Interview du président Gonzalo par le journal « El Diario » Partie IV

4. SUR LA SITUATION POLITIQUE NATIONALE

El Diario : Monsieur le Président, quelle est l’analyse du PCP sur le processus de l’État Péruvien et vers quoi se dirige-t-il ?

Président Gonzalo : Nous analysons le processus de la société péruvienne contemporaine comme un processus qui a commencé en 1895. Nous considérons qu’à partir de cette date s’engage le processus dans lequel nous vivons actuellement. Et nous pensons qu’il est composé de trois moments. Un premier moment qui assoit les bases pour le développement du capitalisme bureaucratique. Un deuxième, après la Seconde Guerre Mondiale qui marque la fin du premier, où s’approfondit le capitalisme bureaucratique ; cet approfondissement du capitalisme bureaucratique va faire mûrir les conditions pour la révolution et, avec le commencement de la guerre populaire dans les années 80, nous entrons dans le troisième moment : moment de crise générale du capitalisme bureaucratique. La destruction de la société péruvienne contemporaine a commencé, parce qu’elle est historiquement caduque. C’est pourquoi nous assistons à sa fin et ce qu’il faut, c’est travailler, combattre et lutter pour l’enterrer.

El Diario : Pourquoi considérez-vous la thèse du capitalisme bureaucratique comme fondamentale ?

Président Gonzalo : Nous considérons comme essentielle cette thèse du Président Mao Tsétoung parce que, sans la comprendre et sans la maîtriser, il n’est pas possible de développer une révolution démocratique et encore moins de concevoir sa continuation ininterrompue en tant que révolution socialiste. C’est réellement un obstacle, que cette thèse du Président Mao soit éludée et que l’analyse soit embrouillée, quand on nous parle de développement de capitalisme dans les pays arriérés ou de capitalisme dépendant. Ces analyses ne conduisent à rien, si ce n’est à changer la nature de la révolution. Nous pensons que c’est en partant du Président Mao Tsétoung que nous comprendrons bien la société péruvienne et les sociétés dites arriérées.

Nous considérons que le capitalisme bureaucratique commence à se présenter au Pérou à partir de 1895, à travers les trois moments que je viens de retracer. Nous les concevons ainsi : sur une base semi-féodale et sous domination impérialiste se développe un capitalisme, un capitalisme tardif, un capitalisme qui naît, lié à la féodalité et soumis à la domination impérialiste. Ce sont ces conditions qui génèrent ce que le Président Mao Tsétoung a appelé capitalisme bureaucratique. Alors, le capitalisme bureaucratique se développe, lié aux grands capitaux monopolistes qui contrôlent l’économie du pays, des capitaux formés, comme le Président Mao le dit, par les grands capitaux des gros propriétaires fonciers, de la bourgeoisie compradore et des grands banquiers. Ainsi va naissant le capitalisme bureaucratique et, j’insiste encore une fois, lié à la féodalité, soumis à l’impérialisme et monopoliste. Il faut prendre cela en compte : il est monopoliste. Ce capitalisme, arrivé à un certain moment de son évolution, s’associe avec le Pouvoir de l’État et utilise les moyens économiques de l’État ; il les utilise comme levier économique. Ce processus va engendrer l’autre faction de la grande bourgeoisie : la bourgeoisie bureaucratique. C’est de cette façon que va se développer le capitalisme bureaucratique, déjà un capitalisme monopoliste, qui devient alors un capitalisme d’État. Mais ce processus l’entraîne à créer les conditions qui font mûrir la révolution. Ceci est, dans le cadre politique, un autre concept important que le président a établi sur le capitalisme bureaucratique.

Si nous comprenons le capitalisme bureaucratique, nous pouvons très bien comprendre, comment au Pérou, existent une situation de semi-féodalité, un capitalisme bureaucratique et une domination impérialiste, principalement yankee. Voilà ce que nous devons comprendre, ce qui permet d’entendre et de diriger la révolution démocratique.

Maintenant, quel autre facteur important le capitalisme bureaucratique présente-t-il ? Le Président nous signale que la révolution démocratique accomplit certaines tâches socialistes ; par exemple, dit-il, l’aide mutuelle qui a lieu à la campagne dans les bases d’appui s’exprimait déjà. Ainsi donc, pour passer de la révolution démocratique à la socialiste, la confiscation du capitalisme bureaucratique dans son ensemble est une question clé du point de vue économique ; elle permettra au Nouvel État de contrôler l’économie, de la diriger, et servira à développer la révolution socialiste. Nous considérons que ce concept stratégique est de grande importance et j’insiste sur le fait que, malheureusement, ce concept est éludé. Et tant qu’il en sera ainsi, on ne pourra pas bien comprendre ce qu’est une révolution démocratique dans les circonstances actuelles, celles dans lesquelles nous nous débattons.

Il est erroné de penser que le capitalisme bureaucratique se réduit à celui que développe l’État avec les moyens économiques de production qu’il détient. Ceci est faux, et est incompatible avec la thèse du Président Mao Tsétoung. Il suffit, pour le comprendre, de penser à la chose suivante : si le capitalisme bureaucratique n’était que le capitalisme d’État, il suffirait de confisquer ce capitalisme d’État et alors, l’autre capitalisme monopoliste, non étatique, dans quelles mains resterait-il ? Dans celles de la réaction, de la grande bourgeoisie. Cette interprétation, qui consiste à identifier le capitalisme bureaucratique au capitalisme monopoliste d’État, est une conception révisionniste et dans notre Parti, elle fut soutenue par le liquidationnisme de gauche : c’est pour cela que nous jugeons cette question comme très importante.

D’ailleurs politiquement, cela nous permet de distinguer très clairement la grande bourgeoisie de la bourgeoisie nationale ou moyenne. Et ceci nous donne les moyens de comprendre, afin de n’être à la traîne d’aucune faction quelconque de la grande bourgeoisie, ni de la compradore, ni de la bureaucratique, ce qu’on fait au Pérou, le révisionnisme et l’opportunisme et ce qu’ils continuent de faire. Depuis des décennies, cette politique sinistre amène à considérer une faction quelconque de la grande bourgeoisie comme la bourgeoisie nationale, progressiste et à l’appuyer. La compréhension du capitalisme bureaucratique nous a permis de bien saisir la différence, et j’insiste, entre bourgeoisie nationale et grande bourgeoisie et de comprendre la tactique correcte à suivre, reprenant précisément celle que Mariatégui a établie. Pour cela, nous considérons que la thèse du capitalisme bureaucratique est d’une importance extrême.

El Diario : Quelle est, en synthèse, votre analyse politique et économique de la conjoncture actuelle et de la perspective ?Cette situation est-elle favorable au PCP ? Et comment l’est-elle pour la réaction, le révisionnisme et l’opportunisme ?

Président Gonzalo : Nous concevons que le capitalisme bureaucratique est entré en crise générale ; plus encore, nous pensons que ce capitalisme bureaucratique est né malade parce qu’il est issu de la semi-féodalité, ou lié à elle, et qu’il est issu de l’impérialisme. La semi-féodalité est évidemment caduque et l’impérialisme agonise. De deux parents condamnés à mort pour maladie incurable, quelle sorte d’enfant peut-il naître ? Une créature malade qui est entrée dans sa phase de destruction. Nous pensons que les crises s’approfondissent chaque jour davantage et que, même, comme le soulignent certains économistes, il s’agit d’environ trente ans de crise de laquelle on ne peut pas sortir, même si de temps en temps il y a de petites vagues de récupération ou, comme le dit l’Apra dans ses propres documents internes, que c’est une crise qui a surgi au milieu des années 70.

Nous estimons que chaque nouvelle crise est pire que la précédente ; et si nous ajoutons à cela les deux décennies critiques, celles des années 80 et 90, la situation est déjà claire. Que disent-ils ? Que ce gouvernement laissera une situation extrêmement grave, et que le suivant, en supposant qu’il y en ait un, lors du changement électoral, devra chercher à réparer les problèmes en suspense et que ce n’est, en conséquence, qu’à partir de 1995 qu’on pourra penser à un développement ; et ceci dans un pays où nous avons 20 ans de retard. C’est pour cela que nous croyons que sa perspective est extrêmement noire. Cela est-il favorable à la révolution, à la guerre populaire, au Parti ? Oui, certainement, c’est favorable, tout d’abord et principalement, à la classe et au peuple car tous nos efforts leur sont destinés, afin que la classe commande, dirige, que le peuple exerce sa liberté et puisse enfin satisfaire sa faim séculaire. Nous ne voyons aucune perspective pour la réaction et le révisionnisme, nous les croyons unis. Ce sont des siamois et ensemble ils se dirigent vers leur propre tombe. Voilà ce que nous pensons.

El Diario : Pourquoi qualifiez-vous le gouvernement apriste, de fasciste et corporatiste ? Sur quoi vous basez-vous pour l’affirmer ? Quelle est votre opinion sur le discours d’Alan García Perez au Congrès de la Jeunesse apriste d’Ayacucho et sur celui qu’il a donné à Païta ? Quelle est-elle aussi sur les mesures économiques du nouveau cabinet ?

Président Gonzalo : En ce qui concerne la caractérisation du gouvernement apriste, sans entrer dans son histoire qui a d’autres implications et que nous n’avons pas besoin d’aborder aujourd’hui, la situation concrète qui existait au sein de l’Apra, lorsqu’on lui remit la direction de l’État Péruvien, était une situation de dilemmes, deux tendances existaient, l’une, aux critères fascistes et l’autre, aux critères démocratico-libéraux. Ainsi était, d’après nous, la situation au sein de l’Apra. Nous entendons ici, par critères démocratico-libéraux, le maintien de cet ordre constitutionnel, réactionnaire, établi en 1920, en 1933 et en 1979 ; voilà ce que nous entendons par cet ordre démocratico-libéral.

L’Apra avait un problème : la nécessité d’investissements pour faire progresser l’économie ou plus concrètement pour nous présenter une vitrine de succès ; c’est bien cela qu’elle a fait : consommer le peu qu’ils avaient pour nous montrer cette vitrine de succès aussi fragile que du verre et ce que nous voyons aujourd’hui en est la preuve. C’est pourquoi en aucune manière on ne pourrait dire que le plan de l’Apra était un bon plan économique, car alors, comment un aussi bon plan économique donne-t-il des résultats aussi catastrophiques ? Cela n’a aucun sens. Ainsi l’Apra a dû faire appel aux capitaux de la bourgeoisie compradore, qui a bien évidemment exigé des conditions et dans les propres documents de l’Apra, il est mentionné que, dès la fin de l’année 85, la grande bourgeoisie, et plus particulièrement la bourgeoisie compradore, commençait déjà à se récupérer et à capitaliser. L’année 86 fut le paradis pour eux ; ils firent alors des milliards de profit, en dollars, comme ils le reconnurent eux-mêmes, pensant qu’ils allaient investir par la suite. Mais ce plan n’allait pas fonctionner, il allait entrer nécessairement en crise, échouer et ils ne pourraient donc pas investir. Ceci aiguisa davantage les disputes, les tensions entre eux, ce qui amena les luttes entre les deux factions de la grande bourgeoisie.

L’Apra, d’un autre côté, du côté du peuple, se trouva face aux immenses besoins, insatisfaits, des masses et, comme toujours, elle s’engagea démagogiquement, vis-à-vis de tous. Démagogiquement, parce que ce que cherchait l’Apra, c’était simplement essayer de développer, d’appliquer le processus économique réactionnaire ; et cela ne se fait qu’en restreignant les revenus du peuple, puisque d’où viennent les profits ? De la plus-value ! Donc, elle avait un problème avec les masses et elle le savait bien. Ce qui explique sa politique répressive, anti-populaire, anti-syndicale, anti-ouvrière. On peut voir ceci dès le début. Mais il y avait d’autres circonstances, la guerre populaire ; l’Apra, malgré elle, devait l’affronter et la guerre populaire était déjà, alors, un problème principal.

Ce sont toutes ces conditions qui vont déterminer les changements qui se produisent à l’intérieur de l’Apra, et faire que le dilemme se définisse. Mais quand ce dilemme se définira-t-il ? Il se définira avec le génocide de 1986. Là, la lutte de classes des masses, la guerre populaire principalement et l’action génocide ont conduit l’Apra à se déterminer pour le fascisme et le triomphe de la faction fasciste. Nous considérons que c’est à ce moment-là que cela s’est produit et que commença, comme tous le reconnaissent déjà, le discrédit et l’effondrement de l’Apra, non seulement au Pérou mais dans le monde entier.

Pourquoi le qualifions-nous de fasciste ? La faction fasciste qui existait déjà dans l’Apra, va prendre des mesures politiques pour mettre sur pied le corporatisme. Nous pouvons déjà le voir dans le premier discours prononcé par Garcia Pérez en juillet 1985. Qu’entendons-nous par fasciste et corporatiste ? Pour nous, le fascisme ; c’est la négation des principes démocratico-libéraux ; c’est la négation des principes démocratico-bourgeois qui sont nés et se sont développés au 18ème siècle en France. Ces principes ont été progressivement abandonnés par la réaction, par la bourgeoisie dans le monde, et la Première Guerre Mondiale nous a déjà montré la crise de l’ordre démocratico-bourgeois. C’est pour cela que le fascisme éclate ensuite. Alors, on constate dans l’Apra la négation des principes de l’ordre démocratico-bourgeois et quotidiennement, la négation de toutes les libertés et de tous les droits constitutionnels établis. Sur le plan idéologique, nous considérons aussi le fascisme comme un système éclectique ; il n’a pas de philosophie définie : C’est une position philosophique constituée de morceaux. Elle prend ici et là ce qui lui convient le mieux. Chez Garcia Pérez ça se reflète clairement : quand il va en Inde, il salue Gandhi et devient gandhiste ; quand il va au Mexique, il salue Zapata et est zapatiste. Lorsque il ira en Union Soviétique, s’il y va, il deviendra le sauveur de la Perestroïka. Il est comme ça. C’est là un exemple de la formation idéologique, philosophique du fascisme. Il n’a pas de position définie, il est éclectique, il prend ce qu’il a à portée de la main.

En ce qui concerne son corporatisme, nous entendons par là, le fait de bâtir l’État sur la base de corporations, ce qui implique la négation du parlementarisme. C’est une question essentielle que Mariatégui soulevait déjà dans son « Histoire de la Crise Mondiale ». Il nous disait que la crise de la démocratie bourgeoise s’exprime clairement dans la crise du parlementarisme : si nous voyons le Parlement ici, même s’il est vrai qu’au cours des dernières décennies, c’est l’Exécutif qui a promulgué les lois les plus importantes du pays, c’est sous ce gouvernement apriste que l’Exécutif a le plus accaparé toutes les lois fondamentales, promulgués en sa faveur. Il n’existe aucune loi importante qui ait été promulguée par le Parlement. Voilà la réalité des choses. Tout a consisté à donner des pouvoirs à l’Exécutif pour qu’il fasse et défasse. Tout n’est que négation du parlementarisme.

Le problème du corporatisme, dans le pays, n’est pas récent ; déjà en 1933, quand la Constitution était en discussion au cours de la deuxième restructuration de l’État Péruvien de ce siècle, Victor Andrés Belaunde avait déjà proposé le corporatisme de la société péruvienne. Villarán, qui fut chargé du rapport de la Constitution, s’y opposa en demandant : comment allons-nous appliquer le corporatisme s’il n’y a pas de corporations ? Ce fut une façon de s’en tirer à bon compte ; il existe donc déjà quelques antécédents. Aujourd’hui, où l’on parle tant de Belaunde, que ses œuvres viennent d’être publiées, il faut se rappeler sa position : face au libéralisme qui se centre sur l’argent et contre le communisme, négation de la personne humaine, ce qu’il faut, ce sont les systèmes corporatistes, à l’exemple des modèles médiévaux ; il est bon d’en tenir compte pour voir sa filiation et ses racines, et en même temps avoir en tête que c’est intimement lié aux propositions de la Papauté dès le siècle dernier.

Vélasco essaya aussi de corporatiser le pays ; pour cela, il commença la formation de corporations de producteurs agricoles par exemple ; sa propre loi agraire, la 17716, du point de vue politique, cherchait à établir des bases corporatives ; la loi sur l’industrie également. Comment ? Au moyen de la communauté industrielle ; sa fameuse organisation politique qui n’est pas arrivée à se constituer, avait aussi des critères franchement fascistes et proposait le corporatisme ; mais ceci n’a pas pu se concrétiser au Pérou. Et que recherchent-ils, que veulent-ils ? La conformation de corporations, c’est-à-dire organiser de façon corporatiste les producteurs et tous les éléments qui composent la société : les ouvriers, les producteurs agricoles, les commerçants, les professions libérales, les étudiants, l’Eglise, les Forces Armées, les Forces de la Police. Tous vont nommer leurs délégués et former ainsi un système corporatiste. C’est ce qu’ils cherchent et ce que l’Apra est en train de faire ; et les régions, micro-régions, qu’est-ce que ça veut dire ? Que tout ce plan de régionalisation aujourd’hui sert à corporatiser le pays. C’est pour cela que nous devons nous y opposer ouvertement ; non seulement parce que ce sont des manipulations politiques électoralistes de l’Apra, mais aussi parce qu’il s’agit d’un système corporatiste. Et en plus il est en train de mettre en danger un pays qui n’a même pas d’unité nationale constituée. Ce sont là des questions fort sérieuses, et c’est pour cela que nous maintenons qu’il s’agit d’un gouvernement fasciste et corporatiste. La voie qu’il veut impulser et pour cela sa grande inquiétude pour les régions qu’il veut imposer à n’importe quel prix, voilà ce que nous pouvons voir ; cela explique que toutes ces assemblées parlementaires extraordinaires n’aient pu réaliser ce que Garcia avait promis. L’année dernière, il déclara : ou les régions se constituent ou je ne m’appelle plus Alan Garcia Pérez. L’année est passée et je ne sais pas comment il s’appelle aujourd’hui, car les régions ne sont pas encore formées ; maintenant ils parlent de la fin de l’année, nous verrons bien.

Quant au fait d’identifier fascisme avec terreur, avec répression, il nous semble que c’est une erreur ; voilà ce qui se passe dans ce cas : si on se rappelle le marxisme, l’État est la violence organisée. C’est cette définition que nous ont donnée le classiques et tout État utilise la violence parce qu’il est dictature. Sinon, comment lutterait-il pour opprimer et exploiter ? Il ne pourrait pas le faire. Ce qui se passe en fait, c’est que le fascisme développe une violence plus vaste, plus raffinée, plus sinistre, mais on ne peut pas dire que fascisme est égal à violence, c’est une grossière erreur. Ce sont là des idées qui, après la deuxième guerre mondiale, vont se développer ici, au Pérou et ce sont des idées qui ont été diffusées et proposées à de multiples reprises par Del Prado, ce sont aussi des idées soutenues par Dammert.

Identifier le fascisme avec terreur signifie ne pas comprendre Mariatégui qui, dans « Figures et aspects de vie mondiale », quand il se réfère à H.G. Wells, nous dit que l’État bourgeois a un processus de développement et c’est ce processus de développement qui le conduit à un système fasciste et corporatiste. Ceci se comprend très bien si nous lisons les œuvres de Mariatégui, l’œuvre citée « Histoire… » ou « La Scène Contemporaine ». Rappelons-nous qu’il l’a vécu, étudié et connu directement.

Dans le pays, il faut voir le fascisme sous ses divers aspects, à partir de son idéologie, de sa politique, de sa forme organique ; voir comment il se sert de la violence, sa terreur. Aujourd’hui nous voyons comment il applique une violence raffinée et plus développée, plus étendue, brutale et barbare ; c’est cela qu’on appelle terreur ; mais d’autre part, la terreur blanche n’a-t-elle pas toujours été appliquée ? Chaque fois que les réactionnaires se sont trouvés en difficulté, ils ont appliqué la terreur blanche. Aussi, en aucun cas nous ne pourrions identifier et réduire tous les fascismes simplement à la terreur. Nous devons comprendre qu’il s’agit d’une violence plus raffinée et que bien sûr il développe le terrorisme mais ce n’est pas tout. C’est un des composants, c’est sa manière de développer la violence réactionnaire.

En ce qui concerne le discours de Garcia Pérez, au Congrès de la jeunesse apriste : en synthèse, à l’intérieur de l’Apra, il y a une lutte intense en rapport avec son prochain Congrès, et le problème est de savoir si Garcia Pérez conservera ou non le contrôle de ce Parti afin de rester au Pouvoir, en collusion avec les Forces Armées. Depuis un certain temps, on voit que la Jeunesse apriste remet en question le travail gouvernemental. C’est ce qui s’est produit lors de ce Congrès d’Ayacucho. Garcia Pérez a dû se déplacer en toute hâte pour expliquer, justifier et se présenter comme le sauveur. C’est ce qu’il veut, car il voit à quel point il est important de gagner la jeunesse pour satisfaire ses appétits de führer. C’est, je crois, l’essentiel. Tout ce qu’il a dit sur notre Parti et la supposée admiration qu’il dit avoir pour lui, tout ceci nous révèle simplement la lutte à l’intérieur de l’Apra, car il ne peut pas avoir d’admiration pour nous, lui un boucher et un assassin quotidien du peuple, des combattants, des communistes. Ce ne sont que des gestes démagogiques, des appétits effrénés en rapport avec le congrès de l’Apra et ses perspectives politiques, parce qu’il joue plusieurs cartes, du fait qu’il est un homme assez jeune.

A Païta, le « discours de Païta » est, en synthèse, un discours fasciste, ouvertement fasciste ; ce n’est pas, comme on le dit, un avertissement aux parlementaires qui firent du tapage, ce qui est chose courante parmi eux et n’a rien d’extraordinaire, il n’en fut pas ainsi ; c’est un discours strictement fasciste ; Garcia Pérez veut s’ériger en führer ; ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle « conducteur » ; très souvent, le député Roca lui-même l’appelle ainsi : « conducteur », n’est-ce pas similaire à führer ? Cela veut dire la même chose en allemand. Pour cela, je crois que c’est correct de l’appeler, comme certains le font, « apprenti führer » ; mais en fin de compte, il prouve qu’il est un vulgaire démagogue, avec de grands appétits débridés, prêt à tout pour les satisfaire. L’égoïsme démesuré est, je crois, une de ses caractéristiques.

Pour ce qui est de mesures économiques du nouveau cabinet, bien entendu, personne n’est d’accord avec elles ; le peuple encore moins, et c’est ce qui nous intéresse. Alors se développe une double contradiction : la première avec la bourgeoisie compradore pour qui les mesures économiques sont insuffisantes. Elle demande au gouvernement de l’Apra davantage de mesures et exige que soit défini son plan, parce qu’il en présente un pour 18 mois mais avec des lignes générales sans concrétiser des questions importantes. (Ainsi, durant ces cinq années, l’Apra passera d’un plan d’urgence à un autre plan d’urgence puis à un nouveau plan d’urgence, d’urgence en urgence, ce qui sous-entend l’absence complète de coordination entre les plans qu’il pensait appliquer dans son gouvernement ; je me réfère à ses propres documents). La deuxième contradiction, avec le peuple, comme il devait évidemment lui serrer la ceinture pour que se fasse une recapitalisation. D’où et comment extraire des capitaux ? En réduisant les salaires. Voilà, en résumé, les mesures qui créent plus de problèmes que ceux existant déjà et, pendant ce temps, l’Apra continue, démagogiquement, de remettre à plus tard ce que l’ordre-même dans lequel elle évolue, lui impose et ce qu’elle-même fait en cachette, parce qu’elle est en collusion, depuis un certain temps déjà, avec les États-Unis et avec l’impérialisme. Sa relation avec la Banque Mondiale est très claire, ses liens avec le B.I.D. aussi et ce sont les instruments, les plus utilisés aujourd’hui par les impérialistes, étant donné le discrédit du F.M.I., bien que la perspective soit qu’elle rentre au bercail. Ainsi donc, ces mesures économiques n’améliorent pas la situation. Elles vont l’aggraver et nous aurons une situation économique extrêmement grave et critique, qui va s’étendre davantage encore, retombant brutalement sur les masses.

El Diario : Monsieur le Président, comment considérez-vous les prochaines élections, la possibilité d’un coup d’Etat éventuellement provoqué par Garcia lui-même ?

Président Gonzalo : Si vous me le permettez, je vous dirai que ce qui est primordial dans les élections, c’est de les boycotter et, si possible, de les empêcher. Pourquoi disons-nous cela ? Qu’en tirera le peuple ? Rien. Il ne va rien gagner avec le changement par les élections. C’est une question très claire dans l’histoire du pays. Dans le document « Développer la Guerre Populaire pour servir la Révolution Mondiale », nous avons montré, nous avons démontré et personne ne l’a démenti, nous avons démontré que le pourcentage de voix de la « Gauche Unie » est ce qui a empêché la majorité de s’exprimer contre les élections. Je crois que la démonstration est faite ; c’est pourquoi nous avons déclaré –et les faits le démontrent- que la tendance au Pérou est de ne rien attendre des élections ni d’un nouveau gouvernement ; la tendance est de refuser les élections. Où est le problème ? Comment le révisionnisme et l’opportunisme continuent à trafiquer avec les élections : voilà le problème, il vient de là. Alors le point-clé, quel serait-il ? Frapper et démasquer tout ce qu’implique un processus électoral, qui ne permet que la rénovation d’autorités de ce vieil ordre pourri ; il ne signifie rien de plus. Ils ne vont pas nous dire que cela permet de maintenir l’espace démocratique ; ce sont de vieilles histoires que personne ne va plus croire, ce sont les histoires que nous ont racontées ceux qui aujourd’hui forment le PUM, lors de l’Assemblée Constituante, en 80. Ils prétendaient alors qu’il y avait des espaces démocratiques, qu’il y avait une situation pré-révolutionnaire et que, avec la pratique parlementaire en tant que tribune, on passerait à une situation révolutionnaire, pour ensuite nous dire qu’il fallait se centrer sur la défense de l’ordre existant. Je crois que le principal pour le peuple, serait que la majorité exprime son rejet des élections, ne serait-ce qu’en votant blanc, même si ce n’est que cela. C’est important parce que, de cette manière, s’exprimera alors la volonté de la masse de notre peuple, l’immense majorité qui comprend déjà que, par cette voie électoraliste, il n’y pas de solution.

Je crois qu’ils ont voulu jouer avec les élections en annonçant la campagne électorale pour que le peuple centre son intérêt sur les élections. Mais nous observons que ce plan a échoué, et cela pour deux raisons : la première, ce sont les graves problèmes que le peuple connaît et la manière dont sa combativité augmente chaque jour, grâce à la Guerre Populaire ; et la deuxième, le fait que les propres contradictions ont transformé leurs institutions politiques en passoires : par exemple, la Gauche Unie est un ramassis de contradictions, le dit FREDEMO en est un autre et l’Apra est une pétaudière ; il en est vraiment ainsi. Et leur volonté de dévier l’attention du peuple a échoué ; et si les conditions sont celles d’une guerre populaire de grande perspective comme elles le sont réellement, tous les hommes révolutionnaires qui veulent que ce pays se transforme, doivent pousser le peuple à rejeter ce processus. C’est leur problème, pas le nôtre : à eux de voir comment ils changent leurs autorités. C’est ainsi que nous voyons les choses.

Quant à la possibilité d’un coup d’Etat dans le pays, elle est toujours latente. Mais nous pouvons voir qu’eux-mêmes prennent peur lorsque l’armée déclare ne voir aucune force politique capable d’affronter la guerre populaire. Si l’armée le déclare ainsi, cela veut dire que le coup peut avoir lieu à n’importe quel moment, mais il peut se présenter de différentes façons, c’est là une autre question. Il pourrait y avoir quelque chose de semblable à ce qui s’est passé en Uruguay avec Bordaberry, dans ce cas ce serait Garcia Pérez ; il pourrait provoquer lui-même un coup d’Etat, c’est une autre carte que Garcia Pérez a en réserve, parce qu’un coup d’Etat ferait de lui une victime et non pas un échec politique, comme c’est son cas. Et, comme il est jeune, d’ici peu de temps, il pourrait revenir en martyr et défenseur de la démocratie. C’est donc une carte supplémentaire du jeu de ce prestidigitateur démagogue. Et, si nous réfléchissons davantage, les forces armées devront développer une lutte contre-révolutionnaire toujours plus importante, qui leur donnera plus de pouvoir. Il en est ainsi et nous pensons que la contradiction évolue dans la perspective où nous devrons nous affronter : d’un côté, la révolution, le Parti Communiste du Pérou qui dirige la guerre populaire et, de l’autre, la réaction, les forces armées qui dirigent la guerre contre-révolutionnaire au Pérou.

El Diario : Monsieur le Président, accepteriez-vous de dialoguer avec Alan Garcia Pérez ?

 Président Gonzalo : Le dialogue, c’est une question très à la mode actuellement. Il fait aussi partie du jeu des superpuissances, particulièrement du social-impérialisme. Nous évaluons la situation de la manière suivante : il arrive un moment où des relations et des pourparlers diplomatiques s’établissent, ils sont une nécessité dans le développement d’une guerre populaire : nous nous rappelons par exemple la réunion du Président Mao avec Tchang Kaï-chek. C’est un phénomène connu, nous l’avons vu aussi dans le cas de Vietnam ; c’est une facette du développement d’une guerre révolutionnaire, plus encore d’une guerre populaire. Mais il faut partir du principe que, dans les réunions diplomatiques, on ne signe que ce qui a été ratifié sur le champ de bataille, parce que personne ne donne ce qu’il n’a pas perdu, évidemment cela se comprend. Alors, on pourrait se demander : ce moment est-il arrivé au Pérou ? Non, il n’est pas arrivé, alors pourquoi proposer ce dialogue ? Le dialogue ne cherche qu’à freiner, qu’à saper la guerre populaire ; c’est son but et il n’en a pas d’autre. Et j’insiste, le critère est que le moment des contacts et des pourparlers diplomatiques n’est pas arrivé, n’a pas raison d’être.

D’autre part, je crois que c’est une question démagogique, qu’ils agitent depuis l’époque où, à partir d’une proposition acceptée par un élément de la Gauche Unie, Belaunde, alors président, déclarait qu’il n’y avait pas d’interlocuteur valable ; rien que des mots, au fond ce n’était que démagogie bon marché, sans rime ni raison, et cela continue aujourd’hui. Et qui parlent de dialogue ? Les révisionnistes, les opportunistes et ceux qui fondent des espoirs sur l’Apra, sur cet ordre démocratico-bourgeois, sur cet ordre réactionnaire ; ce sont eux. Mais, en même temps, est-ce que ce ne sont pas les mêmes qui proposent la pacification, qui proposent notre destruction ? Ceux qui proposent une manière de mieux pacifier, c’est-à-dire de nous balayer, parce que ce sont leurs rêves sombres pour satisfaire leurs appétits ? Ce sont les mêmes ! Quelle coïncidence ! Donc, ce dialogue est une sinistre magouille. On pourrait en plus se demander comment ceux qui ont signé une amnistie avec Garcia Pérez, amnistie d’ailleurs jamais respectée, peuvent parler de dialogue.

Pour cette raison, selon moi, le papotage sur le dialogue -je le répète- n’a en fait qu’un but : chercher à saper la guerre populaire, car il ne correspond pas à la réalité. Lorsque le moment arrivera, la guerre populaire devra nécessairement développer des pourparlers diplomatiques ; mais notre diplomatie visera la conquête du Pouvoir dans tout le pays, pleinement et complètement. Nous ne voulons pas de Vietnam Nord et de Vietnam Sud, nous ne voulons pas de Pérou du Nord et de Pérou du Sud. Nous voulons un seul Pérou, c’est notre condition : la reddition pleine, totale et absolue. Y sont-ils disposés ? Non, ce qu’il planifient, c’est notre destruction. Aussi le dialogue n’est-il qu’une partie du plan lui-même, malgré tout son caquetage démagogique et philistin.

El Diario : Que pensez-vous de la Gauche Unie et de sa Ligne politique ? Quel avenir donnez-vous à ce front révisionniste ?Quant à l’A.N.P., Assemblée Nationale Populaire, quelle est la position du PCP ?

 Président Gonzalo : Je veux être très bref à ce sujet. D’abord, il faut se demander quelle est la ligne de la Gauche Unie en ce moment. Nous ne le savons pas. On sait d’après ses documents antérieurs qu’elle se veut « un front de masses à tendance socialiste » ; et elle s’est centrée, comme de bien entendu, sur le crétinisme parlementaire. Au fond, qu’expriment de telles positions ? Quelque chose de bien simple : le fait de croire qu’ils peuvent prendre le gouvernement et ensuite, comme ils le disent, le pouvoir ; qu’ils comprennent donc qu’on ne prend pas l’un sans l’autre ! De plus, c’est d’abord la prise du Pouvoir, puis le gouvernement se constitue. Cela vient du fait que le problème essentiel de l’État, c’est le système d’État, c’est-à-dire la dictature qui s’exerce, la classe qui l’exerce ; et ce qui en découle, c’est le système de gouvernement. Le reste n’est que divagations vulgaires, propres aux révisionnistes pourris ; si nous observons leurs propositions, ils ne sont pas pour la destruction de l’État réactionnaire mais pour un gouvernement qui leur permette de continuer à faire évoluer cet ordre caduque et pourri. C’est ce qu’ils cherchent en proclamant qu’avec ce gouvernement et des réformes, ils pourront aller vers le socialisme. Et c’est, tout simplement, du révisionnisme effréné, déjà condamné par Lénine.

D’un autre côté, il faudra voir leurs thèses politiques et leur congrès. En ce qui concerne leurs thèses politiques, ils vont les publier prochainement. Je pense que dans la Gauche Unie, qui est un front, ne l’oublions pas, ce qu’on observe, c’est la réédition du vieux frontisme électoraliste opportuniste que nous avons vu de nombreuses fois au Pérou. Ce front est la négation d’un Parti qui dirige ; et, sans un parti du prolétariat qui dirige, il n’y a pas de transformation, il n’y a pas de révolution. Et la révolution ne s’est jamais faite et ne se fera jamais à travers le parlement. Ils sont en train de parer de nouveaux atours, de vieilles questions déjà discutées dans les années 60. Comment je vois la Gauche Unie ? En résumé, comme un ramassis de contradictions, comme une collusion et une lutte. Qu’est-ce qui les rassemble ? La collusion, leurs appétits, le fait de suivre la voie du crétinisme parlementaire, la répétition de vieux échecs, ou le fait d’être utilisés par la réaction comme une carte, de jouer des rôles sinistres comme Ebert, le pervers et vil assassin de la révolution de 1919, en Allemagne. C’est, me semble-t-il, ce qui les unit. Qu’est-ce qui les divise ? Leurs disputes, leurs bases, leurs appétits, et le fait qu’ils aient plusieurs maîtres ; ils dépendent donc de l’analyse que leurs maîtres font de la situation, parce qu’il y a là des révisionnistes qui servent le P.C.U.S., d’autres qui servent Deng, et ils dépendent de ce que disent leurs maîtres ou les intermédiaires de ces maîtres ; et ce, sans compter les liens avec d’autres centres de pouvoir.

Là est la question. Ceux qui veulent réellement faire la révolution doivent réfléchir sur certaines questions. Ils ont l’obligation de penser que, s’ils sont réellement du côté de la révolution, ils doivent rompre avec ce frontisme électoraliste rampant et inutile qui est un obstacle. En assumant leur position de classe, selon la classe qu’ils défendent, ils doivent converger vers un front véritablement révolutionnaire. Qu’ils le fassent et convergent dans les faits ; il ne suffit pas d’accuser d’être sectaire, il faut prouver qu’on ne l’est pas ; et pour ce faire, il faut premièrement cesser d’être opportuniste, révisionniste ; et, pour d’autres, il faut cesser de vouloir nous emmener sur les voies sans issue du social-christianisme. S’ils veulent la révolution, qu’ils démontrent et donc qu’ils expriment par des faits, l’abandon de la voie erronée qu’ils suivent : celle d’être à la remorque du révisionnisme soviétique et chinois. C’est la première chose qu’ils doivent faire ; par ailleurs, je le répète, qu’ils ne viennent pas avec des positions conduisant à des voies social-chrétiennes. Il faut qu’ils comprennent réellement le marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme ; et, tant qu’ils ne le comprendront pas, ils n’avanceront pas. Qu’ils comprennent ce que veut dire faire une révolution au moyen d’une guerre populaire, qu’ils comprennent et ouvrent les yeux, parce que la vérité est écrasante, et ils ne peuvent nier ce que tout le monde voit, excepté eux. Leurs appétits ne peuvent être aussi importants, qu’ils assument clairement leurs limitations de classe et acceptent que ce soit le prolétariat qui dirige en tant que classe, à travers un Parti Communiste. Voilà ce qui nous intéresse principalement.

En ce qui concerne l’Assemblée Nationale Populaire. D’un côté, l’A.N.P. est une chose intéressante ; on dit que c’est un « germe de pouvoir ». Très bien, « germe de pouvoir », disent-ils ; je me demande s’ils veulent former des soviets ? Sont-ils en train de rééditer l’expérience bolivienne de Juan José Torres ? Un pouvoir peut-il se créer ainsi ? Dresser ce supposé « germe de pouvoir » signifie, purement et simplement, s’opposer au Nouveau Pouvoir que nous sommes en train de construire de façon réelle et concrète. D’un autre côté, on dit que cette A.N.P est un « front de masses ». Est-ce à dire qu’ils font concurrence à la Gauche Unie ? Il s’agit également d’un « front de masses » ; et, bien qu’ils définissent ce qu’ils sont, est-ce donc un « germe de pouvoir » ou un « front de masses » ? Que sont-ils concrètement, se posent-ils clairement la question de savoir comment se forge le pouvoir ? Et que voit-on ? Simplement que l’A.N.P. est manipulée par le révisionnisme. Des preuves à l’appui : ses arrêts de travail suivant la direction et les dates que fixe le révisionnisme à travers la C.G.T.P. ; ainsi donc, là aussi, c’est le révisionnisme qui est à la tête et les révolutionnaires ne peuvent pas suivre les révisionnistes ; ceux qui veulent réellement la révolution, je le répète, qu’ils le démontrent avec des faits ! Qu’ils comprennent d’abord qu’un processus de guerre populaire, authentiquement révolutionnaire, est en train d’avoir lieu ici, dans ce pays. Alors, tant qu’ils ne le comprendront pas, ils ne pourront pas jouer le rôle que de nombreuses personnes peuvent assumer. Ils ont simplement de bonnes intentions ; mais, contrairement à ce qu’ils croient, ils manquent totalement de clarté.

El Diario : Monsieur le Président, comment voyez-vous la situation de la lutte de classes des masses et les organisations existantes ?

Président Gonzalo : En ce qui concerne la lutte de classes des masses, je voudrais partir de ceci : notre peuple est héroïque ; notre classe, le prolétariat, l’est encore plus ; comme tout peuple et tout prolétariat, ils sont des combattants persévérants, opiniâtres, dans la lutte de classes. Ils n’ont jamais baissé les bras et ils ne les baisseront pas jusqu’à ce que nous parvenions au communisme. Je crois que la première chose que nous devons faire, c’est reconnaître cette grandeur de notre peuple, de notre prolétariat ; la deuxième, c’est reconnaître, remercier, voir clairement et dire fermement que, sans leur appui, sans leur soutien, nous n’aurions rien fait ! Absolument rien ! Car ce sont les masses qui font l’histoire. Nous y croyons avec ferveur, tout comme nous croyons au mot d’ordre « On a raison de se révolter » ; c’est un autre principe-clé des masses.

Comment voyons-nous les masses ? Avec la joie profonde de communistes, je salue cette mobilisation croissante et montante des masses qui est en train de rééditer d’anciennes gloires et d’écrire de nouvelles pages historiques. Les masses sont entrées et persévéreront dans un processus aigu de lutte de classes. Le pessimisme qui règne à la Gauche Unie, comme le reconnaît M. Moreno lui-même, dirigeant Patrie Rouge, ne pénétrera pas les masses puisque les masses ne sont pas pessimistes ; rappelons-nous ce que nous dit le Président Mao : seuls les révisionnistes et les opportunistes sont pessimistes ; nous, le prolétariat et les communistes, sommes toujours optimistes, car l’avenir nous appartient. C’est établi historiquement pendant que politiquement nous poursuivons notre chemin. Les masses ne tomberont pas dans le pessimisme, elles n’y sont d’ailleurs jamais tombées. C’est absurde, c’est les avilir. Les masses luttent mais, pour lutter, elles ont besoin d’une direction, d’un Parti car il n’y a pas de mouvement de masses qui puisse évoluer, se maintenir, et encore moins se développer, sans un parti qui les dirige.

Nous voyons avec une joie révolutionnaire comment les masses sont en train de combattre ; et comment, ainsi que leurs propres actions le démontrent, elles apprennent de celles déjà incorporées à la guerre populaire ; comment elles commencent à appliquer ce grand mot d’ordre : Combattre et Résister ! Il n’est plus temps de seulement recevoir, il faut être correct, il faut aussi rendre et rendre le double afin d’être doublement correct. Je crois que les masses sont en train de le faire en nous donnant réellement des exemples qui laissent entrevoir la perspective brillante qu’elles-mêmes verront ; car ce sont elles qui font la révolution, le Parti ne fait que les diriger. Je crois que c’est un principe que nous connaissons tous, mais il n’est pas inutile de le rappeler.

En ce qui concerne les organisations, il nous semble que nous devons, aujourd’hui plus que jamais, étudier sérieusement ce que Lénine enseigna dans son œuvre « La faillite de la IIème Internationale », chapitre VIII ; il nous dit que l’État des exploiteurs, l’État bourgeois, l’État réactionnaire, permet l’existence d’organisations, pour se maintenir, vendent la révolution pour un plat de lentilles. Je crois que cette affirmation leur va comme un gant. Mais il nous dit, en plus, que la révolution n’a rien à attendre de ces organisations ; la révolution doit créer ses propres organisations pour développer les temps de guerre, de révolution, comme ceux que nous sommes en train de vivre et vivrons davantage dans l’immédiat et dans l’avenir la révolution triomphera. En conséquence Lénine nous disait : il faut créer de nouvelles organisations pour servir la révolution, même si nous devons passer par la tête des vendeurs d’ouvriers et des traîtres à la révolution. Je crois que ce sont les paroles de Lénine ; elles méritent notre grand respect à tous et elles doivent nous faire réfléchir sérieusement et profondément ; autrement, nous ne servirons pas la classe, le peuple. Il faut signaler le besoin que nous avons de contribuer à ce que tous assument davantage la conscience de classe. Qu’elles vivent selon ce qu’elles sont, classe ouvrière ou peuple, avec des intérêts opposés, antagoniques à ceux des exploiteurs. Qu’elles réalisent clairement le pouvoir qu’elles ont quand elles arrêtent la production avec une grève ; qu’elles comprennent, réalisent et conduisent une grève comme une École de guerre, comme une École de communisme et qu’elles continuent à développer leurs grèves comme la forme principale de lutte dans le domaine économique, ce qu’elle est de fait. Mais dans les circonstances actuelles, il faut qu’elles soient indissolublement liées à la conquête du Pouvoir. Ainsi donc, unissons la lutte pour les revendications avec le combat, avec la guerre populaire pour la conquête du Pouvoir, car c’est la défense de leurs intérêts de classe, c’est la défense des intérêts du prolétariat, du peuple ; c’est ce dont nous avons besoin et nous croyons que nos masses avancent toujours plus.

Nous avons défini dans notre Parti, il y a quelque temps, ce que nous appelons la loi des masses, la loi de l’incorporation des masses, dans la guerre, dans la révolution, telle que nous la développons et comment elle fait corps avec la réalité ; les masses s’incorporent par vagues et par bonds toujours plus grands ; c’est la direction que nous suivons et qui nous permettra de concentrer le 90 % du peuple péruvien. Pourquoi faire ? Pour que les masses fassent triompher la révolution et culminer l’œuvre qu’elles ont entreprise, il y a 8 ans et qu’elles mènent en avant avec leur propre sang, parce que c’est d’elles, c’est de leur sein qu’est née la révolution ; ce sont elles, les masses, qui font l’histoire, j’insiste, le Parti ne fait que diriger ; voilà je crois ce qu’il en est.

El Diario : Monsieur le Président, dans quels secteurs politiques et sociaux le PCP cherche-t-il ses alliés ? Avez-vous une quelconque affinité avec quelque groupe politique du pays ? L’opportunisme vous accuse de sectarisme. Comment définissez-vous votre politique de front ? Quel est le poids du Parti à la campagne, sur le mouvement ouvrier, sur le peuple en général ?

Président Gonzalo : Si vous me permettez de partir en premier lieu de la façon dont nous voyons le front, nous avons déjà dit comment nous le menons en avant ; mais ce dont nous avons besoin, c’est de préciser ici comment nous concevons le front uni dont parlait le Président Mao. Disons au passage, que c’est lui qui a établi les lois du front, les six lois du front ; avant lui, il n’y avait pas de telles lois. En accord avec ces critères du marxisme-léninisme-maoïsme, notre problème est celui d’un front de classes, avec le prolétariat comme classe dirigeante, la paysannerie comme force principale, la petite bourgeoisie comme alliée à laquelle nous devons prêter attention, en particulier les intellectuels, car ils sont nécessaires à la révolution, comme l’enseigna également le Président Mao. Même la bourgeoisie nationale peut participer et participe à ce front dans des circonstances et des conditions déterminées. Voilà ce que nous entendons par front uni ; ce front a une base : l’alliance ouvrière-paysanne, celle qui se forge à la campagne, celle que nous sommes en train de forger, depuis déjà 8 ans aujourd’hui, les armes à la main. Pourquoi l’alliance ouvrière-paysanne est-elle nécessaire ? Parce qu’il n’y a pas d’hégémonie du prolétariat sans elle, tout cela exige un Parti Communiste qui dirige ce front : telle est notre position. Nous sommes absolument opposés à la théorie révisionniste, qu’ils appliquent en Amérique Centrale et qu’ils veulent diffuser dans d’autres endroits, affirmant que « tous sont révolutionnaires », que « tous sont marxistes », « qu’il n’y a pas besoin de Parti Communiste qui dirige » et « qu’il suffit de s’unir tous et de se baser sur un front pour conduire une révolution » ; c’est la négation du marxisme, la négation de Marx, la négation de Lénine, la négation du Président Mao ; il n’y a pas de marxiste qui ait mis de côté la direction du Parti ; autrement, comment se concrétise l’hégémonie du prolétariat ? Seulement au moyen du Parti Communiste en tant que tel, c’est-à-dire, un parti marxiste-léniniste-maoïste qui serve de façon conséquente et ferme les intérêts de la classe et défende ceux du peuple. C’est ainsi que nous le voyons et c’est ce que nous sommes en train de matérialiser et de développer. Pour nous, le problème de front a un rapport avec la thèse connue, qui dit que, le Parti étant toujours une sélection des meilleurs, étant la direction nécessaire, pas pour faire la révolution puisque ce sont les masses qui la font, apparaît alors la nécessité du front pour rassembler les 90 % de la population, l’immense majorité. C’est cela que nous cherchons, et c’est ce que nous sommes en train de réaliser.

