson et ses partisans manifestent devant la Maison Blanche pour l’abolition des lois ségrégationnistes… 

Pour l’impérialisme américain, il n’est alors pas exagéré de dire que la coupe était pleine ! Il faut dire que Paul Robeson avait compris que les combats contre le racisme et le fascisme ainsi que pour la paix et la liberté véritables étaient indissociables de la lutte des peuples pour la destruction du capitalisme et pour l’avènement du socialisme. Les positions défendues par Robeson représentaient une attaque directe contre les intérêts de l’impérialisme américain et de la bourgeoisie internationale. C’est ainsi qu’un peu plus d’une décennie après la sortie du film soviétique dont est issu notre chanson, toujours aux USA, la réalité rattrapa et dépassa la fiction.

La scène débuta le 27 août 1949 à Peeskill dans l’Etat de New York. Quelques heures avant un concert caritatif en plein air donné par les artistes de la gauche syndicaliste et communiste américaine au profit du Congrès des Droits Civils (parmi lesquels figuraient les artistes Paul Robeson, Pete Seeger et Woodie Guthrie), des émeutiers blancs racistes et anti-communistes attaquèrent à coup de battes de baseball et de jets de pierre les spectateurs venus assister au concert. Assez « étrangement », la police n’arrivera que plusieurs heures après l’attaque… Avant cette parodie d’intervention, les émeutiers auront eu le temps de blesser gravement 13 spectateurs. Le concert fût ainsi reporté au 4 septembre. Y assistèrent 20 000 spectateurs. Ce jour là, la télévision américaine était présente (CBS News). Une chaîne humaine formée par les partisans du concert en protégeait les accès. Mais une fois le concert terminé, les émeutiers récidivèrent devant les caméras et les photographes. Ils attaquèrent de nouveau à coup de pierres et de battes les « nègres blancs » qu’ils « invitèrent » à « retourner en Russie »… Des voitures et des bus furent caillassés et près de 150 spectateurs blessés. Quant aux forces de l’ordre présentes, elles laisseront bienveillamment faire les émeutiers… et certains de ses membres iront même jusqu’à leur prêter main forte pour tabasser Robeson ainsi que ses partisans…18

Fort « étrangement », aucune des poursuites pénales initiées par les partisans de Robeson n’aboutiront et les autorités américaines accuseront même « les communistes » d’être responsables de ces violences ─ de la même façon que ceux qui manifestent aujourd’hui contre les exactions de l’Etat sioniste à l’égard d’un peuple palestinien martyr sont jugés responsables des violences commises par les éléments provocateurs sionistes…

 

Ci-dessus : Paul Robeson en haut de l’estrade tandis que ses partisans protègent les abords du concert. ─ Alors que les représentants des « forces de l’ordre » arborant des mines bien joviales « contiennent » les émeutiers, ceux-ci passent des insultes… au caillassage ! Puis vient le temps pour eux de prendre la pose devant leurs forfaits : fascistes et fiers de l’être ! ─ Non, ce n’est pas un émeutier qui est matraqué par les « forces de l’ordre »… mais Paul Robeson lui-même ! ─ Et si on se faisait une petite « flambée nocturne » pour « fêter » tout ça ?… un autodafé de livres et de disques « rouges », histoire de réchauffer les cœurs ! De « l’american dream » à « l’american nightmare »… De la « démocratie » « made in USA »… au fascisme « made in USA » !

 

« Le fascisme ─ Ennemi de la culture ». (Prorokov, 1939) Quel que soit la masque qu’il arbore ─ ancien ou « moderne », barbare ou « civilisé » ─, le fascisme se nourrit de l’ignorance léguée par la culture bourgeoise et les préjugés social-réformistes ainsi que des préjugés racistes et social-chauvins les plus réactionnaires pour maintenir par tous les moyens possibles les masses populaires exploitées sous l’influence et donc sous la domination de la bourgeoisie.

Quelques mois plus tard, le passeport du chanteur ─ désormais complètement blacklisté des médias US ─, lui sera confisqué conformément au Mc Carran Internal Security Act.

Pour l’impérialisme américain, les raisons ne manquaient pas, qu’il s’agisse de son fort engagement anti-impérialiste ─ il chanta ainsi Les quatre généraux (Guerre d’Espagne), la Marche des Volontaires (en soutien à la Révolution chinoise), le Chant des déportés et la Chanson du ghetto de Varsovie ─, de sa critique récurrente de la condition des noirs aux USA et enfin de ses sympathies communistes symbolisées par ses fréquents voyages en URSS…

Les récentes émeutes qui ont sécoué Ferguson au mois d’août 2014, ont d’ailleurs démontré que la question de la condition du prolétariat noir, quotidiennement victime d’une ségrégégation économique, sociale et spatiale, était toujours très aigüe aux USA…

Désormais interdit de quitter le territoire américain ─ la bourgeoisie US préférant le garder « sous la main » plutôt que de lui permettre de poursuivre sa carrière internationale d’artiste engagé ─, Paul Robeson n’en recevra pas moins le prix Staline international pour la paix en 1952.

Encore une preuve que sous le capitalisme, il est souvent très difficile de distinguer la frontière entre une « démocratie » toujours tronquée et illusoire, et les méthodes de répression fascistes à l’égard de ceux qui osent résister…19

Notons pour finir que le brillant artiste afro-américain sera profondément affecté par la répression Mac Carthyste combinée aux traumatismes de la déstalinisation et de la rupture sino-soviétique. Sa santé commencera à en souffrir gravement dès la fin des années 1950. A partir de 1961 et jusqu’à sa mort en 1976, son état dépressif et sa santé fragile le contraindront à se retirer de la vie publique et politique. Stalinien convaincu, il ne répudia pourtant jamais son passé d’artiste-militant révolutionnaire, passé synthétisé par sa lettre d’adieux au camarade Staline publiée en avril 1953 dans la New World Review, lettre qu’il concluait ainsi :

« A toi, bien-aimé camarade, nous faisons le serment solennel que le combat continuera encore et encore. Repose paisiblement, bien-aimé camarade, notre travail ne fait que commencer. Le combat continuera jusqu’à ce que nous gagnions ».20

С нами поёт вся страна (1936) Tout le pays chante avec nous (1936)
Эй веселей запевайте вы, соколы  Армии славной сыны.

Пусть долетает до солнца высокого  Песня Советской Страны.

 

Припев :

 

Нигде на свете нет силы,

Чтобы сломила 

Молодость нашей страны. 

Смело шагайте вперед, наши соколы Армии Красной сыны !

 

Родина наша руками могучими

Наши ряды создала,

Нам приказала быть самыми лучшими, В сердце отвагу влила.

 

Припев.

 

Солнце нас било горячими стрелами,  Град пулеметом строчил.

Буря и холод нас крепкими сделали, Ветер нас петь научил.

 

Припев.

 

Наша страна, как и вы, быстроногая

Приступом с боя берет

Небо высокое, море глубокое,  Топи лесов и болот.

 

Припев.

 

Радостно видеть дороги просторные, Помощь и дружбу вокруг.

Весело слышать нам песни задорные Наших друзей и подруг.

 

Припев.

 

С нами поют пионеры – отличники, Мать, и отец, и жена.

С нами герои поют пограничники, С нами поет вся страна !

 

Припев. (бис)

Vous chantez joyeusement, héros Glorieux fils de l’armée.

Puisses tu voler aussi haut que le soleil, Chanson des pays soviétiques.

 

Refrain :

 

Aucune force dans ce monde

Ne peut briser 

La jeunesse de notre pays.  Avancez fièrement, nos héros Fils de l’Armée Rouge ! 

 

Notre patrie a de vaillants soldats,

Nos bataillons sont formés,

Nous avons reçu l’ordre d’être les meilleurs,  Ensembles nous nous donnons du courage.

 

Refrain.

 

Le soleil nous frappait de ses rayons chauds,  La grêle nous mitraillait de pics.

Par la tempête et le froid, nous avons été vigoureux,  Le vent nous a appris à chanter.

 

Refrain.

 

Notre pays, tout comme vous, est rapide

Charge au combat pendant la bataille

Dans les hauteurs du ciel, les profondeurs de la mer,  Dans les forêts et les marais.

 

Refrain.

 

On aperçoit la vaste route avec joie,  Du réconfort et de l’amitié tout autour.

Nos amis et amies.

Ecoutent avec plaisir nos chants joyeux.

 

Refrain.

 

C’est un honneur de chanter avec nos héros,  Avec nos mères, nos pères et nos femmes.  Avec nos héros chantent les gardes-frontières,  Tout le pays chante avec nous !

 

Refrain. (Bis)

A l’instar du précédent, ce chant célèbre la vie nouvelle qui s’édifie à mesure que l’URSS réalise victorieusement ses plans quinquennaux.

Dans son ouvrage Dreiser Looks at Russia (1928), rédigé après avoir visité l’URSS en 1927, l’écrivain américain Théodore Dreiser se disait déjà impressionné par « l’enthousiasme jamais vu du peuple soviétique ». En 1931, à son retour d’une visite en URSS où il rencontra notamment Staline, l’écrivain irlandais George Bernard Shaw ne dira pas autre chose. A son retour au Royaume-Uni, il déclare : « Je reviens de l’avenir pour me plonger dans le passé »…21

 

Ci-dessus : Une décennie après la mort de Lénine, la jeunesse en haillons a cédé la place à une jeunesse épanouie, qui s’ouvre à la culture scientifique, nouveau visage d’une URSS en plein essor.              

Ой, вы кони стальные (1937) Oh, chevaux d’acier (1937)
Ой, вы кони, вы кони стальные,

Боевые друзья-трактора,

Веселее гудите, родные, –  Нам в поход отправляться пора.

 

Припев :

 

Мы с чудесным конём 

Все поля обойдём, 

Соберём, и посеем, и вспашем. 

Наша поступь тверда, 

И врагу никогда 

Не гулять по республикам нашим !   

 

Наша сила везде поспевает,

И, когда запоёт молодёжь,

Вся пшеница в полях поспевает, Поспевает высокая рожь.

 

Припев.

Широко ты, колхозное поле…

Кто сумеет тебя обскакать ?

Ой ты, волюшка, вольная воля,  В целом мире такой не сыскать !

 

Припев.

 

Ну-ка, братцы, нас лучше не трогай,

Не балуйся у наших ворот, А не то встанет грозно и строго Наш хозяин – Советский Народ !

 

Припев.

Oh, vous les chevaux, vous les chevaux d’acier,

Le tracteur est l’ami du soldat, Il gronde mieux que les parents – Nous fait faire des promenades.

 

Refrain :

 

Nous avons un cheval merveilleux 

Qui passe au-dessus de tous les champs,  Il peut cueillir, semer, et labourer. 

Nos pas sont fermes, 

Et jamais l’ennemi 

Ne mettra les pieds dans nos républiques !

 

Partout, nos efforts sont en rythme,

Et quand les jeunes commencent à chanter,

Des champs de blé tout entiers [se balancent] en rythme,  Les hauts [champs de] seigle [se balancent] en rythme.

 

Refrain.

 

Vous, les grandes fermes des kolkhozes, Qui est en mesure de vous surpasser ?

Oh, peu d’êtres, peu de personnes libres [comme vous],  Dans le monde entier on ne pourrait trouver.

 

Refrain.

 

Allons, frères, mieux vaut ne pas nous toucher,

Ne fais pas le malin à nos portes, Sinon se dressera terrible et sévère Notre maître : le peuple soviétique !

 

Refrain.

En lui donnant d’abord le droit de jouissance du sol dès le début de la Révolution, puis en l’aidant à s’affranchir définitivement du joug usurier des paysans riches (koulaks) en lui apportant une aide matérielle de premier plan visant à l’intégrer aux rapports de production socialistes tout en lui permettant de voir ses conditions de vie s’améliorer rapidement, la paysannerie pauvre et moyenne devint la plus fidèle alliée de la classe ouvrière soviétique. En 1927, à la veille du début du mouvement de collectivisation, la paysannerie soviétique comptait une proportion de moins de 4 % de paysans riches, les koulaks. Ces usuriers de la campagne engageaient des ouvriers agricoles ou louaient des moyens de production, en bref, exploitaient le travail de l’immense majorité des paysans pauvres. A la fin de l’année 1927, le relèvement tout juste achevé de l’industrie soviétique qui venait de dépasser son niveau d’avant-guerre (1913), commençait à offrir  les « conditions favorables à la liquidation des éléments capitalistes, à la restriction et à la liquidation des éléments koulaks » au moyen de « l’organisation des paysans travailleurs dans des sociétés de production, [financées] par l’Etat », les kolkhozes.22

Ceux-ci permettraient la mise en commun des parcelles individuelles ainsi que l’organisation rationnelle des cultures sur la base d’une technique nouvelle induite par la mécanisation des travaux agricoles. Enfin, ils assuraient à la classe ouvrière soviétique des récoltes abondantes et ainsi un bien meilleur approvisionnement de l’industrie, tout en renforçant son alliance fondamentale avec la paysannerie laborieuse. Très vite, avec la constitution des premiers kolkhozes et l’arrivée des premiers tracteurs, les koulaks cessent de se moquer d’eux et comprennent qu’ils signifient leur fin en tant que classe. Une partie significative des koulaks préfèrera alors abattre son bétail plutôt que d’avoir à le céder, ou aura recours au sabotage et employa les méthodes de lutte les plus désespérées contre les leaders locaux du mouvement de collectivisation, qu’ils appartiennent ou pas ou PCUS(b). Comme le rapporta Guido Miglioli dans son remarquable ouvrage sur la collectivisation socialiste,

« Pendant mon séjour dans les villages soviétiques en été 1930, j’apprenais directement des paysans collectivistes combien le koulak avait été féroce et agressif contre eux, lorsque, en groupes, même les paysans moyens se dirigeaient, enthousiastes, vers la collectivisation. Il brûla leurs maisons ; il empoisonna les eaux pour tuer le bétail ; il attaqua les dirigeants du mouvement collectiviste, allant jusqu’à l’assassinat ».23

L’illustration ci-dessus synthétise magistralement la façon dont l’historiographie bourgeoise traite l’histoire de l’URSS. Cet encadré est extrait du dossier des Chroniques de l’histoire consacré à Joseph Staline.24 Pour la bourgeoisie, qui aime à se représenter les fermes collectives soviétiques comme des décors en carton-pâte cachant la soi-disant misère persistante la paysannerie soviétique, la « propagande communiste » mise en œuvre par Staline n’aurait fait que « promettre » des machines agricoles à la paysannerie, afin de lui faire avaler la pilule dans le cadre de la « collectivisation forcée des terres » ! Il faut dire que selon la bourgeoisie, c’est la grande masse de la paysannerie soviétique qui se serait opposée à la collectivisation. Pour les capitalistes qui cherchent à présenter aux travailleurs leur domination comme un horizon indépassable, la falsification délibérée et la révision éhontée des faits historiques réels n’est pas l’exception, mais la règle… Cela démontre le « sérieux » et « l’objectivité » des « investigations » bourgeoises faites soi-disant en vue de « découvrir la vérité sur l’URSS de Staline » ! On comprendra donc sans mal que sur la photographie les paysans brandissent une bannière sur laquelle est écrit non pas « leur refus des méthodes de la collectivisation », mais : « Nous, kolkhoziens, nous sommes pour la collectivisation. Nous liquidons la classe des koulaks » ! Ainsi une photo prouvant la volonté de la paysannerie travailleuse d’en finir avec les koulaks — que Lénine qualifiait de « vampires » et de « pires exploiteurs  » —, se change (miraculeusement) dans les mains (alchimistes) de la bourgeoisie, en une photographie censée démontrer précisément le contraire, c’est-à-dire « l’opposition de la paysannerie toute entière aux méthodes de la collectivisation » ! Il faut dire que la bourgeoisie peut compter sur la méconnaissance de la langue russe par l’immense majorité des travailleurs qui ne seront soit ni tentés, soit pas en mesure de vérifier l’authenticité de la traduction. Pourquoi se priverait-elle donc ─ fidèle en cela au célèbre adage de Joseph Goebbels ─, d’une falsification aussi grossière et donc apparemment aussi « irréfutable » ?

Au début de l’année 1930, devant l’essor très rapide du mouvement spontané des paysans pauvres pour créer des kolkhozes et s’affranchir de la domination des paysans riches ─ un mouvement dépassant d’ailleurs les capacités de production de la jeune industrie soviétique des tracteurs ─, 250 000 communistes des villes furent dépêchés dans les campagnes afin d’encadrer et d’apporter leur concours au vaste mouvement de collectivisation.

Il faut dire que la proportion de la population rurale membre du Parti communiste bolchévik n’était alors que de 2,8 ‰. Pourtant au pouvoir depuis plus d’une décennie, le PCUS (b) ne possédait alors de cellule du Parti que dans un tiers des Soviets de village…

De toute évidence, le Parti communiste n’avait alors qu’une emprise très limitée sur ce mouvement en grande partie spontané. Il pût ainsi y avoir des excès et des erreurs « gauchistes » induites par l’inévitable esprit de revanche (voir de vengeance) qui devait animer les larges masses de paysans pauvres qui avaient subi l’exploitation séculaire de ces capitalistes de la campagne, mais leur ampleur resta très limitée au regard de cet héritage et des crimes dont se rendirent coupables les koulaks.25

En 1929, l’URSS possédait moins de 35 000 tracteurs totalisant une puissance d’un peu moins de 0,4 million de CV. En 1933, son parc de tracteurs en comptait désormais plus de 204 000 totalisant une puissance de 3,1 millions de CV. Enfin, en 1938 les sovkhozes et kolkhozes disposaient d’un parc de plus 483 000 tracteurs.

De même, au cours de la période 1933-1938, le nombre de moissonneusesbatteuses fit plus que sextupler à 153 000 unités. En 1940, l’agriculture soviétique possédait désormais 684 000 tracteurs (calculés en unités de 15 CV), soit une puissance totale de près de 10,3 millions de CV, ainsi que 182 000 moissonneusesbatteuses. En une décennie, la puissance du parc de tracteurs avait ainsi été multipliée par 25 !

En 1929, les sovkhozes et les kolkhozes ne représentaient que 5,1 % des surfaces cultivées en céréales ─ qui se montaient à une centaine de millions d’hectares ─, contre déjà pas moins de 84,1 % en 1933 !26 

Les deux premiers plans quinquennaux (1928-1937) virent ainsi les rapports de production se transformer radicalement dans les campagnes soviétiques avec la liquidation des koulaks en tant que classe, c’est-à-dire de la dernière classe exploiteuses constituée.

Ci-dessus : A l’heure de la pause dans un kolkhoze (1933).

De plus, la production agricole désormais stimulée par la victoire des rapports de production socialistes démontrait un essor impétueux, qu’il s’agisse des cultures céréalières ou industrielles. En 1937, la production céréalière soviétique atteignit un niveau record : plus de 120 millions de tonnes, un chiffre en hausse de plus de 50 % par rapport à son niveau de 1913 ! Dans le même temps, la production de fibres de lin et de coton avait été multipliée par un facteur 3 à près de 3,2 millions de tonnes. C’est dans ces conditions que la paysannerie soviétique hier encore misérable et arriérée accéda en quelques années à une vie aisée et de plus en plus cultivée.

Notons au passage que c’est ainsi sous la direction du PCUS (b) que s’opéra la plus rapide, la plus vaste et la plus profonde transformation des rapports de production agraires que l’humanité ait connu jusqu’à aujourd’hui. De quelles autres merveilles et prouesses seront capables les ouvriers et les paysans laborieux de pays comme la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Bangladesh, le Pakistan, le Mexique, le Brésil, la Turquie, l’Egypte, le Nigéria, le Congo, l’Afrique du Sud, etc., le jour où ils se débarrasseront des soi-disant représentants « démocratiquement » élus qui vivent de la conservation de l’ordre bourgeois et contribuent à perpétuer l’esclavage salarié !?

Si l’URSS pût se doter en moins d’une décennie de l’agriculture la plus avancée et la plus mécanisée du monde, c’est évidemment en premier lieu grâce au prodigieux essor de la production industrielle soviétique dont le volume quintupla presque au cours de la période 1929-1938. A titre de comparaison, la production industrielle américaine en proie à la Grande Dépression ne représentait plus que 72 % de son niveau de 1929 en 1938.27

« L’Union soviétique fut alors le seul pays qui ne connut pas les crises et les autres contradictions du capitalisme. L’industrie se développait sans discontinuer à des rythmes sans précédent. En 1938, la production industrielle de l’URSS était de 908,8 % par rapport à celle de 1913, cependant que la production industrielle des EtatsUnis n’était que de 120 % ; celle de l’Angleterre, de 113,3 % ; celle de la France, de 93,2 %. (…) De 1929 à 1937, le rythme d’accroissement annuel moyen de la production industrielle a été en URSS d’environ 20 % contre 0,3 % seulement dans les pays capitalistes durant la même période. (…) Dès la fin du second plan quinquennal, l’Union soviétique occupait la première place en Europe et la deuxième dans le monde pour le volume de la production industrielle. Elle venait au deuxième rang pour le trafic ferroviaire. La part de la grande industrie dans la production globale de la grande industrie et de l’agriculture passa de 42,1 % en 1913 à 77,4 % en 1937. En 1913, la part des moyens de production constituait 33,3 % de la production industrielle globale ; elle représentait plus de 60 % en 1940. A la veille du premier plan quinquennal, l’URSS importait environ un tiers de toutes ses machines. En 1932, elle en importait déjà moins de 13 %, et en 1937, 0,9 % seulement. (…) La grande industrie de l’Union Soviétique livrait en 1940 près de 12 fois plus de produits que l’industrie de la Russie tsariste en 1913. L’industrie des constructions mécaniques avait multiplié sa production par 50 ».28

Pour la bourgeoisie internationale, ces faits constituaient la plus éclatante démonstration de la supériorité du mode de production socialiste sur le mode de production capitaliste, alors même que le PCUS (b) n’avait hérité que d’un pays certes vaste, peuplé et riche en ressources naturelles, mais arriéré, misérable et ruiné par des années de guerre (1914-1922). Le rapide essor de l’économie soviétique constituait donc un puissant encouragement pour les larges masses ouvrières et paysannes des pays impérialistes laminés par la crise économique à imiter la voie tracée par la révolution d’Octobre. Pour les impérialistes du monde entier, l’exemple donné par l’URSS constituait un facteur d’instabilité sociale croissant et de plus en plus considérable, un danger qu’il devenait donc urgent d’éliminer…

Au fur et à mesure de la marche en avant vers le socialisme, ne cessa de se renforcer l’alliance fondamentale entre les deux classes amies que constituaient la classe ouvrière et la paysannerie soviétiques. Déjà, au cours des années de la Guerre civile, la paysannerie pauvre avait fourni le gros des conscrits de la jeune Armée Rouge.

A l’aube de l’agression de l’impérialisme allemand, la paysannerie soviétique kolkhozienne était profondément attachée à la défense des rapports de production et du régime socialistes, comme en témoigne d’ailleurs mieux que n’importe quel long discours la photographie ci-dessous :

Le 10 décembre 1941, les kolkhoziens des environs de Moscou remettent aux soldats de l’Armée Rouge des chars lourds KV-1 construits grâce à leurs dons. Sur ces chars figure l’inscription « Kolkhoziens moscovites ». Cette pratique fût très répandue pendant la guerre. Cela signifiait souvent pour les généreux donateurs ─ qui se sentaient profondément redevables envers le régime et la société qui leur avaient apporté la liberté et la prospérité ─, qu’ils s’étaient délestés de toutes leurs économies individuelles, voir d’une grande partie du menu bétail lié à leur parcelle individuelle, c’est-à-dire dans tous les cas un lourd sacrifice qui ne pouvait être consenti que parce qu’ils étaient profondément attachés à la société nouvelle, socialiste. En dépit des circonstances les plus sombres, on peut lire ici sur les visages des kolkhoziens le bonheur et la fierté de participer au prodigieux effort de guerre du peuple soviétique contre l’envahisseur fasciste.

 

Ci-dessus : « Nous ne renoncerons pas aux acquis d’Octobre ! » (Avvakumov – Scheglov, 1941) Formée d’ouvriers et de paysans coopérés, l’Armée Rouge était composée de travailleurs conscients de défendre leurs propres intérêts, et non ceux d’une clique bourgeoise les opprimant. En 1940, la paysannerie représentait 57 % de la population active soviétique. En 1942-1943, la population active agricole représentait 50 % de son niveau de 1940, contre 64 % pour les ouvriers de l’industrie manufacturière.

Dans ces conditions, la peur de l’incertitude du lendemain (naturelle et quotidienne sous le capitalisme) cédait la place à la confiance dans l’avenir, même dans les circonstances tragiques et au milieu du cortège de souffrances imposé par l’agression nazie.

                 

Казачья (1937) Chanson des cosaques (1937)
Шли по степи полки со славой громкой, Шли день и ночь со склона и на склон.

Ковыльная родимая сторонка,

Прими от красных конников поклон !

 

Эх расцветай и пой, наш Дон любимый,

Гордись своим простором золотым, Твоих лугов и пашен край родимый Мы никогда врагам не отдадим.

 

Казачью степь ведет товарищ Сталин

От нищеты, и горя, и оков,

И первый раз большое солнце встало Над молодой землей большевиков.

 

В колхозах хлеба полные амбары,

Привольно жить нам стало на Дону, Эх, проливали кровь свою недаром Мы на полях в гражданскую войну.

 

А если враг нагрянет с новой силой – Из ножен шашки снова вырвем вон. Веди нас в бой, товарищ Ворошилов Донецкий слесарь, боевой нарком.

 

Мы встанем все у пушечных лафетов,

И сколько пик поднимется в строю  За мирный труд, за вольный край Советов За молодую Родину свою !

 

А по степи опять со славой громкой Пойдут полки со склона и на склон.

Цветущая родимая сторонка,

Прими от красных конников поклон !

Ils vont par les steppes, les régiments, avec leur gloire éclatante,  Ils vont nuit et jour, par monts et par vaux.

Cher pays verdoyant,

Reçois le salut des cavaliers rouges !

 

Eh ! Epanouis-toi et chante, notre Don aimé,

Sois fier de tes campagnes dorées,

De la terre chérie de tes prés et de tes champs, Nous ne la céderons jamais à l’ennemi.

 

Le camarade Staline libère la steppe cosaque

De la misère, de la peine et des chaines,

Et pour la première fois le grand soleil s’est levé Sur la jeune terre des bolchéviques.

 

Dans les kolkhozes, il y a des greniers pleins de blé,

Nous avons commencé à vivre librement sur le Don,

Eh ! Ce n’est pas sans raison que nous avons versé notre sang Sur les champs de bataille de la guerre civile !

 

Et si l’ennemi surgit avec une nouvelle force, Nous dégainerons encore les sabres.

Conduis-nous au combat, camarade Vorochilov,

Ouvrier-métallurgiste du Donetsk, commissaire du peuple combattant.

 

Nous chargerons tous contre les affûts de canons,

Et, autant de lances se lèveront, en formation de combat,   Pour le travail pacifique, pour le pays libre des Soviets, Pour notre jeune Patrie !

 

Et de nouveau, par les steppes, avec leur gloire éclatante, Vont les régiments, par monts et par vaux.

Cher pays florissant,

Reçois le salut des cavaliers rouges !

On pourrait croire ici à une simple réédition des chants précédents. Mais il n’en est rien. Comme nous allons le voir, le contexte politique diffère sensiblement en ce qui concerne le peuple des cosaques du Don par rapport à la situation dans laquelle se trouvaient les autres minorités nationales composant l’URSS. En effet, pendant plus de trois siècles, les tsars de Russie s’attachèrent étroitement les services des cosaques du Don qu’ils approvisionnèrent et dont ils firent une cavalerie d’élite à leur service. Cette longue tradition de mercenaires du tsar détermina dans une large mesure le soutien actif que les cosaques du Don apportèrent aux impérialistes coalisés et aux débris du tsarisme au cours de la Guerre civile.

Après la victoire de la jeune Armée Rouge, cet héritage négatif devait être combattu selon la voie léniniste, c’est-à-dire par la démonstration que le socialisme apporterait aux cosaques du Don la prospérité, indépendamment du fait qu’ils avaient combattu du mauvais côté de la barricade quelques années auparavant… La marche en avant du socialisme les lierait ainsi inévitablement étroitement aux autres minorités nationales qui, longtemps opprimées par le tsarisme, avaient au contraire dès le début tourné leur regard vers le jeune pouvoir soviétique qui incarnait leurs aspirations et s’était battu pour la conquête de leurs libertés, les assurant qu’elles seraient désormais certaines d’être traitées d’égal à égal avec le peuple grand-russe.

Les cosaques du Don constituaient ainsi pour le pouvoir soviétique, la minorité nationale qui était la plus difficile à intégrer à l’œuvre d’édification des rapports de production socialistes et de leur renforcement continu. Or il se passa à peine une décennie entre le début de l’essor impétueux de l’économie soviétique et le début de la guerre.

Une décennie, c’est évidemment très court quand il faut extirper un héritage séculaire de la conscience des hommes. A peine deux décennies après la destruction du tsarisme, demeuraient ainsi inévitablement des anciens « nostalgiques » du temps « béni » d’avant les bolchéviques où les cosaques étaient grassement payés pour faire la police du Tsar… Leur influence retardait et s’opposait à l’éducation de la nouvelle génération dans l’esprit de l’attachement au socialisme. La persistance de cet héritage négatif possédait sa propre base matérielle.

En effet, l’essor du socialisme ne faisait que commencer à apporter un sensible essor des conditions de vie du peuple soviétique. Pour les larges masses populaires des campagnes soviétiques qui venaient d’être arrachées à la misère, cela suffisait à s’en faire de solides alliés, mais il n’en allait pas de même avec les cosaques du Don qui avaient bien moins souffert que les autres de l’arriération économique, grâce aux généreux subsides qui leur furent accordés par le pouvoir tsariste. Grâce à eux, la proportion des koulaks chez les cosaques du Don était de loin supérieure à ce qu’elle était dans le reste de l’URSS. La liquidation des koulaks en tant que classe exploiteuse y laissa donc des traces bien plus profondes. Malgré ces profondes blessures, le pouvoir bolchévik témoigna de sa sollicitude à l’égard des cosaques du Don et s’attacha à les considérer autant que possible comme n’importe quels citoyens soviétiques. C’est ainsi qu’en 1936, bien décidé à préparer l’URSS à l’agression nazie, Staline ordonna la création de nouveaux régiments de cavalerie cosaques et le pouvoir soviétique s’attacha à substituer le patriotisme soviétique au puissant legs du nationalisme bourgeois. Il s’agissait de faire entrevoir aux cosaques du Don que le pouvoir soviétique n’était pas leur ennemi et souhaitait leur donner une seconde chance et était prêt à leur faire confiance. La chanson ci-dessus en témoigne.

En dépit ce travail de fond ─ aussi bien matériel qu’idéologique ─, au moment de l’invasion de l’URSS, l’impérialisme allemand saura utiliser ce legs négatif ainsi que la forte persistance des sentiments hostiles aux bolchéviks en proposant aux cosaques de combattre à leur côté, avec à la clef la promesse de voir restaurée la propriété foncière… Hitler se présenta ainsi à eux en « défenseur de la nation cosaque », une nation qui avait pour héritage et fondement le mercenariat et les pogroms… Comme on le voit, Hitler et les éléments cosaques bourgeois revanchards possédaient donc un solide tronc commun…

C’est ainsi qu’une proportion significative des cosaques du Don collabora avec l’occupant fasciste et prit part à ses exactions contre le reste de la population soviétique. De même que le nationalisme des cosaques du Don apporta son concours aux débris du pouvoir tsariste bourgeois-compradore lié aux impérialistes étrangers au cours de la Guerre civile, de même les éléments cosaques demeurés nationalistes deux décennies plus tard n’hésitèrent pas longtemps avant de se lier à l’envahisseur fasciste qui se proposait pourtant rien de moins que de réduire en esclavage les peuples composant l’URSS. Le premier officier cosaque à faire défection et à rejoindre la Wehrmacht avec son régiment fût le lieutenant-colonel Ivan Nikititch Kononov. Tout au long des années 1920-1930, ce jeune officier cacha ses origines bourgeoises qui l’auraient rendu suspect et auraient inévitablement compromis sa carrière : ses parents furent exécutés en 1918 par le jeune pouvoir bolchévik qui luttait alors pour sa survie. Farouchement anti-communiste, il se gardera bien d’exprimer ses vue politiques, ce qui lui permettra d’échapper à la vague de purges des années 1937-1938. Il entrera en contact avec l’ennemi en août 1941 pour discuter des conditions de sa désertion et passera à l’acte le mois suivant…

Il serait cependant faux d’affirmer que ce fût le peuple des cosaques du Don dans son ensemble qui collabora avec l’occupant fasciste. Plusieurs corps de cavalerie cosaques du Don restèrent en effet indéfectiblement fidèles à l’URSS et combattirent héroïquement pour sa libération, à l’instar de ceux du 1er Corps de Cavalerie de la Garde qui s’illustra à plusieurs reprises, notamment à l’occasion des batailles du Dniepr (1943), de Korsun (1944) et de la marche sur Berlin, ainsi que ceux du 2nd Corps de Cavalerie de la Garde commandée par le général Lev Dovator qui s’illustra au cours de la Bataille de Moscou qui lui coûta d’ailleurs la vie le 19 décembre 1941. Ces faits prouvèrent que la juste politique de résolution de la question nationale des bolchéviks avait commencé à produire des effets sensibles même dans la région où les survivances du nationalisme bourgeois et de l’anticommunisme étaient les plus puissantes et vivaces. La collaboration d’une partie importante des cosaques du Don avec l’occupant nazi constitua cependant un recul majeur dans la politique de leur assimilation au reste de la population soviétique, ce qui détermina la situation difficile dans laquelle se trouvèrent les collabos et leurs familles au moment où l’Armée Rouge chassa l’envahisseur allemand… Les premiers furent souvent condamnés à la peine capitale, tandis que les secondes furent d’ordinaires condamnées à l’exil, loin des régions où les collabos avaient sévit.

A la vue de ces circonstances extrêmement défavorables et de l’étroitesse de la fenêtre temporelle dans laquelle il s’exerça, il n’est pas exagéré de parler du processus d’assimilation des cosaques du Don comme d’un succès relatif de la politique léniniste-stalinienne. Celui-ci est d’autant plus évident si l’on regarde l’actualité contemporaine qui a vu les impérialismes d’Occident souffler avec succès sur les braises de ces nationalismes revanchards pro-nazis en Ukraine et parvenir à les raviver six décennies après leurs dernier faits d’armes !…

Ci-dessous : Sous la direction d’officiers anti-communistes d’origine bourgeoise ayant échappé à la vague de purges des années 1937-1938, la frange réactionnaire des cosaques du Don s’enrôla avec zèle dans la Wehrmacht. (Photo de 1942)

Ci-dessus, les cavaliers cosaques du 2nd Corps de Cavalerie de la Garde du général Lev Dovator (au centre, lisant une carte) qui combattirent héroïquement sous la bannière soviétique aux heures les plus sombres de l’invasion nazie. Fils de paysan pauvre travaillant à l’usine, encore adolescent au moment de la Révolution d’octobre, Dovator devînt rapidement un communiste actif et s’engagea dans l’Armée Rouge en 1924. Il s’illustra pour la première fois au cours de l’été 1941, à la tête d’une unité de cavalerie opérant dans la région de Smolensk, en menant un raid audacieux d’infiltration au sein des lignes ennemies qui coûta à la Wehrmacht la vie de 2 500 soldats ainsi que la destruction de plus de 200 véhicules et d’une dizaine de chars.

Песня о Сталине (1937/1938) Chanson sur Staline (1937/1938)
Припев :

 

От края до края, по горным вершинам, 

Где горный орел совершает полёт, 

 

О Сталине мудром, родном и любимом, 

Прекрасную песню слагает народ. (бис) [1937-1938]

 

Летит эта песня быстрее, чем птица,  И мир угнетателей злобно дрожит.

Её не удержат посты и границы,

Её не удержат ничьи рубежи. [1937-1938]

 

Припев.

 

Её не страшат ни нагайки, ни пули,

Звучит эта песня в огне баррикад,

Поют эту песню и рикша, и кули,

Поёт эту песню китайский солдат. [1937-1938]

 

Припев.

 

И песню о нём, поднимая, как знамя

Единого фронта шагают ряды ;

Горит, разгорается грозное пламя,

Народы встают для последней борьбы.  [1937]

 

Припев.

 

И мы эту песню поём горделиво

И славим величие Сталинских лет,

О жизни поем мы, прекрастной, счастливой,

О радости наших великих побед !  [1938]

 

От края до края, по горным вершинам, 

Где свой разговор самолёты ведут, 

 

О Сталине мудром, родном и любимом 

Прекрасную песню народы поют. (бис) [1938]

Refrain :

 

D’une frontière à l’autre, sur les cimes des montagnes, Là où l’aigle des montagnes prend son envol,

 

Sur Staline le sage, le cher et bien-aimé,

Le peuple a composé une merveilleuse chanson. (bis) [1937-1938]

 

Cette chanson vole plus vite qu’un oiseau, Et ébranle le monde des oppresseurs.

Aucune frontière barbelée ni aucun avant-poste fortifié ne l’arrêtera, Elle ne sera enfermée par personne dans des frontières. [1937-1938]

 

Refrain.

 

Elle ne craint ni les fouets, ni les balles,

Elle flotte au-dessus des barricades en feu,

Les roues du pousse-pousse, les lèvres du coolie,

Et les soldats chinois chantent cette chanson. [1937-1938]

 

Refrain.

 

Et cette chanson sur [Staline], est levée comme une bannière,

Le Front uni avance en rythme ;

Au milieu des brasiers et des flammes menaçantes,

Les peuples surgissent pour la dernière bataille. [1937]

 

Refrain.

 

Et nous chantons fièrement cette chanson,

De grandeur et de gloire de l’ère stalinienne,

Nous chantons notre nouvelle vie, si splendide et heureuse, [Et] sur la joie de nos grandes victoires ! [1938]

 

D’une frontière à l’autre, sur les cimes des montagnes,

Où seuls les moteurs des avions vrombissent bruyamment,

 

Sur Staline le sage, le cher et bien-aimé,

Le peuple chante une belle chanson. (bis) [1938]

Cette chanson constitue aussi bien un hymne aux réalisations du socialisme soviétique qu’un appel lancé aux prolétaires, aux paysans pauvres et aux peuples opprimés du monde entier.

Nous sommes en 1937. L’URSS vient d’achever avant terme son second plan quinquennal. L’industrialisation de tout le pays se développe à une allure accélérée. Dans toute l’économie, les grandes transformations socialistes sont achevées et les classes exploiteuses indigènes liquidées.

Si la bourgeoisie internationale ─ « démocratique », comme fasciste ─, ainsi que ses larbins trotskistes et social-démocrates font tout pour noircir et passer sous silence les gigantesques réalisations du premier Etat socialiste, encore arriéré et misérable une décennie auparavant, le danger d’extension de la révolution socialiste mondiale n’en continue pas moins de grandir.

En Allemagne, suivie bientôt par la Tchécoslovaquie et l’Autriche, la poussée du mouvement communiste révolutionnaire décide la bourgeoisie à jeter aux orties son masque « démocratique » afin de protéger les fondements de l’esclavage salarié.

La répression féroce aidant, elle se croit désormais à l’abri. Mais en Asie, et plus particulièrement en Chine, la lutte de libération nationale dirigée par le PCC contre l’occupant japonais lié aux éléments féodaux et bourgeois-compradore indigènes, mobilise des masses de plus en plus larges de la paysannerie chinoise. Pour l’impérialisme mondial, l’avenir apparaît alors comme bien incertain…

 

Ci-dessus : « Le Grand Staline ─ Bannière de l’amitié des peuples de l’URSS ! » (Koretski, 1950)

 

Нас не трогай (1938) Ne nous touche pas (1938)
То не ветер, по полю гуляя,

По дороге пыль метёт – Это наша удалая, Удалая конница идёт.

 

Припев :

 

Нас не трогай – (и) мы не тронем.

А затронешь – спуску не дадим !

 

И в воде мы не утонем,

И в огне мы не сгорим ! (бис)

 

Наши кони, кони боевые, Закусили удила.

Бить врагов нам не впервые – Были, будут славные дела !

 

Припев.

 

Если в нашу сторону степную

Нам придётся завернуть,

Поцелуем мать родную,

И назавтра – снова в дальний путь.

 

Припев.

 

Спросит мама : « Где ты подевался,

Где изволил пропадать ? »

Я за Родину сражался,

Защищал тебя, родная мать !

 

Припев.

 

[Пропущенный куплет :]

Мы с врагами драться не устанем, Ну-ка, песельник, вперёд ! Запевай, а мы подтянем, Степь родная с нами запоёт.

 

Припев.

 

Угощали мы гостей незваных

Вострой саблей и свинцом, Били немца, били панов,

И других, коль надо, разобьём.

 

Припев.

 

[Пропущенный куплет :]

Нету силы панской и немецкой,  Чтобы нас остановить.

Не отнять земли советской,

Молодецкой силы не сломить !

Ce n’est pas le vent, qui marche à travers les champs,

Qui balaye les poussières de la route

C’est notre audace,

L’audacieuse cavalerie avance.

 

Refrain :

 

Ne nous touche pas et nous ne te toucherons pas !

Nous n’avons pas de raison d’appuyer sur la gâchette !

 

Et dans l’eau nous ne nous noierons pas,

Et dans le feu nous ne nous brûlerons pas ! (bis)

 

Nos chevaux [sont] des chevaux de combats,

Ils rongent leur frein,

Ce n’est pas la première fois que nous avons battu des ennemis Dans de glorieux combats !

 

Refrain.

 

Et si nous allons du côté des steppes,

Nous devrons nous préparer,

Embrasser notre chère mère,

Et le lendemain, [partir] à nouveau pour un long voyage.

 

Refrain.

 

Maman a demandé : « Où es-tu allé,

Où vas-tu disparaître ? »

Je me suis battu pour la mère patrie, Je t’ai défendue, chère mère !

 

Refrain.

 

[Couplet manquant :]

Nous battre avec les ennemis ne nous lasse pas, Eh bien, chansonnier, en avant !

Mets-toi à chanter et nous nous rassemblerons, La steppe natale chantera avec nous.

 

Refrain.

 

Nous avons servis à des invités indésirables

Le sabre dégaîné et le plomb,

Nous avons frappé les allemands, nous avons frappé les hobereaux polonais, Et les autres, si besoin, nous les briserons.

 

Refrain.

 

[Couplet manquant :]

Il n’y a pas de force polonaise ou allemande, Qui puisse nous arrêter.

Nul ne peut ravir la terre soviétique,

Nul ne peut briser cette force gaillarde !

Encore plus que dans les chansons précédentes, tout est résumé dans le titre. En cette fin des années 1930, l’URSS est plus que jamais une forteresse assiégée par un monde capitaliste irréductiblement hostile, qui rêve de sa destruction, à l’instar du président américain Herbert Hoover (1929-1933) qui déclarait déjà en 1919 que « le bolchévisme est pire que la guerre »…29

Cette menace croissante d’une nouvelle agression impérialiste accompagnant la montée du fascisme se reflète dans le renforcement de la Défense de l’URSS. Née au cours de la Guerre civile, l’Armée Rouge avait vu ses effectifs passer de 0,2 à 3 millions d’hommes entre avril 1918 et la fin de l’année 1919. Au plus fort de la Guerre Civile, l’Armée Rouge compta jusqu’à 5,5 millions d’hommes (à l’automne 1920). Durant les années 1925-1932, ses effectifs avoisinaient 0,6 million d’hommes. En janvier 1937, l’Armée Rouge mobilisait 1,5 million d’hommes et près de 2 millions en février 1939. Le 20 septembre de la même année, au cours de l’invasion nazie de la Pologne, elle en mobilisait désormais près de 5,3 millions.

Même au lendemain de la signature du pacte de non-agression germano-

soviétique, conclu pour une durée de dix ans, la démobilisation ne fût que partielle : l’Armée Rouge comptait ainsi près de 3,3 millions d’hommes en décembre 1939. Les années 1939-1940 virent les effectifs de l’Armée rouge fluctuer assez fortement de manière saisonnière : mobilisation accrue au cours des mois de printemps et d’été, démobilisation partielle au cours des mois d’automne et d’hiver où les risques d’agression diminuaient. L’Armée Rouge comptait ainsi 4,4 millions d’hommes en avril 1940 contre 3,4 millions en octobre de la même année.

A la veille de l’agression nazie, l’Armée Rouge comptait près de 5,1 millions d’hommes, un niveau qui prouvait que le pouvoir soviétique n’était pas dupe et ne voyait le pacte germano-soviétique autrement que comme un répit avant l’orage menaçant. Au 1er juillet 1941, au lendemain de l’agression nazie, l’Armée Rouge mobilisait désormais 10,4 millions d’hommes. Elle en mobilisera jusqu’à un peu plus de 11 millions tout au long de cette nouvelle guerre. En février 1946, alors que les impérialistes anglo-américains venaient de prendre le relais des impérialistes nippoallemands vaincus, l’Armée Rouge mobilisait encore 5,3 millions d’hommes, preuve que la tension restait forte entre les pays du jeune camp socialiste et le camp de la réaction impérialiste mondiale…

Si l’Armée Rouge alla en se renforçant quantitativement, le même processus fût poursuivi en ce qui concerne le niveau qualitatif de ses équipements. C’est en 1926 que l’URSS produisit ses premiers chars d’assaut. Durant la période 1926-1931 durent produits plus de 950 chars T-18. Ce blindé léger pesant 6 tonnes était inspiré du char Renault Ft-17. Le T-18 était cependant largement supérieur à l’original du fait d’une suspension améliorée et d’une vitesse double (17 km/h). Mais à partir de 1929, face au renforcement de la menace militaire constituée par les Etats bourgeois en proie à la crise économique, apparut la nécessité de renforcer davantage encore les forces blindées de l’Armée Rouge.

Le relèvement de l’industrie puis la réalisation victorieuse du premier plan quinquennal aidant, l’URSS entreprit ainsi la construction de nouveaux modèles de blindés. La période 1931-1933 vit d’abord la production de 3 100 tankettes T-27, un véhicule blindé rapide (40 km/h) pesant 2,5 tonnes destiné au soutien de l’infanterie et notamment armé d’une mitrailleuse lourde de 12,7 mm. Durant la période 1931-1936 furent également produits 5 800 chars légers T-26. Pesant une dizaine de tonnes, le T-26 était sensiblement plus rapide (28 km/h) et davantage blindé (6 à 22 mm) que le T-18. Les premiers T-26 furent d’abord armés de deux mitrailleuses en tourelles, puis d’un puissant canon de 45 mm. Les années 19321934 virent également la production de 600 chars légers BT-2 et 2 000 BT-5. De 1933 à 1936 furent en outre produits 3 600 chars légers amphibies T-37 et T-38. La première moitié des années 1930 vit enfin la naissance des premières forces motorisées aéroportées soviétiques. En 1935, chaque bataillon possédait une compagnie de T-27 transportée par des bombardiers TB-1 et TB-3.

Au début des années 1930, l’URSS était avec le Royaume-Uni le seul pays à produire des chars lourds fonctionnels. En 1934 débuta la production du T-35. Pesant 50 tonnes, ce char multi-tourelles était armé d’un canon de 76 mm, ainsi que de 6 mitrailleuses. Son moteur essence V12 M17T développait 500 CV pour un régime moteur inférieur à 1 800 tours/min, propulsant le char à une vitesse maximale de 30 km/h. Produit en petite quantité (une soixantaine), ce char souffrit des mêmes défauts que le char moyen multi-tourelles T-28. Produit à partir de 1933 à un total de 500 exemplaires, ce dernier pesait 28 tonnes et avait un blindage allant jusqu’à 30 mm. Doté d’un canon principal de 76 mm ainsi que de 5 mitrailleuses, il était également motorisé par le V12 M17T qui le propulsait à une vitesse maximale de 45 km/h.

 

Ci-dessus : Un T-28 de la 42e Armée en embuscade sur le Front de Léningrad, le 9 décembre 1941. Armé d’un canon L-10 long de 26 calibres doté d’une vitesse initiale de 555 m/s, ce T-28 a reçu un blindage additionnel. A l’instar des autres chars multi-tourelles, le T-28 souffrait d’un blindage relativement faible, d’une silhouette massive et d’une difficile coordination des différents armements du char.

         

Если завтра война (1938) Si demain apporte la guerre (1938)
Если завтра война, если враг нападет,

Если темная сила нагрянет,

Как один человек, весь советский народ  За свободную Родину встанет.

 

Припев :

 

На земле, в небесах и на море  Наш напев и могуч и суров : 

Если завтра война, 

Если завтра в поход, – 

Будь сегодня к походу готов ! 

 

Если завтра война, всколыхнется страна  От Кронштадта до Владивостовка.  Всколыхнется страна, велика и сильна,  И врага разобьем мы жестоко.

 

Припев.

 

Полетит самолет, застрочит пулемет,

Загрохочут могучие танки,

И линкоры пойдут, и пехота пойдет,  И помчатся лихие тачанки.

 

Припев.

 

Мы войны не хотим, но себя защитим,

Оборону крепим мы недаром,

И на вражьей земле мы врага разгромим  Малой кровью, могучим ударом !

 

Припев.

 

Подымайся народ, собирайся в поход !

Барабаны, сильней барабаньте !

Музыканты, вперед! Запевалы, вперед !

Нашу песню победную гряньте !

 

Припев.

 

В целом мире нигде нету силы такой,

Чтобы нашу страну сокрушила,

С нами Сталин родной, и железной рукой  Нас к победе ведет Ворошилов !

 

Припев.

Si demain apporte la guerre, en cas d’attaque ennemie,

Si la force sombre s’approche,

Comme un seul homme, tout le peuple soviétique,  Se dressera pour [défendre] la libre mère-patrie.

 

Refrain :

 

Sur terre, dans le ciel, sur la mer

Notre chant est puissant et sans pitié : Si demain apporte la guerre,

Si nous entrons en campagne demain, Alors soyons prêts au combat aujourd’hui !

 

Si demain apporte la guerre, le pays se lèvera De Kronstadt jusqu’à Vladivostok.

Le pays se lèvera, grand et puissant,

Et nous administrerons impitoyablement une raclée à l’ennemi.

 

Refrain.

 

Les avions s’envoleront, les mitrailleuses feront feu,

Les puissants chars vrombiront,

Et la flotte de guerre naviguera, et l’infanterie ira de l’avant, Et les véhicules blindés se mettront en mouvement.

 

Refrain.

 

Nous ne voulons pas la guerre, mais nous nous défendrons

Nous renforçons légitimement nos défenses

Et nous détruirons l’ennemi sur sa propre terre

Avec peu de pertes humaines et d’un coup puissant !

 

Refrain.

 

Peuples, levez-vous, soyez prêts pour la campagne !

Les tambours battent puissamment !

Musiciens, en avant ! Chanteurs, en avant !

Que notre chant de la victoire résonne bruyamment !

 

Refrain.

 

Il n’y a aucune force dans le monde entier,

Capable d’écraser notre pays,

Notre cher Staline est avec nous, et d’une main de fer, Vorochilov nous conduit à la victoire !

 

Refrain.

Cette chanson est extraite du film soviétique éponyme qui fût projeté sur les écrans de cinéma soviétiques au premier semestre 1938. Ce film d’anticipation, qui reçut le prix Staline en 1941, mettait en scène une invasion surprise de l’URSS par l’Allemagne nazie et décrivait la mobilisation générale et les combats visant à libérer le sol natal de l’occupant fasciste.

La trame du film peut être résumée ainsi : alors que les moscovites et les peuples de l’URSS mènent une vie prospère, paisible et joyeuse, la Wehrmacht franchit soudainement les frontières soviétiques en mobilisant toutes ses forces : infanterie, artillerie, blindés, aviation.

 

L’heure de la mobilisation générale sonne en URSS, sur la Place Rouge comme dans les régions les plus reculées du pays. Bientôt, les masses d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie, de blindés et d’avions soviétiques viendront submerger les agresseurs incrédules devant la riposte foudroyante et ce déploiement de force de grande envergure… Ci-dessous, un diaporama extrait du film.

 

Plus encore que la précédente, cette chanson offre un saisissant contraste entre d’une part l’URSS ─ dirigée par un Parti communiste dont le souci était de dire la vérité, fût elle cruelle, à son peuple ─, et d’autre part les pays bourgeois dont les élites frayaient sciemment le chemin à une nouvelle guerre mondiale tout en assurant vouloir « préserver à tout prix la paix », à l’instar de l’accord HitlerMussolini-Chamberlain-Daladier de Munich qui entérina l’annexion de la Tchécoslovaquie par l’impérialisme allemand. En 1938, le relatif optimisme soviétique à l’égard d’un conflit frontal avec l’impérialisme allemand n’était pas irraisonné : les équipements en service dans l’Armée Rouge n’avaient alors rien à envier à ceux de la Wehrmacht. A cette époque, cette dernière n’avait que des chars légers en service, à l’instar des Panzer I et II. De plus, comme l’avait notamment montré la Guerre d’Espagne, ces derniers étaient surclassés par les derniers chars légers soviétiques (BT-5 et BT-7), que ce soit en termes de blindage, d’armement, de vitesse ou de manœuvrabilité.

Quant aux Panzers III et IV, ils n’avaient pas encore fait leur apparition sur les champs de bataille. Sur un total de près de 5 700 Panzer III produits durant la période 1936-1943, seulement une soixantaine l’avaient été avant la fin de l’année 1938  (en incluant les prototypes). La production en série du char ne débuta qu’en septembre 1939 (version E). De même, sur les 8 500 Panzer IV produits durant la période 1937-1945, un peu moins de quatre-vingt avaient été produits à l’automne 1938 (versions A et B). La production en série du char ne débuta qu’en octobre 1939 (version C). Aussi, en septembre 1939, sur les 3 000 panzers allemands qui participent à la campagne de Pologne, seuls 10 % d’entre-eux sont des Panzer III et IV, le reste étant composé d’une proportion voisine de Panzer I et II. En juin 1940, au cours de la campagne de France, les Panzer III et IV représentaient désormais près de 25 % des 2 500 chars mobilisés. Jusqu’en juin 1941, l’arme blindée de la Wehrmacht poursuivit son rapide renforcement, et l’Armée Rouge dût alors affronter une armée mieux équipée que jamais, et aussi entrainée qu’expérimentée.

En 1939, les dépenses militaires de l’Allemagne représentent déjà 32 % de son PIB, contre 49 % en 1940, 56 % en 1941 et 66 % en 1942. A titre de comparaison, celles de l’URSS représentèrent 17 % de son PIB en 1940, contre 28 % en 1941 et 61 % en 1942.30 Comme on le voit, la croissance de la proportion des dépenses militaires de l’impérialisme allemand précéda celui de l’URSS d’approximativement deux années, et cela donnait déjà un avantage certain au premier en termes de préparation et de mobilisation de ses ressources, bien que l’URSS fût ensuite capable d’opérer la conversion de son industrie civile en industrie de guerre en un temps record.

En face, l’Armée Rouge n’était pas restée les bras croisés, et avait également accéléré ses efforts de modernisation de ses armements. Dès le mois d’octobre 1937, alors que la Guerre civile espagnole faisait rage, fût décidé de concevoir un successeur au char BT-7. Sous la direction de M. I. Koshkin, fut constitué un groupe d’étude regroupant une vingtaine d’ingénieurs qui avaient participé aux travaux de conception du T-35 et du BT-7.

En janvier 1940, les deux premiers prototypes du T-34 (76) entrèrent en phase de test. La production en série du char débuta au mois de septembre de la même année. La version A, produite jusqu’en juin 1941, pèse 26 tonnes. Les versions suivantes (B à E) verront leur blindage augmenté (jusqu’à 70 mm) et leur poids passer à 28-30 tonnes. A plus de 16 CV/tonne (pour la version E pesant 30,6 tonnes), la puissance massique du T-34 (76) reste très confortable. Les chars « lourds » Matilda II britanniques et B1-bis français avaient également une masse du même ordre, mais une motorisation de seulement 300-350 CV, soit une puissance massique de 9 CV/tonne. En dépit de son poids supérieur, le T-34 (76) avait une mobilité et une agilité très supérieures à celle du Panzer IV qui pesait de 20 à 26 tonnes pour les grandes séries (D à J). Animé par un moteur 67 % plus puissant tout en étant bien plus économe en carburant que celui du Panzer IV, le T-34 (76) filait à 55 km/h sur route et à 40 km/h en tout terrain. Le Panzer IV (version H) était pour sa part limité à 38 km/h sur route et à 16 km/h en tout terrain.

Notons au passage que le T-34 ─ comme d’ailleurs l’ensemble des blindés soviétiques moyens et lourds de la guerre ─, reçurent de série d’excellents moteurs diesels V12, moteurs qui avaient pour la première fois été montés sur des BT-7M en 1938. Conçus en alliage d’aluminium, ces moteurs avaient de nombreux avantages sur les moteurs à essence équipant les chars des autres armées, que ce soit en termes de fiabilité, de longévité, de consommation, d’autonomie ou de bien moindre inflammabilité. A cette époque, le choix du moteur diesel fait par les soviétiques était une innovation qui ne fût généralisée aux chars des autres armées qu’après la guerre. D’abord produits dès 1939 dans l’usine n° 75 de Kharkov, ces moteurs développaient entre 500 et 600 CV pour un régime moteur n’excédant pas 2 000 tours/minute. Les soviétiques avaient tiré les leçons des premières escarmouches qui les avaient opposés aux fascistes. En 1936, au cours de la Bataille de Tolède, les chars soviétiques avient en effet été exposés à une nouvelle menace : les troupes de Franco confrontées à la supériorité des blindés soviétiques y employèrent de bouteilles de liquide inflammable qui, lancées dans la zone de leur bloc moteur, pouvait mettre le feu à leur réservoir d’essence, aboutissant ainsi à la destruction du char…

A l’inverse, les chars allemands étaient systématiquement dotés de moteurs à essence dotés d’un régime moteur élevé, avec à la clef un échauffement supérieur et des ennuis mécaniques beaucoup plus fréquents. Le moteur de 700 CV équipant les chars Panther et Tigre devait ainsi atteindre 3 000 tours/minute pour donner toute sa puissance. La plupart des chars américains reçurent pour leur part une motorisation essence et même la fraction des Sherman qui fût dotée de moteurs diesel se montra inférieure à son homologue soviétique. Ainsi, le moteur diesel d’un Sherman M4/A2 développait 410 CV à 2 900 tours/minute et consommait 280 litres aux 100 km sur route, soit presque autant que le moteur diesel de 520 CV du T-34 (85) en tout terrain : 300 litres aux 100 km. A titre de comparaison, le moteur V12 essence de 300 CV équipant le Panzer IV, engloutissait 375 litres d’essence aux 100 km en tout terrain. Quant au Tigre II, sa consommation de carburant se chiffrait à 860 litres aux 100 km dans les mêmes conditions, soit près du double de celle du JS-

  1. La consommation de carburant titanesque des chars allemands, en particulier en mode tout terrain, faisait d’eux un véritable cauchemar logistique qui était d’autant plus handicapant pour la Wehrmacht que l’impérialisme allemand avait des disponibilités de carburant limitées et que l’URSS n’était pas un pays où les transports routiers jouaient un grand rôle…

Quant au KV-1, le premier prototype entra en phase de test en septembre 1939 et ses premiers tests opérationnels ─ couronnés de succès ─, eurent lieu quelques mois plus tard contre les fortifications de la ligne Mannerheim à l’occasion de la guerre d’Hiver soviéto-finlandaise, guerre au cours de laquelle, en pleine « Drôle de guerre » (septembre 1939 – mai 1940), les impérialistes anglo-français prirent fait et cause contre l’URSS en fournissant notamment de l’armement à ce pion de l’impérialisme allemand et en brandissant la menace d’y envoyer un corps expéditionnaire fort de plus de 130 000 hommes… dont une partie était destinée à permettre aux impérialistes anglo-français de mettre la main sur les riches mines de fer suédoises qui constituaient alors un enjeu stratégique majeur aussi bien pour eux que pour l’impérialisme allemand. Notons au passage que les troupes allemandes avaient envahi la Pologne le 1er septembre 1939, mais les impérialismes français et anglais, pourtant liés par un traité d’assistance mutuelle avec la Pologne, ne déclareront « virtuellement » la guerre à l’Allemagne que deux jours plus tard… tout en ayant aucunement l’intention de bouger ! Ils laisseront donc leur « alliée » se débrouiller seule face à la Wehrmacht jusqu’à la capitulation polonaise du 6 octobre…

Il importe ici de souligner que l’Armée Rouge ne fit pénétrer ses troupes en Pologne que le 17 septembre 1939, soit deux jours après l’expiration du délai d’intervention que prévoyait le pacte d’assistance qui liait la France à la Pologne, lorsqu’il était devenu évident pour l’URSS que la bourgeoisie française ne lèverait pas le petit doigt pour secourir son « alliée », sacrifiée en guise d’encouragement à Hitler pour qu’il continue sa lancée vers l’Est soviétique. Quand la bourgeoisie française apprit l’existence du pacte de non-agression germano-soviétique, signé à la veille de l’invasion de la Pologne, elle fulmina de rage en voyant que sa tactique avait échoué et que l’URSS bénéficierait vraisemblablement d’un précieux répit. Pendant ce temps, l’URSS se préparait activement au choc frontal qu’elle savait inévitable.

En observant les campagnes victorieuses du printemps 1940 menées à l’Ouest par la Wehrmacht, les dirigeants soviétiques eurent la confirmation que la prochaine guerre serait très hautement mécanisée et que l’arme blindée devrait être employée dans de grandes concentrations opérant comme la colonne vertébrale d’une attaque capable de réaliser l’encerclement foudroyant puis l’annihilation de groupes d’armées entiers. C’est ainsi que le 9 juillet 1940, le Haut Commandement soviétique décida de la création de 9 corps mécanisés modernes. Chacun d’entre eux devait être composé de deux divisions blindées et d’une division mécanisée.

Chaque corps mécanisé devait compter 126 KV, 420 T-34 (76) et 479 (nouveaux) chars légers, soit un total de 1 134 KV, 3 780 T-34 (76) et 4 311 chars légers pour les 9 corps mécanisés. Avec un total de près de 5 000 chars lourds et moyens, ces corps mécanisés auraient constitué une force de frappe de tout premier ordre pour l’Armée Rouge. Le 1er avril 1941, un total de 368 chars KV et 441 chars T-34 avaient été construits. A la veille de l’invasion allemande, le compte en était désormais à 637 chars KV et 1 244 chars T-34. Au rythme mensuel d’environ 100 KV et 300 T-34, il n’aurait donc pas fallu très longtemps à l’URSS pour constituer ses 9 corps mécanisés : un délai supplémentaire de l’ordre de trois trimestres aurait suffit, soit à la fin de l’hiver 1941-1942 ! Mais au 22 juin 1941, on était encore loin du compte et l’ossature de l’Arme blindée soviétique restait constituée de chars légers produits dans le courant des années 1930, pour l’essentiel des T-26, BT-5 et BT-7. Le déplacement du centre de gravité de l’ossature blindée de l’Armée Rouge depuis les chars légers vers les chars moyens fût ainsi réalisé au cours du second semestre 1941 et de l’année 1942 dans les circonstances les plus défavorables possibles : celles d’une guerre qui anéantissait chaque jour une quantité considérable de matériel ─ ancien comme nouveau ─, et qui tuait par milliers des soldats soviétiques en pleine instruction.

Dans l’urgence et afin de contenir (à court terme) l’avancée de l’ennemi, on était ainsi forcé de continuer à produire des chars légers incapables de remplir d’autres tâches que celles de la reconnaissance ou du soutien à l’infanterie ─ plus de 9 350 chars T-60 et T-70 furent ainsi produits en 1942, contre seulement 3 500 en 1943, ce qui témoignait alors d’une amélioration considérable de la situation matérielle de l’Armée Rouge. Au second semestre 1941, la production de chars légers T-60 représentait ainsi le tiers de la production soviétique de chars. En 1943, elle n’en représente plus que le sixième et en 1944 et 1945, on ne produira plus aucun char léger. Leur production se fit évidemment au détriment de celle des chars moyens et lourds plus endurants et polyvalents, mais surtout capables de réaliser de grandes percées dans les rangs de l’ennemi et ainsi de l’obliger à reculer. Comme on le voit, il fallait des efforts et des sacrifices prodigieux pour parvenir à vaincre cette force d’inertie négative considérable, puis pouvoir inverser la situation…

Au 22 juin 1941, l’URSS possédait certes quantitativement le premier parc de blindés au monde, mais qualitativement, il n’en était pas moins surclassé par celui de l’impérialisme allemand. Parmi les quelque 19 000 chars en service dans l’Armée Rouge, une proportion de moins de 10 % correspondait aux nouveaux modèles de chars moyens et lourds. A l’inverse, on comptait 50 % de T-26 ─ char léger de soutien d’infanterie complètement inadapté aux manœuvres rapides d’encerclement à cause de sa puissance massique insuffisante ─, on comptait également 35 % de chars légers BT-5 et BT-7, très rapides (72 km/h sur route et 50 km/h en tout-terrain sur chenilles) ─ du fait de leurs moteurs essence développant 400 à 500 CV ─, et relativement bien armés (avec leur canon de 45 mm), mais beaucoup plus légèrement blindés que les Panzer III et IV (13 et 22 mm), du fait de leur poids respectif de 11 et 14 tonnes. Quant aux 500 chars moyens et lourds T-28 et T-35 (près de 90 % de T-28), du fait de leur massive silhouette anguleuse combiné à un blindage devenu insuffisant, ils étaient à peine moins vulnérables que les chars légers sur le champ de bataille… Bref, l’Armée Rouge ne disposait pas encore de masses suffisantes de bons blindés moyens polyvalents à opposer aux

Panzer IV et à leurs équipages aguerris. De plus, il fallait encore corriger les défauts de jeunesse des nouveaux modèles de chars, à l’instar des premiers KV qui furent fréquemment victimes de pannes mécaniques (boîte de vitesses). Enfin, s’ajoutait le fait que les équipages n’avaient le plus souvent pas encore eu le temps de se familiariser et de s’entraîner sur ces nouveaux chars, sans même parler des tactiques offertes par leur utilisation à grande échelle et les manœuvres que cela nécessitait…

Au cours des premiers mois de l’opération Barbarossa, et en dépit de tous ces facteurs qui leur étaient éminemment favorables, les équipages de Panzers comme les généraux allemands ne gardèrent pas moins une impression très désagréable des nouveaux chars de l’Armée Rouge. En effet, ils voyaient souvent les obus tirés par leurs chars (y compris les Panzer IV alors équipés de canons courts de 75 mm) ainsi que leurs canons anti-chars PaK 38 de 50 mm ricocher sur l’épais blindage des chars KV contre lequel seul le canon anti-aérien allemand de 88 mm se révéla efficace. La première utilisation horizontale de ce dernier remontait à mai 1940. Elle permit à la Wehrmacht de réduire au silence les blindés moyens-lourds Matilda II et B1-bis dans le nord est de la France.

Conscients de leur relative invulnérabilité face aux armements conventionnels, les équipages de KV-1 et KV-2 utilisèrent ainsi leurs chars comme points d’appui sur le champ de bataille en n’hésitant pas à se lancer dans une ruée solitaire au milieu des colonnes allemandes… Il fallait souvent attendre l’intervention de l’aviation, une panne mécanique ou l’épuisement du carburant… ou des munitions pour que la « ruée sauvage » prenne fin et que le cauchemar ne cesse pour les troupes nazies environnantes ! Ainsi, dans les premières semaines de l’invasion, une contreoffensive de l’Armée Rouge menée dans la région de Rovno en Ukraine contre le Panzergruppe 1 du général Von Kleist faillit tourner à l’avantage des soviétiques. Les forces soviétiques disposaient alors au sein des 8e et 10e divisions blindées de 106 chars KV. Au cours de cette bataille, seuls 24 chars KV furent détruits par l’ennemi alors que 62 autres furent irrémédiablement perdus à la suite de pannes mécaniques.

Le 20 août 1941, un peloton de cinq KV-1 de la Ière Division de chars tendit une embuscade à une colonne de blindés allemands qui évoluait à proximité du kolkhoze de Voiskovitsy dans la région de Léningrad. Le commandant de la patrouille, le lieutenant Zinoviy Kolobanov, donna l’ordre d’ouvrir le feu, détruisit les chars de queue et de tête avant de se jeter avec son peloton en plein milieu de la colonne de blindés allemands. Au cours de la demi-heure que dura l’attaque, le Lieutenant Kolobanov et son équipage détruisirent 22 chars, et les quatre autres chars de son peloton en détruisirent 16 autres. Après le combat, on recensa plus de 130 impacts d’obus sur le char du Lieutenant qui devint à cette occasion le second as tankiste soviétique de la guerre.

Les KV-1 s’illustrèrent également au cours de la première Bataille de Smolensk qui se déroula de juillet à septembre 1941, bataille au cours de laquelle la Wehrmacht possédait une supériorité en hommes et en blindés d’un facteur de près de deux, avec 1,2 million d’hommes et 1 200 chars. Au cours de la première phase de cette bataille qui se déroula jusqu’à la fin du mois de juillet, l’intervention de chars lourds KV-1 permit d’ouvrir un corridor qui sauva de l’anéantissement une dizaine de divisions soviétiques encerclées dans la ville. Les premières contre-offensives soviétiques locales permirent de ralentir considérablement l’avancée de l’ennemi qui, après avoir avancé de 400 km sur toute la largeur du front au cours des deux premières semaines de l’offensive, n’avança plus « que » de 300 km en moyenne au cours des deux mois suivants…

 

Ci-dessus : Touché à de nombreuses reprises par l’ennemi, ce char KV-1 a finalement été « immobilisé » après avoir déchenillé, puis réduit au silence par un obus de 88 mm qui a pénétré par un de ses flancs. En dehors de ceci, ni sa tourelle, ni ce qu’on voit de sa caisse ne présentent d’autre signe de pénétration visible… malgré une vingtaine d’impacts visibles sur le seul côté gauche de sa tourelle. Pesant autour de 46 tonnes et doté d’un moteur diesel de 600 CV le propulsant à une vitesse maximale de 35 km/h sur route et de 16 km/h en toutterrain, le KV-1 était doté d’un blindage allant jusqu’à 110 mm. De juillet 1941 à octobre 1943, les usines soviétiques produisirent au total près de 4 000 KV avant qu’il ne cède la place à son sucesseur, le JS.

De toute évidence, il fait ainsi peu de doutes qu’une Armée Rouge dotée d’une quantité importante de chars de cette sorte et ayant eu le temps d’apprendre à les utiliser aurait fait bien davantage encore cauchemarder la Wehrmacht… Face à l’invasion allemande prématurée au regard de l’effort de rééquipement soviétique encore incomplet, le Haut Commandement soviétique fût forcé d’abandonner la création de ses corps mécanisés pour réorganiser ses forces blindées en brigades de chars plus faciles et rapides à former (ordre du 15 juillet 1941), ainsi qu’à ne donner que l’instruction la plus élémentaire aux équipages. Forcément incomplète, celle-ci sera le plus souvent complétée dans l’urgence et dans le feu des batailles, avec à la clef un inévitable déficit et un considérable différentiel d’expérience avec la Wehrmacht. Ce dernier ira naturellement en décroissant avec le temps. Malgré cette inévitable « impréparation » soviétique, la Wehrmacht ne se trouva pas moins en grande difficulté face aux excellents blindés moyens et lourds soviétiques.

Elle-même incapable de produire en masse des blindés les surclassant, cela fût pour elle un profond traumatisme.  La Wehrmacht mettra alors rapidement l’accent sur la production d’une nouvelle famille de blindés spécialisés : les chasseurs de chars, au point que ces derniers en vinrent même à supplanter les chars. Sous l’impulsion du général Heinz Guderian, alors inspecteur général des troupes blindées, le Haut Commandement allemand décida ainsi le 1er mars 1943, de produire davantage de chasseurs de chars que de chars d’assaut. Basé sur un châssis de Panzer III, le seul Sturmgeschütz III fût ainsi produit à plus de 10 500 exemplaires. Seulement 350 d’entre eux le furent au cours de la période s’étendant de janvier 1940 à mai 1941, alors que près de 1 200 autres furent produits de juin 1941 à décembre 1942.

Dans le domaine de l’aviation de chasse, le Polikarpov I-16 dont la production en série avait débuté en 1934, représentait les deux-tiers des appareils de l’Armée Rouge au moment de l’agression nazie. Cet appareil s’était montré à la hauteur en Espagne (où près de 500 furent engagés) et contre le Japon. Mais quelques années plus tard, la situation avait changé : le I-16 était désormais surclassé en termes de vitesse et d’armement par les chasseurs allemands les plus récents comme le Messerschmitt Bf 109 produit en série à partir de 1937. La réaction soviétique ne se fit évidemment pas attendre, mais elle donna inévitablement lieu à un retard. C’est ainsi que l’Iliouchine Il-2, l’un des meilleurs avions d’attaque au sol de toute la guerre, dont le premier prototype prit l’air en décembre 1939, fût produit en série à partir du début de l’année 1941.

 

Ci-dessus : Tableau de S. Tsvetkov ─ « IL-2 », 1944.

Surnommé « le char volant » par les soviétiques et « le broyeur de chair venu de l’enfer » par les nazis, l’IL-2 pouvait être armé avec des roquettes M-8 ou M-13 ainsi que des bombes à charge creuse, il était également capable de détruire les chars lourds allemands au moyen de tirs directs de ses deux canons de 37 mm. Plus de 35 000 furent produits pendant la guerre.

De même, le chasseur Mikoyan-Gourevitch MiG-3, réalisa son premier vol en octobre 1940 pour une production en série démarrant également au début de l’année 1941.

Par la suite, les bureaux d’études soviétiques confirmèrent qu’ils étaient capables de concevoir des appareils rivalisant avec les meilleurs appareils allemands, qu’il s’agisse des Lavochkin La-5 ou des Yakovlev Yak-9, produits respectivement à partir de juin et octobre 1942 à respectivement près de 10 000 et 15 000 exemplaires au cours du conflit.

En attaquant l’URSS le 22 juin 1941, la Wehrmacht lançait ainsi son offensive dans la fenêtre la plus favorable pour elle et la plus défavorable pour l’Armée Rouge. Alors que la Wehrmacht était désormais dotée de contingents suffisants de chars moyens modernes, surclassant désormais la grande masse des blindés légers soviétiques alors en service dans l’Armée Rouge, les préparatifs soviétiques contre l’agression nazie étaient encore inachevés.

Pire, la date tardive de l’attaque allemande ─ relativement à la fin de la raspoutitsa printanière qui rend presque impraticables les routes de terre soviétiques durant les mois de mars-avril, quand fond la couche de neige hivernale ─, combinée aux informations contradictoires véhiculées par la diplomatie occidentale ayant avertit à plusieurs reprises, plusieurs mois durant, de l’imminence de l’attaque allemande afin d’intoxiquer l’URSS et de la pousser à la faute, laissaient penser aux dirigeants soviétiques que l’agression allemande pourrait peut-être différée jusqu’au printemps 1942.

Après l’invasion par l’impérialisme allemand du Danemark, de la Norvège, des PaysBas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France au printemps 1940, l’impérialisme anglais est alors véritablement en guerre avec lui, bien qu’il s’abstienne d’envisager une guerre terrestre contre la Wehrmacht et préfère s’abritter derrière son isolement géographique garanti par la puissance de sa marine de guerre. La Bataille d’Angleterre qui se déroula de l’été 1940 au printemps 1941 fût ainsi une guerre essentiellement aérienne du fait de la nette infériorité de la flotte de guerre nazie et de l’absence de moyens logistiques suffisants pour envisager un débarquement sur les plages anglaises.

Dans ces conditions, la diplomatie anglaise avait tout intérêt à hâter l’entrée en guerre de l’URSS pour la charger de la sale besogne…

Il faut dire que l’impérialisme britannique, pourtant doté d’une longue expérience de l’Arme blindée, connût de grandes difficultés dans les premiers combats terrestres qui l’opposèrent à l’impérialisme allemand, en particulier en Afrique du Nord.

Ainsi, au cours de l’Opération Battleaxe qui se déroula à la mi-juin 1941 en Cyrénaïque et se solda par une victoire des troupes italo-allemandes, l’impérialisme britannique perdit 90 de ses chars quand l’Axe ne perdit qu’une douzaine des siens, alors que les deux camps en avaient engagé chacun autour de 190… Les troupes britanniques possédaient pourtant une assez large supériorité quantitative en hommes et les deux camps alignaient alors des forces aériennes sensiblement équivalentes. De même, lors de l’Opération Crusader, qui se déroula à la frontière lybio-égyptienne en novembre-décembre 1941, le Royaume-uni disposait de plus de 960 chars, dont 210 nouveaux chars moyens Crusader pesant une petite vingtaine de tonnes et armés d’un canon de 40 mm ─ assez comparables aux Panzer III. En face, les armées de l’Axe ne disposaient que de 390 blindés, dont moins de la moitié étaient des Panzer III et IV. Les Britanniques ne gagnèrent la bataille que parce qu’ils disposaient d’une confortable supériorité quantitative : ils perdirent en effet 800 chars quand l’Axe n’en perdit que 340…

A Moscou, on pense alors que les nazis pourraient attendre d’avoir vaincu l’Angleterre ─ au moins en Afrique du Nord afin d’assurer leur approvisionnement indépendant en pétrole ─, avant de se lancer contre l’URSS. Aux yeux des soviétiques, une guerre sur deux fronts apparaît alors comme trop risquée pour l’impérialisme allemand, et dans ces conditions, le printemps 1942 représente une hypothèse à priori plus probable que le printemps 1941 qui touche alors d’ailleurs à sa fin, réduisant ainsi à une durée de moins de quatre mois la fenêtre d’intervention disponible du fait de la raspoutitsa automnale (octobre-novembre).

 

Ci-dessus, la raspoutitsa soviétique : à l’automne 1941, les hordes fascistes motorisées d’Hitler apparaissent comme bel et bien embourbées en URSS, et ce dans tous les sens du terme… 

Le report de l’échéance au printemps 1942 aurait notamment permis à l’URSS de perfectionner la construction de ses systèmes de défense fortifiés et surtout de moderniser sa flotte de chasse et d’achever la réorganisation de ses corps blindés tout en les dotant d’une quantité significative de nouveaux chars moyens et lourds.31 L’opération Barbarossa qui prévoyait l’anéantissement de l’URSS en six semaines n’aurait alors vraisemblablement pas échoué aux yeux du monde en six mois, mais en quelques semaines…

C’est indéniablement la conjonction de multiples facteurs défavorables qui donna un avantage momentané considérable à la Wehrmacht. Le 22 juin 1941, ce sont 3,2 millions d’hommes (plus de 200 divisions, dont 159 allemandes), qui passent la frontière et foulent la terre soviétique. En face, l’URSS n’a mobilisé que partiellement ses 200 divisions d’infanterie et dispose d’environ un million d’hommes dans les zones frontalières. Ce sont donc d’abord, l’effet de surprise et la supériorité de l’ordre de 3 contre 1 de la Wehrmacht face aux troupes soviétiques stationnées près des frontières dans les principales directions de l’attaque. Ce sont ensuite les grandes masses de l’équipement militaire soviétique devenues brusquement (relativement) obsolètes durant la période 1939-1940, combinée au significatif différentiel d’expérience au combat acquise respectivement par l’Armée Rouge ─ seulement engagée dans des conflits locaux d’envergure limitée contre le Japon et la Finlande ─, et par la Wehrmacht aguerrie trois années durant dans les offensives générales de grande envergure ─ notamment en Pologne, en France, en Yougoslavie et en Grèce ─, qui détermineront dans une large mesure la situation très difficile de l’Armée Rouge au cours du second semestre 1941 et les lourdes pertes humaines et territoriales ─ grandement inévitables ─, alors essuyées par l’URSS.

Une fois les équipements industriels des zones menacées d’invasion évacués par voie ferrée, en particulier via le Transsibérien, vers les grands centres industriels situés plus à l’Est ─ comme Tcheliabinsk, Magnitogorsk, Nizhniy Tagil, Sverdlovsk, Molotov, Novossibirsk, Omsk et Kirov ─, la production soviétique d’équipements modernes remonta en flèche, permettant ainsi à l’Armée Rouge de plus en plus aguerrie et expérimentée d’inverser progressivement le rapport de forces en sa faveur puis de mener de vastes contre-offensives visant à la libération des territoires occupés, aux prix de pertes humaines et matérielles considérables. Le rapport des soldats soviétiques tués au combat contre les troupes de la Wehrmacht fût de 1,75 contre 1 sur l’ensemble du conflit.

