Démonstration de force de l’armée chinoise autour de Xi Jinping (VIDEO)

 

La Chine s’est livrée le 30 juillet à une démonstration de force avec un défilé militaire géant autour du président Xi Jinping, qui a appelé l’armée à servir le Parti communiste au pouvoir.

Devant la tribune où le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, se tenait debout revêtu d’un costume et d’une casquette en treillis, des centaines de véhicules, de blindés et de missiles, ainsi que des milliers de soldats, ont défilé loin du public dans l’immense base militaire de Zhurihe, en Mongolie intérieure (nord), à environ 500 km au nord-ouest de Pékin.

Les médias étrangers n’ont pas été conviés à couvrir l’événement qui était retransmis par la télévision nationale à l’occasion du 90e anniversaire de la fondation de l’Armée rouge.

Des hélicoptères ont survolé le défilé, formant le chiffre 90 dans le ciel, suivis par des avions de combat.

 

Dans un discours prononcé face aux troupes, Xi Jinping a appelé l’armée à suivre «la direction absolue» du Parti communiste chinois (PCC) et à se tenir prête à «vaincre tout envahisseur» potentiel.

«Le monde n’est pas entièrement en paix et la paix doit être sauvegardée», a-t-il déclaré. «Plus qu’à aucun autre moment dans l’histoire, nous devons bâtir une armée du peuple puissante», a-t-il ajouté.

A l’approche du XIXe congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui doit lui conférer à l’automne un nouveau mandat de cinq ans à la tête du pays, le chef de l’Etat avait auparavant passé en revue les troupes sous un ciel clair au milieu de la steppe mongole.

 

Xi Jinping a lancé à plusieurs reprises aux soldats : «Camarades, vous avez travaillé dur!» «Nous sommes au service du peuple!», lui ont-ils répondu.

La Chine dispose de la première armée du monde en termes d’effectifs, avec 2 millions d’hommes sous les drapeaux.

En termes de budget, elle est la deuxième du monde, loin derrière celle des Etats-Unis, avec une enveloppe de 143 milliards d’euros prévue pour 2017, en hausse de 7% par rapport à l’an dernier. Pékin a mis à flot en avril un deuxième porte-avions et a ouvert sa première base militaire à l’étranger, à Djibouti.

Lire aussi : Après son «epic fail» photoshop, l’armée chinoise obligée de présenter des excuses publiques

Le défilé du 30 juillet commémorait la fondation de l’armée communiste chinoise en 1927 lors d’un premier engagement face aux troupes du gouvernement nationaliste au début de la guerre civile qui s’achèvera par l’arrivée au pouvoir du PCC en 1949.

L’armée chinoise, connue aujourd’hui sous le vocable «d’Armée populaire de libération» (APL), célèbre normalement son anniversaire chaque année le 1er août.

Les dirigeants chinois successifs ont traditionnellement présidé à d’imposants défilés militaires à diverses occasions, mais ceux-ci se déroulaient habituellement à Pékin.

Source: https://francais.rt.com/international/41515-demonstration-force-armee-chinoise-xi-jinnping

France : L’oligarchie industrielle et financière a choisit un gouvernement d’extrême droite !

Nous partageons, avec nos lecteurTRICEs, cette analyse de référence de nos collègues-camarades du PCRF, membre du mouvement de la Reconstruction communiste, simplement pour votre information. 

Une nouvelle étape de la domination politique du capital monopoliste (Extrait du rapport du secrétaire général du PCRF au Comité central du 26 juin 2017)

(…) La crise politique est la manifestation, au niveau de la superstructure, de la crise générale du mode de production capitaliste sur fond de crise économique de long terme, marquée par la tendance à la surproduction et les difficultés de l’accumulation ; et le fait que les phases aiguës sont de plus en plus rapprochées et surtout qu’il n’y a pas de « période de rémission » : la reprise, annoncée tous les trois quatre matins, n’est pas au rendez-vous.

La croissance est atone, et pour ne prendre qu’un exemple, les différents gouvernements bourgeois, qui truquent le nombre de chômeurs en permanence, en sont, dans des pays où le chômage touche des millions de personnes, à se congratuler quand il y a quelques milliers de chômeurs en moins !

(…) Tout indique que nous entrons dans un cadre politique nouveau. Il y aura un avant et un après l’élection d’Emmanuel Macron.

Ce cadre politique nouveau, les conditions dans lesquelles il se construit, doit être analysé avec soin, car s’il est le produit de la lutte des classes, il va bien évidemment en retour impacter la lutte des classes. Dans un contexte marqué par l’absence d’un parti communiste capable de conduire la classe ouvrière pour se défendre, pour préparer une contre-offensive préparant les conditions pour l’affrontement révolutionnaire.

Cinq années de gouvernement socialiste sous la houlette de Hollande ont approfondi le mécontentement profond

des masses populaires, de la classe ouvrière et au-delà, des couches moyennes et de la petite bourgeoisie. Ce

mécontentement remonte à l’époque mitterrandienne et les espoirs déçus que son élection et la participation du

PCF au gouvernement avaient nourris. On peut dire qu’en 2002, la crise politique éclate au grand jour, et qu’à partir

de ce moment-là, on assiste à la montée de l’abstention et du vote blanc (on ne distinguera pas les nuls),

parallèlement au recul permanent du PCF, dont la politique de trahison de classe de ses dirigeants est perçue par

les masses. C’est l’époque des grandes attaques contre la classe ouvrière et les conquêtes sociales, qui provoquent

des mouvements de riposte massifs, mais qui ne trouvent pas de débouchés, de par l’attitude de la direction de la

CGT qui s’aligne sur la CFDT.

De 2002 à 2012, le parti représentant la bourgeoisie est aux commandes, mais il est

obligé de tenir compte du mécontentement et ne va pas jusqu’au bout des contre-réformes réclamées par la

bourgeoisie, tandis que dans les départements et les régions, le PS domine, en appliquant une politique qui cadre

tout à fait avec celle du gouvernement. Se répand l’idée qu’en fait, c’est Bruxelles qui décide et non la bourgeoisie

française qui s’appuie sur Bruxelles pour faire passer sa politique, et qu’en politique, il n’y a pas de changement

possible, si ce n’est à la marge sur des problèmes sociétaux, où droite et gauche, ce n’est pas important. Ce qui ne

veut pas dire que pour nous, ces notions sont absolues et qu’elles ont un contenu fondamental !

Toujours est-il que le référendum de 2005 sur l’UE va traduire ce mécontentement. On a un taux de participation active très

haut et le non l’emporte largement. Mais le Traité de Lisbonne, en annulant purement et simplement le vote populaire, va

renforcer la méfiance pour les partis politiques en place. L’élection de Hollande en 2012 s’est faite dans l’ambiguïté : d’un côté

un rejet de Sarkozy, et de l’autre une méfiance vis-à-vis du PS sans illusions. Notons que les directions réformistes de la CGT

et du PCF vont, quant à elles, tenir un discours capitulard : elles vont cultiver l’idéeque Hollande n’applique pas son

programme, qu’il reculerait. C’est tout bonnement faux. Derrière les mots, le programme de Hollande était clair, c’est celui

qu’il a appliqué. Les élections intermédiaires ont montré la

désaffection de l’électorat et en particulier des travailleurs, des chômeurs, de la jeunesse. La politique mise en

place a accentué le mécontentement sans que cela débouche sur des mouvements d’ensemble par manque de

direction, la CGT rentrant dans une grave crise de direction (en réalité d’orientation).

De graves réformes ont été

adoptées avec le soutien de la CFDT : ANI, lois Macron 1 & 2, mise en place de l’état d’urgence reconduit et

aggravé, loi sur le renseignement, mais aussi réforme des collèges et des rythmes scolaires, attaques contre la

fonction publique… Quand est venue la loi El Khomri contre le Droit du Travail, la coupe était pleine et la colère

s’est exprimée : le Congrès de la CGT, sans rien changer sur le fond (il faut en avoir conscience), a cependant été

marqué par une volonté de renouveau du syndicalisme de classe dans les sections d’entreprises et les

organisations. L’alliance avec la CFDT a été conspuée. Dans les conditions de l’état d’urgence et des provocations

policières, d’une direction confédérale divisée et peu encline à prendre en main la mobilisation d’un mouvement

puissant et conquérant, la lutte contre la loi El Khomri a marqué la vie politique et renforcé l’expression du

syndicalisme de classe dans la CGT.

Des organisations de la CGT demandent aujourd’hui le retrait de la CES, le

retour à la FSM. Mais en même temps, la direction de la CGT n’a pas été en capacité, de par son orientation, de

reprendre la lutte en septembre et d’organiser les travailleurs. Cette situation continue, les directions réformistes

mènent le jeu, et la bataille va être difficile en l’absence d’un Parti Communiste d’avant-garde de la classe ouvrière.

Mais en même temps, le cadre politique dans lequel les forces sociales en présence qui s’affrontent s’organisent,

ne les représentait plus : la recomposition politique était à l’ordre du jour et sous le contrôle complet de la

bourgeoisie dans l’ensemble. Du côté des forces populaires, le PCF, tiraillé entre l’expression de la colère et sa

volonté de s’accrocher au PS pour conserver quelques sièges, s’est vite retrouvé hors jeu, et c’est Mélenchon qui

s’est imposé dans la recomposition, avec la volonté d’en finir avec un PCF largement exsangue de militants, qui ne

représente plus la classe ouvrière.

Si l’on se rappelle, avant notre rupture avec les camarades du PR-C, nous avions mis en garde contre le fait de

croire que les élections étaient réglées, et souligné que Macron avait tous les atouts pour être le candidat de la

bourgeoisie, justement dans le cadre de la recomposition.

Les élections « primaires » à droite ont laissé voir de profondes divisions, mais la surprise fut la victoire de Fillon,

quand la bourgeoisie dans son ensemble préférait Juppé. En fait, l’électorat de droite lui aussi avait besoin de s’y

retrouver et le programme économique et social de Fillon de ce point de vue le satisfaisait. Mais il avait une

faiblesse : la destruction de la Sécurité sociale, si elle emportait le soutien de la bourgeoisie des Assurances (AXA),

ne ralliait pas la bourgeoisie de l’industrie pharmaceutique et du matériel médical, pour laquelle la Sécu est une

source de financement public extraordinaire. Derrière, il y avait aussi un problème de choix d’orientation qui nous

ramène à ce que nous avons dit sur le contexte international et les divisions dans les forces bourgeoises : en gros,

Fillon incarnait une politique plus prudente vis-à-vis de l’UE, fondée sur le statu quo au plan institutionnel, une

pause dans l’élargissement, une plus grande autonomie vis-à-vis de la Commission. Sur la Russie, il avait évoqué la

levée des sanctions, la nécessité du dialogue, et sur la Syrie, il avait des positions moins bellicistes. Sur le Proche-

Orient, d’autre part, il penchait visiblement pour l’Arabie Saoudite. Sur les États-Unis, il ne cachait pas ses

sympathies pour Trump. Par contre, Juppé sur ces questions était dans la continuité avec Hollande, sur l’UE comme

sur la Syrie et la Russie, ou sur les excellentes relations avec la Qatar. Et sur les questions sociales, Juppé s’inscrivait

aussi dans une certaine continuité : s’attaquer à la classe ouvrière, oui, mais prendre son temps, tenir compte du

mécontentement. Au moment de Noël, Fillon apparaît comme le futur Président, d’autant qu’il a rallié les autres

courants anti-Juppé.

Mais visiblement la bourgeoisie avait fait un autre choix : celui de la recomposition pour une politique violemment

anti-ouvrière et anti-populaire (de ce point de vue, c’est le programme de Fillon légèrement remanié), s’inscrivant

pleinement dans les choix pro-UE de la majorité de la bourgeoise française, capable « de rattraper le retard de la

France » sur les réformes qui ont déjà eu lieu dans les pays du nord de l’Europe et en Grande Bretagne, mais aussi

en Grèce, en Espagne et en Italie. Une politique agressive au plan militaire face à la Russie, critique face à Trump, et

la poursuite de la guerre en Syrie et en Afrique. C’était Macron ! Les scandales ont sûrement joué leur rôle, mais

tout autant pour justifier la recomposition, le changement de méthode, etc.

Par contre, et vous lirez dans IC

l’article sur le financement de la campagne Macron, si vous n’avez pas lu Mediapart, tout était prêt avant le départ

de Macron de Bercy pour lancer sa campagne en particulier financièrement, tandis que les neufs milliardaires qui

contrôlent 95% des médias apportaient leur soutien à Macron. Et ça a été plus efficace que tout le reste !