A propos d’organisations, nous avons eu en diverses occasions, des relations avec des organisations et alors nous les avons traitées comme il se doit, d’égal à égal, et nous avons échangé des expériences. Dans certains cas, elles ont demandé que le Parti les aide politiquement, ce que nous avons fait. Plusieurs cas se sont présentés, mais il vaut mieux ne pas donner de noms pour l’instant.

A propos de si nous sommes sectaires ou non, excusez-nous de vous lire ce que dit le document « Développer la guerre populaire pour servir la révolution mondiale ». Ce sont les paroles de notre fondateur et nous les utilisons précisément parce que ceux qui se disent Mariatéguistes doivent l’être véritablement. Mais on ne peut pas être continuateur de Mariatégui sans être marxiste-léniniste-maoïste. Mariatégui disait : « Nous vivons une période de grande lutte idéologique. Les hommes qui représentent une force de rénovation ne peuvent, ni conjoncturellement, ni fortuitement, se concerter et ou se confondre avec ceux qui représentent une force conservatrice ou de régression. Un abîme historique les sépare. Ils parlent un langage différent et n’ont pas la même intuition de l’histoire ».

« Je pense qu’il faut réunir les semblables et non les contraires. Il faut assembler ceux que l’histoire veut assembler. Il faut que se solidarisent ceux que l’histoire veut solidaires. Ceci me semble la seule entente possible. La seule intelligence pourvue d’un sens historique précis et tangible ».

« Je suis révolutionnaire, mais je crois que les hommes de pensée claire et de position définie peuvent s’entendre et s’apprécier facilement, même s’ils se combattent. Le secteur politique avec lequel je ne m’entendrai jamais, est l’autre secteur, celui du réformisme médiocre, du socialisme domestique, de la démocratie pharisaïque ».

C’est à cela que nous nous référons. Nous ne sommes pas sectaires, aucune de nos actions ne le démontre, mais ce que personne ne peut exiger de nous c’est que nous allions au marais. Lénine nous enseigna : si certains décident et veulent aller au marais, ils ont le droit d’y aller, mais ils n’ont pas le droit de nous y entraîner avec eux. Lénine nous disait que nous devons suivre notre chemin en pente raide jusqu’au sommet, et dans d’autres textes, que nous devons affronter la mitraille de l’ennemi, mais nous continuerons d’avancer. Alors nous ne sommes pas sectaires, ni dogmatiques, nous sommes simplement des communistes et nous sommes attachés à ces sages paroles de Mariatégui. Nous demandons par contre à ceux qui se vantent de le suivre, de le suivre vraiment et de le prouver.

En ce qui concerne le poids du Parti à la campagne, ce que nous pouvons dire concrètement, c’est que la majorité de notre force militante est paysanne, l’immense majorité ; et notre limitation est le nombre insuffisant d’ouvriers. Nous avons là une limitation sérieuse mais nous faisons et nous ferons plus d’efforts pour la surmonter parce que nous avons besoin de communistes prolétaires, d’ouvriers. En effet, ils nous transmettent cette résistance, cette fermeté d’acier qui les caractérisent en tant que classe.

Nous savons, du reste, que dans le peuple en général, notre force et notre retentissement augmenten ; nous pouvons dire que l’Armée Populaire de Guérilla est formée des masses, des paysans, des ouvriers, des intellectuels, des petits-bourgeois, cela représente des milliers d’hommes. Nous avons des centaines de Comités Populaires organisés en Bases d’Appui et nous exerçons un Pouvoir sur des dizaines de milliers de personnes. Voilà notre réalité, l’influence du Parti est grandissante et notre retentissement sur les masses est chaque fois plus grand ; nous appliquons ce principe comme nous le dit le marxisme, d’éduquer le prolétariat, le peuple, les masses, avec des actions frappantes pour ancrer en eux les idées. Nous croyons que nous sommes en train de faire un grand bond dans notre croissance au sein des masses, voilà ce que nous pouvons dire. Nous souhaitons, et c’est notre tâche et une partie de notre plan, faire un grand bond dans le travail de masses. Les masses, dans le pays, ont besoin de la direction du Parti Communiste. Nous espérons, avec un peu plus de théorie et de pratique révolutionnaire, avec plus d’actions armées, plus de guerre populaire et plus de Pouvoir, atteindre le cœur-même de la classe et du peuple et le rallier réellement à nous. Pourquoi ? Pour le servir, c’est ce que nous voulons.

El Diario : Monsieur le Président, d’autres organisations ou ne se définissent pas, ou parlent vaguement de révolution socialiste pour le Pérou. Quelles sont les raisons qui permettent au P.C.P de définir les étapes de la révolution péruvienne ?Comment le P.C.P mènera la révolution socialiste et les Révolutions Culturelles Prolétariennes au triomphe et les forces contre-révolutionnaires à la déroute ? Les Révolutions Culturelles seront-elles similaires à celles que développa le Président Mao en Chine ?

Président Gonzalo : Un problème capital est de définir le caractère de la révolution. Pour nous, selon ce que le propre Congrès du Parti a établi, la révolution est démocratique. C’est en assumant le maoïsme que nous sommes parvenus à développer une compréhension un peu plus large de la situation de notre pays. Nous considérons que la société péruvienne est une société semi-féodale et semi-coloniale sur laquelle se développe un capitalisme bureaucratique et, en conséquence la révolution est démocratique. Nous considérons que cette révolution démocratique doit affronter trois montagnes : l’impérialisme principalement yankee, le capitalisme bureaucratique et la semi-féodalité. Cette révolution démocratique exige d’engager une guerre populaire c’est pour cela que nous sommes résolus dans cette guerre populaire qui nous permettra de détruire ces trois montagnes et de conquérir le Pouvoir dans tout le pays, dans une perspective à notre avis pas si lointaine. Mais finalement, ceci dépend de l’importance de l’effort que nous, tous les combattants, engagerons dans la guerre populaire, mais aussi de l’adhésion chaque fois plus grande que lui apporteront les masses. Nous considérons que cette révolution démocratique doit être suivie sans intermède d’une révolution socialiste. A ce sujet nous voudrions préciser ceci, assumant ce que le Président Mao nous enseigne avec une grande clairvoyance de ce qui pouvait surgir : il nous dit que la révolution démocratique se termine le jour même de la prise du Pouvoir dans tout le pays et de la fondation de la République Populaire. Ce même jour, à cette même heure, commence la révolution socialiste, dans laquelle nous devons développer une dictature du prolétariat et ainsi, mener en avant les transformations de base pour le développement du socialisme.

Nous considérons qu’il existe un troisième type de révolution. En étudiant le Président Mao Tsétoung, et les accords du P.C.C., nous sommes en train de comprendre chaque fois plus, l’importance de la grande révolution culturelle prolétarienne, comme continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat, et son caractère indispensable. Sans elle la révolution ne peut pas poursuivre sa marche vers le communisme. Nous considérons qu’il y aura des révolution culturelles successives, mais nous pensons que cette révolution culturelle devra être spécifiée. Même si nous devons assumer la thèse du Président et la grandiose expérience du P.C.C., nous devons l’appliquer à notre propre réalité ; là encore, nous sommes anti-dogmatiques, nous ne pouvons être mécanicistes, nous serions contre le maoïsme. En tant que Parti Communiste, nous pensons que notre but est unique : le communisme, mais là, et excusez-moi si je répète, nous devrons y parvenir tous sur la Terre, au risque que personne n’y arrive. Nous sommes absolument opposés aux thèses révisionnistes de Khrouchtchev qui nous parlait de communisme en U.R.S.S pour l’année 1980. Le Président Mao Tsétoung réaffirma une fois de plus, que nous entrerions tous au communisme ou sinon personne n’y entrerait. C’est pour cela que notre révolution est étroitement liée à la révolution mondiale. C’est notre but final et définitif, le reste n’est qu’étapes, pas, moments. Nous pensons que la perspective pour parvenir au communisme est lointaine. La projection du président Mao Tsétoung nous semble exacte.

El Diario : On dit que le P.C.P., avec la conquête du Pouvoir dans tout le pays, confisquera tout type de propriété. Est-ce vrai ?Comment agira-t-il face à la dette extérieure ?

Président Gonzalo : Nous voyons déjà que le Programme du Parti éclaire ces questions. Une révolution démocratique comme celle que nous sommes en train de mener en avant, vise les trois montagnes déjà mentionnées. Cela veut dire que nous voulons rompre la domination de l’impérialisme principalement yankee, mais en même temps nous faisons tout pour ne jamais permettre au social-impérialisme, ni à aucune puissance impérialiste, d’exercer sa domination sur nous. Nous sommes pour la destruction de la semi-féodalité, en appliquant le grand mot d’ordre qui continue d’être d’actualité –cela veut la peine d’insister car tellement de choses se disent là-dessus- « la terre à celui qui la travaille  » ; le Président Mao réaffirme ce mot d’ordre, qui pour nous, entraîne la destruction de la propriété semi-féodale et la distribution de la terre à la paysannerie sous forme de propriété, distribution principalement à la paysannerie pauvre ; et nous, nous sommes pour la confiscation du capitalisme bureaucratique, et il faut le répéter encore, c’est très important, parce que cela donne au Nouveau Pouvoir la base économique pour diriger l’économie et nous mettre en marche vers le socialisme. Nous sommes contre ces trois montagnes. En ce qui concerne la bourgeoisie nationale ou moyenne, la question est de respecter ses droits : nous nous en tenons à cela, nous ne pouvons aller plus loin ; ce serait changer le caractère de la révolution. L’idée de « confisquer toute propriété » n’est rien de plus que fables et mensonges toujours proférés contre les communistes. Comme Marx nous l’enseigna magistralement, la réaction et les ennemis de la révolution ont toujours élaboré des idées fausses et des mensonges pour s’opposer au communisme. Si ce grand fondateur du marxisme dans le monde, souffrit toutes ces infamies, tous ces mensonges et tergiversations de ses sages propos, nous croyons que ce qui se dit contre notre parti, n’est que la continuation de vieille école réactionnaire et des ennemis de la révolution.

El Diario : Comment agira le Parti face à la dette extérieure ?

Président Gonzalo : La dette étant propriété impérialiste, elle sera confisquée. Je crois que nous pouvons ajouter que c’est la seule manière de balayer réellement ce poids immense qui écrase tant de pays et appauvrit des nations et des peuples. C’est seulement avec la révolution, il n’y a pas d’autre forme. Tout le reste, les moyens, les critères proposés ne sont que les désirs de tirer les marrons du feu à l’impérialisme et nous pensons de plus que cela correspond à l’expérience historique.

El Diario : Et le Parti Communiste, comment est-il en train de résoudre le problème de la terre ? Quels plans appliquent l’APRA et le PUM ?

Président Gonzalo : La question de la terre est fondamentale parce que réellement, c’est ce problème qui se résout avec la révolution démocratique, mis à part d’autres problèmes déjà connus. Nous appliquons la destruction des rapports semi-féodaux d’exploitation et la distribution de la terre aux paysans pauvres, principalement, puis aux paysans moyens, et s’il y a lieu aussi aux paysans riches, mais de la même façon, si c’est nécessaire, nous pouvons leur retirer pour faire face à un manque de terres. Même pour le cas des grands propriétaires fonciers, comme l’enseigna le Président, s’ils veulent travailler, qu’ils gagnent leur pain, comme on dit, à la sueur de leur front, qu’ils apprennent ce que signifie travailler la terre et ne pas vivre simplement de la rente. Nous suivons cette politique.

La politique du Parti s’est développée dans ce domaine ; une des réalisations importantes que nous ayons effectuées, a été d’impulser un mouvement d’invasion des terres de grande envergure, dans le département de La Libertad, où furent répartis plus de 300.000 ha, mobilisant 160.000 paysans ; en voyant l’ensemble des mobilisations que nous avons connues, c’est là où nous sommes parvenus à mobiliser la masse la plus nombreuse ; ce mouvement fut impulsé pour saper les plans de l’Apra ; nous l’avons appliqué aussi à Puno et c’est nous qui avons commencé les invasions de terres même à Puno, alors que le PUM discutait avec l’Apra le fait et la façon de le faire ; c’est la réalité, pure et simple ; puis le gouvernement s’est vu obligé d’adopter des dispositions pour Puno en particulier, dispositions qu’il n’a d’ailleurs pas appliquées. Dans ce cas comme dans d’autres de la Sierra, l’Apra visait le rédecoupage que proposait Morales Bermudez lors de sa présidence et la dispute avec le PUM tourna autour de comment le réaliser, si seul le gouvernement le réalisait ou si les organisations participaient.

Qu’ont cherché le gouvernement et le PUM ? Ils ont cherché à faire baisser la pression des eaux. Nous voyons une fois de plus la répétition de leur pratique de 1974, à l’époque de « l’Avant-Garde Révolutionnaire » avec les « prises de terre » d’Apurimac où des milliers de paysans furent mobilisés. Dans quel but ? Rester et négocier dans le cadre de la loi 17716, loi corporatiste du fascisme de Velasco, les actes de Toxama et Huancahuacho en sont la preuve. Quelqu’un doit en répondre, il serait bon de leur rafraîchir la mémoire ; servirent-ils ou non le régime ? Ils lui ont servi parce qu’ils s’appuyaient à ce moment là sur le critère que la loi 17716 était bonne, que son erreur était de n’être pas socialiste. C’est politiquement stupide, parce que la question de la terre est une revendication démocratique élémentaire, sinon il faudrait corriger le marxisme. C’est cela qu’ils ont réédité aujourd’hui, en collusion avec l’Apra. Il y a des choses qui se disent beaucoup, mais il serait bon, vu ce qu’ils sont, qu’ils se frappent la poitrine et fassent un acte de contrition, qu’ils regardent s’ils n’ont pas collaboré, y compris pratiqué la délation pour que nos forces soient frappés, qu’ils méditent tout cela ! Les faits l’ont prouvé, nous savons depuis les années 60, et grâce à une nouvelle étude que nous avons faite dans les années 70, que la simple obtention de la terre, non liée à une guerre populaire, à une lutte pour la conquête du Pouvoir, engendre simplement un accouplement au système ; elle devient un soutien de ce dernier, suit le même processus végétatif, semi-féodal, preuves à l’appui, Pomacocha et Ccaccamarca, dans le département d’Ayacucho ; ce sont des questions aux quelles nous devons réfléchir ; les expériences d’Apurímac en 1974, les « prises de terre » de l’Avant-Garde Révolutionnaire, à quoi servirent-elles ? Elles servirent à la mise en place d’un système corporatiste, en développant les formes associatives. N’était-ce pas ce que voulait Velasco ? En conséquence, il s’agit bien de s’accoupler au système, de faire évoluer la féodalité, quand la question est de la raser, de la détruire. C’est, jusqu’à ce jour, ce que ne comprend pas le PUM, ce qu’il ne comprendra pas ; il faudrait qu’il ait une autre idéologie, l’idéologie marxiste, pour comprendre comment conquérir et défendre la terre, les armes à la main. Voilà ce qu’il en est.

En outre, l’Apra suit d’autres plans ; en particulier, il faut prêter une grande attention à leurs plans concernant les terres en friche de la Côte, avec les derniers décrets et les « plans de développement » proposés à tous ceux qui sont capables d’investir, en vue de créer des produits d’exportation. Ceci conduit à une répartition falsifiée, à une bagarre pour les terres dans les départements de Lambayeque, de la Libertad, d’Ica et sur la Côte péruvienne en général. Avec leurs dernières dispositions, ils peuvent donner jusqu’à 450 hectares ; est-ce que ce seront les pauvres qui acquerront ces terres ? Avec quel argent pourraient-ils creuser des puits tubulaires, pour extraire l’eau, par exemple ? Impossible : ce sont de succulents plans dont le résultat était déjà clair, c’est la répartition falsifiée des terres. Que sont-ils donc en train de faire à la Libertad ? Au bénéfice de qui ? De l’Apra, de ses dirigeants et de ses associés, parmi les quels, monsieur le ministre Remigio Moralez Bermudez, partenaire de grandes entreprises monopolistes, joue un rôle de choix et économique. Cela ne bénéficie pas à la paysannerie et à la Côte aussi, la paysannerie a besoin de terres et les terres doivent leur appartenir. Nous avons vu dernièrement, dans le département de La Libertad, le scandale provoqué par la demande de concession de terres à cause d’irrigations futures.

D’autres problèmes. La répartition de terres dans la forêt amazonienne : 30 mille hectares. Qui pourra les gérer ? Dionisio Romero ou quelqu’un de semblable. Il ne pourra pas le contrôler, il les donnera encore moins à un paysan pauvre, mais la terre est à celui qui la travaille, principalement la paysannerie pauvre. D’un autre côté, l’Apra a nettement échoué dans ses plans contre-révolutionnaires pour le dit trapèze andin. Et nous lui disons ouvertement, comme d’autres le lui ont déjà signalé, que nous avons montré que la Sierra existait au Pérou. C’est à partir de cela que García Perez a redécouvert son trapèze andin pour faire sa propre vitrine mais ses sinistres plans ont échoué ; ils sont détruits et paralysés. Sinon, que dire du plan de Cachi à Ayacucho inauguré par celui qui se fait passer pour le président, allant en hélicoptère et à grand renfort de propagande, pour expliquer depuis les montagnes ce qu’il ne sait ni ne comprend ? Qu’en est-il du plan de Rasuwilca ? Nous l’avons détruit pour contre-subversion et parce que nous ne pouvons pas permettre que les terres ne soient pas données aux paysans qui en ont besoin, principalement les paysans pauvres.

Mais je crois que d’autres questions mériteraient d’être abordées : les rondes, les rondes paysannes ; qu’ont-ils fait de ces créations que les masses mirent sur pied pour se défendre ? Des organismes qui aujourd’hui sont sous le contrôle de l’État, des forces armées et des forces de police, voilà ce qu’il en est clairement et concrètement. Ce sont eux, ceux de la Gauche Unie, qui avec orgueil approuvèrent la fameuse loi et aujourd’hui trépignent contre le règlement de cette même loi. Mais le règlement n’est que le résultat de la loi. Si tu as approuvé la loi, supportes-en le règlement. Au fond, ce qu’ils ont fait, c’est simplement travailler pour ce que l’armée de terre, les forces armées exigeaient, une loi qui ratifie les groupements de masses contre-révolutionnaires ou les « comités de défense » qu’ils avaient montés. Ils disaient qu’il n’y avait pas de loi derrière laquelle ils puissent s’abriter. C’est donc bien cette loi celle qui s’appelle loi de rondes paysannes. Les forces de police les utilisent-elles ou non ? L’armée les utilise-t-elle ou non ? Le caciquisme les utilise-t-il ou non ? Voilà la réalité ; de tout cela, ils devraient répondre, ils devraient nous rendre compte ; sans entrer dans les détails de leurs statuts, sont-ils réellement marxistes ; Sont-ils élaborés du point de vue de la classe, du peuple ? Ne renferment-ils pas un incaïsme usé ? N’expriment-ils pas une position de personnalisme chrétien ? Ne travaillent-ils pas en liaison avec l’Église ? Alors, pourquoi publient-ils leurs documents ? Quand je parle de l’Église, je me réfère à la hiérarchie ecclésiastique. Ce serait bien, quand ils auront du temps, du temps libre, qu’ils lisent ces règlements, ils sont extrêmement significatifs.

Nous dénonçons aussi, le plan de l’Apra, dans le Haut Huallaga, qui sous prétexte de combattre le narco-trafic, autorise l’utilisation des insecticides meurtriers « spike »  dont les monopoles yankees eux-mêmes disent qu’ils sont comme de petites bombes atomiques.

El Diario : Monsieur le Président, quelles seront les caractéristiques principales de la République Populaire de Démocratie Nouvelle que vous et votre Parti proposez ?

Président Gonzalo : Les caractéristiques sont essentiellement celles d’une dictature conjointe ; j’insiste sur ce point, parce qu’au Pérou, il faut penser sérieusement à la question de l’État et l’analyser à partir du marxisme-léninisme-maoïsme ; sur le problème de l’État, la première question qui se pose à nous, c’est la question du système d’État, c’est-à-dire la dictature de classe qui s’exerce ; dans notre cas, c’est une dictature conjointe. Actuellement, elle s’exerce seulement à trois : le prolétariat, la paysannerie et les progressistes (la petite bourgeoisie) ; la bourgeoisie nationale n’y participe pas, mais nous respectons ses droits, oui. Le système de gouvernement qui découle de cela est un système basé sur des Assemblées Populaires. Comment le concrétisons-nous ? Par des Comités et le regroupement de ces Comités Populaires forme les Bases d’Appui ; l’ensemble des bases d’appui forme la République Populaire de Démocratie Nouvelle, voici ce que nous sommes en train de mettre en place et ce que nous développerons, jusqu’au terme de la révolution démocratique. Je voudrais insister sur le fait que le Parti a décidé de « Semer le Pouvoir » pour que le peuple commence à l’exercer, qu’il apprenne à conduire l’État, car une fois qu’il apprendra à conduire l’État, il apprendra que cet État ne peut être maintenu que par le pouvoir des armes. On le défend de la même manière qu’on le conquiert. « Semer le Pouvoir » nous amène à semer dans les esprits la nécessité du Nouveau Pouvoir, et qu’ils le voient dans les faits, C’est précisément ce que nous sommes en train de faire. Au niveau de la République Populaire de Démocratie Nouvelle s’accomplissent des fonctions générales de direction, de construction et de planification ; il me semble qu’on a suffisamment parlé de ce point, puisque d’autres précisions sont déjà expliqués dans les documents.

 

 

Source: https://www.pcmaoiste.org/actuinter/2610/

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Interview du président Gonzalo par le journal « El Diario » Partie III

Nous republions une nouvelle traduction, revue et corrigée, de l’interview donnée par le Président Gonzalo au journal El Diario après 8 années de Guerre Populaire au Pérou. Cette interview est un texte didactique et très utile pour comprendre ce qu’est l’idéologie scientifique du prolétariat, le marxisme-léninisme-maoïsme. Nous republierons les lundis une partie de ce texte sur notre site. Nous continuons avec la Guerre Populaire. Le texte complet est également disponible sur la Bibliothèque Marxiste. 

 

Interview du président Gonzalo par le journal « El Diario »

3. GUERRE POPULAIRE

El Diario : Monsieur le Président, parlons maintenant de la guerre populaire. Que signifie la violence pour le Président Gonzalo ?

Président Gonzalo : En ce qui concerne la violence, nous partons d’un principe établi par le Président Mao Tsétoung : la violence est une loi universelle, sans aucune exception, je veux dire : la violence révolutionnaire ; c’est cette violence qui nous permet de résoudre les contradictions fondamentales, avec une armée, et à travers la guerre populaire. Pourquoi partons-nous de la thèse du Président Mao ? Parce que nous croyons qu’avec lui, le marxisme s’est réaffirmé et a réussi à établir qu’il n’y a aucune exception. Marx, déjà, nous parlait de la violence accoucheuse de l’histoire, ce qui reste pleinement valable et grandiose. Lénine, à propos de la violence, nous parlait du panégyrique de la violence révolutionnaire, fait par Engels. Mais ce fut le Président Mao qui nous dit que c’est une loi universelle sans aucune exception. C’est pour cela que nous nous basons sur cette thèse. C’est une question essentielle du marxisme parce que sans violence révolutionnaire, une classe ne peut pas renverser un vieil ordre pour en créer un nouveau, en l’occurrence aujourd’hui un nouvel ordre dirigé par le prolétariat au moyen de partis communistes.

Le problème de la violence révolutionnaire est une question qui revient de plus en plus sur le tapis. C’est pourquoi nous, les communistes et les révolutionnaires, devons nous réaffirmer dans nos principes. Le problème de la violence révolutionnaire est dans la concrétisation de la guerre populaire. Pour nous, le Président Mao Tsétoung, en établissant les principes de la guerre populaire, a doté le prolétariat de sa ligne militaire, de sa théorie et de sa pratique militaire, de valeur universelle, donc applicable partout, selon les conditions concrètes.

Le problème de la guerre, nous le voyons ainsi : la guerre a deux aspects ; l’un de destruction, l’autre de construction, l’aspect de construction étant le principal. Et ne pas voir les choses ainsi, c’est saper la révolution, c’est l’affaiblir. D’un autre côté, dès que le peuple prend les armes pour renverser le vieil ordre, la réaction cherche à l’écraser, à le détruire, à l’anéantir ; et elle utilise tous les moyens à sa disposition, allant jusqu’au génocide. Dans notre pays nous l’avons vu, nous sommes en train de le voir et nous le verrons plus encore, jusqu’à ce que nous ayons démoli l’État Péruvien caduc.

En ce qui concerne la soi-disant guerre sale, je préfère simplement dire qu’on nous impute le fait que la force armée réactionnaire ait appris de nous cette guerre sale. Cette accusation est l’expression claire de l’incompréhension de ce qu’est une révolution, de ce qu’est une guerre populaire. La réaction applique, au moyen de ses forces armées et de ses forces répressives en général, sa volonté de nous balayer et de nous faire disparaître. Et pour quelle raison ? Parce que nous voulons la même chose pour elle : la balayer et la faire disparaître en tant que classe. Mariatégui disait déjà qu’on ne peut engendrer un nouvel ordre social qu’en détruisant, qu’en démolissant le vieil ordre. Nous jugeons, finalement, ces problèmes à la lumière du principe essentiel de la guerre, établi par le Président Mao : l’anéantissement des forces de l’ennemi et la préservation des siennes. Et nous savons très bien que la réaction a appliqué, applique et appliquera le génocide. Sur ce point nous sommes extrêmement clairs. Et, en conséquence, se pose pour nous le problème du prix à payer : pour anéantir l’ennemi, préserver nos propres forces et plus encore pour les développer, il faut payer le coût de la guerre, payer de notre sang. Le sacrifice d’une partie est nécessaire au triomphe de la guerre populaire.

En ce qui concerne le terrorisme. On nous qualifie de terroristes. Je veux seulement répondre de cette manière pour que tous, nous réfléchissions. N’est-ce pas l’impérialisme yankee, et particulièrement Reagan, qui a accusé de terrorisme tout mouvement révolutionnaire ? Oui ou non ? C’est ainsi qu’ils cherchent à discréditer et à isoler pour mieux écraser ; c’est ce dont ils rêvent. Mais ce n’est pas seulement l’impérialisme yankee et les autres puissances impérialistes qui combattent le soi-disant terrorisme. C’est aussi le social-impérialisme, le révisionnisme. Aujourd’hui, Gorbatchev lui-même propose de s’unir pour lutter contre le terrorisme. Et ce n’est pas une simple coïncidence si lors du VIIIème Congrès du Parti du Travail d’Albanie, Ramiz Alia s’est engagé lui aussi à le combattre.

Mais il serait très utile de nous rappeler ce que Lénine écrivait : « Vive les initiateurs de l’Armée Populaire Révolutionnaire ! Ce n’est plus un complot contre un quelconque personnage haï, ce n’est pas un acte de vengeance, ce n’est pas une sortie poussée par le désespoir, ce n’est pas un simple acte d’intimidation, non : ceci est le commencement bien médité et préparé, calculé du rapport de forces, c’est le commencement des actions des détachements de l’armée révolutionnaire ». « Heureusement, les temps sont révolus où, par manque d’un peuple révolutionnaire, la révolution ‘était faite’ par des terroristes révolutionnaires isolés. La bombe a cessé d’être l’arme du ‘poseur’ individuel et est devenue l’élément nécessaire de l’armement du peuple ».

Déjà Lénine nous enseignait que les temps avaient changé, que la bombe était devenue l’arme de combat de la classe, du peuple, qu’elle n’était plus une conjuration, une action individuelle isolée, mais l’action d’un Parti, avec un plan, avec un système, avec une armée. Les choses étant ce qu’elles sont, où est le soi-disant terrorisme ? Ce n’est que pure infamie.

En fait, on doit avoir très présent à l’esprit que, dans la guerre contemporaine en particulier, c’est précisément la réaction qui utilise le terrorisme comme un de ses moyens de lutte, et comme cela a été prouvé mille fois c’est une forme de lutte quotidienne des forces armées de l’État Péruvien. Au vu de ce qui précède, nous pouvons conclure que ceux qui jugent la situation avec désespoir parce que la terre tremble sous leurs pieds, crient au terrorisme dans le but de cacher la guerre populaire. Mais c’est un tel choc qu’eux-mêmes reconnaissent sa dimension nationale et reconnaissent que c’est devenu le problème principal qu’affronte l’État Péruvien. Et quel terrorisme agit ainsi ? Aucun ; et pire encore, ils ne peuvent plus nier qu’un Parti Communiste dirige la guerre populaire. Mais en ce moment certains commencent à réfléchir. Il ne faut condamner personne d’avance, il y a ceux qui peuvent progresser. D’autres, comme Del Prado, n’avanceront jamais.

El Diario : Quelles sont les particularités de la guerre populaire au Pérou, en quoi se différencie-t-elle d’autres luttes dans le monde, en Amérique Latine et de celle menée par le M.R.T.A. ?

Président Gonzalo : C’est une bonne question. Je vous remercie parce qu’elle servira à aborder une fois de plus le soi-disant « dogmatisme ». Certains vont jusqu’à dire que nous appliquons mal la pensée du Président Mao, à une époque qui n’est plus la sienne. Finalement, ils papotent tant, qu’il faut se demander s’ils savent de quoi ils parlent, entre autres, le sénateur décoré, spécialistes de la violence.

La Guerre Populaire s’applique universellement, selon le caractère de la révolution, et acquiert un caractère spécifique à chaque pays, il ne peut pas en être autrement. Dans notre cas, les particularités sont claires. C’est une lutte qui se livre à la campagne et à la ville comme cela fut établi dès 1968, dans les grandes lignes pour la guerre populaire. Voici déjà une différence, une particularité : c’est à la campagne et à la ville. Nous croyons que cela est lié à nos situations spécifiques. L’Amérique Latine, par exemple, compte des villes proportionnellement plus grandes que celles des autres continents. C’est une réalité de l’Amérique Latine qu’on ne peut ignorer. Il suffit de voir la capitale du Pérou, qui a un taux de population élevé. Ainsi, pour nous, la ville ne pouvait être laissée de côté et la guerre devait s’y dérouler aussi, toutefois la lutte se livre principalement à la campagne, celle de la ville restant le complément nécessaire. Voilà, nous avons déjà une particularité. Il y en a une autre.

La réalité est la suivante : en entrant dans la guerre populaire, nous allons affronter les forces de police, et ce n’est qu’en décembre 1982, que les forces armées font leur entrée ; ceci ne voulait pas dire qu’avant, elles n’avaient pas, bien sûr, un rôle de soutient, sans compter l’étude du processus de notre développement. C’est une particularité, parce que produisant un vide à la campagne, nous avons dû créer un Nouveau Pouvoir sans avoir mis en déroute de grandes forces armées puisqu’elles n’étaient pas encore entrées. Et si elles l’ont fait, si elles sont entrées, c’est parce que nous avions créé un Pouvoir Populaire. Telle était la situation politique concrète qui existait dans le pays. Si nous n’avions pas agi ainsi, en appliquant point par point ce que le Président Mao Tsétoung a dit, nous serions encore assis à attendre l’entrée des forces armées. Nous nous serions enlisés. Une autre particularité, c’était la conformation de l’armée, je m’y suis déjà référé.

Toutes sont des particularités, nous avons déjà parlé de la campagne et de la ville, de comment faire la guerre, de l’armée, de comment s’établit le Nouveau Pouvoir. Que le Parti lui-même soit militarisé est une autre particularité. Ce sont des situations spécifiques qui correspondent à notre réalité, à l’application du marxisme-léninisme-maoïsme, de la théorie du Président Mao sur la guerre populaire aux conditions de notre pays. Bien sûr, cela nous différencie des autres luttes.

Pourquoi nous différencions-nous des autres ? Parce que nous faisons une guerre populaire ; cela nous différencie d’autres luttes d’Amérique Latine. A Cuba il n’y a pas eu de guerre populaire, mais leur lutte a eu aussi ses particularités, qu’ils ont oubliées intentionnellement ; avant ils disaient que c’était un cas exceptionnel, la non-ingérence de l’impérialisme nord-américain -dixit Guevara- et puis ils l’oublièrent. En dehors du fait qu’il n’y a pas eu de Parti Communiste pour diriger, ce sont des questions du cubanisme et ses cinq caractéristiques : différenciation des classes insuffisante, ce qui entraînait le besoin de rédempteurs pour racheter les opprimés, révolution socialiste ou caricature de révolution, front uni mais sans bourgeoisie nationale, pas de nécessité de base d’appui, et celle déjà mentionnée : l’absence de nécessité d’un Parti. Ce que nous voyons aujourd’hui en Amérique Latine n’est qu’un développement de ces mêmes positions, mais chaque fois plus au service du social-impérialisme et son conflit avec l’impérialisme yankee pour l’hégémonie mondiale. L’Amérique Centrale le montre avec évidence. Le M.R.T.A., du peu que nous en savons, est en accord avec ces critères.

En fin de compte, un autre point qui nous différencie, excusez-moi d’insister, c’est l’indépendance, l’autonomie de décision, le fait que nous nous appuyons sur nos propres forces. Les autres ne possèdent pas ces caractéristiques et sont des pions de l’échiquier ; nous, non. Encore une différence très importante ; nous nous assujettissons au marxisme-léninisme-maoïsme, les autres non. En synthèse, la grande différence, la différence fondamentale, se trouve au point de départ, dans l’idéologie dont nous partons, le marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme, appliqué aux conditions spécifiques de notre pays, et j’insiste encore une fois de plus, appliqué avec des particularités bien claires qui démontrent la fausseté du soi-disant dogmatisme qu’ils nous imputent, qui n’est d’ailleurs que la réponse aux ordres de leurs maîtres.

El Diario : Monsieur le Président, le M.R.T.A. serait donc en train de jouer un rôle contre-révolutionnaire dans le pays ?

Président Gonzalo : Le M.R.T.A. a des positions qui doivent faire réfléchir. Il y a eu, par exemple, la trêve accordée à l’Apra, selon ses dires, jusqu’à ce que le peuple soit frappé. Mais nous savons que le jour même où García Perez devint président, il réprima les masses dans la capitale même de la république. En octobre 1985, génocide à Lurigancho. Le peuple était-il frappé oui ou non ? Et combien de temps ont-ils attendu pour mettre fin à leur trêve ? Ce sont des choses sur lesquelles chacun doit s’interroger.

El Diario : Vu l’importance de la Base d’Appui : comment se construit-elle dans le pays ? Que pensez-vous de l’insurrection ?Comment y préparez-vous les villes ?

Président Gonzalo : La base d’appui est l’épine dorsale de la guerre populaire. Sans elle, elle ne peut se développer. J’ai fait mention, auparavant, de circonstances particulières qui se sont présentées à nous au cours de la seconde moitié de 1982. Nous avons développé la partie finale de la campagne de déploiement, visant à détruire les relations semi-féodales d’exploitation, visant à en finir avec le caciquisme qui est la base du pouvoir de l’État, et le sera jusqu’à ce que nous le balayions. Nous continuons à frapper et à infliger des défaites écrasantes et humiliantes aux forces policières ; et ce n’est pas moi qui le dis, mais des journalistes de l’Expreso par exemple, qu’on ne peut, je crois, soupçonner de position révolutionnaire. Nous avons donc créé un vide de Pouvoir à la campagne. Le problème s’est alors posé : Que faire ? Nous avons décidé de créer des comités populaires, c’est-à-dire des dictatures conjointes, un Nouveau Pouvoir. Nous avons décidé qu’ils devaient être clandestins, parce qu’ensuite interviendraient nécessairement les forces armées, nous le savions bien. Ces Comités Populaires se sont multipliés par cent, les Comités d’une zone formant une base d’appui et l’ensemble de celles-ci, la République Populaire de Démocratie Nouvelle en formation. C’est de cette manière qu’ont surgi les comités, les bases, et que la R.P.D.N. est en formation.

Quand les forces armées sont entrées, nous avons dû développer une dure lutte : elles ont appliqué le rétablissement du vieux pouvoir, nous avons appliqué le contre-rétablissement pour relever le Nouveau Pouvoir.

Un génocide très cruel et sans miséricorde a eu lieu. Nous avons dû nous battre de toutes nos forces. La réaction, et les forces armées en réalité, ont cru en 1984 nous avoir déjà mis en déroute : Je fais référence à des documents qu’ils connaissent très bien puisque ce sont les leurs, où on lisait même que nous n’étions plus un danger, que le danger était le M.R.T.A. Mais quel fut le résultat ? Les comités populaires et les bases d’appui se sont multipliés, et cela nous a amenés ensuite à développer les bases. C’est ce plan de développement qui se poursuit aujourd’hui.

En ce qui concerne l’insurrection, je crois que ce problème revêt une importance capitale. Dans le cas d’un pays comme le nôtre, la situation révolutionnaire en développement a permis de commencer la guerre populaire, avec déjà un Parti reconstitué et une idéologie claire. Le développement même des bases, le développement de l’Armée Populaire de Guérilla, et celui de la guerre populaire impulsent et développent plus encore la situation révolutionnaire.

Ainsi, tout cela mène à ce que le Président Mao appelle essor, ce qui, chez Lénine, est appelé crise révolutionnaire. Parvenus à ce moment, se produira l’insurrection. C’est ça la théorie de la guerre populaire dans laquelle nous sommes inscrits et avançons. Notre processus de la guerre populaire nous mène donc à l’essor. En conséquence nous devons préparer l’insurrection qui est, en synthèse la prise des villes. Nous pensons et préparons l’insurrection, parce que c’est une nécessité, sinon nous ne pourrions pas triompher dans tout le pays.

Quel problème nous pose la ville ? Nous avons développé un travail dans les villes et à la campagne ; oui, depuis plusieurs années, nous l’avons fait. Il y a eu un tournant et un changement avec la guerre populaire, c’est sûr. Maintenant, notre situation nous amène à voir comment préparer la ville ou les villes pour généraliser la guerre populaire. Tout cela est lié au développement du travail de masses, mais pour et dans la guerre populaire, ce que nous avons fait et continuons à faire ; le fait est que nous avons commencé à le développer davantage. Nous pensons que notre action dans les villes est indispensable et qu’elle doit être impulsée chaque fois plus loin, parce que dans les villes se trouve concentré le prolétariat et parce que nous ne devons le laisser aux mains ni du révisionnisme ni de l’opportunisme.

Dans les villes, existent les quartiers populaires, les immenses masses populaires. Depuis 1976, nous avons une ligne directrice pour le travail dans les villes. Prendre les quartiers populaires et les bidonvilles comme base et le prolétariat comme dirigeant, c’est notre ligne directrice et nous continuerons à la mettre en pratique, aujourd’hui, dans des conditions de guerre populaire.

On voit clairement vers quelles masses nous nous dirigeons. Dans ce qui a été dit auparavant, découle nettement que les immenses masses des quartiers populaires et des bidonvilles sont comme des ceintures de fer qui vont encercler l’ennemi et qui retiennent les forces réactionnaires.

Nous devons gagner de plus en plus la classe ouvrière jusqu’à ce que celle-ci et le peuple nous reconnaissent. Nous comprenons bien qu’il faut du temps et des faits répétés pour que la classe voie, comprenne, et soit sûre de son avant-garde, et que le peuple réalise qu’il a un centre qui le dirige. Ils en ont le droit. Combien de fois les masses, le prolétariat, les habitants des quartiers populaires, la petite bourgeoisie, les intellectuels, ont ils été abusés ! Tant d’espoirs frustrés ! Il faut savoir qu’ils ont tout à fait le droit d’exiger ; nous avons l’obligation de travailler, de leur montrer et de leur démontrer que nous sommes leur avant-garde afin qu’ils la reconnaissent.

Nous faisons la différence entre être avant-garde et être avant-garde reconnue. La classe a ce droit et personne ne peut le lui refuser, le peuple a ce droit et personne ne peut le lui refuser ; nous pensons ainsi. Nous ne croyons pas que du jour au lendemain, le prolétariat et le peuple vont nous reconnaître comme leur avant-garde et leur centre unique ; en effet nous devons l’être pour pouvoir accomplir la révolution comme il se doit. Par conséquent, nous devons travailler avec opiniâtreté et imprimer au travail de masses des formes différentes, des formes variées, pour que les masses apprennent de la guerre populaire même, qu’elles apprennent la valeur de l’arme, l’importance du fusil. Le Président Mao nous dit que la paysannerie doit apprendre l’importance du fusil, c’est une réalité ; nous travaillons donc de cette façon, nous instaurons de nouvelles formes et nous développons le travail de masses, dans et pour la guerre populaire.

Tout cela a un rapport avec cette autre circonstance, avec cette autre situation, avec le Mouvement Révolutionnaire de Défense du Peuple, puisque le Centre de Résistance est l’essentiel du M.R.D.P., nous le disons clairement ; la guerre populaire a besoin d’emprunter d’autres formes organiques, d’autres formes de lutte, qui ne peuvent être en aucune manière les formes usuelles. Elles sont différentes, c’est un fait concret. Nous développons par conséquent le Parti, l’Armée Populaire de Guérilla et le Mouvement Révolutionnaire de Défense du Peuple, ainsi que d’autres organismes créés pour les divers fronts de travail.

Nous avons besoin de stimuler la combativité, nous avons besoin que s’exprime la potentialité de la masse, la potentialité de la classe. Voyons une question : il y a aujourd’hui de fortes hausses de prix, alors pourquoi n’y a-t-il pas de contestation populaire ? Qui immobilise les masses ? Lénine nous disait que la marche fait trembler la réaction, que quand la classe marche dans les rues, la réaction tremble ; c’est cela que nous cherchons à appliquer, c’est ce que nous enseigne le marxisme-léninisme-maoïsme. La classe naît et se développe en combattant ; le peuple aussi. Ce dont nous avons besoin c’est de faire la synthèse des expériences propres à la masse, au peuple, d’établir ses formes organiques, ses formes de lutte, pour qu’ils se saisissent de formes de lutte de plus en plus développées qui s’accroissent à la ville. C’est ainsi qu’elles se forment.

Que pensons-nous ? La chose est claire. Le centre est la campagne mais pour l’insurrection, le centre se déplace et devient la ville. Pour cela on procède de la même manière qu’au commencement, où les combattantes et les communistes se déplaçaient des villes vers la campagne ; maintenant ils se déplacent de la campagne vers la ville, cela se fait aussi. Nous déplaçons aussi nos forces et nous préparons l’insurrection. Nous devons étudier les conditions qui permettent la convergence de l’action de l’Armée Populaire de Guérilla avec l’insurrection dans une ou plusieurs villes. C’est ce dont nous avons besoin.

L’insurrection vise à s’emparer des villes pour faire culminer la guerre populaire dans tout le pays ; mais elle doit chercher aussi à préserver les moyens de production que la réaction tentera de détruire ; à protéger les révolutionnaires prisonniers de guerre, ou les révolutionnaires connus, que la réaction voudra anéantir, et d’autre part capturer les ennemis pour les mettre en lieu sûr. C’est ce qu’on nous a enseigné et c’est cela une insurrection. Lénine nous a enseigné comment organiser une insurrection et le Président Mao nous a enseigné comment se présente l’insurrection dans la guerre populaire. C’est ainsi que nous la voyons et la préparons. C’est la voie que nous devons suivre et que, d’ailleurs, nous sommes en train de suivre.

Une chose doit être bien claire : l’insurrection n’est pas une simple explosion spontanée. Non, ce serait dangereux. Mais cela peut arriver, et c’est pour cette raison que nous devons nous soucier dès aujourd’hui de l’insurrection, et nous le faisons. Nous pensons que certains chercheront à utiliser la guerre populaire à leur profit. Dans une réunion du Comité Central, il y a un bon moment de cela, nous avons déjà analysé certaines possibilités. Et l’une d’elles est que le révisionnisme, ou d’autres, provoquent des « insurrections » soit pour faire avorter le processus de développement, soit pour gagner des positions et servir leur maître social-impérialiste ou tout autre puissance qui les commande, car plusieurs centres de la réaction mondiale chercheront à nous utiliser.

El Diario : Monsieur le Président, que ferait le Parti dans de pareilles circonstances ?

Président Gonzalo : Dans ces circonstances nous ferons ce que Lénine fit, nous expliquerons aux masses que ce n’est pas le moment ; mais si les masses vont au combat, nous nous battrons avec elles pour pouvoir effectuer ensemble un repli mesuré et pour qu’elles souffrent le moins possible. Et si nous mourons avec elles, nous fusionnerons davantage nos sangs. C’est ce que Lénine nous a enseigné lors des fameuses luttes de juillet 1917. Nous ne pouvons pas dire aux masses qu’elles se trompent et que les faits le leur feront comprendre ; non, nous ne pouvons pas leur dire cela. La masse est la masse, la classe est la classe, et si les masses ne sont pas bien orientées, si les conditions les poussent au désespoir, à de telles situations sans compter ceux qui les poussent volontairement alors nous devons rester avec les masses pour leur montrer l’inopportunité du moment et tout en combattant avec elles, les aider à se replier le mieux possible. Alors elles verront bien que nous sommes avec elles pour le meilleur et pour le pire et ce sera le meilleur moyen de leur faire comprendre et de les convaincre davantage que nous sommes leur Parti. Telle sera notre attitude.

El Diario : Monsieur le Président, une question: lorsque vous parlez de lutte dans la ville, quel rôle assignez-vous aux syndicats ?

Président Gonzalo : Celui que Marx avait assigné dans « Passé, présent et avenir des syndicats ». Marx nous avait dit, dès le siècle dernier, que les syndicats n’étaient au départ que de simples corporations visant une défense économique ; c’est leur passé. Leur présent est de s’organiser davantage et de se développer politiquement, et leur avenir, de servir à la conquête du Pouvoir. Marx nous avait déjà parlé de cela. Le problème est de savoir combiner les deux luttes ; la lutte pour des revendications, qui est une guerre de guérillas comme nous l’avait dit Marx lui-même : la lutte pour le salaire, le temps de travail, les conditions de travail et d’autres droits que développent la classe, le prolétariat et le peuple qui se mettent alors en grève ; c’est une guerre de guérillas qui n’est pas seulement une lutte pour une question concrète, économique ou politique, mais aussi d’intérêt général car elle est une préparation aux grands événements à venir. C’est son essence historique fondamentale, et notre problème est donc de lier la lutte revendicative à la lutte pour la conquête du Pouvoir, ce que nous appelons développer le travail de masses dans et pour la guerre populaire.

El Diario : Monsieur le Président, puisque vous avez parlé de crise révolutionnaire, pensez-vous que cette situation soit envisageable à court terme ?

Président Gonzalo : La question c’est le triomphe de la guerre populaire et elle est liée principalement au fait de lutter plus et mieux. L’insurrection, comme je l’ai déjà dit, c’est l’achèvement que nous devons préparer, et nous le faisons résolument aujourd’hui en prévoyant la possibilité que d’autres veuillent trafiquer avec l’insurrection. C’est une chose à laquelle nous devons songer, mais le problème principal est l’opportunité de l’insurrection ; c’est de calculer le moment opportun.

El Diario : Pourquoi le Parti Communiste du Pérou a-t-il commencé la guerre populaire en 1980 ? Quelle est l’explication militaire et historique de ce fait ? Quelle fut l’analyse sociale, économique, et politique du P.C.P. pour commencer cette guerre ?

