Le point de vue maoïste sur la GPP dans les pays impérialistes

Pour nous maoïstes, le processus révolutionnaire n’est pas spontané. C’est un aspect essentiel de la question de la révolution. Le mouvement de mai/juin 1968 a montré quelles sont les conséquences de l’absence d’une organisation maoïste dirigeant le mouvement de masses.

Les masses ont ébranlé le système, mais elles ne l’ont pas renversé. La contre-révolution a pu ainsi reprendre le dessus, au fur et à mesure et en profitant des idéologies social-démocrate et gaulliste.

Mais un autre aspect non moins essentiel est que la révolution communiste est la révolution des masses populaires. Les maoïstes sont une avant-garde au sens où leur objectif est que les masses suivent le chemin de la révolution.

Ce sont les masses qui font l’ histoire ; comme le dit Mao Zedong,  » le peuple, le peuple seul est la force motrice, le créateur de l’histoire universelle « .

Le concept de guerre populaire correspond à ce principe maoïste. La guerre populaire est la guerre des masses populaires ; elle seule fraie le chemin au socialisme, au communisme. Il n’y a de processus réellement révolutionnaire que s’il y a une guerre populaire.

Celle-ci peut prendre plusieurs formes ; cela dépend des pays, des conditions concrètes. Le concept de guerre populaire est un concept scientifique, valable universellement, dont l’application dépend de son champ d’application.

Le camarade Gonzalo a résumé cette position ainsi :  » Pour nous, le président Mao Zedong, en établissant les principes de la guerre populaire, a doté le prolétariat de sa ligne militaire, de sa théorie et de sa pratique militaire, de valeur universelle, donc applicable partout, selon les conditions concrètes « .

Cette position est la seule scientifique, elle seule permet aux révolutionnaires de trouver suffisamment de créativité pour avancer dans le processus révolutionnaire. Cette position permet de ne pas tomber dans l’erreur révisionniste opposant les révolutions russe et chinoise.

La révolution russe est le fruit du long travail d’agitation de propagande des Bolchéviks, de leur organisation de l’insurrection d’Octobre 1917, puis de l’armée rouge dans la lutte contre les troupes contre-révolutionnaires et ses soutiens impérialistes.

La révolution chinoise est le fruit du long développement de l’armée rouge et des conquêtes de zones libérées, jusqu’à la libération de tout le pays.

Lénine, Staline et la troisième Internationale ont eu raison d’affirmer le caractère universel de la révolution russe, c’est-à-dire de la dictature du prolétariat. Mais la troisième Internationale a souvent compris cela de manière mécanique, et donné à la révolution russe un caractère de modèle universel.

Après la révolution chinoise, d’autres dogmatiques considéreront qu’il s’agit là aussi d’un modèle universel.
Ces positions sont erronées, car elle nie le caractère particulier de la révolution dans chaque pays.

C’est pourquoi le Parti Communiste du Pérou a souligné la nécessité pour les communistes de chaque pays de développer une  » pensée  » spécifique. Au Pérou l’idéologie est ainsi le marxisme-léninisme-maoïsme pensée Gonzalo ; de même dans chaque pays les communistes doivent comprendre comment la guerre populaire peut et doit se développer.

Ceux et Celles qui raisonnent de manière schématique sont condamnés à échouer.

Rosa Luxembourg et Che Guevara ont tenté d’appliquer schématiquement un modèle de révolution, sans étudier les conditions concrètes. L’échec en a été la conséquence. Inversement, là où les communistes appliquent la guerre populaire prolongée aux conditions concrètes, celle-ci devient indestructible, comme c’est le cas au Pérou, ou encore au Népal.

La guerre populaire prolongée est la guerre des masses populaires ; la situation des masses populaires étant différente selon les pays, le mode d’action change. Dans le fameux interview du camarade Gonzalo, celui-ci dit ainsi : « L’Amérique latine, par exemple, compte des villes proportionnellement plus grandes que celles des autres continents.

C’est une réalité de l’Amérique Latine qu’on ne peut ignorer. Il suffit de voir la capitale du Pérou, qui a un taux de population élevé. Ainsi, pour nous, la ville ne pouvait être laissée de côté et la guerre devait s’y dérouler aussi, toutefois la lutte se livre principalement à la campagne, celle de la ville restant le complément nécessaire « .

La guerre populaire en Amérique latine possède donc des caractéristiques différentes de celles des autres continents. Pour pouvoir mener une guerre populaire correcte, il faut connaître dans tous les cas l’histoire du pays, l’histoire du développement économique, l’histoire des masses et de leurs luttes, la géographie, les tâches historiques des communistes.

En ce qui concerne la France par exemple, on voit bien que le schéma opposant  » révolution des villes  » et  » révolution des campagnes  » est absurde. Car dans les pays impérialistes, une grande partie de la population est rurbaine.

Elle n’habite pas dans une ville au sens classique du terme, et elle n’a pas de rapports avec la production agricole. En France, environ 20 millions de personnes vivent dans des zones rurbaines.

Cette population ne vit plus la grande concentration urbaine propre aux zones ouvrières. C’est pourtant dans cette zone que la classe ouvrière y est la plus nombreuse. La classe ouvrière fait ainsi 35% de la population active française, mais elle est beaucoup plus présente dans les zones rurbaines que dans les villes.

L’Etat impérialiste français a ainsi soutenu le développement culturel de la petite-bourgeoisie dans ces zones rurbaines, où les pavillons s’opposent ainsi aux HLM (qui comptent plus de 3,5 millions d’appartements).

Ce sont ainsi les classes dominantes et la petite-bourgeoisie qui dominent culturellement le prolétariat, jusque dans ses bastions. Le phénomène de la  » banlieue rouge « , apparue avec le développement du Parti Communiste en France, disparaît un peu plus à chaque élection municipale depuis que le révisionnisme prédomine dans ce parti.

Peut-on ainsi dire que la révolution russe est un  » modèle  » pour la révolution en France ? Non, on ne le peut pas. Ce que nous pouvons dire c’est que, au fond et comme Lénine l’a fait remarqué, la révolution consistera en la dictature du prolétariat, comme en Russie.

Nous pouvons par conséquent dire que cette révolution sera une guerre populaire, comme l’a fait remarqué le camarade Gonzalo, avec trois outils donc : le Parti, l’Armée, le Front.
Pas de révolution sans les  » trois épées magiques  » !

L’histoire de la révolution socialiste dans les pays impérialistes est justement un échec en raison de la non utilisation de ces trois outils, décrit par Mao Zedong comme les  » trois épées magiques « .

Les révolutionnaires d’Allemagne avaient, dans les années 1930, un très bon Parti Communiste, ainsi qu’un Front de grande dimension (allant des combattants antifascistes à l’organisation de courses de motos). Mais l’absence d’une armée en tant que telle leur fera subir une défaite totale.

Les révolutionnaires d’Italie avaient, dans les années 1970, organisé un grand embryon d’armée. Mais les Brigades Rouges repoussèrent la structuration d’un véritable Parti Communiste et nièrent l’importance du Front. La conséquence sera une déviation militariste accompagné d’un isolement croissant, formant une spirale infernale.

Si aujourd’hui nous pouvons avoir cette grille d’analyse, c’est grâce à l’expérience accumulée par le mouvement ouvrier et communiste en Europe occidentale. La réflexion sur la révolution dans les pays capitalistes ne s’est jamais arrêtée depuis la révolution russe.

Initialement, les communistes d’Europe occidentale pensaient qu’il fallait utiliser le modèle soviétique. Cette position a amené de nombreuses dérives gauchistes. Le Parti Communiste d’Autriche appelait ainsi chaque semaine à la Révolution socialiste, sans se soucier d’organiser les masses populaires. Il y a également et bien sûr eu la tentative des Spartakistes de Rosa Luxembourg de renverser la bourgeoisie, tentative écrasée dans le sang.

Par la suite s’est développée au sein de l’Internationale Communiste la thèse du front populaire. L’utilisation du front pour organiser les larges masses visait à rassembler contre le fascisme, mais également pour la révolution.

Tel ne fut pas le cas en Europe. Les communistes de France se soumirent, comme ceux/celles d’Espagne ou même d’Italie, à la social-démocratie. En 1936, le fascisme fut vaincu en France, mais le Parti Communiste devint  » Français  » et réhabilita le patriotisme, la Marseillaise, la révolution bourgeoise de 1789.

Cette attitude ne se modifia pas pendant la Résistance armée des années de guerre impérialiste (1939-1945).

Et les révisionnistes dominèrent même idéologiquement les révolutionnaires par l’intermédiaire de ce concept de  » front », qui devint la quête des  » 51%  » aux élections. Des années 1950 à aujourd’hui, tout l’histoire du  » Parti Communiste Français  » est ainsi la recherche d’un  » front  » des forces  » progressistes « ,  » démocratiques « , etc.

Le Front Populaire devait permettre l’organisation à la base, il devint un prétexte pour une recherche d’alliances électorales. Le trotskysme, liquidé, put renaître grâce à l’opportunisme de cette thèse, s’affirmant comme les seuls vrais  » révolutionnaires « .

Or, à l’opposé des trotskystes, nous communistes ne pensons pas que la thèse du Front Populaire soit fausse ; c’est son application en Europe qui a été erroné.

En Chine, les communistes ont très bien appliqué ce concept du front. Ils/Elles ne se sont pas soumisEs à la petite-bourgeoisie ni à la bourgeoisie nationale. Les communistes ont conservé leur indépendance, et ont dirigé le mouvement.

Ainsi, en Europe occidentale, l’opportunisme en ce qui concerne la question du Front a abouti à la cessation de l’analyse révolutionnaire conséquente. Il a fallu attendre les années 1970 pour que des tentatives de réponse à cette question révolutionnaire soit posée.

Apprendre des succès comme des échecs ! Le philosophe allemand Hegel a affirmé que  » Tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel est réel « . Les communistes ne nient pas les phénomènes historiques , même si cela ne leur  » plaît  » pas ; au contraire ils/elles en étudient les aspects positifs comme négatifs.

Si nous relisons l’interview du camarade Gonzalo, nous pouvons ainsi y lire le paragraphe suivant :

 » Quant à l’Europe, nous voyons s’y développer de longues luttes armées ; elles sont l’expression d’une réalité objective. Par conséquent, il ne s’agit pas de condamner, mais de comprendre, d’étudier et d’analyser, et de voir comment elles expriment le fait qu’une situation révolutionnaire existe aussi dans la vieille Europe.

Plus encore, il y a des hommes [et des femmes] qui prennent les armes en comprenant que c’est la seule façon de conquérir le pouvoir ; c’est un coup dur pour le révisionnisme, parce qu’en Europe même, considérée comme un de ses bastions, le révisionnisme commence à être abandonné. Quels que soient le niveau atteint et les problèmes en suspens, c’est incontestablement une avancée importante.

Dans certains cas, il s’agit de questions nationales, comme en Irlande. Dans d’autres, ils se posent le problème de comment faire la révolution. Nous pensons que ces luttes doivent être sérieusement étudiées : la question est de voir quelle est leur idéologie, quelle politique les guide, quelles classes elles servent, comment elles font face au problème des superpuissances.

Nous pensons qu’elles méritent beaucoup d’attention de notre part, surtout quand il y a des organisations qui se posent la question du retour à Mao Zedong, ou qui commencent à se poser la question de la nécessité du Parti, ou de l’insuffisance de la seule lutte armée.

Alors, nous devons voir ceci comme un nouvel éveil, et comprendre que de nombreuses erreurs peuvent être commises ; finalement, qui n’en commet pas ?

Mais ce sont elles-mêmes qui tireront les leçons de leurs erreurs, comme elles sont déjà en train de le faire, et elles avanceront, s’empareront du marxisme-léninisme-maoïsme, construiront leurs Partis et feront leurs guerres populaires, selon le caractère socialiste de leur révolution et selon leurs conditions concrètes.

En synthèse, c’est un exemple, je le répète, qu’en Europe aussi il y a une situation révolutionnaire de développement inégal, qu’il y a des hommes dégoûtés du révisionnisme pourri qui, dans des conditions si difficiles, au sein des entrailles impérialistes où la lutte est complexe et dure, prennent les fusils pour changer le monde, comme c’est d’ailleurs la seule façon de le faire.

Ceci donne plus d’espoir et permet de voir que la tendance principale c’est la révolution, et que l’Europe, elle aussi, s’oriente vers la révolution.

Voyons même qu’après avoir été pionniers, ils sont en train d’ouvrir des brèches et en fin de compte d’offrir plus d’espoir ; ils méritent plus de compréhension de notre part, d’autant qu’on voit que quelques uns se préoccupent déjà du Parti et du retour à Mao Zedong, c’est-à-dire du retour au marxisme, pou s’en saisir dans son ensemble : le marxisme-léninisme-maoïsme.

En Europe aussi se mènent ces luttes, avec également des limites et des erreurs, comme dans toute lutte, mais nous devons les voir comme une expression de la marche irrépressible de la révolution, et de comment à chaque fois plus de pays et de peuples s’expriment en prenant les fusils pour renverser l’ordre existant.

Ils acquièrent de l’expérience et font route vers le Parti et l’idéologie du prolétariat, le marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme.

Pour moi c’est un motif de joie que de voir qu’en Europe la révolution commence à se frayer un chemin, et quels que soient les accrochages, les faux pas qui puissent avoir lieu, il faut avoir confiance dans les masses et les peuples, confiance dans le fait que, de la même façon qu’ailleurs, la révolution a lieu les armes à la main, en suivant le marxisme, en Europe elle se fera aussi, nous devons y penser.

J’insiste sur le fait que nous devrions voir une dimension historique, voir à plus longue échéance, étudier sérieusement ces mouvements et encourager tout ce qui conduit au marxisme-léninisme-maoïsme, à forger un Parti et à développer la guerre populaire « .