Pour

revenir aux scandales, ils ont aussi permis d’éviter que viennent dans le débat les grandes questions politiques et

que soit posée la question des responsabilités de la montée de la misère, du chômage, de la crise : à en croire la

campagne électorale et une partie de la presse, cette responsabilité revenait à des politiciens corrompus amateurs

de costumes à 13 000€, finançant sa famille par l’intermédiaire de détournement de l’argent public, ou à des

emplois fictifs sur les financements de l’UE aux députés européens ! Certes les scandales Fillon, au regard même de

son programme, de certaines prises de positions prétendument « morales », mettent en lumière la réalité des

hommes politiques de la bourgeoisie, et de ce que le capitalisme génère : la corruption et la putréfaction des

hommes qui le servent. Mais encore faut-il dénoncer le capitalisme et demander son renversement ! En fait, cette

campagne (et celle contre Bayrou par la suite) n’avait comme finalité qu’une chose : préparer la recomposition en

mettant en avant que le changement voulu et souhaité se réduisait à des changements d’individus, plus jeunes,

plus féminins, sans cumul, etc. Et avec le capitalisme, sans régulation, sans le Droit du travail et avec l’état

d’urgence et les lois liberticides, et la politique d’interventions militaires, bien sûr ! Bref, Macron et son

mouvement !

Dans cette période, ce qui est significatif de la volonté de la bourgeoisie de « faire du neuf » pour renforcer la

position du capitalisme français, c’est l’implosion du PS. Il s’est vidé de ses cadres qui ont rejoint Macron en masse,

c’est-à-dire la réaction, nous allons y revenir.

Un mot sur Mélenchon, car quelques camarades nous ont demandé pourquoi ne pas l’avoir soutenu, et donc

pourquoi le combattre. Dans la brochure que nous avons faite, nous expliquons pourquoi c’est un candidat du

réformisme. Notre objectif politique n’est pas et ne saurait être de favoriser une opération qui mettrait la classe

ouvrière à la remorque de la petite bourgeoisie. L’objectif de Mélenchon, c’est de reconstruire un PS « à gauche »

et pas autre chose. Nous devons combattre la construction d’un Syrisa à la française, car s’il parvient au pouvoir, il

fera la même politique que Tsipras, la crise (et ce n’est pas sûr) en moins.

Notre but, ce n’est pas d’accompagner les

masses, mais c’est d’en être l’avant-garde. C’est le chemin inverse si l’on s’inscrit dans le moindre mal, dans le

prétendu pas en avant. Par contre, nous avons dit qu’il fallait aller à la rencontre des électeurs de la FI et leur

expliquer notre position. Là où nous l’avons fait, nous avons été écoutés avec attention, mais nous ne l’avons pas

fait assez. Mais il faut être attentif à ce qui se passe. La nature a horreur du vide. Le Parti Communiste que nous

voulons n’est pas reconstruit. Le succès de Mélenchon, qu’il n’a pas été capable d’apprécier le soir du premier tour,

montre que pourrait se reconstituer une force réformiste sous un masque radical : c’est un phénomène

international et qui doit être vu dialectiquement. L’absence d’un parti révolutionnaire et les effets de la contre-révolution

laissent le champ au réformisme sous une forme moderne, mais en même temps, cela montre que dans

les masses, il existe un potentiel de colère et de révolte que le mouvement communiste doit capter pour ne pas le

laisser s’épuiser dans la gestion « humaine » du capitalisme.

Par rapport à il y a vingt ans, il y a quelque chose qui

bouge : la confirmation de Corbyn chez les Travaillistes, avec un discours « gauche », populaire, alors que tous les

observateurs nous assuraient de la victoire du blayrisme, les résultats de Sanders aux USA, et de la campagne

« Occupons Wall Street », montrent que le réformisme, comme avec Mélenchon, doit prendre un langage radical,

contestataire pour pouvoir, ne nous leurrons pas, tromper les masses. C’est ce qu’ont fait aussi PODEMOS et

Syriza, ce dernier ayant fait la démonstration pratique où cela menait. Que l’on ne compte pas sur nous pour

participer à l’aventure !

Un élément de réflexion. Nous avons dit que la bourgeoisie s’était affrontée sur l’UE, les relations avec la Russie.

Celle qui l’a emporté, c’est la fraction pro-union européenne fédéraliste, ultra libre-échangiste, belliciste à tout va.

Mais au premier tour, force est de constater que les candidats qui expriment leur hostilité à la politique de l’UE, –

et on peut penser que leur électorat est plus radical (c’est vrai pour Mélenchon) -, font 47,79 % contre 50,36 %

(36,15 % des inscrits contre 38,17 %) des suffrages exprimés, auxquels il faut rajouter une partie des

abstentionnistes et une partie de l’électorat Fillon. Alors certes ils ont des motivations différentes, mais en cas de

problèmes graves, de contradictions aiguës éclatant entre la bourgeoisie française et ses rivales, il existe une

solution de rechange possible « anti-UE » dans le cadre du capitalisme, y compris avec Mélenchon. Il faut s’y

préparer.

Venons en maintenant au FN et à Marine Le Pen. Son résultat est inquiétant et en même temps, il faut relativiser :

21,3 % des votants mais 16,14 % des inscrits, au premier tour des Présidentielles. C’est inquiétant, parce que le FN

distille à longueur de temps la xénophobie, le racisme, et que les forces politiques de la bourgeoisie, y compris le

PS (cela ne concerne pas la France Insoumise, mais dans quelques cas, certains élus du PCF), les intègrent sous une

forme ou sous une autre, plus atténuée, plus civilisée, mais pas toujours ! C’est aussi vrai pour les questions

sécuritaires (y compris en lien avec le racisme) : au fur et à mesure que se prolongeait l’état d’urgence, le

gouvernement sous Hollande cédait devant la propagande du FN, en faisant adopter des mesures liberticides et en

légiférant dans la même perspective lors de la loi sur le renseignement ou sur les pouvoirs de la police par

exemple.

Et au-delà de la dernière période, on voit bien comment le FN a pu contribuer à faire renforcer les polices

municipales, à mettre des caméras à tous les coins de rue, etc. Quand on nous parle avec un tremolo dans la voix

du danger de l’extrême-droite, il faut avoir cela en tête et le rappeler. D’autre part, il faut prendre en compte

qu’une partie de l’électorat de droite, et de celui de Dupont-Aignan qui avait appelé à voter pour elle, n’a pas hésité

à voter pour elle au deuxième tour, pour les raisons que nous venons d’évoquer. Cela dit, la progression en voix de

Marine Le Pen, par rapport à son père (particulièrement marqué par son passé politique avec les groupes

néofascistes et l’OAS, et ses sorties antisémites) et à Mégret en 2002, est d’un peu plus de 2 millions de voix, ce qui

ne représente qu’une progression de 5% des inscrits au premier tour. Et surtout, aux Législatives, le FN ne capitalise

pas le résultat du deuxième tour des Présidentielles.

Certes il gagne 6 députés, mais cela est dû au caractère

antidémocratique du scrutin (qui lui donne une sous-représentation). Dans les Hauts de France, où le FN obtient 5

sièges, seuls deux dépassent 20% des inscrits, et partout avec des taux d’abstention et de votes blancs et nuls

dépassant les 60% confirmant là encore que l’électorat populaire n’est pas allé voter. Et ceux qui ont voté Le Pen

semblent bien venir de l’électorat socialiste, ce qu’indiquent les réactions à l’usine Kenwood dans la Somme où les

membres de la CFDT expliquaient aux journalistes qu’ils voteraient Marine le Pen ! C’est le résultat des désillusions

apportées par la politique social-démocrate sur les secteurs les plus réformistes de la classe ouvrière, les moins

conscients et sur le lumpen prolétariat des régions déclassées par la politique du Capital, avec l’accompagnement

actif de la social-démocratie : quand le Capital fermait les mines dans le Nord /Pas de Calais, la région dirigée par le

PS ouvrait des musées de la mine et des parcs d’attraction pour créer des emplois !

L’absence d’un parti

communiste, indépendant de la classe dominante et de ses appareils politiques, ouvre la voix à la démagogie

populiste, au « sens commun », au « bon sens », qui ne sont que l’expression de l’idéologie dominante !

Le fascisme, c’est la dictature ouverte, terroriste, de

l’oligarchie financière, du capital monopoliste, une dictature sanglante, une politique de gangsters. C’est le recours

à la terreur contre le mouvement ouvrier dans son ensemble, terreur criminelle, mais aussi contre tous ceux qui

s’opposent. C’est une politique de préparation à la guerre marquée par la volonté de refouler toute expression de

la lutte des classes et par la glorification d’un nationalisme exacerbé contre les peuples. Le fascisme, c’est la remise

en cause des formes institutionnelles traditionnelles de la dictature bourgeoise (ce que les idéologues bourgeois

appellent l’État de droit) pour faire place à un État d’exception permanent, sans contraintes juridiques, où la

bourgeoisie viole sa propre légalité. C’est la militarisation intégrale de l’économie au profit des seuls monopoles. Et

les partis fascistes préparent la dictature ouverte en utilisant la terreur.

Il existe des partis fascistes, mais pour

l’instant, ils sont en sommeil, sauf en Grèce avec l’Aube Dorée. Et ce n’est pas le Front National (dont il ne s’agit pas

non plus d’oublier qu’il provient en partie de ces groupes), qui représente une partie de l’extrême-droite. Cette

dernière expression est à manier avec précaution comme droite et gauche, car finalement elle renvoie à la vie

politique parlementaire.

Disons que l’extrême-droite se caractérise par des thèmes politiques et idéologiques visant à mettre en oeuvre la

politique de la bourgeoisie monopoliste sans compromis. Elle s’inscrit en tant que telle dans les institutions

bourgeoises et elle n’est pas univoque : plusieurs courants la composent et s’affrontent, et d’un pays à l’autre, ce

que l’on désigne comme extrême-droite peut être différent, en fonction des traditions politiques : aux USA, on

trouve chez les Républicains comme chez les Démocrates des forces qui en Europe seraient classées à l’extrême-droite,

mais qui, aux États-Unis, sont seulement classés à droite.

Par contre, il y a un air de famille : le nationalisme

et la xénophobie ; la volonté de créer les conditions optimales pour l’exploitation de la classe ouvrière au profit de

la bourgeoisie monopoliste ; renforcer le caractère autoritaire, voire policier, de l’État ; créer les conditions les

meilleures pour qu’elle affronte la concurrence internationale avec les autres impérialismes. Au-delà, des éléments

peuvent diverger : par exemple plus ou moins de protectionnisme, mais aujourd’hui, pour tous, dans le cadre des

politiques économiques libérales ; certains utilisent la démagogie sociale, les autres étalent l’arrogance élitiste de

l’oligarchie financière ! Une chose est évidente : quel que soit le discours (voir celui de Marine Le Pen le soir du

second tour des législatives), les extrêmes-droites sont contre le parlementarisme bourgeois classique, contre les

fragments de la démocratie bourgeoise qui survivent, car cela peut être un frein à la politique du Grand Capital.

Mais le plus important, c’est de bien comprendre qu’elles sont les instruments directs de la politique de ce dernier,

qui sont mis en avant quand celui-ci a besoin de passer en force avec un rapport des forces favorable. Certains

courants sont ancrés sur leurs positions, d’autres peuvent rallier la droite classique une fois la tâche accomplie : le

cas le plus caractéristique, c’est De Gaulle, personnage qui doit être placé à l’extrême-droite, mais qui après 1958

ralliera la droite (et une partie du centre) et gouvernera en s’adaptant aux desiderata de la bourgeoisie. Mais il a

mis en place cette Vème République qui donne le cadre politique de la mise en oeuvre de la politique du Grand

Capital directement associé à l’appareil d’État.

La particularité du FN, jusqu’à aujourd’hui, c’est qu’il n’est pas à proprement parlé, une option de la bourgeoisie

pour l’alternance avec les autres forces politiques. C’est un parti qui sert de leurre. Il a été lancé pour ça par

François Mitterrand. Il crée un climat idéologique qui permet aux autres forces de la bourgeoisie de reprendre à

leur compte des positions qui n’auraient pas pu l’être par elles directement (sécurité, xénophobie). Mais il sert tout

autant de faire-valoir aux forces bourgeoises : contre le FN, on ne doit pas se poser de question et voter pour ceux

qui font la pire politique contre la classe ouvrière, LR, PS, MODEM et UDI ! Enfin, il sert à discréditer certaines

prises de position. Par exemple, toute critique de l’Union européenne et de l’Euro, voire aujourd’hui de l’OTAN, est

ramenée aux positions du FN. Il en est de même si vous ne considérez pas qu’aujourd’hui la menace contre la paix

ne vient pas plus de la Russie que des USA et de la France, de l’OTAN, dont la politique agressive est patente, et que

si la Syrie « de Bachar El Assad » est un régime bourgeois, pour autant, l’attaque contre cette république vise à

remettre la Syrie sous l’influence de la France et des USA, et à affaiblir la lutte du peuple palestinien au profit du

régime sioniste d’Israël et de l’Arabie Saoudite ! C’est le rôle qu’a joué le FN aux Présidentielles, élections qu’à

aucun moment il n’a été en mesure d’emporter. Simplement, cela a permis d’établir un consensus autour de

Macron dont on va voir la gravité. Et si certains sont sceptiques, qu’ils se remémorent le débat avec Macron où

Marine Le Pen a systématiquement mis son adversaire en position favorable ; mais surtout, sa déclaration en

sortant du studio, expliquant qu’elle n’était qu’un challenger !