Président Gonzalo : Nous avons fait des recherches sur le pays et nous l’avons étudié particulièrement à partir de la IIème guerre mondiale. Nous avons vu que le processus de la société péruvienne entrait dans des situations complexes. Les propres analyses de l’État montraient que les années 1980 comportaient des questions critiques. Au Pérou on voit que tous les 10 ans se présente une crise vers la deuxième moitié de la décennie, et que chaque crise est pire que la précédente. Ensuite nous avons analysé le capitalisme bureaucratique qui fait mûrir la révolution, les conditions pour la révolution. En 1980 le pays devait se donner un nouveau gouvernement par le biais d’élections, et ce gouvernement allait avoir besoin d’un an et demi à deux ans pour mettre en marche l’appareil d’État. C’est pour cela que nous avions conclu que le capitalisme bureaucratique avait fait mûrir la révolution, que les années 1980 s’annonçaient difficiles du fait de la crise, d’un gouvernement issu des élections, etc. et tout cela permettait une conjoncture très favorable au commencement de la guerre populaire. Cela démentait le critère qui dit qu’on ne peut pas commencer la lutte armée, dans notre cas la guerre populaire, quand il y a un nouveau gouvernement. Les faits ont démontré la fausseté de cette position. Nous avons évalué tout cela, ainsi que la situation dans laquelle entrait le nouveau gouvernement. Situation où les militaires s’en allaient après douze ans et par conséquent, ils ne pourraient pas assumer immédiatement une lutte contre nous ni reprendre les rênes de l’État car ils était usés politiquement et avaient perdu tout prestige. C’étaient des faits concrets, une réalité.

Nous avions déjà établi depuis longtemps que la participation à l’Assemblée Constituante était incorrecte, que la seule chose à faire était de la boycotter car, participer à la Constituante, servirait simplement à la restructuration de l’État Péruvien et à établir une constitution comme celle que nous avons. Et tout cela était prévisible, il n’y avait rien dans ce cas qui ne puisse être prévu ; c’est pourquoi nous avons décidé de jeter les bases du commencement pour démarrer avant la mise en place du nouveau gouvernement. Et c’est ainsi que nous avons agi, puisque nous avons commencé le 17 mai, un jour avant les élections.

Comme nous l’avons mis en pratique, nous avions évalué que dans ces conditions nous pouvions développer notre action, parvenir à la déployer et avancer le plus possible avec l’idée que pendant la deuxième moitié de la décennie une crise plus grave encore que la précédente devait éclater et qu’il y aurait par conséquent de meilleures conditions pour avancer. C’est sur ces données qui s’est planifié le commencement de la guerre populaire. Mais certains disent que nous n’avons pas réfléchi et que nous avons agi dogmatiquement. En quoi ? Ceux qui parlent de dogme sont prêts à prendre des vessies pour des lanternes.

C’est pour cela que nous avons choisi ce moment, et les faits nous ont donné raison ; il était évident que Belaunde, nous l’avons observé aussi, craindrait un coup d’État et que pour cela, il chercherait à restreindre le poids des forces armées. Était-ce difficile à prévoir ? Non, et cela grâce à son expérience de 1968 ; c’étaient des choses prévisibles et on nous a appris à calculer, à analyser, à mesurer ; c’est ce que nous a enseigné le Président, qui était très exigeant sur ces questions, surtout en ce qui concerne le travail de préparation. Nous pensons que les faits l’ont confirmé : les forces armées n’ont pas pu intervenir pendant deux ans. En fut-il ainsi ou non ? Aujourd’hui ils nous disent qu’ils avaient détruit les informations de leurs services secrets ; le nouveau gouvernement allait avoir du mal à s’organiser du fait de son administration ; les faits nous l’ont prouvé. Ensuite s’est produite la crise ; les militaires sont intervenus, avec des contingents chaque fois plus nombreux ; il y a plusieurs années que nous les combattons et nous sommes toujours énergiques, vigoureux. Nos forces se développent. Telles ont été les raisons pour commencer en 1980 et les faits nous montrent que nous ne nous sommes pas trompés, au moins nous ne nous sommes pas trompés dans les grandes lignes ; et c’est là qu’il ne faut pas se tromper.

El Diario : En tenant compte que dans la guerre deux stratégies s’affrontent, pourriez-vous expliquer comment le processus de développement de vos plans militaires, et de vos réussites, est spécifique, et quels problèmes avez-vous rencontrés ?

Président Gonzalo : Nous partons d’une situation. Chaque classe génère sa forme de guerre spécifique et en conséquence, sa stratégie. Le prolétariat a crée la sienne : la guerre populaire et c’est une stratégie supérieure. La bourgeoisie ne pourra jamais avoir une stratégie supérieure à celle-là, qui plus est, il n’y aura pas de stratégie plus développé que celle du prolétariat. C’est un problème de constatation du processus militaire dans le monde. Chaque classe a toujours généré sa façon de faire la guerre et sa stratégie, et c’est toujours la stratégie supérieure qui a vaincu l’inférieure. La nouvelle classe a toujours la stratégie supérieure. Il en est ainsi de la guerre populaire. Les faits nous le prouvent. Il y a des auteurs de traités militaires qui disent ceci : les communistes, quand ils ont appliqué leurs principes, n’ont jamais perdu une guerre, ils l’ont perdue seulement quand ils n’ont pas appliqué leurs principes.

Donc, en partant de cela, du fait que nous avons une stratégie supérieure, théorie prouvée universellement, le problème était de la faire nôtre car il y a une marge d’erreur. La première chose que nous décidons, est de ne pas appliquer mécaniquement la guerre populaire parce que le Président Mao Tsétoung nous a prévenu que l’application mécanique mène à l’opportunisme et à l’échec. En 1980, quand nous décidons de commencer la guerre populaire, nous nous mettons d’accord au Comité Central du Parti pour faire attention à l’application spécifique ; non au dogmatisme, non au mécanisme, tels furent les accords desquels nous sommes partis. Et ici nous pouvons soulever le premier problème que nous avons rencontré : le premier problème que nous avons eu, fut la lutte antagonique contre une ligne opportuniste de droite qui s’opposait au commencement de la guerre populaire. Nous avons liquidé sa partie principale au cours de la IXème réunion plénière et lors de celle de février 1980, nous avons balayé complètement le reste. Ce fut notre premier problème, et c’est à cette époque qu’eut lieu cette épuration dont nous avons parlé précédemment. Nous avons dû élaguer fortement le Comité Central lui-même, mais c’est ainsi que nous nous sommes fortifiés et que nous sommes parvenus à commencer la guerre. Nous avions déjà les grandes lignes pour livrer une guerre à la campagne et à la ville.

Le premier plan que nous allons nous imposer, est celui du Commencement. Le Bureau Politique fut chargé de définir comment développer les action armées. Ce fut cet organisme qui présenta le plan sur la base de détachements en ce qui concerne la forme militaire. Ce plan, nous l’avons accompli en 1980 ; mais ce que nous devons dire, c’est que deux semaines après le commencement, il y eut une réunion du Bureau Politique élargi pour analyser comment nous avions commencé et nous avons conclu que le nouveau était né et que le nouveau était la guerre populaire. C’étaient les actions armées, c’étaient les détachements. Après ce plan nous avons développé le Plan de Déployer ; ce plan fut plus long, il engloba deux années mais se réalisa au moyen de nombreuses campagnes et c’est à son terme que se concrétisèrent les nouvelles formes du pouvoir, que surgirent les Comités Populaires.

Fin 1982, interviennent les forces armées ; avec plus d’un an d’anticipation, le Comité Central avait étudié l’entrée des forces armées et avait défini que cela se ferait progressivement jusqu’à substitution des forces policières qui passeraient au second plan ; et cela s’est passé ainsi ; il ne pouvait en être autrement dans une telle situation. Nous nous y étions préparés et pourtant, nous allions avoir un deuxième problème ; l’entrée de la force armée ne fut pas sans conséquences. Elles entrèrent en appliquant le génocide dès le début, formant des milices de ferme et utilisant les masses sous la pression pour les mettre en avant comme un bouclier. Cela doit être dit clairement. Ici on voit non seulement la politique réactionnaire déjà vue par Marx, mais aussi l’utilisation lâche des masses, en les mettant au devant d’elles. Les forces armées n’ont pas de quoi se glorifier, et c’est pour cela, et à juste titre, que nous avons dit d’elles qu’elles sont expertes en défaites, adroites pour s’acharner sur les masses désarmées. Telles sont les forces armées au Pérou. Face à cela nous avons tenu une session élargie du Comité Central, élargie pour ce qui fut de la participation et de la durée, une des plus longues. C’est là que nous avons établi le Plan de Conquérir des Bases ; c’est à cette occasion que fut créé l’Armée Populaire de Guérilla, pour répondre à une force qui visiblement était d’un niveau supérieur à celui de la police ; c’est là aussi que nous nous sommes posés le problème du Front-Etat, entre autres.

Ainsi surgit un deuxième problème, le problème d’affronter le génocide, c’est-à-dire le génocide des années 1983-84. Il est décrit dans les documents du Parti, cela n’est pas nécessaire d’en rajouter. Mais par contre nous voulons relever que ce fut un génocide barbare et sans miséricorde ; ils crurent que de cette façon, « ils allaient nous rayer de la carte » ; à tel point que fin 1984 ils commencèrent à distribuer, parmi leurs officiers, les documents sur l’anéantissement. La lutte fut intense et dure, il y eut des moments complexes et difficiles.

Face à l’utilisation des milices de ferme et à l’action militaire réactionnaire, nous répondîmes par une action frappante : Lucanamarca, ni eux, ni nous, ne l’oublierons, bien sûr, parce que là, ils ont vu une réponse à laquelle ils ne s’attendaient pas. Ici plus de 80 d’entre eux furent anéantis. Voilà la réalité. Et nous le disons, là il y eut un excès que nous analyserons en 1983. Mais toute chose dans la vie a deux aspects : notre problème était de frapper fort pour les freiner, pour leur faire comprendre que les choses n’étaient pas si faciles. Dans certaines occasions, comme celle-ci, ce fut la Direction Centrale elle-même qui planifia l’action et mit les choses en place. Il en fut ainsi. Le principal est de les avoir frappés fort et de les avoir freinés ; ils ont compris qu’ils étaient face à un autre type de combattants du peuple, que nous n’étions pas de ceux qu’ils avaient combattus auparavant ; c’est cela qu’ils comprirent. L’excès est l’aspect négatif. En comprenant la guerre et en nous basant sur ce qui dit Lénine ; quand il fait référence à Clausewitz, la masse, dans la guerre, dans le combat, peut déborder et manifester toute sa haine, le profond sentiment de haine de classe, de rejet, de condamnation qu’elle porte en elle, voilà ce qui fut à l’origine de cette action. Ce fut expliqué par Lénine, bien clairement expliqué. Des excès peuvent être commis, le problème est de parvenir à un point et de ne pas le dépasser, parce que si tu le dépasses, tu dévies, c’est comme un angle qui a un certain degré d’ouverture, pas plus. Si nous donnons aux masses un ensemble de restrictions, d’exigences et d’interdits, au fond nous ne voulons pas que les eaux débordent. Ce dont nous avions besoin, c’était que les eaux débordent, qu’un torrent se déchaîne, sûrs qu’à son passage il provoque des ravages, mais qu’ensuite il reprend son cours. Je répète que ceci est parfaitement expliqué par Lénine et c’est ainsi que nous comprenons cet excès. Mais, j’insiste, ici le primordial était de leur faire comprendre que nous étions un os dur à ronger, et que nous étions prêts à tout, à tout !

Marx nous a enseigné ceci : on ne joue pas à l’insurrection, on ne joue pas à la révolution ; mais quand quelqu’un arbore l’insurrection, quand quelqu’un prend les armes, il ne baisse pas le drapeau, il le maintient victorieux jusqu’au triomphe, sans jamais le laisser tomber ; c’est cela qu’il nous a enseigné, peu importe le prix à payer ! Marx nous a donc armés, ainsi que Lénine et principalement le Président Mao Tsétoung, qui nous enseigne ce qui signifie le prix à payer, anéantir pour préserver, tenir le drapeau bien haut quoi qu’il arrive ; et nous disons que c’est ainsi, avec cette détermination, que nous avons surpassé ce sinistre, vil, lâche et barbare génocide ; parce qu’il y a quelqu’un, celui qui se fait passer pour le président, qui parle de barbarie sans rougir, alors qu’il est un aspirant Attila qui joue avec le sang des autres.

Nous avons passé des moments difficiles ? Oui, mais que nous a montré la réalité ? Que si on persévère et on maintient la politique au poste de commandement, si on s’en tient à la stratégie politique, si on s’en tient à la stratégie militaire, qu’on a un plan clair et défini, alors on avance, et on est capable d’affronter n’importe quel bain de sang (pour ce qui est du bain de sang nous avons commencé à nous y préparer dès l’année 1981, parce qu’il devait arriver : nous nous y étions donc déjà préparés idéologiquement. C’est cela l’essentiel). Tout cela a entraîné l’accroissement de nos forces, et leur multiplication. Ce fut le résultat, ce que le Président dit s’accomplit : la réaction rêve quand elle veut noyer dans le sang la révolution ; qu’elle sache qu’elle l’arrose, c’est une loi inexorable. Alors, cela-même nous confirme que nous devons être chaque fois plus fidèles, fermes et résolus dans les principes, et avoir toujours cette confiance inaltérable dans les masses.

Ainsi, nous sortons fortifiés avec une Armée plus grande, avec plus de Comités Populaires et de Bases d’Appui et avec un Parti plus fort ; tout le contraire de ce qu’ils avaient imaginé. Nous avons déjà parlé, je crois, des rêves de sang de la réaction ; en effet ce ne sont rien d’autres que des rêves de sang, qui en fin de compte finissent en cauchemars. Mais j’insiste, c’est en persévérant dans les principes et en combattant avec l’appui des masses, principalement de la paysannerie pauvre, que nous avons pu affronter cette situation ; c’est ici que s’est exprimé cet héroïsme dont j’ai parlé auparavant, cet héroïsme massif.

Ensuite nous allons mettre en œuvre un nouveau plan : le Plan de Développer des Bases, Plan dans lequel nous sommes. Que peut-on dire ? Si nous envisageons d’autres problèmes, je crois que nous devons tenir compte d’une leçon : tout plan doit être approuvé, appliqué, son bilan fait dans la lutte de deux lignes et cette lutte est plus intense quand il s’agit d’approuver un nouveau plan ; c’est une réalité. C’est une leçon dont nous tenons énormément compte, et qui nous a endoctrinés, et enseigné beaucoup, il en est ainsi. En fin de compte, la guerre populaire génère un très haut degré d’unité, mais au milieu d’une lutte intense, oui, parce que malgré l’affrontement des problèmes, des situations complexes et difficiles, malgré les reflets de l’extérieur, la dynamique idéologique, ceux qui sont engagés dans la guerre populaire, ont leur vie vouée à la révolution. Et la vie d’un communiste est dédiée au communisme, même s’il ne le verra pas, parce que réellement nous n’allons pas le voir ; au moins, moi je ne le verrai pas. Mais là n’est pas le problème. Ne pas voir le but pour lequel nous luttons, ne nous mène qu’à une réflexion, prendre pour modèle ces grandioses exemples que nous a donnés le marxisme ; à son époque Marx savait qu’il ne verrait rien du triomphe de la révolution et à quoi cela l’a-t-il conduit ? à intensifier ses efforts pour l’avance de la révolution ; ce sont les leçons que nous avons tirées et ces grandioses exemples qui nous ont guidés. J’insiste une fois de plus : cela ne veut pas dire se comparer à eux, cela implique de suivre toujours la voie des étoiles polaires.

Bon, si nous pensons à la lutte armée, à la guerre populaire, nous pouvons dire du Commencement qu’il nous a permis de développer la guérilla parce qu’il nous a permis de passer du stade de détachement à celui de peloton et ainsi nous avons ouvert les guérillas ; le plan de Déployer nous a donné les Comités Populaires ; celui de Conquérir des Bases nous a donné des Bases d’Appui et nous a permis de couvrir un large territoire. Il est bon de se rappeler : Nous avons pris les Andes, la sierra de notre patrie, comme colonne vertébrale pour développer la guerre et conquérir le Pouvoir dans tout le pays et nous avons couvert un territoire qui va d’une frontière à l’autre, de l’Equateur à la Bolivie et au Chili. Mais nous avons aussi développé le travail en bordure de forêt amazonienne, sur les contreforts de la côte et en même temps dans les villes. Aujourd’hui nous pouvons dire que nous avons des centaines de Comités Populaires et de multiples Bases, avec bien sûr une base principale, et une aussi dans chaque zone.

Finalement, au sujet des plans, il faudrait dire ceci : nous avons appris comment diriger la guerre avec un plan stratégique unique en appliquant le principe de la centralisation stratégique et de la décentralisation tactique. Nous dirigeons la guerre avec un plan unique, fait d’étapes, de campagnes, de plans stratégico-opérationnels, de plans tactiques et de plans concrets pour chaque action ; mais la clef de tout cela est le plan stratégique unique, c’est lui qui permet de diriger la guerre comme une unité et c’est capital dans la direction de la guerre populaire. Voilà ce que je peux dire.

El Diario : Monsieur le Président, au cours de ces huit années de guerre populaire, quel a été le résultat obtenu par la stratégie antisubversive et quels sont les problèmes actuellement ?

Président Gonzalo : C’est une question à laquelle je préfère répondre de cette manière : en synthèse, la réaction elle-même dit qu’elle est en train d’échouer et qu’elle continue dans cette direction. Cela, elle le sait très bien. «  Face à l’aveu, nul n’est besoin de preuve », pour utiliser un langage d’avocat.

El Diario : Quand croyez-vous que l’Armée Populaire de Guérilla sera en mesure de développer une guerre conventionnelle, de défense de positions territoriales et d’affrontement ouvert avec les forces armées ? Ce type de lutte figure-t-il dans les plans du P.C.P. ?

Président Gonzalo : Nous avons réfléchi, discuté et établi les grandes lignes au niveau du Parti sur ces problèmes. Nous nous occupons de cela depuis 1981. Nous l’avons également fait en d’autres occasions. Nous sommes partis de la conception du Président Mao Tsétoung sur la guerre populaire à partir de la contradiction. Il y a deux aspects qui s’affrontent : une partie faible et une autre provisoirement forte. Il doit s’écouler une période de défense stratégique, une deuxième de stabilisation stratégique et une troisième d’offensive stratégique. Nous évoluons encore en période de défense stratégique, et dans ces conditions, la guerre de guérillas continue d’être notre forme principale, une guerre de guérillas largement généralisée tant à la campagne qu’à la ville, la campagne principale et la ville complémentaire, et nous combattons presque dans tout le pays. Voilà pour la période dans laquelle nous sommes en ce moment.

En ce qui concerne la guerre de mouvement, suivant les principes du Président Mao Tsétoung, nous la développons et la développerons davantage, au fur et à mesure que la réaction sera dans l’obligation d’appliquer nécessairement une guerre contre-subversive plus intense ; mais, même dans ce cas, nous devons continuer de livrer principalement la guerre de guérillas, et de façon complémentaire une guerre de mouvement. Celle-ci comprenant déjà certaines modalités spécifiques de la guerre de positions, comme c’est écrit dans « De la guerre prolongée ». Nous pensons que la guerre populaire, en devenant plus puissante, provoquera forcément l’intensification de la guerre contre-subversive, centrée sur le génocide. Ceci nous mènera dans le futur à la stabilisation stratégique. Ce qui implique, bien entendu, que nous devons persister dans une ligne idéologique et politique juste et correcte et avoir en conséquence une ligne militaire juste et correcte, ce que nous avons d’ailleurs. Donc, si nous persistons dans ce sens, et si la réaction persiste dans les sinistres plans qu’elle est en train d’élaborer et qui conduiront au génocide, dans lesquels, se sentant impuissante, elle veut entraîner le peuple péruvien, peuple qui ne pourra les suivre, ne pouvant aller contre ses intérêts de classe, cela va alors entraîner la stabilisation stratégique. J’insiste sur la compréhension du maintien de la correction et de la justesse dans les domaines idéologique, politique et militaire et tout ce qui en découle. C’est là que nous devons nous poser le problème du déroulement de la guerre populaire en vue de la prise des villes et de la préparation de la partie qui concerne l’offensive stratégique. Pour aujourd’hui nous ne pouvons en dire davantage.

El Diario : Pour renforcer la guerre, ce dont vous avez parlé, est-il nécessaire de renforcer l’armement de l’Armée Populaire de Guérilla ? Comment pensez-vous résoudre cela ?

Président Gonzalo : Oui, c’est un élément important. Permettez-nous de commencer par cette question. Nous avons toujours l’habitude et nous persistons dans le fait, de partir de nos principes et c’est ainsi qu’à leur lumière nous pouvons résoudre nos problèmes concrets. Le Président Mao Tsétoung nous dit que le principal c’est l’homme, et que l’arme est l’outil ; notre préoccupation vise donc principalement l’homme, son renforcement idéologique et politique, la construction idéologico-politique de l’armée dans ce cas mais aussi sa construction militaire. C’est cela notre point de départ.

En ce qui concerne les armes, le Président nous disait que l’ennemi a les armes, en conséquence le problème c’est de les lui arracher, c’est le principal ; les armes modernes sont nécessaires mais elles fonctionnent selon l’idéologie de l’homme qui les utilise, Lénine nous l’avait déjà enseigné. Nous pouvons affirmer que nous sommes en train de développer les embuscades et les forces armées réactionnaires savent très bien comment cela se passe et les coups durs qu’elles ont soufferts. Ici je fais seulement référence à celle qui se rapporte à Cayara, à l’embuscade d’Erusco, où nous avons anéanti vingt cinq soldats, un seul s’étant sauvé bien que blessé. C’est pour cela qu’ils ont répondu avec ce génocide barbare. Les faits ne sont pas comme ils les dépeignent, qu’il soit entendu que malgré la mobilisation de grandes forces, ils ne sont pas parvenus à nous attraper, qu’il soit entendu aussi que nous sommes repartis avec les armes ; et ils le savent parfaitement bien. De plus nous n’avons pas fait sauter une voiture mais deux, puisque la route était minée sur un kilomètre. Ils n’avaient aucune échappatoire possible. Ce que nous a montré à la télévision et dans les journaux celui qui se fait passer pour le président et ceux qui font partie de la soi-disant « Commission » ne sont,  comme on dit, que « des petites poupées dans l’air », « des dessins dans l’eau ». En conséquence, il y a longtemps déjà qu’a commencé le transfert accru de leurs armes vers nos rangs, et ils sont obligés de nous les donner. Ils sont obligés de nous les apporter là où nous sommes et il faut reconnaître qu’ils commencent à le faire. Pourquoi parlons-nous de cette manière ? Parce que nous les avons dispersés ; nous avons fait des brèches dans leurs lignes en plusieurs points et nous les avons fait stationner passivement. Ils sont comme un éléphant enlisé dans la boue, donc plus faciles à frapper. L’armée et les forces armées en général doivent y penser sérieusement.

Ce que je viens de dire n’est que l’application de ce que le Président Mao nous a enseigné quand il a dit qu’à la fin de la guerre il fallait donner un prix à Tchiang Kaï-chek pour avoir agi en bon fourrier, en bon porteur d’armes. Donc le transfert a déjà commencé et les forces armées le savent très bien. Le plan qu’elles trament, tout ce qu’elles machinent, la grande offensive qu’elles veulent mener, qu’elle soit la bienvenue, car elles n’empêcheront pas le transfert d’armes et elles échoueront parce qu’elles ne réussiront pas à mobiliser le peuple péruvien contre ses propres intérêts et parce qu’elles sont la réaction, la plus noire et pourrie qu’il puisse y avoir, dirigée par ce gouvernement de l’Apra, fasciste et corporatiste, avec à sa tête, un boucher vil et misérable. Le peuple péruvien, l’histoire l’a démontré, ne suit pas le fascisme et ne se laisse pas assimiler par le corporatisme. Ceci a déjà été établi. Au Pérou, le problème ne date pas d’aujourd’hui, il remonte à des dizaines d’années. Alors, les armes de l’ennemi, il faut les lui arracher, c’est notre principale source.

L’humble dynamite continuera d’ailleurs à jouer un rôle important car les mines sont les armes du peuple et par principe nous cherchons les armes les plus simples que toute la masse puisse manipuler, puisque notre guerre est une guerre massive. Autrement elle ne serait pas populaire et la nôtre l’est. Et alors ceci nous entraîne vers une deuxième question, la fabrication de matériel. Nous faisons des efforts pour avancer dans la réalisation du matériel et ils sont très au courant des avertissements envoyés directement au Palais Gouvernemental avec des mortiers faits de nos propres mains, des mains du peuple. Ils ne font pas de commentaires mais nous le savons bien.

L’autre moyen usuel est l’achat, puisqu’il y a trois façons de se procurer des armes : la principale, les arracher à l’ennemi ; la deuxième, les fabriquer et la troisième, les acheter. Pour cela nous rencontrons des problèmes, à cause du coût élevé des armes. Nous menons en avant la guerre populaire la plus économique de la terre, effectivement, parce que nous avons peu de moyens, seulement ce que les masses nous procurent. Et j’insiste une fois de plus là-dessus, comment résoudre ce problème ? Lénine disait qu’il faut se procurer des armes en grande quantité quel qu’en soit le prix et j’ai déjà signalé ce que le Président Mao nous a enseigné. C’est ce que nous mettons en pratique.

El Diario : Prévoyez-vous qu’avec le triomphe et l’avance de la révolution que vous dirigez, une invasion militaire nord-américaine sera déclenchée ? Que fera alors le P.C.P. ?

Président Gonzalo : Même si l’impérialisme yankee intervient déjà concrètement, sur cette question voilà ce que nous pouvons dire. Les États-Unis peuvent mobiliser des pays limitrophes, nous n’oublions pas qu’en plus il y a des revendications territoriales en suspens et des problèmes frontaliers, malgré le silence, j’insiste là-dessus. Nous savons bien le rôle qui est assigné au Brésil ; les États-Unis peuvent à leur tour intervenir directement avec leurs propres troupes et ils ont déjà ici des gens qui s’entraînent.

Il y a quelque temps au Comité Central, nous avons décidé que quelque soit l’ennemi qui vienne souiller notre sol, nous l’affronterons et nous le mettrons en échec. Dans ces circonstances, la contradiction changera et la contradiction nation-impérialisme commencera à se développer comme contradiction principale, ce qui nous donnera une marge plus grande pour rassembler notre peuple.

El Diario : La réaction, le révisionnisme et l’opportunisme de la Gauche Unie disent que vous êtes isolés des masses. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

Président Gonzalo : Je crois que de tout ce que nous sommes en train de dire, on voit que nous avons l’appui des masses. A ceux qui disent de telles choses, ces révisionnistes et ces opportunistes, nous posons une question : sans le soutien des masses, comment expliquer l’existence d’un mouvement qui mène une guerre populaire depuis huit ans, sans aide internationale ?

El Diario : Pendant huit ans les groupes et partis de droite et du révisionnisme, de l’opportunisme et de toute la réaction ont dit et crié sur tous les toits que le P.C.P. est une organisation « démentielle », « messianique », « sanguinaire », « polpotienne », « dogmatique »« sectaire », « narcoterroriste », et le Parti Unifié Mariatéguiste ajoute que vous placez les paysans entre deux feux, que vous êtes des « militaristes » et dernièrement Villanueva a dit que vous êtes des « terroristes génocides » et vous a attribué bien d’autres qualificatifs. Que dites-vous de toutes ces accusations ? Et quel but cherchent-elles a atteindre ?

Président Gonzalo : Pour moi, elles sont sans fondement et montrent l’incapacité à comprendre une guerre populaire. Pour moi il est évident que les ennemis de la révolution ne pourront jamais la comprendre. Sur le fait que nous plaçons les paysans entre deux feux, c’est une pure élucubration, parce que ce sont précisément les paysans qui forment l’immense majorité de l’Armée Populaire de Guérilla. Le problème est de comprendre que l’État Péruvien avec ses forces armées répressives veulent noyer dans le sang la révolution. Voilà comment nous comprenons le problème et nous conseillons à ces messieurs d’étudier un peu la guerre en général, la guerre révolutionnaire et principalement la guerre populaire et le maoïsme, même si je doute qu’ils comprennent parce que pour cela, il faut avoir une position de classe.

En ce qui concerne les accusations de « terroristes génocides » de M. Villanueva, j’ai l’impression qu’il s’agit d’une vulgaire imitation et d’un plagiat. Ils veulent nous coller le terme de bouchers, qui leur va comme un gant. Aux yeux du pays et du monde entier, il est clair que ce sont eux les génocides, que c’est le gouvernement de l’Apra qui dirige cet État réactionnaire, que ce sont les forces armées réactionnaires, les forces de répression. Ce sont eux les vils bouchers. Les beaux discours ne changeront jamais les faits, l’histoire est déjà écrite. Demain elle sera confirmée. Outre cela, combien de temps va durer Villanueva ? Et quel sera son avenir ? Il ferait mieux d’y réfléchir.

El Diario : Quels changements dans la politique péruvienne, les structures économiques de la société et parmi les masses, sont, d’après vous, la conséquence de huit années de guerre populaire ?

Président Gonzalo : La première chose qui s’est produite est le développement d’une guerre populaire qui avance irrépressiblement, ce qui implique que la révolution démocratique a réellement lieu et cela pour la première fois dans ce pays. Cela a changé toutes les données de la politique péruvienne. C’est pour cela que la réaction elle-même et tous ses complices, en commençant par les révisionnistes et ceux qui les soutiennent à tour de rôle et quels qu’ils soient, ont conclut que le premier et principal problème de l’État Péruvien est la guerre populaire. Ainsi, nous sommes en train de changer le monde dans ce pays et de là découle notre plus importante et principale réussite : la naissance et le développement d’un Nouveau Pouvoir en marche, qui finira par s’étendre à tout le pays.

Sur les structures économiques, dans le Nouveau Pouvoir, nous sommes en train d’établir de nouveaux rapports de production : une preuve concrète est la façon dont nous appliquons la politique de la terre, en utilisant le travail collectif et l’organisation de la vie sociale avec une nouvelle réalité, avec une dictature conjointe où, pour la première fois, commandent des ouvriers, des paysans et des progressistes, nous entendons par là, ceux qui veulent vraiment transformer ce pays de la seule façon possible, par la guerre populaire.

En ce qui concerne les réactionnaires, sans leur rappeler le gouffre économique qu’implique la guerre populaire et le fait de la combattre, nous sommes en train de faire sombrer le capitalisme bureaucratique et de saper depuis longtemps la base cacique des relations semi-féodales qui supportent tout cet échafaudage, tout en assénant des coups à l’impérialisme.

Pour la première fois, les masses de notre peuple, ces masses héroïques, principalement le prolétariat, classes dirigeante que nous reconnaîtrons toujours, assument le Pouvoir et ont commencé à porter le miel à leurs lèvres. Elles n’en resteront pas là, elles voudront tout et elles l’auront.

El Diario : Comment voyez-vous la situation actuelle et les perspectives de la Guerre Populaire au Pérou ? Quel destin aura le peuple péruvien si la révolution que vous dirigez, depuis plus de huit ans, ne triomphe pas à court terme ? Croyez-vous que ce gouvernement ou un autre ait une quelconque issue à cette grave crise ? Le P.C.P. dans le document « Bases de discussion », a signalé que nous entrons dans des années décisives, dans lesquelles l’Apra continue sans plan stratégique ;sommes-nous aux portes du triomphe de la révolution et de la prise du Pouvoir par le P.C.P. ?

Président Gonzalo : Chaque jour le peuple péruvien se mobilise davantage, et la lutte de classes s’intensifie. Ceci est directement lié à la guerre populaire parce que nous ne sommes que la continuation de la lutte de classes, les armes à la main. Quel sera son destin ? Je crois que le destin héroïque de détruire le vieil État et celui glorieux de commencer à construire une nouvelle société, sera un effort grandiose ; ce seront des temps de sacrifices et de difficultés, mais le peuple en sortira victorieux et en fin compte, il suffira de se rappeler : est-ce que, sans la guerre populaire, soixante mille enfants auraient cessé de mourir avant l’âge d’un an, comme c’est le cas aujourd’hui au Pérou ? Non. Par conséquent le peuple continuera à mettre toute sa force et traversera des difficultés mais, chaque jour plus conscient, il paiera le prix nécessaire, puisqu’il sait qu’il vaincra.

L’issue de la réaction ? Nous pensons qu’elle n’en n’a pas. Notre interprétation du processus de la société péruvienne contemporaine signale qu’à partir de 1980, le capitalisme bureaucratique est entré dans sa phase de destruction et par conséquent tout le système s’effondre et il n’y a pas d’issue pour lui. Si nous regardons les faits, il y a une crise grave car, deux crises, celle des années 80 et celle des années 90, se sont accumulées, toutes deux critiques ; ce qui explique qu’elle n’a aucune issue.

Quant aux années décisives, nous entendons comme telles, une tempête plus forte entre la guerre populaire et la guerre contre-révolutionnaire : nous croyons, et je le répète, que de cela surgira la stabilisation stratégique.

En ce qui concerne le temps, le président Mao disait : il faut moins de temps si nous combattons plus et mieux. C’est notre obligation de le faire. Nous le faisons et nous le ferons, car nous avons des conditions objectives extraordinaires. Les conditions de crise générale dans laquelle est entré le système caduc de la société péruvienne, nous indiquent que ces années décisives peuvent accélérer, et de fait, vont accélérer puissamment les conditions et développer la situation révolutionnaire.

Quel est notre problème aujourd’hui. En synthèse, plus de guerre populaire, plus de Nouveau Pouvoir, plus d’Armée, plus d’incorporation des masses. Ainsi nous croyons que la victoire en perspective nous appartient.

El Diario : Pour en finir avec ce thème, pouvez-vous développer votre position sur la guerre populaire mondiale ? Dans le cas d’une guerre mondiale entre les deux superpuissances, quelles seraient les conséquences pour l’humanité ?

Président Gonzalo : Une guerre mondiale est possible ? oui, elle l’est. Tant que nous n’éliminerons pas son origine, les conditions existeront. Les superpuissances préparent la guerre et élaborent de grands plans, c’est évident. Mais nous croyons que les communistes et les révolutionnaires, les masses, le peuple, les hommes qui ne peuvent pas permettre tant d’iniquités dans le monde, ne doivent pas focaliser leur attention sur la guerre entre les superpuissances car ce ne sera pas d’elle que découlera notre libération. Cette guerre ne serait qu’une guerre de rapine pour un nouveau partage du monde. La guerre mondiale des puissances ne vise que l’hégémonie, rien de plus. Que pouvons-nous attendre de celle-ci ? De grandes massacres, de grands génocides, des centaines de milliers de morts, mais sans aucun doute, l’immense majorité de l’humanité survivra. Nous ne pouvons pas accepter les sinistres idées qui vantent aujourd’hui les armes atomiques et toutes les armes sophistiquées qu’on nous exhibe, pas plus que nous ne pouvons accepter que les armes deviennent un chantage pour nous paralyser. Souvent, dans le monde, les réactionnaires ont fait référence aux armes décisives et définitives, à la disparition de l’humanité, mais cela a toujours été fait dans le but d’apaiser, de contenir, pour maintenir leur vieille domination. C’est pour cela que nous pensons que le problème est de centrer notre attention, nos efforts, notre passion, notre volonté sur le développement de la guerre populaire parce que c’est d’elle que naîtra l’affranchissement du peuple et du prolétariat, qui est l’émancipation définitive et véritable. Nous croyons qu’une guerre populaire mondiale est la réponse à une guerre mondiale impérialiste, nous pensons que le problème est de la préparer et nous pensons que ceux, qui sont déjà en guerre populaire, doivent la développer, que ceux qui n’ont pas commencé, commencent à la développer, et c’est ainsi que nous démolirons la domination impérialiste, la domination de la réaction. C’est ainsi que nous les balayerons de la surface de la terre.

Nous ne concevons pas la guerre populaire mondiale comme un fait qui se déclenche simultanément en un jour et à une heure précise, mais nous la concevons en tant que projection en perspective, sur cinquante à cent années, comme l’a établi le Président Mao Tsétoung. Nous la concevons comme de grandes vagues de guerre populaire qui finiront pour converger comme les légions de fer d’une grande armée rouge mondiale, ainsi l’avait dit Lénine lui-même. C’est ainsi que nous la concevons ; nous croyons qu’elle constitue l’unique voie à suivre ; le problème, j’insiste sur ce point, est que la guerre mondiale est un risque : elle sera une immense tuerie et d’elle ne pourra surgir que misère, injustice, douleur et mort. Voilà qui donne encore plus de raisons d’en finir avec eux, et par conséquent, la seule solution, c’est la guerre populaire qui, conçue par vagues, mènera à la guerre populaire mondiale et à cette convergence de légions de fer du prolétariat international et des peuples. Et, en fin de compte, nous accomplirons la mission historique qui, par bonheur, nous incombe : celle de vivre ces décennies qui verront l’impérialisme et la réaction balayés, parce que ce qu’avait prévu le Président Mao s’accomplira. si nous ne le voyons pas, ceux qui suivront le verront, car les légions grossissent de plus en plus.

Le problème, où sera-t-il ? Quelle sera la clé ? Mettre au poste de commandement le marxisme-léninisme-maoïsme et avec le maoïsme principalement, assumer la guerre populaire applicable universellement, tout en tenant compte du caractère de chaque révolution et des conditions spécifiques à chaque pays.

 

Source: https://www.pcmaoiste.org/actuinter/interview-du-president-gonzalo-par-le-journal-el-diario-partie-iii/

Interview du président Gonzalo par le journal « El Diario »

Nous republions une nouvelle traduction, revue et corrigée par le Parti Communiste maoïste, de l’interview donnée par le Président Gonzalo au journal El Diario après 8 années de Guerre Populaire au Pérou. Cette interview est un texte didactique et très utile pour comprendre ce qu’est l’idéologie scientifique du prolétariat, le marxisme-léninisme-maoïsme. Nous republierons les lundis une partie de ce texte sur notre site. Nous continuons avec Sur le Parti. Le texte complet est également disponible sur la Bibliothèque Marxiste.

Interview du président Gonzalo par le journal « El Diario »

2. SUR LE PARTI

El Diario : Pour passer à un autre sujet aussi important dans cet entretient que le Parti, quelles sont à votre avis les leçons les plus importantes du processus du PCP ?

Président Gonzalo : Sur le processus du Parti et ses leçons. Nous concevons l’histoire du Parti en trois périodes corrélatives aux trois moments de la société péruvienne contemporaine. Le premier moment, la première partie, c’est la Constitution du Parti. Dans cette période, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur José Carlos Mariatégui, un marxiste-léniniste authentique. Mais Mariatégui, comme cela devait advenir, fut combattu de son vivant ; il fut nié, sa ligne politique abandonnée et le Congrès de Constitution approuva -comme nous le savons bien- la ligne dite « d’unité nationale » complètement opposé aux thèses de Mariatégui. C’est ainsi que le Parti va se précipiter dans l’opportunisme. Il va souffrir l’influence du browderisme auquel est lié Del Prado, et celle du révisionnisme contemporain. Tout ce processus va nous amener à un deuxième moment, celui de la Reconstitution du Parti : C’est, en synthèse, une lutte contre le révisionnisme, c’est une période qui commence à évoluer dès les années 60 de façon plus claire et plus intense. Ce processus provoque l’union des bases du Parti contre cette direction révisionniste, et comme je l’ai dit tout à l’heure, son expulsion lors de la IVème Conférence de janvier 64. Le processus de Reconstitution se développera dans le Parti jusqu’aux années 78-79. C’est autour de ces années que s’achèvera cette période et que l’on entrera dans un troisième moment, le moment de direction de la guerre populaire, ce moment que nous sommes en train de vivre.

Quelles leçons pouvons-nous en tirer ? La première, c’est l’importance de la base d’unité du Parti et son rapport avec la lutte de deux lignes. Sans cette base et ses trois éléments (1. marxisme-léninisme-maoïsme, pensée gonzalo, 2. programme et 3. ligne politique générale), il n’y a pas de fondement pour la construction idéologique-politique du Parti. Mais il n’y a pas de base d’unité du Parti sans lutte de deux lignes. On ne peut pas s’emparer fermement de l’idéologie, on ne peut pas établir le programme ni la ligne politique générale, pas non plus les défendre, les appliquer et encore moins les développer, sans une ferme et sagace lutte de deux lignes au sein du Parti. La lutte de deux lignes est pour nous fondamentale et liée à la conception du Parti comme une contradiction, en accord avec le caractère universel de la loi de la contradiction. Une deuxième leçon, c’est l’importance de la guerre populaire. Un Parti Communiste a pour tâche centrale la conquête du Pouvoir pour la classe et le peuple. Un Parti, une fois constitué et selon les conditions concrètes, doit lutter pour matérialiser cette conquête et il ne peut le faire qu’avec la guerre populaire. La troisième leçon importante, c’est de forger une direction. La direction est une question clé, et une direction ne s’improvise pas. Forger une direction demande beaucoup de temps, un dur combat et une lutte ardue, surtout pour que ce soit une direction de la guerre populaire. Une quatrième leçon que nous pouvons tirer, c’est la nécessité de construire la conquête du Pouvoir car, de la même façon qu’on fait la guerre populaire pour conquérir le Pouvoir, il faut aussi construire cette conquête du Pouvoir. Que voulons-nous dire ? Qu’il faut créer des organismes supérieures à ceux de la réaction. Nous croyons que ce sont des leçons importantes. Une dernière leçon, c’est l’internationalisme prolétarien : le fait de se développer toujours comme partie du prolétariat international ; le fait de concevoir toujours la révolution comme partie de la révolution mondiale et de développer la guerre populaire -comme le dit le mot d’ordre du Parti- pour servir la révolution mondiale. Pourquoi ? Parce qu’en fin de compte, un Parti Communiste a un but final irremplaçable : le communisme et que, comme il a été établi, ou nous y entrerons tous, ou bien personne. Nous croyons que ce sont les leçons les plus frappants que nous pouvons exposer.

El Diario : Monsieur le Président, quelle signification a José Carlos Mariatégui pour le Parti Communiste du Pérou ?

Président Gonzalo : Pour le PCP, Mariatégui est son fondateur. Il construisit le Parti sur des bases marxistes-léninistes claires. Il le dota en conséquence d’une position idéologique nette. Pour lui, le marxisme-léninisme était le marxisme de son époque, de sa période. Il dota le Parti d’une ligne politique générale. Mariatégui, le plus grand marxiste qu’ait produit l’Amérique jusqu’à nos jours, nous laissa sa plus grande œuvre : la formation du Parti Communiste du Pérou. Nous comprenons très bien ce que signifia pour le Parti sa disparition, mais il doit rester clair qu’il a donné jusqu’à sa propre vie pour matérialiser sa grande œuvre ; ce que nous voulons dire, c’est que le fait de fonder le Parti lui a demandé toute sa vie. Mais il n’a pas eu assez de temps pour affirmer et développer le Parti -pensez qu’il est mort moins de deux ans après l’avoir constitué- et un Parti demande du temps pour s’affirmer, se développer et pouvoir accomplir sa tâche historique.

Nous tenons à préciser quelque chose : en 66 nous affirmions déjà qu’on n’aurait jamais dû abandonner le chemin de Mariatégui que la question était de reprendre son chemin et de le développer ; je souligne : de le développer. Pourquoi ? Parce que le marxisme était déjà entré dans une étape nouvelle à l’échelle mondiale : celle d’aujourd’hui, le maoïsme et que, dans notre pays, s’était développé en particulier le capitalisme bureaucratique ; ceci en marge de l’inépuisable lutte du prolétariat et du peuple péruvien qui n’a jamais cessé de lutter. C’est pour cela que nous avons affirmé qu’il fallait reprendre Mariatégui et développer sa voie. Nous avons servi à redécouvrir Mariatégui et sa validité, en ce qui concerne les lois générales, parce qu’elles sont les mêmes quoique spécifiques d’une nouvelle circonstances nationale et internationale, comme je viens de le dire. Nous avons contribué à cela.

Nous pourrions dire beaucoup de choses mais je crois qu’il vaut mieux en souligner quelques unes. En 75 est publié « Reprendre le chemin de Mariatégui et reconstituer son Parti » ; dans ce court document nous démontrons, face à la négation de ceux qui se proclament mariatéguistes aujourd’hui, que Mariatégui était marxiste-léniniste « atteint et convaincu » comme il le disait à juste titre ; nous avons indiqué les cinq éléments constitutifs de sa ligne politique générale. Nous avons montré que dans Mariatégui se trouvaient des thèses similaires à celles du Président Mao ; il suffit de se rappeler les questions concernant le front uni ou l’important problème de la violence. Mariatégui dit : « le pouvoir se conquiert avec la violence et se défend avec la dictature », « la révolution est l’accouchement sanglant du présent » et il réitéra tout au long de sa glorieuse vie, avec persistance, le rôle de la violence révolutionnaire et de la dictature. Il disait aussi que, même en ayant la majorité dans un parlement, cela ne pourrait servir qu’à limoger un cabinet de ministres, mais jamais la bourgeoisie en tant que classe, ceci est très clair. Nous devons souligner également un aspect capital de sa pensée : Mariatégui était anti-révisionniste.

Et alors, en synthèse, nous nous sommes battus pour reprendre et développer le chemin de Mariatégui. Permettez-moi ici d’ajouter quelque chose encore : il serait bon de demander à ceux qui font mine d’être mariatéguistes ce qu’ils pensaient de Mariatégui. Eh bien, ils le niaient de façon évidente et concrète ; je parle des gens du PUM d’aujourd’hui. Oui, de ceux qui sont issus de la dite « nouvelle gauche », qui claironnaient la caducité de la pensée de Mariatégui, comme quelque chose du passé. En essence, leur argumentation était aussi simple que cela. Mais il y a plus important encore : Ceux là et d’autres, sont-ils réellement mariatéguistes ? Prenons M. Barrantes Lingan, par exemple, qu’a-t-il de mariatéguiste, alors qu’il est la négation absolue des thèses marxistes-léninistes précises que Mariatégui avait défendue avec fermeté et décision en son temps ? Mariatégui ne fut jamais un électoraliste. Il parlait d’utiliser les élections comme moyens de propagande et d’agitation. Ils étaient des révisionnistes, ceux qui, comme M. Acosta, argumentaient en 45 que cette thèse était dépassés et que le problème était de gagner des sièges au parlement. Et c’est ce que font aujourd’hui les faux mariatéguistes, ces fieffés impénitents du crétinisme parlementaire.

En résumé, nous pensons ceci : Mariatégui est le fondateur du Parti, son rôle est inscrit dans l’histoire. Personne ne pourra jamais le nier et son œuvre est impérissable. Mais il est nécessaire de la continuer, de la développer, en suivant précisément son chemin. La continuation d’un fondateur marxiste- léniniste comme l’était Mariatégui, dont la pensée je le répète est similaires à celles du Président Mao, implique logiquement d’être marxistes-léninistes-maoïstes comme nous le sommes, nous les membres du Parti Communiste du Pérou. Nous croyons que l’image du fondateur est un exemple grandiose. Nous sommes fiers d’avoir été fondés par lui.