Ci-dessous : Les ateliers de l’usine n° 183 de Nizhniy Tagil en 1942 ─ Depuis les opérations de polissage d’une tourelle jusqu’à l’expédition, en passant par la chaîne d’assemblage final. En décembre 1941, les premiers T-34 sortirent de cette usine qui utilisait les équipements évacués de l’usine n° 183 de Kharkov. Située en plein cœur de l’Oural, Nizhniy Tagil était une importante ville industrielle soviétique qui avait vu sa population passer de 38 000 à 160 000 habitants durant la période 1926-1939. En URSS, les années 1930 virent la création d’importantes bases houillères et sidérurgiques dans le bassin du Kouznetsk (en Sibérie occidentale) ainsi qu’à Magnitogorsk (située dans l’Oural à plus de 1 000 km à l’est de Stalingrad et à plus de 1 400 km de Moscou). Outre l’acier de la moitié des chars d’assaut soviétiques, Magnitogorsk produisit le tiers des munitions que l’Armée Rouge utilisa au cours de la guerre.

 

Три танкиста (1938) Trois tankistes (1938)
На границе тучи ходят хмуро,          Край суровый тишиной объят.

 

У высоких берегов Амура

Часовые родины стоят. (бис)

***

Там врагу заслон поставлен прочный,

Там стоит, отважен и силен,

 

У границ земли дальневосточной

Броневой ударный батальон. (бис)

***

Там живут — и песня в том порука –  Нерушимой, крепкою семьей.

 

Три танкиста, три веселых друга —

Экипаж машины боевой. (бис)

*** На траву легла роса густая,  Полегли туманы широки.

 

В эту ночь решили самураи

Перейти границу у реки. (бис)

***

Но разведка доложила точно —,

И пошел командою взметен,

 

По родной земле дальневосточной

Броневой ударный батальон. (бис)

***

Мчались танки, ветер подымая,

Наступала грозная броня

 

И летели наземь самураи

Под напором стали и огня. (бис) ***

И добили — песня в том порука

Всех врагов в атаке огневой

 

Три танкиста, три веселых друга

Экипаж машины боевой. (бис)

Des nuages sombres s’amoncelaient au-dessus de la frontière, La rude région était plongée dans le silence.

 

Sur les hautes rives du fleuve Amour,

Se tenaient les protecteurs de la patrie. (bis)

***

Là a été installée une solide barrière contre l’ennemi, Ils se tiennent debout, forts et courageux,

 

Aux frontières de l’Extrême-Orient [soviétique] Se trouve le bataillon de choc blindé. (bis)

***

Ils vivent là — et leurs chants témoignent — Qu’ils sont une famille forte et indestructible.

 

Trois tankistes, trois amis joyeux —

Sont l’équipage d’un véhicule de combat. (bis)

***

Quand la rosée abondante recouvrit l’herbe, Un épais brouillard tomba.

 

Cette nuit, les troupes samouraï se décidèrent  A passer la frontière par le fleuve. (bis)

***

Mais la sentinelle les signala précisément —,

Et arriva, se présentant au rapport,

 

Sur les terres natales de l’Extrême-Orient Le bataillon de choc blindé. (bis)

***

Les chars filaient, en fendant le vent,

Un redoutable blindé attaquait,

 

Et les troupes samouraï s’écroulaient au sol

Sous la pression de l’acier et de notre puissance de feu. (bis)

***

C’est ainsi que — comme en témoigne cette chanson,

Les ennemis furent détruits par la puissance de feu de l’attaque

 

[Des] trois tankistes, [des] trois amis joyeux,

[De] l’équipage du véhicule de combat. (bis)

En 1938, ce n’est pas que le bruit de bottes de l’impérialisme allemand qui se rapproche dangereusement de la patrie des travailleurs et des opprimés du monde entier. L’année 1938 est également celle des premiers graves incidents frontaliers avec le grand allié de l’impérialisme allemand : l’impérialisme japonais. En ExtrêmeOrient, la seconde guerre mondiale a déjà commencé !

C’est à ces premières confrontations militaires majeures auxquelles fait référence la chanson ci-dessus.

Au milieu de l’été 1938 se déroule d’abord la Bataille du Lac Khassan dans la région de Vladivostok, à la suite de la désertion du général soviétique Genrikh Lyushkov, responsable du NKVD dans la région, qui livra aux impérialistes japonais les détails du dispositif de défense soviétique. Mais c’est quelques mois plus tard, à 1 000 km de là, que la confrontation va prendre les proportions d’une véritable guerre.

Pour en comprendre la naissance, il faut remonter quelques années en arrière. En mars 1936, face à l’avancée de la politique colonialiste japonaise en Chine, le régime Mongol conclue un protocole d’assistance mutuelle avec l’URSS. Bien lui en prit ! Les années 1937-1938 virent en effet les excursions frontalières japonaises se multiplier, mais ce n’est qu’au printemps 1939 que ces incidents se transforment en guerre locale.

En mai, les troupes soviéto-mongoles repoussent une première offensive japonaise. Deux mois plus tard, au début du mois de juillet, l’Armée impériale lance une seconde offensive de bien plus grande envergure impliquant près de 40 000 hommes. Cette offensive est alors menée par les troupes japonaises stationnées de l’autre côté de la rivière Halha au cours de la bataille de Khalkhin Gol.

Mais entre temps, les troupes soviétiques sous le commandement du général Joukov, se sont considérablement renforcées en dépit d’immenses difficultés logistiques qui poussèrent le haut commandement militaire japonais à sous-estimer les forces soviétiques. Certain de sa victoire, l’Etat major japonais avait invité les attachés militaires italiens et allemands à assister à l’offensive. Au moment de l’offensive japonaise, l’Armée Rouge ne disposait que de moins du tiers des effectifs japonais en hommes, mais possédait une supériorité écrasante en artillerie, en blindés et en termes de logistique.

Après avoir tenu en échec cette offensive, le Haut commandement soviétique se donna quelques semaines pour préparer sa contre-offensive. Approximativement 4 000 camions furent ainsi utilisés pour acheminer les renforts et le matériel nécessaire sur les 800 km de pistes qui séparaient le champ de bataille de la voie ferrée la plus proche. Le 20 août, dans la surprise la plus totale, les soviétiques déclenchent une vaste contre-offensive mobilisant près de 60 000 hommes.

L’attaque débuta par un raid de 200 bombardiers suivie par une pluie d’obus générée par l’artillerie à longue portée : jusqu’à plus de 20 km pour les nouveaux canons de 122 et 152 mm qui viennent d’entrer en service.

Dotée d’une supériorité écrasante en artillerie (le double), en véhicules blindés (près de 900, soit le sextuple du nombre dont disposent alors les japonais), et dotée d’une puissance logistique permettant de les alimenter dans la durée, l’Armée Rouge couverte sur ses flancs par deux divisions de cavaliers mongoles réalisa l’encerclement du gros de l’Armée impériale en trois jours. Avec un soldat soviétique pour six soldats japonais, le rapport des tués au combat fût très à l’avantage de l’Armée Rouge.

Une semaine après le début de l’offensive soviétique ne subsistaient plus que des poches de résistance éparses, quoique farouches. En effet, puisant dans la tradition nationale des Samouraï et du seppuku (harakiri), les combattants furent exhortés par les officiers à sacrifier leur vie selon le code japonais de l’honneur militaire, plutôt que de se rendre. Malgré cela, le 30 août, l’Armée japonaise reçut l’ordre de préparer la fin des hostilités avec l’Union Soviétique, et deux semaines plus tard, l’ambassadeur japonais signa le cessez-le-feu que les soviétiques avaient proposé dès le 22 août.

 

Des soldats rouges fraternisant avec des bergers mongols…

 

Des soldats mongols qui couvrirent l’offensive soviétique.

Notons au passage que, comme on le voit, l’URSS n’hésita pas à risquer une confrontation militaire directe avec le Japon pour protéger son allié Mongole, au risque que l’impérialisme allemand n’en profite… Ceci fournit une preuve supplémentaire de la politique profondément internationaliste de l’URSS qui fût au même moment la seule à prendre fait et cause pour les Républicains espagnols.

Au lendemain même de la victoire électorale du Front populaire espagnol, la bourgeoisie indigène jugea que la coupe était pleine et décida qu’il était temps d’en finir avec lui. Franco sera ouvertement soutenu par les fascistes italiens et allemands ─ c’est-à-dire militairement ─, tandis que les « démocraties » occidentales adopteront une neutralité bienveillante (de façade) et aideront en fait dans la coulisse Franco à étrangler (financièrement, comme l’impérialisme français) et donc à écraser le gouvernement espagnol légitime.

Ceci étant dit, après la déculottée administrée par l’Armée Rouge à l’armée de terre de l’impérialisme japonais au cours de l’été 1939, celui-ci fût amené à reconsidérer sérieusement les différentes options qui s’offraient pour poursuivre sa stratégie d’expansion coloniale.

Dès lors, l’impérialisme japonais optera pour une stratégie expansionniste axée vers le Pacifique qui l’amènera à marcher sur les plates-bandes de l’impérialisme américain. Le conflit soviéto-nippon de 1939 vit surtout l’URSS démontrer au monde qu’elle respectait les traités d’assistance qu’elle signait, à l’inverse de l’Occident « démocratique » alors occupé à… laisser les mains libres à l’expansionnisme allemand dans son soutien militaire au fascisme en Espagne et dans l’annexion de l’Autriche puis de la Tchécoslovaquie…

Cette lourde défaite militaire japonaise démontra à Hitler que l’Armée Rouge n’avait plus rien à voir avec les armées tsaristes défaites par le Japon trois décennies auparavant. L’impérialisme allemand tira tous les enseignements de la rude leçon administrée à son allié japonais : il lui parût alors évident qu’il lui faudrait renforcer l’équipement militaire de la Wehrmacht et mettre à profit le potentiel industriel de la vielle Europe (France, Belgique, Balkans) avant de se lancer dans une guerre d’extermination contre l’URSS…

C’est pourquoi la lourde défaite à infligée à l’impérialisme japonais à Khalkhin Gol fût immédiatement suivie de la signature du pacte germano-soviétique.

Pour le Japon, les soucis avec l’URSS ne s’arrêtent pourtant pas là.

Conformément aux engagements pris à Yalta en février 1945, l’URSS apportera sa contribution à la défaite militaire de l’impérialisme japonais après l’expiration du traité de neutralité nippo-soviétique signé le 13 avril 1941 et après qu’elle en aura fini avec l’impérialisme allemand.

Cette contribution méconnue, car passée sous silence par Hollywood et Cie, est pourtant très loin d’être négligeable. Le Japon enregistra 0,8 million de soldats tués au cours de la guerre, dont 0,48 million face aux USA et 0,32 million face à l’URSS, la plupart au cours de l’opération soviétique de libération de la Mandchourie qui débuta le 8 août 1945.

Cette offensive débuta de plusieurs directions et représentait un grand péril pour l’impérialisme japonais, d’abord en libérant les colonies qu’il avait conquis, ensuite en menaçant le Japon lui-même d’une attaque terrestre ─ et non de bombardements aériens terroristes visant les populations civiles…

L’offensive de l’Armée Rouge partit de trois directions principales : 1° du sud-est de la Mongolie et de ses frontières est avec la province du Mandchoukouo ainsi que depuis les environs de Vladivostok, l’Armée Rouge perça sur les territoires occupés du Mandchoukouo et de la Corée, 2° depuis la péninsule sibérienne du Kamchatka, l’Armée Rouge lança sa flotte contre les îles Kouriles formant une ligne discontinue de terres d’une longueur de 1 200 km séparant le Kamchatka du nord-est du Japon, enfin 3° des environs de Komsomolsk-sur-Amour, l’Armée Rouge se lança à l’assaut de l’île de Sakhaline, une vaste île arrachée à la Russie tsariste au cours de la guerre russo-japonaise de 1905 et dont la pointe sud était située à moins de 50 km de la côte nord du Japon.

La supériorité militaire écrasante de l’Armée Rouge (1,8 million d’hommes contre 1,2 million), plus de quatre fois mieux dotés en artillerie, avions et chars, sans même parler de leur supériorité qualitative tout aussi écrasante, l’Armée impériale n’ayant par exemple à opposer aux grandes masses de T-34 (85) soviétiques que des chars légers de Type 97 Chi-Ha complètement dépassés, détermina la rapide liquidation des troupes d’occupation japonaises.

Sur l’ensemble de l’offensive, le rapport des soldats soviétiques tués au combat contre les troupes japonaises fût de 1 pour 16, un rapport de très loin supérieur à celui des USA confrontés au même ennemi au même moment (1 pour 2).32

La raison fondamentale en était que les équipements de l’Armée américaine étaient (à l’exception de l’aviation et en particulier en ce qui concerne les blindés), bien inférieurs à ceux de l’Armée Rouge en termes qualitatifs.

Ces rapports nous donnent une idée de la faiblesse relative des armements américains face aux meilleurs équipements de la Wehrmacht en prenant comme étalon les pertes soviétiques.

Alors qu’au début de l’année 1941, l’Armée Rouge disposait d’excellents modèles de blindés lourds et moyens, l’impérialisme américain ne venait que de lancer la production de chars légers complètement déclassés (comme le Stuart M3).

Le char moyen Lee-M3 n’améliora que très partiellement cet état des choses. Ses nombreux défauts, parmi lesquels le faible débattement de son canon principal de 75 mm long de 40 calibres ─ ce canon, au demeurant assez médiocre du fait de sa faible vélocité de 619 m/s, ainsi que sa haute silhouette combinée à un blindage et des capacités tout-terrain tout aussi médiocres, le rendirent particulièrement impopulaire au sein de l’Armée Rouge au point qu’ils lui valurent d’être surnommé « cercueil pour sept frères » par les rares tankistes soviétiques qui eurent la « chance » de l’utiliser : un millier de ces « cercueils sur chenilles » fût en effet fourni à l’URSS au titre de la loi prêt-bail au cours des années 1942-1943…

Ce n’est qu’en 1942, avec l’apparition du Sherman M-4, que l’impérialisme américain se dotera d’un char moyen digne de ce nom, quoiqu’encore nettement surclassé par le T-34 (76) notamment sur le plan de la silhouette, de la vitesse, et des capacités tout-terrain.

Cette supériorité apparaitra de manière évidente en 1950 au cours de la Guerre de Corée qui opposa les T-34 chinois et nord-coréens au Sherman.

 

Lee-M3 : produit à partir de juin 1941 à un total de plus de 5 600 exemplaires, c’est alors le meilleur char américain… bien que sa conception soit alors déjà totalement dépassée ! En outre, à l’inverse de ses homologues soviétiques et allemands qui possédaient un blindage soudé (conception adoptée par les soviétiques dès 1933 sur le T-28), ce char possédait un blindage riveté extrêmement dangereux pour son équipage. ─ M4-Sherman : produit à partir de février 1942 à plus de 41 100 exemplaires, c’est enfin un char moyen convenable, quoique toujours surclassé par le Panzer IV sur plusieurs points, sans même parler du char moyenlourd Panther et des chars lourds Tigre face auxquels il avait peu (voir aucune) chance de survie. Ainsi, sur le front Ouest européen, le général américain Patton se plaignit de devoir sacrifier jusqu’à 5 Sherman pour venir à bout d’un seul Panther. Quant au Tigre, le canon du Sherman ne pouvait pas percer son armure frontale, même à bout portant… Les angloaméricains suppléèrent ainsi à la qualité par la quantité… ─ Panzer IV : Produit à plus de 8 500 exemplaires, sa silhouette anguleuse était un handicap majeur face au blindage incliné plus épais du T-34 (76). ─ OT-34 (76) : version modifiée du char T-34 (76) équipée d’un lanceflammes au lieu de la mitrailleuse principale. Avec l’OT-34 (85), il fût produit à plus de 1 500 exemplaires à partir de 1942, c’est-à-dire dès que la production du T-34 parvint à atteindre une cadence suffisante pour qu’on commence à envisager sa spécialisation. L’Armée Rouge fût indéniablement la pionnière dans l’adaptation de lance-flammes sur des véhicules blindés. Dès 1933, fût construite en grande série une version lance-flammes du char léger T-26, l’OT-

  1. En 1935-1936, avaient même été construits 75 chars légers lance-flammes amphibies OT37. Le lance-flammes de l’OT-26 avait une portée de 40 mètres, contre 65 à 100 mètres pour celui de l’OT-34, selon le mélange utilisé. Le réservoir de liquide inflammable de ce dernier lui permettait une vingtaine de tirs consommant chacun 10 litres de mélange. Rapide, il pouvait effectuer trois tirs successifs en dix secondes et inspira la terreur à l’infanterie allemande. Opérant au sein de bataillons de chars indépendants, l’OT-34 fut utilisé avec succès contre les fortifications établies par la Wehrmacht dans les zones occupées, le mélange kérosène/savon d’aluminium ne laissant aucune chance aux occupants des bunkers : ceux qui échappaient à la mort par brûlure mourraient asphyxiés par la fumée.

Quant au premier char lourd américain, le M-26 Pershing, il faudra attendre l’hiver 1944-1945 pour en voir débuter la production, bien qu’il reste là encore nettement surclassé par ses homologues alors en service dans l’Armée Rouge, sans même parler du JS-3 qui lui succéda quelques mois plus tard.

Quoique légèrement moins sous-motorisé que ses homologues britanniques et français (Churchill Mk-IV, Matilda II et B1-bis), le char américain n’en possédait pas moins une vitesse handicapante inférieure à 9 km/h en mode tout terrain, soit moins de la moitié de celle de son homologue soviétique, le JS-2. Ainsi, en dehors des sentiers battus, l’emploi des blindés lourds anglo-américains était limité au soutien de l’infanterie et excluait leur utilisation dans le cadre de tactiques d’encerclement.

 

Jagdpanther : équipé d’un puissant canon de 88 mm, c’était l’un des plus puissants chasseurs de chars de la Wehrmacht. Il ne fût produit qu’à un peu moins de 400 exemplaires à partir de janvier 1944. ─ Char moyen Panther : produit à partir de janvier 1943 à un total de près de 6 000 exemplaires, sa silhouette tout comme ses chenilles larges et une puissance massique élevée étaient grandement inspirées du T-34 (76). Premier char allemand doté d’un blindage incliné qui augmente considérablement la probabilité de voir les obus ricocher, il remplaça rapidement le Panzer IV, alors largement surclassé par les chars moyens soviétiques. ─ Chasseur de chars soviétique SU-100, avec un Tigre en flammes au second plan : armé d’un puissant canon de 100 mm doté d’une vélocité de près de 900 m/s ainsi que d’un blindage frontal de 75 mm, le SU-100 fût produit à plus de 1 550 exemplaires à partir de décembre 1944. Comme son prédécesseur, le SU-85 entré en production en juillet 1943, il était basé sur l’excellent châssis du T-34. ─ Canon automoteur JSU-152 : il fût produit à près de 2 000 exemplaires à partir de décembre 1943. En avril 1944, son canon ML-20/M1937 de 152 mm long de 28 calibres doté d’une vitesse initiale de 600 m/s fût remplacé par le canon BL-8 long de 50 calibres. D’abord conçu comme artillerie mobile à longue portée, il démontra d’excellentes capacités anti-chars. Pesant près de 49 kg, son obus perforant était doté d’une vitesse initiale considérable (pour ce calibre) de 850 m/s. Capable de pénétrer un blindage de plus de 200 mm à une distance de 2 km, ce fût un redoutable « tueur d’animaux », qu’il s’agisse des chars Panther et Tigre, des canons automoteurs lourds Hummel, ainsi que des rares chasseurs de chars lourds Elefant et Jagdtiger (moins de 90 unités chacun) qui furent construits et déployés par le Reich.

De même, quand l’URSS produisit plus de 9 600 canons automoteurs et chasseurs de chars SU-85, SU-100, SU-122, SU-152, JSU-122 et JSU-152 ─ basés sur d’excellents châssis de chars moyens T-34 ainsi que de chars lourds KV et JS ─, les USA produisirent dans le même temps presque exclusivement des « équivalents » dotés de calibres de 76 mm (M-8, M-10 et M-18 Hellcat) et de châssis parfois encore plus obsolètes, à l’instar du M-8 HMC basé sur le châssis du char Stuart M5…

 

Ci-dessus : Char lourd britannique Churchill Mk-IV. Il fût produit en série à partir de juin 1941 à un total de 7 300 exemplaires. Sa version la plus aboutie (Mk-VII), produite à partir de 1943, était armée d’un canon de 75 mm. Son moteur essence de 350 CV propulsait néanmoins toujours aussi péniblement ses 40 tonnes… avec de nombreuses pannes mécaniques à la clef.

Le meilleur chasseur de chars américain, le M-36 Jackson, produit à 1 400 exemplaires à partir d’avril 1944 était enfin doté d’un canon de 90 mm capable de détruire Panthers et Tigres à une distance respectable.

En dépit de cet armement, il n’en restait pas moins un chasseur de chars « bricolé » relativement vulnérable du fait de sa tourelle ouverte sur le dessus et d’une silhouette démesurément haute : 3,3 mètres, soit 1 mètre de plus que celle du SU100… L’URSS avait pour sa part abandonné la production de chasseurs de chars dotés d’un calibre de 76 mm depuis la mi-1943… Ses SU-76 servirent dès lors à l’accompagnement de l’infanterie.

 

Ci-dessus, une formation d’une cinquantaine de chars JS-3 dans Berlin, le 7 septembre 1945 à l’occasion de la parade finale de la victoire. Produit à partir d’avril 1945, la première apparition publique du JS-3 ─ dernier né des chars lourds soviétiques et premier char doté d’un design moderne ─, fit une très forte impression aux impérialistes anglo-américains. A cette époque, sa silhouette aussi basse que celle des chasseurs de chars ainsi que son design innovant favorisant au maximum le ricochet des obus combiné à son très lourd blindage ─ jusqu’à 220 mm contre « seulement » 180 mm pour le Tigre II ─, lui confèrent une capacité de résistance inégalée aux tirs ennemis. Il n’a alors d’équivalent dans aucune autre armée du monde. Une décennie plus tard, il était toujours considéré par les spécialistes de l’OTAN comme l’un des meilleurs chars au monde. Les premiers chars JS-3 furent envoyés combattre l’Armée Impériale japonaise, mais la rapide capitulation japonaise ne leur laissa pas le temps d’arriver… Moins d’un an plus tard, au début de l’été 1946, plus de 2 300 JS-3 avaient été produits. Il était alors évident pour les impérialistes anglo-américains qu’une confrontation militaire « classique » avec l’URSS était hors de question et que même leur puissance économique ne pourrait leur donner l’assurance d’une victoire militaire.

Ce ne fut ainsi que la faible représentation des blindés moyens et lourds allemands sur le Front ouest européen qui permit aux impérialistes anglo-américains de faire illusion face à la Wehrmacht : en 1944-1945, les derniers Panzer II qui combattaient encore dans la Wehrmacht se trouvaient sur le Front Ouest… En témoignent les difficultés qu’ils rencontrèrent à l’occasion de la contre-offensive allemande de l’hiver 1944-1945 (Bataille des Ardennes), opération dont l’échec fût grandement imputable au lancement de l’offensive d’hiver soviétique…

Le 16 décembre 1944, la Wehrmacht lança l’opération Von Rundstedt. Le front anglo-américain se trouva brisé et les troupes allemandes avancèrent jusqu’à Liège et Dinant, menaçant d’encercler une partie importante des troupes angloaméricaines. Le 6 janvier 1945, Churchill adressa un pressant appel à Staline et décrivait la situation du Front occidental comme « alarmante », l’exhortant à lancer aussi vite que possible une grande offensive afin de réduire la pression allemande en Belgique.33

L’offensive soviétique d’hiver fût avancée et débuta le 12 janvier 1945 en dépit de conditions météorologiques défavorables limitant l’emploi de l’aviation. Dotée d’une supériorité écrasante en hommes (plus de 4 fois), en chars et en canons (plus de 15 fois) sans oublier en avions (12 fois), l’Armée Rouge progressa en moins de trois semaines de 400 km en écrasant littéralement la Wehrmacht. L’Oder fût franchi le 31 janvier, amenant l’Armée Rouge à moins d’une centaine de kilomètres de la capitale allemande.

Il nous importe de souligner ici que si les impérialistes anglo-américains n’eurent jamais à se plaindre de leur allié soviétique qui fît tout ce qui était possible pour hâter la victoire commune, on ne peut pas en dire autant des soviétiques en ce qui concerne l’aide et l’attitude de ses éphémères alliés. Staline eût ainsi régulièrement à se plaindre de la qualité de l’aide matérielle fournie par ses alliés ainsi que de leur manque de motivation réelle à ouvrir un véritable second Front en Europe de l’Ouest, seul capable de soulager le fardeau longtemps supporté presque exclusivement par l’URSS. Dans un message personnel envoyé à F. Roosevelt le 18 juillet 1942, Staline souligna ainsi que les chars américains livrés à l’URSS avaient une fâcheuse tendance à s’enflammer sous le feu ennemi dès qu’ils étaient touchés dans la zone voisine du bloc moteur et conseilla au président américain de privilégier l’adoption du moteur diesel. Quelques jours plus tard, dans une lettre à W. Churchill datée du 23 juillet, Staline se plaignit de voir cesser les livraisons de matériel de guerre dans les ports septentrionaux de l’URSS sous le prétexte que les transports anglais essuyaient des pertes…

Il fallait un culot éhonté aux impérialistes anglais pour oser déplorer des pertes secondaires au moment où l’URSS toute entière souffrait le martyr ! De plus, Staline jugeait comme un manquement inacceptable à la promesse d’ouverture d’un second Front en Europe le fait d’en repouser la perspective à l’année 1943. Dix-huit mois plus tard, au lendemain de la Conférence de Téhéran qui se tînt en novembredécembre 1943, l’Opération Overlord était désormais programmée pour la mi-1944, mais cette question était devenue secondaire pour l’URSS qui avait alors pris un net ascendant sur la Wehrmacht. Staline déclara ainsi à Joukov qu’il pensait que cette fois les anglo-américains tiendraient parole et que dans le cas contraire « nous avons suffisamment de force pour achever de battre l’Allemagne ».

Cette parenthèse étant close, la vaste offensive soviétique de janvier 1945 eût immédiatement l’effet escompté par les impérialistes anglo-américains : elle contraignit la Wehrmacht à mettre un terme à son offensive sur le Front Ouest pour renforcer un Front Est où la situation lui échappait dangereusement : ce dernier se disloquait alors littéralement… La contre-offensive allemande avortée avait cependant coûté aux anglo-américains les trois-quarts du millier de chars engagés. La Wehrmacht n’avait pour sa part perdu « que » 60 % du millier des siens en dépit d’une nette supériorité aérienne anglo-américaine… On dénombrait 12 000 tués et 40 000 blessés de chaque côté. Au début de la guerre, l’armée américaine était sous-entraînée, sous-armée et était incapable de mener une guerre terrestre. Ses blindés complètement obsolètes utilisaient encore les tactiques de la Première Guerre mondiale.

De toute évidence, l’impérialisme américain ne parvint ainsi à compenser la faiblesse de ses équipements lourds que par leur nombre, sa puissance logistique, … et le recours quasi-systématique aux armes de destruction massives contre les populations ennemies, qu’il s’agisse des bombardements aériens conventionnels ou atomiques…

Notons au passage que ce n’est pas un hasard si l’URSS fut la seule puissance belligérante à ne pas employer de bombardiers lourds contre les populations civiles des pays ennemis. Et ce n’est pas faute de ne pas en avoir eu la capacité, mais par choix idéologique et stratégique délibéré : le but de l’URSS n’était pas de lancer des bombes au hasard à haute altitude sur les villes allemandes pour terroriser sa population civile, mais de briser la Wehrmacht, et pour cela, ses bombardiers légers et moyens lui suffisaient amplement !

 

Ci-dessus : L’aviatrice soviétique Mariya Ivanivna Dolina (photographie de 1944), commandante d’escadron, devant son Petlyakov Pe-2. Cet appareil bimoteur n’ayant rien à envier au Messerschmitt Bf-110 fût l’un des meilleurs bombardiers en piqué de la guerre. Il fût mis en service dans l’Armée Rouge au printemps 1941 et fût produit à plus de 11 400 exemplaires au cours de la guerre. Après avoir fréquenté un aéroclub adolescente, Mariya Dolina sort diplômée de l’école d’aviation de Kherson (Ukraine) en 1939. Elle s’engage dans l’Armée Rouge en juillet 1941. A l’âge de 22 ans, elle fait ses premières armes dans le ciel de Stalingrad. Elle combattra ensuite dans le ciel du nord-Caucase, du Kouban, à Koursk et participa enfin à la libération de la Biélorussie et des états baltes. Plusieurs fois décorée, elle reçut le titre de Héros de l’Union soviétique en août 1945. Si dans les pays bourgeois, la femme passa des fourneaux à l’usine, en URSS, la femme démontra que l’abolition de l’esclavage salarié lui avait permis de véritablement commencer à devenir dans les faits l’égale de l’homme : elles furent ainsi des centaines de milliers à prendre les armes pour défendre la patrie socialiste…

Mis en service en 1936, le Petlyakov Pe-8 fut le seul bombardier lourd soviétique de la guerre. Il fut pourtant produit à moins de 100 exemplaires de 1936 à 1944. Il fût donc très peu employé, mais pas à cause de ses mauvaises performances : ce bombardier dont le plafond pratique était de 10 km d’altitude volait à 440 Km/h et pouvait transporter 5 tonnes de bombes dans un rayon d’action de 3 700 km. Armé de 2 canons de 20 mm, de 2 mitrailleuses lourdes de 12,7 mm et d’une ou deux mitrailleuses de 7,6 mm, il pouvait se défendre contre les avions de chasse ennemis.  Ses caractéristiques étaient loin d’êtres ridicules, même face à celles des bombardiers américains entrés en service en 1941 : sa vitesse était comparable à celle du B-17 et du B-24, mais son rayon d’action était supérieur de plusieurs centaines de kilomètres pour une capacité d’emport au moins égale. Pesant près de 31 tonnes en charge, ses quatre moteurs développaient 5 800 CV (contre 25 tonnes et 4 800 CV pour le B-17 et le B-24). Le Petlyakov Pe-8 ne fut donc surpassé par les bombardiers américains qu’avec la mise en service du B-29 en 1943. Si cet avion fut peu produit, c’est parce qu’au contraire des puissances impérialistes, l’URSS n’a jamais eu de plan de « bombardements stratégiques », c’est à dire de volonté délibérée de terroriser et de détruire les populations civiles…

En Europe, ce fût sans aucun doute l’impérialisme allemand qui inaugura ces pratiques qui constituèrent le dénominateur commun de toutes les puissances impérialistes belligérantes. L’impérialisme allemand céda d’ailleurs à cette tentation bien avant d’avoir entamé son « œuvre » de destruction de l’URSS, et même avant son entrée en guerre effective contre la France et l’Angleterre ! Ainsi, alors que la Guerre civile faisait rage en Espagne, la Légion Condor de la Luftwaffe bombarda la ville de Guernica le 26 avril 1937 au moyen de bombes explosives et incendiaires. De même, du 24 au 26 septembre 1939, Varsovie fut bombardée par la Luftwaffe avec à la clef près de 20 000 victimes civiles. Pour autant, les impérialistes japonais et anglo-américains ne furent pas non plus en reste. Le Japon employait depuis plusieurs années déjà ces méthodes en Chine. Après l’annexion de la Mandchourie en 1931, l’impérialisme japonais poursuivit sa politique expansionniste plus profondément en Chine à partir de l’été 1937. Très vite confronté à un puissant mouvement de libération national ─ le Kuomintang et le PCC enterrent alors provisoirement la « hache de guerre » pour se coaliser contre le colonialisme japonais ─, l’Armée Impériale se livra à des massacres de civils chinois afin de tenter de briser le large soutien populaire apporté à la lutte de libération nationale.

L’impérialisme japonais ne se contenta pas de « sabrer au clair » ou de bombarder les civils chinois, il employa également massivement les gaz toxiques. Au cours de la seule Bataille de Wuhan (qui se déroula de juin à octobre 1938), et à laquelle participèrent une centaine de pilotes soviétiques et leurs appareils aux côtés des forces nationalistes chinoises, ces gaz furent employés à près de 400 reprises !

En dépit de la victoire militaire qu’elle remporta à Wuhan, l’Armée Impériale japonaise ne parvint pas à écraser complètement les forces armées chinoises qui purent se retirer partiellement. A cette occasion, l’impérialisme japonais eût en outre à subir de lourdes pertes témoignant de son enlisement dans la région.

 

Ci-dessus : Sur une berge de la rivière Qinhuai, un soldat de l’Armée impériale japonaise « prend la pose » devant un amas de corps. Il ne s’agit pourtant là que d’une fraction des atrocités auxquelles se livra l’impérialisme japonais au cours du tristement célèbre massacre de Nanjing qui coûta la vie à environ 300 000 civils chinois au cours de l’hiver 1937-1938. Le peuple chinois est, avec le peuple soviétique, celui qui eût le plus à souffrir de la politique coloniale fasciste des impérialistes étrangers : elle lui coûta directement et indirectement au moins 16 millions de vies, celles de civils pour plus des trois quarts… 

Ci-contre : « Salutations aux combattants contre le fascisme ». (Koretski, 1937)

 

De leur côté, les impérialismes anglais et américains « démocrates » ne tardèrent pas à imiter leurs comparses « fascistes » signataires du pacte anti-Komintern en démontrant le même mépris qu’eux pour la vie humaine de civils innocents, quoiqu’en s’attachant cependant le plus souvent à mettre un peu plus de distance entre les bourreaux et leurs victimes, grâce à leurs bombes larguées à haute altitude…

Adoptée le 21 janvier 1943 par les chefs des états-majors anglais et américains placés sous la responsabilité directe de Roosevelt et Churchill, la directive de Casablanca définissait ces opérations de bombardements comme ayant pour but « la destruction et la dislocation progressive du système militaire, industriel et économique allemand et l’ébranlement du moral de la population jusqu’au point où leur capacité de résistance armée soit affaiblie définitivement ». A l’automne 1943, ce but fût réaffirmé dans un langage encore plus équivoque par Sir Arthur Travers Harris, alors Maréchal de la Royal Air Force (RAF) et commandant (depuis février 1942) des campagnes britanniques de bombardements. Celui qui fût à juste titre surnommé le « boucher Harris » ne s’embarrassait pas du langage diplomatique employé par ses homologues à l’occasion de la Conférence de Casablanca et reconnut même que les campagnes de bombardements ne visaient en général aucune cible strictement militaire, ni même l’outil industriel de l’ennemi :

« Ce but est la destruction des villes allemandes, la mort des ouvriers allemands et l’interruption de la vie communautaire civilisée dans toute l’Allemagne. Il faut souligner que les buts acceptés et fixés de notre politique de bombardement sont les suivant : la destruction des maisons, des services publics, des transports et des vies humaines ; la création d’un problème de réfugiés à une échelle inconnue ; et la destruction du moral à la fois dans le pays et sur les fronts par peur de bombardements étendus et intensifiés. Ce ne sont pas des sous-produits de tentatives pour frapper des usines ».34

Il n’est même pas exagéré de dire que les impérialistes anglo-américains firent tout pour éviter de bombarder certaines usines du complexe militaro-industriel du Reich, en particulier celles des filiales appartenant aux firmes américaines.35 La presse bourgeoise est elle-même obligée de reconnaître ces pratiques, évidemment à demi-mot et en s’abstenant bien d’en tirer les conclusions qui s’imposent :

« « Ford a conservé des relations très confortables avec l’Allemagne nazie tout au long de la guerre, et engrangé les profits tirés du travail forcé des prisonniers de guerre et des déportés employés dans son usine de Cologne ». (…) A elles deux, les filiales de GM et de Ford détenaient plus de 70 % du marché automobile allemand à l’arrivée de Hitler au pouvoir. Elles sont devenues les principaux fournisseurs de la Wehrmacht en véhicules de transport de troupes. (…) Ford Werke A.G. ne fut jamais nationalisé. Ford en a toujours conservé 52 % des parts. (…) « Le QG de Ford à Dearborn (Michigan) est resté en contact avec sa filiale tout du long de la guerre », ce dont pourraient témoigner d’anciens cadres. (…) Un rapport des renseignements militaires américains de septembre 1945, retrouvé dans les Archives nationales, décrit Ford Werke A.G. comme « une pièce clé de l’arsenal nazi » ayant produit 60 % des transports de troupes chenillés et blindés de la Wehrmacht ».36

En Allemagne, les usines des filiales américaines étaient ainsi réputées pour être les endroits les plus sûrs au cours des bombardements aériens… Le Maréchal Joukov témoigna de ces faits dans ses mémoires :

« L’Etat-major d’Eisenhower se trouvait dans l’énorme bâtiment de la compagnie chimique I.G. Farbenindustrie qui fut préservé pendant les terribles bombardements de Francfort bien que l’aviation alliée eut transformé la ville en ruines. (…) Plus tard, on apprit que des relations d’ordre financier existaient entre ces usines et les monopoles de l’Amérique et de l’Angleterre ».37

Notons au passage que la musique ne fût pas la même pour l’impérialisme allemand sur le Front de l’Est où il fût dès le début confronté à la politique dite de la « Terre brûlée » qui consistait simplement en ce que tout ce qui ne pouvait pas être évacué… devait être détruit pour ne pas permettre à l’ennemi de s’en servir pour se renforcer.

 

Ci-dessus, le barrage hydro-électrique de Dnieprostroï, situé sur le Dniepr à 200 km au sudouest de Kharkov. Né au cours du premier plan quinquennal dont il était l’un des ouvrages majeurs, ce barrage était au moment de sa mise en service en 1932 ─ avec ses neuf turbines d’une capacité cumulée de 560 MW ─, le plus puissant barrage hydro-électrique du monde. Le 27 août 1941, le barrage sera dynamité par les soviétiques sur l’ordre de Staline. Il était en effet hors de question d’abandonner cette précieuse source d’énergie à l’ennemi, quoiqu’ait coûté sa construction qui avait mobilisé jusqu’à 60 000 ouvriers pendant cinq ans. La Wehrmacht « finira le travail » et le dynamitera de nouveau au second semestre 1943, quand elle fût forcée de battre en retraite devant l’Armée Rouge. Alors presque intégralement détruit, la reconstruction de l’ouvrage fût lancée en 1944 pour s’achever en 1949. Dès 1950, il recommença à fournir en électricité les villes et les industries environnantes.

Pour les impérialistes anglo-américains, les campagnes de bombardements aériens constituaient d’abord une « preuve » qu’ils contribuaient bel et bien à la lutte commune des alliés contre l’Allemagne hitlérienne, mais représentaient surtout une solution de facilité censée compenser la relative médiocrité des équipements de leur armée de terre, sans aucun égard aux « dommages collatéraux » que cela engendrait, même parmi les populations civiles « amies ».

Les bombardements aériens de la RAF et de l’USAAF réduisirent ainsi les villes de Caen, Saint-Lô et du Havre à l’état de ruines. En Normandie, les « libérateurs » firent ainsi plus de 50 000 victimes civiles ainsi que des centaines de milliers de sansabris… Après les bombardements anglo-américains sur le Havre, la ville était détruite aux trois quarts et un piéton pouvait désormais apercevoir la plage depuis le centre-ville !

Mais l’ampleur de ces bombardements ne fût rien à côté de ce qu’eurent à endurer les populations civiles « ennemies » de l’Allemagne et du Japon.

Au cours des 13 et 14 février 1945, plus de 770 bombardiers de la RAF et 300 B-17 de l’USAAF larguèrent un total de 3 500 tonnes de bombes sur la ville allemande de Dresde. Dans une ville réduite à l’état de ruines, on dénombra plus de 35 000 morts civils. Alors que l’Armée rouge n’était plus qu’à une centaine de kilomètres de là, ce bombardement ne pouvait avoir qu’une seule utilité : laisser à l’URSS une zone complètement détruite !

Alors que l’industrie allemande de la zone soviétique fût détruite à 45 % au cours de la guerre, celle de la zone occidentale de l’Allemagne ne fût détruite qu’à hauteur de 20 %… alors même que cette dernière représentait 70 % de la production industrielle allemande !

A des milliers de kilomètres de là, dans le Pacifique, les mêmes crimes étaient également perpétrés. Ainsi, dans la seule nuit du 9 au 10 mars 1945, un raid aérien de plus de 330 B-29 lancés sur Tokyo (1 700 tonnes de bombes) y fit plus de 100 000 morts civils et provoqua une véritable tempête de feu dans la ville.

Le 19 mars 1945, un nouveau largage de bombes incendiaires sur Tokyo par plus de 230 B-29 vola de nouveau la vie de plus de 80 000 civils japonais. A la mi-juin 1945, c’étaient ainsi quatre grandes villes japonaises qui avaient été réduites à l’état de ruines, avec pas moins de 9 millions de civils sans-abris à la clef… Quelques mois plus tard, la population japonaise recevra deux bombes atomiques…

Ces bombardements se produisaient à un moment où l’URSS ─ qui avait, trois mois auparavant, brisé une Wehrmacht autrement plus redoutable jusque dans la capitale du Reich au cours de la Bataille de Berlin qui dura « seulement » une quinzaine de jours ─, lançait une vaste offensive contre le colonialisme japonais dont l’industrie de guerre était à l’époque aussi technologiquement dépassée que moribonde.

A cet effet, il nous suffira de décrire la situation dans laquelle se trouvait l’Arme blindée japonaise. Sur les 6 450 chars produits par le Japon durant la période 19311945, les deux-tiers le furent dans les années 1940-1945. Parmi eux, on comptait un peu plus de 1 160 chars légers de Type 95 Ha-Go. Produit de 1936 à 1943, ce char pesait 7 tonnes et était armé d’un canon de 37 mm long de 36 calibres.

 

La couverture d’un Comics US datant de mars 1943. Des japonais tout juste bons à exterminer depuis le ciel comme des rats repoussants… Comme on le voit, l’idéologie raciste mise en avant à l’époque par les « libérateurs » américains avait un solide tronc commun avec celle de leurs ennemis de circonstance, les fascistes allemands et japonais !

Ce char léger était en tous points inférieur aux chars légers soviétiques BT-5 et BT-7 en service dans l’Armée Rouge à partir de 1933-1935, que ce soit en termes d’armement, de blindage, de rapidité ou de mobilité.

Quant au meilleur char japonais, le Type 97 Shinhoto Chi-Ha, il était une évolution du Type 97 Chi-Ha, produit depuis 1938. La première version du « char moyen » de Type 97, armé d’un canon court de 57 mm, pesait 15 tonnes (soit autant qu’un BT7) et était doté d’un blindage variant de 10 à 33 mm.

La Bataille de Khalkhin Gol montra que le canon à faible vélocité de ce char était totalement inadapté au combat anti-char face à la capacité de pénétration supérieure du canon long de 45 mm des chars légers soviétiques.

En 1941, fut dont introduit le Type 97 Shinhoto Chi-Ha, réarmé avec un canon long de 47 mm, basé sur des exemplaires capturés du canon long soviétique. Ces chars furent employés durant l’invasion japonaise des Philippines (décembre 1941 – janvier 1942) afin de palier à la trop faible puissance de feu des autres chars japonais, incapables de percer l’armure frontale du char léger Stuart M3, pourtant épaisse de seulement 44 mm… Le nouveau canon de 47 mm du Type 97 fut testé sur un Stuart M3 capturé : à une distance de 1 000 m, il avait 50 % de chances de percer son armure frontale, et 66 % de chances à 800 m.

Le Type 97 fut produit par Mitsubishi et Hitachi à plus de 2 120 exemplaires, et s’il représentait désormais une menace face aux chars légers soviétiques et américains, ce n’était pas le cas face au T-34 (76), ni même face au Sherman M4, plus rapides, plus blindés et mieux armés. Enfin, pour ne pas arranger les affaires de l’impérialisme japonais, il ne fût produit qu’à peine 200 blindés chasseurs de chars (de 1942 à 1944) et moins d’un quart d’entre eux étaient dotés d’un canon de calibre supérieur à 75 mm.

Du fait du manque de matières premières bien plus que des bombardements, la production japonaise de chars commença à s’effondrer dès 1943, les japonais produisant 750 chars cette année là — contre plus de 29 000 pour les USA la même année. En 1945, les japonais ne produisirent ainsi qu’un total de 130 chars complètement déclassés… En effet, si l’année 1943 vit encore la production d’un peu plus de 540 chars de Type 97, celle-ci tomba à zéro au cours des années 1944 et 1945 !

Terriblement sous-équipée, l’Armée impériale japonaise était évidemment incapable de faire face à son homologue américaine, et encore davantage à son homologue soviétique.

Comme le reconnait d’ailleurs aujourd’hui la frange la plus éclairée et honnête de la presse bourgeoise, ces exterminations massives de populations civiles avaient donc certes bel et bien eu une utilité, mais pas celle aujourd’hui couramment invoquée pour les justifier…

« L’emploi d’armes aussi barbares était devenu indispensable ─ dit-on alors officiellement ─, pour arrêter la guerre et épargner des centaines de milliers de vies. Des documents récents démentent cependant cette thèse et révèlent que ces destructions, comme celle de Dresde le 13 février 1945, avaient pour objectif d’impressionner les Soviétiques, d’arrêter leur avance, et marquaient, en fait, le début de la guerre froide. (…) Au premier coup d’œil, les photographies aériennes prises par les Mosquito de la RAF montrèrent que la destruction de la ville de Dresde n’avait aucune justification militaire. C’est seulement après le raid que les équipages des bombardiers s’en rendirent compte. Dans la grande vision churchillienne, Dresde et Hiroshima n’étaient qu’un élément de la stratégie plus globale de la guerre froide en train de naître. On aura une idée de l’état d’esprit du premier ministre britannique à la lecture du journal de lord Alanbrooke à la date du 22 juillet 1945 : selon Churchill, « nous avions désormais entre les mains quelque chose qui rétablirait l’équilibre avec les Russes. Le secret de cet explosif et la capacité de l’utiliser modifieraient complètement l’équilibre diplomatique qui était à la dérive depuis la défaite de l’Allemagne ». Et lord Alanbrooke d’ajouter laconiquement : « Churchill se voyait déjà en mesure d’éliminer tous les centres industriels soviétiques et toutes les zones à forte concentration de population. Il s’était immédiatement peint une magnifique image de lui-même comme unique détenteur de ces bombes, capable de les lancer où il le voulait, donc devenu tout-puissant et en mesure de dicter ses volontés à Staline » ».38

Comme on le voit, la bourgeoisie internationale se livra au cours de cette guerre à des exterminations de masse encore plus grandes qu’au cours de la première guerre inter-impérialiste, … laquelle peut paradoxalement apparaître dans ces conditions comme encore relativement « civilisée » du fait que les principales victimes restèrent des soldats !

Les communistes et les peuples du monde ne doivent jamais oublier de quelle barbarie est capable l’ordre bourgeois ─ fusse-t-il le plus « démocratique »─, quand il en va de sa survie ou même seulement de son intérêt…

Puisque nous sommes occupés à mettre à jour les cadavres et les mensonges sur lesquels est édifié l’ordre bourgeois, il nous apparaît fondamental de souligner un fait essentiel que se gardent bien de souligner les historiens bourgeois quand ils traitent de la dernière boucherie mondiale.

En effet, si les impérialistes anglo-français avaient accepté en 1938-1939 les propositions soviétiques réitérées de faire respecter le Droit International ─ alors faussement proclamé par la SDN pour duper les naïfs ─, en intervenant militairement conjointement au cours des annexions successives de l’Autriche en mars 1938, des Sudètes en octobre 1938 ─ annexion entérinée par le tout aussi faussement pacifique accord de Munich qui arracha à la Tchécoslovaquie ses principaux dispositifs de défense fortifiés ─, puis de la Tchécoslovaquie elle-même en mars 1939, et enfin de la Pologne en septembre 1939, l’impérialisme allemand se serait alors trouvé dans une situation militaire aussi désespérée qu’intenable.

A elles seules, les masses de blindés et d’avions en service dans l’Armée Rouge auraient vraisemblablement suffit à écraser la Wehrmacht ─ dont le plus gros de l’effort de rééquipement venait tout juste de commencer ─, et ainsi à contraindre l’impérialisme allemand à rester dans ses frontières. Mais les impérialistes anglofrançais ne voulaient pas d’une alliance militaire avec l’URSS contre le Reich qu’ils rêvaient en effet de voir se lancer contre l’URSS.

Combien de souffrances et de cadavres cette politique bourgeoise anglo-française criminelle coûta par la suite aux peuples d’Europe et de l’URSS !

Assurément, il faudra que la bourgeoisie paie un jour pour tous ses crimes, que ce soit pour les guerres coloniales passées et contemporaines… ou pour les souffrances quotidiennes infligées aux travailleurs transformés en bêtes de somme !

 

Ci-desssus : Le corps de Raghad Masoud, bébé palestinien âgé de 34 mois tué à Rafah par une frappe israélienne, a été placé dans une glacière, faute de place à la morgue. (Photo AFP) Au début du mois d’août 2014, au 28e jour de la dernière campagne de terreur fasciste des sionistes contre Gaza, l’ONU dénombrait plus de 1 800 morts et 9 000 blessés. Parmi les tués : 70 à 80 % de civils et plus de 350 enfants.39 Pas de justification militaire ? Bien sûr que si : comme toujours, essayer de briser le moral des populations civiles pour tenter de les détacher du soutien à la résistance armée au colonialisme… Et ce au milieu du concert de lamentations de médias et de politiciens bourgeois faussement indignés…

Que la bourgeoisie internationale ne se figure pas que parce-que les communistes ont subi un terrible revers temporaire au cours du dernier demi-siècle écoulé, elle en a fini avec le communisme et qu’elle pourra par conséquent continuer à perpétuer impunément et indéfiniment des crimes de ces sortes, c’est-à-dire à faire couler des flots de sang des peuples des pays dépendants qu’elle se dispute et à martyriser quotidiennement dans leur chair comme dans leur esprit les esclaves salariés qu’elle exploite !

Pour reprendre les termes que Dimitrov lança en décembre 1933 à la face du tribunal nazi qui l’accusait d’être responsable (avec les communistes allemands) de l’incendie du Reichstag, « le temps viendra où ces comptes seront réglés avec intérêts » par « le tribunal du peuple de la future dictature du prolétariat » !

« Au XVIIe siècle, le fondateur de la physique scientifique Galileo Galilée, a comparu devant le sévère tribunal de l’Inquisition qui devait le condamner, comme hérétique, à la mort, il s’est écrié avec une profonde conviction et résolution : « Et pourtant la terre tourne ! » Et ce principe scientifique est devenu plus tard le patrimoine de toute l’humanité. (…) Nous, communistes, pouvons aujourd’hui, proclamer avec non moins de résolution que le vieux Galilée : « Et pourtant elle tourne ! » La roue de l’histoire tourne, avance, vers une Europe soviétique, vers l’Union mondiale des Républiques soviétiques. Et cette roue, poussée par le prolétariat sous la direction de l’Internationale communiste, on ne parviendra à l’arrêter ni par des mesures d’extermination, ni par des condamnations aux travaux forcés, ni par des exécutions. Elle tourne et continuera à tourner jusqu’à la victoire définitive du communisme ! »40

Марш краснофлотцев (1938) Marche de la flotte Rouge (1938)
Родимое море, шуми на просторе !

Тебя охраняет наш флот.

Мы зорко свою страну храним.  На вахте и день, и ночь стоим,  Смело глядим вперёд.

 

Припев :

 

На море ближнем, на море дальнем  Вымпел Советов встаёт ! 

На море ближнем, на море дальнем –  Краснознамённый наш флот ! (1)

 

Корабли наши лучшие в мире ! 

В бой последний ударят на врагов. 

На море ближнем, на море дальнем 

Флот наш к победам готов ! (2)

 

В свободное море выходят линкоры  По бурным, широким волнам.

Ни пяди родной своей земли, ни капли родной своей воды

Не отдадим врагам !

 

Припев. (1) + 2 x (2)

Mer qui nous a mis au monde, immense [mer] tempétueuse !

Vous protégez notre flotte.

Nous préservons le pays grâce à sa vigilance.

Nous tenant debout sur la bordée de jour comme de nuit, Nous regardons fièrement vers le large.

 

Refrain :

 

Sur la mer proche, sur la mer au large, L’étendard soviétique est levé ! 

Sur la mer proche, sur la mer au large,

Flotte notre drapeau rouge ! (1)

 

Nos navires sont les meilleurs du monde !

Dans la bataille, c’est l’ennemi qui prend le dernier coup. 

Sur la mer proche, sur la mer au large,

Notre flotte est parée pour la victoire ! (2)

 

Les cuirassés avancent en mer sans encombres A travers les flots tumultueux et les larges vagues.

Et nous ne cèderons aux ennemis,

Pas même un pouce de notre terre natale, ni une goutte de notre eau.

 

Refrain. (1) + 2 x (2)

La jeune URSS née de la Révolution d’Octobre n’avait hérité de la Russie tsariste qu’un pauvre héritage dans bien des domaines. Puissance continentale, la Russie tsariste possédait une flotte hétéroclite dont les bâtiments dataient souvent d’un autre âge. Les unités de valeur qui avaient survécu à la Première Guerre mondiale impérialiste et à la guerre d’intervention furent regroupées en 1922 en deux flottes. La première stationnée en mer Baltique comptait 1 cuirassé de classe Marat, 1 croiseur, 8 destroyers et 9 submersibles. La seconde, stationnée en Mer Noire comptait un croiseur, 2 destroyers et 2 submersibles. En 1926, la remise en état de l’industrie sinistrée fut accompagnée de la remise en fonctionnement des chantiers navals. Dès lors, l’URSS put remettre en état d’anciens bâtiments et lancer la construction de nouveaux. Les forces soviétiques pouvaient compter en juin 1941 sur 3 cuirassés dreadnought de classe Marat complètement reconstruits et modernisés ainsi que 9 croiseurs, dont 6 nouveaux croiseurs lourds de classe Kirov et Maxim Gorki, dont la construction fut achevée pour trois d’entre eux entre 1940 et début juin 1941, c’est-à-dire durant le répit offert par le pacte de non-agression germano-soviétique. La marine soviétique comptait également 78 destroyers dont le Taschkent et 6 nouveaux destroyers lourds de classe Leningrad équivalents à des croiseurs légers (quatre de ces nouveaux destroyers lourds survécurent à la guerre).

Au moment de l’agression nazie, la flotte des submersibles soviétiques était la plus importante au monde, précédant même celle de l’Allemagne. Elle comportait près d’une soixantaine de submersibles océaniques, plus de 80 submersibles côtiers moyens et autant de submersibles côtiers légers, soit au total 240 submersibles. La marine soviétique  comptait enfin plus de 800 autres bâtiments légers, mais souvent puissamment armés : 44 frégates garde-côtes, 57 dragueurs de mines, 96 canonnières fluviales, 3 mouilleurs de mines, 126 chasseurs de submersibles et 400 vedettes lance-torpilles.

 

Ci-dessus : Une photographie du Molotov, un des croiseurs de classe Kirov. Mis en chantier en janvier 1937, il fut admis au service actif quatre ans plus tard, en janvier 1941. Long de 190 mètres, il était doté de 24 canons de différents diamètres (45 à 180 mm), de six tubes lancetorpilles et possédait un blindage de 70 mm au niveau de la ceinture et de 50 mm sur le pont.

Ainsi, quoiqu’en 1941 la jeune marine de guerre soviétique n’eut pas encore les mêmes effectifs que celle de puissances coloniales comme la marine américaine (17 cuirassés, 6 porte-avions, 37 croiseurs, 166 destroyers, 81 submersibles, 319 frégates garde-côte), la marine japonaise (10 cuirassés, 10 porte-avions, 45 croiseurs, 130 destroyers, 73 submersibles — en décembre 1941), la marine britannique (15 cuirassés, 6 porte-avions, 61 croiseurs, 186 destroyers, 60 submersibles), ou la marine française (8 cuirassés, 1 porte-avions, 20 croiseurs, 59 destroyers, 78 submersibles — en 1940), et quoique la marine soviétique fut forcée de répartir les navires de sa flotte entre la Mer Baltique et la Mer Noire, afin d’assurer la défense respective de Léningrad et Sébastopol, sa puissance n’était pourtant pas insignifiante face à la marine allemande (7 cuirassés, 8 croiseurs, 22 destroyers, 72 submersibles — en 1939).

Le 22 juin 1941, quand l’aviation et la marine de guerre nazies se ruèrent sur le territoire soviétique, les forces allemandes et finlandaises se heurtèrent à une résistance soviétique acharnée. Autour de Léningrad, les forces armées soviétiques, qu’elles combattent dans les airs, sur terre ou en mer, parvinrent à retenir les forces de l’Axe des mois durant sur des fronts de profondeurs très réduites (de l’ordre d’une centaine de kilomètres seulement).

Les cuirassés Marat et Oktyabrskaya Revoluciya, bombardés et endommagés à plusieurs reprises défendirent Léningrad durant toute la durée du conflit. Durement frappé par la Luftwaffe, le Marat coula sur les hauts-fonds de la rade de Kronstadt… où il n’en continua pas moins de servir comme batterie flottante !

Une fois la guerre terminée, il fut renfloué. Le cuirassé Parizhkaia Kommuna (Commune de Paris), qui servit notamment dans des bombardements côtiers durant le siège de Sébastopol, fut lui aussi gravement endommagé. 

 

Ci-dessus : le cuirassé dreadnought Marat, doté d’un blindage de 230 à 254 mm pour la ceinture.

Le prodigieux essor que la flotte de guerre soviétique connût tout au long des années 1930 ne peut être mieux illustré que par la mise en chantier de cuirassés géants au début du troisième plan quinquennal.

Longs de 269 mètres et dotés d’un déplacement de plus de 65 000 tonnes en charge ─ contre 55 000 tonnes pour son homologue allemand de classe Bismarck (2 construits) et 72 000 tonnes pour son homologue japonais de classe Yamato (également 2 construits) ─, ces cuirassés soviétiques devaient être dotés d’un armement super-lourd comprenant notamment trois batteries de trois canons de 406 mm de diamètre, ainsi que d’un blindage pouvant aller jusqu’à 495 mm (de 375 à 420 mm pour la ceinture), c’est-à-dire d’un armement et d’un blindage supérieurs à celui des cuirassés nazis de classe Bismarck.

Ces cuirassés de classe Sovetsky Soyuz devaient également opérer quatre hydravions servis par deux catapultes et dédiés à la reconnaissance aérienne et à la lutte anti-sous-marine. A titre de comparaison, un croiseur lourd de classe Kirov possédait un déplacement d’un peu plus de 9 000 tonnes et était notamment armé de trois batteries de trois canons de 180 mm. Quant aux cuirassés dreadnought de classe Marat, ils possédaient un déplacement de 28 000 tonnes ainsi que quatre batteries de trois canons de 305 mm.

Ci-dessus, le chantier de construction du Sovetskaia Ukraina au chantier naval André Marti de Nikolaeïev (ville située en Ukraine à moins de 100 km d’Odessa). Ce navire, dont la construction avait débuté à l’automne 1938, était l’un des cuirassés géants de classe Sovetsky Soyuz (Union Soviétique) en construction au moment de l’agression nazie.

 

Ci-dessus, une vue de la configuration d’un cuirassé de classe Sovetsky Soyuz.

Quand ils s’emparèrent de Nikolaïev, à la mi-août 1941, les nazis découvrirent médusés le mastodonte dont la structure avait été achevée jusqu’au niveau du pont principal… Ces derniers démantelèrent une partie du navire pour en faire des fortifications quand l’Armée Rouge s’engagea dans la reconquête de l’Ukraine.

Débutée à partir du second semestre 1938, la construction des quatre premiers navires de cette classe également surnommée « Stalin’s Republics » ne fût jamais achevée.

La construction d’un total de 16 navires avait été planifiée : un navire amiral baptisé Sovetsky Soyuz et les autres sister ships portant le nom de chacune des républiques fédérées. La construction du Sovetskaya Belorussiya fût interrompue en octobre 1940, soit moins d’un an après avoir débuté, afin de permettre la relocation des ressources visant à accélérer la construction des trois autres navires : le Sovetsky Soyuz, le Sovetskaia Ukraina et le Sovetskaya Rossiya. En vain : le tournant pris par l’agression nazie mit un terme brutal et définitif à leur construction. La construction des deux navires les plus avancés était alors achevée à environ 20 %.

Notons au passage que l’absence de porte-avions dans la marine de guerre soviétique n’était pas le fruit du hasard, mais le reflet de son système économique et social socialiste. A l’inverse des puissances impérialistes qui ont besoin d’un appui aérien mobile pour leur politique coloniale, l’URSS n’avait aucun besoin de projeter sa marine de guerre loin de son littoral. Le soutien apporté à sa marine par son aviation depuis ses bases terrestres lui suffisait à défendre le territoire soviétique.

Ce n’est qu’avec la restauration du capitalisme et l’avènement du socialimpérialisme soviétique que ce der nier cherchera à doter sa marine de forces de projection aéronavales afin de pouvoir défendre et étendre sa sphère coloniale de manière crédible face à l’impérialisme américain. En dépit du grand retard légué dans ce domaine par le régime socialiste, le social-impérialisme-soviétique mena à son terme relativement rapidement les travaux de conception (1968) et de construction de son premier porte-aéronefs. La construction du premier porteavions « soviétique » débuta en 1970. Le porte-avions « lourd » de classe Kiev fût mis en service en 1975. Il fût rapidement rejoint par trois autres navires de cette classe : le Minsk (1978), le Novorossiysk (1982) et l’Admiral Gorshkov (1987). Ces porteavions avaient cependant une capacité d’emport relativement faible d’une douzaine de chasseurs et d’une vingtaine d’hélicoptères du fait de leur déplacement de seulement 40 000 tonnes en charge. A titre de comparaison, le porte-avions américain de classe Midway dont le premier navire fût mis en service en 1945 possédait un déplacement légèrement supérieur (45 000 tonnes) pour une capacité d’emport d’une cinquantaine d’appareils modernes. Quant au premier porte-avions américain de classe Nimitz, également mis en service en 1975, il possédait un déplacement de l’ordre de 90 000 tonnes et pouvait opérer jusqu’à 90 appareils.

Alors assez largement distancé par son principal concurrent sur le plan qualitatif, le social-impérialisme soviétique lança la construction d’une nouvelle classe de porteavions. Le premier navire de cette nouvelle classe, l’Amiral Kouznetsov, fût commandé en 1981 et lancé en 1991. Doté d’un déplacement de 66 000 tonnes, il pouvait opérer une cinquantaine d’appareils. La construction de deux autres bâtiments de cette classe ne fût jamais achevée… Et l’implosion du socialimpérialisme soviétique détermina le démantèlement des forces de projection aéronavales dont hérita l’impérialisme russe brutalement ravalé au rang d’impérialisme de second ordre… pour le plus grand bénéfice de l’impérialisme chinois qui pût acquérir pour trois fois rien le sister ship de l’Amiral Kouznetsov le moins inachevé : le Varyag.

Un précieux transfert de technologies qui permet aujourd’hui à l’impérialisme chinois ascendant de pouvoir espérer se doter de forces de projection aéronavales crédibles à relativement court terme et ainsi pouvoir mettre un terme aux grossières ingérences coloniales de son concurrent américain en déclin…

 

Ci-dessus : Le Kiev, premier porte-avions « soviétique »…

 

Ci-dessus : Le Liaoning (ex-Varyag achevé et modernisé) navigue aujourd’hui sous le pavillon de l’impérialisme chinois… D’autres sister ships sont en construction et ce ne sera là qu’un premier pas dans la création des forces de projection aéronavales chinoises… Comme on le voit, l’impérialisme américain et ses alliés ont indéniablement du souci à se faire pour les décennies à venir !

                 

Катюша (1938) Katioucha (1938)
Расцветали яблони и груши, Поплыли туманы над рекой.

 

Выходила на берег Катюша,

На высокий берег на крутой. (бис)

***

Выходила, песню заводила

Про степного, сизого орла,

 

Про того, которого любила,

Про того, чьи письма берегла. (бис)

***

Он ты, песня, песенка девичья, Ты лети за ясным солнцем вслед.

 

И бойцу на дальнем пограничьe

От Катюши передай привет. (бис)

***

Пусть он вспомнит девушку простую,

Пусть услышит, как она поет,

 

Пусть он землю бережет родную,

А любовь Катюша сбережет. (бис)

***

Расцветали яблони и груши, Поплыли туманы над рекой.

 

Выходила на берег Катюша,

На высокий берег на крутой. (бис)

Les pommiers et les poiriers étaient en fleurs, La brume flottait sur la rivière.

 

Katioucha longeait la rivière,

Sur la haute berge escarpée. (bis)

***

Elle entonnait la chanson

De l’aigle gris des steppes,

 

De celui qu’elle aimait,

De celui dont elle gardait précieusement les lettres. (bis)

***

Oh toi, chanson, chansonnette de jeune fille, Envoles-toi vers le soleil scintillant.

 

Et au soldat de la lointaine frontière,

Envois le salut de la part de Katioucha. (bis)

***

Qu’il se souvienne de la jeune fille simple,

Qu’il entende comme elle chante,

 

Qu’il préserve la mère-patrie,

De la même façon que Katioucha préserve leur amour. (bis)

***

Les pommiers et les poiriers étaient en fleurs, La brume flottait sur la rivière.

 

Katioucha longeait la rivière,

Sur la haute berge escarpée. (bis)

La chanson ci-dessus, à la fois chanson d’amour et poème, s’inscrit toujours dans le contexte très lourd de menaces pour les peuples de l’URSS. Pour tous ─ ouvriers, kolkhoziens, employés ─, la guerre devient une menace de plus en plus tangible. Déjà populaire avant la guerre cette chanson le restera pendant. Pour des millions de travailleurs soviétiques mobilisés dans les rangs de l’Armée Rouge dans les combats contre la Wehrmacht, cette chanson constituait un encouragement à défendre vaillamment les foyers, les familles et le régime qui leur avait permis de prospérer. L’affectueux surnom de « Katioucha » fût également attribué par les soviétiques à l’une des armes qui compte parmi les très mauvaises surprises auxquelles eût à faire face l’impérialisme allemand quand il se lança dans sa grande croisade anti-bolchévique, les lance-roquettes multiples.

En 1933, le gouvernement soviétique appuya la création du Jet Propulsion Research Institute (RNII) qui succéda au GIRD (Groupe d’Étude de la Propulsion par Réaction) crée deux ans plus tôt à Moscou et Léningrad. Le RNII regroupait les chercheurs dont les travaux touchaient à la mise au point de fusées et de missiles de croisière. Sous la direction de Kleimenov, des chercheurs comme Korolev et Glouchko travailleront jusqu’en 1937 à la création d’engins expérimentaux. Leur attention se portera notamment sur la création de gyroscopes automatisés permettant de stabiliser le vol selon une trajectoire programmée. Malgré la condamnation de Korolev en 1938, pour avoir transmis à l’Allemagne nazie de précieuses informations, ce dernier eût la vie sauve et eût même l’occasion de se racheter en poursuivant ses travaux en prison ─ à l’instar de Tupolev et de Petliakov accusés d’avoir voulu créer un parti fasciste.

Les travaux soviétiques portant sur la mise au point des roquettes furent d’abord initiés en vue d’armer les avions d’attaque au sol et les chasseurs. Les roquettes airair de 82 mm furent employées (avec succès) pour la première fois en situation de combat sur des chasseurs I-16 qui affrontèrent des chasseurs Mitsubishi A5M au cours de la bataille de Khalkhin Gol. Les travaux soviétiques dérivèrent également vers l’utilisation de ces roquettes au sein de l’artillerie. En juin 1938, débutèrent ainsi les travaux conception de lanceurs multiples mobiles qui aboutirent à la création de lanceurs utilisant des roquettes de différents diamètres : 82 mm (BM8), 132 mm (BM-13), et enfin 300 mm (BM-31 à partir de 1942). Pouvant tirer quasisimultanément jusqu’à 24 roquettes (pour les lanceurs BM-13) et 48 roquettes (pour les lanceurs BM-8), chaque lanceur fournissait une puissante salve d’artillerie.

L’ordre de déploiement de ces lanceurs au sein de l’Armée Rouge fût donné le 21 juin 1941, c’est-à-dire à la veille même de l’agression nazie. Mais à ce moment, seule une quarantaine de lanceurs avaient été produits.

Ces lanceurs n’étaient pas destinés à fournir un feu nourri dans la durée, comme l’artillerie traditionnelle pouvait le faire, mais à déployer rapidement sur le front un puissant tir de barrage d’artillerie capable d’asséner un premier coup à l’ennemi et d’enfoncer ses premières lignes de défense par surprise.

Leur premier engagement eut lieu à la mi-juillet 1941 au cours de la bataille de Smolensk. Les unités allemandes prises sous le feu d’une batterie expérimentale de sept lanceurs furent prises de panique. Rapidement déployable, cette arme était en outre dotée d’une assez grande portée (5,9 km pour le BM-8 et 8,7 km pour le BM13). Elle inspira la terreur chez l’ennemi et le rugissement des lanceurs faisant feu leur valurent le surnom « d’orgues de Staline » au sein de la Wehrmacht. A la fin de l’année 1941, c’étaient plus de 500 lanceurs qui opéraient dans huit régiments et 35 bataillons.

 

Ci-dessus : Des BM-13 et des T-34 arrivent sur le front de Stalingrad…

A la fin de l’année 1942, plus de 3 200 lanceurs avaient été produits. L’Armée Rouge en opérait alors plus de 57 régiments. La version BM-13 représentait alors six lanceurs sur dix, contre deux lanceurs sur dix pour chacune des deux autres versions. Au total, ce sont plus de 11 000 lanceurs de toutes variantes qui furent produits au cours de la guerre. Les lanceurs BM-13 jouèrent notamment un grand rôle dans l’offensive qui permit de briser les zones de défense fortifiées édifiées au sud du lac Ladoga par les assiégeants et ainsi de rompre le blocus terrestre de Léningrad en janvier 1943.

 

Ci-dessus : Tableau d’A. Blinkov : « Fire of the Guard artillery », 1942

         

Гимн партии большевиков (1939) Hymne du Parti Bolchévik (1939)
Страны небывалой свободные дети,

Сегодня мы гордую песню поём

О партии самой могучей на свете,  О самом большом человеке своём.

 

Припев :

 

Славой овеяна, волею спаяна, 

Крепни и здравствуй во веки веков 

 

Партия Ленина, партия Сталина,

Мудрая партия большевиков ! (бис)

 

Страну Октября создала на земле ты,  Могучую Родину вольных людей.

Стоит как утёс государство Советов  Рождённое силой и правдой твоей.

 

Припев.

 

Изменников подлых гнилую породу  Ты грозно сметаешь с пути своего.  Ты гордость народа, ты мудрость народа, Ты сердце народа и совесть его.

 

Припев.

 

И Маркса и Энгельса пламенный гений  Предвидел коммуны грядущий восход.  Дорогу к свободе наметил нам Ленин  И Сталин великий по ней нас ведёт.

 

Припев.

Enfants libres d’un pays sans précédent,

Aujourd’hui nous sommes fiers de chanter cet hymne Du plus puissant Parti du monde, De son plus grand homme.

 

Refrain :

 

Couvert de gloire, forgé par notre volonté

Renforces-toi et vis pour l’éternité

 

Parti de Lénine, Parti de Staline,

Sage Parti des bolchéviks ! (bis)

 

Vous avez créé le pays d’Octobre sur la terre, La puissante patrie des hommes libres.

Notre Etat soviétique se dresse debout comme un roc Né de votre force et de votre vérité.

 

Refrain.

 

Les traîtres, les lâches, les clans pourris,

Vous balayez [ceux qui se mettent] en travers de notre route. Vous êtes la fierté du peuple, vous êtes la sagesse du peuple,  Vous êtes le cœur du peuple et sa conscience.

 

Refrain.

 

Les génies ardents Marx et Engels

Avaient prévu l’avènement de nouvelles Communes. Le chemin de la liberté nous a été tracé par Lénine Et le grand Staline nous y conduit.

 

Refrain.

Après la grandiose marche en avant du socialisme obtenue au cours des deux premier plans quinquennaux, le prestige du PCUS (b) est immense, que ce soit en URSS ou au dehors… Dans les pays capitalistes, les ouvriers et les paysans pauvres tournent de plus en plus leurs regards admiratifs et enthousiastes vers la 6ème partie du monde… et commencent à rêver à un monde bien à eux !

Dans un monde bourgeois-impérialiste tenaillé par une profonde crise économique, la paupérisation absolue et le chômage de masse, le keynésianisme est alors à la mode !

Les élites bourgeoises en difficulté feignent en effet de « copier » le développement planifié de l’URSS en nationalisant les entreprises monopolistes en difficulté et en lançant, aux frais de l’Etat bourgeois, des politiques de grands travaux destinées à suppléer à la consommation privée durement éprouvée par la crise ─ témoignage indirect éloquent de l’influence de plus en plus considérable que l’URSS exerce alors sur les masses populaires des pays bourgeois ─, mais sans évidemment jamais remettre en cause les principes de l’esclavage salarié…

A la clef, la flambée du recours au protectionnisme économique, l’exacerbation de la concurrence inter-impérialiste, et un essor de plus en plus large des préjugés populistes, racistes et social-chauvins les plus réactionnaires qui vont pousser les peuples, sous l’influence de couches petite-bourgeoises en décomposition, à s’entre-tuer une nouvelle fois… au nom de la défense des intérêts mesquins de leur propre bourgeoisie !

 

Ci-dessus : « Vive la splendide bannière invincible de Marx, Engels, Lénine et Staline ! » (Kossov, 1953)

 

Марш танкистов (1939) Marche des tankistes (1939)
Броня крепка и танки наши бы стры И наши люди мужества полны : В строю стоя т советские танкисты —- Своей великой Родины сыны.

 

Припев :

 

Гремя огнем, сверкая блеском стали,

Пойдут машины в яростный поход, Когда нас в бой пошлёт товарищ Сталин И первый маршал в бой нас поведёт !

 

Заводов труд и труд колхозных пашен

Мы защитим, страну свою храня, Ударной силой орудийных башен И быстротой, и натиском огня !

 

Припев.

 

Пусть помнит враг, укрывшийся в засаде : Мы начеку, мы за врагом следим ! Чужой земли мы не хотим ни пяди Но и своей вершка не отдадим !

 

Припев.

 

А если к нам полезет враг матёрый, Он будет бит повсюду и везде ! Тогда нажмут водители стартёры И по лесам, по сопкам, по воде…

 

Припев.

Leur blindage est fort et nos chars sont rapides

Et nos hommes débordent de courage

Les tankistes soviétiques sont prêts à l’action –  Fils de leur grande mère-patrie.

 

Refrain :

 

Tonnant de leur tir, brillant de leur acier,

Les chars entameront une dure campagne

Quand le camarade Staline nous appellera au combat

Et que le Premier maréchal [Vorochilov] nous conduira à la bataille !

 

Le travail de nos usines et de nos kolkhozes,

Nous le protègerons, pour préserver notre pays, Par la puissance des canons de nos tourelles Par notre rapidité et notre puissance de feu !

 

Refrain.

 

Prenons garde à l’ennemi, caché en embuscade :

Nous sommes sur nos gardes, nous surveillons l’ennemi !

Nous ne voulons pas un pouce de terre étrangère,

Mais nous ne céderons pas un pouce [de notre propre terre] !

 

Refrain.

 

Mais si l’ennemi imprudent nous attaque, Nous riposterons partout où qu’il soit !

Les conducteurs de chars démarreront les moteurs,

Et avanceront à travers les forêts, les montagnes et les fleuves…

 

Refrain.

Encore une fois, cette chanson issue d’un film soviétique de l’immédiate avantguerre (Les tractoristes), restera très populaire pendant celle-ci. Ici transparaît le profond attachement que portent les soviétiques au socialisme, leur confiance dans leurs chefs, leur farouche détermination à défendre énergiquement la propriété collective des moyens de production et le fruit de leur travail.

Comme nous l’avons déjà dit, les blindés très matures de l’Armée Rouge ont apporté une grande contribution à la résistance et à l’écrasement des armées d’invasion fascistes, car si l’aviation offre un précieux soutien ponctuel, ce sont les blindés qui permettent d’occuper durablement et de tenir une position sur un champ de bataille.

Avec son canon d’un diamètre inégalé de 122 mm (pour un char), sa mitrailleuse de 12,7 mm et son épais blindage, le JS-2 était très redouté des blindés comme de l’infanterie de la Wehrmacht.

A l’instar de celui du T-34, le blindage différencié du JS-2 était très intelligemment réparti, de manière à obtenir l’équivalent du Tigre pour le poids d’un Panther (46 tonnes). Produit à partir du mois de décembre 1943, il fût employé dès son entrée en service comme une unité de rupture dans les secteurs d’attaque au sein de régiments spécifiques comptant chacun 21 chars.

Quatre régiments de chars JS-2 participèrent à l’opération Bagration du début de l’été 1944, opération au cours de laquelle ils s’illustrèrent notamment par leurs très bonnes performances contre les Tigre I et II, étant capables de percer leur blindage frontal à une distance d’un kilomètre.

 

Ci-dessus, un des chars lourds JS-2 qui participa à la bataille de Berlin. En arrière-plan, le Reichstag. Tableau de V. Lobachev : « Tanks of the 7th Guard tank brigade in Berlin, 1945 ». 

Au cours de la guerre de Corée, l’URSS livra quelques dizaines de JS-2 à la Chine.

Après y avoir combattu les américains, certains de ces chars furent cédés au Vietminh qui combattait l’impérialisme français. Ce dernier mobilisa même un char Panther, mais l’affrontement avec les JS-2 indochinois n’eût jamais lieu : contrairement à ceux-ci, le Panther s’embourba dans la jungle… à l’instar de l’impérialisme français ! Il faut dire que les chars moyens et lourds soviétiques bénéficiaient de caractéristiques combinées leur conférant une mobilité inégalée : une motorisation puissante, une faible pression au sol et un rayon de braquage réduit.

Les chars soviétiques, à l’instar des chars allemands, disposaient d’un rayon de braquage réduit. Le T-34 avait en effet un rayon de braquage d’un peu plus de 7 mètres, contre 9 mètres pour le KV-1. Il était de 6 mètres pour le Panzer IV et de 10 mètres pour le Panther. A l’opposé, les chars américains avaient un rayon de braquage démesurément élevé : 13 mètres pour les chars légers Stuart M3/M5 et pas moins de 19 mètres pour le char moyen Sherman M4 !

Les chars moyens et lourds soviétiques exerçaient également des pressions au sol modérées, systématiquement les plus faibles de leur catégorie, avec respectivement 0,78 kg/cm² et 0,81 kg/cm² pour le T-34 (85) et le JS-2. A titre de comparaison, le modèle H du Panzer IV (pesant 26 tonnes) exerçaient une pression au sol de 0,92 kg/cm2, contre 0,88 kg/cm2 pour le Panther et 1,09 kg/cm2 pour le Tigre I. Les chars américains se montraient également inférieurs aux chars soviétiques sur ce point, avec des pressions au sol respectives de 0,88 kg/cm² et 0,96 kg/cm2 pour les Stuart M5 et Sherman M4.

Les chars soviétiques étaient en outre dotés de chenilles larges conçues pour affronter les pires terrains. De ce fait, leurs performances sur terrains difficiles (neige et boue) restèrent inégalées.

La conception très pointue des chars soviétiques reflétait alors l’approche dialectique qui avait guidé l’ensemble de leur processus de conception : chaque équipement de l’Armée Rouge était pensé en relation étroite et dans ses interactions constantes avec ses utilisateurs ainsi qu’avec son environnement, qu’il s’agisse de son environnement naturel ou de celui de la bataille…

 

Ci-dessus : Guerre de Corée ─ Offensive des communistes appuyée par des chars T-34/85.

                 

В бой за Родину (1939) Au combat pour la mère-patrie (1939)
Пролетают кони, да, шляхом каменистым,

В стремени привстал передовой,- И поэскадронно бойцы-кавалеристы, Подтянув поводья, вылетают в бой.

 

Припев :

 

В бой за Родину !

В бой за Сталина !

За него сумеем постоять ! Кони сытые 

Бьют копытами.

По руке нам шашки рукоять ! 

 

Всю страну прошли мы, да, в годы боевые,  Всю страну прошли во все концы. В сталинской дивизии кони золотые,  Шашки огневые, крепкие бойцы.

 

Припев.

 

Не разбил в боях нас, да, враг в былые годы, И дружны, как прежде, мы с клинком. Мчится кавалерия, и в бои-походы Танк несется вместе с боевым конем.

 

Припев.

 

Ордена недаром, да, нам страна вручила,  Помнит это каждый наш боец.

Мы готовы к бою, товарищ Ворошилов,  Мы готовы к бою, Сталин – наш отец !

 

Припев. (бис)

Passent les chevaux, oui, par le chemin pierreux,

Sur ses étriers s’est levée l’avant-garde,

Et formés en escadron les cavaliers-combattants, Resserrant les rênes, partent au combat.