La question qui a été posée pendant la campagne, c’est « Pourquoi ne pas voter Macron contre Le Pen étant donné

la menace qu’elle fait peser sur la population d’origine immigrée ?» Il y a plusieurs réponses.

Notre rôle n’est pas de pousser la classe ouvrière derrière des drapeaux qui ne sont pas les siens, pas plus contre Le

Pen que contre un autre ; les travailleurs d’origine immigrée sont des travailleurs et leur intérêt de classe, ce n’est

pas de soutenir un candidat dont le programme est sauvagement anti-classe ouvrière, il est pire que celui de Fillon,

puisqu’il en reprend les principaux axes et y ajoute l’aggravation de la Loi Travail, les attaques sur le financement

des retraites, l’accélération de la mise en oeuvre des directives européennes contre les travailleurs. Dans le cas

présent, vient s’ajouter un argument supplémentaire, qui a aussi prêté à discussion et continue de l’être dans

certains milieux : Emmanuel Macron, aujourd’hui, c’est un des courants de l’extrême-droite, celle dont la

bourgeoisie a besoin pour organiser le remodelage du cadre politique et la recomposition du champ politique !

Je

disais plus haut qu’il n’y a pas unicité de l’extrême-droite : c’est ainsi qu’en 1932, les camarades du KPD en

Allemagne, au deuxième tour des Présidentielles, ont avancé le mot d’ordre : « Voter Hindenburg, c’est voter

Hitler ! » Et la social-démocratie, les partis petits-bourgeois de s’étrangler et de dénoncer le sectarisme du KPD. Il

n’empêche que la suite a montré que ce sont les communistes qui avaient raison : quelques mois plus tard,

Hindenburg appelait Hitler au pouvoir. Comparaison n’est pas raison, évidemment, mais il faut réfléchir à cet

exemple. On ne bat pas l’extrême-droite qui s’exhibe en votant pour l’extrême-droite qui se donne une apparence

respectable ! Mais peut-on caractériser Macron (c’est un peu plus complexe pour qualifier son mouvement

aujourd’hui, même s’il s’inscrit globalement dans la même visée) à l’extrême-droite ? Il suffit d’examiner son projet

et son comportement politique.

Nous commencerons par le « ni de droite ni de gauche » pour pouvoir faire la politique ultra-réactionnaire dont la

bourgeoisie a besoin et que l’ancien clivage artificiel ne permettait pas. De Napoléon III à De Gaulle, en passant par

Boulanger et Pétain, on a eu droit à ce positionnement pour s’attaquer aux travailleurs et à leurs droits politiques

(dans le cadre de la démocratie bourgeoise). A cela on peut adjoindre son mépris profond du suffrage universel

sauf à des fins plébiscitaires : on se souvient de sa réaction, quand on lui a demandé s’il serait député, il y a trois

ans ! Et il nous annonce la réduction du nombre de parlementaires (-1/3) en même temps que la réduction de leur

rôle. Plus encore, et inquiétant, il annonce que la loi, finalement, c’est secondaire, l’important, c’est l’efficacité ! Et

dans cette optique, parler de renforcer le contrôle sur le gouvernement, c’est du vent. Là on est dans une vision qui

renvoie à des théoriciens du Droit, en Allemagne sous Weimar, qui feront le lit du nazisme.

C’est évidemment

l’annonce de l’utilisation des pleins pouvoirs pour modifier la Loi Travail, mais visiblement pas seulement : les

réformes sur les retraites, sur la fiscalité, etc., semblent devoir être traitées de la même manière puisque Macron

annonce qu’il faut que ce soit réglé pour janvier prochain ! Et donc, dans cette perspective, cela risque fort d’être la

pratique coutumière. Plus extrême-droite que ça, c’est difficile ! Et cela correspond aux desiderata des monopoles :

concentrer le pouvoir dans les mains de leur homme, comme ils tendent à monopoliser la vie économique !

Des éléments l’associent à l’extrême-droite dans la tradition de la Vème République : ce n’est pas un hasard s’il se

fait appeler « le chef » dans LRM, et si sa définition de la fonction est une présidence jupitérienne (en d’autres

termes, c’est le président qui gouverne, qui décide, les autres mettent en oeuvre). Il suffit de voir jusqu’où cela peut

aller : dans LRM, il décide de tout jusqu’à la nomination des candidats. De ce point de vue, il va jusqu’au bout des

tendances en mouvement dans un régime marqué par l’extrême droite.

Sur le renforcement du système autoritaire, il n’a pas de divergences avec Le Pen : la loi anti-terroriste prévue

donne des pouvoirs nouveaux faramineux à la police et aux Préfets, assujettissant la justice à leurs décisions, ce qui

va permettre, au nom de la lutte anti-terroriste, de transformer des personnes suspectes aux yeux des autorités en

coupable. Cette loi va considérer les fichiers S comme des criminels d’intention ; significative, la déclaration

d’Edouard Philippe le soir du 11 juin : les Français auraient soutenu « l’adaptation de notre droit aux nouvelles

exigences de sécurité liées au risque terroriste ». Et face à Marine le Pen, Macron pouvait exprimer sa volonté (la

même qu’elle) de « renforcer les moyens de police » et « les mesures, y compris celles qui peuvent être privatives

de liberté, sur les fichiers S liés à des activités djihadistes ».

Cette loi va permettre d’en finir avec l’état d’urgence :

elle reprend les principales dispositions de celui-ci, les transformant en dispositions permanentes ; l’abandon de

l’état d’urgence, c’est sa pérennisation. Et par conséquent, le djihadisme sera remplacé par autre chose, déjà des

gauchistes ont été interdits de manifestations, parce que le préfet en a décidé ! En quoi cela se distingue-t-il de Le

Pen, alors que c’est ce que que réclame le FN depuis trois ans ? Et les socialistes ont largement pavé la route,

comme toujours.

Il y a aussi des éléments, certes secondaires, mais révélateurs : l’extrême-droite française n’a jamais digéré la

Révolution française, pas celle de 1789, mais celle de 1792-1794 qui en finit avec l’Ancien Régime radicalement. Or

Macron, le jour de son élection devant le Louvre, c’est justement le rappel de la continuité avec l’Ancien Régime,

dans une mise en scène visant à le présenter comme le chef providentiel, mais avec des références avec la

présidence des États-Unis (c’est plus moderne), ce que confirme le discours devant le Congrès à Versailles et son

projet de réforme constitutionnelle.

Or après le rappel de l’Ancien Régime, se produire deux fois à Versailles

(d’abord avec Poutine, ensuite avant que le gouvernement soit présenté au Parlement) n’est pas innocent. Ce n’est

pas un problème personnel. C’est la volonté affirmée de s’inscrire dans la continuité d’une prétendue histoire de

l’État et de la France, qui nie la lutte des classes et la réalité de classe concrète de l’État et de ses formes pour

revendiquer l’héritage de l’Ancien Régime. Et la référence aux États-Unis doit être bien comprise, car Macron a fait

Sciences Politiques. Il s’adresse au Congrès. Tous les observateurs comparent avec le discours sur l’état de l’Union.

Oui, mais à condition de se rappeler qu’en fait le modèle, c’est le discours du Trône en Angleterre (aujourd’hui c’est

plus formel, mais quand même), parce que la classe dominante aux USA a hésité longtemps entre monarchie et

république pour savoir quelle forme serait la meilleure pour assurer sa domination. Macron, et c’est ce qui le relie

à l’extrême-droite, comme De Gaulle en 1958, c’est la personnalisation du pouvoir (d’où la référence à la

monarchie, à Jupiter) pour permettre la mise en place « rapide », « efficace » de la politique de la bourgeoisie

monopoliste, ce qui signifie sans discussions, sans débats et sans compromis.

Politiquement, cela se traduit par le fait que Macron a pris le contrôle direct des services secrets en liaison avec la

question du terrorisme, et donc aussi de la police. Vous voyez des différences avec le Front National ? C’est la

même chose avec la remontée, une première, des Champs Élysées dans une auto-mitrailleuse avec les militaires,

avec la double signification, réaffirmation de la politique belliciste de l’impérialisme français (confirmée par le

voyage au Mali et le discours aux militaires sur le rôle civilisateur de l’armée française depuis 200 ans), mais aussi

avertissement qu’il pourrait utiliser l’armée en politique intérieure (C’est l’avantage de la donnée terroriste, le

« nous sommes en guerre » de Hollande, l’armée peut ouvertement être utilisée pour le maintien de l’ordre

bourgeois.

Et que l’on ne nous parle pas de fantasmes : entre vigipirate et l’état d’urgence, on a habitué les

Français à voir les militaires patrouiller dans les rues et les lieux publics en battle-dress armée jusqu’aux dents !).

Il y aussi l’appel de Brigitte Macron aux prêtres, pasteurs, rabbins et imams pour qu’ils prient pour la réussite du

président ! Pour le coup, dans un pays où la question de la laïcité a toujours été une question clivante à l’intérieur

des forces bourgeoises, cette dame, ayant fait toute sa carrière dans des établissements chics de l’enseignement

privé, met les pieds dans le plat !

Quand on parle de l’extrême-droite, on y associe le nationalisme. C’est d’ailleurs un des éléments de

stigmatisation, à juste titre, du Front National. Le problème, c’est que le nationalisme, comme le reste, n’a pas

toujours la même forme. Cela dépend des besoins idéologiques de la bourgeoisie. Si l’on observe la campagne

électorale de Macron et ces dernières semaines, justement ce qui frappe, derrière les discours creux sur

l’ouverture, sur le refus du repliement sur soi… ou sur la glorification de l’Union Européenne, c’est bel et bien

l’émergence, dans le comportement comme dans le discours, d’une thématique nationaliste et agressive.

L’utilisation à outrance du tricolore, des « Vive la France » hors de propos, les Marseillaises la main sur le cœur et

les yeux chavirés dans les meetings de Macron en témoigne. Il y avait le drapeau de Marie (UE) aussi. Mais cela

n’atténue pas ce que nous disons sauf à considérer que Macron serait l’agent de Bruxelles et de Merkel. Car en fait,

et cela est confirmé par le discours devant le congrès, c’est la volonté exprimée que la bourgeoisie française joue le

premier rôle dans l’UE ! Le discours de Versailles est traversé par un chauvinisme débridé pour exalter les

prétentions de l’impérialisme français. Macron, c’est le représentant de la bourgeoisie française, de l’oligarchie

financière française ! Il ne faut pas s’y tromper, l’Union européenne, il la considère « comme nous » : un

instrument aux mains des monopoles pour accroître l’exploitation de la classe ouvrière par sa propre bourgeoisie,

pour renforcer la défense du capitalisme et tenter de gérer la concurrence entre les groupes monopolistes rivaux !

Et donc le nationalisme, ici, vise à rassembler la classe ouvrière et le peuple de France derrière sa bourgeoisie pour

la soutenir face à ses concurrents et alliés ! Car le nationalisme n’est qu’une idéologie qui vise à mobiliser la

population sur les objectifs de la classe dominante, dans la concurrence internationale pour le partage du

monde, en niant la lutte des classes. Et là encore, Macron, dans son discours, est bien dans la posture de l’extrême-droite
dans toutes ses interventions, il met l’accent sur la nécessité de mettre fin aux divisions artificielles comme

la division en classes, la lutte des classes à laquelle il faudrait mettre fin pour se rassembler derrière « l’intérêt de la

France » en « rejetant les extrémismes » !

Mais ce discours, dans un autre contexte, est le même que celui de

Horvath en Hongrie ou des dirigeants baltes et polonais : « Contre les extrémismes », mais en fait à chaque fois, il y

a une fausse fenêtre (chez nous Le Pen, chez les autres, les nazis pendant la seconde guerre mondiale) pour la

symétrie, car ceux qui sont visés, ce sont les travailleurs et ceux qui les défendent, les révolutionnaires. (…)

Il reste à examiner la question de la xénophobie et du racisme, qui nous a été posée tout au long de la campagne

des présidentielles et des législatives. « Vous ne pouvez pas dire que Macron et Le Pen disent la même chose ! Et

donc il faut empêcher l’élection de Le Pen ! » C’est d’ailleurs le seul argument du PCF et des dirigeants de la CGT.

La

première chose à dire, c’est que si l’on doit caractériser le positionnement d’un parti ou d’une personnalité, on ne

peut se concentrer sur un seul point de son programme. Sinon, certaines propositions de Marine Le Pen suffiraient

à la situer « à gauche » ! Autant le nationalisme est une caractéristique de l’extrême-droite, autant la xénophobie

et le racisme, quand la guerre n’est pas à l’ordre du jour immédiat, peut ne pas être une caractéristique essentielle,

même si ce n’est jamais loin de par la nature même du nationalisme et du chauvinisme.

