Le point de vue maoïste sur la GPP dans les pays impérialistes

Pour nous maoïstes, le processus révolutionnaire n’est pas spontané. C’est un aspect essentiel de la question de la révolution. Le mouvement de mai/juin 1968 a montré quelles sont les conséquences de l’absence d’une organisation maoïste dirigeant le mouvement de masses.

Les masses ont ébranlé le système, mais elles ne l’ont pas renversé. La contre-révolution a pu ainsi reprendre le dessus, au fur et à mesure et en profitant des idéologies social-démocrate et gaulliste.

Mais un autre aspect non moins essentiel est que la révolution communiste est la révolution des masses populaires. Les maoïstes sont une avant-garde au sens où leur objectif est que les masses suivent le chemin de la révolution.

Ce sont les masses qui font l’ histoire ; comme le dit Mao Zedong,  » le peuple, le peuple seul est la force motrice, le créateur de l’histoire universelle « .

Le concept de guerre populaire correspond à ce principe maoïste. La guerre populaire est la guerre des masses populaires ; elle seule fraie le chemin au socialisme, au communisme. Il n’y a de processus réellement révolutionnaire que s’il y a une guerre populaire.

Celle-ci peut prendre plusieurs formes ; cela dépend des pays, des conditions concrètes. Le concept de guerre populaire est un concept scientifique, valable universellement, dont l’application dépend de son champ d’application.

Le camarade Gonzalo a résumé cette position ainsi :  » Pour nous, le président Mao Zedong, en établissant les principes de la guerre populaire, a doté le prolétariat de sa ligne militaire, de sa théorie et de sa pratique militaire, de valeur universelle, donc applicable partout, selon les conditions concrètes « .

Cette position est la seule scientifique, elle seule permet aux révolutionnaires de trouver suffisamment de créativité pour avancer dans le processus révolutionnaire. Cette position permet de ne pas tomber dans l’erreur révisionniste opposant les révolutions russe et chinoise.

La révolution russe est le fruit du long travail d’agitation de propagande des Bolchéviks, de leur organisation de l’insurrection d’Octobre 1917, puis de l’armée rouge dans la lutte contre les troupes contre-révolutionnaires et ses soutiens impérialistes.

La révolution chinoise est le fruit du long développement de l’armée rouge et des conquêtes de zones libérées, jusqu’à la libération de tout le pays.

Lénine, Staline et la troisième Internationale ont eu raison d’affirmer le caractère universel de la révolution russe, c’est-à-dire de la dictature du prolétariat. Mais la troisième Internationale a souvent compris cela de manière mécanique, et donné à la révolution russe un caractère de modèle universel.

Après la révolution chinoise, d’autres dogmatiques considéreront qu’il s’agit là aussi d’un modèle universel.
Ces positions sont erronées, car elle nie le caractère particulier de la révolution dans chaque pays.

C’est pourquoi le Parti Communiste du Pérou a souligné la nécessité pour les communistes de chaque pays de développer une  » pensée  » spécifique. Au Pérou l’idéologie est ainsi le marxisme-léninisme-maoïsme pensée Gonzalo ; de même dans chaque pays les communistes doivent comprendre comment la guerre populaire peut et doit se développer.

Ceux et Celles qui raisonnent de manière schématique sont condamnés à échouer.

Rosa Luxembourg et Che Guevara ont tenté d’appliquer schématiquement un modèle de révolution, sans étudier les conditions concrètes. L’échec en a été la conséquence. Inversement, là où les communistes appliquent la guerre populaire prolongée aux conditions concrètes, celle-ci devient indestructible, comme c’est le cas au Pérou, ou encore au Népal.

La guerre populaire prolongée est la guerre des masses populaires ; la situation des masses populaires étant différente selon les pays, le mode d’action change. Dans le fameux interview du camarade Gonzalo, celui-ci dit ainsi : « L’Amérique latine, par exemple, compte des villes proportionnellement plus grandes que celles des autres continents.

C’est une réalité de l’Amérique Latine qu’on ne peut ignorer. Il suffit de voir la capitale du Pérou, qui a un taux de population élevé. Ainsi, pour nous, la ville ne pouvait être laissée de côté et la guerre devait s’y dérouler aussi, toutefois la lutte se livre principalement à la campagne, celle de la ville restant le complément nécessaire « .

La guerre populaire en Amérique latine possède donc des caractéristiques différentes de celles des autres continents. Pour pouvoir mener une guerre populaire correcte, il faut connaître dans tous les cas l’histoire du pays, l’histoire du développement économique, l’histoire des masses et de leurs luttes, la géographie, les tâches historiques des communistes.

En ce qui concerne la France par exemple, on voit bien que le schéma opposant  » révolution des villes  » et  » révolution des campagnes  » est absurde. Car dans les pays impérialistes, une grande partie de la population est rurbaine.

Elle n’habite pas dans une ville au sens classique du terme, et elle n’a pas de rapports avec la production agricole. En France, environ 20 millions de personnes vivent dans des zones rurbaines.

Cette population ne vit plus la grande concentration urbaine propre aux zones ouvrières. C’est pourtant dans cette zone que la classe ouvrière y est la plus nombreuse. La classe ouvrière fait ainsi 35% de la population active française, mais elle est beaucoup plus présente dans les zones rurbaines que dans les villes.

L’Etat impérialiste français a ainsi soutenu le développement culturel de la petite-bourgeoisie dans ces zones rurbaines, où les pavillons s’opposent ainsi aux HLM (qui comptent plus de 3,5 millions d’appartements).

Ce sont ainsi les classes dominantes et la petite-bourgeoisie qui dominent culturellement le prolétariat, jusque dans ses bastions. Le phénomène de la  » banlieue rouge « , apparue avec le développement du Parti Communiste en France, disparaît un peu plus à chaque élection municipale depuis que le révisionnisme prédomine dans ce parti.

Peut-on ainsi dire que la révolution russe est un  » modèle  » pour la révolution en France ? Non, on ne le peut pas. Ce que nous pouvons dire c’est que, au fond et comme Lénine l’a fait remarqué, la révolution consistera en la dictature du prolétariat, comme en Russie.

Nous pouvons par conséquent dire que cette révolution sera une guerre populaire, comme l’a fait remarqué le camarade Gonzalo, avec trois outils donc : le Parti, l’Armée, le Front.
Pas de révolution sans les  » trois épées magiques  » !

L’histoire de la révolution socialiste dans les pays impérialistes est justement un échec en raison de la non utilisation de ces trois outils, décrit par Mao Zedong comme les  » trois épées magiques « .

Les révolutionnaires d’Allemagne avaient, dans les années 1930, un très bon Parti Communiste, ainsi qu’un Front de grande dimension (allant des combattants antifascistes à l’organisation de courses de motos). Mais l’absence d’une armée en tant que telle leur fera subir une défaite totale.

Les révolutionnaires d’Italie avaient, dans les années 1970, organisé un grand embryon d’armée. Mais les Brigades Rouges repoussèrent la structuration d’un véritable Parti Communiste et nièrent l’importance du Front. La conséquence sera une déviation militariste accompagné d’un isolement croissant, formant une spirale infernale.

Si aujourd’hui nous pouvons avoir cette grille d’analyse, c’est grâce à l’expérience accumulée par le mouvement ouvrier et communiste en Europe occidentale. La réflexion sur la révolution dans les pays capitalistes ne s’est jamais arrêtée depuis la révolution russe.

Initialement, les communistes d’Europe occidentale pensaient qu’il fallait utiliser le modèle soviétique. Cette position a amené de nombreuses dérives gauchistes. Le Parti Communiste d’Autriche appelait ainsi chaque semaine à la Révolution socialiste, sans se soucier d’organiser les masses populaires. Il y a également et bien sûr eu la tentative des Spartakistes de Rosa Luxembourg de renverser la bourgeoisie, tentative écrasée dans le sang.

Par la suite s’est développée au sein de l’Internationale Communiste la thèse du front populaire. L’utilisation du front pour organiser les larges masses visait à rassembler contre le fascisme, mais également pour la révolution.

Tel ne fut pas le cas en Europe. Les communistes de France se soumirent, comme ceux/celles d’Espagne ou même d’Italie, à la social-démocratie. En 1936, le fascisme fut vaincu en France, mais le Parti Communiste devint  » Français  » et réhabilita le patriotisme, la Marseillaise, la révolution bourgeoise de 1789.

Cette attitude ne se modifia pas pendant la Résistance armée des années de guerre impérialiste (1939-1945).

Et les révisionnistes dominèrent même idéologiquement les révolutionnaires par l’intermédiaire de ce concept de  » front », qui devint la quête des  » 51%  » aux élections. Des années 1950 à aujourd’hui, tout l’histoire du  » Parti Communiste Français  » est ainsi la recherche d’un  » front  » des forces  » progressistes « ,  » démocratiques « , etc.

Le Front Populaire devait permettre l’organisation à la base, il devint un prétexte pour une recherche d’alliances électorales. Le trotskysme, liquidé, put renaître grâce à l’opportunisme de cette thèse, s’affirmant comme les seuls vrais  » révolutionnaires « .

Or, à l’opposé des trotskystes, nous communistes ne pensons pas que la thèse du Front Populaire soit fausse ; c’est son application en Europe qui a été erroné.

En Chine, les communistes ont très bien appliqué ce concept du front. Ils/Elles ne se sont pas soumisEs à la petite-bourgeoisie ni à la bourgeoisie nationale. Les communistes ont conservé leur indépendance, et ont dirigé le mouvement.

Ainsi, en Europe occidentale, l’opportunisme en ce qui concerne la question du Front a abouti à la cessation de l’analyse révolutionnaire conséquente. Il a fallu attendre les années 1970 pour que des tentatives de réponse à cette question révolutionnaire soit posée.

Apprendre des succès comme des échecs ! Le philosophe allemand Hegel a affirmé que  » Tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel est réel « . Les communistes ne nient pas les phénomènes historiques , même si cela ne leur  » plaît  » pas ; au contraire ils/elles en étudient les aspects positifs comme négatifs.

Si nous relisons l’interview du camarade Gonzalo, nous pouvons ainsi y lire le paragraphe suivant :

 » Quant à l’Europe, nous voyons s’y développer de longues luttes armées ; elles sont l’expression d’une réalité objective. Par conséquent, il ne s’agit pas de condamner, mais de comprendre, d’étudier et d’analyser, et de voir comment elles expriment le fait qu’une situation révolutionnaire existe aussi dans la vieille Europe.

Plus encore, il y a des hommes [et des femmes] qui prennent les armes en comprenant que c’est la seule façon de conquérir le pouvoir ; c’est un coup dur pour le révisionnisme, parce qu’en Europe même, considérée comme un de ses bastions, le révisionnisme commence à être abandonné. Quels que soient le niveau atteint et les problèmes en suspens, c’est incontestablement une avancée importante.

Dans certains cas, il s’agit de questions nationales, comme en Irlande. Dans d’autres, ils se posent le problème de comment faire la révolution. Nous pensons que ces luttes doivent être sérieusement étudiées : la question est de voir quelle est leur idéologie, quelle politique les guide, quelles classes elles servent, comment elles font face au problème des superpuissances.

Nous pensons qu’elles méritent beaucoup d’attention de notre part, surtout quand il y a des organisations qui se posent la question du retour à Mao Zedong, ou qui commencent à se poser la question de la nécessité du Parti, ou de l’insuffisance de la seule lutte armée.

Alors, nous devons voir ceci comme un nouvel éveil, et comprendre que de nombreuses erreurs peuvent être commises ; finalement, qui n’en commet pas ?

Mais ce sont elles-mêmes qui tireront les leçons de leurs erreurs, comme elles sont déjà en train de le faire, et elles avanceront, s’empareront du marxisme-léninisme-maoïsme, construiront leurs Partis et feront leurs guerres populaires, selon le caractère socialiste de leur révolution et selon leurs conditions concrètes.

En synthèse, c’est un exemple, je le répète, qu’en Europe aussi il y a une situation révolutionnaire de développement inégal, qu’il y a des hommes dégoûtés du révisionnisme pourri qui, dans des conditions si difficiles, au sein des entrailles impérialistes où la lutte est complexe et dure, prennent les fusils pour changer le monde, comme c’est d’ailleurs la seule façon de le faire.

Ceci donne plus d’espoir et permet de voir que la tendance principale c’est la révolution, et que l’Europe, elle aussi, s’oriente vers la révolution.

Voyons même qu’après avoir été pionniers, ils sont en train d’ouvrir des brèches et en fin de compte d’offrir plus d’espoir ; ils méritent plus de compréhension de notre part, d’autant qu’on voit que quelques uns se préoccupent déjà du Parti et du retour à Mao Zedong, c’est-à-dire du retour au marxisme, pou s’en saisir dans son ensemble : le marxisme-léninisme-maoïsme.

En Europe aussi se mènent ces luttes, avec également des limites et des erreurs, comme dans toute lutte, mais nous devons les voir comme une expression de la marche irrépressible de la révolution, et de comment à chaque fois plus de pays et de peuples s’expriment en prenant les fusils pour renverser l’ordre existant.

Ils acquièrent de l’expérience et font route vers le Parti et l’idéologie du prolétariat, le marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme.

Pour moi c’est un motif de joie que de voir qu’en Europe la révolution commence à se frayer un chemin, et quels que soient les accrochages, les faux pas qui puissent avoir lieu, il faut avoir confiance dans les masses et les peuples, confiance dans le fait que, de la même façon qu’ailleurs, la révolution a lieu les armes à la main, en suivant le marxisme, en Europe elle se fera aussi, nous devons y penser.

J’insiste sur le fait que nous devrions voir une dimension historique, voir à plus longue échéance, étudier sérieusement ces mouvements et encourager tout ce qui conduit au marxisme-léninisme-maoïsme, à forger un Parti et à développer la guerre populaire « .

Pour résumer, nous pouvons dire que la situation des années 1970-1980, résumée par le camarade Gonzalo, est l’exacte inverse de celle des années 1920-1950.

Il y a des armées ou des armées en construction, mais ni le Parti, ni le Front. Puisque de plus pour, nous maoïstes, le Parti dirige l’armée, on peut s’attendre à des déviations militaristes, ainsi qu’au fait que le Front  » oublié  » permet une très forte mainmise des révisionnistes et des sociaux-démocrates sur les organisations des masses.

De fait, telle a été la situation.
Les années 1970, expériences complémentaires de celles des années 1920-1940
Lorsque dans les années 1950-1960 les révisionnistes prennent définitivement le pouvoir dans les Partis Communistes des pays capitalistes européens, la situation est très difficile pour les véritables communistes.

Les sources du révisionnisme sont profondes. Les chefs du révisionnisme français et italien, Thorez et Togliatti, sont depuis longtemps aux commandes des Parti de France et d’Italie ; de plus leurs positions ouvertement révisionnistes sont progressives. Thorez prétendra ainsi encore défendre Staline.

Deux positions vont ainsi se développer chez les communistes. La première considère que la source principale du révisionnisme est extérieure aux Partis Communistes des pays européens. Il s’agit par conséquent de refonder le plus vite possible un Parti Communiste défendant une ligne correcte.

La seconde affirme au contraire que les sources du révisionnisme sont principalement internes aux Partis Communistes. Il faut donc se fondre dans les masses, et à partir de là reconstruire le Parti Communiste.

La première position a produit une énorme vague de ce qu’on appelé les  » groupes ML « . Ces groupes, que l’on peut compter par centaines, se prétendaient chacun le véritable parti communiste.

Aucun n’a connu de développement réel et durable, et tous ont disparu à la fin des années 1970.
La seconde position a produit peu de groupes, mais ceux-ci ont une influence très profonde dans leurs pays respectifs, ainsi qu’un fort ancrage dans les masses. Leur principale caractéristique est la mise en avant de la violence révolutionnaire, la défense de la guerre de guérilla pour prendre le pouvoir.

Il serait évidemment erroné de penser que les communistes refusant le schématisme formel de la construction fictive d’un  » Parti Communiste  » de papier, aient tous/toutes possédé la même position dans tous les domaines. Mais il existe de nombreux dénominateurs commun :

§ L’affirmation de la nécessité de partir des positions de Mao Zedong ;
§ La centralité de la classe ouvrière dans le processus révolutionnaire ;
§ L’internationalisme prolétarien comme identité ;
§ La nécessité de refuser la domination du révisionnisme sur les organisations de masse et d’organiser l’autonomie de celles-ci vis-à-vis de l’Etat impérialiste ;
§ Le primat de la pratique.

La Fraction Armée Rouge affirme ainsi dans son Manifeste que:  » Il n’y aura pas de rôle dirigeant des marxistes-léninistes dans les futurs luttes de classes si l’avant-garde ne tient pas elle-même la bannière rouge de l’internationalisme prolétarien et si l’avant-garde ne répond pas elle-même à la question de savoir comment sera érigé la dictature du prolétariat, comment le pouvoir politique du prolétariat doit être exigé, comment le pouvoir de la bourgeoisie doit être brisé, si elle n’est pas prête avec une pratique à y répondre.

L’analyse de classe dont nous avons besoin n’est pas à faire sans pratique révolutionnaire, sans initiative révolutionnaire »
.
Ce texte se termine d’ailleurs par le slogan  » Victoire dans la Guerre Populaire! ».

Cette position est commune aux partisanEs de la position authentiquement révolutionnaire. Les développements seront très différents selon les pays.

En France, la Gauche Prolétarienne (1969-1972), dont les militantEs se définissent comme  » maoïstes « , réussissent à avoir un écho retentissant dans les masses populaires. La  » GP  » mènera des luttes très dures dans beaucoup de domaines de lutte, organisant les masses sur le terrain de la violence révolutionnaire et principalement la classe ouvrière.

Les principales usines redeviennent les symboles de la révolution, et l’ensemble des intellectuels soutient le mouvement maoïste, notamment Jean-Paul Sartre.

Mais la GP n’a pas crée le Parti, et ses tentatives de construction d’un front ont échoué.

Par conséquent, les activités du bras armé de la GP, la Nouvelle Résistance Prolétarienne (NRP), prend le dessus. La direction prend peur et fait se dissoudre le mouvement, qui n’arrive pas à se relancer.

En Allemagne, les communistes n’arrivent pas réellement à s’implanter dans les masses populaires, à l’opposé d’en France. De plus, le poids du révisionnisme est très grand, et c’est la position de Che Guevara qui prédomine : l’URSS est comprise comme un soutien  » passif  » au processus révolutionnaire, principalement en raison de l’existence de la R.D.A..

Le mouvement se transforme donc très vite en mouvement  » anti « , principalement contre l’impérialisme US et la guerre impérialiste. Au début des années 1980 ce mouvement est de masse et a une grande résonance.

Il n’est pas un jour sans une action armée contre des établissements militaires ou des bâtiments étatiques. De grands mouvements de masse se développent, comme à Berlin où des centaines de maisons sont occupées par les révolutionnaires.

La référence principale est la Fraction Armée Rouge (1970-1998), qui a notamment fait sauter l’ordinateur central coordonnant les bombardements au Nord-Vietnam.

Mais l’ensemble de ses dirigeants se font  » suicider  » en prison. Les générations suivantes frapperont les cadres des organes étatiques, comme en 1991 le responsable de l’intégration économique de l’Allemagne de l’Est dans la RFA.

Au départ la RAF se revendiquait de Mao Zedong, mais très vite ce fut la position guévariste militariste qui domina, position se retrouvant même dans son autocritique finale, pourtant consciente de ses limites :  » Dans aucune phase de notre histoire, il n’y a eu de réalisation d’organisation politique partant de la lutte politico-militaire. Le concept de RAF ne connaissait en dernier lieu que la lutte armée, avec l’attaque politico-militaire dans le centre.

Dans les communiqués fondamentaux de la RAF jusqu’au milieu des année 1970, cette question importante n’était pas encore résolue, ce qui pouvait difficilement être autrement. Il n’y avait dans la métropole quasiment pas et en R.F.A. pas du tout d’expérience de guérilla urbaine.

Il était nécessaire de d’abord trouver beaucoup de choses et de les laisser se vérifier en pratique comme vraies ou fausses.

Malgré cela il y avait une direction pour la question décisive de savoir si le projet de libération pouvait être satisfait par une organisation illégale pour la lutte armée, ou si la construction de la guérilla allait main dans la main avec la construction de structures politiques qui grandiraient dans le processus à la base.

Nos camarades prisonnierEs écrivaient à ce sujet en janvier 1976 que la lutte armée à partir de l’illégalité était la seule possibilité d’activité pratique critique dans l’impérialisme « .
La dernière organisation principale partant de cette position a elle eu un écho fondamental dans son pays, l’Italie. Il s’agit des Brigades Rouges.

Les Brigades Rouges (BR) ont été un mouvement ouvrier. Les bases étaient les usines, les militantEs étaient ouvierEs, les sympathisants faisaient partie de la classe ouvrière.

Ce mouvement est d’ailleurs né dans les usines ; il s’est développé en même temps que les énormes luttes des masses italiennes.

Idéologiquement, les BR sont marxistes-léninistes. Elles se revendiquent des classiques (Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao Zedong) et rejettent très clairement le social-impérialisme russe.

Dans ce cas également, ce mouvement n’a créé ni Parti ni Front, il rejette cette division attribuée à la Troisième Internationale et l’objectif était ainsi la formation d’un  » Parti Communiste Combattant « .

Cette position a eu une conséquence catastrophique puisque les BR possédaient une forte reconnaissance par les masses en Italie. En considérant que les communistes ne devaient travailler qu’à partir de l’illégalité, les BR se sont privées de tout champ d’action à ce niveau.

La conséquence en a été la continuation de la main mise organisationnelle du  » Parti Communiste Italien  » sur les masses populaires, et le développement très fort de courants petits-bourgeois dans la sphère révolutionnaire légale.

Les BR ont  » découvert  » que seule la guérilla pouvait désarticuler l’Etat impérialiste et briser les liens corporatiste entre les classes dirigeantes et les organisations de masse. Elles mirent ainsi en avant le concept d’attaque au cœur de l’Etat : les communistes doivent frapper de telle manière à faire avancer l’autonomie ouvrière vis-à-vis de l’Etat impérialiste et de ses appareils de domination.

Cette conception de l’attaque au cœur de l’Etat distingue les BR des très nombreuses autres organisations armées italiennes des années 1970 (en 1979 il y a par exemple 2366 actions armées révolutionnaires).

Les BR subiront leur principale défaite en 1982 ; depuis un groupe nommé Brigades Rouges pour la construction du Parti Communiste Combattant mène quelques actions, mais sans remettre en question le schéma original tout en adoptant des positions de plus en plus similaires à celles de la RAF .
[Note: Il a bien sûr existé et il existe d’autres organisations armées en Europe. Mais aucune de ces autres organisations n’a été aussi proche du maoïsme.

Par contre, force est de noter qu’elles ont à chaque fois représenté les éléments les plus avancés de l’époque.
Si l’on prend ainsi l’Espagne, on peut voir que le Parti Communiste d’Espagne (reconstitué), qui soutient la guérilla des GRAPO depuis une vingtaine d’années, a une ligne révisionniste armée.

Mais le PCE[r] a été le seul parti à comprendre que la « transition démocratique  » ayant lieu en Espagne ne servait qu’à masquer le fascisme, et c’est pour cela que les GRAPO ont réussi à s’implanter dans l’histoire des classes ouvrières d’Espagne.

Le groupe français Action Directe a été un rassemblement idéologiquement éclectique, allant d’anarchistes à des communistes plus ou moins léninistes. Mais il a consisté en la frange la plus radicale d’un mouvement plus large de solidarité internationaliste et de révolution sociale refusant le trotskysme et la social-démocratie.

Les Cellules Communistes Combattantes belges ont été un groupe encore plus petit se revendiquant ouvertement de groupes militaristes gauchistes de Turquie. Leur « marxisme-léninisme  » a des lacunes très profondes (par exemple sur la question de Staline, où leur positon est quasiment troskyste).

Mais dans ce pays c’est le  » Parti des Travailleurs de Belgique « , néo-révisionniste, qui prédomine totalement parmi les courants révolutionnaires. Les CCC, malgré tout leur gauchisme, ont été une expression avancée du refus de l’opportunisme.

Il est donc clair que c’est l’approche du camarade Gonzalo qui aurait dû être privilégiée dans les années 1970-1990.]

La révolution dans les pays impérialistes
L’organisation des masses populaires dans les pays impérialistes passe de fait par deux aspects majeurs : l’entreprise et le lieu d’habitation.

C’est à ces deux niveaux que le Parti doit agir et développer l’organisation.
Au niveau de l’habitation, on s’aperçoit que dans les « cités » la violence est grande, que tout ce qui se rapporte aux institutions est attaqué par la jeunesse masculine.

La tâche des communistes est de créer les organisations de masses capable de combattre les structures capitalistes, racistes, sexistes.

La violence révolutionnaire a ici un aspect essentiel pour la conquête des droits face aux forces de répression, et passe par une compréhension féministe du monde. Il s’agit de liquider l’appareil de coercition sur les lieux d’habitation populaires, de détruire les institutions culturelles perpétuant l’idéologie contre-révolutionnaire, de développer les droits des masses.

Dans les entreprises, il est erroné de concevoir les syndicats comme force principale. L’écrasante majorité des masses populaires n’est pas active au sein des syndicats, voire même syndiquée (pour un pays comme la France par exemple).

La révolte contre le capitalisme s’exprime de manière autre que syndicale : absentéisme, sabotage, refus des hiérarchies, « cassage » des cadences de travail… Cette violence révolutionnaire est une expression de la recherche de libération des oppriméEs. Elle doit être développée et généralisée.

Le point culminant de la guerre populaire dans les pays impérialistes est la prise du pouvoir dans tout le pays. Cela signifie en clair la destruction définitive du cœur de l’appareil d’Etat impérialiste et des forces de répression.

En pratique, cela consiste en la prise par la violence des différents bâtiments administratifs de l’Etat et le renversement de leur administration, au profit du pouvoir populaire.

Ce pouvoir populaire ne naît pas le jour de l’insurrection. Il s’est développé au fur et à mesure, dans l’agitation, la propagande, la lutte de classes passant par la violence révolutionnaire. La guerre populaire est le développement du pouvoir populaire, qui se fonde sur le Parti, l’Armée et le Front (compris comme alliance des masses populaires sous la direction de la classe ouvrière).