Pour résumer, nous pouvons dire que la situation des années 1970-1980, résumée par le camarade Gonzalo, est l’exacte inverse de celle des années 1920-1950.

Il y a des armées ou des armées en construction, mais ni le Parti, ni le Front. Puisque de plus pour, nous maoïstes, le Parti dirige l’armée, on peut s’attendre à des déviations militaristes, ainsi qu’au fait que le Front  » oublié  » permet une très forte mainmise des révisionnistes et des sociaux-démocrates sur les organisations des masses.

De fait, telle a été la situation.
Les années 1970, expériences complémentaires de celles des années 1920-1940
Lorsque dans les années 1950-1960 les révisionnistes prennent définitivement le pouvoir dans les Partis Communistes des pays capitalistes européens, la situation est très difficile pour les véritables communistes.

Les sources du révisionnisme sont profondes. Les chefs du révisionnisme français et italien, Thorez et Togliatti, sont depuis longtemps aux commandes des Parti de France et d’Italie ; de plus leurs positions ouvertement révisionnistes sont progressives. Thorez prétendra ainsi encore défendre Staline.

Deux positions vont ainsi se développer chez les communistes. La première considère que la source principale du révisionnisme est extérieure aux Partis Communistes des pays européens. Il s’agit par conséquent de refonder le plus vite possible un Parti Communiste défendant une ligne correcte.

La seconde affirme au contraire que les sources du révisionnisme sont principalement internes aux Partis Communistes. Il faut donc se fondre dans les masses, et à partir de là reconstruire le Parti Communiste.

La première position a produit une énorme vague de ce qu’on appelé les  » groupes ML « . Ces groupes, que l’on peut compter par centaines, se prétendaient chacun le véritable parti communiste.

Aucun n’a connu de développement réel et durable, et tous ont disparu à la fin des années 1970.
La seconde position a produit peu de groupes, mais ceux-ci ont une influence très profonde dans leurs pays respectifs, ainsi qu’un fort ancrage dans les masses. Leur principale caractéristique est la mise en avant de la violence révolutionnaire, la défense de la guerre de guérilla pour prendre le pouvoir.

Il serait évidemment erroné de penser que les communistes refusant le schématisme formel de la construction fictive d’un  » Parti Communiste  » de papier, aient tous/toutes possédé la même position dans tous les domaines. Mais il existe de nombreux dénominateurs commun :

§ L’affirmation de la nécessité de partir des positions de Mao Zedong ;
§ La centralité de la classe ouvrière dans le processus révolutionnaire ;
§ L’internationalisme prolétarien comme identité ;
§ La nécessité de refuser la domination du révisionnisme sur les organisations de masse et d’organiser l’autonomie de celles-ci vis-à-vis de l’Etat impérialiste ;
§ Le primat de la pratique.

La Fraction Armée Rouge affirme ainsi dans son Manifeste que:  » Il n’y aura pas de rôle dirigeant des marxistes-léninistes dans les futurs luttes de classes si l’avant-garde ne tient pas elle-même la bannière rouge de l’internationalisme prolétarien et si l’avant-garde ne répond pas elle-même à la question de savoir comment sera érigé la dictature du prolétariat, comment le pouvoir politique du prolétariat doit être exigé, comment le pouvoir de la bourgeoisie doit être brisé, si elle n’est pas prête avec une pratique à y répondre.

L’analyse de classe dont nous avons besoin n’est pas à faire sans pratique révolutionnaire, sans initiative révolutionnaire »
.
Ce texte se termine d’ailleurs par le slogan  » Victoire dans la Guerre Populaire! ».

Cette position est commune aux partisanEs de la position authentiquement révolutionnaire. Les développements seront très différents selon les pays.

En France, la Gauche Prolétarienne (1969-1972), dont les militantEs se définissent comme  » maoïstes « , réussissent à avoir un écho retentissant dans les masses populaires. La  » GP  » mènera des luttes très dures dans beaucoup de domaines de lutte, organisant les masses sur le terrain de la violence révolutionnaire et principalement la classe ouvrière.

Les principales usines redeviennent les symboles de la révolution, et l’ensemble des intellectuels soutient le mouvement maoïste, notamment Jean-Paul Sartre.

Mais la GP n’a pas crée le Parti, et ses tentatives de construction d’un front ont échoué.

Par conséquent, les activités du bras armé de la GP, la Nouvelle Résistance Prolétarienne (NRP), prend le dessus. La direction prend peur et fait se dissoudre le mouvement, qui n’arrive pas à se relancer.

En Allemagne, les communistes n’arrivent pas réellement à s’implanter dans les masses populaires, à l’opposé d’en France. De plus, le poids du révisionnisme est très grand, et c’est la position de Che Guevara qui prédomine : l’URSS est comprise comme un soutien  » passif  » au processus révolutionnaire, principalement en raison de l’existence de la R.D.A..

Le mouvement se transforme donc très vite en mouvement  » anti « , principalement contre l’impérialisme US et la guerre impérialiste. Au début des années 1980 ce mouvement est de masse et a une grande résonance.

Il n’est pas un jour sans une action armée contre des établissements militaires ou des bâtiments étatiques. De grands mouvements de masse se développent, comme à Berlin où des centaines de maisons sont occupées par les révolutionnaires.

La référence principale est la Fraction Armée Rouge (1970-1998), qui a notamment fait sauter l’ordinateur central coordonnant les bombardements au Nord-Vietnam.

Mais l’ensemble de ses dirigeants se font  » suicider  » en prison. Les générations suivantes frapperont les cadres des organes étatiques, comme en 1991 le responsable de l’intégration économique de l’Allemagne de l’Est dans la RFA.

Au départ la RAF se revendiquait de Mao Zedong, mais très vite ce fut la position guévariste militariste qui domina, position se retrouvant même dans son autocritique finale, pourtant consciente de ses limites :  » Dans aucune phase de notre histoire, il n’y a eu de réalisation d’organisation politique partant de la lutte politico-militaire. Le concept de RAF ne connaissait en dernier lieu que la lutte armée, avec l’attaque politico-militaire dans le centre.

Dans les communiqués fondamentaux de la RAF jusqu’au milieu des année 1970, cette question importante n’était pas encore résolue, ce qui pouvait difficilement être autrement. Il n’y avait dans la métropole quasiment pas et en R.F.A. pas du tout d’expérience de guérilla urbaine.

Il était nécessaire de d’abord trouver beaucoup de choses et de les laisser se vérifier en pratique comme vraies ou fausses.

Malgré cela il y avait une direction pour la question décisive de savoir si le projet de libération pouvait être satisfait par une organisation illégale pour la lutte armée, ou si la construction de la guérilla allait main dans la main avec la construction de structures politiques qui grandiraient dans le processus à la base.

Nos camarades prisonnierEs écrivaient à ce sujet en janvier 1976 que la lutte armée à partir de l’illégalité était la seule possibilité d’activité pratique critique dans l’impérialisme « .
La dernière organisation principale partant de cette position a elle eu un écho fondamental dans son pays, l’Italie. Il s’agit des Brigades Rouges.

Les Brigades Rouges (BR) ont été un mouvement ouvrier. Les bases étaient les usines, les militantEs étaient ouvierEs, les sympathisants faisaient partie de la classe ouvrière.

Ce mouvement est d’ailleurs né dans les usines ; il s’est développé en même temps que les énormes luttes des masses italiennes.

Idéologiquement, les BR sont marxistes-léninistes. Elles se revendiquent des classiques (Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao Zedong) et rejettent très clairement le social-impérialisme russe.

Dans ce cas également, ce mouvement n’a créé ni Parti ni Front, il rejette cette division attribuée à la Troisième Internationale et l’objectif était ainsi la formation d’un  » Parti Communiste Combattant « .

Cette position a eu une conséquence catastrophique puisque les BR possédaient une forte reconnaissance par les masses en Italie. En considérant que les communistes ne devaient travailler qu’à partir de l’illégalité, les BR se sont privées de tout champ d’action à ce niveau.

La conséquence en a été la continuation de la main mise organisationnelle du  » Parti Communiste Italien  » sur les masses populaires, et le développement très fort de courants petits-bourgeois dans la sphère révolutionnaire légale.

Les BR ont  » découvert  » que seule la guérilla pouvait désarticuler l’Etat impérialiste et briser les liens corporatiste entre les classes dirigeantes et les organisations de masse. Elles mirent ainsi en avant le concept d’attaque au cœur de l’Etat : les communistes doivent frapper de telle manière à faire avancer l’autonomie ouvrière vis-à-vis de l’Etat impérialiste et de ses appareils de domination.

Cette conception de l’attaque au cœur de l’Etat distingue les BR des très nombreuses autres organisations armées italiennes des années 1970 (en 1979 il y a par exemple 2366 actions armées révolutionnaires).

Les BR subiront leur principale défaite en 1982 ; depuis un groupe nommé Brigades Rouges pour la construction du Parti Communiste Combattant mène quelques actions, mais sans remettre en question le schéma original tout en adoptant des positions de plus en plus similaires à celles de la RAF .
[Note: Il a bien sûr existé et il existe d’autres organisations armées en Europe. Mais aucune de ces autres organisations n’a été aussi proche du maoïsme.

Par contre, force est de noter qu’elles ont à chaque fois représenté les éléments les plus avancés de l’époque.
Si l’on prend ainsi l’Espagne, on peut voir que le Parti Communiste d’Espagne (reconstitué), qui soutient la guérilla des GRAPO depuis une vingtaine d’années, a une ligne révisionniste armée.

Mais le PCE[r] a été le seul parti à comprendre que la « transition démocratique  » ayant lieu en Espagne ne servait qu’à masquer le fascisme, et c’est pour cela que les GRAPO ont réussi à s’implanter dans l’histoire des classes ouvrières d’Espagne.

Le groupe français Action Directe a été un rassemblement idéologiquement éclectique, allant d’anarchistes à des communistes plus ou moins léninistes. Mais il a consisté en la frange la plus radicale d’un mouvement plus large de solidarité internationaliste et de révolution sociale refusant le trotskysme et la social-démocratie.

Les Cellules Communistes Combattantes belges ont été un groupe encore plus petit se revendiquant ouvertement de groupes militaristes gauchistes de Turquie. Leur « marxisme-léninisme  » a des lacunes très profondes (par exemple sur la question de Staline, où leur positon est quasiment troskyste).

Mais dans ce pays c’est le  » Parti des Travailleurs de Belgique « , néo-révisionniste, qui prédomine totalement parmi les courants révolutionnaires. Les CCC, malgré tout leur gauchisme, ont été une expression avancée du refus de l’opportunisme.

Il est donc clair que c’est l’approche du camarade Gonzalo qui aurait dû être privilégiée dans les années 1970-1990.]

La révolution dans les pays impérialistes
L’organisation des masses populaires dans les pays impérialistes passe de fait par deux aspects majeurs : l’entreprise et le lieu d’habitation.

C’est à ces deux niveaux que le Parti doit agir et développer l’organisation.
Au niveau de l’habitation, on s’aperçoit que dans les « cités » la violence est grande, que tout ce qui se rapporte aux institutions est attaqué par la jeunesse masculine.

La tâche des communistes est de créer les organisations de masses capable de combattre les structures capitalistes, racistes, sexistes.

La violence révolutionnaire a ici un aspect essentiel pour la conquête des droits face aux forces de répression, et passe par une compréhension féministe du monde. Il s’agit de liquider l’appareil de coercition sur les lieux d’habitation populaires, de détruire les institutions culturelles perpétuant l’idéologie contre-révolutionnaire, de développer les droits des masses.

Dans les entreprises, il est erroné de concevoir les syndicats comme force principale. L’écrasante majorité des masses populaires n’est pas active au sein des syndicats, voire même syndiquée (pour un pays comme la France par exemple).

La révolte contre le capitalisme s’exprime de manière autre que syndicale : absentéisme, sabotage, refus des hiérarchies, « cassage » des cadences de travail… Cette violence révolutionnaire est une expression de la recherche de libération des oppriméEs. Elle doit être développée et généralisée.

Le point culminant de la guerre populaire dans les pays impérialistes est la prise du pouvoir dans tout le pays. Cela signifie en clair la destruction définitive du cœur de l’appareil d’Etat impérialiste et des forces de répression.

En pratique, cela consiste en la prise par la violence des différents bâtiments administratifs de l’Etat et le renversement de leur administration, au profit du pouvoir populaire.

Ce pouvoir populaire ne naît pas le jour de l’insurrection. Il s’est développé au fur et à mesure, dans l’agitation, la propagande, la lutte de classes passant par la violence révolutionnaire. La guerre populaire est le développement du pouvoir populaire, qui se fonde sur le Parti, l’Armée et le Front (compris comme alliance des masses populaires sous la direction de la classe ouvrière).

Sans armée le peuple n’a rien, et le pouvoir populaire ne peut pas se développer, se défendre. C’est parce que l’armée n’avait pas été organisée que le Parti Communiste d’Allemagne a vu les très importantes structures de pouvoir populaire qu’il avait construit anéanties par les nazis.

C’est en disposant ce que Mao Zedong avait appelé  » les trois épées magiques  » que les communistes des métropoles impérialistes pourront organiser les masses populaires pour vaincre l’Etat bourgeois et construire le socialisme, pour le communisme.

 

Source: http://www.lesmaterialistes.com/veritable-point-vue-maoiste-guerre-populaire-prolongee-pays-imperialistes

Mais qui sont donc les véritables « pilleurs » professionnels ?

En soutien au mouvement et à la lutte populaire des GJ, nous publions sur notre site web un article du groupe de La Révolution Permanente, de tendance trotskyste, mais dont nous appuyons l’idée de base qui soutient la colère des masses et le recours légitime à la violence par les GJ.