Mais une fois que l’on a dit

cela, on n’a pas épuisé le sujet ! Sur cette question aussi, les arbres ne doivent pas cacher la forêt. Marine Le Pen

mène une campagne infâme contre les musulmans en prétendant qu’elle s’en prend aux intégristes, contre les

travailleurs immigrés qui fuient la misère dans laquelle le retour du capitalisme, dont elle se réjouit, les a plongés

dans les ex-pays socialistes, et contre les immigrants qui viennent d’Afrique et d’Asie, et qui tentent de rejoindre

notre pays ; elle participe donc des campagnes visant à diviser les travailleurs et faire porter le chapeau des maux

du capitalisme à une partie des victimes de l’exploitation et de l’oppression. Il faut combattre sans complaisance et

sur des bases de classe, pas sur le pathos dame patronnesse, ces campagnes idéologiques.

Le Pen propose de fermer les frontières françaises, de renvoyer ceux qui sont en situation irrégulière, et assimile

l’immigration à l’insécurité, etc. Mais heureusement le FN n’a jamais exercé le pouvoir, il débite un discours mais ne

porte pas la responsabilité de ce qui se passe. Mais Macron ? Avant tout, il nous faut rappeler que ce monsieur a

participé aux gouvernements, directement ou indirectement, du quinquennat Hollande, et qu’il est un soutien

fidèle de l’Union Européenne. Dès lors, on peut, lui, le juger sur des politiques mises en oeuvre, pas seulement sur

des intentions malsaines ! L’a-t-on entendu protester contre la manière dont les migrants étaient accueillis dans

notre pays ? Non. Protester contre l’envoi de la police par Valls et ses propos sur les musulmans et musulmanes, le

burkini, contre les Roms ? Non, pourtant, de ce point de vue, il faut être un fin analyste pour faire la différence avec

Le Pen ! S’est-il manifesté contre la tentative de remettre en cause la nationalité des condamnés d’origine

étrangère par le quinquennat social-démocrate, alors même que finalement le projet a été retiré ? Non, pourtant,

c’était soutenu par le FN, pas seulement par Valls !

Mais ce n’est pas fini. Dans son discours devant la chambre,

Édouard Philippe, après avoir fait quelques tours de passe-passe, ne vient-il pas de nous dire qu’il fallait faire le tri

entre les migrants car il n’est pas question de « subir » ? Ce qui est la position de Macron. Bien sûr qu’il est

nécessaire d’avoir une politique. Ce n’est pas là le problème : il est dans le fait qu’il s’agit de gérer un apport de

main d’oeuvre bon marché pour le profit des monopoles et non de s’attaquer réellement aux causes des

migrations : le capitalisme et ses politiques. Au contraire.

D’autre part, le soi-disant dilemme « fermeture ou

ouverture » est très relatif : l’une veut fermer « nos » frontières – françaises – à tout immigré, l’autre veut fermer

« nos » frontières européennes, en clair aux Africains et aux Asiatiques. Il approuve et est donc partie prenante de

la politique de l’UE qui les refoule en Méditerranée, provoquant des milliers de noyés. Et pas seulement : l’UE a

décidé en février dernier de livrer les rescapés à la Libye : ce pays aux mains des criminels de Al Qaïda, de Daesh,

de bandits de toutes sortes, grâce à l’agression de la France et de l’OTAN pour renverser et assassiner Kadhafi avec

le soutien de Macron comme d’Edouard Philippe, et pour le brut libyen à 10 dollars le baril au marché noir !

Ce

pays livré au chaos , où l’ONU dénonce le pillage, la détention, le racket, la torture, le viol, dont y sont victimes les

migrants ! Vous avez entendu Macron dire qu’il condamnait ? Non, il veut faire appliquer la décision. Et quand

l’Italie demande de l’aide, il fait répondre qu’il n’en est pas question ! Alors nous ne lui saurons pas gré du fait qu’il

se prononce pour accueillir quelques migrants fuyant la guerre et les persécutions : il est l’homme de

l’impérialisme français qui fait la guerre en Afghanistan, qui participe à la coalition américaine en Irak, qui a plongé

la Syrie dans la guerre et le terrorisme et se déclare prêt à profiter de toutes provocations pour intensifier

l’agression militaire.

Voilà pourquoi nous considérons qu’Emmanuel Macron est bel et bien une autre facette de l’extrême-droite : non

pas celle instrumentalisée par la bourgeoisie pour servir de faire valoir aux courants politiques de gestion des

affaires du capitalisme, mais celle dont elle a besoin aujourd’hui pour remodeler le cadre politique largement

rejeté par la population et recomposer le champ politique sous son contrôle exclusif, et ce au-delà même des

questions politiques que nous avons évoquées en commençant, car quelles que soit les options des fractions de la

bourgeoisie qui se sont affrontées, en dernière analyse, la politique que propose Macron peut permettre de faire

passer en force des mesures que toute la bourgeoisie souhaite.

De ce point de vue, la bourgeoisie a remporté un succès : LRM, que nous avons rebaptisé « La Réaction en

Marche », a en apparence renouvelé le personnel et l’offre (c’est l’économie de marché) politique. De fait, avec

43% des exprimés, Macron est mieux élu qu’Hollande, Sarkozy et Chirac en 1995 ! Les dirigeants du PCF et du

mouvement syndical portent d’ailleurs une responsabilité, car l’intérêt des travailleurs et des couches populaires,

c’était que le pouvoir soit le plus faible possible. La bourgeoisie a obtenu un consensus relatif (qu’elle tente de

consolider avec l’opération Simone Veil au Panthéon, avec son mari qui fut pendant 7 ans le collègue du vichyste

René Bousquet au Conseil d’administration d’UTA…) avec la politique sauvage qu’elle veut voir appliquer. Et les

premières annonces sont claires sur ce qui attend les masses populaires. Un autre élément est à prendre en

compte : LRM est présenté comme centriste, alors que sa plate-forme politique est très à droite (pour l’instant, on

ne peut pas complètement réduire ce parti au profil politique de son chef).

Or l’on voit bien aussi chez Les

Républicains une poussée vers l’extrême-droite en rapport avec les divergences déjà évoquées qui divisent la

bourgeoisie. Marine Le Pen veut transformer le FN en alternative crédible pour la bourgeoisie, comme c’est le cas

pour toute une série de partis de ce type en Europe (ex MSI en Italie …). Marion Maréchal-Le Pen, comme G.

Collard et comme Mme Ménard, appelle de ses voeux un rapprochement avec la Droite des Républicains,

souhaitant en finir avec le camouflage social. En effet, rien ne les sépare vraiment, y compris idéologiquement. La

recomposition devrait permettre une redistribution des cartes de la réaction. Ce d’autant que l’élection d’Éric

Woerth (contrairement à Ciotti la veille) comme président de la Commission des Finances, montre que les ruptures

chez les Républicains pourraient ne pas être terminées ! La bourgeoisie monopoliste met l’accent sur le « À droite

toute » ! Avec l’intégration du PS dans LRM, va être tentée la constitution d’un Parti Démocrate à l’américaine

(projet que caressaient Hollande et Valls, le PD italien et Obama) qui effacerait toute référence à l’histoire du

mouvement ouvrier, même réformiste, et permettrait un contrôle plus étroit des secteurs de l’aristocratie ouvrière

comme des nouvelles composantes de la classe ouvrière.

Cela dit, cette victoire est relative, et a des aspects de victoire à la Pyrrhus. D’abord parce qu’il est évident que le

programme de Macron n’a pas le soutien dont il a besoin ; ses 43% ne constituent pas l’adhésion à son programme.

Même une partie de l’électorat de Fillon est réticent. Pendant la campagne des législatives, des électeurs et

militants Républicains affichés sont venus me dire leur inquiétude sur le projet de loi travail, les ordonnances,

l’augmentation de la CSG etc. ! Les élections législatives le montrent : les taux de l’abstention et des votes blancs et

nuls sont historiques, jamais depuis 1848 ils n’ont atteint un tel niveau, et de très loin, pas même sous Napoléon III,

ou au moment de Boulanger ! C’est la caractéristique d’ailleurs de celles-ci.

Il y en a une autre : le deuxième tour ne

confirme pas le premier : le système électoral est anti-démocratique, les milieux populaires se sont abstenus de

choisir (quelle que soit la forme de ce refus) ; il n’empêche que les rares candidats du PCF font des scores

inattendus qui lui sauvent la mise, au plan parlementaire tout du moins, les candidats de France Insoumise aussi

(l’élection de Ruffin dans la Somme était inattendue par exemple). Le PS fait mieux que prévu, mais certains des

élus rejoindront Macron. Mais ce qui nous importe ici, c’est le fait que le tsunami Macron/LRM annoncé en sièges a

manqué d’eau ! Les sondages montrent une majorité pour la proportionnelle intégrale pour la première fois. La

réponse du gouvernement, un énième tripatouillage électoral, ne satisfera pas cette exigence. Et les institutions de

la bourgeoisie sortent de cette période électorale fortement discréditées.

(…)

POUR LIRE TOUT LE RAPPORT, téléchargez le PDF ci-dessous :

Télécharger « cc_24juin2017_PCRF.pdf »

 

Source: http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/france-l-oligarchie-industrielle-et-financiere-a-choisit-un-gouverneme-a130752582

Contre le révisionnisme, pour la défense du marxisme par Lénine

Nous souhaitons d’abord nous excuser d’avance pour les coquilles qui auraient pu s’introduire dans la numérisation de cet article rédigé et publié en 1899 dans la revue n° 4-5 de Rabotchété Diélo. Il nous semblait quand même important de vous faire part de l’analyse léniniste quant à la lutte que menait le POSDR contre les visées «économiste» et «révisionniste» de tout acabit pour la raison fort simple qu’il présente d’une part, par son caractère concis et récapitulatif de ces questions longuement débattues à l’époque révolutionnaire de la Russie du début du XXe siècle, des pistes de solution pour relancer la lutte de classes et le mouvement révolutionnaire communiste du début du XXIe siècle, et d’autre part, résoudre des questions et problèmes théoriques dont les communistes contemporains n’ont pas encore résolues adéquatement puisque nous sommes encore victimes de ce genre de «lutte de ligne» presque un siècle après la Grande Révolution Bolchevique d’Octobre 1917.

 

« La réunion (les social-démocrates d’une localité (de Russie), groupant dix-sept personnes, a adopté à l’unanimité la résolution suivante et a décidé de la publier et de la soumettre à l’examen de tous les camarades.

 

On constate ces derniers temps que certains social-dé­mocrates russes s’écartent des principes fondamentaux de la social-démocratie russe proclamés tant par ses fonda­teurs et militants d’avant-garde – les membres du grou­pe « Libération du Travail »  – que par les publications social-démocrates des organisations ouvrières russes dans les années 90. Le « credo » cité ci-après, destiné à exprimer les vues essentielles de certains social-démocrates russes (les « jeunes »), est un essai d’exposé systématique et nettement défini de «conceptions nouvelles ». Le voici dans son texte intégral.