Sans armée le peuple n’a rien, et le pouvoir populaire ne peut pas se développer, se défendre. C’est parce que l’armée n’avait pas été organisée que le Parti Communiste d’Allemagne a vu les très importantes structures de pouvoir populaire qu’il avait construit anéanties par les nazis.

C’est en disposant ce que Mao Zedong avait appelé  » les trois épées magiques  » que les communistes des métropoles impérialistes pourront organiser les masses populaires pour vaincre l’Etat bourgeois et construire le socialisme, pour le communisme.

 

Source: http://www.lesmaterialistes.com/veritable-point-vue-maoiste-guerre-populaire-prolongee-pays-imperialistes

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Déclaration de la rédaction #2 – La reconstruction du parti

Il y a quelques semaines, le Parti communiste révolutionnaire (PCR) a célébré son douzième anniversaire. Cet événement est, à chaque année, l’occasion pour notre organisation de rassembler ses forces avant de les lancer à nouveau dans la lutte pour les prochains mois. Cette année, nous avons lancé le mot d’ordre de fracasser les plafonds du passé et de gravir les paliers historiques. Ce mot d’ordre est d’une importance capitale pour notre organisation : il fixe un objectif dont l’atteinte marquera la conclusion de la période d’activité intense, de réorganisation et de clarification politique dans laquelle le PCR s’est inévitablement engagé lorsqu’il a scissionné des opportunistes canadiensil y a deux ans.

En effet, depuis 2017, nous sommes engagés dans un processus que nous appelons la reconstructionde notre Parti. Nous parlons bien de reconstruction du PCR, car la scission avec les opportunistes canadiens a fait perdre au Parti des effectifs et du territoire. Sur bien des aspects, la scission que nous avons connue nous a forcé à faire un pas de côté Elle nous a obligés à accepter comme un fait objectif la lutte politique traversant désormais le mouvement maoïste canadien, lutte rendant possibles une multitude de transformations pouvant nous permettre de rebondir et de regagner le chemin perdu. Cette lutte politique a ouvert une voie qui autrement aurait été inaccessible. Aussi, le fait d’accepter de mener la lutte est venu avec l’obligation, à terme, de revenir plus forts que nous l’avons été dans le passé.

L’idée de reconstruction d’un parti communiste est liée à une conception véritable reposant sur des expériences concrètes et précieuses de l’histoire de notre mouvement. Récemment, ce terme a d’ailleurs pris une importance renouvelée dans le mouvement international. Cela est normal car le mot d’ordre de la reconstruction est inspirant : il représente l’objectif et l’espoir largement partagésde revoir un essaim de partis communistes bouleverser le monde comme nous l’avons vu au 20esiècle. Il s’agit d’une sorte de cri de ralliement convoquant tous ceux et toutes celles qui ont choisi de continuer la lutte malgré tous les dangers et tous les défis. Reconstruisons! Unissons-nous sous ce mot d’ordre en nous rappelant qu’il n’y a aucun obstacle infranchissable, peu importe l’état de destruction dans lequel le camp de la révolution peut momentanément se trouver! Rangeons-nous derrière cet appel pour traverser les périodes difficiles avec patience et assurance, qualités que seul le fait de lutter pour une cause juste peut conférer!

La reconstruction dans l’histoire : continuer ou abandonner la lutte lors des moments décisifs

La notion de reconstruction est un aspect de la théorie ayant des assises variées dans l’histoire du prolétariat révolutionnaire. L’expérience qui en a fourni les bases fondamentales est sans contredit celle de la lutte contre le révisionnisme moderne. Après la Seconde Guerre mondiale, de larges fractions des partis communistes, qui ont été mis sur pied dans la foulée de la Révolution bolchévique et de la création de l’Internationale communiste, dévient lentement de la voie révolutionnaire. La lutte contre cette déviation révisionniste ouvre une période complexe pendant laquelle ont lieu de nombreuses scissions et de nombreuses expulsions dans les différents partis. À ce moment, les communistes doivent faire le choix entre nier la lutte de lignes avec la droite de leur parti ou bien l’assumer et la mener à terme. Il n’est pas rare que ceux et celles qui font ce choix difficile sont largement minoritaires. Décider de mener le combat implique donc de perdre une quantité souvent considérable d’effectifs et de gains organisationnels pour préserver les forces révolutionnaires de la liquidation de la révolution. Il s’agit parfois d’une perte monumentale. Les révolutionnaires doivent alors reprendre l’initiative et rebâtir l’organisation. La période suivant ces moments de rupture est alors habituellement qualifiée de période de reconstruction ou encore de réorganisation.

Une des expériences les plus significatives – et dont nous nous inspirons grandement dans la reconstruction de notre propre parti – est le processus de reconstruction du Parti communiste au Pérou. Dans le cas des camarades péruviens, la rupture avec la direction révisionniste du parti a lieu en 1964 (le Parti a été fondé en 1927). Elle est suivie d’une longue période de reconstruction, de réorganisation, de transformation et de préparation politique. C’est cette période, avec la vitalité et la force politique qu’elle produit, qui amène le mouvement révolutionnaire péruvien jusqu’au déclenchement de la guerre populaire en 1980. Le fait de rompre avec le révisionnisme et de se reconstruire méthodiquement sur des bases révolutionnaires est ce qui permet au Parti communiste du Pérou d’être la seule organisation qui parvient, dans la période de reflux de la révolution mondiale à la fin des années 1970, à prendre l’initiative et à ouvrir par elle-même une nouvelle voie pour les exploités.

Ainsi, dans la conception que nous tirons de ces expériences, la reconstruction du parti implique une étape de difficultés et de défis. C’est une période dans laquelle on continue la lutte, malgré la perte de gains et d’effectifs, et qui permet un retour en force, avec la possibilité d’atteindre une conjoncture plus forte et plus importante qu’au départ si le combat est bien mené. La reconstruction est une sorte de conséquence des reflux, des difficultés, des échecs relatifs et des obstaclesrencontrés dans la lutte des classes. Pensons aux camarades qui essaient de réorganiser le camp de la révolution au Népal. Pensons aussi aux exemples historiques classiques où l’on n’a pas forcément employé le terme de reconstruction mais où c’est le même processus qui s’est opéré. Certains des moments politiques les plus forts dans l’histoire du mouvement communiste ont suivi les périodes les plus difficiles lors desquelles il a fallu rebâtir ce que l’on venait à peine de construire.

Par exemple, les Bolcheviks, après la grande montée révolutionnaire de 1905-1906 en Russie, doivent traverser une période de reflux très difficile alors que le mouvement de masse s’estompe et que s’abat sur eux la sanglante réaction stolypienne. Dans les années qui suivent, une lutte farouche se développe au sein de la direction des Bolcheviks. Lénine et ses partisans doivent entre autreslutter contre le groupe de Bogdanov et ses alliés qui rejette ouvertement le matérialisme dialectique au profit de conceptions idéalistes. Ils doivent aussi lutter contre la nouvelle position liquidatrice, dominante chez les Mencheviks, selon laquelle l’organisation en parti est devenue encombrante, dangereuse et inutile. Pour donner une idée des conséquences de cette lutte, il n’y a pas, dans les faits, de réunion de Comité central pendant presque deux ans au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). La Conférence de Prague en 1912, qui marque pour de bon la rupture avec les Mencheviks et les courants idéalistes, rassemble de peine et de misère des délégués des organisations locales (comités de ville) de Russie. Sans adopter le terme de reconstruction, cette conférence lance un vaste travail de reconstruction du parti (relance de ses capacités de base, remplacement de sa structure organisationnelle, développement de nouveaux rayons, redéploiementdes cellules, lancement d’un nouveau journal quotidien – la Pravda –, reprise en charge d’une action révolutionnaire parmi les masses coordonnée) pour épouser le mouvement de masse qui se développe et le nouveau flux révolutionnaire. Cependant, les Bolcheviks ne sont pas au bout de leurs peines puisque deux ans plus tard, soit en 1914, a lieu le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le parti est alors encore grandement affaibli sur le plan organisationnel (conscription de membres du parti, intensification de la répression, contexte général difficile, destruction presque complète de certains comités, arrestations préventives de dirigeants locaux, etc.) Cette période est aussi celle de l’isolement politique des Bolcheviks, alors que la quasi-totalité des partis et organisations social-démocrates se rangent du côté de leur bourgeoisie nationale. Il n’en reste pas moins que c’est le travail de reconstruction pendant toutes ces années d’adversité qui constitue la précieuse école qui permettra aux Bolcheviks d’affronter la tempête de février à octobre 1917 et les premières années du pouvoir des Soviets.

Un autre exemple important est celui du Parti communiste chinois (PCC), qui, alors qu’il est en plein essor, subit la trahison du Kuomintang (KMT) et de la bourgeoisie nationale en 1927. Les deux organisations se sont, jusque-là, alliées dans le premier front uni afin de libérer la Chine de son état de semi-colonie et d’unifier le pays à travers l’expédition du Nord et le combat contre les seigneurs de guerre. Après la mort de son fondateur Sun Yat-Sen, le KMT, sous la nouvelle direction de Tchang Kai-chek, attaque le PCC alors que ce-dernier n’y est pas du tout préparé. Les communistes subissent alors un véritable massacre. Les choix de la direction du PCC, qui décide de tenter des insurrections perdues d’avance dans les villes, empirent la situation. Les communistes sous la direction de Mao se redéploient au Kiang-si avec l’Armée rouge. C’est ce qui leur permet d’accumuler quelques années d’expérience concrète de guerre populaire et de construction de bases d’appui, jusqu’à la cinquième campagne d’encerclement et d’anéantissement menée par le KMT en 1934. La droite oblige alors le PCC à déroger de ses pratiques militaires habituelles, ce qui entraîne une défaite monumentale. Les communistes sont obligés de faire une manœuvre excentrique (La Longue Marche) et d’abandonner leur position dans le Kiang-si, avec tous les gains qu’ils y avaient faits (les premiers pas de la république soviétique, l’expérience de transformation sociale dans la paysannerie et l’agriculture, etc.) pour se réfugier au Yenan. À ce moment, ils viennent de perdre plus de 60% de leurs forces. C’est ensuite à travers le Front uni antijaponais que les communisteslancent un habile et audacieux travail de reconstruction. Grâce à ce travail, ils parviennent à remonter la pente pour lancer ce qui deviendra le plus grand assaut que la bourgeoisie et les classes sociales exploiteuses ont eu à encaisser dans l’histoire.

Ce qu’il y a de commun dans ces deux exemples, c’est que face à des défis incroyables, les communistes ont eu le choix d’abandonner ou de continuer une expérience. Ce qui était en jeu, c’était la continuité ou la fin d’une expérience révolutionnaire. C’est cet enjeu qui constitue l’essence de la reconstruction. Des exemples comme ceux-là, il y en a partout dans l’histoire. Par exemple, l’unification des socialistes autour de la consolidation politique du marxisme après la défaite des révolutions de 1848-1850 en Europe, l’expérience combattante héroïque du KPD en Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale après la destruction presque complète du parti par les nazis, ou encore le déclenchement de la Révolution culturelle en Chine alors que la droite du PCC tente d’arrêter la progression de l’expérience socialiste et d’isoler la gauche révolutionnaire. À chacun de ces moments, les révolutionnaires ont choisi de continuer la lutte. À une plus grande échelle, c’est le même type de processus qui s’opère après la mort de Mao et la restauration du capitalisme en Chine. Un rassemblement de petits groupes ML entame alors un travail de reconstruction du mouvement communiste international. Ces petits groupes s’unifient en adoptant le maoïsme, ouvrant un nouveau cycle de combats et d’affrontements.

L’essence de la reconstruction du parti : préserver le fil conducteur de l’expérience révolutionnaire

Pour bien comprendre l’enjeu de la reconstruction (continuer ou arrêter l’expérience révolutionnaire), il faut regarder dans l’histoire et se pencher sur les conséquences découlant du fait de s’arrêter, ne serait-ce que momentanément. L’un des exemples les plus proches du PCR est celui de la fin du mouvement ML au Québec. N’ayant pas de conception stratégique ferme et refusant d’initier une tentative de montée vers le pouvoir pendant une période de reflux de la révolution mondiale, les ML ont accepté de liquider leurs organisations. Lorsque les organisations communistes (En lutte, PCO) se sont dissoutes, il aurait été possible pour un groupe de se réorganiser. Il aurait certes fallu traverser une certaine période (1 ans, 2 ans, 3 ans, etc.) comportantun grand nombre de défis et sans garantie de succès, mais en jouant bien ses cartes, il aurait étépossible pour ce groupe de préserver une grande partie des gains politiques accumulés. Le début du travail politique d’Action socialiste (l’ancêtre politique du PCR), remonte à l’année 1986. La fin des organisations ML a lieu en 1982-1983. 1986, ce n’est quand même que 3-4 ans plus tard, mais pourtant, il y a un fossé entre les deux. Lorsque l’expérience s’arrête complètement, il n’est plus possible de revenir aussi facilement où on était.

D’ailleurs, ce qui fait la force dirigeante des avant-gardes, c’est la persistance de leur action et de leur expérience révolutionnaire et la transmission de cette expérience. Dans notre cas, il est possible d’imaginer un monde dans lequel les camarades plus jeunes de notre Parti auraient été coupés de l’expérience accumulée par les camarades plus âgés pendant la période d’Action socialiste et pendant celle de la mise sur pied du PCR : ils formeraient alors un simple comité ou encore des cercles épars sur le territoire! Ce serait une réalité politique complètement différente. Ce qui fait que nous sommes encore ce que nous sommes (un parti communiste en reconstruction), dans une période d’adversité, c’est que nous avons continué l’expérience révolutionnaire et en avons préservé le fil conducteur. C’est avec ce fil conducteur que se construit le mouvement révolutionnaire et c’est lui qui permet de ne pas revenir sans arrêt à la case départ.

La reconstruction doit d’abord servir à préserver ce fil conducteur. Il ne s’agit pas de tout recommencer à zéro, mais au contraire de préserver les gains politiques d’un parti et d’une expérience même s’ils ont été diminués quantitativement. Cette perte quantitative est d’ailleurs inévitable dans bien des situations. Dans le cas d’une scission, l’amputation d’une partie de l’organisation est plus souvent qu’autrement le seul moyen de préserver les forces révolutionnaires accumulées. Le pari que font alors les communistes est le suivant : s’ils réussissent l’opération, en misant sur la marge de manœuvre et la force politique qu’ils ont gagnées en rompant avec l’opportunisme, il est possible pour eux de revenir encore plus forts qu’au moment précédent la scission. À chaque fois que les révolutionnaires se butent à de grands obstacles et choisissent malgré tout de poursuivre la lutte, le même phénomène se produit et cela est historiquement démontré. Au début, il y a une période d’adversité à affronter et à la fin, on se retrouve avec un potentiel politiqueincroyable car on est parvenu à préserver et à propulser encore plus loin les éléments fondamentaux d’une expérience. On n’a qu’à se pencher sur l’exemple des Bolcheviks et sur celui des communistes chinois pour s’en convaincre : l’histoire parle d’elle-même.

Dans le cas de notre Parti, le PCR, nous avons scissionné avec les opportunistes canadiens pour préserver le fil conducteur de notre expérience révolutionnaire. C’est ce même genre de fil conducteur qui a été préservé par la conférence de Prague des Bolcheviks et par la Longue marche des communistes chinois. C’est également pour se saisir à nouveau de ce fil conducteur que les révolutionnaires péruviens ont lutté avec acharnement pour revenir au sentier lumineux de Mariategui, le fondateur de leur parti. Il s’agissait à chaque fois d’une question de vie ou de mort. Reconstruire le parti au Canada, c’est avant tout préserver le fil conducteur de l’expérience de ceux et celles qui ont refusé l’attentisme de la période de reflux de la révolution mondiale. Aujourd’hui, dans bien des endroits, c’est ce fil qui a été brisé. C’est ce qui rend si difficile le travail révolutionnaire. Reconstruire, pour beaucoup de camarades, c’est reconstruire des partis qui sont tombés il y a longtemps. Partout, il s’agit d’une lutte pour remplacer les chaînons historiques manquants : rebâtir le parti historique du pays et assimiler le fil conducteur de l’expérience internationale (le maoïsme). Dans le cas du Canada, il s’agissait de revenir aux conceptions fondamentales du parti (la Guerre populaire prolongée, le Parti communiste complet, la centralité ouvrière, les quatre formes objectives d’action révolutionnaire, l’initiative de l’avant-garde) et de laisser parler les actions découlant de l’application de ces conceptions.

Finalement, si nous parlons de la reconstruction du parti pour préserver ce fil conducteur, c’est parce que c’est le parti qui est le cadre de l’expérience révolutionnaire. C’est lui qui permet qu’il y ait suffisamment de continuité dans le temps et dans l’espace pour que l’on puisse parler de la même expérience. Même si plusieurs années s’écoulent ou si des centaines de kilomètres séparent lesdifférents combats, le parti permet de préserver l’expérience et de la transmettre. C’est ce qui s’est produit en Russie : dans ce cas, le fil conducteur reliant le moment de la prise du pouvoir à l’époque antérieure où les militants commençaient à apprendre l’ABC de l’agitation politique a été préservépar le Parti bolchévik. En assurant la continuité et la persistance de l’expérience, les bolchéviks ont réussi à faire progresser le mouvement révolutionnaire de la naissance des premiers cercles social-démocrates jusqu’à la fondation de la république soviétique!

L’objectif de la reconstruction : fracasser les plafonds du passé et gravir les paliers historiques

Vers quoi doit mener la reconstruction? Dans notre cas, nous considérons qu’elle doit amener notre Parti à devenir un véritable parti de révolutionnaires professionnels. Cette expression, il ne faut surtout pas la prendre à la légère. Son emploi exige au contraire que l’on en assume toutes les implications pratiques. L’objectif de la professionnalisation n’en est pas simplement un parmi d’autres, fixé sans grande réflexion. Il s’agit d’un objectif décisif pour les avant-gardes contemporaines. La conscience de la nécessité, plus grande que jamais, de réussir cette opération (la professionnalisation) est un précieux enseignement de la lutte des dernières années au Canada. Les chaînons historiques manquants, ici comme ailleurs, font en sorte que cet objectif est plus important encore que par le passé. C’est donc dans la lutte politique pour réaliser cet objectif que s’est engagé notre Parti.

Bien que nous venons de souligner à grands traits l’importance de se baser sur l’expérience historique du mouvement communiste, la conception que nous défendons est un enseignement de la pratique récente, plus encore qu’un enseignement du passé. En effet, la pratique révolutionnaire actuelle ne fait que confirmer avec plus de netteté tout ce que les victoires et les défaites du passé nous ont appris sur le centralisme, sur la discipline et sur la nécessité d’un parti de révolutionnairesprofessionnels. L’objectif de la professionnalisation est ce qu’exige la pratique actuelle, commune, des différentes avant-gardes révolutionnaires et de celles des pays impérialistes en particulier. La raison en est que depuis les années 1970, au sein des pays impérialistes, s’est développé un palier historique que les révolutionnaires ont du mal à gravir, un plafond objectif à abattre sous peine de ne plus jamais parvenir à relancer des tentatives de montée vers le pouvoir. Les communistes doivent prendre conscience du défi concret consistant à franchir ce palier et leurs réflexions doivent servir à surmonter cette difficulté. Cette prise de conscience est d’autant plus nécessaire que c’est cette difficulté à laquelle se butent toutes les vagues révolutionnaires récentes qui produit et encourage les conceptions opportunistes proposant des détours stratégiques liquidateurs, comme celles que nous avant rencontrées au Canada.

D’ailleurs, c’est pour faire face à ce grand défi que les différentes organisations s’influencent, s’émulent et espèrent voir un parti frère avancer. Une fois le plafond brisé, tous devront s’engouffrer dans la brèche qui viendra d’être ouverte. Chaque organisation devra, à sa façon, trouver le moyen de développer, dans le combat, la force politique et l’expérience nécessaires pour se transformer en une authentique organisation de révolutionnaires professionnels, à la hauteur des tâches qui sont devant elle. Face à la difficulté de notre époque et à l’état de faiblesse relative du mouvement communiste, nous n’avons surtout pas besoin de davantage de laisser-aller et de mollesse; nous avons au contraire besoin du plus haut niveau politique et organisationnel. La lutte politique pour la professionnalisation, c’est la lutte contre tous les courants opportunistes, contre toute la confusion et contre toutes les conceptions erronées qui engendrent et renforcent le relâchement, l’indiscipline et l’absence de méthode. Cette lutte politique ne fait que commencer!

Vive la reconstruction du Parti communiste révolutionnaire!

Luttons partout pour continuer, préserver et renforcer l’expérience révolutionnaire!

Le marxisme-léninisme-maoïsme et la guerre populaire prolongée sont le fil conducteur de notre mouvement!

Fracassons les plafonds du passés et gravissons les paliers historiques!

Les défis de l’époque exigent des révolutionnaires professionnels!

Source:

https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2019/03/26/declaration-de-la-redaction-2-la-reconstruction-du-parti/

Mais qui sont donc les véritables « pilleurs » professionnels ?

En soutien au mouvement et à la lutte populaire des GJ, nous publions sur notre site web un article du groupe de La Révolution Permanente, de tendance trotskyste, mais dont nous appuyons l’idée de base qui soutient la colère des masses et le recours légitime à la violence par les GJ.

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« Le pays est à feu et à sang », les qualificatifs égrenés par les grands médias visent à dépeindre une vision de terreur. « Casseurs » n’est plus suffisant, pour le ministre de l’intérieur, il faut désormais parler d’« assassins ». Toute la rhétorique du « casseur » a été poussée à l’extrême, réchauffée en urgence. En effet, l’acte 18 n’était en rien le « baroud d’honneur » professé par le gouvernement. Premier symptôme de cet échec : Macron a acté son retour en urgence à l’Elysée après avoir été au ski.

Crédits photo : https://secoursrouge.org/

« Casseurs », « extrémistes », « antisémites », « racistes », on aura tout entendu depuis le début du soulèvement des Gilets jaunes. Pour l’acte 18, le gouvernement a renouvelé son vocabulaire. Pour Castaner, le mouvement des Gilets jaunes « n’existe plus ». Désormais, « ceux qui excusent, qui encouragent » les violences se rendent « complices » a avertit le Premier ministre. Le gouvernement et ses relais policiers ont lancé de multiples appels adressés aux Gilets jaunes visant à se désolidariser des « pyromanes », « assassins », « criminels » et des « pilleurs ». L’appel est resté vain.

Parallèlement à cette opération gouvernementale, les images de dégradations ou de début d’incendie de plusieurs boutiques et établissements emblématiques de l’avenue des Champs-Elysées, comme la brasserie Fouquet’s, ont été relayées en masses par les grands médias. Encore une fois, l’objectif est de retourner l’opinion publique qui, après 4 mois de mobilisation, tient toujours malgré un léger fléchissement. En effet, le « Grand débat » de Macron n’aura pas permis d’en finir avec les manifestations de rue. Pour retourner l’opinion publique, le gouvernement joue dans la surenchère.

On a aussi vu les multiples images de magasins vidés de leur stock. Sur tweeter, certains ont ironisés en parlant de « solde anticapitaliste ». Mais qui est donc le premier « pilleurs » dans l’histoire ? Qui donc a pillé les poches des plus précaires, et ce de manière systématique depuis le début du quinquennat ? Ne s’agit-il pas d’un pillage en bonne et due forme ? Avec la baisse des APL, la hausse de la CSG pour les retraités, puis la désindexation des retraites sur l’inflation, et la hausse des taxes sur le carburant, ce sont bien les poches des plus précaires qui ont été pillées de manière professionnelle.

Mais ce pillage n’en est qu’à ses débuts. S’il s’agit toujours de prendre aux plus précaires pour donner aux grands patrons et aux riches comme avec la suppression de l’ISF et le CICE, porté à 40 milliards d’euros, le pillage va continuer si nous ne l’arrêtons pas. En vue, la « réforme » de l’indemnisation chômage qui vise à amplifier le contrôle des chômeurs ou encore celle des retraites pour en définitive en finir avec la retraite par répartition. Enfin celle de la fonction publique qui vise à en finir comme avec les cheminots, avec le statut de fonctionnaire.

Retourner l’accusation ne fonctionnera pas. Ce ne sont pas les Gilets jaunes qui sont responsables des milliers de blessés et de mutilés mais bien le gouvernement et son bras armé. Ce ne sont pas les Gilets jaunes qui sont responsables de la crise climatique mais les grandes multinationales, les gouvernements à leur service, qui se permettent de polluer professionnellement. C’est en quelques sorte le message adressé par les plusieurs centaines de milliers de manifestants, ce samedi, pour la marche pour le climat. Non, c’est bien tout ce système qui est « criminel » et « assassin ».

A force d’alimenter le brasier, tels des pompiers pyromanes, c’est bien un retour de flamme que le gouvernement prend en pleine face.

 

Source: https://revolutionpermanente.fr/Mais-qui-sont-donc-les-veritables-pilleurs-professionnels

Non, il n’y a pas de pénurie de main-d’œuvre au Québec!

Au Québec, les capitalistes sont engagés depuis un certain temps dans une nouvelle campagne idéologique contre le prolétariat. Cette offensive consiste à propager l’idée qu’il existerait unepénurie de main-d’œuvre dans la province. Les capitalistes se servent de ce mensonge pour mener leur lutte économique contre les travailleurs et les travailleuses. À les entendre, il manquerait plusieurs dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses dans la province, un manque de main-d’œuvre qui menacerait à terme de nuire à la production et au procès de travail. Il s’agirait d’un véritable désastre économique dont on n’aurait vu poindre que le commencement. Pour la bourgeoisie, la seule façon d’éviter la catastrophe, c’est de faire payer les travailleurs et les travailleuses et donc de les préparer à un durcissement des conditions de travail (stagnation des salaires, flexibilité des horaires, cédules fractionnées et plus éprouvantes, disponibilitéspermanentes, disparition des avantages sociaux, etc.).