 

Refrain :

 

Au combat pour la Patrie !

Au combat pour Staline !

Pour lui nous saurons résister ! Les chevaux rassasiés 

Piaffent d’impatience.

Par nos mains les sabres sont dégainés !

 

Nous avons parcouru tout le pays, oui, pendant les années de guerre,  Nous avons parcouru le pays en tous sens et aux quatre coins. Dans les divisions de Staline, sont les chevaux dorés, Les sabres de feu, les combattants vigoureux.

 

Refrain.

 

Il ne nous a pas battus dans les combats, non, l’ennemi dans les années passées, Et nous sommes unis comme autrefois, par l’épée. La cavalerie galope, et sur les chemins du combat Le tank et le cheval de guerre s’élancent ensemble.

 

Refrain.

 

Les décorations, non pas sans raison, oui, nous a remis le pays, Se rappelle chacun de nos combattants.

Nous sommes prêts au combat, camarade Vorochilov, Nous sommes prêts au combat, Staline, notre père !

 

Refrain. (bis)

Nous sommes en 1939 et ce chant symbolise l’unité nationale soviétique indestructible cimentée par deux décennies d’édification du socialisme.

« Que l’impérialisme mondial sache que nous sommes prêts à le recevoir », tel est en substance le message adressé par les ouvriers et les kolkhoziens soviétiques à ceux qui rêvent de les asservir et de les soumettre de nouveau au joug de l’esclavage salarié !

Ces derniers comprirent un peu tard qu’ « on ne saurait vaincre un peuple où la majorité des ouvriers et des paysans ont appris, vu et senti qu’ils défendent leur pouvoir à eux, le pouvoir soviétique, le pouvoir des travailleurs, qu’ils défendent une cause dont le triomphe est appelé à assurer à eux-mêmes et à leurs enfants la faculté de jouir de tous les bienfaits de la culture, de toutes les créations du travail des hommes », comme le soulignait déjà Lénine.

Ci-dessous : « Za rodinu !, Za Stalina ! » ─ « Pour la patrie !, Pour Staline ! » (Тоidze, 1941) C’est à ce cri que les soldats soviétiques avaient pour habitude de lancer leurs assauts contre l’envahisseur fasciste. C’est à ce cri qu’ils donnèrent leur vie pour la défense de leur patrie soviétique. Et les torrents de mensonges déversés par la bourgeoisie ne parviendront pas rayer ce fait de l’Histoire !

 

Священная война (1941) La Guerre sacrée (1941)
Вставай, страна огромная,

Вставай на смертный бой С фашистской силой тёмною, С проклятою ордой.

 

Припев :

 

Пусть ярость благородная Вскипает, как волна ! Идёт война народная, Священная война !

 

Дадим отпор душителям

Всех пламенных идей, Насильникам, грабителям, Мучителям людей !

 

Припев.

 

Не смеют крылья чёрные

Над Родиной летать, Поля её просторные Не смеет враг топтать !

 

Припев.

 

Гнилой фашистской нечисти

Загоним пулю в лоб, Отребью человечества Сколотим крепкий гроб !

 

Припев.

Lève-toi, pays immense,

Lève-toi, pour un combat à mort  Contre la sombre horde fasciste, Contre la horde maudite.

 

Refrain :

 

Que la noble fureur

Se déchaîne, comme une vague ! La guerre du peuple est en marche, La guerre sacrée !

 

Repoussons les oppresseurs

De toutes les idées ardentes,

Les violeurs, les pillards,

Les persécuteurs du peuple !

 

Refrain.

 

Que les ailes noires n’osent

Survoler notre mère-patrie,

Ses champs immenses,

Que l’ennemi n’ose les piétiner !

 

Refrain.

 

A la vermine fasciste putride

Nous tirerons une balle dans le front,

Aux bas-fonds de l’humanité

Nous clouerons un cercueil solide !

 

Refrain.

 

Cette chanson est sans aucun doute la plus connue de la période de la Grande Guerre patriotique qu’elle incarne.

Ecrite et composée au cours des premiers jours de l’invasion nazie, elle fût interprétée pour la première fois le 26 juin 1941 à la gare ferroviaire de Belorousskaïa (Moscou), afin d’encourager les soldats en partance pour le Front.

Nous sommes en 1941, et elle témoigne pourtant déjà de la certitude que, quelles que soient les difficultés qui se dresseront, l’Armée Rouge anéantira implacablement l’envahisseur fasciste.

Ci-contre : « Notre cause est juste, l’ennemi sera détruit ! » (1941)

 

Dotée d’une industrie relativement puissante, la Tchécoslovaquie apporta une contribution non négligeable à l’effort de guerre de l’impérialisme allemand. Ainsi, l’usine tchécoslovaque Skoda de Prague produisit plus de 1 400 Panzerkampfwagen 38(t) jusqu’en juin 1942. Ce char léger pesant 10 tonnes était armé d’un canon long de 37 mm. Les chars tchécoslovaques Panzerkampfwagen 38(t) furent utilisés pour l’invasion de la Pologne en septembre 1939, puis de l’Europe de l’Ouest au printemps 1940 (près de 230 exemplaires).

Dans sa guerre d’extermination contre l’URSS, l’impérialisme allemand mit évidemment à contribution les ressources et l’industrie des pays occupés.

Le 1er juillet 1941, près de 800 d’entre eux combattaient dans la Wehrmacht sur le Front de l’Est. La plupart des exemplaires produits jusqu’en juin 1942 furent dotés de plaques de blindage additionnelles et combattirent sur le Front de l’Est. Par la suite, l’industrie des pays occupés continua à fournir un important matériel de guerre à l’impérialisme allemand. Ainsi, ce sont près de 2 600 Jagdpanzer 38(t) qui furent produits à partir d’avril 1944 par les usines Skoda et CKD de Prague. Le Jagdpanzer 38(t) fut l’un des meilleurs chasseurs de chars moyens que la Wehrmacht déploya pendant la guerre : armé avec un canon PaK39 L/48 de 75 mm, il était doté d’un blindage frontal incliné de 60 mm et d’une silhouette aussi basse que compacte qui le rendaient difficile à détruire.

 

Ci-dessus : Un Jagdpanzer 38(t) du Groupe d’Armée Sud déployé en Hongrie le 20 août 1944.

Les réquisitions et les confiscations eurent également leur utilité. A partir de mai 1941 jusqu’en 1942, l’impérialisme allemand procéda ainsi à la conversion de plus de 520 châssis de tracteurs d’artillerie et de chars légers français (R-35, H-39) en chasseurs de chars, canons automoteurs et mortiers.

Ce sont ainsi un peu plus de 200 chasseurs de chars Marder I qui furent construits sur la base de la chenillette Lorraine 37L dont plus de 300 exemplaires avaient été saisis par la Wehrmacht après que l’impérialisme français ait fait « le choix de la défaite ».41 Armé d’un canon de 75 mm, la production de ce chasseur de chars débuta en mai 1942.

 

Ci-dessus : « Mort aux envahisseurs fascistes allemands ! » (Avvakumov, 1944)

 

Марш защитников Москвы (1942) Marche des défenseurs de Moscou (1942)
В атаку стальными рядами Мы поступью твердой идем.

Родная столица за нами,

Рубеж наш назначен Вождем.*

 

Припев :

 

Мы не дрогнем в бою за столицу свою, Нам родная Москва дорога.

 

Нерушимой стеной, обороной стальной

Разгромим, уничтожим врага! (бис)

 

На марше равняются взводы

Гудит под ногами земля, За нами – родные заводы И красные звезды Кремля.

 

Припев.

 

Для счастья своими руками Мы строили город родной.

За каждый расколотый камень

Отплатим мы страшной ценой.

 

Припев.

 

Не смять богатырскую силу, Могуч наш заслон огневой. Загоним фашистов в могилу

В туманных полях под Москвой.

 

Припев.  (бис)

A l’attaque en rangées d’acier Nous marchons d’un pas ferme.

Notre bien-aimée capitale est derrière nous, La frontière a été fixée par notre chef.

 

Refrain :

 

Nous ne faibliront pas dans le combat pour la capitale,  Pour Moscou notre chère patrie.

 

Mur indestructible, rempart d’acier

Nous abattrons et détruirons l’ennemi ! (bis)

 

Les pelotons marchent à l’unisson

Le sol tremble sous nos pas,

Derrière nous sont nos chères usines Et l’étoile rouge du Kremlin.

 

Refrain.

 

Pour le bonheur, de nos propres mains

Nous avons bâti notre chère cité,

Et pour tous les pavés brisés

Nous leur ferons payer le prix fort.

 

Refrain.

 

Rien ne peut écraser cette puissante force, Notre puissante barrière de feu.

Nous creuserons la tombe des fascistes Dans les plaines brumeuses de Moscou.

 

Refrain. (bis)

La chanson ci-dessus fait évidemment référence à la Bataille décisive de Moscou. La contre-offensive soviétique victorieuse lancée le 5 décembre 1941, c’est-à-dire à la veille de l’attaque japonaise de Pearl Harbor, témoigna de l’échec complet de la stratégie fasciste du « Blitzkrieg » qui prétendait en finir avec l’URSS en quelques semaines.

Le transfert de troupes fraîches arrivant depuis l’Extrême-Orient soviétique joua un grand rôle dans cette première contre-offensive soviétique victorieuse, alors que l’Armée Rouge faisait encore face à l’inévitable pénurie de blindés induite par la restructuration du complexe militaro-industriel soviétique.

Notons au passage que le transfert des troupes en provenance de l’Extrême-Orient soviétique fût décidé à la suite des renseignements fournis par le brillant espion soviétique Richard Sorge. Membre du KPD depuis 1920, il intégra le département international de liaison du Komintern en 1924 qui travaillait en lien avec la Guépéou. A partir de 1933, il fera la navette entre Berlin et Tokyo et s’y construira un réseau d’agents et d’informateurs. En août 1941, il informa Moscou que le Japon préparait son entrée en guerre contre l’impérialisme américain et n’attaquerait donc pas l’URSS à court terme. Découvert et arrêté à l’automne 1941 à Tokyo, il fût exécuté par pendaison trois ans plus tard.

Au cours des premiers mois de l’opération Barbarossa, la Wehrmacht perdit davantage d’hommes qu’au cours de toutes ses campagnes précédentes. Elle avait également perdu la moitié des blindés et des avions initialement engagés. Au sein de l’Etat-major allemand, la perspective tant redoutée d’une longue guerre d’usure était désormais certaine…

 

Ci-dessus : « Nous défendrons Moscou ! » (Zhukov – Klimashin, 1941)

Ce fût une bien mauvaise surprise pour ceux qui avaient cru que la propagande trotskiste anti-communiste ─ en vogue dans les pays bourgeois « démocratiques » comme fascistes tout au long des années 1930 ─, avait quelque fondement autre que l’amertume et le désir de vengeance des éléments liquidateurs hostiles au socialisme. A la veille de la guerre, ceux-ci décrivaient alors l’URSS comme étant dirigée par un gouvernement de bureaucrates constitués en classe exploiteuse et opprimant soi-disant sa population, laquelle profiterait de la moindre occasion pour le jeter bas…

L’occasion tant attendue par les trotskistes se présenta donc au début de l’été 1941, mais n’aboutit pas au résultat escompté : déterminé à défendre ses acquis au prix de la vie de ses meilleurs fils et filles, le peuple soviétique tout entier se groupa autour de son leader bien-aimé et du Parti communiste dans la lutte à mort contre l’impérialisme allemand. C’est ainsi que ceux qui avaient vomi leurs mensonges sur l’URSS se trouvèrent soudainement pris à leur propre piège.

Très vite, les impérialistes ─ « amis », comme ennemis ─, comprirent que le gouvernement soviétique était un gouvernement fort, car soutenu par son peuple. Après avoir visité Moscou au cours de l’hiver 1941-1942, William Batt, alors viceprésident du Conseil de production militaire des Etats-Unis, déclara à son retour :

« Je suis parti pour la Russie avec un sentiment d’incrédulité quant à sa capacité de résister à une guerre d’envergure. J’ai été rapidement persuadé que toute la population, jusqu’à la dernière femme et au dernier enfant, prenaient part dans la guerre. Je doutais de la technicité des Russes, et j’ai découvert qu’ils étaient maîtres dans la direction des usines et persistants dans la production des machines de guerre. Je suis reparti gêné des renseignements répandus ici, insinuant qu’il y aurait des dissensions dans le gouvernement russe, alors que j’ai trouvé un gouvernement fort, compétent et soutenu par un énorme enthousiasme général. Bref, je suis parti en Russie en me demandant si elle est un allié digne de confiance. Ma réponse est : oui ».

Ce n’est qu’après avoir jugé de la solidité de l’URSS que l’impérialisme américain se décida à la faire bénéficier véritablement de la loi prêt-bail.

Au regard de sa contribution décisive à l’écrasement militaire de l’impérialisme allemand, l’URSS ne représenta qu’une partie infime de cette aide, seulement le cinquième du montant total des 50 milliards de $ US de fournitures délivrées par l’impérialisme US à ses alliés au titre de la loi prêt-bail. Cette fourniture ne représenta ainsi que le vingtième de l’effort de guerre soviétique.

A titre de comparaison, l’impérialisme britannique représenta les trois cinquièmes du montant total des fournitures livrées au titre de la loi prêt-bail (qui compta pour un quart de ses dépenses militaires) et la Chine un dixième (soit la moitié du montant délivré à l’URSS). Notons au passage que même si l’aide américaine ─ essentiellement logistique ─, fournie au titre de la loi prêt-bail permit de soulager une petite partie des difficultés que l’impérialisme américain avait lui-même grandement contribué à créer,42 même dans ce domaine, l’URSS ne se reposa pourtant jamais sur ce facteur extérieur.

Ainsi, les USA fournirent à l’URSS un peu moins de 376 000 camions pendant la guerre, mais à eux seuls, les camions de ravitaillement soviétiques GAZ-AA et ZIS-5 furent construits à 2 millions d’exemplaires. Robustes et fiables, ils avaient en outre comme autre avantage majeur d’être beaucoup plus économes en carburant que leurs homologues américains.

Du côté des ennemis, on comprit encore plus rapidement que l’opération Barbarossa ne serait pas la « promenade de santé » tant vantée et espérée.

Dès le 16 juillet 1941, soit moins d’un mois après la début de l’offensive de la Wehrmacht, le général Doyen ─ délégué de Vichy à la commission d’armistice ─, annonçait ainsi à Pétain qu’en dépit de son apparent succès, le Blitzkrieg était en réalité mort, sinon au moins gravement menacé par une Armée Rouge redoutable combinée à une résistance populaire des plus déterminées :

« Si le IIIe Reich remporte en Russie des succès stratégiques certains, le tour pris par les opérations ne répond pas néanmoins à l’idée que s’étaient faite ses dirigeants. Ceux-ci n’avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l’envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de communications. (…) Sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flammes ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations ».43

 

Ci-dessus : « Partisans, combattez l’ennemi sans merci ! » (Koretski, 1941)

Si la témérité à toute épreuve combinée à un prodigieux esprit de sacrifice dont témoignèrent les masses populaires soviétiques fût une (bien mauvaise) surprise pour les impérialistes, ce ne pouvait en être une pour les communistes qui avaient compris les liens étoits ─ organiques ─, unissant le peuple soviétique à ses dirigeants.

En 1935, dans le génial ouvrage qu’il écrivit à la veille de sa mort, le camarade Henry Barbusse insistait sur le fait que « partout, en dehors du continent soviétique, les gouvernements sont les ennemis des peuples ».

Après avoir démontré le profond attachement populaire des masses travailleuses soviétiques pour leur gouvernement, il en tirait la conclusion que :

« Si la guerre se déclare, une des grandes causes de confiance du peuple soviétique, ce sera : Staline. Vorochilov, Commissaire à la Défense, est prodigieusement aimé, mais le Chef, c’est, et ce sera Staline. Il réunira dans ses mains la direction politique et militaire, ou, plutôt, il continuera à le faire dans le déchaînement des choses, et cela est considéré par tout le monde, en U.R.S.S., comme « une assurance de victoire ». »

Surtout, il n’oubliait pas d’opposer le lumineux tableau soviétique à celui, ténébreux, des pays bourgeois :

« Tous les peuples, parqués dans les pays, prisonniers dans les camps de concentration tracés par les frontières, se valent, et ils valent le peuple soviétique. Ils sont tous grands, tous respectables. La masse vivante est sacrée. La haine qu’on a pour les gouvernants capitalistes, qui, de loin, sont des fous, et, de près, des malfaiteurs, fait partie de ce respect pour les peuples : le grand peuple allemand, le grand peuple italien, le grand peuple anglais — et tous les autres, (disons mieux : l’unique peuple tout entier). Les gouvernements qui partout, abusent du pouvoir qu’ils ne posséderaient plus si tout était sincèrement remis en question, pratiquent à l’intérieur, tantôt des procédés de tortionnaires, tantôt des procédés de rebouteux et d’hypnotiseurs, pour persuader aux pauvres qu’ils vont guérir. Et ils pratiquent vis-àvis l’un de l’autre une casuistique et un maquignonnage d’une complexité burlesque — car on ne peut faire à ciel ouvert une politique où l’accroissement de l’un dépend outrageusement de la diminution des autres ».44

 

Марш артиллеристов (1943) Marche de l’artillerie (1943)
Горит в сердцах у нас любовь к земле родимой,   Мы в смертный бой идем за честь родной страны.   Пылают города, охваченные дымом,                 Гремит в седых лесах суровый бог войны.

 

Припев:

 

Артиллеристы, Сталин дал приказ !*             Артиллеристы, зовет Отчизна нас !             

Из многих тысяч батарей                        За слезы наших матерей,                        За нашу Родину – огонь ! Огонь !                

 

Узнай, родная мать, узнай жена-подруга,

Узнай, далекий дом и вся моя семья,

Что бьет и жжет врага стальная наша вьюга,        Что волю мы несем в родимые края !

 

Припев.

 

Пробьет победы час, придет конец походам.

Но прежде чем уйти к домам своим родным,       В честь нашего Вождя, в честь нашего народа   Мы радостный салют в победный час дадим !

 

Припев. (бис)

Nos cœurs brûlent de l’amour que nous portons à notre terre natale, Nous mènerons un combat à mort pour l’honneur de notre cher pays.

Les villes enflammées sont couvertes de fumée,

Et le fracas des dieux de la guerre tonne dans l’épaisse forêt.

 

Refrain :

 

Artilleurs, Staline a donné l’ordre !

Artilleurs, la mère-patrie nous appelle ! Des milliers de batteries 

Pour les larmes versées par nos mères, Pour notre mère-patrie [font] feu ! Feu !

 

Nous savons, chères mères, femmes et petites amies,

Nous savons que nous sommes loin de nos foyers et de nos familles, Que l’ennemi soit battu et brûlé par notre tempête d’acier, Que nous reconquérions notre frontière chérie !

 

Refrain.

 

Une fois la victoire remportée, viendra la fin des campagnes,

Mais avant de retrouver la maison de nos proches,

Pour l’honneur de notre chef et pour celui de notre peuple Nous le saluons joyeusement et nous lui donnerons la victoire !

 

Refrain. (bis)

Cette marche fût entre autre interprétée dans le film soviétique Six O’Clock in the Evening after the War (1944).45 Souvent injustement éclipsée et reléguée au second plan par les blindés et l’aviation, au moins en termes de « prestige », l’artillerie n’en joua pas moins un grand rôle tout au long de la guerre au sein de l’Armée Rouge. Celle-ci employa en effet cette arme dans de très grandes concentrations telles que les troupes ennemies étaient déjà durement éprouvées avant même d’avoir pu engager le combat. L’Armée Rouge disposait d’un large panel de canons de différents calibres et dont les caractéristiques talonnaient ou dépassaient souvent celles des meilleurs canons en service dans la Wehrmacht, qu’il s’agisse de canons divisionnaires, de canons anti-chars ou de canons anti-aériens.

Au cours de la guerre, que ce soit chez ses ennemis déclarés ou chez ses alliés de circonstance, la maturité de l’artillerie soviétique était largement reconnue. La Wehrmacht utilisa ainsi systématiquement les canons soviétiques qu’elle pût capturer, et son canon anti-char PaK 40/L46 de 75 mm qui entra en service au début l’année 1942… fût conçu à partir des canons soviétiques de 76 mm qu’elle avait capturés ! De même, les britanniques impressionnés par les performances de l’excellent canon anti-char ZIS-2 de 57 mm, long de 73 calibres, qui était alors le plus puissant de sa catégorie, en commandèrent pour leur propre armée. Léger, mobile et facilement camouflable du fait de son calibre modéré, il n’en était pas moins capable de perforer jusqu’à 90 mm de blindage à une distance d’un kilomètre – contre moins de 55 mm pour un canon anti-char de 45 mm ─, grâce à la plus grande masse de son obus combinée à une vitesse initiale de 1 000 m/s. Sa conception débuta en 1940, après que les soviétiques s’aperçurent que leurs propres canons anti-chars de 45 mm étaient incapables de perforer le blindage de leurs nouveaux chars lourds KV. L’Etat-major soviétique estimait en effet que l’emploi de ces chars en Finlande n’avait pas pu échapper au Haut-commandement allemand et s’attendait alors à ce que les allemands conçoivent rapidement leurs propres chars lourds. Le ZIS-2 fût ainsi mis en service à partir de mars 1941, mais ne fût cependant largement utilisé qu’à partir du moment où apparurent en masse les chars allemands plus lourdement blindés que le Panzer IV, tels les Panther et Tigre, qui rendaient insuffisantes les performances du canon soviétique anti-char de 45 mm. Le ZIS-2 fût produit à un peu plus de 10 000 exemplaires jusqu’en 1945.

La capacité d’une munition à percer un blindage dépend d’un facteur essentiel : l’énergie cinétique avec laquelle son ogive l’atteint.

Celle-ci varie selon la relation Ec = 1/2 mv2. Cette quantité d’énergie est donc proportionnelle à la masse de l’ogive ainsi qu’au carré de sa vitesse. La masse et la vitesse constituent donc les deux variables. La munition d’un canon de 37 mm pesait 0,7 kg, contre 6,2 kg pour celle d’un canon de 76 mm et 25,0 kg pour celle d’un canon de 122 mm de diamètre. La masse de l’ogive variait dans des proportions voisines. A une vitesse constante de 800 m/s, l’ogive d’un obus de 37 mm possédait ainsi une énergie cinétique neuf fois plus faible que celle d’une ogive de 76 mm, laquelle possédait elle-même une énergie cinétique quatre fois plus faible qu’une ogive de 122 mm ! La vitesse initiale était également un paramètre clef, quoiqu’un peu plus secondaire. En effet, avec un diamètre constant de 76 mm, la quantité d’énergie cinétique d’une ogive lancée à des vitesses de 600 m/s et 800 m/s représente respectivement seulement 36 % et 64 % de l’énergie cinétique de la même ogive lancée à 1 000 m/s. Pour des vitesses de 600 à 1 000 m/s, elle varie donc d’un facteur (plus réduit) de 1 à 3.

Contrairement à la Wehrmacht, les soviétiques privilégièrent davantage l’augmentation du diamètre que celle de la vitesse initiale. Ils ne recherchèrent jamais la vitesse initiale « à tout prix ». Les test menés en octobre 1940 sur les prototypes du nouveau canon anti-char de 57 mm ─ qui incluaient un canon long de 86 calibres doté d’une vitesse initiale de 1 150 m/s ─, avaient en effet révélé une usure rapide du canon dont la durée de vie se trouvait alors réduite à une cinquantaine de coups. Le choix ne fût pas aussi net pour l’impérialisme allemand, continuellement poussé dans ses derniers retranchements par la puissance et la maturité des équipements soviétiques. Produit à plus de 23 000 exemplaires au cours de la période 1942-1945, le célèbre canon anti-char allemand Pak 40/L46 de 75 mm possédait une vitesse initiale de 792 m/s. Le canon Pak 43/L71 de 88 mm qui équipait les chars Tigre ainsi que le canon de 75 mm du Panther (également long de 71 calibres), possédaient pour leur part des vélocités plus élevées respectives de 940 et 1 000 m/s.

De plus, opter pour un canon de plus fort diamètre n’avait pas pour seul résultat d’accroître fortement la probabilité de percer un blindage plutôt que de ricocher dessus : il augmentait également considérablement son pouvoir anti-personnel, c’est-à-dire son efficacité contre l’infanterie, celle-ci étant directement proportionnelle à la masse de l’ogive. La plupart des canons soviétiques qui furent employés au cours de la guerre possédaient des vélocités voisines de 800 m/s qui semblaient être un bon compromis entre puissance et endurance.

 

Ci-dessus : Obusier soviétique de 203 mm (modèle 1931). Conçu à partir de 1926, il fût produit en série à partir de 1932 à 850 exemplaires  (dont 85 % au cours de la seule période 19391941). D’un poids de 100 kg, son obus possédait une vitesse initiale de 607 m/s pour une portée maximale de 18 km. Surnommé « le marteau de Staline » par les nazis, il fût surtout utilisé pour briser les plus lourdes fortifications ennemies du fait de sa faible cadence de tir (jusqu’à 1 toutes les 2 minutes). Il fût notamment utilisé dans les rues de Berlin pour détruire les bunkers de la Wehrmacht.

Le canon ZIS-53 de 85 mm de diamètre qui équipa les T-34 (85) construits à partir de février 1944 possédait ainsi une vélocité de 792 m/s. De même, le canon de 122 mm A-19/1937 long de 46 calibres possédait une vélocité de 800 m/s. Le canon de 100 mm qui équipait le chasseur de chars soviétiques SU-100 (produit en série à partir de septembre 1944), possédait pour sa part une vélocité un peu plus élevée de 895 m/s.

Comme preuve que la masse de l’obus était un facteur prépondérant face à celui de la vitesse initiale, il suffira de souligner que le canon de 122 mm du JS-2 doté d’une vitesse initiale de 800 m/s conférait à son ogive une énergie cinétique près de 78 % plus élevée que celle tirée par le canon de 88 mm des chars Tigre pourtant doté d’une vélocité de 1 000 m/s.

Pour conclure, ces excellentes performances des canons et de l’artillerie soviétiques doivent être mise en regard de ce qu’elles étaient dans un passé récent. Rappelons que la jeune URSS n’avait hérité de la Russie tsariste qu’une artillerie réduite et périmée.

A la fin des années 1920, l’Armée Rouge disposait d’à peine 7 000 canons qui étaient en outre en majorité des pièces de petits calibres. En 1934, elle en comptait désormais 17 000 et 56 000 en 1939.

Avec la guerre qui s’approchait, la production explosa : plus de 12 000 pièces d’artillerie en 1938 et 40 000 en 1940 ! A lui seul, l’excellent ZiS-3 (modèle 1942) de 76 mm, dont la conception débuta en 1940, fût produit à près de 50 000 exemplaires entre la fin de l’année 1941 et la fin de la guerre. De même, l’obusier de 122 mm (modèle 1938), dont la production débuta en 1940, fût produit à plus de 17 000 exemplaires jusqu’à 1945. Au cours de l’opération Bagration lancée au début de l’été 1944, l’Armée Rouge engagea environ 24 000 pièces d’artillerie. Dans le même temps, elle engagea un peu plus de 4 000 blindés et 6 000 avions.

 

Песня о Сталинграде (1943) Chanson sur Stalingrad (1943)
Ой ты, Волга, широкая Волга, Кто не любит твоих берегов ?

Ты, как море, полна,

Широка и сильна,

И грозна ты для наших врагов.

*** Над великою русской рекою Неприступный стоит часовой.

 

Это город-солдат,

Это город-герой,

Это наш Сталинград боевой ! (бис)

***

Держит город ключи золотые

От заветных путей и дорог,

И в решительный час

Воевал он не раз

И врага не пускал на порог.

***

Рвались к Волге фашистские орды,

Край родной был пожаром объят,

 

Но у волжских дверей,

Отбивая зверей,

Грозно встал богатырь Сталинград. (бис)

***

От рожденья земля не видала Ни осады, ни битвы такой.

Содрогалась земля,

И краснели поля,

Все пылало над Волгой-рекой.

***

День за днем сталинградцы сражались В небывалом кровавом бою.

В эти грозные дни

Отстояли они

И Отчизну, и Волгу свою.

***

И, собрав богатырские силы

И расправивши грудь во всю ширь,

Всех несметных врагов

У родных берегов

Разгромил Сталинград-богатырь.

***

Слава городу – дважды герою,

Слава матери всех русский рек,

 

Слава всем храбрецам – Сталинградским бойцам,

Слава Сталину, слава вовек !* (бис)

Ô toi, Volga, large Volga, Qui n’aime pas tes rives ?

Tu es, comme la mer, pleine,

Large et puissante,

Et terrible tu es pour nos ennemis.

***

Sur le grand fleuve russe

Se tient un gardien inapprochable.

 

C’est une ville soldat,

C’est une ville héroïne,

C’est notre stalingrad combattante ! (bis)

***

La ville tient les clés d’or

De nos chers chemins et routes,

Et à l’heure décisive

Elle s’est battue plus d’une fois

Et ne laissa pas l’ennemi passer son seuil.

***

Les hordes fascistes ont déferlé vers la Volga,

La terre natale était submergée par le feu,

 

Mais aux portes de la Volga,

Se battant contre ces animaux sauvages,

Terrible s’est dressé le chevalier Stalingrad. (bis)

***

Depuis sa naissance la Terre n’a vu  Ni de siège, ni de pareille bataille.

La terre s’ébranla,

Et les champs rougirent,

Tout brûlait au dessus du fleuve Volga.

***

Jour après jour les stalingradois se sont battus Dans une bataille sanglante sans précédent.

Et pendant ces jours terribles

Ils ont défendus

Et la patrie et leur Volga.

***

Et en rassemblant ses forces chevalresques,

Et en bombant son torse sur toute sa largeur,

Stalingrad le chevalier a vaincu

Tous les ennemis étrangers Sur les rives natales

***

Gloire à la ville deux fois heroïne,

Gloire à la mère de tous les fleuves russes,

 

Gloire à tous les courageux ─  Les combattants de Stalingrad !

Gloire à Staline, gloire à jamais ! (bis)

Cette chanson est donnée ici dans une interprétation postérieure à la contrerévolution bourgeoise-révisionniste, dont le dernier vers a été expurgé, aucune version antérieure n’ayant pu être trouvée.

Il est bien connu que la bataille de Stalingrad fût l’un des tournants majeurs de la Seconde Guerre mondiale, parce que la Wehrmacht et le régime nazi y reçurent un coup matériel et moral mortel.

La Wehrmacht qui prévoyait initialement d’y anéantir les soviétiques en une dizaine de jours,… s’y trouvait toujours enlisée six mois après, et dans une situation désespérée, l’Armée Rouge étant alors parvenue à réaliser et à tenir l’encerclement des troupes nazies qui avaient profondément pénétré dans la ville. Dès ce moment, le monde entier comprit ce que les généraux sensés de l’Etat-major nazi redoutaient depuis la contre-offensive soviétique victorieuse de Moscou, à savoir le fait que la Wehrmacht n’arriverait pas à vaincre une Armée Rouge qui était en train de prendre l’ascendant sur elle…

Proclamée ville-héros, à l’instar de onze autres grandes villes soviétiques, Stalingrad fût réduite à l’état de ruines au cours de cette bataille.

 

Ci-dessus : Stalingrad ravagée vue du ciel en septembre 1942 depuis un bombardier de la Luftwaffe…

Des ruines qui devinrent par la suite le tombeau des envahisseurs fascistes qui avaient osé y pénétrer !

A l’automne 1942, le Haut Commandement de la Wehrmacht jugeait que les soviétiques étaient « sérieusement affaiblis ». L’ordre des opérations du 14 octobre estimait ainsi qu’ils ne pourraient pas, au cours de l’hiver 1942-1943, « disposer des forces aussi grandes que celles dont ils disposaient au cours de l’hiver passé ».

En guise de cinglant démenti, le mois suivant, l’Armée Rouge lançait une vaste offensive qui prit en tenaille les troupes nazies occupant Stalingrad…

L’encerclement de l’occupant fût réalisé en cinq jours et ne parvînt pas à être brisé.

 

Ci-dessus : Après la victoire soviétique de février 1943, une vue d’un cimetière de blindés nazis dans les faubourgs de Stalingrad…

Le général Yodel, chef d’état-major de la Wehrmarcht, reconnaîtra plus tard que « nous n’avions absolument aucune idée de la force des Russes dans cette région. Antérieurement il n’y avait rien ici et, soudain, fut lancée une attaque d’une grande puissance, qui eut une importance décisive ».

Le 2 février 1943, les 90 000 soldats allemands survivants se sont rendus, avec à leur tête 2 500 officiers dont 24 généraux et le Feldmarschall Friedrich Paulus. Dans la ville en ruines, les soviétiques retrouveront les cadavres de 150 000 autres soldats allemands…

Si la ville de Léningrad ne fût pas à ce point matériellement détruite que celle de Stalingrad au cours des 900 jours que dura son siège, sa résistance n’en fût pour autant pas moins héroïque.

Le renforcement de la défense de Léningrad débuta en 1939 avec la Guerre d’Hiver soviéto-finlandaise. Selon l’historiographie bourgeoise, cette guerre constitue ─ avec l’occupation d’une partie de la Pologne par l’URSS en 1939 ─, la preuve des « ambitions expansionnistes » de Staline et même de sa soi-disant « collusion avec

Hitler » !

Mais la vérité historique est toute autre. Voyant que les gouvernements bourgeois anglo-français étaient des planches pourries qui avaient sacrifié tour à tour, la Tchécoslovaquie, l’Autriche et la Pologne, encourageant ainsi l’impérialisme allemand à chercher vers l’Est soviétique son « espace vital » colonial, il ne restait plus à l’URSS qu’à se préparer contre une guerre qu’elle savait inévitable. Léningrad se trouvait géographiquement particulièrement vulnérable au regard de l’histoire récente de la Finlande qui avait vu la répression fasciste féroce du mouvement communiste deux décennies auparavant. Celle-ci laissait augurer que la bourgeoisie finlandaise avait toutes les chances de prendre part à la grande croisade nazie à venir contre le bolchévisme. Et même si ce n’était pas le cas, la flotte de guerre allemande serait en mesure de menacer la ville via le Golfe de Finlande.

En octobre 1939, le gouvernement soviétique demanda ainsi à la Finlande de lui louer la péninsule de Hanko afin d’y établir une base navale protégeant l’entrée du Golfe de Finlande, de lui céder quatre petites îles situées entre Hanko et Léningrad ainsi que le territoire de l’isthme de Carélie au nord de Léningrad — un territoire de quelques dizaines de kilomètres de profondeur et large de 45 à 110 km formant une bande de terre bordée à l’est par le lac Ladoga et à l’ouest par le Golfe de Finlande —, afin de mettre à profit le répit fourni par le pacte de non-agression germanosoviétique pour renforcer la défense autour de Léningrad, alors deuxième ville et important centre industriel de l’URSS. Léningrad était située dangereusement près de deux voies d’agression possibles : elle était bordée à l’ouest par le Golfe de Finlande et ne se trouvait au nord qu’à une trentaine de kilomètres de la frontière finlandaise. Ainsi, l’Armée Rouge serait en mesure de constituer plusieurs lignes de défense terrestres et maritimes (pour sa flotte de guerre) autour de Léningrad.

En échange, l’URSS proposa à la Finlande de lui céder une grande partie de la

Carélie soviétique, un territoire deux fois plus vaste que celui demandé par l’URSS. Il n’y avait donc là aucune volonté expansionniste de la part du gouvernement soviétique, dont le seul souci était de protéger efficacement la ville de Léningrad d’une agression nazie ou germano-finlandaise. En septembre 1963, le président finlandais Urho Kekkonen ─ qu’on ne saurait accuser d’être favorable au communisme au regard de ses débuts en politique et du fait qu’il se prononça à l’époque contre cet échange ─, reconnut d’ailleurs que « … plus de 20 ans après, si nous nous mettons dans la position de l’Union soviétique, puis en considérant l’attaque allemande en 1941, alors les considérations qu’avaient, et que se devaient d’avoir les Soviétiques quant à leur sécurité à la fin des années 1930, deviennent compréhensibles ».

Face à un refus du gouvernement bourgeois finlandais qui ne cachait pas ses sympathies pour Hitler et qui exposait dangereusement la ville de Léningrad, le gouvernement soviétique fut contraint d’employer la force. Ce fut le début de la Guerre d’Hiver (30 novembre 1939 – 13 mars 1940), guerre dont les gouvernements bourgeois « démocratiques » prirent prétexte pour exclure l’URSS de la SDN, le 14 décembre 1939. Au début de l’année 1940, la Guerre d’Hiver faillit prendre la tournure d’une croisade internationale contre l’URSS. Notons au passage que le « socialiste » Léon Blum, alors chef de la SFIO, prit une part active à cette campagne internationale rageuse contre l’URSS… Malgré une résistance finlandaise acharnée, l’Armée Rouge parvint à briser les fortifications finlandaises et ainsi à « forcer la main » au gouvernement réactionnaire de Finlande…

Un an et demi plus tard, la bourgeoisie finlandaise essaierait de prendre sa revanche. Au mois de mai 1941, une délégation militaire finlandaise fut reçue à Berlin et mise au courant du plan d’invasion échafaudé par l’Allemagne. Alors que le 22 juin 1941, la Finlande proclamait encore sa neutralité, Hitler annonçait dans un discours radiophonique son alliance militaire avec la Finlande… La Finlande déclara finalement la guerre à l’URSS de 25 juin et les troupes de Mannerheim, fortes de 500 000 hommes, passèrent la frontière le 10 juillet.

Le siège de Léningrad est le plus long de l’histoire moderne. Mis en place par les armées allemandes et finlandaises, il dura 900 jours, du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944. Le siège débuta par le nord, du côté finlandais, et fût renforcé quelques semaines plus tard par l’arrivée de la Wehrmacht par le sud. Au début de l’automne 1941, Léningrad était victime d’un blocus total dont témoigne la carte ciaprès.46

Le 21 septembre 1941, le Rapport sur le blocus de Leningrad élaboré par le Quartier Général de la Wehrmacht annonçait :

« … d’abord, nous bloquons Léningrad et nous détruisons la ville par notre artillerie et notre aviation… Au printemps, nous pénètrerons dans la ville… nous déporterons tout ce qui en reste de vivant dans le fond de la Russie ou nous en ferons des prisonniers, nous raserons la ville et nous donnerons à la Finlande la zone allant vers le nord de la Néva ».

 

Le lendemain, une directive de l’État-major de la Wehrmacht précisait :

« Le Führer a décidé de réduire à néant la ville de Pétersbourg. Après la défaite de la Russie soviétique, il n’y a plus aucun intérêt en l’existence de cette grande localité ».

Mais c’était oublier que l’Armée Rouge n’était pas battue. C’était également oublier que la population soviétique, même assiégée dans Léningrad, affamée et pilonnée par les canons et les bombes des armées de l’Axe, était déterminée à résister.

Dans les conditions d’un blocus total tout au long de l’automne de l’année 1941, Léningrad étant alors encerclée et complètement coupée du reste de l’URSS, de nombreuses entreprises industrielles continuèrent pourtant à fonctionner, bien que de manière ralentie, fournissant un important matériel militaire aux combattants soviétiques qui résistaient à la pression des assiégeants.

Une fois l’hiver venu, le Haut commandement soviétique décida d’utiliser la surface gelée du Lac Ladoga qui bordait la partie Est de la ville pour rompre le blocus total dont était victime Léningrad.

La surface gelée du lac fut ainsi d’abord traversée par des traîneaux, puis par des camions quand l’épaisseur de la glace devint suffisante.

L’artillerie anti-aérienne et l’aviation soviétiques parvinrent à protéger les abords de cette « Route de la vie » tracée sur la surface gelée du lac pendant tout l’hiver 19411942.

 

Ci-dessus : Au début du mois d’avril 1942, la « Route de la vie » continue de fonctionner, alors même que l’arrivée du printemps commence à faire fondre la surface gelée du lac ! Tandis que la couche de glace va en s’amincissant, les camions soviétiques rouleront bientôt dans quarante centimètres d’eau…

La route fonctionna pendant 152 jours le premier hiver durant lequel elle permit l’acheminement de plus de 360 000 tonnes de ravitaillement à la ville assiégée, ainsi que l’évacuation des femmes, des enfants, des malades et des blessés qui fut entreprise à partir de novembre 1941. Ainsi, durant l’hiver 1941-1942, plus de 500 000 civils, 35 000 soldats blessés sans oublier l’équipement industriel de 86 usines furent évacués de la ville assiégée par cette route.

Au printemps de 1942, 300 000 volontaires civils furent mobilisés sur l’initiative du Conseil de la ville pour nettoyer les rues des décombres, des ordures et des cadavres qui s’y étaient amoncelés.

En juin 1942, Léningrad reçut les premières tonnes de pétrole acheminées par un oléoduc long de 21 km posé au fond du lac, tandis qu’à partir de septembre, elle reçut de l’électricité acheminée par un câble sous marin et produite par la centrale hydroélectrique de Volkhov distante de plus de 100 km. Dès lors, la situation des populations civiles comme des combattants soviétiques s’améliora. Pendant l’hiver suivant (1942-1943), la « Route de la vie » recommença à fonctionner : d’abord traversée par les attelages à chevaux dès le 20 décembre, les camions leur succédèrent dès le 24 décembre, alors même qu’on commençait la construction d’une voie ferrée sur la glace ! Ce second hiver différa fortement du précédent : la ville recevant pétrole et électricité, les entreprises d’armement fonctionnaient désormais à plein régime. Les tramways, les écoles, les théâtres et les bains publics fonctionnaient à nouveau.

Le blocus terrestre de Léningrad fut percé en janvier 1943 et dès le printemps, alors que les bombardements ennemis continuaient, fut adopté un décret décidant de la reconstruction des entreprises détruites ou endommagées. A la fin de l’année 1943, 85 grandes usines et fabriques avaient été remises en état de marche (contre 212 à l’été 1944). Notons au passage que l’œuvre de reconstruction commença en fait dès le début de la reconquête des territoires gémissant hier encore sous le joug hitlérien. En 1945, la production sidérurgique soviétique se monte ainsi à 12,3 millions de tonnes et représente 67,2 % de son niveau de 1940 ─ année au cours de laquelle il fût produit 18,3 millions de tonnes d’acier. Rappelons qu’en 1942, année au cours de laquelle elle avait touché son point le plus bas, elle s’était montée à 8,0 millions de tonnes, soit seulement 43,7 % de son niveau d’avant-guerre, mais tout de même le double de son niveau de 1913.

Le siège de la ville de Léningrad ne fut définitivement levé et la ville libérée de la menace des bombardements aériens et de l’artillerie à longue portée que le 27 janvier 1944, quand une grande offensive de l’Armée Rouge rejeta loin en arrière les armées de l’Axe. En mars 1944, la ligne du front Sud avait été repoussée à 250 km de Léningrad et le 19 septembre 1944, devant l’avancée de l’Armée Rouge, la Finlande signa l’armistice avec l’URSS.

Au moment de la levée du siège, Léningrad ne comptait plus que 560 000 habitants, contre 2,5 millions au moment de l’agression nazie. Plus de 100 000 bombes incendiaires et de démolition furent larguées sur la ville tandis que l’artillerie nazie à longue portée la pilonnait constamment…

Durant les années de siège 840 entreprises industrielles avaient été détruites. Plus de 16 000 civils étaient morts au cours des bombardements qui ne constituèrent pourtant qu’une toute petite partie des souffrances endurées par la population : au moins 700 000 civils moururent, victimes du froid, de la famine et des épidémies. Le siège de Léningrad opposa plus de 700 000 soldats de l’Axe à 900 000 soldats soviétiques. Il coûta 300 000 morts à l’Armée Rouge et 200 000 aux troupes des armées allemandes et finlandaises qui assiégeaient la ville.

Léningrad et Stalingrad ne furent pas les seules villes soviétiques assiégées par la Wehrmacht. Sébastopol résista ainsi à un siège de 250 jours avant que ne cesse toute résistance, faute de combattants.

Au lendemain même de l’agression nazie, l’aviation soviétique mena des campagnes de bombardement sur les raffineries roumaines qui contribuaient au ravitaillement de la Wehrmacht. A la fin du mois de juin, ce sont plus de 11 000 tonnes de pétrole roumain qui sont parties en fumée. Hitler décida alors qu’il était urgent d’en finir avec le « porte-avions » qu’est la Crimée. L’invasion de la presqu’île débuta le 24 septembre.

Le 30 octobre 1941, la Wehrmacht lança une première offensive terrestre pour prendre la citadelle de Sébastopol qui résistait toujours, désormais coupée du reste de l’URSS. Après l’échec de cette première offensive, elle instaura le siège de la ville-forteresse qui fût désormais le lieu d’intenses bombardements. Une seconde offensive terrestre lancée en décembre 1941 échoua de nouveau et ce n’est qu’en juin 1942 que la citadelle tomba. Au cours de la seule journée du 2 juin, la Wehrmacht prépara le terrain de son ultime assaut terrestre contre les fortifications de Sébastopol en déversant plus de 6 000 tonnes de bombes…

La résistance acharnée opposée par les grandes villes soviétiques au cours du premier semestre de l’invasion nazie permit de ralentir considérablement la marche en avant de la Wehrmacht tout en éprouvant ses hommes et leur équipement. Elle donna un précieux temps à l’industrie de guerre soviétique pour se remettre en ordre de marche après l’évacuation de ce qui pouvait l’être. Durant cette période cruciale, l’équipement de plus de 1 500 grandes usines fût évacué dans les grands centres industriels situés plus à l’Est. Ces opérations de d’évacuation des forces productives, d’une ampleur sans précédent dans toute l’Histoire, nécessitèrent la mobilisation de 16 millions de travailleurs et aboutirent au chargement et au déchargement de 1,5 million de wagons.

 

Несокрушимая и легендарная (1943) Invincible et légendaire (1943)
Над страною шумят как знамена Двадцать семь героических лет.

Солнцем славных боёв озарённым

Весь твой путь в наших песнях воспет.

 

Припев :

 

Несокрушимая и легендарная,

В боях познавшая радость побед ─ 

Тебе любимая, родная армия

Шлет наша Родина песню – привет.

 

Родилась ты под знаменем алым В восемнадцатом грозном году. Всех врагов ты всегда сокрушала, Победишь и фашистов орду.

 

Припев.

 

Ленинград мы в боях отстояли, Отстояли родной Сталинград. Нас ведет в наступление Сталин,* Наши танки фашистов громят !

 

Припев.

 

Победим, наша сила несметна,

Гений Сталина в бой нас ведет.* Наша армия в битвах бессмертна, Как бессмертен Советский Народ.

 

Припев.

Au dessus du pays, flotte la bannière Depuis vingt-sept années héroïques.

Illuminées par de glorieuses batailles

Tout ce chemin a été célébré dans nos chansons.

 

Refrain :

 

Invincible et légendaire,

Dans les combats tu as connu la joie de la victoire ─

A toi, ma chère armée,

Notre mère-patrie adresse son salut en chanson.

 

Tu es née sous la bannière rouge Au cours de l’orageuse année 1918.

Tu as toujours écrasé les ennemis quels qu’ils soient, Et même triomphé de la horde fasciste.

 

Refrain.

 

Nous avons protégé Léningrad dans les batailles, Et défendu notre bien-aimée Stalingrad. Le camarade Staline nous conduit à la bataille, Nos chars écrasent les fascistes !

 

Refrain.

 

Nous vaincrons, notre force est infinie, Le génie Staline nous mène aux combats.

Notre armée est immortelle dans les batailles,

Comme le peuple soviétique est lui-même immortel.

 

Refrain.

La chanson qui précède synthétise les grandes batailles qui ont parsemé le chemin tumultueux suivi jusqu’alors par le premier Etat socialiste. Elle fait évidemment référence à la première intervention impérialiste qu’eût à affronter l’Etat soviétique alors qu’il venait à peine de naître.

Cette chanson se situe à la période charnière où l’Armée Rouge commence à prendre un net ascendant sur la Wehrmacht. Y transparait toujours ce même attachement populaire au socialisme, à ses chefs, et à l’Armée Rouge, épée protectrice de la Révolution.

Ci-dessous : « La route de la victoire ! » (Koretski, 1942) Celle-ci est désignée par une boussole pointant vers l’ouest… ─ Un char T-34 équipé d’un rouleau de déminage PT-3. Ce système de déminage était capable d’endurer une dizaine de détonations avant de devoir être changé. Il fût mis au point et utilisé pour la première fois sur des chars moyens T-28 contre les fortifications de la ligne Mannerheim en Finlande. Les Sherman américains utilisèrent également des systèmes de déminage, mais leur encombrement ou le nuage de poussière généré les rendait incompatibles avec l’utilisation des systèmes d’armes du char… Les rouleaux de déminage furent largement utilisés par les soviétiques à partir de 1943 dans le cadre des opérations de libération des territoires occupés. Ils permirent à l’Armée Rouge de lancer de grandes offensives et de progresser rapidement, même dans les secteurs lourdement fortifiés par l’occupant, sans pour autant exposer inutilement ses soldats et son matériel.

A l’évidence, l’Armée Rouge était bien pourvue en armements lourds, mais pas seulement. Son infanterie possédait également en masse des équipements de qualité. L’infanterie nazie craignait ainsi le SVT-40 dont elle fit un trophée de guerre. Ce fusil semi-automatique d’une portée utile de 1,2 km fut produit plus de 1,8 million d’exemplaires.

Contrairement à ce qui est montré dans les pseudo-films « historiques » (Stalingrad, J.-J. Annaud, 2001), l’Armée Rouge n’envoyait pas combattre son infanterie avec une arme pour deux soldats, le second ramassant l’arme du premier tué… Elle avait en revanche une particularité : c’était alors la seule armée du monde à remettre en cause le rôle prépondérant du fusil et à lui préférer le pistolet-mitrailleur. L’infanterie soviétique était ainsi copieusement équipée en pistolets-mitrailleurs de qualité. Il fût ainsi produit 6,5 millions de PPSh-41 et de PPS-43 au cours de la guerre. Ces pistolets-mitrailleurs étaient appréciées tant des soldats que des généraux, au point que le PPSh-41 acquit la réputation d’arme de la Grande Guerre Patriotique. Au printemps 1942, plus de 3 000 PPSh-41 étaient produits quotidiennement.

 

Ci-dessus : Berlin, le 2 mai 1945. Un soldat soviétique armé d’un PPsh-41 ouvre la marche à une colonne de prisonniers de guerre allemands dont beaucoup, ici encore adolescents, furent les instruments dociles d’un capitalisme allemand aux abois…

D’ordinaire, l’approvisionnement des soldats d’infanterie utilisant cette arme lors d’un assaut consistait dans un premier chargeur de 71 cartouches et de 5 à 6 chargeurs de 35 cartouches. Fiable, d’une portée supérieure, plus précise et plus rapide que les pistolets-mitrailleurs équipant alors les autres armées (y compris le MP-40 allemand), la Wehrmacht en vint à adopter officiellement le PPSh-41 sous les dénominations MP-41(r) et MP-717(r) selon qu’ils étaient ou pas modifiés. L’Allemagne ne produisit pour sa part qu’un million de pistolets-mitrailleurs MP-40 dont la portée pratique était de 150 mètres (soit 50 mètres de moins que le PPSh41).

En Allemagne, la tournure de plus en plus défavorable prise par les évènements au cours de l’année 1942, et plus encore après la lourde défaite essuyée à Stalingrad en février 1943, fût porteuse d’une grande désillusion jusque dans les plus hauts cercles du pouvoir. Pour les dirigeants nazis qui pensaient en finir rapidement avec l’URSS, ce fût la douche froide ! Le 8 mai 1943, c’est-à-dire à la veille d’une nouvelle défaite cinglante à Koursk, Joseph Goebbels notait ainsi dans son journal :

« Le Führer explique encore une fois le cas Toukhatchevski et exprime l’opinion que nous étions absolument dans l’erreur à l’époque, lorsque nous croyions que Staline ruinerait ainsi l’Armée rouge. C’est le contraire qui est vrai : Staline s’est débarrassé de tous les cercles oppositionnels de l’Armée rouge et a ainsi réussi à ce qu’il n’y ait plus de courant défaitiste dans cette armée. (…) Vis-à-vis de nous, Staline a en plus l’avantage de ne pas avoir d’opposition sociale, car le bolchevisme l’a supprimée elle aussi au cours des liquidations de ces vingt dernières années. (…) Le bolchevisme a éliminé ce danger à temps et peut ainsi tourner toute sa force contre son ennemi ».47

Comme on le voit, après deux années de guerre contre l’URSS, les dirigeants nazis étaient désormais forcés de se rendre à l’évidence et de reconnaître la clairvoyance politique de Staline ainsi que l’unité indestructible existant entre le régime bolchévique et les peuples de l’URSS. Leur responsabilité dans cette mauvaise évaluation de la situation est cependant partielle.  En effet, quelques années auparavant, c’est la presse bourgeoise toute entière qui avait emboité le pas à Trotski qui prédisait que le régime bolchévique ne survivrait pas à une guerre contre l’Allemagne nazie.

« Berlin sait parfaitement jusqu’à quel degré de démoralisation la clique du Kremlin a entraîné l’armée et la population par sa lutte pour sa propre auto-préservation. (…) Staline continue à saper la force morale et la résistance du pays en général. Les carriéristes sans honneur ni conscience sur lesquels il est de plus en plus obligé de s’appuyer trahiront le pays dans les moments difficiles ».48

Ces bien piètres prophéties ont été par la suite démenties par l’Histoire, mais à quel prix ! Dans les années 1930, désormais complètement aveuglé par sa haine du régime bolchévique et déconnecté de l’analyse matérialiste-dialectique de la société soviétique, Trotski avait dégénéré au point d’être devenu un allié objectif de la réaction bourgeoise internationale en général et du fascisme en particulier, tentant de semer défaitisme et démoralisation en URSS tout en encourageant les impérialistes à se lancer dans une nouvelle croisade militaire anti-bolchévique.

On voit ainsi que le qualificatif d’hitléro-trotskistes n’était donc pas usurpé, les trotskistes ayant une très lourde part de responsabilité dans les souffrances infinies qu’infligèrent les fascistes aux peuples de l’URSS…

 

Ci-dessus : « Ils marchent à la mort ! » (Deni, 1937) Les impérialistes nippo-allemands se proposent ici de porter la « guerre » sur le territoire soviétique. « Trotski le traître », devenu leur allié objectif, les encouragent et leur indiquent le chemin…

Ceci étant dit, les dirigeants nazis reconnaissaient donc non seulement avoir sousestimé la fabuleuse capacité de résistance de l’ordre social soviétique, mais reconnaissaient également être dans une situation bien différente…

Bien que l’Allemagne nazie ne connaisse alors pas d’opposition sociale organisée suffisamment puissante pour renverser le régime nazi, une opposition communiste allemande conséquente n’en continua pas moins d’exister tout au long de la période 1933-1945 en dépit de la féroce répression dont fût constamment victime le KPD et des dizaines de milliers de ses membres qui furent les premiers envoyés croupir dans les camps de concentration nazis.

Entré dans la plus complète clandestinité en 1933, le KPD donna pour consigne à nombre de ses membres restés en Allemagne de feindre d’adhérer au Parti nazi afin d’y mener un double travail de sape et de renseignement. Dans le même temps, des dizaines de milliers de membres du KPD contraints à l’exil poursuivirent la lutte depuis l’étranger. Plus de 1 700 d’entre eux combattirent les facsistes en Espagne au sein des Brigades Internationales.

Tout au long des années 1930, le KPD mena inlassablement un intense travail de propagande dans le cadre des persécutions permanentes de la Gestapo. Rien qu’en 1936, celle-ci arrêta plus de 11 600 communistes et saisit plus de 1,6 million de journaux, tracts et brochures communistes.

En dépit de la féroce répression fasciste, la résistance communiste allemande ne cessa jamais et alla même en se renforçant. Le KPD qui comptait 3 000 membres clandestins actifs sur le sol allemand en 1939, en comptait une dizaine de milliers en 1944.

Cette résistance héroïque acharnée dirigée par des membres éprouvés du KPD qui avaient « réussi à reconstituer le Parti communiste allemand et travaillé à la désagrégation de la Wehrmacht » représentait de l’aveu même des autorités nazies « les périls les plus graves » pour le Reich.

Cette résistance communiste, aussi vaste que multiforme, embrassa toutes les formes de lutte et mobilisa depuis le travailleur forçat des camps de concentration sabotant quotidiennement la production du complexe militaro-industriel allemand jusqu’aux cadres du KPD qui avaient réussi à infiltrer le haut-fonctionnariat et les ministères du Reich et transmettaient de précieuses informations à Moscou. Selon l’amiral Canaris, chef de l’Abwehr (le service de renseignements de l’Etat-major nazi), le seul réseau Harnack/Schulze-Boysen « coûta à l’Allemagne la vie de 200 000 soldats ».

C’est grâce à de tels réseaux que les services de renseignements soviétiques apprirent au printemps 1943 que la Wehrmacht s’apprêtait à recevoir une nouvelle génération de chars lourdement blindés et mobiles : le Panther. Dès le mois de mai, le Haut Commandement soviétique donna l’ordre d’élaborer un nouveau chasseur de chars capable de lui tenir tête. Le Panther fit son apparition en juillet 1943 durant la Bataille de Koursk. Au même moment, l’URSS lançait la production en série de son nouveau chasseur de chars armé d’un puissant canon anti-aérien de 85 mm, le SU-85,  dont les premiers exemplaires furent livrés à l’Armée Rouge au mois d’août.

Cette précieuse aide internationaliste, dont le prix fût celui du sang et de la torture de dizaines de milliers de communistes allemands qui se sacrifièrent au nom de la défense de leur patrie soviétique, fût très hautement appréciée par l’URSS qui se garda bien de stigmatiser le peuple allemand comme complice dans son ensemble du fascisme. La confiance dans cet engagement et la reconnaissance de ces sacrifices était si profonde que de nombreux communistes allemands exilés en URSS furent intégrés à la brigade du Département des missions spéciales du NKVD.

Rassemblant 20 000 combattants d’élite, hommes et femmes, soviétiques et étrangers, cette brigade internationale eût notamment en charge la défense du Kremlin où Staline était demeuré, lorsque les hordes fascistes arrivèrent devant Moscou…49

On est indéniablement bien loin du tableau dépeint par la bourgeoisie qui ignore superbement ces faits et réduit la résistance allemande au nazisme à quelques actes isolés d’anti-fascistes catholiques et au complot de hauts officiers nazis déterminés à en finir avec Hitler… pour pouvoir se placer totalement sous la coupe de l’impérialisme américain et poursuivre avec lui la lutte contre le bolchévisme !

 

Ci-dessus : Des combattants anti-fascistes allemands et autrichiens intégrés à une unité de partisans soviétiques en 1944.

 

         

Соловьи (1944) Les rossignols (1944)
Припев :

 

Соловьи, соловьи,  не тревожьте солдат, 

Пусть солдаты немного поспят,  Немного пусть поспят. 

 

Пришла и к нам на фронт весна,

Солдатам стало не до сна —

Не потому, что пушки бьют,

А потому, что вновь поют,  Забыв, что здесь идут бои,  Поют шальные соловьи.

 

Припев.

 

Но что война для соловья !

У соловья ведь жизнь своя.

Не спит солдат, припомнив дом

И сад зелёный над прудом,

Где соловьи всю ночь поют,  А в доме том солдата ждут.

 

Припев.

 

А завтра снова будет бой,—

Уж так назначено судьбой,

Чтоб нам уйти, не долюбив,

От наших жён, от наших нив ;  Но с каждым шагом в том бою  Нам ближе дом в родном краю.

 

Припев.

Refrain :

 

Rossignols, ô rossignols, 

Ne dérangez pas les soldats, 

Laissez-les se reposer un instant,  Qu’ils se reposent un instant. 

 

Le printemps est revenu vers nous au front,

Et les soldats n’ont pas pu dormir —

Non pas parce que les canons faisaient feu,

Mais parce qu’à nouveau [les rossignols] chantaient,

Oubliant que la bataille fait rage,

Les rossignols ont perdu la tête et chantent.

 

Refrain.

 

Mais qu’est-ce que la guerre pour un rossignol !

Un rossignol a sa vie à lui.

Le soldat ne dort pas, il pense à sa maison,

Aux vertes prairies qui s’étendent par-delà l’étang,  Où les rossignols chantent toute la nuit,  Et où quelqu’un l’attend.

 

Refrain.

 

Cependant, le combat reprendra demain, — Tel est le devoir qui nous est destiné,

Sans avoir reçu assez d’amour,

Loin de nos bien-aimées épouses, loin de nos champs ;

Mais chaque pas dans la bataille

Nous rapproche de notre maison, de notre patrie.

 

Refrain.

Cette chanson poétique offre un contraste saisissant entre la brutalité des combats qui se déroulent alors sur les champs de bataille, et les aspirations du simple soldat, qui rêve de pouvoir retourner dans son foyer, une fois la guerre finie.

Elle symbolise la mentalité profondément pacifique du peuple soviétique, contraint par la réaction bourgeoise internationale, de lutter à mort pour la défense de sa propre terre.

Si tous les laquais masqués ou déclarés de l’ordre bourgeois s’attachent depuis des décennies à fabriquer les « preuves » de la soi-disant brutalité du régime stalinien ─ qui n’exerça une répression légitime qu’à l’égard d’une minorité d’exploiteurs et de leurs représentants ─, ils passent systématiquement très « pudiquement » sous silence les souffrances infinies ─ pour le coup bien réelles ─, que les puissances impérialistes imposèrent à deux reprises au peuple soviétique au cours des trois décennies qui suivirent la Révolution d’Octobre…

Ci-dessous : En août 1944, un Schützenpanzer incendie au lance-flammes un village soviétique. (Photographie issue des archives du Reich). Au cours de leur retraite de l’été 1944, les fascistes allemands exécuteront des centaines de milliers de civils soviétiques. D’autres plus « chanceux » seront simplement déportés en Allemagne pour y servir d’esclaves… Ces crimes à grande échelle commis tout au long de la guerre déterminèrent dans une très large mesure la résistance désespérée qu’opposèrent ensuite les responsables de crimes de guerre quand l’Armée Rouge pénétra en Allemagne, de même que leur promptitude à se livrer prisonniers aux troupes anglo-américaines…

 

 

Гимн Советского Союза (1944) Hymne de l’URSS (1944)
Союз нерушимый республик свободных Сплотила навеки Великая Русь.

Да здравствует созданный волей народов Единый, могучий Советский Союз!

 

Припев :

 

Славься, Отечество наше свободное, Дружбы народов надёжный оплот ! Знамя советское, знамя народное Пусть от победы к победе ведёт !

 

Сквозь грозы сияло нам солнце свободы, И Ленин великий нам путь озарил:

Нас вырастил Сталин — на верность народу,

На труд и на подвиги нас вдохновил !*

 

Припев.

 

Мы армию нашу растили в сраженьях.

Захватчиков подлых с дороги сметём ! Мы в битвах решаем судьбу поколений, Мы к славе Отчизну свою поведём !

 

Припев.

L’Union indestructible des républiques libres A été réunie pour toujours par la Grande Russie. Que vive, fruit de la volonté des peuples, L’unie, la puissante, Union Soviétique !

 

Refrain :

 

Sois glorieuse, notre libre Patrie, Sûr rempart de l’amitié des peuples ! Étendard soviétique, étendard populaire, Conduis-nous de victoire en victoire !

 

À travers les orages rayonnait le soleil de la liberté, Et le grand Lénine a éclairé notre chemin :

Staline nous a élevés — dans la fidélité au peuple,  Et nous a inspiré l’effort et les exploits !

 

Refrain.

 

Notre armée est sortie renforcée des combats

Nous libérerons notre pays de ses vils envahisseurs ! Nos batailles décideront de l’avenir du peuple, Nous couvrirons notre pays de gloire !

 

Refrain.

 

Reprenant la mélodie de l’hymne du Parti bolchévik, cette chanson devint le nouvel hymne national de l’URSS en 1944, l’Internationale demeurant néanmoins l’hymne de la République soviétique de Russie.

Ce chant synthétise les combats militaires, politiques et économiques qui ont émaillé près de trois décennies de socialisme. Il célèbre aussi bien l’unité nationale des peuples composant l’URSS, que la victoire ─ désormais certaine à brève échéance ─,  contre l’envahisseur fasciste.

Cette victoire prouve la solidité et la vitalité de l’ordre social soviétique qui est parvenu à résister aux coups terribles portés par la Wehrmacht au cours des premiers mois qui suivirent l’invasion. Karl Marx avait mille fois raison quand il déclarait :

« Voici le côté sublime de la guerre : elle met une nation à l’épreuve. De même que les momies se décomposent aussitôt qu’on les expose à l’atmosphère, de même la guerre prononce son verdict de mort contre toutes les institutions sociales qui ont perdu leur force vitale ».50

Même confrontée à des destructions à une vaste échelle de ses régions les plus riches, la création de puissantes bases industrielles dans l’Est soviétique au cours des deux premiers plans quinquennaux, dota l’URSS d’une industrie diversifiée incluant une puissante industrie lourde, aussi bien sidérurgique que mécanique, sans oublier une agriculture hautement mécanisée qui permit de mettre en culture des millions d’hectares de nouvelles terres plus à l’Est.

Bien que la production militaire allemande fût 2,8 fois plus élevée en 1944 qu’en

1942, la production militaire soviétique la dépassa dès la fin de l’année 1942. En 1944, la production militaire soviétique surclassait nettement celle du Reich. Cette année là, les usines soviétiques produisirent en effet deux fois plus d’avions et de blindés que le complexe militaro-industriel du Reich, ainsi que le triple de canons.

 

« Plus de métal ─ plus d’armes ! » (Avvakumov, 1941)

C’est sans aucun doute possible la politique d’industrialisation accélérée menée sous l’impulsion du PCUS (b), alors dirigé par le camarade Staline, ainsi que la solide alliance établie entre la paysannerie kolkhozienne et la classe ouvrière soviétique et enfin la coopération fraternelle entre les différentes nationalités et minorités ethniques composant l’URSS qui permirent à ses peuples de forger les armes de la victoire. En Allemagne, les plus hauts cercles dirigeants commencent alors à reconnaître ─ en privé évidemment et sans pouvoir se départir de conclusions idéalistes et métaphysiques ─, la puissance incomparable du mode de production socialiste. Dans une conversation tenue le 26 août 1942 en présence du grandamiral Erich Raeder, alors dirigeant de la Kriegsmarine, Hitler fit ainsi la réflexion suivante :

« Si Staline avait eu 10 ou 15 ans de plus, la Russie serait devenu le plus puissant pays du monde, et deux ou trois siècles auraient été nécessaires pour faire changer cela. C’est un phénomène unique ! Il a augmenté le niveau de vie — cela ne fait aucun doute. Plus personne ne meurt de faim en Russie. Ils ont construit des usines là où il y a deux ou trois ans il n’y avait que des villages inconnus — et des usines, tenez-vous bien, aussi grandes que les Hermann Göring Works. Ils ont construit des lignes de chemin de fer qui ne sont même pas encore sur nos cartes. En Allemagne, nous nous disputons sur la fixation du prix des billets avant même de commencer à construire la ligne ! J’ai lu un livre sur Staline ; je dois admettre que c’est une personnalité immense, un ascète qui a pris l’ensemble de ce pays gigantesque fermement dans sa poigne de fer ».51

Si l’URSS, à laquelle Hitler déniait ensuite le carractère de socialiste et qu’il qualifiait de « personnification du capitalisme d’Etat », avait alors pu bénéficier d’un tel répit, cela ne se serait évidemment pas traduit par une domination économique séculaire sur le reste du monde bourgeois, mais par la rapide et complète dislocation de celui-ci sous la poussée du mouvement révolutionnaire du prolétariat qui ne serait pas resté indéfiniment sous l’influence des exploiteurs… Un tel répit aurait donc signifié l’avènement de la révolution socialiste dans les principaux pays impérialistes et donc la destruction du capitalisme à l’échelle mondiale !

Au regard de l’histoire et face à tous les ennemis du socialisme, il n’est pas inutile de rappeler ces paroles particulièrement clairvoyantes que prononça le camarade

Staline le 4 février 1931, à l’occasion d’une conférence des cadres de l’industrie :

« Nous retardons de cinquante à cent ans sur les pays avancés. Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Ou nous le ferons, ou nous serons broyés. Voilà ce que nous dictent nos obligations envers les ouvriers et les paysans de l’URSS ».52

Ci-contre : le 12 octobre 1936, le cargo soviétique Komsomol débarqua dans le port de Carthagène 50 chars  légers T-26 destinés à soutenir les forces armées Républicaines.

A partir de l’accession des nazis au pouvoir en Allemagne et leur proclamation de détruire le berceau de la révolution communiste et de réduire l’URSS à l’état de colonie, la direction soviétique prît très au sérieux cette menace grandissante, sachant parfaitement qu’elle rencontrait une oreille souvent enthousiaste et toujours bienveillante au sein de la bourgeoisie internationale. D’abord signé le 25 novembre 1936 par l’Allemagne et le Japon, le pacte anti-Komintern fût en effet élargi successivement à l’Italie, à la Hongrie et à l’Espagne franquiste au cours des années 1937-1939, alors même que les dirigeants impérialistes anglo-américanofrançais sacrifiaient successivement à Hitler les territoires qui lui ouvraient la route à sa grande croisade anti-bolchévique…

Ce cargo soviétique ne fût pas le seul à convoyer une précieuse aide matérielle aux

Républicains espagnols. Le 10 août 1937, ce furent ainsi 50 BT-5 qui arrivèrent en Espagne et participèrent ensuite aux Batailles de Zaragoza et de l’Ebre. L’équipage de ces chars était le plus souvent constitué d’espagnols et de volontaires étrangers, alors que les postes de chefs de chars et de conducteurs étaient d’ordinaire occupés par des soviétiques.

Durant la période s’étendant jusqu’en mars 1938, l’URSS fournit ainsi aux républicains espagnols une importante aide militaire, en tout, pas moins de 50 BT-5 et plus de 280 T-26. Sur le champ de bataille, le blindage et l’armement de ces chars (dotés d’un canon principal de 45 mm) les mettait à l’abri des chars allemands et italiens. Seules l’aviation, les mines et l’artillerie ennemies constituaient une menace réelle pour les chars soviétiques qui surclassaient nettement leurs adversaires italiens et allemands.

Aussi internationaliste et sincère fût-elle, cette aide militaire soviétique ne permit cependant pas de renverser un rapport de forces qui évoluait de plus en plus favorablement aux franquistes 1° d’abord en raison de l’insuffisante coordination des opération militaires républicaines et 2° ensuite du fait du travail de sape du Front Uni antifasciste réalisé par certains courants anarchistes et trotskistes aveuglés par leur haine du communisme.

L’évolution du budget soviétique de la Défense témoigne de manière éloquente du souci croissant de moderniser l’Armée Rouge pour la rendre capable de faire face à une nouvelle agression militaire impérialiste d’envergure.

Fixé initialement ─ c’est-à-dire selon le second plan quinquennal 1933-1937 ─, à 1,6 milliard de roubles pour l’année 1934, le budget soviétique de la Défense fût en fait relevé à 5 milliards pour cette année. Il se monta ensuite à 14 milliards de roubles en 1936, 40 milliards en 1939 et dépassa 56 milliards en 1940, c’est-à-dire au lendemain même de la signature du pacte de non-agression avec l’impérialisme allemand. En février 1941, le budget de la Défense représentait un tiers des dépenses du budget de l’Etat soviétique qui était ainsi de facto déjà quasiment en état de guerre.

A la fin des années 1930, l’URSS était menacée par une large alliance d’Etats impérialistes déterminés à détruire le pays qui était à la fois le berceau de la révolution socialiste internationale et le centre de gravité de l’Internationale communiste. Ce front coalisé irréductiblement hostile parvint cependant à être divisé par le très habile jeu de la diplomatie soviétique combiné à ses engagements internationalistes anti-impérialistes conséquents en Chine, en Mongolie et en Espagne. Ces actions permirent à l’URSS de mettre au premier plan l’exacerbation des rivalités inter-impérialistes et ainsi de les empêcher de tous se coaliser contre elle.

Ainsi, à l’aube de l’attaque japonaise contre la base navale américaine de Pearl Harbour, les contentieux américano-japonais se multipliaient et s’apprêtaient à atteindre le point de non-retour. L’année 1940 vit d’abord l’expansionnisme japonais porté à vouloir occuper tout de suite « l’espace libre » laissé par l’impérialisme français, vaincu en Europe. Ce dernier voyait alors sa sphère d’influence asiatique se disloquer au profit du Japon et de ses alliés locaux, à l’instar de la guerre franco-thaïlandaise (octobre 1940 à mai 1941) au cours de laquelle la Thaïlande regagna des territoires qui lui avaient été précédemment arrachés par l’impérialisme français. C’est la goutte d’eau qui fit déborder le vase. C’est dans ces conditions qu’au printemps 1940, l’impérialisme américain décida de la dénonciation unilatérale du traité commercial nippo-américain. Dès juillet 1940, les exportations américaines de fer et de pétrole à destination du Japon se trouvent fortement réduites. Il s’agit alors de manière évidente pour l’impérialisme américain de montrer à l’impérialisme japonais qu’il est tenu à la gorge et qu’il doit par conséquent obéir docilement aux injonctions américaines.

Mais c’est surtout à partir du début de l’été 1941 que les choses s’envenimèrent au point d’atteindre le point de non-retour entre le Japon et les USA. Dès le début du mois de juillet 1941, les exportations américaines de fer et de pétrole à destination du Japon cessent en totalité. Confrontée à cet embargo désormais total, l’Armée Impériale est alors condamnée à vivre sur ses réserves de pétrole. L’impérialisme américain connaissait alors le risque grandissant d’une confrontation militaire directe avec le Japon dans le Pacifique.

Mais en portant à son point culminant la pression qu’elles exerçaient sur le Japon, les élites impérialistes américaines rêvaient sans aucun doute d’un autre scénario que celui d’une entrée en guerre du Japon contre les USA… En effet, alors que l’opération Barbarossa venait de débuter en Europe, il se présentait deux choix possibles pour l’impérialisme japonais :

1° Ou bien suivre les recommandations ─ aussi implicites qu’évidentes ─, de l’impérialisme américain, c’est-à-dire répudier le pacte de neutralité soviéto-nippon signé au printemps 1941 et reprendre sa stratégie expansionniste vers l’ExtrêmeOrient soviétique afin de prêter main-forte à l’Allemagne nazie dans sa guerre d’extermination contre l’URSS. Réalisée avec la bénédiction de l’impérialisme américain, cette entreprise aurait permis la levée de l’embargo américain sur les matières premières à destination du Japon.

Pour l’impérialisme américain, c’était indéniablement le scénario le plus favorable au développement de ses affaires : de l’Europe jusqu’au Pacifique, il fournirait matières premières et matériel de guerre aux belligérants occupés à s’entretuer ! La Grande Dépression ne serait alors plus qu’un bien lointain (mauvais) souvenir et se présenterait dans le même temps une occasion unique d’en finir avec l’URSS… sans même avoir besoin de lui déclarer la guerre ! Mais pour cela, la bourgeoisie japonaise devait revoir à la baisse ses propres ambitions impérialistes et accepter de transformer une partie des 72 millions de japonais en chair à canon contre l’URSS…

2° Ou bien déclarer la guerre à l’impérialisme américain lui-même afin de mettre un terme à son chantage et à son embargo, puis ensuite pouvoir poursuivre « tranquillement » sa stratégie expansionniste centrée sur le sud-est asiatique… en sachant que l’URSS, liée par un traité de neutralité et désormais occupée à se défendre contre l’invasion allemande, n’interviendrait pas… Il faut dire qu’échaudé par ses premières confrontations contre l’Armée Rouge (1938-1939), l’impérialisme japonais jugea qu’il serait vraisemblablement plus facile et réaliste de chasser la flotte Américaine du Pacifique que d’infliger une défaite à l’Armée Rouge, même contrainte de combattre simultanément sur deux fronts… Les Indes orientales néerlandaises (la future Indonésie), riches en pétrole, figuraient alors en première place sur la liste des prochaines cibles stratégiques de l’impérialisme japonais.

Très vite, il apparait que l’impérialisme japonais prend le chemin de la seconde option en dépit de l’embargo commercial US. Le 29 juillet 1941, l’administration coloniale de Vichy accepte le stationnement de 75 000 soldats japonais dans le sud de l’Indochine, ainsi que l’utilisation de plusieurs ports et aéroports par l’Armée impériale. Le 7 novembre 1941 s’ouvrirent d’ultimes négociations entre l’impérialisme américain et l’impérialisme japonais. Leur teneur, évidemment secrète, doit cependant être résumée dans le fait de savoir si l’impérialisme japonais deviendrait pour l’impérialisme américain un pion aussi docile que l’impérialisme allemand en Europe… ou pas ! Un mois durant, se déroula un dialogue de sourds, et ce fût finalement l’ambassadeur japonais qui annonça la rupture des pourparlers au département d’État américain… au moment même où l’aviation aéroportée japonaise menait l’attaque contre Pearl Harbour, la principale base navale américaine du Pacifique, le 7 décembre 1941 !

En moins de quatre heures, l’impérialisme américain perdit 2 400 hommes, deux cuirassés lourds de 30 000 tonnes de déplacement ainsi que la quasi-totalité de ses 390 avions dont 48 % furent détruits et 40 % furent endommagés. Une quinzaine d’autres navires de guerre furent endommagés à des degrés divers. Parmi eux, deux autres cuirassés lourds de même tonnage ainsi que deux destroyers furent si gravement endommagés qu’ils ne purent reprendre leur service avant 1944… En face, les japonais n’avaient perdu que 6 % des 440 avions engagés, une soixantaine d’hommes et cinq sous-marins de poche. Ainsi, comme on le voit, s’il y eût négligence en ce qui concerne la préparation à la Guerre du côté des « alliés », ce ne fût pas du côté soviétique ─ où il fût fait pour ainsi dire tout ce qui était matériellement et humainement possible ─, mais du côté américain où les élites impérialistes avaient joué à un jeu bien dangereux qui se retourna finalement contre elles… un pari manqué dont la population civile japonaise ne tarda pas à faire les frais, au Japon comme aux USA !

 

Ci-dessus : Le 3 juillet 1942, le drapeau de la « liberté » flotte au-dessus des baraquements du centre d’internement n°3 de Manzanar (Californie). C’était le principal des dix camps d’internement destinés aux ressortissants japonais et aux civils américains d’origine japonaise. Au total, ces camps « hébergèrent » plus de 120 000 personnes dont près des deux tiers étaient pourtant des nippo-américains de seconde génération ayant la nationalité américaine… Dans les années 1980, une commission spéciale d’enquête US parvînt à la conclusion que la déportation « préventive » et systématique de ces civils ne se justifiait pas par les nécessités de la Défense US, mais s’expliquait par « le préjugé racial » et « l’hystérie de guerre ».53 Le Congrès US présenta ses excuses aux survivants et versa à chacun d’entre eux 20 000 $ de dédommagement…

 

Песня юных мичуринцев (1949) Chanson des jeunes mitchouriniens (1949)
Под ветрами вешними яблони цветут.

Птицы над скворешнями весело поют.  Солнце в небе щурится с самого утра,  А у нас, мичуринцев, страдная пора.

 

Припев :

 

За работу, друзья, за работу !

Мы шагаем навстречу весне ! Мы посадим сады! Золотые плоды Мы подарим родимой стране !

 

Яблоня нарядная радует глаза,  А рядом виноградная тянется лоза.

Не сломает буря их, холод не убьёт.

Внуками Мичурина нас зовёт народ !

 

Припев.

 

Пусть в Чите и в Вологде, в Омске и в Орле, В каждом нашем городе и в любом селе  Хорошеют улицы от садов густых.

Юные мичуринцы посадили их !

 

Припев.

Sous les vents printaniers, les pommiers fleurissent.

Les oiseaux sur les nichoirs chantent gaiement.

Le soleil dans le ciel brille dès le matin,

Et pour nous, les mitchourinien, c’est le moment du travail.

 

Refrain :

 

Au travail, amis, au travail !

Nous marchons à la rencontre du printemps ! Nous plantons les jardins ! Les fruits dorés, Nous les offrons à la patrie aimée !

 

Le pommier élégant réjouit les yeux, Et à côté s’étire le cep de vigne.

L’orage ne les brise pas, le froid ne les tue pas.

Le peuple nous appelle les petits enfants de Mitchourine !

 

Refrain.

 

Que ce soit à Tchita ou à Vologda, à Omsk ou à Orël, Dans chacune de nos villes et dans tous les villages,  Les rues s’embellissent de jardins touffus.

Les jeunes mitchouriniens les ont plantés !

 

Refrain.