 

«La période corporative et manufacturière en Occident mat-qua d’une forte empreinte toute l’histoire ultérieure, notamment celle de la social-démocratie. La nécessité pour la bourgeoisie de conquérir des formes libres, ses efforts peur s’affranchir des réglementations corporatives qui ligotaient la production, en fi­rent un élément révolutionnaire partout en Occident, elle commença par proclamer la devise liberté, fraternité, égalité. », par conquérir des formes politiques libres. Mais, par cette conquête, elle tira, selon l’expression de Bismarck, une traite sur l’avenir au profit de son antipode, la classe ouvrière. Presque partout en Occident, cette dernière, on tant que classe, ne s’empara point (les institutions démocratiques, elle en fit usage. On pourrait objecter qu’elle prit part aux révolutions. La référence à l’histoire démen­tira cette opinion, car, précisément en 1848, lorsque les Constitu­tions se consolidèrent en Occident, la classe ouvrière était com­posée d’artisans des villes et représentait la démocratie petite-bourgeoise quant au prolétariat de fabrique, il n’existait Presque – En français dans le texte. – pas, et celui de la grande industrie (les tisserands d’Allemagne dépeints par Hauptmann*, les tisserands de Lyon) était une masse sauvage, uniquement capable de se révolter, mais non de formuler des revendications politiques quelconques. On peut dire murs ambages que les Constitutions de 1848 furent conquises par n bourgeoisie et la petite bourgeoisie, les artisans. D’autre part, la classe ouvrière (artisans et ouvriers des manufactures, typo­graphes, tisserands, horlogers, etc.) est habituée depuis le Moyen Age à faire partie d’organisations, de caisses de secours mutuels, d’associations religieuses, etc. Cet esprit d’organisation demeure vivace parmi les ouvriers éduqués d’Occident et les distingue net­tement du prolétariat de fabrique, qui se laisse organiser diffi­cilement et lentement, et est capable seulement de former des organisations lose-organisations temporaires), et non des orga­nisations solides avec statuts et règlements. Ce sont ces mômes ouvriers éduqués des manufactures qui constituèrent le noyau des partis social-démocrates. D’où le tableau suivant: facilité relative et entière possibilité de mener la lutte politique, d’une part, et, d’antre part, possibilité d’organiser systématiquement cette lutte avec le concours des ouvriers éduqués pendant la pé­riode manufacturière C’est sur ce terrain que grandit en Occident le marxisme théorique et pratique. Le point de départ fut la lutte politique parlementaire, avec la perspective – dont la ressemblance avec le blanquisme n’est qu’extérieure, son origine étant d’un caractère tout différent – de la conquête du pouvoir, d’une part, d’un Zusammenbruch (d’une catastrophe), d’autre part. Le marxisme fut l’expression théorique de la pratique dominante de la lutte politique prévalant sur la lutte économique. En Bel­gique comme en France, et particulièrement en Allemagne, les ouvriers organisèrent la lutte politique avec une facilité extraor­dinaire, et la lutte économique avec d’énormes difficultés, avec des tiraillements considérables. Comparées aux organisations poli­tiques, les organisations économiques (nous ne parlons pas de l’Angleterre) souffrent jusqu’à présent d’une faiblesse et d’une instabilité extrêmes et, partout, laissent à désirer quelque chose. Tant que l’énergie dans la lutte politique ne fut pas complètement épuisée, le Znsammenbruch était le Schlagwort (slogan), organisateur nécessaire, qui devait jouer un très grand rôle histo­rique. La loi fondamentale que l’on peut dégager de l’étude du mouvement ouvrier est celle de la voie du moindre effort, En Occident, cette voie fut l’activité politique, et le marxisme, tel qu’il est formulé dans le Manifeste Communiste, s’avéra une forme on ne peut plus heureuse que le mouvement devait revêtir. Mais lorsque, dans l’activité politique, toute l’énergie se fut épuisée, lorsque le mouvement politique en arriva à un tel degré d’intensité qu’il devint difficile ou presque impossible de le dé­passer (accroissement lent des suffrages dans ces dernières an­nées, apathie du public dans les réunions, ton découragé des publications) et lorsque, d’autre part, s’affirma l’impuissance de l’action parlementaire en même temps que pénétrait dans l’arène la plèbe, le prolétariat de fabrique non organisé et presque inor­ganisable, tous ces facteurs firent naitre en Occident ce qui porte aujourd’hui le nom de bernsteiniade, de crise du marxisme. Il était difficile d’imaginer une évolution du mouvement ouvrier plus logique que celle qui va du Manifeste Communiste à la bernsteiniade, et une étude attentive de tout ce processus peut permettre de déterminer l’issue de . cette e crise e avec une pré­cision mathématique. Naturellement, il ne s’agit pas ici de la dé­faite ou de la victoire de la bernstemniade, ce qui ne présente guère d’intérêt; il s’agit d’un changement radical de l’activité pratique, changement qui, depuis longtemps, s’opère peu à peu au sein du Parti.

 

Cette transformation se fera non seulement dans le sens d’une conduite plus énergique de la lutte économique, d’une consolidation clos organisations économiques, mais aussi, et c’est là l’essentiel, dans le sens d’une modification de l’attitude du Parti à l’égard des autres partis de l’opposition. Le marxisme intransigeant, le marxisme négateur, le marxisme primitif (qui se fait, une idée trop schématique dc la division do la société en classes) fera place è un marxisme démocratique, et la situation sociale du Parti dans la société moderne devra âtre radicalement. modifiée. Le Parti reconnaîtra, la société; ses objectifs étroite-mont corporatifs, sectaires dans la plupart clos cas, prendront l’ampleur do tâches sociales, et son aspiration à la conquête du pouvoir deviendra une aspiration à changer, à réformer la société contemporaine dans un sens démocratique, adapté à l’état actuel des choses, afin d’assurer la défense la meilleure, la plus com­plète, dos droits (de toutes sortes) des classes laborieuses. La notion de « politique e s’élargira et prendra un sens vraiment social, et les revendications pratiques de l’heure auront plus de poids, pourront compter sur une plus grande attention que jusqu’à présent.

 

De cette brève description de l’évolution du mouvement ouvrier on Occident il n’est pas difficile de tirer des conclusions Pour la Rassie. La voie du moindre effort ne sera jamais orien­tée chez nous dans le sons de l’activité politique, l’intolérable oppression politique fera beaucoup parler d’elle et retiendra spé­cialement l’attention, niais jamais elle ne poussera à agir prati­quement. Si, en Occident, les faibles effectifs des ouvriers, en­traînés dans l’action politique, se sont de ce fait affermis et cristallisés, chez nous, au contraire, ces faibles effectifs se heur­tent art mur de l’oppression politique et, loin d’avoir les moyens pratiques de lutter contre elle et, par conséquent, de se dévelop­pe1., sont même systématiquement étouffés par cette oppression et ne peuvent faire aucun progrès, si minima soit-il. Si l’on ajoute à cela quo notre classe ouvrière n’a pas hérité de cet esprit d’organisation qui distinguait les militants d’Occident, on se trouvera devant un sombre tableau, capable de décourager le marxiste le plus optimiste, convaincu que toute nouvelle che­minée d’usine, du seul fait de son existence, est la source d’un grand bien-être. La lutte économique, elle aussi, est difficile, extrêmement difficile, mais elle est possible, et enfin elle est pratiquée par les masses elles-mêmes. Apprenant par cette lutte à s’organiser, et s’y heurtant à tout instant au régime politique, l’ouvrier russe créera finalement ce qu’on peut appeler une forme du mouvement ouvrier-, créera l’organisation ou les organisations les plus conformes aux conditions russes.- A l’heure actuelle, on peut affirmer on toute certitude que le mouvement ouvrier russe se trouve encore dans un état amiboïde * et -n’a créé aucune for­me. Le mouvement gréviste, qui existe quelle que soit la- forme d’organisation, ne peut encore être considéré -comme une forme cristallisée du mouvement – russe; quant aux organisations illéga­les, elles ne méritent pas d’attention, ne serait-ce que du point de vue purement quantitatif (pour ne rien dire de – leur utilité dans les conditions actuelles).

 

Telle est la situation. Si l’on ajoute à cela les famines et la ruine des campagnes, qui favorisent le Streikbrecherisme ** et il devient – par conséquent encore plus difficile d’élever la culture des massas ouvrières à un niveau plus acceptable, alors … que reste-t-il à faire à un marxiste russe? T Les propos sur la création d’un parti politique ouvrier indépendant ne sont que l’effet de la transplantation Sur notre sol d’objectifs étrangers, de ré­sultats étrangers. Le marxiste russe – fait jusqu’à présent triste figure. Ses buts pratiques sont- actuellement dérisoires ; ses connaissances théoriques,- pour autant qu’il les utilise non comme un instrument de recherche mais comme un schéma d’activité, n’ont aucune valeur même- pour ce qui est d’atteindre ces objec­tifs pratiques dérisoires De plus, ces -schémas empruntés sont nuisibles au point de vue pratique. Oubliant que la classe ouvriè­re d’occident est entrée en lice sur un terrain politique déjà déblayé, -nos marxistes manifestent un dédain exagéré pour l’ac­tivité radicale ou d’opposition libérale de toutes les couches non ouvrières -de la société. Les moindres tentatives de concentrer l’attention sur les manifestations publiques relevant d’une politi­que libérale soulèvent- les protestations des marxistes orthodoxes, qui oublient que tout un ensemble de conditions historiques nous empêchent d’être des marxistes d’Occident et exigent de notre part un autre marxisme, approprié et nécessaire dans les condi­tions russes. L’absence, chez tout citoyen russe, de sens et de flair politiques ne peut évidemment être rachetée par des propos sur la politique ou des appels à une force inexistante. Ce flair politique ne peut être acquis que par l’éducation, c’est-à-dire par la participation à la vie (si peu marxiste soit-elle) que nous offre la réalité russe. Autant la « négation » était (provisoirement) opportune en Occident, autant elle est nuisible chez nous, car une négation émanant d’une force organisée et effective est une chose, alors qu’une négation émanant d’une masse informe d’in­dividus dispersés en est une autre.

Pour un marxiste russe il n’y a qu’une issue : participer, c’est-à-dire contribuer à 14 lutte économique du prolétariat et prendre part à l’activité de ‘l’opposition libérale. En tant que « négateur», le marxiste russe est arrivé trop tôt, et cette négation a affaibli en- lui la part d’énergie qui doit être orientée vers le radicalisme politique. Jusqu’ici, tout cela n’est pas terrible, mais si le schéma de classe empêche l’intellectuel russe de prendre une part active à la vie, et le rejette trop loin des milieux d’opposition, cela portera un grave préjudice à tous ceux qui sont obligés de lutter pour des formes juridiques autrement qu’au coude à coude avec une classe ouvrière qui ne s’est pas encore fixé d’objectifs politiques. La candeur politique de l’intellectuel marxiste russe, dissimulée par des raisonnements abstraits sut’ des sujets politiques, peut lui jouer un mauvais tour.»

 

Nous ne savons pas s’il se trouvera beaucoup de so­cial-démocrates russes pour partager ces vues. Mais il est incontestable qu’en général les idées de ce genre ont des adeptes, et c’est pourquoi nous estimons de notre devoir de protester catégoriquement contre elles, et de mettre eu garde tous les camarades contre la menace de faire dévier la social-démocratie russe du chemin qu’elle c’est déjà tracé la formation d’un parti. politique ouvrier indé­pendant, inséparable de la lutte de classe du prolétariat et s’assignant pour tâche immédiate la conquête de la liberté politique.

 

Le « credo » ci-dessus contient premièrement une « brè­ve description de l’évolution du mouvement ouvrier en Occident » et, deuxièmement, des « conclusions polir la Russie.

 

Tout d’abord, l’idée que les auteurs du « credo » se font du passé du mouvement ouvrier d’Europe occidentale est entièrement fausse. Il est faux que la classe ouvrière d’Occident n’ait pas participé à la lutte pour la liberté politique et aux révolutions politiques.

 

L’histoire du char­tisme et les révolutions de 1848 en France, en Allema­gne et en Autriche prouvent le contraire. Il est absolu­ment faux que le marxisme ait été l’expression théori­que de la pratique dominante : de la lutte politique qui prévalait sur la lutte économique ». Au contraire, le marxisme » est apparu lorsque prédominait le socialis­me non politique (owenisme, fouriérisme, « socialisme vrai») et le Manifeste Communiste s’est immédiatement opposé au socialisme non politique. Même lorsque le mar­xisme est intervenu armé théoriquement de pied en cap (Le Capital) et a organisé la célèbre « Association Inter­nationale des Travailleurs », la lutte politique n’était nullement la pratique prépondérante (trade-unionisme étroit en Angleterre, anarchisme et proudhonisme dans les pays de langues romanes). En Allemagne, le grand mérite historique de Lassalle est d’avoir fait de la classe ouvrière, d’appendice de la bourgeoisie libérale qu’elle était, un parti politique indépendant. Le marxisme a lié en un tout indissoluble la lutte économique et la lutte politique de la classe ouvrière, et les efforts que déploient les auteurs du « credo » pour séparer ces formes de lutte, sont des écarts des plus malencontreux et des plus funes­tes par rapport au marxisme.

 

Ensuite, les auteurs du « credo » se font une idée non moins fausse de la situation actuelle du mouvement ou­vrier en Europe occidentale et de la théorie du marxisme sous le drapeau duquel se poursuit ce mouvement. Parler d’une « crise du marxisme », c’est reprendre le bavardage absurde des écrivassiers bourgeois qui s’ingénient à at­tiser toute divergence entre socialistes afin d’organiser la scission dans les partis socialistes. La fameuse bernstei­niade, telle que la comprennent habituellement le grand public en général et les auteurs du « credo » en particu­lier, est une tentative de rétrécir la théorie du marxisme, de faire du parti ouvrier révolutionnaire un parti réfor­miste, et cette tentative a été résolument condamnée, comme il fallait s’y attendre, par la majorité des social-démocrates allemands. Des tendances opportunistes se sont manifestées plus d’une fois dans la social-démocra­tie allemande et, chaque fois, elles ont été repoussées par le Parti, qui veille fidèlement sur les principes de la so­cial-démocratie internationale révolutionnaire. Nous som­mes convaincus que tout essai de transplanter en Russie les conceptions opportunistes se heurtera à une résistance non moins énergique de la part de l’immense majorité des social-démocrates russes.

 

 

De même, il ne saurait être question d’un « change­ment radical quelconque de l’activité pratique » des par­tis ouvriers d’Europe occidentale, quoi qu’en disent les auteurs du « credo » l’énorme importance de la lutte économique du prolétariat et la nécessité de cette lutte ont été reconnues dès le début par le marxisme, et déjà dans les années 40 Marx et Engels polémisaient avec les socialistes utopistes qui en niaient l’importance.