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« Le pays est à feu et à sang », les qualificatifs égrenés par les grands médias visent à dépeindre une vision de terreur. « Casseurs » n’est plus suffisant, pour le ministre de l’intérieur, il faut désormais parler d’« assassins ». Toute la rhétorique du « casseur » a été poussée à l’extrême, réchauffée en urgence. En effet, l’acte 18 n’était en rien le « baroud d’honneur » professé par le gouvernement. Premier symptôme de cet échec : Macron a acté son retour en urgence à l’Elysée après avoir été au ski.

Crédits photo : https://secoursrouge.org/

« Casseurs », « extrémistes », « antisémites », « racistes », on aura tout entendu depuis le début du soulèvement des Gilets jaunes. Pour l’acte 18, le gouvernement a renouvelé son vocabulaire. Pour Castaner, le mouvement des Gilets jaunes « n’existe plus ». Désormais, « ceux qui excusent, qui encouragent » les violences se rendent « complices » a avertit le Premier ministre. Le gouvernement et ses relais policiers ont lancé de multiples appels adressés aux Gilets jaunes visant à se désolidariser des « pyromanes », « assassins », « criminels » et des « pilleurs ». L’appel est resté vain.

Parallèlement à cette opération gouvernementale, les images de dégradations ou de début d’incendie de plusieurs boutiques et établissements emblématiques de l’avenue des Champs-Elysées, comme la brasserie Fouquet’s, ont été relayées en masses par les grands médias. Encore une fois, l’objectif est de retourner l’opinion publique qui, après 4 mois de mobilisation, tient toujours malgré un léger fléchissement. En effet, le « Grand débat » de Macron n’aura pas permis d’en finir avec les manifestations de rue. Pour retourner l’opinion publique, le gouvernement joue dans la surenchère.

On a aussi vu les multiples images de magasins vidés de leur stock. Sur tweeter, certains ont ironisés en parlant de « solde anticapitaliste ». Mais qui est donc le premier « pilleurs » dans l’histoire ? Qui donc a pillé les poches des plus précaires, et ce de manière systématique depuis le début du quinquennat ? Ne s’agit-il pas d’un pillage en bonne et due forme ? Avec la baisse des APL, la hausse de la CSG pour les retraités, puis la désindexation des retraites sur l’inflation, et la hausse des taxes sur le carburant, ce sont bien les poches des plus précaires qui ont été pillées de manière professionnelle.

Mais ce pillage n’en est qu’à ses débuts. S’il s’agit toujours de prendre aux plus précaires pour donner aux grands patrons et aux riches comme avec la suppression de l’ISF et le CICE, porté à 40 milliards d’euros, le pillage va continuer si nous ne l’arrêtons pas. En vue, la « réforme » de l’indemnisation chômage qui vise à amplifier le contrôle des chômeurs ou encore celle des retraites pour en définitive en finir avec la retraite par répartition. Enfin celle de la fonction publique qui vise à en finir comme avec les cheminots, avec le statut de fonctionnaire.

Retourner l’accusation ne fonctionnera pas. Ce ne sont pas les Gilets jaunes qui sont responsables des milliers de blessés et de mutilés mais bien le gouvernement et son bras armé. Ce ne sont pas les Gilets jaunes qui sont responsables de la crise climatique mais les grandes multinationales, les gouvernements à leur service, qui se permettent de polluer professionnellement. C’est en quelques sorte le message adressé par les plusieurs centaines de milliers de manifestants, ce samedi, pour la marche pour le climat. Non, c’est bien tout ce système qui est « criminel » et « assassin ».

A force d’alimenter le brasier, tels des pompiers pyromanes, c’est bien un retour de flamme que le gouvernement prend en pleine face.

 

Source: https://revolutionpermanente.fr/Mais-qui-sont-donc-les-veritables-pilleurs-professionnels

Executive order no. 70 is in furtherance of fascist dictatorship: Statement by Prof. Jose Maria Sison

Statement by Prof. Jose Maria Sison
NDFP Chief Political Consultant
December 10, 2018

Executive Order No. 70 is the latest of presidential issuances in furtherance of the already ongoing de facto martial law nationwide and is in preparation for the formal declaration of martial law nationwide sometime next year. Duterte is truly hell-bent on imposing a fascist dictatorship on the Filipino people.

Under the pretext of ending the revolutionary movement, the national task force is aimed at militarizing all civilian departments and agencies of the reactionary government and concentrating powers and the opportunities for corruption in the hands of Duterte and his ruling clique.

EO 70 will not result in the end of the revolutionary movement led by the CPP. It will only inflame the revolutionary resistance of the broad masses of the people because more noncommunists and even more anti-commmunists than communists will be victimized by the military and police acts of suppression.

I said before that Duterte will have to kill, kill, kill a hundred or even a thousand noncommunists before he can kill one communist. Most of the victims of the national task force shall be the critics of and opposition to the tyrannical, brutal and corrupt Duterte regime.

The military and their civilian agents will also invent a big number of fake surrenderers and fake NPA casualties in fake encounters in order to pocket privately the money for fake surrenders and fake NPA casualties.

As Duterte himself said sometime ago, General Esperon can be his successor. Given more time for Duterte to further discredit himself, Esperon can be actually his succcessor as in so many cases abroad when the dictator becomes too discredited the man on the horse (a general) takes over. Duterte is practically sitting on a throne made of bayonets.###

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Duterte forms nat’l task force to end local communism
By: Nestor Corrales – Reporter / @NCorralesINQ
INQUIRER.net / 01:31 PM December 10, 2018
https://newsinfo.inquirer.net/1061679/duterte-forms-natl-task-force-to-end-local-communism?fbclid=IwAR0yyF3y5yXfQZKgsL7kcwPJP3OD2XEat8vdEDJpeKYIK7c_uYWb4Nf6hoU

MANILA, Philippines – President Rodrigo Duterte has created a national task force to end local communist armed conflict in the Philippines.

Duterte signed on December 4 Executive Order No. 70, which copy was only made available to the media on Monday.

Under the EO, Duterte directed the adoption of a national peace framework and institutionalizing the whole-of-nation approach in attaining to attain “inclusive and sustainable peace” in the country.

Duterte said “there is a need to create a national task force that will provide an efficient mechanism and structure for the implementation of the whole-of-nation approach to aid in the realization of the collective aspiration of the Filipino people to attain inclusive and sustainable peace.”

“The government shall prioritize and harmonize the delivery of basic services and social development packages in conflict-affected areas and vulnerable communities, facilitate societal inclusivity, and ensure active participation of all sectors of society in the pursuit of the country’s peace agenda,” Duterte said.

Duterte will be the chair of the task force while the national security adviser will be his vice-chair.

Members of the task force included secretaries of interior, justice, defense, public works, budget, finance, agrarian reform, social welfare, education, communications operations office; the director generals of National Economic and Development Authority and Technical Education and Skills Development Authority.

Other members are the presidential adviser on peace process, presidential adviser for the indigenous peoples’ concerns, chief of staff of the Armed Forces of the Philippines, director general of the Philippine National Police, chairperson of the National Commission on Indigenous People, and two representatives from the private sector.

Duterte ordered the task force “to formulate and start to implement in coordination with relevant national government agencies, local government units, civil society groups and other stakeholders.”

The President said “the framework shall contain principles, policies, plans and programs that will bring inclusive and sustainable peace, and address the root causes of insurgencies, internal disturbances and tensions as well as other armed conflicts and threats in identified areas.”

“Framework shall be responsive to local needs and sensitive to realities on the ground,” he said.

“The framework shall include a mechanism for localized peace engagements or negotiations and interventions that is nationally orchestrated, directed and supervised, while being locally implemented,” he added.

The initial funding requirements for the implementation of the order, Duterte said, should be charged against existing appropriations of member-agencies of the Task Force and such other appropriate funding sources as the Department of Budget and Management may identify. /kga

 

Source: https://josemariasison.org/executive-order-no-70-is-in-furtherance-of-fascist-dictatorship/

34 ans de prison, toute une vie de résistance !

Communiste arabe, Georges Abdallah s’engage très jeune dans la résistance palestinienne et libanaise contre les bourgeoisies confessionnalistes libanaises et ses alliés impérialistes et sionistes.

Communiste arabe, Georges Abdallah sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en France en 1984 pour des actes revendiqués par les Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises alors en lutte contre l’occupation sioniste du Liban.

Communiste arabe, Georges Abdallah poursuit son engagement depuis sa prison. Par exemple, il affirme son soutien au combat contre les crimes policiers racistes tout comme sa solidarité avec les différentes mobilisations du prolétariat en France.

Communiste arabe, Georges Abdallah défend encore et toujours le programme historique contre la colonisation sioniste : une Palestine libre et démocratique de la mer au Jourdain. En ce sens, il affirme la nécessité de la Résistance, y compris armée, en Palestine occupée mais également dans les camps de réfugiés palestiniens et dans les régimes réactionnaires arabes de la région qui sont des ennemis de la Palestine.

Communiste arabe, l’impérialisme français refuse de le libérer allant même jusqu’à bafouer ses propres lois. Ce refus témoigne de la volonté des gouvernements français successifs de tenter d’isoler et étouffer une voix, un symbole résolument anti-impérialiste et antisioniste au Moyen-Orient.

Communiste arabe, Georges Abdallah est notre camarade et nous exigeons sa libération immédiate. Alors que celui ci entrera le 24 octobre prochain dans sa 35e année d’incarcération, l’OCML VP appelle à participer largement à la Semaine Internationale d’Actions pour sa libération et en particulier à la manifestation du samedi 20 octobre dès 14 de la gare à sa prison à Lannemezan (65).

Il est de nos luttes, nous sommes de son combat : libérez Georges Abdallah !

OCML Voie Prolétarienne, 14 octobre 2018

 

Source: http://ocml-vp.org/article1957.html

Sur la bataille anti-révisionniste aux États-Unis

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Il est frappant de voir que l’histoire de la bataille anti-révisionniste aux États-Unis est strictement parallèle à celle en Allemagne. Comme dans ce dernier pays, on a une organisation étudiante socialiste qui regroupe la contestation, avec par ailleurs le même acronyme : SDS, pour « Students for a Democratic Society », Etudiants pour une société démocratique. Le SDS sert alors de détonateur.

L’origine du SDS est la Intercollegiate Socialist Society, né à l’initiative d’Upton Sinclair en 1905, comme branche étudiante non officielle du Parti Socialiste d’Amérique.

 

Cette première structure devint en 1921 la League for Industrial Democracy, la Ligue pour la Démocratie Industrielle, avant de se radicaliser et de s’unifier avec les étudiants communistes dans un front dénommé American Student Union, le Syndicat étudiant américain.

L’effondrement idéologique du mouvement communiste américain fit se réactiver la League for Industrial Democracy, dont émana en 1946 la Student League for Industrial Democracy, la Ligue étudiante pour la démocratie industrielle.

La Ligue ne disposait alors que d’environ 500-700 membres et consistait en des étudiants socialistes, en opposition donc très nette aux communistes. La Ligue devint d’ailleurs le SDS en 1960 sous l’impulsion de Aryeh Neier qui, bien que sa famille juive avait fui l’Allemagne nazie, soutiendra en 1977 le droit de défiler en uniforme nazi avec la croix gammée, au nom des libertés d’opinion ; il sera également directeur de l’association ACLU pour les libertés civiles et de la fondation ultra-libérale Georges Soros.

Le premier manifeste du SDS fut le Port Huron Statement, en 1962, qui se posait logiquement comme aile gauche du Parti Démocrate, appelant à la lutte contre le racisme, une démocratie plus participative, le désarmement, l’arrêt de l’anti-communisme forcené, une ouverture plus large des universités, un programme contre la pauvreté, la cogestion, etc.

 

Ce manifeste, écrit par Tom Hayden, apparaissait comme quelque chose de nouveau pour deux raisons : la première, c’est qu’un nombre important de thèmes était abordé de front, ensuite parce qu’il s’agissait d’une ligne ni socialiste ni communiste. Cela fut, pour cette raison, considérée comme l’acte fondateur de la « New left », la nouvelle gauche.

La League for Industrial Democracy, pour cette raison, s’opposa au SDS, qui de son côté supprima l’interdiction faite aux communistes de la rejoindre ou de participer à ses rassemblements. Le SDS végéta alors jusqu’à la rencontre avec deux mouvements : le mouvement civique des afro-américains, ainsi que l’opposition à la guerre du Vietnam dont il prit la tête avec notamment la marche de 100 000 personnes contre le Pentagone en 1967.

Trois vagues culturelles et idéologiques jouèrent également un rôle : le féminisme, l’affirmation de la Chine populaire avec Mao Zedong, la critique de la vie quotidienne.

 

Le SDS, connaissant alors un large recrutement, s’effondra à son congrès de 1969 à Chicago. La majorité des délégués – 900 sur 1400 – était liée au Progressive Labor Party, le Parti progressiste du travail, fondé par d’anciens du Parti Communiste des États-Unis et qui menaient un travail de front dans le SDS par une alliance étudiante – ouvrière.

Le PLP était proche de la Chine populaire, mais la rejeta finalement notamment en raison de la valorisation par celle-ci du Black Panther Party.

Les délégués opposés au PLP organisèrent alors une scission, en tant que fraction nommée Revolutionary Youth Movement (RYM), Mouvement de la Jeunesse révolutionnaire.

Le SDS du PLP tomba dans l’insignifiance et le SDS-RYM cessa rapidement son existence, se divisant en deux tendances :

  • le RYM dit RYM I, regroupant les dirigeants historiques du SDS et appelant à la lutte armée ;
  • le RYM dit RYM II, donnant naissance à de multiples organisations rassemblées historiquement sous le terme de « nouveau mouvement communiste ».

 

Parallèlement se développait le mouvement noir, avec des structures comme le Black Panther Party, le Revolutionary Action Movement (Mouvement d’Action Révolutionnaire), la League of Revolutionary Black Workers (Ligure des ouvriers noirs révolutionnaires), etc.