Comme en témoigne cette nouvelle chanson, en URSS, le « culte de la personnalité » n’était pas circonscrit à Staline. Les travailleurs et le peuple soviétique n’étaient pas uniquement reconnaissants vis-à-vis du PCUS (b), mais vis-à-vis de toute personne qui s’illustrait dans sa contribution à la marche en avant de la société nouvelle, socialiste. Les scientifiques n’étaient pas en reste, comme en témoigne cette chanson dédiée à l’éminent agronome et biologiste soviétique Ivan Mitchourine, dont les travaux (notamment autour de l’hybridation des espèces végétales) furent soutenus par le pouvoir soviétique dès sa naissance.

Au lendemain de la Grande guerre patriotique, l’URSS se plaçait incontestablement à l’avant-poste mondial du développement de la science et de la technique dans la quasi-totalité de ses branches majeures. Nous renvoyons ici à la notice d’information intitulée Les sciences en URSS rédigée par Frédéric Joliot Curie en 1944, ainsi qu’aux chapitres correspondants de l’ouvrage collectif Connaissance de l’URSS – 1917-1947 : Un bilan de 30 ans.54 Ce développement fulgurant des sciences caractérisa les années 1930 et 1940 dans leur ensemble, en dépit des conditions très hostiles qu’imposa la réaction impérialiste mondiale à l’URSS au cours de cette période. En 1953, l’URSS compte ainsi près de 200 000 scientifiques dont 80 000 sont employés dans le secteur de la recherche.

Le dynamisme de la recherche scientifique soviétique est symbolisé par la puissance et l’expertise croissantes de son secteur aéronautique dans les années de l’immédiate après-guerre. C’est ce qui posa les bases solides qui permirent au social-impérialisme soviétique de devenir le pionnier de la conquête aérospatiale à partir de la fin des années 1950. En fait, les recherches soviétiques sur les fusées débutèrent dès la fin du premier plan quinquennal. En 1931 fût formé le GIRD.

Dès sa création, ce groupe de recherche s’intéressa aux vols interplanétaires, aux déplacements des vaisseaux spatiaux dans le champ gravitationnel des planètes, au calcul des trajectoires des vols ainsi qu’à la conception des premiers moteurs-fusées, qu’ils soient basés sur des ergols liquides ou sur des propergols solides. Dès 1933 eurent lieu les premiers essais du missile GIRD-X (voir photo ci-contre) propulsé par le premier moteur-fusée O2 liquide/kérosène. La même année, la première fusée soviétique (GIRD9) sera lancée et atteindra l’altitude de 0,4 km. Plusieurs centaines de chercheurs travaillent alors déjà dans ce secteur. Deux décennies plus tard, l’URSS est toujours à la pointe de la technique : en 1949 a lieu le lancement de son premier missile balistique R-2 doté d’une portée

de 600 km.

 

Afin de rattraper son immense retard sur l’URSS dans le secteur de la propulsion à réaction et de la conception de fusées et de missiles, l’impérialisme US aura recours dans l’immédiate après-guerre aux meilleurs savants nazis : c’est la « fameuse » opération Paperclip qui lui permit de réaliser son premier « brain drain » de haut niveau et de vaste envergure : aux alentours de 1 500 scientifiques allemands issus du complexe militaro-industriel du Reich… En juillet 1945, un mémorandum confidentiel de l’Etat-major US soulignait la nécessité que « ces esprits talentueux et rares, à la productivité intellectuelle hors du commun, soient placés à notre service » en vue de l’inéluctabilité d’une « guerre totale » contre l’URSS d’ici 1952.55

La figure la plus emblématique de ces exfiltrations menées au cours de l’opération Paperclip fût sans aucun doute Wernher von Braun. Principal artisan du programme nazi portant sur la conception de missiles et de fusées, il avait été le concepteur des missiles balistiques V-2 et travaillait vers la fin de la Guerre à l’élaboration d’un prototype de missile intercontinental.

Wernher von Braun, son équipe, ainsi que leurs travaux furent rapatriés aux USA. Pour le scientifique nazi, c’était l’assurance qu’il ne serait jamais jugé pour les crimes dont il ne fût pas seulement un complice « passif », mais un artisan actif. Wernher von Braun avait en effet rejoint le Parti nazi en 1937 et il connaissait Hitler personnellement. Il fût en outre le « témoin » du large recours aux déportés du camp de concentration de Dora-Mittelbau qui fabriquèrent les V-2 sous sa direction. Ironie de l’Histoire, ces missiles firent davantage de morts parmi les déportés qui les fabriquèrent que dans les villes anglaises sur lesquelles ils furent lancés…

Après s’être rendu aux troupes US le 2 mai 1945, il arriva dans sa nouvelle « patrie » en septembre de la même année. Naturalisé américain en 1955, Wernher von

Braun fût le grand responsable de l’effort spatial américain à la NASA puisqu’il mit au point les fusées Jupiter et Explorer ainsi que la famille des lanceurs Saturne, avant d’assurer la direction du programme Apollo. Il fût ainsi le principal artisan de la conquête américaine de l’espace et de la Lune… C’est également sous sa direction que l’impérialisme US se dotera à partir de 1953 de ses premiers missiles balistiques à capacité nucléaire. Il fût en effet le concepteur des missiles Redstone, Pershing et Jupiter… 

 

Ci-dessus : A la veille de la capitulation allemande, alors que l’Armée Rouge vient de prendre Berlin, les rats quittent le navire en train de sombrer… Le 3 mai 1945, une petite photo avec sa nouvelle « famille adoptive » : l’impérialisme US ! Wehrner von Braun (au centre) en compagnie de deux de ses proches collaborateurs (Hans Lindenberg et Bernhard Tessmann).

 

Ci-dessus : La « dream team » de Werhner : plus d’une centaine de scientifiques allemands désormais hébergés à Fort Bliss au Texas (photo de 1946). Parmi eux : Ludwig Roth, Eberhard Rees et Arthur Rudolph. 

 

Ci-dessus : Vingt ans plus tard, le scientifique nazi s’est « racheté » une conduite aux USA. Ici, en mai 1964, il n’est rien de moins que le directeur du centre de vol spatial de la NASA…

 

Sur le diaporama ci-dessus : Au cours de l’été 1951, les habitants de Moscou et de ses environs se pressent pour assister au meeting aérien annuel de Touchino, d’abord prétexte à une grande fête populaire. Tandis que les dirigeants du Parti et de l’Etat arrivent à la tribune, à quelque distance de là, les parachutistes embarquent et les équipages se préparent au décollage ─ ici sur le tarmac des chasseurs à réaction Mig-15. Notons au passage que cet appareil mis en service en 1948 se révéla lors de la guerre de Corée supérieur au F-86 Sabre, le meilleur chasseur américain de l’époque, qu’il surclassait en matière d’armement, de vitesse ascensionnelle, de rayon d’action et de performances à haute altitude. Après avoir débuté par une formation aérienne d’une grosse vingtaine d’avions porte-drapeaux puis une autre formant le message « Slava Stalinu » ─ « Gloire à Staline » ─, le meeting se poursuit par un spectacle de voltige aérienne décrivant une spirale étourdissante, puis avec la revue des formations de chasseurs et bombardiers à réaction, le décollage d’une escadrille d’hélicoptères et enfin le largage des parachutistes.

Le large développement des sciences en URSS apporta un tribut majeur à la modernisation des équipements de l’Armée Rouge dans un très grand nombre de domaines tout au long de la Grande Guerre patriotique.

A titre d’exemple, nous pouvons évoquer le parcours de l’un des plus brillants opticiens et astronomes soviétiques de son époque, Dmitri Maksutov. A l’âge de 25 ans, en 1921, et après avoir construit son premier télescope à l’âge de 12 ans, Maksutov entra à l’Institut de Physique de l’université d’Odessa. En 1932, il publia le résultat de ses premiers travaux dans le domaine de l’optique. En octobre 1941, il construisit le prototype d’un nouveau télescope qui représentait une amélioration considérable du télescope de Smidt-Cassegrain. Il remplaça la coûteuse et complexe lame de Schmidt du télescope de ce télescope par une lentille sphérique concave, beaucoup plus facile à usiner avec des procédés industriels. Le télescope de Maksutov-Cassegrain était né, mais la publication de ces travaux ne sera rendue publique qu’en 1944, à cause du contexte historique de l’époque.

Cet appareil contribuera grandement, à partir des années 1950, à rendre largement accessible les télescopes catadioptrique (c’est-à-dire hybrides, combinant lentilles et miroirs). Ce type de télescope offre en effet une très bonne qualité optique avec une image nette (grâce à son obstruction réduite), dépourvue d’aberrations sphériques, chromatiques et de coma ─ tout en offrant un fort grossissement avec une collimation stable dans un tube robuste et particulièrement compact : un maksutov de 127 mm de diamètre offre aujourd’hui une focale de 1 500 mm pour un tube long de moins de 350 mm. Ce type de télescope est aujourd’hui très populaire dans le domaine de l’astronomie amateur.

Les travaux de Dmitri Maksutov et des autres spécialistes soviétiques en optique contribuèrent grandement à doter les systèmes d’armes de l’Armée Rouge (à l’instar de ses chars), en particulier à partir de 1943, de composants optiques n’ayant plus grand chose à envier à ceux de la Wehrmacht. Pour ses travaux et leur contribution au développement de la science ainsi qu’à l’effort de guerre soviétique, Maksutov reçut deux fois le prix Staline (1941 et 1946) et fût décoré de l’ordre de Lénine en 1945.

 

Для нас открыты солнечные дали (1949) Un avenir radieux s’ouvre à nous (1949)
На все века великими делами

Прославил Сталин наш родной народ. Над миром реет ленинское знамя, На путь борьбы и подвиги зовет.

 

Припев :

 

Для нас открыты солнечные дали,

Горят огни победы над страной,

 

На радость нам живет товарищ Сталин – Наш мудрый вождь, учитель дорогой. (бис)

 

В огне труда и в пламени сражений Сердца героев Сталин закалил. Как светлый луч, его могучий гений Нам в коммунизм дорогу осветил.

 

Припев.

 

Мы строим счастье волей непреклонной,

Дорога на нам указана Вождем ; Подняв высоко красные знамена, Мы в коммунизм за Сталиным идем.

 

Припев.

Au fil du temps, les grandes actions

De Staline ont été glorifiées par le peuple.

La bannière de Lénine flotte au dessus du monde,

Et appelle à suivre le chemin de la lutte et des exploits.

 

Refrain :

 

Un avenir radieux s’ouvre à nous,

Les feux de la victoire illuminent notre pays,

 

Pour [assurer] la joie dans nos vies, le camarade Staline [est] Notre sage dirigeant, [notre] cher éducateur. (bis) 

 

Dans la forge du travail et dans les flammes des batailles Staline a endurci le cœur des héros.

Comme un rayon de lumière, son puissant génie Nous éclaire la route vers le communisme.

 

Refrain.

 

Nous construisons notre bonheur en suivant la volonté inflexible,

Le chemin qui nous a été désigné par notre chef ;

Les bannières rouges levées bien haut,

Nous allons au communisme en suivant Staline.

 

Refrain.

Notons d’abord, comme l’illustre cette chanson, que si Staline jouissait déjà d’un immense prestige et d’un profond attachement populaires avant la Guerre, celle-ci ne les a fait que croître encore. Pour beaucoup de simples travailleurs, Staline est perçu comme un père bienveillant et cette image n’est pas usurpée. Nous nous contenterons de donner qu’un seul exemple révélateur de cette proximité de Staline d’avec les gens du peuple. Les trois fils de Staline, Artem (adopté), Yakov et Vassily furent mobilisés dès le premier jour de la guerre. « C’était le seul privilège que nous avons obtenu de lui comme père », dira Artem.

Le 16 juillet 1941, le fils ainé de Staline, Yakov, alors âgé de 34 ans et père de deux enfants est capturé par la Wehrmacht qui voit tout de suite dans ce lieutenant de régiment d’artillerie un prisonnier de choix et le place en isolement. En 1943, après la défaite de Stalingrad, les nazis proposeront de l’échanger contre le Feld-maréchal Friedrich von Paulus. Staline refuse, un échange ne pouvant être envisagé qu’avec un officier de grade équivalent, comme pour n’importe quel prisonnier de guerre soviétique. Devenu inutile, Yakov sera tué par ses geôliers le 13 avril 1943. Malgré la certitude de ne pas revoir son fils vivant, il était hors de question pour Staline de répondre favorablement à la proposition nazie et de se mettre au-dessus de n’importe quel citoyen soviétique. Pour Staline, la vie de son propre fils n’avait pas davantage de valeur que celle d’un fils d’ouvrier ou de kolkhozien. Molotov rapportera ainsi que Staline lui répondit que « sur le front, ils sont tous mes fils ».56 De même, à Joukov qui évoquait la captivité de Yakov, Staline répondit amer : « Quelle guerre pénible. Combien des nôtres y ont laissé leur vie. Selon toute apparence, [en URSS] nous aurons peu de familles où des proches n’auront pas péri ».57

Pour le peuple soviétique, cette guerre imposée par les pays impérialistes à l’URSS se révéla effectivement une bien cruelle et sanglante épreuve… La musique ne fût pas la même dans les pays bourgeois où les fils des dirigeants politiques et des grands capitalistes ne furent pas exposés aux tirs de l’ennemi : la bourgeoisie préféra utiliser comme chair à canon les fils de ses esclaves ─ salariés et paysans travailleurs ─, et garda ses propres fils loin des champs de bataille…

L’année 1949, marque un tournant important de l’immédiate après-guerre pour l’URSS ainsi que le mouvement communiste international. C’est en effet d’abord l’année qui voit la marche en avant du socialisme reprendre véritablement, après trois années d’efforts prodigieux ayant permis de réparer l’essentiel des lourdes séquelles matérielles de la Guerre.

1949, c’est également l’année où l’URSS fait exploser sa première bombe atomique ─ la décision de construire le premier sous-marin à propulsion nucléaire soviétique (classe K-3 « Leninsky Komsomol ») sera prise par Staline le 12 septembre 1952 et sa construction débutera en juin 1954 ─, mettant ainsi un terme à l’odieux chantage nucléaire permanent qu’exerce l’impérialisme américain depuis les massacres d’Hiroshima et Nagasaki.

Ceux-ci avaient témoigné du fait que l’impérialisme américain comptait bien profiter de son monopole sur la bombe atomique pour imposer ses vues et sa domination au monde entier, sans la moindre considération vis-à-vis des promesses passées, pourtant récentes. A Washington, en 1943, on déclarait encore ─ à l’instar de Franck Knox, alors Ministre de la Marine ─, que « nous, et nos alliés, nous devons et reconnaissons une dette de gratitude éternelle aux armées et au peuple de l’Union Soviétique ».58

Mais comme la bourgeoisie ─ il est vrai habituée à gouverner à courte vue ─, a une conception très  »particulière » de la notion de  »long terme » et que ses « principes » sont systématiquement subordonnés à la marche de ses affaires, « l’éternité » ne dura pour l’impérialisme américain (et les laquais à sa suite) que deux autres années, c’est-à-dire le temps pour les soviétiques de défaire militairement l’impérialisme allemand (en d’autres termes de faire le sale boulot…), afin de permettre à son concurrent américain de venir prendre sa place à moindre frais… et de transformer son ex-allié de circonstances en nouvel épouvantail !

A cette époque, le Kominform (fondé en 1947) assure la continuité et la coordination du mouvement communiste international.

Le rapport d’Andreï Jdanov ─ leader bolchévik vraisemblablement liquidé en août 1948 par les khrouchtchéviens qui ne pouvaient voir en lui qu’un obstacle de tout premier ordre à leurs desseins contre-révolutionnaires ─, en constitue le document fondateur qui analyse les principales mutations des rapports de force internationaux qui résultent du leadership américain, désormais incontesté, sur l’ensemble du monde bourgeois-impérialiste, comme en témoigne le tableau suivant qui illustre le fait que l’impérialisme américain sort considérablement renforcé de la guerre.

Son territoire n’a pas subi la moindre destruction et les monopoles américains ont étendu leur emprise au monde bourgeois tout entier, transformant au passage l’Allemagne, l’Italie et le Japon en pays impérialistes vassaux, à l’instar de l’impérialisme britannique pourtant « vainqueur ». Alors que le PIB cumulé de ces pays représentait 97 % du PIB américain en 1940, il n’en représente plus que 40 % en 1945.

En milliards de 

$ US de 1985

PIB des grandes puissances belligérantes59
1940 1945 Proportions en %
     
USA 788 1 494 189,6
URSS 345 284 82,3 43,8 19,0
Royaume-Uni 237 249 105,1 30,1 16,7
Allemagne 273 216 79,1 34,6 14,5
Japon 139 68 48,9 17,6 4,6
Italie 115 65 56,5 14,6 4,4

 

Ci-contre : « Nous exigeons la paix ! » (Koretski, 1950) A la table des fauteurs de guerre : Truman, Churchill, De Gaulle, etc. Face à l’impérialisme, une seule alternative pour le prolétariat : lui imposer la paix… par la force ! Les khrouchtchéviens, eux, préfèreront aller mendier leur « coexistence pacifique » à Washington… et dans le dos des peuples !

 

 

Ci-dessus : « Des phrases et… des bases ! » (Govorkov, 1952) Le speaker crie « paix », « défense », « désarmement »…

Même l’URSS, pourtant saignée à blanc par les destructions les plus vastes qu’ait eu à endurer un pays au cours de ce conflit ─ en 1942, le PIB soviétique était ainsi tombé à moins de 66 % de son niveau de 1940 ─, a vu sa position relative se dégrader dans une mesure légèrement inférieure : son PIB ne représente plus que 19 % de celui des USA en 1945, contre près de 44 % en 1940.

En dépit de l’accroissement conséquent du différentiel USA/URSS au cours des années de guerre, cette dernière envisage la reconversion de son économie avec une totale sérénité.

Les années de l’immédiate après-guerre voient ainsi l’économie soviétique se redresser à une vitesse fulgurante pour rapidement en arriver à dépasser son plus haut niveau d’avant-guerre. En 1949, la production industrielle soviétique dépasse ainsi son niveau de 1940 de plus de 50 % et la production céréalière (123 millions de tonnes) la dépasse également. Les travailleurs soviétiques voient leurs conditions de vie s’améliorer considérablement, les revenus individuels réels des ouvriers et des employés affichent alors une hausse de 24 %, et ceux des paysans de 30 %.60

Cette croissance impétueuse se poursuivit dans les années suivantes : en 1953, les revenus individuels réels des paysans soviétiques affichaient ainsi une hausse de plus de 95 % par rapport à leur niveau de 1940 !61

L’URSS voit ainsi la reprise de l’œuvre pacifique de l’édification socialiste en dépit de conditions internationales qui lui restent fondamentalement hostiles. En effet, la reconversion de l’économie américaine est beaucoup plus problématique.

 

Ci-dessus : « Sous le socialisme, il n’y a pas de place pour le chômage ! Sous le capitalisme, il y a des millions de chômeurs ! » (Koretski, 1950) A gauche, le jeune ouvrier en formation sait qu’il y a d’ores et déjà de nombreux postes à pourvoir (en arrière-plan). A droite, le chômeur en est réduit à mendier du travail. Sur son écriteau : « Accepte de faire n’importe quel travail ! » En arrière-plan : l’opulence…

Il faut dire que le PIB de l’impérialisme américain a été gonflé par les affaires florissantes dont il a bénéficié cinq années durant. Alors qu’en 1940, les dépenses militaires représentaient 3 % du PIB américain, elles en représentent désormais la moitié en 1945 ! Le problème qui se pose donc en 1945 pour l’impérialisme américain est : comment sortir de la guerre mondiale qui s’achève sans sombrer dans une grave récession économique ?

La solution sera vitre trouvée : en transformant les pays impérialistes secondaires en pays inféodés où il pourra continuer à exporter marchandises et capitaux,… tout en utilisant sa force militaire désormais de tout premier plan ─ et clairement prépondérante vis-à-vis de celle de ses nouveaux « partenaires » impérialistes ─, pour mener ses guerres coloniales quand, où, et comme il l’entend… Il ne reste alors plus qu’à trouver la justification de la poursuite de sa politique militariste.

Celle-ci sera vite trouvée par le nouveau représentant de l’impérialisme américain, Harry S. Truman, qui transformera l’allié soviétique d’hier en son nouveau « pire » ennemi…

En dépit du renforcement apparent du camp impérialiste sous l’égide de l’impérialisme américain alors déterminé à trouver des prétextes à ses colossales dépenses d’armement sans lesquelles il sombrerait dans une nouvelle crise économique qui se fait alors déjà partiellement sentir, l’URSS se trouve alors à la tête d’un camp socialiste et anti-impérialiste de plus en plus vaste, que vient de rejoindre la République populaire de Chine à la suite de la victoire de la révolution chinoise anti-coloniale et anti-féodale.

 

Ci-dessus : « En avant, vers la victoire du communisme ! » (Affiche précédant la déstalinisation)

En 1949, s’ouvre ainsi potentiellement effectivement un avenir radieux au peuple soviétique, un avenir proche qui doit préparer les bases du passage de la société socialiste à la société communiste et achever de démontrer aux yeux des travailleurs et des peuples du monde la supériorité intrinsèque du mode de production socialiste sur le mode de production bourgeois.

C’est la victoire de la contre-révolution bourgeoise khrouchtchévienne qui enterra cette grandiose perspective, laquelle n’aurait pas manqué d’exercer une immense influence sur le développement de la révolution socialiste à l’échelle internationale et aurait ainsi pu signer l’arrêt de mort du capitalisme mondial à relativement court terme. A la place, on assistera à la restauration des mécanismes fondamentaux du capitalisme en URSS, la plongeant dans un chaos de plus en plus profond qui aboutira, après maintes convulsions, à la placer dans une dépendance économique de plus en plus étroite vis-à-vis de l’impérialisme américain, sans oublier l’exacerbation croissante des nationalismes et des séparatismes locaux qui conduiront à la liquidation physique du social-impérialisme soviétique et à la dislocation de sa sphère d’influence coloniale.

De même, la mise en veille du Kominform après la mort de Staline, puis sa dissolution en 1956 ─ au moment de la réhabilitation ouverte du titisme ─, témoigneront de la victoire des éléments révisionnistes au sein de la plupart des partis communistes, ces éléments petit-bourgeois ayant été véritablement émancipés par les khrouchtchéviens vis-à-vis des enseignements fondamentaux du marxisme-léninisme et de leur mission historique de diriger la lutte du prolétariat mondial pour l’abolition de l’esclavage salarié.

 

Ci-dessus, une affiche de la campagne idéologique anti-titiste, anti-sioniste et anticosmopolite de 1948-1953 : « La vigilance est notre arme ─ Soyez vigilants ! » (Shirokograd, 1953) Sur le serpent : « espionnage », « sabotage », « démolition provoquée ».

Ces partis réformistes social-chauvins se borneront désormais à quémander des aumônes à leur propre bourgeoisie… le prix à payer en échange de leur participation à l’entreprise de mystification permanente des esclaves salariés qui confère au Capital sa si précieuse « légitimité démocratique ».62

En 1953, les représentants d’une néo-bourgeoisie nomenklaturiste d’Etat parvinrent donc à s’emparer des positions clefs au sein de l’Etat soviétique et du PCUS (b), ainsi qu’à s’affranchir des mécanismes de contrôle populaire, avec des conséquences dramatiques pour l’avenir de la révolution socialiste mondiale et de la croissance du mouvement communiste international. Dans les pays de démocratie populaire, les khrouchtchéviens se débarrassent des dirigeants marxistes-léninistes et favorisent l’accession au pouvoir d’éléments titistes-bourgeois dont certains, notamment en Hongrie et Pologne et en Roumanie, ne tarderont pas à lorgner vers l’Ouest… La néo-bourgeoisie soviétique lança rapidement une campagne rageuse contre l’œuvre de Staline, tout autant dans le but de donner des gages de bonne volonté à ses nouveaux partenaires/concurrents impérialistes, que dans le but de laminer le riche héritage de la culture socialiste soviétique.

La néo-bourgeoisie nomenklaturiste se devait en effet de désarmer et d’anéantir idéologiquement les masses populaires soviétiques au sein desquelles Staline jouissait d’un immense prestige, même après sa mort. Pour cela, il n’y avait pas trente-six solutions : mentir et calomnier sans relâche afin d’effacer une image populaire positive très profondément enracinée. Comment ? D’abord en bannissant ses écrits et en réhabilitant les soi-disant « victimes » de ses purges afin qu’elles puissent médire librement de lui dans les médias, ensuite en expurgeant toute référence à l’ancien chef, ainsi que tout ce qui rappelait le pouvoir honni de la dictature du prolétariat.

Ce vaste autodafé combiné à une vaste amnistie des opposants de tous bords réprimés par le pouvoir bolchévique visaient à asseoir idéologiquement le pouvoir néo-bourgeois. Ces campagnes débutèrent au lendemain même de la mort de Staline et prirent les proportions d’un travail de démolition systématique à partir de 1956. Pour n’en donner qu’un seul exemple, les références à Staline furent expurgées de la marche de l’artillerie dès 1954.

Mais cela ne fût pas suffisant. Il fallut également expulser en masse du Parti les communistes qui n’acceptaient pas la répudiation de l’œuvre de Staline ─ une œuvre qui avait guidé trois décennies d’une épique et glorieuse marche en avant vers le communisme, en bref d’une époque inédite dans l’Histoire du développement de l’Humanité. Enfin, il fallut à cet Etat néo-bourgeois parfois réprimer encore plus ouvertement ─ parfois par les armes ─, les masses populaires qui osèrent se dresser contre les artisans de la répudiation de l’œuvre de Staline.

Au lendemain du 20ème Congrès du PCUS (b) qui proclama le début officiel de la déstalinisation ─ tout en cachant aux larges masses populaires soviétiques la teneur précise du « Rapport secret » de Khrouchtchev ─, celles-ci furent abasourdies. Le brutal changement de cap au sein de la direction du PCUS (b) était pour elles aussi inattendu qu’incompréhensible. Mais ce fût en Géorgie, la région natale de Joseph Staline, où le nouveau pouvoir révéla tout de suite son véritable visage. Le mécontentement populaire y fût si grand que des manifestations spontanées de masse commencèrent à secouer plusieurs villes géorgiennes, dont Tiflis, la capitale. Le 9 mai, rien qu’à Tiflis, ils étaient autour de 70 000 à manifester leur indéfectible soutien à Staline et à conspuer Khrouchtchev. Parmi eux, des responsables locaux du Parti communiste, tout aussi mécontents.

Les manifestants bloquèrent la ville et commencèrent à dresser des barricades. Dans la soirée, un appel radiophonique des autorités les « invita » à mettre fin à leurs manifestations et décréta l’instauration du couvre-feu à partir du 10 mars à minuit. Une délégation des manifestants se dirigea alors vers la station radio pour y être entendue mais fût arrêtée et retenue dans les locaux. Les manifestants décidèrent alors de prendre d’assaut le bâtiment pour aller libérer leurs camarades. L’armée ne les laissa pas passer et ouvrit le feu sur eux.

Le lendemain verra la répression des manifestants refusant de se disperser se poursuivre : le nouveau pouvoir néo-bourgeois leur envoya les chars. Il n’existe pas de rapport officiel sur le bilan de ces évènements.

 

Ci-dessus : Quelques-unes des très rares images que l’on puisse trouver de ces évènements où se mêla la commémoration du 3ème anniversaire de la mort de Staline et le refus de la répudiation de son œuvre alors même que les révisionnistes au pouvoir venaient de tenir leur 1er Congrès… Ces images témoignant de la répression fasciste mise en œuvre par la néobourgeoisie « soviétique » sont aujourd’hui utilisées par la bourgeoisie compradore indigène géorgienne pour justifier sa rupture d’avec l’impérialisme russe au profit du bloc impérialiste d’Occident…63

Selon les sources, entre 100 et 800 manifestants furent tués, ainsi que des centaines d’autres blessés et plus de 200 autres emprisonnés et vraisemblablement déportés.64

Fort « curieusement », la bourgeoisie internationale ─ pourtant d’habitude si prompte à se lancer dans des ingérences grossières au nom de la défense des « droits de l’homme » ─, se garda bien de prendre fait et cause pour ces résistants de la première heure et passa sous silence la féroce répression armée dont furent victimes ces courageux communistes…

Dans ce moment très embarrassant pour le pouvoir révisionniste néo-bourgeois qui venait d’accéder au pouvoir, elle sût ainsi mettre de côté ses rivalités secondaires avec le social-impérialisme soviétique naissant… pour faire jouer sa solidarité de classe contre l’ennemi commun !

Les évènements de Géorgie ─ qui précédèrent de six mois l’écrasement de l’aile titiste « non-alignée » (c’est-à-dire au moins partiellement pro-américaine) de la bourgeoisie compradore hongroise qui fût à l’inverse très médiatisé dans l’Occident « démocratique » ─, témoignèrent du fait que le social-impérialisme soviétique était officiellement né. Comme n’importe quel Etat bourgeois, il montrerait désormais un visage « conciliant » et « démocratique » à l’égard de ceux qui courberaient la tête et se résigneraient à accepter le joug de l’esclavage salarié restauré, … et socialfasciste à l’égard de ceux qui tenteraient de lui résister ou de lui échapper !

Et nous voilà aujourd’hui en cette année 2014, dans les conditions d’une crise économique structurelle majeure accompagnant le déclassement de pays impérialistes longtemps dominants, à (presque) tout devoir reprendre depuis le début… La tâche peut sembler immense autant sur le plan idéologique qu’organisationnel ─ et elle l’est assurément ─, mais pas forcément au point d’être insurmontable.

Avec la crise de déclassement contemporaine, une fraction croissante des esclaves du Capital en vient en effet de plus en plus à se méfier de tout ce qui émane des médias officiels. A titre d’exemple, un sondage IFOP réalisé en mai 1945 montrait qu’une large majorité de français (57 %) estimait que c’était l’URSS qui était perçue comme le principal contributeur à la défaite de l’Allemagne nazie, contre 20 % pour les USA. Après six décennies de bourrage de crâne bourgeois-atlantiste, seuls 20 % des sondés définissaient encore l’URSS comme le principal contributeur à cette victoire, contre 58 % pour les USA…

En mai 2014, un nouveau sondage IFOP a donné 49 % pour les USA et 23 % pour l’URSS, soit un début d’inversion de la lourde tendance au complet lessivage idéologique des décennies précédentes. De plus, alors que dans la tranche d’âge des 35 ans et plus, 50 % des sondés citent les USA et 20 % l’URSS, chez les 18-24 ans, ils ne sont plus désormais que 39 % à citer les USA… et 38 % à citer l’URSS !65

Une preuve que l’édifice de la propagande officielle commence à se lézarder, en particulier au sein des nouvelles générations…

Communistes du monde entier, debout ! Vous avez du pain sur la planche ! Levez bien haut la bannière du marxisme-léninisme et de la lutte pour l’abolition de l’esclavage salarié !

──────────────────────────────────────────────────────────────────── Remarque importante :

Pour ceux qui, après l’étude du dossier qui précède, désireraient accéder à une portion plus représentative de la richesse de la chanson soviétique ─ sans hélas pouvoir disposer de leur traduction en raison de l’immensité du travail à réaliser ─, nous renvoyons à une archive de fichiers audio supplémentaires comprenant 200 autres chansons. Ces chansons sont classées comme suit en fonction des grands thèmes présentés dans ce dossier. Ce classement est en partie arbitraire, certaines chansons pouvant recouper plusieurs thèmes.

  • Chansons pré-révolutionnaires et sur la Guerre civile : Ey ukhnem (1860s, 1951) ● Amurskie volni (1903, 1930s) ● Varyag (1904, 1942) ● Proshanie slavyanki (1912, 1944) ● Bolshevik leaves home (1918, 1953) ● Farewell (1920s, 1938) ● Song about Schors (1935, 1938, Pioneer) ● Eshelonnaya – Pesnya pro Voroshilova (1935, 1939)
  • Partizan Zheleznyak (1936, 1937) ● Tachanka (1937, 1938) ● Chapaev death (1938) ● Ballada o Pugacheve (1940s) ● Chernaya rat obstupila granitsi (1941)
  • Chansons internationalistes et premières escarmouches avec les fascistes :

Molodaya gvardiya (1929, 1950) ● Song about Hassan lake Battle (1938) ● Dalnevostochnaya (1938) ● Spain will be free (1936) ● Mi proydyom (1937) [Contre les ‘corbeaux’ de Franco] ● Internationale (1937) ● Braver comrades (1947) ● Smelo tovarishi v nogu (1947) ● First of may (1948)

  • Chansons de l’immédiate avant-guerre ─ Face au péril menaçant : Ahey on the road (1928, 1940s) ● Down the enemy planes (1934, 1937) ● This clouds mean storm (1935) ● To the distant pathway (1936) ● On the Far East (1937) ● Pesnya artilleristov (1937) ● Song about cossack Golota (1937) ● Arise Russian people (1938, Alexander Nevsky) ● Battle Stalinists (1938) ● Marsh Proletarskoy divizii (1938) ● Jenny’s song (1938) ● Marsh artilleristov (1939, Mikhalkov) ● Pesnya tankistov (1939) ● Dozornaya kavaleriyskaya (1939) ● Red regiments song (1939) ● About pilots (1939) ● For Motherland (1939) ● Dear City (1939) ● Rozpryagayte khloptsi koni (1939) ● Samovari samopali (1940, 1941) ● Fight (1940) ● Razvedka (1941)
  • Chansons romantiques : Chaika (1939) ● Lizaveta (1942) ● Blue handkerchief

(1942) ● Vasya Vasilyok (1942) ●  A dark night (1943, 1944) ● Lone light (1944) ●

Accordion (1947) ● Sole accordion (1947, 1951) ● In the gardens of the city (1947) ● Suliko (1948) ● On the Moscow river (1948) ● Kakim ti bil (1948, 1949)

  • Chansons sur l’attachement à la mère-patrie : A young eagle (1936, 1937) ● We are the most free country (1937) ● Kak visoko (1938) ● Capital of the world and motherland (1938) ● In our glorious country (1939) ● Our toast – Let us drink for

Motherland (1942, 1946) ● Play my accordion (1942, 1946) ● Rossiya (1947, 1951) ● Rodina (1949) ● Song about Land (1950) ● Far away (1950)

  • Chansons d’avant-guerre sur le bonheur de la vie nouvelle : Song about wind against us (1931) ● Optimists march (1934) ● Lovely wind (1936) ● Happy squad (1937, Pioneer) ● Moscow in may (1937) ● Ey gryanem silnee (1937) ● Davay tovarish poletim (1937, 1938) ● We are the most free country (1937) ● Leningrad is marching and singing (1938) ● Women work teams march (1938) ● On the lands of our happy Motherland (1938, 1940) ● Our youth (1939) ● Enthusiasts march (1940)
  • Chansons sur la prospérité des campagnes soviétiques : Along the village (1933) ● Happy farm (1937) ● Good luck (1937, 1939) ● Golden wheat (1947, 1950) ● Harvest song (1949) ● Light shine in our village (1951)
  • Chansons sur Staline : Song about Stalin – Alimov (1937) ● Cossacks song about Stalin (1937) ● Song about the first deputee (1938, pioneer) ● Pesnya o Staline

(1938, Azerbaidjan) ● Front song about Stalin (1940) ● Song about Stalin – Simonov (1942) ● Thank you Great Leader (1948) ● Kolkhoz song about Stalin (1949) ● Slava lyubimomu Stalinu (1949) ● Dear Stalin (1949) ● Stalinu slava ! (1949, 1950) ● Great name (1951)

  • Chansons de la flotte rouge : Forward Red Marines (1926, 1940s) ● Marsh vodolazov (1935, 1939) ● Across the oceans and the seas (1939) ● Boevaya krasnoflotskaya (1939) ● In the far sea (1947) ● Marsh nakhimovtsev (1949, 1951)
  • Chansons du Parti et de ses organisations de masse : Our locomotive (1922, 1940s) ● Vzveytes kostrami (1922, 1949) ● Kahovka – Three comrades (1936) ● Kids rail song (1937, Pioneer) ● Jewish comsomol song (1937) ● We well live like Lenin (1938) ● Song about military comissar (1938) ● Chekists song (1938) ● Fizkulturnaya (1938, Pioneer) ● Sacred Lenins banner (1943, 1944) ● Komsomol song (1947) ● Moscow’s Komsomol (1949, 1952)
  • Chansons du début de la Grande guerre patriotique : Good bye cities and towns (1941) ● Good bye city and house (1941, 1940s) ● Pesnya Maksima (1941) ● Song of the Brave (1941, 1947) ● Forward against the enemy (1941) ● Regiments are marching (1941) ● Gvardeyskaya (1941) ● We will fight to the victory (1941) ● Partisans battle song (1941) ● Pesnya smelikh (1941, 1947) ● Arise patriot ! (1941) ● Let us sing a loud song (1941) ● Victory, our battle goal (1941) ● We will defeat fascists (1941) ● Death to enemies (1941) ● Down the enemy planes (1941, WW2 version) ● All for Motherland (1942)
  • Marches de corps d’armées : Marsh aviatorov (1921, 1937) ● Song of Don cossacks (1937) ● Over the river (1938) ● Infantry song (1941) ● Song of 1st Red Banner tank brigade (1941, 1942) ● Dovators cossack song (1942, post 1950s) ● Marsh stalinskikh tankistov (1943s) ● Artillery song (1944)
  • Chansons sur les villes soviétiques : Aerograd city (1935) ● Song about soviet capital (1938) ● City of Lenin behind us (1942) ● Ladoga’s song (1942) [Siège de Léningrad] ● Near Kronstadt city (1942) ● Defenders of Leningrad (1943) ● Saint stone (1943, 1947) [Sébastopol] ● Rostov city (1943) ● Our city (1945) [Léningrad] ● Dream city (1947) ● Lenin mountains – Moscow (1949) ● Pesnya o Leningrade (1949, 1951) ● Samara town (1949)
  • Chansons poétiques de la guerre et de l’immédiate après-guerre : Song about

Dnepr (1941, 1946) ● Beskozirka (1941, 1942) ● Dorogi (1941, 1945) ● Dorozhenka (1941, 1949) ● Antoshas song (1942) ● In the blindage (1942) ● In the Bryansk woods (1942) ● In the woods front (1942, 1945) ● Evening in port (1942) ● Farewell rocky mountains (1942, 1945) ● Molodaya kazachya (1943) ● On sunny clearing (1943, 1946) ● Oy tumani moi rastumani (1943) ● Smuglyanka (1944) ● On the meadow near school (1944) ● A dark night (1943, 1944) ● Over the Volga (1944, 1950) ● We ve been at home long, long ago (1945) ● Oh roads (1945, 1952) ● Fascists burned dear home (1945, 1950s) ● Tayga (1947, 1951) ● The birds are flying to the south (1948) ● Igray garmon (1948) ● Po mostkam tesovim (1948) ● Two friends went (1948) ● Kolibelnaya (1949)

  • Chansons de la lutte de libération et de la Victoire : Sun will shine and that day will come (1943) ● Glory to our Country (1943, 1951) ● Kazachiy eskadron (1944) ● Borodino (1944) ● Cauldron (1944) [Et finalement les armées d’Hitler ont été prises au piège dans « le chaudron »…] ● Sadi sadochki (1944) ● Fly victory song (1944) ● Fanfarniy marsh (1944) ● Cossacks in Berlin (1945, 1946) ● Ekhal ya iz Berlina (1945, 1953) ● Front driver song (1945) ● Storonka rodnaya (1945) [Libération des pays d’Europe centrale] ● Banner of Victory (1945) ● Return to Saratov (1945) ● As I returned to my Motherland (1946) ● Lastochka kasatochka (1948) ● Sun set over mountain (1948) ● Azov partisans song (1953)
  • Chansons sur la marche en avant des sciences et du socialisme : Let the song fly over the sea (1937, 1948) [Sur les explorateurs polaires] ● Ekh khorosho (1937, Pioneer) ● Machinists song (1938) ● Graduates march (1939) ● Khoroshi vesnoy v sadu tsvetochki (1946, 1953) ● Train is moving faster (1947) ● Spring march (1947) ● Friends song (1948) ● Farewell accordionst (1948) [Sur un accordéoniste quittant son village pour entamer ses études d’ingénieur] ● Students battle march (1949) ●

Marsh suvorovtsev (1950) ● School polka (1951)

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Nous renvoyons enfin à trois galeries d’images de haute qualité disponibles sur notre site internet : deux consacrée à l’URSS de Staline et la troisième consacrée à son héritière, la RPSA d’Enver Hoxha. 

http://www.marxisme.fr/images_urss_sous_staline.htm

http://www.marxisme.fr/images_urss_soviet_posters.htm

http://www.marxisme.fr/images_40_annees_albanie_socialiste.htm

Ce que sont les « Amis de l’URSS » et comment ils luttent contre les marxistes-léninistes…

Le texte que nous présentons ici consiste essentiellement dans une lecture critique d’un des documents fondateurs de l’association des Amis de l’URSS, association créée récemment et chapeautée par deux organisations se réclamant du marxismeléninisme : l’URCF et le PRCF. A l’instar du PRCF, l’URCF est issu de la scission qui s’est opérée en 2004 au sein de la Coordination communiste pour la continuité révolutionnaire et la renaissance léniniste du PCF, un groupe oppositionnel interne au parti révisionniste français et créé en 1991. Nous allons voir par la suite que ces racines se font très sensiblement sentir…

Dans cette critique, nous nous référerons en particulier à un article de Jean-Luc Sallé, Secrétaire général de l’URCF depuis sa création. Nous allons montrer que cet article pourtant intitulé Contribution à l’étude de la reconstitution de la classe bourgeoise en URSS, remplit en fait le but inverse que son titre prétendait pourtant fixer.66

Alors que le dirigeant de l’URCF prétend contribuer à éclaircir cette question si fondamentale pour la renaissance du mouvement communiste international, nous allons voir qu’il ne contribue en fait qu’à y donner dans le « meilleur » des cas qu’une réponse pour le moins approximative et embrouillée, mais le plus souvent fausse et mystificatrice.

Nous ne prétendons pas donner une critique exhaustive de ce document d’une trentaine de pages et nous nous concentrerons donc sur ses points les plus essentiels.

Notre « camarade » commence par introduire sa « contribution » au moyen d’une grande phrase dont on ne comprend pas très bien la portée première, bien que traitant d’une question fondamentale : celle de la caractérisation du mode de production socialiste.

« Le socialisme, dit-il, n’est pas un mode de production en soi, il constitue la première phase, phase inférieure du mode de production communiste ».67

Il aurait suffit de dire que le socialisme constituait la période de transition permettant d’arriver à une société communiste, c’est-à-dire sans classes, en partant de la société bourgeoise ou règnent les antagonismes de classes. Il n’en reste pas moins que la société socialiste ainsi que la société communiste ont une même base matérielle : la propriété commune des moyens de production. Une telle formulation aurait été infiniment plus précise… et heureuse !

Un peu plus loin, il embrouille une autre question toute aussi fondamentale : pour lui, la phase de transition au communisme se ramène à « dépasser et combattre » « l’héritage bourgeois qui existe et agit comme contre-tendance sous le socialisme » et notamment les « lois économiques héritées du capitalisme comme la loi de la valeur »,68 loi qu’il faudra d’ailleurs selon lui « abolir » quand les conditions matérielles le permettront.69

Il commet ici une lourde erreur, qui comme on le verra un peu plus loin n’est pas innocente, une erreur qu’il aurait évité s’il avait compris la critique que Staline avait adressé aux économistes soviétiques révisionnistes juste avant sa mort, à savoir que les communistes ne peuvent abolir ou créer de nouvelles lois économiques, ils peuvent seulement apprendre à les connaître afin de les utiliser dans l’intérêt de la marche en avant vers le socialisme. Pour Jean-Luc Sallé, la loi de la valeur persiste sous le socialisme ─ nous parlons ici de la période où les rapports de production socialistes sont instaurés dans l’industrie comme dans l’agriculture.

C’est à la fois vrai et faux, et notre « contributeur » se garde bien de préciser en quoi. Sous le socialisme, la loi de la valeur voit sa sphère d’action limitée à la sphère des objets de consommation. En socialisant les principaux moyens de production de l’industrie et de l’agriculture, ces moyens de production cessent de circuler comme des marchandises et se trouvent alors exclus du cercle d’action de cette loi, qui perd alors son caractère destructeur tout en permettant de fournir une mesure de la quantité de travail aussi longtemps que les rapports de production dans l’agriculture n’ont pas été élevés au niveau de la propriété d’Etat et que les produits du travail de l’industrie et de l’agriculture circulent par conséquent encore sous la forme de marchandises.

Ce n’est qu’une fois que les rapports de production agricoles auront été élevés au niveau de la propriété du peuple tout entier, que la sphère d’action de la loi de la valeur sera réduite à néant et offrira les conditions nécessaires à la suppression de l’argent, de la marchandise et du passage à la société communiste.

Si nous mettons le terme « marchandise » en italique, c’est parce sous le socialisme les marchandises vendues par les fermes collectives et l’industrie en revêtent uniquement la forme, car elles ne sont déjà plus des marchandises à proprement parler, puisqu’elles ne renferment en elles aucun travail exploité, aucun profit qui soit accaparé par une minorité exploiteuse. Il s’agit donc, comme Staline le soulignait très justement d’une autre sorte de marchandise. En effet, sous le socialisme, tout le travail effectué par l’ouvrier ou le paysan leur revient directement (salaire, paiement en nature, etc.) ou indirectement (assurances sociales, consommation sociale, extension future de la production, etc.), sans qu’une fraction de ce travail ne puisse être détournée.

De même, sous le socialisme, le prolétariat au sens propre disparaît : ne reste plus que l’ouvrier ou l’employé qui, dans les branches de l’industrie, du commerce ou des services formant le tissu de la propriété d’Etat, ne sont plus exploités par personne. Le « sur-travail » continue certes d’exister sous le socialisme, essentiellement en tant que source 1° de la consommation sociale (éducation, santé, retraites, etc.), 2° de l’amortissement des infrastructures et de l’outil de production, et 3° de la hausse de la norme d’accumulation et de l’extension de l’outil productif. Pourtant, ce sur-travail n’a plus rien à voir avec le profit, c’est-àdire avec la fraction de travail extorquée par les capitalistes à leurs esclaves…

Puisque nous traitons des embrouillages de notre « camarade », poursuivons sur le suivant : celui relatif à la NEP. Il y consacre un assez long passage.70 Mais cette longueur relative ne garantit pas qu’il soit exempt d’erreurs et d’omissions. Tout au contraire, il réussit l’exploit de passer sous silence les traits les plus essentiels de la NEP, et nous verrons un peu plus loin encore une fois que ce n’est pas innocent… Ces traits les plus essentiels de la NEP ─ dont la signification et la portée profondes ont toujours été incomprises des révisionnistes de toutes sortes qui n’ont cessé d’en prendre prétexte pour justifier leur voie de trahison ─, sont les suivants :

1° Confrontée à une situation de destructions et de pénuries induite par la guerre inter-impérialiste puis la guerre d’intervention des impérialistes coalisés (19181922), le PCUS (b) fût forcé de recourir au méthodes du communisme de guerre (réquisitions quasi-systématiques dans l’agriculture). En 1921, dans un pays dévasté, le mécontentement de la paysannerie et même d’une fraction du prolétariat vont croissant. Après la Révolte de Kronstadt, il devient évident qu’il faut d’abord parvenir à relever une économie dévastée par des années de guerre et mettre un terme aux méthodes du communisme de guerre (réquisitions). Par chance, l’intervention étrangère touche alors à sa fin. Cependant la grande industrie, elle-même dévastée, se trouve alors dans une situation alarmante et ne fournit plus qu’une fraction de son niveau – pourtant déjà misérable ─, d’avantguerre. Cette industrie socialisée est alors pour le régime socialiste naissant bien plus une source de dépenses que de recettes, car il faut alors réaliser des investissements colossaux pour pouvoir la redresser.

2° Dans ces conditions, penser à relever simultanément l’industrie légère et en particulier les petits ateliers est tout bonnement inconcevable. Lénine montre ainsi la nécessité pour l’Etat soviétique de concentrer ses forces d’accumulation alors très limitées, au relèvement de la grande industrie, laquelle permettra ensuite le relèvement et l’essor des branches de l’industrie légère. Cela nécessitait au cours de cette période de transition et d’accumulation initiale d’assigner aux petites entreprises de l’artisanat et de l’industrie légère, la tâche de fournir les objets de consommation dont avaient besoin la classe ouvrière et la paysannerie. Les petites entreprises (c’est-à-dire celles comptant au maximum de l’ordre d’une dizaine d’employés) furent ainsi dénationalisées et le travail salarié fût ainsi restauré dans ces branches.

3° Néanmoins, le capitalisme opéra déjà au cours de ces années dans une sphère d’action relativement réduite et qui alla en décroissant rapidement. Il suffira de souligner qu’en 1923-1924, le secteur socialiste représentait déjà 76 % de la production industrielle.71 En 1926-1927, à la veille du lancement du premier plan quinquennal, cette part avait grimpé à 86 %.72 Enfin, en 1929, soit à peine un an après le début du premier plan quinquennal, on peut dire que le secteur capitaliste n’existe déjà plus dans l’industrie soviétique, la part de l’industrie socialiste dépassant alors 99 %.73

Comme on le voit, même au cours des années de la NEP, la grande industrie socialisée attribuait déjà au secteur socialiste un rôle prépondérant dans l’industrie. Ce rôle directeur et ce poids croissant justifient ainsi le fait que l’Etat soviétique restait bien un Etat socialiste, même si des concessions temporaires avaient été faites aux petits capitalistes et que ces conditions engendraient inévitablement la croissance d’éléments bourgeois (NEP-mens) ─ non pas au sein de la grande industrie socialisée, mais au sein de la petite industrie qui ne l’était pas encore ─, des éléments hostiles dont le Parti devait à tout prix se préserver.

Cela justifiait donc le point de vue léniniste selon lequel « de la NEP sortira la Russie socialiste ». Voilà l’essentiel de l’aspect économique de la NEP. Nous ne nous étendrons pas sur ses aspects politiques qui sont assez bien décrits par notre « camarade ».

L’essentiel à retenir de la NEP ─ et qui est complètement passé sous silence par notre « camarade » ─, est donc : 1° l’explication matérialiste de la nécessité de la NEP ainsi que 2° l’étendue limitée de sa sphère d’action – la grande industrie restant socialisée –, permettant ainsi de préserver le rôle prépondérant et directeur de la classe ouvrière dans l’industrie prise dans son ensemble. Voilà donc les faits pourtant capitaux dont s’abstient de parler notre « camarade » qui se garde bien ici de donner des données chiffrées précises, et nous allons voir maintenant que cela converge vers un but bien précis…

Pourquoi donc notre « camarade » s’attache-t-il autant à faire semblant de nous donner une analyse « approfondie » de la NEP… tout en éludant certains de ses caractères les plus fondamentaux ?

Eh bien tout simplement par ce que ce faisant, il « démontre » la possibilité de coexistence d’éléments de capitalisme dans le socialisme. Ça n’est pas de peu d’importance, puisque cela lui permet de justifier ensuite la soi-disant « progressivité » du processus de restauration du capitalisme dans l’URSS poststalinienne, une conception qui lui permet de détacher l’existence d’un pouvoir politique révisionniste ─ qui témoigne alors selon nous de l’existence et de la victoire d’une nouvelle bourgeoisie ─, de sa base économique qui demeurerait soidisant « socialiste »… alors qu’elle ne pouvait être que capitaliste !

En un autre temps, un certain Trotski avait fait de même pour calomnier le socialisme soviétique : il condamnait ainsi résolument la domination de la « bureaucratie stalinienne », bien que l’URSS resta alors selon lui un « pays socialiste ». Comme on le voit, animé par ses concepts économiques et philosophiques aussi superficielles que confuses, notre « camarade » ne nous fait rien de moins que du trotskisme à rebours !…

Prétendre le contraire, c’est avoir une conception très « particulière » ─ idéaliste et anti-matérialiste ─, des rapports entre la structure et la superstructure : comme si un pouvoir politique pouvait émerger et régner sans avoir de base économique et sociale…

Les révisionnistes khrouchtchéviens avaient bel et bien cette base économique et sociale : ils étaient les représentants et les interprètes des éléments bourgeois hostiles anciens (bourgeois infiltrés), et nouveaux (bureaucrates arrivistes et carriéristes recherchant les privilèges), auxquels les circonstances exceptionnelles de la Guerre d’extermination livrée par l’impérialisme allemand combinées à l’affaiblissement qualitatif du PCUS (b) qui perdit au cours de celle-ci des millions de ses meilleurs éléments, avaient permis de se développer largement au point d’en arriver à constituer une masse critique qui s’avéra capable de renverser le pouvoir prolétarien de l’intérieur.

Ce constat n’est à l’évidence pas partagé par notre « camarade » qui nie l’existence d’une nouvelle classe exploiteuse constituée dans l’URSS post-stalinienne.

« Quand à l’époque de Khrouchtchev, alors que la bourgeoisie avait été liquidée en tant que classe sociale puisque règne la propriété sociale et collective des moyens de production et d’échange, proposer de s’inspirer de la NEP, c’était au contraire préparer l’offensive pour restaurer le capitalisme. Ce sera manifeste à l’époque de Gorbatchev quand la NEP deviendra le justificatif idéologique pour légaliser le commerce et les entreprises privées ».74

Ainsi, Khrouchtchev n’aurait fait que « préparer l’offensive » sur le plan idéologique, et Gorbatchev l’aurait poursuivi et exécuté dans la pratique… Mais jusqu’à la Perestroïka, en dépit des « défauts » apparus sous l’action des révisionnistes au pouvoir, l’URSS n’en serait pas moins fondamentalement restée un Etat socialiste. Telle est la théorie de notre « camarade ».

Quant à nous, nous demandons (en matérialistes) si ce n’est pas plutôt l’offensive (matérielle et économique) de la nouvelle classe bourgeoise ayant accédé au pouvoir à la mort de Staline, qui a précédé et accompagné ces deux vagues d’offensives idéologiques qui ont abouti aux évènement de 1991…

Nous demandons également si la première vague offensive ─ c’est-à-dire celle qui accompagna et suivit le 20ème Congrès du PCUS ─, fût autre chose que l’affirmation du pouvoir de la nouvelle classe exploiteuse qui s’était constituée au sein même de l’appareil du Parti et de l’Etat soviétique au gré des circonstances exceptionnelles terribles de la Grande Guerre patriotique.

Nous demandons finalement si la seconde vague offensive ─ celle de la fin des années 1980 ─, était autre chose que la victoire de l’aile bourgeoise-compradore de cette nouvelle classe exploiteuse alors confrontée à une décomposition économique de plus en plus profonde et à une dépendance économique croissante vis-à-vis de ses concurrents impérialistes d’Occident ; en bref, la victoire d’une aile bourgeoise prête à liquider des branches d’industrie entières et l’indépendance économique de son pays, à briser les dernières chaînes dorées dans lesquelles elle maintenait son propre prolétariat, et enfin à accepter la dislocation de sa sphère d’influence coloniale contre des dollars sonnants et trébuchants.

A ces trois questions fondamentales, on ne peut évidemment, que répondre par la négative, et seuls des ennemis du communisme et de l’URSS, seuls des révisionnistes cherchant à revêtir l’habit du léninisme pour continuer à tromper les masses peuvent chercher à essayer de « prouver » le contraire… tout en prétendant chercher à découvrir la vérité sur ces tragiques évènements !

Notre « camarade » ne manque certes pas ─ du moins en apparence ─, de condamner le tournant khrouchtchévien de l’URSS. Pour lui, le PCUS post-stalinien « ignora théoriquement et pratiquement les contradictions du socialisme et le caractère dialectique de son développement ».75 Il admet ainsi la « continuité de la lutte de classes sous le mode de production communiste » dans l’URSS des années 1930 ─ notre « camarade » affectionne décidemment les cafouillages autour des questions de « modes de production »… ─, et reproche à Khrouchtchev de « théoriser sur l’absence de contradictions antagoniques et l’absence de conflits dans la société soviétique ».76 Il reproche enfin aux khrouchtchéviens d’avoir proclamé « la fin de la lutte de classes » et l’avènement du « Parti du peuple entier ».77

De cela, il tire la conclusion que ces théories ont ouvert la voie à l’extension du révisionnisme et à la préparation de la restauration du capitalisme. Il dénonce ainsi les ruptures « théoriques » des révisionnistes.78 Comme on le voit, notre « camarade » détache ainsi la propagation des théories révisionnistes de la base matérielle qui les engendre, c’est-à-dire de l’existence d’une nouvelle classe exploiteuse. Pour lui, la contre-révolution dans le domaine idéologique précède et existe longtemps avant la contre-révolution victorieuse dans le domaine économique. On nous accordera que cette conception des choses, qui donne la primauté de la pensée sur la matière, n’est pas très matérialiste…

Quant à nous, nous estimons plutôt que ces théories révisionnistes relevaient d’une volonté de la nouvelle classe bourgeoise au pouvoir de mystifier le néo-prolétariat « soviétique » et de farder la nouvelle réalité sociale bourgeoise « soviétique »…

Lorsque les khrouchtchéviens proclament l’avènement de « l’Etat de tout le peuple » alors que le communisme n’est pas instauré, ils ne font rien d’autre que proclamer « l’extinction de la lutte de classes » afin de désarmer le néo-prolétariat soviétique pendant qu’eux-mêmes passent à l’offensive. La similitude est frappante avec l’Etat de notre « bon vieux » capitalisme « classique » qui, lui aussi, aime à l’occasion proclamer son caractère « démocratique pour tous » afin de faire croire au prolétariat qu’il n’a plus rien à conquérir puisqu’il a soi-disant conquis des droits politiques égaux vis-à-vis de ceux des classes exploiteuses… Quant aux droits économiques, ça, c’est une toute autre histoire !…

Décidemment, comme on le voit, notre « camarade » n’est pas plus heureux que ses prédécesseurs khrouchtchéviens : la méthode « dialectique » matérialiste qu’il invoque si souvent lui joue en effet de nombreux bien vilains tours !

La véritable dialectique matérialiste est évidemment toute autre que la caricature grossièrement idéaliste qu’en donne notre « camarade ». Nous ne nions pas qu’il faille un processus d’accumulations quantitatives préalable, avant que ne se produise le saut qualitatif ─ que ce dernier soit progressif (lorsqu’il conduit à la révolution socialiste) ou régressif (lorsqu’il mène à la contre-révolution bourgeoise) ─, mais nous ne le situons absolument pas ce processus d’accumulations quantitatives à la même époque que notre « camarade ».

Pour notre « camarade », qui aime beaucoup parler de « dialectique », celle-ci se ramène à des accumulations quantitatives et le saut qualitatif ne vient que très, très, très tardivement…

« Notre problématique a montré que, dès les années 60, la classe bourgeoise renaît et bénéficie de solides positions économiques dans le pays ce qui, dialectique oblige, affaiblit d’autant ce qui reste de socialisme ».79

Pour dire vrai, ce qu’il prend pour des « restes de socialisme » ─ son cadavre devrions-nous dire ─, ne sont pas des éléments de la structure ─ c’est-à-dire la base matérielle constituée par les rapports de production bourgeois restaurés ─, mais des éléments hérités de l’ancienne superstructure : les fameux « acquis sociaux » ! Ainsi, ce saut qualitatif (pouvoir des travailleurs → pouvoir d’une bourgeoisie monopoliste d’Etat), a déjà eu lieu et il ne l’a même pas vu ! C’est en fait le second saut qualitatif (pouvoir d’une bourgeoisie monopoliste d’Etat → pouvoir d’une bourgeoisie compradore), qu’il a pris pour le premier !

Cette méprise l’autorise à nier le fait que le saut qualitatif de la restauration capitaliste se soit produit au tournant des années 1950. Pour lui, la restauration du capitalisme est ainsi conçue comme un phénomène d’accumulations quantitatives au cours de la période s’étendant des années 1950 jusqu’aux années 1980 incluses. Il situe donc ainsi « naturellement » le saut qualitatif en 1991.80

Or, bien que notre « camarade » fournisse des éléments prouvant que l’influence et les menées négatives des révisionnistes étaient déjà considérables au tournant des années 195081 et annonçaient donc un saut qualitatif vraisemblablement imminent, il n’en affirme pas moins que « le vertige du succès et la perte de vigilance », « sources de l’apparition de phénomène négatifs et morbides pour le socialisme » ne se faisaient alors sentir qu’ « à une échelle encore très marginale ».82

Ce  qui  est  véritablement  morbide,  « camarade »  Sallé,  c’est  de  passer  sous  silence  le  fait  que  les  années s’étendant de l’immédiate après-guerre jusqu’au début des années 1950, furent le théâtre d’une très âpre lutte de classe au sein du PCUS (b) ! D’abord larvée et sous-terraine, cette lutte apparût une première fois au grand jour au lendemain même de le guerre d’extermination dont fût victime l’URSS, avec la dénonciation de la voie de trahison des titistes yougoslaves et soviétiques qui leur étaient liés, ainsi que la mort « suspecte » de plusieurs dirigeants fidèles et éprouvés du PCUS (b), et enfin la vaste campagne  antisioniste  et  anticosmopolite  qui  la  suivit  immédiatement.

Cette  lutte  culmina  avec l’offensive  des  staliniens  soviétiques  qui  parvinrent  au  tournant  de  1952-1953  à  évincer  les  éléments dégénérés de la direction à la suite d’une vaste campagne idéologique, puis s’acheva quelques mois plus tard avec la contre-offensive victorieuse de ces éléments qui, grâce à l’emploi des méthodes de conspirateurs et au soutien d’une fraction des hauts-cadres de l’Armée, parvinrent à se débarrasser dans la coulisse des  derniers « vilains gêneurs », et en particulier de celui qui avait guidé trois décennies d’une glorieuse marche en avant vers le communisme et dont le nom faisait trembler les impérialistes de tous les pays…

Le XXème Congrès du PCUS, tenu en 1956, et le processus de déstalinisation qu’il amorça, ne firent que proclamer ouvertement la victoire (qui s’avéra hélas définitive) des forces contre-révolutionnaires.

Mais d’où vient donc cet aveuglement de notre « camarade » qui ne veut pas voir que le début de la déstalinisation démontre qu’un premier saut qualitatif ─ et en fait le plus capital en ce qui concerne la question qui nous intéresse, celle de la restauration du capitalisme ─, avait déjà eu lieu ?

Il provient de ce que notre « camarade » minimise très fortement ─ pour ne pas dire passe complètement sous silence … ─, ce qui constitue en fait la principale source du danger de restauration capitaliste qui subsiste après l’instauration des rapports de production socialistes dans toute l’économie : le bureaucratisme et la recherche des privilèges. Un comble quand on prétend « découvrir » les causes de la reconstitution d’une nouvelle classe bourgeoise !

Pour Jean-Luc Sallé, le danger de restauration capitaliste est essentiellement « représenté par la liaison entre l’impérialisme international et les débris de la clase exploiteuse liquidée ».83 Le danger constitué par le bureaucratisme est pour sa part évoqué du bout des lèvres, au détour d’une phrase, et à aucun moment il n’explique son fondement matériel.

Dans un pays comme l’URSS de la fin des années 1930, le secteur socialiste d’Etat embrasse toute l’industrie, le commerce, les transports et même une partie de l’agriculture. Le socialisme conduit donc à une centralisation sans précédent des moyens de production, et dans ces conditions, la tentation est grande pour les gestionnaires et les administrateurs de cette propriété sociale qui ne se sont pas encore affranchis de toutes les survivances du capitalisme qui persistent longtemps dans la conscience des hommes, de chercher à profiter de cette position privilégiée pour détourner à leur profit personnel une fraction du produit social…

Il n’est pas difficile de comprendre que de telles méthodes d’acquisition de ce produit social sont dans leur fondement parfaitement similaires à l’extorsion capitaliste du profit. Dans les deux cas en effet, une fraction du produit social ne revient ni directement, ni indirectement à ceux qui l’ont créé, mais est détournée par une classe qui profite de sa position privilégiée au sein des organismes dirigeants pour se l’accaparer.

Comment donc se préserver de ces phénomènes négatifs et de ce danger majeur ? La réponse nous a été donnée il y a longtemps déjà par Karl Marx.

« Précisément par l’exemple de la Commune [de Paris], Marx a montré que les titulaires des fonctions publiques cessent, en régime socialiste, d’être des « bureaucrates », des « fonctionnaires » au fur et à mesure que, sans parler de leur électivité, on établit en outre leur révocabilité à tout moment, qu’on réduit en outre leur traitement à un salaire moyen d’ouvrier, et qu’en plus on remplace les organismes parlementaires par des corps « agissants », « exécutifs et législatifs à la fois ». »84

C’est en ayant en vue ces enseignements fondamentaux, qu’en 1927, dans son rapport au XVe Congrès du PCUS (b), Staline reconnut qu’une partie des militants affectés à la lutte contre la bureaucratie, « tout en luttant contre la bureaucratie, se laissent parfois contaminer eux-mêmes par ce mal et le propagent dans les organisations du Parti ».

Pour Staline, la tentation bureaucratique était étroitement liée à l’existence de l’Etat, et ce phénomène se poursuivrait donc « à un degré plus ou moins fort » jusqu’à l’avènement du communisme. Staline recommandait comme meilleur moyen d’amputer cette tendance bureaucratique permanente d’accroître

« l’activité des masses du Parti, en les faisant participer au règlement des questions de la direction du Parti et en perfectionnant systématiquement la démocratie à l’intérieur du Parti ».85

Contrôle du bas sur le haut, telle est donc la recette fondamentale des mécanismes de la lutte contre les éléments bourgeois dans les organes du pouvoir sous la dictature du prolétariat.

Staline avait encore tout ceci à l’esprit quand en 1937, à l’occasion d’un discours prononcé en tant que devant les électeurs de sa circonscription, il leur conseilla de se montrer toujours vigilants, de ne jamais laisser leurs élus devenir « libres » et « indépendants » d’eux, de ne jamais les laisser dévier impunément du droit chemin quitte à « s’empêtrer dans des machinations pas tout à fait recommandables » une fois les élections passées, comme c’est la norme dans les pays bourgeois.

C’est ainsi que Staline rappelait à ses camarades-électeurs que la constitution soviétique avait « promulgué une loi conférant aux électeurs le droit de rappeler avant terme ceux de leurs députés qui commencent à biaiser, à dévier de la bonne voie, à oublier leur dépendance vis-à-vis du peuple, vis-à-vis des électeurs ».

« Loi remarquable que celle-là, camarades. Le député doit savoir qu’il est le serviteur du peuple, son délégué envoyé au Soviet suprême, et il doit s’en tenir à la ligne qui lui a été tracée dans son mandat par le peuple. Si le député a dévié de son chemin, ses mandants ont le droit de demander de nouvelles élections et de blackbouler le député fourvoyé. (Rires, applaudissements.) Loi remarquable que celle-là. Mon conseil, conseil de candidat-député à ses électeurs, est qu’ils n’oublient pas ce droit, le droit qu’ils ont de rappeler avant terme les députés, de surveiller leurs députés, de les contrôler et, s’ils s’avisent de dévier de la bonne route, de les secouer de leurs épaules, d’exiger de nouvelles élections. Le gouvernement a le devoir de fixer de nouvelles élections. Mon conseil est de ne pas oublier cette loi et de s’en servir à l’occasion ».86

Il faut également rapprocher cet avertissement d’un autre avertissement que Staline lança à la même époque. Il suffit aujourd’hui de relire la conclusion du précis d’Histoire du PCUS (b) à l’aune de la contre-révolution bourgeoise-révisionniste victorieuse pour y voir l’avertissement permanent que Staline lançait à tous les membres du Parti :

« On peut reconnaître pour règle générale, dit le camarade Staline, qu’aussi longtemps que les bolcheviks conserveront leur liaison avec les grandes masses du peuple, ils seront invincibles. Et au contraire, il suffit que les bolcheviks se détachent des masses et rompent leur liaison avec elles, il suffit qu’ils se couvrent de la rouille bureaucratique, pour qu’ils perdent toute leur force et se transforment en une nullité ».87

Comment donc notre « camarade » ─ qui disserte en long en large et en travers à propos des discours mystificateurs des révisionnistes soviétiques afin d’y dénicher les « preuves » que le socialisme n’avait alors pas été liquidé ─, peut-il complètement passer sous silence ces enseignements capitaux livrés par les chefs du prolétariat international au sujet des conditions de la sauvegarde du caractère prolétarien du pouvoir d’Etat ? Eh bien tout simplement parce que ces avertissements répétés ne collent pas avec son interprétation très « particulière » de l’Histoire ! Nous connaissons maintenant la raison de l’aveuglement de notre « camarade » ! Reprenons donc …

En URSS, l’accumulation quantitative d’éléments bourgeois au sein des organes de l’Etat, du Parti et de l’Armée a pu longtemps être évitée grâce à une vigilance révolutionnaire de tous les instants et à une participation directe des masses populaires aux mécanismes de contrôle sur les organes du pouvoir soviétique. Des éléments hostiles parvinrent certes de manière continue à pénétrer au sein de ces organes ou a en émerger spontanément au cours des années 1920-1930, mais ils en furent alors systématiquement ponctuellement épurés et ne purent ainsi jamais atteindre une masse critique représentant un danger pour le pouvoir de la dictature du prolétariat.

Mais la guerre d’extermination livrée par l’impérialisme allemand changea fondamentalement la donne. Elle força ces organes à mettre au second plan ─ si ce n’est à suspendre complètement ─, la lutte contre les éléments bourgeois infiltrés et les bureaucrates dégénérés. Elle leur permit pendant plusieurs années de prospérer et de prendre une extension de plus en plus large au moment même où le PCUS (b) voyait disparaître brutalement et en masse de ses rangs ses meilleurs éléments, ses membres les plus fidèles et les plus dévoués à la cause du communisme. La situation exceptionnelle induite par la guerre conduisit à un affaiblissement sans précédent de la participation des larges masses populaires à l’administration du pays, et donc à un affaiblissement directement proportionnel de la lutte contre les éléments bourgeois dégénérés s’y infiltrant ou en émergeant spontanément. Cette situation conduisit donc à une accumulation quantitative accélérée de ces éléments hostiles à la dictature du prolétariat.

Dans ces conditions, la situation politique interne du PCUS (b) était grosse de dangers dans l’immédiate après-guerre. Ces éléments bureaucrates et carriéristes coupés des masses qui avaient pu prospérer librement sans être épurés, en étaient arrivés à représenter un seuil critique, et le saut qualitatif contre-révolutionnaire menaçait. A l’évidence, Staline avait pris conscience de ces dangers, de l’affaiblissement qualitatif du PCUS (b) et de la nécessité de combler rapidement ce vide en formant une nouvelle génération de bolchéviks ─ un souci dont témoignent de manière incontestable ses derniers écrits polémiques avec les théoriciens qui se faisaient les porte-paroles de ces tendances néo-bourgeoises, son implication dans la mise au point du Manuel d’économie politique, ainsi que son rôle dans la mise à l’écart des éléments révisionnistes et conciliateurs de la direction soviétique en décembre 1952.

Mais les menées et les intrigues sous-terraines de ces éléments néo-bourgeois dégénérés ne lui en laissèrent ni le temps ni la possibilité. Dans l’immédiate aprèsguerre, ces éléments avaient rapidement pris conscience que le rapport de forces avait évolué en leur faveur, et qu’ils avaient peut-être désormais la possibilité de se soustraire aux mécanismes de contrôle populaire, avec à la clef la promesse d’une vie plus paisible et la possibilité de pouvoir enfin rechercher des privilèges sans avoir à être inquiétés, sans avoir au dessus de sa tête la menace permanente du poing de la dictature du prolétariat. Telle est la base sociale fondamentale de la contre-révolution bourgeoise-khrouchtchévienne qui triompha en URSS en 1953.

Dans le domaine de l’industrie, qui est dans sa totalité directement centralisée dans les mains de l’Etat, la seule prise de pouvoir de la nouvelle bourgeoisie constitua le saut qualitatif qui transforma la propriété du peuple tout entier en propriété capitaliste monopoliste d’Etat.

Mais cela ne suffisait pas aux nouveaux exploiteurs. Pour eux, les sommes colossales dépensées par l’Etat soviétique dans l’agriculture étaient une entrave à leur accumulation. L’Etat néo-bourgeois avait en effet hérité de la période socialiste la propriété des principaux moyens de production du secteur agricole ─ les stations de machines et tracteurs (SMT) étant simplement « louées » aux kolkhozes. La « réforme » des khrouchtchéviens ayant abouti à la vente des SMT aux kolkhozes en 1957 permit donc d’alléger un fardeau jugé bien trop lourd par la nouvelle bourgeoisie « soviétique ».

Par cette « réforme », ce n’était pas seulement un recul en arrière « limité » ─ c’est-àdire pouvant certes plonger l’agriculture soviétique dans de graves difficultés, sans que cela ne remette cependant en cause son caractère « socialiste » ─, comme essaie de le faire croire notre « camarade » qui cite au passage Staline pour appuyer son argumentaire.88 Staline parlait effectivement de l’éventualité d’une telle réforme comme d’une tentative « de faire tourner à rebours la roue de l’histoire », mais sans préciser davantage sa signification profonde, car ce débat était censé être clos depuis longtemps.

Rappelons que la propriété étatique sur les SMT était inscrite dans l’article n°6 de la nouvelle constitution de l’URSS adoptée en décembre 1936. Staline ne pensait alors certainement pas que son Parti avait dégénéré au point de pouvoir mettre en œuvre une telle « réforme » quelques années plus tard…89

La vente des principaux moyens de production aux kolkhozes en 1957 ne pouvait signifier qu’une seule chose : la restauration du capitalisme dans l’agriculture sous la forme de fermes coopératives de type capitaliste, qui elles aussi possèdent en propre leur gros outillage. On peut ainsi affirmer que dès 1957, c’est la propriété socialiste dans son ensemble ─ dans l’industrie comme dans l’agriculture ─, qui avait été liquidée par la nouvelle bourgeoisie monopoliste d’Etat.

Toutes les réformes ultérieures du « socialisme du marché » ─ à l’instar de la première d’entre elles, la réforme des sovnarkhozes de 1957, puis celle de Liberman-Trapeznikov-Kossyguine en 1965 ─, ne viseront nullement à affaiblir la dictature du prolétariat (alors déjà liquidée !) et à préparer la restauration du capitalisme, comme l’affirme trompeusement notre « camarade ».90

Ces réformes viseront uniquement à rechercher les méthodes de gestions les plus efficaces, les plus capables de privilégier la croissance de la rentabilité des entreprises formant le secteur capitaliste monopoliste d’Etat, c’est-à-dire d’augmenter la masse des profit extorqués : autonomie de gestion visant à « stimuler les initiatives », recherche de la rentabilité financière immédiate maximale, abandon de la primauté de l’industrie de production des moyens de production au profit des branches de l’industrie légère à plus basse composition organique en Capital, etc.

Il est évident que ces méthodes ne sont que des formes de gestion dont l’importance est en réalité secondaire. Ces formes ne sauraient en effet éclipser leur fondement commun : un contenu bourgeois induit par l’existence d’une classe exploiteuse au sein même de l’appareil d’Etat et du Parti, c’est-à-dire une classe détenant simultanément le pouvoir économique et politique.

Evidemment, les capacités d’accumulation et plus encore la possibilité pour cette néo-bourgeoisie de « jouir » du profit qu’elle avait extorqué étaient limitées ─ relativement à celles de son homologue des pays impérialistes d’Occident.

Sa capacité à détourner à son profit le produit social était donc relativement restreinte, d’autant plus qu’elle ne pouvait s’afficher trop sensiblement dans le luxe sans avoir à craindre de se démasquer immédiatement aux yeux des masses populaires. Ce sont ces « limitations » qui détermineront l’extension de plus en plus large de la corruption et du marché noir, dont notre « camarade » fournit d’ailleurs des exemples prouvant qu’ils avaient pris de vastes proportions : « l’économie informelle » représente ainsi autour de 10 % du PIB « soviétique » à la fin des années 1960, et près du tiers du chiffre d’affaires du secteur capitaliste monopoliste d’Etat vers 1985.91

Mais ces méthodes parallèles et sous-terraines assez « artisanales » ne permettaient alors pas une accumulation individuelle assez rapide. Dans ces conditions, une fraction de cette bourgeoisie confrontée à la crise de stagnation économique des années 1970-1980 se décidera à… brader la propriété capitaliste monopoliste d’Etat afin de renouer résolument avec les profits tout en réalisant au passage une accumulation primitive foudroyante pour quelques individus bien placés… L’intelligentsia néo-bourgeoise privilégiée qui rêvait depuis longtemps d’accéder au mode de vie de la grande bourgeoisie occidentale pût alors être comblée et les chantres de la « fin de l’Histoire » en profitèrent pour se déchaîner et déclarer la mort clinique d’un « communisme » qui avait soi-disant irrémédiablement échoué…

Dans ces conditions, il est évidemment de la plus haute importance de comprendre que la répartition du produit du travail dans la société « soviétique » poststalinienne ─ c’est-à-dire du profit extorqué par la nouvelle classe exploiteuse ─, n’avait rien en commun avec le socialisme et reflétait indéniablement la restauration de l’exploitation du travail du néo-prolétariat « soviétique », en bref, de montrer que la mort de l’URSS ne signifiait pas la mort du socialisme soviétique, mais celle du social-impérialisme soviétique qui lui avait succédé près de quatre décennies auparavant.

Notre « camarade » reconnaît certes la nature « inégalitaire » de la répartition des primes d’intéressement aux bénéfices sous le pouvoir révisionniste-bourgeois ─ « le directeur et les cadres dirigeants percevaient selon les estimations, de 30 à 60 % du montant des primes » ─,92 mais il s’empresse d’en minimiser l’ampleur et d’en passer sous silence la signification profonde ! Et pourquoi donc, « camarade » Sallé, n’avoir parlé que des primes ─ encore que très superficiellement ─, et non pas également de l’échelle de base des salaires ?

Nous allons de suite répondre à cette question et combler ces lacunes de notre « camarade » ! Une étude publiée par le PTA en 1982 souligna de manière équivoque le caractère bourgeois de la répartition du produit du travail dans l’URSS poststalinienne. Selon cette étude, on pouvait déduire de sources soviétiques que le rapport entre les plus bas et les plus hauts salaires au sein des entreprises industrielles étaient de près de 1 pour 11 ! Et à cela, il fallait ajouter le fossé encore plus grand en ce qui concerne la distribution des bénéfices et le partage des primes :

« Du point de vue de la structure sociale, le personnel de l’industrie soviétique comprend 4 % d’administrateurs et 96 % d’ouvriers. Quant à la répartition des fonds des stimulants matériels dans cette branche fondamentale de l’économie, les statistiques officielles indiquent que les administrateurs capitalistes de la production s’approprient 49,3 % des gratifications, le reste, soit 50,7 %, « étant distribué aux ouvriers ». (Sovietskaia Ekonomitcheskaia Reformu : Prodvijienie, Probleme, p. 197.) Ces faits prouvent que « la part du lion » revient aux représentants de la bourgeoisie révisionniste soviétique qui, investis du pouvoir d’Etat, sont en réalité les dirigeants effectifs de la production. Selon les statistiques susmentionnées, 1 % du personnel des entreprises soviétiques, investi de fonctions d’Etat (c’est-à-dire les gestionnaires capitalistes) reçoit 12,3 % des gratifications, alors que le personnel privé de ce pouvoir, comme c’est le cas du prolétariat soviétique, n’en reçoit que 0,5 %, soit 25 fois moins. Il n’y a aucun doute que la grande bourgeoisie au pouvoir, tout comme la bourgeoisie occidentale, nourrit de ses « miettes » l’opportunisme au sein du mouvement ouvrier ».93

A la même époque, en Albanie socialiste, l’amplitude entre les plus bas et les plus hauts salaires ─ c’est à dire entre la rémunération d’un paysan coopéré et celle d’un ministre ─, variait dans un rapport de 1 à 2 !

Il n’est ainsi pas difficile de comprendre, contrairement à ce qu’affirme notre « camarade »,94 que la persistance « d’acquis sociaux » hérités de la période socialiste et même de « hausses de salaires » ponctuelles ne constituaient dans ce cadre aucunement des preuves que les rapports de production socialistes perduraient fondamentalement dans la société « soviétique » post-stalinienne.

Nous en voulons pour illustration le fait que le prolétariat chinois voit ainsi aujourd’hui sa bourgeoisie lui accorder de plus en plus volontiers des « chaînes dorées » de cette sorte, parce que cela est aujourd’hui dans l’intérêt de l’impérialisme chinois qui voit le rapport de forces inter-impérialistes se modifier rapidement en sa faveur et que sa situation économique relativement confortable (par rapport à celle de ses concurrents) le lui permet.