El Diario : Monsieur le Président, quelle fut l’influence de José Carlos Mariatégui sur le développement de classe des travailleurs Péruviens ?

Président Gonzalo : Mariatégui a rempli une grande tâche au milieu d’une lutte intense. Et pardonnez-moi de profiter de votre question pour ajouter d’autres choses. Il était déjà marxiste avant d’aller en Europe ; c’est la première chose sur laquelle nous voulons que vous nous permettiez d’insister car on dit toujours qu’il est devenu marxiste là-bas ; qu’il y ait développé sa pensée est une autre chose évidemment, l’expérience européenne lui a été d’une extrême importance. Mariatégui livra une lutte très importante sur le plan idéologique ; une lutte pour ce qu’il appelait le socialisme, terme qu’il utilisait ici, comme il l’expliqua, parce qu’il n’était ni rebattu ni prostitué comme en Europe ; au fond, ce qu’il répandait et soutenait, c’était le marxisme-léninisme.

Il livra une lutte politique d’une grande ampleur pour la formation du Parti, et ceci est lié à un fait qui est aujourd’hui malmené et déformé d’une manière perverse et maladroite : c’est le problème du débat entre Mariatégui et Haya de la Torre. En synthèse, la question est très claire : Mariatégui décida de la formation d’un Parti Communiste, d’un Parti du prolétariat ; de son côté, Haya de la Torre décida de la formation d’un front semblable au Kuomintang en argumentant que le prolétariat au Pérou était peu nombreux et pas assez mûr pour pouvoir engendrer un Parti Communiste ; tout cela n’était qu’artifices, rien de plus. Il est bon, en outre, d’avoir en tête que l’Apra, quand elle fut fondée au Pérou, le fut à l’image du Kuomintang de Tchiang Kaï-chek, c’est-à-dire comme le bourreau de la révolution chinoise qui avait donné le coup contre-révolutionnaire de 1927. Nous devons toujours garder cela à l’esprit. Pourquoi est-ce que je souligne ce problème ? Parce qu’aujourd’hui, on nous parle d’un haya-mariatéguisme, et même d’un haya-léninisme : absurde ! Mariatégui était bien marxiste-léniniste, Haya n’a jamais été ni marxiste ni léniniste, jamais ! Il s’est toujours opposé aux thèses de Lénine. Il est nécessaire de faire remarquer cela car on ne peut pas tolérer ces infamies qui ne sont, en fin de compte, qu’embrouilles, invention monstrueuse, destinées à promouvoir maintenant une alliance entre la Gauche Unie et l’Apra. C’est là le fond du problème. Le reste n’est que supercheries bâtardes.

Bon, maintenant, j’en viens à votre question. Tout cela, Mariatégui l’a fait en liaison avec les masses, le prolétariat et la paysannerie. Il est lié dans la théorie et dans la pratique à la formation de la CGTP, fruit principalement de son travail. Mais je parle de la CGTP qu’il a fondée, celle de la fin des années 20, non de l’actuelle cgtp qui est la négation totale de ce que Mariatégui décida. Il a développé aussi tout un travail avec la paysannerie. Chez lui, la question paysanne est essentielle, c’est le problème de la terre ; en essence, c’est le problème de l’indien, comme il l’a si justement dit. Il a également travaillé avec les intellectuels, avec les femmes et les jeunes. Mariatégui a a donc développé son travail, toujours lié aux masses, en leur montrant le chemin, en établissant leurs formes d’organisation et en agissant avec détermination pour le développement organisationnel du prolétariat et du peuple au Pérou.

El Diario : Continuons sur le même sujet. Pourquoi le PCP accorde-t-il tant d’importance à la fraction, à celle qui a reconstitué le Parti ?

Président Gonzalo : C’est un sujet important et peu connu hors des rangs du Parti. Commençons par ceci : Lénine nous posa le problème de la fraction, qu’il concevait comme un ensemble d’hommes solidement soudés pour agir en appliquant les principes, dans leur forme la plus pure. Lénine nous a dit aussi qu’une fraction devait exprimer ouvertement ses positions politiques pour mener la lutte et  développer le Parti. C’est ce concept léniniste que nous avons adopté pour former la fraction, qui a commencé à se former au débout des années 60 et est liée à la lutte entre marxisme et révisionnisme à l’échelle mondiale, lutte qui se répercuta évidemment sur notre pays. La fraction commence à se poser la question de comment développer la révolution au Pérou et elle va trouver les réponses dans les œuvres du Président Mao qui commencent à arriver à cette époque-là. Quelles questions nous posions-nous ? D’abord que la révolution au Pérou avait besoin d’un Parti avec des solides bases idéologiques et politiques, que la paysannerie était la force principale dans notre société tandis que le prolétariat était la classe dirigeante, et que le chemin que nous devions suivre, allait de la campagne vers la ville ; c’est ainsi que nous nous sommes développés. La fraction a servi à la lutte contre le révisionnisme de Del Prado et nous avons fait partie de tous ceux qui se sont unis pour balayer et expulser la clique de Del Prado des rangs du Parti.

La fraction va continuer à se développer alors que plusieurs fractions apparaissent dans le Parti, dont une dirigée par Paredes et deux autres qui agissaient sournoisement, n’appliquant pas les critères léninistes à propos de la fraction mais agissant comme un parti dans un autre. Je parle ici de Patrie Rouge, de son soi-disant « groupe Ching-Kang », de l’auto-baptisé « groupe bolchevique  » et de notre fraction dont le centre était la région d’Ayacucho. La fraction se consacra à voir comment, – après en avoir défini la ligne dans la Vème conférence de 65 – on devait considérer la question des trois instruments de la révolution. Ceci va attiser une lutte interne et mal dirigée. Par manque de cohésion, le Parti va éclater. Ainsi, Patrie Rouge va sortir le premier ; mais il sortit expulsé du Parti pour suivre une ligne opportuniste de droite, pour nier le Président Mao-Tsétoung, pour nier Mariatégui, pour nier l’existence de la situation révolutionnaire au Pérou. Il resta alors trois fractions.

Puis, dans la VIème Conférence de 69, on se mit d’accord sur la base d’unité du Parti et de la Reconstitution du Parti ; deux questions que la fraction avait posées de la même façon qu’elle avait posé en 67 des questions fondamentales lors d’une réunion de la commission politique élargie d’alors. Paredes et son groupe n’étaient pas d’accord avec la Reconstitution du Parti ni avec sa base d’unité, ils montèrent un plan pour faire éclater le Parti puisqu’ils ne pouvaient pas le contrôler. Tel fut leur plan sinistre. Une dure lutte contre ce liquidationnisme de droite fut livrée. C’est ainsi qu’il ne resta que deux fractions : la nôtre et le dénommé « groupe bolchévique  » qui développa un liquidationnisme de gauche, affirmant entre autres qu’il existait une stabilité et que, par conséquent, il n’y avait pas de situation révolutionnaire, que le fascisme détruisait tout, qu’on ne pouvait pas faire de travail de masses, qu’on devait former les militants dans des séminaires, etc.

Cette lutte amena la fraction à assumer seule la Reconstitution du Parti. Lénine nous dit que, le moment venu, une fraction conséquente se doit de reconstruire le Parti. Ce fut la tâche assumée par la fraction. Ici on pourrait se demander : Pourquoi la fraction assuma-t-elle la Reconstitution du Parti ? Pourquoi on en fonda pas un autre comme c’était la mode et comme ça l’est encore aujourd’hui ? La première raison est que le Parti fut fondé en 1928 sur des bases marxistes-léninistes claires, et qu’il avait alors une grande expérience, tirée des leçons positives et négatives, des deux à la fois. Mais plus encore, Lénine nous dit que, quand on est dans un Parti en déviation, qui quitte sa voie et qui se précipite dans l’opportunisme, on a l’obligation de lutter pour le remettre sur la voie et ne pas le faire, constitue un crime politique. Ainsi, la fraction est importante dans la mesure où elle a accompli ce rôle, où elle a servi à la Reconstitution du Parti, à partir de sa construction idéologico-politique, en se basant sur le maoïsme, que appelions alors pensée Mao Tsétoung, et sur l’établissement d’une ligne politique générale. La fraction a le grand mérite d’avoir constitué le Parti, et ce faisant, elle possédait alors l’instrument, « l’héroïque combattant », le Parti Communiste de type nouveau, marxiste-léniniste-maoïste, l’avant-garde politique organisée et non pas « l’organisation politico-militaire » comme certains ont l’habitude de le dire à tort, le Parti nécessaire pour se lancer à la conquête du Pouvoir avec les armes à la main au moyen de la guerre populaire.

El Diario : Quels changements ont été opérés dans le Parti avec la guerre populaire ?

Président Gonzalo : D’abord, ce qui est principal, c’est qu’en s’appuyant sur le travail antérieur, la guerre populaire nous a permis de parvenir à comprendre le maoïsme comme une troisième étape, nouvelle et supérieure du marxisme ; elle nous a servi à développer la militarisation du Parti et sa construction concentrique ; la guerre populaire a servi à forger une armée populaire de guérilla, puisque cette dernière ne s’est forgée, formée qu’en 1983.

L’Armée Populaire de Guérilla est importante. C’est la forme principale d’organisation, de la même façon que la guerre populaire est la forme principale de lutte. L’Armée Populaire de Guérilla que nous avons fondé et qui se développe avec puissance, a été crée à la lumière des thèses du Président Mao Tsétoung et d’une thèse de Lénine très importante également, sur la milice populaire. Il nous dit que le pouvoir de l’armée peut être usurpé, puis l’armée manipulée, pour engendrer une restauration. C’est pour cela qu’il définit que la milice populaire devait assumer les fonctions d’armée, de police et d’administration. Une grande thèse qui, même s’il ne parvint pas à la concrétiser à cause des circonstances historiques, n’est pas sans importance ni sans valeur. Elle est si valable que le Président Mao lui-même se préoccupa beaucoup de la question du développement de la milice populaire. Donc, notre armée possède ces caractéristiques et elle est construite en tenant compte de ces expériences. Mais elle a aussi ses particularités. Nous avons une formation constituée de trois forces : une force principale, une force locale et une force de base. Nous n’avons pas une milice indépendante mais elle se trouve à la base-même de l’armée, elle est bâtie sur ce critère. Nous pourrions dire aussi qu’on ne pouvait pas bâtir l’Armée Populaire de Guérilla autrement, vues nos conditions concrètes, mais ce sont réellement ces principes qui nous ont guidés. Cette armée, malgré ces caractéristiques, a pu agir en toutes circonstances et peut subir les réajustements et les réorganisations nécessaires.

Une autre question qui découle de la guerre populaire, et qui en constitue la principale réussite, c’est le Nouveau Pouvoir. Cette question, nous la voyons liée à celle du front, en nous appuyant sur ce que le Président Mao dit dans son œuvre Sur la Démocratie Nouvelle. En plus, nous avons tenu compte de la longue expérience pourrie du frontisme au Pérou, où on a trafiqué et où on trafique encore avec le front uni : hier avec le dit « Front de Libération Nationale » et aujourd’hui principalement avec l’auto-dénommée Gauche Unie et d’autres rejetons en formation comme la fameuse « Convergence Socialiste ». C’est-à-dire que nous prenons toujours en compte les principes et les conditions concrètes de notre réalité, et c’est pour cela que nous ne comprenons pas pourquoi on nous dit dogmatiques ; mais, finalement, on peut écrire n’importe quoi. Tout cela nous a amenés à former le Front Révolutionnaire de Défense du Peuple. Mais ici il faut préciser autre chose : c’est nous qui avons créé le premier front de défense du peuple à Ayacucho, une création héroïque, un exemple que s’appropria plus tard Patrie Rouge en le déformant pour constituer ses « FEDIP », lesquels sont erronés jusque dans leur nom-même car, s’il s’agit d’un front de défense du peuple, comment alors, ne va-t-il pas défendre les intérêts du peuple ? Nous construisons le Front Révolutionnaire de Défense du Peuple seulement à la campagne et nous le concrétisons en tant que Pouvoir, en tant que comité populaire ; ces comités populaires forment dans une zone, une base d’appui et l’ensemble des bases forment ce nous appelons la République Populaire de Démocratie Nouvelle en formation. Quant à la question concernant les villes, nous la réglons avec la formation du Mouvement Révolutionnaire de Défense du Peuple, qui sert aussi à livrer la guerre populaire à la ville, à centraliser des forces, à saper l’ordre réactionnaire et à développer la concentration des classes en fonction de la future insurrection.

D’autres changements sont en rapport avec le fait de forger les militants : la guerre forge d’une autre manière bien évidemment, elle trempe nos volontés, elle nous permet d’incarner plus profondément l’idéologie, d’engendrer des militants de fer selon le critère de défi à la mort ou d’arracher à la mort les lauriers de la victoire. Nous pourrions dire également qu’un autre changement dans le Parti, à un autre niveau déjà, ou ayant une autre portée plutôt, est en rapport avec la révolution mondiale. La guerre populaire a permis au Parti de montrer de façon palpable comment en s’emparent du marxisme-léninisme-maoïsme nous pouvons développer une guerre populaire sans être assujettis au bâton de commandement d’aucun chef, ni sous la coupe d’aucune superpuissance ou puissance, et comment, mener à bien la guerre populaire, en nous appuyant sur nos propres forces, est une chose faisable. Tout cela a donné au Parti un prestige à l’échelle internationale comme jamais auparavant, et il ne faut voir là de notre part aucune affirmation orgueilleuse. Loin de nous la fatuité, ce n’est qu’un simple fait. Elle nous permet aussi de servir, comme jamais, le développement de la révolution mondiale. C’est de cette manière que le Parti, avec la guerre populaire, est en train d’accomplir son rôle de Parti Communiste du Pérou.

El Diario : Quelle est la participation des ouvriers et des paysans dans l’Armée Populaire de Guérilla ?

Président Gonzalo : La participation la plus importante est celle de la paysannerie, pauvre en particulier, qui combat et dirige à différents niveaux, c’est ainsi qu’ils participent. La participation des ouvriers est similaire bien que leur nombre soit insuffisant pour l’instant.

El Diario : Monsieur le Président, où se développe le plus le Nouveau Pouvoir, à la campagne ou à la ville ?

Président Gonzalo : Nous développons le Nouveau Pouvoir seulement à la campagne. Il s’installera à la ville dans la partie finale de la révolution. C’est un problème inhérent au processus de la guerre populaire. Je crois que si nous voyons, maintenant, le thème de la guerre populaire, nous pourrions traiter davantage ce point.

El Diario : Monsieur le Président, en changeant un peu de sujet, dans les documents du Parti Communiste, on dit que vous êtes le chef du Parti et de la révolution. Qu’est- ce que cela implique et comment cela s’oppose à la thèse révisionniste du culte de la personnalité ?

Président Gonzalo : Ici, nous devons rappeler la thèse de Lénine sur le problème de la relation entre masses-classes-Partis-chefs. Nous considérons que la révolution, le Parti, la classe engendrent des chefs, engendrent un groupe des chefs. Il en fut ainsi dans toute révolution. Si nous voyons par exemple, la Révolution d’Octobre, nous avons Lénine, Staline, Sverdlov, et d’autres noms encore, soit un petit groupe. De même, dans la révolution chinoise, nous avons aussi un petit groupe de chefs : le Président Mao Tsétoung et les camarades Kang Sheng, Chiang Ching, Chan Chung-Chao entre autres. Il en est ainsi de toute révolution. Nous ne pourrions être une exception. Ici, l’idée selon laquelle notre règle a une exception n’est pas valable, car il s’agit d’accomplir des lois. Tout processus a donc des chefs, mais il y a un chef qui surpasse les autres ou qui est à leur tête, selon les conditions, car nous ne pouvons considérer tous les chefs comme étant de même dimension : Marx c’est Marx, Lénine c’est Lénine, le Président Mao c’est le Président Mao et chacun est non renouvelable et unique.

Dans notre Parti, notre révolution, et notre guerre populaire, le prolétariat a généré aussi un groupe de chefs, par nécessité et contingence historique, d’après le sens donné par Engels. Engendrer des chefs et un chef est une nécessité, mais c’est la contingence, c’est-à-dire l’ensemble des conditions spécifiques concrétisées en un lieu et à un moment déterminés, qui définit la condition de chef. Il en fut donc de même, pour nous, on a engendré un grand dirigeant. D’abord il fut reconnu au niveau du Parti, dans la Conférence Nationale Elargie de 1979. Mais ce problème renferme une question capitale inéluctable, qui mérite d’être soulignée : il n’y a pas de grand dirigeant qui ne s’appuie sur une pensée, quel que soit son degré de développement. Le fait que celui qui parle, soit devenu le chef du Parti et de la révolution, d’après les accords du Parti, est lié à la nécessité et à la contingence historique et bien évidemment, à la pensée gonzalo ; nul ne sait ce que la révolution et le Parti peuvent faire de chacun de nous et quand une telle chose se précise, ce qu’il faut uniquement, c’est assumer la responsabilité.

Notre activité s’est déroulée en accord avec la thèse de Lénine, laquelle est juste et correcte. La question du culte de la personnalité est une position révisionniste. Lénine nous avait déjà averti du problème de la négation des chefs, de la même façon qu’il avait souligné la nécessité pour la classe, le Parti et la révolution, de promouvoir ses propres dirigeants, d’en promouvoir davantage au rang de chefs et de grand dirigeant. Il y a une différence sur laquelle il faut insister, le dirigeant occupe une responsabilité dans l’organisation tandis que nous entendons par chefs et grand dirigeant, la reconnaissance de l’autorité du Parti et de la révolution, acquise et mise à l’épreuve au cours d’une longue lutte, de ceux qui, dans la théorie et dans la pratique, démontrent qu’ils sont capables de nous diriger et de nous guider en avant et jusqu’à la victoire, dans la réalisation de nos idéaux de classe.

Khrouchtchev souleva le problème du culte de la personnalité pour combattre le camarade Staline, mais nous savons tous que ce ne fut qu’un prétexte en fait, pour combattre la dictature du prolétariat. Aujourd’hui, même Gorbatchev brandit à nouveau le culte de la personnalité comme le firent aussi les révisionnistes chinois Liou Chao-chi et Deng Xiaoping. Par conséquent, c’est une thèse révisionniste qui vise en essence la dictature du prolétariat et les grands dirigeants et chefs du processus révolutionnaire général dans le but de les décapiter. Dans notre cas, que viserait-elle concrètement ? Décapiter la guerre populaire. Nous n’avons pas encore de dictature du prolétariat mais un Nouveau Pouvoir qui se développe selon des normes de démocratie nouvelle ou de dictature conjointe d’ouvriers, de paysans et de progressistes. En ce qui nous concerne, cette thèse a donc pour but principal de décapiter la direction. Et la réaction et ses laquais savent très bien pourquoi ils le font : parce que ce n’est pas facile d’engendrer des chefs et un grand dirigeant. Et une guerre populaire telle qu’elle se développe dans le pays, a besoin de chefs et d’un grand dirigeant, de quelqu’un qui la représente, la dirige et d’un groupe capable de la commander inflexiblement. En résumé le culte de la personnalité est une sinistre thèse révisionniste qui n’a rien à voir avec notre conception sur les chefs, laquelle s’en tient au léninisme.

El Diario : Que signifie pour vous et votre Parti, la célébration du Ier Congrès du Parti Communiste du Pérou ?

Président Gonzalo : Revenant à ce sujet, nous voulons parler de certaines questions. Nous répétons que c’est un jalon de victoire, c’est une dette en suspens qu’il fallait accomplir et que le fondateur lui-même avait fixé. Nous avons célébré le Premier Congrès du Parti Communiste du Pérou. Qu’est-ce que cela implique ? Nous réaffirmons qu’aucun des 4 congrès tenus jusqu’en 1962, époque durant laquelle nous nous développions dans le Parti d’alors, aucun d’eux ne fut un congrès marxiste. Aucun d’eux ne s’en est tenu strictement à la conception du prolétariat. C’est pour cela que notre Congrès est marxiste, pour relever ce que je viens de dire. Mais étant donné que nous évoluons dans ce moment historique, le Congrès est marxiste-léniniste-maoïste, parce que le maoïsme est la troisième étape, nouvelle et supérieure, et en fin de compte la principale des trois. Mais le Congrès est aussi pensée gonzalo, car il s’appuie sur cette pensée qui est née du processus d’application de la vérité universelle, du marxisme-léninisme-maoïsme, à la situation concrète de notre réalité. Pour cette raison, c’est un « Congrès marxiste, un Congrès marxiste-léniniste-maoïste, pensée gonzalo ».

Ce Congrès nous a permis de faire un bilan de tout le processus suivi et d’en tirer les leçons positives et négatives. Ce Congrès nous a permis de sanctionner la base d’unité du Parti, composée de ses trois éléments : 1) l’idéologie, le marxisme-léninisme-maoïsme, pensée gonzalo, 2) le programme et 3) la ligne politique générale avec son centre, la ligne militaire. Le Congrès a réussi également à asseoir des bases solides pour la conquête du Pouvoir en perspective, j’insiste, en perspective.

Nous n’avons pu réaliser le Congrès qu’au milieu de la guerre populaire. Et nous disons ceci parce que, en 1967 déjà, nous parlions de réaliser le cinquième congrès et en 1976, le Congrès de reconstitution. Nous avons fait des tentatives pendant plusieurs années sans pouvoir y parvenir, pourquoi ? Ce fait met en évidence ce qu’on a vu dans bon nombre de partis qui, lorsqu’ils se préparent à engager la lutte armée, à prendre les armes, s’empêtrent dans de grandes luttes intestines qui mènent à des divisions, à des éclatements. Et c’est de cette manière que le développement de la conquête du Pouvoir les armes à la main est frustré. Ceci nous amena en 1978 à ajourner le congrès pour le réaliser en pleine guerre populaire. Nous suivîmes un raisonnement assez simple : étant déjà en guerre, qui allait s’opposer à la guerre populaire ? Avec un congrès et un parti les armes à la main, avec une guerre populaire vigoureuse, comment pourrait-il y en avoir qui s’opposent au développement de la guerre populaire ? Ils ne pourraient plus nous faire tort.

Le Congrès a fait évoluer d’autres situations, a fait voir et comprendre plus profondément le processus de la guerre populaire et particulièrement la nécessité de construire la conquête du Pouvoir. Le Congrès a aussi fait un bond dans la lutte et c’est une bonne chose. Il est nécessaire de le dire avec clarté, bien que certains s’obstinent à mal comprendre. Mais finalement nous sommes guéris des mauvaises interprétations, de ces éléments étrangers et non révolutionnaires. Dans le Congrès on a défini que la lutte de deux lignes au sein du Parti est menée contre le révisionnisme en tant que danger principal.

Cela mérite une petite explication. Dans le Parti il n’y a pas de ligne opportuniste de droite. Ce qui se présente en ce moment, ce ne sont que des attitudes, des idées, des critères et même des positions de droite isolées. Justement en approfondissant le problème, le Congrès a conclu que le fait de combattre le révisionnisme comme danger principal, est le meilleur moyen pour le Parti de le prévenir et de conjurer la possibilité qu’en son sein puisse se manifester une ligne opportuniste de droite, qui serait révisionniste.

Le Président Mao nous a toujours demandé de nous soucier du révisionnisme parce que c’est le danger principal de la révolution mondiale. C’est de cette façon que nous pouvons être en accord avec la situation en dehors de nos rangs, puisque toute manifestation d’attitudes, d’idées, de critères et des positions de droite qui puisse se manifester dans le Parti, est en rapport avec la dynamique idéologique, le retentissement de la lutte des classes, les campagnes de l’État réactionnaire, la propre action du révisionnisme dans le pays, les activités contre-révolutionnaires de l’impérialisme ; et particulièrement la lutte entre les deux superpuissances et le sinistre travail du révisionnisme à l’échelle mondiale. C’est de cette manière que le Parti nous vaccine, nous prépare, et que nous devenons plus vigilants. De telle sorte que c’est en appliquant une ferme et sagace lutte de deux lignes au sein du peuple – j’insiste bien, sur le fait qu’il n’y a pas de ligne opportuniste de droite- que nous pouvons empêcher qu’une ligne révisionniste puisse se présenter. Ce qui vient d’être dit pourrait être mal interprété, mais il faut dire les choses telles qu’elles sont et éduquer le peuple. Le Congrès nous arme et nous commande. Gardons-nous du révisionnisme ! et Le combattre implacablement !, partout où il se manifeste, tout en commençant à le conjurer et à combattre toute expression qui pourrait apparaître au sein-même du Parti. Ainsi nous sommes mieux armés pour combattre le révisionnisme hors de nos rangs et à l’échelle mondiale. C’est un des points les plus importants du Congrès.

Le Congrès nous a dotés d’une grande unanimité. Oui, l’unanimité, car nous nous en tenons à ce que Lénine demandait : un parti, pour affronter des situations complexes et difficiles, comme celles que nous affrontons quotidiennement, surtout dans les moments décisifs où nous nous trouvons et où nous nous trouverons, doit avoir l’unanimité. Il faut déployer la lutte pour avoir une ligne claire, bien définie et une égale compréhension, pour acquérir une unité de fer et frapper avec fermeté. C’est aussi ce que le Congrès nous a donné, l’unanimité, mais acquise, j’insiste, avec la lutte de deux lignes. C’est ainsi que nous agissons. Et pourquoi en est-il ainsi ? Je le répète une fois de plus : le Parti est une contradiction, et toute contradiction renferme deux aspects en lutte. Il en est ainsi, et personne ne peut y échapper.

Aujourd’hui notre Parti est donc plus uni que jamais ; et plus uni en vue des grandes tâches qu’il doit accomplir avec résolution et fermeté. Par ailleurs, le Congrès a sélectionné, comme il se doit, le Comité Central ; et comme il s’agit du Premier Congrès nous avons donc le Premier Comité Central. Le Congrès nous a donné tout cela et finalement, comme nous le savons tous bien, ce qu’on a sanctionné et ratifié dans l’instance organique supérieure, c’est l’instance suprême d’un Parti. Aujourd’hui tous nous rend plus forts, plus unis, plus décidés, plus résolus ; mais il y a quelque chose qui mérite d’être souligné à nouveau : le Congrès est fils du Parti et de la guerre. Sans la guerre populaire on n’aurait pas pu accomplir cette tâche historique, en suspens depuis presque 60 ans, depuis la fondation en 28. Mais le fait important c’est que le Congrès fortifie le développement de la guerre populaire, lui rend amplement ce qu’elle a fait pour sa concrétisation. La guerre populaire est plus forte aujourd’hui et elle sera demain plus puissante qu’hier.

Pour toutes ces raisons, le Congrès est pour nous, membres du Parti Communiste du Pérou, un jalon impérissable de victoire et nous sommes sûrs qu’il restera gravé dans l’histoire de notre Parti. Nous espérons de lui de grands résultats qui servent le prolétariat du Pérou et le peuple péruvien, qui servent le prolétariat international, les nations opprimées et les peuples du monde.

El Diario : Certains disent que la réalisation du Premier Congrès du PCP, pour les conditions-mêmes dans lesquelles il eut lieu, d’intense guerre populaire, a signifié un coup dur pour les forces réactionnaires. Qu’en dites-vous ?

Président Gonzalo : Il nous semble que c’est une opinion juste qui démontre qu’il y a, dans ce pays, une classe et un peuple qui comprennent ce que nous faisons, ce que le Parti fait. Pour nous c’est une reconnaissance importante qui nous amène à fournir plus d’efforts afin de mériter cette confiance, cette espérance.

El Diario : Le Parti Communiste du Pérou aurait-il subi une épuration avant la réalisation du Congrès ?

Président Gonzalo : Non, dans notre cas, nous avons eu la forte épuration au moment de commencer la guerre populaire, dans le IXème Réunion Plénière de 79. Là nous avons livré une dure lutte contre une ligne opportuniste de droite qui s’opposait à commencer la guerre populaire. C’est là que se sont produits des expulsions et une épuration dans le Parti. Mais comme il est établi à juste titre, l’épuration renforce et nous nous sommes fortifiés. La preuve en est que nous sommes entrés dans la guerre populaire et que nous en sommes déjà à notre huitième année. Dans le Congrès, il ne s’est pas produit une telle épuration.

El Diario : Beaucoup se demandent et ne comprennent pas où résidait la force et la fermeté du militant du PCP ? Ce serait peut être dans sa solide formation idéologique ? Comment se passe ce processus chez les militants ?

Président Gonzalo : La force des militants du Parti réside vraiment dans la formation idéologique et politique. Elle s’appuie sur le fait que les militants embrassent l’idéologie du prolétariat et sa forme spécifique : le marxisme-léninisme-maoïsme, pensée gonzalo, le programme et la ligne politique générale avec son centre, la ligne militaire. C’est à partir de cela que se développe la force des militants. Une chose qui nous préoccupe beaucoup pour commencer la guerre populaire, fut les militants. Pendant la préparation de la guerre populaire, nous nous sommes posés le problème de comment forger les militants, et nous nous sommes imposés de grandes exigences : rompre avec la vieille société, se consacrer totalement et complètement à la révolution et donner notre vie. Rappelons-nous la Réunion Plénière du Comité Central de 80 et l’école militaire qui en disent long. A la fin de tous ces événements, tous les militants s’engagèrent. Nous assumâmes tous la tâche d’être les initiateurs de la guerre populaire. Ce fut un engagement solennel qui par la suite, s’étendit à tout le Parti.

Comment se déroule ce processus ? D’abord chacun des futurs militants, avant de l’être, va se forger dans la lutte de classes où chacun participe, progresse et travaille plus près de nous, jusqu’au moment où chacun, individuellement, prend la grande décision de demander son entrée au Parti qui analyse ses qualités, ses mérites, aussi bien que ses limites, car nous en avons tous. Puis il lui donne le rang de militant, s’il le mérite. C’est dans le Parti que commence alors la formation idéologique systématique. C’est lui qui fait de nous des communistes. Les circonstances des dernières années ont comme trait caractéristique que les militants se trempent dans la guerre ; et, qui plus est, ceux qui entrent, le font dans un Parti qui dirige la guerre. Et dès lors, s’ils y entrent, c’est pour agir, d’abord et principalement, comme communistes, comme combattants de l’Armée Populaire de Guérilla, et comme administrateurs dans les cas correspondants aux instances du Nouvel Etat que nous organisons.

La guerre populaire est donc un autre élément très important qui contribue à forger les militants. En résumé : même si nous partons de la question idéologico-politique, la guerre elle-même forge le militant. Dans cette forge ardente, elle nous modèle en fonction du Parti. C’est ainsi que nous avançons tous, tout en nous rendant utiles. Malgré cela, nous avons toujours une contradiction entre la ligne rouge qui domine dans notre tête et la ligne contraire. Les deux se manifestent car il n’y a pas de communiste à cent pour cent, et dans notre esprit se livre la lutte de deux lignes. Cette lutte est capitale aussi pour forger les militants ; notre objectif étant que la ligne rouge s’impose toujours à nous. C’est ce que nous cherchons.

C’est de cette manière que se forgent les militants ; et les faits montrent le degré d’héroïsme révolutionnaire que sont capables d’atteindre les militants tout comme les fils du peuple.

El Diario : Pensez-vous qu’une des expressions les plus élevées de l’héroïsme des militants du P.C.P se soit manifestée dans les prisons le 19 Juin 1986 ?

Président Gonzalo : Oui. C’est une haute expression. Mais nous considérons que le plus grand héroïsme révolutionnaire qui coula à flots, s’est produit lors du génocide des années 83 et 84, quand nous affrontions les forces armées venant de faire leur entrée dans le conflit. Ce fut jusqu’à aujourd’hui le plus grand génocide massif ; au cours de ce génocide il eut de grandioses manifestations de combativité populaire, ce qui est capital et essentiel et de plus, il y a là une expression massive d’héroïsme, de dévouement, de don de sa vie, non seulement de la part des communistes, mais aussi de celle des paysans, des ouvriers, des intellectuels, des fils du peuple. C’est là qu’il y eut la plus grande démonstration d’héroïsme révolutionnaire massif et là aussi que nous nous sommes le plus forgés.

Alors, vous pourriez nous dire, pourquoi commémorez-vous le 19 Juin comme le « Jour de l’Héroïsme » ? Le 19 c’est une date qui montre à notre peuple et au monde de quoi sont capables les communistes fermes et les révolutionnaires conséquents, car, non seulement sont tombés des communistes, la plupart était des révolutionnaires. Pour cette raison c’est devenu un symbole, parce que c’est une date spécifique, alors que le génocide général a duré deux années et représente de nombreux faits dispersés ; le 19 est un fait unique d’un grand retentissement et un exemple qui a bouleversé le Pérou et le monde. C’est pour cela que nous avons choisi le 19 Juin comme le « Jour de l’Héroïsme ».

El Diario : Président, comment le PCP peut soutenir matériellement le gigantesque appareil du Parti, y compris l’Armée Populaire de Guérilla ?

Président Gonzalo : Je crois que cette question mérite quelques précisions. Sur le Parti, le Président Mao nous enseigne, ainsi que l’ont toujours fait Marx, Lénine et les grands marxistes, que le parti n’est pas un parti de masses, mais que le parti a un caractère de masses ; caractère de masses qui se manifeste dans le fait que le parti est une organisation sélective : une sélection des meilleures, de ceux qui ont fait leur preuves, de ceux qui ont de l’étoffe, comme le disait Staline. Étant peu nombreux par rapport à l’immense masse, le parti défend les intérêts du prolétariat, assume l’intérêt de classe du prolétariat, dans la mesure où il assume l’émancipation du prolétariat qui n’arrivera qu’avec le communisme. Mais comme dans la révolution agissent d’autres classes qui composent le peuple, le parti défend aussi leurs intérêts en conformité avec le fait que le prolétariat ne peut s’émanciper qu’en émancipant les autres classes opprimées. Autrement, il ne peut s’émanciper.

C’est pour cela que le parti a un caractère de masses mais le parti n’est pas un parti de masses. Le parti de masses dont on parle beaucoup aujourd’hui, n’est que l’expression, une fois de plus, de positions révisionnistes pourries ; ce sont ces partis d’adhérents, de fonctionnaires, ces machines organisationnelles. Notre parti est un parti de militants, de dirigeants, c’est une machine de guerre comme le demandait Lénine lui-même. Bon ! Je crois que pour renforcer ceci nous pouvons penser au nombre de bolcheviques au moment du triomphe de la révolution d’Octobre : 80 mille pour un pays de 150 millions d’habitants.

Les Parti est un système d’organisations et évidemment il a des besoins. La formation d’une armée numériquement beaucoup plus grande, plus vaste, a aussi des exigences. Les marxisme nous a aussi enseigné comment résoudre le problème, en particulier le Président Mao. Le PCC instruit par le Président Mao Tsétoung avait conclu que le soutien économique qu’on donnait aux partis était corrosif et que c’était un critère révisionniste parce qu’un parti doit s’appuyer sur ses propres forces. C’est ce principe que nous avons suivi, compter sur nos propres forces. Nous appuyer sur nos propres forces a un rapport avec les nécessités économiques, mais principalement, de notre point de vue, a un rapport avec la façon de s’orienter idéologiquement et politiquement. C’est à partir de cela que nous pouvons voir comment assumer les nécessités économiques qui sans cesse se présentent. Il serait erroné de dire qu’elles n’existent pas.

Alors, en nous basant sur ces critères, nous avons réglé le problème et nous continuerons à le régler en nous appuyant sur les masses. Ce sont les masses de notre peuple : c’est le prolétariat, notre classe, parce qu’elle est notre classe, c’est à elle que nous devons rendre compte, c’est elle que nous servons, c’est notre paysannerie, pauvre principalement, ce sont les intellectuels, la petite bourgeoisie, les plus avancés, les révolutionnaires, ceux qui veulent la transformation radicale, la révolution en un mot. Ce sont ceux sur lesquels s’appuie le Parti, principalement la paysannerie et le prolétariat, ce sont sur eux qu’il s’appuie. Et si nous allons plus loin, la paysannerie, pauvre principalement, est celle qui se retire le pain de la bouche pour nous le donner, celle qui nous donne un morceau de sa couverture, un petit coin sous son toit. C’est elle qui nous soutient, nous appuie et nous offre son propre sang comme l’offrent le prolétariat et aussi les intellectuels ; c’est comme ça que nous progressons. Nous nous basons sur cela.

Ce problème nous amène aux questions suivantes. Partir de ce principe nous permet d’être indépendants, de ne dépendre d’aucun bâton de commandement, quel qu’il soit, parce que dans le communisme international on s’habitua au diktat. Khrouchtchev était un champion du bâton de commandement, comme l’est Gorbatchev aujourd’hui, ou comme l’est Deng, ce sinistre personnage. Indépendance parce que chaque Parti Communiste doit décider lui-même, car il a la responsabilité de sa révolution, ce qui ne veut pas dire se détacher de la révolution mondiale, mais précisément la servir. Ceci nous permet d’exercer l’auto-décision, c’est-à-dire le fait de décider nous-mêmes. Le Président Mao parlait ainsi : on nous donna beaucoup de conseils, des bons et des mauvais ; mais si nous avions accepté un principe erroné, la responsabilité n’appartiendrait pas à celui qui nous l’a donné mais à nous-mêmes. Pourquoi ? Parce que nous pratiquons l’autonomie de décision, qui s’accorde avec l’indépendance, et que cela nous conduit à l’autosuffisance, à ne compter que sur nos propres forces.

Cela veut-il dire que nous nions l’internationalisme prolétarien ? Non, au contraire, nous sommes des pratiquants fervents et conséquents de l’internationalisme prolétarien. Et nous sommes convaincus du soutien que nous apportent le prolétariat international, les nations opprimées, les peuples du monde, les partis ou organisations-mêmes qui sont toujours fidèles au marxisme, quel que soit leur degré de développement. Nous reconnaissons que la première chose qu’ils nous donnent, leur premier soutien, c’est leur propre lutte. La propagande ou les célébrations qu’ils font, sont un soutien qui gagne progressivement l’opinion publique. C’est ainsi que s’exprime l’internationalisme prolétarien. Il se manifeste aussi dans les conseils qu’ils nous donnent, dans leurs opinions. Mais, j’insiste, c’est nous qui devons décider si nous acceptons ou non les conseils ; et s’ils sont justes, ils sont évidemment bien accueillis car entre les partis nous avons l’obligation de nous entraider, surtout dans ces temps difficiles et complexes.

Alors, j’insiste, toute lutte que livrent le prolétariat, les nations opprimées, les peuples du monde, les partis et les organisations fermes et fidèles au marxisme, toute cette lutte est la première grande aide concrète de l’internationalisme prolétarien. Cependant, la plus grandiose aide que nous ayons, c’est l’immarcescible marxisme-léninisme-maoïsme, l’idéologie du prolétariat international, celle que la classe ouvrière a générée au cours de longues décennies et de milliers de combats à travers le monde entier. C’est celle-ci, l’aide la plus grandiose que nous recevons parce que c’est la lumière. Sans cette lumière nos yeux ne verraient rien, mais avec cette lumière nos yeux peuvent voir et nos mains agir. C’est ainsi que nous voyons ce problème et c’est ainsi que nous avançons.

El Diario : Président, peut-être cette question est-elle superflue, mais nous aimerions avoir votre opinion sur les partis révisionnistes qui vivent des fondations internationales, des grandes puissances impérialistes et du social-impérialisme?

Président Gonzalo : Je peux dire qu’ils ont trahi la révolution mondiale et qu’ils trahissent dans chaque pays, la révolution, la classe et le peuple ; parce que servir les superpuissances ou les puissances impérialistes, servir le révisionnisme, surtout le social-impérialisme, marcher derrière un bâton de commandement, être des pions de l’échiquier dans le jeu pour la domination du monde c’est trahir la révolution.

Source: https://www.pcmaoiste.org/actuinter/2587/

Déclaration de la rédaction #2 – La reconstruction du parti

Il y a quelques semaines, le Parti communiste révolutionnaire (PCR) a célébré son douzième anniversaire. Cet événement est, à chaque année, l’occasion pour notre organisation de rassembler ses forces avant de les lancer à nouveau dans la lutte pour les prochains mois. Cette année, nous avons lancé le mot d’ordre de fracasser les plafonds du passé et de gravir les paliers historiques. Ce mot d’ordre est d’une importance capitale pour notre organisation : il fixe un objectif dont l’atteinte marquera la conclusion de la période d’activité intense, de réorganisation et de clarification politique dans laquelle le PCR s’est inévitablement engagé lorsqu’il a scissionné des opportunistes canadiensil y a deux ans.

En effet, depuis 2017, nous sommes engagés dans un processus que nous appelons la reconstructionde notre Parti. Nous parlons bien de reconstruction du PCR, car la scission avec les opportunistes canadiens a fait perdre au Parti des effectifs et du territoire. Sur bien des aspects, la scission que nous avons connue nous a forcé à faire un pas de côté Elle nous a obligés à accepter comme un fait objectif la lutte politique traversant désormais le mouvement maoïste canadien, lutte rendant possibles une multitude de transformations pouvant nous permettre de rebondir et de regagner le chemin perdu. Cette lutte politique a ouvert une voie qui autrement aurait été inaccessible. Aussi, le fait d’accepter de mener la lutte est venu avec l’obligation, à terme, de revenir plus forts que nous l’avons été dans le passé.

L’idée de reconstruction d’un parti communiste est liée à une conception véritable reposant sur des expériences concrètes et précieuses de l’histoire de notre mouvement. Récemment, ce terme a d’ailleurs pris une importance renouvelée dans le mouvement international. Cela est normal car le mot d’ordre de la reconstruction est inspirant : il représente l’objectif et l’espoir largement partagésde revoir un essaim de partis communistes bouleverser le monde comme nous l’avons vu au 20esiècle. Il s’agit d’une sorte de cri de ralliement convoquant tous ceux et toutes celles qui ont choisi de continuer la lutte malgré tous les dangers et tous les défis. Reconstruisons! Unissons-nous sous ce mot d’ordre en nous rappelant qu’il n’y a aucun obstacle infranchissable, peu importe l’état de destruction dans lequel le camp de la révolution peut momentanément se trouver! Rangeons-nous derrière cet appel pour traverser les périodes difficiles avec patience et assurance, qualités que seul le fait de lutter pour une cause juste peut conférer!

La reconstruction dans l’histoire : continuer ou abandonner la lutte lors des moments décisifs

La notion de reconstruction est un aspect de la théorie ayant des assises variées dans l’histoire du prolétariat révolutionnaire. L’expérience qui en a fourni les bases fondamentales est sans contredit celle de la lutte contre le révisionnisme moderne. Après la Seconde Guerre mondiale, de larges fractions des partis communistes, qui ont été mis sur pied dans la foulée de la Révolution bolchévique et de la création de l’Internationale communiste, dévient lentement de la voie révolutionnaire. La lutte contre cette déviation révisionniste ouvre une période complexe pendant laquelle ont lieu de nombreuses scissions et de nombreuses expulsions dans les différents partis. À ce moment, les communistes doivent faire le choix entre nier la lutte de lignes avec la droite de leur parti ou bien l’assumer et la mener à terme. Il n’est pas rare que ceux et celles qui font ce choix difficile sont largement minoritaires. Décider de mener le combat implique donc de perdre une quantité souvent considérable d’effectifs et de gains organisationnels pour préserver les forces révolutionnaires de la liquidation de la révolution. Il s’agit parfois d’une perte monumentale. Les révolutionnaires doivent alors reprendre l’initiative et rebâtir l’organisation. La période suivant ces moments de rupture est alors habituellement qualifiée de période de reconstruction ou encore de réorganisation.

Une des expériences les plus significatives – et dont nous nous inspirons grandement dans la reconstruction de notre propre parti – est le processus de reconstruction du Parti communiste au Pérou. Dans le cas des camarades péruviens, la rupture avec la direction révisionniste du parti a lieu en 1964 (le Parti a été fondé en 1927). Elle est suivie d’une longue période de reconstruction, de réorganisation, de transformation et de préparation politique. C’est cette période, avec la vitalité et la force politique qu’elle produit, qui amène le mouvement révolutionnaire péruvien jusqu’au déclenchement de la guerre populaire en 1980. Le fait de rompre avec le révisionnisme et de se reconstruire méthodiquement sur des bases révolutionnaires est ce qui permet au Parti communiste du Pérou d’être la seule organisation qui parvient, dans la période de reflux de la révolution mondiale à la fin des années 1970, à prendre l’initiative et à ouvrir par elle-même une nouvelle voie pour les exploités.

Ainsi, dans la conception que nous tirons de ces expériences, la reconstruction du parti implique une étape de difficultés et de défis. C’est une période dans laquelle on continue la lutte, malgré la perte de gains et d’effectifs, et qui permet un retour en force, avec la possibilité d’atteindre une conjoncture plus forte et plus importante qu’au départ si le combat est bien mené. La reconstruction est une sorte de conséquence des reflux, des difficultés, des échecs relatifs et des obstaclesrencontrés dans la lutte des classes. Pensons aux camarades qui essaient de réorganiser le camp de la révolution au Népal. Pensons aussi aux exemples historiques classiques où l’on n’a pas forcément employé le terme de reconstruction mais où c’est le même processus qui s’est opéré. Certains des moments politiques les plus forts dans l’histoire du mouvement communiste ont suivi les périodes les plus difficiles lors desquelles il a fallu rebâtir ce que l’on venait à peine de construire.

Par exemple, les Bolcheviks, après la grande montée révolutionnaire de 1905-1906 en Russie, doivent traverser une période de reflux très difficile alors que le mouvement de masse s’estompe et que s’abat sur eux la sanglante réaction stolypienne. Dans les années qui suivent, une lutte farouche se développe au sein de la direction des Bolcheviks. Lénine et ses partisans doivent entre autreslutter contre le groupe de Bogdanov et ses alliés qui rejette ouvertement le matérialisme dialectique au profit de conceptions idéalistes. Ils doivent aussi lutter contre la nouvelle position liquidatrice, dominante chez les Mencheviks, selon laquelle l’organisation en parti est devenue encombrante, dangereuse et inutile. Pour donner une idée des conséquences de cette lutte, il n’y a pas, dans les faits, de réunion de Comité central pendant presque deux ans au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). La Conférence de Prague en 1912, qui marque pour de bon la rupture avec les Mencheviks et les courants idéalistes, rassemble de peine et de misère des délégués des organisations locales (comités de ville) de Russie. Sans adopter le terme de reconstruction, cette conférence lance un vaste travail de reconstruction du parti (relance de ses capacités de base, remplacement de sa structure organisationnelle, développement de nouveaux rayons, redéploiementdes cellules, lancement d’un nouveau journal quotidien – la Pravda –, reprise en charge d’une action révolutionnaire parmi les masses coordonnée) pour épouser le mouvement de masse qui se développe et le nouveau flux révolutionnaire. Cependant, les Bolcheviks ne sont pas au bout de leurs peines puisque deux ans plus tard, soit en 1914, a lieu le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le parti est alors encore grandement affaibli sur le plan organisationnel (conscription de membres du parti, intensification de la répression, contexte général difficile, destruction presque complète de certains comités, arrestations préventives de dirigeants locaux, etc.) Cette période est aussi celle de l’isolement politique des Bolcheviks, alors que la quasi-totalité des partis et organisations social-démocrates se rangent du côté de leur bourgeoisie nationale. Il n’en reste pas moins que c’est le travail de reconstruction pendant toutes ces années d’adversité qui constitue la précieuse école qui permettra aux Bolcheviks d’affronter la tempête de février à octobre 1917 et les premières années du pouvoir des Soviets.