Cette offensive est menée de front par des appareils propagandistes de divers regroupements capitalistes qui ont ouvert le bal à ce sujet il y a un peu plus d’un an (Association des détaillants en Alimentation du Québec, Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, Banque de développement du Canada, la firme d’experts-comptables PWC, etc.). Leurs études bidon ont depuis fait leur bout de chemin jusqu’aux oreilles des politiciens bourgeois qui, avides de parler le même langage que le Capital, se sont empressés d’en adopter l’analyse et la terminologie. Le sujet a d’ailleurs été au centre de la récente campagne électorale, entremêlé à la question de l’immigration, et ce, avec la décadence impérialiste habituelle. Les journalistes bourgeois se sont à leur tour récemment joint à cette campagne en assumant sans complexe leur rôle utile de courroie de transmission de l’idéologie capitaliste. En effet, il ne passe à peu près plus de jours sans que l’on n’aborde la question de la pénurie de main-d’œuvre dans la presse, à la radio ou encore dans les téléjournaux bourgeois.

Les divers lobbies bourgeois ont produit une vaste série d’analyses selon lesquelles l’offre de travail se serait dangereusement tarie et qu’il serait de plus en plus difficile d’embaucher des travailleurs et des travailleuses. Selon eux, il n’y aurait pas suffisamment de maind’œuvre disponible pour tous les postes à combler sur le marché, ce qui permettrait aux travailleurs et aux travailleuses d’être dangereusement sélectifs et éhontément exigeants. Ce tarissement de l’offre de travail mettrait ainsi en danger la viabilité d’un grand nombre de PME (désignant ici les entreprises embauchant 50 employés ou moins). L’un des dangers principaux pour ces entreprises capitalistes se trouverait, entre autres, dans l’impossibilité de conserver leur marge de profit, se voyant dans l’obligation d’augmenter les salaires afin de parvenir à attirer de nouveaux employés.

De plus en plus, la présentation de la situation par la bourgeoisie gagne en ridicule en déformant encore plus la réalité et en sur-amplifiant, sans retenue, des phénomènes isolés. Les capitalistes prétendent maintenant que l’on voit poindre une pénurie sans précédent, c’est-à-dire un manque complet et généralisé qui touchera à la quasimajorité des secteurs industriels et économiques.Ventes en diminution, instabilités dans l’offre des services, travailleurs et travailleuses ingratsfaisant la pluie et le beau temps, grand nombre d’entreprises capitalistes bientôt obligées de fermerou encore de baisser drastiquement leurs activités économiques. À les écouter, l’économie serait sur le point de chuter si un plan d’ensemble n’est pas bientôt adopté par l’État bourgeois et si des mesures draconiennes pour rééquilibrer le marché du travail actuellement hostile aux entreprises ne sont pas prises.

Pourtant, la vérité, c’est qu’il n’y a absolument pas de pénurie de main-d’œuvre au Québec. Une telle affirmation est un mensonge bourgeois éhonté permettant aux capitalistes de masquer les véritables phénomènes économiques qui se manifestent actuellement, tout comme elle permet de s’armer politiquement contre le prolétariat. Au contraire, il y a présentement tous les travailleurs et les travailleuses dont la société a besoin pour faire fonctionner l’ensemble de ses industries et de ses secteurs économiques. En vérité, ce qu’il y a de problématique, c’est l’organisation capitaliste de la production et de l’économie, et surtout, la volonté de faire payer aux travailleurs et aux travailleuses le prix de la concurrence entre les capitalistes.

En effet, la prétendue pénurie actuelle de main-d’œuvre est avant tout une notion fondamentalement bourgeoise pour décrire la conséquence de l’aggravation de la concurrence entre les capitalistes.Cette aggravation de la concurrence entre les capitalistes se produit alors que les conditions économiques plus favorables qu’on avait connues lors de la courte période de reprise économique (post 2008) tendent à disparaître complètement. À terme, un certain nombre d’entreprisescapitalistes devront fermer leurs portes. Les entreprises capitalistes qui ont émergé faiblement de ce cycle de reprise, et ce, avec une marge de profit trop petite, se retrouvent aujourd’hui dans une situation difficile caractérisée par la hausse générale des prix des locaux, du matériel, etc. Les capitalistes ayant émergé avec une situation économique plus solide sont encore capables d’offrir des conditions de travail plus favorables et d’être en position avantageuse devant la concurrence. C’est la tendance générale de la crise de longue durée du mode de production capitaliste qui se réaffirme. Elle se traduit au sein de la lutte économique entre les classes sociales. La concurrence aggravée entre les capitalistes vient renforcer la lutte entre le travail et le capital.

Le cas des épiciers, des commerçants en alimentation et des restaurateurs est particulièrement significatif. La marge de profits dans ces secteurs commerciaux est très faible et chaque commerçant doit se réorganiser pour être compétitif. Les études bourgeoises expliquent que ces secteurs économiques ont déjà épuisé la marge de manœuvre qu’ils avaient, celle d’augmenter les prix de vente au détail. Un propriétaire franchisé d’un IGA se plaignait, il n’y a pas si longtemps à Radio-Canada, qu’il peinait à embaucher des employés. Pourtant il ne proposait que du temps partiel, étalé sur six jours par semaine, de jour et de soir, au salaire minimum, et sans quelconque avantage! Avec l’aggravation de la concurrence, il est difficile de conserver un taux de profit suffisant tout en payant ses employés à des salaires croissants. Incapables d’améliorer les salaires et les conditions de travail, certains capitalistes appellent déjà au gel du salaire minimum. En réalité, ils voudraient payer moins cher leurs employés, les faire travailler plus fort et plus longtemps, et ce, au même prix.

Le taux de postes vacants

Il faut comprendre que pour quantifier la prétendue pénurie de main-d’œuvre, la bourgeoisie utilise un indicateur économique bien précis intitulé le taux de postes vacants. Les postes vacants sont des postes devant être comblés et qui ne l’ont pas été depuis au moins quatre mois. Le taux actuel au Québec est de 3,9%, représentant 109 600 postes vacants, alors qu’il est de 3,1% pour le Canada en entier, représentant 397 400 postes vacants.

En parcourant les études des groupes économiques bourgeois, on se rend compte que l’on parle avant tout d’emplois à bas salaire ou avec des conditions de travail particulièrement difficiles(comme c’est le cas en restauration, par exemple). Et cet aveu est fait à demi-mot par la bourgeoisie. Pour s’en sortir, lorsqu’une qualification économique des postes vacants est demandée par les journalistes aux regroupements bourgeois, ils répondent que la dimension salariale n’est pasdéterminante, car elle n’est pas… affichée dans les offres d’emploi sur internet – uniquement en entrevue! Sans se rendre compte de leurs propres incohérences, les mêmes représentants ajoutent que l’immigration, contrairement à l’idée reçue, ne réglera pas le problème, car nous avons, selon eux, une immigration trop qualifiée pour les emplois à combler, et que nous éprouvons encore trop de difficultés à recruter des travailleurs et des travailleuses sans diplôme et non qualifiés. Voilà qui donne une idée des conditions et des salaires minables qui sont offerts dans les fameuses offres pour combler les postes vacants! En fait, une bonne partie de la bourgeoisie espère solutionner le problème au moyen de l’immigration, en autant qu’elle serve à introduire au pays des quantités massives de cheaplabor.

Un correspondant de l’ISKRA de Lanaudières nous racontait que dans le restaurant où il travaille, les responsables de la gestion sont continuellement en train d’embaucher un nouveau plongeur et que cette fois-ci, leurs tentatives sont vaines depuis trois mois. Ce qui se produit, c’est que les anciennes heures de travail de plonge qui nécessitaient deux postes à temps plein ont été fractionnées en trois quarts de travail de plonge, et donc trois postes à temps partiel, transformant ainsi les journées de travail de huit heures en journées de travail de quatre heures. L’avantage d’une telle modification, c’est qu’au lieu de devoir verser un salaire à des employés même durant le temps mort de l’après-midi, on fait maintenant venir uniquement les plongeurs lorsque le travail s’intensifie, période qui concorde avec le dîner et le souper. Cela donne lieu à une concentration du travail sur un quart de travail beaucoup plus court et beaucoup plus intense, contribuant ainsi à donner du lousse économique aux propriétaires capitalistes. Durant les heures du matin et de l’après-midi, les assiettes, les verres, les chaudrons et les autres ustensiles à laver s’accumulent, permettant ainsi de rentabiliser le plus possible le salaire horaire versé plus tard dans la journée. Le travail est alors effectué sur quatre heures pour éviter que l’employé soit payé pendant deux ou trois heures de plus pour effectuer une quantité de travail similaire. Le problème, c’est que pour les employés, le poste proposé n’offre plus 40 heures de travail par semaine! Mal situé, sans transport en commun, les postulants ne sont pas nombreux à convoiter cet emploi et lorsque nouvellement employés, ils comprennent la situation dans laquelle ils sont plongés, ils finissent par quitter rapidement cet emploi pour un un autre, parfois même un autre emploi de plonge, mais dans de meilleures conditions de travail, un autre fameux poste vacant, ce qui démontre bien la fumisterie bourgeoise de la prétendue pénurie de main-d’œuvre.

Il y a aussi une multitude d’autres phénomènes disparates et isolés qui se rajoutent à ce premier scénario. Ils sont pris en exemple par la bourgeoisie pour dresser un portrait disproportionné et pourrelier ensemble tous les exemples permettant de faire croire à leur mensonge. Avec le développement inégal du capitalisme, il est fréquent qu’en région, certains emplois prennent plus de temps à combler que dans les secteurs métropolitains. C’est la même chose dans certains secteurs économiques où l’État bourgeois fait compétition à l’entreprise privée et où il est plus difficile d’embaucher au final. Par exemple, des résidence privées offrant à des préposés aux bénéficiaires des salaires de douze ou de treize dollars de l’heure ne parviennent pas à embaucher durablement des employés parce que l’État les embauche à vingt dollars de l’heure pour effectuer le même travail. Rappelonsle, il n’y a pas de pénurie de main d’œuvre; il y a une pénurie d’emplois à debons salaires; il y a des capitalistes qui sont pris de panique, car ils savent qu’ils ne seront pas capables de passer au travers de l’aggravation actuelle de la concurrence économique sans une main-d’œuvre à plus bas prix.

Les postes vacants sont le produit du capitalisme

Il faut aussi clarifier que le taux de postes vacants n’est pas un indicateur économique reflétant la réalité objective de la production économique comme l’est le taux de chômage dans la société. Lorsque nous parlons du chômage, nous désignons des travailleurs, des ouvriers, des membres du prolétariat existant objectivement dans la réalité et ne pouvant pas se trouver un emploi dans la production capitaliste. C’est une tâche historique du socialisme et du progrès général de la société de donner un travail socialement utile à tous et à toutes, tout comme de s’assurer que la planification économique permet de ne délaisser aucun secteur. Ces tâches ne pourront jamais être accomplies dans les limites du capitalisme.

Au contraire, c’est le profit privé et non la planification d’ensemble qui organise le travail et la production dans le capitalisme. Les postes vacants, dont nous parlent les capitalistes, n’ont pas le même rapport au processus d’ensemble de la production et aux nécessités fondamentales qui assurent l’équilibre et le progrès de la société. Les postes actuellement vacants sont en grande partie des emplois superflus qui, sous le socialisme, grâce à une réorganisation du travail, migreraient vers d’autres secteurs. Les postes actuellement vacants sont aussi, dans certains cas, comme expliqué plus haut, des anciens postes à temps plein fractionnés en deux ou en trois postes pour condenser le travail. Enfin, ces postes non comblés réfèrent aussi parfois à des tâches liées à l’administration et à l’expansion d’entreprises capitalistes. Par exemple, si demain matin un capitaliste décide de démarrer une nouvelle entreprise et ne parvient pas à embaucher 10 employés, ces 10 employés ne sont pas nécessairement un manque objectif à combler dans la production et dans le procès de travail de la société. Par contre, 10 prolétaires au chômage, ce sont 10 travailleurs et travailleusesexistant dans la réalité; ce sont 10 prolétaires que le capitalisme a objectivement condamnés au chômage alors que pourtant, il n’y a aucune raison valable de les empêcher de participer à la production dans la société!

La vérité, c’est qu’il ne manque pas de travailleurs et de travailleuses au Québec. Des travailleurs et des travailleuses, il y a en suffisamment actuellement pour organiser durablement la société et pour faire fonctionner l’ensemble des industries et des secteurs économiques, au Québec comme au Canada. L’ensemble des prolétaires, ici comme dans le reste du pays, a déjà tout le nécessaire à portée de main pour faire augmenter la production et régler la majorité des problèmes sociaux. Le vrai problème, c’est le contrôle de la classe capitaliste sur la production et sur la société. Le socialisme permettrait d’abolir tous les postes parasitaires et socialement inutiles, tout comme il permettrait d’intégrer dans la production tous les chômeurs et chômeuses et tous ceux et celles que le capitalisme a désignés comme étant improductifs. La planification politique et économique de la production permettrait de subvenir aux besoins de tous et de toutes. Et surtout, le socialisme ferait disparaître tous les requins actuels qui, en essayant de préserver leurs profits, sont en train d’organiser la campagne actuelle contre le prolétariat.

Il n’y a pas de pénurie de main-d’œuvre! Rejetons les mensonges capitalistes!

Les travailleurs et les travailleuses ne paieront pas le prix de la concurrence capitaliste et de la crise de la production capitaliste!

Le véritable problème, c’est la mainmise des capitalistes sur la production et sur la société!

Luttons pour le socialisme et pour le contrôle ouvrier de la production!

 

Source: https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2018/11/13/non-il-ny-a-pas-de-penurie-de-main-doeuvre-au-quebec/

À propos de l’importance du secteur pétrolier pour le capitalisme canadien

Le 31 août 2018, l’État canadien est devenu propriétaire du pipeline Trans Mountain, qu’il a acheté à l’entreprise spécialisée Kinder Morgan pour la somme de 4,5 milliards de dollars. À terme, ce projet d’oléoduc ira de l’Alberta (Edmonton) à la côte de la Colombie-Britannique. Il permettra ainsi de développer une infrastructure s’ajoutant à celle déjà en place, pour ainsi plus que doubler le nombre de barils de pétrole transportés par jours (300k à 890k). Sur le coup, une bonne partie des commentateurs dans la presse bourgeoise ont manifesté une grande incompréhension face à cette acquisition. Pourtant, la chose est en parfaite continuité avec les actions des capitalistes au Canada depuis le début du millénaire. En fait, aujourd’hui, le secteur pétrolier est un pilier du capitalisme canadien. Néanmoins, cette activité économique n’est pas sans entrave pour les capitalistes. Elle pousse des fractions de la bourgeoisie à s’affronter, elle accentue les contradictions entre l’État capitaliste et les nations autochtones, et elle met en lumière l’état de pourrissement du parlementarisme bourgeois.

L’importance que revêt le pétrole pour le capitalisme canadien ne date pas d’hier. Elle a commencé à l’aube des années 1950 avec la découverte d’un important potentiel pétrolier sur le territoire de l’Alberta. Cette découverte a amené les États-Unis à investir massivement dans le secteur pétrolier de l’Ouest du pays (production, raffinerie, distribution). C’est entre autres ce qui a poussé par la suite les capitalistes canadiens à s’organiser conjointement avec le gouvernement dans les années 1980 pour rapatrier vers eux la part des américains. Cela s’est fait, entre autres, avec la NEP (Politique énergétique nationale) mise en place sous le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau. En fait, l’action récente du gouvernement bourgeois pour venir en aide aux capitalistes pétroliers n’a rien de nouveau. Le dernier épisode semblable, au début des années 1990, s’est d’ailleurs conclu avec la vente, à un prix dérisoire, de Petro-Canada, qui était alors une société d’État, aux capitalistes canadiens, bien heureux de la bonne affaire qu’ils venaient de faire et du bon fonctionnement de leur instrument politique, l’État capitaliste… Ce genre de manœuvre, c’est encore la tactique officielle du gouvernement canadien et c’est celle qui est préconisée avec le pipeline Trans Mountain, soit de le revendre au moment où le projet de nouveau pipeline sera suffisamment abouti. D’ailleurs, une récente analyse du directeur parlementaire du budget évalue le coût du pipeline Trans Mountain à plusieurs centaines de millions, voire un milliard au–dessus d’un prix acceptable. Ce qui sera encore plus apprécié lors de sa revente à bas prix aux capitalistes canadiens qui n’auront pas eu à assumer eux-mêmes l‘acquisation au prix fort au moment où le projet était menacé d’être abandonné si Kinder Morgan ne trouvait pas un nouvel acheteur pour en prendre le relais.

Ensuite, pour comprendre l’importance stratégique qu’a la production de pétrole au Canada, il faut se rappeler comment le reflux économique du capitalisme mondial en 2008 est venu nourrir davantage l’intérêt de la bourgeoisie canadienne pour le secteur pétrolier. La conjoncture d’alors aencouragé la réorganisation de l’économie canadienne avec le développement pétrolier qui est venu remplacer d’autres secteurs de l’économie canadienne en moins bonne santé. La production pétrolière a alors pris une plus grande importance dans l’économie canadienne. La bourgeoisie y a vu une façon de garder la tête hors de l’eau. Aujourd’hui, le secteur des mines et de l’extraction représente autour de 9 pourcents du PIB. Le Canada possède d’ailleurs la 4e plus grande réserve mondiale de pétrole. On estime à 4,3 billions le nombre de barils de pétrole conventionnel disponibles et à 163,4 billions le nombre de barils de pétrole bitumineux disponibles.

Pendant une période prolongée, la production de ce pétrole bitumineux coûtait très cher et était doncpeu rentable. On laissait ainsi dormir la plus grande partie du pétrole sur le territoire. Les avancées techniques réduisant désormais le coût de production, jumelées au prix élevé de vente à l’échellemondiale, ont incité la bourgeoisie à y investir son capital et à développer les forces productives nécessaires pour l’extraire et le transformer. Cela a donné lieu à une sorte de ruée économique vers l’Alberta, province qui a connu un boom de développement durant plusieurs années. Par contre, entre 2014 et 2017, la concurrence internationale, avec notamment les pressions de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) pour baisser les prix mondiaux, est venue reconfigurer les paramètres de la production de pétrole au Canada. En effet, si le prix de vente est trop bas à l’échelle mondiale, il n’est pas possible pour les capitalistes canadiens de soutenir cette activité à long terme, car elle coûte trop cher à opérer, ce qui les oblige à vendre le pétrole produit à perte. C’est le résultat de la concurrence internationale où chacun lutte pour enlever à ses adversaires les parts du marché qu’ils accaparent, concurrence dans laquelle s’affrontent les différentes façons de produire, obligeant ainsi chacun à perfectionner son procès de production. La conséquence immédiate, c’est qu’au Canada, comme partout ailleurs, nombreux sont les ouvriers qui perdent leur travail, les emplois suivant les flux et les reflux de la production et des dynamiques dans l’accumulation de capital.

Face à la concurrence internationale, la bourgeoisie canadienne a développé un plan. Ce plan de développement économique prend en compte le fait que sur les 163,4 billions de barils de pétrole bitumineux disponibles, seulement 31,7 billions peuvent être obtenus à travers un procédé d’extraction minière – le procès de travail utilise alors des grues qui cassent en morceaux le bitume, lequel est ensuite acheminé à bon port par camion sous forme solide. Les 131,7 billions restant, pour leur part, ne peuvent être obtenus que par une extraction en profondeur et doivent être acheminés en pipeline jusqu’aux raffineries ou aux prochains points de distribution. Avec le développement de la technique, il est beaucoup plus rentable de procéder avec cette méthode, d’autant plus que le bassin disponible de pétrole bitumineux en profondeur est de quatre fois supérieur à celui en surface,offrant ainsi une incroyable opportunité d’extraction aux capitalistes canadiens. Par contre, à long terme, il faudrait un grand nombre de raffineries supplémentaires pour renforcer la position des capitalistes du pays et pour consolider leur indépendance. En effet, en ce moment, le Canada est surtout un exportateur net de pétrole non raffiné. Il se produit 4,2 millions de barils par jour au pays.Sur ce nombre, 3,3 millions de barils sont exportés et seulement 1,8 millions de barils sont envoyés à des raffineries domestiques. Aussi, il n’y a pas si longtemps, les États-Unis achetaient 98 pourcents du pétrole produit au Canada. La production était configurée presque uniquement en fonction de ce qui était vendu à nos voisins. Mais désormais, avec leur Programme d’autonomie énergétique, les États-Unis achètent moins de pétrole aux capitalistes canadiens, ou encore ils ne veulent pas leur payer un prix leur permettant de rentabiliser le capital investi dans la production de pétrole au Canada. Il s’en suit que les capitalistes canadiens cherchent maintenant à vendre leur pétrole outremer pour se sortir de l’impasse. Pour ce faire, le capitalisme doit impérativement acheminer le pétrole sur la côte ouest canadienne, ce qui vient nécessairement renforcer le développement des pipelines requis pour déplacer des centaines de milliers de barils par jour jusqu’en Colombie-Britannique.

Tout est réuni pour faire sauter la marmite

C’est ainsi que s’explique l’insistance avec laquelle l’État bourgeois canadien protège le secteur pétrolier et appuie la réalisation du pipeline Trans Mountain. Il s’agit d’une question fondamentale pour la production capitaliste et l’accumulation de capital au pays. Cette insistance n’est d’ailleurs pas passée inaperçue : elle a été vivement contestée. L’achat du pipeline a renforcé les conflits entre les différentes fractions de la bourgeoisie regroupées autour de frontières géographiques et industrielles. Ce n’est pas la bourgeoisie en entier qui possède ou qui a des parts dans des entreprises liées à la production pétrolière. Avec l’intervention de l’État bourgeois pour aider les capitalistes engagés dans le secteur pétrolier, ceux qui sont laissés sur le banc des joueurs regardent avidement l’industrie et cherchent une façon de rapatrier une partie de la plus-value vers eux. Récemment, ce phénomène a pris la forme d’escarmouches entre la bourgeoisie de la Colombie-Britannique et celle de l’Alberta. La bourgeoisie de la Colombie-Britannique a l’impression de se faire tordre le bras et tente de négocier sa part de profits dans l’opération en menaçant de faire du sabotage. C’est d’ailleurs cet appel au sabotage, doublé d’une menace de résistance autochtone, qui a contribué à la volonté de Kinder Morgan d’abandonner le projet Trans Mountain. On peut voir une dynamique semblable à l’œuvre au Québec avec l’opposition de François Legault à la relance du défunt projet d’oléoduc Énergie Est – un projet qui devait permettre d’acheminer le pétrole canadien d’Ouest en Est. Cette opposition, François Legault l’a par ailleurs justifiée trompeusement en répétant qu’ici, on n’en veut pas, de l’énergie sale, surfant ainsi sur la popularité médiatique des positions écologistes.

Aussi, la lutte des nations autochtones au Canada en lien avec les projets d’oléoducs a ouvert la porte à beaucoup de confusion au sein de la gauche, celle-ci renforcée dans ses convictions par les récentes escarmouches violentes entre les nations autochtones et l’État capitaliste canadien. En fait, lorsqu’il est question de l’auto-détermination et de la libération des nations autochtones, il existe une position postmoderne par défaut qui est régurgitée sans arrêt et sans aucun discernement. Cetteposition fait disparaître toute explication scientifique de l’asservissement des nations autochtones. On conçoit celui-ci comme un processus oppressif intangible – sans base matérielle pour le développer et l’entretenir – reposant sur une sorte d’essence coloniale omniprésente et transcendante. Selon cette conception, la domination et l’exploitation des nations autochtones et de leurs territoires constituent un phénomène immuable, séparé de toute réalité économique, comme si le colonialisme européen n’avait pas été complètement transformé par le développement du capitalisme au Canada.

Ce n’est pas le système « white-settler » ou « settler-colonial », « l’oppression systémique », ou tout autre écran de fumée postmoderne qui est à l’origine de l’oppression nationale des autochtones, mais bel et bien le développement économique réel du capitalisme. La base matérielle des contradictions entre les autochtones et l’État capitaliste canadien se situe dans le développement on ne peut plus normal de la production capitaliste au Canada, avec les nécessités objectives qui en découlent. Dans ce casci, l’accumulation de capital provoque le développement matériel de la production pétrolière, lequel pose inévitablement la question du contrôle concret et physique des territoires autochtones (et non pas du contrôle symbolique des milieux de vie ou autres concepts flous). Ce contrôle du territoire autochtone correspond à la nécessité pour le capitalisme de pouvoir passer sur le territoire, d’y avoir accès en permanence, d’y mettre physiquement ses forces productives, d’y prendre la matière première ou encore, tout simplement, d’y enlever ses occupants lui faisant obstacle. C’est, entre autres, cette nécessité économique de contrôler le territoire autochtone, découlant elle-même de la nécessité de rentabiliser le capital investi dans la production, qui rend impossible pour l’État capitaliste de considérer les peuples autochtones comme autre chose qu’un obstacle bien dangereux à son activité économique. Cette nécessité de rentabiliser le capital se traduit alors en contradiction violente lorsque la moindre résistance s’organise contre elle. Cette contradiction prend d’ailleurs des formes variées selon les endroits au Canada. Si, dans ce cas-ci, c’est la production du pétrole qui est le moteur du conflit, ailleurs au pays, ce sont autour d’enjeux liés à l’hydro-électricité, à la foresterie ou encore à la pêcherie que la résistance prendra forme. Dans le cas de la production et du transport du pétrole, ces affrontements ne vont d’ailleurs aller qu’en augmentant, car la pression va devenir de plus en plus forte pour que les projets se réalisent sans plus attendre.

Pour toutes ces raisons, le secteur pétrolier est hautement important pour le capitalisme canadien. Et c’est cette importance qui doit attirer l’attention du prolétariat révolutionnaire, pour lequel il est nécessaire de connaître toujours mieux les points sensibles de son adversaire. La révolution doit impérativement organiser les ouvriers du pétrole, car l’industrie pétrolière, secteur où une quantité incroyable de plus-value est produite, est une pierre d’assise du Capital au pays. De même, chaque jour, l’exploitation capitaliste renforce l’importance de l’unité du prolétariat canadien et des nations autochtones dans leur lutte commune contre la bourgeoisie et son État réactionnaire.

Dans le secteur pétrolier et partout où il y a une forte production de plus-value, la révolution doit apporter aux prolétaires la plus grande conscience et la plus grande organisation possible!

Faisons tomber l’État capitaliste, instrument de répression politique d’une classe sociale parasitaire agissant contre l’ensemble du peuple!

