De Marx au bolchevisme: Partis et conseils (Rubel, 1962)

«… formu­ler une hypothèse de travail : la « con­quête du pouvoir politique » est leurre, c’est le piège absolu ; c’est le suicide du mouvement ouvrier. Pour ambigu qu’ait été l’héritage de Marx, il en reste pour­tant un acquis : l’auto-émancipation ou­vrière ne peut être que sociale, et le moyen n’en est pas la conquête de l’État, mais sa destruction, et la destruction de tout pouvoir politique. Seule la conquête du pouvoir social, tel que l’enseigne le socialisme des conseils, peut redonner un sens et une âme au mouvement ouvrier.»
– Maximilien RUBEL

Quant à nous, l’utopiste Rubel sous-estime le rôle de la dictature du prolétariat, c’est-à-dire la conquête du pouvoir politique ou d’État par la classe ouvrière sans lequel le socialisme est impossible et ne fait que demeurer au stade de l’idée.

En revanche, il est clair que la manière dont la dictature ou la démocratie de la classe ouvrière au pouvoir doit s’exercer est encore sujet de débats et de questionnements dans bien des milieux « révolutionnaires » dont les communistes devront résoudre les difficultés pour acquérir de la crédibilité auprès du nouveau prolétariat issue des économies capitalistes avancées ayant accédé à l’éducation supérieure.

On ne pourra plus jamais pratiquer la dictature du prolétariat de la même façon après les expériences socialistes du siècle dernier.

Au début du XXe siècle, ceux-ci ont connu leurs échecs dont nous devons tirer les leçons pour reconstruire le mouvement communiste. Cela va de soi, selon nous. Mais nous le ferons pas sans développer notre capacité à distinguer les écueils dans l’application de la théorie à la pratique. Pour ce faire, nous devons d’abord mettre les choses au clair, c’est-à-dire la théorie, pour ensuite en faire une meilleure application dans la pratique. Et tout ceci ne pourra se faire non plus si on jette le bébé avec l’eau du bain.

En un mot, les communistes, ou ceux qui se disent communistes, devront admettre la « bonne foi » des révolutionnaires communistes du début du XXe siècle en considérant l’expérience bolchevique comme une première tentative du prolétariat révolutionnaire de matérialiser le socialisme sur des bases scientifiques, à savoir s’inspirant des travaux de Karl Marx sur la dictature du prolétariat.

Qu’il y ait eu dérive autoritaire et erreur d’appréciation sur les risques de voir se développer le capitalisme d’État au sein de la révolution socialiste, cela est fort possible. Mais Même Karl Marx lui-même a fait de semblables erreurs, notamment dans ses appréciations de la révolution sociale en Angleterre ou encore sur la question de l’indépendance de l’Irlande.

On ne peut pas construire une praxis révolutionnaire en fondant son analyse sur l’infaillibilité de tel ou tel individu, aussi génial puisse-t-il être. Au contraire, nous devons construire le mouvement communiste révolutionnaire comme Karl Marx lui-même, comme des scientifiques, à savoir en vérifiant dans la pratique la manière dont la théorie se comporte.

À partir des conclusions qui peuvent en être tirées, nous pouvons enrichir la théorie et la porter à un niveau supérieur. Celui où le prolétariat s’appropriera du pouvoir politique en tant que classe sociale qui imposera à l’ensemble de la société ses intérêts particuliers qui sont, en dernière analyse, ceux du bien commun puisque la classe ouvrière forme la majorité de la société.

-K.M.

La Bataille socialiste

Article de Maximilien Rubel paru dans Arguments N° 25-26 (1962)

I. Un héritage ambigu.

Il y a chez Marx une méfiance, voire un mépris à l’égard de la politique, dont on peut trouver l’explication romantique dans un texte de 1844, date à laquelle il n’envisageait sans doute pas de s’associer à un parti quelconque (1). il s’agit de sa controverse avec Ruge dans le Vorwaerts parisien: l’article de Marx est, avec l’Adresse sur la Commune, le texte de base de la conception « spontanéiste » du mouvement ouvrier; donc la critique fondamentale du fétichisme du parti. Réduite à l’essentiel, la thèse marxienne pose qu’aucune politique d’État n’est capable de résoudre le pro­blème du paupérisme, « l’existence de l’État et l’existence de l’esclavage sont inséparables ». Plus l’esprit politique est développé, moins il est capable de com­prendre les tares sociales — voir les héros de la Révolution française ; voir…

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