Un autre exemple important est celui du Parti communiste chinois (PCC), qui, alors qu’il est en plein essor, subit la trahison du Kuomintang (KMT) et de la bourgeoisie nationale en 1927. Les deux organisations se sont, jusque-là, alliées dans le premier front uni afin de libérer la Chine de son état de semi-colonie et d’unifier le pays à travers l’expédition du Nord et le combat contre les seigneurs de guerre. Après la mort de son fondateur Sun Yat-Sen, le KMT, sous la nouvelle direction de Tchang Kai-chek, attaque le PCC alors que ce-dernier n’y est pas du tout préparé. Les communistes subissent alors un véritable massacre. Les choix de la direction du PCC, qui décide de tenter des insurrections perdues d’avance dans les villes, empirent la situation. Les communistes sous la direction de Mao se redéploient au Kiang-si avec l’Armée rouge. C’est ce qui leur permet d’accumuler quelques années d’expérience concrète de guerre populaire et de construction de bases d’appui, jusqu’à la cinquième campagne d’encerclement et d’anéantissement menée par le KMT en 1934. La droite oblige alors le PCC à déroger de ses pratiques militaires habituelles, ce qui entraîne une défaite monumentale. Les communistes sont obligés de faire une manœuvre excentrique (La Longue Marche) et d’abandonner leur position dans le Kiang-si, avec tous les gains qu’ils y avaient faits (les premiers pas de la république soviétique, l’expérience de transformation sociale dans la paysannerie et l’agriculture, etc.) pour se réfugier au Yenan. À ce moment, ils viennent de perdre plus de 60% de leurs forces. C’est ensuite à travers le Front uni antijaponais que les communisteslancent un habile et audacieux travail de reconstruction. Grâce à ce travail, ils parviennent à remonter la pente pour lancer ce qui deviendra le plus grand assaut que la bourgeoisie et les classes sociales exploiteuses ont eu à encaisser dans l’histoire.

Ce qu’il y a de commun dans ces deux exemples, c’est que face à des défis incroyables, les communistes ont eu le choix d’abandonner ou de continuer une expérience. Ce qui était en jeu, c’était la continuité ou la fin d’une expérience révolutionnaire. C’est cet enjeu qui constitue l’essence de la reconstruction. Des exemples comme ceux-là, il y en a partout dans l’histoire. Par exemple, l’unification des socialistes autour de la consolidation politique du marxisme après la défaite des révolutions de 1848-1850 en Europe, l’expérience combattante héroïque du KPD en Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale après la destruction presque complète du parti par les nazis, ou encore le déclenchement de la Révolution culturelle en Chine alors que la droite du PCC tente d’arrêter la progression de l’expérience socialiste et d’isoler la gauche révolutionnaire. À chacun de ces moments, les révolutionnaires ont choisi de continuer la lutte. À une plus grande échelle, c’est le même type de processus qui s’opère après la mort de Mao et la restauration du capitalisme en Chine. Un rassemblement de petits groupes ML entame alors un travail de reconstruction du mouvement communiste international. Ces petits groupes s’unifient en adoptant le maoïsme, ouvrant un nouveau cycle de combats et d’affrontements.

L’essence de la reconstruction du parti : préserver le fil conducteur de l’expérience révolutionnaire

Pour bien comprendre l’enjeu de la reconstruction (continuer ou arrêter l’expérience révolutionnaire), il faut regarder dans l’histoire et se pencher sur les conséquences découlant du fait de s’arrêter, ne serait-ce que momentanément. L’un des exemples les plus proches du PCR est celui de la fin du mouvement ML au Québec. N’ayant pas de conception stratégique ferme et refusant d’initier une tentative de montée vers le pouvoir pendant une période de reflux de la révolution mondiale, les ML ont accepté de liquider leurs organisations. Lorsque les organisations communistes (En lutte, PCO) se sont dissoutes, il aurait été possible pour un groupe de se réorganiser. Il aurait certes fallu traverser une certaine période (1 ans, 2 ans, 3 ans, etc.) comportantun grand nombre de défis et sans garantie de succès, mais en jouant bien ses cartes, il aurait étépossible pour ce groupe de préserver une grande partie des gains politiques accumulés. Le début du travail politique d’Action socialiste (l’ancêtre politique du PCR), remonte à l’année 1986. La fin des organisations ML a lieu en 1982-1983. 1986, ce n’est quand même que 3-4 ans plus tard, mais pourtant, il y a un fossé entre les deux. Lorsque l’expérience s’arrête complètement, il n’est plus possible de revenir aussi facilement où on était.

D’ailleurs, ce qui fait la force dirigeante des avant-gardes, c’est la persistance de leur action et de leur expérience révolutionnaire et la transmission de cette expérience. Dans notre cas, il est possible d’imaginer un monde dans lequel les camarades plus jeunes de notre Parti auraient été coupés de l’expérience accumulée par les camarades plus âgés pendant la période d’Action socialiste et pendant celle de la mise sur pied du PCR : ils formeraient alors un simple comité ou encore des cercles épars sur le territoire! Ce serait une réalité politique complètement différente. Ce qui fait que nous sommes encore ce que nous sommes (un parti communiste en reconstruction), dans une période d’adversité, c’est que nous avons continué l’expérience révolutionnaire et en avons préservé le fil conducteur. C’est avec ce fil conducteur que se construit le mouvement révolutionnaire et c’est lui qui permet de ne pas revenir sans arrêt à la case départ.

La reconstruction doit d’abord servir à préserver ce fil conducteur. Il ne s’agit pas de tout recommencer à zéro, mais au contraire de préserver les gains politiques d’un parti et d’une expérience même s’ils ont été diminués quantitativement. Cette perte quantitative est d’ailleurs inévitable dans bien des situations. Dans le cas d’une scission, l’amputation d’une partie de l’organisation est plus souvent qu’autrement le seul moyen de préserver les forces révolutionnaires accumulées. Le pari que font alors les communistes est le suivant : s’ils réussissent l’opération, en misant sur la marge de manœuvre et la force politique qu’ils ont gagnées en rompant avec l’opportunisme, il est possible pour eux de revenir encore plus forts qu’au moment précédent la scission. À chaque fois que les révolutionnaires se butent à de grands obstacles et choisissent malgré tout de poursuivre la lutte, le même phénomène se produit et cela est historiquement démontré. Au début, il y a une période d’adversité à affronter et à la fin, on se retrouve avec un potentiel politiqueincroyable car on est parvenu à préserver et à propulser encore plus loin les éléments fondamentaux d’une expérience. On n’a qu’à se pencher sur l’exemple des Bolcheviks et sur celui des communistes chinois pour s’en convaincre : l’histoire parle d’elle-même.

Dans le cas de notre Parti, le PCR, nous avons scissionné avec les opportunistes canadiens pour préserver le fil conducteur de notre expérience révolutionnaire. C’est ce même genre de fil conducteur qui a été préservé par la conférence de Prague des Bolcheviks et par la Longue marche des communistes chinois. C’est également pour se saisir à nouveau de ce fil conducteur que les révolutionnaires péruviens ont lutté avec acharnement pour revenir au sentier lumineux de Mariategui, le fondateur de leur parti. Il s’agissait à chaque fois d’une question de vie ou de mort. Reconstruire le parti au Canada, c’est avant tout préserver le fil conducteur de l’expérience de ceux et celles qui ont refusé l’attentisme de la période de reflux de la révolution mondiale. Aujourd’hui, dans bien des endroits, c’est ce fil qui a été brisé. C’est ce qui rend si difficile le travail révolutionnaire. Reconstruire, pour beaucoup de camarades, c’est reconstruire des partis qui sont tombés il y a longtemps. Partout, il s’agit d’une lutte pour remplacer les chaînons historiques manquants : rebâtir le parti historique du pays et assimiler le fil conducteur de l’expérience internationale (le maoïsme). Dans le cas du Canada, il s’agissait de revenir aux conceptions fondamentales du parti (la Guerre populaire prolongée, le Parti communiste complet, la centralité ouvrière, les quatre formes objectives d’action révolutionnaire, l’initiative de l’avant-garde) et de laisser parler les actions découlant de l’application de ces conceptions.

Finalement, si nous parlons de la reconstruction du parti pour préserver ce fil conducteur, c’est parce que c’est le parti qui est le cadre de l’expérience révolutionnaire. C’est lui qui permet qu’il y ait suffisamment de continuité dans le temps et dans l’espace pour que l’on puisse parler de la même expérience. Même si plusieurs années s’écoulent ou si des centaines de kilomètres séparent lesdifférents combats, le parti permet de préserver l’expérience et de la transmettre. C’est ce qui s’est produit en Russie : dans ce cas, le fil conducteur reliant le moment de la prise du pouvoir à l’époque antérieure où les militants commençaient à apprendre l’ABC de l’agitation politique a été préservépar le Parti bolchévik. En assurant la continuité et la persistance de l’expérience, les bolchéviks ont réussi à faire progresser le mouvement révolutionnaire de la naissance des premiers cercles social-démocrates jusqu’à la fondation de la république soviétique!

L’objectif de la reconstruction : fracasser les plafonds du passé et gravir les paliers historiques

Vers quoi doit mener la reconstruction? Dans notre cas, nous considérons qu’elle doit amener notre Parti à devenir un véritable parti de révolutionnaires professionnels. Cette expression, il ne faut surtout pas la prendre à la légère. Son emploi exige au contraire que l’on en assume toutes les implications pratiques. L’objectif de la professionnalisation n’en est pas simplement un parmi d’autres, fixé sans grande réflexion. Il s’agit d’un objectif décisif pour les avant-gardes contemporaines. La conscience de la nécessité, plus grande que jamais, de réussir cette opération (la professionnalisation) est un précieux enseignement de la lutte des dernières années au Canada. Les chaînons historiques manquants, ici comme ailleurs, font en sorte que cet objectif est plus important encore que par le passé. C’est donc dans la lutte politique pour réaliser cet objectif que s’est engagé notre Parti.

Bien que nous venons de souligner à grands traits l’importance de se baser sur l’expérience historique du mouvement communiste, la conception que nous défendons est un enseignement de la pratique récente, plus encore qu’un enseignement du passé. En effet, la pratique révolutionnaire actuelle ne fait que confirmer avec plus de netteté tout ce que les victoires et les défaites du passé nous ont appris sur le centralisme, sur la discipline et sur la nécessité d’un parti de révolutionnairesprofessionnels. L’objectif de la professionnalisation est ce qu’exige la pratique actuelle, commune, des différentes avant-gardes révolutionnaires et de celles des pays impérialistes en particulier. La raison en est que depuis les années 1970, au sein des pays impérialistes, s’est développé un palier historique que les révolutionnaires ont du mal à gravir, un plafond objectif à abattre sous peine de ne plus jamais parvenir à relancer des tentatives de montée vers le pouvoir. Les communistes doivent prendre conscience du défi concret consistant à franchir ce palier et leurs réflexions doivent servir à surmonter cette difficulté. Cette prise de conscience est d’autant plus nécessaire que c’est cette difficulté à laquelle se butent toutes les vagues révolutionnaires récentes qui produit et encourage les conceptions opportunistes proposant des détours stratégiques liquidateurs, comme celles que nous avant rencontrées au Canada.

D’ailleurs, c’est pour faire face à ce grand défi que les différentes organisations s’influencent, s’émulent et espèrent voir un parti frère avancer. Une fois le plafond brisé, tous devront s’engouffrer dans la brèche qui viendra d’être ouverte. Chaque organisation devra, à sa façon, trouver le moyen de développer, dans le combat, la force politique et l’expérience nécessaires pour se transformer en une authentique organisation de révolutionnaires professionnels, à la hauteur des tâches qui sont devant elle. Face à la difficulté de notre époque et à l’état de faiblesse relative du mouvement communiste, nous n’avons surtout pas besoin de davantage de laisser-aller et de mollesse; nous avons au contraire besoin du plus haut niveau politique et organisationnel. La lutte politique pour la professionnalisation, c’est la lutte contre tous les courants opportunistes, contre toute la confusion et contre toutes les conceptions erronées qui engendrent et renforcent le relâchement, l’indiscipline et l’absence de méthode. Cette lutte politique ne fait que commencer!

Vive la reconstruction du Parti communiste révolutionnaire!

Luttons partout pour continuer, préserver et renforcer l’expérience révolutionnaire!

Le marxisme-léninisme-maoïsme et la guerre populaire prolongée sont le fil conducteur de notre mouvement!

Fracassons les plafonds du passés et gravissons les paliers historiques!

Les défis de l’époque exigent des révolutionnaires professionnels!

Source:

https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2019/03/26/declaration-de-la-redaction-2-la-reconstruction-du-parti/

Vive le socialisme et le pouvoir ouvrier!

L’objectif premier que nous, prolétaires, poursuivons, c’est de renverser la bourgeoisie canadienne et de conquérir le pouvoir d’État. À partir de là commencera une nouvelle étape : la construction d’une nouvelle société, une société socialiste, qui sera elle-même le prélude au communisme qui se caractérise notamment par la disparition de l’État (qui n’est jamais autre chose que l’instrument de la domination d’une classe sur une autre), du parti, du droit bourgeois, des classes sociales, des rapports marchands et de l’argent pour faire place à la libre coopération entre tous les individus. La société sera alors administrée collectivement par tous ceux et celles qui en font partie.

L’étape du socialisme, il faut la voir comme étant une période de transition qui servira à la fois à détruire tous les vestiges du vieux mode de production capitaliste – vestiges qui ne manqueront pas de subsister – et à prévenir la restauration du capitalisme ; mais aussi à préparer l’avènement du communisme. Le passage à la société communiste impliquera en effet une préparation matérielle considérable, c.-à-d. qu’il faudra développer et transformer les forces productives et établir les conditions qui permettront de satisfaire pleinement les besoins de tous et de toutes. Plus encore, ce passage impliquera surtout une préparation politique et idéologique : les rapports sociaux devront avoir été complètement transformés, l’idéologie prolétarienne devra avoir triomphé de l’idéologie bourgeoise, les êtres humains devront avoir appris à gérer leur vie et à inscrire leur propre épanouissement dans le cadre de l’épanouissement général de toute la collectivité.

Lénine a bien résumé la conception qui doit nous guider dans l’établissement et la consolidation du nouveau pouvoir :

«Notre but est de faire participer tous les pauvres sans exception au gouvernement du pays ; et toutes les mesures prises dans ce sens – plus elles seront variées, mieux cela vaudra – doivent être soigneusement enregistrées, étudiées, systématisées, mises à l’épreuve d’une expérience plus vaste, et recevoir force de loi. Notre but est de faire remplir gratuitement les fonctions d’État par tous les travailleurs […] : il est particulièrement difficile d’y arriver, mais là seulement est la garantie de la consolidation définitive du socialisme.»

Dès l’effondrement du régime bourgeois, le prolétariat révolutionnaire établira un nouvel État, qui sera l’instrument de sa dictature sur la bourgeoisie et de la consolidation de son nouveau pouvoir. Cet État sera basé sur les conseils révolutionnaires, dont certains auront déjà été mis sur pied à travers le développement de la révolution, dans la grande tradition communiste des Soviets établie en Russie. Cette forme d’expression et d’organisation par excellence du pouvoir prolétarien devra conséquemment être étendue et généralisée d’un bout à l’autre du pays, à l’échelle locale comme à l’échelle nationale. Les conseils révolutionnaires détermineront et implanteront toutes les mesures nécessaires à l’établissement et au développement du socialisme ; ils deviendront ainsi les principaux organes de pouvoir autour desquels s’exercera la dictature du prolétariat. De plus en plus, ce sont véritablement les masses prolétariennes à la base qui dirigeront la société. Il s’agira de permettre à chacun et à chacune de développer sa capacité à diriger, et pas seulement au niveau d’une usine ou d’un quartier, mais surtout au niveau de la société tout entière, de la planification et la direction générale qu’elle prendra.

Pour qu’une telle participation soit possible, et surtout pour qu’elle soit autre chose que toutes les consultations fantoches que les capitalistes et leurs gouvernements organisent uniquement pour nous donner l’impression que nous avons notre mot à dire sur l’administration de la société (alors qu’en fait, ce sont eux et eux seuls qui prennent toutes les décisions, et ils le font uniquement dans leurs propres intérêts), l’État doit se transformer lui-même, et surtout développer de nouveaux organes dirigeants basés sur la participation des masses.

Voici certaines des mesures et des tâches que le prolétariat révolutionnaire devra mettre en place et réaliser après avoir conquis le pouvoir politique. Il ne s’agit pas, ici, de «promesses électorales» bidon comme en font les partis politiques bourgeois en période électorale, mais d’une liste, ni complète ni exclusive, de mesures qui indiquent quel type de transformations devront être entreprises pour que la période historique du socialisme se déroule avec succès.

La justesse des mesures qui seront mises en place aux différentes étapes de la construction du socialisme sera jugée ainsi : selon qu’elles contribueront ou pas à éliminer les vestiges du capitalisme, à empêcher sa restauration, à faire naître et à consolider de nouveaux rapports sociaux. Il y aura nécessairement des avancées et des reculs. Parfois, le prolétariat révolutionnaire sera contraint d’opérer quelquesreplis tactiques. Mais toujours, il faudra s’assurer que la direction générale de la société aille dans le sens du communisme. Sinon, ce sera inévitablement le retour en arrière et la restauration du capitalisme, comme on l’a vu en URSS et en Chine. Bref, ce sera une bataille constante pour réellement renverser la pyramide sociale, et faire en sorte qu’ultimement, «ceux d’en bas» (c.-à-d. le prolétariat et ses alliéEs) deviennent les véritables maîtres de la société.

Mesures d’ordre économique :

  • Expropriation sans indemnisation de la grande bourgeoisie, notamment des banques, des grandes industries et des réseaux de communication ; nationalisation des richesses immobilières et mobilières, de la terre, du sous-sol et des eaux ; développement de la propriété sociale et collective des principaux moyens de production ; constitution, dans toutes les unités de production, d’une direction qui agira dans l’intérêt général du prolétariat, c.-à-d. dans le but de satisfaire les besoins collectifs et de servir la révolution mondiale ; gestion des entreprises selon un plan national et des plans locaux qui assignent les tâches à accomplir, allouent les ressources et déterminent la destination des produits.

  • Annulation des prêts, des hypothèques et de toutes les dettes envers les banques, l’État et la bourgeoisie impérialiste. Annulation des dettes et crédits contractés auprès d’autres pays. Transformation du patrimoine financier des travailleurs et travailleuses ainsi que de la petite et moyenne bourgeoisie en épargne ne produisant pas d’intérêts, que les titulaires pourront utiliser comme revenu complémentaire ou différé, à pouvoir d’achat constant ; dissolution immédiate des fonds d’investissement et de capital de risque, y compris les anciens fonds gérés par des syndicats ; protection de l’épargne, des pensions et de tout autre moyen de subsistance acquis par les travailleurs et travailleuses.

  • Réalisation du devoir pour tous et toutes d’effectuer un travail socialement utile, sauf ceux et celles reconnuEs inaptes en raison de l’âge, de la maladie ou de l’invalidité ; reconnaissance, collectivisation du travail domestique (cantines, buanderies, entretien domestique, etc.) ; détermination du revenu individuel par le collectif de travailleurs et de travailleuses, en fonction de la quantité et la qualité du travail effectué ; octroi d’une allocation universelle suffisante pour tous ceux et celles qui ne peuvent effectuer un travail socialement utile (enfants, étudiantEs, personnes âgées, inaptes), qui permet notamment aux femmes de s’émanciper des hommes et aux jeunes de ne plus dépendre de leurs parents.

  • Réduction constante et progressive des écarts salariaux jusqu’à leur complète élimination, entre travailleurs et travailleuses manuelLEs et intellectuelLEs, hommes et femmes, dirigeantEs et dirigéEs, entre ceux et celles qui possèdent plus de connaissances ou de qualifications et les autres qui en ont moins, entre villes et campagnes.

  • Rétribution des directeurs, des directrices et de toute personne chargée d’une fonction publique à qui telle responsabilité a été déléguée sur la base du salaire ouvrier moyen, que nous appelons aussi le «maximum communiste» – les locaux, moyens de transport et autres fournitures nécessaires à l’accomplissement des tâches qui ont été confiées demeurant propriété collective.

  • Protection de la propriété individuelle des travailleurs et travailleuses autonomes tout en gardant la propriété collective comme objectif ; soutien à l’application des technologies les plus avancées, les plus sûres, les plus propres et les plus productives ; commandes et fournitures planifiées et assurance des débouchés ; transformation graduelle et volontaire des entreprises individuelles et familiales en coopératives de production et de distribution, puis transformation de ces coopératives en propriété collective.

Mesures d’ordre politique :

  • Participation de tous les dirigeantEs, y compris les dirigeantEs à l’intérieur du parti, aux tâches de base.

  • Formation à la gestion des différents milieux de travail des travailleuses et des travailleurs afin d’assurer le remplacement périodique des dirigeantEs et retour obligatoire de ces dernières et derniers aux tâches de base afin d’éviter le renouvellement de la bourgeoisie via la formation d’expertEs.

  • Formation à la vie politique des éléments les plus avancés parmi les masses afin d’assurer le remplacement périodique des dirigeantEs du parti et retour obligatoire de ces dernières et derniers aux tâches de base afin d’éviter le renouvellement de la bourgeoisie à l’intérieur même du parti.

  • Développement d’échanges économiques avec les autres pays sur la base de l’intérêt réciproque et du respect de l’indépendance mutuelle ; fin immédiate de l’occupation des territoires autochtones ; développement de relations fraternelles avec les autres pays socialistes.

  • Dissolution de l’armée, de la police et de tous les organes répressifs du vieil État bourgeois ; expulsion du territoire canadien des forces armées étrangères, de la police et des espions ; armement général des masses et constitution de milices prolétariennes qui verront à développer leur capacité à assurer elles-mêmes la défense du nouveau pouvoir ; maintien d’une armée rouge permanente chargée d’empêcher la contre-révolution et de défendre le pays contre toute menace étrangère.

  • Annulation de tous les traités militaires, politiques et commerciaux signés par l’ancien régime, y compris ceux qui maintiennent l’oppression des nations autochtones ; expulsion des diplomates, représentantEs officielLEs et agentEs d’autres États qui ne respectent pas les dispositions prises par les autorités révolutionnaires, qui cherchent à influencer les masses et/ou dont la présence n’est plus nécessaire ; soutien actif, politique et matériel, aux organisations révolutionnaires du prolétariat et aux mouvements de libération qui luttent contre la domination impérialiste.

  • Dissolution des organes de l’administration publique de la bourgeoisie (gouvernements fédéral et provinciaux, conseils de bande autochtones, conseils municipaux, organismes chargés de gérer les écoles et le système de santé, etc.).

  • À tous les niveaux (central, national, provincial, régional, local…), remise du pouvoir aux mains d’un conseil révolutionnaire unique composé de déléguéEs éluEs et révocables en tout temps par ceux et celles qui les ont éluEs et assurant une représentation équitable entre hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, militantEs avec et sans parti, etc ; ont le droit de vote les prolétaires ainsi que tous ceux et celles qui participent à la construction du socialisme.

  • Dissolution des associations professionnelles et des organisations de la bourgeoisie (chambres de commerce, Conseil du patronat, etc.) ; abolition des droits politiques et civils des membres de la grande bourgeoisie impérialiste ; obligation pour tous les autres bourgeois de se soumettre au collectif des travailleurs et des travailleuses sous peine de se voir retirer tels droits ; répression de toute tentative de la bourgeoisie de restaurer son pouvoir et ses privilèges, d’user de son autorité morale et de ses moyens pour influencer les masses et la vie sociale.

  • Élection et révocabilité des officières et officiers de justice, des fonctionnaires de l’administration publique, des dirigeantEs des forces armées et des milices.

  • Égalité absolue des langues et des nations ; reconnaissance du droit à l’autodétermination pour les nations opprimées ; interdiction de toute discrimination basée sur la langue parlée, la connaissance d’une langue, l’appartenance nationale ou l’origine ethnique ; respect des droits des minorités nationales et des groupes minoritaires, y compris le droit à l’éducation et la préservation de leur culture.

Mesures d’ordre social :

  • Réduction et limitation de la durée de la journée de travail ; interdiction du temps supplémentaire obligatoire et du travail de nuit contraint, sauf dans les cas où cela est absolument indispensable ; limitation de la période pendant laquelle une personne pourra être employée à des travaux nocifs et difficiles, et rotation des tâches planifiée en conséquence.

  • Valorisation du travail volontaire, au-delà du travail obligatoire ; au fur et à mesure que la production croît et que la situation le permet, implantation et généralisation, autant que possible, de la répartition «à chacunE selon ses besoins» plutôt que selon son travail ; transformation progressive de toute activité sociale en travail volontaire permettant la libre expression de la créativité et l’émancipation de chaque individuE ; réduction du travail obligatoire jusqu’à sa complète élimination.

  • Reconnaissance du droit de grève et de s’organiser, de la liberté de manifester pour les couches prolétariennes, comme moyen privilégié d’affirmer leur dissidence.

  • Nationalisation du patrimoine immobilier urbain appartenant aux capitalistes ; attribution collective du logement pour répondre aux besoins des masses prolétariennes ; amélioration collective de la salubrité et de la qualité du logement ; utilisation sécuritaire et gratuite des réseaux domestiques (électricité, gaz, aqueducs) ; mise à la disposition de l’espace et du patrimoine immobilier pour les activités sociales et communautaires.

  • Organisation générale des masses et prise en charge directe par leurs organisations des tâches de gestion d’un nombre croissant d’aspects de la vie : économie, culture, santé, éducation, administration de la justice, ordre public, défense du territoire, lutte contre la contre-révolution, organisation des milices prolétariennes, etc.

  • Généralisation des congés parentaux et des congés payés pour le soin des enfants ; protection physique et morale des femmes enceintes pendant toute la durée de la grossesse et la période qui suit l’accouchement ; droit à l’avortement et à la contraception libres et gratuits ; mise en place de garderies gratuites dans toutes les entreprises et les quartiers.

  • Reconnaissance et éducation quant au fait que le soin et l’éducation des enfants sont la responsabilité de toute la collectivité et qu’ils concernent donc également les unités de travail, l’administration publique et les organisations de masse ; mise en place de mesures qui aideront les jeunes à rompre leur dépendance par rapport à leur famille immédiate et qui favoriseront leur plein épanouissement ainsi que leur sécurité affective ; participation des jeunes au travail productif, dans la mesure de leurs capacités, afin de les aider à acquérir l’expérience, la connaissance et les relations sociales qui leur permettront de s’émanciper.

  • Mobilisation de masse pour lutter contre l’exploitation et la violence faites aux femmes et aux enfants et contre la soumission des femmes envers les hommes ; lancement de campagnes politiques fréquentes et généralisées contre les valeurs sexistes traditionnelles et pour valoriser la participation des femmes à tous les aspects de la vie sociale ; neutralisation des éléments réactionnaires qui agissent à l’encontre de la pleine émancipation des femmes ; rééducation et punition des violeurs, des incestueux, des pédophiles, des exploiteurs sexuels et des récidivistes.

  • Abolition et interdiction de toute forme de discrimination raciale : au travail, dans le logement, dans l’accès aux services publics, etc. ; octroi de droits égaux à tousTES les travailleursSES ; dissolution des organisations racistes et suprémacistes ; valorisation des échanges culturels entre prolétaires de différentes nationalités ; ouverture des frontières aux travailleurs et travailleuses venuEs de l’étranger.

  • Lutte conséquente contre l’homophobie et contre toute forme de discrimination à l’endroit des gais et lesbiennes.

  • Reconnaissance du droit pour tous et toutes à la santé et aux services sociaux ; accès gratuit aux hôpitaux, aux centres de santé et aux soins reconnus ; instruction sanitaire universelle et développement de la lutte contre la propriété privée de la médecine.

  • Nomination d’inspecteurs et inspectrices du travail éluEs et révocables ayant l’autorité d’intervenir et de prendre toute mesure nécessaire à la protection de l’hygiène, de la sécurité du travail et de l’environnement.

  • Création de bureaux de placement chargés de distribuer la main-d’œuvre de manière rationnelle ; développement de la formation professionnelle dans l’optique de réduire les divisions entre travail manuel et travail intellectuel, entre direction et exécution ; généralisation d’échanges d’expériences inter-entreprises.

  • Répartition équilibrée du développement industriel sur l’ensemble du territoire pour combattre la tendance du capitalisme à la création de mégapoles ; protection du patrimoine naturel ; développement de rapports politiques et économiques égalitaires entre villes et campagnes.

  • Reconnaissance du droit à une vie digne aux personnes âgées, incluant la possibilité de mettre leur expérience au service de la révolution et de la société en général, notamment auprès des jeunes générations.

  • Séparation totale et complète de l’Église et de l’État ; liberté de pratiquer une religion, et propagation par l’État révolutionnaire de la science et de l’athéisme.

  • Disponibilité et liberté d’accès aux services publics, incluant le téléphone, la poste, la radio, l’Internet, les transports publics (y compris les transports interurbains), les musées, etc.

  • Développement du contrôle collectif sur l’environnement et les ressources ; préservation et protection de tout ce qui est nécessaire à la satisfaction des besoins collectifs et à l’avancement vers une société sans classes et la réalisation du communisme sur toute la planète.

  • Mise en place de banques d’outils et de biens collectifs pouvant être utilisés de façon communautaire.

Mesures d’ordre culturel :

  • Instruction générale polytechnique et scientifique gratuite, obligatoire et de base pour touTEs les jeunes ; développement d’un lien étroit entre l’éducation et le travail productif ; démantèlement des universités bourgeoises qui seront transformées en centres de recherche et de développement au service de la révolution, dont l’accès sera gratuit et se fera sur la base de l’origine de classe et de la disposition à servir le peuple et la révolution ; obligation pour les étudiantEs de niveau supérieur de participer au travail productif ; ouverture des écoles aux jeunes en provenance des pays opprimés par l’impérialisme et aux représentantEs des mouvements de libération ; direction des écoles par les conseils révolutionnaires, qui nomment les administrateurs et administratrices et qui peuvent les révoquer.

  • Développement d’une vie culturelle complète et variée qui aide les masses populaires et prolétariennes à comprendre leurs problèmes et le monde dans lequel elles vivent, à trouver des solutions appropriées et à aller de l’avant dans la lutte pour le transformer ; établissement d’un climat qui permette la liberté d’expression et la lutte contre les idées réactionnaires et pour la consolidation du pouvoir prolétarien : «que Cent fleurs s’épanouissent, que Cent écoles rivalisent» ; libre accès à la presse, à la radio, à la télé, aux réseaux informatiques, aux locaux et à tous les moyens nécessaires au développement de la démocratie ouvrière.

  • Valorisation du travail intellectuel au service des masses et de la révolution ; utilisation des connaissances et du patrimoine scientifiques pour améliorer les conditions matérielles, morales et culturelles de chacunE ; abolition de la propriété intellectuelle, des brevets, des droits d’auteur et de la propriété artistique.

Le Parti communiste révolutionnaire mène présentement une large initiative politique de propagande et d’action révolutionnaire parmi les masses appelée «Luttons pour le socialisme et nos revendications». L’objectif est d’introduire massivement dans le prolétariat la conception selon laquelle le socialisme est ce qui totalise l’ensemble des revendications du peuple et que c’est la lutte révolutionnaire pour le pouvoir politique qui permettra ultimement de répondre aux besoins de tous et toutes. La présente série d’articles met en lumière divers aspects du socialisme tel qu’il a existé dans l’histoire et tel qu’il existera au Canada et vise à donner un aperçu de la façon dont le pouvoir des gens ordinairestransformera le monde.

Nous appelons touTEs les révolutionnaires et touTEs les prolétaires en accord avec nos perspectives à entreprendre un processus d’unification avec nous et à se déployer dans l’action afin de mener une grande offensive politique le 1er mai 2019. Cette date doit marquer la commémoration politique du 100e anniversaire de la grève générale de Winnipeg et l’ouverture d’une nouvelle séquence de combats et d’affrontements pour la classe ouvrière !

Source: https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2018/08/09/socialisme-et-pouvoir-ouvrier/

Les formes objectives d’action révolutionnaire

Une introduction à ce que nous entendons par formes objectives d’action révolutionnaire

La notion de formes objectives d’action révolutionnaire découle d’une appréciation matérialiste et politique de l’expérience accumulée historiquement par le mouvement communiste international. La lutte des classes a produit une quantité impressionnante d’expériences militantes, de formes de lutte et de moyens de combattre. En effet, il existe une série de moyens d’action distincts tels que l’agitation, les tracts, les journaux, les graffitis, les noyaux communistes, le sabotage, la lutte de partisans, l’établissement en milieu ouvrier, les grèves, les séquestrations, les insurrections, les barricades, les revues, les conférences, les manifestations, le travail clandestin en tout genre, la lutte armée, la prise du pouvoir, l’armement des masses, ou encore l’organisation du pouvoir politique. Ces différentes formes de lutte composent ce que nous appelons le spectre de l’action révolutionnaire. Elles ont en commun d’être apparues concrètement dans l’histoire de la lutte des classes et de pouvoir être mises en pratique à nouveau dans les conditions qui prévalent aujourd’hui. Autrement dit, elles n’ont pas été inventées abstraitement et ne sont pas figées dans le passé.

Les organisations aspirant à diriger la révolution prolétarienne doivent impérativement chercher à s’approprier cette vaste accumulation d’expérience. Pour ce faire, elles doivent faire l’évaluation politique de chacune de ces formes de lutte et cerner ce qui les rassemble et ce qui les distingue. C’est ainsi que notre organisation en est arrivée à considérer que toutes ces formes de lutte pouvaient être rangées dans quatre grandes catégories (les formes objectives d’action révolutionnaire): la propagande classique, l’action révolutionnaire parmi les masses (ARM), la propagande armée et la guerre populaire prolongée (GPP). C’est aussi de cette manière que notre organisation a adopté son programme et a fixé ses objectifs, lesquels consistent à mettre tout en pratique pour parvenir à renverser la bourgeoisie impérialiste canadienne et son État réactionnaire au moyen de la guerre populaire prolongée. Cet affrontement prolongé doit être précédé d’une période de préparation politique et stratégique permettant de déployer l’ensemble des moyens et des dispositifs nécessaires pour mettre en œuvre des formes d’action révolutionnaire de plus en plus abouties. C’est cette conception organique et totalisante du processus révolutionnaire au Canada ainsi que ses implications pratiques qui ont été au cœur de notre lutte de lignes avec les opportunistes canadiens. Nous dénonçons leur négation de l’ARM au profit d’un travail réformiste et économiste, leur volonté de construire des organisations intermédiaires anti-parti plutôt que des dispositifs adéquats, leur négation du principe selon lequel le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire du parti et non une réaction défensive, leur abandon de notre conception de l’accumulation des forces (résumée dans le slogan «combattre et affronter l’ennemi») au profit d’une orientation révisionniste sur la ligne de masse, ainsi que leur refus de donner au parti les moyens de prendre en charge toutes les formes d’action révolutionnaire. Ces perspectives erronées ont servi à préserver les gains organisationnels opportunistes du parti qui avaient été faits à l’extérieur du Québec et plus particulièrement en Ontario de 2011 à 2017. La progression quantitative de notre parti a inévitablement posé des questions pratiques qui ont été la cause de sa scission en une fraction révolutionnaire et une autre révisionniste. Le mérite de notre conception des formes objectives d’action révolutionnaire et du parti qui se construit en les assumant est d’obliger les opportunistes à se prononcer contre leur prise en charge et ainsi à se démasquer. Les camps se démarquent ainsi: continuer ou s’arrêter en chemin, se préparer à payer le prix de la révolution ou se réfugier dans la légalité bourgeoise et se cacher derrière les formes de pratique qu’elle permet.

La naissance du marxisme et l’action communiste réelle

C’est avec la naissance du marxisme qu’apparaît ce que nous appelons aujourd’hui l’action révolutionnaire. Les nombreux combats politiques de Marx et Engels permettent la fondation du matérialisme historique et du matérialisme dialectique. Leur lutte aboutit aux grandes révélations politiques sur le mode de production capitaliste et aux premières analyses historiques et matérialistes des enjeux de la lutte des classes: l’État et le pouvoir de classe, la lutte politique et les escarmouches économiques, le mouvement associatif et l’action des communistes dans les syndicats, le mouvement ouvrier et les mouvements nationaux, etc. Les combats politiques majeurs liés à l’émergence du marxisme permettent la victoire du socialisme scientifique sur le socialisme utopique, la naissance du mouvement social-démocrate sous le mot d’ordre de la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier, ainsi que les premières grandes percées internationales de la révolution (la Ligue des communistes, l’Association internationale des travailleurs (AIT), la Commune de Paris, la traduction des ouvrages phares en plusieurs langues, etc.).

Lorsqu’on regarde le parcours de Marx et Engels, on constate que c’est dans l’action que le marxisme se constitue. La base matérielle de leur génie est de participer concrètement au mouvement réel contre le capitalisme, de contribuer aux luttes révolutionnaires de leur époque et de s’attaquer aux tâches immédiates qui en découlent. C’est à travers les polémiques qu’ils engagent dans la Gazette Rhénane et dans les Annales franco-allemandes qu’ils s’illustrent pour la première fois grâce à leur clarté de vue. Les années 1840 sont un grand laboratoire politique et philosophique dans lequel se développe le marxisme. À cette époque, les tenantEs du marxisme mènent les premières batailles contre les idéalistes et contre les partisanEs du socialisme utopique. Leurs éclaircissements politiques sont contenus dans le Manifeste du Parti communiste. Cet ouvrage voit le jour à l’occasion d’une des premières tentatives de regroupement politique du prolétariat international. Il est adopté comme document central de la Ligue des communistes, venant conclure du même souffle une série de victoires contre les conceptions utopiques des premiers courants socialistes, lesquelles perdent de l’influence dans les années qui suivent.

À une époque où la consolidation du capitalisme en Europe est encore récente, ce sont les courants utopiques qui représentent les positions dominantes dans le mouvement révolutionnaire. Ce qui caractérise ces premières tendances socialistes est l’adoption d’une position de classe étrangère au prolétariat. En effet, les propositions théoriques des socialistes utopiques reflètent leur propre situation de classe. Ils ne font pas partie du prolétariat (étant artisans, petits-bourgeois, etc.), mais ils entrent tout de même matériellement en confrontation, à des degrés divers, avec les nouveaux rapports de production capitalistes. Les socialistes utopiques formulent et proposent des projets idéaux (coopératives, mutualisme, multiplication de la petite propriété, retour anhistorique à un féodalisme bâtard, etc.) promettant une amélioration de leurs propres conditions matérielles d’existence, mais constituant un cul-de-sac politique pour le prolétariat dont ils nient le rôle central. Le socialisme utopique partage avec un grand nombre de mouvements (politiques, philosophiques, économiques, etc.) et de théories bourgeoises à la mode un grave problème: l’idéalisme. En effet, toutes ces théories refusent, chacune à leur manière, d’appréhender la réalité matérielle et sa transformation. L’idéalisme des courants socialistes utopiques se résume à inventer des mondes imaginaires, coupés de l’expérience et des classes sociales. Le développement des catégories scientifiques du matérialisme historique (mode de production, classes sociales, plus-value, rapports de production, force de travail, infrastructure, superstructure, etc.) est le produit de cette lutte contre l’idéalisme gangrenant le mouvement socialiste de l’époque. Le centre de gravité de ce processus est de comprendre comment réaliser l’acte de transformation de la réalité matérielle. C’est dans cette optique que sont produites les grandes analyses politiques et économiques des années subséquentes.

Il est frappant de constater à quel point les notions de passage à l’acte, d’action réelle et de pratique révolutionnaire sont au cœur des travaux de Marx et Engels dans les années 1840. Dans leur lutte contre les conceptions petites-bourgeoises du socialisme utopique, Marx et Engels défendent que le communisme n’est pas une création abstraite, sur papier, mais repose bien au contraire sur le développement historique de la société et de ses contradictions matérielles: «Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel.» (L’idéologie allemande) C’est dans les conditions existantes que se trouvent les prémisses de la révolution et ses objectifs. Ce faisant, Marx et Engels n’en restent pas à un simple postulat contemplatif et déphasé de l’existence réelle des classes, de leurs luttes et de leur action. Hostiles à tout mécanisme et à tout spontanéisme, ils se prononcent sur la nécessité et sur l’importance de l’action des communistes: «En réalité, pour le matérialiste pratique, c’est-à-dire pour le communiste, il s’agit de révolutionner le monde existant, d’attaquer et de transformer l’état de choses qu’il a trouvé.» C’est en luttant pour développer, conquérir et dominer par l’action subjective le mouvement objectif du développement social qu’on parvient à révolutionner le monde existant. Les révolutionnaires doivent comprendre et maîtriser les moyens d’action permettant d’agir au sein de ce mouvement réel plutôt que d’en rester éloignéEs et spectatrices ou spectateurs.

Critiquant les limites du matérialisme métaphysique pré-marxiste, Marx et Engels situent les sujets politiques (les classes sociales) dans le monde objectif et démontrent que la bourgeoisie et le prolétariat sont en fait des composantes interdépendantes de la même réalité matérielle. «Le principal défaut, jusqu’ici, du matérialisme de tous les philosophes – y compris celui de Feuerbach est que l’objet, la réalité, le monde sensible n’y sont saisis que sous la forme d’objet ou d’intuition, mais non en tant qu’activité humaine concrète, en tant que pratique, de façon non subjective.» (Thèse #1 sur Feuerbach) Selon les matérialistes mécaniques, la réalité objective est un objet fixe et immuable. Au contraire, selon Marx et Engels, elle est constamment en mouvement et se transforme sous les flux et les reflux de la lutte des classes. Les métaphysiciens, quant à eux, ne conçoivent pas qu’il est possible de modifier cette réalité objective.Aussi, ils nient l’importance stratégique de l’action humaine dans le mouvement réel, c’est-à-dire l’importance d’un parti communiste et de son action révolutionnaire pour diriger le processus de transformation sociale.

Développant une théorie de la connaissance, le marxisme naissant postule que c’est la pratique qui constitue le critère de la vérité. «La question de savoir s’il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n’est pas une question théorique, mais une question pratique. C’est dans la pratique qu’il faut que l’homme prouve la vérité, c’est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps.» (Thèse #2 sur Feuerbach) Il est anti-matérialiste de percevoir la connaissance de la réalité en dehors de l’acte de transformation. C’est par la maîtrise scientifique de l’action révolutionnaire déployée pour transformer la société qu’on valide les analyses de la réalité. C’est en cela qu’on peut dire que le marxisme est une science de la révolution. «Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer.» (Thèse #11 sur Feuerbach)

Si l’important est de transformer le monde et non seulement de l’interpréter, encore faut-il rompre avec une autre forme d’idéalisme. On ne transforme pas la réalité avec des idées, des spéculations intellectuelles et des projets imaginaires: on la transforme avec l’action communiste réelle. Afin de déterminer comment mener cette action, Marx et Engels développent leur compréhension des éléments constitutifs de la lutte des classes: le prolétariat comme sujet révolutionnaire, l’importance de saisir le pouvoir pour transformer la société, les objectifs politiques du mouvement ouvrier, etc. «Pour abolir l’idée de la propriété privée, le communisme pensé suffit entièrement. Pour abolir la propriété privée réelle, il faut une action communiste réelle.» (Manuscrits de 1844)

Les formes objectives d’action révolutionnaire regroupent l’ensemble des formes de lutte produites par l’histoire

Faire la révolution est un processus conscient et scientifique

La révolution est une lutte entre la préparation et le hasard, entre le contrôle et le chaos. La révolution prolétarienne est la révolution la plus consciente d’elle-même, celle qui doit laisser le moins de place à l’aléatoire. En tant que maoïstes visant à déployer une action communiste réelle, nous accordons une grande importance aux notions de maîtrise, de conscience, d’acquisition de capacités, de reproductibilité, d’accumulation d’expérience et de progression scientifiquement contrôlée.

Le marxisme est avant tout une science de la révolution: il vise à accumuler des connaissances sur les lois objectives du développement des révolutions et donc à développer une juste compréhension de la manière dont l’action révolutionnaire doit être menée. En ce sens, les communistes cherchent à maîtriser leur propre expérience en acquérant la capacité à évaluer politiquement et scientifiquement de quelle manière intervenir dans la classe ouvrière, disposer leurs forces, se développer et construire un parti révolutionnaire d’avant-garde apte à formuler une stratégie, à élaborer des tactiques et à les mettre en œuvre. Le marxisme, en tant que science de la révolution, vise à maîtriser l’acte de transformation matérielle de la société.

L’action révolutionnaire est l’élément central de l’expérience révolutionnaire qu’un parti communiste tend à scientifiquement maîtriser. Trop souvent, le caractère scientifique du marxisme est réduit à une simple et banale analyse de la réalité objective. Par exemple, les phénomènes sociaux sont quantifiés et qualifiés, et ce, comme s’il était possible d’y parvenir tout en étant coupéEs de la pratique sociale. Une rupture entre la théorie et la pratique s’opère lorsque le marxisme est confiné dans une approche purement contemplative et intellectuelle. Pourtant, l’ensemble des analyses de la réalité matérielle doivent servir à comprendre les objectifs concrets d’une révolution, à se repérer, à faire des choix, à déterminer comment agir pour transformer la société, à progresser consciemment et à parvenir à la guerre populaire. Tout l’arsenal pratique et toute la richesse théorique du maoïsme disparaissent dès qu’ils sont séparés de l’action révolutionnaire. Il ne s’agit pas de réduire l’importance de l’économie politique ou des grandes analyses, mais de les situer correctement dans leur rapport à la pratique révolutionnaire.

Dans l’ouvrage Que faire? de Lénine et dans la progression politique vers le deuxième congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) se trouve quelque chose d’éminemment révolutionnaire, quelque chose de maîtrisé scientifiquement. Les thèses avancées dans ce livre ne sont pas simplement des analyses de la situation politique (l’histoire des grèves en Russie, la notion historique de fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier, les conditions d’existence matérielle du prolétariat et leur impact sur sa conscience de classe, le localisme artisanal et l’esprit de cercle des social-démocrates russes). Surtout, elles tiennent compte de ces éléments d’analyse pour définir la manière d’agir en tant que parti révolutionnaire. C’est parce qu’elles reposent sur une méthode scientifique qu’elles sont justes. La lutte contre les économistes découle d’une appréciation politique et scientifique de la façon d’intervenir dans la lutte des masses afin de progresser vers la prise du pouvoir. De la même façon, l’évaluation scientifique de l’ensemble des caractéristiques et des limitations du mouvement révolutionnaire russe conduit au lancement d’un journal politique bolchévique pour toute la Russie. S’en dégagent les notions d’organisateur collectif et de direction idéologique, notions dont nous nous servons encore aujourd’hui. Une telle maîtrise consciente de l’action révolutionnaire implique de nommer les formes embryonnaires de travail politique, de se doter d’un langage commun: tactique, agitation, propagande, tract, meeting, cercle, antenne, ou encore, parti, front uni, soviet, armée rouge, prise du pouvoir, dictature du prolétariat. Ces mots réfèrent à des réalités objectives que les communistes doivent comprendre pour réussir à maîtriser scientifiquement et totaliser l’expérience indirecte du prolétariat international.