N’ayant rien compris à la nouvelle réalité sociale bourgeoise de l’URSS poststalinienne, notre « camarade » n’est pas plus heureux en ce qui concerne l’analyse des relations internationales qu’il expédie d’ailleurs très rapidement… Il reconnait certes que la conception khrouchtchévienne de la « coexistence pacifique » représentait une « déviation » par rapport à la conception léniniste-stalinienne de ce problème.95 Mais pas la moindre mention des premières manifestations de la politique coloniale agressive de du social-impérialisme soviétique dans sa sphère d’influence privilégié ─ répression armée des éléments bourgeois-compradore prooccidentaux en Hongrie (1956), puis en Tchécoslovaquie (1968) ─, ainsi que de l’instrumentalisation de luttes armées de libération nationale dans la sphère d’influence de ses concurrents occidentaux. De ces faits, il n’en conclue nullement que l’URSS s’était alors transformée en une nouvelle puissance impérialiste ─ un impérialisme de premier ordre, capable de rivaliser avec l’impérialisme américain ─, une puissance qui balancera désormais entre la volonté de coopérer et de rechercher des compromis visant à se mettre d’accord sur le partage des sphères d’influence, et sa rivalité avec un bloc impérialiste occidental au final assez peu disposé à de tels compromis…

Enfin, notre « camarade » n’est pas plus chanceux en ce qui concerne son « analyse » de la signification du triomphe de la ligne prônée par Gorbatchev.96 Selon lui, c’est Gorbatchev qui liquida le socialisme qui avait continué d’exister jusqu’alors en dépit du fait que toutes les tares de la société bourgeoise s’y manifestaient déjà avec force…

Notre conception du tournant gorbatchévien est toute autre. La stagnation économique servit de prétexte aux gorbatchéviens pour démanteler le socialimpérialisme soviétique au profit de son principal  concurrent ─ l’impérialisme américain ─, sous le slogan doublement mystificateur d’extension de la « démocratie » et de la « transparence », qu’il fallait alors opposer aux méthodes « bureaucratiques » et « autoritaires » de l’aile impérialiste de la néo-bourgeoisie monopoliste d’Etat. Les méthodes de cette dernière étaient alors jugées responsables de la décomposition économique de plus en plus patente, et comme ces méthodes étaient de tendance « centralisatrices » on les assimila mensongèrement à celles de la période stalinienne. Avaliser cette comparaison, c’est comme si l’on disait du keynésianisme qu’il est l’équivalent de la planification socialiste…

Si notre « camarade » s’était attardé un peu sur la très riche expérience de lutte antirévisionniste accumulée par le PTA d’Enver Hoxha ─ dont il liquide pourtant les enseignements fondamentaux en quelques lignes en les caricaturant éhontément ─, il ne se serait pas échoué sur cet écueil !97

Notre « camarade » rejette donc les analyses qui aboutissent à qualifier l’URSS poststalinienne « d’Etat social-impérialiste » et le PCUS de « parti fasciste ».98 Pour lui, « cette théorie curieusement ignore les contradictions de classes dans la société soviétique comme l’existence de résistances au révisionnisme et aux réformes » et parce que, « pas plus qu’il n’y a de mode de production socialiste (c’est seulement la première phase du communisme) il n’y a pas un mode de production spécifique social-impérialiste où une nouvelle classe serait propriétaire des moyens de production : « la bourgeoisie bureaucratique monopoliste d’Etat » qui aurait été installée par la réforme de Liberman-Trapeznikov-Kossyguine en 1965 ».99  L’argumentaire de notre « camarade » appelle plusieurs remarques :

1° Contrairement à ce qu’il affirme un peu plus haut, les analyses réalisées par le PTA sur la réalité sociale bourgeoise de l’URSS post-stalinienne ne prétendaient pas à l’exhaustivité, mais seulement à donner les traits les plus fondamentaux de la contre-révolution bourgeoise et de ses conséquences.

2° Contrairement à ce qu’il affirme, ces analyses n’ignoraient pas les contradictions de classes, puisqu’elles insistaient même sur le caractère antagoniste de celles-ci dans le cadre du capitalisme restauré. Ce qui est certain, par contre, c’est que notre « camarade » ignore les contradictions de classes qui peuvent traverser une même classe sociale, à l’instar de la bourgeoisie qui peut couramment se diviser en plusieurs ailes : impérialiste et compradore. Or c’est justement ces contradictions internes à la classe néo-bourgeoise « soviétique » qui permettent de comprendre scientifiquement les évènements de 1985-1991.

3° Les marxistes-léninistes n’ont jamais affirmé que la naissance de la bourgeoisie monopoliste d’Etat « soviétique » datait de la réforme de  1965. Ils ont au contraire toujours affirmé que sa victoire remontait à la prise de pouvoir des khrouchtchéviens. Notre « camarade » nous offre donc encore ici une falsification grossière des positions des véritables marxistes-léninistes, c’est-à-dire de ceux qui n’attendirent pas (comme lui) l’année 1991 pour se réveiller…

4° Notre « camarade » est à l’évidence fâché avec le concept de social-impérialisme qu’il falsifie encore plus grossièrement. Pour « prouver » l’inexistence du « mode du production social-impérialiste », notre « camarade » embrouille la question en mélangeant structure et superstructure. Clarifions donc les choses.

L’époque moderne est caractérisée par le passage du mode de production capitaliste au mode de production communiste. Chacun de ces modes de production possède plusieurs stades, selon son niveau de développement notamment. Le mode de production capitaliste (basé sur la propriété privée des moyens de production) comprend ainsi le stade pré-monopoliste et le stade monopoliste, c’est-à-dire impérialiste.

De même, le mode de production communiste (basé sur la propriété collective des moyens de production) compte deux stades fondamentaux : le stade inférieur socialiste, où la propriété socialiste peut ne pas encore embrasser  tout le tissu économique et où peuvent persister des couches petite-bourgeoises, et le stade supérieur, celui du communisme, où la propriété sociale a atteint son stade supérieur dans toute l’économie et où n’existent plus de classes sociales distinctes.

Sous le capitalisme, et durant la phase de transition au communisme, existe l’Etat, instrument aux mains de la classe détenant les moyens de production. Sous le capitalisme, il sert à réprimer les travailleurs et à perpétrer l’esclavage salarié. Sous le socialisme, il sert à consolider le pouvoir des travailleurs et à briser la résistance opposée par les anciennes classes exploiteuses et leurs débris.

Dans un système comme dans l’autre la démocratie revêt toujours un caractère de classe et exclut de sa sphère d’action soit les exploités (sous le capitalisme), soit les anciens exploiteurs (sous le socialisme). Ce n’est ainsi jamais une démocratie « pure », pour tous.

Contrairement à ce que notre « camarade » affirme, le social-impérialisme existe donc bel et bien. Il s’agit seulement d’un capitalisme monopoliste d’Etat « classique » maquillé d’une phraséologie pseudo-marxiste : « socialiste » en paroles, impérialiste dans les faits !

Ce social-impérialisme émerge à la suite de la constitution d’une nouvelle classe exploiteuse au sein même des organismes économiques et politiques dirigeants. A l’instar de notre capitalisme, il peut revêtir simultanément plusieurs visages : celui de la démocratie ─ notamment à l’égard de ses exploités indigènes lorsqu’ils bénéficient de « chaînes dorées » les aidant à accepter le joug de l’esclavage ─, et celui de la dictature fasciste et terroriste ouverte du Capital, quand il lui faut réprimer la résistance et les aspirations des exploités et des peuples opprimés.

Voilà qui tranche avec les positions défendues par notre « camarade »…

Pourquoi donc combat-il avec autant d’acharnement les enseignements issus de la lutte de principe inflexible menée par le PTA pour démasquer la néo-bourgeoisie « soviétique » et les conséquences de son arrivée au pouvoir ? Parce que les marxistes-léninistes albanais brisèrent sans retour la démagogie des révisionnistes soviétiques, les dénoncèrent en tant que représentants d’une nouvelle classe exploiteuse, et parce que leur contribution à la résolution de la question fondamentale des causes et des conséquences de la contre-révolution bourgeoise en URSS dépasse de très, très, très loin celle de notre « camarade »…

Pour le prouver, il nous suffira de citer quelques réflexions d’Enver Hoxha datant de janvier 1973, c’est-à-dire faites à un moment où le social-impérialisme soviétique commençait à peine à s’enfoncer dans une période durable de profonde stagnation économique.100

Après avoir rappelé les liens de plus en plus étroits que nouait alors le socialimpérialisme soviétique ─ alors confronté à une crise économique et sociale de plus en plus aigüe ─, avec son partenaire-concurrent américain et avoir décrit la dernière visite de Brejnev à Washington comme une façon d’aller y « mendier des dollars » et d’acquérir la « technologie avancée américaine », Enver Hoxha en vint à conclure que

«… l’entrée de capitaux américains en Union soviétique aura pour effet d’éliminer rapidement les moindres vestiges des victoires de la grande Révolution socialiste d’Octobre, elle aura pour effet de désagréger l’Union soviétique en tant qu’union de républiques. C’est là le but de l’impérialisme américain : démanteler l’Union soviétique en tant que dangereuse puissance capitaliste rivale. (…) L’Union soviétique a été vendue aux Etats-Unis. Demain leurs successeurs démantèleront aussi l’Union soviétique en tant qu’État ».101

Voilà le point de vue conséquent, marxiste-léniniste, sur les évènements qui survinrent pourtant près de deux décennies plus tard, en 1991 !… Et aujourd’hui, plus de deux décennies après ces évènements, il se trouve encore des « marxistesléninistes » pour combattre ce point de vue et propager leurs interprétations subjectives et idéalistes ! Et ce avec des méthodes franchement détestables ─ de toute évidence empruntées à l’arsenal bourgeois ─, celles des omissions, des falsifications et des calomnies délibérées…

Ainsi, contrairement à ce que s’imagine notre « camarade », affirmer que l’URSS poststalinienne n’avait plus rien de socialiste ─ sinon le nom ─, n’a rien à voir avec le trotskisme. Ayant échoué à rallier à ses thèses les membres du PCUS (b), Trotski prenait prétexte du danger permanent (au demeurant bien réel) du développement des éléments bureaucrates au sein des organismes dirigeants, pour faire croire que les éléments bureaucrates avaient déjà triomphé sous la direction de Staline. Or le développement économique impétueux et harmonieux de l’URSS, alors seul pays au monde à ne pas subir le contrecoup de la Grande Dépression, suffit à prouver que les rapports de production socialistes y dominaient alors et constitue donc à lui seul un cinglant démenti à la soi-disant victoire de la bureaucratie stalinienne. On ne peut évidemment en dire autant de l’URSS post-stalinienne…

Sous couvert de lutter contre le trotskisme, notre « camarade » nie donc ─ ou du moins amoindrit très fortement ─, le danger de dégénérescence bureaucratique comme principale source de danger de constitution d’une nouvelle classe exploiteuse dans un pays socialiste où n’existe plus de classe exploiteuse constituée. On voit bien que cette position aboutit en fait à jeter le discrédit sur les staliniens, et ainsi à donner des armes au trotskisme en lui permettant de se renforcer…

A la vue de ce triste constat, nous nous demandons :

S’il est si difficile à concevoir que sous le socialisme, l’Etat et le Parti communiste soient les lieux où se manifestent le plus âprement la lutte des classes une fois les classes sociales exploiteuses liquidées, et que les éléments bourgeois hostiles chercheront à s’en emparer à n’importe quel prix ─ qu’il s’agisse d’anciens débris revanchards infiltrés de l’ordre ancien ou d’éléments bureaucrates et carriéristes nouveaux aspirant à profiter de leur position privilégiée pour acquérir de nouveaux privilèges…

S’il est si difficile de concevoir le fait que dans un pays socialiste où l’industrie se trouve entièrement socialisée dans les mains de l’Etat, la constitution d’une nouvelle classe bourgeoise au sein même de l’appareil de l’Etat et du Parti ne puisse conduire à autre chose qu’au rétablissement immédiat du capitalisme sous la forme d’un capitalisme monopoliste d’Etat…

S’il est si difficile de concevoir que la forme, en apparence préservée de la propriété sociale des moyens de production ─ mais en apparence seulement ! ─, serve alors en fait aux nouveaux exploiteurs à masquer son nouveau contenu bourgeois, et que la propriété étatisée soit alors du même type que celle du secteur « public » des pays capitalistes traditionnels…

S’il est si difficile de concevoir que dès lors qu’elle accède au pouvoir et parvient à s’affranchir des mécanismes de contrôle populaire qui constituent le fondement essentiel de l’Etat de dictature du prolétariat, le pouvoir de la nouvelle bourgeoisie nomenclaturiste aboutisse à la transformation de l’Etat en un Etat bourgeois des plus classiques et que l’Etat devienne alors un instrument de mystification, d’oppression et de répression orienté contre les travailleurs et leurs intérêts…

S’il est si difficile de concevoir que la seule chose qui restait alors du « socialisme » dans l’URSS social-impérialiste se ramenait alors à des « acquis sociaux » ─ au demeurant guère plus « socialistes » que ceux qu’accordent temporairement les Etats impérialistes dominants à leur exploités « privilégiés » au cours des périodes de relative prospérité économique ─ c’est-à-dire des chaînes dorées grâce auxquelles les exploiteurs achètent la paix sociale ─, et que la nouvelle classe exploiteuse monopoliste d’Etat « soviétique » ne put maintenir qu’aussi longtemps que l’économie du pays ne connût pas de crise économique majeure…

S’il est si difficile de concevoir que ce que notre « camarade » prend pour des indices d’un processus « progressif » de restauration du capitalisme, c’est-à-dire les diverses « réformes économiques » mises en place successivement par les révisionnistes au pouvoir ─ « réformes » qu’il énumère et analyse aussi mécaniquement que superficiellement ─, n’étaient rien d’autres que des oppositions et des rivalités internes à la bourgeoisie portant sur les formes de gestion de la propriété d’Etat, c’est-à-dire sur la question de savoir de quelle façon cette nouvelle propriété bourgeoise sera administrée : par exemple soit d’une façon centralisée, soit d’une façon décentralisée…

S’il est si difficile de comprendre que cette opposition est identique dans son fondement à celle que l’on observe dans n’importe quel pays bourgeois où les différentes franges de la bourgeoisie s’opposent également parfois afin de savoir laquelle de ces méthodes de gestion donnera les meilleurs résultats : « Nationalisation ou privatisation » ? « Centralisation ou décentralisation » ? La réponse varie alors évidemment selon la dynamique économique du moment et les exigences qu’imposent la concurrence livrée par les autres pays bourgeois mais ne saurait cacher ce fait fondamental qu’une fraction du produit du travail social est détournée pour le plus grand profit de la classe exploiteuse… Ainsi, le relatif centralisme d’Etat de l’ère Brejnev incarnait la volonté du social-impérialisme soviétique de créer des monopoles « champions », capables de rivaliser avec ceux de l’impérialisme américain, tandis que la politique de décentralisation prônée par Gorbatchev préparait leur liquidation et s’apprêtait à prendre acte de leur défaite de plus en plus patente, après plus de quinze années de complète stagnation économique…

S’il est si difficile de comprendre que dans les conditions du capitalisme restauré se soient manifestées toutes les tares de la société bourgeoise (chômage, anarchie économique, corruption, marché noir, exacerbation du nationalisme et du séparatisme, etc.), manifestations négatives dont notre « camarade » prend d’ailleurs quelques exemples pour en faire des indices de la restauration capitaliste « menaçante », alors que celle-ci avait déjà été accomplie et qu’elles en étaient le résultat « éclatant »…

S’il est enfin si difficile de comprendre que les événements qui se déroulèrent au cours de la période 1985-1991 n’avaient strictement rien à voir avec le processus de restauration du capitalisme ─ le socialisme ayant été alors liquidé depuis belle lurette ─, mais signifiaient « seulement » la victoire de l’aile bourgeoise-compradore de la bourgeoisie monopoliste d’Etat « soviétique », prête à vendre (ou disons plus justement à brader) ce qui restait de l’indépendance nationale du socialimpérialisme soviétique et même à prendre acte de la dislocation de sa sphère d’influence la plus proche en sacrifiant au passage ce qui restait des « acquis sociaux » du prolétariat « soviétique » dont l’entretien était devenu un luxe hors de prix que les classes exploiteuses ne pouvaient d’ailleurs plus se permettre de continuer à financer ? C’est aussi ridicule, déplacé et mystificateur que si, au milieu des plans d’austérité aujourd’hui en vogue dans les pays impérialistes en voie de déclassement, on en venait à crier à la « restauration du capitalisme » !…

En d’autres termes ─ et pour conclure ─, nous nous demandons s’il est si difficile de comprendre que toutes les conceptions et les interprétations fumeuses de notre « camarade » n’ont absolument rien de commun avec la conception matérialistedialectique du monde ?

Nous voulons bien admettre que dans le cours des évènements, à l’époque, tout ce que nous avons énuméré pouvait peut-être ne pas apparaître évident à concevoir, d’autant que l’opposition inconséquente du Parti Communiste chinois ─ lui aussi alors victime du révisionnisme ─, contribua à semer le trouble, en particulier à un moment où les révisionnistes soviétiques feignaient encore de se référer au léninisme afin de mystifier le néo-prolétariat soviétique et de l’empêcher de relever le drapeau du stalinisme pour se dresser dans la lutte visant à se débarrasser de ces nouveau exploiteurs.

Mais depuis 1991 ─ date à laquelle l’aile compradore de la bourgeoisie « soviétique » jeta par dessus bord la phraséologie « marxisante » dont avait usé la nouvelle classe exploiteuse lorsqu’elle s’empara du pouvoir et commença à détourner à son profit la propriété étatique ─, et plus de six décennies après ces tragiques évènements, s’obstiner à ne pas vouloir comprendre tout cela, c’est s’obstiner à ne rien vouloir comprendre ni de la période de transition conduisant au communisme, ni du danger permanent qui menacera toute nouvelle révolution socialiste aussi longtemps que la bourgeoisie mondiale n’aura pas été liquidée et que l’Etat n’aura pas disparu en tant qu’organe de répression de la résistance des débris des classes exploiteuses déchues ou aspirant à se reconstituer.

Comme on le voit, aussi longtemps que notre « camarade » reste sur les sentiers rebattus bien balisés, c’est-à-dire qu’il traite des aspects fondamentaux de la politique soviétique d’industrialisation et de collectivisation – politique dont la frange la plus éclairée de la bourgeoisie reconnait d’ailleurs elle-même certains mérites, à l’instar de l’actuel président russe confronté à une inquiétante et grandissante nostalgie des masses populaires pour tout ce qui rappelle l’URSS et en particulier la période stalinienne –, « tout va bien ». Mais dès qu’il sort des sentiers battus et qu’il touche à des points sensibles falsifiés pendant des décennies par les révisionnistes (NEP, restauration du capitalisme, etc.), les choses se corsent et il s’égare invariablement dans des divagations et des délires idéalistes et antimatérialistes… qui ne contribuent guère à éclaircir la question fondamentale relative à la restauration du capitalisme en URSS, bien au contraire !

Comme nous l’avons montré, notre « camarade » cherche à en imposer avec ses grandes phrases creuses et obscures sur les « rapports de production » ainsi que ses interprétations très particulières de la « loi de la valeur » et de la « dialectique »… En vérité, il feint de défendre Staline, mais combat en fait l’héritage légué dans ses derniers écrits, à un moment où la guerre interne faisait rage dans le PCUS (b) entre les éléments marxistes-léninistes et les éléments révisionnistes aspirant à prendre le pouvoir et à détruire la dictature du prolétariat. Tout l’argumentaire de notre « camarade » conduit en fait à minimiser la signification et la portée de l’arrivée au pouvoir des khrouchtchéviens, ainsi qu’à faire passer leurs « réformes économiques » ─ qui ne reflétaient que des contradictions de classe internes à cette néobourgeoisie ─, pour un lent et graduel processus de restauration du capitalisme…

Ainsi se trouvent amnistiés tous les vieux révisionnistes qui non content de n’avoir rien vu venir plusieurs décennies durant, sont toujours incapables d’ouvrir les yeux. « Vous avez eu raison de défendre l’URSS social-impérialiste », voilà donc à quoi se résume la conclusion de notre « camarade ». C’est certes très commode parce que cela dispense d’avoir à faire son auto-critique, mais ce n’est pas comme ça qu’on parviendra à faire renaître un authentique mouvement marxiste-léniniste…

Pour synthétiser, toutes ces interprétation partielles et frauduleuses du processus de restauration du capitalisme en URSS ainsi que de ses conséquences ultérieures ─ la lente désagrégation d’un puissant Etat social-impérialiste multinational, puis sa liquidation ─, découlent en droite ligne de l’héritage thorézien-marchaisien d’extrême indigence théorique et de rabâchage dogmatique et superficiel de références « marxistes-léninistes » sans vie, car détachées de l’analyse matérialistedialectique concrète.

Voilà pour la bien piètre « contribution » offerte par le « camarade » Sallé sur la question des causes et des conséquences de la restauration du capitalisme en URSS !

Quant à nous, nous posons une autre question toute aussi fondamentale : de qui ces élucubrations et ce magistral embrouillamini font-ils le jeu, si ce n’est de la bourgeoisie qui a tout intérêt à voir continuer à se perpétrer la gigantesque entreprise de mystification de ses esclaves ?!

Qu’adviendrait-il donc des exploiteurs si tout-à-coup ─ alors même que toute une série de pays impérialistes en voie de déclassement sont en proie à une crise économique, sociale et politique de plus en plus profonde et d’une ampleur inédite depuis huit décennies ─, qu’adviendrait-il donc si l’horizon idéologique des exploités en venait à se dégager et qu’ils commençaient à comprendre leur histoire et leur héritage, et ainsi à reprendre confiance dans leur avenir révolutionnaire ? Sansaucun doute, la bourgeoisie internationale commencerait alors à se faire de nouveau du mauvais sang ! …

Issu du P »C »F, notre « camarade » nous prouve qu’il est très loin d’avoir rompu idéologiquement avec lui. Il a en effet en commun avec lui la même pratique socialréformiste et syndicaliste (de collaboration de classe). Et c’est ce legs négatif, cet amoncellement de préjugés petit-bourgeois, qu’il essaie d’accommoder avec le stalinisme dont il a fait une acquisition très superficielle et incomplète : de toute évidence, il s’est arrêté à mi-chemin entre le social-démocratisme et le marxismeléninisme… Le compte n’y est pas… et le saut qualitatif non plus !

La bourgeoisie internationale a évidemment un intérêt fondamental à maintenir les mystifications que s’obstinent à colporter les « marxistes-léninistes » du type de JeanLuc Sallé. Ces mystifications interdisent en effet aux esclaves salariés de comprendre leur Histoire ainsi que les moyens de combattre le monde hostile qui les entoure, elles les privent de la lumière susceptible d’éclairer le chemin obscur et tortueux qu’ils auront à suivre pour se libérer des chaînes de l’exploitation capitaliste.

L’URSS post-stalinienne n’était pas davantage « socialiste » que l’impérialisme chinois, pourtant aujourd’hui toujours qualifié de « socialiste » et officiellement dirigé par un « Parti communiste » ! Telle est la vérité que doit s’assimiler et propager tout communiste conscient ! Voilà pour ce qui est des soi-disant « Amis de l’URSS » qui ne sont en fait rien d’autre… que les héritiers directs des fossoyeurs de la première patrie qu’eût le prolétariat international ! En vérité, des « camarades » de cette sorte ne sont rien d’autre que le dernier rempart et les plus précieux auxiliaires de l’ordre bourgeois dont l’intérêt fondamental est que la lumière ne puisse jamais être faite autour de cette question d’importance vitale pour la renaissance d’un véritable mouvement communiste révolutionnaire international.

Que dire d’autre en conclusion, si ce n’est que ces « camarades » nous offrent une nouvelle illustration de la vitalité de la conception matérialiste-dialectique du monde : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience »…

Petit-bourgeois dans leur existence sociale, les chefaillons « marxistes-léninistes » du type de Jean-Luc Sallé le sont également dans leur conscience. Cela nécessite en effet un prodigieux effort pour s’arracher aux puissants préjugés petit-bourgeois que cultivent non seulement quotidiennement les médias bourgeois, mais qui s’enracinent également profondément et se nourrissent quotidiennement du milieu social auquel on appartient. Aller à contre-courant de ces entraves matérielles et idéologiques n’est évidemment pas à la portée de tout le monde, et visiblement pas à la portée de notre « camarade » !…

Il faut dire que cela n’est peut-être pas non plus dans son intérêt matériel, à l’instar d’autres soi-disant « défenseurs » du monde du Travail : De même que l’Etat bourgeois a ses députés et ses sénateurs grassement payés pour exécuter leurs basses besognes dans la coulisse en collusion avec les hommes du grand Capital, de même le monde du travail a ses postes confortables de permanents syndicaux censés jouer la médiation entre les travailleurs et leurs patrons…

Avouons-le tout de suite, le titre que nous avons choisi pour notre critique est inspiré d’un important ouvrage écrit par Lénine à la fin du 19ème siècle. A une époque où le mouvement marxiste russe se résumait à des cercles clandestins dispersés, Lénine y défendit les principes fondamentaux du matérialisme dialectique appliqué à l’examen de la situation et des perspectives qui s’offraient au mouvement communiste révolutionnaire naissant de la Russie tsariste. Il se dressa ainsi dans cet ouvrage contre les Narodniks qui s’accommodaient assez bien du régime tsariste et se faisaient les chantres des koulaks dont ils vantaient les mérites. Cette œuvre majeure fût l’une de celles qui posèrent les bases idéologiques solides qui pavèrent la voie qui mènera deux décennies plus tard à la grande Révolution d’Octobre.

Bien sûr, notre situation économique, sociale et politique intérieure comme internationale diffère sensiblement de celle de Lénine sur bien des points, mais nous n’en prétendons pas moins être ses fidèles héritiers. De plus, en dépit de différences d’importance secondaire, notre situation présente des similitudes majeures avec celle qu’eût à résoudre Lénine : la domination du capitalisme à une échelle mondiale, un mouvement ouvrier extrêmement faible et divisé, ainsi qu’un processus d’intense différenciation sociale et économique qui s’opère aussi bien dans le cadre national qu’international et dont les contradictions croissantes sont porteuses de la promesse de futurs sauts qualitatifs.

L’époque actuelle comporte également ses « Narodniks », c’est-à-dire ses éléments petit-bourgeois balançant constamment entre d’une part leur « tolérance » vis-à-vis de l’ordre bourgeois en place et d’autre part la protestation contre ses manifestations les plus dégradantes et « excessives ». Nos Narodniks naissent aujourd’hui du terreau fertile ─ ou devrions-nous plutôt dire s’épanouissent sur le fumier en décomposition ─, de larges masses petite-bourgeoises longtemps privilégiées et dont les plans d’austérité successifs provoquent la décomposition et le déclassement croissants.

Déçus par le capitalisme ─ dont ils se sont d’ailleurs plusieurs décennies durant assez bien accommodés ─, ces éléments sont aujourd’hui de plus en plus attaqués et poussés dans leurs derniers retranchements par leur bourgeoisie passée à l’offensive, car bien déterminée à revenir sur un maximum de ses concessions passées pour regagner en productivité et affronter une concurrence interimpérialiste de plus en plus acharnée à mesure que la crise de déclassement d’impérialismes majeurs s’approfondit.

Nos Narodniks modernes recrutent ainsi essentiellement parmi les fonctionnaires privilégiés ainsi qu’au sein des bureaucraties syndicales que le Capital lui-même aida à établir afin de donner le change à ses esclaves et dans le but de leur faire croire à l’existence d’un « dialogue social » avec des « partenaires sociaux » censés les représenter. Aujourd’hui, les permanents syndicaux n’ont « hélas » (du moins pour eux et l’ordre bourgeois…) plus grand chose à faire offrir ni même à faire miroiter à ceux qu’ils sont censés représenter.

Ainsi, à mesure que le Capital multiplie ses attaques contre le Travail (éducation, santé, retraite, flexibilité du travail, etc.), ces permanents syndicaux voient leur visage d’auxiliaires du Capital se découvrir toujours davantage. Il rechignent ou grognent encore certes parfois, font même à l’occasion semblant de vouloir mordre la main qui les nourrit, puis rentrent docilement dans leur niche en présentant la contre-concession, même la plus minime et la plus insignifiante, comme une « victoire ». C’en est effectivement une, puisque qu’elle leur permet de continuer à occuper leurs précieux et confortables fauteuils de permanents syndicaux, mais pour les larges masses exploitées, cette « victoire » n’a pas le même goût. En effet, pendant ce temps, des franges de plus en plus larges du prolétariat voient leurs conditions d’existence continuer à se dégrader inexorablement et se faire laminer de plus en plus intensément. Et pendant ce temps, la bourgeoisie, elle, savoure sa victoire : ses esclaves continuent à se résigner et à courber l’échine…

Dans ces conditions, on assiste à une décomposition accélérée du syndicalisme de collaboration de classe ─ un processus que nous avions anticipé il y a plusieurs années déjà ─,102 qui voit les entreprises fermer les unes après les autres et des contingents de plus en plus larges de militants de base se détourner d’eux. En jeu, leurs précieux postes de permanents syndicaux, car moins de syndiqués signifie moins de représentants…

Voilà la base matérielle et sociale qui engendre nos Narodniks contemporains dont notre « camarade » Jean-Luc Sallé est assurément un des chantres les plus dangereux et nuisibles…

Il nous apparaît aujourd’hui fondamental de dénoncer ces soi-disant « marxistesléninistes » à un moment où ─ sous l’action de la décomposition du syndicalisme de collaboration de classe dont ils se sont longtemps nourris ─, ces éléments font mine de « renouer » avec un passé « radical » afin de se donner une image (faussement) flatteuse de « révolutionnaires » et ainsi pouvoir continuer à duper les rangs de plus en plus clairsemés des camarades sincères de la base jusqu’à présent demeurés sous leur emprise.

D’aucuns trouveront peut-être que nous avons été un peu « durs » dans notre critique des théories du « camarade » Jean-Luc Sallé, mais ce n’est pas notre faute si, en tant que staliniens, nous réagissons vivement à ses conceptions aussi vulgairement anti-matérialistes, anti-dialectiques et mystificatrices.

Nous allons cependant reconnaître une qualité essentielle à notre « camarade » : la franchise avec laquelle il a couché sur le papier sa conception révisionniste du marxisme-léninisme, une franchise qui nous aide aujourd’hui à le démasquer !

Il y a maintenant cinq ans que nous avons rompu avec les « camarades » de la trempe de Jean-Luc Sallé ─ son comparse du PRCF, Georges Gastaud, ne vaut pas mieux que lui ─, ainsi qu’avec la grande masse des tièdes et de indécis incapables de se soustraire à leur emprise.

Quand nous parlons des chefs de ces organisations, il faut bien avoir en vue le fait qu’il ne s’agit pas là de camarades fourvoyés – mais foncièrement honnêtes et fidèles aux idéaux du socialisme –, comme pouvait par exemple l’être notre camarade Adélard Paquin, qui, après quatre décennies de son existence passées à défendre les social-impérialistes soviétiques et leur laquais, fût capable d’une autocritique aussi franche qu’enthousiaste, parce qu’il venait de comprendre scientifiquement les causes matérielles profondes de la restauration du capitalisme en URSS, ainsi que ses conséquences passées et actuelles.103

Hélas, des camarades de cette trempe sont davantage l’exception que la règle : il faut en effet avoir une bonne dose de modestie, de lucidité et de courage pour remettre en cause plusieurs décennies de sa vie de militant !… Avec des dirigeants comme ceux de l’URCF et du PRCF, nous sommes en présence d’anti-staliniens qui font parfois mine de défendre le « socialisme soviétique », … tout en gommant la frontière séparant l’URSS stalinienne ─ c’est-à-dire du temps où elle était le phare et le bastion de la révolution socialiste internationale ─, de l’URSS post-stalinienne dirigée par une nouvelle bourgeoisie monopoliste d’Etat l’ayant convertit en une puissance impérialiste de premier ordre, concurrente de l’impérialisme américain. Ainsi, ces « camarades » contribuent à couvrir de boue le socialisme authentique, tel qu’il fût édifié en URSS sous la direction de Lénine et Staline, ainsi qu’en RPSA sous la direction d’Enver Hoxha.

Il importe de souligner que nous ne sommes pas ici en présence de camarades qui ignorent nos thèses ─ nous les avions ainsi remises en mains propres au dirigeant de l’URCF à la mi-2007 sans qu’il y soit jamais donné la moindre réponse critique –, mais de révisionnistes carriéristes les connaissant et les combattant sciemment, de petit-bourgeois suffisants paternalistes ou méprisants à l’égard des militants de base –, de soi-disant « marxistes-léninistes » maquillés d’un vernis radical « prosoviétique » et arborant même parfois le masque du « stalinisme » afin de camoufler leur complète trahison des intérêts fondamentaux du mouvement communiste révolutionnaire qui exigent de balayer une fois pour toutes les déchets amassés plusieurs décennies durant par les ennemis du communisme et qui ont accompagné la complète liquidation de la conscience de classe révolutionnaire de l’avant-garde du prolétariat de la plupart des pays bourgeois.

Il nous apparaît à ce sujet utile d’éclaircir les liens existant entre l’URCF et le PRCF ainsi qu’à leur organisation mère : le P »C »F. A sa création, en 1991, la Coordination Communiste (C.C.) avait pour Secrétaire Général Georges Gastaud et Jean-Luc Sallé étant alors membre du Bureau Politique. Près d’une décennie plus tard, une rivalité aigüe se manifesta entre les deux compères. Il ne s’agissait pas d’un conflit idéologique entre une ligne révolutionnaire et une ligne opportuniste, mais d’une guerre des chefs opposant un ancien coriace qui s’accrochait obstinément à son poste (Georges Gastaud) à un nouveau qui rêvait de prendre sa place : Jean-Luc Sallé. C’est ainsi qu’en 2000, l’organisation décida de régler cet antagonisme par un vote destiné à désigner le nouveau Secrétaire Général. Les adhérents votèrent en majorité pour le plan B (Sallé) contre le plan A (Gastaud), et ce dernier, mauvais perdant, envoya une délégation pour entériner la scission du groupe des partisans du plan B et la création du PRCF…

Peu après, la C.C. connut une nouvelle scission qui déboucha en 2004 sur la création de la C.C. 59/62 d’une part et de l’URCF d’autre part. C’est au lendemain de cette nouvelle scission, en octobre 2006, que l’URCF se résolut à participer à la création du CNU (m-l) ─ Comité national pour l’Unification du mouvement communiste marxiste-léniniste ─, projet initié par un petit groupe de marxistes-léninistes « proalbanais », le Collectif Militant Communiste104 qui cherchait à rassembler les éléments authentiquement révolutionnaires au sein d’un authentique PC (m-l).

Mais la pratique de plusieurs années démontra que le but des dirigeants de l’URCF était davantage de chercher à récupérer des adhérents pour combler le vide de deux scissions successives, que de contribuer à fédérer les militants sur une base réellement marxiste-léniniste. C’est ainsi que trois ans plus tard, à la mi-2009, devant l’absence de progrès réalisé vers l’unité idéologique et le refus des éléments révisionnistes de mener ouvertement et franchement ce débat, qu’un petit groupe de camarades issus des organisations du CNU tira les enseignements de ces trois années de double-jeu des éléments sous l’influence révisionniste (incarnée par la JCML du Rhône et l’URCF) majoritaires au sein du CNU, et décida que « mieux valait moins mais mieux », c’est-à-dire marcher avec des forces certes beaucoup plus réduites, mais dans la bonne direction… C’est ainsi que naquit l’OCF.105

Des « camarades » de la trempe de J.-L. Sallé qui prétendent aujourd’hui être les héritiers du socialisme soviétique sont en fait ceux qui ont soutenu les révisionnistes soviétiques plusieurs décennies durant, quand ces derniers étaient au pouvoir. Ils ne font ainsi rien d’autre que faire écho à l’historiographie bourgeoise, qui elle aussi, clame que la restauration du capitalisme en URSS s’est produite en 1991… Loin de vouloir faire leur auto-critique, ils s’évertuent à essayer de justifier leur soutien passé aux cliques révisionnistes-bourgeoises. Ils passent sous silence, triturent ou interprètent faussement les écrits marxistes-léninistes, afin de gommer la frontière existant entre l’URSS socialiste d’une part et l’URSS social-impérialiste d’autre part, afin de pouvoir ainsi refourguer en contrebande leur camelote révisionniste social-réformiste économiste et spontanéiste.

Il n’y a cependant rien d’étonnant à cela. En effet, comme le soulignait Lénine il y a maintenant un siècle,

« La dialectique de l’histoire est telle que la victoire du marxisme en matière de théorie oblige ses ennemis à se déguiser en marxistes ».106

Aujourd’hui, le déguisement dont s’affublent les révisionnistes (anciens comme nouveaux) arrive à s’accommoder d’une défense conditionnelle, sinon partielle de l’œuvre de Staline. C’est ainsi qu’ils essayent depuis plus de deux décennies « d’accoupler » le stalinisme à leur pratique social-réformiste afin de tenter de lui donner une consistance historique et une justification idéologique. Le résultat de cette hybridation contre-nature est la naissance d’une hydre monstrueuse. Il appartient aux véritables marxistes-léninistes de couper les multiples têtes de cette hydre, car tant qu’ils ne l’auront pas tuée, elle continuera à s’opposer à l’édification d’un véritable Parti communiste révolutionnaire.

La première guerre mondiale impérialiste et la grande Révolution d’Octobre virent la différenciation du mouvement ouvrier international s’accélérer et deux camps irréductiblement hostiles se former : d’un côté, celui de la ligne opportuniste socialréformiste et social-chauvine incarnée par les leaders de la IIème Internationale, et de l’autre, la ligne révolutionnaire conséquente désireuse de suivre la voie ouverte par la Révolution d’Octobre et qui donna naissance à la IIIème Internationale.

La profonde crise de déclassement qui ébranle aujourd’hui les puissances impérialistes n’est certes pas une guerre mondiale au sens militaire ─ à l’exception des zones d’influence coloniales que se disputent les puissances impérialistes montantes et déclinantes ─, mais elle est en train d’aboutir à une autre forme de guerre mondiale, à la fois économique, sociale et politique. Cette guerre de classe impitoyable est menée par la bourgeoisie de plusieurs puissants pays impérialistes non seulement contre le prolétariat des pays dépendants ainsi que les cliques impérialistes ascendantes, mais également contre leur propre prolétariat, une guerre qui se joue à coup de délocalisations, de licenciements, de destruction des systèmes d’éducation, de santé, de retraite, etc.

Dans cette guerre, le prolétariat n’a que deux choix : ou bien se réapproprier le léninisme afin de pouvoir contre-attaquer, ou bien continuer à se soumettre en suivant les leaders réformistes qui, de la « gauche » à la « gauche » de « l’extrêmegauche » (qui inclut nos fameux « marxistes-léninistes »), prétendent combattre les politiques d’austérité… en s’entêtant à réclamer d’avantage d’acquis sociaux, ou tout au moins en demandant au moins la sauvegarde des lambeaux qu’il en subsistent. Comme si la bourgeoisie des pays impérialistes en crise allait de nouveau leur jeter des os en pâture !

Quel que soient le masque qu’ils arborent, la devise des réformistes peut se résumer ainsi : « nous ne sommes pas des esclaves ! » Pour eux, le prolétariat (du moins, le « leur »…) vaut bien des chaînes dorées… Tel est l’essence de leur « socialisme »… Les marxistes-léninistes, eux, leur répondent : « nous ne voulons plus être des esclaves ! » ; nous voulons briser les chaînes de notre esclavage et non mendier à nos esclavagistes des adoucissements destinés à le rendre plus supportable…

Les réformistes ne parlent donc jamais d’abolir l’esclavage salarié, non !

Du haut de leurs fauteuils de permanents syndicaux, ou à la tête de soi-disant mouvements « marxistes-léninistes » qui sont d’ailleurs intimement liés aux premiers, ils ne rêvent que d’une seule chose : l’extension des « acquis sociaux », le retour de « l’Etat providence », etc.

En d’autres termes, ils ne rêvent que d’amender et d’améliorer le système capitaliste, à l’instar du PRCF qui fraye avec les gaullistes en France, ou du KKE ─ numériquement puissant ─, qui siège au parlement bourgeois… au moment même où les masses de la jeunesse prolétarienne grecque laminée par la crise et l’austérité prend part aux émeutes alors qu’il devrait, s’il était véritablement un Parti communiste marxiste-léniniste, se mettre à la tête de ces luttes spontanées et s’en servir comme d’un tremplin pour mobiliser les masses en vue de la prise du pouvoir.

Sur son site internet, l’URCF classe dans les « organisations communistes » sa sœur siamoise (le PRCF) et dans les « partis communistes frères » des partis révisionnistes comme le PTB ─ qui se débarrasse aujourd’hui de ses oripeaux « staliniens », conséquence naturelle de son social-réformisme et de son électoralisme ─, le KKE, ainsi que ceux de Cuba et du Portugal, en bref, « la crème de la crème »… du révisionnisme « marxiste-léniniste » !

On dit communément que ceux qui « se ressemblent, s’assemblent », nous laissons donc à chacun le soin d’en tirer les conclusions qui s’imposent !…

Pour être tout à fait honnêtes, les positionnements idéologiques de l’URCF ─ qui ne diffèrent fondamentalement en rien de ceux du PRCF, du moins si l’on fait exception d’un social-chauvinisme nettement plus assumé en ce qui concerne le PRCF ─, ne nous surprennent aucunement.

Sur sa plaquette de présentation de l’association des « Amis de l’URSS », le cadre révisionniste était déjà clairement posé : « l’épopée du spoutnik » y est en effet intégrée à la période « socialiste ». De même, le terme de « social-impérialisme » est rejeté et se trouve assimilé à des positions allant « du néo-fascisme au trotskisme ». Enfin, il est affirmé que s’il y eût bien « une période ascendante de la Révolution et de l’édification du socialisme, [la] période de la dictature du prolétariat de Lénine et Staline », les « Amis de l’URSS » n’en concluent nullement pour autant que la contre-révolution bourgeoise eût lieu au tournant des années 1950, mais au contraire que la période post-stalinienne fût « seulement » « une période descendante où l’opportunisme et le révisionnisme favorisèrent la victoire ultérieure de la contre-révolution bourgeoise en 1991 ».107

A l’instar du camarade Henri Barbusse, qui fût un authentique ami de l’URSS, nous sommes persuadés que « plus tard, on jugera les hommes sur la façon dont ils ont compris l’URSS ». La destruction du premier Etat socialiste n’invalide en rien ce fait : le jour viendra où on jugera les hommes sur la façon dont ils auront compris la naissance, l’essor, ainsi que les causes de la destruction de l’URSS.

A cette aune, nos « camarades » social-réformistes et social-chauvins n’auront pas le beau rôle.

En effet, quelles que soient leurs intentions subjectives, ils se placent aujourd’hui objectivement du mauvais côté de la barricade, autant parce qu’ils participent à la propagation de préjugés historiques bourgeois qui interdisent aux travailleurs de comprendre leur Histoire et le riche héritage qui leur a été légué par l’URSS, que parce qu’ils s’obstinent à concevoir leur activité politique dans le cadre borné du social-réformisme qui divise, soumet et rend impuissant un prolétariat aujourd’hui confronté à une vaste et multiforme offensive du Capital.

Nous voyons donc que derrière un masque prétendument « amical » se cachaient parfois de bien redoutables et vicieux ennemis…

C’est pourquoi les communistes authentiques, qui sont les seuls véritables héritiers de la Révolution d’Octobre, et par conséquent également les seuls véritables amis de l’URSS, ne doivent pas se laisser tromper par de tels « amis ».108

Ils doivent les démasquer et les combattre impitoyablement, car il en va de l’avenir de la Révolution communiste internationale et donc de l’avenir des peuples aujourd’hui opprimés et laminés par le capitalisme.

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 07/09/2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autres documents écrits pour l’OCF

       

Capitalisme et crise économique

Qu’est-ce que le capitalisme ? Qu’est-ce que la démocratie ?

On entend souvent dire que nous vivons en « démocratie » parce que les « citoyens » ont le droit de vote et qu’ils peuvent choisir leurs représentants politiques. Cette conception qui ignore les classes sociales fait comme si tous les « citoyens » étaient placés sur un pied d’égalité parfaite. Le problème est que dans des sociétés comportant plusieurs classes sociales, cette « démocratie » devient vite fictive. Par exemple, sous le capitalisme, pour pouvoir vivre les travailleurs sont forcés de vendre leur force de travail à la classe possédant les moyens de production (industries), les commerces, etc. Cette classe, la bourgeoisie, détient donc la puissance économique.

La propriété bourgeoise donne le droit aux exploiteurs de s’approprier les fruits du travail des masses exploitées. Qu’un travailleur ait besoin de travailler deux à trois heures quotidiennes dans des conditions de productivité du travail déterminées pour créer les richesses nécessaires à la reproduction de sa vie, cela n’empêche nullement de le faire travailler le triple ou le quadruple de ce temps ! La différence va dans la poche des exploiteurs !

Le problème est que ce vol de travail a de lourdes conséquences. Si le travailleur a produit une masse déterminée de marchandises, le salaire qui lui est versé pour assurer sa survie ne lui permet de n’en consommer par exemple que le quart… Les classes exploiteuses ont beau chercher à étendre leur consommation parasite, une pression demeure toujours sur le marché du fait d’une surproduction de marchandises. Pour chercher à écouler ces surplus, les entreprises se font concurrence entre elles, et pour vaincre la concurrence, elles cherchent à augmenter la production en diminuant les coûts. Si à l’échelle du capitaliste individuel cette stratégie peut être gagnante, à l’échelle de la société, elle produit des effets désastreux dont les exploités sont les premières victimes : tortures du travail excessif pour les uns, chômage pour les autres !

Chaque travailleur a fait l’expérience du type de « démocratie » qui régnait dans les entreprises. La « démocratie » qui règne dans l’ensemble de la société bourgeoise n’est guère plus « démocratique » et reste toujours en définitive une dictature du Capital. Dans les conditions de prospérité, elle peut bien se traduire par des concessions mineures des exploiteurs faites aux exploitées, qui se voient alors forger, comme le disait K. Marx, des « chaînes dorées ». Mais dans des conditions moins favorables, le « choix » « démocratique » apparaît vite comme un non-choix, « comme un piège et un leurre pour les exploités », comme le disait si bien Lénine.

Qu’est-ce que le communisme ? N’a-t-il pas échoué ?

Le communisme, c’est selon la définition de K. Marx la société sans classes débarrassée de toute forme d’exploitation de l’homme par l’homme. Mais pour en arriver là, il faut en passer par une nécessaire période de transition à partir d’une société basée sur l’esclavage salarié.

On appelle ainsi « socialiste » une société ayant réalisé l’abolition de l’exploitation salariée, mais encore marquée par certaines survivances négatives héritées de l’ancienne société.

En 1917, les communistes russes profitèrent de la décomposition induite par la Première Guerre Mondiale inter-impérialiste pour renverser le tsarisme et exproprier les capitalistes russes et étrangers. Après la défaite des armées tsaristes soutenues par les impérialistes étrangers coalisés au cours de la Guerre civile, se posa la tâche gigantesque de construire le socialisme dans un pays économiquement arriéré, encore largement imprégné par le féodalisme, dans un contexte international hostile.

Après être parvenus à mobiliser les travailleurs pour relever la grosse industrie nationalisée, les communistes russes, sous la direction de Staline, parvinrent à refouler les éléments bourgeois dans toute l’économie, parallèlement à l’extension d’un secteur socialiste moderne à toutes les branches de l’industrie et de l’agriculture à laquelle l’industrialisation rapide permit de fournir en masse les machines permettant aux paysans pauvres et moyens de créer des fermes collectives les libérant de l’emprise séculaire des paysans riches, les koulaks.

En 1932, à la fin du premier plan quinquennal, l’URSS s’était transformée en un puissant pays socialiste multinational. Mais au cours de ces années, un danger avait grandi : la crise économique mondiale qui éclata en 1929 poussa la bourgeoisie des principaux pays impérialistes à des politiques colonialistes de plus aventureuses. C’est dans ce contexte qu’en 1931, Staline avertit que l’URSS avait un siècle de retard sur ces puissances, et que faute de rattraper ce retard en moins d’une décennie, elle serait broyée.

Dix ans plus tard, l’URSS dût faire face au choc terrible de l’invasion armée de l’impérialisme allemand, après être parvenue à éviter un scénario encore plus défavorable, celui de la formation d’une nouvelle coalition armée anti-impérialiste qui menaçait de se former à la fin des années 1930 à un moment où les « démocraties » encourageaient Hitler, Mussolini et Hirohito à prendre leur part de colonies à l’Est !

Grâce à la puissante économie édifiée au cours des années d’avant-guerre et au prix du sacrifice des vies de millions de Soviétiques, l’URSS fournit la contribution majeure à la victoire contre l’impérialisme allemand en refoulant les agresseurs et en les battant sur leur propre territoire. Mais cette victoire, comme celle de la Guerre civile, coûta très cher à l’URSS. Si les usines et les maisons détruites purent rapidement être reconstruites, il en fût autrement du capital humain. Le sacrifice de millions de communistes, parmi les meilleurs, pesa lourdement sur l’après-guerre dans un environnement international qui restait hostile, l’impérialisme américain profitant de sa puissance militaire pour se lancer dans des agressions coloniales.

Dans ces conditions, les tendances hostiles au socialisme pénétrèrent de plus en plus profondément au sein même du PCUS (b), que ces tendances soient favorables à la naissance d’un nouvel impérialisme russe (Khrouchtchev), ou à la sujétion vis-àvis d’autres puissances impérialistes (sionistes et titistes).

Combattues ouvertement par Staline au début des années 1950, ces tendances s’unirent le temps de se débarrasser des marxistes-léninistes soviétiques, profitant de l’affaiblissement du contrôle populaire sur l’appareil d’Etat induit par la guerre.

Dans son livre Les Russes, publié en 1975, par Hedrick Smith (journaliste bourgeois qui avait été pendant trois années chef du bureau du New York Times à Moscou) rapportait entre autres :

« … la nostalgie de Staline chez les soviets ordinaires fut une surprise pour moi : je fis une découverte en m’apercevant que Staline avait encore un grand prestige latent chez les gens du peuple, et que Khrouchtchev était en général considéré sans la moindre indulgence, comme un rustre et un bousilleur, sauf dans l’intelligentsia libérale et parmi les victimes de purges réhabilitées qui avaient personnellement bénéficié de sa politique. (…) Guennadi, le comptable d’une ferme d’État : — Il se peut que l’intelligentsia rêve de démocratie, mais l’immense masse du peuple rêve de Staline, de son pouvoir fort. Ils ne sont pas réactionnaires mais ils sont maltraités par leurs petits patrons, qui trichent et les exploitent, les détruisent. Ils veulent un chef à poigne qui foule aux pieds les petits patrons. Ils savent que sous Staline les conditions (économiques) n’étaient pas tellement bonnes, mais les directeurs des fermes d’Etat et les autres officiels ne les volaient pas, ils ne se moquaient pas d’eux. Il y avait au temps de Staline un contrôle sur les autorités locales ».109

Même constat chez les historiens bourgeois les plus consciencieux, c’est-à-dire ceux capables de reconnaître que pour les besoins de la propagande anti-communiste, le nombre des « victimes de Staline » a été démesurément gonflé :

« La situation change profondément dans la période poststalinienne : encore marquée, au début, par les traditions plébéiennes et rurales du pays, la bureaucratie devient au cours des années 1950-1960 une bureaucratie pleinement urbaine dans une société elle aussi urbanisée. Dans ses échelons supérieurs, elle est désormais une puissance solidement établie et farouchement retranchée sur ses positions. Cette émancipation est un des traits fondamentaux de toute la période poststalinienne, car c’est bien la bureaucratie de l’État et du Parti qui a mis fin aux pratiques arbitraires qui, sous Staline, rendaient sa situation si précaire. Le stalinisme est remplacé par un modèle totalement bureaucratique qui, très vite, acquiert un quasi-monopole sur tous les postes stratégiques du pouvoir ». En bref, « la bureaucratie qui dirigeait l’État en était pratiquement devenue la propriétaire ».110

Immédiatement après leur triomphe définitif, en 1953, les révisionnistes russes et des démocraties populaires qui s’étaient érigés en nouvelle classe exploiteuse, en bourgeoisies monopoliste d’Etat, substituèrent à la politique économique internationaliste de Staline une politique économique bourgeoise. À la politique qui cherchait à aider les pays socialistes retardataires à réaliser l’industrialisation complète et rapide de leur économie, afin de les libérer de la dépendance économique vis-à-vis de l’impérialisme et de refouler les éléments bourgeois, ils substituèrent une politique visant à la transformation des pays retardataires en appendices de l’économie russe qui devait conserver le monopole sur l’industrie de production des moyens de production et sous-traiter certaines branches de l’industrie légère ; une forme de dépendance coloniale très similaire à celle que Staline avait combattu contre les trotskistes dont la politique aurait conduit à la « dawisation »111 de l’URSS.

Cette voie ne plaisait évidemment ni aux titistes des démocraties populaires qui cherchaient à manger à tous les râteliers (et non à un unique râtelier !), ni à la bourgeoisie nationale chinoise qui venait de défaire les impérialistes étrangers et sa propre bourgeoisie compradore.  Ceci engendra des oppositions réactionnaires à la politique tout aussi réactionnaire du social-impérialisme russe. Sa sphère d’influence se disloqua à la fin des années 1980 avant de le voir s’effondrer luimême, incapable de faire face plus longtemps à la concurrence livrée par les pays impérialistes d’occident et leurs pays semi-coloniaux.

Pourquoi face à la crise les travailleurs n’ont d’autre avenir que le communisme !

On entend aujourd’hui partout parler de « crise financière ». Mais la crise économique d’aujourd’hui n’est pas plus financière que l’étaient les crises passées. La crise qui frappe aujourd’hui le système capitaliste mondial n’est pourtant pas une crise de surproduction classique.

Cette crise prend sa source dans la rupture de la division du travail instaurée par les principaux pays impérialistes il y a près de quatre décennies, quand ils convertirent des pays coloniaux et semi-coloniaux d’où affluaient matières premières agricoles, minières et énergétiques en pays ateliers, fournissant aux métropoles impérialistes une fraction croissante des biens de consommation manufacturés, les industries de ces dernières se contentant de plus en plus souvent d’en assurer la finition.

Cette division du travail a donné naissance à une « économie de bazar » qui se décompose aujourd’hui sous nos yeux. Pourquoi ? Parce que de puissants pays ateliers sont devenus au fil des années de plus en plus autonomes quant à leur industrie de production des moyens de production. La Chine en particulier, dirigée par une puissante bourgeoisie monopoliste d’État, assure aujourd’hui près de la moitié de la production mondiale d’acier et possède une industrie mécanique qui rend son industrie plus autonome que celle de puissants pays impérialistes comme les USA et la France. Dans ces conditions, la dette publique et extérieure des pays impérialistes en déclin a explosé. À toutes les échelles, ces pays se sont endettés à un niveau aujourd’hui d’autant plus critique que leurs dernières industries se décomposent.

Au cours des dernières décennies, les partis et les syndicats réformistes ont été les complices de l’approfondissement de « l’économie de bazar » dont ils espéraient qu’elle leur garantirait la paix sociale. Aujourd’hui, les travailleurs (mais aussi une partie croissante des couches petite-bourgeoises) commencent à payer le prix de sa décomposition.

La crise actuelle a débuté comme une crise de surendettement des couches exploitées les plus pauvres aux USA, au Royaume-Uni et en Espagne, un processus que les médias bourgeois ont appelé « crise des subprimes ». Pour tenter d’enrayer la crise, les gouvernements bourgeois des pays impérialistes en déclin ont décidé de subventionner la consommation (à l’aide de mesures comme les primes à la casse). Mais ceci a un coût au moment où les bénéfices des entreprises et donc les revenus des impôts sur les bénéfices s’effondrent ! Comment financer ce trou ? En augmentant la pression fiscale sur les classes travailleuses plus aisées (ce que la bourgeoisie appelle « classes moyennes ») et en procédant à des coupes sombres dans les budgets sociaux.

Inutile d’être un devin pour comprendre à quoi cela va aboutir : la paupérisation croissante et absolue des larges masses exploitées, avec à la clef une contraction des débouchés et de nouveaux « subprimes » encore plus dévastateurs !

Face à la crise, la bourgeoisie démantèle un à un les acquis sociaux obtenus au cours du siècle écoulé, brisant ainsi les chaînes dorées de l’esclavage salarié devenues un luxe hors de prix. Elle doit les réduire à néant, au grand désespoir des réformistes. Pour autant, en les brisant, chaque bourgeoisie contribue à aggraver la situation à l’échelle internationale, en réduisant encore les débouchés. La concurrence s’intensifie donc entre les exploiteurs.

Pour les exploités, il n’existe donc plus que deux choix :

  • ou bien rester sous l’influence des réformistes qui accompagnent de plus en plus la décomposition du système et continuer de courber la tête devant les intérêts supérieurs de « leur » propre bourgeoisie… en espérant que ce sont les travailleurs d’autres entreprises et d’autres pays qui en feront les frais !
  • ou bien lutter pour leur émancipation économique, politique et sociale, c’est-à-dire pour la destruction d’un ordre qui n’a plus rien à leur offrir et qui est de moins en moins capable d’assurer ne serait-ce que leur simple survie !

Voilà pourquoi dans des pays impérialistes en décomposition comme dans les pays dépendants ateliers inclus dans leur sphère d’influence, la révolution socialiste est aujourd’hui pour les travailleurs une nécessité vitale.

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 29/11/2009

 

             

Les enseignements de « l’affaire Dieudonné »

Après une quinzaine d’années passées loin de la scène médiatique d’où il a été brutalement excommunié après avoir commencé à dénoncer le passé colonial de l’Occident ainsi que l’influence du sionisme dans le monde politique et des affaires, l’humoriste Dieudonné M’bala M’bala est aujourd’hui de nouveau projeté sur le devant de la scène politico-médiatique.

Il faut dire qu’en dépit du long et assourdissant silence des médias officiels à son sujet, l’humoriste engagé s’est en effet lentement mais sûrement reconstitué un public fidèle, malgré l’image-épouvantail « d’antisémite » que lui a forgé la presse bourgeoise.

Au cours de ces années, le discours de l’artiste s’est radicalisé et il a à plusieurs reprises pris le contre-pieds des intérêts fondamentaux des USA, de la France, de l’Angleterre, etc., en dénonçant par exemple les crimes commis quotidiennement dans la plus totale impunité par l’Etat israélien à l’égard d’un peuple palestinien martyr, mais aussi en exprimant son soutien aux ennemis déclarés des puissances impérialistes en déclin, à l’instar de l’Iran d’Ahmadinejad entre autre.112

Parallèlement, l’humoriste a poursuivi ses spectacles, et en dépit du dénigrement systématique dont il a fait l’objet, a vu ses salles continuer à se remplir. Aujourd’hui, chaque vidéo postée par Dieudonné sur sa chaîne Youtube est visionnée au bas mot un million de fois, chose de plus en plus inadmissible pour l’ordre bourgeois.

En effet, Dieudonné véhicule la plus totale insoumission vis-à-vis des médias officiels et des politiciens au pouvoir. Ainsi, il contribue à faire naître la défiance des larges masses exploitées à leur égard. A une époque où le fossé ne cesse de s’approfondir entre les élus de la « démocratie représentative » et le peuple qu’ils sont censés représenter, le discours de Dieudonné contribue à semer les graines de la fronde sociale.

La cible de Dieudonné ne se cantonne en effet pas à la dénonciation de la politique agressive des puissances impérialistes dominantes, mais prend de plus en plus la forme d’une ébauche de critique radicale du système. Nous en citerons un exemple concret dans sa vidéo intitulée Dieudonné répond à François Hollande datée du 21 décembre 2013 et vue pas moins de deux millions de fois en une quinzaine de jours.

Dans cette vidéo, l’humoriste donne tout de suite le ton en rappelant l’exercice d’allégeance et d’humiliation concédée par « notre » président au lobby sioniste à l’occasion de son discours au diner annuel du CRIJF (Conseil représentatif des institutions juives de France) du 16 décembre dernier.

« C’est toujours un grand moment, déclarait François Hollande, où l’opposition rêve d’être à la table centrale et où la majorité sait que c’est forcément pour un temps précaire, alors que vous vous êtes permanents dans l’institution ».

Pour achever « notre » président, l’humoriste entonne ensuite une petite chanson de sa composition sur l’air d’un chant de la résistance :

« François,  la sens-tu,  qui se glisse  dans ton cul ,…  la quenelle !? »

Et d’ajouter pour enfoncer le clou :

« Alors apparemment, il la sent, il la sent François. Là je crois que si tu la sens pas, c’est que tu as perdu tout sens commun. Il faut que tu te fasses opérer ».

Mais surtout, un peu plus loin, ce sont les fondements même du capitalisme, à savoir l’esclavage salarié, que dénonce Dieudonné.

« Alors évidemment, le maître esclavagiste, le maître banquier, c’est lui qui dirige tout dans nos vies (…) C’est lui qui te réveille le matin avec le réveil : « Allez, faut aller bosser ! » « Non, je veux pas. » « Oui mais t’es obligé, faut rembourser le crédit, connard ! » (…) Alors t’arrives au boulot : « Allez, bosse, bosse, bosse ! (…) T’as fini, t’es fatigué, allez rentre chez toi, allez, vas-y, allumes ta TV, baise ta femme, mange, consomme. » Et si tu ne veux pas, tu es un mauvais esclave. Et le maître esclavagiste, il est même capable de dire (…) que t’es un raciste. (…) Un mauvais esclave devient très vite un raciste, c’est ça que j’ai remarqué… »113

Dans sa dernière vidéo datée du 31 décembre, elle aussi déjà visionnée plus de deux millions de fois, l’humoriste n’a pas manqué de récidiver, après avoir naturellement dénoncé les appels ─ très largement relayés ─, du sioniste notoire Arno Klarsfeld, à manifester contre la tenue de ses spectacles afin de susciter des « troubles à l’ordre public » qui serviront… de prétexte aux préfets à l’interdiction « légale » de ses spectacles !114 Maniant avec dextérité l’arme acérée de la dérision dans une ambiance « zen » dédiée à « l’apaisement » ─ une atmosphère pour le moins loufoque au vu des circonstances et du costume singulier endossé par l’humoriste ─, Dieudonné conseilla à celui qui a servi dans les rangs de Tsahal de ne pas céder « à la haine et à la violence » et de cesser de vouloir « jouer les gros bras » et faire le « casseur ».

« On n’est pas en Israël, t’es plus en train de faire ton service militaire. Là t’es revenu en France, là faut quand même que tu te conformes à certaines règles : on ne peut pas demander aux gens d’aller se bastonner. A jouer au con, à menacer tout le monde, à provoquer tout le monde, tu vas finir par te faire défoncer ta p’tite gueule de p’tite chatte d’appartement ».

Un peu plus loin, après avoir dénoncé la manipulation médiatique de ses propos à l’égard de Patrick Cohen, l’humoriste ciblait un ministre de l’Intérieur enclin à « mettre de l’huile sur le feu ». Finalement, pour montrer qu’il n’en a pas qu’après les sionistes, Dieudonné dénonçait habillement la politique du « deux poids, deux mesures » dont est coutumier le lobby politico-médiatique bourgeois à l’égard de l’histoire, en l’occurrence ici celle de l’esclavage.

« Vous vous rendez compte qu’en Martinique, aujourd’hui, au moment où on parle, vous savez que les Békés, (…) ils représentent 1 % de la population et ils ont 90 % des terres agricoles, encore aujourd’hui. (…) Les mecs ils ont fait toute leur fortune sur le commerce des noirs et ils s’en font encore plein les poches, et ils ont passé la

Révolution française, tout, tout, tout… (…) Et c’est moi le raciste ! En plus ils ne se mélangent pas, parce qu’ils sont pour la pureté de la race, eux ils sont complètement dingues… (…) [Aujourd’hui], l’esclave, il n’est pas noir, et puis cette libération (…), elle concerne tout le monde, c’est pas seulement une histoire de négros. (…) Parce qu’on est tous esclaves de ce système, il faut qu’on se libère. (…) Libérons-nous des Békés et des banquiers, ce sont les mêmes ».115

La présentation du dernier spectacle de Dieudonné intitulé Le mur ─ dont la tournée est aujourd’hui menacée d’interdiction par la circulaire ministérielle du 6 janvier ─, permet de comprendre les motivations réelles de ceux qui cherchent à réduire au silence l’humoriste et qui vont jusqu’à brandir la menace de la fermeture de son théâtre.116

« On y va droit dedans et pourtant on est dos à lui, alors plutôt que de se taper la tête contre, faisons le mur ! Tirons-nous le temps d’un spectacle de ce monde de mensonge ! Rions ensemble, amis moutons, de notre misérable condition d’esclave… »117

Pour ne rien « arranger », l’humoriste ne se contente pas de dénoncer ces faits et de parler assez « crûment » le langage de la lutte des classes, mais appelle quotidiennement à la résistance et à la désobéissance civiles : « on s’est libéré dans nos têtes », en popularisant notamment le geste de la « quenelle ». Ce dernier est bien loin du « salut nazi inversé » que mettent en avant les exploiteurs pour diaboliser l’humoriste !

Il consiste tout simplement à signifier au système ─ de façon certes aussi peu « élégante » que « diplomatique » ─, qu’on « l’encule » bien profondément, lui qui nous le rend quotidiennement si bien…

La photographie qui suit, représentant une des « quenelles » qui a mis le feu aux poudres, est des plus équivoques. On y voit le ministre de l’Intérieur « quenellisé » à son insu par un groupe de jeunes lors d’un déplacement à Millau le 21 septembre 2013.118

 

La critique sociale de Dieudonné ainsi que ses appels à témoigner d’une forme de résistance sont évidemment inacceptables pour l’ordre bourgeois, car elles constituent les prémices d’une critique radicale des fondements du capitalisme : qu’il s’agisse de l’Etat et des médias non représentatifs des intérêts du peuple, ou bien de l’esclavage salarié.

Or l’humoriste a une audience de plus en plus large, en dépit du black-out et de la vindicte médiatique dont il est l’objet depuis plusieurs années. C’est ainsi que les exploiteurs, excédés de voir se propager ce discours et ces pratiques bien peu respectueuses à leur égard, somment aujourd’hui l’attelage gouvernemental au pouvoir de faire taire par n’importe quel moyen l’artiste, tous les moyens précédents, à l’instar des menaces et des amendes ayant lamentablement échoué.

C’est ainsi que notre sinistre de l’Intérieur a dernièrement proposé rien de moins que d’étudier les recours juridiques et législatifs pour interdire les spectacles de l’humoriste et le réduire au silence. Chose à priori ardue de l’avis des juristes. Ne reste donc plus aux « élus » qu’a tenter de saboter localement, aussi discrètement qu’officieusement la tenue des spectacles de l’humoriste, à l’instar des mairies de Nancy et de Metz…119 En effet, les déclarations de Manuel Valls ont à l’évidence été contre-productives en offrant à l’humoriste une campagne de publicité gratuite, et il faudra donc opérer plus souplement, « dans la coulisse » et au cas par cas…

Il est important de noter que sur les médias internet et la chaîne vidéo de l’humoriste, les votes et messages de soutien dépassent de très loin ceux de ses détracteurs : les votes de soutien à l’humoriste représentent ainsi 85 % des 50 000 votes d’évaluation aujourd’hui laissés sur ses vidéos Youtube des 21 et 31 décembre.

Comme on le voit, dès qu’il se sent menacé, l’ordre bourgeois foule au pied les règles les plus élémentaires de sa « démocratie modèle » ! Ceci illustre le mépris réel du démocratisme bourgeois pour ses propres mots d’ordre de « liberté d’expression » en période de crise économique et de contestation sociale croissante larvée.120

S’il est une chose à retenir de « l’affaire Dieudonné » en cours, c’est que la tentation croissante du recours aux méthodes réactionnaires héritées du fascisme se fait de plus en plus sensible à mesure que la défiance des masses populaires s’accroit à l’égard du lobby politico-médiatique.

« Le maître esclavagiste, soulignait Dieudonné dans sa vidéo du 21 décembre, il est en panique, vous le voyez, et donc, il veut nous terroriser, et de manière complètement illégale, vous vous souvenez du discours de Valls ».

Mais, avertit Dieudonné dans sa vidéo datée de la veille du nouvel an, l’interdiction de ses spectacles elle-même risque bien de se révéler être une arme à double tranchant pour ceux qui s’efforcent par tous les moyens de le réduire au silence :

« Il ne faut surtout pas enlever le rire, parce que c’est la soupape dans une société qui est en crise. Laissez les gens rire ! »

Pour les communistes, la critique et l’audience de Dieudonné sont évidemment les bienvenues, car elles constituent une accroche potentielle à la critique marxiste du capitalisme. La critique sociale de Dieudonné a quelque chose de sain quand elle replace au centre de la problématique la question de l’esclavage salarié, constituant ainsi un embryon de la désaliénation des masses populaires. Cette dernière représente en effet le premier pas fait en direction du combat pour leur émancipation économique, sociale et politique du joug du Capital.

C’est évidemment une abomination pour l’ordre bourgeois qui l’a bien compris et qui par conséquent cherche à abattre par tous les moyens ce dangereux artiste (bien) engagé.

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 03/01/2014121

 

 

De la « liberté de la presse » sur le front de la « guerre des classes »…

A la veille de la crise des subprimes, un certain Warren Buffett ─ à la tête du fonds d’investissement Berkshire Hathaway et aujourd’hui 4ème fortune mondiale et 2ème

fortune américaine avec 58,5 milliards de $ US, soit le triple du PIB de l’Afghanistan ─, déclarait sur un ton aussi triomphaliste qu’arrogant qu’

« Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ».122 

Mais la crise économique contemporaine est passée par là… et les richards arrogants du type de Buffett font aujourd’hui profil bas devant leurs esclaves, et vont même jusqu’à étaler leur « générosité » en promettant qu’ils lègueront une partie de leur fortune à des œuvres de charité à leur mort, afin de contribuer aux « efforts » et aux sacrifices croissants qu’exige le Capital de ses esclaves longtemps privilégiés, aujourd’hui mis à la diète forcée.123 En attendant, cela n’empêche pas ces milliardaires « philanthropes » cherchant à jouer la carte de « l’apaisement social » afin de ne pas cristalliser contre eux le ressentiment croissant des « classes moyennes » laminées, de continuer à se remplir les poches. Selon Forbes, la fortune des 400 américains les plus riches a atteint 2 000 milliards de $ US en 2013, un chiffre en hausse de 300 milliards de $ US par rapport à l’année précédente !124

Dans ce que les éléments les plus conscients et organisés de la bourgeoisie monopoliste appellent avec justesse la « guerre des classes », la presse ─ écrite, radiodiffusée et télévisée ─, occupe une place de choix. En effet, comme l’avait déjà si justement souligné Karl Marx, la classe détentrice des moyens de production détient également les principaux moyens de communication et d’information à travers lesquels elle impose ses idées à ses esclaves. Les médias représentent donc l’une des armes principales de la bourgeoisie dans sa guerre permanente contre l’organisation consciente du Front du Travail.

Dans tous les pays bourgeois développés, l’intégralité de la grande presse officielle est contrôlée soit directement par des conglomérats de presse, soit indirectement par les annonceurs qui sinon la déserteraient. A elle seule, la puissante Hearst corporation contrôle aujourd’hui à travers le monde plus d’une cinquantaine de journaux, une trentaine de chaînes de télévisions et 300 magazines.125

Aussi, parler de « liberté de la presse » relève du plus éhonté des mensonges.126

Pour illustrer ceci, nous nous contenterons de citer un témoin direct de ces pratiques : John Swinton. Si son témoignage n’est plus de toute première jeunesse ─ cela fera bientôt un siècle et demi qu’il a été concédé ─, sa valeur n’en reste pas moins très grande, car depuis cette époque, l’emprise du Capital sur la presse « libre » ne s’est point desserrée, bien au contraire… S’adressant à ses collègues journalistes du New York Times, il affirma sans détour que

« La presse indépendante n’existe pas en Amérique en dehors des villes de province. Vous êtes tous des esclaves. Vous le savez, et je le sais. Aucun d’entre vous n’ose honnêtement exprimer son opinion. Si vous l’exprimiez, vous sauriez d’avance qu’elle ne serait jamais publiée. Je suis payé 150 $ pour laisser mes propres opinions à la porte d’entrée du journal pour lequel je travaille. Vous autres également, êtes payés pour faire la même chose. Si je permettais la publication des opinions honnêtes dans un tirage de mon journal, je me retrouverai dans la même situation qu’Othello127 dans les 24 heures. La personne qui serait assez idiote pour écrire ses propres opinions serait jetée à la rue et devrait se chercher un autre travail. L’activité d’un journaliste de New York consiste à déformer la vérité, à mentir catégoriquement, à pervertir, à diffamer, à se prosterner devant Mammon,128 à vendre son pays et sa race contre son pain quotidien, ou ce qui revient au même, contre son salaire. Vous savez tout-ceci et je le sais également. Quelle sottise que de porter un toast à la « presse indépendante » ! Nous sommes les instruments et les vassaux des hommes riches qui demeurent dans la coulisse. Nous sommes des marionnettes. Ils tirent les ficelles et nous dansons. Notre temps, nos talents, nos vies, nos capacités, toutes ces choses sont la propriété d’autres hommes. Nous sommes des prostituées intellectuelles ».129

Cette lucidité et cette honnêteté dans les propos étaient encore possibles à une époque où la guerre entre le Travail et le Capital n’avait pas encore aboutit à des batailles de grande envergure. Pour les classes possédantes, en particulier aux USA, la menace communiste était alors encore naissante, lointaine et même hypothétique.

Aujourd’hui, un tel aveu serait impensable, car la relative paix sociale dont jouit encore la bourgeoisie est en grande partie garantie par la formidable machinerie de duperie et d’abrutissement des masses exploitées que constituent les médias

« libres ».

Citons à titre d’exemple récent, la gigantesque campagne de mystification entourant l’intervention impérialiste française en Centrafrique, ou plus justement « en Françafrique », selon le lapsus révélateur concédé le 2 janvier dernier sur BFMTV par Bernard Kouchner… Alors que tous les médias officiels ont juré que la France n’avait aucun intérêt économique à y défendre et n’y faisait le « gendarme » que pour des raisons « humanitaires », c’est en fait la crainte de monopoles comme Areva, Total et Bolloré de perdre le contrôle sur les réserves d’or, de diamants, de pétrole et d’uranium contenues dans le riche sous-sol du pays qui a motivé cette énième ingérence coloniale de notre impérialisme, une ingérence qui n’a conduit qu’à y aggraver les conflits interethniques et confessionnels.

Ainsi, il n’y a plus guère plus que sur la toile où l’on puisse trouver des médias alternatifs qui ne soient pas bâillonnés par le Capital.130 Mais jusqu’à quand l’ordre capitaliste tolèrera-t-il l’existence de ce dernier espace de liberté d’expression publique encore accessible aux larges masses exploitées ?

Jusqu’au jour où les esclaves du Capital fuiront massivement les médias officiels comme la peste et où cette industrie de l’intoxication aura perdu l’essentiel de son emprise sur eux. L’ordre bourgeois vacillant fera alors tomber son masque « démocratique » et réprimera sauvagement tout ce qui viendra menacer son fondement : l’esclavage salarié !

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 08/01/2014

       

De la réaction politique sous l’impérialisme

S’il est bien un enseignement majeur à tirer de l’Histoire du 20ème siècle, c’est que l’impérialisme confine à la réaction. Qu’il s’agisse des deux premiers conflits interimpérialistes mondiaux, de l’avènement de régimes fascistes ou des multiples guerres coloniales, ces faits n’ont cessé de démontrer que la violence était une manifestation logique et inévitable de la domination internationale du mode de production bourgeois et de la vive concurrence qu’il entraîne entre les nations.

Au cours du dernier siècle, la bourgeoisie a montré qu’elle ne rechignait ni à abolir sa légalité démocratique dès lors que la répression des aspirations révolutionnaires de son propre prolétariat l’exigeait, ni à mener des guerres coloniales, à fomenter des putschs ou à souffler sur les braises des tensions inter-ethniques et confessionnelles au risque (ou dans l’optique…) d’y provoquer des guerres civiles dès que cela lui permettait de redistribuer à son avantage les sphères d’influence (semi-)coloniales. Elle a enfin montré qu’elle ne rechignait pas non plus à massacrer les populations civiles des autres pays, bourgeois ou non, afin de les terroriser et de les soumettre, ce qui n’est au final assurément guère plus « humain » et « civilisé » que de les faire périr dans les camps de concentration nazis…

Qu’il s’agisse des bombardements de la Wehrmacht sur Londres et les villes soviétiques, du massacre des populations civiles chinoises par l’Armée impériale japonaise ou des bombardements anglo-américains (conventionnels comme atomiques) sur les villes allemandes et japonaises, les populations civiles payèrent un très lourd tribut au cours de la dernière conflagration inter-impérialiste mondiale. Notons au passage que ce ne fût certainement pas non plus un hasard si l’Armée Rouge fût la seule à ne pas céder à la tentation de l’extermination des populations civiles des pays ennemis, alors même que les peuples de l’URSS comptèrent parmi les premières victimes de ces pratiques communes à l’ensemble des pays bourgeois, qu’ils soient « démocratiques » ou fascistes…

« Si nous avions perdu la guerre contre le Japon, nous aurions été jugés comme criminels de guerre », admit ainsi lucidement le général américain Curtis LeMay qui, à partir d’août 1944, dirigea la campagne de bombardements « stratégiques » menée contre le Japon qui coûta la vie à un million de civils.131

Aujourd’hui, alors que les pays impérialistes en déclin d’Occident sont en proie à une profonde crise économique structurelle accompagnant leur décomposition multiforme, leurs tendances à la réaction n’en finissent pas de s’exacerber. Dans leurs sphères d’influence d’abord, les dernières années ont montré leur large recours aux méthodes coloniales afin de tenter de freiner la redistribution pacifique en cours de leurs sphères d’influence au profit du dynamique impérialisme chinois. Dans ce contexte, il est naturel de se demander au regard de l’expérience historique récente si ces guerres coloniales locales plus ou moins larvées ne risquent pas de déboucher à plus ou moins court terme sur un troisième conflit inter-impérialiste mondial, opposant par exemple de manière frontale l’impérialisme chinois à ses concurrents en déroute.

On voit à priori mal comment un marxiste pourrait nier cette possibilité sans être accusé de sombrer dans le kautskisme, c’est-à-dire d’idéaliser la démocratie bourgeoise « pacifique » et de minimiser l’ampleur des rivalités inter-impérialistes. Et pourtant, de notre point de vue, la rivalité inter-impérialiste majeure entre l’impérialisme américain déclinant et l’impérialisme chinois ascendant devrait certainement échapper à une telle issue, non pas parce que l’impérialisme américain se serait « assagi », mais parce qu’il n’est certainement déjà plus en mesure de mener une guerre frontale contre son principal concurrent. Jusqu’à l’aube des années 1970, chaque puissance impérialiste majeure possédait en effet sur son propre sol une industrie lourde et une industrie légère diversifiées. Dans ces conditions, les rivalités inter-impérialistes majeures débouchaient facilement sur un conflit militaire frontal que chaque impérialisme était capable de mener.

Mais avec l’avènement d’une nouvelle division internationale au cours des dernières décennies, la donne a profondément changé. Qu’il s’agisse de la détention massive de bons du Trésor US par l’impérialisme chinois, de son industrie lourde (sidérurgie, industrie mécanique, construction navale, etc.) incomparablement plus puissante, du rapide rattrapage technologique de son complexe militaro-industriel, et enfin de l’extrême degré de dépendance contracté à son égard par ses principaux concurrents dans le secteur des biens de consommation, qu’il s’agisse de produits manufacturés finis et semi-ouvrés, ou enfin de l’écrasant monopole chinois en termes d’exploitation des terres rares si essentielles à nos dernières industries de pointe, tout indique que les puissances impérialistes déclinantes commettraient un suicide irréparable si elles s’engageaient sur cette voie.

Ainsi, il devient évident que plus le temps passe, plus l’impérialisme chinois se renforce relativement à l’impérialisme américain, et plus le risque d’une conflagration militaire directe… diminue !132

Est-ce à dire que l’on soit parvenu à un stade de la division internationale du travail qui ait fait de la théorie révisionniste de « l’ultra-impérialisme » une réalité ? Nullement, car on ne constate aucune exploitation « pacifique » des colonies. Bien au contraire, les puissances impérialistes en déclin recourent de plus en plus aux méthodes coloniales pour tenter de freiner la redistribution pacifique des sphères d’influence aujourd’hui à l’œuvre au profit de l’impérialisme chinois, du moins aussi longtemps que ce dernier ne disposera pas de forces de projection aéronavales capables de faire contrepoids aux leurs. La décennie qui vient promet donc une flambée du recours à ces méthodes comme autant de tentatives désespérées de tenter de faire tourner à rebours la roue d’une Histoire qui leur a échappé, ou tout au moins de retarder un peu l’échéance fatidique.