Source:

https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2019/02/05/a-propos-de-limportance-du-secteur-petrolier-pour-le-capitalisme-canadien/

Les formes objectives d’action révolutionnaire

Une introduction à ce que nous entendons par formes objectives d’action révolutionnaire

La notion de formes objectives d’action révolutionnaire découle d’une appréciation matérialiste et politique de l’expérience accumulée historiquement par le mouvement communiste international. La lutte des classes a produit une quantité impressionnante d’expériences militantes, de formes de lutte et de moyens de combattre. En effet, il existe une série de moyens d’action distincts tels que l’agitation, les tracts, les journaux, les graffitis, les noyaux communistes, le sabotage, la lutte de partisans, l’établissement en milieu ouvrier, les grèves, les séquestrations, les insurrections, les barricades, les revues, les conférences, les manifestations, le travail clandestin en tout genre, la lutte armée, la prise du pouvoir, l’armement des masses, ou encore l’organisation du pouvoir politique. Ces différentes formes de lutte composent ce que nous appelons le spectre de l’action révolutionnaire. Elles ont en commun d’être apparues concrètement dans l’histoire de la lutte des classes et de pouvoir être mises en pratique à nouveau dans les conditions qui prévalent aujourd’hui. Autrement dit, elles n’ont pas été inventées abstraitement et ne sont pas figées dans le passé.

Les organisations aspirant à diriger la révolution prolétarienne doivent impérativement chercher à s’approprier cette vaste accumulation d’expérience. Pour ce faire, elles doivent faire l’évaluation politique de chacune de ces formes de lutte et cerner ce qui les rassemble et ce qui les distingue. C’est ainsi que notre organisation en est arrivée à considérer que toutes ces formes de lutte pouvaient être rangées dans quatre grandes catégories (les formes objectives d’action révolutionnaire): la propagande classique, l’action révolutionnaire parmi les masses (ARM), la propagande armée et la guerre populaire prolongée (GPP). C’est aussi de cette manière que notre organisation a adopté son programme et a fixé ses objectifs, lesquels consistent à mettre tout en pratique pour parvenir à renverser la bourgeoisie impérialiste canadienne et son État réactionnaire au moyen de la guerre populaire prolongée. Cet affrontement prolongé doit être précédé d’une période de préparation politique et stratégique permettant de déployer l’ensemble des moyens et des dispositifs nécessaires pour mettre en œuvre des formes d’action révolutionnaire de plus en plus abouties. C’est cette conception organique et totalisante du processus révolutionnaire au Canada ainsi que ses implications pratiques qui ont été au cœur de notre lutte de lignes avec les opportunistes canadiens. Nous dénonçons leur négation de l’ARM au profit d’un travail réformiste et économiste, leur volonté de construire des organisations intermédiaires anti-parti plutôt que des dispositifs adéquats, leur négation du principe selon lequel le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire du parti et non une réaction défensive, leur abandon de notre conception de l’accumulation des forces (résumée dans le slogan «combattre et affronter l’ennemi») au profit d’une orientation révisionniste sur la ligne de masse, ainsi que leur refus de donner au parti les moyens de prendre en charge toutes les formes d’action révolutionnaire. Ces perspectives erronées ont servi à préserver les gains organisationnels opportunistes du parti qui avaient été faits à l’extérieur du Québec et plus particulièrement en Ontario de 2011 à 2017. La progression quantitative de notre parti a inévitablement posé des questions pratiques qui ont été la cause de sa scission en une fraction révolutionnaire et une autre révisionniste. Le mérite de notre conception des formes objectives d’action révolutionnaire et du parti qui se construit en les assumant est d’obliger les opportunistes à se prononcer contre leur prise en charge et ainsi à se démasquer. Les camps se démarquent ainsi: continuer ou s’arrêter en chemin, se préparer à payer le prix de la révolution ou se réfugier dans la légalité bourgeoise et se cacher derrière les formes de pratique qu’elle permet.

La naissance du marxisme et l’action communiste réelle

C’est avec la naissance du marxisme qu’apparaît ce que nous appelons aujourd’hui l’action révolutionnaire. Les nombreux combats politiques de Marx et Engels permettent la fondation du matérialisme historique et du matérialisme dialectique. Leur lutte aboutit aux grandes révélations politiques sur le mode de production capitaliste et aux premières analyses historiques et matérialistes des enjeux de la lutte des classes: l’État et le pouvoir de classe, la lutte politique et les escarmouches économiques, le mouvement associatif et l’action des communistes dans les syndicats, le mouvement ouvrier et les mouvements nationaux, etc. Les combats politiques majeurs liés à l’émergence du marxisme permettent la victoire du socialisme scientifique sur le socialisme utopique, la naissance du mouvement social-démocrate sous le mot d’ordre de la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier, ainsi que les premières grandes percées internationales de la révolution (la Ligue des communistes, l’Association internationale des travailleurs (AIT), la Commune de Paris, la traduction des ouvrages phares en plusieurs langues, etc.).

Lorsqu’on regarde le parcours de Marx et Engels, on constate que c’est dans l’action que le marxisme se constitue. La base matérielle de leur génie est de participer concrètement au mouvement réel contre le capitalisme, de contribuer aux luttes révolutionnaires de leur époque et de s’attaquer aux tâches immédiates qui en découlent. C’est à travers les polémiques qu’ils engagent dans la Gazette Rhénane et dans les Annales franco-allemandes qu’ils s’illustrent pour la première fois grâce à leur clarté de vue. Les années 1840 sont un grand laboratoire politique et philosophique dans lequel se développe le marxisme. À cette époque, les tenantEs du marxisme mènent les premières batailles contre les idéalistes et contre les partisanEs du socialisme utopique. Leurs éclaircissements politiques sont contenus dans le Manifeste du Parti communiste. Cet ouvrage voit le jour à l’occasion d’une des premières tentatives de regroupement politique du prolétariat international. Il est adopté comme document central de la Ligue des communistes, venant conclure du même souffle une série de victoires contre les conceptions utopiques des premiers courants socialistes, lesquelles perdent de l’influence dans les années qui suivent.

À une époque où la consolidation du capitalisme en Europe est encore récente, ce sont les courants utopiques qui représentent les positions dominantes dans le mouvement révolutionnaire. Ce qui caractérise ces premières tendances socialistes est l’adoption d’une position de classe étrangère au prolétariat. En effet, les propositions théoriques des socialistes utopiques reflètent leur propre situation de classe. Ils ne font pas partie du prolétariat (étant artisans, petits-bourgeois, etc.), mais ils entrent tout de même matériellement en confrontation, à des degrés divers, avec les nouveaux rapports de production capitalistes. Les socialistes utopiques formulent et proposent des projets idéaux (coopératives, mutualisme, multiplication de la petite propriété, retour anhistorique à un féodalisme bâtard, etc.) promettant une amélioration de leurs propres conditions matérielles d’existence, mais constituant un cul-de-sac politique pour le prolétariat dont ils nient le rôle central. Le socialisme utopique partage avec un grand nombre de mouvements (politiques, philosophiques, économiques, etc.) et de théories bourgeoises à la mode un grave problème: l’idéalisme. En effet, toutes ces théories refusent, chacune à leur manière, d’appréhender la réalité matérielle et sa transformation. L’idéalisme des courants socialistes utopiques se résume à inventer des mondes imaginaires, coupés de l’expérience et des classes sociales. Le développement des catégories scientifiques du matérialisme historique (mode de production, classes sociales, plus-value, rapports de production, force de travail, infrastructure, superstructure, etc.) est le produit de cette lutte contre l’idéalisme gangrenant le mouvement socialiste de l’époque. Le centre de gravité de ce processus est de comprendre comment réaliser l’acte de transformation de la réalité matérielle. C’est dans cette optique que sont produites les grandes analyses politiques et économiques des années subséquentes.

Il est frappant de constater à quel point les notions de passage à l’acte, d’action réelle et de pratique révolutionnaire sont au cœur des travaux de Marx et Engels dans les années 1840. Dans leur lutte contre les conceptions petites-bourgeoises du socialisme utopique, Marx et Engels défendent que le communisme n’est pas une création abstraite, sur papier, mais repose bien au contraire sur le développement historique de la société et de ses contradictions matérielles: «Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel.» (L’idéologie allemande) C’est dans les conditions existantes que se trouvent les prémisses de la révolution et ses objectifs. Ce faisant, Marx et Engels n’en restent pas à un simple postulat contemplatif et déphasé de l’existence réelle des classes, de leurs luttes et de leur action. Hostiles à tout mécanisme et à tout spontanéisme, ils se prononcent sur la nécessité et sur l’importance de l’action des communistes: «En réalité, pour le matérialiste pratique, c’est-à-dire pour le communiste, il s’agit de révolutionner le monde existant, d’attaquer et de transformer l’état de choses qu’il a trouvé.» C’est en luttant pour développer, conquérir et dominer par l’action subjective le mouvement objectif du développement social qu’on parvient à révolutionner le monde existant. Les révolutionnaires doivent comprendre et maîtriser les moyens d’action permettant d’agir au sein de ce mouvement réel plutôt que d’en rester éloignéEs et spectatrices ou spectateurs.

Critiquant les limites du matérialisme métaphysique pré-marxiste, Marx et Engels situent les sujets politiques (les classes sociales) dans le monde objectif et démontrent que la bourgeoisie et le prolétariat sont en fait des composantes interdépendantes de la même réalité matérielle. «Le principal défaut, jusqu’ici, du matérialisme de tous les philosophes – y compris celui de Feuerbach est que l’objet, la réalité, le monde sensible n’y sont saisis que sous la forme d’objet ou d’intuition, mais non en tant qu’activité humaine concrète, en tant que pratique, de façon non subjective.» (Thèse #1 sur Feuerbach) Selon les matérialistes mécaniques, la réalité objective est un objet fixe et immuable. Au contraire, selon Marx et Engels, elle est constamment en mouvement et se transforme sous les flux et les reflux de la lutte des classes. Les métaphysiciens, quant à eux, ne conçoivent pas qu’il est possible de modifier cette réalité objective.Aussi, ils nient l’importance stratégique de l’action humaine dans le mouvement réel, c’est-à-dire l’importance d’un parti communiste et de son action révolutionnaire pour diriger le processus de transformation sociale.

Développant une théorie de la connaissance, le marxisme naissant postule que c’est la pratique qui constitue le critère de la vérité. «La question de savoir s’il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n’est pas une question théorique, mais une question pratique. C’est dans la pratique qu’il faut que l’homme prouve la vérité, c’est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps.» (Thèse #2 sur Feuerbach) Il est anti-matérialiste de percevoir la connaissance de la réalité en dehors de l’acte de transformation. C’est par la maîtrise scientifique de l’action révolutionnaire déployée pour transformer la société qu’on valide les analyses de la réalité. C’est en cela qu’on peut dire que le marxisme est une science de la révolution. «Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer.» (Thèse #11 sur Feuerbach)

Si l’important est de transformer le monde et non seulement de l’interpréter, encore faut-il rompre avec une autre forme d’idéalisme. On ne transforme pas la réalité avec des idées, des spéculations intellectuelles et des projets imaginaires: on la transforme avec l’action communiste réelle. Afin de déterminer comment mener cette action, Marx et Engels développent leur compréhension des éléments constitutifs de la lutte des classes: le prolétariat comme sujet révolutionnaire, l’importance de saisir le pouvoir pour transformer la société, les objectifs politiques du mouvement ouvrier, etc. «Pour abolir l’idée de la propriété privée, le communisme pensé suffit entièrement. Pour abolir la propriété privée réelle, il faut une action communiste réelle.» (Manuscrits de 1844)

Les formes objectives d’action révolutionnaire regroupent l’ensemble des formes de lutte produites par l’histoire

Faire la révolution est un processus conscient et scientifique

La révolution est une lutte entre la préparation et le hasard, entre le contrôle et le chaos. La révolution prolétarienne est la révolution la plus consciente d’elle-même, celle qui doit laisser le moins de place à l’aléatoire. En tant que maoïstes visant à déployer une action communiste réelle, nous accordons une grande importance aux notions de maîtrise, de conscience, d’acquisition de capacités, de reproductibilité, d’accumulation d’expérience et de progression scientifiquement contrôlée.

Le marxisme est avant tout une science de la révolution: il vise à accumuler des connaissances sur les lois objectives du développement des révolutions et donc à développer une juste compréhension de la manière dont l’action révolutionnaire doit être menée. En ce sens, les communistes cherchent à maîtriser leur propre expérience en acquérant la capacité à évaluer politiquement et scientifiquement de quelle manière intervenir dans la classe ouvrière, disposer leurs forces, se développer et construire un parti révolutionnaire d’avant-garde apte à formuler une stratégie, à élaborer des tactiques et à les mettre en œuvre. Le marxisme, en tant que science de la révolution, vise à maîtriser l’acte de transformation matérielle de la société.

L’action révolutionnaire est l’élément central de l’expérience révolutionnaire qu’un parti communiste tend à scientifiquement maîtriser. Trop souvent, le caractère scientifique du marxisme est réduit à une simple et banale analyse de la réalité objective. Par exemple, les phénomènes sociaux sont quantifiés et qualifiés, et ce, comme s’il était possible d’y parvenir tout en étant coupéEs de la pratique sociale. Une rupture entre la théorie et la pratique s’opère lorsque le marxisme est confiné dans une approche purement contemplative et intellectuelle. Pourtant, l’ensemble des analyses de la réalité matérielle doivent servir à comprendre les objectifs concrets d’une révolution, à se repérer, à faire des choix, à déterminer comment agir pour transformer la société, à progresser consciemment et à parvenir à la guerre populaire. Tout l’arsenal pratique et toute la richesse théorique du maoïsme disparaissent dès qu’ils sont séparés de l’action révolutionnaire. Il ne s’agit pas de réduire l’importance de l’économie politique ou des grandes analyses, mais de les situer correctement dans leur rapport à la pratique révolutionnaire.

Dans l’ouvrage Que faire? de Lénine et dans la progression politique vers le deuxième congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) se trouve quelque chose d’éminemment révolutionnaire, quelque chose de maîtrisé scientifiquement. Les thèses avancées dans ce livre ne sont pas simplement des analyses de la situation politique (l’histoire des grèves en Russie, la notion historique de fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier, les conditions d’existence matérielle du prolétariat et leur impact sur sa conscience de classe, le localisme artisanal et l’esprit de cercle des social-démocrates russes). Surtout, elles tiennent compte de ces éléments d’analyse pour définir la manière d’agir en tant que parti révolutionnaire. C’est parce qu’elles reposent sur une méthode scientifique qu’elles sont justes. La lutte contre les économistes découle d’une appréciation politique et scientifique de la façon d’intervenir dans la lutte des masses afin de progresser vers la prise du pouvoir. De la même façon, l’évaluation scientifique de l’ensemble des caractéristiques et des limitations du mouvement révolutionnaire russe conduit au lancement d’un journal politique bolchévique pour toute la Russie. S’en dégagent les notions d’organisateur collectif et de direction idéologique, notions dont nous nous servons encore aujourd’hui. Une telle maîtrise consciente de l’action révolutionnaire implique de nommer les formes embryonnaires de travail politique, de se doter d’un langage commun: tactique, agitation, propagande, tract, meeting, cercle, antenne, ou encore, parti, front uni, soviet, armée rouge, prise du pouvoir, dictature du prolétariat. Ces mots réfèrent à des réalités objectives que les communistes doivent comprendre pour réussir à maîtriser scientifiquement et totaliser l’expérience indirecte du prolétariat international.

Distinguer les formes objectives d’action révolutionnaire

Dans différents milieux, à différentes époques et dans différentes situations, certaines formes de lutte apparaissent et disparaissent, se répètent, se modifient, passent de secondaires à principales, atteignent des niveaux historiques jamais vus, se complètent les unes les autres et enclenchent des tentatives de montée vers le pouvoir. Elles sont mises au monde par le développement objectif de la lutte du prolétariat pour son émancipation. Elles sont constituantes de son expérience, de ses acquis et de son patrimoine. Elles représentent, un peu comme les développements techniques dans la production et dans le procès de travail de la société, des outils potentiels, maîtrisables et dont l’usage est reproductible. Elles composent aujourd’hui l’ensemble objectif de la pratique révolutionnaire historique du prolétariat international. Pensons aux premiers sabotages, aux grèves, aux négociations et à l’ensemble des combats menés par la classe ouvrière naissante. Pensons à la transformation des grèves économiques en grèves politiques, aux premières manifestations, aux barricades et aux combats de rue. Pensons aux premières formes de regroupements de partisanEs, aux vols de banques, au terrorisme politique et à la destruction d’infrastructures importantes pour la bourgeoisie. Pensons aux occupations, aux séquestrations et à la reprise en main de forces productives abandonnées par la bourgeoisie. Pensons aux graffitis, aux journaux, aux tracts illégaux, à l’agitation publique, à l’appel à la grève et à l’agitation en manifestation. Pensons à la création de faux passeports, au réseautage clandestin et à la détection de mouchards. Pensons aux premières formes de guerre civile, à l’art de l’insurrection, à la guerre de mouvement, à la guerre de guérilla et à la guerre de position. Et plus encore!

Ces formes se développent à partir de toutes les grandes expériences de notre mouvement, qu’il s’agisse des premières escarmouches du mouvement ouvrier, du mouvement associatif et des trade-unions, des révolutions européennes de 1848 à 1850, des barricades au XIXe siècle, de la Commune de Paris, des grèves économiques et politiques en Europe, de la Révolution de 1905 en Russie, de l’insurrection d’Octobre 1917, de la guerre civile en Russie, des insurrections urbaines en Allemagne, en Hongrie et en Italie, ou encore, de la construction du socialisme en URSS, du travail du Komintern, de la naissance d’un véritable essaim de partis communistes sur la Terre entière, de la lutte contre le fascisme, de la guerre populaire en Chine, des fronts unis en Amérique et en Europe, des guerres de libération nationale, de la Grande Révolution culturelle prolétarienne, des combats anti-révisionnistes et de la pratique combattante des organisations communistes dans les pays impérialistes. Et plus encore! Toutes ces expériences témoignent de l’audace et du génie contenus dans les nouvelles propositions émergeant de la lutte des masses. Ces propositions sont systématisées et dirigées par les plus grandes avant-gardes de notre classe.

Parmi toutes ces formes de lutte, certaines se distinguent grandement les unes des autres alors que d’autres sont suffisamment semblables pour qu’il soit possible de les mettre dans une seule et même catégorie. Aujourd’hui, afin de se repérer dans ce vaste ensemble, il est nécessaire de bien comprendre la conception matérialiste des catégories fondamentales. Pour les matérialistes, les catégories ne sont pas un produit de l’esprit: elles existent objectivement peu importe la façon dont elles sont appréciées subjectivement. Aussi, certaines sont plus englobantes que d’autres. Par exemple, Lénine caractérise l’histoire de toute la philosophie comme étant une lutte entre le matérialisme et l’idéalisme, les deux catégories les plus hautes et les plus totalisantes de ce domaine. L’ensemble des formes de lutte contenues dans l’expérience révolutionnaire accumulée jusqu’à maintenant se rapportent à l’une ou l’autre des catégories que nous désignons comme des formes objectives d’action révolutionnaire. Bien entendu, celles-ci se manifestent différemment selon le contexte (par exemple, la propagande des communistes en Chine n’est pas la même que celle des communistes en Russie, l’ARM de la 3e Internationale est différente de celle des bolcheviks, la GPP au Pérou est différente de celle en Inde). Elles abritent un bon nombre de sous-moyens et de sous-actions. Reliées entre elles, elles ont des objectifs communs (unir le prolétariat, prendre le pouvoir politique, transformer la réalité), mais prises séparément, elles ne partagent pas les mêmes objectifs stratégiques spécifiques.

Les quatre formes objectives d’action révolutionnaire

1 La propagande classique

La propagande est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des moyens qui propagent, synthétisent et exposent intelligiblement des idées et des perspectives. Elle provoque l’adhésion à une ligne politique, c’est-à-dire à une conception révolutionnaire du monde. Elle fait des révélations politiques aux masses sur le capitalisme et sur la révolution. La propagande permet à un parti de s’unir, de formuler un programme et de développer sa direction politique et idéologique. Elle permet, entre autres, de prendre en charge la direction des idées, de ce que l’on pense, des points de vue adoptés, des analyses défendues, du langage accepté et du regard porté sur notre propre action. Elle aide à la métabolisation des problèmes vivants et complexes de la lutte des classes, de la construction du parti, de la guerre populaire et de la prise du pouvoir. Elle génère l’action révolutionnaire, pérennise les acquis politiques, produit l’adhésion et crée le milieu politique permettant l’action unifiée. On retrouve, objectivées par les différentes expériences historiques de propagande classique, les notions d’organisateur collectif, d’organe central, de révélation politique, de démarcation, de cohésion idéologique, d’unification des forces subjectives de la révolution, de direction idéologique, de lutte théorique, d’appels généraux, de dialogue dans la lutte des classes, de transmission aux masses, d’initiative politico-idéologique et de métabolisation des questions de la lutte des classes. En bref, la propagande est le ciment politique de l’activité révolutionnaire. Elle prend différentes formes, vise à produire différents effets et reçoit différents qualificatifs au fil de l’histoire du mouvement communiste. On peut compter parmi les formes historiques qui relèvent de la propagande dite classique le journal, le programme, la polémique, le tract, le livre, le discours, l’exposé, le dessin, l’affiche, le cinéma, la chanson, etc. C’est selon l’époque dans laquelle se trouve le processus révolutionnaire qu’on détermine la manière spécifique de propager les mots d’ordre et les analyses du parti dans les masses.

Comme c’est le cas pour bon nombre d’organisations, la propagande est le premier centre de gravité de la lutte autour duquel s’est construit et continue de se construire notre parti. La capacité de la propagande à générer les autres formes objectives d’action révolutionnaire doit atteindre son point culminant avec la réalisation dans la pratique de l’initiative idéologico-politique du parti, laquelle sert à préparer et à soutenir la proposition de montée vers le pouvoir que l’avant-garde soumet au peuple avec le déclenchement de la guerre populaire. Cette initiative doit susciter une discussion permanente et rigoureuse entre l’avant-garde et le prolétariat sur les formes et les caractéristiques du nouveau pouvoir populaire en émergence. Ce grand dialogue doit viser à gagner progressivement de nouvelles couches du prolétariat pour soutenir la progression générale de la révolution.

2 L’action révolutionnaire parmi les masses

L’action révolutionnaire parmi les masses est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des moyens employés par les organisateurs et les organisatrices maoïstes agissant au sein des masses pour les entraîner à l’action. Elle vise à développer des liens révolutionnaires vivants et durables entre l’avant-garde et le prolétariat, à élever les capacités et la conscience de classe de ce dernier et à le faire participer activement à la lutte révolutionnaire. Cette présence agissante n’est pas qu’une simple présence reflet: c’est l’intervention consciente du parti dans le mouvement réel, intervention qui, à travers un discours et des actes bien démarqués, entraîne le prolétariat à participer massivement au processus révolutionnaire et à entrer en confrontation avec la bourgeoisie et son État. L’action révolutionnaire parmi les masses est l’intervention des communistes qui fait exister le parti quotidiennement dans la lutte des classes et qui transforme les luttes revendicatives en lutte politique pour le pouvoir prolétarien. En somme, l’action révolutionnaire parmi les masses vise à produire l’action révolutionnaire des masses. Nous rangeons donc dans cette catégorie l’ensemble des formes de lutte et des moyens de combat utilisés par le prolétariat international pour résister au capitalisme, qu’il s’agisse des grèves, du sabotage, des barricades, des manifestations, des occupations, etc. Ici, la tâche des révolutionnaires est de systématiser les nouvelles formes de lutte des masses, tout comme d’utiliser le patrimoine de formes de lutte déjà accumulées. C’est l’action révolutionnaire des masses qui est la source inépuisable de nouvelles formes de lutte et de nouveaux moyens de combattre.

Un parti ayant une pratique d’action révolutionnaire parmi les masses n’est pas un groupe isolé et inexistant dans la réalité politique concrète de la lutte des classes. Il est actif, omniprésent et au cœur de l’action des masses. En développant sa participation aux luttes et sa capacité à diriger les masses, il fait fusionner son expérience directe avec l’expérience directe du prolétariat dans la lutte pour le pouvoir politique, les rendant organiques et inséparables. Une organisation assumant l’ARM est une organisation qui assume son rôle d’avant-garde en introduisant en permanence dans les combats spontanés des travailleurs et des travailleuses une conception révolutionnaire du monde.

On retrouve, objectivées par les différentes expériences historiques d’ARM, les notions de liaison avec les masses, d’agitation, d’entraînement à l’action, de participation des masses, de travail du parti dans les masses, de secteurs d’intervention, de tactiques, de méthodes de travail, de liaisons permanentes, d’actions à l’intérieur du mouvement, d’actions à l’extérieur du mouvement, d’actions ponctuelles, de noyaux communistes, d’établissement en milieu ouvrier, d’actions révolutionnaires des masses, de systématisation des moyens de combats développés par les masses, de manifestations physiques du pouvoir des masses, d’affrontement de l’ennemi, de provocation de l’adhésion par l’action et de révélation politique par l’action.

L’histoire du mouvement communiste recèle de multiples façons de mener l’ARM, qu’il faut étudier et dont il faut tirer des enseignements. L’histoire nous apprend aussi qu’il n’existe pas de parti communiste qui n’ait pas une pratique généralisée d’action révolutionnaire parmi les masses.

◆ L’action révolutionnaire parmi les masses pour opérer la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier dans la deuxième moitié du XIXe siècle

Au XIXe siècle, les partisanEs du socialisme scientifique et les partis ouvriers naissants mènent une lutte implacable pour rompre avec le parallélisme qui les place à l’extérieur du mouvement ouvrier. Ils et elles luttent pour la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier. Ils et elles mènent un travail systématique et résolu pour aller à la rencontre de la classe ouvrière et pour l’organiser. En participant activement aux mouvements des ouvrières et ouvriers et en y introduisant des perspectives encore extérieures à ses objectifs immédiats, ils et elles font une des premières expériences majeures d’action révolutionnaire parmi les masses. Le mouvement ouvrier commence alors à maîtriser la question du pouvoir politique et de l’organisation en parti.