Distinguer les formes objectives d’action révolutionnaire

Dans différents milieux, à différentes époques et dans différentes situations, certaines formes de lutte apparaissent et disparaissent, se répètent, se modifient, passent de secondaires à principales, atteignent des niveaux historiques jamais vus, se complètent les unes les autres et enclenchent des tentatives de montée vers le pouvoir. Elles sont mises au monde par le développement objectif de la lutte du prolétariat pour son émancipation. Elles sont constituantes de son expérience, de ses acquis et de son patrimoine. Elles représentent, un peu comme les développements techniques dans la production et dans le procès de travail de la société, des outils potentiels, maîtrisables et dont l’usage est reproductible. Elles composent aujourd’hui l’ensemble objectif de la pratique révolutionnaire historique du prolétariat international. Pensons aux premiers sabotages, aux grèves, aux négociations et à l’ensemble des combats menés par la classe ouvrière naissante. Pensons à la transformation des grèves économiques en grèves politiques, aux premières manifestations, aux barricades et aux combats de rue. Pensons aux premières formes de regroupements de partisanEs, aux vols de banques, au terrorisme politique et à la destruction d’infrastructures importantes pour la bourgeoisie. Pensons aux occupations, aux séquestrations et à la reprise en main de forces productives abandonnées par la bourgeoisie. Pensons aux graffitis, aux journaux, aux tracts illégaux, à l’agitation publique, à l’appel à la grève et à l’agitation en manifestation. Pensons à la création de faux passeports, au réseautage clandestin et à la détection de mouchards. Pensons aux premières formes de guerre civile, à l’art de l’insurrection, à la guerre de mouvement, à la guerre de guérilla et à la guerre de position. Et plus encore!

Ces formes se développent à partir de toutes les grandes expériences de notre mouvement, qu’il s’agisse des premières escarmouches du mouvement ouvrier, du mouvement associatif et des trade-unions, des révolutions européennes de 1848 à 1850, des barricades au XIXe siècle, de la Commune de Paris, des grèves économiques et politiques en Europe, de la Révolution de 1905 en Russie, de l’insurrection d’Octobre 1917, de la guerre civile en Russie, des insurrections urbaines en Allemagne, en Hongrie et en Italie, ou encore, de la construction du socialisme en URSS, du travail du Komintern, de la naissance d’un véritable essaim de partis communistes sur la Terre entière, de la lutte contre le fascisme, de la guerre populaire en Chine, des fronts unis en Amérique et en Europe, des guerres de libération nationale, de la Grande Révolution culturelle prolétarienne, des combats anti-révisionnistes et de la pratique combattante des organisations communistes dans les pays impérialistes. Et plus encore! Toutes ces expériences témoignent de l’audace et du génie contenus dans les nouvelles propositions émergeant de la lutte des masses. Ces propositions sont systématisées et dirigées par les plus grandes avant-gardes de notre classe.

Parmi toutes ces formes de lutte, certaines se distinguent grandement les unes des autres alors que d’autres sont suffisamment semblables pour qu’il soit possible de les mettre dans une seule et même catégorie. Aujourd’hui, afin de se repérer dans ce vaste ensemble, il est nécessaire de bien comprendre la conception matérialiste des catégories fondamentales. Pour les matérialistes, les catégories ne sont pas un produit de l’esprit: elles existent objectivement peu importe la façon dont elles sont appréciées subjectivement. Aussi, certaines sont plus englobantes que d’autres. Par exemple, Lénine caractérise l’histoire de toute la philosophie comme étant une lutte entre le matérialisme et l’idéalisme, les deux catégories les plus hautes et les plus totalisantes de ce domaine. L’ensemble des formes de lutte contenues dans l’expérience révolutionnaire accumulée jusqu’à maintenant se rapportent à l’une ou l’autre des catégories que nous désignons comme des formes objectives d’action révolutionnaire. Bien entendu, celles-ci se manifestent différemment selon le contexte (par exemple, la propagande des communistes en Chine n’est pas la même que celle des communistes en Russie, l’ARM de la 3e Internationale est différente de celle des bolcheviks, la GPP au Pérou est différente de celle en Inde). Elles abritent un bon nombre de sous-moyens et de sous-actions. Reliées entre elles, elles ont des objectifs communs (unir le prolétariat, prendre le pouvoir politique, transformer la réalité), mais prises séparément, elles ne partagent pas les mêmes objectifs stratégiques spécifiques.

Les quatre formes objectives d’action révolutionnaire

1 La propagande classique

La propagande est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des moyens qui propagent, synthétisent et exposent intelligiblement des idées et des perspectives. Elle provoque l’adhésion à une ligne politique, c’est-à-dire à une conception révolutionnaire du monde. Elle fait des révélations politiques aux masses sur le capitalisme et sur la révolution. La propagande permet à un parti de s’unir, de formuler un programme et de développer sa direction politique et idéologique. Elle permet, entre autres, de prendre en charge la direction des idées, de ce que l’on pense, des points de vue adoptés, des analyses défendues, du langage accepté et du regard porté sur notre propre action. Elle aide à la métabolisation des problèmes vivants et complexes de la lutte des classes, de la construction du parti, de la guerre populaire et de la prise du pouvoir. Elle génère l’action révolutionnaire, pérennise les acquis politiques, produit l’adhésion et crée le milieu politique permettant l’action unifiée. On retrouve, objectivées par les différentes expériences historiques de propagande classique, les notions d’organisateur collectif, d’organe central, de révélation politique, de démarcation, de cohésion idéologique, d’unification des forces subjectives de la révolution, de direction idéologique, de lutte théorique, d’appels généraux, de dialogue dans la lutte des classes, de transmission aux masses, d’initiative politico-idéologique et de métabolisation des questions de la lutte des classes. En bref, la propagande est le ciment politique de l’activité révolutionnaire. Elle prend différentes formes, vise à produire différents effets et reçoit différents qualificatifs au fil de l’histoire du mouvement communiste. On peut compter parmi les formes historiques qui relèvent de la propagande dite classique le journal, le programme, la polémique, le tract, le livre, le discours, l’exposé, le dessin, l’affiche, le cinéma, la chanson, etc. C’est selon l’époque dans laquelle se trouve le processus révolutionnaire qu’on détermine la manière spécifique de propager les mots d’ordre et les analyses du parti dans les masses.

Comme c’est le cas pour bon nombre d’organisations, la propagande est le premier centre de gravité de la lutte autour duquel s’est construit et continue de se construire notre parti. La capacité de la propagande à générer les autres formes objectives d’action révolutionnaire doit atteindre son point culminant avec la réalisation dans la pratique de l’initiative idéologico-politique du parti, laquelle sert à préparer et à soutenir la proposition de montée vers le pouvoir que l’avant-garde soumet au peuple avec le déclenchement de la guerre populaire. Cette initiative doit susciter une discussion permanente et rigoureuse entre l’avant-garde et le prolétariat sur les formes et les caractéristiques du nouveau pouvoir populaire en émergence. Ce grand dialogue doit viser à gagner progressivement de nouvelles couches du prolétariat pour soutenir la progression générale de la révolution.

2 L’action révolutionnaire parmi les masses

L’action révolutionnaire parmi les masses est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des moyens employés par les organisateurs et les organisatrices maoïstes agissant au sein des masses pour les entraîner à l’action. Elle vise à développer des liens révolutionnaires vivants et durables entre l’avant-garde et le prolétariat, à élever les capacités et la conscience de classe de ce dernier et à le faire participer activement à la lutte révolutionnaire. Cette présence agissante n’est pas qu’une simple présence reflet: c’est l’intervention consciente du parti dans le mouvement réel, intervention qui, à travers un discours et des actes bien démarqués, entraîne le prolétariat à participer massivement au processus révolutionnaire et à entrer en confrontation avec la bourgeoisie et son État. L’action révolutionnaire parmi les masses est l’intervention des communistes qui fait exister le parti quotidiennement dans la lutte des classes et qui transforme les luttes revendicatives en lutte politique pour le pouvoir prolétarien. En somme, l’action révolutionnaire parmi les masses vise à produire l’action révolutionnaire des masses. Nous rangeons donc dans cette catégorie l’ensemble des formes de lutte et des moyens de combat utilisés par le prolétariat international pour résister au capitalisme, qu’il s’agisse des grèves, du sabotage, des barricades, des manifestations, des occupations, etc. Ici, la tâche des révolutionnaires est de systématiser les nouvelles formes de lutte des masses, tout comme d’utiliser le patrimoine de formes de lutte déjà accumulées. C’est l’action révolutionnaire des masses qui est la source inépuisable de nouvelles formes de lutte et de nouveaux moyens de combattre.

Un parti ayant une pratique d’action révolutionnaire parmi les masses n’est pas un groupe isolé et inexistant dans la réalité politique concrète de la lutte des classes. Il est actif, omniprésent et au cœur de l’action des masses. En développant sa participation aux luttes et sa capacité à diriger les masses, il fait fusionner son expérience directe avec l’expérience directe du prolétariat dans la lutte pour le pouvoir politique, les rendant organiques et inséparables. Une organisation assumant l’ARM est une organisation qui assume son rôle d’avant-garde en introduisant en permanence dans les combats spontanés des travailleurs et des travailleuses une conception révolutionnaire du monde.

On retrouve, objectivées par les différentes expériences historiques d’ARM, les notions de liaison avec les masses, d’agitation, d’entraînement à l’action, de participation des masses, de travail du parti dans les masses, de secteurs d’intervention, de tactiques, de méthodes de travail, de liaisons permanentes, d’actions à l’intérieur du mouvement, d’actions à l’extérieur du mouvement, d’actions ponctuelles, de noyaux communistes, d’établissement en milieu ouvrier, d’actions révolutionnaires des masses, de systématisation des moyens de combats développés par les masses, de manifestations physiques du pouvoir des masses, d’affrontement de l’ennemi, de provocation de l’adhésion par l’action et de révélation politique par l’action.

L’histoire du mouvement communiste recèle de multiples façons de mener l’ARM, qu’il faut étudier et dont il faut tirer des enseignements. L’histoire nous apprend aussi qu’il n’existe pas de parti communiste qui n’ait pas une pratique généralisée d’action révolutionnaire parmi les masses.

◆ L’action révolutionnaire parmi les masses pour opérer la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier dans la deuxième moitié du XIXe siècle

Au XIXe siècle, les partisanEs du socialisme scientifique et les partis ouvriers naissants mènent une lutte implacable pour rompre avec le parallélisme qui les place à l’extérieur du mouvement ouvrier. Ils et elles luttent pour la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier. Ils et elles mènent un travail systématique et résolu pour aller à la rencontre de la classe ouvrière et pour l’organiser. En participant activement aux mouvements des ouvrières et ouvriers et en y introduisant des perspectives encore extérieures à ses objectifs immédiats, ils et elles font une des premières expériences majeures d’action révolutionnaire parmi les masses. Le mouvement ouvrier commence alors à maîtriser la question du pouvoir politique et de l’organisation en parti.

◆ La lutte contre l’économisme ainsi que les méthodes multiformes d’agitation et d’entraînement à l’action des bolcheviks

Les bolcheviks sont exemplaires dans leur capacité à entraîner les masses à l’action. Les méthodes multiformes d’agitation utilisées par le POSDR lui permettent de se lier avec les masses de diverses manières. On peut penser aux tracts illégaux, à l’agitation publique, à l’action politique spectaculaire en usine, aux actions ponctuelles dans la vie quotidienne des masses, à la direction pratique de manifestations massives et combatives, à la création de groupes de combat, à la prise en charge d’une multitude de grèves politiques, etc. Les bolcheviks sont de tous les combats et s’inscrivent organiquement dans la lutte du peuple contre le tsarisme.

La lutte contre l’économisme et l’opportunisme constitue l’une de leurs premières grandes écoles pour maîtriser les objectifs de leur action au sein des masses. Ils et elles parviennent à établir la liaison adéquate entre la lutte politique, le mouvement revendicatif spontané, l’intervention de l’avant-garde et l’entraînement à l’action. Ils et elles développent les notions de révélations politiques sur la conquête du pouvoir politique et d’entraînement des masses à l’action révolutionnaire. À l’époque de la Russie tsariste, il n’est pas possible d’agiter et d’entraîner les masses à l’action révolutionnaire sans assumer les confrontations et les contrecoups qui s’en suivent, sans payer de sa personne. Les bolcheviks n’ont d’autres choix que d’être conséquentEs, car les masses répondent activement à leurs appels (par exemple, résister au tsarisme et aux Cent-Noirs).

◆ Les noyaux communistes dans les syndicats de la 3e Internationale

Devant les défis posés par le développement la révolution mondiale, la 3e Internationale communiste élabore des thèses sur comment se lier aux masses dans la conjoncture mondiale suivant la révolution de 1917. Les conditions prévalant au début des années 1920 sont celles de la reprise en main et de la consolidation du capitalisme partout dans le monde. Le contexte des démocraties bourgeoises naissantes n’est alors plus le même que celui de la Russie autocratique où l’activité révolutionnaire des masses a connu des périodes fécondes. Les partis de la 3e Internationale adoptent une tactique spécifique d’ARM en consacrant une grande part de l’activité révolutionnaire à la création de noyaux communistes dans les organisations réelles et en particulier dans les syndicats existants. Cette méthode de travail est jugée nécessaire en raison des nouveaux centres de gravité de la lutte et de la nouvelle situation concrète. L’action s’inscrit dans la durée et à l’intérieur du mouvement ouvrier. Les révolutionnaires cherchent à se préserver plutôt qu’à entraîner immédiatement à l’action, et ce, afin de donner des assises solides et des ancrages partout dans la classe aux partis communistes naissants. Bref, on mise sur la construction d’une liaison permanente.

◆ Le travail du parti dans les masses pour construire le nouveau pouvoir durant la guerre populaire en Chine

La guerre populaire prolongée en Chine fait émerger une pratique bien précise d’ARM visant à développer le nouveau pouvoir au sein des masses. Cette pratique, caractérisée par l’idée de servir le peuple, est cruciale dans un contexte où il est particulièrement important de se démarquer politiquement étant donné que la lutte armée est aussi utilisée par des organisations réactionnaires (les seigneurs de guerre et le Kuomintang). Surtout, cette pratique est nécessaire au Parti communiste chinois (PCC) pour ravitailler et préserver les forces armées. Par ailleurs, la révolution chinoise implique la construction du nouveau pouvoir qui exige un travail minutieux et permanent de liaison avec les masses pour les amener à le reconnaître, à y participer et à mener le processus de transformation sociale.

Cette pratique historique d’ARM, dans le cadre de la guerre populaire en Chine, est généralement qualifiée de travail du parti dans les masses. Celui-ci prend des formes variées. Il permet aux militantEs du parti de comprendre la vie quotidienne des masses, d’y intervenir correctement, d’entrer en contact avec la population, d’apprendre à solutionner politiquement les problèmes vivants de la société, de cartographier un territoire, d’enquêter sur un milieu pour en comprendre les dynamiques, d’entreprendre des actions politiques offensives, d’unir les masses autour du parti et d’isoler ses ennemis. Parmi les moyens utilisés, on compte les éclaireurEs, les agitateurs et agitatrices publiques, les représentantEs, etc. L’ARM pendant la guerre populaire permet au PCC de lancer massivement la paysannerie dans l’action révolutionnaire, de développer la production et l’économie politique de la guerre populaire, de recruter durablement des forces pour l’armée rouge ainsi que de préserver les forces combattantes.

◆ Les formes d’ARM nouvelles et originales permettant de rompre en pratique avec le révisionnisme à partir des années 1960 en Europe

Dans les années 1960 en Europe, les nouvelles organisations communistes qui émergent sont placées devant la nécessité de reconstruire le camp de la révolution. C’est alors qu’un nouveau type d’ARM se développe. La forte concurrence des organisations révisionnistes, la confusion que leur propagande génère et leur trahison historique obligent les révolutionnaires à redonner confiance au prolétariat et à rompre en pratique avec le révisionnisme. En effet, de grands et forts partis communistes abandonnent dans les faits la voie révolutionnaire tout en continuant de se dire révolutionnaires. Se démarquer du révisionnisme en paroles ne suffit donc pas: il faut le démontrer dans la pratique. Dans les pays impérialistes, le travail en usine est éprouvant, la classe ouvrière est devenue massive et les luttes sont retentissantes. Plus que jamais, l’ARM doit chercher à bâtir une direction politique accueillie et reconnue par les masses. Pour y parvenir, il faut nécessairement agir en conséquence.

La pratique révolutionnaire prend alors des formes inédites, solides politiquement et offensives. Les militantEs réactualisent l’expérience des bolcheviks en payant de leur personne. Les grèves sauvages, les commandos contre les contremaîtres, les coups d’éclat dans les usines, les manifestations disciplinées et combattantes, les auto-réductions, les occupations d’usine, les séquestrations de patrons, les actions avec les masses pour soutenir les grèves ou encore les occupations prolongées de zones urbaines après des manifestations constituent autant d’exemples de ces nouvelles pratiques. Ces formes de lutte sont soutenues par un travail de liaison vivant et permanent avec la classe ouvrière. Est mise en œuvre la tactique d’établissement en usines et d’enquête ouvrière, laquelle constitue alors une nouvelle version de la tactique des noyaux communistes.

◆ L’ARM pour gagner la participation massive du peuple dans la guerre populaire au Vietnam

L’impressionnante ARM déployée pendant la guerre populaire au Vietnam permet d’organiser un pan important du peuple. L’ampleur des capacités gagnées par le camp révolutionnaire est illustrée par de nombreux exemples. Pensons à la défense héroïque de Hanoï au début de la guerre contre l’impérialisme français, aux batailles victorieuses comme celle de Diên Biên Phu – laquelle est rendue possible grâce au travail acharné des masses pour préparer et dominer l’affrontement –, à l’ingénieuse construction de la route Ho Chi Minh, ou encore, à la participation massive du peuple dans la lutte de longue durée contre l’impérialisme américain. Les communistes vietnamienNEs mettent en place des outils et des formes organisationnelles (le front uni, les milices populaires, les groupes d’auto-défense) pour faire basculer massivement le peuple dans la guerre populaire.

◆ L’ARM du Parti communiste du Pérou (PCP) et la notion d’organisateurs et d’organisatrices maoïstes et de militantEs polyvalentEs

Le PCP développe un impressionnant dispositif d’organisateurs et d’organisatrices maoïstes au sein des masses. Il les forme comme des militantEs polyvalentEs, c’est-à-dire des militantEs qui assurent une présence agissante permanente au sein du peuple péruvien tout en s’inscrivant dans le processus de construction concentrique du parti. Il cible des dirigeantEs spontanéEs et les rallie au maoïsme pour mieux faire basculer des sections importantes du peuple dans le camp de la révolution. Les organisateurs et organisatrices maoïstes péruvienNEs démontrent une capacité supérieure à créer des points de contact et à entraîner durablement les masses à l’action révolutionnaire, tout en relevant les défis de la défense territoriale et de la lutte armée. Cette pratique d’ARM permet au nouveau pouvoir de se développer à mesure que la guerre populaire progresse.

3 La propagande armée

La propagande armée est la forme objective d’action révolutionnaire qui regroupe l’ensemble des moyens armés employés avant la guerre populaire et contribuant à sa préparation politique. Elle est dirigée contre des biens, des instances, des appareils organisés, des moyens et des dispositifs de la bourgeoisie pour occasionner leur destruction partielle ou totale. Surtout, elle sert de support ou de véhicule au discours révolutionnaire dans la lutte des classes. Elle élargit la portée de la propagande révolutionnaire en s’adressant, avec une ampleur inatteignable autrement, à l’ensemble de la société, à la nation entière. Son message est compréhensible pour toutes les couches du peuple. Elle éduque toutes les classes quant aux contradictions et aux enjeux politiques dans la société. La propagande armée stimule la conscience de classe des prolétaires. Elle valide matériellement la possibilité pour le peuple de remporter des victoires. Elle a comme objectif de libérer l’expression et l’activité politiques des communistes. La propagande armée a principalement une fonction politique dans la lutte des classes. Le contenu de ce qu’elle propage est plus important que le moyen dont elle se sert. Elle est la forme supérieure et nécessaire de la propagande. Elle a le potentiel de parler aux masses mieux qu’un million de tracts. Elle révèle au grand jour où campent toutes les forces politiques. Elle donne confiance au prolétariat en même temps de redonner de la mobilité aux forces révolutionnaires dans des conjonctures où tout est figé.

On retrouve diverses expériences de propagande armée dans les pays impérialistes (Brigades rouges, Cellules communistes combattantes, Front de libération du Québec, Parti communiste espagnol [reconstitué], Fraction armée rouge, etc.) de même que dans les pays dominés (les actions servant à préparer politiquement la guerre de résistance au Vietnam, la pratique des Tupamaros en Uruguay, etc.). La propagande armée inclut également de multiples expériences embryonnaires et spontanées au sein des masses, expériences consistant à attaquer des représentations politiques de l’ennemi de classe à l’aide de moyens armés.

Aujourd’hui, dans un pays comme le Canada, dénoncer la démocratie bourgeoise doit être le but principal des actions de propagande armée. La révéler politiquement au moyen de la propagande classique est devenu insuffisant alors qu’à l’époque de l’autocratie – où les droits démocratiques étaient inexistants et où régnait la répression ouverte –, la forme journalistique pouvait suffire. Les démocraties bourgeoises de notre époque sont désormais expérimentées et éprouvées. Même si les révélations journalistiques sont encore nécessaires, elles ne peuvent plus, à elles seules, préparer politiquement le terrain de la guerre populaire et amener la lutte des classes à devenir une lutte pour renverser l’État bourgeois. Les moyens employés doivent avoir la puissance nécessaire pour forcer toute la population à se prononcer en faveur ou en défaveur de la prise du pouvoir et de la socialisation des moyens de production.

4 La guerre populaire prolongée

La guerre populaire prolongée est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des guerres du peuple dirigées par le prolétariat et son parti pour vaincre et anéantir la bourgeoisie. Elle fait la synthèse politique de toutes les autres formes d’action révolutionnaire et de toutes les initiatives d’une classe sociale et de son avant-garde. La lutte armée en est la forme d’action principale. Chaque classe fait la guerre à sa façon et donc, le prolétariat a une façon de la faire qui lui est propre. La guerre populaire est une guerre menée politiquement devant permettre d’armer le prolétariat et ses alliéEs, de construire le nouveau pouvoir et simultanément de désarmer et de détruire l’État bourgeois réactionnaire. Il est à noter que le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire amorçant une montée vers le pouvoir. C’est une déclaration consciente qui marque la première grande victoire stratégique contre le spontanéisme et l’aléatoire.

L’action communiste réelle d’aujourd’hui: la prise en charge des quatre formes objectives d’action révolutionnaire

Au XXIe siècle, les partis communistes doivent impérativement tenter de maîtriser les quatre formes objectives d’action révolutionnaire. Qu’une organisation ou qu’un parti les assume ou les nie, les prenne en charge ou les néglige, elles existent en tant que formes historiques objectivées par l’expérience du prolétariat international. Assumées et prises en charge, ce sont autant de possibilités et de capacités pour la révolution. Niées et négligées, ce sont autant de capacités d’initiative et de résistance laissées à la bourgeoisie et à ses alliés politiques. Une grande partie du succès de la construction et de la progression stratégique d’un parti révolutionnaire au XXIe siècle réside dans la capacité à proposer pour chacune de ces formes des objectifs adéquats, fondés matériellement et politiquement, ni trop téméraires ou irraisonnés, ni trop faibles ou conciliants.

Avoir une compréhension juste des formes objectives et historiques est tout spécialement important pour les communistes des pays impérialistes, car la force historique du révisionnisme et de la démocratie bourgeoise nous a renduEs aveugles devant l’expérience révolutionnaire que notre mouvement a accumulée. Il existe, même en milieux urbains, un grand nombre d’expériences d’action révolutionnaire parmi les masses combatives et de haut niveau. Elles sont pourtant outrageusement rejetées du revers de la main et décriées comme de l’aventurisme, de l’opportunisme de gauche et du volontarisme par des intellectuels petits-bourgeois. En réalité, ceux-ci ne cherchent qu’à cacher leur propre opportunisme. Plus particulièrement, ici, les opportunistes canadiens font des bilans sclérosés de l’expérience communiste. Leur incapacité à différencier l’action révolutionnaire parmi les masses du travail réformiste et à différencier la propagande armée de la guerre populaire en témoigne. Il en va de même pour les partisanEs du RCP-USA, qui, à l’époque, refusent d’envisager toutes formes d’action sortant du cadre restreint de la lutte idéologique et enferment le progrès révolutionnaire dans un étapisme métaphysique.

Les révolutionnaires doivent tirer des leçons de la pratique combattante et de la guerre de partisans chez les bolcheviks en Russie, de la guérilla urbaine des partis communistes européens durant la Seconde Guerre mondiale, de la liaison originale avec les masses et des actions offensives de l’organisation Gauche prolétarienne en France, des actions armées menées par les Brigades rouges en Italie, de la lutte armée multiforme des communistes chinois, de la propagande armée des felquistes au Québec, ou encore de la militarisation du Parti communiste du Pérou. Il est important de bien comprendre ce qui distingue ces expériences de même que ce qui les relie. Surtout, il importe de mettre en pratique, dans le contexte qui est le nôtre, leurs enseignements. En contrepartie, concevoir ces expériences historiques comme un bloc homogène et nier leurs apports positifs, c’est refuser une grande partie de l’arsenal dont nous avons besoin pour unir notre classe, pour isoler et affaiblir la bourgeoisie ainsi que pour préparer politiquement la guerre populaire. C’est aussi refuser les différentes façons de mener la lutte armée pour désarmer et détruire l’État bourgeois. En somme, c’est se cantonner dans une conception passive et attentiste de la révolution.

Au lieu de chercher à saisir et à prendre en charge les formes objectives de la pratique révolutionnaire, les opportunistes en viennent même à se demander s’il est possible ou politiquement justifié d’utiliser des moyens d’action sortant du cadre bourgeois! Une telle position conduit inévitablement à rejeter indistinctement tout ce qui sort de la légalité bourgeoise, à ne maîtriser aucun moyens illégaux, à refuser tout ce qui dépasse nos capacités immédiates et à se cacher derrière un appui en paroles à la guerre populaire. Il va sans dire qu’aucun parti communiste ne peut espérer prendre le pouvoir sans assumer l’action révolutionnaire parmi les masses et la propagande armée. De la même manière, le camp de la révolution ne peut progresser sans mettre en pratique une conception communiste de la propagande révolutionnaire.

Les distinctions politiques importantes entre le PCR et les opportunistes canadiens

Les opportunistes canadiens entretiennent énormément de confusion sur les formes objectives d’action révolutionnaire. Entre autres, ils critiquent les expériences de propagande armée du mouvement communiste, en particulier celles ayant eu lieu dans les pays impérialistes depuis les années 1970. Ils les rejettent du revers de la main, car ils les considèrent à tort comme de vaines tentatives de déclencher des guerres populaires et non pas pour ce qu’elles ont réellement été. Il s’agit pourtant d’expériences de propagande armée, et ce, même si les organisations ayant mené ces actions ne les concevaient pas forcément ainsi. Le bilan erroné défendu par les opportunistes canadiens sert objectivement à renforcer les conceptions révisionnistes suivantes:

a) L’usage de moyens armés précédant la guerre populaire et servant à la préparer politiquement est écarté;

b) La guerre irrégulière et la lutte armée multiforme au début de la guerre populaire sont effacées – ou du moins leur importance est grandement diminuée – au profit d’actions purement défensives ou d’actions de soutien à des luttes économiques, pouvant en réalité être rangées en grande partie dans l’ARM qui précède la guerre populaire;

c) La défensive stratégique représente la quasi-totalité de la guerre populaire et se trouve confinée dans une période de temps interminable pendant laquelle la lutte armée est pratiquement inexistante (une version déguisée du cul-de-sac insurrectionnel);

d) Une série de préalables stratégiques irréalisables au déclenchement de la guerre populaire est inventée sous prétexte de ne pas répéter les erreurs du passé et au nom de l’impossibilité de déclencher la guerre populaire sans avoir le soutien de la majorité – ou du moins d’une fraction numériquement très importante – du peuple.

Pour notre part, nous évaluons que le défaut principal des expériences de propagande armée des années 1970, c’est qu’elles étaient pensées, par les organisations révolutionnaires qui les ont instiguées, comme des points de rupture historique subjective. Au contraire, nous considérons la propagande armée comme étant simplement une dimension objective de la pratique existant parmi d’autres aspects de la lutte révolutionnaire. La plus grande critique à adresser aux organisations qui ont mené la propagande armée dans les pays impérialistes n’est pas d’avoir tenté ces actions, ce qui est tout à leur honneur, mais de s’être spécialisées à outrance dans une forme particulière de la pratique. Sans le vouloir nécessairement, elles ont restreint de plus en plus le spectre de leur pratique révolutionnaire à cette seule forme d’action au lieu de l’élargir à d’autres dimensions de la lutte.

Nous considérons que pour assumer durablement la propagande armée, il faut avoir la maturité politique suffisante pour la faire résonner conséquemment et quotidiennement dans les masses à l’aide d’autres formes d’action révolutionnaire. C’est l’ensemble des formes utilisées en permanence qui parvient à préparer politiquement la classe ouvrière et ses alliéEs en leur donnant de l’expérience et des forces et en produisant des révélations politiques. C’est ainsi qu’est générée l’adhésion au déclenchement d’une guerre ouverte avec l’État canadien et que sont posées les bases d’une tentative de montée de la classe ouvrière vers le pouvoir. De plus, nous considérons que si la guerre populaire et la propagande armée partagent l’aspect commun d’utiliser des moyens armés, il n’en demeure pas moins qu’elles sont bien différentes dans leurs objectifs. La guerre populaire est une forme d’action caractérisée par l’aspect militaire, devant permettre d’armer le peuple, de désarmer la bourgeoisie, de construire le Nouveau Pouvoir et de détruire l’État réactionnaire capitaliste. La propagande armée est un moyen marqué par l’aspect politique, ne comportant aucune dimension militaire et servant à propager la politique révolutionnaire à l’entièreté du peuple. Elle permet de préparer politiquement la guerre populaire en rendant limpide la réalité de la lutte des classes et en obligeant le positionnement. Elle met à l’ordre du jour la question de la révolution. Elle étend la portée des autres formes d’action révolutionnaire. Assumer politiquement la propagande armée exige d’avoir des perspectives claires et d’avoir commencé à résoudre les problèmes stratégiques et pratiques de la liaison du parti avec les masses.

L’objectif de l’ARM, dans notre conjoncture, est de créer des liens révolutionnaires avec les masses, des liens d’un type nouveau et non simplement copiés sur ceux que le mouvement spontané produit continuellement. Ces liens doivent permettre au parti d’être ancré solidement dans le mouvement ouvrier et dans le prolétariat en général. C’est leur solidité qui permet à terme de mettre en action de larges sections des masses sous les mots d’ordre du parti. Ils font résonner les autres formes d’action du parti au sein des masses. Du déclenchement de la guerre populaire jusqu’à la prise du pouvoir, c’est la force de ces liens dans les grands groupes du prolétariat qui est garante du basculement du peuple dans la guerre populaire.

Les opportunistes canadiens défendent une position contraire qui est de construire des organisations intermédiaires parallèles au mouvement de masse réel, entrant en concurrence avec lui et rajoutant un obstacle de plus entre le parti et le peuple. Pour eux, notre conception des petits mouvements (les dispositifs du parti agissant dans les grands mouvements) est une conception bureaucratique. Selon eux, le fait de dire que le parti doit avoir un contrôle organisationnel sur les dispositifs qu’il met en place équivaut à rejeter la nécessité de développer une direction politique. C’est pourquoi ils défendent l’idée que les organisations mises sur pied par le parti doivent être formellement autonomes. Pourtant, la manière dont le parti se construit doit lui permettre de savoir (au sens d’en avoir la certitude) comment les organisations déployant son ARM réagiront lorsque seront assumées de nouvelles formes d’action (la propagande armée et la guerre populaire). Nous croyons, par exemple, que le Revolutionary Student Movement (RSM) fondé par les opportunistes fera tout en son pouvoir pour se distancier publiquement de ces nouvelles formes d’action. Ainsi, les opportunistes placent devant eux un préalable stratégique supplémentaire qui est de convaincre le RSM d’agir pour supporter ces nouvelles formes d’action, alors que la tâche urgente est de convaincre les larges masses de la nécessité de la révolution.

Pour atteindre cet objectif, le parti doit disposer judicieusement ses forces au sein des grands groupes du prolétariat et des divers mouvements réels, forces sur lesquelles il doit avoir un contrôle centralisé et rapproché. Au contraire, mettre en place une organisation sur laquelle on décide soi-même de ne pas avoir de direction centralisée, c’est choisir de ne pas tenir compte des obstacles réels et concrets qui guetteront les révolutionnaires dans les prochaines années. Ainsi, les opportunistes optent consciemment pour une avenue qui les met à l’abri des problèmes induits par une pratique révolutionnaire conséquente. Les organisations qu’ils construisent sont configurées pour servir de prétexte au rejet de nouvelles formes d’action. Considérant que les simples manifestations combatives que nous menons actuellement sont décriées par les opportunistes comme aventuristes et contre-productives, nous n’osons pas imaginer comment seront qualifiées des formes de combat plus percutantes! Bien entendu, nous reconnaissons la nécessité de la direction politique et de l’influence générale des communistes sur les masses. Nous rejetons, par le fait même, les méthodes de direction bureaucratiques. Par contre, cette persuasion et cette influence générale doivent être celles du parti sur les larges masses et non sur ses propres forces! Toutes les cellules et organisations, tous les comités et dispositifs que le parti met en place doivent être soumis au plus grand centralisme dans l’action. Évidemment, cette soumission doit être consciente et volontaire. Prétendre que notre parti est incapable d’exercer une direction politique revient à dire que nos militantEs se soumettent à cette discipline sans être convaincuEs politiquement de son bien-fondé, ce qui, considérant l’ensemble des dangers que la révolution comporte, est un non-sens. De plus, il est absurde de penser que des communistes, dans un pays capitaliste avancé, au sein de démocraties bourgeoises éprouvées, peuvent parvenir à organiser, comme nous le faisons, des manifestations attaquant la bourgeoisie sans être liéEs aux masses et sans exercer une véritable direction politique.

Tenir des manifestations révolutionnaires et combatives, comme nous le faisons le 8 mars, le 1er mai et à bien d’autres occasions, est déjà en soi une façon d’exercer une direction politique sur les masses. Dans cette pratique particulière d’ARM, nous tentons de faire converger une partie des masses vers un événement politiquement marquant dans la lutte des classes. Un tel exercice requiert, au préalable, une préparation au sein des masses, une action permanente dans les quartiers populaires et dans les zones ouvrières. Une des plus grandes leçons actuelles du mouvement maoïste au Canada est qu’il est possible de tenir ce type de manifestation partout au pays, dans tous ses grands centres économiques, tant et aussi longtemps que le travail politique préparatoire est accompli et qu’on accepte de payer de sa personne.

La capacité à tenir des manifestations combatives est le résultat d’une liaison révolutionnaire permanente avec les masses. Pour justifier lâchement qu’ils ne se prêtent pas à ce type de manifestation, les opportunistes clament que la conjoncture politique au Québec est objectivement différente de celle prévalant dans le reste du Canada. À vrai dire, il n’existe pas une différence de période historique ou encore une différence dans les conditions objectives générales entre le Québec et le reste du pays. L’unique différence réside dans le travail révolutionnaire véritable et permanent de notre parti au sein des masses qui permet de réaliser ce type de manifestation! En vérité, c’est dans la rue, dans l’affrontement, qu’on valide la direction politique sur les masses acquise au fil du temps. De plus, il est important de reconnaître que ces manifestations révolutionnaires sont une forme de lutte qui donne à la direction politique du parti de la crédibilité auprès de la classe ouvrière. Par exemple, l’action menée contre le siège social de Bombardier à l’occasion du 1er mai 2017 nous a permis de gagner une direction sur les travailleuses et travailleurs qui considéraient déjà les dirigeants de cette entreprise comme des ennemis du peuple et qui revendiquaient qu’on agisse contre eux. Que cette direction soit encore émergente, que nous en soyons encore à nos premiers pas dans ce type d’actions et que nous n’ayons pas encore la capacité de les faire connaître partout et abondamment ne signifie pas que les initiatives de ce genre ne sont pas à propos!

Ces manifestations combatives ne sont qu’un moyen parmi d’autres de concrétiser une conception de l’ARM, c’est-à-dire une manière de se lier activement avec les masses et de les entraîner à l’action. À présent, il faut développer d’autres façons concrètes et systématiques de mettre en action cette conception de l’ARM et plus particulièrement de la diriger vers la classe ouvrière. La prise en charge de l’ARM doit trouver une solution pratique au cours des prochains mois et des prochaines années. Cette prise en charge ininterrompue implique des tactiques différentes pour chaque étape de notre progression. L’étape actuelle de cette progression contrôlée qu’on appelle le Mouvement révolutionnaire ouvrier (MRO), est de surmonter le premier niveau de difficulté qui confine les révolutionnaires dans une présence encore essentiellement extérieure au mouvement ouvrier. Sortir de ce confinement doit permettre d’entamer une action au niveau des industries et des syndicats. Le moment où le parti parvient à avoir un fort ensemble de noyaux communistes à l’intérieur des usines marque la dernière étape de ce processus, car c’est le niveau de liaison le plus difficile à atteindre: il est complètement à l’intérieur du mouvement et de la réalité de la classe ouvrière. Cette étape coïncide avec le déclenchement de la guerre populaire, car le parti est parvenu à maîtriser les différentes dimensions de progression de l’action au sein du mouvement ouvrier réel (de l’extérieur vers l’intérieur; des zones ouvrières aux différentes industries, syndicats et usines).

Le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire permettant de prendre l’initiative dans la lutte des classes et de préserver les acquis (tels que les incontournables noyaux communistes) durement gagnés au cours de nombreuses années de lutte. C’est une leçon que l’histoire nous apprend durement: il est impossible d’accumuler et de conserver des forces révolutionnaires sans les mettre en action, sans combattre et affronter l’ennemi! C’est, par exemple, cette conception qui est à l’origine de l’expérience de la militarisation du parti au Pérou. Toute autre perspective sur l’accumulation des forces revient à liquider des forces révolutionnaires grandissantes en les confinant dans des formes de lutte permises par la démocratie bourgeoise et sa légalité.

Objectivement, toutes les forces révolutionnaires au Canada sont à l’étape de sortir du confinement extérieur au mouvement ouvrier. L’arrogance des opportunistes les empêche de le reconnaître; c’est pourquoi ils se permettent de nous critiquer en disant que nous sommes isoléEs des masses (alors que dans les faits, ce sont eux qui sont complètement coupés de la classe ouvrière!). Certes, à ce jour, le PCR a réussi à rallier et à organiser des ouvrières et ouvriers, à déployer une propagande et une action révolutionnaire parmi la classe, mais la progression stratégique du MRO n’est qu’au début de son processus, ce qui est parfaitement normal pour l’étape actuelle de préparation de la guerre populaire au Canada. Ce qui est anormal, c’est de faire comme les opportunistes canadiens et de n’entreprendre aucun travail vers la classe ouvrière, et ce, tout en s’imaginant qu’adopter une perspective stratégique économiste et que créer artificiellement des liens syndicaux et réformistes avec les ouvrières et ouvriers (liens qui existent déjà par milliers dans la société bourgeoise) permettra de court-circuiter cette nécessaire progression méthodique. Dans la pratique, à maintes reprises, il a été prouvé que ce type de liens est inutile dans notre conjoncture. L’ensemble des liaisons produites par le mouvement spontané sont, et seront toujours, incapables de répondre aux tâches stratégiques que requiert le déclenchement de la guerre populaire.

Le léninisme enseigne que le parti doit parvenir à développer l’ensemble des maillons – c’est-à-dire des formes concrètes de pratique et d’organisation – de la chaîne reliant l’avant-garde au prolétariat. Dans la période historique actuelle, dans les pays impérialistes, c’est le parti communiste qui est le maillon le plus faible de cette chaîne. La démocratie bourgeoise a rapatrié vers elle une grande partie des forces politiques sur lesquelles, à une époque antérieure, les avant-gardes pouvaient compter, ce qui fait que le groupe de départ est aujourd’hui réduit en nombre, en capacités et en ressources. La démocratie bourgeoise a légalisé l’ensemble des anciens maillons historiques spontanés (syndicats, associations, etc.) organisant et reliant les prolétaires entre eux. Au contraire, la seule et unique forme que la démocratie bourgeoise ne peut jamais tolérer est la forme parti! Vouloir recopier des liens permis, dominants, réformistes et économistes en leur collant les étiquettes «rouge» ou «révolutionnaire» revient, qu’on le veuille ou non, à renforcer le mouvement historique spontané qui affaiblit le parti. La dernière chose dont ce dernier a besoin, c’est d’un nouvel intermédiaire entre lui et les masses, renforçant, par le fait même, son état d’isolement déjà produit par la démocratie bourgeoise!

Les opportunistes ne considèrent ni la période historique ayant vu naître des syndicats révolutionnaires, ni la base matérielle qui les génèrent. Pour notre part, nous considérons que c’est la guerre populaire qui, le temps venu, oblige l’ensemble des organisations existantes à se positionner face à la montée vers le pouvoir de la classe ouvrière. C’est seulement dans ce contexte qu’il est possible de parler de syndicats révolutionnaires, c’est-à-dire de l’ensemble des syndicats qui appuient la montée vers le pouvoir. Penser que les syndicats peuvent, dans la période qui précède, constituer autre chose que des outils de défense économique plus ou moins efficaces revient à leur attribuer des tâches qui sont celles du parti!

L’existence des syndicats révolutionnaires dans l’histoire a été le produit de la prise du pouvoir en Russie, prise du pouvoir qui a ouvert une nouvelle période historique et qui a lancé un vaste mouvement de montée vers le pouvoir sur la Terre entière. C’est ce mouvement qui a constitué la base matérielle sur laquelle se sont développés des syndicats révolutionnaires au début du XXe siècle. Aussi, dans l’histoire récente, le fait que des syndicats révolutionnaires aient vu le jour dans des pays comme le Pérou et le Népal a été le résultat de guerres populaires obligeant les organisations existantes à se positionner en faveur ou en défaveur de la révolution.

C’est la période historique qui détermine la combativité des organisations. C’est la puissance du mouvement révolutionnaire qui permet aux communistes d’unir l’ensemble des organisations existantes autour d’eux et elles. C’est la tâche des révolutionnaires de lutter pour le positionnement en faveur de la révolution et de construire un front uni autour du parti communiste. Cette tâche commence dès aujourd’hui en développant des séquences d’ARM permanente de plus en plus fortes au sein des masses et en développant les petits mouvements du parti au sein des grands mouvements. Le parti complet donne l’impulsion révolutionnaire et ses petits mouvements en constituent la caisse de résonance quotidienne. Vouloir organiser des syndicats révolutionnaires aujourd’hui consiste à qualifier de révolutionnaire un projet purement économiste. Dans les faits, en tentant de développer des syndicats révolutionnaires (qui n’ont de révolutionnaire que le nom), les opportunistes vont se retrouver, face aux résultats de leur pratique, devant la nécessité de choisir entre devenir sans ambiguïté un petit parti économiste, ou se transformer en un véritable syndicat.

Les formes objectives unifient l’expérience directe et indirecte du prolétariat international

Notre mouvement maoïste est actuellement faible et éclaté. C’est comme si la longue série de luttes, de transformations et d’avancées ayant marqué les deux derniers siècles n’avait jamais eu lieu. Nous subissons, malgré nous, une impression de retour à la case départ, comme si le prolétariat n’avait jamais tenu entre ses mains le pouvoir d’État, comme si les communistes n’avaient pas façonné le monde tel qu’il existe aujourd’hui en dirigeant l’ensemble de l’action historique et politique de notre classe. Pour se débarrasser de cette illusion, il faut assimiler l’expérience révolutionnaire indirecte. La profondeur et la force de ce patrimoine offrent toute la clarté nécessaire en matière de principes, de stratégie et d’action révolutionnaire. Sans cette assimilation, nous sommes condamnéEs à élaborer, comme les opportunistes canadiens, des propositions politiques métaphysiques et idéalistes ou encore à copier les idées réactionnaires de la petite-bourgeoisie postmoderne.

Une des contradictions que le mouvement communiste doit résoudre est le déphasage entre sa faiblesse actuelle et la richesse de son expérience accumulée. Il faut s’accrocher au fil reliant les débuts du marxisme et du mouvement ouvrier à aujourd’hui. C’est ce fil conducteur de la lutte des classes que le révisionnisme tente de nous faire perdre. Sans surprise, le révisionnisme rejette ce qui est au cœur de toute l’expérience communiste: la confrontation physique et armée avec la bourgeoisie. Les révisionnistes refusent de sortir de la sphère idéologique et réformiste, à l’instar des mencheviks, des sociaux-démocrates, des franges de droite des partis de la 3e Internationale et des organisations révisionnistes depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ce qui rend possible la fusion de l’expérience directe (celle qu’on acquiert soi-même en luttant pour transformer le monde) et de l’expérience indirecte (celle qui est accumulée historiquement et internationalement), c’est le fait que le communisme constitue, depuis son émergence, un seul et même mouvement tendant à transformer la réalité matérielle. C’est parce que nous luttons matériellement contre la situation qui prévaut aujourd’hui qu’il nous est possible d’assimiler, de métaboliser et de synthétiser l’expérience indirecte des révolutionnaires et du prolétariat international. C’est en participant à la révolution et en construisant le parti dans son propre pays qu’on crée la base matérielle permettant de faire fusionner l’expérience indirecte avec la pratique concrètement déployée. Voilà le premier principe de l’action communiste réelle. La base matérielle de la ligne politique du PCR a été la fusion du maoïsme avec l’état de la révolution au Canada au XXIe siècle. Autrement dit, au moment de notre fondation, nous avons anticipé les centres de gravité qui doivent se succéder dans le développement d’un parti comme le nôtre se construisant dans un bastion de la réaction impérialiste.

Les formes objectives d’action révolutionnaire au cœur de l’histoire de notre mouvement

Le rapport des différentes formes objectives entre elles

Aujourd’hui, un parti communiste révolutionnaire doit envisager l’accumulation pratique de forces en fonction de la progression stratégique vers le déclenchement de la guerre populaire. Nous examinons cette question à travers trois prismes:

a) L’unité nécessaire de toutes les formes de lutte pour porter un mouvement révolutionnaire au pouvoir;

b) La question du centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction d’un parti communiste et de la progression stratégique vers la guerre populaire;

c) La guerre populaire comme élément fondamental du maoïsme, comme défi principal de notre période historique, unifiant l’ensemble de la pratique révolutionnaire et totalisant le processus révolutionnaire.