Mais au delà de ces escarmouches locales, si les élites bourgeoises des pays impérialistes sur le déclin sont aujourd’hui dans l’incapacité de retourner la violence contre leur principal rival, cela signifie qu’il ne leur reste plus qu’une seule autre option : se soumettre à lui – contre une participation minoritaire à son Capital, ce qui est déjà le cas alors que la plupart de leurs entreprises monopolistes sont déjà implantées sur le territoire chinois –, c’est-à-dire à terme se transformer en bourgeoisie compradore, inféodée à l’impérialisme chinois, et ainsi face à l’inévitable réduction de leurs surprofits, devoir faire accepter de gré ou de force à leur propre prolétariat une dégradation croissante des conditions de l’esclavage salarié. C’est dans ce processus qu’il faut voir les attaques multiformes des classes dirigeantes d’Occident contre le niveau des salaires réels et la destruction des systèmes d’éducation, de retraite et de protection sociale dont leur prolétariat bénéficiait jusqu’à il y a peu.

Cela signifie que lorsque le prolétariat de ces pays refusera de se résigner à accepter la dégradation croissante de ses conditions de vie, sa propre bourgeoise jettera aux orties son masque « démocratique » et optera pour le recours aux méthodes fascistes afin de réprimer l’essor du mouvement révolutionnaire du prolétariat. Ce n’est certainement pas un hasard si les attelages bourgeois soufflent aujourd’hui de plus en plus sur les braises du communautarisme, renforcent les arsenaux législatifs liberticides, versent de plus en plus ouvertement dans le déni de leurs principes « démocratiques » et renforcent les moyens de surveillance de leurs propres populations, tout cela sous le couvert de la lutte contre le « racisme » et le « terrorisme »…

Comme on le voit, la réaction politique a un « bel » avenir en cette période de profonde et durable crise économique structurelle. Quelles que soient ses formes et ses cibles, la violence n’a pas fini d’être employée par la classe dominante pour se maintenir au pouvoir, et il en restera ainsi aussi longtemps que les rapports de production capitalistes n’auront pas été renversés. Sous le capitalisme, ce sont en effet parfois certains « hommes qui sont de trop » et dont il faut se débarrasser…133

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 15/01/2014

 

 

Le matérialisme dialectique : une méthode scientifique

D’ordinaire, on dit de quelqu’un qui a des rêves et des aspirations qu’il est « idéaliste », et de quelqu’un qui ne recherche son bonheur que dans l’accumulation de biens matériels qu’il est « matérialiste ». On en peut nier que l’enseignement bourgeois de la philosophie contribue à jeter le trouble et à entretenir ces conceptions vulgaires au sujet de la philosophie.

Fort heureusement, il y a un siècle et demi, un jeune philosophe allemand nommé Karl Marx est venu remettre les choses à leur place et expliquer en quoi consistaient réellement l’idéalisme et le matérialisme philosophique, montrant au passage que l’histoire du développement de la pensée philosophique, depuis l’antiquité jusqu’à l’époque industrielle, était traversée en filigrane par la lutte entre ces deux courants de pensée majeurs.

Les matérialistes, dont Démocrite et Epicure comptaient parmi les premiers représentants, affirment que la matière est la donnée première et la conscience la donnée seconde, dérivée de la première, et que par conséquent l’existence de l’esprit est inconcevable sans la matière. Au contraire, les idéalistes (comme Platon et Aristote) affirment sous une forme ou une autre que c’est l’esprit qui gouverne la matière et que l’esprit peut même exister en dehors de la matière.

En autonomisant l’existence de l’esprit par rapport à celle de la matière, l’idéalisme philosophique conduit naturellement à déclarer possible l’existence des divinités, du paradis, de la réincarnation, etc. C’est pourquoi Lénine remarquait que « l’idéalisme philosophique est… la voie de l’obscurantisme clérical ».134

Dans la pratique, n’est pas idéaliste celui qu’on croit au premier abord… On peut en effet très bien raisonner en idéaliste, c’est-à-dire croire en un dieu, aux fées, aux loups-garous, etc., et conditionner son bonheur quotidien à l’accumulation d’objets. « L’idéalisme, dans sa pratique, n’est rien d’autre que la tromperie sans scrupule et sans réflexion d’un matérialisme écœurant », remarquait déjà si justement Karl Marx.135 De même, on peut très bien raisonner en matérialiste, et avoir des idéaux, c’est-à-dire des aspirations allant bien au-delà de la recherche de l’accumulation de richesses personnelles… Il en va ainsi généralement des communistes, du moins de ceux qui combattent consciemment pour l’avènement de sociétés humaines radicalement différentes de toutes celles qui se sont succédées au cours du développement historique de notre espèce.

C’est en effet justement la question centrale que pose la méthode matérialistedialectique pour laquelle l’essentiel consiste dans l’étude des processus de la nature et de la société, dans leurs connexions, leurs interactions, leur mouvement et leur transformation. Pour l’espèce humaine, l’étude matérialiste-dialectique prend pour point de départ la façon dont les sociétés humaines produisent et répartissent les richesses. Comme le démontrèrent Marx et Engels, c’est ce mode de production et de reproduction de l’existence qui détermine in fine les idées, les lois et les croyances. Mais Marx et Engels ne s’arrêtèrent pas là : sur la base d’une analyse économique approfondie du mode de production capitaliste et de ses contradictions internes, ils démontrèrent son caractère historiquement borné et transitoire : c’est le mode de production communiste, basé sur la propriété commune des moyens de production, qui viendrait le remplacer et mettre un terme définitif au développement antagoniste des sociétés humaines, c’est-à-dire où une minorité possédante vit de l’exploitation du travail d’autrui.

Quel est donc le but de la méthode du matérialisme dialectique ? Ni plus ni moins que nous aider à nous rapprocher toujours plus près de la connaissance de la réalité objective, laquelle est en perpétuelle évolution. Cette connaissance est donc toujours « en retard » et limitée par le cadre historique et scientifique borné, caractéristique de chaque époque. Et pourtant, l’enjeu consiste à s’en rapprocher toujours plus près, de façon asymptotique !136 Ce n’est certainement pas un hasard si l’ensemble des chefs du prolétariat international se sont intéressés de très près au développement des sciences à leur époque respective. Dans tous les domaines, qu’il s’agisse des sciences sociales ou des sciences dites « de la nature », c’étaient en effet des esprits scientifiques.

Rien d’étonnant à cela puisque le matérialisme dialectique se ramène en définitive à « la théorie de l’évolution, dans son aspect le plus complet, le plus profond et le plus exempt d’étroitesse, théorie de la relativité de la connaissance de l’homme, qui reflète la matière en perpétuel développement ».137

De même que les philosophes matérialistes français des Lumières (tels Diderot et d’Holbach) donnèrent à la bourgeoisie les armes idéologiques pour abattre l’obscurantisme clérical sur lequel s’appuyait le féodalisme, de même les communistes s’appuient sur la philosophie matérialiste-dialectique pour combattre le brouillard idéaliste agnostique138 et fidéiste139 qu’entretient sciemment la bourgeoisie pour maintenir les masses exploitées sous son influence et dans l’ignorance.

Pour autant, quand on traite du matérialisme dialectique, il est essentiel de veiller à se préserver d’une grave erreur. Il nous faut ici souligner qu’il est dangereux de considérer non pas la méthode matérialiste-dialectique, mais ses résultats comme une science, car on aboutit alors à une conception dogmatique et figée de la philosophie marxiste. Or comme la réalité évolue, on peut très bien s’en tenir fermement à des conclusions autrefois justes érigées en principes qui deviennent ensuite périmés… et donc dangereux dans une nouvelle période !

Ainsi, si l’analyse des rapports de production bourgeois et des flux marchands et financiers constituera toujours la base de l’analyse objective destinée à comprendre et donc à transformer notre réalité contemporaine, l’évolution des rapports de force inter-impérialistes ainsi que les mutations de la division internationale du travail pourront rendre caduques certaines conclusions, notamment tactiques, qui valaient pourtant pour une époque antérieure donnée.

C’est ainsi que la concurrence entre pays capitalistes rendait les guerres inévitables entre les pays bourgeois dominants luttant pour le repartage du gâteau colonial aussi longtemps que chaque bourgeoisie disposait sur son propre sol d’une industrie légère et d’une industrie lourde diversifiées. Mais les délocalisations des dernières décennies et la dépendance économique extrême qu’ils ont contracté à l’égard de leur principal concurrent rendent à priori une troisième conflagration inter-impérialiste de moins en moins probable, avec à la clef la perspective de voir la bourgeoisie des pays capitalistes laminés par la crise se transformer en bourgeoisie compradore inféodée à la nouvelle puissance capitaliste dominante : l’impérialisme chinois. La violence continuera alors d’être employée, mais à l’égard du prolétariat des pays bourgeois en déclin, lorsqu’il refusera d’accepter l’extrême dégradation de ses conditions d’existence.

Pour autant, cette nécessité « d’actualiser » certaines conclusions en fonction de la marche de l’évolution du capitalisme n’autorise pas tout et n’importe quoi. Nous pensons ici à ceux qui s’évertuent à réviser les lois générales de la révolution socialiste. Comme dans le domaine des sciences de la nature, il existe en effet des lois immuables régissant l’époque de transition du capitalisme au communisme, en particulier la dictature du prolétariat. Sa nécessité prend en effet sa source dans l’existence même de la propriété privée qui est la base intangible du mode de production capitaliste. On conçoit sans difficulté qu’à n’importe quelle époque, la bourgeoisie puis ses débris opposeront une résistance acharnée afin de défendre leur pouvoir économique puis de tenter de reconquérir leur « paradis perdu ». En conséquence, les travailleurs qui arriveront au pouvoir et chercheront à s’y maintenir devront nécessairement mettre en place un Etat qui ne pourra être une « démocratie pour tous », car il devra être capable de réprimer ─ si besoin par la force ─, la résistance opposée par les exploiteurs indigènes comme étrangers.

La façon de concevoir le monde livrée par la philosophie matérialiste-dialectique est évidemment à l’opposé de la philosophie des classes possédantes réactionnaires qui cherchent à empêcher la roue de l’Histoire de tourner. Celles-ci proclament ainsi d’ordinaire soit au moyen de la métaphysique140 ou du matérialisme mécaniste que la réalité est « immuable » (et par conséquent leur domination également…) ou qu’elle est un « éternel recommencement », soit au moyen des différentes variantes des philosophies agnostiques et fidéistes qu’il est impossible de connaître la réalité objective, même approximativement.

Comme l’avait si bien remarqué Lénine dans son magistral ouvrage de défense de la philosophie matérialiste dialectique intitulé Matérialisme et empiriocriticisme,141 les différentes variantes des philosophies idéalistes ainsi que des philosophies matérialistes pré- ou « post »- marxistes sont aujourd’hui devenues des armes d’intoxication utilisées par la bourgeoisie pour soumettre idéologiquement le prolétariat et ainsi le maintenir dans sa condition d’esclave. Tel est aujourd’hui l’enjeu fondamental de la guerre que se livrent le matérialisme-dialectique et les différentes variétés de la philosophie idéaliste.142  

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 16/01/2014

 

       

De la source et du rôle des préjugés religieux

La religion est sans aucun doute la forme la plus grossière et la plus réactionnaire de la philosophie idéaliste. C’en est certainement la branche qui s’oppose avec la plus grande vigueur à la conception scientifique du monde. Pourtant, il ne suffit pas comme les intellectuels bourgeois athées le font depuis plus de deux siècles de souligner la contradiction intrinsèque existant entre les dogmes religieux proclamant l’existence d’un Dieu soi-disant créateur de toutes choses, foncièrement bon et tout-puissant et la brutale réalité quotidienne d’un monde bourgeois gangrené par le chômage, la misère, les guerres, les souffrances, etc. pour vaincre les préjugés religieux.

Dans de nombreux pays bourgeois dépendants, la critique de la religion reste encore aujourd’hui souvent la condition préalable de toute critique radicale du monde réel « d’ici bas », depuis l’Amérique Latine chrétienne jusqu’au sud-est asiatique où cohabitent le bouddhisme, le catholicisme et l’islam. Même dans certains pays occidentaux, la religion conserve une très forte emprise sur les masses exploitées. Aux USA, c’est aujourd’hui encore un tiers des adultes qui rejettent la théorie darwinienne de l’évolution des espèces et pensent que « les humains et les autres êtres vivants existent dans leur forme actuelle depuis le début des temps ». Même parmi les 60 % d’américains qui acceptent l’idée de l’évolution de l’espèce humaine, seuls la moitié l’attribuent à « des processus naturels comme la sélection naturelle », tandis qu’un quart d’entre-eux estiment qu’ « un être suprême a guidé l’évolution des êtres vivants ».143

La persistance de l’obscurantisme religieux n’a rien de fondamentalement étonnant dans des sociétés basées sur l’esclavage salarié. Comme le soulignait déjà Karl Marx il y a un siècle et demi, la religion est à la fois la thèse et l’antithèse des souffrances quotidiennes des masses populaires opprimées.

« La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple. Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu’il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation, c’est exiger qu’il soit renoncé a une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l’auréole. (…) La critique de la religion s’achève par la leçon que l’homme est pour l’homme, l’être suprême, donc par l’impératif catégorique de bouleverser tous les rapports où l’homme est un être dégradé, asservi, abandonné, méprisable ; ces rapports, on ne saurait mieux les rendre que par l’exclamation d’un français à l’annonce d’un projet d’impôt sur les chiens : « Pauvres chiens ! on veut vous traiter comme des hommes ! » »144

Pour Karl Marx, le dépassement dialectique des préjugés religieux ne se situe donc pas sur le terrain de la bataille des lumières des sciences contre les ténèbres des croyances et de l’ignorance, mais sur le terrain de la transformation des mauvaises conditions économiques et sociales qui engendrent à une large échelle la détresse et les souffrances qui alimentent quotidiennement les préjugés religieux. De même, Lénine remarquait que sous le capitalisme, aucune des libertés politiques formelles conquises par la classe ouvrière ne lui permettrait de s’affranchir des affres de l’esclavage salarié et de l’obscurcissement de sa vie spirituelle.

« La religion est une des variétés de l’oppression spirituelle qui pèse toujours et partout sur les masses populaires, accablées par un travail perpétuel pour les autres, par la misère et leur état d’isolement. L’impuissance des classes exploitées dans leur lutte contre les exploiteurs engendre, tout aussi nécessairement, la croyance en une vie meilleure dans l’au-delà, comme l’impuissance du sauvage dans sa lutte contre la nature engendre la croyance dans les dieux, les diables, les miracles, etc. A ceux qui, toute leur vie durant, travaillent et demeurent dans le besoin, la religion enseigne l’humilité et la patience dans la vie terrestre, en leur faisant espérer une récompense au ciel. Quant à ceux qui vivent du travail d’autrui, la religion leur enseigne la bienfaisance dans la vie terrestre ; elle leur offre à très bon marché la justification de toute leur existence d’exploiteurs et leur vend à un prix modique des cartes d’entrée au paradis des bienheureux. La religion est l’opium du peuple. C’est un genre d’alcool intellectuel, où les esclaves du Capital noient leur face humaine, leurs revendications d’une vie tant soit peu digne d’un être humain. (…) Actuellement, dans les pays capitalistes, les racines de la religion sont surtout sociales. L’écrasement des masses laborieuses dans la société, leur apparente impuissance devant les forces aveugles du capitalisme, qui cause aux travailleurs chaque jour, à chaque heure, des souffrances mille fois plus terribles et des tortures mille fois plus sauvages que les catastrophes comme les guerres, les tremblements de terre, etc…, voilà la racine la plus profonde de la religion à notre époque ».145

C’est pourquoi Lénine définissait avec raison « toutes les religions et toutes les Eglises contemporaines, les organisations religieuses de toutes sortes, comme des instruments de la réaction bourgeoise, destinés à abrutir la classe ouvrière et à perpétuer son exploitation ».

« Dans les faits l’idée de Dieu aide à tenir le peuple en esclavage ».146

C’est pourquoi Lénine estimait qu’il était essentiel au prolétariat de mener une lutte résolue contre les préjugés religieux en tant qu’obstacle au développement de sa lutte de classe révolutionnaire.

« De nos jours, l’ouvrier conscient, éduqué par la grande industrie d’usine, instruit par la vie urbaine, rejette avec mépris les préjugés religieux, laisse le ciel à la disposition des prêtres et des tartufes bourgeois et lutte afin de conquérir pour lui-même une meilleure vie sur cette terre ».147

Dans ce combat pour l’abolition de l’esclavage salarié, les communistes doivent cependant veiller à ce que la lutte contre la religion reste toujours subordonnée au développement de la lutte révolutionnaire du prolétariat. Ainsi, le Parti communiste peut ne pas forcément mettre au premier plan la lutte contre les préjugés religieux au sein des masses gémissant sous le joug du Capital, surtout quand la bourgeoisie souffle sur les braises des tensions inter-confessionnelles pour diviser le prolétariat et le détourner du combat pour son émancipation, comme c’est aujourd’hui souvent le cas.

« La bourgeoisie réactionnaire s’est partout appliquée, et commence à s’appliquer chez nous aussi, à attiser les haines religieuses, pour attirer dans cette direction l’attention des masses et les détourner des questions politiques et économiques véritablement importantes et capitales, questions que résout actuellement le prolétariat de Russie, qui s’unit pratiquement dans sa lutte révolutionnaire ».148

Pour autant, cela ne signifiait pas que Lénine était un partisan de la conception bourgeoise de la laïcité qui consiste à mettre sur un pied d’égalité tous les cultes et à les laisser prospérer impunément, à en faire la promotion au sein même des médias d’Etat ─ comme chaque dimanche matin sur France 2 ─, voir même à les subventionner sous des formes déguisées, à l’instar de la rénovation des monuments historiques, qui permet d’entretenir nombre d’édifices religieux aux frais de l’Etat bourgeois et donc des esclaves salariés… Pour Lénine, l’Etat socialiste devrait être absolument séparé des « sociétés religieuses » et ne leur accorder aucune subvention. Pour Lénine, il était évident que le prolétariat engagerait alors « une lutte large et déclarée pour l’abolition de l’esclavage économique, source véritable de la mystification religieuse de l’humanité ». Sous le socialisme, la religion serait certes proclamée « affaire privée par rapport à l’Etat », mais nullement « par rapport à notre propre Parti ».

« Par rapport au parti du prolétariat socialiste, la religion n’est pas une affaire privée. Notre parti est une association de combattants d’avant-garde, conscients, pour la libération de la classe ouvrière. Cette association ne peut et ne doit pas rester indifférente devant l’inconscience, l’ignorance ou l’obscurantisme que représentent les croyances religieuses. Nous réclamons une séparation complète de l’Eglise et de l’Etat, pour combattre le brouillard religieux par l’arme purement idéologique et seulement idéologique, par notre presse, par notre parole ».149

Par conséquent, ce n’est que parallèlement à l’œuvre d’édification de la société socialiste débarrassée de toute forme d’exploitation, c’est-à-dire de l’anéantissement de la base matérielle à l’origine du reflet religieux des rapports humains dégradés, que les préjugés religieux perdront de leur vigueur et reculeront pour finir par disparaître aussi naturellement qu’ils étaient apparus dans les sociétés basées sur la domination d’une minorité exploiteuse. Le recul de la pratique religieuse concernera en premier lieu les nouvelles générations qui n’auront pas connu le capitalisme, comme l’a démontré la vaste campagne antireligieuse initiée par la jeunesse communiste albanaise à la fin des années 1960.150

« Le socialisme détruit les causes matérielles qui entretiennent les croyances religieuses. Avec la disparition du régime social basé sur l’exploitation de l’homme par l’homme, disparaissent les conditions qui engendrent la religion. Mais on ne peut éliminer d’emblée les préjugés religieux dans la conscience, dont l’évolution retarde sur celle des conditions matérielles de la vie. C’est pourquoi les préjugés religieux persistent, en tant que vestiges du passé, dans la conscience des individus arriérés, même après l’anéantissement du capitalisme. On peut les surmonter, et on les surmonte effectivement, peu à peu, par l’éducation communiste, par la participation active des grandes masses à l’édification de la société communiste ».151

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 19/01/2014

 

             

Sionisme et antisémitisme : les deux faces de la même médaille

Le séisme provoqué par l’affaire Dieudonné a démontré au grand jour l’existence d’un puissant lobby sioniste. Pourtant, si la vindicte et la censure des médias et des partis politiques institutionnels à l’égard de l’humoriste sont très révélatrices de la profonde tendance contemporaine à la réaction et du retour du spectre des méthodes fascistes de gouvernement, on ne peut non plus nier que l’humoriste se soit engagé sur un terrain très dangereux, pour ne pas dire miné, et ait au final lui même donné le bâton pour se faire battre.

Nous n’allons évidemment pas lui reprocher sa juste dénonciation du sionisme, notamment quand il s’agit de stigmatiser la politique colonialiste et l’Apartheid mis en œuvre depuis sa création par l’Etat sioniste à l’égard du peuple palestinien. Par contre, quand il verse dans l’humour au 2ème degré (pour ne pas dire au 3ème degré…) sur la Shoah et quand il flirte avec des négationnistes du type de Robert Faurisson, il prête indéniablement le flanc à ceux qui l’accusent d’antisémitisme.

Si l’embryon de critique sociale de Dieudonné et sa dénonciation du sionisme sont pour nous, communistes, des points d’accroche potentiels à une dénonciation radicale du système d’oppression bourgeois, elles ne doivent pas pour autant nous faire oublier leurs insuffisances, à l’instar de l’absence de critique du petit Capital (qui se trouve ainsi incidemment idéalisé), ou de l’exacerbation des tensions interconfessionnelles et leur contribution à la résurgence de pulsions antisémites au sein des masses populaires idéologiquement arriérées.

Pour nous, peu importe au final que ce soient 4 ou 6 millions de juifs qui aient péri dans les camps de concentration nazis. L’essentiel, c’est que les peuples soviétiques et chinois aient payé un tribut bien plus lourd à l’invasion des puissances fascistes, mais de ces dizaines de millions de morts, pourtant pour la plupart civils, les médias bourgeois ne parlent jamais… Evidemment parce que l’évocation de ces morts ne sert en rien leurs visées stratégiques !

L’essentiel pour nous communistes est que l’usage qui est fait de la Shoah, c’est-àdire des seuls morts « juifs » par les milieux monopolistes d’Occident, est proprement inadmissible : comme les juifs auraient souffert « plus que les autres », se trouveraient justifiées les méthodes fascistes employées par l’Etat sioniste à l’égard des palestiniens…

Historiquement, le sionisme a été utilisé par les milieux monopolistes d’Occident d’abord pour détourner le prolétariat juif de la lutte pour l’abolition de l’esclavage salarié. Une fois celui-ci aboli en URSS, le sionisme s’est ensuite employé à tout faire pour empêcher la poursuite de l’assimilation de la communauté d’origine juive en URSS, contribuant ainsi à ralentir la marche en avant du socialisme en encourageant les complots d’éléments sionistes-bourgeois dégénérés et l’exode d’une fraction de cette minorité alors sur-représentée au sein des élites soviétiques.

Le sionisme a enfin été utilisé pour créer et alimenter un foyer de tensions régional au Moyen-Orient et ainsi permettre aux milieux monopolistes d’Occident de disposer d’un moyen de pression et d’un fauteur de troubles local leur permettant de plus facilement faire main-basse sur les ressources pétrolières stratégiques de cette région.

De même que les sionistes russes soutinrent dans la coulisse les pogroms tsaristes perpétrés contre les masses populaires juives afin de maintenir leur emprise sur elles et qu’elles se détournent de la lutte de classe révolutionnaire, de même la haine proclamée des nazis à l’égard des juifs et leur politique criminelle furent la chance des sionistes, donnant un puissant coup de fouet à l’émigration des juifs rescapés en Palestine.152

« Les hommes de Pétlioura ont massacré à coup de sabre près de 1 000 personnes dans les quartiers juifs pauvres au bord du Boug, mais n’ont pas touché une seule des familles de marchands juifs dans la rue principale, la rue Alexandrov ».153

« Les sionistes, pouvait on lire dans le célèbre hebdomadaire ouest-allemand Der Spiegel du 19 décembre 1966, ont accueilli la venue des nazis au pouvoir en Allemagne non pas comme une catastrophe nationale, mais comme une possibilité unique de réaliser l’ambition sioniste ».154

Le sionisme aime à souffler sur les braises du chauvinisme et est une théorie ouvertement raciste affirmant la supériorité du « peuple élu ».155 De toute évidence, le sionisme a remporté d’importants succès au cours des dernières décennies, parallèlement aux lourdes défaites essuyées par le mouvement communiste international. Aujourd’hui, la grande bourgeoisie juive est étroitement imbriquée au Capital monopoliste de nombre de puissances impérialistes d’Occident. Les sionistes sont ainsi devenus « un détachement de choc de l’impérialisme international ».156

« Le sionisme moderne est une idéologie, un système ramifié d’organisations et la pratique politique de la grosse bourgeoisie juive, fusionnée avec les milieux monopolistes des Etats-Unis et d’autres puissances impérialistes ».157

Le sionisme constitue ainsi l’arme de prédilection de la bourgeoisie monopoliste juive pour maintenir sous sa domination les masses populaires appartenant à la communauté judaïque ─ même quand elles sont libérées de l’emprise de la religion hébraïque ─, et pour empêcher que n’émerge un jour en leur sein une conscience de classe prolétarienne. Sous le capitalisme, sionisme et antisémitisme se nourrissent ainsi mutuellement, contribuant ainsi en définitive au maintien de l’ordre exploiteur bourgeois. En tant que manifestation du racisme, l’antisémitisme est évidemment implacablement combattu par les communistes, parce qu’il divise concrètement le Front uni des travailleurs contre le Capital, affaiblit leur conscience de classe prolétarienne, et les soumet à l’idéologie des classes exploiteuses.

Le dépassement dialectique du sionisme et de l’antisémitisme se situe donc naturellement sur le terrain de l’union du prolétariat appartenant à la communauté juive avec le prolétariat des autres ethnies et nations, leur mobilisation conjointe dans le développement de la lutte révolutionnaire en vue du renversement du pouvoir des classes exploiteuses, qu’elles appartiennent ou pas à la communauté juive.

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 20/01/2014

Une année 2013 très contrastée pour la sidérurgie mondiale

Comme nous le soulignons depuis plusieurs années, la profonde crise économique structurelle dont sont victimes les pays impérialistes d’Occident n’en finit pas d’accroître le différentiel de développement entre eux et leur principal concurrent, l’impérialisme chinois. Pris entre le marteau et l’enclume ─ c’est-à-dire entre la concurrence croissante que leur livrent des monopoles chinois qui remontent rapidement la chaîne de valeur technologique, et la crise de la dette souveraine qui limite fortement la marge de manœuvre budgétaire de leurs élites ─, leur économie peine à sortir du marasme. Si leurs monopoles parviennent encore à tirer leur épingle du jeu et à limiter la casse, ce n’est ainsi qu’au prix de la destruction d’emplois, de la baisse du niveau des salaires réels, de la dégradation des conditions de travail, de la destruction croissante des systèmes de retraite, d’éducation, de santé et de protection sociale, processus qui leur permettent encore pour le moment de renouer avec les profits alors même que leur chiffre d’affaires reste souvent inférieur à son niveau d’avant-crise.

La production sidérurgique constitue l’un des indices majeurs de la dynamique réelle d’une économie, parce qu’elle approvisionne de multiples branches d’industrie lourdes comme légères, ainsi que le secteur de la construction. Elle reflète donc de manière assez fidèle le niveau réel de la production industrielle, ainsi que des investissements. En 2013, la production sidérurgique mondiale s’est accrue de 3,5 % en glissement annuel à 1 607 millions de tonnes. Pourtant, il ne faut pas croire que cette croissance a été ressentie partout. L’impérialisme chinois a ainsi vu sa production bondir de 7,5 % à 779 millions de tonnes, soit davantage que la production sidérurgique mondiale de l’année 1998 ! En revanche, l’année passée a vu celle de l’ensemble du reste du monde… stagner à 828 millions de tonnes ! La production sidérurgique chinoise a ainsi représenté 48,5 % de l’ensemble de la production sidérurgique mondiale en 2013.

Dans de nombreux pays impérialistes en déclin, la production sidérurgique montre une tendance prolongée à la stagnation et à la baisse, que ce soit aux USA, en Union Européenne ou au Japon. En 2013, leur production sidérurgique a enregistré une croissance respective de – 2,0 %, – 1,8 % et + 3,1 %. Au final, ces pays impérialistes ou coalitions de pays impérialistes voient leur production sidérurgique rester encore (bien) en deçà de son niveau d’avant-crise, en dépit des lourds sacrifices exigés de leurs esclaves salariés pour tenter de regagner en compétitivité et d’inverser cette dangereuse tendance : – 21,2 % pour l’UE (27), – 11,3 % pour les USA et – 8,0 % pour le Japon, tandis que celle de l’impérialisme chinois dépasse ce niveau de 59,2 % !

Dans ces conditions économiques plus que maussades, il n’est évidemment pas surprenant que l’Occident en déclin continue de multiplier ses ingérences coloniales agressives et les provocations pour tenter de défendre l’intégrité de sa sphère d’influence menaçant de plus en plus de se disloquer. Partout, en Syrie, au Soudan du Sud, en Centrafrique, en Ukraine, etc., ils cherchent par tous les moyens à préserver leurs derniers bouts de gras, c’est-à-dire à protéger la « chasse gardée » aujourd’hui menacée de leur monopoles, sachant bien que sinon, leur situation économique continuera de s’aggraver, avec à la clef davantage de chômage, de sacrifices, de mécontentement des masses populaires mises à la diète forcée et donc de risque d’instabilité sociale chez eux…

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 23/01/2014

 

Salariat, crise économique et socialisme : constat et perspectives

Résumé d’une intervention du camarade Vincent Gouysse pour l’OCF ─ Mars 2014.

Il s’agit ici de la retranscription de l’essentiel de l’intervention du camarade. La cohérence et l’ordre des thèmes traités ne sont évidemment pas les mêmes que dans l’intervention originale qui n’était fixée sur aucun support.

  • Exposition des éléments principaux de l’article : De la « liberté de la presse » sur le front de la « guerre des classes »… (En particulier des citations de Buffett et Swinton).
  • La société bourgeoise, comme celles qui se sont succédées au cours des derniers millénaires (esclavage antique, féodalisme) est basée sur la domination d’une minorité exploiteuse, détentrice des moyens de production de l’existence : hier principalement la terre, aujourd’hui, la terre, les usines, les commerces, les moyens de transport et de communication. Le communisme consiste à instaurer la première société affranchie de toute forme d’exploitation du travail par une minorité exploiteuse, en instaurant la propriété commune sur les outils et moyens du travail. Sous le capitalisme, les travailleurs appelés prolétaires, sont forcés de vendre leur force de travail au patronat. Le prolétaire n’est certes pas l’esclave d’un patron en particulier, mais du patronat dans son ensemble, et ne peut se soustraire à cet esclavage sans risquer de mourir de faim.
  • A travers le salaire, le patron ne paie pas la valeur du travail, mais seulement la valeur de la force de travail, c’est-à-dire la somme des moyens nécessaire à la reproduction de l’existence des travailleurs. Ces derniers sont ainsi dépossédés du produit de leur travail. Les salaires étant inférieurs à la valeur des marchandises produites, il s’ensuit qu’il y a une surproduction structurelle de marchandises. Chaque entreprise cherche à les vendre prioritairement sa production face à celle de ses concurrents en abaissant le coût de la marchandise fondamentale : le travail. Elles y arrivent soit en baissant les salaires, soit en augmentant l’usage des robots, soit en augmentant la durée du travail. Dans tous les cas, cela conduit à aggraver la surproduction relative, puisque la masse de marchandise s’accroit alors que les débouchés stagnent ou se réduisent. C’est pourquoi le chômage et la misère sont des plaies « naturelles » sous le capitalisme.
  • Seules l’industrie et l’agriculture produisent des richesses et les autres secteurs (commerce, services, transports) ne font que s’en accaparer une partie. Si les travailleurs du secteur productif industriel ne représentent que 10 % de la population active (comme souvent en occident aujourd’hui), cela veut dire que les 90 % du reste de la population vivent à son « crochet ». Cela signifie que si le travail productif était réparti différemment (par exemple 50 % de la population active), le temps de travail moyen pourrait être divisé par cinq à niveau de productivité industrielle égal (soit 7 heures par semaine) sans toucher au niveau des salaires ! Et ceci sans même compter la disparition de la consommation parasite des classes exploiteuses…
  • La concurrence entre les entreprises privées au sein d’une nation se répercute à l’échelle internationale entre syndics ou groupe de syndics de capitalistes « nationaux » (USA, UE, etc.). C’est une guerre commerciale permanente qui dégénère parfois en conflits locaux (pour le repartage des colonies et sphères d’influence) ou généralisés (quand ce repartage ne satisfait pas une des parties et que des concurrents en viennent à vouloir s’annihiler mutuellement). Les deux premières guerres mondiales en sont des exemples frappants. Au final, ce sont toujours les peuples qui paient au prix fort ces rivalités, qu’elles soient pacifiques (on exige alors d’eux qu’ils se serrent la ceinture), ou qu’elles dégénèrent en conflit militaire.
  • Il est essentiel de dénoncer le mythe (trotskiste-bourgeois) de dictatures personnelles comme anti-marxiste. Le pouvoir politique est toujours en définitive le pouvoir de la classe qui domine économiquement et aucun dirigeant politique ne peut gouverner contre ses intérêts. Que ce soit Hitler (représentant des intérêts de l’impérialisme allemand revanchard en proie à la crise et à la recherche de colonies), ou Staline, représentant du prolétariat soviétique n’ayant d’autre choix que de réprimer les débris des classes exploiteuses déchues et de tenir en respect les pays bourgeois agressifs, la dictature personnelle n’existe pas. La dictature du prolétariat n’est pas la démocratie pour tous, mais c’est la seule et véritable démocratie pour les exploités qui veulent abolir l’esclavage salarié
  • La politique extérieure de l’URSS (sous Staline) différait fondamentalement de celle de l’URSS social-impérialiste. Toutes deux représentaient les intérêts bien distincts de deux classes au pouvoir : d’un côté la classe ouvrière alliée à la paysannerie laborieuse ; de l’autre côté celle d’une néo-bourgeoisie étant parvenue à s’affranchir des mécanismes populaires de contrôle et à se constituer en une nouvelle classe exploiteuse au sein même des organismes politiques et économiques dirigeants.

Au gré de la Guerre d’extermination livrée par l’impérialisme allemand (environ 20 millions de morts soviétiques dont les 2/3 de civils), les rangs du PCUS (b) décimés de millions des meilleurs de ses membres, les éléments bureaucratiques et carriéristes sont parvenus à prendre le dessus après-guerre en URSS et en Europe de l’Est, après avoir liquidé physiquement les dirigeants historiques — complot d’éléments sionistes-bourgeois des blouses blanches —, une nécessité pour les liquidateurs à cause de leur grand prestiges populaire.

Avant cette contre-révolution ayant converti l’URSS en puissant capitalisme monopoliste d’Etat, l’URSS avait été animée par la volonté d’aider matériellement et concrètement les peuples des pays d’Europe de l’Est et la Chine libérés du colonialisme à conquérir une autonomie industrielle les mettant à l’abri d’un nouvel asservissement économique à l’égard du Capital étranger. En Chine, la bourgeoisie monopoliste d’Etat reconnait ainsi ouvertement que les industries lourdes (sidérurgie, transports, constructions mécaniques) édifiées avec le concours de l’URSS dans les années 1949-1954 ont fourni l’ossature industrielle qui a permis le décollage industriel indépendant du pays que nous connaissons aujourd’hui. Pour Staline, si la Chine parvenait à passer à l’étape de la révolution socialiste, alors elle constituerait un puissant allié, et dans le cas contraire, elle viendrait aggraver la concurrence avec les autres pays bourgeois…

  • Sous le pouvoir révisionniste, les nouveaux impérialistes mettront un terme à l’aide économique internationaliste (d’où la rupture sino-albano/soviétique), et riveront les pays « frères » à une asservissante division internationale du travail en tous points comparable à celle que les pays bourgeois d’Occident entretiennent avec leurs pays dépendants (du sucre pour Cuba « socialiste »), ce qui n’est guère mieux que les pays d’Afrique condamnés à produire ad vitam aeternam du bois, des minerais, des bananes, du cacao, etc., tandis que les industries les plus perfectionnées restent sur le sol des pays bourgeois dominants.
  • Dans un autre domaine, mais de manière aussi équivoque, alors que la bourgeoisie anglo-américano-française « démocratique » apporta son soutien financier à Franco pour étouffer la résistance des démocrates et des communistes espagnols, alors qu’Hitler et Mussolini les combattaient par les armes, seule l’URSS prit fait et cause pour les progressistes espagnols (envoi gratuit de plus de 330 chars T-26 et BT-5 en Espagne durant la période 1936-1938).
  • Les pays impérialistes dominants ont vu au cours des dernières décennies (1970 et suivantes), un nombre croissant de branches de leur industrie légères (textiles, biens de consommation divers, etc.), se délocaliser dans des pays dépendants à bas coût, ne gardant chez eux que les industries les plus perfectionnées, la production de connaissance (brevets et propriété intellectuelle). A la clef, un chômage croissant, mais compensé au moyen d’aides sociales pour garantir l’embourgeoisement de leurs propres travailleurs (on a moins tendance à se révolter quand les conditions de l’esclavage salarié sont relativement douces, qu’on mange à sa faim, qu’on a des loisirs), mais au prix de l’endettement public accéléré.
  • L’impérialisme chinois, qui compte aujourd’hui plus de chercheurs que l’UE et voit rapidement augmenter ses dépôts de brevets, a aujourd’hui brisé cette division internationale du travail, et remonte des branches d’industrie de plus en plus technologiques (automobile, industrie mécanique, aéronautique, aérospatiale, ferroviaire à grande vitesse, électronique, énergétique, etc.). Il livre ainsi une concurrence croissante à ces futurs ex-pays impérialistes dominants et les mets de plus en plus en difficulté. Dans le même temps, les pays dépendants du monde entier tournent de plus en plus leur regard vers la future puissance impérialiste dominants, s’attirant ainsi le courroux de celles en déclin (qui restent encore militairement puissantes et en profitent, d’où une flambée du colonialisme (Récemment en Côte d’Ivoire, au Niger, au Mali, en Centrafrique, en Libye, en Syrie, etc.) Une politique qui peut freiner temporairement le repartage pacifique en cours des sphères d’influence (qui s’opère via le commerce et les flux d’investissements chinois), du moins jusqu’à ce que l’impérialisme chinois se soit doté de forces de projections militaires suffisantes pour les en dissuader (d’où la phobie des pays en déclin quand ils voient la Chine commencer à se doter de porte-avions…).
  • Comme l’illustre l’évolution récente de la production sidérurgique (qui reflète la dynamique industrielle réelle ainsi que le niveau des investissements), le différentiel de développement économique déjà important avant la crise entre l’Occident et la Chine s’est accru avec elle : en 2013, la production d’acier de l’UE, des USA du Japon oscille entre 80 et 90 % de son niveau de 2007 en 2013 alors que celle de la Chine atteint 160 % de son niveau. En 2013, la Chine a vu sa production augmenter de 7,5 % (soit dans les mêmes proportions que son PIB), alors que l’UE (des 27) et les USA ont vu la leur baisser d’environ 2%. La production chinoise a représenté 49 % de la production sidérurgique mondiale.
  • Cette dynamique n’est pas de peu d’importance, car comme le soulignait Marx, les travailleurs ne peuvent espérer obtenir l’amélioration des conditions de leur esclavage (au moyen des luttes) que dans des périodes de prospérité économique. Autrement, la bourgeoisie tend à durcir ces conditions, car la crise aggrave la concurrence entre pays, d’où les attaques multiformes dont ils sont victimes aujourd’hui (salaires, flexibilité, retraites, santé, éducation, impôts, etc.)
  • Ces attaques n’ont aucune raison de cesser, même si notre bourgeoisie parvenait à ramener les salaires au niveau de ceux des chinois. En Chine, les ouvriers représentent 40 % de la population active, soit le quadruple d’ici, donc à salaire égal les profits des entreprises monopolistes chinoises pourront rester

considérablement plus élevés… C’est pourquoi se battre pour le niveau des salaires est une double duperie : les travailleurs n’ont plus d’autre choix que de se battre pour l’abolition de l’esclavage salarié s’ils ne veulent pas poursuivre leur retour vers un mode de vie de plus en plus spartiate.

  • De même, le prolétariat doit finir de rompre avec les préjugés démocratiques bourgeois aujourd’hui mis à mal. De plus en plus, les gens ont l’impression, comme le disait Marx, que « le gouvernement vivant de la conservation de toutes les vilenies, n’est lui-même que la vilenie au gouvernement ». Pour rompre avec ceci, il faut le socialisme, qui instaure pour eux une vraie démocratie (c’est-à-dire qui ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise et dont les décisions économiques soient exclues…). Cette démocratie est loin de celle du capitalisme, car sous le socialisme, tout élu est révocable par la base qui l’a élu en cours de mandat si jamais il venait à dévier du droit chemin, c’est-à-dire à manquer à ses obligations, à rechercher les privilèges, etc.
  • Dans les conditions actuelles, la crise tend à accroître la concurrence entre les travailleurs au sein d’un même pays, d’où la flambée des tendances protectionnistes (Front de Gauche) racistes (Front National) et social-chauvines, la stigmatisation des couches d’origine immigrées accusées de « voler le travail » des travailleurs « autochtones ». Ainsi, ce n’est plus la bourgeoisie qui est responsable du chômage, mais les délocalisations, la mondialisation, l’Europe, les étrangers, etc. On détourne ainsi la colère des travailleurs contre des chimères et on renforce la division en leur sein : la bourgeoisie est tranquille, personne ne viendra remettre en cause son pouvoir ! Le racisme est utilisé comme un paratonnerre pour que le capitalisme échappe aux coups des travailleurs, résumait Staline.
  • La crise économique actuelle ne fait que débuter, et parallèlement à la poursuite de la montée en gamme de l’industrie chinoise, l’ensemble des pays impérialistes d’Occident vont affronter un déclassement, comme celui dont fût victime le socialimpérialisme soviétique qui vit sa sphère d’influence se disloquer en 1991 (une perspective prévue dans les années 1970 par Enver Hoxha, le chef historique de la révolution communiste albanaise). Cependant, tous les pays d’Occident ne seront pas égaux : certains comme la Russie (USA, Canada), riches en ressources minières et énergétiques pourront « limiter la casse », tandis que d’autres (Japon, UE), n’auront plus à vendre aux nouveaux capitalistes chinois dominants que la force de travail de leur prolétariat…
  • Comme le disait Berthold Brecht, « ceux qui combattent ne sont pas certains de gagner, mais ceux qui ne se battent pas ont déjà perdu ». Un communiste conscient ne peut évidemment pas rester les bras croisés, car lui-même et ses enfants auront à payer le prix croissant de devoir rester les victimes d’une société qui fait d’eux des esclaves.

 

       

La fin de l’Histoire ?

Non, celle de la préhistoire de l’humanité !158

En ces années de crise, les peuples et les travailleurs opprimés du monde entier semblent résignés, le capitalisme semble avoir triomphé. Pourtant, le système mondial de l’impérialisme est confronté à une durable et profonde crise économique induite par le déclin des puissances longtemps dominantes d’Occident, incapables de contrecarrer l’émergence d’un redoutable rival : l’impérialisme chinois.

Pour tenter d’échapper, ou plutôt de retarder leur inéluctable déclassement, les élites bourgeoises d’Occident en sont réduites à durcir les conditions d’exploitation de leur propre prolétariat, de réduire à néant leurs conditions de travail et leur niveau de salaire longtemps privilégiés, comparativement à ceux dont « jouissent » les travailleurs des pays dépendants dits du « tiers-monde », pays d’où ont afflué au cours des dernières décennies des torrents de marchandises bon-marché.

Mais voilà, à force de délocaliser, il ne reste en Occident plus guère d’industrie, sinon celle des marchands de canons, des loisirs visant à « distraire » (c’est-à-dire endormir, abrutir et formater) les esclaves salariés et de quelques niches technologiques. Alors quand leur industrie du savoir est elle-même battue en brèche, cela signifie que les travailleurs (même qualifiés) deviennent de plus en plus inutiles au capitalisme et le coût « élevé » de leur entretien un luxe inadmissible que les investisseurs craignent de plus en plus de continuer à financer.

De plus en plus, les élites bourgeoises d’Occident s’engagent donc dans la voie impopulaire de « l’austérité », des coupes drastiques dans les budgets de l’éducation, dans la destruction des restes des systèmes de retraite et d’assurance santé, et imposent à leur propre population des sacrifices de plus en plus lourds.

La société bourgeoise en décomposition voit ainsi se durcir la concurrence entre les entreprises, entre les travailleurs et les différentes communautés au sein d’une même nation, et enfin entre les nations, d’où une flambée du recours aux méthodes coloniales, aux putschs et tentatives de déstabilisation sur la scène internationale en vue du repartage des sphères d’influence.

La question fondamentale est la suivante : les travailleurs et les peuples opprimés vont-ils continuer encore longtemps de se laisser impudemment fouler aux pieds par ceux qui, non contents d’exploiter de plus en plus brutalement leur travail, hypothèquent leur futur et celui de leurs enfants ?

Les exploités vont-ils continuer encore longtemps de gémir passivement et silencieusement sous le joug de l’oppression multiforme caractéristique du capitalisme qui se manifeste avec une acuité de plus en plus grande en cette période de marasme économique ?

Les exploités vont-ils continuer encore longtemps à laisser aux représentants « élus » des classes exploiteuses le soin de les « représenter », ou bien prendre en main énergiquement eux-mêmes la défense de leurs propres intérêts ?

Hier comme aujourd’hui, le capitalisme apparaît comme un mode de production historiquement borné, dont les contradictions deviennent de plus en plus destructrices pour la société humaine toute entière. Pourtant, il appartient aux esclaves salariés, et à eux-seuls, de mettre un terme à cette parodie de « civilisation », à cette guerre permanente que se livrent les entrepreneurs privés ou groupements nationaux ou supranationaux de capitalistes.

Une guerre de tous contre tous motivée par la recherche de l’extorsion du maximum de profit, c’est-à-dire du maximum de travail « gratuit », une guerre dont les premières victimes sont les esclaves salariés eux-mêmes et dont les principaux bénéficiaires sont quelques poignées de millionnaires et de milliardaires qui ont la main haute sur toutes les sphères de la société bourgeoise !

Comme le dit la chanson, « l’oisif ira loger ailleurs. Nous ne sommes rien, soyons tout ! »

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 22/03/2014

       

Un autre monde est possible… et nécessaire !159

« Partout, à chaque pas, on se heurte aux problèmes que l’humanité serait à même de résoudre immédiatement. Le capitalisme l’en empêche. Il a accumulé des masses de richesses, et il a fait des hommes les esclaves de cette richesse. Il a résolu les problèmes les plus difficiles en matière de technique, et il a stoppé la réalisation de perfectionnements techniques en raison de la misère et de l’ignorance de millions d’habitants, en raison de l’avarice stupide d’une poignée de millionnaires ».

Voilà comment, il y a un siècle, Lénine posait la question fondamentale de la nécessité du renversement du mode de production capitaliste. Loin de démentir ce constat, l’Histoire du siècle écoulé et notre réalité contemporaine lui ont fait prendre un relief encore plus profond.

Deux guerres mondiales, d’innombrables guerres coloniales, les crises économiques sporadiques, le chômage structurel des uns et l’exploitation forcenée des autres, le fascisme, sans oublier la misère endémique subie par les peuples des pays dépendants sont autant de témoignages du caractère historiquement borné du mode de production bourgeois. Tous ces faits sont autant de témoins à charge prouvant que la bourgeoisie est  »dépassée » par les forces productrices qu’elle a fait naître, que les rapports de production bourgeois sont devenus trop étroits et que cette entrave devient de plus en plus destructrice pour la société humaine toute entière.

Tous ces faits témoignent donc que la forme d’appropriation privée du produit social, fruit du labeur collectif de milliards d’êtres humains est devenue obsolète, et qu’il est devenu nécessaire de faire correspondre la production sociale avec son appropriation collective.

On conçoit sans mal que la minorité exploiteuse qui détient le pouvoir économique n’est guère portée à en partager  »spontanément » les fruits avec ses esclaves. En effet, la concurrence que se livrent les entrepreneurs privés les poussent individuellement à durcir les conditions de l’esclavage salarié, fût-ce au prix de l’aggravation inéluctable de la contradiction entre la tendance du capitalisme à augmenter la production industrielle à l’infini, et sa tendance à freiner l’extension voire à comprimer la demande solvable, en particulier dans les périodes de marasme économique telle que nous vivons aujourd’hui.

Alors que la moitié (la plus misérable) de l’humanité dispose de revenus inférieurs à la richesse des cent milliardaires les plus riches de la planète, les médias, politiciens et idéologues à la botte ce ces richards fanfaronnent et affirment sans honte que leur système  »fonctionne » et qu’il est même le meilleur qui soit puisqu’il a « triomphé du communisme » soviétique !

Jamais donc, la nécessité du renversement du capitalisme n’a été aussi aigüe. Et pourtant, jamais les forces sociales capables de s’acquitter de cette mission n’ont paru aussi réduites ou pour le moins divisées. Forte de sa domination économique et idéologique, la bourgeoisie parvient pour le moment à anéantir et à empêcher l’émergence de toute opposition organisée à sa domination.

La bourgeoisie y parvient d’ordinaire par plusieurs moyens :

En premier lieu, elle réalise partiellement le partage collectif du produit social (mondial) avec le prolétariat privilégié des pays impérialistes dominants, lequel dès lors qu’il est nourri des miettes du gâteau de l’exploitation (néo-)coloniale, en vient à se satisfaire de conditions plus doucereuses de l’esclavage salarié.

En second lieu, elle sait attiser les rivalités naturelles naissant de la concurrence entre les nations et au sein d’une même nation entre les différents groupes ethniques, confessionnels, etc., pour mieux diviser le front uni des travailleurs, l’engager sur les rails du social-chauvinisme et du nationalisme, et ainsi le détourner de la lutte de classe radicale visant à l’abolition de l’esclavage salarié.

De cela, il faut conclure que la crise économique actuelle de déclin des pays impérialistes d’Occident présente un double aspect.

Elle offre la possibilité croissante de faire prendre conscience aux travailleurs de ces pays de la nécessité du renversement d’un ordre qui n’a plus à leur offrir à eux et à leurs enfants que des promesses « d’austérité », c’est-à-dire de sacrifices croissants.

Mais dans le même temps, elle offre à la bourgeoisie le terreau fertile au développement des pulsions petite-bourgeoises protectionnistes et socialeschauvines les plus réactionnaires comme prétendues « solutions » et « antidotes » (mais plus justement comme  »voie de garage ») à ce déclassement.

Telle est la dialectique de l’époque actuelle, une dialectique qui exige des communistes ainsi que des peuples et des travailleurs dont ils représentent les aspirations et défendent les intérêts, qu’ils marchent en ordre groupé contre l’ennemi commun et qu’ils luttent implacablement contre ceux qui propagent les illusions sur la possibilité de « réformer » ou « d’humaniser » le capitalisme.

Ceci passe dans les conditions actuelles par la nécessité d’expliquer aux larges masses exploitées en voie de paupérisation absolue, l’inéluctabilité de la dégradation de leurs conditions de vie et de la destruction des chaînes dorées de l’esclavage salarié.

Ceci passe également par la lutte non moins implacable contre ceux qui en continuant de brouiller les cartes, que ce soit en calomniant le glorieux héritage de l’URSS conduite par le PCUS (bolchévique), ou en portant aux nues les pseudo- pays  »socialistes » qui lui ont succédé, contribuent à couvrir de boue les réalisations du socialisme authentique, à obscurcir la perspective de la révolution socialiste et donc à donner des armes idéologiques aux exploiteurs pour les aider à maintenir leurs esclaves sous leur coupe en leur répétant jusqu’à l’écœurement que le « remède » (communiste) serait pire que le « mal » (capitaliste) qu’il prétend guérir.

Face à tous ceux-là, face à ce flot déferlant quotidiennement via les médias  »mainstream » visant à farder le capitalisme tout en diabolisant le socialisme, il faut crier qu’ « un autre monde » est non seulement « possible »… mais également nécessaire !

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 19/04/2014

La question nationale sous le capitalisme et le socialisme

Au milieu du 19ème siècle, Karl Marx avait très justement défini « la nationalité » dont s’affublait la bourgeoisie comme la solidarité de classe des exploiteurs qui se tournait « au-dedans contre le prolétariat » et « au dehors contre la bourgeoisie des autres nations ». Karl Marx ajoutait avec autant de lucidité que d’ironie que « la fraternité » engendrée par les rapports de production bourgeois entre les « différentes nations de la terre » ne serait guère plus « fraternelle » que celle qu’elle fait naître entre classes sociales d’une même nation. En effet, pour Karl Marx, il était évident que tous les phénomènes destructeurs induits par le capitalisme au sein d’une même nation se reproduisaient « dans des proportions gigantesques » à l’échelle internationale.160

Le moins que l’on puisse dire est que le siècle et demi écoulé a fourni d’innombrables illustrations de ces faits : le capitalisme confine à la réaction, politique intérieure comme extérieure. Le racisme et les guerres en sont les formes d’expression les plus communes.

Le chauvinisme « local » qui naît de la concurrence entre entreprises privées et de la mise en concurrence de chômeurs et des travailleurs des cinq continents constituent le terreau qui alimente les rivalités entre les travailleurs de différentes origines ethniques et qui détourne leur colère contre les travailleurs ou la bourgeoisie des autres nations plutôt que contre « sa » propre bourgeoisie.

Ce chauvinisme « naturel » pousse les cliques bourgeoises nationales ou coalitions de bourgeoisies nationales à souffler sur les braises du communautarisme au sein d’une même nation, à mener des guerres visant au repartage des sphères d’influences, c’est-à-dire à préserver ou conquérir de nouveaux marchés et débouchés, et ainsi pouvoir conquérir des positions économiques privilégiées leur permettant de monnayer la paix sociale.

Le nationalisme de chaque clique bourgeoise entre évidemment en contradiction avec celui de ses concurrentes dans la mesure où chacune d’entre elles aspire à être indépendante des autres sur le plan intérieur… tout en les dominant et en exploitant les autres pays !

Le but du prolétariat révolutionnaire est évidemment de se tenir aussi loin que possible du nationalisme de la bourgeoisie par lequel les exploiteurs se protègent d’ordinaire des flammes de l’incendie de la lutte des classes. « Le marxisme, avait pour habitude de dire Lénine, est incompatible avec toute forme de nationalisme, fût-il le plus raffiné et le plus civilisé ».

C’est ainsi que le prolétariat des pays impérialistes doit soutenir la lutte d’indépendance des peuples des nations opprimées par son propre impérialisme et doit dénoncer implacablement les ingérences extérieures de sa propre bourgeoisie à l’égard des peuples des pays dépendants coloniaux et semi-coloniaux.

Est-à-dire que le prolétariat soit apatride ? Oui, dans le sens où si « l’argent est la patrie de l’industriel », « la nationalité du travailleur » est l’esclavage salarié.161  Notons au passage que le nationalisme de la bourgeoisie – en particulier du Capital monopoliste et du Capital financier –, est à géométrie variable : la réalité des quatre dernières décennies marquées par des délocalisations industrielles massives a en effet démontré que certaines franges de la bourgeoisie étaient prêtes à sacrifier jusqu’à leurs intérêts nationaux sur l’autel du profit, au grand dam de la petite bourgeoisie… Il n’appartient évidemment pas au prolétariat de se faire l’écho des pulsions et des lamentations nationalistes petite-bourgeoises qui s’expriment aujourd’hui en réaction au déclassement de futurs ex-pays impérialistes dominants.

« Les intérêts de la classe ouvrière et de sa lutte contre le capitalisme exigent la solidarité complète et la plus étroite unité des ouvriers de toutes les nations ; ils exigent qu’une riposte soit infligée à la politique nationaliste de la bourgeoisie de quelque nationalité que ce soit. (…) Le moindre appui accordé par le prolétariat d’une nation quelconque aux privilèges de « sa » bourgeoisie nationale provoquera inévitablement la défiance du prolétariat de l’autre nation, affaiblira la solidarité internationale de classe des ouvriers, les désunira pour la plus grande joie de la bourgeoisie ».162

Pourtant, les travailleurs doivent en premier lieu conquérir le pouvoir puis l’affermir au sein d’Etats-nations individuels légués par la bourgeoisie. Est-à-dire qu’ils dévient alors inévitablement vers le nationalisme, comme ont pu le dire les ennemis du socialisme au sujet de l’URSS de Staline ou de la RPSA d’Enver Hoxha ? Nullement, car le « nationalisme » du prolétariat une fois constitué en nation est circonscrit au patriotisme, un patriotisme qui témoigne de l’attachement des masses populaires aux rapports de production socialistes et aux réalisations de la révolution socialiste.

En bref, ce patriotisme n’est en rien comparable au nationalisme bourgeois, puisqu’il se mêle étroitement à l’internationalisme prolétarien, c’est-à-dire à la solidarité de classe avec le prolétariat des autres nations, à la claire conscience d’être un de ses détachements et d’ouvrir la voie au triomphe du socialisme à l’échelle mondiale.

Ces faits ont été parfaitement illustrés par l’expérience de plus de trois décennies d’édification du socialisme en URSS, que ce soit dans sa politique nationale intérieure comme extérieure. Dans ce vaste Etat multinational cohabitaient plus d’une centaine de groupes ethniques. Leur unité fût réalisée non pas dans l’oppression et la répression (comme c’est d’ordinaire le cas sous le capitalisme), mais sur la base de l’instauration des rapports de production socialistes dans l’industrie comme dans l’agriculture, sur la base de l’égalité en droits de toutes les ethnies, de l’essor économique et culturel commun, du développement prioritaire et du rattrapage économique des régions retardataires, de l’assistance fournie par les régions avancées au régions les plus reculées. C’est ainsi que la politique nationale de l’URSS représenta « le prototype de l’union future des peuples dans une économie mondiale ».163

La bourgeoisie fait une publicité mensongère éhontée sur la « diversité culturelle des nations », une diversité qui se ramène pour elle d’ordinaire à des différences linguistiques, folkloriques ou culinaires bien secondaires au regard de l’uniformisation des us et coutumes véhiculée par le mode de vie bourgeois.

En effet, quoique ces cultures semblent au premier abord « spécifiques », elles ne sauraient cacher leur fondement bourgeois, commun à tous les pays bourgeois : la défense de l’esclavage salarié et l’idéalisation du mode de vie bourgeois.

Ce fondement devient particulièrement évident quand un impérialisme dominant, comme le fût longtemps l’impérialisme américain, cherche à véhiculer et à imposer sa culture au monde entier, jusque dans sa forme.

A l’inverse, la politique nationale prolétarienne vise à favoriser le développement des différentes cultures et nationalités. National dans sa forme, mais socialiste dans son contenu. Telle fût la directive du développement de l’économie et de la culture dans les régions périphériques de l’URSS. Telle devra être le fil directeur de tout Parti communiste en matière de résolution de la question nationale.

Cette politique nationale léniniste-stalinienne164 fût d’une importance décisive dans la victoire militaire de l’URSS contre l’impérialisme allemand : elle conduisit non seulement à industrialiser les régions reculées qui permirent au pays de ne pas voir son industrie s’effondrer aux heures les plus noires de l’invasion nazie, quand la Wehrmacht se trouvait aux portes de Moscou et Léningrad, mais également de fédérer solidement les peuples de l’URSS contre l’agresseur fasciste.

Quel contraste avec l’actualité contemporaine qui voit les villes héroïques martyr ukrainiennes de Kiev, d’Odessa et de Sébastopol – des villes ayant résisté des mois durant aux sièges et aux assauts féroces de la Wehrmacht –, devenir le champ de manœuvres de cliques bourgeoises pro-occidentales ou pro-russes et ainsi la proie des rivalités inter-impérialistes occidentalo-russes avec à la clef la perspective de sombrer dans une guerre civile autodestructrice !…

Le contraste entre le socialisme et le capitalisme n’est pas moins saisissant en ce qui concerne la politique nationale extérieure. Le capitalisme n’a à « offrir » aux peuples des pays dépendants coloniaux et semi-coloniaux que dépendance et/ou arriération économique, exploitation forcenée, massacres inter-ethniques (comme en Centrafrique aujourd’hui), guerres et misère.

Il va de soi qu’aucun pays impérialiste n’a intérêt à aider d’autres pays bourgeois à se doter d’une industrie et d’une agriculture autonomes de peur de contribuer à forger un concurrent. Toute « aide au développement » contient ainsi en germe son antithèse, et vise à entraver un développement économique véritablement indépendant.

Au contraire, une fois constitué en nation, le prolétariat a pour intérêt fondamental d’apporter son soutien technique et matériel à un pays socialiste frère retardataire, à l’aider à se doter d’une industrie et d’une agriculture indigènes autonomes lui permettant de liquider les débris des clases exploiteuses tout en conquérant une véritable indépendance économique. Voilà en quoi réside l’internationalisme véritable du mode de production socialiste. Telle fût l’essence de la politique extérieure soviétique à l’égard des pays de démocratie populaire avant le triomphe de la contre-révolution bourgeoise dirigée par les Khrouchtchéviens et l’avènement du social-impérialisme soviétique.165

Voilà ce que la bourgeoisie cherche à calomnier et à rayer de l’Histoire, car elle sait que cette politique causera sa perte.

C’est en effet en relevant le drapeau de l’internationalisme prolétarien que le prolétariat des pays bourgeois – dépendants comme impérialistes –, parviendra à réaliser son unité au-delà des clivages nationaux, ethniques, communautaires, linguistiques ou confessionnels que les exploiteurs s’emploient aujourd’hui partout à exacerber. Une fois uni et conscient de ses forces, il sera alors en mesure de passer à l’offensive contre l’ordre bourgeois oppresseur.

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 03/05/2014

 

         

FN vs « Front de gauche » : victoire par KO !

Et les travailleurs dans tout ça ?

A la veille des élections parlementaires européennes du 25 mai 2014, le tribun du « Front de gauche » exhortait ses sympathisants à défendre sa vision d’une Europe sociale humaniste et à ouvrir « le chemin » « du progrès de la civilisation européenne » « à coup de bulletins de vote » !… Eh, oui, reconnaissait le « rouge » autoproclamé, il ne s’agira pas de « construire je ne sais quel Parti révolutionnaire improbable, mais un peuple qui le soit, c’est-à-dire un peuple capable de comprendre tous les aspects des problèmes qu’il devra traiter et des solutions qu’il devra administrer ». A la veille du scrutin, Jean-Luc Mélenchon, rêvait ainsi encore de provoquer « un grand changement ». (Meeting de Montpellier du 21 mai)

Mais au soir même de l’élection, le ton du « rouge » tribun qui venait de prendre une douche froide était plutôt à la (profonde) déception et à la pleurnicherie : 25 % des électeurs s’étant déplacés avaient voté pour le Front National et l’avaient propulsé « premier Parti de France » avec le quadruple des voix recueillies par les candidats du « Front de gauche ».

Ce n’était certes pas le « changement » rêvé par le « Front de gauche », mais à quoi d’autre pouvait-on s’attendre sous le capitalisme ? Un peuple quotidiennement trompé et abruti par mille moyens idéologiques, écœuré par les pratiques magouillardes quotidiennes de la classe politique au pouvoir, laminé par les mesures d’austérité, et enfin désenchanté par la mondialisation et les promesses non tenues d’une « Europe sociale », pouvait-il voter autrement que pour le programme du FN ? Evidemment non ! Sous le capitalisme, les larges masses populaires abruties par un labeur servile et les antennes d’intoxication des médias bourgeois ne peuvent être majoritairement « éclairées », fût-ce dans l’ex-« patrie des Lumières », et c’est pour cela qu’elles ont besoin d’une élite issue d’elles et défendant fidèlement leurs propres intérêts (le Parti communiste révolutionnaire), contre ceux de la bourgeoisie qui défend bec et ongles son pouvoir et sa « démocratie ».

En l’absence d’un tel Parti, pour une fraction importante des masses populaires – ouvriers, salariés, artisans, petits commerçants, etc. –, le programme du FN apparaît infiniment plus compréhensible et réaliste que celui de son frère ennemi « d’extrême-gauche » qui s’adresse davantage aux élites petite-bourgeoises, fonctionnaires, syndicalistes, etc., baignées depuis leur plus tendre enfance par les préjugés démocratiques, républicains et humanistes bourgeois. Le FN, lui, ne s’encombre pas (ou beaucoup moins) de ces fioritures. Son programme (Cf. projet 2012) promet entre autres :

  • Une revalorisation du SMIC et des petites retraites financées notamment par des mesures protectionnistes. Le retour du départ de l’âge légal à la retraite à 60 ans avec 40 anuités de cotisations.
  • Un référendum sur le retour au franc et la « renationalisation de la dette publique » comme instruments de reconquête de la souveraineté nationale « perdue ». Dans la même optique, on verra l’instauration d’un « patriotisme économique », dont l’Etat et les administrations devront montrer l’exemple afin de « lutter contre la concurrence déloyale des pays à très bas coût de main-d’œuvre et les délocalisations qui en sont la conséquence ». L’écologie n’est pas oubliée puisque cette « relocalisation des forces de production » « permettra une production au plus près » des consommateurs.
  • La « forte réduction du train de vie du pouvoir » et de ses « dépenses somptuaires », la suppression des « indemnités excessives » ainsi que des « avantages injustifiés des élus » ; et dans le même temps davantage de « progressivité et de justice fiscale » en mettant davantage à contribution les plus hauts revenus.
  • La fin d’une politique d’ « immigration coûteuse et déstabilisante » (réduction d’un facteur 20 de l’immigration légale) au profit d’une « grande politique nataliste » et de l’instauration d’une « priorité nationale » à l’embauche. Tout cela sera accompagné de l’instauration d’une politique sécuritaire « de tolérance zéro » sur l’ensemble du territoire national et le rétablissement de la peine de mort. Enfin, la reconstitution d’une « force maritime efficace » permettra de préserver l’espace maritime français et le retour progressif de l’effort de Défense sera porté à 2 % du PIB.

En d’autres termes, le programme du FN promet de nombreuses mesures « de gauche » sans ébranler le moins du monde les fondements de l’ordre bourgeois. Le FN rêve en effet de devenir l’artisan d’une France (impérialiste) forte, capable de financer (à nouveau) son « modèle social » contre tous les éléments qui sont aujourd’hui en train de l’anéantir.

C’est ainsi qu’à travers le programme du FN, la petite bourgeoisie laminée par la crise de déclassement se propose de relever le drapeau de « l’indépendance nationale » jeté aux orties par le Capital financier et la grande bourgeoisie mondialiste « apatride ».

Si le programme du FN venait à être appliqué, les bourgeoisies concurrentes appliqueraient immédiatement des mesures de rétorsion économiques variées à l’égard des nombreuses mesures protectionnistes violant les lois les plus élémentaires du libre-échange. Et en attendant l’hypothétique mouvement de « relocalisation », se profileraient rapidement à l’horizon une pénurie de nombreux biens de consommation courante et une inflation galopante.

L’impérialisme français pourrait alors bien vite se retrouver à genoux et être contraint de faire machine arrière, de devoir réviser à la baisse ses « ambitions » « d’émancipation » face au Capital financier international. Pourtant, tout ne serait pas « perdu » pour notre bourgeoisie : elle aurait alors à sa disposition une « légitimité démocratique » pour détourner la colère des travailleurs contre les populations d’origine immigrée et, si cela ne suffisait pas, appliquer son nouvel arsenal législatif plus liberticide que jamais et mâter par la force tout mouvement de contestation social radical…

Ce scénario n’est évidemment pas dans l’intérêt des travailleurs qui verraient leur condition économique, politique et sociale se dégrader à un degré inouï ─ ce qui au final est dans l’intérêt du Capital financier qui pourrait déjà voir l’accession du FN comme un dernier recours, voir même une aubaine…

Les travailleurs ne doivent donc pas se laisser berner par les propositions en apparence alléchantes (mais en apparence seulement !) du FN dont le programme porte en lui les germes : 1° de la poursuite de leur soumission à l’égard des esclavagistes bourgeois « nationaux », et 2° de l’accroissement de la méfiance et de la haine entre les peuples du monde. Qu’ils ne suivent pas non plus les « conseils » (malheureux !) prodigués par le triste tribun « rouge » et qu’ils relèvent le drapeau de la lutte pour leur propre émancipation, pour une société socialiste débarrassée de l’esclavage salarié !

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 01/06/2014

 

Célébrations du 6 juin 1944 : entre mémoire sélective et culture de l’oubli…166

Alors que le monde politico-médiatique bourgeois occidental célèbre aujourd’hui en grandes pompes le 70ème anniversaire du débarquement américain en Normandie, il n’est pas superflu de rappeler que cette offensive ne fût pas la bataille la plus décisive de cette époque, et surtout de souligner ce qui se cachait réellement derrière ce déploiement de forces de dernière minute. Pour comprendre tout cela, il est nécessaire de remonter quelques années en arrière.

Au lendemain même du déclanchement de la guerre d’extermination menée par l’impérialisme allemand contre l’Union Soviétique, un sénateur américain influent prénommé Harry S. Truman, qui allait accéder à la présidence américaine à la mort de Roosevelt en 1945, déclara sans ambages :

« Si nous voyons l’Allemagne gagner, nous devrions aider la Russie et, si la Russie est en train de gagner, nous devrions aider l’Allemagne, pour que le plus grand nombre possible périsse des deux côtés ».167

Une ligne réaffirmée à la veille de l’attaque japonaise de Pearl Harbour, au début du mois de décembre 1941, par le Chicago Tribune qui estimait que le scénario idéal pour la civilisation (américaine) serait de voir les deux belligérants « se détruire l’un l’autre ». Après avoir soumis une grande partie de l’Europe occidentale, l’impérialisme allemand représentait en effet le concurrent le plus dangereux. Quant-à l’URSS, phare du socialisme et de la révolution mondiale, patrie des exploités du monde entier, elle représentait la promesse de l’extinction du capitalisme et donc une menace mortelle pour l’ensemble des pays bourgeois.

Au sein de la grande bourgeoisie américaine, ces paroles n’étaient pas une simple vue de l’esprit : l’impérialisme américain rêvait de tirer les marrons du feu de la lutte à mort que se livraient le fascisme et le socialisme sur le Front de l’Est. Peu importe qui gagnerait, il s’agirait de les aider à s’épuiser mutuellement au maximum, suffisamment en tout cas pour que l’impérialisme américain puisse ensuite se soumettre (ou liquider) le « vainqueur »… Mais en attendant, la guerre en Europe représentait déjà une juteuse affaire qui avait sorti du marasme économique l’impérialisme américain et résorbé son chômage infiniment plus efficacement que le New Deal

C’est ainsi que l’impérialisme américain aida à sa manière chacun des deux belligérants, recueillant au passage des profits sonnants et trébuchants. A l’instar de l’impérialisme britannique, quoique dans des proportions qui n’excédèrent jamais 5 % de sa production de guerre, l’URSS bénéficia de la loi prêt-bail. Cette aide matérielle américaine ne devint significative qu’en 1942, c’est-à-dire après que l’URSS ait eu à affronter et seule le choc de l’invasion allemande et à la stopper nette aux portes de Moscou et de Léningrad. Même à partir de 1942, cette aide matérielle américaine (essentiellement logistique) fût une bien maigre compensation à l’ouverture d’un second Front en Europe de l’Ouest, que demandait avec insistance l’Union Soviétique pour ne plus avoir à affronter seule l’impérialisme allemand. Pourtant promise par Roosevelt avant la fin de l’année 1942, l’ouverture de ce second Front sera reporté deux ans durant… et permit effectivement d’épuiser au maximum les deux belligérants principaux pendant que l’impérialisme américain préféraient chasser les quelques troupes italo-allemandes d’Afrique du Nord (novembre 1942) pour prendre le contrôle de cette région riche en pétrole, puis en Sicile (juillet 1943) pour éviter que la chute imminente du Duce ne laisse à terme le champ libre aux communistes…

Jusqu’en 1943, l’impérialisme allemand concentra ainsi habituellement autour de 260 divisions sur le Front de l’Est, contre au maximum une petite vingtaine sur les Fronts secondaires ouverts par les troupes anglo-américaines…

Quant à l’impérialisme allemand, outre le fait qu’il pût concentrer l’essentiel de ses forces sur le Front de l’Est, il bénéficia très tôt des exportations américaines de produits pétroliers (transitant notamment via l’Espagne franquiste), ainsi que de la production de guerre des filiales allemandes d’IBM, ITT, Ford et General Motors, même après la déclaration de guerre de l’Allemagne nazie à l’égard des USA. Ainsi, la part américaine dans les importations allemandes d’huile à moteurs passa de 44 à 94 % entre juillet et septembre 1941. Comme le soulignent les historiens consciencieux :

« Les chars allemands n’auraient jamais pu atteindre la banlieue de Moscou sans les produits pétroliers fournis par les trusts américains. En fait, selon Tobias Jersak, un historien allemand expert dans la question des livraisons américaines de pétrole à l’Allemagne nazie, ni l’attaque allemande contre l’Union soviétique ni les autres grandes opérations militaires de l’Allemagne en 1940 et 1941 n’auraient été possibles sans les  produits pétroliers provenant des États-Unis ».168

En dépit de la politique de double-jeu et des calculs intéressés permanents de l’impérialisme américain, l’Union Soviétique tînt bon. Ses peuples surmontèrent avec abnégation les innombrables sacrifices et souffrances imposées par l’occupation fasciste. Dans ces épreuves, on doit noter deux tournants majeurs dont témoignent les cartes ci-après.169

Le premier tournant est constitué par la bataille de Moscou (décembre 1941). Au cours de cette première vaste contre-offensive soviétique, l’ennemi fût rejeté loin de la Capitale. A l’Etat-major allemand, certains comprirent déjà que la guerre ne pourrait plus être gagnée. Cette première grande victoire de l’Armée Rouge démontra que l’impérialisme allemand n’avait non seulement rien d’invincible, mais n’avait également plus la force de poursuivre l’offensive sur toute la longueur du Front.

Il faut dire qu’à la fin de l’année 1941, la baisse de la production industrielle soviétique induite par l’évacuation des usines plus à l’est avait pris fin et la réorganisation de la production avançait rapidement. Les usines soviétiques qui avaient produit moins de 280 chars moyens et lourds en octobre 1941 (contre 480 en juillet 1941), en produisirent ainsi 520 en décembre 1941 et plus de 1 300 en mai 1942 ! Alors qu’en 1941, l’URSS produisit un peu moins de 4 900 chars (dont 58 % de chars moyens et lourds), elle en produisit 24 500 en 1942 (dont 62 % de chars moyens et lourds), et 19 800 en 1943 (dont 83 % de chars moyens et lourds).

 

 

 

Le deuxième tournant majeur du conflit fût la bataille de Stalingrad. Au cours de l’été 1942, l’impérialisme allemand concentra ses forces sur le Caucase et Stalingrad, l’objectif était autant un choc psychologique et symbolique (la prise de la puissante ville industrielle qui portait le nom honni du dirigeant de l’URSS), que militaire (conquérir les champs pétrolifères de la région de Grozny, vitaux pour assurer sur le long terme l’approvisionnement de la Wehrmacht).

Au cours de cette bataille acharnée de Stalingrad qui dura six mois, la Wehrmacht et l’Armée Rouge mobilisèrent chacune plus d’un million d’hommes.

Alors que la Wehrmacht avait pénétré profondément dans la ville, son encerclement par l’Armée Rouge (en novembre 1942) se solda par 300 000 soldats allemands pris dans un piège dont ils ne parviendront pas à se libérer.

 

A ce moment là, il était devenu évident pour les milieux impérialistes américains que c’est l’URSS qui l’emporterait. La Wehrmacht ne parvint jamais à se remettre de ces pertes, échouant à mener de nouvelles offensives. Bien équipée et aguerrie au combat, l’Armée Rouge conserva l’avantage tout le reste du conflit.

Ceci détermina sans aucun doute l’impérialisme américain à en faire le moins possible sur le théâtre européen, conformément à la doctrine énoncée par Truman.

La contribution soviétique dans l’écrasement des troupes nazies était alors publiquement reconnue et saluée comme décisive par les plus hauts représentants des nations impérialistes « alliées ».

« … l’ampleur et la grandeur de l’effort (russe) s’inscrivent comme les plus grands faits militaires de toute l’Histoire »170, déclarait ainsi lucidement le général américain Douglas MacArthur à un moment où l’Armée Rouge n’avait pourtant encore fait que mettre un coup d’arrêt aux vastes offensives de la Wehrmacht.

 

Ci-dessus : Production de chars T-34 (76) dans l’usine de char « Kirov » de Tcheliabinsk (1943). Située à plus d’un millier de kilomètres à l’est de Moscou, cette ville était l’un des nouveaux grands centres industriels qui avaient surgi au cours de l’industrialisation socialiste. Elle vit sa population quadrupler durant la période 1926-1939, date à laquelle elle approchait 300 000 habitants. Souvent surnommée « tankograd » par les soviétiques, ses usines livrèrent à l’Armée Rouge plus de 7 200 chars lourds KV et JS ainsi que plus de 5 000 chars moyens T-34 (76), sans oublier de grandes quantités d’autres armements. A titre de comparaison, l’impérialisme allemand ne produisit qu’à peine plus de 1 800 chars Tigre I et II de 1942 à 1945 et 6 000 chars moyens Panthers (à partir de 1943), le seul surclassant le T-34 en termes d’armement et de blindage. Conçu en 1940, le T-34 (76) surclassait les chars moyens allemands (Panzer III et IV) en termes de blindage, de vitesse, d’armement et de qualités tout-terrain. Le T-34 fût produit à plus de 50 000 exemplaires au cours du conflit dans ses différentes variantes. Ses qualités lui valurent le qualificatif de « meilleur char du monde » par le général allemand Ewald Von Kleist. 

 

 

Comme on le voit, la contre-offensive soviétique de Koursk (été 1943), suivie immédiatement de la seconde bataille de Smolensk et de la bataille du Dniepr, forcèrent la Wehrmacht à reculer en profondeur et à battre en retraite sur un large front, une tendance inexorable qui se confirma au début de l’année 1944.

Ainsi, de toute évidence, l’impérialisme américain profita de conditions (très) favorables pour le déclanchement de l’opération Overlord. Incapable de résister à la pression des offensives soviétiques, la Wehrmacht voyait régulièrement ses effectifs être saignés à blanc. Alors que durant les années 1941-1943 ses effectifs oscillaient autour de 3,9 millions d’hommes, ils n’étaient plus que de 3,4 millions d’hommes en juin 1944 et de 2,3 millions d’hommes en janvier 1945.

Surtout, même après le débarquement en Normandie, l’impérialisme allemand conservait l’essentiel de ses effectifs militaires sur le Front de l’Est (60 % en janvier 1945) qui resta donc le Front décisif sur lequel l’Allemagne nazie enregistrait ses plus lourdes pertes, comme en témoigne l’infographie ci-dessous.

 

C’est ainsi dans les combats contre l’Armée Rouge que l’Allemagne enregistra plus des trois quarts de ses soldats tués au combat en 1945. Sur l’ensemble de la Guerre, ce sont pas moins de 88 % des 4,9 millions de soldats allemands tués au cours des combats qui le furent sur le Front de l’Est.

Même si l’on considère exclusivement le milieu de l’année 1944, il est impossible de considérer sérieusement l’opération Overlord comme la plus grande opération militaire de cette période. Le 22 juin 1944, l’Armée Rouge commémora à sa manière le troisième anniversaire de l’opération Barbarossa avortée en déclenchant l’opération Bagration qui visait à libérer les territoires de Biélorussie et des Etats Baltes. Une vaste offensive soviétique était alors attendue par l’Etat-major allemand, mais plus au sud via la Pologne, afin de marcher au plus vite vers Berlin. Du côté soviétique, le transfert des troupes et du matériel qui précéda le lancement de cette opération s’opéra dans la plus grande discrétion (de nuit, à couvert, et tous feux éteints). Au cours de cette bataille décisive, l’URSS mobilisa plus de 2,3 millions d’hommes, 24 000 canons, ainsi que plus de 4 000 blindés et 6 000 avions. L’Armée Rouge surclassait alors de manière écrasante les forces allemandes qui disposaient de près de trois fois moins d’hommes et d’artillerie ainsi que de huit fois moins de blindés et d’aviation. Le résultat fût sans appel : près de 300 000 soldats allemands tués et 150 000 autres capturés, 3 groupes d’armées de la Wehrmacht complètement anéantis. En moins de deux mois, l’Armée Rouge avança jusqu’à plus de 400 km de profondeur sur un front large d’un millier de kilomètres.