RYM I avait été fondé initialement par les dirigeants du SDS sous le nom de « Weatherman », titre d’une brochure diffusée dans le SDS en 1969, en allusion à la chanson de Bob Dylan Subterranean Homesick Blues, où il est expliqué qu’il n’est pas besoin d’être météorologue pour connaître le sens du vent.

Un congrès de 300 membres à Flint à la fin de l’année 1969 décida le passage à la guerre de guérilla, avec comme référence Lénine et Mao Zedong, mais également Fidel Castro et Hô Chi Minh, Che Guevara et Malcolm X.

Connus ensuite sous le nom de « Weathermen », « Weatherpeople », Weather Underground Organization, RYM I avait décidé d’ouvrir une nouvelle ligne de front anti-impérialiste au cœur des États-Unis, par un parti clandestin menant la lutte armée.

 

Lié à la contre-culture, le Weather Undeground multiplia les actions, allant d’une bombe placée au pentagone le jour de l’anniversaire de Hô Chi Minh à la libération de Timothy Leary, inventeur du LSD, en échange d’argent donné par une mafia hippie dénommée The Brotherhood of Eternal Love (La Confrérie de l’Amour Éternel).

RYM II rejetait catégoriquement cette approche et donna naissance à une multitude groupes cherchant à former un parti en se revendiquant du marxisme-léninisme. Les plus connus furent la Revolutionary Union (Union Révolutionnaire) qui devint le Parti Communiste révolutionnaire des États-Unis (RCP-USA), le Parti Communiste (Marxiste-Léniniste), les Revolutionary Workers Headquarters (Quartiers généraux ouvriers révolutionnaires).

Tant les prolongements de RYM I que de RYM II échouèrent cependant à prolonger leur dynamique.

Sous l’influence notamment du Clayton Van Lyndegraf, cadre communiste des années 1940, le Weather Undeground se dirigea plus nettement vers l’idéologie communiste et son manifeste de 1974, intitulé Prairie Fire : The Politics of Revolutionary Anti-Imperialism (Feu de prairie : La politique de l’anti-impérialisme révolutionnaire), eut un grand retentissement dans l’extrême-gauche américaine.

 

Ce volontarisme anti-impérialiste aboutit cependant à une scission entre les partisans d’une continuité armée et ceux affirmant la nécessité d’un mouvement de masse. Ce dernier choix fut fait par le Prairie Fire Organizing Committee (Comité d’organisation feu de prairie) qui fit le choix du travail légal, ce qui se concrétisa par la reddition des militants, qui abandonnèrent par la suite leur orientation.

Le May 19th Communist Organization (Organisation Communiste du 19 mai) fit lui le choix de la continuité de la lutte armée, fusionnant avec la Black Liberation Army issu des restes du Black Panther Party. Sa mouvance mena des actions armées tout au long de la première moitié des années 1980, avant d’être liquidée par la répression.

Dans le prolongement de RYM II, le RCP-USA devint la principale organisation, étant par ailleurs déjà issu de la majorité de RYM II. Il resta hégémonique par la suite, grâce à son aura international issue de son rejet de la Chine d’après Mao Zedong et de son rôle clef dans la formation du Mouvement Révolutionnaire Internationaliste, une structure internationale.

Les restes des autres structures finirent par s’unifier dans Freedom Road Socialist Organization, qui connut une scission. Les deux Freedom Road Socialist Organization assumèrent rapidement une ligne post-maoïste, ce que le RCP-USA finit lui-même par faire.

 

Source: http://centremlm.be/Sur-la-bataille-anti-revisionniste-aux-Etats-Unis-1879

Sur la situation en Catalogne

 

Que se passe-t-il en Catalogne ? Cette nation présente sur plusieurs territoires de culture catalane (Valence, Baléares, Andorre,…), située principalement dans l’Etat espagnol, et en partie dans l’Etat français, a une situation politique qui évolue rapidement : une crise politique sans précédent s’est déclarée. Le gouvernement de la Generalitat (l’organisation politique détenant les pouvoirs exécutifs et législatifs régionaux de cette « communauté autonome », intégré il y a plusieurs siècles dans l’Etat espagnol) a promis depuis 2015 d’avancer vers la voie de l’indépendance. Pour cela, la Generalitat a convoqué un référendum pour le 1er octobre 2017.

Le gouvernement espagnol conservateur de Mariano Rajoy (dirigeant du Partido Popular, représentant la droite issue du franquisme) semble prêt à utiliser tous les moyens à sa disposition pour empêcher la tenue du référendum, que la Cour constitutionnelle a jugé illégal. Il faut rappeler que la police a quand même mené des perquisitions au siège du gouvernement régional catalan et a saisi les 19 et 20 septembre près de 10 millions de bulletins de vote, que 14 hauts responsables du gouvernement régional ont été arrêtés et le 21 septembre, que la justice a cité à comparaître plus de 700 maires catalans, que des entreprises privées ayant contribué à la propagande indépendantiste ont été perquisitionnées, que la Cour constitutionnelle a annoncé infliger des amendes de 6000 à 12 000€ tous les jours à 24 organisateurs du référendum jusqu’à ce qu’ils se plient aux résolutions de la « Justice ». 60 sites faisant la promotion du référendum ont été fermés, la campagne électorale est illégale et donc le collage d’affiches pour l’indépendance se fait dans l’illégalité, et Madrid a mis sous tutelle les finances de la région pour empêcher les financement illégaux.

La constitution considère en effet que l’Espagne est une et indivisible : malgré l’existence de différentes nations en son sein (Catalogne, Pays Basque, mais également Asturies, Galice, Andalousie…), l’héritage de l’empire et du franquisme reste profondément marqué dans l’organisation de l’Etat. La bourgeoisie continue de célébrer le « jour de l’hispanité », et le principal parti de droite, le PP, est l’héritier directe de la bureaucratie franquiste. Mais dans les faits, la bourgeoisie espagnole est une classe écartelée entre son caractère impérialiste et la réalité d’une centralisation incomplète. Si le pays s’est construit sur l’or provenu de la colonisation de l’Amérique latine, il a connu un important retard industriel par la suite. De plus l’Espagne n’a pas achevé son processus de centralisation comme l’a fait la France, qui a écrasé ses minorités nationales bien plus efficacement avec la diffusion d’une idéologie républicaine jacobine. Seuls quelques régions du nord de l’Espagne ont véritablement connu la révolution industrielle au XIXème siècle comme le Pays Basque (Euskal Herria), la Catalogne (Catalunya), ou encore la Galice.

Ces contradictions ont engendré une grande misère dans les campagnes, des inégalités économiques criantes, des revendications nationales centrifuges, et une instabilité politique profonde. La bourgeoisie dans sa majorité est très liée à l’église catholique, elle méprise ouvertement le peuple et ne cherche pas de vernis progressiste. Face à cela, le mouvement ouvrier s’est développé principalement sur une base anarcho-syndicaliste et anarchiste. Les contradictions de la société espagnole ont notamment été à l’origine du soulèvement réactionnaire puis de la guerre civile de 1936-1939, qui ont aussi vu l’intervention des puissances fascistes, du Mexique et de l’URSS. Basques et Catalans se sont mobilisés aux côtés de la troisième république, espérant obtenir l’indépendance nationale, ou au moins un statut et des libertés publiques.

La défaite de la République a fait taire temporairement les aspirations nationales. Le mouvement anarcho-syndicaliste et anarchiste a été balayé, les communistes ont été plongés dans la clandestinité, et la bourgeoisie a durement écrasé le prolétariat. La transition démocratique entamée après la mort de Franco en 1975 n’a fait que repeindre la façade du vieil état autoritaire et nationaliste : malgré la forme parlementaire de l’état, l’Espagne a un ensemble de lois parmi les plus répressives d’Europe. La torture des militantes et militants révolutionnaires et indépendantistes est courante, et il n’est toujours pas possible de critiquer ouvertement la monarchie.

Mais revenons à la situation actuelle. Qui mène le mouvement indépendantiste en Catalogne ? La direction du mouvement est clairement dans les mains de la bourgeoisie catalane. En termes de classes, une partie du prolétariat, de la bourgeoisie, et la majorité de la petite-bourgeoisie sont de culture catalane. Au contraire « les très riches et les très pauvres sont espagnols » : la grande bourgeoisie, tout comme les prolétaires les plus précaires venus tenter leur chance à Barcelone et dans les zones industrielles, sont plus proches de la culture espagnole.

La dernière Diada, la fête nationale transformée en manifestation pour l’indépendance, a réuni un million de personnes. Depuis une décennie, le développement économique rapide de la Catalogne pousse la petite et la moyenne bourgeoisie catalane à appuyer ouvertement le mouvement indépendantiste. Pour simplifier, disons cela ainsi : pour les bourgeois, il est plus avantageux de garder l’intégralité des impôts au niveau de la Catalogne que de les reverser à Madrid. La Catalogne représente tout de même 20% du PIB de l’Espagne, 30% de ses exportations et 50% de l’activité à forte valeur ajoutée ! Il y a une idée réactionnaire comme quoi « les Catalans » n’ont pas à se sacrifier pour le reste de la population en Espagne. Le mouvement catalan est-il cependant à rejeter dans son ensemble ? Non. Il s’agit d’une lutte nationale portant une caractéristique progressiste (l’indépendance vis-à-vis d’un Etat impérialiste). Mais cette lutte n’est pas révolutionnaire. L’oppression nationale vise le peuple, mais aussi la nation tout entière.

Pour les révolutionnaires de l’Etat français, la situation doit être suivie de prêt. Elle est potentiellement explosive en Espagne, et pourrait avoir des conséquences très importantes au niveau européen, entraînant un effet domino au Pays Basque et ailleurs, par exemple en Ecosse et en Irlande du Nord. Il est clair que Madrid n’envisageait pas que la situation s’envenime à ce point. Pour les conservateurs, il s’agissait d’un simple marchandage économique avec la bourgeoisie catalane, qui faisait son spectacle pour peser dans la balance et mobiliser sa base électorale.

Mais les bourgeois espagnols, qu’ils soient conservateurs ou socialistes, ont négligé un facteur : poussée par sa base, déçue des reculs subis par la Generalitat face aux conservateurs, la bourgeoisie catalane est allée plus loin que prévu. Elle peut encore renoncer au projet indépendantiste et s’en tirer à bon compte, en faisant ce que les politiciens bourgeois savent faire le mieux, c’est à dire en jouant la comédie. Ils peuvent prétexter que les menaces (un général espagnol avait laissé entendre qu’il défendrait l’ordre constitutionnel « par tous les moyens ») et la répression les empêchent de tenir le référendum, notamment la saisie des bulletins et des convocations, la fermeture des sites internet, les procès et la mise sous tutelle des finances de la Generalitat.
Mais Madrid joue un jeu très dangereux. La désobéissance civile est massive en Catalogne, il y a eu de grandes manifestations d’étudiants ces derniers jours, de nombreuses écoles sont occupées et des syndicats ont déposé un préavis de grève générale à compter du 1er octobre au cas où le référendum serait empêché. Si les forces de police locales, les Mossos, obéissent encore à Madrid, l’administration désobéit ouvertement. Les perquisitions de bâtiments publics ont choqué l’opinion. Et les procès des dirigeants catalans peut pousser les masses à tenter le tout pour le tout. Nous voici donc face à une situation de quitte ou double : ou bien le gouvernement écrase temporairement le mouvement indépendantiste, ou bien il le radicalise, et perd ses moyens face à la pression populaire.

Quoi qu’il en soit, les prochaines semaines seront déterminantes. Notre Parti se positionne donc ainsi :

Nous reconnaissons la définition d’une nation comme une communauté humaine, stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et formation psychique qui se traduit dans une communauté de culture.

L’Etat espagnol a usé et use de la force contre la nation catalane pour l’empêcher de faire sécession. Nous soutenons le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Si la nation catalane juge bon de faire sécession et donc de créer un Etat indépendant, c’est qu’elle se se sent opprimée par l’Etat espagnol. Nous devons soutenir son droit à l’autodétermination.

Le Camarade Lénine nous enseigne que « le principe de la nationalité est historiquement inéluctable dans la société bourgeoise, et compte tenu de cette société, le marxiste reconnaît pleinement la légitimité historique des mouvements nationaux. Mais pour que cette reconnaissance ne tourne pas à l’apologie du nationalisme, elle doit se borner très strictement à ce qu’il y a de progressiste dans ces mouvements, afin que cette reconnaissance ne conduise pas à obscurcir la conscience prolétarienne par l’idéologie bourgeoise. » (Notes critiques sur la question nationale, 1913)

Le nationalisme bourgeois de toute nation opprimée possède un contenu démocratique qui est dirigé contre l’oppression, c’est celui-là que nous soutenons. En revanche nous ne soutenons pas le contenu qui vise à renforcer le nationalisme et les privilèges de la bourgeoisie nationale et qui casse la conscience de classe du prolétariat en effaçant les distinctions de classes entre bourgeois, petits-bourgeois et prolétaires.

« Sous prétexte que ses demandes sont « pratiques », la bourgeoisie des nations opprimées va appeler le prolétariat à soutenir ses aspirations sans condition… Le prolétariat est opposé à une telle pratique. Tout en reconnaissant l’égalité des droits à un Etat national, il valorise surtout et avant tout l’alliance des prolétaires de tous les pays, et évalue toute demande nationale, toute séparation nationale, sous l’angle de la lutte de classe des travailleurs. Pour les travailleurs, la chose importante est de distinguer les principes des deux tendances. Dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée combat l’oppresseur, nous sommes toujours, dans tous les cas, et plus fortement que quiconque en sa faveur, car nous sommes les ennemis les plus constants et les plus fervents de l’oppression. Mais dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée est favorable à son propre nationalisme bourgeois nous somme contre. » (Lénine, cité par Ibrahim Kaypakkaya dans La Question Nationale en Turquie, 1971)

Nous soutenons donc le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Et nous soutenons l’unité du prolétariat catalan et espagnol contre les intérêts de la bourgeoisie et des propriétaires.