◆ La lutte contre l’économisme ainsi que les méthodes multiformes d’agitation et d’entraînement à l’action des bolcheviks

Les bolcheviks sont exemplaires dans leur capacité à entraîner les masses à l’action. Les méthodes multiformes d’agitation utilisées par le POSDR lui permettent de se lier avec les masses de diverses manières. On peut penser aux tracts illégaux, à l’agitation publique, à l’action politique spectaculaire en usine, aux actions ponctuelles dans la vie quotidienne des masses, à la direction pratique de manifestations massives et combatives, à la création de groupes de combat, à la prise en charge d’une multitude de grèves politiques, etc. Les bolcheviks sont de tous les combats et s’inscrivent organiquement dans la lutte du peuple contre le tsarisme.

La lutte contre l’économisme et l’opportunisme constitue l’une de leurs premières grandes écoles pour maîtriser les objectifs de leur action au sein des masses. Ils et elles parviennent à établir la liaison adéquate entre la lutte politique, le mouvement revendicatif spontané, l’intervention de l’avant-garde et l’entraînement à l’action. Ils et elles développent les notions de révélations politiques sur la conquête du pouvoir politique et d’entraînement des masses à l’action révolutionnaire. À l’époque de la Russie tsariste, il n’est pas possible d’agiter et d’entraîner les masses à l’action révolutionnaire sans assumer les confrontations et les contrecoups qui s’en suivent, sans payer de sa personne. Les bolcheviks n’ont d’autres choix que d’être conséquentEs, car les masses répondent activement à leurs appels (par exemple, résister au tsarisme et aux Cent-Noirs).

◆ Les noyaux communistes dans les syndicats de la 3e Internationale

Devant les défis posés par le développement la révolution mondiale, la 3e Internationale communiste élabore des thèses sur comment se lier aux masses dans la conjoncture mondiale suivant la révolution de 1917. Les conditions prévalant au début des années 1920 sont celles de la reprise en main et de la consolidation du capitalisme partout dans le monde. Le contexte des démocraties bourgeoises naissantes n’est alors plus le même que celui de la Russie autocratique où l’activité révolutionnaire des masses a connu des périodes fécondes. Les partis de la 3e Internationale adoptent une tactique spécifique d’ARM en consacrant une grande part de l’activité révolutionnaire à la création de noyaux communistes dans les organisations réelles et en particulier dans les syndicats existants. Cette méthode de travail est jugée nécessaire en raison des nouveaux centres de gravité de la lutte et de la nouvelle situation concrète. L’action s’inscrit dans la durée et à l’intérieur du mouvement ouvrier. Les révolutionnaires cherchent à se préserver plutôt qu’à entraîner immédiatement à l’action, et ce, afin de donner des assises solides et des ancrages partout dans la classe aux partis communistes naissants. Bref, on mise sur la construction d’une liaison permanente.

◆ Le travail du parti dans les masses pour construire le nouveau pouvoir durant la guerre populaire en Chine

La guerre populaire prolongée en Chine fait émerger une pratique bien précise d’ARM visant à développer le nouveau pouvoir au sein des masses. Cette pratique, caractérisée par l’idée de servir le peuple, est cruciale dans un contexte où il est particulièrement important de se démarquer politiquement étant donné que la lutte armée est aussi utilisée par des organisations réactionnaires (les seigneurs de guerre et le Kuomintang). Surtout, cette pratique est nécessaire au Parti communiste chinois (PCC) pour ravitailler et préserver les forces armées. Par ailleurs, la révolution chinoise implique la construction du nouveau pouvoir qui exige un travail minutieux et permanent de liaison avec les masses pour les amener à le reconnaître, à y participer et à mener le processus de transformation sociale.

Cette pratique historique d’ARM, dans le cadre de la guerre populaire en Chine, est généralement qualifiée de travail du parti dans les masses. Celui-ci prend des formes variées. Il permet aux militantEs du parti de comprendre la vie quotidienne des masses, d’y intervenir correctement, d’entrer en contact avec la population, d’apprendre à solutionner politiquement les problèmes vivants de la société, de cartographier un territoire, d’enquêter sur un milieu pour en comprendre les dynamiques, d’entreprendre des actions politiques offensives, d’unir les masses autour du parti et d’isoler ses ennemis. Parmi les moyens utilisés, on compte les éclaireurEs, les agitateurs et agitatrices publiques, les représentantEs, etc. L’ARM pendant la guerre populaire permet au PCC de lancer massivement la paysannerie dans l’action révolutionnaire, de développer la production et l’économie politique de la guerre populaire, de recruter durablement des forces pour l’armée rouge ainsi que de préserver les forces combattantes.

◆ Les formes d’ARM nouvelles et originales permettant de rompre en pratique avec le révisionnisme à partir des années 1960 en Europe

Dans les années 1960 en Europe, les nouvelles organisations communistes qui émergent sont placées devant la nécessité de reconstruire le camp de la révolution. C’est alors qu’un nouveau type d’ARM se développe. La forte concurrence des organisations révisionnistes, la confusion que leur propagande génère et leur trahison historique obligent les révolutionnaires à redonner confiance au prolétariat et à rompre en pratique avec le révisionnisme. En effet, de grands et forts partis communistes abandonnent dans les faits la voie révolutionnaire tout en continuant de se dire révolutionnaires. Se démarquer du révisionnisme en paroles ne suffit donc pas: il faut le démontrer dans la pratique. Dans les pays impérialistes, le travail en usine est éprouvant, la classe ouvrière est devenue massive et les luttes sont retentissantes. Plus que jamais, l’ARM doit chercher à bâtir une direction politique accueillie et reconnue par les masses. Pour y parvenir, il faut nécessairement agir en conséquence.

La pratique révolutionnaire prend alors des formes inédites, solides politiquement et offensives. Les militantEs réactualisent l’expérience des bolcheviks en payant de leur personne. Les grèves sauvages, les commandos contre les contremaîtres, les coups d’éclat dans les usines, les manifestations disciplinées et combattantes, les auto-réductions, les occupations d’usine, les séquestrations de patrons, les actions avec les masses pour soutenir les grèves ou encore les occupations prolongées de zones urbaines après des manifestations constituent autant d’exemples de ces nouvelles pratiques. Ces formes de lutte sont soutenues par un travail de liaison vivant et permanent avec la classe ouvrière. Est mise en œuvre la tactique d’établissement en usines et d’enquête ouvrière, laquelle constitue alors une nouvelle version de la tactique des noyaux communistes.

◆ L’ARM pour gagner la participation massive du peuple dans la guerre populaire au Vietnam

L’impressionnante ARM déployée pendant la guerre populaire au Vietnam permet d’organiser un pan important du peuple. L’ampleur des capacités gagnées par le camp révolutionnaire est illustrée par de nombreux exemples. Pensons à la défense héroïque de Hanoï au début de la guerre contre l’impérialisme français, aux batailles victorieuses comme celle de Diên Biên Phu – laquelle est rendue possible grâce au travail acharné des masses pour préparer et dominer l’affrontement –, à l’ingénieuse construction de la route Ho Chi Minh, ou encore, à la participation massive du peuple dans la lutte de longue durée contre l’impérialisme américain. Les communistes vietnamienNEs mettent en place des outils et des formes organisationnelles (le front uni, les milices populaires, les groupes d’auto-défense) pour faire basculer massivement le peuple dans la guerre populaire.

◆ L’ARM du Parti communiste du Pérou (PCP) et la notion d’organisateurs et d’organisatrices maoïstes et de militantEs polyvalentEs

Le PCP développe un impressionnant dispositif d’organisateurs et d’organisatrices maoïstes au sein des masses. Il les forme comme des militantEs polyvalentEs, c’est-à-dire des militantEs qui assurent une présence agissante permanente au sein du peuple péruvien tout en s’inscrivant dans le processus de construction concentrique du parti. Il cible des dirigeantEs spontanéEs et les rallie au maoïsme pour mieux faire basculer des sections importantes du peuple dans le camp de la révolution. Les organisateurs et organisatrices maoïstes péruvienNEs démontrent une capacité supérieure à créer des points de contact et à entraîner durablement les masses à l’action révolutionnaire, tout en relevant les défis de la défense territoriale et de la lutte armée. Cette pratique d’ARM permet au nouveau pouvoir de se développer à mesure que la guerre populaire progresse.

3 La propagande armée

La propagande armée est la forme objective d’action révolutionnaire qui regroupe l’ensemble des moyens armés employés avant la guerre populaire et contribuant à sa préparation politique. Elle est dirigée contre des biens, des instances, des appareils organisés, des moyens et des dispositifs de la bourgeoisie pour occasionner leur destruction partielle ou totale. Surtout, elle sert de support ou de véhicule au discours révolutionnaire dans la lutte des classes. Elle élargit la portée de la propagande révolutionnaire en s’adressant, avec une ampleur inatteignable autrement, à l’ensemble de la société, à la nation entière. Son message est compréhensible pour toutes les couches du peuple. Elle éduque toutes les classes quant aux contradictions et aux enjeux politiques dans la société. La propagande armée stimule la conscience de classe des prolétaires. Elle valide matériellement la possibilité pour le peuple de remporter des victoires. Elle a comme objectif de libérer l’expression et l’activité politiques des communistes. La propagande armée a principalement une fonction politique dans la lutte des classes. Le contenu de ce qu’elle propage est plus important que le moyen dont elle se sert. Elle est la forme supérieure et nécessaire de la propagande. Elle a le potentiel de parler aux masses mieux qu’un million de tracts. Elle révèle au grand jour où campent toutes les forces politiques. Elle donne confiance au prolétariat en même temps de redonner de la mobilité aux forces révolutionnaires dans des conjonctures où tout est figé.

On retrouve diverses expériences de propagande armée dans les pays impérialistes (Brigades rouges, Cellules communistes combattantes, Front de libération du Québec, Parti communiste espagnol [reconstitué], Fraction armée rouge, etc.) de même que dans les pays dominés (les actions servant à préparer politiquement la guerre de résistance au Vietnam, la pratique des Tupamaros en Uruguay, etc.). La propagande armée inclut également de multiples expériences embryonnaires et spontanées au sein des masses, expériences consistant à attaquer des représentations politiques de l’ennemi de classe à l’aide de moyens armés.

Aujourd’hui, dans un pays comme le Canada, dénoncer la démocratie bourgeoise doit être le but principal des actions de propagande armée. La révéler politiquement au moyen de la propagande classique est devenu insuffisant alors qu’à l’époque de l’autocratie – où les droits démocratiques étaient inexistants et où régnait la répression ouverte –, la forme journalistique pouvait suffire. Les démocraties bourgeoises de notre époque sont désormais expérimentées et éprouvées. Même si les révélations journalistiques sont encore nécessaires, elles ne peuvent plus, à elles seules, préparer politiquement le terrain de la guerre populaire et amener la lutte des classes à devenir une lutte pour renverser l’État bourgeois. Les moyens employés doivent avoir la puissance nécessaire pour forcer toute la population à se prononcer en faveur ou en défaveur de la prise du pouvoir et de la socialisation des moyens de production.

4 La guerre populaire prolongée

La guerre populaire prolongée est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des guerres du peuple dirigées par le prolétariat et son parti pour vaincre et anéantir la bourgeoisie. Elle fait la synthèse politique de toutes les autres formes d’action révolutionnaire et de toutes les initiatives d’une classe sociale et de son avant-garde. La lutte armée en est la forme d’action principale. Chaque classe fait la guerre à sa façon et donc, le prolétariat a une façon de la faire qui lui est propre. La guerre populaire est une guerre menée politiquement devant permettre d’armer le prolétariat et ses alliéEs, de construire le nouveau pouvoir et simultanément de désarmer et de détruire l’État bourgeois réactionnaire. Il est à noter que le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire amorçant une montée vers le pouvoir. C’est une déclaration consciente qui marque la première grande victoire stratégique contre le spontanéisme et l’aléatoire.

L’action communiste réelle d’aujourd’hui: la prise en charge des quatre formes objectives d’action révolutionnaire

Au XXIe siècle, les partis communistes doivent impérativement tenter de maîtriser les quatre formes objectives d’action révolutionnaire. Qu’une organisation ou qu’un parti les assume ou les nie, les prenne en charge ou les néglige, elles existent en tant que formes historiques objectivées par l’expérience du prolétariat international. Assumées et prises en charge, ce sont autant de possibilités et de capacités pour la révolution. Niées et négligées, ce sont autant de capacités d’initiative et de résistance laissées à la bourgeoisie et à ses alliés politiques. Une grande partie du succès de la construction et de la progression stratégique d’un parti révolutionnaire au XXIe siècle réside dans la capacité à proposer pour chacune de ces formes des objectifs adéquats, fondés matériellement et politiquement, ni trop téméraires ou irraisonnés, ni trop faibles ou conciliants.

Avoir une compréhension juste des formes objectives et historiques est tout spécialement important pour les communistes des pays impérialistes, car la force historique du révisionnisme et de la démocratie bourgeoise nous a renduEs aveugles devant l’expérience révolutionnaire que notre mouvement a accumulée. Il existe, même en milieux urbains, un grand nombre d’expériences d’action révolutionnaire parmi les masses combatives et de haut niveau. Elles sont pourtant outrageusement rejetées du revers de la main et décriées comme de l’aventurisme, de l’opportunisme de gauche et du volontarisme par des intellectuels petits-bourgeois. En réalité, ceux-ci ne cherchent qu’à cacher leur propre opportunisme. Plus particulièrement, ici, les opportunistes canadiens font des bilans sclérosés de l’expérience communiste. Leur incapacité à différencier l’action révolutionnaire parmi les masses du travail réformiste et à différencier la propagande armée de la guerre populaire en témoigne. Il en va de même pour les partisanEs du RCP-USA, qui, à l’époque, refusent d’envisager toutes formes d’action sortant du cadre restreint de la lutte idéologique et enferment le progrès révolutionnaire dans un étapisme métaphysique.

Les révolutionnaires doivent tirer des leçons de la pratique combattante et de la guerre de partisans chez les bolcheviks en Russie, de la guérilla urbaine des partis communistes européens durant la Seconde Guerre mondiale, de la liaison originale avec les masses et des actions offensives de l’organisation Gauche prolétarienne en France, des actions armées menées par les Brigades rouges en Italie, de la lutte armée multiforme des communistes chinois, de la propagande armée des felquistes au Québec, ou encore de la militarisation du Parti communiste du Pérou. Il est important de bien comprendre ce qui distingue ces expériences de même que ce qui les relie. Surtout, il importe de mettre en pratique, dans le contexte qui est le nôtre, leurs enseignements. En contrepartie, concevoir ces expériences historiques comme un bloc homogène et nier leurs apports positifs, c’est refuser une grande partie de l’arsenal dont nous avons besoin pour unir notre classe, pour isoler et affaiblir la bourgeoisie ainsi que pour préparer politiquement la guerre populaire. C’est aussi refuser les différentes façons de mener la lutte armée pour désarmer et détruire l’État bourgeois. En somme, c’est se cantonner dans une conception passive et attentiste de la révolution.

Au lieu de chercher à saisir et à prendre en charge les formes objectives de la pratique révolutionnaire, les opportunistes en viennent même à se demander s’il est possible ou politiquement justifié d’utiliser des moyens d’action sortant du cadre bourgeois! Une telle position conduit inévitablement à rejeter indistinctement tout ce qui sort de la légalité bourgeoise, à ne maîtriser aucun moyens illégaux, à refuser tout ce qui dépasse nos capacités immédiates et à se cacher derrière un appui en paroles à la guerre populaire. Il va sans dire qu’aucun parti communiste ne peut espérer prendre le pouvoir sans assumer l’action révolutionnaire parmi les masses et la propagande armée. De la même manière, le camp de la révolution ne peut progresser sans mettre en pratique une conception communiste de la propagande révolutionnaire.

Les distinctions politiques importantes entre le PCR et les opportunistes canadiens

Les opportunistes canadiens entretiennent énormément de confusion sur les formes objectives d’action révolutionnaire. Entre autres, ils critiquent les expériences de propagande armée du mouvement communiste, en particulier celles ayant eu lieu dans les pays impérialistes depuis les années 1970. Ils les rejettent du revers de la main, car ils les considèrent à tort comme de vaines tentatives de déclencher des guerres populaires et non pas pour ce qu’elles ont réellement été. Il s’agit pourtant d’expériences de propagande armée, et ce, même si les organisations ayant mené ces actions ne les concevaient pas forcément ainsi. Le bilan erroné défendu par les opportunistes canadiens sert objectivement à renforcer les conceptions révisionnistes suivantes:

a) L’usage de moyens armés précédant la guerre populaire et servant à la préparer politiquement est écarté;

b) La guerre irrégulière et la lutte armée multiforme au début de la guerre populaire sont effacées – ou du moins leur importance est grandement diminuée – au profit d’actions purement défensives ou d’actions de soutien à des luttes économiques, pouvant en réalité être rangées en grande partie dans l’ARM qui précède la guerre populaire;

c) La défensive stratégique représente la quasi-totalité de la guerre populaire et se trouve confinée dans une période de temps interminable pendant laquelle la lutte armée est pratiquement inexistante (une version déguisée du cul-de-sac insurrectionnel);

d) Une série de préalables stratégiques irréalisables au déclenchement de la guerre populaire est inventée sous prétexte de ne pas répéter les erreurs du passé et au nom de l’impossibilité de déclencher la guerre populaire sans avoir le soutien de la majorité – ou du moins d’une fraction numériquement très importante – du peuple.

Pour notre part, nous évaluons que le défaut principal des expériences de propagande armée des années 1970, c’est qu’elles étaient pensées, par les organisations révolutionnaires qui les ont instiguées, comme des points de rupture historique subjective. Au contraire, nous considérons la propagande armée comme étant simplement une dimension objective de la pratique existant parmi d’autres aspects de la lutte révolutionnaire. La plus grande critique à adresser aux organisations qui ont mené la propagande armée dans les pays impérialistes n’est pas d’avoir tenté ces actions, ce qui est tout à leur honneur, mais de s’être spécialisées à outrance dans une forme particulière de la pratique. Sans le vouloir nécessairement, elles ont restreint de plus en plus le spectre de leur pratique révolutionnaire à cette seule forme d’action au lieu de l’élargir à d’autres dimensions de la lutte.

Nous considérons que pour assumer durablement la propagande armée, il faut avoir la maturité politique suffisante pour la faire résonner conséquemment et quotidiennement dans les masses à l’aide d’autres formes d’action révolutionnaire. C’est l’ensemble des formes utilisées en permanence qui parvient à préparer politiquement la classe ouvrière et ses alliéEs en leur donnant de l’expérience et des forces et en produisant des révélations politiques. C’est ainsi qu’est générée l’adhésion au déclenchement d’une guerre ouverte avec l’État canadien et que sont posées les bases d’une tentative de montée de la classe ouvrière vers le pouvoir. De plus, nous considérons que si la guerre populaire et la propagande armée partagent l’aspect commun d’utiliser des moyens armés, il n’en demeure pas moins qu’elles sont bien différentes dans leurs objectifs. La guerre populaire est une forme d’action caractérisée par l’aspect militaire, devant permettre d’armer le peuple, de désarmer la bourgeoisie, de construire le Nouveau Pouvoir et de détruire l’État réactionnaire capitaliste. La propagande armée est un moyen marqué par l’aspect politique, ne comportant aucune dimension militaire et servant à propager la politique révolutionnaire à l’entièreté du peuple. Elle permet de préparer politiquement la guerre populaire en rendant limpide la réalité de la lutte des classes et en obligeant le positionnement. Elle met à l’ordre du jour la question de la révolution. Elle étend la portée des autres formes d’action révolutionnaire. Assumer politiquement la propagande armée exige d’avoir des perspectives claires et d’avoir commencé à résoudre les problèmes stratégiques et pratiques de la liaison du parti avec les masses.

L’objectif de l’ARM, dans notre conjoncture, est de créer des liens révolutionnaires avec les masses, des liens d’un type nouveau et non simplement copiés sur ceux que le mouvement spontané produit continuellement. Ces liens doivent permettre au parti d’être ancré solidement dans le mouvement ouvrier et dans le prolétariat en général. C’est leur solidité qui permet à terme de mettre en action de larges sections des masses sous les mots d’ordre du parti. Ils font résonner les autres formes d’action du parti au sein des masses. Du déclenchement de la guerre populaire jusqu’à la prise du pouvoir, c’est la force de ces liens dans les grands groupes du prolétariat qui est garante du basculement du peuple dans la guerre populaire.

Les opportunistes canadiens défendent une position contraire qui est de construire des organisations intermédiaires parallèles au mouvement de masse réel, entrant en concurrence avec lui et rajoutant un obstacle de plus entre le parti et le peuple. Pour eux, notre conception des petits mouvements (les dispositifs du parti agissant dans les grands mouvements) est une conception bureaucratique. Selon eux, le fait de dire que le parti doit avoir un contrôle organisationnel sur les dispositifs qu’il met en place équivaut à rejeter la nécessité de développer une direction politique. C’est pourquoi ils défendent l’idée que les organisations mises sur pied par le parti doivent être formellement autonomes. Pourtant, la manière dont le parti se construit doit lui permettre de savoir (au sens d’en avoir la certitude) comment les organisations déployant son ARM réagiront lorsque seront assumées de nouvelles formes d’action (la propagande armée et la guerre populaire). Nous croyons, par exemple, que le Revolutionary Student Movement (RSM) fondé par les opportunistes fera tout en son pouvoir pour se distancier publiquement de ces nouvelles formes d’action. Ainsi, les opportunistes placent devant eux un préalable stratégique supplémentaire qui est de convaincre le RSM d’agir pour supporter ces nouvelles formes d’action, alors que la tâche urgente est de convaincre les larges masses de la nécessité de la révolution.

Pour atteindre cet objectif, le parti doit disposer judicieusement ses forces au sein des grands groupes du prolétariat et des divers mouvements réels, forces sur lesquelles il doit avoir un contrôle centralisé et rapproché. Au contraire, mettre en place une organisation sur laquelle on décide soi-même de ne pas avoir de direction centralisée, c’est choisir de ne pas tenir compte des obstacles réels et concrets qui guetteront les révolutionnaires dans les prochaines années. Ainsi, les opportunistes optent consciemment pour une avenue qui les met à l’abri des problèmes induits par une pratique révolutionnaire conséquente. Les organisations qu’ils construisent sont configurées pour servir de prétexte au rejet de nouvelles formes d’action. Considérant que les simples manifestations combatives que nous menons actuellement sont décriées par les opportunistes comme aventuristes et contre-productives, nous n’osons pas imaginer comment seront qualifiées des formes de combat plus percutantes! Bien entendu, nous reconnaissons la nécessité de la direction politique et de l’influence générale des communistes sur les masses. Nous rejetons, par le fait même, les méthodes de direction bureaucratiques. Par contre, cette persuasion et cette influence générale doivent être celles du parti sur les larges masses et non sur ses propres forces! Toutes les cellules et organisations, tous les comités et dispositifs que le parti met en place doivent être soumis au plus grand centralisme dans l’action. Évidemment, cette soumission doit être consciente et volontaire. Prétendre que notre parti est incapable d’exercer une direction politique revient à dire que nos militantEs se soumettent à cette discipline sans être convaincuEs politiquement de son bien-fondé, ce qui, considérant l’ensemble des dangers que la révolution comporte, est un non-sens. De plus, il est absurde de penser que des communistes, dans un pays capitaliste avancé, au sein de démocraties bourgeoises éprouvées, peuvent parvenir à organiser, comme nous le faisons, des manifestations attaquant la bourgeoisie sans être liéEs aux masses et sans exercer une véritable direction politique.

Tenir des manifestations révolutionnaires et combatives, comme nous le faisons le 8 mars, le 1er mai et à bien d’autres occasions, est déjà en soi une façon d’exercer une direction politique sur les masses. Dans cette pratique particulière d’ARM, nous tentons de faire converger une partie des masses vers un événement politiquement marquant dans la lutte des classes. Un tel exercice requiert, au préalable, une préparation au sein des masses, une action permanente dans les quartiers populaires et dans les zones ouvrières. Une des plus grandes leçons actuelles du mouvement maoïste au Canada est qu’il est possible de tenir ce type de manifestation partout au pays, dans tous ses grands centres économiques, tant et aussi longtemps que le travail politique préparatoire est accompli et qu’on accepte de payer de sa personne.

La capacité à tenir des manifestations combatives est le résultat d’une liaison révolutionnaire permanente avec les masses. Pour justifier lâchement qu’ils ne se prêtent pas à ce type de manifestation, les opportunistes clament que la conjoncture politique au Québec est objectivement différente de celle prévalant dans le reste du Canada. À vrai dire, il n’existe pas une différence de période historique ou encore une différence dans les conditions objectives générales entre le Québec et le reste du pays. L’unique différence réside dans le travail révolutionnaire véritable et permanent de notre parti au sein des masses qui permet de réaliser ce type de manifestation! En vérité, c’est dans la rue, dans l’affrontement, qu’on valide la direction politique sur les masses acquise au fil du temps. De plus, il est important de reconnaître que ces manifestations révolutionnaires sont une forme de lutte qui donne à la direction politique du parti de la crédibilité auprès de la classe ouvrière. Par exemple, l’action menée contre le siège social de Bombardier à l’occasion du 1er mai 2017 nous a permis de gagner une direction sur les travailleuses et travailleurs qui considéraient déjà les dirigeants de cette entreprise comme des ennemis du peuple et qui revendiquaient qu’on agisse contre eux. Que cette direction soit encore émergente, que nous en soyons encore à nos premiers pas dans ce type d’actions et que nous n’ayons pas encore la capacité de les faire connaître partout et abondamment ne signifie pas que les initiatives de ce genre ne sont pas à propos!

Ces manifestations combatives ne sont qu’un moyen parmi d’autres de concrétiser une conception de l’ARM, c’est-à-dire une manière de se lier activement avec les masses et de les entraîner à l’action. À présent, il faut développer d’autres façons concrètes et systématiques de mettre en action cette conception de l’ARM et plus particulièrement de la diriger vers la classe ouvrière. La prise en charge de l’ARM doit trouver une solution pratique au cours des prochains mois et des prochaines années. Cette prise en charge ininterrompue implique des tactiques différentes pour chaque étape de notre progression. L’étape actuelle de cette progression contrôlée qu’on appelle le Mouvement révolutionnaire ouvrier (MRO), est de surmonter le premier niveau de difficulté qui confine les révolutionnaires dans une présence encore essentiellement extérieure au mouvement ouvrier. Sortir de ce confinement doit permettre d’entamer une action au niveau des industries et des syndicats. Le moment où le parti parvient à avoir un fort ensemble de noyaux communistes à l’intérieur des usines marque la dernière étape de ce processus, car c’est le niveau de liaison le plus difficile à atteindre: il est complètement à l’intérieur du mouvement et de la réalité de la classe ouvrière. Cette étape coïncide avec le déclenchement de la guerre populaire, car le parti est parvenu à maîtriser les différentes dimensions de progression de l’action au sein du mouvement ouvrier réel (de l’extérieur vers l’intérieur; des zones ouvrières aux différentes industries, syndicats et usines).