Une vingtaine d’années plus tard, lorsque se constitua l’«Association Internationale des Travailleurs », la question de l’importance des syndicats ouvriers et de la lutte économique fut soulevée dès son premier congrès, à Ge­nève, en 1866. La résolution adoptée à ce congrès précisa la portée de la lutte économique, mettant les socialistes et les ouvriers en garde, d’une part, contre l’exagération de son rôle (ce qui s’observait à l’époque chez les ou­vriers anglais), et, d’autre part, contre sa sous-estimation de que l’on remarquait chez les Français et les Alle­mands, notamment chez les lassalliens ).

 

La résolution reconnut les syndicats ouvriers comme un phénomène non seulement légitime, mais nécessaire en régime capita­liste, et en souligna l’extrême importance pour l’organisation de la classe ouvrière dans sa lutte quotidienne contre le capital et pour la suppression du salariat. La ré­solution déclara que les syndicats ouvriers no devaient pas s’attacher exclusivement à « la lutte immédiate contre le Capital », qu’ils ne devaient pas se tenir à l’écart du mouvement politique et social d’ensemble de la classe ou­vrière que leurs buts ne devaient pas être  étroits, mais tendre à l’émancipation universelle des millions de travailleurs opprimés. Depuis lors, dans les partis ou­vriers des divers pays, on a soulevé maintes fois, et on soulèvera évidemment encore plus d’une fois, la question de savoir s’il faut, à un moment donné, accorder un peu plus ou un peu moins d’attention à la lutte économique ou à la lutte politique du prolétariat mais la question générale ou de principe se pose aujourd’hui encore com­me elle a été posée par le marxisme. La conviction que la lutte de classe du prolétariat doit nécessairement fu­sionner en un seul tout la lutte politique et la lutte éco­nomique s’est profondément ancrée dans la social-démo­cratie internationale. Par ailleurs, l’expérience historique atteste irréfutablement que l’absence de liberté politique ou la restriction des droits politiques du prolétariat abou­tit toujours à la nécessité de placer la lutte politique au premier plan.

 

Encore moins peut-il être question d’un changement tant soit peu notable dans l’attitude du parti ouvrier en­vers les autres partis d’opposition. Sous ce rapport aussi, le marxisme a indiqué la position juste, également éloi­gnée de l’exagération du rôle de la politique et de la cons­piration (blanquisme, etc.), que du dédain de la politi­que ou de sa réduction à un ravaudage social de caractère opportuniste, réformiste. (anarchisme, socialisme uto­pique et petit-bourgeois, socialisme d’Etat, socialisme de la chaire, etc.). Le prolétariat doit: s’efforcer de créer des partis ouvriers politiques indépendants dont le but es­sentiel  est la conquête du pouvoir politique par le prolétariat pour organiser la société socialiste Il ne doit nullement considérer les autres classes et partis comme e une seule masse réactionnaire » au contraire, il doit participer à toute la vie politique et sociale, appuyer les classes et les partis de . progrès contre les classes et les partis réactionnaires, soutenir tout mouvement révolu­tionnaire contre le régime actuel, se faire le défenseur de toute nationalité ou race opprimée, de toute religion per­sécutée, des femmes privées de droits,. etc. Les raisonne­ments des auteurs du «: credo » sur ce thème témoignent uniquement du désir d’estomper le caractère de classe de la lutte du prolétariat, d’affaiblir cette lutte par une ab­surde e reconnaissance* de la société », de rétrécir le mar­xisme révolutionnaire au point d’en faire un courant ré­formiste banal. Nous sommes convaincus que l’immense majorité des social-démocrates russe repoussera résolu­ment cette altération des principes fondamentaux de la social-démocratie. Les prémisses erronées des auteurs du « credo » sur le mouvement ouvrier d’Europe occidentale les conduisent à des e conclusions pour la Russie » encore plus erronées.

 

Affirmer que la classe ouvrière russe « ne s’est pas encore fixé d’objectifs politiques e, c’est tout simplement révéler son ignorance du mouvement révolutionnaire rus­se. Déjà l’«Union des ouvriers russes du Nord », fondée en 1878 et l’«Union des ouvriers de la Russie du Sud», fondée en 1875, avaient revendiqué dans leur programme la liberté politique.

 

Après la période réactionnaire des an­nées 80, la classe ouvrière a repris maintes fois la même revendication dans les années 90. Affirmer que « les pro­pos sur la création d’un parti politique ouvrier indépen­dant ne sont que l’effet de la transplantation sur notre sol d’objectifs étrangers, de résultats étrangers e, c’est tout simplement. faire preuve d’une incompréhension to­tale du rôle historique de la classe ouvrière russe et des tâches urgentes de la social-démocratie russe. Le pro­gramme des auteurs du « credo » tend évidemment à ce que la classe ouvrière, suivant la « voie du moindre ef­fort et, se limite à la lutte économique, tandis que les « mouve­ments de l’opposition libérale » combattraient avec la « participation » des marxistes pour des » formes juridi­ques ». La réalisation d’un tel programme équivaudrait à un suicide politique de la social-démocratie russe, à un freinage et un avilissement considérables du mouvement ouvrier russe et du mouvement révolutionnaire russe (ces deux notions se confondent à nos yeux). L’apparition d’un tel programme, à elle seule, montre combien étaient fon­dées les craintes d’un des militants d’avant-garde de la social-démocratie russe, P. Axelrod, lorsqu’il écrivait ce qui suit à la fin de 1897, à propos de l’éventualité d’une telle perspective:

 

«Le mouvement ouvrier ne dépasse pas le cadre étroit des collisions purement économiques entre ouvriers et entrepreneurs et, par lui-même, pris dans son ensemble, il n’a pas do caractère politique ; par contre, dans la lutte pour la liberté politique, les couches avancées du prolétariat suivent les cercles et frac­tions. révolutionnaires appartenant à ce qu’on appelle l’intelligentsia » (Axelrod : A propos des tâches et de ta tactique oc-tirettes des social-démocrates russes, Genève, 1898, p. 19)

 

Les social-démocrates russes doivent déclarer une guerre à outrance à tout l’ensemble d’idées exprimées dans le « credo », car elles conduisent directement à la réalisation de cette perspective. Les social-démocrates russses doivent déployer tous leurs efforts en vue de réaliser une autre perspective, exposée par P. Axelrod en ces ter­mes:

 

« Autre perspective: la social-démocratie organise le prolé­tariat russe en un parti politique indépendant, luttant pour la liberté, en partie aux côtés des fractions révolutionnaires bour­geoises (pour autant qu’il s’en trouvera) et en alliance avec elles, en partie en attirant ouvertement dans ses rangs ou en entraî­nant à sa suite les éléments intellectuels les plus attachés au peuple et les plus révolutionnaires » (ibid., p. 20).

 

A l’époque même où P. Axelrod écrivait ces lignes, les déclarations des social-démocrates de Russie mon­traient clairement que l’immense majorité d’entre eux partageaient ce point de vue. Il est vrai qu’un journal des ouvriers de Pétersbourg, la Rabotc/iaïa Mysi , sem­bla pencher vers les idées des auteurs du «credo», en exprimant malheureusement, dans un éditorial à caractère de programme (n° 1, octobre 1897), cette thèse absolu­ment erronée et contraire à la doctrine social-démocrate que la « base économique du mouvement » peut être s’est obscurcie par le désir constant de ne pas oublier l’idéal politique ». Mais en même temps un autre journal des ouvriers de Pétersbourg, le Sankt-Pétersbourgski 1?abotchi Listofc 12 (n° 2, septembre 1897), déclara résolument que « seul un parti ouvrier nombreux et fortement organisé pouvait… renverser l’autocratie », que les ouvriers « orga­nisés en un parti puissant » « se libéreraient eux-mêmes et libéreraient toute la Russie de toute oppression politi­que et économique ». Un troisième journal, la Rabotchaïa Gazéta 13 écrivit dans l’éditorial de son n° 2 (novembre 1897): « La lutte contre le gouvernement autocratique pour la liberté politique est l’objectif immédiat du mou­vement ouvrier russe. » – « Le mouvement ouvrier rus­se décuplera ses forces s’il intervient comme un seul bloc cohérent, sous le même nom et avec une organisation so­lide... » « Les cercles ouvriers isolés doivent se trans­former en un seul parti. » « Le parti ouvrier russe sera un parti social-démocrate. » Ce qui prouve que l’immense majorité des social-démocrates russes partageait entière­ment les vues de la Rabotchaïa Gazéta, c’est que le con­grès des social-démocrates russes, réuni au printemps 1898, forma le « Parti ouvrier social-démocrate de Rus­sie », publia un manifeste au nom de ce parti et recon­nut la Rabotchaïa Gazéta comme son organe officiel. Ain­si, les auteurs du «credo » font un pas énorme en arrière, par rapport au degré de développement déjà atteint parla social-démocratie russe et sanctionné dans le Manifeste du Parti ouvrier social-démocrate de Rassie.

 

Si, à la suite de la féroce répression déclenchée par le gouvernement russe, l’activité du Parti s’est, à l’heure actuelle, momen­tanément affaiblie et si son organe officiel a cessé de pa­raître, la tâche de tous les social-démocrates russes est de déployer tous les efforts en vue de consolider définitive­ment le Parti, élaborer son programme et faire revivre son organe officiel. Etant donné le flottement idéologique attesté par le fait que des programmes comme le « credo s analysé ci-dessus ont pu voir le jour, nous estimons par­ticulièrement nécessaire de souligner les principes fonda­mentaux exposés dans le Manifeste et qui sont d’une énorme importance pour la social-démocratie russe. Pre­mièrement la social-démocratie russe e veut être et res­ter un mouvement de classe des masses ouvrières organisées ».

 

Il en découle que la devise de la social-d4mocra­tie doit être : prêter concours aux ouvriers non seulement dans la lutte économique, mais aussi dans la lutte poli­tique ; l’agitation, non seulement sur le terrain des reven­dications économiques immédiates, mais aussi en liaison avec toutes les manifestations de l’oppression politique la propagande, non seulement des idées du socialisme scientifique, mais aussi des idées démocratiques. Seule la théorie du marxisme révolutionnaire peut être le drapeau du mouvement de classe des ouvriers, et la social-démo­cratie russe doit veiller à la développer et à la mettre en pratique, tout en la protégeant contre les déformations et les avilissements auxquels sont si souvent en butte les « théories à la mode » (or, les succès de la social-démo­cratie révolutionnaire en Russie ont déjà fait du marxis­me une théorie « à la mode s). En concentrant actuelle­ment toute son action parmi les ouvriers des usines, des fabriques et des mines, la social-démocratie ne doit pas oublier qu’avec l’extension du mouvement, les masses la­borieuses qu’elle organise doivent aussi englober dans leurs rangs les ouvriers à domicile, les artisans, les ou­vriers agricoles et les millions de paysans ruinés et mou­rant de faim.

 

 

Deuxièmement : « La classe ouvrière russe doit porter et portera jusqu’au bout sur ses fortes épaules la cause de la conquête de la liberté politique. s En s’assignant comme tâche immédiate le renversement de l’absolutisme, la social-démocratie doit intervenir comme un combattant d’avant-garde dans la lutte pour la démocratie, et est te­nue, ne serait-ce que pour cette seule raison, d’appuyer au maximum tous les éléments démocratiques de la po­pulation russe pour s’en faire des alliés. Seul un parti ou­vrier indépendant peut être un rempart solide dans la lut­te contre l’autocratie, et c’est uniquement en s’alliant à un tel parti, en le soutenant, que tous les autres combat­tants pour la liberté politique pourront déployer large­ment leur activité.

 

Enfin, troisièmement: « En tant que mouvement et tendance socialiste, le Parti social-démocrate de Russie poursuit l’oeuvre et les traditions de tout le mouvement révolutionnaire antérieur en Russie ; considérant que la conquête de la liberté politique est 1a principale tâche immédiate de l’ensemble du Parti, la social-démocratie marche vers le but qu’avaient déjà nettement tracé les glorieux militants de l’ancienne « Narodnaïa Volia » .

 

Les traditions de tout le mouvement révolutionnaire an­térieur en Russie exigent que la social-démocratie con­sacre actuellement toutes ses forces. à l’organisation du Parti, au renforcement de sa discipline intérieure et au perfectionnement de la technique de la lutte clandestine. Si les militants de l’ancienne « Narodnaïa Volia » ont su jouer un rôle immense dans l’histoire russe, bien que ses héros peu nombreux fussent soutenus par des couches sociales très minces, et bien que le drapeau de ce mou­vement fût une théorie nullement révolutionnaire, la so­cial-démocratie, qui s’appuie sur la lutte de classe du pro­létariat, saura devenir invincible. « Le prolétariat russe secouera le joug de l’autocratie pour continuer avec une énergie d’autant plus grande la lutte contre le capitalis­me et la bourgeoisie, jusqu’à la victoire totale du socia­lisme». »

 

Extrait d’un article tiré des Œuvres, Paris-Moscou, t. 4, pp.171-186
Rédigé avant le 22 août (3 septembre) 1899
Publié pour la première fois en décembre 1899 à l’étranger sous la forme d’un tiré à part du n° 4-5 de la revue Rabotchété Diélo

 

Avec l’échec de Le Pen, rien ne change pour l’antiracisme et l’antifascisme de classe

COMBATTRE LE FASCISME,

ABATTRE LE CAPITALISME!