L’unité nécessaire de toutes les formes de lutte pour porter un mouvement révolutionnaire au pouvoir

Au XXe siècle, jamais un parti prolétarien n’est parvenu à prendre le pouvoir sans prendre en charge l’ensemble des formes de lutte existant à son époque. À cet effet, la révolution d’Octobre nous apprend que la construction et le développement des outils du prolétariat révolutionnaire ne se fait pas selon une progression verticale et grâce à une disposition de forces à un seul et unique endroit. Au contraire, c’est en multipliant, complétant et unissant, à travers le temps et l’espace, les combats et les initiatives politiques qu’on parvient à renverser l’État réactionnaire. Plus encore, le léninisme nous apprend qu’un parti ouvrier n’est pas la simple addition de groupes circonscrits aux limites d’une usine ou d’une localité. La proposition révolutionnaire d’un parti ouvrier doit être propulsée très loin et propagée partout dans le peuple. C’est le gage de l’unité réelle sur laquelle se fonde une organisation luttant activement pour la révolution.

Un parti communiste est tout sauf une fédération, un ensemble mécanique et inorganique de révolutionnaires disparates. L’avant-garde fait la synthèse politique des acquis d’une classe sociale. C’est l’ensemble des combats historiques du prolétariat qui est ainsi unifié dans la construction d’un parti révolutionnaire. C’est cette synthèse qui permet de développer la force politique nécessaire au peuple pour vaincre un ennemi fort et puissant. Ainsi seulement, l’action révolutionnaire est pérennisée et le processus d’accumulation des forces n’est pas à recommencer indéfiniment. Au contraire, lorsque son expérience est fractionnée et désorganisée, le prolétariat demeure à jamais condamné à la défaite.

La relation qu’entretiennent la propagande et l’action révolutionnaire nous permet de constater, même à petite échelle, à quel point l’unité des formes d’action produit un résultat plus grand que chacune d’elles prises isolément. Reprenons l’exemple des manifestations révolutionnaires du 1er mai. Lorsque nous développons l’ARM dans un centre économique de la bourgeoisie et que nous faisons ensuite résonner l’action au sein de la classe ouvrière, notre propagande acquière une force supérieure. En faisant connaître largement l’action, en montrant qu’elle est juste et en expliquant comment la reproduire de manière encore plus forte, nous répandons l’idée qu’il est concrètement possible, à terme, de vaincre la bourgeoisie. De la même façon, nous venons offrir un rayonnement qualitativement plus grand à notre ARM, qui, sans la propagande, resterait confinée dans la mémoire des travailleurs et des travailleuses y ayant directement participé ou y ayant assisté. Cet effet doit se décupler à mesure que les formes d’action utilisées se développent et que le nombre de prolétaires entrant en action sous les mots d’ordre du parti s’accroît.

Il est impossible de faire chuter une classe sociale et son État réactionnaire sans déployer une lutte longue, acharnée et disciplinée. Il n’existe aucun moyen d’action qui, à lui seul, est capable de vaincre la bourgeoisie, c’est-à-dire de la désarmer, de détruire progressivement son État, de l’isoler politiquement, de faire tomber les masques de la démocratie bourgeoise et de saper ses capacités d’action et d’initiative. Ce n’est que l’unité de tous les moyens disponibles qui permet au peuple de se libérer et de conquérir le pouvoir politique à travers un processus contrôlé et préparé.

La question du centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction d’un parti communiste et de la progression stratégique vers la guerre populaire

◆ L’exemple du bilan de l’insurrection de Moscou en 1905

À chaque fois que des nouvelles formes concrètes de la pratique révolutionnaire émergent dans l’histoire, elles provoquent des remous au sein du mouvement communiste et elles obligent les organisations à les assumer ou non. Les nouvelles formes de lutte qui apparaissent lors de la Révolution russe font, à l’époque, l’objet de débats qui encore aujourd’hui sont riches d’enseignements. L’insurrection de Moscou à la fin de 1905 est le point de bascule de la montée révolutionnaire. Son échec marque le début du reflux qui suit en 1906 et la défaite de la première Révolution russe. Le bilan de cette expérience conduit à un débat intense entre les bolchéviks et les mencheviks. Ce qui est en jeu, c’est le développement ou non de la lutte en guerre civile. Les bolcheviks, avec Lénine en tête, défendent l’émergence d’une nouvelle forme de lutte dans l’insurrection de Moscou, qu’ils caractérisent de lutte de partisans. Les mencheviks, quant à eux, défendent qu’il s’agit du retour aux barricades – connues en Europe quelques décennies auparavant – dans le contexte russe.

La guerre civile, telle que la conçoit Lénine, est reconnue par une partie des forces révolutionnaires depuis que Marx et Engels ont fait le bilan des révolutions bourgeoises et des révolutions défaites en Europe. Engels développe l’idée selon laquelle l’ancienne tactique des barricades est désormais révolue en tant que moyen principal pour renverser le pouvoir réactionnaire, et ce, en raison du progrès technique et militaire que connaît la société. La tactique des barricades est une forme de lutte qui n’est fonctionnelle que dans la mesure où la grande majorité du peuple affronte une infime minorité d’oppresseurs. Au contraire, toujours selon Engels, le cadre contemporain de la révolution est celui d’une guerre civile dans laquelle la lutte armée et le combat pour unir des forces autour de soi acquièrent une grande importance stratégique. Les combats armés menés par des petits regroupements de partisans lors de la Révolution russe constituent une nouvelle forme de lutte, adaptée aux nouvelles circonstances. Lénine défend que les combats de rue, lors de l’insurrection, sont constitutifs de la guerre civile entre les classes en Russie. Les mencheviks, de leur côté, nient cette expérience ou la qualifient d’improductive, soutenant qu’elle est digne des pires pratiques anarchistes. L’une des interventions les plus importantes de Lénine à ce sujet est contenue dans le texte La guerre des partisans. En voici un court extrait:

«Commençons par le commencement. Quelles exigences essentielles doit présenter un marxiste dans l’examen de la question des formes de lutte?

En premier lieu, le marxisme diffère de toutes les formes primitives du socialisme en ce qu’il ne rattache pas le mouvement à quelque forme de combat unique et déterminée. Il admet les méthodes de lutte les plus variées, et il ne les “invente” pas, il se borne à généraliser, organiser, rendre conscientes les formes de lutte des classes révolutionnaires, qui surgissent spontanément dans le cours même du mouvement.

Absolument hostile à toutes les formules abstraites, à toutes les recettes de doctrinaires, le marxisme veut que l’on considère attentivement la lutte de masse qui se déroule et qui, au fur et à mesure du développement du mouvement, des progrès de la conscience des masses, de l’aggravation des crises économiques et politiques, fait naître sans cesse de nouveaux procédés, de plus en plus variés, de défense et d’attaque.

C’est pourquoi le marxisme ne répudie d’une façon absolue aucune forme de lutte.

En aucun cas, il n’entend se limiter aux formes de lutte possibles et existantes dans un moment donné; il reconnaît qu’un changement de la conjoncture sociale entraînera inévitablement l’apparition de nouvelles formes de lutte, encore inconnues aux militants de la période donnée.

Le marxisme, sous ce rapport, s’instruit, si l’on peut dire, à l’école pratique des masses; il est loin de prétendre faire la leçon aux masses en leur proposant des formes de lutte imaginées par des “fabricants de systèmes” dans leur cabinet de travail.

Nous savons, disait par exemple Kautsky, examinant les formes de la révolution sociale, que la crise imminente nous apportera de nouvelles formes de lutte que nous ne pouvons prévoir actuellement.

En second lieu, le marxisme exige absolument que la question des formes de lutte soit envisagée sous son aspect historique.

Poser cette question en dehors des circonstances historiques, concrètes, c’est ignorer l’a b c du matérialisme dialectique.

À des moments distincts de l’évolution économique, en fonction des diverses conditions dans la situation politique, dans les cultures nationales, dans les conditions d’existence, etc., différentes formes de lutte se hissent au premier plan, deviennent les principales, et, par suite, les formes secondaires, accessoires, se modifient à leur tour.

Essayer de répondre par oui ou par non, quand la question se pose d’apprécier un moyen déterminé de lutte, sans examiner en détail les circonstances concrètes du mouvement au degré de développement qu’il a atteint, ce serait abandonner complètement le terrain marxiste.

Tels sont les deux principes théoriques essentiels qui doivent nous guider.»

Dans ce texte, Lénine nous rappelle deux principes théoriques fondamentaux. Les révolutionnaires doivent totaliser les formes de luttes (refuser le combat unique, admettre les formes les plus variées, n’en répudier aucune) et doivent les apprécier selon le centre de gravité de la lutte. L’appréciation politique des formes et des moyens de combat n’est pas abstraite. C’est une question de conjoncture et de circonstances concrètes. Le centre de gravité de la lutte est le terme depuis longtemps utilisé par les révolutionnaires pour désigner le problème prioritaire à résoudre dans la lutte des classes, celui empêchant une accumulation durable de forces révolutionnaires. C’est autour de cette question principale que tous les autres problèmes secondaires viennent graviter et s’organiser. Par exemple, la propagande a une importance prépondérante au début d’un processus révolutionnaire. Par contre, à terme, comme toutes les autres formes d’action, elle vient se réorganiser autour de la lutte armée. L’importance de la propagande ne disparaît pas au cours de la révolution, mais ses objectifs et ses conséquences se transforment à mesure que progresse la classe ouvrière vers le pouvoir.

Dans la même lignée, pendant la genèse de la Révolution bolchévique, Lénine critique la pratique du terrorisme anarchiste (une prise en charge non-reproductible, non contrôlée et isolée des masses de moyens armés). Lénine considère cette forme de lutte comme étrangère à la conjoncture qui requiert plutôt une forte action propagandiste classique. Il analyse les problèmes de la révolution en Russie pour définir le centre de gravité de celle-ci – la nécessité d’un organisateur collectif pour mener, entre autres, la lutte contre les économistes sur les questions de tactique et d’ARM –, et ce, dans le but d’unifier politiquement les révolutionnaires autour d’une action cohérente et durable. Cette analyse située dans le temps n’a pas rejeté pour l’éternité l’utilisation de moyens armés, mais l’a reportée à une étape ultérieure du développement de la révolution. À cette étape, le centre de gravité exige l’utilisation généralisée et dirigée de moyens armés – soit tout le contraire des actes anarchistes isolés, complètement extérieurs à une pratique d’action révolutionnaire parmi les masses.

◆ Le centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction du parti de la guerre populaire

Pour unifier aujourd’hui les dimensions objectives de la pratique et les différents moyens de combattre, il faut les replacer dans le cadre de la période historique, complexe et féconde, de préparation politique et stratégique de la guerre populaire. Il faut revenir aux deux principes léninistes qui sont de totaliser l’ensemble des formes de lutte et de maîtriser la question des centres de gravité successifs dans la progression révolutionnaire. Dans la période actuelle, le parti se construit concentriquement à travers les grandes initiatives et offensives politiques ainsi qu’à travers une prise en charge de plus en plus complète des différentes formes d’action révolutionnaire. Les centres de gravité sont les grands maillons de la chaîne reliant le moment où se constitue le premier noyau du parti au déclenchement de la guerre populaire. Ils ne sont pas déterminés par les aléas du mouvement spontané, mais plutôt par les besoins de la lutte armée.

Le prolétariat international a accumulé une expérience indirecte riche. Nous ne sommes pas à la case départ. Nous avons à notre disposition un patrimoine de moyens de combattre. Contrairement à aujourd’hui, ce patrimoine commençait tout juste à s’accumuler au début du XXe siècle; il fallait batailler pour faire des propositions nouvelles à des révolutionnaires encore frileux! Ne pas reconnaître cet héritage, c’est aller dans le sens contraire de l’histoire, c’est rejeter des acquis politiques! Les révolutionnaires n’ont pas à attendre sagement et passivement que dans la lutte des masses émergent spontanément et durablement l’ensemble des formes de luttes que nous avons déjà connues dans l’histoire avant de se permettre de les utiliser! Au contraire, la tâche des révolutionnaires est de propager le maoïsme et d’introduire l’expérience indirecte révolutionnaire au sein des masses et de leurs mouvements. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas attentifs et attentives aux nouvelles propositions qui peuvent encore émerger de la lutte des masses! Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas le devoir, en tant qu’avant-garde, de continuer d’examiner les différentes façons de combattre et de résister du prolétariat! Cela signifie que nous avons le rôle historique de reprendre le fil conducteur du mouvement communiste pour le faire fusionner avec les masses et les nouvelles pratiques qu’elles développent!

La guerre populaire totalise et unifie les formes objectives d’action révolutionnaire

La guerre populaire est l’élément fondamental du maoïsme et sa réalisation est la tâche principale de notre période historique. Toutes les autres questions sont reliées, de près ou de loin, à son déclenchement et à sa progression jusqu’à la prise du pouvoir. C’est la guerre populaire qui totalise le processus révolutionnaire actuel et l’ensemble de la pratique révolutionnaire accumulée à ce jour.

Au Canada, dans l’histoire du mouvement ouvrier, les trois premières formes objectives ont une existence spontanée. Leur émergence, même embryonnaire et confuse dans ses objectifs, nous oblige à les assumer. Par exemple, il y a quelques années au Québec, des prolétaires en grève se sont mis à saboter les câbles appartenant à leur employeur, Vidéotron. Plus récemment, lors de la grève illégale des grutiers, une grue appartenant à un capitaliste de la construction a été incendiée. Que le parti ait prévu ou non les actions des masses qui résistent spontanément au capitalisme, il doit en tenir compte, les défendre et chercher à les diriger. La propagande classique, l’action révolutionnaire des masses et la propagande armée peuvent apparaître spontanément. Par contre, la guerre populaire doit absolument être déclenchée par une avant-garde. C’est une distinction fondamentale. Aucune guerre populaire dans l’histoire n’a été le résultat spontané de la lutte des classes. Elles ont toutes été le produit de l’action révolutionnaire des avant-gardes. Elles sont difficiles à initier, car elles marquent le début de l’affrontement armé, de la montée de la classe ouvrière vers le pouvoir et de l’activité acharnée des exploitéEs pour anéantir leur adversaire. Le déclenchement de la guerre populaire au Canada ne sera pas un évènement secondaire et imperceptible. Pour y parvenir, le parti doit agir conséquemment dans la lutte des classes.

Le rôle du parti est de diriger le déclenchement de la GPP tout en persévérant dans l’action révolutionnaire. Ce n’est pas une tâche insurmontable. C’est un objectif qui ne doit pas terroriser les révolutionnaires. Par contre, sans un parti qui accumule et centralise des forces, ce processus est impossible à initier. Déclencher la guerre populaire exige du parti qu’il assume l’ensemble des moyens pouvant être utilisés subjectivement à son avantage. De la même manière, la préservation des forces révolutionnaires et la pérennisation de l’action révolutionnaire exigent l’initiation d’une guerre contre l’État bourgeois. Le déclenchement de la guerre permet de continuer d’accumuler des forces en combattant l’ennemi à un moment où les forces révolutionnaires sont encore trop faibles pour conquérir immédiatement le pouvoir d’État. La guerre populaire permet à une force politique voulant renverser la bourgeoisie de se développer en affaiblissant son adversaire. Sans assumer la guerre populaire, il est impossible de construire un parti communiste qui ne tombe pas dans l’opportunisme ou qui ne cherche pas à préserver ses forces avec des moyens tolérés par la bourgeoisie.

Assumer ou refuser l’héritage révolutionnaire

Faire la révolution est un processus vivant, complexe, marqué de flux et de reflux, de victoires et de défaites, d’essais et d’erreurs. Nous considérons que la notion de forme objective d’action révolutionnaire est un outil important pour y voir plus clair et pour maîtriser consciemment le processus révolutionnaire. Elle permet, dans une conjoncture concrète, d’évaluer notre pratique, de la nommer et de la soumettre à l’examen de l’histoire. Les formes historiques d’action révolutionnaire ne sont pas un simple vestige du passé. Elles ne sont pas des outils métaphysiques. Elles découlent de la réalité pratique de la révolution et de sa progression. Elles sont constitutives de la réalité actuelle de la lutte des classes. Chacune d’entre elles est liée à une question politique actuelle sur laquelle un parti communiste doit prendre position. Elles représentent une arme redoutable pour les révolutionnaires et un danger pour la bourgeoisie. La prise en charge des différentes formes est une question pratique de séquence et de progression et non pas de volonté subjective. Elle met en rapport la construction du parti et la vitesse avec laquelle il métabolise les différents aspects de la lutte révolutionnaire. Elle permet de solutionner concrètement les problèmes politiques et organisationnels.

La question n’est pas d’accepter ou de refuser une forme ou une autre, car cela reviendrait à accepter ou refuser l’héritage du prolétariat international. La question est de déterminer comment un petit groupe de communistes peut aujourd’hui solutionner dans la pratique l’ensemble des problèmes posés par la prise en charge de toutes les formes objectives d’action révolutionnaire afin de permettre à la classe ouvrière d’entamer une nouvelle montée vers le pouvoir.

Sur les Procès de Moscou

Dans le dixième Congrès du parti, Lénine avait proposé une interdiction sur les groupements de factions à l’intérieur du parti alors qu’ils allaient à l’encontre des principes d’organisation du bolchevisme, le centralisme démocratique. Le centralisme démocratique signifie que, dans un sujet donné, tout le monde a la liberté d’expression pour exprimer son opinion, mais une fois qu’une décision est atteinte, tout le monde doit respecter la règle de la majorité. Si après avoir perdu le débat sur une question donnée, un groupement de factions continuait à insister sur sa propre politique, malgré la majorité du parti qui décidait contre elle, ils seraient probablement expulsés du parti. Soit accepter les principes du parti ou être expulsé.

«Dans la lutte pratique contre le factionalisme, toute organisation du parti doit prendre des mesures strictes pour empêcher toutes les actions de factions… d’assurer une discipline stricte au sein du parti et dans tous les travaux soviétiques et de garantir l’unanimité maximale dans l’élimination de tous les factionalism…  »

– Lénine, « Summing-up discours sur l’unité du parti et la déviation anarcho-syndicaliste »

L’interdiction de Lénine sur les factions a conduit à la suppression de divers types d’activités de faction des syndicalistes, des trotskistes et du parti communiste gauche dirigé par Bukharin et d’autres groupes. Ces groupements ont été forcés d’accepter le centralisme démocratique et la discipline de parti s’ils voulaient rester dans le parti.

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(O.V.)

In the 10th Party Congress Lenin had proposed a ban on factional groupings inside the party as they went against the organizing principles of Bolshevism, Democratic Centralism. Democratic Centralism means that in any given topic everyone has freedom of speech to express their opinion, but once a decision is reached everyone must uphold the rule of the majority. If after having lost the debate on a given issue a factional grouping still continued to insist on their own policy despite the party majority deciding against it they would probably be expelled from the party. Either accept the Party’s principles or be expelled.

“In the practical struggle against factionalism, every organisation of the Party must take strict measures to prevent all factional actions… ensure strict discipline within the Party and in all Soviet work and to secure the maximum unanimity in eliminating all factionalism…”

–Lenin, “Summing-Up Speech On Party Unity And The Anarcho-Syndicalist Deviation”

Lenin’s ban on factions led to the suppression of various kinds of factional activities from the Syndicalists, Trotskyists and the Left-Communist Faction led by Bukharin and other groups. These groupings were forced to accept Democratic Centralism & party discipline if they wanted to stay in the party.

Source: https://mltheory.wordpress.com/2017/07/11/the-moscow-trials-part-1-the-investigation/ 

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Les procès de Moscou – Les investigations (Première partie)

LES PROCÈS DE MOSCOU – PROCÉDURES JUDICIAIRES (Deuxième partie)

Les Grandes Purges – Le Massacre de STALINE?

A propos de la Guerre Populaire au Pérou, la trahison de la direction du PCP et la capitulation de Gonzalo

Un autre article que nous partageons avec OCML VP en raison de la justesse de l’analyse

 

Il y a vingt-cinq ans (le 12 septembre 1992) était arrêté Abimaël Guzman (le « président Gonzalo »), principal dirigeant du Parti Communiste du Pérou qui conduisait depuis plus de dix ans la Guerre Populaire dans ce pays.
Pour ce qui est de l’histoire de la Guerre Populaire, nous renvoyons aux documents publiés dans les années 80 : plusieurs articles dans notre journal « Partisan », un article paru dans la revue « La Cause du Communisme » N°9, fin 1985, « Sentier Lumineux, quelle perspective pour la Révolution au Pérou ? », et surtout la brochure réalisée par Voie Prolétarienne en mai 1990, « 10 ans de Guerre Populaire au Pérou », qui comporte en outre la position de l’OCML VP à l’égard du PCP, en forme de soutien critique (« L’OCML VP soutient le Parti Communiste du Pérou », résolution du Comité Directeur de VP, disponible en ligne). Cette résolution politique apportait un soutien principal au PCP (la référence au maoïsme et à la Révolution Culturelle, l’étape démocratique de la révolution, l’importance du Parti prolétarien et le soutien à la lutte armée), tout en critiquant des points secondaires importants (la conception du réformisme, la faiblesse de la réflexion sur le socialisme, l’importance donnée à Gonzalo – voir plus loin, l’internationalisme et une analyse erronée de la situation en Europe). Une dernière brochure, « Questions sur le Sentier Lumineux » publiée fin 1992 répondait aux torrents de boue déversés sur la Guerre Populaire juste après l’arrestation de Guzman.
A l’époque, nous étions bien seuls et à contre-courant dans ce soutien…

Les années 1993 et 1994 furent des années confuses (voir plus loin) et celles du déclin de la Guerre Populaire, jusqu’au début des années 2000. Et l’OCML VP n’a pas pris le temps de faire le point et de repréciser alors ses positions. C’est l’objectif de ce document aujourd’hui.

Il comporte trois parties :
– La chronologie politique entre 1992 et aujourd’hui. Tous les faits et documents que nous rapportons sont en notre possession (certains vérifiables sur Internet, les liens sont disponibles sur la version en ligne), nous ne travestissons pas l’histoire.
– La dénonciation de la trahison de la direction du PCP derrière la démarche des « Accords de Paix »
– L’attitude spécifique à avoir à l’égard d’Abimaël Guzman

1) Chronologie politique

  • 12 septembre 1992 : Arrestation d’Abimaël Guzman et d’une grande partie du Comité Central du PCP dans une maison de Lima, suite à une investigation de plus de deux ans sous l’égide du SIN (Service d’Investigation National) aidé par la CIA. Une large part des archives du PCP est saisie au même endroit.
  • 24 septembre 1992 : présentation à la télévision d’Abimaël Guzman, dans une cage, en costume rayé de prisonnier. Extrêmement combatif et en rage, il tient devant les caméras un discours de combat, appelant à la poursuite de la Guerre Populaire. Un discours respectable qui impressionne jusqu’à la presse bourgeoise, un discours communiste, applaudi dans le monde entier. [1]
  • Durant toute l’année qui suivra il n’y aura aucune nouvelle, à tel point qu’au PCP comme au niveau mondial, on craint pour la vie du Président Gonzalo, avec une exécution sommaire en prison, comme lors du massacre des prisonniers politiques de Lurigancho, El Fronton et Callao le 19 juin 1986.
  • Énorme coup de théâtre en octobre 1993. Fujimori rend public à la tribune des Nations Unies deux lettres attribuées à Abimaël Guzman et adressées à lui-même, appelant à une négociation politique pour arriver à des Accords de Paix. La première lettre, brève, date du 2 juin 1993, la deuxième plus complète du 15 septembre 1993. Une troisième, datée du 6 octobre ne sera pas rendue publique. [2]
    Il ne s’agit pas là d’une reddition pure et simple, mais d’une demande de négociation au prétexte de l’analyse d’un changement majeur dans la période politique (on ne rentrera pas dans l’analyse, ça n’a aucun intérêt), et qui débouche sur un appel à la réconciliation nationale. C’est beaucoup plus subtil, d’autant que cette demande n’aura bien entendu aucune suite. Quand on sait que peu de temps auparavant (1991 « ¡Que el equilibrio estratégico remezca más el país » – Que l’équilibre stratégique secoue encore plus le pays ! [3]), le CC du PCP avait décrété qu’on était arrivé à l’étape de « l’équilibre stratégique » face au régime et que la question de la prise du pouvoir était désormais en jeu, on est en droit de chercher l’erreur.
  • Ces lettres attribuées à Abimaël Guzman sont suivies très vite d’un document d’une centaine de pages signé « Président Gonzalo » et diffusé par le PCP sous le titre « Asumir y combatir por la Nueva gran Decision y Definicion » (Assumer et Combattre pour la nouvelle grande décision et définition) qui développe sur le supposé changement qualitatif de période politique qui justifierait cette démarche. Ce texte est daté d’octobre 1993. Un résumé est disponible en ligne. [4]
  • De son côté le CC du PCP suivra en novembre 1993 par un texte « Sobre la nueva gran estrategia politica » (Sur la nouvelle grande stratégie politique) qui renvoie au texte précédent, mais sans référence explicite à Gonzalo : il s’agit de « Lutter pour un accord de Paix et renforcer les bases, préparer le 2ème Congrès ». [5]
  • Le 3 décembre, Guzman apparait à la télévision avec autour de lui la totalité des membres du CC emprisonnés pour renouveler sa demande d’accords de paix auprès de Fujimori [6], en lisant un texte signé par tous. Pour celles et ceux qui comprennent l’espagnol, c’est édifiant – bien entendu c’est orchestré par le SIN et la CIA, mais les prisonniers se prêtent à la manipulation.
  • L’année 1994 sera celle de la fracture et du recul considérable du PCP sous le coup de ces annonces. Nous y reviendrons plus loin, mais une des critiques que nous portions dès 1990 au PCP était le culte du chef porté à l’extrême, qui aboutissait à la dépolitisation de fait des masses, voire des dirigeants, dans une confiance aveugle au grand dirigeant supposé infaillible (théorisée derrière la formule de la « pensée Gonzalo », étape supérieure du marxisme). L’annonce de cette démarche des Accords de Paix va entraîner la capitulation de nombreux combattants, la confusion, le désarroi et le découragement parmi les autres et dans les masses… Car dans cette optique, si le chef suprême ordonne d’arrêter la Guerre Populaire, il faut alors le suivre même si on n’en comprend pas toutes les motivations.
  • En février 1994 a lieu une session du CC du PCP, reconstitué dans la clandestinité sous la direction de Oscar Ramirez, le camarade « Feliciano », qui rejette la démarche des Accords de Paix, conteste la direction du Parti par des militants en prison (c’est bien le moins), sans pour autant critiquer ouvertement Gonzalo.
  • 17 Mai 1994, arrestation de Felipe Tenoro Barbaran, le camarade « Albino », membre du nouveau CC. Les arrestations se poursuivent sur la base des documents retrouvés dans la planque de Guzman à Lima, dont une vidéo où se trouvent nombre de membres du CC autour de Guzman.
  • 22 mars 1995 arrestation de Margie Clavo Peralta, la camarade « Nancy », membre du CC de longue date, farouchement opposée aux Accords de Paix et pour la poursuite de la lutte armée. Elle considérait les « lettres de paix » comme un montage et une mystification du SIN et de la CIA américaine, ce en quoi elle avait raison. En effet, il est aujourd’hui établi que ces fameuses lettres ont bien été élaborées sous contrôle du SIN dirigé par Vladimiro Montesinos, avec l’aide de la CIA, dans une stratégie politique très subtile qui s’appuyait précisément sur la principale faiblesse du PCP, le culte du chef exacerbé. Le problème, c’est que Guzman s’est rallié à cette stratégie…
  • 17 septembre 1995, la camarade « Nancy » apparaît dans le programme de télévision « Contrapunto » (« Memoria de una guerra » Luis Arce Borja, 2009, p207) pour faire une autocritique [7]. Après quelques mois de détention, et une rencontre avec Abimaël Guzman en prison, rencontre organisée par le SIN, elle appelle à « abandonner la lutte armée » et à accepter « la soumission » à la démarche des Accords de Paix de Guzman, en traitant les autres dirigeants de scissionnistes, d’opportunistes et d’anarchistes.
  • 20 avril 1998, arrestation de Pedro Quinteros Ayllón, le camarade « Luis », bras droit de « Feliciano » depuis l’arrestation de « Nancy » et un des piliers historiques du PCP. Il décède en prison le 16 octobre 2008, sans avoir rien renié de la lutte armée, en ayant clairement rejeté la ligne capitulationniste des Accords de Paix. C’est à notre connaissance un des très rares dirigeants du PCP resté communiste jusqu’à sa mort. [8]
  • 14 juillet 1999, Oscar Ramirez, le camarade « Feliciano », est arrêté. C’était un des plus proches collaborateurs de Gonzalo depuis l’origine, responsable des actions militaires du PCP, rompu à la clandestinité, pilier du Comité Central. Quelques mois après son arrestation, il est « retourné » par les services spéciaux, dénonce la lutte armée, devient collaborateur de la police et de l’armée et insulte publiquement Guzman, en le traitant de psychopathe. [9]
  • En 2009 est publié un livre « De puño y letra » de quelques 400 pages, une autobiographie rédigée par Abimaël Guzman lui-même [10]. En fait, il s’agit d’une compilation de documents pour sa défense politique, validée par son avocat Alfredo Crespo, vieux militant légal du PCP qui assure sa défense depuis son arrestation. Ce livre contient en particulier les divers courriers envoyés par Guzman au gouvernement Fujimori (les fameuses « lettres de paix ») ainsi qu’à son successeur le président du gouvernement de transition Valentín Paniagua, pour solliciter le début de conversations de Paix. Alfredo Crespo n’a jamais été désavoué par Guzman qu’il est le seul à voir régulièrement, et a toujours défendu publiquement la démarche des « Accords de Paix », comme par exemple lors de la présentation de ce livre.
  • Publiée début 2010, une déclaration attribuée au CC du PCP clandestin [11] dénonce « la ligne opportuniste et révisionniste d’Abimaël Guzman », en critiquant une ligne opportuniste de gauche dans le PCP depuis le milieu des années 80 qui a débouché sur la notion « d’équilibre stratégique » en 1991. Nous ne sommes pas capables de porter sur un avis ni sur l’authenticité, ni sur l’origine de ce texte, ni sur la réalité de ses auteurs, et c’est bien dommage…
  • 8 février 2012, arrestation [12] sous forme de mise en scène grotesque de Florindo Flores, le camarade « Artemio », qui, tout en défendant la démarche des « Accords de Paix », poursuivait une action militaire sporadique dans les zones amazoniennes du Haut Huallaga. Dans une interview [13] donnée peu de temps avant, le 18 décembre 2011, il reconnaissait l’échec de la Guerre Populaire, la justesse des positions de Guzman, et en appelait à une trêve pour organiser le désarmement de la guérilla. Manifestement l’arrestation a été « arrangée » avec le gouvernement.
  • 5 septembre 2012 mort de Victor Castro Ramirez, le camarade « William » tué par la police dans le VRAEM (Vallée des Fleuves Apurimac, Ene et Montayo), sud-est du Pérou.
  • 11 août 2013, mort d’Alejandro Borda, le camarade « Alipio » et Martin Quispe Palomino, le camarade « Gabriel », tués par la police dans le VRAEM.
    Décembre 2014, parution d’un livre d’Abimaël Guzman et de sa compagne Elena Yparraguirre, « Memorias desde Némesis », dont la rédaction est datée d’octobre 1996 à la prison de Callao [14]. Ce livre (près de 400 pages) retrace l’histoire du PCP avant le déclenchement de la lutte armée. La question qui se pose est de comprendre comment un tel livre a-t-il pu sortir de la prison si Guzman n’avait rien renié de la Guerre Populaire, s’il ne partageait pas la « démarche des Accords de Paix », s’il n’y avait pas une sorte de pacte avec le gouvernement… Les tenants d’un complot contre Gonzalo fidèle à la guerre populaire et maintenu au secret n’ont plus grand-chose sur quoi s’appuyer.
    28 février 2017, Guzman réapparait en public à l’occasion d’un nouveau procès… Plus de poing levé ni de slogans, mais la demande d’un examen médical compte tenu de son état de santé. [15]

2) La démarche des Accords de Paix, c’est une trahison de la Guerre Populaire, du combat des masses populaires, du communisme, c’est la liquidation du PCP

Dès les années 1993 et 1994, l’OCML VP a mené la polémique contre cette démarche liquidatrice, qui a finalement emporté, année après année, le PCP, qu’il faut désormais une nouvelle fois reconstituer.
Que l’on se comprenne bien : l’action politique a des hauts et des bas, des avancées et des reculs. On comprend que l’arrestation de plus de la moitié du Comité Central impose un recul stratégique pour permettre une reconstitution sans être sous le feu de l’ennemi. On peut même comprendre que dans un tel contexte, un parti communiste suspende la lutte armée, en période de fragilité.
Seuls les doctrinaires et les jusqu’auboutistes romantiques pourraient critiquer ces choix, dans un contexte politique extrêmement difficile.

Ce qui est inacceptable, c’est la conciliation avec l’ennemi. L’appel à trouver un accord avec le régime que l’on a combattu les armes à la main pendant une décennie.
Oui, un recul est envisageable. Il se fait alors de manière unilatérale, suivant un plan politique, idéologique et militaire adapté à la période, en fonction des objectifs que le Parti se fixe pour l’avenir, son avenir et celui de la lutte des classes, sur le chemin de la révolution et du communisme. Mais inventer un changement de contexte politique pour négocier avec l’ennemi ce n’est rien d’autre qu’une trahison, et de ce point de vue, la manipulation élaborée par le SIN et la CIA a été particulièrement réussie, malheureusement.
La direction du PCP a trahi collectivement. La plupart de ses dirigeant(e)s, l’un(e) après l’autre, ont capitulé, se sont alignés sur la démarche des « Accords de Paix », avec des variantes individuelles.

Aujourd’hui, où en est-on ?

  • Un petit parti légal, le MOVADEF (Mouvement pour l’Amnistie et les Droits Fondamentaux [16]), fervent admirateur de Guzman et défenseur des Accords de Paix, qui ne cesse de supplier le gouvernement de bien vouloir discuter avec lui dans l’optique d’une réconciliation nationale (évidemment sans aucun succès). Un parti opportuniste, qui se présente comme la nouvelle vitrine d’un PCP légal, qui cherche à participer aux élections et à s’insérer à tout prix dans la démocratie bourgeoise. Ce Mouvement est pour l’Amnistie, y compris vis-à-vis des paramilitaires responsables des massacres durant les années de la Guerre Populaire, y compris à l’égard de Fujimori [17] ! Un de ses dirigeants est Alfredo Crespo, l’avocat de Guzman.
  • Quelques foyers de guérilla dans la zone VRAEM (Vallée des Fleuves Apurimac, Ene et Montayo) sous la direction de Víctor Quispe Palomino, le camarade « José » et de son frère Jorge, le camarade « Raul », qui n’ont plus grand chose à voir de fait avec le PCP. Ils n’ont plus aucune référence ou projet politique et idéologique au-delà d’un discours proclamatoire, aucune ambition politique nationale, et ne sont plus qu’un groupe armé local dans une démarche similaire à celle des FARC colombiennes.
    S’il semble que ces groupes glissent de plus en plus vers le narcotrafic dans une région dominée par la culture de la coca, il est possible qu’il reste des noyaux politisés actifs dans les mouvements sociaux de la région (la vallée El Tambo par exemple, voir ci-dessous).
  • Et enfin, le plus intéressant, des apparitions politiques complètement clandestines (mots d’ordre sur les murs) lors des grands conflits sociaux qui se développent au Pérou (par exemple contre le projet minier Tia Maria dans la vallée El Tambo, ou contre la multinationale laitière péruvienne Laive). Où l’on peut supposer qu’il y a encore des militants, sans doute éparpillés ou en petits collectifs. Par ailleurs, il existe toujours des positions classistes au sein des organisations syndicales, ce qui suppose l’existence de militants qui n’ont rien renié. A savoir si tous ces militants isolés auront les capacités politiques, idéologiques et organisationnelles pour se réunir et reconstituer le PCP sur une base de classe – c’est la question.

3) Concernant Abimaël Guzman

  • La lecture de la chronologie ci-dessus est sans appel. Même s’il n’y a pas LA preuve formelle et définitive, il est absolument invraisemblable d’imaginer que Guzman soit opposé à la démarche des accords de paix. Il en est partie prenante, il a capitulé.
  • Le chaînon manquant, c’est de savoir quel est son argumentaire et sa position personnelle exacte. S’agit-il effectivement de celui du texte de 1993 « Asumir y resistir pour la nueva gran Decision y Definicion » ? S’agit-il d’un calcul tordu d’un dirigeant menacé de mort et qui voulait sauver sa peau ? S’agit-il d’une manœuvre réussie des services d’intelligence qui ont réussi à le manipuler en s’appuyant sur son ego démesuré ? Quoiqu’il en soit, cela est de peu d’importance au final.

  • Le fond de l’affaire est le culte du chef que nous dénoncions déjà dans la résolution de l’OCML VP en 1990 (et qui se trouve en fin de la brochure « 10 ans de Guerre Populaire au Pérou »).Cette résolution est disponible en ligne sur notre site :

« (…) Dans une société de classe, il est inévitable que le mûrissement de la conscience soit inégal. C’est d’ailleurs pour cela que seule une minorité du prolétariat s’organise en un parti d’avant-garde, et que même au sein du Parti se dégagent des dirigeants qui expriment le plus clairement les grandes tendances de la société et précisent les buts et orientations du Parti. En ce sens nous concevons que le Président Gonzalo a pu jouer un rôle essentiel dans l’élaboration de la ligne politique du Parti.

Pour les mêmes raisons, il est inévitable que les masses dans le mouvement même de leur lutte cristallisent leurs aspirations dans la personne d’un chef, d’un leader. Mais cette adhésion n’est qu’une marque de leur aliénation.

Le rôle du Parti n’est pas alors de développer avec insistance cette personnalisation ; mais au contraire de montrer que ce sont les masses qui font l’histoire, par leur mouvement et révoltes spontanées, et surtout par l’élévation de leur conscience et de leur capacité de direction.

Les dirigeants communistes doivent pleinement jouer leur rôle de dirigeant, mais dans ce sens : pour réduire la contradiction entre dirigeants et dirigés. Pour une prise en charge croissante du pouvoir par les masses elles-mêmes, dans la lutte politique entre l’ancien et le nouveau. Pour leur disparition future.

Personnifier de manière exagérée la ligne politique dans un individu revient à dépolitiser les masses. Au Pérou, plus de la moitié des mots d’ordre du PCP portent sur le président Gonzalo. A l’étranger les documents du PCP sont réunis en livre sous le titre « la pensée Gonzalo », ce qui masque le fait qu’il s’agit de textes collectifs du Parti, quel qu’en soit le rédacteur. Nous ne pouvons pas être d’accord avec cette conception de la politique et de la place des hommes dans l’histoire ».

Le bilan est là, vingt-cinq ans plus tard. A construire le PCP autour de la « pensée Gonzalo », à personnaliser l’orientation autour d’un dirigeant « génial », on dépolitise le Parti et les masses, on fragilise le Parti et on mène la révolution à l’échec. C’est une conception idéaliste et bourgeoise de l’histoire autour des « grands hommes » qui explique l’effondrement du PCP après l’arrestation de Guzman. Et c’est bien sûr une remise en cause du centralisme démocratique, par le biais de la soumission au chef – pour information il existait au PCP un « Comité Permanent Historique », composé de Guzman et de sa compagne, hors de tout processus de contrôle démocratique…

  • Guzman (qui a 83 ans) est en prison depuis 25 ans, c’est un prisonnier politique, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Et donc à ce titre, nous le défendons et exigeons sa libération immédiate, l’arrêt de l’acharnement contre lui (un nouveau procès a démarré récemment), au même titre qu’Oçalan en Turquie ou que tous les prisonniers politiques du monde.

Mais Guzman n’est plus communiste. Après avoir contribué à la reconstitution du PCP, au déclenchement et aux succès de la Guerre Populaire, il a dérivé pour contribuer lourdement à l’échec d’une révolution pourtant bien partie. C’est la responsabilité collective du PCP, mais en plus, sa responsabilité individuelle est considérable.

A tous ceux qui aujourd’hui veulent réhabiliter Guzman, nous disons : l’Histoire est passée et a tranché. Prenez le temps de consulter, de lire, de comprendre et de vous faire un point de vue.
C’est ce que nous avons fait depuis les premières années de la Guerre Populaire dans les années 80, toujours avec le recul critique nécessaire. C’est le matérialisme historique qui guide notre compréhension du monde, pas le romantisme idéaliste !

« Il n’est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun ! Producteurs sauvons-nous nous-mêmes, décrétons le salut commun ! »

Comité Central de l’OCML Voie Prolétarienne, 12 septembre 2017

 

Source: http://ocml-vp.org/article1826.html

La maladie infantile du communisme, le «gauchisme» : Extraits

Il nous est apparu que, parmi l’avant-garde révolutionnaire elle-même, et à notre grand désarroi, les militantEs souffraient de l’ignorance non seulement de la théorie marxiste-léniniste dans son ensemble, mais de ces principes élémentaires les plus fondamentaux. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui quelques extraits de la célèbre brochure «La maladie infantile du communisme, le gauchisme» qui sauront, nous l’espérons, donner une impulsion « révolutionnaire » à nos militantEs, surtout que nous sommes à la veille de Célébrer le Centenaire de la Grande Révolution Bolchevique d’Octobre de 1917.

« Marx disait que notre théorie n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action. »

 

 

«La loi fondamentale de la révolution, confirmée par toutes les révolutions et notamment par les trois révolutions russes du xxe siècle, la voici : pour que la révolution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l’impossibilité de vivre comme autrefois et réclament des changements. Pour que la révolution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois. C’est seulement lorsque « ceux d’en bas » ne veulent plus et que « ceux d’en haut » ne peuvent plus continuer de vivre à l’ancienne manière, c’est alors seulement que la révolution peut triompher. Cette vérité s’exprime autrement en ces termes : la révolution est impossible sans une crise nationale (affectant exploités et exploiteurs). Ainsi donc, pour qu’une révolution ait lieu, il faut : premièrement, obtenir que la majorité des ouvriers (ou, en tout cas, la majorité des ouvriers conscients, réfléchis, politiquement actifs) ait compris parfaitement la nécessité de la révolution et soit prête à mourir pour elle ; il faut ensuite que les classes dirigeantes traversent une crise gouvernementale qui entraîne dans la vie politique jusqu’aux masses les plus retardataires (l’indice de toute révolution véritable est une rapide élévation au décuple, ou même au centuple, du nombre des hommes aptes à la lutte politique, parmi la masse laborieuse et opprimée, jusque-là apathique), qui affaiblit le gouvernement et rend possible pour les révolutionnaires son prompt renversement.

Le capitalisme ne serait pas le capitalisme si le prolétariat « pur » n’était entouré d’une foule extrêmement bigarrée de types sociaux marquant la transition du prolétaire au semi-prolétaire (à celui qui ne tire qu’à moitié ses moyens d’existence de la vente de sa force de travail), du semi-prolétaire au petit paysan (et au petit artisan dans la ville ou à la campagne, au petit exploitant en général) ; du petit paysan au paysan moyen, etc. ; si le prolétariat lui-même ne comportait pas de divisions en catégories plus ou moins développées, groupes d’originaires, professionnels, parfois religieux, etc. D’où la nécessité, la nécessité absolue pour l’avant-garde du prolétariat, pour sa partie consciente, pour le Parti communiste, de louvoyer, de réaliser des ententes, des compromis avec les divers groupes de prolétaires, les divers partis d’ouvriers et de petits exploitants. Le tout est de savoir appliquer cette tactique de manière à élever, et non à abaisser le niveau de conscience général du prolétariat, son esprit révolutionnaire, sa capacité de lutter et de vaincre.»

 

 

«Faire la guerre pour le renversement de la bourgeoisie internationale, guerre cent fois plus difficile, plus longue, plus compliquée que la plus acharnée des guerres ordinaires entre États, et renoncer d’avance à louvoyer, à exploiter les oppositions d’intérêts (fussent-elles momentanées) qui divisent nos ennemis, à passer des accords et des compromis avec des alliés éventuels (fussent-ils temporaires, peu sûrs, chancelants, conditionnels) ; n’est-ce pas d’un ridicule achevé ? N’est-ce pas quelque chose comme de renoncer d’avance, dans l’ascension difficile d’une montagne inexplorée et inaccessible jusqu’à ce jour, à marcher parfois en zigzags, à revenir parfois sur ses pas, à renoncer à la direction une fois choisie pour essayer des directions différentes ? Et des gens manquant à ce point de conscience et d’expérience (encore si leur jeunesse en était la cause : les jeunes ne sont-ils pas faits pour débiter un certain temps des bêtises pareilles !) ont pu être soutenus – de près ou de loin, de façon franche ou déguisée, entièrement ou en partie, il n’importe ! – par certains membres du Parti communiste hollandais !

Après la première révolution socialiste du prolétariat, après le renversement de la bourgeoisie dans un pays, le prolétariat de ce pays reste encore longtemps plus faible que la bourgeoisie, d’abord simplement à cause des relations internationales étendues de cette dernière, puis à cause du renouvellement spontané et continu, de la régénération du capitalisme et de la bourgeoisie par les petits producteurs de marchandises dans le pays qui a renversé sa bourgeoisie. On ne peut triompher d’un adversaire plus puissant qu’au prix d’une extrême tension des forces et à la condition expresse d’utiliser de la façon la plus minutieuse, la plus attentive, la plus circonspecte, la plus intelligente, la moindre « fissure » entre les ennemis, les moindres oppositions d’intérêts entre les bourgeoisies des différents pays, entre les différents groupes ou catégories de la bourgeoisie à l’intérieur de chaque pays, aussi bien que la moindre possibilité de s’assurer un allié numériquement fort, fut-il un allié temporaire, chancelant, conditionnel, peu solide et peu sûr. Qui n’a pas compris cette vérité n’a compris goutte au marxisme, ni en général au socialisme scientifique contemporain. Qui n’a pas prouvé pratiquement, pendant un laps de temps assez long et en des situations politiques assez variées, qu’il sait appliquer cette vérité dans les faits, n’a pas encore appris à aider la classe révolutionnaire dans sa lutte pour affranchir des exploiteurs toute l’humanité laborieuse. Et ce qui vient d’être dit est aussi vrai pour la période qui précède et qui suit la conquête du pouvoir politique par le prolétariat.

Notre théorie n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action, ont dit Marx et Engels et la plus grave erreur, le crime le plus grave de marxistes aussi « patentés » que Karl Kautsky, Bauer et autres, c’est qu’ils n’ont pas compris, c’est qu’ils n’ont pas su appliquer cette vérité aux heures les plus décisives de la révolution prolétarienne. « L’action politique, ce n’est pas un trottoir de la perspective Nevski » (un trottoir net, large et uni de l’artère principale, absolument rectiligne, de Pétersbourg), disait déjà N. Tchernychevski, le grand socialiste russe de la période d’avant Marx.»