Le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire permettant de prendre l’initiative dans la lutte des classes et de préserver les acquis (tels que les incontournables noyaux communistes) durement gagnés au cours de nombreuses années de lutte. C’est une leçon que l’histoire nous apprend durement: il est impossible d’accumuler et de conserver des forces révolutionnaires sans les mettre en action, sans combattre et affronter l’ennemi! C’est, par exemple, cette conception qui est à l’origine de l’expérience de la militarisation du parti au Pérou. Toute autre perspective sur l’accumulation des forces revient à liquider des forces révolutionnaires grandissantes en les confinant dans des formes de lutte permises par la démocratie bourgeoise et sa légalité.

Objectivement, toutes les forces révolutionnaires au Canada sont à l’étape de sortir du confinement extérieur au mouvement ouvrier. L’arrogance des opportunistes les empêche de le reconnaître; c’est pourquoi ils se permettent de nous critiquer en disant que nous sommes isoléEs des masses (alors que dans les faits, ce sont eux qui sont complètement coupés de la classe ouvrière!). Certes, à ce jour, le PCR a réussi à rallier et à organiser des ouvrières et ouvriers, à déployer une propagande et une action révolutionnaire parmi la classe, mais la progression stratégique du MRO n’est qu’au début de son processus, ce qui est parfaitement normal pour l’étape actuelle de préparation de la guerre populaire au Canada. Ce qui est anormal, c’est de faire comme les opportunistes canadiens et de n’entreprendre aucun travail vers la classe ouvrière, et ce, tout en s’imaginant qu’adopter une perspective stratégique économiste et que créer artificiellement des liens syndicaux et réformistes avec les ouvrières et ouvriers (liens qui existent déjà par milliers dans la société bourgeoise) permettra de court-circuiter cette nécessaire progression méthodique. Dans la pratique, à maintes reprises, il a été prouvé que ce type de liens est inutile dans notre conjoncture. L’ensemble des liaisons produites par le mouvement spontané sont, et seront toujours, incapables de répondre aux tâches stratégiques que requiert le déclenchement de la guerre populaire.

Le léninisme enseigne que le parti doit parvenir à développer l’ensemble des maillons – c’est-à-dire des formes concrètes de pratique et d’organisation – de la chaîne reliant l’avant-garde au prolétariat. Dans la période historique actuelle, dans les pays impérialistes, c’est le parti communiste qui est le maillon le plus faible de cette chaîne. La démocratie bourgeoise a rapatrié vers elle une grande partie des forces politiques sur lesquelles, à une époque antérieure, les avant-gardes pouvaient compter, ce qui fait que le groupe de départ est aujourd’hui réduit en nombre, en capacités et en ressources. La démocratie bourgeoise a légalisé l’ensemble des anciens maillons historiques spontanés (syndicats, associations, etc.) organisant et reliant les prolétaires entre eux. Au contraire, la seule et unique forme que la démocratie bourgeoise ne peut jamais tolérer est la forme parti! Vouloir recopier des liens permis, dominants, réformistes et économistes en leur collant les étiquettes «rouge» ou «révolutionnaire» revient, qu’on le veuille ou non, à renforcer le mouvement historique spontané qui affaiblit le parti. La dernière chose dont ce dernier a besoin, c’est d’un nouvel intermédiaire entre lui et les masses, renforçant, par le fait même, son état d’isolement déjà produit par la démocratie bourgeoise!

Les opportunistes ne considèrent ni la période historique ayant vu naître des syndicats révolutionnaires, ni la base matérielle qui les génèrent. Pour notre part, nous considérons que c’est la guerre populaire qui, le temps venu, oblige l’ensemble des organisations existantes à se positionner face à la montée vers le pouvoir de la classe ouvrière. C’est seulement dans ce contexte qu’il est possible de parler de syndicats révolutionnaires, c’est-à-dire de l’ensemble des syndicats qui appuient la montée vers le pouvoir. Penser que les syndicats peuvent, dans la période qui précède, constituer autre chose que des outils de défense économique plus ou moins efficaces revient à leur attribuer des tâches qui sont celles du parti!

L’existence des syndicats révolutionnaires dans l’histoire a été le produit de la prise du pouvoir en Russie, prise du pouvoir qui a ouvert une nouvelle période historique et qui a lancé un vaste mouvement de montée vers le pouvoir sur la Terre entière. C’est ce mouvement qui a constitué la base matérielle sur laquelle se sont développés des syndicats révolutionnaires au début du XXe siècle. Aussi, dans l’histoire récente, le fait que des syndicats révolutionnaires aient vu le jour dans des pays comme le Pérou et le Népal a été le résultat de guerres populaires obligeant les organisations existantes à se positionner en faveur ou en défaveur de la révolution.

C’est la période historique qui détermine la combativité des organisations. C’est la puissance du mouvement révolutionnaire qui permet aux communistes d’unir l’ensemble des organisations existantes autour d’eux et elles. C’est la tâche des révolutionnaires de lutter pour le positionnement en faveur de la révolution et de construire un front uni autour du parti communiste. Cette tâche commence dès aujourd’hui en développant des séquences d’ARM permanente de plus en plus fortes au sein des masses et en développant les petits mouvements du parti au sein des grands mouvements. Le parti complet donne l’impulsion révolutionnaire et ses petits mouvements en constituent la caisse de résonance quotidienne. Vouloir organiser des syndicats révolutionnaires aujourd’hui consiste à qualifier de révolutionnaire un projet purement économiste. Dans les faits, en tentant de développer des syndicats révolutionnaires (qui n’ont de révolutionnaire que le nom), les opportunistes vont se retrouver, face aux résultats de leur pratique, devant la nécessité de choisir entre devenir sans ambiguïté un petit parti économiste, ou se transformer en un véritable syndicat.

Les formes objectives unifient l’expérience directe et indirecte du prolétariat international

Notre mouvement maoïste est actuellement faible et éclaté. C’est comme si la longue série de luttes, de transformations et d’avancées ayant marqué les deux derniers siècles n’avait jamais eu lieu. Nous subissons, malgré nous, une impression de retour à la case départ, comme si le prolétariat n’avait jamais tenu entre ses mains le pouvoir d’État, comme si les communistes n’avaient pas façonné le monde tel qu’il existe aujourd’hui en dirigeant l’ensemble de l’action historique et politique de notre classe. Pour se débarrasser de cette illusion, il faut assimiler l’expérience révolutionnaire indirecte. La profondeur et la force de ce patrimoine offrent toute la clarté nécessaire en matière de principes, de stratégie et d’action révolutionnaire. Sans cette assimilation, nous sommes condamnéEs à élaborer, comme les opportunistes canadiens, des propositions politiques métaphysiques et idéalistes ou encore à copier les idées réactionnaires de la petite-bourgeoisie postmoderne.

Une des contradictions que le mouvement communiste doit résoudre est le déphasage entre sa faiblesse actuelle et la richesse de son expérience accumulée. Il faut s’accrocher au fil reliant les débuts du marxisme et du mouvement ouvrier à aujourd’hui. C’est ce fil conducteur de la lutte des classes que le révisionnisme tente de nous faire perdre. Sans surprise, le révisionnisme rejette ce qui est au cœur de toute l’expérience communiste: la confrontation physique et armée avec la bourgeoisie. Les révisionnistes refusent de sortir de la sphère idéologique et réformiste, à l’instar des mencheviks, des sociaux-démocrates, des franges de droite des partis de la 3e Internationale et des organisations révisionnistes depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ce qui rend possible la fusion de l’expérience directe (celle qu’on acquiert soi-même en luttant pour transformer le monde) et de l’expérience indirecte (celle qui est accumulée historiquement et internationalement), c’est le fait que le communisme constitue, depuis son émergence, un seul et même mouvement tendant à transformer la réalité matérielle. C’est parce que nous luttons matériellement contre la situation qui prévaut aujourd’hui qu’il nous est possible d’assimiler, de métaboliser et de synthétiser l’expérience indirecte des révolutionnaires et du prolétariat international. C’est en participant à la révolution et en construisant le parti dans son propre pays qu’on crée la base matérielle permettant de faire fusionner l’expérience indirecte avec la pratique concrètement déployée. Voilà le premier principe de l’action communiste réelle. La base matérielle de la ligne politique du PCR a été la fusion du maoïsme avec l’état de la révolution au Canada au XXIe siècle. Autrement dit, au moment de notre fondation, nous avons anticipé les centres de gravité qui doivent se succéder dans le développement d’un parti comme le nôtre se construisant dans un bastion de la réaction impérialiste.

Les formes objectives d’action révolutionnaire au cœur de l’histoire de notre mouvement

Le rapport des différentes formes objectives entre elles

Aujourd’hui, un parti communiste révolutionnaire doit envisager l’accumulation pratique de forces en fonction de la progression stratégique vers le déclenchement de la guerre populaire. Nous examinons cette question à travers trois prismes:

a) L’unité nécessaire de toutes les formes de lutte pour porter un mouvement révolutionnaire au pouvoir;

b) La question du centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction d’un parti communiste et de la progression stratégique vers la guerre populaire;

c) La guerre populaire comme élément fondamental du maoïsme, comme défi principal de notre période historique, unifiant l’ensemble de la pratique révolutionnaire et totalisant le processus révolutionnaire.

L’unité nécessaire de toutes les formes de lutte pour porter un mouvement révolutionnaire au pouvoir

Au XXe siècle, jamais un parti prolétarien n’est parvenu à prendre le pouvoir sans prendre en charge l’ensemble des formes de lutte existant à son époque. À cet effet, la révolution d’Octobre nous apprend que la construction et le développement des outils du prolétariat révolutionnaire ne se fait pas selon une progression verticale et grâce à une disposition de forces à un seul et unique endroit. Au contraire, c’est en multipliant, complétant et unissant, à travers le temps et l’espace, les combats et les initiatives politiques qu’on parvient à renverser l’État réactionnaire. Plus encore, le léninisme nous apprend qu’un parti ouvrier n’est pas la simple addition de groupes circonscrits aux limites d’une usine ou d’une localité. La proposition révolutionnaire d’un parti ouvrier doit être propulsée très loin et propagée partout dans le peuple. C’est le gage de l’unité réelle sur laquelle se fonde une organisation luttant activement pour la révolution.

Un parti communiste est tout sauf une fédération, un ensemble mécanique et inorganique de révolutionnaires disparates. L’avant-garde fait la synthèse politique des acquis d’une classe sociale. C’est l’ensemble des combats historiques du prolétariat qui est ainsi unifié dans la construction d’un parti révolutionnaire. C’est cette synthèse qui permet de développer la force politique nécessaire au peuple pour vaincre un ennemi fort et puissant. Ainsi seulement, l’action révolutionnaire est pérennisée et le processus d’accumulation des forces n’est pas à recommencer indéfiniment. Au contraire, lorsque son expérience est fractionnée et désorganisée, le prolétariat demeure à jamais condamné à la défaite.

La relation qu’entretiennent la propagande et l’action révolutionnaire nous permet de constater, même à petite échelle, à quel point l’unité des formes d’action produit un résultat plus grand que chacune d’elles prises isolément. Reprenons l’exemple des manifestations révolutionnaires du 1er mai. Lorsque nous développons l’ARM dans un centre économique de la bourgeoisie et que nous faisons ensuite résonner l’action au sein de la classe ouvrière, notre propagande acquière une force supérieure. En faisant connaître largement l’action, en montrant qu’elle est juste et en expliquant comment la reproduire de manière encore plus forte, nous répandons l’idée qu’il est concrètement possible, à terme, de vaincre la bourgeoisie. De la même façon, nous venons offrir un rayonnement qualitativement plus grand à notre ARM, qui, sans la propagande, resterait confinée dans la mémoire des travailleurs et des travailleuses y ayant directement participé ou y ayant assisté. Cet effet doit se décupler à mesure que les formes d’action utilisées se développent et que le nombre de prolétaires entrant en action sous les mots d’ordre du parti s’accroît.

Il est impossible de faire chuter une classe sociale et son État réactionnaire sans déployer une lutte longue, acharnée et disciplinée. Il n’existe aucun moyen d’action qui, à lui seul, est capable de vaincre la bourgeoisie, c’est-à-dire de la désarmer, de détruire progressivement son État, de l’isoler politiquement, de faire tomber les masques de la démocratie bourgeoise et de saper ses capacités d’action et d’initiative. Ce n’est que l’unité de tous les moyens disponibles qui permet au peuple de se libérer et de conquérir le pouvoir politique à travers un processus contrôlé et préparé.

La question du centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction d’un parti communiste et de la progression stratégique vers la guerre populaire

◆ L’exemple du bilan de l’insurrection de Moscou en 1905

À chaque fois que des nouvelles formes concrètes de la pratique révolutionnaire émergent dans l’histoire, elles provoquent des remous au sein du mouvement communiste et elles obligent les organisations à les assumer ou non. Les nouvelles formes de lutte qui apparaissent lors de la Révolution russe font, à l’époque, l’objet de débats qui encore aujourd’hui sont riches d’enseignements. L’insurrection de Moscou à la fin de 1905 est le point de bascule de la montée révolutionnaire. Son échec marque le début du reflux qui suit en 1906 et la défaite de la première Révolution russe. Le bilan de cette expérience conduit à un débat intense entre les bolchéviks et les mencheviks. Ce qui est en jeu, c’est le développement ou non de la lutte en guerre civile. Les bolcheviks, avec Lénine en tête, défendent l’émergence d’une nouvelle forme de lutte dans l’insurrection de Moscou, qu’ils caractérisent de lutte de partisans. Les mencheviks, quant à eux, défendent qu’il s’agit du retour aux barricades – connues en Europe quelques décennies auparavant – dans le contexte russe.

La guerre civile, telle que la conçoit Lénine, est reconnue par une partie des forces révolutionnaires depuis que Marx et Engels ont fait le bilan des révolutions bourgeoises et des révolutions défaites en Europe. Engels développe l’idée selon laquelle l’ancienne tactique des barricades est désormais révolue en tant que moyen principal pour renverser le pouvoir réactionnaire, et ce, en raison du progrès technique et militaire que connaît la société. La tactique des barricades est une forme de lutte qui n’est fonctionnelle que dans la mesure où la grande majorité du peuple affronte une infime minorité d’oppresseurs. Au contraire, toujours selon Engels, le cadre contemporain de la révolution est celui d’une guerre civile dans laquelle la lutte armée et le combat pour unir des forces autour de soi acquièrent une grande importance stratégique. Les combats armés menés par des petits regroupements de partisans lors de la Révolution russe constituent une nouvelle forme de lutte, adaptée aux nouvelles circonstances. Lénine défend que les combats de rue, lors de l’insurrection, sont constitutifs de la guerre civile entre les classes en Russie. Les mencheviks, de leur côté, nient cette expérience ou la qualifient d’improductive, soutenant qu’elle est digne des pires pratiques anarchistes. L’une des interventions les plus importantes de Lénine à ce sujet est contenue dans le texte La guerre des partisans. En voici un court extrait:

«Commençons par le commencement. Quelles exigences essentielles doit présenter un marxiste dans l’examen de la question des formes de lutte?

En premier lieu, le marxisme diffère de toutes les formes primitives du socialisme en ce qu’il ne rattache pas le mouvement à quelque forme de combat unique et déterminée. Il admet les méthodes de lutte les plus variées, et il ne les “invente” pas, il se borne à généraliser, organiser, rendre conscientes les formes de lutte des classes révolutionnaires, qui surgissent spontanément dans le cours même du mouvement.

Absolument hostile à toutes les formules abstraites, à toutes les recettes de doctrinaires, le marxisme veut que l’on considère attentivement la lutte de masse qui se déroule et qui, au fur et à mesure du développement du mouvement, des progrès de la conscience des masses, de l’aggravation des crises économiques et politiques, fait naître sans cesse de nouveaux procédés, de plus en plus variés, de défense et d’attaque.

C’est pourquoi le marxisme ne répudie d’une façon absolue aucune forme de lutte.

En aucun cas, il n’entend se limiter aux formes de lutte possibles et existantes dans un moment donné; il reconnaît qu’un changement de la conjoncture sociale entraînera inévitablement l’apparition de nouvelles formes de lutte, encore inconnues aux militants de la période donnée.

Le marxisme, sous ce rapport, s’instruit, si l’on peut dire, à l’école pratique des masses; il est loin de prétendre faire la leçon aux masses en leur proposant des formes de lutte imaginées par des “fabricants de systèmes” dans leur cabinet de travail.

Nous savons, disait par exemple Kautsky, examinant les formes de la révolution sociale, que la crise imminente nous apportera de nouvelles formes de lutte que nous ne pouvons prévoir actuellement.

En second lieu, le marxisme exige absolument que la question des formes de lutte soit envisagée sous son aspect historique.

Poser cette question en dehors des circonstances historiques, concrètes, c’est ignorer l’a b c du matérialisme dialectique.

À des moments distincts de l’évolution économique, en fonction des diverses conditions dans la situation politique, dans les cultures nationales, dans les conditions d’existence, etc., différentes formes de lutte se hissent au premier plan, deviennent les principales, et, par suite, les formes secondaires, accessoires, se modifient à leur tour.

Essayer de répondre par oui ou par non, quand la question se pose d’apprécier un moyen déterminé de lutte, sans examiner en détail les circonstances concrètes du mouvement au degré de développement qu’il a atteint, ce serait abandonner complètement le terrain marxiste.

Tels sont les deux principes théoriques essentiels qui doivent nous guider.»

Dans ce texte, Lénine nous rappelle deux principes théoriques fondamentaux. Les révolutionnaires doivent totaliser les formes de luttes (refuser le combat unique, admettre les formes les plus variées, n’en répudier aucune) et doivent les apprécier selon le centre de gravité de la lutte. L’appréciation politique des formes et des moyens de combat n’est pas abstraite. C’est une question de conjoncture et de circonstances concrètes. Le centre de gravité de la lutte est le terme depuis longtemps utilisé par les révolutionnaires pour désigner le problème prioritaire à résoudre dans la lutte des classes, celui empêchant une accumulation durable de forces révolutionnaires. C’est autour de cette question principale que tous les autres problèmes secondaires viennent graviter et s’organiser. Par exemple, la propagande a une importance prépondérante au début d’un processus révolutionnaire. Par contre, à terme, comme toutes les autres formes d’action, elle vient se réorganiser autour de la lutte armée. L’importance de la propagande ne disparaît pas au cours de la révolution, mais ses objectifs et ses conséquences se transforment à mesure que progresse la classe ouvrière vers le pouvoir.

Dans la même lignée, pendant la genèse de la Révolution bolchévique, Lénine critique la pratique du terrorisme anarchiste (une prise en charge non-reproductible, non contrôlée et isolée des masses de moyens armés). Lénine considère cette forme de lutte comme étrangère à la conjoncture qui requiert plutôt une forte action propagandiste classique. Il analyse les problèmes de la révolution en Russie pour définir le centre de gravité de celle-ci – la nécessité d’un organisateur collectif pour mener, entre autres, la lutte contre les économistes sur les questions de tactique et d’ARM –, et ce, dans le but d’unifier politiquement les révolutionnaires autour d’une action cohérente et durable. Cette analyse située dans le temps n’a pas rejeté pour l’éternité l’utilisation de moyens armés, mais l’a reportée à une étape ultérieure du développement de la révolution. À cette étape, le centre de gravité exige l’utilisation généralisée et dirigée de moyens armés – soit tout le contraire des actes anarchistes isolés, complètement extérieurs à une pratique d’action révolutionnaire parmi les masses.

◆ Le centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction du parti de la guerre populaire

Pour unifier aujourd’hui les dimensions objectives de la pratique et les différents moyens de combattre, il faut les replacer dans le cadre de la période historique, complexe et féconde, de préparation politique et stratégique de la guerre populaire. Il faut revenir aux deux principes léninistes qui sont de totaliser l’ensemble des formes de lutte et de maîtriser la question des centres de gravité successifs dans la progression révolutionnaire. Dans la période actuelle, le parti se construit concentriquement à travers les grandes initiatives et offensives politiques ainsi qu’à travers une prise en charge de plus en plus complète des différentes formes d’action révolutionnaire. Les centres de gravité sont les grands maillons de la chaîne reliant le moment où se constitue le premier noyau du parti au déclenchement de la guerre populaire. Ils ne sont pas déterminés par les aléas du mouvement spontané, mais plutôt par les besoins de la lutte armée.

Le prolétariat international a accumulé une expérience indirecte riche. Nous ne sommes pas à la case départ. Nous avons à notre disposition un patrimoine de moyens de combattre. Contrairement à aujourd’hui, ce patrimoine commençait tout juste à s’accumuler au début du XXe siècle; il fallait batailler pour faire des propositions nouvelles à des révolutionnaires encore frileux! Ne pas reconnaître cet héritage, c’est aller dans le sens contraire de l’histoire, c’est rejeter des acquis politiques! Les révolutionnaires n’ont pas à attendre sagement et passivement que dans la lutte des masses émergent spontanément et durablement l’ensemble des formes de luttes que nous avons déjà connues dans l’histoire avant de se permettre de les utiliser! Au contraire, la tâche des révolutionnaires est de propager le maoïsme et d’introduire l’expérience indirecte révolutionnaire au sein des masses et de leurs mouvements. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas attentifs et attentives aux nouvelles propositions qui peuvent encore émerger de la lutte des masses! Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas le devoir, en tant qu’avant-garde, de continuer d’examiner les différentes façons de combattre et de résister du prolétariat! Cela signifie que nous avons le rôle historique de reprendre le fil conducteur du mouvement communiste pour le faire fusionner avec les masses et les nouvelles pratiques qu’elles développent!

La guerre populaire totalise et unifie les formes objectives d’action révolutionnaire

La guerre populaire est l’élément fondamental du maoïsme et sa réalisation est la tâche principale de notre période historique. Toutes les autres questions sont reliées, de près ou de loin, à son déclenchement et à sa progression jusqu’à la prise du pouvoir. C’est la guerre populaire qui totalise le processus révolutionnaire actuel et l’ensemble de la pratique révolutionnaire accumulée à ce jour.

Au Canada, dans l’histoire du mouvement ouvrier, les trois premières formes objectives ont une existence spontanée. Leur émergence, même embryonnaire et confuse dans ses objectifs, nous oblige à les assumer. Par exemple, il y a quelques années au Québec, des prolétaires en grève se sont mis à saboter les câbles appartenant à leur employeur, Vidéotron. Plus récemment, lors de la grève illégale des grutiers, une grue appartenant à un capitaliste de la construction a été incendiée. Que le parti ait prévu ou non les actions des masses qui résistent spontanément au capitalisme, il doit en tenir compte, les défendre et chercher à les diriger. La propagande classique, l’action révolutionnaire des masses et la propagande armée peuvent apparaître spontanément. Par contre, la guerre populaire doit absolument être déclenchée par une avant-garde. C’est une distinction fondamentale. Aucune guerre populaire dans l’histoire n’a été le résultat spontané de la lutte des classes. Elles ont toutes été le produit de l’action révolutionnaire des avant-gardes. Elles sont difficiles à initier, car elles marquent le début de l’affrontement armé, de la montée de la classe ouvrière vers le pouvoir et de l’activité acharnée des exploitéEs pour anéantir leur adversaire. Le déclenchement de la guerre populaire au Canada ne sera pas un évènement secondaire et imperceptible. Pour y parvenir, le parti doit agir conséquemment dans la lutte des classes.

Le rôle du parti est de diriger le déclenchement de la GPP tout en persévérant dans l’action révolutionnaire. Ce n’est pas une tâche insurmontable. C’est un objectif qui ne doit pas terroriser les révolutionnaires. Par contre, sans un parti qui accumule et centralise des forces, ce processus est impossible à initier. Déclencher la guerre populaire exige du parti qu’il assume l’ensemble des moyens pouvant être utilisés subjectivement à son avantage. De la même manière, la préservation des forces révolutionnaires et la pérennisation de l’action révolutionnaire exigent l’initiation d’une guerre contre l’État bourgeois. Le déclenchement de la guerre permet de continuer d’accumuler des forces en combattant l’ennemi à un moment où les forces révolutionnaires sont encore trop faibles pour conquérir immédiatement le pouvoir d’État. La guerre populaire permet à une force politique voulant renverser la bourgeoisie de se développer en affaiblissant son adversaire. Sans assumer la guerre populaire, il est impossible de construire un parti communiste qui ne tombe pas dans l’opportunisme ou qui ne cherche pas à préserver ses forces avec des moyens tolérés par la bourgeoisie.

Assumer ou refuser l’héritage révolutionnaire

Faire la révolution est un processus vivant, complexe, marqué de flux et de reflux, de victoires et de défaites, d’essais et d’erreurs. Nous considérons que la notion de forme objective d’action révolutionnaire est un outil important pour y voir plus clair et pour maîtriser consciemment le processus révolutionnaire. Elle permet, dans une conjoncture concrète, d’évaluer notre pratique, de la nommer et de la soumettre à l’examen de l’histoire. Les formes historiques d’action révolutionnaire ne sont pas un simple vestige du passé. Elles ne sont pas des outils métaphysiques. Elles découlent de la réalité pratique de la révolution et de sa progression. Elles sont constitutives de la réalité actuelle de la lutte des classes. Chacune d’entre elles est liée à une question politique actuelle sur laquelle un parti communiste doit prendre position. Elles représentent une arme redoutable pour les révolutionnaires et un danger pour la bourgeoisie. La prise en charge des différentes formes est une question pratique de séquence et de progression et non pas de volonté subjective. Elle met en rapport la construction du parti et la vitesse avec laquelle il métabolise les différents aspects de la lutte révolutionnaire. Elle permet de solutionner concrètement les problèmes politiques et organisationnels.