 

Ouf, elle n’est pas passée… c’est le sentiment autour de nous. Mais en 2002, le père n’était pas passé non plus et cela n’a pas freiné le développement du FN.

Le racisme est toujours là, s’est même renforcé autour de nous.

Il y a le racisme d’Etat, qu’il s’agisse de la recherche d’emploi, des discours islamophobes dans les médias ou des violences policières dans les quartiers. Le poison patriotique et nationaliste se répand dans tous les partis, la préférence nationale devient une banalité, le contrôle de l’immigration se renforce toujours plus, et ce sont tous les immigrés, avec ou sans papiers, tous les jeunes (et maintenant moins jeunes…) nés en France avec une couleur, un nom, une religion minoritaires ou minorisés qui trinquent.

Il y a aussi le poison du racisme individuel, issu de l’histoire coloniale de la France (et son actualité comme aux Antilles, à Mayotte, en Guyane ou en Kanaky) cette mentalité abjecte de petit-blanc qui ne supporte pas de voir des anciens colonisés revendiquer l’égalité des droits. Sentiment des Pieds Noirs, des racistes avérés, entretenu et développé par le FN et cie, sentiment confus de la concurrence entre travailleurs dans la crise capitaliste, il se heurte heureusement aux solidarités du combat social mené en commun, dans les entreprises ou dans les quartiers…

Ces deux formes de racisme se sont renforcées et s’appuient l’une sur l’autre, et les attentats ont attisé la flamme. C’est la confusion qui règne, très rares ont été celles et ceux qui ont dénoncé les interventions à l’étranger (Mali, Libye, Syrie, Afghanistan…) et ont qualifié les auteurs de fascistes. Le racisme d’Etat, les intellectuels à la botte ont préféré renforcer les contradictions en critiquant les musulmans ou ceux supposés l’être…

Le combat antiraciste se mène dans le combat commun, sur des positions antiracistes et de classe, au service des ouvriers et des prolétaires. Pour le combat commun contre la sous-traitance, la pénibilité dans les entreprises. Pour l’égalité des droits et la régularisation des sans-papiers, contre les violences policières dans les quartiers, contre les interventions à l’étranger, contre toutes les lois et mesures racistes, quelles qu’en soient les cibles. Toujours en dénonçant notre propre gouvernement, son Etat et le capitalisme qui en est le socle. Tout ne se réglera pas du jour au lendemain, mais c’est la seule voie pour construire une unité de combat, de classe, qui permettra de surmonter les appréhensions et les différences sur lesquelles s’appuient les racistes pour répandre leur venin.

Il se mène aussi dans nos rangs, parmi nos collègues et voisins, en remettant en cause les préjugés, en luttant sans concession contre les attitudes et les paroles chauvines et xénophobes, en exposant la manière dont l’impérialisme place la fraction immigrée de la classe ouvrière, les habitants des quartiers, dans une position subordonnée et discriminée. La lutte se mène aussi dans les rangs de notre classe et de nos organisations !

C’est pareil pour le combat antifasciste. Dans le sillage du FN se développent des groupuscules et organisations fascistes, racistes, homophobes et sexistes. Dans certaines villes, comme à Lyon ou Lille, ils ont pignon sur rue et prétendent annexer des quartiers entiers. Ils ont tué Clément Méric à Paris, Hervé Rybarczyk à Lille, ils font la chasse aux migrants à Calais, ils veulent imposer la terreur.

Avec la complaisance de la police et de la justice, c’est le moins qu’on puisse dire, et ce sont surtout les militants qui refusent de leur laisser le terrain qui sont attaqués.
Alors, on ne les laisse pas faire, on ne fait pas confiance à la justice et à la police (rappelons que pour celle-ci, on dit que 50% des flics votent FN !), et on s’organise, on manifeste pour interdire par nous-mêmes l’expression de ces noyaux fascisants !

 

Source:  http://ocml-vp.org/article1808.html

Des banquiers anglo-saxons ont organisé la Seconde Guerre mondiale

À la veille du 72e Anniversaire de la victoire des forces Alliés et du Front uni contre le fascisme et la guerre sous la direction de l’armée rouge de Staline et des soviétiques sur les forces fascistes et nazies du IIIe Reich, il nous fait plaisir de re-publier un texte qui est peut-être passée inaperçu lors de sa première sortie il y a deux ans et dont nous venons tout juste de retrouver le lien hypertexte sur le site web
par Valentin Katasonov
À l’occasion du 70e anniversaire de la Victoire contre le nazisme, nous publions une étude de Valentin Katasonov sur le financement du NSDAP et le réarmement du Troisième Reich. L’auteur s’appuie sur des documents publiés en 2012 qui confirment l’organisation de la Seconde Guerre mondiale par des banquiers états-uniens et britanniques, couverts par le président Franklin Roosevelt et le Premier ministre Neville Chamberlain, dans l’espoir de détruire l’URSS. Cette étude soulève de nouvelles questions qui seront abordées dans un prochain article.
Réseau Voltaire International | Moscou (Russie) | 11 mai 2015

Hjalmar Schacht (à gauche), le ministre des Finances de Hitler, avec son bon ami Montagu Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre de 1920 à 1944. Selon les documents révélés par la Banque d’Angleterre en 2012, l’or tchécoslovaque avait été déposé à Londres dans un sous-compte au nom de la Banque des règlements internationaux (BRI). Lorsque les nazis entrèrent à Prague, en mars 1939, ils envoyèrent immédiatement des soldats à la Banque nationale. Les administrateurs tchèques reçurent ordre, sous peine de mort, d’envoyer deux demandes de transfert. La première ordonnait à la BRI de transférer 23,1 tonnes d’or de son sous-compte tchécoslovaque de la Banque d’Angleterre, au sous-compte de la Reichsbank, également tenu à Threadneedle Street. Le deuxième ordre chargeait la Banque d’Angleterre de transférer près de 27 tonnes de l’or détenu en nom propre par la Banque nationale de Tchécoslovaquie au sous-compte de la BRI à la Banque d’Angleterre.
La guerre n’a pas été déclenchée par un Führer enragé qui se trouvait à diriger l’Allemagne à cette époque. La Seconde Guerre mondiale est l’œuvre d’une oligarchie mondiale, ou plus précisément des ploutocrates anglo-américains.

Utilisant des instruments tels que la Réserve fédérale US et la Banque d’Angleterre, ils ont commencé à se préparer pour le prochain conflit d’ampleur mondiale immédiatement après la Première Guerre mondiale. Leur cible était l’URSS.