Au cours de la même période, l’offensive anglo-américaine en Normandie mobilisa au maximum 2 millions d’hommes. Ceux-ci faisaient face à moins de 400 000 soldats allemands dont seuls 50 000 furent tués et 200 000 autres furent faits prisonniers.

 

Ci-dessus : Le 17 juillet 1944, 57 000 soldats et officiers allemands faits prisonniers au cours de l’opération Bagration alors en cours défilent dans les rues de Moscou. Après leur passage, la voirie sera copieusement aspergée d’eau pour être « nettoyée »… Contrairement aux bruits répandus en occident, les prisonniers de guerre allemands furent plutôt bien traités au regard des crimes qu’ils avaient commis. Seuls 11 % de ces 3,3 millions d’hommes moururent au cours de leur détention. Le sort réservé aux prisonniers de guerre soviétiques ne fut pas le même : 69 % des 5,2 millions des soldats soviétiques capturés moururent dans les bagnes capitalistes allemands et ne revirent jamais le sol de leur patrie libérée…

Aujourd’hui, la             bourgeoisie internationale               célèbre en grandes pompes son D-Day. Pour elle, le débarquement anglo-américain             fût          l’ultime chance    de           sauver    les apparences et de ne pas perdre la face, en apportant une (bien modeste)                contribution         à l’effondrement                 final        de l’impérialisme        allemand.              Si pour la bourgeoisie, c’est une « victoire », il ne peut s’agir que d’une victoire contre « l’allié » soviétique qui avait supporté les            plus        durs        combats                et affronté les troupes les plus aguerries et les mieux équipées de la Wehrmacht.

Ci-contre, le sniper Roza Shanina (1944). Elle fût l’une des 400 000 femmes soviétiques à prendre les armes pour en découdre avec l’occupant fasciste.

Pour l’impérialisme américain, il était essentiel de sauver l’Europe de l’Ouest du péril rouge menaçant, de soutenir les cliques bourgeoises collaboratrices dont la légitimité avait été durement éprouvée alors même que les communistes avaient la plupart du temps joué un rôle moteur, voir dirigeant, dans la résistance armée contre l’occupant fasciste. Malgré une situation militaire très favorable pour les troupes anglo-américaines, ce fût l’Armée Rouge qui fit tomber Berlin et scella le sort de l’impérialisme allemand.

Les travailleurs et les opprimés du monde entier, eux, n’ont pas à célébrer l’opération Overlord comme une « victoire ». Les seules victoires qu’ils puissent célébrer, ce sont celles arrachées de haute lutte par les combattant héroïques de l’Union Soviétique, par ses troupes régulières comme par ses partisans qui versèrent sang et larmes, et dont le sacrifice et les souffrances sont en grande partie imputables aux grandes démocraties « occidentales » d’Amérique, de France et d’Angleterre qui firent tout leur possible dans les années 1935-1939 pour lancer la bête fasciste contre l’Union Soviétique. Ce sont bien les peuples de l’Union Soviétique avec le PCUS(b) à leur tête qui infligèrent à la Wehrmacht les coups décisifs alors que les armées bourgeoises anglo-américaines attendaient patiemment que l’un des deux colosses vacille avant d’intervenir. Voilà les faits que la bourgeoisie cherche sans cesse à rayer de l’Histoire et c’est dans cette démarche que s’inscrivent les traditionnelles célébrations du débarquement américain en Normandie.

Pourtant, même en célébrant la farouche résistance opposée au cours des sièges des grandes villes soviétiques comme Léningrad (assiégée deux ans et demi durant), au cours des offensives et des contre-offensives de Moscou, Stalingrad, Koursk ou de l’opération Bagration et de la bataille de Berlin, il est essentiel de ne pas oublier les lourds tributs ─ directs ou indirects ─, qu’eurent à payer les peuples de l’Union Soviétique.

C’est d’abord le sacrifice des vies de 10 millions de militaires (dont 7 millions morts au combat), de près d’un demi-million de partisans et d’une quinzaine de millions de civils, morts pour la plupart des suites des terribles conditions de vie que leur imposèrent l’invasion nazie (bombardements, famines, maladies).

Ce sont ensuite des destructions matérielles sans précédent : plus de 1 700 villes et 70 000 villages et hameaux détruits partiellement ou en totalité par l’occupant, avec à la clef 25 millions de sans-abris ; des dizaines de milliers d’écoles et d’hôpitaux détruits, des dizaines de milliers de kolkhozes et d’établissements industriels ayant subi le même sort, des dizaines de millions de têtes de bétail perdues.

Voilà quelques-uns des lourds tributs directs payés.

Quant aux tributs indirects ─ encore plus lourds ─, on peut les résumer comme suit : plus d’une décennie davantage occupée à préparer, mener et panser les plaies d’une guerre d’extermination au lieu de poursuivre la marche en avant de la société socialiste, facteur décisif de la révolution socialiste mondiale ; la perte d’un capital humain  irremplaçable : la vie de millions de soviétiques parmi les plus dévoués à la cause du communisme ; la mise en sommeil des mécanismes de contrôle populaire et de la vie normale du PCUS(b), c’est-à-dire autant d’éléments capitaux qui rendirent possible le triomphe de la contre-révolution bourgeoise-révisionniste au cours de la première décennie d’après-guerre.

Quant aux répercussions mondiales de cette contre-révolution, il est superflu de s’étendre longuement dessus tant elles se font encore sentir aujourd’hui par la complète dégénérescence du mouvement communiste international et le non moins complet désarmement du prolétariat international et sa totale soumission au démocratisme et au réformisme bourgeois.

Aujourd’hui, les communistes ne peuvent célébrer qu’une chose : l’esprit combatif qui animait les valeureux défenseurs de l’Union Soviétique, et prendre exemple sur lui dans les luttes contemporaines pour la renaissance du mouvement communiste international, préalable nécessaire à l’abolition de l’esclavage salarié.

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 06/06/2014

                 

Les dessous du bras de fer russo-occidental en Ukraine171

Alors que les impérialistes pyromanes d’Occident ne cessent de mettre à feu à sang les pays dépendants qui leur échappent, depuis l’Ukraine jusqu’à l’Irak, les rivalités inter-impérialistes s’accentuent. Après leur coup d’Etat fasciste dans une Ukraine « post-révolution orange » qui commençait à faire machine arrière et à lorgner de nouveau vers l’Est,172 ils ne veulent pas se résigner à accepter qu’une partie du pays fasse sécession et mettent leur incapacité à ramener le Donbass dans leur giron sur le compte d’une soi-disant ingérence « militaire » de l’impérialisme russe.

Afin de faire plier ce dernier, et de le forcer à abandonner toute forme se soutien moral et humanitaire au Donbass, les impérialistes occidentaux se sont engagés dans un bras de fer diplomatique et économique, avec à la clef l’adoption de sanctions unilatérales à l’égard du capital financier russe et la suspension de la livraison du premier BPC de classe Mistral.

Face à cette politique, l’impérialisme russe a promis de répondre aux sanctions occidentales par des contre-sanctions. Moscou fait aujourd’hui son autocritique : « nous avons été trop patients », et assure qu’à partir d’aujourd’hui « la Russie répliquera « de manière asymétrique » à toute nouvelle sanction à son encontre, probablement par des mesures relatives à l’utilisation de son espace aérien, si les pays occidentaux cèdent à « la tentation de recourir à la force dans les relations internationales » ».173 L’impérialisme français devra également s’attendre à payer des pénalités, voir à faire face à l’annulation du contrat, si la suspension de la livraison du BPC devait persister au-delà d’octobre 2014…

Mais en fait, la plus importante mesure de rétorsion a déjà été adoptée par l’impérialisme russe : la dissension actée de ses liens économiques à l’égard d’un vieux continent qui s’enfonce inexorablement dans une profonde crise de déclassement. Les hydrocarbures contribuent aujourd’hui pour moitié aux recettes du budget fédéral russe. Le poids de ce secteur est donc déterminant dans la politique extérieure de Moscou. Le premier semestre 2014 a vu la part de la Chine dans les exportations de pétrole russe grimper à 30 % (contre 20 % en 2012). Et le secteur gazier russe promet une évolution similaire dans les prochaines années : il y a deux semaines débutait la construction d’un gazoduc d’une longueur de 4 000 kilomètres et d’une capacité de transit de 61 milliards de mètres cubes qui permettra d’acheminer le gaz russe via Vladivostok jusqu’en Chine…

Pour le président russe, il ne s’agit là ni plus ni moins que de « rééquilibrer ses échanges commerciaux vers l’Asie » grâce au « plus grand projet de construction au monde » : « Il n’y en aura pas de plus important dans un avenir proche ». La capacité de ce gazoduc représente en effet près du tiers des exportations russes de gaz. Ces dernières sont aujourd’hui tournées pour les deux-tiers vers l’Europe, contre 5 % pour l’Asie. A partir de 2018, la Russie livrera par ce canal à la Chine pas moins de 38 milliards de m3 de gaz chaque année qui pèsera alors le quart des exportations de gaz russe… Et les prochains mois devraient voir la signature d’un autre contrat gazier avec Pékin pour la construction d’un autre gazoduc passant plus à l’ouest…174

Ainsi, si Moscou connaitra peut-être encore trois années difficiles dans le cas de l’exacerbation des tensions avec ses clients européens, il n’en verra pas moins rapidement son secteur gazier et pétrolier s’assurer ultérieurement de confortables et dynamiques débouchés… De quoi continuer à alimenter le renouveau des ambitions impérialistes régionales du pays qui a vu au cours de la première décennie du nouveau millénaire sa classe moyenne commencer à se reconstituer sous l’impulsion d’une croissance économique annuelle moyenne de 6,9 % durant la période 1999-2008.

Grâce aux revenus de sa rente énergétique, la Russie a vu son déclin démographique freiner : l’IDF russe est remonté de 1,3 à 1,6 enfants par femme au cours de la période 2002-2012 et l’espérance de vie est remontée de 59 à 64 ans pour les hommes. La Russie a ainsi vu ces indices recouvrer leur niveau de 19901992. En dépit de cette relative embellie, la Russie de Poutine n’en reste pas moins que l’ombre de l’URSS : son économie possède une structure similaire à celle de nombreux pays bourgeois-compradore riches en ressources naturelles mais dont le reste de l’industrie est sinistrée. Les matières premières énergétiques, minérales et alimentaires représentent ainsi les neuf dixièmes des exportations de la Russie tandis que les machines et équipements représentent la moitié de ses importations.175

Si les milieux impérialistes d’Europe persistent à vouloir se brouiller avec leur principal fournisseur de gaz, ils devront bientôt se tourner vers d’autres fournisseurs, plus chers, ce qui alourdira leur facture énergétique, au détriment de leur croissance déjà anémique et donc des esclaves salariés longtemps privilégiés aujourd’hui de plus en plus éprouvés par l’austérité… Et pendant ce temps, l’impérialisme US continuera à bénéficier d’une énergie relativement bon marché grâce à sa production domestique…

A vouloir « isoler » à tout prix la Russie pour la faire plier en Ukraine, l’Occident en déclin est en train de finir de s’isoler lui-même du nouveau monde qu’est en train de faire émerger le dynamique impérialisme chinois et ainsi d’achever de creuser sa propre tombe ! A long terme, les perdants ne seront ainsi pas ceux auxquels on aurait pu penser au premier abord… Si l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui se réunit actuellement sous l’égide de l’impérialisme chinois a indéniablement un certain avenir, l’OTAN, sous la houlette de l’impérialisme américain en sursis, apparaît pour sa part comme aussi agressive que condamnée et moribonde…

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 14/09/2014

 

                 

Prime de naissance, congé parental : les dessous de la fin programmée de la politique nataliste…

Au cours des dernières années, la natalité de l’impérialisme français a montré les premiers signes d’une profonde mutation. En 2013, on a en effet enregistré 781 000 naissances, un chiffre en baisse de 1,8 % par rapport à son niveau de 2008. Cette baisse peut sembler modérée et presque anecdotique au regard de l’acuité de la crise économique actuelle, mais rappelons qu’au cours de la période précédente (2003-2008), le nombre de naissances avait augmenté de 4,5 %… La baisse est donc déjà significative, mais elle risque d’être bien plus prononcée au cours des prochaines années, puisque comme nous allons le voir, nos « élites » ont décidé qu’il était temps de mettre un terme à la politique nataliste instaurée il y a plus de sept décennies.

Il y a quatre ans, nous avions déjà souligné qu’à l’inverse du dynamique impérialisme chinois qui serait de plus en plus tenté d’assouplir sa stricte politique de contrôle des naissances pour lui substituer une politique active de soutien à la natalité, nos impérialismes en déclin les verraient au contraire disparaître inexorablement…176 Durant la période 2012-2014, le plafond de l’avantage fiscal avait déjà été abaissé de 2 330 à 1 500 euros par demie-part, avec à la clef une économie annuelle de l’ordre d’un milliard d’euros pour l’Etat impérialiste français, une façon de signifier à la portion supérieure des « classes moyennes » qu’elles doivent désormais s’attendre à voir les avantages fiscaux liés à leurs rejetons fondre comme neige au soleil…

Il ne s’agît cependant là que de « menues » économies n’ayant pas pour vocation à bouleverser profondément la donne démographique : les couches relativement aisées de la population française continueront à procréer, même si elles  voient leurs déductions d’impôts sur le revenu se réduire…

Ce n’est en fait que très récemment, il y a quelques semaines, que notre bourgeoisie a décidé de frapper beaucoup plus fort, en ciblant cette fois les couches les plus larges de la population, même les plus modestes, en annonçant réfléchir à une baisse de la prime à la naissance et de la durée du congé parental pour les femmes.177 Une « piste » confirmée quelques semaines plus tard par le gouvernement qui annonçait envisager la division par trois du montant de la prime à la naissance à partir du deuxième enfant ainsi que la réduction du congé parental à 18 mois pour la femme et enfin la diminution des aides à la garde d’enfant. Des mesures qui devraient entrer en vigueur dès 2015…

Selon l’Institut national d’études démographiques (INED), ces mesures devraient à elles seules « renforcer les problèmes de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale » du fait des infrastructures insuffisantes des services d’accueil pour la petite enfance.178 Selon les observateurs intelligents de la bourgeoisie, la réduction de la durée du congé parental pour la femme sous couvert d’égalité homme-femme devrait à elle seul produire des effets sensibles : « Le gouvernement table en effet sur le fait que les hommes seront peu nombreux à faire valoir ce droit, donc à réclamer la prestation partagée d’éducation de l’enfant ».179 S’arrêter de travailler pendant un an et demi pour relayer « maman » et jouer au papa poule en attendant l’entrée à l’école maternelle  sera en effet un frein majeur pour de nombreux hommes, soit du fait de la persistance des préjugés sociaux sur la famille traditionnelle, soit de par la baisse des revenus réels du couple si la femme ne possède pas un emploi stable, soit enfin par crainte d’indisposer son employeur… Une portion sensible et croissante des couples devrait ainsi renoncer à procréer.

Pour notre bourgeoisie, c’est là indéniablement une façon intelligente de mettre un premier frein à la politique de soutien nataliste sans pour autant risquer de provoquer un tollé social comme si on en venait à réduire le montant de l’allocation de base de la prestation d’accueil du jeune enfant (Paje) et des allocations familiales…

Ainsi, c’est aujourd’hui sous la houlette de la « gauche », que notre impérialisme a décidé de commencer à mettre ouvertement un terme à sa politique nataliste.

Celle-ci naquit dans les années 1930 (avec le versement des premières prestations familiales) après six décennies de quasi-stagnation de la population française, face à la crainte d’être démographiquement « largué » par l’impérialisme allemand, alors démographiquement beaucoup plus dynamique. Cette politique nataliste de l’impérialisme français, apanage des puissances impérialistes dominantes aux ambitions internationales, fût renforcée en 1945 avec la création du quotient familial à partir duquel fût élaborée une politique fiscale favorable aux familles nombreuses.

Voyons maintenant quels sont les bénéfices attendus de ces nouvelles mesures…

A court terme (c’est-à-dire dès 2015), ces mesures feront économiser à l’Etat bourgeois quelques centaines de millions d’euros annuellement. Si l’on considère qu’une naissance sur deux correspond à celle d’un deuxième enfant, la diminution de la prime de naissance occasionnera à elle seule une économie de l’ordre de 230 millions d’euros par an, soit moins du cinquième du coût annuel des OPEX de l’impérialisme français pour l’année 2013… et l’année en cours !180 En d’autres termes, des économies de bouts de chandelle…

Mais ce n’est en fait pas par ce biais que l’Etat impérialiste français espère réaliser les plus grosses économies, non ! La véritable motivation de cette énième mesure impopulaire adoptée par nos « représentants démocratiquement élus », celle dont aucun média bourgeois n’a parlé, est à rechercher du côté des coûts à plus long terme induits par une naissance.

La perspective idéale qu’ont en vue nos élites serait de parvenir à abaisser sensiblement l’indice de fécondité de la population française à un niveau comparable à celui de l’Allemagne (moins de 1,4 enfant par femme), soit une baisse de 30 % du nombre de naissances par rapport au niveau actuel. Moins de naissances, c’est en effet moins de frais de la vie courante (nourriture, habillement, etc.) à assumer pour les esclaves salariés qui pourront par conséquent de satisfaire de revenus réels à la baisse (dans un contexte de lendemains qui déchantent…), et c’est surtout de substantielles économies pour l’Etat bourgeois.

Pour lui, c’est évidemment mois de prestations sociales à verser, mais également ─ et surtout ─, moins de frais de santé et surtout d’éducation…

En France, scolariser un enfant coûte en effet chaque année à l’Etat bourgeois, autour de 5 800 euros pour l’enseignement du 1er degré (pré-élémentaire et élémentaire), près de 8 400 euros au niveau collège et plus de 11 500 euros au lycée, soit au total de l’ordre de 115 000 euros pour une scolarité complète jusqu’au niveau BAC… Abaisser de 30 % les effectifs d’enfants scolarisés par rapport au niveau actuel, cela représenterait une économie annuelle de l’ordre de 30 milliards d’euros, soit plus du centuple de l’économie réalisée par la réforme de la prime de naissance !181

Bien sûr, la réduction des effectifs scolarisés sera progressive, mais elle n’en commencera pas moins à « porter ses fruits » dès que les cohortes de bébés non-nés auront atteint l’âge de la scolarité pré-élémentaire, soit 3 ans après leur nonnaissance…

Rendez-vous donc à l’horizon 2018 pour voir les premiers effets budgétaires sensibles et les premiers licenciements de fonctionnaires qui, d’ici là, auront certainement vu leurs CDI transformés en CDD de cinq ans ─ conformément aux précoces premiers engagements de campagne pris par Nicolas Sarkozy, notre exprésident revenant ─, permettant ainsi d’ajuster régulièrement leurs effectifs à la baisse à mesure que les effectifs d’enfants scolarisés déclineront…182

Nos « élites » bourgeoises s’apprêtent aujourd’hui à mettre un terme brutal à la politique nataliste instaurée au lendemain de la Guerre. Il s’agît là d’une nouvelle manifestation du déclassement en cours de nos impérialismes et d’un facteur supplémentaire de son aggravation et de son accélération, car moins d’enfants signifiera une baisse inévitable des dépenses de consommation courante des ménages et donc une aggravation de la décomposition économique intérieure, de quoi au final compromettre les rentrées fiscales et donc les économies budgétaires initialement réalisées…

Notons au passage que ce déficit de naissances ne manquera pas d’impacter également le régime des retraites, la proportion d’actifs étant de ce fait condamnée à décliner à moyen-long terme, ce qui servira alors de prétexte à l’Etat bourgeois à de nouvelles « réformes » visant à repousser l’âge légal du départ à la retraite… jusqu’à la tombe ! En bref, il s’agit là d’un nouvel aveu de l’imminence de la faillite de nos impérialismes en déclin…

De toute évidence, à travers ces mesures visant à décourager les couples d’esclaves salariés les plus modestes et fragiles économiquement de procréer davantage que ce que la « raison économique » ne l’exige ─ pour l’Etat bourgeois, il ne sert en effet à rien d’investir dans des enfants dont la scolarité lui coûte fort cher et qui, une fois sur le marché du travail, seront condamnés au chômage qui lui coûte également fort cher ─, notre bourgeoisie fait un pas décisif sur le chemin de la révision à la baisse de ses ambitions impérialistes et s’engage de plus en plus résolument dans sa transformation en bourgeoisie compradore inféodée à l’impérialisme chinois.

Plus que jamais, si les esclaves salariés veulent continuer à pouvoir se projeter dans l’avenir, eux et leurs enfants, ils doivent jeter bas le pouvoir de plus en plus décrépit du Capital et ne plus se laisser duper par ses fausses apparences « démocratiques ».

Les travailleurs doivent le remplacer par un pouvoir bien à eux qui se refusera à hypothéquer leur avenir et à le sacrifier sur l’autel du profit d’une minorité exploiteuse aussi réactionnaire que mesquine et imbécile…

Vincent Gouysse, pour l’OCF, 06/10/2014

 

 

             

Annexes

 

         

A ─ Extraits de Que faire ? ─ Journal communiste d’information ─ Organe de l’Organisation des Communistes de France (OCF)

 

N°1 – Février 2014 :

« Je ne sais pas ce qu’est un homme, je ne connais que son prix ».

En 1930 le dramaturge allemand B. Brecht écrit une pièce « La décision ». Un personnage de celle-ci (un marchand), déclare à un moment : « je ne sais pas ce qu’est un homme, je ne connais que son prix ». 1930 c’est la crise. Celle qui jette des millions de travailleurs à la rue dans le monde entier. Celle qui va permettre aux capitalistes d’assassiner les communistes allemands pour installer Hitler. On connait la suite.

     Ci-contre : 1933, marche de la faim.

2014, c’est la crise. Des millions de travailleurs deviennent « inutiles ». On les exproprie, on les licencie aux USA, en Europe. Partout. 3 000 en France le 31 Janvier chez Mory Ducros, 2 500 chez ING en Hollande, 5 000 chez Dassault en Europe, 8 000 au Japon chez Panasonic, 3 000 chez Faurecia en Europe….

La faute à qui ? La concurrence ? La Chine ? Les patrons « voyous » ? Et les syndicats et la gauche se lamentent. Il faut nationaliser disent les uns. Faisons payer les riches disent les autres. Mais en même temps l’Etat-patron réduit ses fonctionnaires : PTT, Police, Armée, Education… Et puis avec le Pacte de Responsabilité le gouvernement de gauche va offrir 30 milliards d’euros aux grands patrons. (Ceux qui comptent ! Ceux du CAC 40 !) Car ce qui est cher, c’est… l’ouvrier.

1930-2014. Pour ces gens là l’homme a un prix. Et en ce moment ce prix est trop élevé. Alors deux solutions : soit réduire le nombre d’hommes (mais ça c’est difficile), soit réduire le prix de l’homme. Pourquoi donc un travailleur en France serait-il payé à 1 200 euros environ alors que pour le même travail en Bulgarie on gagne 250 euros, 20 dollars environ en Centrafrique, 60 dollars au Vietnam ?

Vous voyez bien : « il faut faire payer les riches ». Et les « riches », c’est vous, les smicards à 1 200 euros.

L’Etat, les grands patrons, les syndicats ne parlent pas la même langue que vous. Le prix de votre esclavage, le prix de vos heures de boulot, le prix même de votre travail du dimanche est scandaleusement trop élevé pour ces messieurs.

Et comme on ne peut pas importer des bulgares ou des vietnamiens, vous comprenez bien qu’il est plus facile d’aller mettre les usines là-bas.

Les syndicats ? Comme disait un ouvrier de chez Mory-Ducros : « j’ai été floué par mon patron et maintenant de suis floué par les syndicats », il n’appréciait pas d’avoir perdu son travail et d’entendre les dirigeants syndicaux se féliciter d’avoir obtenu une prime de départ de 9 000 euros au lieu de 7 000 !… Après 15 ou 20 ans de boulot ! Quelle victoire ! Bref, au lieu d’être en sapin, le cercueil sera en chêne.

Pour nous, communistes, l’homme est le capital le plus précieux. Seules les marchandises ont un prix. Il n’y a rien à négocier avec ceux qui veulent nous traiter comme une marchandise. Par contre nous savons combien nous coutent tous les parasites politiciens, patronaux et syndicaux. Tous bien payés pour essayer d’enterrer nos luttes et notre combativité. Ils veulent « baisser le coût du travail » comme ils disent.

Alors ne nos trompons pas de cible. Les roumains, les peuples d’Europe et du monde subissent le même sort que nous. La révolte gronde partout. Le temps de l’insoumission est venu.

       

Mais qui sont-ils ?

Artistes, politiciens, journalistes, ils ont un nom ; souvent pas leur vrai nom et puis ils occupent des fonctions méconnues. Derrière l’apparence il y a des secrets qu’on ne dit pas à tout le monde…

Pierre Moscovici (Ministre de l’économie et des finances)

Ex-ministre en charge des Affaires européennes dans le gouvernement de Lionel Jospin, Pierre Moscovici est vice-président du Cercle de l’Industrie. Ce lobby, représentant les intérêts des trusts français à l’échelle européenne, a été créé en 1993 par Raymond Lévy, alors président de Renault, et Dominique Strauss-Kahn, qui venait tout juste de quitter le ministère de

l’Industrie et du Commerce extérieur.

L’institut de sondage CSA.

Appartient en fait au groupe de

Vincent Bolloré. Le groupe Bolloré, qui détenait depuis septembre 2006 40 % du capital de l’institut de sondages CSA, a annoncé jeudi 10 juillet qu’il venait d’acquérir les 60 % restants,  renforçant ainsi sa présence dans le N. Sarkozy – V. Bolloré secteur de la communication.

Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé. L’accord signé à l’automne 2006 avec le groupe CSA prévoyait que Bolloré puisse « devenir majoritaire d’ici à 20082009 ». L’institut français CSA est un des leaders sur le marché français, où il réalise des études marketing et d’opinion dans tous les secteurs économiques.

Le groupe familial centenaire de l’homme d’affaires Vincent Bolloré, présent à l’origine dans des activités aussi variées que les transports et la logistique internationale, les films plastiques pour condensateurs et emballages, la distribution d’énergie et les terminaux d’impression, se  tourne depuis quelques années de

  1. Hollande – V. Bolloré plus en plus vers les médias et la communication.

Propriétaire de la chaîne de télévision Direct 8, diffusée sur la TNT, Bolloré a aussi lancé les quotidiens gratuits Direct Soir et Direct Matin Plus. Il est également présent dans le monde de la publicité et du marketing en tant que premier actionnaire du groupe français Havas et du groupe britannique Aegis.

Il détient par ailleurs une filiale dans les télécoms, Bolloré Télécom, et une participation dans le groupe de production audiovisuelle et de cinéma Euro Média qui rassemble les activités des sociétés SFP dans le domaine de la production, et VCF dédiée aux prestations dans l’audiovisuel. Vincent Bolloré détenait déjà 40 % du capital de l’institut de sondage CSA quand Sarkozy fut élu.

Les conseillers de Mr Hollande :

Denis Ranque : Administrateur de CMA-CGM, de Saint-Gobain et du Fonds Stratégique

d’Investissement français ; exPDG de Thalès.

Alain Lamassoure : Membre de l’UMP, ancien ministre chargé des Affaires européennes

 

(1993-95).

Dis-moi qui tu fréquentes…

Jean-Yves Naouri : Directeur des opérations du groupe Publicis. Son frère, JeanCharles Naouri, a été directeur de cabinet de Bérégovoy à Bercy et associé-gérant de Rothschild & Cie Banque, avant de prendre le contrôle du groupe de distribution Casino, et de devenir l’une des plus importantes fortunes de France estimée, en 2011, à 883 millions d’euros par le magazine écofi Challenges. Jean-Charles Naouri est aussi conseiller de la Banque de France, administrateur de Rothschild & Cie Banque et de Fimalac. Cette dernière holding, chapeautant l’agence de notation Fitch Ratings, appartient à un proche de Laurent Fabius : Marc Ladreit de Lacharrière.

Benoît Potier : PDG d’Air Liquide, administrateur de Danone et de Michelin, viceprésident de la Table ronde des Industriels européens.

Louis Gallois : PDG d’EADS, administrateur de Michelin, exdirecteur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement au ministère de la Défense.

Pierre-André de Chalendar : PDG de Saint-Gobain, administrateur de Veolia Environnement.

Pierre Gadonneix : Président d’honneur d’EDF, ex-administrateur de France Télécom, Elf-Erap, Usinor, Renault.

Bertrand Collomb : Administrateur des sociétés Total, DuPont et Reuters Founders Share Company, conseiller de la Banque de France, président d’honneur de Lafarge et ex-vice-président d’Unilever.

On va dans le mur…

A défaut d’avoir une conscience exacte de ce qui va se passer (on n’est pas des Madame Soleil !), il suffit d’aller siroter un pastis après le match ou de boire un café au bureau pour sentir le désarroi de ceux qui bossent. Déjà ils bossent … pour le moment !

Dans trois mois, six mois, là on peut pas dire. Alors ça travaille la tête, comment on va payer le crédit de la maison. Et puis il y la fille ainée qui va rentrer en fac, pour faire… Chômeuse diplômée !, enfin, au moins elle aura un diplôme.

Mais bon c’est pas la joie. Le gars du syndicat, lui il dit qu’il faut pas s’inquiéter et que si ça part en vrille dans la boîte il sera là pour nous aider.

Mais même lui on le croit plus. Avant on faisait grève, non seulement on se faisait pas virer mais en plus on arrivait à gratter quelques sous. Mais ça c’était avant. Avant qu’il devienne permanent et qu’il soit au conseil municipal.

On le comprend il défend son bifteck, mais nous on n’est pas permanent ni à la mairie.

Alors on se dit : « on va dans le mur ». On est tout seul, chacun sa gueule. Mais on sent bien que ça aussi ça cloche. Tout seul, au moindre pépin t’es viré. Une maladie, un accident, et hop, dégages comme ils disaient en Tunisie !

Ah, et puis il y l’autre qui vient nous voir. Lui il y croit. Faut dire qu’on l’a vu faire. Aux dernières élections, il a collé des affiches, depuis il fait des réunions dans le quartier. Avec lui toujours un « élu » comme il dit. Si on l’écoute les choses sont simples : un bon maire, un bon député, un bon conseiller général, et pour finir un bon président, et après cool, ils s’occupent de tout et nous on  continue à bosser.

Mais nous on se dit : p… ça fait 40 ans qu’on vote, et en 40 ans ça s’est aggravé ! Qu’est ce qu’il nous chante ?

Alors plus de grèves, des licenciements partout, des salaires de misère, des élections où on en reprend 5 ans de plus comme à la Santé ou aux Baumettes…

Alors, François, Nicolas ou Marine, vous repasserez. Décidemment « on va dans le mur ». Le problème c’est que quand on y est « dans le mur », c’est trop tard.

Bon, y a aussi les communistes, pas ceux qui sont à la mairie et au syndicat, non, les autres. Eux ils parlent de révolution. Moi ça me fout un peu les jetons.

Mais dès fois je me dis quand on foutait la trouille aux patrons, quand on bloquait les mines ou les usines, le mur on le faisait reculer. Si c’est ça la révolution c’est sûr que ça vaut le coup, c’est sûr qu’on était ensemble, solidaires.

Ouais, d’accord c’est pas vraiment la révolution mais il faut bien commencer par quelque chose. On pourrait faire un truc simple déjà : ne plus voter.

         

N°2 – Avril 2014 :

85 = 3 500 000 000

Donc d’un coté 85 pommes de terre et de l’autre 3 milliards et demi de pommes de terres. Dans un cas un sac de patates, dans l’autre plusieurs milliers de camions de 38 tonnes de patates.

Ah oui, il y a le signe = ! Dans le monde normal tout le monde comprend que 85 ne peut pas être égal à 3 milliards et demi.

Au fait, nous ne parlons pas de patates mais d’être humains ! « Une petite élite de 85 personnes possède une fortune égale aux revenus de la moitié de la population mondiale », soit 3,5 milliards de personnes (source Oxfam).

Pouvons nous en déduire que nous ne soyons pas dans un monde « normal » ? D’un point de vue capitaliste tout cela est très « normal ». D’ailleurs Mr Kevin O’Leary a déclaré que cela était « une excellente nouvelle » car « cela devait permettre aux plus pauvres de se motiver à devenir riches ». Mr Kevin a une fortune estimée à 300 millions de dollars.

L’information a duré une demi-journée à la radio ou à la télé. L’accident du skieur Schumacher, plusieurs semaines, la disparition d’un avion dure encore.

Au demeurant pourquoi s’étendre sur un sujet aussi « normal » ? Après tout, tout le monde veut être riche. Alors tant pis pour les perdants.

Et en plus : « There Is No Alternative ! » il n’y a pas d’alternative, Martèle-t-on à l’infinie depuis Margaret Thatcher ancienne première ministre anglaise (« la dame de fer »).

 

Ce mouvement de concentration de la richesse, enclenché dans les années 1980 s’est accéléré avec la crise et il n’y a aucune raison que cela s’arrête. Le coefficient de GINI qui mesure l’inégalité des revenus de la plupart des pays augmente aussi. Dans les pays de l’Europe, celui-ci a pris 10 % supplémentaires de 1985 à 2010. En

Chine les inégalités explosent, cet indicateur est passé de 0,412 en 2000 à 0,61 en 2010 (quand l’indicateur est à 1 c’est l’inégalité totale).

Alors on entend les pleureuses de gauche dire qu’il faut partager les richesses. Qu’il faut encore et toujours « bien voter ». Et qu’il suffirait comme « au bon vieux temps » ─ comme si le passé était toujours mieux ! ─, qu’un bon gouvernement instaure un nouveau Conseil National de la Résistance pour que la vie reprenne comme avant, comme quand dans les années 50/60 des milliers d’immigrés espagnols, portugais, maghrébins remplaçaient à bas prix les ouvriers français dans les usines et les chantiers.

Comme le dit si bien un de nos camarades : « Les illusionnistes de la gauche hypocrite et les naïfs pensent que le pouvoir politique, l’État des riches, peut servir d’antidote à cette injustice ostentatoire et délirante. Ils croient – ou ils espèrent – qu’un bon gouvernement de go-gauche ou de droite réactionnaire pourra faire la différence et imposer que les riches et les entreprises privées capitalistes payent leur «juste part» sociale. C’est absolument impossible… Si l’économie est en crise systémique mondiale, c’est que les capitalistes monopolistes mondiaux ne peuvent inverser cette calamité et rembourser comme par enchantement les immenses dettes souveraines que tous les pays impé-rialistes de la planète ont accumulées et ne peuvent rembourser… Pas un de ces polichinelles politiques n’a, ni n’aura jamais, l’autorisation, ni le pouvoir de décision sur l’État-policier pour imposer que les riches et les multinationales paient leur « juste part » (slogan des illusionnistes). De toute façon quelle serait selon ces «réformistes illusionnistes» la « juste part » d’une multinationale milliardaire qui exploite le travail salarié des ouvriers… en soutirant du sous-sol, des rivières et des champs : du travail humain, les ressources qu’ils ont expropriées sans payer ? »

Sous le capitalisme il n’y a pas de « bon gouvernement ». Le gouvernement n’est qu’une bande d’employés du ca-pital dont la couleur varie, mais dont la mission reste la même : faire payer les pauvres ! (normal : ce sont les plus nombreux…)  Au fait, nous avons un Président… »normal ».

 

 

       

Abstention : la véritable percée !

Ça y est c’est officiel : c’est l’abstention qui est sortie grande gagnante des élections municipales avec près de 39 % en moyenne sur les deux tours, un score en progression de 5 points par rapport à celui de 2008 ! Et attention, un record pour ce type d’élection sous la 5ème république ! Certes, ce record n’est pas absolu : aux législatives de 2012, son score moyen sur les deux tours avait dépassé 43 % !

Petit rappel : en 2005 les français étaient appelés à votre sur le traite constitutionnel européen.  Résultat : 54,67 % contre (abstention : 30,63 %)  Quelques mois plus tard le Parlement… adopte le Traité (gauche droite confondues).  Cela s’appelle la démocratie…

A Evreux, ville représentative du taux national d’abstention, le nouveau maire a ainsi été élu par 30 % des inscrits, ou un ébroïcien sur six. Quelle belle « représentativité démocratique » !

Mais pourquoi aujourd’hui quatre inscrits sur dix, sans compter ceux non inscrits sur les listes électorales, ne prennent même plus la peine de  se déplacer aux régulières farces électorales bourgeoises ?

Pourquoi ne se reconnaissent-ils ni dans l’UM-PS, ni dans le Front National ou le Front de Gauche ? Parce-que de plus en plus de gens comprennent que ces élus sont soit des politiciens carriéristes parvenus, soit des pantins sans la moindre emprise réelle sur l’économie, ou le chômage qui a atteint lui aussi dernièrement un niveau record. Alors pourquoi se déplacer, perdre son temps et se donner la peine de voter pour eux ?

De quelque bord politique qu’ils soient, ces gens-là ne sont porteurs d’aucun espoir, d’aucune perspective d’avenir. Voilà pourquoi les abstentionnistes sont une espèce aussi prolifique.

A n’en pas douter, il y a quelque chose de sain dans le phénomène grandissant de l’abstention : c’est le signe du fossé grandissant entre les élus ─ aussi bien complices que caution « démocratique » d’un système qui pressure le travailleur ─, et les masses exploitées impuissantes qu’ils sont censés représenter. C’est le signe que la crise économique est en train d’achever de tuer le démocratisme bourgeois et de briser ces puissants préjugés. C’est le signe que de plus en plus d’esclaves du Capital n’attendent plus rien (de positif) de ce spectacle de marionnettes dont les capitalistes tirent les fils dans la coulisse.  

Le camarade Pascal Lamy

Si vous voulez VRAIMENT savoir à quoi ressemble un socialiste écoutez Pascal. Lui il n’a jamais voulu rentrer dans un gouvernement. Lui il a toujours dit qu’il voulait être là où il y a le « vrai » pouvoir. Il a tout compris très tôt : pas besoin d’être élu pour gouverner.

Le camarade socialiste Lamy, énarque, inspecteur général des finances, capitaine de corvette et j’en passe est surtout connu pour avoir été le patron de l’OMC

(Organisation Mondiale du Commerce) et en 1983 pour mettre en place la « politique de rigueur au-près du ministre socialiste d’alors Mauroy.

Il fait peut parler de lui, mais  quand il parle c’est un genre

Pascal Lamy à l’OMC. d’oracle qui diffuse la bonne parole. Sa récente recette :

« Je sais que je ne suis pas en harmonie avec une bonne partie de mes camarades socialistes mais je pense qu’il faut, à ce niveau de chômage, aller davantage vers de la flexibilité et vers des boulots qui ne sont pas forcément payés au Smic qu’un petit boulot, c’est mieux que pas de boulot du tout. »

Ben voyons ! Quand nous apprenons par ailleurs qu’en 2009, au plus fort de la crise, il demandera une augmentation de 32 % de son salaire (480 000 francs suisses) on comprend que le cumul des petits boulots, il s’y connait. (Ses copains ont refusé sa demande, ça faisait mauvais effet, mais enfin qui ne tente rien n’a rien…).

Bien entendu c’est un copain-camarade du camarade Hollande et de la camarade Aubry elle-même fille du papa-camarade Delors.

La famille et les amis, au fond y a que ça qui compte, pas vrai Pascal ?!

         

N°3 – Juillet 2014 :

Ce que tout gréviste doit savoir

Depuis maintenant des années les ouvriers de notre pays comme ceux de l’Europe savent qu’il est vain de faire grève car elle est perdue d’avance. Depuis plus de 40 ans aucune grève n’a été brisée par la police ou l’armée.

Et alors que tout le vingtième siècle a été secoué par des mouvements ouvriers puissants qui faisaient céder le patronat, les capitalistes, désormais c’est fini.

A quoi ressemble une grève « moderne », généralement elle se produit à la fin d’un processus de restructuration capitaliste comme nous l’avons observé récemment dans la sidérurgie, les pneumatiques. Des ouvriers au bout du rouleau, qui occupent, menacent de foutre le feu, séquestrent et… Signent des accords, plient devant un constat d’échec évident : et oui Mr Mittal ou Mr Continental feront ce qu’ils voudront. C’est eux les propriétaires, c’est vous les prolétaires.

Alors on discute sur le montant de la prime de départ. Mais c’est foutu. On a perdu. Les centrales syndicales se félicitent de l’accord, les permanents syndicaux rentrent dans leurs douillets bureaux puis vont dans des congrès faire les beaux et se gaver dans de luxueux hôtels. Certains, accoquinés en secret à des partis politiques seront candidats aux élections et jureront qu’ils « continuent le combat là où se prennent les décisions ».

Bien sûr entre deux grèves on se fait une petite manif, histoire de montrer aux camarades qu’on n’oublie pas.

Manifs ?, ces défilés bruyants et ultra minoritaires, dans lesquels les mots d’ordre sont couverts par l’inévitable « camion sono » de la fédé avec sa musique techno.

Manifs ?, ces cortèges éphémères dominés par la publicité des « grandes centrales syndicales » avec leurs drapeaux et banderoles uniformes ?

Rien ne va plus, camarades ! Demandez aux anciens, eux qui ont fait grève pour leurs droits, leurs salaires, mais aussi contre les guerres. Eux qui ont fait reculer le pouvoir. Eux qui ont ouvert la conscience de millions d’hommes et de femmes. Car la grève c’est d’abord cela. C’est une école de classe. Le premier pas que l’on franchissait lorsqu’on comprenait que rien ne serait acquis, jamais, et qu’il fallait prendre, s’imposer, quitte à bouffer une fois par jour.

Grévistes, aujourd’hui certains le sont par habitude. Ils font grève comme on vote. Ils se baladent en cortège festifs, sans espoir. D’autres sont grévistes par métier. Les patrons des syndicats savent très bien agiter quelques ouvriers révoltés qui démarrent la grève, quand ils sont au bout du rouleau (fatigue, pognon perdu) le camarade de la Fédé arrive et tout rentre dans l’ordre. C’est vrai que ce n’est plus la peine. On attendra bien les prochaines législatives ou présidentielles. Et le temps passe. 3 ans par ci, 5 ans par là, la vie des ouvriers s’écoule, s’écroule, de scrutin en scrutin; de gauche à droite. C’est comme un rituel, une religion. Mais pour les patrons, les capitalistes, le temps c’est de l’argent.

Ce temps perdu, ces illusions propagées par les partis de gauche, de droite, d’où on veut, et leurs syndicats, ce sont des bouffées d’oxygène pour le capital.

C’est cela qu’il faut savoir. C’est cela qu’il faut nommer: trahison. On fait grève et on se retrouve dans un isoloir, ça s’appelle du réformisme.

On fait grève par-dessus (contre) les centrales syndicales, on crée des coordinations d’ouvriers, on élargit la grève à d’autres branches de travail, on contacte les copains de l’Europe qui sont dans la même situation, on occupe les usines, on favorise les liens entre les quartiers ouvriers et les grévistes, on empêche les journalistes de faire leur sale travail et on s’adresse directement à la population, on crée des caisses de solidarité pour durer. On bloque les secteurs stratégiques du pays (transports, énergie, communications…), et là… on peut commencer à discuter. On n’est pas encore sûr de gagner mais au moins on a créé un rapport de force. Voilà ce qu’est une grève.

 

De gauche à droite : Pierre Gattaz (Medef), Laurent Berger (CFDT), Carole Couvert (CFE-CGC), Jean-Paul Delevoye (président du Conseil économique, social et environnemental), et Thierry Lepaon (CGT), le 22 Janvier dernier.

         

France-Inter : départ à la retraite

C’était un pilier de la radio France-inter. La coqueluche d’une certaine gôche bien pensante, avec ses bons sentiments. Il parlait des grèves, des guerres, des pauvres. Il déplorait, compatissait.

Mais de solutions, ou des pistes de solution ? Non, jamais ! Il se disait « éthiquement de gauche » et surtout « objectif ».

Nous parlons de Daniel Mermet dont l’émission « là-bas si j’y  suis » vient d’être arrêtée par la Direction.

Mermet à 72 ans. Cofondateur du mouvement Attac dont on avait remarqué l’allégeance dégoulinante à son boss lors de la nomination par Sarkozy de Philippe Val à tête de France Inter. Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie-Hebdo bien connu pour son soutien sans faille à la politique de colonisation de la Palestine et son anticommunisme. Une de nos lectrices nous a fait parvenir le courrier qu’elle a adressé à France-inter :

« France Inter est au service du grand capital,

Xxxxx le 1er Juillet 2014,

Monsieur Daniel Mermet, Chers amis de son équipe.

Evidemment je vais signer cette pétition car le fait de supprimer votre émission est la caractéristique de l’Etat fasciste qui nous régente.

Le fascisme, à un moment donné, éjecte sans ambages, les « voix de son maître » quand il s’imagine qu’il a tout gagné.

Si le contenu de vos émissions, avait l’apparence de dénoncer ce système capitaliste qui n’engendre que désastres économiques et humains, dans toutes vos émissions vous avez toujours brandi votre anticommunisme viscéral comme un épouvantail, ledit épouvantail étant brandi par la grande bourgeoisie pour ancrer dans les consciences des esclaves salariés qu’il n’y aurait aucune alternative au capitalisme triomphant !!!!!

Le capitalisme, à un moment donné, n’a plus besoin de « tièdes » il veut des laquais ! À ses yeux vous êtes tiède, il vous vire, vous et vos camarades, avec cette insulte majeure « vous seriez trop vieux » !!!! Je vous rappelle, et vous le savez certainement, que le sinistre Jacques Attali, laquais au service du capitalisme, trouve que les « vieux vivent trop longtemps » !!!!!!!!!!

Ma foi, j’ai 75 ans, et je péte la flamme !!!!!!!!!! et, adulte enfant d’une famille exterminée, je reste fidèle à mes engagements communistes pour l’édification d’une société débarrassée du capitalisme qui, pour maintenir toujours haut son taux de profit, n’hésitera pas, encore une fois, à massacrer des millions d’êtres humains.

In fine, le fascisme gère la France et vous en êtes la victime, malgré votre docilité.

Je signe cette pétition car votre éviction est insupportable pour la militante communiste que je suis.

Très cordialement, Xxxxx ».

Mais pourquoi ne le diraient-ils pas tout haut ?

Nous vivons une époque « décomplexée ». Une fois les ouvriers et les travailleurs écrasés politiquement et économiquement, grâce à la collaboration active des syndicats et des partis de gôche, pourquoi les maîtres capitalistes devraient ils prendre des gants avec nous ?

Un de leurs larbins, Jacques Attali, qui a « conseillé » tout le monde et en particulier le socialiste à la francisque F.Mitterand, déclare dans son livre « l’avenir de la vie » : « dès qu’il dépasse 60-65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. La vieillesse est actuellement un marché, mais il n’est pas solvable. Je suis, pour ma part, en tant que socialiste, contre l’allongement de la vie. L’euthanasie sera un des instruments de nos sociétés futures ».

Comme ça on est fixé. On comprend mieux les pseudos débats sur « la fin de vie ». On va légiférer làdessus.

Augmenter les frais médicaux, réduire le personnel dans les hôpitaux : c’est pas assez rapide.

Comme pour les usines « non rentables », les humains « non solvables » seront délocalisés directement… au cimetière ! Euthanasie, euthanasie !! Heil Attali !

 

         

P.I.B.

Le PIB fait partie des mots sacrés, comme le PNB, le RSA, le SMIC, et tous ces sigles qu’on entend débiter sur toutes les télés.

En fait c’est un indice arbitraire qui sert à calculer l’évolution économique d’une société donnée.

Quand « tout va mal », comme en ce moment, ce fameux PIB plonge, frôle le zéro. Mauvaise image. Mais comment faire, les chiffres sont les chiffres !

Erreur chers lecteurs ! En fait les capitalistes et leurs pantins Présidents ou Ministres s’y connaissent en chiffres. Vous le savez bien d’ailleurs. Vous connaissez les chiffres du chômage, et vous savez qu’il est facile de truquer les statistiques.

Pour le PIB l’Europe vient de faire fort, très fort.

Comme tout se casse la figure nos grands   penseurs-tricheurs             ont trouvé une solution.

Pour le calcul du PIB dans la zone euro on va donc intégrer aux

statistiques…

Les recettes du trafic de drogue et  de la prostitution.

« Si le trafic de drogue ou la contrebande représentent un coût économique et social non négligeable pour les Etats, ces activités génèrent aussi de la richesse. Un dealer qui écoule sa demi-tonne de cannabis et s’achète une Bentley contribue aussi à la croissance de la consommation ! »

Oui vous avez bien lu. Il y a plus de 150 ans K. Marx notait que le capitalisme engendrait une « productivité du crime ». A-t-il imaginé qu’un jour les nations l’intégrerait dans un indice de croissance ?

Mais, me direz-vous, comment fait-on pour calculer ces recettes forcément… discrètes et illégales ?

Pas de problème :

« L’Insee (les gens qui font les statistiques) sait évaluer, avec une certaine précision, les revenus de cette fameuse « économie criminelle ». Nos statisticiens nationaux font, par exemple, bien le distinguo entre les activités dissimulées, comme le travail au noir, et les activités criminelles, telles que le trafic de drogues. Les activités dissimulées, elles, sont d’ailleurs comptabilisées depuis assez longtemps et estimées aux alentours de 3,4% du PIB. »

Mais reste une question… Morale.

 

Car c’est en fait légitimer le trafic de drogue et d’êtres humains. Alors l’Insee et l’Etat français vont faire ainsi :

« La France est du genre « bon élève » et ne souhaite pas se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de Bruxelles. C’est pourquoi elle lui transmettra les chiffres comprenant ses estimations des revenus de l’économie criminelle. Pour autant, ils ne seront pas rendus publics… »

Cette société capitaliste et ses agents préfèrent truquer, tricher, utiliser les méthodes les plus méprisables, pour maintenir une vitrine potable. Mais dès qu’on gratte un peu le vernis « démocratique » et moraliste qu’on nous propose c’est toute la bassesse et la froideur de ce système qui se révèle. Il n’appartient qu’à nous que cela cesse.

On comprend mieux à la lecture de ces informations tous les mouvements ─ défendus et promus par les états ─, pour la dépénalisation de certaines drogues et les revendications visant à considérer que la prostituée est en quelque sorte un autoentrepreneur !

         

Un ministre des finances… Prudent.

Mr Sapin ─ socialiste ─, descend d’une noble lignée, celle de Philippe III le hardi, il est passé par les mouvements trotskystes avant d’intégrer l’appareil de l’état.

Mr Sapin est ministre des finances. Il a du déclarer et publier ses revenus. Qu’y apprend-on ? :

« C’est un gros propriétaire terrien et immobilier qui ne s’encombre pas de valeurs mobilières. On peut dire que Sapin est bien enraciné dans notre terroir avec des terres agricoles, bois et bâtis d’exploitation situés dans l’Indre (36) et il n’a pas de problème pour valoriser le quart d’une indivision. Le reste de son immobilier se situe en Savoie et à Paris. Le plus étonnant est que notre ministre des Finances possède des pièces d’or pour une valeur de 30 000 euros, soit plus que le montant de ses dépôts au Crédit Agricole (17 161,73 euros). Vous vous rendez-compte, pas un contrat d’assurance-vie en euro, pas un Livret A, presque pas de dépôts mais des pièces d’or… Michel Sapin craindrait-il quelque chose sur le front des obligations françaises ? En tout cas, il applique un des grands principes de gestion patrimoniale capitaliste : surtout pas d’épargne trop près de l’Etat ! ».

En effet en cas de gros problèmes, vous savez : la crise, la dette, et tout ça, rien ne vaut mieux que la pierre, la terre et l’or.

La Caisse d’Epargne, c’est pour les pauvres, foi de ministre (de gôche).

                 

N°4 – Octobre 2014 :

Réformes ?

Le mot est à la mode. C’est le mot qui ne fait pas peur. Réforme des retraites, réforme de l’hôpital, réforme territoriale, du droit du travail (ANI), des professions réglementées, de l’attribution des prestations sociales, du contrôle des chômeurs… Depuis plus de dix ans, qu’ils soient de droite ou de gauche, les gouvernements ont TOUS insistés sur la nécessité de « faire des  réformes ».

Ci-dessus : E. Macron, Ministre français de l’économie Banquier d’affaires chez Rotschild. 

Le 11 Octobre dernier, E Macron (Ministre de l’Economie) interrogé par un journaliste déclare : Question : « La croissance est en panne, le chômage très élevé, les comptes dans le rouge, Bruxelles et les agences de notation pointent nos faiblesses… Le gouvernement fait-il assez de réformes ? Réponse : C’est le moment pour la France de repartir à l’offensive. L’Europe a besoin d’un New Deal : la France s’engage à poursuivre et même à intensifier ses réformes. Question : Hormis la baisse du coût du travail, beaucoup de textes ne sont toujours pas votés… Réponse : Demandez aux entreprises si rien n’a changé ! Beaucoup de réformes ont été votées et enga-gées : le Cice (Crédit d’impôt compétitivité emploi, NDR), le pacte de responsabilité et de solidarité, l’accord de janvier 2013 sur la sécurisation de l’emploi. L’Etat, la sécurité socia-le et les collectivités font des efforts considérables pour réduire nos dépenses publiques de 50 milliards en trois ans… C’est historique ! Faire changer les choses, c’est toujours prendre un risque. C’est comme rentrer dans la vallée de la Mort : jusqu’au dernier moment, on ne sait pas quand on va en sortir ; mais la pire des erreurs est de faire marche arrière. Nous avons six mois pour créer une nouvelle donne en France et en Europe.

« Rentrer dans la vallée de la Mort » !!!, mais comme il y va notre ministre. C’est un peu effrayant, non ? Pour lui c’est un « challenge » comme on dit dans son monde de banquiers. Car Mr Macron est un pur produit de la Banque Rothschild. Mais pour nous, comme pour nos camarades européens c’est trop tard, nous somme déjà rentrés dans la « vallée de la mort ».

Allons faire un tour au Portugal. Le SMIC portugais est à 554 euros. Le salaire moyen d’un ouvrier y est d’environ 1 000 euros. On parle de brut, évidemment. Pour rappel, en France le SMIC est à 1 353 euros, et un ouvrier gagne entre 1 500 et 2 000. C’est ça qu’ils appellent la compétitivité. En clair, le travailleur portugais gagne près de la moitié moins que son homologue français pour un travail identique (en 2012, au nom de la « compétitivité » le gouvernement portugais a décidé de relever les cotisations salariales de 11 % à 18 % et de réduire les cotisations patronales (improprement appelées “charges” pour des raisons idéologiques) de 23,75 % à 18 %.

Alors ce qu’il faut comprendre c’est que si les capitalistes sont arrivés, avec la collaboration de TOUS les partis politiques de TOUS les syndicats ─ au fil des années et des gouvernements ─, à faire avaler la couleuvre des « réformes » c’est que le SMIC, c’est trop, beaucoup trop ! La sécu, c’est trop aussi, le chômage pareil (payer quelqu’un à rien faire pour un capitaliste, c’est du gas-pillage). Pas possible en France ? Mais bien sûr que si. On ne touche pas trop la TVA on pi-que du pognon sur les retraites, les salaires, etc… par le biais de la CSG et le tour est joué.

Et comme le préconise un larbin de la presse « Socialistes, soyez plus intelligents que les autres, faites-les sans le dire, les réformes. Planquez-les, les réformes, dans les projets de loi les plus inattendus, sur la pêche, le bâtiment, la taille des petits pois. » (D Schneiderman — Nouvel Obs). Bien entendu toutes ces « réformes » mises en oeuvre depuis plus de 40 ans ont un point commun : elles n’ont jamais produit le moindre des effets pour lesquels elles ont été vendues ! Tout ce qui était censé faire baisser le chômage n’a fait que l’aggraver. Pour le reste, elles ont saccagé les Services Publics, et plongé les peuples dans la misère.

Depuis des dizaines d’années TOUS les partis de « gauche » ont joué à fond la carte des élections et des « partenaires sociaux ». Croire qu’on change le monde ou la société par des élections ou par des discussions feutrées avec le patronat, ça s’appelle du… réformisme. Et depuis des dizaines d’années, cette gauche réformiste, syndicale et politique, nous a mené à l’abattoir (la Vallée de la Mort de Mr Macron).

Le contraire de réforme ? : Révolution, et ça c’est un mot qui fait peur. Révolution, « c’est la dictature, la violence, c’est pas la démocratie, » nous dit-on à longueur de télé, de radio… Mais que vaut cette démocratie qui nous conduit à la misère ? Les licenciements, les gens jetés à la rue, ceux qui ne peuvent plus se soigner, 10 % de plus chaque année aux restos du coeur… c’est pas de la violence ça !

En Union Soviétique, pays de la Révolution d’Octobre, les travailleurs bénéficiaient

 

de la gratuité des transports et des soins.

 

  1. Macron et De Montebourg, l’homme qui prépare (son) l’avenir.

L’école elle aussi était gratuite. Dans ce pays les capitalistes avaient été expropriés de leurs usines et de leurs terres. Interdit de trafic et d’exploiter les hommes. C’est ça la violence révolutionnaire : interdire aux capitalistes de faire loi, de dicter leur politique de misère et de guerre. C’est pour cela que les communistes disent non à la réforme, oui à la révolution. Non aux capitalistes, place au peuple !

 

« L’exemple » allemand ?

L’Allemagne moteur de LEUR Europe, le miracle Allemand, les journalistes aux ordres ne tarissent pas d’éloge sur le pays qui serait « le bon élève » de l’Europe. Regardons-y de plus près :

Le revenu moyen d’un ménage allemand a baissé de 3 % depuis l’an 2000. La baisse a même atteint 5 % pour les 10 % les plus pauvres… et la pauvreté, en hausse constante, touche un enfant sur cinq.

Pour les femmes qui travaillent à plein temps, c’est la galère. Peu ou pas de crèches, pas de cours l’après-midi dans les écoles allemandes… et si les gamins ou les gamines n’aiment pas le sport, la seule alternative c’est regarder la télé tout l’aprèsmidi sous la surveillance de la grand-mère ou de la grand-tante ─ en espérant qu’elle n’habite pas trop loin.

La fameuse prospérité que nos élites germanophiles nous vantent ne se traduit en rien de façon concrète pour le ménage allemand… En revanche, quelle fierté légitime que de savoir que grâce à 10 ans de régression salariale et sociale, les finances du pays sont à l’équilibre !

Je plaisante ! C’est un peu comme si l’on demandait en France aux habitants des zones industrielles sinistrées de Bretagne ou de Lorraine s’ils sont fiers de savoir que

Versailles, le Louvre et le Mont Saint-Michel sont visités chaque année par 50 millions de touristes et qu’il s’agit d’un record planétaire.

La « fierté de »… ça ne fait pas bouillir leur marmite, ça ne donne pas de boulot à leurs enfants !

 

 

 

         

Les gens qu’on ne voit pas… Laurence Boone.

Dans les gouvernements il y a ceux qu’on voit et d’autres plus discrets : les conseillers. Ils conseillent avant les élections, après. Ils sont nommés.

Leur rôle est fondamental car ils sont les liens directs entre les politiques (ceux que nos pensons élire) et… les élus (c’est-à-dire les employés). Mme Laurence Boone fait partie de ce cercle très fermé et discret des gens qui « orientent » les politique de l’Etat. Son cursus est éloquent :

Mme Boone dirige depuis 2011 la recherche économique sur l’Europe de la Bank of America Merrill Lynch (Agence dite de notation, NDLR). Elle avait précédemment occupé le même poste au sein de la banque Barclays, après avoir travaillé six ans au département des affaires économiques de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement éco-nomiques) et, auparavant, au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII). Elle siège par ailleurs au conseil d’administration de Kering, la société dirigée par François-Henri Pinault, enseigne à Sciences Po et collabore au Conseil d’analyse économique (CAE), instance qui conseille le Premier ministre. Elle estime qu’ « en Europe, les Etats surendettés qui ont mal géré leurs finances devraient être sanctionnés en faisant faillite« . En tant que conseillère économique et financière, Mme Boone remplace à l’Elysée Emmanuel Macron, issu lui de l’ENA mais aussi passé par le monde de la finance puisqu’il a été banquier d’affaires chez Rothschild.

 

Comme disait Mr Hollande en janvier 2012 : « Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance« .

S’il fallait croire les gens sur ce qu’ils disent !!!

Bouygues en correctionnelle

Le roi du BTP, Bouygues, est renvoyé en octobre devant le tribunal correctionnel de Cherbourg. Le groupe est poursuivi pour avoir employé illégalement près de 500 ouvriers polonais et roumains, via deux sociétés, sur le chantier du réacteur nucléaire EPR à Flamanville.

Les rapports des enquêteurs révèlent l’existence d’un système très organisé de prêt illicite de main-d’oeuvre, contournant toutes les règles sociales. Selon l’expression d’un inspecteur de l’Autorité de sûreté nucléaire : Flamanville est devenu le « laboratoire européen du travail illégal », selon l’expression d’un inspecteur de l’Autorité de sûreté nucléaire.

Bouygues avait déjà été condamné le 8 avril dernier à une amende de 75 000 euros pour homicide involontaire, concernant le décès d’un ouvrier survenu le 24 janvier 2011 sur le chantier. Ce qui n’a pas empêché Mr Hollande de rencontrer Martin Bouygues au retour de son voyage au Nigéria.

Au coeur des discussions : la présentation de son projet de rachat de SFR alors que la quasi-totalité des acteurs des télécoms français – à l’exception d’Orange – lorgnerait sur la filiale de Vivendi. Bouygues aurait également discuté avec Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Économie numérique, et Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif.

 

 

         

« Ce qui [fait] l’importance de toutes les crises, écrit Lénine, c’est qu’elles manifestent ce qui jusque-là était latent, rejettent ce qui est superficiel, secondaire, secouent la poussière de la politique, mettent à nu les ressorts véritables de la lutte de classe telle qu’elle se déroule réellement ».

C’est l’automne, les promenades peuvent reprendre …

 

Dans un de nos articles précédant nous avions fait remarquer que, d’un commun accord, gouvernement et syndicats avaient suspendus leurs discussions pour l’été. Les intermittents étaient alors en grève, les cheminots avaient repris le travail et ceux de la SNCM ne savaient pas à quelle sauce ils allaient être mangés… La rentrée fut molle, mais là ça y est ! Ça repart. Manif le 16 octobre car, a déclaré la CGT « Le pouvoir confirme le « cap de l’austérité » dans ses choix économiques ».

Le parcours est standard : Nation/République à Paris. Mais tous les manifestants ainsi que ceux qui ne participent plus à ces mascarades savent que les revendications avancées sont de pures fantaisies.

En vrac, le smic à 1 700 euros, augmenter les salaires et pensions des fonctionnaires, stopper les suppressions d’emploi, créer un organisme pour des prêts à taux réduits… etc…

Les dirigeants syndicaux, ceux là même qui ont porté Hollande au gouvernement ! (et hier c’était Mitterrand), accusent François de trahison (hier ils disaient la même chose pour Mitterrand !), auraient ils « oublié » que le personnel politique, les Hollande, Valls, Sapin et toute la clique, ne sont que des employés des capitalistes ? (Voir nos articles sur Macron et Boone ci-dessus). Et que c’est eux qui — il y a encore peu de temps — appelaient à VOTER pour ces larbins ?

Mais peut être y a-t-il une autre raison. Cela fait des dizaines d’années que des centaines et des milliers de peits bureaucrates on fait leur trous dans le syndicalisme. C’est devenu leur gagne pain. Ceux-là, SURTOUT EN PERIODE DE CRISE, ne vont pas lâcher leur… Emploi. Ce n’est pas eux qui vont prendre le risque de scier la branche sur laquelle ils sont posés.

Camarades, avez-vous participé à un congrès, ou à un « séminaire » syndical ? Avant même toute discussion sur le fond des luttes, les mots d’ordre, on va vous régler votre note de frais. Parfois on vous rembourse le TGV, d’autre fois l’avion. Les repas sont copieux et de qualité, sans parler des hôtels. Et si vous avez la chance d’avoir grimpé un peu plus haut, sur une branche plus haute, alors vous irez à l’étranger.

Vous rencontrerez les « camarades » de FSM (Fédération Syndicale Mondiale) et de la CES Et oui, la CGT en est. Depuis 1999, elle fait partie de la Confédération Européenne des Syndicats. Où elle a rejoint la CFDT, FO, la CFTC, l’UNSA, qui y étaient déjà depuis longtemps. Elle y occupe une place de choix : elle y représente, à la direction, le syndicalisme français dans son ensemble, celui de la CES en tous cas (CGT, CFDT, FO, CFTC et UNSA). Ce qui prouve qu’elle inspire confiance !

La CES se définit comme un partenaire de l’Union européenne. Son objectif n’est pas de constituer un contre-pouvoir face à ceux du patronat, de la finance et des États, mais d’établir un partenariat avec ceux-ci dans la gestion des ressources humaines salariées. « Elle participe à l’élaboration des politiques économiques et sociales au plus haut niveau, en collaboration avec tous les organes de l’Union Européenne : Présidence de l’UE, Conseil de l’UE, Commission européenne et Parlement européen ».

 

Ainsi les directions syndicales (toutes confondues), composées des ces milliers de petits bureaucrates syndicaux connaissent leur boulot :

  • de temps à autre faire promener les travailleurs, agiter des drapeaux, tonner des sonos, puis on rentre à la maison jusque aux prochains licenciements. Bouger, manifester, n’est pas la preuve d’une lutte sérieuse contre les capital. Mais le but final c’est qu’on aille VOTER, bien sagement, pour le bon « camarade », avant-hier Mitterrand, hier Hollande. Le temps passe, les hommes aussi. Ils oublient, mais leur exploitation est permanente
  • et en douce, entre amis, on façonne l’Europe de demain, celle des bas salaires et de la précarité. Celle de la misère et… du pognon.Les ouvriers n’ont plus rein à attendre de ces faussaires, mis à part des coups de couteaux dans le dos. Hollande ne fera pas deux mandats, et alors ! On nous demandera de voter Montebourg, ou à droite dans un « front républicain » pour empêcher M. le Pen de devenir présidente ? Foutaises, le capital fera élire son cheval et ses conseillers seront les mêmes. Assez de mensonges.                Nous vivons une époque de peurs. Ebola, « dihadistes », réchauffement climatique, guerre en Ukraine, en Irak, en Syrie, en Palestine occupée… Et si tout cela préparait une guerre mondiale ?En effet si l’on analyse les deux dernières grandes guerres nous constatons rapidement que les capitalistes dans leur soif de rapines n’avaient jamais imaginé que la Russie en 1917 puis la Chine en 1949 échapperaient totalement à leur influence !Sa supériorité militaire est grande, mais surtout technologique. Elle fait de plus en plus appel à des supplétifs français, anglais… et à des mercenaires de sociétés privées. Sa supériorité économique est chancelante tant sa monnaie n’inspire plus confiance. Le dollar n’est plus indexé sur l’or et se dévalue de mois en mois. Sa supériorité idéologique est encore florissante au travers de son industrie du cinéma et des modes de vie, des jeux et… De ses services de renseignements. Pour maintenir sa suprématie elle n’a pas hésité à organiser des « révolutions colorées ou parfumées ». « Révolutions » de jasmin, des roses, des tulipes et même des parapluies !!! À Hong Kong.De plus, le U$ ont créé leur propres « ennemis ». Les terroristes d’hier sont devenus des amis du lendemain : UCK en Yougoslavie ; Talibans enCar au fond c’est cela qui est déterminant. La guerre ne nait pas de la volonté d’un président devenu « fou », ni d’un régime « diabolique », la guerre est la recomposition de l’économie au niveau mondial.Contre la guerre : révolution.           
  • Autres documents :
  • R. Reagan (Président des U$A) dine avec les Talibans. « Ces personnes ont une morale comparable à celle des pères fondateurs de l’Amérique ». (1985)
  • Quand une puissance sera bloquée dans son expansion par un concurrent, quand elle ne pourra plus « contourner le problème » de son hégémonie passée ou à venir, alors oui, les capitalistes n’hésiterons pas. Ils hésiteront d’autant moins qu’avant les guerres, ils pillent leurs peuples, les exploitent au maximum, cassent les salaires, interdisent les syndicats et les partis ouvriers… La guerre sera là aussi leur seul recours pour mater le peuple, sauf… si ce dernier décide de se révolter et s’en donne les moyens concrets.
  • Afghanistan… La situation peut ainsi « tenir » longtemps. Aussi longtemps que la crise économique mondiale.
  • Toutefois, et malgré les gesticulations militaires abominables pour les peuples du monde, les U$A sont un colosse aux pieds d’argile. Se lancer dans une guerre de grande ampleur aujourd’hui serait très risqué. La doctrine U$ de la guerre repose sur le principe de la « guerre asymétrique » dans laquelle l’ennemi, même supérieur en nombre est faible sur le plan de l’armement. Cette doctrine n’intègre plus la guerre populaire dirigée par un parti communiste (comme au Vietnam), puisque pour le U$ le communisme est éradiqué. Et nous voyons nettement que depuis 1975 (libération du Vietnam) aucune lutte populaire n’a été gagnée contre un pays impérialiste.
  • Aujourd’hui le vieux monde craque. Les U$A et leurs satellites européens voient sous leur yeux se créer de nouvelles puissances. La Russie se relève lentement. L’Inde, le Brésil, tentent de relever la tête mais subissent des agressions économiques constantes. La Chine devient un pays capitaliste majeur. Des alliances nouvelles se nouent. Des données économiques apparemment immuables se transforment (Par ex. Chine et Russie échangent des matières premières en Yuan (la monnaie chinoise) et plus en Dollars). Tout cela inquiète la puissance étasunienne.
  • Il est vrai que depuis 1945, de manière globale, les frontières n’ont plus tellement bougé. Il y a guerre lorsque les capitalistes dans leur soif de profits se trouvent à l’étroit dans leur « zone d’influence ». Ils renient alors tous les traités qu’ils ont signé des dizaines d’années avant et se lancent dans l’aventure de la guerre. Aventure, la guerre en est une car c’est un moment de très grande incertitude sur l’issue et principale-ment dans les guerres modernes (1914).
  • La guerre est-elle à l’ordre du jour ?
  • Arrêtons de nous faire promener. Apprenons à marcher ensemble, unis. La situation n’est pas une fatalité, c’est de croire que s’en est une qui fait notre malheur.
  • Les bureaucrates syndicaux qui, par facilité, paresse, abandon sont ainsi devenus, peu à peu, des petits-bourgeois apeurés de perdre leur boulot. Le syndicat les nourrit, les fait voyager, ils ont du pouvoir et surtout n’ont plus de patrons.

Capitalisme : régimes et système

Retranscription intégrale d’une intervention d’un camarade de l’OCF ─ Mars 2014

« On est dans un régime politique qui s’appelle la république. Et aujourd’hui, ce qui domine le mode de vie politique, quand on fait de la politique dans cette société, il n’y a qu’une chose qui compte, c’est on vous le dit tous les cinq ans, il faut aller voter. Et dans deux mois, vous allez voter pour les municipales.

Ça semble normal, la démocratie, ça suppose le vote. Donc on vous dit, « écoutez vous avez élu Hollande, vous avez votez Hollande, vous l’avez pour cinq ans, c’est la loi de la majorité, il vous vous y plier, si vous n’êtes pas contents, la prochaine fois, vous voterez pour un autre ». Ils appellent ça la « démocratie ». Les mairies, c’est pareil.

Alors comment faire pour sortir de ce schéma de pensée, de dire que l’on peut transformer la société autrement que par des élections ? Parce que les élections, c’est tentant. C’est un truc vachement pratique. Pendant une fraction de seconde de votre vie, vous mettez un bulletin dans une urne, après vous retournez au boulot, au cinéma, où vous voulez, et puis il y a des mecs qui s’occupent du reste. Ça peut être rassurant. Ça calme, on n’a pas trop de responsabilités.

La vision que nous les communistes, avons de la politique, c’est que chacun doit être acteur de sa vie, tout le temps, pas une fois tous les cinq ans, une fois tous les dix ans, ou je ne sais pas quoi, non c’est tout le temps. La politique c’est la vie. Politique en grec, c’est quelqu’un qui est « de la cité », on est dans la cité et les grecs, dans la cité, chacun s’occupait du boulot de la cité. C’étaient pas des grandes cités comme ça, mais on peut imaginer d’autres villes que celle de Marseille.

Alors, il y a la question du régime politique. Le régime politique, ça peut être des rois, en Angleterre, ils ont un système bâtard avec une chambre et une reine, mais au fond, quel que soit le régime politique (république, royaume, etc.), au fond, ce qui domine, c’est l’économie. Tout le monde sait que c’est l’économie. C’est-à-dire, au fond, il y a des gens, en France, on va appeler ça le CAC 40. Le CAC 40, c’est quoi ? C’est quarante entreprises dont les valeurs déterminent une moyenne générale de la bourse en France. Quarante entreprises. Combien il y a d’entreprises en France ? Des milliers ! Il y a en 40 qui comptent. Et ces 40 là, en gros, ce sont les capitalistes qui nous dirigent pour faire vite. Mais encore, il faudrait donner la définition d’un capitaliste.

Disons que c’est ceux qui contrôlent les moyens de production, les usines, les aciéries, etc., et tout le système d’échanges, de communications, de transmissions (avions, routes, etc.). C’est ceux-là qui font la politique, la politique économique, et la politique tout court.

Les communistes, grâce à Marx, ils ont révélé une chose, c’est que derrière l’illusion du régime politique, c’est-à-dire de la royauté, du féodalisme, de la république et tout, derrière ce que l’on voit, derrière les apparences, derrière le théâtre… Derrière le théâtre, il y a les coulisses, vous le savez, Si vous avez fait du théâtre, il y a même un souffleur de vent qui répète s’il y en a un qui a oublié. Il ya les coulisses, avec plein de mecs qui travaillent pour une scène où on voit les choses.

Marx, il a montré que cette scène, c’était le régime politique, et puis que derrière, il y avait un système économique. Et c’est ce système qui est important. Les gens qui sont dans le régime politique, ce sont les employés des gens qui contrôlent le système. Forcément, les gens du CAC 40, ils ne vont pas laisser élire un mec qui dirait « camarades, demain il n’y a plus de salaires, et les patrons oisifs, les mecs qui travaillent pas, ils bouffent pas, s’ils veulent bouffer, il faut qu’ils travaillent, s’ils veulent avoir un toit et la sécurité sociale, il faut qu’ils travaillent ». Le jour où il y a un mec qui dit ça, ou il est fusillé, ou on le met en hôpital psychiatrique, ou je sais pas quoi, mais il est évident que les mecs du CAC 40 qui eux sont des parasites, eux font partie des 85 fortunes mondiales qui sont opposées à 3,5 milliards d’êtres humains, ceux-là ils vont dire, « celui-là, il dégage ».

Par contre, on peut avoir des gens comme Mr Sarkozy, Mr Hollande, Mr De Gaulle, Mr qui vous voulez, peu importe, et on va lui dire « toi, ton boulot, c’est ça ». « Sarkozy, tu commences à ouvrir la porte sur les contrats de travail, les retraites, etc., les réformes, qui sont en fait des révolutions, c’est-à-dire ils veulent détruire ce qui a été acquis par la force des armes à la Libération en 1945, ils ont toujours voulu le détruire depuis les accords du CNR, du Conseil national de la Résistance, et ils sont en train d’arriver à leur but. Ils ne sont pas tout à fait arrivés au bout, ils veulent y arriver, donc ils mettent des gens qui vont accomplir leur travail, leur but, la guerre des classes, ça a été rappelé tout-à-l’heure, c’est quelque-chose dont la bourgeoisie revendique qu’elle existe, et elle dit : « mais oui nous menons une guerre de classe, et Warren Buffet le dit, nous sommes en train de la gagner ». Oui, moi je dis, ils l’ont gagné. Il n’y a pas de problème, depuis 150 ans la bourgeoisie a gagné la guerre de classe, et à une échelle internationale inimaginable le jour où elle a renversé l’Union soviétique, et où Gorbatchev a été celui qui a fermé la dernière porte du Kremlin.

Alors le système économique, notre système économique moderne, il est en place en gros depuis deux siècles, depuis le milieu du 19ème siècle. On appelle ça le capitalisme, parce que c’est l’accumulation, par une très petite partie de gens, de ce qu’on appelle le Capital, c’est-à-dire d’énormes masses d’argent, d’usines, de bâtiments, d’or, de matériaux, de minéraux, etc. C’est une énorme accumulation, ça s’appelle le Capital, ça a donné le nom au capitalisme, c’est le système économique. Et puis dedans, il peut revêtir toutes les formes, ça peut être la direction d’un Parti unique comme en Chine, bon, qui a un drapeau rouge, les capitalistes, leur avantage c’est qu’ils sont très souples, ils peuvent s’adapter à des situations extrêmement diverses, ils peuvent être rouges en Chine, ils peuvent être royalistes en Angleterre, ils peuvent être « républicains droits-de-l’homme » en France, ils peuvent être tout ce que vous voulez, berlusconiens, du moment que les gens sont exploités, il n’y a pas de problème.

Et ils trouvent toujours du personnel politique, et c’est ce personnel qu’on vous donne le droit de choisir tous les cinq ans. Bon, alors aujourd’hui, on n’a pas tellement le choix, c’est simple, quelqu’un a parlé de Mélanchon. Mélanchon, c’est qui ? C’est un vieil apparatchik de la bourgeoisie, parlementaire depuis trente ans, sénateur, membre du PS, c’est un type qui de mon point de vue, en analyse de ce que j’ai connu par le passé, c’est un sous-marin du PS qui est mis là comme a été mis à une époque Harlem Désir pour la jeunesse, pour laisser croire qu’il y a une issue possible à une frange de la population, autre que le hollandisme. Et le jour où il y aura une élection après Hollande, Mélanchon, il sera là pour dire, Hollande, il a fait des conneries, mais quand même, la solution c’est voter. Voter, pas pour moi peut-être, mais pour un autre « de gauche », contre un autre « de droite », ou contre le Front National, en faisant bloc avec toute la gauche. Le coup qui a été fait par exemple avec Chirac et Jospin à l’époque, était un coup remarquable de la bourgeoisie où on voit qu’il y a un théâtre de marionnettes, où tout le monde a eu peur du FN, du fascisme et tout.

Alors il faut faire un petit aparté peut-être sur le FN. Le FN, c’est un parti comme les autres, en ce sens où ce sont des gens organisés sur une plate-forme politique. Le FN fait peur parce que Jean-Marie Le Pen il se revendique du nazisme, il a frayé avec l’OAS en Algérie, il a fait partie des tortionnaires en Algérie, etc. Sa fille a l’air plus sympathique, et ils ont des discours très simples, qui sont rationnels : on va sortir de l’Europe. Qui ne veut pas sortir de l’Europe ? Tout le monde veut sortir de l’Europe, dans le peuple. Qu’est-ce qu’on a gagné à l’Europe ? L’euro, on voit ce que c’est : avant on payait un café 1 franc, maintenant, on le paie 1,5 euro, dix fois plus. Donc, sortir de l’Europe.

La préférence nationale. « Eh bien sûr, moi je suis un français de souche, je veux travailler, et il y a les arabes et les noirs qui veulent me manger mon pain, c’est pas normal qu’ils aient les mêmes droits que moi, et maintenant, en plus, il y a les roms, alors vous vous rendez compte, bon ». Et encore, en France, pour le moment, il y a beaucoup plus de français de souche que d’autres, donc c’est un discours qui passe bien, plein de petites choses qui passent bien.

Ça, ça ne peut marcher que parce que dans le peuple, ce qui a été dit avant, dans le peuple, on a fait un lessivage. Effectivement, on dit « il y a 3 millions de chômeurs, il y a 3 millions d’immigrés, et on fout les immigrés dehors, et le problème, il est résolu ». Faux problème, parce que s’il y a eu un jour 3 millions d’immigrés, c’est parce que les immigrés ont toujours été une main-d’oeuvre, comme les femmes, sous-payée, et souvent, on profite de leur statut précaire (qui n’ont pas de papiers) pour les exploiter. On leur dit « si tu ouvres ta gueule, on t’escampe, c’est bon ». Donc, le FN représente un aspect un peu pervers de la politique, mais il ne faut quand-même pas oublier que ça peut être, effectivement, pour la bourgeoisie, c’est-à-dire pour les gens du système, pas du régime, une alternative à un moment donné. Mais, je dirais « qu’est-ce qu’on en a à foutre ».