 

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/sur-la-situation-en-catalogne/

Le président américain promet «le fer et le feu» à l’ONU pendant que Trudeau se pose en grand espoir blanc du monde

Des questions importantes de guerre et de paix

 

Le débat général de la 72e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York a débuté cette semaine, le 19 septembre, et se poursuit jusqu’au 25 septembre. Les chefs d’État et de gouvernement ou leurs représentants s’adressent aux Nations unies pour énoncer les priorités qu’ils se fixent pour eux-mêmes, pour le monde et pour l’ONU.

À la toute première journée, le monde a eu droit à une manifestation de la crise profonde dans laquelle s’enlisent les États-Unis avec la prestation du président Donald Trump. Son discours hargneux dans lequel il promet d’utiliser le fer et le feu contre tous les non-croyants en la démocratie américaine montre à quel point les États-Unis désespèrent de ne pouvoir ordonner au monde de régler leur crise économique et multilatérale. Plus ils proclament qu’ils sont la nation indispensable, plus le reste du monde prend conscience de la nécessité de ne pas être marginalisé.

Bien que les États-Unis et l’échec de leur démocratie soient coupables de l’anarchie et de la violence dans le monde aujourd’hui, Trump a dit que la menace à laquelle le monde fait face est que « les pouvoirs autoritaires cherchent à faire effondrer les valeurs, les systèmes et les alliances qui ont empêché les conflits et ont promu la liberté depuis la Deuxième Guerre mondiale. »

Faisant fi de l’échec des institutions américaines à résoudre les contradictions au sein des cercles dirigeants ou quelque problème que ce soit dans le monde, Trump cite la Constitution des États-Unis comme un document intemporel et universel qui s’étend au monde entier. « Nous célébrons le 230e anniversaire de notre constitution bien-aimée, la plus ancienne constitution encore utilisée dans le monde d’aujourd’hui, a dit Donald Trump. Ce document intemporel a été le fondement de la paix, de la prospérité et de la liberté pour les Américains et pour d’innombrables millions de personnes dans le monde dont les pays ont trouvé l’inspiration dans son respect de la nature humaine, de la dignité humaine et de la règle de droit. »

« En Amérique, affirme-t-il, le peuple gouverne, le peuple est au pouvoir et le peuple est souverain. J’ai été élu non pas pour prendre le pouvoir, mais pour donner le pouvoir au peuple américain à qui il appartient. »

Donald Trump propose une conception irrationnelle de la souveraineté dans laquelle les États-Unis ont le droit souverain de décider de ce qui est dans leur meilleur intérêt et dans le meilleur intérêt du monde :

« Nous devons remplir nos devoirs souverains envers les personnes que nous représentons fidèlement. Nous devons protéger nos nations, leurs intérêts et leur avenir. Nous devons rejeter les menaces à la souveraineté depuis l’Ukraine jusqu’à la mer du sud de la Chine. Nous devons respecter la loi, respecter les frontières et respecter la culture, et l’engagement pacifique que cela permet. »

Puis il a directement menacé le peuple coréen : « Les États-Unis ont une grande force et une grande patience, mais si nous sommes forcés de nous défendre ou de défendre nos alliés, nous n’aurons d’autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord. […] Les États-Unis sont prêts, disposés et capables, mais j’espère que cela ne sera pas nécessaire. C’est la raison d’être de l’ONU. C’est à cela que les Nations unies servent. Voyons ce que l’ONU va faire. »

Puis il a attaqué l’Iran et menacé d’annuler l’accord négocié en 2015 entre l’Iran, tous les membres du Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Union européenne qui limite le programme d’énergie nucléaire de l’Iran à des fins pacifiques en échange de l’abandon des sanctions. « Nous ne pouvons pas laisser un régime meurtrier continuer ces activités déstabilisantes tout en construisant des missiles dangereux et nous ne pouvons pas respecter un accord s’il contribue à la construction éventuelle d’un programme nucléaire. L’accord de l’Iran est l’une des transactions les pires et les plus unilatérales auxquelles les États-Unis aient jamais participé. Franchement, cet accord est embarrassant pour les États-Unis, et je ne pense pas que vous ayez entendu le dernier mot à ce sujet. Croyez-moi. »

Donald Trump a ensuite menacé de soumettre le monde entier à la guerre de terreur des États-Unis : « Désormais, ce sont nos intérêts de sécurité qui dicteront la longueur et la portée de l’opération militaire, et non pas les repères arbitraires et échéances fixés par des politiciens. J’ai également changé complètement les règles d’engagement dans notre lutte contre les talibans et d’autres groupes terroristes. »

« L’Amérique se tient avec toutes les personnes vivant dans un régime brutal. Notre respect de la souveraineté est également un appel à l’action. Toutes les personnes méritent un gouvernement qui s’occupe de leur sécurité, de leurs intérêts et de leur bien-être, y compris de leur prospérité. »

 

Pour sa part, le gouvernement du Canada s’est servi de son intervention à l’Assemblée générale de l’ONU pour présenter une image d’un premier ministre Justin Trudeau comme le grand espoir blanc qui promet de réussir là où ceux qui promettent le fer et le feu échouent.

La peur, voire la terreur que cherche à provoquer le président américain avec ses propos sur le fer et le feu ne doit pas détourner l’attention du fait que la version plus douce et plus gentille offerte par le grand espoir blanc sert les mêmes intérêts privés que les deux pays représentent.

Le premier ministre Justin Trudeau est resté silencieux au sujet de la menace de Trump de « détruire totalement » la République populaire démocratique de Corée et s’est joint à lui pour blâmer la RPDC en disant en conférence de presse : « Je partage les préoccupations de tous sur le comportement imprudent du régime nord-coréen et je continue de croire que la meilleure façon de calmer la situation est de travailler avec nos partenaires et alliés dans la région et dans le monde. » Ainsi, pour lui il est préférable de menacer la RPDC avec les alliés et partenaires plutôt que de laisser les États-Unis le faire seuls.

Pour montrer le sens de ses propos, il a aussi ouvert la porte à l’adhésion officielle du Canada au bouclier antimissile des États-Unis, qui fait partie de l’arsenal américain de frappe préventive contre d’autres pays. « Nous continuons d’examiner la situation, a-t-il dit. Notre position n’a pas changé sur le bouclier pour l’instant, mais nous continuons d’examiner les choses et de nous assurer que nous faisons tout ce que nous pouvons et devons faire pour protéger la sécurité des Canadiens. »

Lors d’un gala qui a eu lieu avant le débat général sur un porte-avion désaffecté, durant lequel il a reçu le prix Global Citizen Awards 2017 du Conseil atlantique de l’OTAN, Justin Trudeau a livré un discours que le Conseil décrit comme « un cri de ralliement pour sauver l’ordre mondial ». En fait, il a tenu des propos presque identiques à ceux tenus par Donald Trump le même jour.

« Les alliances qui ont soutenu la sécurité et la prospérité mondiales depuis 1945 sont mises à l’épreuve et l’urgence des défis que nous avons en commun — changements climatiques et sécheresse, inégalité du revenu, extrémisme violent, guerre civile et migrations massives qui en résultent — continuent de grandir », a-t-il ajouté avant de poursuivre :

« Partout dans le monde, l’ordre international établi depuis longtemps est mis à l’épreuve. Avec l’annexion illégale de la Crimée par la Russie et l’empiètement en Ukraine, nous avons été témoins de la première prise de territoire en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.

« Ce n’est pas le temps de se désister. C’est le temps où les démocraties atlantiques doivent renouveler notre engagement envers des standards universels de droits et libertés, imposés par un ordre multilatéral basé sur des règles qui ont favorisé la paix et la stabilité et qui ont passé l’épreuve du temps. »

Cet ordre multilatéral basé sur des règles et imposé par l’ONU, l’OTAN, NORAD et l’Organisation mondiale du commerce comprend « le pouvoir doux et le pouvoir dur » et c’est pourquoi, dit-il, le Canada augmente de façon significative ses dépenses pour la défense.

Tout en faisant écho aux menaces de Trump contre le peuple coréen, Trudeau lance un appel hypocrite à « combattre les fléaux du racisme, du sexisme, de l’homophobie, de la transphobie, du fanatisme ethnique et religieux, du néofascisme, du néonazisme et de l’extrémisme violent de Daesh auxquels nous sommes confrontés en 2017 ».

« Nous ne devons pas hésiter. Il serait inadmissible de faire un seul pas en arrière dans la défense des standards de décence de la sororité et de la fraternité de la famille humaine sortie victorieuse des luttes les plus douloureuses du derniersiècle », a dit Trudeau.

L’ONU est devenue une instance désuète qui n’est plus capable de défendre la primauté du droit international adoptée durant l’après-Deuxième Guerre mondiale. La domination du monde par les pouvoirs policiers aux mains d’oligopoles et d’intérêts privés qui ne s’arrêteront devant rien pour s’enrichir signifie qu’il faut un nouvel équilibre du pouvoir capable de mettre les forces destructives en échec. Il est illusoire de croire que cet équilibre est possible dans le contexte du système impérialiste d’États. Il doit être créé par une humanité unie dans l’action à la défense de ses propres intérêts.

 

Le temps d’agir est maintenant !
Faisons du Canada une zone pour la paix !
Défendons les droits qui appartiennent à tous du fait d’être humains !
Une humanité, une lutte !

 

Source: http://cpcml.ca/francais/Lmlq2017/Q47038.HTM#1

A propos de la Guerre Populaire au Pérou, la trahison de la direction du PCP et la capitulation de Gonzalo

Un autre article que nous partageons avec OCML VP en raison de la justesse de l’analyse

 

Il y a vingt-cinq ans (le 12 septembre 1992) était arrêté Abimaël Guzman (le « président Gonzalo »), principal dirigeant du Parti Communiste du Pérou qui conduisait depuis plus de dix ans la Guerre Populaire dans ce pays.
Pour ce qui est de l’histoire de la Guerre Populaire, nous renvoyons aux documents publiés dans les années 80 : plusieurs articles dans notre journal « Partisan », un article paru dans la revue « La Cause du Communisme » N°9, fin 1985, « Sentier Lumineux, quelle perspective pour la Révolution au Pérou ? », et surtout la brochure réalisée par Voie Prolétarienne en mai 1990, « 10 ans de Guerre Populaire au Pérou », qui comporte en outre la position de l’OCML VP à l’égard du PCP, en forme de soutien critique (« L’OCML VP soutient le Parti Communiste du Pérou », résolution du Comité Directeur de VP, disponible en ligne). Cette résolution politique apportait un soutien principal au PCP (la référence au maoïsme et à la Révolution Culturelle, l’étape démocratique de la révolution, l’importance du Parti prolétarien et le soutien à la lutte armée), tout en critiquant des points secondaires importants (la conception du réformisme, la faiblesse de la réflexion sur le socialisme, l’importance donnée à Gonzalo – voir plus loin, l’internationalisme et une analyse erronée de la situation en Europe). Une dernière brochure, « Questions sur le Sentier Lumineux » publiée fin 1992 répondait aux torrents de boue déversés sur la Guerre Populaire juste après l’arrestation de Guzman.
A l’époque, nous étions bien seuls et à contre-courant dans ce soutien…

Les années 1993 et 1994 furent des années confuses (voir plus loin) et celles du déclin de la Guerre Populaire, jusqu’au début des années 2000. Et l’OCML VP n’a pas pris le temps de faire le point et de repréciser alors ses positions. C’est l’objectif de ce document aujourd’hui.

Il comporte trois parties :
– La chronologie politique entre 1992 et aujourd’hui. Tous les faits et documents que nous rapportons sont en notre possession (certains vérifiables sur Internet, les liens sont disponibles sur la version en ligne), nous ne travestissons pas l’histoire.
– La dénonciation de la trahison de la direction du PCP derrière la démarche des « Accords de Paix »
– L’attitude spécifique à avoir à l’égard d’Abimaël Guzman