La question n’est pas d’accepter ou de refuser une forme ou une autre, car cela reviendrait à accepter ou refuser l’héritage du prolétariat international. La question est de déterminer comment un petit groupe de communistes peut aujourd’hui solutionner dans la pratique l’ensemble des problèmes posés par la prise en charge de toutes les formes objectives d’action révolutionnaire afin de permettre à la classe ouvrière d’entamer une nouvelle montée vers le pouvoir.

L’ALENA UN « DEAL » ENTRE CAPITALISTES

L’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui est entré en vigueur officiellement le 1er janvier 1994 constituait lors de sa mise en œuvre d’une extension au Mexique de l’accord économique qui liait déjà les États-Unis et le Canada depuis 1989. Comme chacun le sait maintenant, l’administration Trump à titre de représentante des intérêts capitalistes américains a imposé à ses partenaires économiques une renégociation de l’entente afin de mieux satisfaire les intérêts impérialistes des États-Unis. De fait, lors de la dernière campagne électorale américaine, Trump a fortement insisté sur l’idée selon laquelle l’entente de libre échange était la principale cause du déficit commercial américain et du déclin du secteur manufacturier des États-Unis au cours des trente dernières années.

RETOUR SUR L’ALENA

Ce qui s’est formé avec l’ALENA est une importante zone de marché de plus de 400 millions de personnes et partageant un produit intérieur brut (PIB) de plusieurs milliers de milliards de dollars. L’intégration des économies des États-Unis, du Canada et du Mexique a ainsi favorisé l’émergence et le développement d’un puissant bloc capitaliste capable de rivaliser avec d’autres importants blocs économiques, notamment le bloc composé par les États membres de l’Union Européenne (ÉU).

Grâce à l’ALENA, les États-Unis sont devenus la plaque tournante des échanges régionaux en Amérique. De fait, les membres de l’ALENA entretiennent entre eux des liens étroits. Plus particulièrement, le Canada et le Mexique occupent une place privilégiée auprès des États-Unis (représentant les deux premiers marchés à l’exportation des États-Unis), si on tient compte de leur poids respectif réel dans l’économie mondiale (i.e. PIB équivalant à 1,3% et 1,9% du PIB mondial en 2016 pour le Canada et le Mexique respectivement). Par ailleurs, les États-Unis, dont le poids dans le PIB mondial atteignait 15,5% en 2016, sont le principal partenaire commercial du Mexique et du Canada. Ces derniers ayant respectivement exporté, en 2016, 81,3% et 76,4% de leurs marchandises aux États-Unis tandis que 46% et 52,2% de leurs importations provenaient respectivement des États-Unis.

Étant donné un tel rapport étroit entre les différentes économies capitalistes, il apparaissait normal que ces dernières cherchent à pérenniser les rapports qu’elles entretiennent les unes avec les autres afin d’assurer le fonctionnement de l’ensemble économique nord américain. Toutefois, il ne faudrait pas oublier que derrière toute entente entre capitalistes se cache toujours et nécessairement l’organisation régionale de la division du travail entre États qui permet de faire perdurer les rapports d’exploitation les plus favorables pour le capitalisme au détriment des prolétaires (et de la paysannerie si on considère le Mexique).

LE RÔLE DES ACCORDS ÉCONOMIQUES SOUS LE CAPITALISME

L’apparition et le développement d’ententes économiques entre États ( mais ayant sans contredit des ramifications au niveau politique, social et au niveau culturel) qui par ailleurs compétitionnent férocement les uns avec les autres sur les marchés s’explique par les exigences d’extension du marché capitaliste et découle principalement de la crise généralisée du capitalisme qui a imposé à l’ensemble des capitalistes l’obligation de mettre en œuvre une politique générale visant à étendre, notamment pour les pays capitalistes les plus puissants (les pays regroupés autour du G20), les diktats du commerce international à l’ensemble de la planète.

Présentées comme des ententes économiques, les ententes comme celle de l’ALENA permettent aux pays impérialistes les plus puissants d’accroître leur rôle hégémonique dans des zones géographiques déterminées qui vont en s’élargissant de plus en plus, notamment en procédant à l’intégration des économies les plus faibles par le biais de la restructuration de ces économies afin de les rendre aptes à servir les intérêts des capitalistes dominants. De fait, profitant de la chute des pays de l’Est, le capitaliste mondiale a pu se perpétuer en ouvrant et en s’accaparant de nouveaux marchés et c’est ainsi qu’on a assisté à une longue période de développement du commerce international qui a permis de solutionner temporairement les graves problèmes qui entravaient alors les économies capitalistes (en particulier la surproduction de capitaux).

Cela dit, loin d’améliorer la situation des travailleurs et travailleuses, l’élargissement du marché capitaliste et les entente qui ont accompagné celui-ci ont surtout profité aux seuls capitalistes. En effet, partout où les ententes sont signées les économies des pays dominés ont été de plus en plus inféodées aux puissances régionales et internationales. Loin d’avoir bénéficier de l’effet de « ruissellement » ( trickle down), les pays les plus pauvres sont demeurés pour l’essentiel au même stade qu’auparavant. Loin de ruisseler vers les masses exploitées, les richesses produites ont de plus en plus été accaparées par les capitalistes les plus puissants.

POURQUOI DONC RENÉGOCIER L’ALENA?

Répondant aux souhaits des capitalistes de faire croître le commerce, le volume des échanges a dans les faits globalement augmenté avec l’ALENA. Toutefois, il en a résulté un déficit croissant des États-Unis vis-à-vis de ses « partenaires » économiques. En effet, il s’est avéré que les faibles les coûts de production, en particulier aux Mexique, ont poussé les capitalistes américains à déplacer une partie de leur production . Si on ajoute la faiblesse des devises de ces pays face à la devise américaine il en a résulté un débalancement dans les échanges.

Cela dit, d’autres raisons peuvent permettre d’expliquer l’insistance de l’administration américaine à renégocier l’ALENA. En effet, bien qu’il demeure vrai que l’impérialisme américain soit la principale puissance impérialiste dans le monde, il n’en demeure pas moins que cette puissance traverse une longue période de déclin manifeste. Or, avec la crise de longue durée qui s’est installée dans le monde capitaliste, l’impérialisme américain est placé devant l’obligation de devoir à tout prix à reconquérir le terrain perdu au niveau de l’économie mondiale (en particulier vis-à-vis la Chine) s’il veut éviter que les contradictions internes aux États-Unis continuent de ce développer. En effet, ce qui menace à terme l’intégrité du capitalisme américain, s’il ne réussit pas à redevenir une puissance hégémonique, c’est la menace que fait peser sur lui le développement de la lutte des classes aux États-Unis. De fait, les écarts entre riches et pauvres aux États-Unis accroissent et accélèrent le développement des contradictions qui traversent la société américaine. La stratégie américaine est donc de chercher à récupérer une partie de la production qui avait été délocalisée pour la rapatrier vers les États-Unis. C’est donc dans ce cadre que ce sont déroulées négociations pour mettre à jour l’entente de l’ALENA. De fait, le Bureau du représentant américain au commerce publiait en juillet 2017 les objectifs généraux de l’administration américaine en la matière. Dans ce rapport, les États-Unis réaffirmaient notamment leur volonté de réduire leur déficit à l’intérieur de l’entente.

Étant donné la forte intégration économique du Canada aux États-Unis et de la dépendance de son économie aux exportations vers le voisin du sud, il était prévisible que le gouvernement libéral de Justin Trudeau cherche à tout prix à maintenir l’entente de l’ALENA. Par ailleurs, considérant le poids que représentent les exportations vers les États-Unis pour le capitalisme canadien cela explique pourquoi Trudeau et ses principaux ministres se font les chantres du libre-échange partout dans le monde. En effet, il s’agit pour le capitalisme canadien de déborder les limites imposées par le capitalisme américain en affirmant les intérêts des capitalistes canadiens partout dans le monde.

Considérant que l’économie du Canada est tributaire du commerce international pour un pourcentage non négligeable de son PIB, il est jusqu’à un certain point normal que pour maintenir son statut de puissance impérialiste le Canada doive réussir à maintenir et développer ce secteur. Or, pendant la renégociation de l’ALENA le gouvernement libéral, à titre de conseil d’administration des capitalistes au Canada, a été placé devant l’obligation d’arbitrer entre les revendications de deux puissant lobbies que sont le lobby de l’industrie de l’auto (principalement situé en Ontario) et celui des produits laitiers (principalement situé au Québec). Or, étant donné l’importance du secteur de l’automobile au niveau des exportations dans l’économie canadienne et étant donné que sans entente, la production dans ce secteur diminuerait et que le Canada serait particulièrement affecté (diminution de 24%) en raison de sa position privilégiée dans la chaîne de production automobile, il était prévisible que le gouvernement libéral cherche avant tout à préserver ce secteur au détriment de celui de l’industrie laitière. De fait, le Canada n’est pas un grand exportateur de produits laitiers. En effet, sa production de lait et de produits laitiers est destinée principalement aux marchés intérieurs.Par ailleurs, il ne faudrait surtout pas perdre de vue que derrière l’image des petites fermes familiales que cherche à promouvoir l’industrie laitière se cachent de puissants monopoles (Saputo, Agropur, Parmalat, etc.) qui organisent et contrôlent l’industrie en son entier (environ 6 000 fermes laitières au Québec — près de 55 % de la production de lait au pays — la transformation des produits laitiers emploie près de 42 000 personnes dans la province). Soulignons tout de même que bien que la nouvelle mouture de l’ALENA porte atteinte à la gestion de l’offre, il n’en demeure pas moins qu’Ottawa a déjà annoncé qu’il y aura des compensations financières importantes pour les producteurs laitiers.

ENTENTES ENTRE CAPITALISTES CONTRE LES PEUPLES

Souvent présentées comme des instruments de progrès pour les États et les peuples, les ententes capitalistes débouchent rarement sur des améliorations substantielles pour la majorité des travailleurs et travailleuses. La raison pour laquelle l’ALENA et autres ententes économiques produisent toujours des résultats décevants pour les prolétaires et paysanEs est simple: ces ententes visent toujours à consolider avant tout les entreprises et monopoles capitalistes. Autrement dit, ces ententes visent avant tout à faire fructifier le capital et non pas améliorer les conditions de vies des personnes et par conséquent toute consolidation du capitalisme se fera toujours au détriment des travailleurs et travailleuses qui produisent les richesses.

Par exemple, selon une étude de l’Institut de politique économique, l’ALENA a fait disparaître près de 700 000 emplois américains, dont beaucoup dans les manufactures de « la ceinture de la rouille » où sont situés les trois États clés — Wisconsin, Michigan et Pennsylvanie qui ont favorisé l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.(Le Devoir, novembre 2017).

Au Mexique l’entente de libre-échange a surtout signifié la destruction de l’agriculture traditionnelle et l’augmentation de la pauvreté. De plus, l’orientation de la production agricole vers l’exportation plutôt que vers la satisfaction des besoins alimentaires de la population locale dans les trois pays membres de l’ALENA a favorisé la concentration de la production entre les mains des multinationales, ce qui a en retour favorisé la transformation de la structure agricole, notamment par l’augmentation de la monoculture et de la culture à haute intensité (par exemple le maïs au Québec) amenant ultimement à une baisse constante du revenu des petits et moyens producteurs. L’ALENA a aussi découragé la diversification de l’économie mexicaine dans d’autres secteurs, dans la mesure où il n’y a quasiment aucune valeur ajoutée dans l’assemblage en usine de pièces détachées largement fabriquées aux États-Unis et au Canada et rarement au Mexique.

Comme l’indiquait un article de la presse bourgeoise, « La chute des barrières commerciales a placé les agriculteurs mexicains en situation de faiblesse face aux grands producteurs américains, qui bénéficient d’importantes subventions. Les petits cultivateurs de maïs, la base de l’alimentation, sont marginalisés. Le pays en importe 10 millions de tonnes par an, 50 fois plus qu’en 1993 » (La Presse Édition du 21 décembre 2013).

De fait, bien qu’ayant multiplié par cinq son commerce avec les États-Unis et le Canada, il n’en demeure pas moins que la situation socio-économique du Mexique ne s’est pas améliorée. En effet, le taux de chômage est demeuré; les salaires ont stagné au plus bas tandis que 52 % de la population vit dans la pauvreté, ce qui explique que perdure le phénomène de l’émigration vers le nord.

Au Canada le secteur manufacturier a été grandement touché par la délocalisation de la production forçant le Canada à s’installer dans le rôle de fournisseur de ressources naturelles. Cela dit, au Canada comme ailleurs, les effets les plus négatifs de l’ALENA sur les travailleurs et travailleuses découlent des avantages octroyés aux entreprises multinationales, plus particulièrement les protections accordées aux entreprises capitalistes. Cette protection augmente la mobilité des capitaux en réduisant les risques pour les investisseurs. Ainsi à l’échelle tri-nationale (Canada-États-Unis-Mexique) on a assisté à un fléchissement des salaires et accroissement des écarts de revenus.

POUR L’UNITÉ PROLÉTARIENNE ET PAYSANNE

Le prolétariat ne peut se permettre de demeurer passif et laisser les capitalistes se partager librement le monde. Combattre le capitalisme s’est aussi s’opposer aux accords entre capitalistes qui permettent à ces derniers d’exploiter de plus en plus le prolétariat mondial. Toutefois, cette opposition doit être vivante et par conséquent ne pas se cantonner dans le seul débat des idées mais être accompagnée par des actions qui mettent en lumière le caractère international du prolétariat et des ses aspirations à un monde plus juste.

Le prolétariat doit d’abord chercher à développer de plus en plus l’internationalisme prolétarien notamment en favorisant l’émergence et le développement tant théorique que pratique d’initiatives et d’actions à l’échelle internationale contre les capitalistes. De fait, la lutte généralisée contre le capitalisme, ici comme ailleurs, peut importe que cette lutte soit encore au niveau embryonnaire où qu’elle ait pris une forme plus achevée (par exemple les guerres populaires menées en Inde et aux Philippines) contribue objectivement à renforcer la solidarité internationale entre travailleurs et travailleuses tandis que les avancés accomplies par la révolution permet d’envisager la possibilité de dépasser le système capitaliste exploiteur et envisager la mise en place d’un monde juste, débarrassé de l’exploitation, ayant adopté le communisme comme seul horizon politique en mesure d’assurer le plein développement harmonieux des individus, des sociétés et de l’environnement. Ce que doivent opposer les prolétaires aux ententes capitalistes ce sont 1) l’internationalisme prolétarien; 2) le partage des expériences révolutionnaires des prolétaires et peuples exploités et 3) l’adoption de mots d’ordre d’action révolutionnaires englobant de plus en plus de travailleurs et travailleuses!

Ébranlons l’unité du monde capitaliste!

Développons l’unité prolétarienne!

Abolissons le capitalisme !

Source: https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2018/10/21/lalena-un-deal-entre-capitalistes/

Le résultat des élections 2018 au Québec : le nouveau conseil d’administration du capitalisme et le renouvellement du parlementarisme bourgeois

Avec le résultat des récentes élections générales au Québec, la classe capitaliste vient de se doter d’un nouveau conseil d’administration qui lui sera fort utile pour les prochaines années. Le 1er octobre dernier, la Coalition Avenir Québec (CAQ) a été portée au pouvoir. Elle forme désormais un gouvernement majoritaire avec 74 sièges sur les 125 du parlement. La CAQ vient ainsi remplacer le Parti libéral du Québec (PLQ) qui, après avoir contrôlé le gouvernement pendant la quasi-totalité des 15 dernières années, a complètement usé son capital politique et sa légitimité.

La CAQ, qui a été formée en 2011, est une espèce de version renouvelée, dans des conditions complètement différentes, de l’ancienne Union nationale de Daniel Johnson. Projet politique sorti du musée des horreurs, c’est par un énorme travail propagandiste pour attester de sa crédibilité qu’il a gagné la reconnaissance que n’a jamais réussi à gagner son ancêtre récent, l’Action démocratique du Québec (ADQ). En effet, l’élection de la CAQ a fait suite au déploiement d’un véritable effort pour que François Legault paraisse, aux yeux du grand capital, comme un politicien sérieux, notamment parce qu’il s’est entouré d’un groupe d’anciens hommes d’affaires et d’anciens vice-présidents de banque. C’est le trio économique composé d’Éric Girard, de Christian Dubé et de Pierre Fitzgibbon – tous des anciens haut placés de la Banque Nationale – qui assumera les responsabilités respectives de ministre des Finances, de président du Conseil du trésor et de ministre de l’Économie. François Legault s’est d’ailleurs amplement vanté d’être le chef du parti de l’économie : un groupe de businessmen dans la lignée des Lucides de Lucien Bouchard. Prêt à n’importe quoi pour gagner ses élections, c’est en répandant des mensonges impérialistes et en lançant des attaques contre le prolétariat immigrant qu’il s’est présenté comme l’homme de la situation, allant ainsi dans le même sens que le mouvement vers la droite de l’offre électorale.

De fait, ce parti a déjà entamé le premier mandat que lui a confié la bourgeoisie : faire du ménage à l’Assemblée nationale pour relancer un prochain cycle de légitimité du système parlementaire bourgeois.D’ailleurs, la panoplie de commentateurs politiques de la société bourgeoise se sont empressés, en constatant la victoire écrasante de la CAQ, de clamer qu’une page de l’histoire du Québec était enfin tournée. Cette page tournée, dont nous parlent les journalistes bourgeois, est essentiellement celle de la sérieuse débandade des anciens partis politiques bourgeois classiques (PQ et PLQ). En effet, les résultats du scrutin plus favorables pour Québec solidaire (QS) et pour la CAQ que par le passé, ont permis de renouveler le personnel usé de l’État bourgeois. La victoire de la CAQ, si elle témoigne de la reconfiguration des partis politiques bourgeois, est avant tout la victoire du parlementarisme bourgeois.Elle ouvre une période de relative stabilité politique qui durera jusqu’à ce qu’à peu près le même phénomène d’usure qui s’est produit avec le PLQ se produise à nouveau, mais cette fois, avec la CAQ.

En effet, le monstre libéral a été dépassé par une formation sensiblement nouvelle qui représentait, il n’y a encore que deux ans, une sorte de blague vivante, un melting pot d’illuminés et de restants de l’ADQ, avec à leur tête un ancien ministre péquiste sans grand charisme. La victoire de la CAQ est en grande partie dueà l’incapacité des libéraux à se présenter dans l’opinion publique de la société bourgeoise sous un meilleurjour. Le PLQ n’a pas réussi à faire oublier qu’il n’est autre chose que l’instrument du capital. Son dernier chef, Philippe Couillard, n’a pas su défendre habilement son propre mandat. Il s’est naïvement félicitéd’avoir atteint l’équilibre budgétaire grâce à des coupures draconiennes dans les dépenses de l’État durant les quatre dernières années. La transparence de Phillippe Couillard a déplu à la bourgeoisie. Alors que celle-ci, insatisfaite, était sur le point de lui tourner le dos, Couillard, dans ses derniers retranchements, a même affirmé avec étonnement : « mais voyons, j’ai fait ce que les banques et les agences de crédit m’ont demandé. » D’ailleurs, depuis le départ de Jean Charest, le PLQ a de la difficulté à recruter dans ses rangs de nouveaux carriéristes bourgeois, habiles et ambitieux, et devient, de plus en plus, même aux yeux des capitalistes, une organisation d’incompétents et d’hommes de main de seconde classe. Il ne fait aucun doute que c’est pour éviter d’être éclaboussés par l’échec annoncé de leur parti qu’un grand nombre de députés libéraux ont pris leur retraite dans les mois qui ont précédé la campagne électorale. Cela a d’ailleurs laissé présager avec quasi-certitude la défaite récente du PLQ. Quand le bateau coule, les rats sont les premiers à prendre la fuite.

Pour sa part, Québec solidaire a amplement joué son rôle de réformiste visant à légitimer le parlementarisme. L’appel à l’urgence d’un vote pour contrer le danger de porter la CAQ au pouvoir a contribué à présenter les élections bourgeoises comme un processus légitime où toutes sortes de points de vue sont représentés, et donc comme l’endroit où s’organise fondamentalement la transformation de la société. QS, pour la suite, va inévitablement entreprendre le même type de processus qu’a entrepris le NPD avec Thomas Mulcair afin de renforcer son image de gauche crédible ayant son rôle à jouer durablement à l’Assemblée nationale. Le Parti québécois (PQ), quant à lui, a obtenu les pires résultats électoraux de sa crapuleuse histoire et devra entreprendre, comme le PLQ, un processus de réorganisation sous peine de disparaître complètement. En réalité, peu importe les partis qui seront renforcés ou affaiblis par le passage des prochaines années, ce qui importe pour le capitalisme, c’est que la démocratie bourgeoise et son système parlementaire s’en sortent intacts.

Un tel travail déployé par la bourgeoisie pour préserver le plus possible sa fausse démocratie est non-négligeable, car cela fait très longtemps que le capital n’a pas obtenu des taux très élevés de participation aux élections, comme c’était le cas dans le passé au Québec, avec des taux avoisinant les 80%, voire parfois même les 90-100%. Lorsqu’on analyse le taux d’abstention à la dernière farce électorale (seulement 66,45% des citoyens et citoyennes de la province inscrits sur les listes électorales y ont pris part), on réaliseque même si la CAQ a été élue gouvernement majoritaire avec 37,4% des voix, en réalité, elle a obtenu l’aval de moins de 25% des gens en droit de voter – sans compter qu’une partie de la population québécoise est privée de l’opportunité de se prononcer (p. ex. : les résidents permanents). Bref, il y a certainement plus de prolétaires qui ont refusé la mascarade de la démocratie bourgeoise que de gens qui ont voté pour le présent gouvernement, élu par la minorité. Il n’en reste pas moins que le système parlementaire au Canada conserve plus facilement son masque de crédibilité que celui d’autres pays comme les États-Unis où le président actuel a remporté les élections tout en ayant enregistré un nombre de votes total plus bas que son adversaire. La question de la réforme du mode de scrutin a d’ailleurs encore été amplement abordée lors de la récente campagne. Il n’y a pas de doute que la proportionnelle est la roue de secours du système parlementaire, advenant une crise politique et économique prolongée.

Les résultats des élections sont à prendre en considération pour s’orienter dans la lutte des classes. Les révolutionnaires doivent continuer de révéler et de dénoncer les ennemis du peuple cachés derrière le manège électoral. Rappelons aux masses travailleuses qu’en dépit des platitudes bourgeoises sur la prétendue page tournée dans l’histoire du Québec et que malgré la reconfiguration des partis politiques de la bourgeoisie, c’est encore le même capitalisme et le même parlementarisme réactionnaire qui sont en place, drapés dans un manteau de fausse démocratie!

Organisons la révolution prolétarienne!

À bas la démocratie bourgeoise et le système parlementaire!

Source:https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2018/10/21/le-resultat-des-elections-2018-au-quebec-le-nouveau-conseil-dadministration-du-capitalisme-et-le-renouvellement-du-parlementarisme-bourgeois/

Palestinian Workers Continue to Die for a Capitalist State

They no longer hit the headlines but the Palestinian “Great Return Marches” along the Gaza border with Israel continue. Since March 22 the world has been witnessing yet more horrific scenes in the long conflict between the Israeli state and the dispossessed Palestinians on whose land that state was built. By June 2 the continual shooting of Palestinian demonstrators in Gaza by an Israeli Defence Force (IDF), safely bunkered inside its own border, had produced 124 dead and at least 13,000 wounded. In all that time only one Israeli soldier has been injured.

The Palestinians continue to lament May 15 1948 as the Nakba, or Catastrophe, when they were ethnically cleansed from their villages by Jewish terrorist groups: the Haganah (one of the forerunners of the IDF), the Irgun and Lehi (also known as the Stern gang). Some may say that the latest clashes in Gaza are just part of the same old scenario which has been going on for exactly 70 years. Not quite.

The seventieth anniversary of the Naqba or Catastrophe “coincided” with a glitzy ceremony to open the US Embassy in Jerusalem. This was not mere symbolism. The US was not always so one-sidedly pro-Israel but, as the embassy move shows, it has dropped all pretence of looking for the chimera of a “fair” solution to the Palestine-Israel conflict. Instead the US has identified even more closely with Israel as part of its policy of thwarting the imperialist ambitions of Iran in the area. The Palestinians are once again on the wrong end of imperialist policy – a factor which explains their predicament ever since the foundation of the state of Israel exactly 70 years ago.

Imperialist Policy in Palestine

Brutal though the massacres of Palestinians were in 1948, it was not terrorism alone which brought about the state of Israel. It was a unique conjunctural moment in the history of imperialism. After 6 years of the most brutal war in human history – the kind of war of annihilation that only a capitalist system in its imperialist phase could bring – the victors could look around at a half-destroyed Europe and a devastated Japan to impose whatever order on the world they liked. However by 1947 the Cold War between the two super-powers had begun. The USSR and the United States both supported the creation of the state of Israel because they both thought it might be useful for their strategic interests and they both did not want the other to be its sole sponsor.

Although nominally amongst those victorious powers, the United Kingdom of Great Britain and Ireland, as it was known from 1947, was actually one of the losers of the two great imperialist wars of the Twentieth Century. Churchill had not championed the fight against Hitler because he was “a monster” who murdered an estimated 13 million people (including 6 million Jews) in the death camps. Rather, he was leading the fight to defend “the British Empire and its Commonwealth” which, in his view, and not unlike the Third Reich, also had aspirations to “last for 1000 years”. Unfortunately for an almost bankrupt British imperialism the Second World War just finished off what the First World War had started. Both wars destroyed much of Britain’s previous financial control of places like Latin America and it simply did not have the strength to hang on in much of its Empire. A partitioned India (the former “Jewel in the Crown”) was quickly abandoned to ethnic cleansing and massacres whilst the USA had to be called in to stop the Greek Communists (the Stalinist KKE) winning victory in the civil war against the pro-British monarchists there.

In Palestine though, the weakness of British imperialism was compounded by its earlier imperialist policies. In the First World War the British had promised the Arabs that they would enjoy independence if they helped in the fight against the Ottomans. The Arabs were not to know (at least not until the Bolsheviks published all the secret treaties of the Entente powers after October 1917) that the French and British had already planned (1915) to partition the Middle East in their own favour. In the Peace of Paris the British received Palestine, Iraq and Jordan as “mandates” from the League of Nations.