Au fond, que ce soit le FN, que ce soit Hollande, Sarkozy, etc., si on a bien qu’compris qu’en dernière instance, ce qui détermine tout, c’est l’économique, c’es-à-dire le système économique, si ce sont ceux qui détiennent les moyens de production et d’échange qui déterminent tout, en dernière instance, voter pour Marine le Pen, Hollande ou Sarkozy, c’est voter pour les mêmes. Et si on n’est pas intimement persuadé de ça, il ne faut pas commencer à parler « communisme ». Donc, la première chose à faire, il va y avoir des élections, c’est de ne pas voter, ça c’est fondamental.

Alors c’est aller contre un truc, si vous voulez « il faut pas voter », c’est aller à l’encontre de ce que beaucoup de gens pensent. Il y a des gens que je connais qui disent « mais on s’est battus pour les élections, et il y a nos ancêtres qui sont morts pour le droit de vote, et tout ». Oui, mais l’Histoire est une évolution et maintenant, nous pouvons constater que le vote, ça a toujours été la plus grande mystification qui ait été apportée pour qu’un système économique puisse se maintenir. Donc, pourquoi voter ?

Alors réfléchissons, comment on peut changer un système économique ? Alors là, c’est plus simple, et à la fois plus compliqué. Si vous voulez changer un système économique, vous dites, voilà les moyens de production et d’échange, eh bien il faut qu’ils appartiennent désormais au peuple. Alors attention, on n’est pas des anarchistes, les communistes n’ont jamais été des anarchistes. Appartenir au peuple, ça ne veut pas dire qu’on va prendre la Banque de France, sortir le pognon et dire tiens toi 10 000 euros, 10 000 euros, etc., on se partage le pognon. Les communistes, ils ont une particularité, qui est due aux analyses de Marx sur la Commune de Paris et aux analyses de Lénine sur la question de l’Etat, nous ne sommes pas des anarchises dans ce sens où nous disons que si nous arrivons (ce qui est un autre problème), si nous arrivons à nous emparer des moyens de production et d’échange, à ce moment-là, il faudra que nous mettions en place un système de fonctionnaires qui vont s’occuper de la machine de l’Etat, parce que c’est complique quand-même de faire circuler des trains, de gérer l’électricité, etc., il va bien falloir de »s gens qui s’occupent de tout ça au niveau central, national. Donc, nous on dit, il faudra un Etat. Cet Etat, on lui a donné un nom qui fait peur, qui s’appelle « dictature du prolétariat ». Bon, alors ça c’est vachement enmerdant, parce qu’il y a le mot dictature. Alors les communistes ne se sont jamais cachés d’une chose, c’est que dès lors qu’ils prendraient le pouvoir, ils exproprieraient les détenteurs des moyens de production et d’échange, c’est-à-dire que les gens qui détiennent les grandes industries, les moyens de communication, les transports, etc., ces gens-là, du jour au lendemain, on leur dit « tu t’en vas ». Mais c’est ce qu’a fait Nasser en Egypte, c’est ce qu’a fait Chavez, qui n’était pas communiste, au Venezuela, c’est ce qu’ont fait plein d’autres gens dans d’autres époques. Donc c’est possible.

Aujourd’hui, si nous étions au pouvoir, nous dirions, la dette tu peux te la prendre et tu te la mets où je pense. Parce qu’il n’y a pas de dette, c’est leur dette, ce n’est pas notre dette à nous, donc leur dette, ils se la gardent. Et ça évidemment, aujourd’hui personne ne va le faire, parce que ceux qui dirigent sont ceux qui sont dans le système.

Donc les communistes, ils sont partisans d’un Etat, et d’un Etat qui s’appelle « dictature » parce qu’il va exercer une dictature, non pas contre le peuple, parce qu’il n’a pas de raison d’exercer une dictature contre le peuple, le peuple n’est pas quelqu’un de méchant qui veut piller la banque. Le peuple, il veut vivre comme je l’ai dit, je crois que la plupart d’entre nous, ce que l’on veut, le camarade l’a dit aussi, c’est vivre tranquillement avec sa femme, ses enfants dans une maison, avoir la sécurité sociale, les transports, pouvoir se balader, profiter de la culture, etc., par contre s’il y a des gens quand on prend le pouvoir qui disent « moi je veux garder ma banque, mon usine, elle est à moi, ce sont mes ancêtre qui l’ont… », si tu veux bouffer, tu travailles. On ne va pas te taper dessus, mais tu travailles comme les autres. Ça c’est déjà passé au Cambodge et ailleurs, donc c’est possible.

Alors vous voyez évidemment que la tâche elle n’est pas… Alors évidemment aujourd’hui, il y a une mode aussi, j’entends parler de ça, c’est des gens qui disent « il faut une sixième République ». Alors vous avez bien compris j’espère avec ce que j’ai dit, que la république, c’est un régime, donc les gens qui veulent la sixième République, ils disent « à la constitution de la cinquième, elle n’est pas bien, si on faisait une constitution sympathique, la sixième, ce serait mieux ». Mais au fond, on garderait le système de production, les banques, il y aurait toujours le CAC 40, alors le jour où quelqu’un va me dire, « moi ce que je veux, c’est supprimer les messieurs du CAC 40, la police, je la dissous immédiatement, là, je peux commencer à discuter. Sinon, la sixième République, je rigole au nez et je dis « tu peux te la garder, tu peux même passer directement à la dixième », parce que je crois qu’on gagnerait du temps si on passait à la dixième, parce que peut-être qu’en 2085, on sera à la dixième, mais l’essentiel c’est que le CAC 40 soit là-dedans.

Donc, là j’ai évoqué quelques petits problèmes de régime, système, et tout, je reste toutefois perplexe sur la situation actuelle, qui me semble très difficile pour le communisme. Très, très difficile. Elle est très difficile parce que nous vivons dans des pays où petit à petit et parce que l’on a exploité les colonies (Afrique, etc.) et qu’on continue à exploiter, il y a une recolonisation de l’Afrique par nous, eh bien notre classe ouvrière, même si elle est malheureuse, elle n’est pas au stade des peuples africains, des peuples d’Amérique Latine, des peuples du Tiers Monde et de l’Asie du Sud-est, où là, il y a une misère terrible. Donc, il me semble très difficile de développer le communisme. Je ne dis pas que c’est impossible, sinon, je ne serais pas là pour en parler avec vous, je dis que c’est très difficile, et donc ceux qui se destinent à être des communistes, à devenir des communistes, à créer un Parti communiste, il faut qu’ils aient l’âme bien chevillée au corps, il faut que ce soit une conscience très claire des exigences théoriques et pratiques que ça impose. Ça ne se fera pas tout seul, et pendant longtemps, on va être très peu nombreux, d’autant plus que l’avenir, nous ne savons pas ce qu’il sera, personne ne le sait, même les capitalistes ne le savent pas.

Les capitalistes, pour eux, il y a une sorte de droit naturel, et la loi du Marché, avec un grand M, comme il y a des lois du Marché pour eux, ça semble évoluer comme ça. Mais l’Histoire nous a montré que rien n’évoluait de manière calme et pacifique, qu’il y avait des retournements dans l’Histoire qui étaient étonnants. Les capitalistes, là ça a été décrit, c’est un phénomène que Marx a appelé la baisse tendancielle du taux de profit. C’est un phénomène majeur qui peut conduire à des révoltes, à des tas de choses insoupçonnables..

Justement, sur le thème de la révolte, je voulais revenir, puis je reviendrais sur la baisse tendancielle du taux de profit. Il faut pas croire que ce sont les communistes qui vont faire la révolution, dans le sens où ce sont les communistes qui vont sortir de leur cave les armes et sortir dans la rue en disant, « allez, on va abattre les capitalistes », ça ne se passe pas comme ça, jamais ça ne s’est passé comme ça. Quand les communistes ont pris le pouvoir ou ont tenté de la faire, comme pendant la Commune de Paris ou en 1917, ou en Chine, etc., c’est parce que la situation du peuple était devenue telle, tellement sordide, difficile (en plus, en Russie, il y avait la Guerre de 1914, les mecs étaient au fond, ils voyaient ce que c’était le Front), donc quand les situations deviennent comme ça, la violence qui va s’exercer pour prendre le pouvoir, elle ne vient pas des communistes, nous sommes pacifiques, et nous sommes pacifistes, mais nous sommes pour défendre le peuple, et donner des idées au peuple, si possible armer le peuple, s’il le faut, pour lutter pour que le peuple ne soit pas abattu, détruit, physiquement détruit, ce que la bourgeoisie n’a jamais hésité à faire une seule fois.

En Indonésie, dans les années 1960, il y a eu 500 000 communistes qui ont été assassinés très rapidement parce qu’ils voulaient faire la révolution. Donc il faut faire très attention à ça. Il peut y avoir demain des révoltes en France, en Europe, si vous discutez avec les gens dans la rue, vous voyez bien que la tension est palpable, que les gens sont à cran, il y a quelque chose qui couve : tantôt ce sont les Bonnets rouges, tantôt c’est l’affaire Dieudonné, etc., ça ne peut pas ne pas exploser.

Les communistes, c’est pas un Parti de masse, un parti comme les Bonnets rouges à 10 000 dans la rue. On ne sera jamais 10 000 dans la rue, mais ce qu’il faut savoir, c’est ce que représente la force d’une idée. Si vous avec une idée, dont l’idée du communisme dont moi, je me revendique, à ce moment là, si vous êtes capables de communiquer cette idée à des gens – les communistes doivent être les moteurs de l’action, dans votre quartier, dans votre entreprise, etc. –, si vous avez des gens qui commencent à se révolter, pour qu’ils aillent pas au casse-pipe, vous communistes, vous devez leur dire « attention, camarades, on devrait peut-être aller là, faire ceci, proposer, faire des tracts », c’est ça le communisme, c’est une solidarité politique autour d’un mouvement de masse. C’est pas un noyau, une élite qui se prépare à faire la révolution, non. On est là quand l’Histoire va déterminer le moment où il va falloir agir. Lénine, il a choisi un créneau très étroit qui était la fin de la Guerre de 1914, les gens étaient épuisés, la Russie était exsangue, et entre mars et octobre 1917, en l’espace de six mois, il a renversé complètement la donne avec le Parti bolchévik, parce que le Parti bolchévik, il avait été crée il y a longtemps, au début du siècle, il a réussi avec très peu de bolchéviks : 80 000 personnes sur 150 millions, mais le travail avait été préparé depuis longtemps.

Alors nous, je ne sais pas combien on sera, peu importe, le problème, c’est la qualité, c’est pas la quantité, et le problème, c’est la liaison qu’on a avec le peuple, comment on est avec les gens, comment on est dans son quartier, recevoir ses amis, discuter avec eux, les aider, l’entraide, moi j’ai connu cette forme de Parti communiste, où je vivais dans un quartier où quand il y avait le ramadan on allait bouffer chez les mecs qui faisaient le ramadan, quand il y avait Noël, on était invité à manger la bûche, quand le mec il n’avait plus de boulot, il venait manger à la maison, voilà c’était comme ça. Reconstituer cette chaleur humaine est très important, quand on est communiste, on n’est pas un monstre froid de théorie, on est un être humain qui veut vivre avec d’autres êtres humains, c’est tout.

Et quand on constate qu’il y a des humains, eux, qui sont du CAC 40 eu autres, et qui se gavent sur le dos des autres, là on est plus d’accord.

Alors pourquoi il peut y avoir des révoltes aujourd’hui ? Parce qu’on est dans une situation politique qui est la plus extraordinairement positive pour qu’il y ait une révolte ou une révolution depuis très longtemps, et je le dis sans plaisanter, ça a l’air étonnant : il n’y a pas de Parti, il n’y a pas de conscience, les gens ont des I- Phone, des bagnoles, etc., et pourtant, on est au bord de quelque-chose. Tout le monde le sent.

Pourquoi on est au bord de quelque-chose ? C’est des déterminants économiques, ça, ça ne dépend pas de ce qu’on pense, nous, c’est en dehors de nous, c’est la machine économique. Les capitalistes, ils ont vu qu’en Asie du Sud-est et en Chine, les gens pouvaient travailler pour 100 euros par mois. Le capitaliste, lui, il raisonne connement, il raisonne par la loi du profit, c’est la loi générique du capitalisme. Il a un ouvrier qu’il faut payer 1 200 euros par mois pour produire des voitures, bon, la voiture, il va la vendre 15 000 euros. Il prend le même ouvrier, maintenant avec des robots c’est un peu moins technique qu’avant, pas besoin d’avoir une maind’oeuvre très qualifiée, il prend l’usine, il la met en Chine, et le mec, pour 100 euros, il te sort la voiture à 15 000 euros, c’est super, t’as gagné 1 100 euros sur un mois de salaire, c’est le jackpot.

Donc, c’est ce qu’ils font tous : ils vont en Chine, en Inde, au Vietnam, partout, ce qu’on appelle la délocalisation, et il se dit, c’est fabuleux. Il fait des profits sur les salaires, ça c’est sûr, le seul problème, c’est que dans son pays (la France, l’Europe, l’Allemagne, ce que vous voulez), les mecs ils sont au chômage, ils n’ont plus 1 200 euros par mois, et puis même au bout de deux ans, ils n’ont plus que dale, et puis même s’ils ont le RSA, il ne pourront plus se payer la bagnole à 15 000 ou 20 000 euros, et donc en croyant avoir fait une très bonne affaire à court terme, il fait une très mauvaise affaire à long terme, car personne ne peut plus acheter ses voitures, et donc il y a surproduction. C’est ce qui s’est produit en 1929, le krach de 1929 c’est ça, surproduction à un moment donné de marchandises, qui ne sont plus achetables, parce que même si on baisse un peu le prix des marchandises, même si les chinois nous filent des trucs pas chers, on ne pourra bientôt plus acheter les trucs chinois, parce que les chinois ils ne sont pas plus cons que mal habillés.

Les capitalistes chinois, ils ont l’expérience de deux siècles des capitalistes, ils ne vont pas recommencer les mêmes erreurs. Les capitalistes chinois, ils commencent déjà à créer une couche bourgeoise. Avant, il y a 15-20 ans, on ne voyait pas les chinois, maintenant, il y a plein de chinois qui se baladent dans nos villes. D’où ils viennent ces mecs, ils n’ont pas du pognon, par rapport à l’ouvrier chinois qui lui gagne 100 euros par mois ? Ils ont créé une couche bourgeoise à eux et ils sont en train de créer une couche de petite bourgeoisie, de fonctionnaires, d’ingénieurs, qui vont devenir des intermédiaires avec la classe ouvrière, ils répètent le schéma capitaliste traditionnel.

Alors dans combien de temps les chinois pourront-ils tous acheter une voiture à 15000 euros ? C’est ce problème qui se pose. Est-ce que c’est dans deux ans (dans ce cas là on a peu d’espoir), dans cinq ans, dans dix ans ? Mais il va y avoir un moment de temps mort pour le capitalisme, où tous ces objets qu’il produit en délocalisant – putain c’est le jackpot, j’économise sur les salaires et tout ça –, ça lui pose un problème social en Europe, parce que même si les gens sont anesthésiés dans la tronche, à un moment, ils ont faim, et ils ne peuvent plus se soigner comme avant, et ils ne peuvent plus aller en vacances et ils ne peuvent plus payer leur loyer. Il y a des gens aujourd’hui, pour aller en maison de retraite, ils sont obligés de vendre la maison qu’ils ont fait construire, quoi c’est hallucinant ! Donc, ça les gens, ils s’en rendent compte. Les capitalistes, ils ne peuvent pas empêcher les gens de penser pour le moment, ils essaient (avec la télé ils y arrivent pas mal), ils essaient, mais au bout d’un moment, quand on a faim, c’est difficile d’arrêter de penser. Donc les gens voient ça.

Donc, les capitalistes, ils sont en train de créer un ferment de révolte qu’on sent bien quand on côtoie les gens, quand on discute avec les gens. Et puis de l’autre côté, en Chine, les gens ils sont exploités. Et ce qu’on ne dit pas, en Chine, en Inde, en Malaisie, etc., il y a des grèves d’une violence extrême. Il y a eu une grève récemment en Inde où les ouvrières, 3 000 ouvrières, ont fait brûler le contremaître. Donc ça veut dire que quand on se lamente sur la classe ouvrière, je crois qu’il ne faut plus qu’on raisonne en tant que franco-français, il faut raisonner au plan international, comme les capitalistes, c’est-à-dire qu’aujourd’hui, le prolétariat, il est mondialisé, comme l’économie. C’est-à-dire que si on ne voit plus aujourd’hui des prolétaires en France, parce qu’il n’y a plus beaucoup d’usines qui produisent quoique ce soit, et bien ne nous inquiétons pas, la révolution de toute façon, elle est en marche. Elle n’arrivera peut-être pas en France, elle arrivera peutêtre au Vietnam,… peut-être aux Etats-Unis…

Qui auraient pensé que la révolution arriverait en 1917 en Russie ? Personne. Marx lui-même a pensé que ça allait arriver en Angleterre parce-que c’était le pays le plus avancé économiquement, les USA qui sont dans une crise extraordinaire et qui ne tiennent que parce qu’ils font tourner la planche à billets du dollar à fond la caisse de manière artificielle, sont dans une situation économique dramatique, ils sont les esclaves des chinois. Que demain, leur système économique monétaire s’effondre, et ils sont ratatinés. Il peut y avoir une révolte, une révolution aux USA. Tout est possible. La politique est quelque chose de très intéressant parce qu’il y a de l’aléatoire, il n’y a pas seulement des trucs pratiques, directs comme ça, il y a du hasard dans la politique, et ça c’est intéressant.

Donc d’un côté, vous avec des chinois, des hindous qui vont se révolter parce que les salaires sont très bas, de l’autre côté, vous avez les peuples français, européens qui vont se révolter parce qu’ils n’accepteront plus ces conditions, c’est pour ça que je dis que les conditions objectives de la révolution sont réunies, elles sont toutes réunies. Il n’en manque qu’une, une seule condition qu’il manque, c’est qu’il n’y a pas de Parti communiste, il n’y a pas de communistes.

Et si on est là aujourd’hui, même peu – vous savez, quand les communistes russes ont commencé ou quand la révolution algérienne a commencé ils étaient sept dans le Djebel, c’est tout ; les russes, combien ils étaient ? très peu. Les chinois, … les albanais, ils étaient une dizaine à se réunir en 1941 dans un coin perdu des montagnes là-bas pour faire un Parti communiste. Donc je ne dis pas qu’on est l’élite, qu’on va commencer, que c’est nous qui allons la faire, mais je dis qu’il ne faut pas désespérer d’être peu nombreux. C’est la qualité de nos idées, la manière dont on les fait passer dans le mouvement réel des masses, qui va arriver, qui est en cours, la terre elle est chaude là, on met une étincelle, n’importe où, ça peut péter, dans les quartiers, n’importe où ça peut péter.

Donc je dis, si on veut être communiste, et c’est votre but, c’est de recruter, c’est de faire passer les mots d’ordre du communisme, les messages du communisme, c’est de se dire 1° d’être modeste, 2° d’apprendre, apprendre et encore apprendre, parce qu’on apprend de l’Histoire, on apprend des autres, on apprend en discutant au bistrot avec les collègues de travail, on apprend partout, tout le temps, donc c’est apprendre tout le temps des autres et être à l’écoute des masses, et puis quand il le faudra, s’il le faut, dire « eh bien voilà, nous on peut te donner un coup de main pour rédiger un tract, pour faire une manif », eh puis si on est ici 7 ou 8, peut-être une dizaine à Aras, on est 15 à Bordeaux, 5 à Clermont Ferrand, et puis c’est ça qui importe.

Ça marche avec très peu de choses, à condition aussi qu’on se donne les moyens techniques pour être toujours en relation, parce que ne croyons pas que quand ça va claquer, l’internet fonctionnera toujours, les portables fonctionneront toujours, il faut se donner les moyens de rester en cohésion, chacun d’être unis. Ça c’est des questions, bon je ne rentre pas dans le détail ici, mais il faut penser aussi à ces détails, car la révolution c’est pas que les actes violents, le communisme, c’est pas que du blabla, de la théorie, ça a toujours été des choses pratiques, comme la résistance en France, comme les pays qui se sont soulevés dans le monde.

Voilà, merci ».

 

       

Comprendre l’exploitation capitaliste de façon simple

Par notre camarade Красная звезда (l’Etoile Rouge).

Il y a fondamentalement 2 grandes classes sociales : les prolétaires et les capitalistes. « Prolétaire » au sens étymologique du terme désigne les personnes qui n’ont rien d’autres à vendre que leurs enfants. Au sens moderne, tous ceux et celles qui rien d’autres à vendre que leur force de travail (manuelle ou intellectuelle), c’est à dire tous les salariés. Ceux-ci étant exploités sous forme d’esclaves salariés.

« Capitaliste », désigne les propriétaires des moyens de productions et d’échanges (industries et autres entreprises, commerces, banques, assurances, terre, immeubles, etc.). Ces capitalistes vivent du surplus de richesse crées par les travailleurs qu’ils s’accaparent : ce sont des voleurs et des parasites. Ces capitalistes peuvent être propriétaires de façon privée ou sous forme public (les nationalisations en système capitaliste).

Les ouvriers et les paysans : Ce sont eux qui créent les richesses matérielles, sources du profit capitaliste à la production et à la consommation. C’est sur la plus-value réalisée de l’exploitation des ouvriers et des paysans que sont rémunérés les employés et autres salariés qui ne créent pas de richesses matérielles.

Nos salaires sont définis au niveau national par l’état au service des monopoles capitalistes après un semblant de concertation avec les syndicats (Syndicats qui depuis 60 ans sont tous pour la « paix sociale », l’Union Européenne Impérialiste et la casse des conquêtes sociales de 36, 45 et 68). Tous, y compris la CGT, malgré ses belles paroles. La CGT est adhérente à la C.E.S. (Confédération Européenne des Syndicats), réformiste et qui se couche toujours devant les exigences du patronat.

On l’a encore vu lors de la grande grève des cheminots cet été.

Ces monopoles accordent en salaire juste ce qu’il faut pour que nous puissions reproduire notre force de travail (manuelle ou intellectuelle), ils s’accaparent tout le reste pour le seul profit des actionnaires, moins les quelques miettes qu’ils consentent encore, mais pour combien de temps, à la collectivité.

L’analyse de classe nous permet d’affirmer que…

Ne font pas partie des prolétaires TOUS CEUX (et celles) QUI EXPLOITENT les travailleurs, soit directement, soit indirectement !

Donc, ne font pas partie des prolétaires :

◦ Bien évidemment, les patrons et les actionnaires, et en particuliers ceux des grandes entreprises : ils sont la classe capitaliste.

◦ Les politiciens et les élus vendus, les syndicalistes jaunes, les représentants associatifs acoquinés et autres organismes (comme le MEDEF) qui participent à l’exploitation du prolétariat par la classe capitaliste, qu’ils soient de droite, d’extrême droite ou de gauche, les profiteurs de tout bord et de tout acabit comme les membres du PCF ou de la CGT qui ont remplacé la lutte des classes par la lutte des places : ils sont les serviteurs du capitalisme.

◦ Les hauts fonctionnaires de l’État qui soutiennent l’exploitation du prolétariat par la classe capitaliste : ils sont les serviteurs de l’exploitation.

◦ Les médiacrates qui font l’apologie du capitalisme, du libéralisme, de l’impérialisme, du colonialisme, qui abrutissent le Peuple, qui le méprisent tout en le flattant, etc. : ils sont les propagandistes de l’exploitation.

◦ Les militaires et les policiers de haut rang qui acceptent de protéger cette classe exploiteuse : ils sont le bras armé de l’exploitation capitaliste.

Font partie des prolétaires tous les autres, c’est à dire l’immense majorité, ceux et celles qui n’ont d’autres choix pour vivre que de vendre leur force de travail, qu’ils soient en activité, au chômage, à la retraite ou en formation.

Pour nous en sortir, nous devrons chasser TOUS LES EXPLOITEURS, les exproprier sans aucune indemnité, socialiser tous les moyens de production et d’échange afin de redonner à la société toute entière la propriété et la maîtrise de sont développement pour le bien-être de chacun.

Nous devrons instaurer la dictature du prolétariat, celle qui garantira la vraie démocratie, le pouvoir des travailleurs et travailleuses, celle qui empêchera les exploiteurs de reprendre le pouvoir.

1er schéma : comprendre l’exploitation sous le capitalisme privé

 

 

2ème schéma : La double libération sous le socialisme :

 

Du temps de Lénine et de Staline, c’est ainsi que vivaient les sovié ques.

3ème schéma : l’exploitation d’état en URSS à partir de Khrouchtchev

 

A par r de l’ère trotskiste-révisionniste de Khroutchev, le pouvoir des soviets est remplacé par celui de la bureaucra e des apparatchiks-pro teurs et le marché capitaliste est remis en selle.

Ce capitalisme « d’Etat » et le capitalisme privé souterrain vont s’accroître de plus en plus, détournant une fraction croissante du produit social, et aboutissant  nalement à la liquida on d’une grande par e de la propriété capitaliste monopoliste d’Etat au pro t de la propriété capitaliste privée sous GorbatchevEltsine-Poutine.

Comme on le voit sur le schéma ci-dessous, il est facile de comprendre que l’esclavage salarié était de retour.

Le but du socialisme et du communisme étant l’abolition de l’esclavage salarié, l’URSS à partir de Khrouchtchev ne peut donc plus être qualifiée de socialiste.

ll est vraiment important de comprendre cela à une époque où différents groupes se réclamant du communisme considèrent que l’URSS de Khroutchev était encore socialiste et disent que ce n’est qu’avec le coup d’état de Gorbatchev-EltsinePoutine que le capitalisme fit son retour.

Ces groupes, en masquant la réalité, ne permettent pas aux travailleurs de comprendre ce qui s’est vraiment passé et donc de comprendre en quoi consiste l’alternative révolutionnaire qu’est la révolution socialiste. Ils les maintiennent dans l’illusion.

Ces groupes, derrière leur masque « marxiste-léniniste », sont en fait des révisionnistes très dangereux.

Certains, comme le PRCF, affirme même, par la voix d’un de ses dirigeants

(Manessis pour le citer), lors de leur conférence internationale de juin 2013 « la Chine est toujours socialiste car 60 % de ses grosses entreprises de production sont nationalisées ». La bonne blague ! On en rirait si ce n’était pas aussi catastrophique ! D’ailleurs le grand amour que le P »C »F porte à la Chine actuelle devrait nous mettre la puce à l’oreille.

L’URCF, dans tous ses documents, continue d’affirmer que l’URSS de Khrouchtchev était encore socialiste. Mais c’est méconnaître la réalité encore une fois.

 

Nous voulons vivre dignement !

Par notre camarade Красная звезда (l’Etoile Rouge).

Du Travail, du Pain, un Toit pour TOUS !

Du travail pour tous et toutes, de quoi manger pour soi et sa famille, avoir de quoi se loger dignement sans se ruiner, quoi de plus naturel ?

Pourtant, dans leur course égoïste à toujours plus de profits, les exploiteurs n’ont que faire de satisfaire ces besoins élémentaires.

De Mitterrand à Chirac en passant par Jospin et Sarkozy et aujourd’hui Hollande, de droite ou de gauche, l’État au service des grands groupes capitalistes ne fait que renforcer l’austérité pour les travailleurs.

Il donne des milliards de cadeau aux monopoles pour soi-disant créer des emplois, mais la réalité est tout autre : ces milliards viennent gonfler leurs profits et le résultat est sans appel :

  • 5,2 millions de privés d’emploi,
  • 8 millions de pauvres,
  • 2 millions de sans domicile et de sans abri,
  • Des logements sociaux toujours plus inaccessibles,
  • Des centaines de milliers de logements vides,
  • Les prix de l’alimentation et des produits de base qui ne cessent de grimper,En France, 500 familles accaparent toutes les richesses : Liliane Bettencourt (L’Oréal) → 26 milliards d’€.La richesse des grands groupes capitalistes est encore plus énorme ! TOTAL : 8,4 milliards d’€.BNP PARIBAS : 4,8 milliards d’€.CARREFOUR : 1,3 milliard d’€.Et pour nous, les travailleurs, les privés d’emploi, les précaires… LOGEMENT SOCIAL INACCESSIBLE :
  • Et après, ils vont nous dire qu’il n’y a pas d’argent !
  • AXA : 4,5 milliards d’€.
  • CRÉDIT AGRICOLE : 4,8 milliards d’€.
  • Pour les groupes monopolistes français (bénéfices en 2013) :
  • Gérard Mulliez (Auchan) → 20 milliards d’€. Bertrand Puech (Hermes) → 17 milliards d’€, etc.183 Ceci n’est que la fortune personnelle déclarée.
  • Bernard Arnault (LVMH) → Fortune personnelle : 27 milliards d’€.
  • Pendant que les très riches s’engraissent, les pauvres deviennent encore plus pauvre.
  • Les loyers et les charges augmentent sans cesse.
  • Dans le cadre de la privatisation des services, les bailleurs font appel à des soustraitants privés et en profitent pour augmenter les charges (par exemple 2€ en plus chaque mois pour la robinetterie).
  • Des logements construits dans les années 30, à l’origine classés HBM, ont été surclassés HLM pour augmenter les loyers et les charges.
  • La plupart de ces logements des années 30 sont dans un état de dégradation telle qu’ils représentent un danger : il faut les détruire et construire du neuf, tout en relogeant les anciens locataires au même endroit pour ceux qui le souhaitent (des consultations démocratiques devront avoir lieu pour élaborer les projets avec les habitants).
  • TRAVAIL INACCESSIBLE :
  • Les entreprises délocalisent (mise en concurrence des travailleurs du nord et du sud, de l’ouest et de l’est).
  • le CDD remplace de plus en plus le CDI.
  • La précarité devient la règle.
  • Les jeunes (diplômés ou non) et les travailleurs (qualifiés ou non) ont de plus en plus de mal à trouver un emploi.
  • Les privés d’emploi sont de plus en plus laissés à eux-mêmes : les allocations diminuent, les propositions d’emploi sont dérisoires et sans rapport avec les compétences et l’expérience. On leur fait miroiter le rêve mensonger de l’autoentrepreneur !
  • Le droit du travail est remis en cause mettant les travailleurs, les retraités, les jeunes en formation, les privés d’emploi et les sans abris en situation de faiblesse face aux patrons et à l’État capitaliste.
  • PAIN INACCESSIBLE :
  • Prix qui augmentent sans cesse et baisse du pouvoir d’achat.
  • Qualité des produits en baisse constante.
  • Destruction de la petite et moyenne production agricole de qualité au profit des grandes productions intensives et polluantes.
  • Ajoutons à cela :
  • Baisse des remboursements de soins (Un tiers de la population ne se fait pas soigner).
  • Diminution des pensions de retraites et augmentation de l’âge de départ.
  • Augmentation du prix des transports, des fournitures scolaires, etc.Tout ceci a pour but but :
  • VIVRE DIGNEMENT EST DEVENU IMPOSSIBLE !
  • D’accroitre les profits des grands groupes capitalistes qu’ils soient français, européens, US ou autre.
  • Faire de nous des travailleurs soumis, corvéables à merci, des esclaves modernes, facile à dominer et à manipuler car précaires, surendettés, à la rue, en concurrence les uns avec les autres, isolés…Le socialisme, seule alternative au capitalisme ! Alors que l’austérité est la règle imposée aux travailleurs, des sommes énormes sont englouties dans les guerres impérialistes (Mali, Centrafrique, Moyen-Orient) défendre nos besoins, c’est faire reculer la politique de guerre.Contrairement à ce que prétend le FN, l’ennemi ce n’est pas l’autre, l’immigré, mais le capitalisme.Mettons fin à ce régime de voleurs et d’exploiteurs :
  • La « gauche de la gauche » (PCF, Front de Gauche) soumise au PS propose d’aménager, de réformer le système d’exploitation. Mais le pouvoir du Capital intact engendrera les mêmes maux. Il faut rompre avec le capitalisme par une révolution socialiste, vers le communisme, seule alternative au capitalisme !
  • La grande force des travailleurs, c’est la solidarité internationale car nous affrontons en commun le même adversaire : la classe capitaliste.
  • L’alternance droite/PS se traduit par la seule satisfaction des exigences capitalistes, ce sont les travailleurs et les familles populaires qui doivent payer pour les déficits et les « dettes » de l’État.
  • Il faut un changement radical de société. A tous les maux décrits, ajoutons que le capitalisme, c’est la guerre !
  • Unissons-nous et tous ensembles nous briserons les chaînes de la misère et de l’exploitation !
  • Le socialisme, c’est la propriété sociale, collective des entreprises, banques, médias. Débarrassés de l’exploitation, nous travaillerons pour nos besoins matériels et culturels individuels et collectifs.
  • Le socialisme, c’est le pouvoir de la classe ouvrière et de ses alliés (employés, petits agriculteurs, intellectuels…) assurant une véritable démocratie populaire.
  • Le socialisme, c’est une politique de reconquête de souveraineté nationale et de paix par la rupture avec les organismes impérialistes : FMI, UE, OTAN.Pour vivre dignement, libérons-nous de l’exploitation de l’Homme par l’Homme, finissons-en avec l’esclavage salarié !!!
  • Reconstruisons un véritable Parti communiste outil indispensable à l’émancipation et à la libération des travailleurs.

Site du camarade l’Etoile Rouge : http://agauchetoute75.jimdo.com Site de l’OCF : http://www.orgcomfr.com

 

         

Ce que pensent d’autres camarades de la mouvance URCF-PRCF…

(Annexe à notre critique des faux « Amis de l’URSS »)

Ce que pense de l’association des « amis de l’URSS » un camarade ouvrier, exmembre de la C.C. et de l’URCF… (message du 24/06/2014)

« Les amis de l’URSS ? Moi je dis : les sociaux démocrates qui vivent mieux que les capitalistes et se servent des pauvres et ne veulent surtout pas changer le système. Lacroix-riz, dirigeante du PRCF vit comme une milliardaire et se sert de son titre et se gargarise de l’histoire et lui permet de gagner de l’argent n’est pas stalinienne et très proche de George Gastaud, secrétaire politique du PRCF, anti-stalinien, antiouvrier, c’est aussi un prof. Henri Alleg, journaliste à l’Humanité, anti-stalinien. (PRCF) J’ai connu son père. Jean Sanitas (PRCF) que j’ai côtoyé à l’URCF, le plus grand réformiste, journaliste à l’Humanité, anti-staliniste. Ils sont tous au PCF ou très proches. (…) Il y a aussi l’association Staline, mais il n’y a que le nom et là c’est pareil. Tu sais très bien sur quelles bases ils sont : tu les as vus à l’oeuvre au CNU ! » (24/06/2014)

Ce que pensent nos camarades de la section portugaise du Komintern (SH) (message du 20/06/2014) :

« Cher camarade Vincent,

Merci beaucoup pour votre email. Nous sommes très heureux de construire des relations communistes et internationalistes avec des camarades de l’OCF. En fait, les travailleurs en France et au Portugal partagent beaucoup d’aspirations et nécessités. Le Portugal est aujourd’hui soumis aux terribles « mesures d’austérité » qui transforment le pays en un camp de pauvreté, de chômage et d’exploitation sauvage dont l’objectif est de maximiser les profits sanglants des capitalistesimpérialistes d’Europe et du monde. Comme vous l’avez démontré dans vos écrits, la Chine impérialiste est devenue un des plus grands ennemis des peuples exploités du monde et la bourgeoisie monopoliste Chinoise qui a pris le pouvoir avec l’aide de son idéologie (le révisionnisme Maoïste) est aussi pénétrant au Portugal avec l’objectif de le néo-coloniser. Mais au lieu de dénoncer cette situation et ses conséquences, les révisionnistes portugais continuent d’affirmer que la Chine impérialiste et social-fasciste (comme Cuba, Corée du Nord, etc.) sont « des pays socialistes »! Les opportunistes portugais veulent que les travailleurs luttent seulement pour « les droits sociaux » dans le cadre d’une dictature bourgeoise de façade « démocratique » sans jamais augmenter cette lutte au niveau du combat pour le véritable socialisme en se basant sur les enseignements des Classiques du Marxisme-léninisme.

Les social-fascistes du P »C »P sont très proches d’une organisation révisionniste française : le PR »C »F. Cette dernière organisation défend un opportunisme abominable qui va jusqu’au nationalisme bourgeois le plus abjecte et à l’acclamation des crimes social-fascistes les plus pervers. Les communistes portugais ne vont pas oublier les textes élogieux que les bandits du PR »C »F ont récemment fait à propos des social-fascistes portugais, qui ont été parmi les principaux laquais des impérialistes Soviétiques en Europe Occidentale et qui, en 1974-1976, ont essayé de transformer Portugal en une tyrannie social-fasciste soumise à la domination exploiteuse et coloniale directe de la bourgeoisie impérialiste Soviétique. Pendant le période 1974-1976, beaucoup de vrais communistes Portugais qui refusaient le révisionnisme du P »C »P ont été arrêtés et même torturés. Après 50 ans de dictature fasciste, la dictature social-fasciste a montré son visage également terrible. Nous avons publié un texte dénonçant le P »C »P et le caractère bourgeois-capitaliste de la « Révolution du 25 Avril 1974 » au

Portugal. Il n’est pas en langue française, mais parfois vous pouvez le lire cependant : 90ème anniversaire du PCP. Nous avons aussi écrit un autre article dénonçant la dérive opportuniste et révisionniste du Parti « Communiste » Brésilien qui a longtemps quitté la voie vraiment révolutionnaire du camarada Enver Hoxha et de l’Albanie socialiste pour se vendre à l’impérialisme et au capitalisme brésilien et mondial : Le néo-révisionnisme brésilien. Nous sommes aussi très intéressés de connaître votre opinion sur ces textes.

Nous avons lu quelques-uns des textes que vous avez indiqués. Nous espérons les lire tous dans le futur proche. Jusqu’a présent, nous aimons particulièrement Les classes sociales sous l’impérialisme. Les textes qui le composent sont d’une grande qualité idéologique. Nous portons une attention spéciale à votre critique du petitbourgeois Jacques Généraux, parce-que lui et ses « oeuvres » sont connues et discutés au Portugal. C’est vraiment un anti-communiste exécrable, qui derrière son faux masque « humaniste » et « anti-néoliberal » cache un partisan du fascisme contre le communisme. Il est un bon exemple et une preuve que ceux qui se disent « contre le fascisme et contre le communisme » sont en fait inévitablement des défenseurs… du fascisme ! Pour Généraux, les Pinochets, les Suhartos, les fascistes Sud-Coréens, etc. ont un grand mérite parce qu’ils ont empêchée « l’arrivée du communisme ».

Et la critique qui vous faites du révisionnisme du P »C »F est aussi très utile. Au Portugal, il y a encore des « camarades » qui se disent « anti-révisionnistes » mais qui considèrent Thorez comme étant « un vrai Stalinien » (!) Il a été un opportuniste bourgeois dont l’objectif a été de maintenir les travailleurs loin de la véritable idéologie communiste et prolétarienne à travers ses slogans réactionnaires du « parti des plusieurs classes » et de « l’union des classes anti-monopolistes ». Nous avons lu un article qui est aussi dans votre site et qui s’appelle Du Parti de Thorez à la Pensée Politique de Mao.

Nous apprenons beaucoup en lisant ces textes et nous tentons d’utiliser ces enseignements pour avoir des succès dans notre lutte pour attirer nouveaux éléments avancées valides pour notre combat pour le véritable socialisme et le communisme et contre toutes les sortes de révisionnisme, capitalisme, impérialisme et anti-communisme. En fait, les influences du révisionnisme français sont très fortes au Portugal. C’est pourquoi nous trouvons le chapitre Quelques aspects du révisionnisme du P »C »F très important et intéressant. Si vous êtes d’accord et nos camarades du Komintern (SH) nous l’autorisent, nous voudrons le traduire en langue Portugaise.

De la même façon, le livre Impérialisme et anti-impérialisme est excellent pour comprendre non seulement les origines du révisionnisme et du social-impérialisme Chinois et Soviétique, mais aussi pour comprendre la réalité socialiste de l’Albanie du camarada Enver et l’abysse qu’existait à tous niveaux entre ce pays vraiment socialiste de dictature prolétarienne et tous les pays révisionnistes et socialfascistes qui faussement se réclament du « socialisme » (Cuba castriste, Corée du Nord monarcho-fasciste, « non-alignées », parmi beaucoup d’autres) . »

■ Ce que nous avons répondu à nos camarades de la section portugaise du Komintern (SH) (message du 21/06/2014) :

« Camarades, (…)

J’ai [fait] une lecture attentive de votre analyse du révisionnisme du P »C »P d’Alvaro Cunhal. Je lirai l’autre texte (sur le révisionnisme brésilien) dans les prochains jours.

J’ai beaucoup appris sur l’histoire du P »C »P que j’imaginais (à tord) comme assez proche de celle du PC espagnol. Comme vous le montrez si bien, du fait de la dictature fasciste que votre bourgeoisie a décidé de mettre à la ferraille seulement en 1974, le P »C »P a pu conserver son masque « révolutionnaire » relativement longtemps. De plus, le P »C »P a été très long à se tourner vers l’eurocommunisme et est resté très longtemps farouchement favorable au social-impérialisme soviétique, contrairement à chez nous où Thorez avait anticipé le tournant Khrouchtchévien d’une décennie et rêvait déjà (du vivant de Staline !) de prendre ses distances avec les enseignements fondamentaux du bolchévisme pour proclamer sa « voie démocratique et spécifique au socialisme »… (Cf. interview de Thorez au Times en 1946) Chez nous, en France impérialiste, les « traditions » et préjugés démocratiquesbourgeois sont très solidement ancrés… mais la crise travaille pour nous et va nous aider à les détruire.

Je trouve votre texte très intéressant et j’y ai vu une confirmation supplémentaire que nous sommes bien sur la même ligne politique, qu’il s’agisse de la dénonciation des crimes de notre propre impérialisme, de la dénonciation des vieilles recettes révisionnistes (syndicalisme de collaboration de classe, crétinisme parlementaire, idéalisation de l’Etat providence et de la démocratie bourgeoise, etc.), de la dénonciation des cliques bourgeoises au pouvoir dans les pays aujourd’hui prétendument « socialistes » (Chine, Cuba, Corée du Nord, Vietnam, Laos), et du combat pour la seule et véritable alternative qui soit : la création d’un véritable Parti Communiste marxiste-léniniste dont l’objectif est le renversement de l’ordre exploiteur bourgeois et l’abolition de l’esclavage salarié.

Comme vous le dites si bien, le propre des révisionnistes est qu’ils combinent « la phraséologie anti-impérialiste », avec « la pratique social-chauvine ». C’est vrai pour le P »C »P, le P »C »F, et… leurs héritiers (chez nous, le PRCF et l’URCF). Ces partis et organisations sont, comme vous le montrez si bien pour le P »C »P, des laquais de la bourgeoisie, des défenseurs masqués de l’ordre capitaliste. (là encore, la crise travaille pour nous, car elle les démasque de plus en plus ouvertement — à l’instar du KKE en Grèce).

Votre compréhension du fascisme me semble également très pointue et juste, elle rejoint évidemment la notre : le fascisme est une manifestation naturelle du mode de production capitaliste, il en émerge spontanément, en particulier dans les périodes de crise, d’essor révolutionnaire (quand la bourgeoisie comprend que ses libertés, aussi tronquées soient-elles, sont devenues dangereuses), et il suffit de regarder comment se comportent « localement » certains patrons vis à vis de leurs esclaves salariés pour le comprendre… Par conséquent, la seule garantie contre le fascisme, ce n’est pas la démocratie bourgeoise (qui vaut quand les affaires vont bien, qui permet au Capital de duper ses esclaves quand les ventres sont pleins, etc.), et dont l’existence est par conséquent toujours précaire, mais le socialisme ! Comme vous le dites aussi, le néo-colonialisme est au colonialisme ce que le démocratisme bourgeois est au fascisme.

De toute évidence, nous avons vraiment beaucoup en commun, et c’est notre force, à nous, véritables communistes. Nous sommes véritablement être unis, alors que les révisionnistes et les différentes cliques bourgeoises ont forcément, à un moment ou à un autre, des intérêts antagonistes (du fait de la concurrence et du chaos résultant de la production marchande, de leur social-chauvinisme). Les marxistes-léninistes ont un ennemi commun et un même but, un but qui fait que la lutte menée par chacun des détachements nationaux du prolétariat est une partie de la lutte globale contre le Capital, pour la construction du Front uni du Travail ».

 

Site du Komintern (SH) : http://ciml.250x.com/index1.html

 

Adam Smith : Méfiezvous des capitalistes !184

Par notre camarade « Progrès humain », le 20/04/2014.

« L’autorité que donne la fortune est très grande, même dans une société civilisée et opulente. De toutes les périodes de la société, compatibles avec quelque notable inégalité de fortune, il n’en est aucune dans laquelle on ne se soit constamment plaint de ce que cette sorte d’autorité l’emportait sur celle de l’âge ou du mérite personnel… » (Livre

V, chapitre 1, section 2)

Comme tout classique, La richesse des nations (1776) est plus cité que lu. Le message premier que voulait faire passer Adam Smith à travers cette « enquête », que le capitalisme réaliserait le bien sans le vouloir, est bien connu, Smith n’est pas décrit comme le père du libéralisme économique pour rien. En revanche un aspect de cet ouvrage est très mal connu, c’est la description objective de l’économie marchande capitaliste, l’autre message clairement délivré était : Méfiez-vous des capitalistes !

Adam Smith anticipe Marx à plusieurs reprises, il s’interroge sur l’origine de la valeur et sur la formation du profit :

« Dans cet état primitif qui précède l’appropriation des terres et l’accumulation des capitaux, le produit entier du travail appartient à l’ouvrier. Il n’y a ni propriétaire, ni maître avec qui il doive partager. Si cet état eût été continué, le salaire du travail aurait augmenté avec tout cet accroissement de la puissance productive du travail, auquel donne lieu la division du travail. […] Aussitôt que la terre devient une propriété privée, le propriétaire demande pour sa part presque tout le produit que le travailleur peut y faire croître ou recueillir. Sa rente est la première déduction que souffre le produit du travail appliqué à la terre. Il arrive rarement que l’homme qui laboure la terre possède par devers lui de quoi vivre jusqu’à ce qu’il recueille la moisson. En général, sa subsistance lui est avancée sur le capital d’un maître, le fermier qui l’occupe, et qui n’aurait pas d’intérêt à le faire s’il ne devait pas prélever une part dans le produit de son travail, ou si son capital ne devait pas lui rentrer avec un profit. Ce profit forme une seconde déduction sur le produit du travail appliqué à la terre. Le produit de presque tout autre travail est sujet à la même déduction en faveur du profit […] Ce maître prend une part du produit de leur travail [celui des ouvriers] ou de la valeur que ce dernier ajoute à la matière à laquelle il est appliqué, et c’est cette part qui constitue son profit. » (Livre I, chapitre 8)

« Le travail d’un ouvrier de manufacture ajoute en général, à la valeur de la matière sur laquelle il travaille, la valeur de sa subsistance et du profit du maître. » (Livre II, chapitre 3)

« Quoique le premier [l’ouvrier] reçoive des salaires que son maître lui avance, il ne lui coûte [au capitaliste], dans le fait, aucune dépense, la valeur de ces salaires se retrouvant en général avec un profit de plus dans l’augmentation de valeur du sujet auquel ce travail est appliqué. » (Livre II, chapitre 3)

Pour Adam Smith la valeur provient donc du travail, et le profit est constitué par le prélèvement de la valeur créée par le travail, autrement dit un vol légal.

Comment devient-on riche ? « Le paradis des riches est fait de l’enfer des pauvres » disait Victor Hugo, Adam Smith dit quant à lui :

« Des hommes qui n’ont point de propriété ne peuvent se faire de tort l’un à l’autre que dans leur personne ou leur honneur […] Partout où il y a de grandes propriétés, il y a une grande inégalité de fortunes. Pour un homme très riche, il faut qu’il y ait au moins cinq cents pauvres ; et l’abondance où nagent quelques-uns suppose l’indigence d’un grand nombre. » (Livre V, chapitre 1, section 2)

Smith aborde aussi les conflits entre le salarié et le capitaliste « dont l’intérêt n’est nullement le même » :

« Les ouvriers désirent gagner le plus possible ; les maîtres, donner le moins qu’ils peuvent ; les premiers sont disposés à se concerter pour élever les salaires, les seconds pour les abaisser. Il n’est pas difficile de prévoir lequel des deux partis, dans toutes les circonstances ordinaires, doit avoir l’avantage dans le débat, et imposer forcément à l’autre toutes ses conditions. Les maîtres, étant en moindre nombre, peuvent se concerter plus aisément ; et de plus, la loi les autorise à se concerter entre eux, ou au moins ne le leur interdit pas, tandis qu’elle l’interdit aux ouvriers. Nous n’avons point d’actes du parlement contre les ligues qui tendent à abaisser le prix du travail ; mais nous en avons beaucoup contre celles qui tendent à le faire hausser […] Il faudrait ne connaître ni le monde, ni la matière dont il s’agit, pour s’imaginer que les maîtres se liguent rarement entre eux. » (Livre I, chapitre 8)

« A la vérité, nous n’entendons jamais parler de cette ligue [celle des capitalistes], parce qu’elle est l’état habituel, et on peut dire l’état naturel de la chose, et que personne n’y fait attention. » (Livre I, chapitre 8)

Autrement dit la coalition des capitalistes contre les masses est inhérente au système capitaliste.

Les capitalistes ayant des intérêts divergents avec ceux de la classe laborieuse et du peuple, chaque loi proposée par les industriels et les commerçants devrait, selon Smith, être sérieusement examinée par les législateurs avant de passer :

« Cependant, l’intérêt particulier de ceux qui exercent une branche particulière de commerce ou de manufacture est toujours, à quelques égards, différent et même contraire à celui du public. Toute proposition d’une loi nouvelle ou d’un règlement de commerce, qui vient de la part de cette classe de gens, doit toujours être reçue avec la plus grande défiance, et ne jamais être adoptée qu’après un long et sérieux examen, auquel il faut apporter, je ne dis pas seulement la plus scrupuleuse, mais la plus soupçonneuse attention. Cette proposition vient d’une classe de gens dont l’intérêt ne saurait jamais être exactement le même que l’intérêt de la société, qui ont, en général, intérêt à tromper le public et même à le surcharger et qui, en conséquence, ont déjà fait l’un et l’autre en beaucoup d’occasions. » (Livre I, conclusion)

Les capitalistes maintiennent sans cesse les salariés sous pression et dans la précarité :

« Dans un pays qui jouit de quelque sécurité, il faut qu’un homme soit tout à fait hors de son bon sens, pour qu’il n’emploie pas, de l’une ou de l’autre de ces trois manières [consommation ou investissement (qui est divisé en deux types)], tout le fonds accumulé qui est à sa disposition, soit qu’il l’ait en propre, soit qu’il l’ait emprunté d’un tiers. A la vérité, dans ces malheureuses contrées où les hommes ont à redouter sans cesse les violences de leurs maîtres, il leur arrive souvent d’enfouir ou de cacher une grande partie des fonds accumulés, afin de les avoir en tout temps sous la main pour les emporter avec eux dans quelque asile, au moment où l’un de ces revers auxquels on se voit continuellement exposé, viendra à menacer l’existence. » (Livre II, chapitre 1)

L’Etat est un organe chargé de représenter et de défendre les intérêts de la classe dominante, Smith entre encore en contradiction avec la plupart des capitalistes qui pensaient naïvement que l’Etat est neutre (encore aujourd’hui pour certains) :

« Le gouvernement civil, en tant qu’il a pour objet la sûreté des propriétés, est, dans la réalité, institué pour défendre les riches contre les pauvres, ou bien, ceux qui ont quelque propriété contre ceux qui n’en ont point. » (Livre V, chapitre 1, section 2)

Même si Smith passe pour un fervent défenseur de la division du travail, il admet aussi que celle-ci abrutit le travailleur et constitue un obstacle à son développement moral :

« Dans les progrès que fait la division du travail, l’occupation de la très majeure partie de ceux qui vivent de travail, c’est-à-dire de la masse du peuple, se borne à un très petit nombre d’opérations simples, très souvent à une ou deux. Or, l’intelligence de la plupart des hommes se forme nécessairement par leurs occupations ordinaires. Un homme qui passe toute sa vie à remplir un petit nombre d’opérations simples, dont les effets sont aussi peut-être toujours les mêmes ou très approchant les mêmes, n’a pas lieu de développer son intelligence ni d’exercer son imagination à chercher des expédients pour écarter des difficultés qui ne se rencontrent jamais; il perd donc naturellement l’habitude de déployer ou d’exercer ces facultés et devient, en général, aussi stupide et aussi ignorant qu’il soit possible à une créature humaine de le devenir ; l’engourdissement de ses facultés morales le rend non seulement incapable de goûter aucune conversation raisonnable ni d’y prendre part, mais même d’éprouver aucune affection noble, généreuse ou tendre et, par conséquent, de former aucun jugement un peu juste sur la plupart des devoirs même les plus ordinaires de la vie privée. Quant aux grands intérêts, aux grandes affaires de son pays, il est totalement hors d’état d’en juger, et à moins qu’on n’ait pris quelques peines très particulières pour l’y préparer, il est également inhabile à défendre son pays à la guerre ; l’uniformité de sa vie sédentaire corrompt naturellement et abat son courage, et lui fait envisager avec une aversion mêlée d’effroi la vie variée, incertaine et hasardeuse d’un soldat ; elle affaiblit même l’activité de son corps, et le rend incapable de déployer sa force avec quelque vigueur et quelque constance, dans tout autre emploi que celui pour lequel il ’a été élevé. Ainsi, sa dextérité dans son métier particulier est une qualité qu’il semble avoir acquise aux dépens de ses qualités intellectuelles, de ses vertus sociales et de ses dispositions guerrières. Or, cet état est celui dans lequel l’ouvrier pauvre, c’est-à-dire la masse du peuple, doit tomber nécessairement dans toute société civilisée et avancée en industrie, à moins que le gouvernement ne prenne des précautions pour prévenir ce mal. » (Livre V, chapitre 1, section 3)

Il continue en faisant l’éloge des sociétés dites barbares (sociétés de chasseurs, pasteurs, agriculteurs) dans le sens où,

« les occupations variées de chaque individu l’obligent à exercer sa capacité par des efforts continuels, et à inventer des expédients pour écarter des difficultés qui se présentent sans cesse. L’imagination y est tenue toujours en haleine, et l’âme n’a pas le loisir d’y tomber dans cet engourdissement et cette stupidité qui semblent paralyser l’intelligence de presque toutes les classes inférieures du peuple dans une société civilisée. Dans ces sociétés barbares, ou du moins qu’on nomme telles, tout homme est guerrier, comme on l’a déjà observé ; tout homme est aussi, à un certain point, homme d’État, et peut porter un jugement passable sur les affaires relatives à l’intérêt général de la société, et sur la conduite de ceux qui le gouvernent. Chez ces peuples, il n’y a presque pas un seul particulier qui ne puisse voir, au premier coup d’œil, jusqu’à quel point les chefs de la société sont bons juges en temps de paix et bons généraux en temps de guerre. A la vérité, dans une telle société, il n’y a guère de probabilité pour un homme d’y acquérir jamais cette perfection et ce raffinement d’intelligence que certains hommes possèdent quelquefois dans un état de civilisation plus avancé. » (Livre V, chapitre 1, section 3)

La corruption est un élément intrinsèque à la logique capitaliste :

« Ainsi, tant que dura cet état de choses, il n’y avait presque aucune voie efficace de remédier à la corruption de la justice, résultat nécessaire de la nature incertaine et arbitraire de ces présents. » (Livre V, chapitre 1, section 2)

 

       

Notes

1                                                                                                                                                            er                                                                   2

Karl Marx, Postface de la seconde édition allemande du livre I du Capital, 24/01/1873 ●  http://tribunemlreypa.wordpress.com/3 Cf. notre dossier sur le trotkisme disponible ici :   http://marxisme.fr/marxisme_leninisme_ou_trotskisme.htm4 Nous renvoyons ici au film soviétique Pervaja konnaja – The 1st Cavalry (1941) dont nous donnons un extrait vidéo ; Sur le rôle joué par Staline sur ce front et sur d’autres fronts clefs au cours de la Guerre civile, nous renvoyons également au remarquable ouvrage d’Henri Barbusse : Staline, Un monde nouveau vu à travers un homme (1935), Edition numérique, pp. 25-33 ● 5 Source des chiffres : http://fr.wikipedia.org/wiki/Emprunt_russe6

Michel Sayers et Albert E. Kahn, La grande conspiration contre la Russie, Edition numérique, p. 55 ● 7 Michel Sayers et Albert E. Kahn, Ouvrage cité, p. 34 ● 8 Lénine, Œuvres choisies, Tome II, Edition numérique, p. 494 ● 9 Staline, Les questions du léninisme, Edition numérique, Tome III, pp. 57-58 ● 10 Sur la critique précoce de la longue et persistante « tradition » social-démocrate et social-chauvine du P »C »F, voir par exemple les pages 223 et suivantes de l’édition numérique de l’ouvrage Thèses, manifestes et résolutions adoptés par les Ier, IIe, IIIe et IVe Congrès de l’Internationale Communiste (1919-1922)11 Staline, Les questions du léninisme, Edition numérique, Tome III, p. 171 ● 12 Staline, Les questions du léninisme, Edition numérique, Tome III, p. 172 ● 13 Staline, Les questions du léninisme, Edition numérique, Tome III, p. 119 ● 14 Concernant la signification sociale du « culte de la personnalité », voir l’encadré correspondant sur notre site internet. 15 Dans notre archive complémentaire intitulée « Post soviet era », nous donnons un échantillon des manifestation contemporaines de la persistance du culte populaire autour de Staline ● 16 Sur Paul Robeson, nous renvoyons à notre premier travail sur le réalisme socialiste : http://www.marxisme.fr/realisme_socialiste.htm17 Paul Robeson, « I am at home », Daily Worker, 15/01/1935 ● 18  Au sujet des émeutes racistes et anti-communistes de Peekskill, voir par exemple : http://www.bencourtney.com/peekskillriots/19 En hommage à notre défunt camarade Paul Robeson, nous donnons cinq de ses superbes interprétations de chants soviétiques ─ Dear city (1939, 1949) ; Ey ukhnem (1860s, 1949) ; Song about Motherland (1936, 1942) ; Song of the plains (1934, 1940s) ; USSR anthem (1944, 1949) ─, ainsi que quatre autres chansons illustrant son engagement aux côtés des peuples victimes de l’impérialisme et du fascisme : March of the volunteers (1935, 1949) ; The four insurgent generals (1936, 1940s) ; The peat-bog soldiers (1933, 1940s) ; Warsaw ghetto’s song (1942, 1940s). ● 20 http://www.northstarcompass.org/nsc9804/robeson.htm● 21 Si à l’époque de Staline, les géants de la pensée progressiste tournaient leur regard admiratif vers l’URSS, la notre voit des nains de la pensée parfois maquillés en « philosophes » (à l’instar de B.-H. Lévy) se faire les promoteurs des politiques les plus réactionnaires et anti-populaires… ● 22 Staline, Les questions du léninisme, Tome II, Edition numérique, p. 30 ● 23 Guido Miglioli, La collectivisation des campagnes soviétiques (1934), Edition numérique, p. 25 ● 24 Editions Chronique, 1996, p. 5425 En ce qui concerne les principaux traits du mouvement de collectivisation des campagnes soviétiques ainsi que la soi-disant famine-génocide qu’aurait provoqué Staline, nous renvoyons au chapitres 4 et 5 de l’ouvrage suivant : Ludo Martens, Un autre regard sur Staline, 1994, Edition numérique ● 26 Staline, Les questions du léninisme, Tome III, Edition numérique, pp. 139-141 et 225 ; Manuel d’économie politique, Moscou, 1955, Edition numérique, p. 252 ● 27 Staline, Les questions du léninisme, Tome III, Edition numérique, p. 414 ● 28 Manuel d’économie politique, Moscou, 1955, Edition numérique, pp. 188, 239 et 243 ; Cent questions et réponses sur l’URSS, Moscou, 1954, Edition numérique, p. 40 ● 29 Michel Sayers et Albert E. Kahn, Ouvrage cité, p. 57 ● 30 Mark Harrison, Accounting for war (Soviet production, employment, and the defence burden (1940-1945), Cambridge University Press, 1996, p. 126  ● 31 A ce sujet, voir notamment le témoignage de premier ordre du maréchal Joukov : La préparation de l’Armée Rouge et du peuple soviétique à l’agression nazie (Maréchal G. Joukov), Etudes marxistes, n°8, 1990, Edition numérique ; ainsi que le chapitre correspondant dans l’ouvrage de Ludo Martens : Un autre regard sur Staline, Edition numérique, pp. 121 et suivantes ● 32 Source des chiffres bruts : http://www.les-crises.fr/6-juin-1944/33 Cf. la réponse qu’y fit Staline : Staline, Œuvres, Tome XVI, Edition numérique, pp. 215-216. Les citations suivantes appartenant à la correspondance Staline-Churchill-Roosevelt sont extraites de cet ouvrage ● 34 Sir Arthur Harris, 25 octobre 1943, cité dans : Brereton Greenhous et al., Le creuset de la guerre, 19391945 : Histoire officielle de l’Aviation royale du Canada, tome 3, 1999, p. 783 ● 35 Nous renvoyons ici à l’excellent ouvrage de l’historien Jacques. R Pauwels intitulé Le mythe de la bonne guerre – Les Etats-Unis et la Deuxième Guerre mondiale (Editions Aden, 2005), qui décrit les caractéristiques majeures de la collaboration économique de l’impérialisme américain avec l’impérialisme allemand tout au long de la guerre ● 36 Ford, fournisseur du  IIIe Reich. Le groupe américain employait prisonniers et déportés en produisant pour la Wehrmacht, Libération.fr, 04/12/1998 ● 37 Joukov, Mémoires, Tome 2, Livre club Diderot, 1970, p. 436 ● 38 Les véritables raisons de la destruction d’Hiroshima : Effrayer les soviétiques, commencer la Guerre Froide, Le Monde Diplomatique, août 1990 ● 39 Le journal de guerre de Danièle Kriegel (15) : ce qu’Israël ne veut pas voir à Gaza, Le Point.fr, 04/08/2014 ● 40 Dimitrov, Œuvres choisies, Edition numérique, p. 22 ● 41 Nous renvoyons ici à l’ouvrage Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930 (Armand Colin, 2006) de l’historienne Annie Lacroix-Riz. La trahison des intérêts de la nation bourgeoise par les élites impérialistes sert aux social-chauvins à justifier leur fusion avec les préjugés démocratiques-bourgeois et social-nationaux de la petite bourgeoisie nationale « patriotique ». Pour un marxiste-léniniste, cette trahison doit au contraire servir à montrer aux travailleurs qu’ils doivent également rompre avec ces préjugés afin de pouvoir s’engager résolument dans la voie de la défense de leurs propres intérêts de classe. ● 42 Cf. l’ouvrage de Jacques R. Pauwels que nous avons cité dans notre article Célébrations du 6 juin 1944 : entre mémoire sélective et culture de l’oubli… De manière synthétique, il suffira de dire qu’après l’arrivée des nazis au pouvoir, « 300 grandes usines militaires ont été construites en Allemagne avec l’aide des Etats-Unis, de l’Angleterre et de la France. A la veille de la Deuxième Guerre Mondiale, l’Allemagne ne possédait que sept des vingt-huit matières premières stratégiques de base. Près de 50 % de ses importations de matières premières et de matériel stratégique provenaient des Etats-Unis, de l’Angleterre et de la France. Le fournisseur principal de produits pétroliers de l’Allemagne à la veille de la guerre étaient les Etats-Unis ». (M. Kilev, Khrouchtchev et la désagrégation de l’URSS, Edition numérique, p. 34) ● 43 Faces cachées de la seconde guerre mondiale – L’Union soviétique par pertes et profits, Le Monde diplomatique, mai 2005 ● 44 Henry Barbusse, Ouvrage cité, pp. 94 et 97-98. Nous conseillons fortement la lecture des pages suivantes qui fournissent un aperçu instantanné remarquable de la situation internationale à la veille de la seconde boucherie mondiale. ● 45 Interprétation que nous donnons en exemple de version expurgée par les khrouchtchéviens ● 46 Source : Why we fight – The battle of Russia (USA, 1943). Ce film-documentaire américain d’époque consacre un chapitre bien documenté au siège de Léningrad ainsi qu’à la Bataille de Stalingrad. Ce film est disponible en téléchargement sur notre site ● 47  Cité dans : Ludo Martens, Un autre regard sur Staline, Edition numérique, p. 98 ● 48 Trotski (12 mars 1938), L’appareil policier du stalinisme, Ed.10-18, 1976, p. 234. cité dans Ludo Martens, Ouvrage cité, p. 113 ● 49 La plupart des éléments rapportés ici proviennent du remarquable ouvrage suivant : T. Derbent, La résistance communiste allemande, (1933-1945), Editions Aden (2008), Edition numérique ● 50 Karl Marx, New York Tribune, 24 septembre 1855 ● 51 Cité dans

Hugh Trevor-Roper, Hitler’s Table Talk 1941-1944. His Private Conversations, édition Enigma Books, 2000, p. 661 ● 52 Staline, Les questions du léninisme, Tome III, Edition numérique, p. 57 ● 53 http://www.nps.gov/history/history/online_books/personal_justice_denied/54 Editions numériques  ●

55

Nous renvoyons ici à un excellent article publié récemment par le Wall Street Journal : Howard Schneider, Book Review : ‘Operation Paperclip’, by Annie Jacobsen, 26/02/2014. Cet article décrit parfaitement l’enjeu fondamental de l’opération Paperclip : récupérer les scientifiques issus des débris de l’impérialisme allemand (ainsi que de l’impérialisme japonais), à l’inclusion de criminels de guerre notoires, c’est-à-dire tout ce qui pourrait être mobilisé dans une guerre totale contre l’URSS à relativement brève échéance. L’impérialisme américain récupéra ainsi les savants japonais qui avaient travaillé dans le domaine des armes chimiques et biologiques… Après avoir servi une décennie durant contre les civils chinois, leurs travaux serviront de nouveau quelques décennies plus tard contre le Laos, le Cambodge et le Vietnam. ● 56 M. Kilev, Ouvrage cité, p. 54 ● 57 Maurice Hartmann, Staline, Edition numérique, p. 169 ● 58 Why we fight – The Battle of Russia, USA, 1943 ● 59 Source des chiffres bruts : Mark Harrison, Ouvrage cité, p. 124 ● 60 Cahiers du communisme (1947-1950), Edition numérique, p. 61 ● 61 Cent questions et réponses sur l’URSS, 1954, Edition numérique, p. 35 ● 62 Pour une analyse plus approfondie des causes de la contre-révolution révisionniste qui a frappé l’URSS et le mouvement communiste international, nous renvoyons aux chapitres correspondant de notre étude Impérialisme et antiimpérialisme ainsi qu’à notre texte Ce que sont les « Amis de l’URSS » et comment ils luttent contre les marxistesléninistes… 63 55 years passed after tragic events of March 1956 in Tbilisi, 1tv.ge, 09/03/2011 ● 64 http://news.bbc.co.uk/hi/russian/in_depth/newsid_4739000/4739252.stm65 Les Français et le soixante-dixième anniversaire du débarquement de Normandie, IFOP, mai 2014, p. 7. ● 66 Jean-Luc Sallé, Revue des Amis de l’URSS, n°1 – décembre 2012, pp. 69-98 ● 67 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 69 ● 68 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 70 ● 69 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 80 ● 70 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, pp. 70-72 ● 71

Manuel d’économie politique, Moscou, 1955, Edition numérique, p. 255 ● 72 Staline, Histoire du PCUS (b),

Edition numérique, p. 232 ● 73 Staline, Les questions du léninisme, Tome III, Edition numérique, p. 232 ●

74                                                                        75                                                                       76

J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 71 ●       J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 69 ●  J.-L. Sallé, Ouvrage cité, pp. 76 et 80 ● 77 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 86 ● 78 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 80 ● 79 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 92 ● 80 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 79 ● 81 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, pp. 77-79 ● 82 J.-L. Sallé,  Ouvrage cité,  p. 77 ● 83 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 75 ● 84 Lénine, Œuvres choisies, Edition numérique, Tome II, pp. 128129 ● 85 Staline, Les questions du léninisme, Tome II, Edition numérique, p. 59 ● 86 Cité dans : Lénine, Œuvres choisies, Tome I, Edition numérique, p. 23 ● 87 Staline, Histoire du PCUS (b), Edition numérique, p. 289 ● 88 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 82 ● 89 A ce sujet, voir l’ouvrage : Staline, Les problèmes économiques du socialisme en URSS, Edition numérique, pp. 41-43 ● 90 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, pp. 82-84 et 87-88 ● 91 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, pp. 89-92 ● 92 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 89 ● 93 PTA, Etudes politiques et sociales, Edition numérique, p. 89 ● 94 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 89 ● 95 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 85 ●

96                                                                                   97

J.-L. Sallé, Ouvrage cité, pp. 92-96 ●  Pour un rapide aperçu de cette lutte et de ses résultats, nous renvoyons aux pages suivantes : Enver Hoxha Œuvres choisies ; Galerie d’images 40 années d’Albanie socialiste ;98 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 96 ● 99 J.-L. Sallé, Ouvrage cité, p. 97 ● 100 En ce qui concerne les enseignements essentiels de la lutte anti-révisionniste inflexible livrée pendant quatre décennies par le PTA d’Enver Hoxha, nous renvoyons à notre ouvrage Impérialisme et antiimpérialisme, et en particulier aux pages 79-89 de cette étude ● 101 Enver Hoxha, Réflexions sur la Chine, Tome II, Edition numérique, pp. 26-28 ● 102 Voir par exemple : Vincent Gouysse, Le réveil du dragon, Edition numérique, pp. 405-406 ● 103 A ce sujet, nous renvoyons aux annexes correspondantes de notre ouvrage Les classes sociales sous l’impérialisme 104 Groupe auquel appartenait l’auteur ● 105 Contrairement aux menées des scissionnistes issus de la C.C., la scission des camarades de l’OCF était idéologiquement motivée et fût menée une fois actée l’impossibilité de mener un véritable débat avec les éléments révisionnistes. Susceptible de souffrir de problèmes d’élocution quand il fait face à une situation de stress (et donc quand il prend la parole en public), le camarade Vincent Gouysse n’a jamais eu pour ambition de devenir un « meneur » ou un « orateur », mais seulement de contribuer, dans la mesure de ses capacités, à une cause dont il est persuadé de la justesse. La plupart des éléments se rapportant à la petite histoire de la C.C., de l’URCF et du PRCF nous ont été fournis par un excellent camarade ouvrier, qui fût longtemps membre de la Coordination Communiste et qui, après l’avoir quitté la tête haute avec son groupe, non sans avoir au préalable dit en face leurs quatre vérités au « gratin » des dirigeants révisionnistes de l’URCF, participa à la création de l’OCF. Nous renvoyons également à une annexe synthétisant notre travail au sein du CNU-ROCML ainsi que des JCML, sans oublier les éléments fondamentaux de notre rupture. ● 106 Lénine, Œuvres choisies, Tome I, Edition numérique, p. 31 ● 107 Une nouvelle association est née… l’ « Association des Amis de l’URSS », 13/09/2012 ● 108 Cf. Contreculture : Le réalisme socialiste dans la chanson soviétique : http://marxisme.fr/realisme_socialiste_chanson_sovietique.htm109 Hedrick Smith, Les Russes, Editions Pierre Belfond, Paris, 1976, pp. 256-257 • 110 Moshe Lewin, Le siècle soviétique, Fayard — Le Monde Diplomatique, Paris, 2003, p. 430 • 111 Terme synonyme de semicolonisation, c’est-à-dire d’une indépendance politique de façade masquant une complète dépendance économique industrielle et financière. • 112 Cf. Vincent Gouysse, Impérialisme et anti-impérialisme, p. 403 et Le Réveil du dragon, pp. 312-313 • 113 Source de la vidéo d’où sont extraites ces citations : http://www.youtube.com/watch?v=q9sYwdkw9ok114 Dieudonné : Arno Klarsfeld appelle à manifester contre ses spectacles, RTL.fr, 02/01/2014 • 115 Source de la vidéo d’où sont extraites ces citations : http://www.youtube.com/watch?v=0r4YQ54PazA116 Dieudonné : Filippetti n’exclut pas de fermer son théâtre, Le Parisien.fr, 06/01/2013 • 117 Fiche du spectacle « Le mur » • 118 Source de la photo : « Quenelle » de Dieudonné : Manuel Valls piégé lors d’un déplacement, Le Figaro.fr, 30/12/2013 •

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Dieudonné : Nancy et Metz demandent l’interdiction de ses spectacles, Huffingtonpost.fr, 02/01/2014 • 120 Cf. Vincent Gouysse, Les classes sociales sous l’impérialisme, pp. 49 et 83. • 121 Texte amendé le 06/01/2014, en particulier avec des éléments de la vidéo du 31/12/2013. • 122 Source : « In class warfare, guess which class is winning », New York Times, 26/11/2006 • 123 Onze milliardaires cèdent la moitié de leur fortune, Le Figaro.fr, 19/09/2012 • 124 Inside The 2013 Forbes 400 : Facts And Figures On America’s Richest, Forbes.com, 09/16/2013 • 125 Source : http://www.hearst.com126 Cf. Vincent Gouysse, Les classes sociales sous l’impérialisme, pp. 52-56 • 127 Personnification de la richesse matérielle et de l’avarice dans le Nouveau Testament128 Héros de la tragédie éponyme de William Shakespeare. Dans cette pièce de théâtre, le personnage en est réduit à se suicider • 129 Discours prononcé par John Swinton, éditorialiste en chef du New York Times, devant ses journalistes au dîner organisé à l’occasion de son départ du journal en 1870. Source du texte anglais : http://en.wikiquote.org/wiki/John_Swinton

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A l’instar d’Agora Vox, d’Alterinfo et du Réseau Voltaire. •  Source : Victoire dans le Pacifique (Arte, septembre 2006) • 132 Pour une analyse plus détaillée des incidences concrètes actuelles et futures de la mutation de la division internationale du travail et de la rapide modification du rapport de forces interimpérialiste qui s’opère au profit de l’impérialisme chinois, nous renvoyons à notre ouvrage Crise du système impérialiste mondial (pp. 8-12 et 207-209), ainsi qu’à notre ouvrage Le réveil du dragon. • 133 Comme le dit si bien un excellent camarade. • 134 Lénine, Cahiers philosophiques135 Karl Marx, À propos du système national de l’économie politique de Friedrich List, 1845 • 136 Courbe mathématique qui tend vers l’infinitésimal • 137 Lénine, Œuvres choisies, Tome I, Edition numérique, p. 28 • 138 Théorie affirmant que le monde est inconnaissable, la raison humaine limitée et incapable de rien connaître au-delà des sensations • 139 Théorie qui accorde la suprématie à la foi au détriment de la science • 140 Méthode antiscientifique d’aborder les phénomènes de la nature, de les étudier isolément l’un de l’autre et de les considérer comme invariables • 141 Cf. Edition numérique • 142 Pour un exposé plus complet mais très accessible des principes de la philosophie matérialiste-dialectique, nous renvoyons à l’ouvrage suivant : Staline, Histoire du PCUS (b), Edition numérique, pp. 86-109. Pour une étude approfondie de la philosophie, nous conseillons les éditions numériques du Petit dictionnaire philosophique (Moscou, 1955), ainsi que des Principes élémentaires de philosophie et des Principes fondamentaux de philosophie de Georges Politzer. • 143 33 % des Américains rejettent la théorie de l’évolution humaine, Le Quotidien du Peuple en ligne, 31/12/2013 • 144 Karl Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843. Nous renvoyons également à la charge remarquable de Karl Marx contre les « principes sociaux du christianisme ». Cf. notre édition numérique du texte Le communisme du Rheinischer Beobachter (1847) • 145 Lénine, Textes sur la religion, Edition numérique, pp. 2 et 6 • 146 Lénine, Textes sur la religion, Edition numérique, p. 5 • 147 Lénine, Textes sur la religion, Edition numérique, p. 2 • 148 Lénine, Textes sur la religion, Edition numérique, p. 4 • 149 Lénine, Textes sur la religion, Edition numérique, pp. 2-4 • 150 Cf. Histoire du Parti du Travail d’Albanie (1966-1980), Edition numérique, pp. 2830 • 151 Petit dictionnaire philosophique, Edition numérique, p. 233. • 152 Pour en savoir plus sur le rôle joué par la bourgeoisie juive dans les pogroms de la Russie tsariste, voir L’anticommunisme, profession des sionistes, Moscou (1972) • 153 L’anticommunisme, profession des sionistes, Moscou (1972), p. 15 • 154 Cité dans L’anticommunisme, profession des sionistes, Moscou (1972), p. 26 • 155 Arnold Lagémi, Le peuple juif est le « Peuple Elu » Pourquoi ?, Terredisrael.com • 156 Adélard Paquin, L’étoile du Nord, juilletaoût 2011, p. 18 • 157 L’anticommunisme, profession des sionistes, Moscou (1972), p. 4. • 158 Contribution à la journée de formation organisée par l’OCF le 29/03/2014 • 159 Contribution à la journée de formation organisée par l’OCF le 26/04/2014 • 160 Karl Marx : À propos  du système national de l’économie politique de Friedrich List, 1845 ; Discours sur le libre-échange, 1848 • 161 Ibidem162 Lénine, Œuvres choisies, Edition numérique, Tome I, pp. 310-311 • 163 Staline, Les questions du léninisme, Edition numérique, Tome I, p. 65 • 164 Pour plus de détails sur celle-ci voir les éditions numériques des ouvrages suivants : Lénine, Sur les questions nationale et coloniale ; Staline, Le marxisme et la question nationale et coloniale165 Cf. les parties n°s 1 et 2 de notre ouvrage Impérialisme et anti-impérialisme. • 166 Contribution à la journée de formation organisée par l’OCF le 08/06/2014. Cet article fût soumis le 11 juin pour une publication sur le « média citoyen » Agoravox. Dix jours plus tard, l’auteur reçut une fin de non recevoir : « la majorité qualifiée pour qu’il soit publié n’a pas été atteinte ». Une preuve que ces « médias alternatifs » restent en général très conformistes et surtout foncièrement anti-communistes. Sur ces sites sévissent des censeurs petit-bourgeois-bien-pensant « de gauche » qui font la chasse aux idées communistes…• 167 Jacques R. Pauwels, Le mythe de la bonne guerre – Les Etats-Unis et la Deuxième Guerre mondiale, Editions Aden (2005), p. 77 ─ La vidéo d’une conférence de présentation de ce livre remarquable se trouve sur notre site internet http://www.marxisme.fr168 Ibidem, p. 79 • 169 L’ensemble des cartes ainsi que l’infographie relative aux pertes militaires proviennent du très documenté dossier Eastern Front (World War II) – Source : en.wikipedia.org170 Why we fight – The battle of Russia, USA (1943) – Ce film documentaire américain d’époque est disponible sur notre site internet en téléchargement. •171 Contribution à la journée de formation organisée par l’OCF le 20/09/2014 •172 L’Ukraine renonce à l’accord d’association avec l’UE, Libération.fr, 21/11/2013 ; La Russie et l’Ukraine signent un accord commercial, Libération.fr, 17/12/2013 • 173 La Russie répliquera à toute nouvelle sanction, dit Medvedev, Reuters, 08/09/2014 • 174 En froid avec l’Occident, Poutine lance le chantier d’un gazoduc vers la Chine, Libération.fr, 01/09/2014 • 175 Source des chiffres : Russie ─ 15 cartes pour comprendre, Alternatives internationales, n°64 (septembre 2014), pp. 27-29. • 176 Vincent Gouysse, Le réveil du dragon, Edition numérique, pp. 328-329 • 177 La prime de naissance et le congé parental en passe d’être baissés ?, Le Nouvel Observateur, 08/09/2014 • 178 Prime de naissance : le gouvernement met-il en péril la natalité en France ?, Le Nouvel Observateur, 30/09/2014 • 179 Déficit de la sécurité sociale : prime à la naissance, congé parental… les pistes évoquées pour faire des économies supplémentaires, Le Huffington Post, 27/09/2014 • 180 Défense : le surcoût des opérations extérieures va dépasser 1 milliard en 2014, La Tribune.fr, 19/09/2014 • 181 Source des chiffres bruts : Ministère de l’éducation nationale, Repères et références statistiques, 2009 ; Education : combien coûte la scolarité d’un élève à l’Etat français, Challenges.fr, 29/08/2013 • 182 Sarkozy propose un contrat de cinq ans pour les fonctionnaires, Franceinfo.fr, 01/10/2014. • 183 http://www.challenges.fr/classements/fortune/184 http://progreshumain.wordpress.com

 

 

 

 

Source : http://www.marxisme.fr/contre_offensive_ideologique.htm

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