1) Chronologie politique

  • 12 septembre 1992 : Arrestation d’Abimaël Guzman et d’une grande partie du Comité Central du PCP dans une maison de Lima, suite à une investigation de plus de deux ans sous l’égide du SIN (Service d’Investigation National) aidé par la CIA. Une large part des archives du PCP est saisie au même endroit.
  • 24 septembre 1992 : présentation à la télévision d’Abimaël Guzman, dans une cage, en costume rayé de prisonnier. Extrêmement combatif et en rage, il tient devant les caméras un discours de combat, appelant à la poursuite de la Guerre Populaire. Un discours respectable qui impressionne jusqu’à la presse bourgeoise, un discours communiste, applaudi dans le monde entier. [1]
  • Durant toute l’année qui suivra il n’y aura aucune nouvelle, à tel point qu’au PCP comme au niveau mondial, on craint pour la vie du Président Gonzalo, avec une exécution sommaire en prison, comme lors du massacre des prisonniers politiques de Lurigancho, El Fronton et Callao le 19 juin 1986.
  • Énorme coup de théâtre en octobre 1993. Fujimori rend public à la tribune des Nations Unies deux lettres attribuées à Abimaël Guzman et adressées à lui-même, appelant à une négociation politique pour arriver à des Accords de Paix. La première lettre, brève, date du 2 juin 1993, la deuxième plus complète du 15 septembre 1993. Une troisième, datée du 6 octobre ne sera pas rendue publique. [2]
    Il ne s’agit pas là d’une reddition pure et simple, mais d’une demande de négociation au prétexte de l’analyse d’un changement majeur dans la période politique (on ne rentrera pas dans l’analyse, ça n’a aucun intérêt), et qui débouche sur un appel à la réconciliation nationale. C’est beaucoup plus subtil, d’autant que cette demande n’aura bien entendu aucune suite. Quand on sait que peu de temps auparavant (1991 « ¡Que el equilibrio estratégico remezca más el país » – Que l’équilibre stratégique secoue encore plus le pays ! [3]), le CC du PCP avait décrété qu’on était arrivé à l’étape de « l’équilibre stratégique » face au régime et que la question de la prise du pouvoir était désormais en jeu, on est en droit de chercher l’erreur.
  • Ces lettres attribuées à Abimaël Guzman sont suivies très vite d’un document d’une centaine de pages signé « Président Gonzalo » et diffusé par le PCP sous le titre « Asumir y combatir por la Nueva gran Decision y Definicion » (Assumer et Combattre pour la nouvelle grande décision et définition) qui développe sur le supposé changement qualitatif de période politique qui justifierait cette démarche. Ce texte est daté d’octobre 1993. Un résumé est disponible en ligne. [4]
  • De son côté le CC du PCP suivra en novembre 1993 par un texte « Sobre la nueva gran estrategia politica » (Sur la nouvelle grande stratégie politique) qui renvoie au texte précédent, mais sans référence explicite à Gonzalo : il s’agit de « Lutter pour un accord de Paix et renforcer les bases, préparer le 2ème Congrès ». [5]
  • Le 3 décembre, Guzman apparait à la télévision avec autour de lui la totalité des membres du CC emprisonnés pour renouveler sa demande d’accords de paix auprès de Fujimori [6], en lisant un texte signé par tous. Pour celles et ceux qui comprennent l’espagnol, c’est édifiant – bien entendu c’est orchestré par le SIN et la CIA, mais les prisonniers se prêtent à la manipulation.
  • L’année 1994 sera celle de la fracture et du recul considérable du PCP sous le coup de ces annonces. Nous y reviendrons plus loin, mais une des critiques que nous portions dès 1990 au PCP était le culte du chef porté à l’extrême, qui aboutissait à la dépolitisation de fait des masses, voire des dirigeants, dans une confiance aveugle au grand dirigeant supposé infaillible (théorisée derrière la formule de la « pensée Gonzalo », étape supérieure du marxisme). L’annonce de cette démarche des Accords de Paix va entraîner la capitulation de nombreux combattants, la confusion, le désarroi et le découragement parmi les autres et dans les masses… Car dans cette optique, si le chef suprême ordonne d’arrêter la Guerre Populaire, il faut alors le suivre même si on n’en comprend pas toutes les motivations.
  • En février 1994 a lieu une session du CC du PCP, reconstitué dans la clandestinité sous la direction de Oscar Ramirez, le camarade « Feliciano », qui rejette la démarche des Accords de Paix, conteste la direction du Parti par des militants en prison (c’est bien le moins), sans pour autant critiquer ouvertement Gonzalo.
  • 17 Mai 1994, arrestation de Felipe Tenoro Barbaran, le camarade « Albino », membre du nouveau CC. Les arrestations se poursuivent sur la base des documents retrouvés dans la planque de Guzman à Lima, dont une vidéo où se trouvent nombre de membres du CC autour de Guzman.
  • 22 mars 1995 arrestation de Margie Clavo Peralta, la camarade « Nancy », membre du CC de longue date, farouchement opposée aux Accords de Paix et pour la poursuite de la lutte armée. Elle considérait les « lettres de paix » comme un montage et une mystification du SIN et de la CIA américaine, ce en quoi elle avait raison. En effet, il est aujourd’hui établi que ces fameuses lettres ont bien été élaborées sous contrôle du SIN dirigé par Vladimiro Montesinos, avec l’aide de la CIA, dans une stratégie politique très subtile qui s’appuyait précisément sur la principale faiblesse du PCP, le culte du chef exacerbé. Le problème, c’est que Guzman s’est rallié à cette stratégie…
  • 17 septembre 1995, la camarade « Nancy » apparaît dans le programme de télévision « Contrapunto » (« Memoria de una guerra » Luis Arce Borja, 2009, p207) pour faire une autocritique [7]. Après quelques mois de détention, et une rencontre avec Abimaël Guzman en prison, rencontre organisée par le SIN, elle appelle à « abandonner la lutte armée » et à accepter « la soumission » à la démarche des Accords de Paix de Guzman, en traitant les autres dirigeants de scissionnistes, d’opportunistes et d’anarchistes.
  • 20 avril 1998, arrestation de Pedro Quinteros Ayllón, le camarade « Luis », bras droit de « Feliciano » depuis l’arrestation de « Nancy » et un des piliers historiques du PCP. Il décède en prison le 16 octobre 2008, sans avoir rien renié de la lutte armée, en ayant clairement rejeté la ligne capitulationniste des Accords de Paix. C’est à notre connaissance un des très rares dirigeants du PCP resté communiste jusqu’à sa mort. [8]
  • 14 juillet 1999, Oscar Ramirez, le camarade « Feliciano », est arrêté. C’était un des plus proches collaborateurs de Gonzalo depuis l’origine, responsable des actions militaires du PCP, rompu à la clandestinité, pilier du Comité Central. Quelques mois après son arrestation, il est « retourné » par les services spéciaux, dénonce la lutte armée, devient collaborateur de la police et de l’armée et insulte publiquement Guzman, en le traitant de psychopathe. [9]
  • En 2009 est publié un livre « De puño y letra » de quelques 400 pages, une autobiographie rédigée par Abimaël Guzman lui-même [10]. En fait, il s’agit d’une compilation de documents pour sa défense politique, validée par son avocat Alfredo Crespo, vieux militant légal du PCP qui assure sa défense depuis son arrestation. Ce livre contient en particulier les divers courriers envoyés par Guzman au gouvernement Fujimori (les fameuses « lettres de paix ») ainsi qu’à son successeur le président du gouvernement de transition Valentín Paniagua, pour solliciter le début de conversations de Paix. Alfredo Crespo n’a jamais été désavoué par Guzman qu’il est le seul à voir régulièrement, et a toujours défendu publiquement la démarche des « Accords de Paix », comme par exemple lors de la présentation de ce livre.
  • Publiée début 2010, une déclaration attribuée au CC du PCP clandestin [11] dénonce « la ligne opportuniste et révisionniste d’Abimaël Guzman », en critiquant une ligne opportuniste de gauche dans le PCP depuis le milieu des années 80 qui a débouché sur la notion « d’équilibre stratégique » en 1991. Nous ne sommes pas capables de porter sur un avis ni sur l’authenticité, ni sur l’origine de ce texte, ni sur la réalité de ses auteurs, et c’est bien dommage…
  • 8 février 2012, arrestation [12] sous forme de mise en scène grotesque de Florindo Flores, le camarade « Artemio », qui, tout en défendant la démarche des « Accords de Paix », poursuivait une action militaire sporadique dans les zones amazoniennes du Haut Huallaga. Dans une interview [13] donnée peu de temps avant, le 18 décembre 2011, il reconnaissait l’échec de la Guerre Populaire, la justesse des positions de Guzman, et en appelait à une trêve pour organiser le désarmement de la guérilla. Manifestement l’arrestation a été « arrangée » avec le gouvernement.
  • 5 septembre 2012 mort de Victor Castro Ramirez, le camarade « William » tué par la police dans le VRAEM (Vallée des Fleuves Apurimac, Ene et Montayo), sud-est du Pérou.
  • 11 août 2013, mort d’Alejandro Borda, le camarade « Alipio » et Martin Quispe Palomino, le camarade « Gabriel », tués par la police dans le VRAEM.
    Décembre 2014, parution d’un livre d’Abimaël Guzman et de sa compagne Elena Yparraguirre, « Memorias desde Némesis », dont la rédaction est datée d’octobre 1996 à la prison de Callao [14]. Ce livre (près de 400 pages) retrace l’histoire du PCP avant le déclenchement de la lutte armée. La question qui se pose est de comprendre comment un tel livre a-t-il pu sortir de la prison si Guzman n’avait rien renié de la Guerre Populaire, s’il ne partageait pas la « démarche des Accords de Paix », s’il n’y avait pas une sorte de pacte avec le gouvernement… Les tenants d’un complot contre Gonzalo fidèle à la guerre populaire et maintenu au secret n’ont plus grand-chose sur quoi s’appuyer.
    28 février 2017, Guzman réapparait en public à l’occasion d’un nouveau procès… Plus de poing levé ni de slogans, mais la demande d’un examen médical compte tenu de son état de santé. [15]

2) La démarche des Accords de Paix, c’est une trahison de la Guerre Populaire, du combat des masses populaires, du communisme, c’est la liquidation du PCP

Dès les années 1993 et 1994, l’OCML VP a mené la polémique contre cette démarche liquidatrice, qui a finalement emporté, année après année, le PCP, qu’il faut désormais une nouvelle fois reconstituer.
Que l’on se comprenne bien : l’action politique a des hauts et des bas, des avancées et des reculs. On comprend que l’arrestation de plus de la moitié du Comité Central impose un recul stratégique pour permettre une reconstitution sans être sous le feu de l’ennemi. On peut même comprendre que dans un tel contexte, un parti communiste suspende la lutte armée, en période de fragilité.
Seuls les doctrinaires et les jusqu’auboutistes romantiques pourraient critiquer ces choix, dans un contexte politique extrêmement difficile.

Ce qui est inacceptable, c’est la conciliation avec l’ennemi. L’appel à trouver un accord avec le régime que l’on a combattu les armes à la main pendant une décennie.
Oui, un recul est envisageable. Il se fait alors de manière unilatérale, suivant un plan politique, idéologique et militaire adapté à la période, en fonction des objectifs que le Parti se fixe pour l’avenir, son avenir et celui de la lutte des classes, sur le chemin de la révolution et du communisme. Mais inventer un changement de contexte politique pour négocier avec l’ennemi ce n’est rien d’autre qu’une trahison, et de ce point de vue, la manipulation élaborée par le SIN et la CIA a été particulièrement réussie, malheureusement.
La direction du PCP a trahi collectivement. La plupart de ses dirigeant(e)s, l’un(e) après l’autre, ont capitulé, se sont alignés sur la démarche des « Accords de Paix », avec des variantes individuelles.

Aujourd’hui, où en est-on ?

  • Un petit parti légal, le MOVADEF (Mouvement pour l’Amnistie et les Droits Fondamentaux [16]), fervent admirateur de Guzman et défenseur des Accords de Paix, qui ne cesse de supplier le gouvernement de bien vouloir discuter avec lui dans l’optique d’une réconciliation nationale (évidemment sans aucun succès). Un parti opportuniste, qui se présente comme la nouvelle vitrine d’un PCP légal, qui cherche à participer aux élections et à s’insérer à tout prix dans la démocratie bourgeoise. Ce Mouvement est pour l’Amnistie, y compris vis-à-vis des paramilitaires responsables des massacres durant les années de la Guerre Populaire, y compris à l’égard de Fujimori [17] ! Un de ses dirigeants est Alfredo Crespo, l’avocat de Guzman.
  • Quelques foyers de guérilla dans la zone VRAEM (Vallée des Fleuves Apurimac, Ene et Montayo) sous la direction de Víctor Quispe Palomino, le camarade « José » et de son frère Jorge, le camarade « Raul », qui n’ont plus grand chose à voir de fait avec le PCP. Ils n’ont plus aucune référence ou projet politique et idéologique au-delà d’un discours proclamatoire, aucune ambition politique nationale, et ne sont plus qu’un groupe armé local dans une démarche similaire à celle des FARC colombiennes.
    S’il semble que ces groupes glissent de plus en plus vers le narcotrafic dans une région dominée par la culture de la coca, il est possible qu’il reste des noyaux politisés actifs dans les mouvements sociaux de la région (la vallée El Tambo par exemple, voir ci-dessous).
  • Et enfin, le plus intéressant, des apparitions politiques complètement clandestines (mots d’ordre sur les murs) lors des grands conflits sociaux qui se développent au Pérou (par exemple contre le projet minier Tia Maria dans la vallée El Tambo, ou contre la multinationale laitière péruvienne Laive). Où l’on peut supposer qu’il y a encore des militants, sans doute éparpillés ou en petits collectifs. Par ailleurs, il existe toujours des positions classistes au sein des organisations syndicales, ce qui suppose l’existence de militants qui n’ont rien renié. A savoir si tous ces militants isolés auront les capacités politiques, idéologiques et organisationnelles pour se réunir et reconstituer le PCP sur une base de classe – c’est la question.

3) Concernant Abimaël Guzman

  • La lecture de la chronologie ci-dessus est sans appel. Même s’il n’y a pas LA preuve formelle et définitive, il est absolument invraisemblable d’imaginer que Guzman soit opposé à la démarche des accords de paix. Il en est partie prenante, il a capitulé.
  • Le chaînon manquant, c’est de savoir quel est son argumentaire et sa position personnelle exacte. S’agit-il effectivement de celui du texte de 1993 « Asumir y resistir pour la nueva gran Decision y Definicion » ? S’agit-il d’un calcul tordu d’un dirigeant menacé de mort et qui voulait sauver sa peau ? S’agit-il d’une manœuvre réussie des services d’intelligence qui ont réussi à le manipuler en s’appuyant sur son ego démesuré ? Quoiqu’il en soit, cela est de peu d’importance au final.

  • Le fond de l’affaire est le culte du chef que nous dénoncions déjà dans la résolution de l’OCML VP en 1990 (et qui se trouve en fin de la brochure « 10 ans de Guerre Populaire au Pérou »).Cette résolution est disponible en ligne sur notre site :

« (…) Dans une société de classe, il est inévitable que le mûrissement de la conscience soit inégal. C’est d’ailleurs pour cela que seule une minorité du prolétariat s’organise en un parti d’avant-garde, et que même au sein du Parti se dégagent des dirigeants qui expriment le plus clairement les grandes tendances de la société et précisent les buts et orientations du Parti. En ce sens nous concevons que le Président Gonzalo a pu jouer un rôle essentiel dans l’élaboration de la ligne politique du Parti.