The Arabs also did not know that in the British Foreign Secretary, Arthur Balfour’s Declaration a future Palestine would accommodate “a national home” for the Jews. There was a caveat in the Balfour Declaration which stated that “it being clearly understood that nothing shall be done which may prejudice the civil and religious rights of existing non-Jewish communities in Palestine”. “A national home” was a vague term unknown to international jurists and it only specified “in Palestine”. It did not mean the takeover of all Palestine but its ominous labelling of 90% of the population there as “non-Jewish” rather than “Arab” demonstrated that the existing population (1 million by 1920) was to be ignored. Balfour admitted as much. For him

… Zionism, be it right or be it wrong, good or bad, is rooted in age-long tradition, in present needs, in future hopes, of far profounder import than the desires and prejudices of the 700,000 Arabs who now inhabit that ancient land.

[Quoted in Peter Mansfield, A History of the Middle East p.165]

He was uninterested in the fact that these same Arab people had been there for roughly the same length of time as the Anglo-Saxons had been in England! Even Chaim Weizmann (the Zionist leader and future first President of Israel), who went to Palestine to establish a Zionist mission, left after a short while, convinced that the place was too Arab to become the basis for a future Jewish state.

In fact, only 3% of the population of Palestine was then Jewish but the Balfour Declaration gave an enormous boost to Zionism (which had been opposed by many, perhaps a majority, of Jews until then). The British appointed the leading Zionist Herbert Samuel to run Palestine after the war. Samuel had proposed to the British Cabinet as early as 1914 that a Jewish state in Palestine would be in British interests and he lost no time in promoting Jewish immigration. By 1935 Jews accounted for 16% of the population.

Whilst Zionism had grown alongside (and in some ways as a response to) the rise of nationalism in Europe, [1] Arab (and indeed Middle Eastern) nationalism was not well developed. Cash-strapped absentee Arab landlords were only too glad to sell parcels of land to Jewish settlers who received substantial financial support from the Jewish Agency and its world-wide backers.

Between 1922 and 1939 Jewish colonies had increased from 47 to 200 and Jewish landholdings had more than doubled. [Mansfield p.208]

On the other side there was no unity amongst the various traditional leaders of the Arabs. Local dynasties like the Hashemites were more concerned about controlling their own territory and some, like Amir Abdullah, became a British stooge in the supposedly independent state of Transjordan set up in 1923. It was only in 1935 that the Arab leaders were united enough to demand an end to Jewish immigration and when they learned that the Zionist settlers were smuggling in arms the Arab Revolt broke out. It began with a six months general strike and lasted 3 years but it failed utterly.

Not only did it give some Zionists the experience of fighting the Arabs (in concert with the British Army) it also provoked the British Government to come up with a plan for partition of Palestine for the first time. The Peel Commission not only proposed this but also the expulsion of some Arabs from their land to make way for a Zionist state.

The imminence of the Second World War, however, led to a change in British policy. Counting on the loyalty of the Jewish community against the Nazis they sought to placate the Arabs by limiting Jewish immigration and offering an independent Palestinian state within ten years. Since Arabs would still be in a majority, the Zionists regarded it as a betrayal of the Balfour Declaration. The Arabs, led by the party of the Mufti of Jerusalem, also rejected it because they (understandably) no longer believed in the promises made by British imperialism. This led the Mufti to throw his support behind Nazi Germany – a fatal step which ensured that the Arabs of Palestine were totally isolated in the post-war imperialist carve-up.

Born in Blood – the Establishment of Israel

In rejecting the British plan the Zionist movement turned to outright terrorism, being the first to introduce the bombing of innocent civilians in Arab markets which has been much imitated since by all kinds of terrorist organisations. It peaked with the blowing up of the King David Hotel in July 1946, killing 91 British soldiers and civilians. A few months later an enfeebled British imperialism handed the problem it had largely created over to the United Nations.

After World War One the League of Nations had held plebiscites to determine the future status of many areas. Some of these were rigged (such as that in Silesia where Poland was given a chunk of this industrial area which had voted to remain German) but the United Nations had no such intentions. It decided on partition without consulting the local inhabitants. The partition plan gave the Zionists 55% of the territory of Palestine (when in fact it held only 8%). What pushed the plan through was that both the USA and USSR brought enormous pressure to bear on the UN members to vote for the scheme.

Ironically, in view of later developments, it was the USSR which was most enthusiastic about the formation of the state of Israel. They not only thought it an “anti-imperialist movement” which would doom the British Empire but also saw it as the shape of things to come. Stalin even relaxed his usual anti-Semitic policies as he sought to win over the Zionists.

The USA was more ambivalent as its ruling elite were divided between those who saw it as a provocation of the Arab oil-producing states and those who saw it as more reliable future ally than the Arabs. Truman, though, had exerted enormous pressure on the British to allow mass Jew migration and in the end the US wanted also to be seen as a friend of Israel to deprive the USSR of sole sponsorship of the new state. This was made all the easier because Roosevelt had already secured an oil deal with Saudi Arabia in 1945. [2]

However, in March 1948 the US came out against forcible partition of Palestine. By this time the British were in full retreat and communal fighting had broken out between Jews and Arabs. An Arab Liberation Army of some 3000 volunteers tried to defend the local Arab community but they were outnumbered and outgunned by various Zionist terrorist organisations. Worried about the US’ position, the Irgun and Stern gang were collaborating with the Haganah to implement Plan Dalet which aimed to seize most of Palestine. The strategy was consciously based on the massacre of enough Palestinians to force the rest to flee. The Irgun massacred 250 Palestinians in the village of Deir Yassin, whilst there were many other such massacres in Lydda and elsewhere. As Yitzhak Rabin [later Prime Minister and Nobel Peace prize winner before his assassination by a Zionist extremist in 1995 for signing the Oslo Accords] noted in his memoirs, this ethnic cleansing produced the not entirely miraculous outcome of hundreds of thousands fleeing in advance of the Zionist forces so that half of the population ended up in neighbouring Arab lands.

The British had already left on 14 May and the state of Israel was proclaimed the next day, receiving de facto recognition from both the competing imperialisms of the USSR and USA within hours. A year later, Israel was rewarded for its ethnic cleansing by being admitted to the United Nations. Thus the Palestinian Catastrophe (Naqba), and the formation of the State of Israel were products of all the machinations of the world imperialist order of the twentieth century. The Israeli state could also count on the financial support of world Jewry, the United States and West Germany (the latter in the form of guilt money for the Holocaust termed “war reparations” after a treaty signed in 1953). This enabled the Israeli state to develop its economy and its armed forces. Within a few years 700,000 Jews from across the world had migrated to Israel to begin redressing the population balance in their favour.

The Cold War in the Middle East

The establishment of Israel, however, also gave a boost to the transformation of Arab nationalism from the cult of a few intellectuals or the manipulations of “traditional leaders” like the Hashemite monarchs in Jordan and Iraq who had sold themselves to Western imperialism. When army officers headed by Neguib and Nasser overthrew King Farouk, the British puppet in Egypt in 1952, it was to rid the state of his incompetence and corruption. The US at first was sympathetic to their movement and was very conscious of the possibility that the USSR might muscle its way into the Arab world. Thus, when Nasser nationalised the Suez Canal the British, French and Israeli governments agreed on the invasion of Egypt. This infuriated the Eisenhower government which saw this as something that would drive the Arabs into Russian arms. In a clear sign of who ran the so-called “free world” the US forced the three allies to halt their operation in Egypt and back down in November 1956.

The US was right to be fearful of the gains of the Soviet Union. Within a few years they were supplying arms to Egypt, Syria and Iraq and only an invasion of Lebanon (up until then known as the “Switzerland of the East”) in 1958 prevented the US losing control there. The Egyptians reneged on plans for the US to build the Aswan High Dam and the Soviet Union stepped in to take on the project (thus turning Egypt into its client state for the next 15 years).

Yet these developments also turned out to be beneficial to Israel, especially after the Six Day War of 1967, since it was now a confirmed US ally in the Cold War. This stood it in good stead in the Yom Kippur War in 1973. Initially the Egyptian Army (which had been rearmed by the USSR) caught the Israeli Defence Force off guard and recaptured great swathes of territory lost in 1967. However, the US not only poured in weapons to bolster Israel but prevented the UN from calling a ceasefire until it had recaptured much of the lost ground. Arab states pretended to launch an oil embargo against the US in support of the Palestinians but in fact, like so much supposed Arab support for the Palestinians, it was really a token affair and did not last. [3]

In the 45 years since the Yom Kippur War and despite Camp David Agreements and Oslo Accords it is clear that the Israeli ruling class has no intention of ever handing back the territory it occupied in 1967. The repeated settlement programmes and the wall in the West Bank testify to its intention to prevent the establishment of a Palestinian state. In this they have been encouraged by one US administration after another, which – despite occasional mild criticisms of Israel – has always used the veto to block any UN Security Council resolution which would have made Israeli control of the occupied territories just a little more uncomfortable.

The Anti-Iranian Policy

In the latest Gaza shootings of unarmed civilians the new US secretary of state Mike Pompeo opined that “the United States is with Israel in this fight, and we strongly support Israel’s sovereign right to defend itself”. At the same time, his UN Ambassador, Nikki Haley vetoed a Security Council resolution that would have simply investigated the Gaza shootings arguing that “no-one has shown more restraint than the Israeli Government”. In the past US administrations would have been more measured, calling for restraint rather than encouraging violence. At the same time though, they continued to pump $3 billion a year into Israel (three quarters of which must be spent on US military supplies). With this US administration the mask is off. There will be no “solution” to the Palestinian question other than the complete subjugation of the Palestinians.

In the US itself the pro-Israel lobby, which is bigger than the large and influential Jewish community, has been joined by the even larger Christian evangelical movement. And according to Henry Siegman

“More recently alt-right and neo-Nazi elements that form the most loyal members of the Trump base have joined this circle of supporters: they now see Israel’s embrace of a religiously defined national Jewish identity (replacing its previous status as “the only democracy in the Middle East”) as a validation of their own Christian, racist, fascist and white supremacist ideology. White supremacists can now join with Netanyahu in castigating Jewish critics of Israel’s xenophobic and far-right nationalist policies as self-hating Jews” [4]

This racist appeal is not that far from what Theodore Herzl, the founder of Zionism, thought too. In 1896 he wrote in The Jewish State an argument to win European support for a Jewish colony in the Middle East that

“We should there form a portion of the rampart of Europe against Asia, an outpost of civilisation as opposed to barbarism” [5]

Today the biggest threat to the existence of that “rampart” comes from Iran which, largely thanks to a series of US miscalculations born of hubris (like the invasion of Iraq), has increased Iranian power in Syria and Iraq, thus creating a corridor to reach their staunch supporters, Hezbollah, in Lebanon. It is no casual whim that has led to the US pulling out of the Iran nuclear agreement. The real issue is the advance of Iranian power in the Middle East.[6] The nuclear deal did not deal with that, which is why most US sanctions against Iran still stand. Ironically if anyone could call it a “bad deal” it was not the US but the Iranian ruling elite who got little economic benefit for ending their nuclear programme. The signs were that the working class in Iran had not only had enough of the dire economic conditions (wages not paid for months etc), but also the waste of money in imperialist adventures around the Middle East which could have been spent on the economy at home.[7] It seems that Trump abandoned Obama’s policy just when it was beginning to work!

European powers may have been more inclined to trade with Iran than the US, but European companies such as Total, who prepared to invest in Iran, were less sure since they could be fined in the US if they broke US sanctions. Netanyahu, in his recent tour of Europe to push the case against Iran, was thus able to tell Macron, with a smug smile on his face, that the Europeans could try to keep the nuclear deal alive but it will die due to “the weight of economic forces”. This is not quite true since US sanctions are not mere “economic forces” but a political interference using American economic muscle. The picture is clear. The US is in a position to use its legal system to retaliate against any except the smallest of European companies doing business with Tehran.

Even more clearly, the anti-Iranian alliance also incorporates Iran’s long term rival in the Middle East: Saudi Arabia. Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman met Jewish leaders in New York in late March. At this meeting he accused the Palestinian leadership of repeatedly missing all the opportunities presented to it for the past 40 years and rejecting all the proposals it had received. With regard to the Palestinians, he made it clear that the issue was not a priority for his government and for the Saudi public. Palestinians “should accept the deal on offer” and “stop complaining”. He concluded that “there are far more pressing and more important issues to deal with, such as Iran…”.

So once again the Palestinians have become collateral damage in inter-imperialist conflict. The increasing intransigence of the Israeli state, which now has a cabinet dominated by ministers like Lieberman and Bennett who have no intention of evacuating a shred of Eretz Israel and are prepared to kill every Palestinian who opposes the occupations, [8] now has unequivocal international backing from the US. It is the final confirmation that the Israeli state has no real independent national existence but exists only thanks to a world imperialist order dominated by the United States in which, in the latest twist in US foreign policy, it is destined to play a major role.

Palestinian Workers are Dying for a Capitalist State

Given this appalling history and the manifest suffering of the Palestinian masses there are many who conclude that support for the Palestinian cause is support for “the anti-imperialist struggle”. What they fail to ask is what “support for the Palestinians” means. The first error here is to not see the question in class terms. Palestinian society is a class society like everywhere else in the world. Palestinian nationalism is led and defined by its capitalist class or bourgeoisie. This bourgeoisie is divided. As we wrote in 2000

For the most part the “big” Palestinian bourgeoisie lives abroad, in Lebanon, Syria, Egypt and the other Middle Eastern countries. Socially it is mainly composed of merchants and bankers who gain advantage from their refugee status in the diaspora. They live on non-productive economic activities, i.e., not linked to the compelling necessity to have a “fatherland” in which to geographically exist…

Their interests are linked to the financial management of the Arab Bank which has its offices in every Middle Eastern country, in Europe and in the USA. It doesn’t have a large amount of business but it is sufficiently developed to allow Palestinian speculators to operate in the world of Arab finance close to oil and all types of speculation. They have offices in Cairo, Amman and Damascus but also in

Paris, New York and London. Transnational financial business as imposed by globalisation is the route any bourgeoisie worthy of the name has to take.”[9]

This bourgeoisie, which dominates the PLO (and the Palestinian National Authority), was quite ready to do a deal with Israel which would have left them a mini-state of Gaza and some of the West Bank. However, its moderation towards Israel and its self-evident corruption gave birth to Islamist movements like Hamas (who originally received some support from the Israeli secret services to undermine the Fatah wing of the PLO). This is based on

“… an interclass hybrid which represents the interests of the middle and petty bourgeoisie, followed by a proletarian fringe. This is the indigenous bourgeoisie which have never moved from the territories where they were born and brought up since the birth of the Israeli state. Economically they are the small entrepreneurs, skilled craftsmen and peasants … They have suffered the full weight of the Zionist settlement. They feel it daily breathing down their necks in every economic initiative they take. They suffer the humiliation of discrimination in every aspect of life under the iron repression of the settlers and Israeli army. A thousand frustrations and the impossibility of developing their own economic activity have driven them to violence. Craftsmen and small entrepreneurs are boycotted in both production and consumption by the provocative nationalism of the Jewish community. Their market is reduced to their own community which doesn’t seem to represent a big enough demand in terms of sales and profits. Agricultural enterprises, besides being pushed onto the most geographically marginal and unproductive land, don’t have access to water. 90% of water resources are in the monopoly control of the Israeli settlers. When they do allow them access they make them pay the equivalent of the price of oil or gas. This adds enormously to the costs of production of foodstuffs and thus to the price which ends up being uncompetitive with those charged by the settlers themselves. In this situation, such is the anger, the desire for revenge, the hatred towards those responsible for their economic condition and living standards that political radicalisation and nationalist revanchism pours out of every segment of the Palestinian petty bourgeoisie, flooding in streams out of the Gaza Strip and West Bank until it has become an uncontrollable tide …

… A hypothetical Palestinian state, either in the PLO or Hamas version, would only strengthen the bourgeoisie. It would breathe life into the corrupt tertiarisation of the state administration, already scandalously begun in the autonomous zone. For the

Palestinian proletariat, however, unemployment would continue as usual.” [10]

The Palestinian case is a classic example of what we described in our basic document:

The bourgeoisie of the peripheral countries may sometimes find themselves in a weaker position in the imperialist pecking order. They may rely on all sorts of “anti-imperialist” rhetoric and social demagogy. But all of this does not alter the fact they are an integral component part of the global capitalist domination over the working class. For this reason so-called “national liberation movements” represent the interests of bourgeois fractions and currents and act as part of an inter-imperialist line-up against the working class. All theories and slogans of “national liberation” or of the “right of peoples to self-determination” are aimed at encouraging nationalist fault lines in the class and subjecting the proletariat to bourgeois control.” [11]

The second error of the supporters of the Palestinian national cause is in the phrase “the anti-imperialist struggle”. There is only one “anti-imperialist struggle” today and that is the struggle of the world working class to throw off the shackles of the system that has produced imperialism – capitalism. The question is not nations but classes. As Marx wrote in the Communist Manifesto “Workers have no country. You cannot take from them what they have not got”. The people who want workers to fight or die for this or that “country” are the bourgeoisie who own it. And this applies everywhere.

There is a fake argument amongst the so-called left that fighting for this or that national cause that yes, it may bring the bourgeoisie of that nation to power, but then the class struggle can really start. Apart from the question of why workers would spill their blood for a cause which favoured the bourgeoisie, such national struggles hand over the political programme to the propertied owning classes. They are the nation incarnate and they will use the very liberation struggle to justify their power.

A glance at what happened in South Africa, Zimbabwe and every other “post-liberation society” is enough to confirm that. A working class struggle of a sort exists there but it is difficult for it to develop independently given the wave of nationalism which brought the bourgeoisie there to power. Today Cyril Ramaphosa, once the anti-apartheid leader, the founder of the National Union of Mineworkers (NUM) and leader of the 1987 miners’ strike, after so-called “liberation” quit the NUM and became a board member of LONMIN the platinum mining house. During the strike at LONMIN’s Marikana mine in 2012 he was instrumental in getting the strike classed as “criminal” rather than economic which led to the police massacring 34 striking miners. [12] Today he is a multi-millionaire and, of course, President of South Africa whilst nothing has changed for the majority in South Africa.

The question everywhere is nation versus class and revolutionaries know which side they are on:

“Today, anti-imperialism means proceeding against the system as a whole. The exploited and oppressed can only struggle for their liberation on the basis of class autonomy. As internationalists we therefore recognise no solidarity with “peoples”, “states” or “nations”, but only with real and specific human beings and their struggles and social confrontations. Our aim is the struggle of the workers of all countries as this is the sole perspective for the overthrow of all oppression and discrimination.” [13]

Today in Palestine neither a one-state nor a two-state solution to the national aspirations are possible (without the destruction of Israel which is not likely to happen). The only solution for the Palestinian proletariat is the no-state solution – the abolition of all capitalist states and their brutal imperialist rule. The Palestinian workers, hemmed in by Hamas (who would kill any worker advocating what we are advocating here), have little chance of developing that autonomous struggle alone – they can only do so as part of the world proletariat in the only real anti-imperialist struggle – the destruction of the capitalist world order.

 

Source: http://www.leftcom.org/en/articles/2018-06-24/palestinian-workers-continue-to-die-for-a-capitalist-state

POUR LE CENTENAIRE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE D’OCTOBRE 1917

Il y a quelques mois, un rassemblement a été organisé en banlieue lyonnaise par des groupes oppositionnels à la ligne de la direction du Parti « communiste » français. Un camarade est intervenu dans le débat sur le bilan de la révolution d’Octobre 1917, pour y apporter un point de vue maoïste. Si notre organisation était présente, c’est parce que nous connaissons la sincérité des jeunes militant-e-s qui cherchent à impulser la lutte à l’intérieur du P « c »F pour rendre ce parti révolutionnaire à nouveau. Certain-e-s d’entre nous y ont cru par le passé, et ont mené leurs premiers combats au sein du P « c »F, avant de se dire qu’il était idéaliste de vouloir ressusciter ce qui était mort et qu’il valait mieux consacrer leur énergie à construire le nouveau parti communiste dont la classe ouvrière a besoin. Nous avions autre chose à faire de nos vingt ans que de servir de force d’appoint à une fraction opportuniste contre une autre, sous prétexte du moindre mal. Nous ne voulons pas que l’énergie des camarades qui se fixent aujourd’hui les mêmes objectifs que nous nous fixions il y a quinze ans, soient détournés de leur but révolutionnaire et conduit dans les ornières de l’opportunisme.

De plus en plus de militant-e-s qui se réclament du marxisme-léninisme s’inspirent des textes du professeur de philosophie italien Domenico Losurdo. La théorie de Losurdo est simple et tordue en même temps : il est entendu que les communistes du monde entier, et spécialement celles et ceux des métropoles impérialistes, doivent se solidariser sans conditions avec les luttes de libération des peuples (c’est-à-dire accepter la lutte « par tous les moyens nécessaires » comme disait Malcom X, prendre parti pour la violence révolutionnaire des opprimé-e-s même si des soldats français doivent mourir en face, ne pas prétendre leur dicter notre propre agenda). Or, pour Losurdo cette solidarité sans conditions doit concerner non seulement la lutte révolutionnaire mais aussi les compromis et les retours en arrière, dictés eux aussi par les cruelles nécessités du réel. Losurdo parle à des militant-e-s qui veulent défendre les révolutions russes et chinoises. Il les flatte dans le sens du poil en leur disant : si vous voulez défendre Lénine et Staline vous devez défendre aussi Brejnev et Andropov (il ne va pas jusqu’à défendre Khrouchtchev, mais le considère comme un ami du socialisme qui se trompe, et non comme un ennemi  qui se cache), si vous voulez défendre Mao, vous devez aussi défendre Deng Xiaoping, Jiang Zemin, Hu Jintao et Xi Jinping (un auteur de la même tendance néo-révisionniste, le belge Ludo Martens allait même jusqu’à dire : si vous voulez défendre la révolution burkinabé de Thomas Sankara, vous devez défendre son assassin Blaise Compaoré). Cette théorie n’est pas matérialiste : Brejnev, Deng Xiaoping et Compaoré ne représentent pas le retour au réel après les « utopies » et/ou les « erreurs » de Lénine-Staline, Mao ou Sankara. Ils représentent la contre-révolution, la restauration du capitalisme par une nouvelle bourgeoisie (et dans le cas de Compaoré, une bourgeoisie compradore au service de l’impérialisme français). Ils sont socialistes en parole, mais capitalistes en réalité. Si nous voulons avancer dans le bilan des expériences socialistes, nous devons saisir cette réalité.

Une critique plus poussée des écrits de Losurdo est à faire. Dans ses derniers écrits, cet infatigable professeur d’inconséquence s’intéresse aux luttes antisexistes et antiracistes, pour en proposer une version aussi inconséquente que sa vision de la construction du socialisme. Nous devons au contraire aider tous les camarades qui veulent défendre l’héritage de Lénine-Staline à ne pas s’arrêter au milieu du chemin, mais à faire la critique du révisionnisme qui a sapé les bases du socialisme en URSS.

Intervention pour le débat de la « Fête Populaire » à l’occasion du centenaire de la révolution d’Octobre

La grande révolution socialiste d’octobre a eu le mérite d’avoir constitué la première expérience de dictature du prolétariat et de transition vers le communisme après les 73 jours de la commune de Paris. Cette expérience a eu lieu dans des conditions extraordinairement difficiles et avec des erreurs inévitables dans un contexte d’encerclement capitaliste. Les démocraties populaires nées de la lutte antifasciste, n’auraient pas été possibles sans les enseignements d’octobre et la victoire soviétique de 1945. Les camarades chinoi-se-s se sont inspiré-e-s des leçons de la Révolution d’octobre, de ses victoires comme de son échec final, pour essayer d’aller plus loin, mais là aussi le capitalisme a été restauré après le coup d’Etat de 1976.

Le camarade Lénine nous enseigne que la transition au communisme est une période où s’affrontent le vieux mode de production capitaliste et le mode de production socialiste à naître.

1991 est la dernière étape de destruction de l’URSS. Mais ce coup d’état de l’intérieur avait été initié déjà depuis Khroutchev et sa politique de renoncement à la lutte révolutionnaire. Ce coup d’Etat avait une base matérielle constituée non seulement d’éléments des anciennes couches bourgeoises, mais aussi de couches bourgeoises nouvelles produites par l’organisation de la production (c’est un élément intéressant du livre de Robert Linhart, Lénine, les paysans, Taylor). Les classes sociales se développent sur une base matérielle préexistante, elles ne peuvent naître spontanément, comme des souris qui sortent du chapeau d’un magicien.

L’introduction d’éléments de marché privé dans les kolkhozes comme dans les usines a renforcé la base des éléments bourgeois des différentes républiques, qui ont fini par se marcher sur les pieds et par se sauter à la gorge dès avant la chute du mur de Berlin. Les bourgeoisies des différentes républiques ont pu mobiliser les masses pour leurs intérêts, en ravivant un chauvinisme et un racisme qui n’avaient jamais totalement disparu, comme en témoignent les pogroms d’Arménien-ne-s à Soumgaït (1988) et Bakou (1990), organisés par la bourgeoisie azérie.

Être fidèle à Lénine et aux combattant-e-s d’Octobre, c’est lutter contre le dogmatisme et le culte des icônes pour faire le bilan matérialiste qui nous permettra d’avancer vers de nouvelles victoires. Et pour commencer étudier la base sociale du révisionnisme, et étudier la lutte contre le révisionnisme en Chine et en Albanie (qui n’a pas empêché la restauration du capitalisme dans ces pays).

Les enseignements de la révolution d’Octobre doivent devenir accessibles aux masses et servir à préparer les luttes d’aujourd’hui contre le Capital, comme la lutte contre la loi Travail en ce moment même. Cela fait depuis 2010 que la classe ouvrière se mobilise à chaque attaque, à chaque projet de loi, renforçant l’oppression de la bourgeoisie par l’exploitation. L’élan est déjà là, mais il manque la stratégie de combat, élaborée à la lumière d’une théorie révolutionnaire. Il faut s’intéresser à la Révolution d’Octobre pour réfléchir au présent que l’on veut construire et arracher maintenant, et non pas seulement pour rendre hommage et glorifier le passé.

Vive la révolution socialiste d’Octobre, passons des luttes sociales à la révolution !

 

Source: http://futur-rouge.overblog.com/2017/11/pour-le-centenaire-de-la-revolution-socialiste-d-octobre-1917.html