 

 

«Il se présente évidemment des cas isolés, exceptionnellement difficiles et complexes, où les plus grands efforts sont nécessaires pour bien déterminer le caractère véritable de tel ou tel « compromis », – de même qu’il est très difficile de décider, dans certains cas, si le meurtre était absolument légitime et même indispensable (par exemple, en cas de légitime défense), ou s’il est le résultat d’une négligence impardonnable, voire d’un plan perfide, habilement mis à exécution. Il va de soi qu’en politique, où il s’agit parfois de rapports extrêmement complexes – nationaux et internationaux – entre les classes et les partis, de nombreux cas se présenteront, infiniment plus difficiles que la question de savoir si un « compromis » conclu à l’occasion d’une grève est légitime, ou s’il est le fait d’un chef traître, d’un briseur de grève, etc. Vouloir trouver une recette, ou une règle générale (« Jamais de compromis » !) bonne pour tous les cas, est absurde. Il faut être assez compréhensif pour savoir se retrouver dans chaque cas particulier. La raison d’être de l’organisation du parti et des chefs dignes de ce nom c’est, entre autres choses, qu’ils doivent par un travail de longue haleine, opiniâtre, multiple et varié de tous les représentants conscients de la classe en question ,  acquérir les connaissances nécessaires, l’expérience nécessaire et, de plus, le flair politique nécessaire à la solution juste et prompte de questions politiques complexes.

Les gens naïfs et totalement dépourvus d’expérience s’imaginent qu’il suffit d’admettre les compromis en général pour que toute limite soit effacée entre l’opportunisme, contre lequel nous soutenons et devons soutenir une lutte intransigeante, et le marxisme révolutionnaire ou le communisme. Ces gens-là, s’ils ne savent pas encore que toutes les limites dans la nature et dans la société sont mobiles et jusqu’à un certain point conventionnelles, on ne peut leur venir en aide que moyennant une longue étude, instruction, éducation, expérience de la vie et des choses politiques. Il faut savoir discerner, dans les questions de politique pratique qui se posent à chaque moment particulier ou spécifique de l’histoire, celles où se manifestent les compromis les plus inadmissibles, les compromis de trahison, incarnant l’opportunisme funeste à la classe révolutionnaire, et consacrer tous les efforts pour les révéler et les combattre. Pendant la guerre impérialiste de 1914-1918 où s’affrontaient deux groupes de pays également pillards et rapaces, la forme principale, essentielle de l’opportunisme fut le social-chauvinisme, c’est-à-dire le soutien de la « défense nationale » qui, dans cette guerre, signifiait en réalité la défense des intérêts spoliateurs de « sa » bourgeoisie nationale. Après la guerre : la défense de la spoliatrice « Société des Nations » ; la défense des coalitions directes ou indirectes avec la bourgeoisie de son pays contre le prolétariat révolutionnaire et le mouvement « soviétique » ; la défense de la démocratie bourgeoise et du parlementarisme bourgeois contre le « pouvoir des Soviets », – telles ont été les principales manifestations de ces inadmissibles compromis de trahison qui ont toujours abouti, en fin de compte, à un opportunisme funeste au prolétariat révolutionnaire et à la cause.

 

L’avant-garde prolétarienne est conquise idéologiquement. C’est le principal. Autrement, faire même un premier pas vers la victoire serait impossible. Mais de là à la victoire, il y a encore assez loin. On ne peut vaincre avec l’avant-garde seule. Jeter l’avant-garde seule dans la bataille décisive, tant que la classe tout entière, tant que les grandes masses n’ont pas pris soit une attitude d’appui direct à l’avant-garde, soit tout au moins de neutralité bienveillante, qui les rende complètement incapables de soutenir son adversaire, ce serait une sottise, et même un crime. Or, pour que vraiment la classe tout entière, pour que vraiment les grandes masses de travailleurs et d’opprimés du Capital en arrivent à une telle position, la propagande seule, l’agitation seule ne suffisent pas. Pour cela, il faut que ces masses fassent leur propre expérience politique. Telle est la loi fondamentale de toutes les grandes révolutions, loi confirmée maintenant avec une force et un relief frappants, non seulement par la Russie, mais aussi par l’Allemagne. Ce ne sont pas seulement les masses ignorantes, souvent illettrées, de Russie, ce sont aussi les masses d’Allemagne, hautement cultivées, sans un seul analphabète, qui ont dû éprouver à leurs dépens toute la faiblesse, toute la veulerie, toute l’impuissance, toute la servilité devant la bourgeoisie, toute la lâcheté du gouvernement des paladins de la IIe Internationale, le caractère inévitable de la dictature des ultra-réactionnaires (Kornilov en Russie, Kapp et consorts en Allemagne), seule alternative en face de la dictature du prolétariat, pour se tourner résolument vers le communisme.»

«L’objectif immédiat de l’avant-garde consciente du mouvement ouvrier international, c’est-à-dire des partis, groupes et tendances communistes, c’est de savoir amener les larges masses (encore somnolentes, apathiques, routinières, inertes, engourdies, dans la plupart des cas) à cette position nouvelle ou plutôt de savoir conduire non seulement son parti, mais aussi les masses en train d’arriver, de passer à cette nouvelle position. Si le premier objectif historique (attirer l’avant-garde consciente du prolétariat aux côtés du pouvoir des Soviets et de la dictature de la classe ouvrière) ne pouvait être atteint sans une victoire complète, idéologique et politique, sur l’opportunisme et le social-chauvinisme, le second objectif qui devient d’actualité et qui consiste à savoir amener les masses à cette position nouvelle, propre à assurer la victoire de l’avant-garde dans la révolution, cet objectif actuel ne peut être atteint sans liquidation du doctrinarisme de gauche, sans réfutation décisive et élimination complète de ses erreurs.

Tant qu’il s’agissait (et dans la mesure où il s’agit encore) de rallier au communisme l’avant-garde du prolétariat, la propagande s’est située au premier plan ; même les petits cercles de propagande sont utiles et féconds en dépit des défauts qui leur sont inhérents. Mais quand il s’agit de l’action pratique des masses, de la distribution – s’il m’est permis de m’exprimer ainsi – d’armées fortes de millions d’hommes, de la répartition de toutes les forces de classe d’une société donnée en vue du combat final et décisif, on ne fera rien avec les seules méthodes de propagande, avec la seule répétition des vérités du communisme « pur ». Il ne faut pas compter ici par milliers, comme le fait en somme le propagandiste, membre d’un groupe restreint et qui n’a pas encore dirigé les masses ; il faut compter ici par millions et par dizaines de millions. Il ne suffit pas de se demander si l’on a convaincu l’avant-garde de la classe révolutionnaire ; il faut encore savoir si les forces historiquement agissantes de toutes les classes, absolument de toutes les classes sans exception, d’une société donnée, sont disposées de façon que la bataille décisive soit parfaitement à point, – de façon :

 

  1. que toutes les forces de classe qui nous sont hostiles soient suffisamment en difficulté, se soient suffisamment entre-déchirées, soient suffisamment affaiblies par une lutte au-dessus de leurs moyens ;
  2. que tous les éléments intermédiaires, hésitants, chancelants, inconstants – la petite bourgeoisie, la démocratie petite-bourgeoise par opposition à la bourgeoisie – se soient suffisamment démasqués aux yeux du peuple, suffisamment déshonorés par leur faillite pratique ; qu’au sein du prolétariat un puissant mouvement d’opinion se fasse jour en faveur de l’action la plus décisive, la plus résolument hardie et révolutionnaire contre la bourgeoisie.

    C’est alors que la révolution est mûre ; c’est alors que, si nous avons bien tenu compte de toutes les conditions indiquées, sommairement esquissées plus haut, et si nous avons bien choisi le moment, notre victoire est assurée.»

«Mais le camarade Bordiga et ses amis « gauches » tirent de leur juste critique de MM. Turati et Cie cette conclusion fausse qu’en principe toute participation au parlement est nuisible. Les « gauches » italiens ne peuvent apporter l’ombre d’un argument sérieux en faveur de cette thèse. Ils ignorent simplement (ou s’efforcent d’oublier) les exemples internationaux d’utilisation réellement révolutionnaire et communiste des parlements bourgeois, utilisation incontestablement utile à la préparation de la révolution prolétarienne. Simplement incapables de se représenter cette utilisation « nouvelle », ils clament en se répétant sans fin, contre l’utilisation « ancienne », non bolchevique, du parlementarisme.

Là est justement leur erreur foncière. Ce n’est pas seulement dans le domaine parlementaire, c’est dans tous les domaines d’activité que le communisme doit apporter (et il en sera incapable sans un travail long, persévérant, opiniâtre) un principe nouveau, qui romprait à fond avec les traditions de la IIe Internationale (tout en conservant et développant ce que cette dernière a donné de bon).

Considérons par exemple le journalisme. Les journaux, les brochures, les tracts remplissent une fonction indispensable de propagande, d’agitation et d’organisation. Dans un pays tant soit peu civilisé, aucun mouvement de masse ne saurait se passer d’un appareil journalistique. Et toutes les clameurs soulevées contre les « chefs », toutes les promesses solennelles de préserver la pureté des masses de l’influence des chefs, ne nous dispenseront pas d’employer pour ce travail des hommes issus des milieux intellectuels bourgeois, ne nous dispenseront pas de l’atmosphère, de l’ambiance « propriétaire », démocratique bourgeoise, où ce travail s’accomplit en régime capitaliste. Même deux années et demie après le renversement de la bourgeoisie, après la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, nous voyons autour de nous cette atmosphère, cette ambiance des rapports propriétaires, démocratiques bourgeois des masses (paysans, artisans).

Le parlementarisme est une forme d’action, le journalisme en est une autre. Le contenu dans les deux cas peut être communiste et doit l’être si, dans l’un comme dans l’autre domaine, les militants sont réellement communistes, réellement membres du parti prolétarien de masse. Mais dans l’une et dans l’autre sphère – et dans n’importe quelle sphère d’action, en régime capitaliste et en période de transition du capitalisme au socialisme – il est impossible d’éluder les difficultés, les tâches particulières que le prolétariat doit surmonter et réaliser pour utiliser à ses fins les hommes issus d’un milieu bourgeois, pour triompher des préjugés et des influences des intellectuels bourgeois, pour affaiblir la résistance du milieu petit-bourgeois (et puis ensuite le transformer complètement).

N’avons-nous pas vu dans tous les pays, avant la guerre de 1914-1918, d’innombrables exemples d’anarchistes, de syndicalistes et d’autres hommes d’extrême-« gauche », qui foudroyaient le parlementarisme, tournaient en dérision les socialistes parlementaires platement embourgeoisés, flétrissaient leur arrivisme, etc., etc., – et qui eux-mêmes, par le journalisme, par l’action menée dans les syndicats, fournissaient une carrière bourgeoise parfaitement identique? Les exemples des sieurs Jouhaux et Merrheim, pour ne citer que la France, ne sont-ils pas typiques à cet égard ?

« Répudier » la participation au parlementarisme a ceci de puéril que l’on s’imagine, au moyen de ce procédé « simple », « facile » et prétendument révolutionnaire, « résoudre » le difficile problème de la lutte contre les influences démocratiques bourgeoises à l’intérieur du mouvement ouvrier, alors qu’en réalité on ne fait que fuir son ombre, fermer les yeux sur la difficulté, l’éluder avec des mots. L’arrivisme le plus cynique, l’utilisation bourgeoise des sinécures parlementaires, la déformation réformiste criante de l’action parlementaire, la plate routine petite-bourgeoise, nul doute que ce ne soient là les traits caractéristiques habituels et dominants que le capitalisme engendre partout, en dehors comme au sein du mouvement ouvrier. Mais ce même capitalisme et l’atmosphère bourgeoise qu’il crée (laquelle est très lente à disparaître, même la bourgeoisie une fois renversée, puisque la paysannerie donne constamment naissance à la bourgeoisie), enfantent dans tous les domaines du travail et de la vie sans exception, un arrivisme bourgeois, un chauvinisme national, de la platitude petite-bourgeoise, etc., qui sont au fond exactement les mêmes et ne se distinguent que par d’insignifiantes variations de forme.

Vous vous imaginez vous-mêmes « terriblement révolutionnaires », chers boycottistes et antiparlementaires, mais en fait vous avez pris peur devant les difficultés, relativement peu importantes, de la lutte contre les influences bourgeoises dans le mouvement ouvrier, alors que votre victoire, c’est-à-dire le renversement de la bourgeoisie et la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, suscitera ces mêmes difficultés dans une proportion encore plus grande, infiniment plus grande. Tels des enfants, vous avez pris peur devant la petite difficulté qui se présente à vous, aujourd’hui, sans comprendre que, demain et après-demain, vous aurez à parfaire votre éducation, à apprendre à triompher de ces mêmes difficultés, en des proportions infiniment plus vastes.

Sous le pouvoir des Soviets, il s’insinuera dans votre parti et dans le nôtre, le parti du prolétariat, un nombre encore plus grand d’intellectuels bourgeois. Ils s’insinueront dans les Soviets et dans les tribunaux, et dans les administrations, car on ne peut bâtir le communisme qu’avec le matériel humain créé par le capitalisme ; il n’en existe pas d’autre. On ne peut ni bannir, ni détruire les intellectuels bourgeois, il faut les vaincre, les transformer, les refondre, les rééduquer, comme du reste il faut rééduquer au prix d’une lutte de longue haleine, sur la base de la dictature du prolétariat, les prolétaires eux-mêmes qui, eux non plus, ne se débarrassent pas de leurs préjugés petits-bourgeois subitement, par miracle, sur l’injonction de la Sainte Vierge, sur l’injonction d’un mot d’ordre, d’une résolution, d’un décret, mais seulement au prix d’une lutte de masse, longue et difficile, contre les influences des masses petites-bourgeoises. Sous le pouvoir des Soviets, ces mêmes problèmes qu’aujourd’hui l’antiparlementaire rejette loin de lui d’un seul geste de la main, si orgueilleusement, avec tant de hauteur, d’étourderie, de puérilité, renaissent au sein des Soviets, au sein des administrations soviétiques, parmi les « défenseurs » soviétiques : nous avons supprimé en Russie, et nous avons bien fait de supprimer le barreau bourgeois, mais il renaît chez nous sous le manteau des « défenseurs soviétiques » . Parmi les ingénieurs soviétiques, parmi les instituteurs soviétiques, parmi les ouvriers privilégiés, c’est-à-dire les plus qualifiés, et placés dans les meilleures conditions dans les usines soviétiques, nous voyons continuellement renaître tous, absolument tous les traits négatifs propres au parlementarisme bourgeois ; et ce n’est que par une lutte répétée, inlassable, longue et opiniâtre de l’esprit d’organisation et de discipline du prolétariat que nous triomphons – peu à peu – de ce mal.

Il est évidemment très « difficile » de vaincre, sous la domination de la bourgeoisie, les habitudes bourgeoises dans notre propre parti, c’est-à-dire dans le parti ouvrier : il est « difficile » de chasser du parti les chefs parlementaires de toujours, irrémédiablement corrompus par les préjugés bourgeois ; il est « difficile » de soumettre à la discipline prolétarienne un nombre strictement nécessaire (même très limité) d’hommes venus de la bourgeoisie ; il est « difficile » de créer dans le parlement bourgeois une fraction communiste parfaitement digne de la classe ouvrière ; il est « difficile » d’obtenir que les parlementaires communistes ne se laissent pas prendre aux hochets du parlementarisme bourgeois, mais s’emploient à un travail substantiel de propagande, d’agitation et d’organisation des masses. Tout cela est « difficile », c’est certain. Ç’a été difficile en Russie, et c’est infiniment plus difficile encore en Europe occidentale et en Amérique, où la bourgeoisie est beaucoup plus forte, plus fortes les traditions démocratiques bourgeoises et ainsi de suite.

Mais toutes ces « difficultés » ne sont vraiment qu’un jeu d’enfant à côté des problèmes, absolument de même nature, que le prolétariat aura à résoudre nécessairement pour assurer sa victoire, et pendant la révolution prolétarienne et après la prise du pouvoir par le prolétariat. A côté de ces tâches vraiment immenses, alors qu’il s’agira, sous la dictature du prolétariat, de rééduquer des millions de paysans, de petits patrons, des centaines de milliers d’employés, de fonctionnaires, d’intellectuels bourgeois, de les subordonner tous à l’État prolétarien et à la direction prolétarienne, de triompher de leurs habitudes et traditions bourgeoises, – à côté de ces tâches immenses, constituer sous la domination bourgeoise, au sein d’un parlement bourgeois, une fraction réellement communiste d’un véritable parti prolétarien, n’est plus qu’un jeu d’enfant.

Si les camarades « gauches » et les antiparlementaires n’apprennent pas dès maintenant à vaincre une aussi mince difficulté, on peut dire à coup sûr qu’ils se trouveront dans l’impossibilité de réaliser la dictature du prolétariat, de se subordonner et de transformer sur une grande échelle les intellectuels bourgeois et les institutions bourgeoises ; ou bien qu’ils seront obligés de compléter hâtivement leur instruction, et cette hâte portera un immense préjudice à la cause du prolétariat, leur fera commettre des erreurs plus qu’à l’ordinaire, tes rendra plus faibles et malhabiles au-dessus de la moyenne, etc., etc.

Tant que la bourgeoisie n’est pas renversée et, ensuite, tant que n’ont pas disparu totalement la petite exploitation et la petite production marchande, l’atmosphère bourgeoise, les habitudes propriétaires, les traditions petites-bourgeoises nuiront au travail du prolétariat tant au-dehors qu’au-dedans du mouvement ouvrier, non point dans une seule branche d’activité, l’activité parlementaire, mais nécessairement dans tous les domaines possibles de la vie sociale, dans toutes les activités culturelles et politiques sans exception. Et l’erreur la plus grave, dont nous aurons nécessairement à expier les conséquences, c’est de vouloir se dérober, tourner le dos à telle tâche « fâcheuse » ou difficulté dans un domaine quelconque. Il faut apprendre à s’assimiler tous les domaines, sans exception, du travail et de l’action, vaincre toujours et partout toutes les difficultés, toutes les habitudes, traditions et routines bourgeoises. Poser la question autrement est chose simplement peu sérieuse et puérile.»

 

Source: http://classiques.uqac.ca/classiques/lenine/maladie_infantile_du_communisme/maladie_infantile.html

 

Contre le révisionnisme, pour la défense du marxisme par Lénine

Nous souhaitons d’abord nous excuser d’avance pour les coquilles qui auraient pu s’introduire dans la numérisation de cet article rédigé et publié en 1899 dans la revue n° 4-5 de Rabotchété Diélo. Il nous semblait quand même important de vous faire part de l’analyse léniniste quant à la lutte que menait le POSDR contre les visées «économiste» et «révisionniste» de tout acabit pour la raison fort simple qu’il présente d’une part, par son caractère concis et récapitulatif de ces questions longuement débattues à l’époque révolutionnaire de la Russie du début du XXe siècle, des pistes de solution pour relancer la lutte de classes et le mouvement révolutionnaire communiste du début du XXIe siècle, et d’autre part, résoudre des questions et problèmes théoriques dont les communistes contemporains n’ont pas encore résolues adéquatement puisque nous sommes encore victimes de ce genre de «lutte de ligne» presque un siècle après la Grande Révolution Bolchevique d’Octobre 1917.

 

« La réunion (les social-démocrates d’une localité (de Russie), groupant dix-sept personnes, a adopté à l’unanimité la résolution suivante et a décidé de la publier et de la soumettre à l’examen de tous les camarades.

 

On constate ces derniers temps que certains social-dé­mocrates russes s’écartent des principes fondamentaux de la social-démocratie russe proclamés tant par ses fonda­teurs et militants d’avant-garde – les membres du grou­pe « Libération du Travail »  – que par les publications social-démocrates des organisations ouvrières russes dans les années 90. Le « credo » cité ci-après, destiné à exprimer les vues essentielles de certains social-démocrates russes (les « jeunes »), est un essai d’exposé systématique et nettement défini de «conceptions nouvelles ». Le voici dans son texte intégral.

 

«La période corporative et manufacturière en Occident mat-qua d’une forte empreinte toute l’histoire ultérieure, notamment celle de la social-démocratie. La nécessité pour la bourgeoisie de conquérir des formes libres, ses efforts peur s’affranchir des réglementations corporatives qui ligotaient la production, en fi­rent un élément révolutionnaire partout en Occident, elle commença par proclamer la devise liberté, fraternité, égalité. », par conquérir des formes politiques libres. Mais, par cette conquête, elle tira, selon l’expression de Bismarck, une traite sur l’avenir au profit de son antipode, la classe ouvrière. Presque partout en Occident, cette dernière, on tant que classe, ne s’empara point (les institutions démocratiques, elle en fit usage. On pourrait objecter qu’elle prit part aux révolutions. La référence à l’histoire démen­tira cette opinion, car, précisément en 1848, lorsque les Constitu­tions se consolidèrent en Occident, la classe ouvrière était com­posée d’artisans des villes et représentait la démocratie petite-bourgeoise quant au prolétariat de fabrique, il n’existait Presque – En français dans le texte. – pas, et celui de la grande industrie (les tisserands d’Allemagne dépeints par Hauptmann*, les tisserands de Lyon) était une masse sauvage, uniquement capable de se révolter, mais non de formuler des revendications politiques quelconques. On peut dire murs ambages que les Constitutions de 1848 furent conquises par n bourgeoisie et la petite bourgeoisie, les artisans. D’autre part, la classe ouvrière (artisans et ouvriers des manufactures, typo­graphes, tisserands, horlogers, etc.) est habituée depuis le Moyen Age à faire partie d’organisations, de caisses de secours mutuels, d’associations religieuses, etc. Cet esprit d’organisation demeure vivace parmi les ouvriers éduqués d’Occident et les distingue net­tement du prolétariat de fabrique, qui se laisse organiser diffi­cilement et lentement, et est capable seulement de former des organisations lose-organisations temporaires), et non des orga­nisations solides avec statuts et règlements. Ce sont ces mômes ouvriers éduqués des manufactures qui constituèrent le noyau des partis social-démocrates. D’où le tableau suivant: facilité relative et entière possibilité de mener la lutte politique, d’une part, et, d’antre part, possibilité d’organiser systématiquement cette lutte avec le concours des ouvriers éduqués pendant la pé­riode manufacturière C’est sur ce terrain que grandit en Occident le marxisme théorique et pratique. Le point de départ fut la lutte politique parlementaire, avec la perspective – dont la ressemblance avec le blanquisme n’est qu’extérieure, son origine étant d’un caractère tout différent – de la conquête du pouvoir, d’une part, d’un Zusammenbruch (d’une catastrophe), d’autre part. Le marxisme fut l’expression théorique de la pratique dominante de la lutte politique prévalant sur la lutte économique. En Bel­gique comme en France, et particulièrement en Allemagne, les ouvriers organisèrent la lutte politique avec une facilité extraor­dinaire, et la lutte économique avec d’énormes difficultés, avec des tiraillements considérables. Comparées aux organisations poli­tiques, les organisations économiques (nous ne parlons pas de l’Angleterre) souffrent jusqu’à présent d’une faiblesse et d’une instabilité extrêmes et, partout, laissent à désirer quelque chose. Tant que l’énergie dans la lutte politique ne fut pas complètement épuisée, le Znsammenbruch était le Schlagwort (slogan), organisateur nécessaire, qui devait jouer un très grand rôle histo­rique. La loi fondamentale que l’on peut dégager de l’étude du mouvement ouvrier est celle de la voie du moindre effort, En Occident, cette voie fut l’activité politique, et le marxisme, tel qu’il est formulé dans le Manifeste Communiste, s’avéra une forme on ne peut plus heureuse que le mouvement devait revêtir. Mais lorsque, dans l’activité politique, toute l’énergie se fut épuisée, lorsque le mouvement politique en arriva à un tel degré d’intensité qu’il devint difficile ou presque impossible de le dé­passer (accroissement lent des suffrages dans ces dernières an­nées, apathie du public dans les réunions, ton découragé des publications) et lorsque, d’autre part, s’affirma l’impuissance de l’action parlementaire en même temps que pénétrait dans l’arène la plèbe, le prolétariat de fabrique non organisé et presque inor­ganisable, tous ces facteurs firent naitre en Occident ce qui porte aujourd’hui le nom de bernsteiniade, de crise du marxisme. Il était difficile d’imaginer une évolution du mouvement ouvrier plus logique que celle qui va du Manifeste Communiste à la bernsteiniade, et une étude attentive de tout ce processus peut permettre de déterminer l’issue de . cette e crise e avec une pré­cision mathématique. Naturellement, il ne s’agit pas ici de la dé­faite ou de la victoire de la bernstemniade, ce qui ne présente guère d’intérêt; il s’agit d’un changement radical de l’activité pratique, changement qui, depuis longtemps, s’opère peu à peu au sein du Parti.

 

Cette transformation se fera non seulement dans le sens d’une conduite plus énergique de la lutte économique, d’une consolidation clos organisations économiques, mais aussi, et c’est là l’essentiel, dans le sens d’une modification de l’attitude du Parti à l’égard des autres partis de l’opposition. Le marxisme intransigeant, le marxisme négateur, le marxisme primitif (qui se fait, une idée trop schématique dc la division do la société en classes) fera place è un marxisme démocratique, et la situation sociale du Parti dans la société moderne devra âtre radicalement. modifiée. Le Parti reconnaîtra, la société; ses objectifs étroite-mont corporatifs, sectaires dans la plupart clos cas, prendront l’ampleur do tâches sociales, et son aspiration à la conquête du pouvoir deviendra une aspiration à changer, à réformer la société contemporaine dans un sens démocratique, adapté à l’état actuel des choses, afin d’assurer la défense la meilleure, la plus com­plète, dos droits (de toutes sortes) des classes laborieuses. La notion de « politique e s’élargira et prendra un sens vraiment social, et les revendications pratiques de l’heure auront plus de poids, pourront compter sur une plus grande attention que jusqu’à présent.

 

De cette brève description de l’évolution du mouvement ouvrier on Occident il n’est pas difficile de tirer des conclusions Pour la Rassie. La voie du moindre effort ne sera jamais orien­tée chez nous dans le sons de l’activité politique, l’intolérable oppression politique fera beaucoup parler d’elle et retiendra spé­cialement l’attention, niais jamais elle ne poussera à agir prati­quement. Si, en Occident, les faibles effectifs des ouvriers, en­traînés dans l’action politique, se sont de ce fait affermis et cristallisés, chez nous, au contraire, ces faibles effectifs se heur­tent art mur de l’oppression politique et, loin d’avoir les moyens pratiques de lutter contre elle et, par conséquent, de se dévelop­pe1., sont même systématiquement étouffés par cette oppression et ne peuvent faire aucun progrès, si minima soit-il. Si l’on ajoute à cela quo notre classe ouvrière n’a pas hérité de cet esprit d’organisation qui distinguait les militants d’Occident, on se trouvera devant un sombre tableau, capable de décourager le marxiste le plus optimiste, convaincu que toute nouvelle che­minée d’usine, du seul fait de son existence, est la source d’un grand bien-être. La lutte économique, elle aussi, est difficile, extrêmement difficile, mais elle est possible, et enfin elle est pratiquée par les masses elles-mêmes. Apprenant par cette lutte à s’organiser, et s’y heurtant à tout instant au régime politique, l’ouvrier russe créera finalement ce qu’on peut appeler une forme du mouvement ouvrier-, créera l’organisation ou les organisations les plus conformes aux conditions russes.- A l’heure actuelle, on peut affirmer on toute certitude que le mouvement ouvrier russe se trouve encore dans un état amiboïde * et -n’a créé aucune for­me. Le mouvement gréviste, qui existe quelle que soit la- forme d’organisation, ne peut encore être considéré -comme une forme cristallisée du mouvement – russe; quant aux organisations illéga­les, elles ne méritent pas d’attention, ne serait-ce que du point de vue purement quantitatif (pour ne rien dire de – leur utilité dans les conditions actuelles).

 

Telle est la situation. Si l’on ajoute à cela les famines et la ruine des campagnes, qui favorisent le Streikbrecherisme ** et il devient – par conséquent encore plus difficile d’élever la culture des massas ouvrières à un niveau plus acceptable, alors … que reste-t-il à faire à un marxiste russe? T Les propos sur la création d’un parti politique ouvrier indépendant ne sont que l’effet de la transplantation Sur notre sol d’objectifs étrangers, de ré­sultats étrangers. Le marxiste russe – fait jusqu’à présent triste figure. Ses buts pratiques sont- actuellement dérisoires ; ses connaissances théoriques,- pour autant qu’il les utilise non comme un instrument de recherche mais comme un schéma d’activité, n’ont aucune valeur même- pour ce qui est d’atteindre ces objec­tifs pratiques dérisoires De plus, ces -schémas empruntés sont nuisibles au point de vue pratique. Oubliant que la classe ouvriè­re d’occident est entrée en lice sur un terrain politique déjà déblayé, -nos marxistes manifestent un dédain exagéré pour l’ac­tivité radicale ou d’opposition libérale de toutes les couches non ouvrières -de la société. Les moindres tentatives de concentrer l’attention sur les manifestations publiques relevant d’une politi­que libérale soulèvent- les protestations des marxistes orthodoxes, qui oublient que tout un ensemble de conditions historiques nous empêchent d’être des marxistes d’Occident et exigent de notre part un autre marxisme, approprié et nécessaire dans les condi­tions russes. L’absence, chez tout citoyen russe, de sens et de flair politiques ne peut évidemment être rachetée par des propos sur la politique ou des appels à une force inexistante. Ce flair politique ne peut être acquis que par l’éducation, c’est-à-dire par la participation à la vie (si peu marxiste soit-elle) que nous offre la réalité russe. Autant la « négation » était (provisoirement) opportune en Occident, autant elle est nuisible chez nous, car une négation émanant d’une force organisée et effective est une chose, alors qu’une négation émanant d’une masse informe d’in­dividus dispersés en est une autre.

Pour un marxiste russe il n’y a qu’une issue : participer, c’est-à-dire contribuer à 14 lutte économique du prolétariat et prendre part à l’activité de ‘l’opposition libérale. En tant que « négateur», le marxiste russe est arrivé trop tôt, et cette négation a affaibli en- lui la part d’énergie qui doit être orientée vers le radicalisme politique. Jusqu’ici, tout cela n’est pas terrible, mais si le schéma de classe empêche l’intellectuel russe de prendre une part active à la vie, et le rejette trop loin des milieux d’opposition, cela portera un grave préjudice à tous ceux qui sont obligés de lutter pour des formes juridiques autrement qu’au coude à coude avec une classe ouvrière qui ne s’est pas encore fixé d’objectifs politiques. La candeur politique de l’intellectuel marxiste russe, dissimulée par des raisonnements abstraits sut’ des sujets politiques, peut lui jouer un mauvais tour.»

 

Nous ne savons pas s’il se trouvera beaucoup de so­cial-démocrates russes pour partager ces vues. Mais il est incontestable qu’en général les idées de ce genre ont des adeptes, et c’est pourquoi nous estimons de notre devoir de protester catégoriquement contre elles, et de mettre eu garde tous les camarades contre la menace de faire dévier la social-démocratie russe du chemin qu’elle c’est déjà tracé la formation d’un parti. politique ouvrier indé­pendant, inséparable de la lutte de classe du prolétariat et s’assignant pour tâche immédiate la conquête de la liberté politique.

 

Le « credo » ci-dessus contient premièrement une « brè­ve description de l’évolution du mouvement ouvrier en Occident » et, deuxièmement, des « conclusions polir la Russie.

 

Tout d’abord, l’idée que les auteurs du « credo » se font du passé du mouvement ouvrier d’Europe occidentale est entièrement fausse. Il est faux que la classe ouvrière d’Occident n’ait pas participé à la lutte pour la liberté politique et aux révolutions politiques.

 

L’histoire du char­tisme et les révolutions de 1848 en France, en Allema­gne et en Autriche prouvent le contraire. Il est absolu­ment faux que le marxisme ait été l’expression théori­que de la pratique dominante : de la lutte politique qui prévalait sur la lutte économique ». Au contraire, le marxisme » est apparu lorsque prédominait le socialis­me non politique (owenisme, fouriérisme, « socialisme vrai») et le Manifeste Communiste s’est immédiatement opposé au socialisme non politique. Même lorsque le mar­xisme est intervenu armé théoriquement de pied en cap (Le Capital) et a organisé la célèbre « Association Inter­nationale des Travailleurs », la lutte politique n’était nullement la pratique prépondérante (trade-unionisme étroit en Angleterre, anarchisme et proudhonisme dans les pays de langues romanes). En Allemagne, le grand mérite historique de Lassalle est d’avoir fait de la classe ouvrière, d’appendice de la bourgeoisie libérale qu’elle était, un parti politique indépendant. Le marxisme a lié en un tout indissoluble la lutte économique et la lutte politique de la classe ouvrière, et les efforts que déploient les auteurs du « credo » pour séparer ces formes de lutte, sont des écarts des plus malencontreux et des plus funes­tes par rapport au marxisme.

 

Ensuite, les auteurs du « credo » se font une idée non moins fausse de la situation actuelle du mouvement ou­vrier en Europe occidentale et de la théorie du marxisme sous le drapeau duquel se poursuit ce mouvement. Parler d’une « crise du marxisme », c’est reprendre le bavardage absurde des écrivassiers bourgeois qui s’ingénient à at­tiser toute divergence entre socialistes afin d’organiser la scission dans les partis socialistes. La fameuse bernstei­niade, telle que la comprennent habituellement le grand public en général et les auteurs du « credo » en particu­lier, est une tentative de rétrécir la théorie du marxisme, de faire du parti ouvrier révolutionnaire un parti réfor­miste, et cette tentative a été résolument condamnée, comme il fallait s’y attendre, par la majorité des social-démocrates allemands. Des tendances opportunistes se sont manifestées plus d’une fois dans la social-démocra­tie allemande et, chaque fois, elles ont été repoussées par le Parti, qui veille fidèlement sur les principes de la so­cial-démocratie internationale révolutionnaire. Nous som­mes convaincus que tout essai de transplanter en Russie les conceptions opportunistes se heurtera à une résistance non moins énergique de la part de l’immense majorité des social-démocrates russes.

 

 

De même, il ne saurait être question d’un « change­ment radical quelconque de l’activité pratique » des par­tis ouvriers d’Europe occidentale, quoi qu’en disent les auteurs du « credo » l’énorme importance de la lutte économique du prolétariat et la nécessité de cette lutte ont été reconnues dès le début par le marxisme, et déjà dans les années 40 Marx et Engels polémisaient avec les socialistes utopistes qui en niaient l’importance.

Une vingtaine d’années plus tard, lorsque se constitua l’«Association Internationale des Travailleurs », la question de l’importance des syndicats ouvriers et de la lutte économique fut soulevée dès son premier congrès, à Ge­nève, en 1866. La résolution adoptée à ce congrès précisa la portée de la lutte économique, mettant les socialistes et les ouvriers en garde, d’une part, contre l’exagération de son rôle (ce qui s’observait à l’époque chez les ou­vriers anglais), et, d’autre part, contre sa sous-estimation de que l’on remarquait chez les Français et les Alle­mands, notamment chez les lassalliens ).

 

La résolution reconnut les syndicats ouvriers comme un phénomène non seulement légitime, mais nécessaire en régime capita­liste, et en souligna l’extrême importance pour l’organisation de la classe ouvrière dans sa lutte quotidienne contre le capital et pour la suppression du salariat. La ré­solution déclara que les syndicats ouvriers no devaient pas s’attacher exclusivement à « la lutte immédiate contre le Capital », qu’ils ne devaient pas se tenir à l’écart du mouvement politique et social d’ensemble de la classe ou­vrière que leurs buts ne devaient pas être  étroits, mais tendre à l’émancipation universelle des millions de travailleurs opprimés. Depuis lors, dans les partis ou­vriers des divers pays, on a soulevé maintes fois, et on soulèvera évidemment encore plus d’une fois, la question de savoir s’il faut, à un moment donné, accorder un peu plus ou un peu moins d’attention à la lutte économique ou à la lutte politique du prolétariat mais la question générale ou de principe se pose aujourd’hui encore com­me elle a été posée par le marxisme. La conviction que la lutte de classe du prolétariat doit nécessairement fu­sionner en un seul tout la lutte politique et la lutte éco­nomique s’est profondément ancrée dans la social-démo­cratie internationale. Par ailleurs, l’expérience historique atteste irréfutablement que l’absence de liberté politique ou la restriction des droits politiques du prolétariat abou­tit toujours à la nécessité de placer la lutte politique au premier plan.

 

Encore moins peut-il être question d’un changement tant soit peu notable dans l’attitude du parti ouvrier en­vers les autres partis d’opposition. Sous ce rapport aussi, le marxisme a indiqué la position juste, également éloi­gnée de l’exagération du rôle de la politique et de la cons­piration (blanquisme, etc.), que du dédain de la politi­que ou de sa réduction à un ravaudage social de caractère opportuniste, réformiste. (anarchisme, socialisme uto­pique et petit-bourgeois, socialisme d’Etat, socialisme de la chaire, etc.). Le prolétariat doit: s’efforcer de créer des partis ouvriers politiques indépendants dont le but es­sentiel  est la conquête du pouvoir politique par le prolétariat pour organiser la société socialiste Il ne doit nullement considérer les autres classes et partis comme e une seule masse réactionnaire » au contraire, il doit participer à toute la vie politique et sociale, appuyer les classes et les partis de . progrès contre les classes et les partis réactionnaires, soutenir tout mouvement révolu­tionnaire contre le régime actuel, se faire le défenseur de toute nationalité ou race opprimée, de toute religion per­sécutée, des femmes privées de droits,. etc. Les raisonne­ments des auteurs du «: credo » sur ce thème témoignent uniquement du désir d’estomper le caractère de classe de la lutte du prolétariat, d’affaiblir cette lutte par une ab­surde e reconnaissance* de la société », de rétrécir le mar­xisme révolutionnaire au point d’en faire un courant ré­formiste banal. Nous sommes convaincus que l’immense majorité des social-démocrates russe repoussera résolu­ment cette altération des principes fondamentaux de la social-démocratie. Les prémisses erronées des auteurs du « credo » sur le mouvement ouvrier d’Europe occidentale les conduisent à des e conclusions pour la Russie » encore plus erronées.

 

Affirmer que la classe ouvrière russe « ne s’est pas encore fixé d’objectifs politiques e, c’est tout simplement révéler son ignorance du mouvement révolutionnaire rus­se. Déjà l’«Union des ouvriers russes du Nord », fondée en 1878 et l’«Union des ouvriers de la Russie du Sud», fondée en 1875, avaient revendiqué dans leur programme la liberté politique.

 

Après la période réactionnaire des an­nées 80, la classe ouvrière a repris maintes fois la même revendication dans les années 90. Affirmer que « les pro­pos sur la création d’un parti politique ouvrier indépen­dant ne sont que l’effet de la transplantation sur notre sol d’objectifs étrangers, de résultats étrangers e, c’est tout simplement. faire preuve d’une incompréhension to­tale du rôle historique de la classe ouvrière russe et des tâches urgentes de la social-démocratie russe. Le pro­gramme des auteurs du « credo » tend évidemment à ce que la classe ouvrière, suivant la « voie du moindre ef­fort et, se limite à la lutte économique, tandis que les « mouve­ments de l’opposition libérale » combattraient avec la « participation » des marxistes pour des » formes juridi­ques ». La réalisation d’un tel programme équivaudrait à un suicide politique de la social-démocratie russe, à un freinage et un avilissement considérables du mouvement ouvrier russe et du mouvement révolutionnaire russe (ces deux notions se confondent à nos yeux). L’apparition d’un tel programme, à elle seule, montre combien étaient fon­dées les craintes d’un des militants d’avant-garde de la social-démocratie russe, P. Axelrod, lorsqu’il écrivait ce qui suit à la fin de 1897, à propos de l’éventualité d’une telle perspective:

 

«Le mouvement ouvrier ne dépasse pas le cadre étroit des collisions purement économiques entre ouvriers et entrepreneurs et, par lui-même, pris dans son ensemble, il n’a pas do caractère politique ; par contre, dans la lutte pour la liberté politique, les couches avancées du prolétariat suivent les cercles et frac­tions. révolutionnaires appartenant à ce qu’on appelle l’intelligentsia » (Axelrod : A propos des tâches et de ta tactique oc-tirettes des social-démocrates russes, Genève, 1898, p. 19)

 

Les social-démocrates russes doivent déclarer une guerre à outrance à tout l’ensemble d’idées exprimées dans le « credo », car elles conduisent directement à la réalisation de cette perspective. Les social-démocrates russses doivent déployer tous leurs efforts en vue de réaliser une autre perspective, exposée par P. Axelrod en ces ter­mes:

 

« Autre perspective: la social-démocratie organise le prolé­tariat russe en un parti politique indépendant, luttant pour la liberté, en partie aux côtés des fractions révolutionnaires bour­geoises (pour autant qu’il s’en trouvera) et en alliance avec elles, en partie en attirant ouvertement dans ses rangs ou en entraî­nant à sa suite les éléments intellectuels les plus attachés au peuple et les plus révolutionnaires » (ibid., p. 20).

 

A l’époque même où P. Axelrod écrivait ces lignes, les déclarations des social-démocrates de Russie mon­traient clairement que l’immense majorité d’entre eux partageaient ce point de vue. Il est vrai qu’un journal des ouvriers de Pétersbourg, la Rabotc/iaïa Mysi , sem­bla pencher vers les idées des auteurs du «credo», en exprimant malheureusement, dans un éditorial à caractère de programme (n° 1, octobre 1897), cette thèse absolu­ment erronée et contraire à la doctrine social-démocrate que la « base économique du mouvement » peut être s’est obscurcie par le désir constant de ne pas oublier l’idéal politique ». Mais en même temps un autre journal des ouvriers de Pétersbourg, le Sankt-Pétersbourgski 1?abotchi Listofc 12 (n° 2, septembre 1897), déclara résolument que « seul un parti ouvrier nombreux et fortement organisé pouvait… renverser l’autocratie », que les ouvriers « orga­nisés en un parti puissant » « se libéreraient eux-mêmes et libéreraient toute la Russie de toute oppression politi­que et économique ». Un troisième journal, la Rabotchaïa Gazéta 13 écrivit dans l’éditorial de son n° 2 (novembre 1897): « La lutte contre le gouvernement autocratique pour la liberté politique est l’objectif immédiat du mou­vement ouvrier russe. » – « Le mouvement ouvrier rus­se décuplera ses forces s’il intervient comme un seul bloc cohérent, sous le même nom et avec une organisation so­lide... » « Les cercles ouvriers isolés doivent se trans­former en un seul parti. » « Le parti ouvrier russe sera un parti social-démocrate. » Ce qui prouve que l’immense majorité des social-démocrates russes partageait entière­ment les vues de la Rabotchaïa Gazéta, c’est que le con­grès des social-démocrates russes, réuni au printemps 1898, forma le « Parti ouvrier social-démocrate de Rus­sie », publia un manifeste au nom de ce parti et recon­nut la Rabotchaïa Gazéta comme son organe officiel. Ain­si, les auteurs du «credo » font un pas énorme en arrière, par rapport au degré de développement déjà atteint parla social-démocratie russe et sanctionné dans le Manifeste du Parti ouvrier social-démocrate de Rassie.

 

Si, à la suite de la féroce répression déclenchée par le gouvernement russe, l’activité du Parti s’est, à l’heure actuelle, momen­tanément affaiblie et si son organe officiel a cessé de pa­raître, la tâche de tous les social-démocrates russes est de déployer tous les efforts en vue de consolider définitive­ment le Parti, élaborer son programme et faire revivre son organe officiel. Etant donné le flottement idéologique attesté par le fait que des programmes comme le « credo s analysé ci-dessus ont pu voir le jour, nous estimons par­ticulièrement nécessaire de souligner les principes fonda­mentaux exposés dans le Manifeste et qui sont d’une énorme importance pour la social-démocratie russe. Pre­mièrement la social-démocratie russe e veut être et res­ter un mouvement de classe des masses ouvrières organisées ».

 

Il en découle que la devise de la social-d4mocra­tie doit être : prêter concours aux ouvriers non seulement dans la lutte économique, mais aussi dans la lutte poli­tique ; l’agitation, non seulement sur le terrain des reven­dications économiques immédiates, mais aussi en liaison avec toutes les manifestations de l’oppression politique la propagande, non seulement des idées du socialisme scientifique, mais aussi des idées démocratiques. Seule la théorie du marxisme révolutionnaire peut être le drapeau du mouvement de classe des ouvriers, et la social-démo­cratie russe doit veiller à la développer et à la mettre en pratique, tout en la protégeant contre les déformations et les avilissements auxquels sont si souvent en butte les « théories à la mode » (or, les succès de la social-démo­cratie révolutionnaire en Russie ont déjà fait du marxis­me une théorie « à la mode s). En concentrant actuelle­ment toute son action parmi les ouvriers des usines, des fabriques et des mines, la social-démocratie ne doit pas oublier qu’avec l’extension du mouvement, les masses la­borieuses qu’elle organise doivent aussi englober dans leurs rangs les ouvriers à domicile, les artisans, les ou­vriers agricoles et les millions de paysans ruinés et mou­rant de faim.

 

 

Deuxièmement : « La classe ouvrière russe doit porter et portera jusqu’au bout sur ses fortes épaules la cause de la conquête de la liberté politique. s En s’assignant comme tâche immédiate le renversement de l’absolutisme, la social-démocratie doit intervenir comme un combattant d’avant-garde dans la lutte pour la démocratie, et est te­nue, ne serait-ce que pour cette seule raison, d’appuyer au maximum tous les éléments démocratiques de la po­pulation russe pour s’en faire des alliés. Seul un parti ou­vrier indépendant peut être un rempart solide dans la lut­te contre l’autocratie, et c’est uniquement en s’alliant à un tel parti, en le soutenant, que tous les autres combat­tants pour la liberté politique pourront déployer large­ment leur activité.

 

Enfin, troisièmement: « En tant que mouvement et tendance socialiste, le Parti social-démocrate de Russie poursuit l’oeuvre et les traditions de tout le mouvement révolutionnaire antérieur en Russie ; considérant que la conquête de la liberté politique est 1a principale tâche immédiate de l’ensemble du Parti, la social-démocratie marche vers le but qu’avaient déjà nettement tracé les glorieux militants de l’ancienne « Narodnaïa Volia » .

 

Les traditions de tout le mouvement révolutionnaire an­térieur en Russie exigent que la social-démocratie con­sacre actuellement toutes ses forces. à l’organisation du Parti, au renforcement de sa discipline intérieure et au perfectionnement de la technique de la lutte clandestine. Si les militants de l’ancienne « Narodnaïa Volia » ont su jouer un rôle immense dans l’histoire russe, bien que ses héros peu nombreux fussent soutenus par des couches sociales très minces, et bien que le drapeau de ce mou­vement fût une théorie nullement révolutionnaire, la so­cial-démocratie, qui s’appuie sur la lutte de classe du pro­létariat, saura devenir invincible. « Le prolétariat russe secouera le joug de l’autocratie pour continuer avec une énergie d’autant plus grande la lutte contre le capitalis­me et la bourgeoisie, jusqu’à la victoire totale du socia­lisme». »

 

Extrait d’un article tiré des Œuvres, Paris-Moscou, t. 4, pp.171-186
Rédigé avant le 22 août (3 septembre) 1899
Publié pour la première fois en décembre 1899 à l’étranger sous la forme d’un tiré à part du n° 4-5 de la revue Rabotchété Diélo