Pour les mêmes raisons, il est inévitable que les masses dans le mouvement même de leur lutte cristallisent leurs aspirations dans la personne d’un chef, d’un leader. Mais cette adhésion n’est qu’une marque de leur aliénation.

Le rôle du Parti n’est pas alors de développer avec insistance cette personnalisation ; mais au contraire de montrer que ce sont les masses qui font l’histoire, par leur mouvement et révoltes spontanées, et surtout par l’élévation de leur conscience et de leur capacité de direction.

Les dirigeants communistes doivent pleinement jouer leur rôle de dirigeant, mais dans ce sens : pour réduire la contradiction entre dirigeants et dirigés. Pour une prise en charge croissante du pouvoir par les masses elles-mêmes, dans la lutte politique entre l’ancien et le nouveau. Pour leur disparition future.

Personnifier de manière exagérée la ligne politique dans un individu revient à dépolitiser les masses. Au Pérou, plus de la moitié des mots d’ordre du PCP portent sur le président Gonzalo. A l’étranger les documents du PCP sont réunis en livre sous le titre « la pensée Gonzalo », ce qui masque le fait qu’il s’agit de textes collectifs du Parti, quel qu’en soit le rédacteur. Nous ne pouvons pas être d’accord avec cette conception de la politique et de la place des hommes dans l’histoire ».

Le bilan est là, vingt-cinq ans plus tard. A construire le PCP autour de la « pensée Gonzalo », à personnaliser l’orientation autour d’un dirigeant « génial », on dépolitise le Parti et les masses, on fragilise le Parti et on mène la révolution à l’échec. C’est une conception idéaliste et bourgeoise de l’histoire autour des « grands hommes » qui explique l’effondrement du PCP après l’arrestation de Guzman. Et c’est bien sûr une remise en cause du centralisme démocratique, par le biais de la soumission au chef – pour information il existait au PCP un « Comité Permanent Historique », composé de Guzman et de sa compagne, hors de tout processus de contrôle démocratique…

  • Guzman (qui a 83 ans) est en prison depuis 25 ans, c’est un prisonnier politique, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Et donc à ce titre, nous le défendons et exigeons sa libération immédiate, l’arrêt de l’acharnement contre lui (un nouveau procès a démarré récemment), au même titre qu’Oçalan en Turquie ou que tous les prisonniers politiques du monde.

Mais Guzman n’est plus communiste. Après avoir contribué à la reconstitution du PCP, au déclenchement et aux succès de la Guerre Populaire, il a dérivé pour contribuer lourdement à l’échec d’une révolution pourtant bien partie. C’est la responsabilité collective du PCP, mais en plus, sa responsabilité individuelle est considérable.

A tous ceux qui aujourd’hui veulent réhabiliter Guzman, nous disons : l’Histoire est passée et a tranché. Prenez le temps de consulter, de lire, de comprendre et de vous faire un point de vue.
C’est ce que nous avons fait depuis les premières années de la Guerre Populaire dans les années 80, toujours avec le recul critique nécessaire. C’est le matérialisme historique qui guide notre compréhension du monde, pas le romantisme idéaliste !

« Il n’est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun ! Producteurs sauvons-nous nous-mêmes, décrétons le salut commun ! »

Comité Central de l’OCML Voie Prolétarienne, 12 septembre 2017

 

Source: http://ocml-vp.org/article1826.html

Avec l’échec de Le Pen, rien ne change pour l’antiracisme et l’antifascisme de classe

COMBATTRE LE FASCISME,

ABATTRE LE CAPITALISME!

 

Ouf, elle n’est pas passée… c’est le sentiment autour de nous. Mais en 2002, le père n’était pas passé non plus et cela n’a pas freiné le développement du FN.

Le racisme est toujours là, s’est même renforcé autour de nous.

Il y a le racisme d’Etat, qu’il s’agisse de la recherche d’emploi, des discours islamophobes dans les médias ou des violences policières dans les quartiers. Le poison patriotique et nationaliste se répand dans tous les partis, la préférence nationale devient une banalité, le contrôle de l’immigration se renforce toujours plus, et ce sont tous les immigrés, avec ou sans papiers, tous les jeunes (et maintenant moins jeunes…) nés en France avec une couleur, un nom, une religion minoritaires ou minorisés qui trinquent.

Il y a aussi le poison du racisme individuel, issu de l’histoire coloniale de la France (et son actualité comme aux Antilles, à Mayotte, en Guyane ou en Kanaky) cette mentalité abjecte de petit-blanc qui ne supporte pas de voir des anciens colonisés revendiquer l’égalité des droits. Sentiment des Pieds Noirs, des racistes avérés, entretenu et développé par le FN et cie, sentiment confus de la concurrence entre travailleurs dans la crise capitaliste, il se heurte heureusement aux solidarités du combat social mené en commun, dans les entreprises ou dans les quartiers…

Ces deux formes de racisme se sont renforcées et s’appuient l’une sur l’autre, et les attentats ont attisé la flamme. C’est la confusion qui règne, très rares ont été celles et ceux qui ont dénoncé les interventions à l’étranger (Mali, Libye, Syrie, Afghanistan…) et ont qualifié les auteurs de fascistes. Le racisme d’Etat, les intellectuels à la botte ont préféré renforcer les contradictions en critiquant les musulmans ou ceux supposés l’être…

Le combat antiraciste se mène dans le combat commun, sur des positions antiracistes et de classe, au service des ouvriers et des prolétaires. Pour le combat commun contre la sous-traitance, la pénibilité dans les entreprises. Pour l’égalité des droits et la régularisation des sans-papiers, contre les violences policières dans les quartiers, contre les interventions à l’étranger, contre toutes les lois et mesures racistes, quelles qu’en soient les cibles. Toujours en dénonçant notre propre gouvernement, son Etat et le capitalisme qui en est le socle. Tout ne se réglera pas du jour au lendemain, mais c’est la seule voie pour construire une unité de combat, de classe, qui permettra de surmonter les appréhensions et les différences sur lesquelles s’appuient les racistes pour répandre leur venin.

Il se mène aussi dans nos rangs, parmi nos collègues et voisins, en remettant en cause les préjugés, en luttant sans concession contre les attitudes et les paroles chauvines et xénophobes, en exposant la manière dont l’impérialisme place la fraction immigrée de la classe ouvrière, les habitants des quartiers, dans une position subordonnée et discriminée. La lutte se mène aussi dans les rangs de notre classe et de nos organisations !

C’est pareil pour le combat antifasciste. Dans le sillage du FN se développent des groupuscules et organisations fascistes, racistes, homophobes et sexistes. Dans certaines villes, comme à Lyon ou Lille, ils ont pignon sur rue et prétendent annexer des quartiers entiers. Ils ont tué Clément Méric à Paris, Hervé Rybarczyk à Lille, ils font la chasse aux migrants à Calais, ils veulent imposer la terreur.

Avec la complaisance de la police et de la justice, c’est le moins qu’on puisse dire, et ce sont surtout les militants qui refusent de leur laisser le terrain qui sont attaqués.
Alors, on ne les laisse pas faire, on ne fait pas confiance à la justice et à la police (rappelons que pour celle-ci, on dit que 50% des flics votent FN !), et on s’organise, on manifeste pour interdire par nous-mêmes l’expression de ces noyaux fascisants !

 

Source:  http://ocml-vp.org/article1808.html

Des banquiers anglo-saxons ont organisé la Seconde Guerre mondiale

À la veille du 72e Anniversaire de la victoire des forces Alliés et du Front uni contre le fascisme et la guerre sous la direction de l’armée rouge de Staline et des soviétiques sur les forces fascistes et nazies du IIIe Reich, il nous fait plaisir de re-publier un texte qui est peut-être passée inaperçu lors de sa première sortie il y a deux ans et dont nous venons tout juste de retrouver le lien hypertexte sur le site web
par Valentin Katasonov
À l’occasion du 70e anniversaire de la Victoire contre le nazisme, nous publions une étude de Valentin Katasonov sur le financement du NSDAP et le réarmement du Troisième Reich. L’auteur s’appuie sur des documents publiés en 2012 qui confirment l’organisation de la Seconde Guerre mondiale par des banquiers états-uniens et britanniques, couverts par le président Franklin Roosevelt et le Premier ministre Neville Chamberlain, dans l’espoir de détruire l’URSS. Cette étude soulève de nouvelles questions qui seront abordées dans un prochain article.
Réseau Voltaire International | Moscou (Russie) | 11 mai 2015

Hjalmar Schacht (à gauche), le ministre des Finances de Hitler, avec son bon ami Montagu Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre de 1920 à 1944. Selon les documents révélés par la Banque d’Angleterre en 2012, l’or tchécoslovaque avait été déposé à Londres dans un sous-compte au nom de la Banque des règlements internationaux (BRI). Lorsque les nazis entrèrent à Prague, en mars 1939, ils envoyèrent immédiatement des soldats à la Banque nationale. Les administrateurs tchèques reçurent ordre, sous peine de mort, d’envoyer deux demandes de transfert. La première ordonnait à la BRI de transférer 23,1 tonnes d’or de son sous-compte tchécoslovaque de la Banque d’Angleterre, au sous-compte de la Reichsbank, également tenu à Threadneedle Street. Le deuxième ordre chargeait la Banque d’Angleterre de transférer près de 27 tonnes de l’or détenu en nom propre par la Banque nationale de Tchécoslovaquie au sous-compte de la BRI à la Banque d’Angleterre.
La guerre n’a pas été déclenchée par un Führer enragé qui se trouvait à diriger l’Allemagne à cette époque. La Seconde Guerre mondiale est l’œuvre d’une oligarchie mondiale, ou plus précisément des ploutocrates anglo-américains.

Utilisant des instruments tels que la Réserve fédérale US et la Banque d’Angleterre, ils ont commencé à se préparer pour le prochain conflit d’ampleur mondiale immédiatement après la Première Guerre mondiale. Leur cible était l’URSS.

Les plans Dawes et Young, la création de la Banque des règlements internationaux (BRI), la suspension du paiement des réparations par l’Allemagne prévues par le Traité de Versailles et l’acquiescement des anciens alliés de la Russie à cette décision, les investissements étrangers massifs dans l’économie du Troisième Reich, la militarisation de l’économie allemande et les violations du Traité de Versailles sont autant de jalons sur le chemin conduisant à la guerre.
Derrière ce complot se tenaient des personnages-clefs : les Rockefeller, les Morgan, Lord Montagu Norman (gouverneur de la Banque d’Angleterre) et Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement de Hitler). Le programme stratégique des Rockefeller et des Morgan était de subjuguer l’Europe économiquement, de saturer l’Allemagne d’investissements et de crédits étrangers, et de l’amener à délivrer un coup mortel à la Russie soviétique, afin que celle-ci revienne au capitalisme en tant que colonie.
Montagu Norman (1871-1950) a joué un rôle important d’intermédiaire dans le dialogue entre les milieux financiers américains et les chefs d’entreprise allemands. Hjalmar Schacht a organisé la reconstitution du secteur défense de l’économie allemande. L’opération menée par les ploutocrates était dissimulée par des politiciens tels que Franklin Roosevelt, Neville Chamberlain et Winston Churchill. En Allemagne, ces projets étaient exécutés par Hitler et Hjalmar Schacht. Selon certains historiens, Hjalmar Schacht a joué un rôle plus important que Hitler. Seulement, il restait dans l’ombre.
À l’issue de la Première guerre mondiale, le Plan Dawes visait à compromettre la Triple Entente et à collecter les réparations de guerre auprès de l’Allemagne. Le Plan Dawes (proposé par le Comité Dawes, présidé par Charles G. Dawes) désignait une tentative faite en 1924 de résoudre le problème des réparations, qui avait miné la politique internationale après la Première guerre mondiale et le Traité de Versailles (la France, réticente, a perçu plus de 50 % du montant des réparations). Entre 1924 et 1929, l’Allemagne a reçu 2,5 milliards de dollars des États-Unis et 1,5 milliards de la Grande-Bretagne dans le cadre du Plan Dawes. Il s’agit de sommes considérables, qui correspondent à 1 trillion (mille milliards) de dollars d’aujourd’hui. Hjalmar Schacht a joué un rôle actif dans la mise en œuvre du Plan Dawes. En 1929, il a résumé les résultats en déclarant qu’en 5 ans, l’Allemagne avait reçu davantage de prêts étrangers que les États-Unis au cours des 40 années ayant précédé la Première guerre mondiale. En conséquence, en 1929, l’Allemagne était devenue la deuxième puissance industrielle mondiale, devant la Grande-Bretagne.
Dans les années 1930, l’Allemagne a continué de bénéficier d’investissements et de prêts. Rédigé en 1929 et adopté officiellement en 1930, le Plan Dawes désignait un programme visant à régler les dettes de guerre allemandes à l’issue de la Première guerre mondiale. Il a été présenté par le comité présidé (1929-30) par l’industriel américain Owen D. Young, fondateur et ex-premier président de Radio Corporation of America (RCA). À l’époque, Young siégeait également au conseil d’administration de la Fondation Rockefeller, et il avait en outre été l’un des représentants impliqués dans un dispositif de réaménagement des réparations de guerre, le Plan Dawes de 1924. Selon le plan, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) a été créée en 1930 pour permettre à l’Allemagne de payer les réparations aux vainqueurs. En réalité, l’argent a pris une toute autre direction, à savoir qu’il est parti des États-Unis et de la Grande-Bretagne pour arriver en Allemagne. Le capital de la majorité des sociétés allemandes ayant une importance stratégique était, intégralement ou partiellement, américain. Une partie était détenue par des investisseurs britanniques. Les secteurs du raffinage du pétrole et de la liquéfaction du charbon de l’économie allemande étaient dans les mains de Standard Oil (les Rockefeller). Le géant de l’industrie chimique Farbenindustrie AG est passé sous le contrôle du groupe Morgan. Quarante pourcent du réseau téléphonique et 30 % des actions de Focke Wulf étaient sous le contrôle de la société américaine ITT. La radio et les géants de l’industrie électrique AEG, Siemens et Osram sont passés sous le contrôle d’American General Electric. ITT et General Electric faisaient partie de l’empire de Morgan. Cent pourcent des actions Volkswagen appartenaient à l’Américain Ford. Au moment où Hitler a accédé au pouvoir, le capital financier US contrôlait quasiment tous les secteurs d’importance stratégique de l’industrie allemande : raffinage du pétrole, production de carburant de synthèse, chimie, construction automobile, aviation, ingénierie électrique, radio, ainsi qu’une grande partie de l’industrie de la construction mécanique (278 sociétés au total). Les grandes banques allemandes, telles que la Deutsche Bank, la Dresdner Bank, la Donat Bank et quelques autres, étaient sous contrôle US.
Le 30 janvier 1933, Hitler devenait chancelier d’Allemagne. Auparavant, sa candidature avait été étudiée à la loupe par les banquiers américains. Hjalmar Schacht s’est rendu aux ÉtatsUnis à l’automne 1930 pour parler de cette nomination avec des collègues américains. La désignation de Hitler a finalement été approuvée lors d’une réunion secrète de financiers aux États-Unis. Schacht a passé toute l’année 1932 à convaincre les banquiers allemands que Hitler était le meilleur candidat au poste. Il a atteint son objectif. À la mi-novembre 1932, 17 des plus grands banquiers et industriels allemands ont adressé une lettre au Président Hindenburg, dans laquelle ils exigeaient qu’il nomme Hitler chancelier. La dernière réunion de travail des financiers allemands avant l’élection s’est tenue le 4 janvier 1933 à Cologne, au domicile du banquier Kurt von Schröder. Ensuite, le parti national-socialiste est arrivé au pouvoir. Les relations financières et économiques de l’Allemagne avec les Anglo-saxons se sont alors resserrées d’un cran.
Hitler a immédiatement annoncé qu’il refusait de payer les réparations de guerre. Il a mis en doute la capacité de l’Angleterre et de la France à rembourser leurs propres dettes de la Première guerre mondiale aux États-Unis. Washington n’a émis aucune objection à l’annonce de Hitler. En mai 1933, Hjalmar Schacht s’est rendu une nouvelle fois aux ÉtatsUnis. Il y a rencontré le président Franklin Roosevelt et les grands banquiers en vue de demander une ligne de crédit de 1 milliard de dollars. En juin de la même année, Hjalmar Schacht s’est rendu à Londres pour s’entretenir avec Montagu Norman. Tout est passé comme une lettre à la poste. Les Britanniques ont consenti un prêt de 2 milliards de dollars. Ils n’ont soulevé aucune objection quant à la décision de l’Allemagne de suspendre le remboursement de sa dette.
Selon certains historiens, les Américains et les Britanniques étaient accommodants parce que, dès 1932, l’Union soviétique avait réalisé le plan quinquennal de développement économique en vue d’atteindre de nouveaux sommets en tant que puissance industrielle. Quelques milliers d’entreprises avaient vu le jour, en particulier dans l’industrie lourde. La dépendance de l’URSS à l’importation de produits industriels avait ainsi considérablement diminué. Les chances d’étrangler l’Union soviétique économiquement s’en trouvaient
quasiment réduites à zéro. Il a alors été décidé de recourir à la guerre et de lancer la militarisation accélérée de l’Allemagne.
Pour celle-ci, l’obtention de crédits américains ne posait aucun problème. Hitler est arrivé au pouvoir dans son pays à peu près en même temps que Franklin Roosevelt aux États-Unis. Les banquiers qui ont soutenu Hitler en 1931 sont précisément ceux qui ont soutenu l’élection de Roosevelt. Une fois en poste, le nouveau président ne pouvait guère faire moins qu’accorder de généreux crédits à l’Allemagne. D’ailleurs, beaucoup ont remarqué la grande similitude entre le New Deal de Roosevelt et la politique économique du Troisième Reich. Rien d’étonnant. Ce sont en effet les mêmes qui assuraient le sauvetage des deux gouvernements tout en les conseillant. Ils représentaient principalement les milieux financiers US.
Le New Deal de Roosevelt n’a pas tardé à capoter. En 1937, les États-Unis étaient embourbés dans la crise économique. En 1939, l’économie US tournait à 33 % de sa capacité industrielle (19 % aux pires moments de la crise de 1929-1933).
Rexford G. Tugwell, un économiste du premier Brain Trust, équipe d’universitaires de l’Université de Columbia mise en place par Franklin Roosevelt et ayant contribué aux recommandations politiques qui ont conduit au New Deal de Roosevelt, écrivait qu’en 1939 le gouvernement avait échoué. La situation est restée figée jusqu’à l’invasion de la Pologne par Hitler. Seuls les puissants vents de la guerre pouvaient dissiper la brume. Quoi que Roosevelt puisse tenter, ses initiatives étaient condamnées à l’échec. [1] Seule une guerre mondiale pouvait sauver le capitalisme US. En 1939, les ploutocrates ont mis en œuvre tous les moyens à leur disposition pour faire pression sur Hitler et l’inciter à lancer une guerre à grande échelle à l’Est.
La Banque des règlements internationaux (BRI) a joué un rôle important pendant la Seconde Guerre mondiale. Tête de pont des intérêts états-uniens en Europe, elle assurait la liaison entre les entreprises anglo-américaines et allemandes. C’était en quelque sorte une zone offshore abritant le capital cosmopolite contre les initiatives politiques, les guerres, les sanctions, etc.
Cette banque a été créée sous la forme d’une entité commerciale publique. Son immunité face aux interférences gouvernementales et, par exemple, à l’imposition, était garantie par l’accord international signé à La Haye en 1930. Les banquiers de la Réserve fédérale de New York, proches des Morgan, de Montagu Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre, ainsi que des financiers allemands tels que Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’économie du gouvernement de Hitler), Walther Funk (qui a remplacé Hjalmar Schacht au poste de président de la Reichsbank) et Emil Puhl, tous ont joué un rôle important dans la fondation de la Banque. Parmi les fondateurs figuraient les banques centrales de Grande-Bretagne, de France, d’Italie, d’Allemagne, de Belgique et quelques banques privées.
La Banque fédérale de New York a fait de son mieux, mais n’a pas fait partie des établissements fondateurs de la BRI. Les États-Unis étaient représentés par la banque privée First National Bank of New York, J.P. Morgan and Company, la First National Bank of Chicago, qui faisaient toutes partie de l’empire Morgan. Le Japon était également représenté par des banques privées. En 1931-1932, 19 banques centrales européennes rejoignaient la Banque des règlements internationaux. Gates W. McGarrah, banquier du clan des Rockefeller, était le premier président du conseil d’administration de la BRI. Il a été remplacé par Leon Fraser,
 qui représentait le clan des Morgan. Pendant la guerre, la banque était présidée par un citoyen américain, Thomas H. McKittrick.
Beaucoup d’encre a coulé au sujet des activités de la BRI au service des intérêts du Troisième Reich. La Banque était impliquée dans des transactions avec différents pays, y compris ceux avec lesquels l’Allemagne était en guerre.
Depuis Pearl Harbor, la Banque des règlements internationaux jouait le rôle de correspondant de la Federal Reserve Bank de New York. Elle était sous contrôle nazi pendant la guerre, même si c’est l’Américain Thomas Huntington McKittrick qui la présidait. Les soldats mouraient sur les champs de bataille pendant que la direction de la BRI se réunissait à Bâle avec les banquiers d’Allemagne, du Japon, d’Italie, de Belgique, de Grande-Bretagne et des États-Unis.
Dans ce havre de paix que constituait la zone offshore suisse, les représentants des belligérants travaillaient tranquillement dans un climat de compréhension mutuelle.
C’est en Suisse que l’Allemagne a mis en lieu sûr l’or saisi aux quatre coins de l’Europe. En mars 1938, lorsque Hitler s’est emparé de Vienne, une partie de l’or autrichien a été transférée dans les coffres-forts de la BRI. La même chose a été faite avec l’or de la Banque nationale tchèque (48 millions de dollars). Lorsque la guerre a éclaté, l’or entrait à pleines portes à la Banque des règlements internationaux. L’Allemagne le récupérait dans les camps de concentration et par le pillage des pays occupés (y compris de tout ce qui appartenait à des civils : bijoux, dents en or, étuis à cigarettes, ustensiles divers, etc.). C’est ce que l’on a appelé l’or nazi. Il était fondu en lingots afin d’être entreposé à la Banque des règlements internationaux, en Suisse ou hors d’Europe.
Dans son livre Trading With The Enemy : An Expose of The Nazi-American Money Plot 19331949, Charles Higham écrit que, pendant la guerre, les nazis ont transféré 378 millions de dollars sur les comptes de la Banque des règlements internationaux.
Quelques mots au sujet de l’or tchèque. Certaines informations ont fait surface après l’ouverture des archives de la Banque d’Angleterre en 2012 [2]. En mars 1939, l’Allemagne s’emparait de Prague. Les Nazis ont exigé 48 millions de dollars des réserves d’or nationales. Il leur a été répondu que cette somme avait déjà été transférée à la Banque des règlements internationaux. Par la suite, on a su que cet or avait été transféré de Bâle dans les coffresforts de la Banque d’Angleterre. Sur l’ordre de Berlin, l’or a été transféré sur le compte de la Reichsbank à la BRI. Ensuite, la Banque d’Angleterre a été impliquée dans les transactions effectuées sur les ordres donnés par la Reichsbank à la Banque des règlements internationaux. Ces ordres étaient retransmis à Londres. Il y a donc eu collusion entre la Reichsbank allemande, la Banque des règlements internationaux et la Banque d’Angleterre. En 1939, un scandale a éclaté en Grande-Bretagne lorsqu’on a su que la Banque d’Angleterre exécutait les transactions portant sur l’or tchèque sur les ordres de Berlin et de Bâle, et non du gouvernement tchèque. Par exemple, en juin 1939, trois mois avant le début de la guerre entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, la Banque d’Angleterre a aidé les Allemands à transférer sur leur compte l’équivalent en or de 440 000 livres sterling, et à acheminer une partie de l’or à New York (l’Allemagne s’assurait ainsi de la neutralité des États-Unis en cas d’intervention allemande en Pologne).
Ces transactions illégales sur l’or tchèque ont été effectuées avec l’accord tacite du gouvernement de Grande-Bretagne, qui savait parfaitement ce qui était en train de se passer. Le Premier ministre Neville Chamberlain, le Chancelier de l’Échiquier sir John Simon et les autres responsables de haut rang ont tout fait pour dissimuler la vérité, y compris en mentant éhontément (en affirmant que l’or avait été restitué à son propriétaire légitime ou qu’il n’avait jamais été transféré à la Reichsbank). Les documents de la Banque d’Angleterre rendus publics dernièrement révèlent les faits et montrent que les responsables gouvernementaux ont menti, afin de se couvrir eux-mêmes et de couvrir les activités de la Banque d’Angleterre et de la Banque des règlements internationaux. La coordination de ces activités criminelles conjointes était un jeu d’enfant lorsqu’on sait que Montagu Norman, directeur de la Banque d’Angleterre, présidait également le conseil d’administration de la Banque des règlements internationaux. Il n’a d’ailleurs jamais caché ses sympathies pour les fascistes.
La Conférence de Bretton Woods, officiellement Conférence monétaire et financières des Nations unies, a réuni les 730 délégués des 44 pays alliés au Mount Washington Hotel, à Bretton Woods (New Hampshire), aux États-Unis, en vue de réguler la vie monétaire et financière internationale à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Cette conférence s’est tenue du 1er au 22 juillet 1944. La Banque des règlements internationaux se retrouvait soudain sous le feu des projecteurs. On rapportait qu’elle avait collaboré avec l’Allemagne fasciste. Sans entrer dans les détails, je me limiterai à dire qu’après bien des aléas (certains délégués états-uniens s’étant opposés à la motion), les délégués sont tombés d’accord pour fermer la BRI. Cette décision de la conférence internationale n’a jamais été appliquée. Toutes les informations susceptibles de jeter le discrédit sur les activités de la BRI pendant la guerre ont été classées. Aujourd’hui, cela contribue à falsifier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.
Pour finir, quelques mots sur Hjalmar Schacht (1877-1970), ancien président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement fasciste de l’Allemagne. Il a joué un rôle de premier plan dans le contrôle de la machine économique du Troisième Reich en agissant comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du capital anglo-américain en Allemagne. En 1945, Schacht a été jugé à Nuremberg et acquitté le 1er octobre 1946. Il échappait aux accusations de meurtre. Tout comme Hitler. Pour des raisons qui demeurent inexpliquées, il ne figurait pas sur la liste des principaux criminels de guerre de 1945. Mieux, Schacht a repris sa vie professionnelle comme si de rien n’était et fondé la société Schacht GmbH à Düsseldorf. Ce détail peut sembler insignifiant, mais il confirme une fois de plus que les ploutocrates anglo-américains et leurs représentants plénipotentiaires en Allemagne avaient préparé et, dans une certaine mesure, influencé l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Les ploutocrates veulent réécrire l’histoire de la guerre et changer ses résultats.
Valentin Katasonov
Traduction : Gilles Chertier
Source : Strategic Culture Foundation (Russie)
[1] P. Tugwell, The Democratic Roosevelt, A Biography of Franklin D. Roosevelt, New York, 1957, p 477.
Valentin Katasonov est professeur au Département de Moscou de l’Institut d’Etat de Finance internationale, docteur en sciences économiques, membre correspondant de l’Académie des sciences économiques et commerciales. Il fut consultant des Nations Unies (1991-93), membre du Conseil consultatif auprès du Président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) (1993-96), chef du Département des relations monétaires internationales du ministère des Affaires étrangères de la Russie (200111)