Les plans Dawes et Young, la création de la Banque des règlements internationaux (BRI), la suspension du paiement des réparations par l’Allemagne prévues par le Traité de Versailles et l’acquiescement des anciens alliés de la Russie à cette décision, les investissements étrangers massifs dans l’économie du Troisième Reich, la militarisation de l’économie allemande et les violations du Traité de Versailles sont autant de jalons sur le chemin conduisant à la guerre.
Derrière ce complot se tenaient des personnages-clefs : les Rockefeller, les Morgan, Lord Montagu Norman (gouverneur de la Banque d’Angleterre) et Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement de Hitler). Le programme stratégique des Rockefeller et des Morgan était de subjuguer l’Europe économiquement, de saturer l’Allemagne d’investissements et de crédits étrangers, et de l’amener à délivrer un coup mortel à la Russie soviétique, afin que celle-ci revienne au capitalisme en tant que colonie.
Montagu Norman (1871-1950) a joué un rôle important d’intermédiaire dans le dialogue entre les milieux financiers américains et les chefs d’entreprise allemands. Hjalmar Schacht a organisé la reconstitution du secteur défense de l’économie allemande. L’opération menée par les ploutocrates était dissimulée par des politiciens tels que Franklin Roosevelt, Neville Chamberlain et Winston Churchill. En Allemagne, ces projets étaient exécutés par Hitler et Hjalmar Schacht. Selon certains historiens, Hjalmar Schacht a joué un rôle plus important que Hitler. Seulement, il restait dans l’ombre.
À l’issue de la Première guerre mondiale, le Plan Dawes visait à compromettre la Triple Entente et à collecter les réparations de guerre auprès de l’Allemagne. Le Plan Dawes (proposé par le Comité Dawes, présidé par Charles G. Dawes) désignait une tentative faite en 1924 de résoudre le problème des réparations, qui avait miné la politique internationale après la Première guerre mondiale et le Traité de Versailles (la France, réticente, a perçu plus de 50 % du montant des réparations). Entre 1924 et 1929, l’Allemagne a reçu 2,5 milliards de dollars des États-Unis et 1,5 milliards de la Grande-Bretagne dans le cadre du Plan Dawes. Il s’agit de sommes considérables, qui correspondent à 1 trillion (mille milliards) de dollars d’aujourd’hui. Hjalmar Schacht a joué un rôle actif dans la mise en œuvre du Plan Dawes. En 1929, il a résumé les résultats en déclarant qu’en 5 ans, l’Allemagne avait reçu davantage de prêts étrangers que les États-Unis au cours des 40 années ayant précédé la Première guerre mondiale. En conséquence, en 1929, l’Allemagne était devenue la deuxième puissance industrielle mondiale, devant la Grande-Bretagne.
Dans les années 1930, l’Allemagne a continué de bénéficier d’investissements et de prêts. Rédigé en 1929 et adopté officiellement en 1930, le Plan Dawes désignait un programme visant à régler les dettes de guerre allemandes à l’issue de la Première guerre mondiale. Il a été présenté par le comité présidé (1929-30) par l’industriel américain Owen D. Young, fondateur et ex-premier président de Radio Corporation of America (RCA). À l’époque, Young siégeait également au conseil d’administration de la Fondation Rockefeller, et il avait en outre été l’un des représentants impliqués dans un dispositif de réaménagement des réparations de guerre, le Plan Dawes de 1924. Selon le plan, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) a été créée en 1930 pour permettre à l’Allemagne de payer les réparations aux vainqueurs. En réalité, l’argent a pris une toute autre direction, à savoir qu’il est parti des États-Unis et de la Grande-Bretagne pour arriver en Allemagne. Le capital de la majorité des sociétés allemandes ayant une importance stratégique était, intégralement ou partiellement, américain. Une partie était détenue par des investisseurs britanniques. Les secteurs du raffinage du pétrole et de la liquéfaction du charbon de l’économie allemande étaient dans les mains de Standard Oil (les Rockefeller). Le géant de l’industrie chimique Farbenindustrie AG est passé sous le contrôle du groupe Morgan. Quarante pourcent du réseau téléphonique et 30 % des actions de Focke Wulf étaient sous le contrôle de la société américaine ITT. La radio et les géants de l’industrie électrique AEG, Siemens et Osram sont passés sous le contrôle d’American General Electric. ITT et General Electric faisaient partie de l’empire de Morgan. Cent pourcent des actions Volkswagen appartenaient à l’Américain Ford. Au moment où Hitler a accédé au pouvoir, le capital financier US contrôlait quasiment tous les secteurs d’importance stratégique de l’industrie allemande : raffinage du pétrole, production de carburant de synthèse, chimie, construction automobile, aviation, ingénierie électrique, radio, ainsi qu’une grande partie de l’industrie de la construction mécanique (278 sociétés au total). Les grandes banques allemandes, telles que la Deutsche Bank, la Dresdner Bank, la Donat Bank et quelques autres, étaient sous contrôle US.
Le 30 janvier 1933, Hitler devenait chancelier d’Allemagne. Auparavant, sa candidature avait été étudiée à la loupe par les banquiers américains. Hjalmar Schacht s’est rendu aux ÉtatsUnis à l’automne 1930 pour parler de cette nomination avec des collègues américains. La désignation de Hitler a finalement été approuvée lors d’une réunion secrète de financiers aux États-Unis. Schacht a passé toute l’année 1932 à convaincre les banquiers allemands que Hitler était le meilleur candidat au poste. Il a atteint son objectif. À la mi-novembre 1932, 17 des plus grands banquiers et industriels allemands ont adressé une lettre au Président Hindenburg, dans laquelle ils exigeaient qu’il nomme Hitler chancelier. La dernière réunion de travail des financiers allemands avant l’élection s’est tenue le 4 janvier 1933 à Cologne, au domicile du banquier Kurt von Schröder. Ensuite, le parti national-socialiste est arrivé au pouvoir. Les relations financières et économiques de l’Allemagne avec les Anglo-saxons se sont alors resserrées d’un cran.
Hitler a immédiatement annoncé qu’il refusait de payer les réparations de guerre. Il a mis en doute la capacité de l’Angleterre et de la France à rembourser leurs propres dettes de la Première guerre mondiale aux États-Unis. Washington n’a émis aucune objection à l’annonce de Hitler. En mai 1933, Hjalmar Schacht s’est rendu une nouvelle fois aux ÉtatsUnis. Il y a rencontré le président Franklin Roosevelt et les grands banquiers en vue de demander une ligne de crédit de 1 milliard de dollars. En juin de la même année, Hjalmar Schacht s’est rendu à Londres pour s’entretenir avec Montagu Norman. Tout est passé comme une lettre à la poste. Les Britanniques ont consenti un prêt de 2 milliards de dollars. Ils n’ont soulevé aucune objection quant à la décision de l’Allemagne de suspendre le remboursement de sa dette.
Selon certains historiens, les Américains et les Britanniques étaient accommodants parce que, dès 1932, l’Union soviétique avait réalisé le plan quinquennal de développement économique en vue d’atteindre de nouveaux sommets en tant que puissance industrielle. Quelques milliers d’entreprises avaient vu le jour, en particulier dans l’industrie lourde. La dépendance de l’URSS à l’importation de produits industriels avait ainsi considérablement diminué. Les chances d’étrangler l’Union soviétique économiquement s’en trouvaient
quasiment réduites à zéro. Il a alors été décidé de recourir à la guerre et de lancer la militarisation accélérée de l’Allemagne.
Pour celle-ci, l’obtention de crédits américains ne posait aucun problème. Hitler est arrivé au pouvoir dans son pays à peu près en même temps que Franklin Roosevelt aux États-Unis. Les banquiers qui ont soutenu Hitler en 1931 sont précisément ceux qui ont soutenu l’élection de Roosevelt. Une fois en poste, le nouveau président ne pouvait guère faire moins qu’accorder de généreux crédits à l’Allemagne. D’ailleurs, beaucoup ont remarqué la grande similitude entre le New Deal de Roosevelt et la politique économique du Troisième Reich. Rien d’étonnant. Ce sont en effet les mêmes qui assuraient le sauvetage des deux gouvernements tout en les conseillant. Ils représentaient principalement les milieux financiers US.
Le New Deal de Roosevelt n’a pas tardé à capoter. En 1937, les États-Unis étaient embourbés dans la crise économique. En 1939, l’économie US tournait à 33 % de sa capacité industrielle (19 % aux pires moments de la crise de 1929-1933).
Rexford G. Tugwell, un économiste du premier Brain Trust, équipe d’universitaires de l’Université de Columbia mise en place par Franklin Roosevelt et ayant contribué aux recommandations politiques qui ont conduit au New Deal de Roosevelt, écrivait qu’en 1939 le gouvernement avait échoué. La situation est restée figée jusqu’à l’invasion de la Pologne par Hitler. Seuls les puissants vents de la guerre pouvaient dissiper la brume. Quoi que Roosevelt puisse tenter, ses initiatives étaient condamnées à l’échec. [1] Seule une guerre mondiale pouvait sauver le capitalisme US. En 1939, les ploutocrates ont mis en œuvre tous les moyens à leur disposition pour faire pression sur Hitler et l’inciter à lancer une guerre à grande échelle à l’Est.
La Banque des règlements internationaux (BRI) a joué un rôle important pendant la Seconde Guerre mondiale. Tête de pont des intérêts états-uniens en Europe, elle assurait la liaison entre les entreprises anglo-américaines et allemandes. C’était en quelque sorte une zone offshore abritant le capital cosmopolite contre les initiatives politiques, les guerres, les sanctions, etc.
Cette banque a été créée sous la forme d’une entité commerciale publique. Son immunité face aux interférences gouvernementales et, par exemple, à l’imposition, était garantie par l’accord international signé à La Haye en 1930. Les banquiers de la Réserve fédérale de New York, proches des Morgan, de Montagu Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre, ainsi que des financiers allemands tels que Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’économie du gouvernement de Hitler), Walther Funk (qui a remplacé Hjalmar Schacht au poste de président de la Reichsbank) et Emil Puhl, tous ont joué un rôle important dans la fondation de la Banque. Parmi les fondateurs figuraient les banques centrales de Grande-Bretagne, de France, d’Italie, d’Allemagne, de Belgique et quelques banques privées.
La Banque fédérale de New York a fait de son mieux, mais n’a pas fait partie des établissements fondateurs de la BRI. Les États-Unis étaient représentés par la banque privée First National Bank of New York, J.P. Morgan and Company, la First National Bank of Chicago, qui faisaient toutes partie de l’empire Morgan. Le Japon était également représenté par des banques privées. En 1931-1932, 19 banques centrales européennes rejoignaient la Banque des règlements internationaux. Gates W. McGarrah, banquier du clan des Rockefeller, était le premier président du conseil d’administration de la BRI. Il a été remplacé par Leon Fraser,
 qui représentait le clan des Morgan. Pendant la guerre, la banque était présidée par un citoyen américain, Thomas H. McKittrick.
Beaucoup d’encre a coulé au sujet des activités de la BRI au service des intérêts du Troisième Reich. La Banque était impliquée dans des transactions avec différents pays, y compris ceux avec lesquels l’Allemagne était en guerre.
Depuis Pearl Harbor, la Banque des règlements internationaux jouait le rôle de correspondant de la Federal Reserve Bank de New York. Elle était sous contrôle nazi pendant la guerre, même si c’est l’Américain Thomas Huntington McKittrick qui la présidait. Les soldats mouraient sur les champs de bataille pendant que la direction de la BRI se réunissait à Bâle avec les banquiers d’Allemagne, du Japon, d’Italie, de Belgique, de Grande-Bretagne et des États-Unis.
Dans ce havre de paix que constituait la zone offshore suisse, les représentants des belligérants travaillaient tranquillement dans un climat de compréhension mutuelle.
C’est en Suisse que l’Allemagne a mis en lieu sûr l’or saisi aux quatre coins de l’Europe. En mars 1938, lorsque Hitler s’est emparé de Vienne, une partie de l’or autrichien a été transférée dans les coffres-forts de la BRI. La même chose a été faite avec l’or de la Banque nationale tchèque (48 millions de dollars). Lorsque la guerre a éclaté, l’or entrait à pleines portes à la Banque des règlements internationaux. L’Allemagne le récupérait dans les camps de concentration et par le pillage des pays occupés (y compris de tout ce qui appartenait à des civils : bijoux, dents en or, étuis à cigarettes, ustensiles divers, etc.). C’est ce que l’on a appelé l’or nazi. Il était fondu en lingots afin d’être entreposé à la Banque des règlements internationaux, en Suisse ou hors d’Europe.
Dans son livre Trading With The Enemy : An Expose of The Nazi-American Money Plot 19331949, Charles Higham écrit que, pendant la guerre, les nazis ont transféré 378 millions de dollars sur les comptes de la Banque des règlements internationaux.
Quelques mots au sujet de l’or tchèque. Certaines informations ont fait surface après l’ouverture des archives de la Banque d’Angleterre en 2012 [2]. En mars 1939, l’Allemagne s’emparait de Prague. Les Nazis ont exigé 48 millions de dollars des réserves d’or nationales. Il leur a été répondu que cette somme avait déjà été transférée à la Banque des règlements internationaux. Par la suite, on a su que cet or avait été transféré de Bâle dans les coffresforts de la Banque d’Angleterre. Sur l’ordre de Berlin, l’or a été transféré sur le compte de la Reichsbank à la BRI. Ensuite, la Banque d’Angleterre a été impliquée dans les transactions effectuées sur les ordres donnés par la Reichsbank à la Banque des règlements internationaux. Ces ordres étaient retransmis à Londres. Il y a donc eu collusion entre la Reichsbank allemande, la Banque des règlements internationaux et la Banque d’Angleterre. En 1939, un scandale a éclaté en Grande-Bretagne lorsqu’on a su que la Banque d’Angleterre exécutait les transactions portant sur l’or tchèque sur les ordres de Berlin et de Bâle, et non du gouvernement tchèque. Par exemple, en juin 1939, trois mois avant le début de la guerre entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, la Banque d’Angleterre a aidé les Allemands à transférer sur leur compte l’équivalent en or de 440 000 livres sterling, et à acheminer une partie de l’or à New York (l’Allemagne s’assurait ainsi de la neutralité des États-Unis en cas d’intervention allemande en Pologne).
Ces transactions illégales sur l’or tchèque ont été effectuées avec l’accord tacite du gouvernement de Grande-Bretagne, qui savait parfaitement ce qui était en train de se passer. Le Premier ministre Neville Chamberlain, le Chancelier de l’Échiquier sir John Simon et les autres responsables de haut rang ont tout fait pour dissimuler la vérité, y compris en mentant éhontément (en affirmant que l’or avait été restitué à son propriétaire légitime ou qu’il n’avait jamais été transféré à la Reichsbank). Les documents de la Banque d’Angleterre rendus publics dernièrement révèlent les faits et montrent que les responsables gouvernementaux ont menti, afin de se couvrir eux-mêmes et de couvrir les activités de la Banque d’Angleterre et de la Banque des règlements internationaux. La coordination de ces activités criminelles conjointes était un jeu d’enfant lorsqu’on sait que Montagu Norman, directeur de la Banque d’Angleterre, présidait également le conseil d’administration de la Banque des règlements internationaux. Il n’a d’ailleurs jamais caché ses sympathies pour les fascistes.
La Conférence de Bretton Woods, officiellement Conférence monétaire et financières des Nations unies, a réuni les 730 délégués des 44 pays alliés au Mount Washington Hotel, à Bretton Woods (New Hampshire), aux États-Unis, en vue de réguler la vie monétaire et financière internationale à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Cette conférence s’est tenue du 1er au 22 juillet 1944. La Banque des règlements internationaux se retrouvait soudain sous le feu des projecteurs. On rapportait qu’elle avait collaboré avec l’Allemagne fasciste. Sans entrer dans les détails, je me limiterai à dire qu’après bien des aléas (certains délégués états-uniens s’étant opposés à la motion), les délégués sont tombés d’accord pour fermer la BRI. Cette décision de la conférence internationale n’a jamais été appliquée. Toutes les informations susceptibles de jeter le discrédit sur les activités de la BRI pendant la guerre ont été classées. Aujourd’hui, cela contribue à falsifier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.
Pour finir, quelques mots sur Hjalmar Schacht (1877-1970), ancien président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement fasciste de l’Allemagne. Il a joué un rôle de premier plan dans le contrôle de la machine économique du Troisième Reich en agissant comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du capital anglo-américain en Allemagne. En 1945, Schacht a été jugé à Nuremberg et acquitté le 1er octobre 1946. Il échappait aux accusations de meurtre. Tout comme Hitler. Pour des raisons qui demeurent inexpliquées, il ne figurait pas sur la liste des principaux criminels de guerre de 1945. Mieux, Schacht a repris sa vie professionnelle comme si de rien n’était et fondé la société Schacht GmbH à Düsseldorf. Ce détail peut sembler insignifiant, mais il confirme une fois de plus que les ploutocrates anglo-américains et leurs représentants plénipotentiaires en Allemagne avaient préparé et, dans une certaine mesure, influencé l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Les ploutocrates veulent réécrire l’histoire de la guerre et changer ses résultats.
Valentin Katasonov
Traduction : Gilles Chertier
Source : Strategic Culture Foundation (Russie)
[1] P. Tugwell, The Democratic Roosevelt, A Biography of Franklin D. Roosevelt, New York, 1957, p 477.
Valentin Katasonov est professeur au Département de Moscou de l’Institut d’Etat de Finance internationale, docteur en sciences économiques, membre correspondant de l’Académie des sciences économiques et commerciales. Il fut consultant des Nations Unies (1991-93), membre du Conseil consultatif auprès du Président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) (1993-96), chef du Département des relations monétaires internationales du ministère des Affaires étrangères de la Russie (200111)

Face à « L’Aurora », la gauche et les libéraux Par Adam Isaac Shamir

Nouvel article sur les 7 du quebec

Face à « L’Aurora », la gauche et les libéraux

Par Adam Isaac Shamir

Pour les Russes, « Aurora » n’est pas la déesse de l’aube, c’est avant tout le vaisseau de guerre Aurora, le croiseur légendaire dont les salves sur le Palais d’Hiver avaient été le coup de tonnerre scandant l’entrée en scène de la révolution russe de novembre 1917. J’ai récemment participé à un colloque commémorant le centième anniversaire de la révolution russe dans le miroir de la gauche mondiale, à St-Pétersbourg, la cité de la révolution, à laquelle étaient conviés les représentants des partis socialistes européens. Nous avions, face à notre salle de conférences, le croiseur Aurora, et cela nous aidait à nous concentrer sur les seules choses importantes, la victoire et la défaite.

La gauche avait gagné il y a un siècle, et la gauche a perdu il y a un quart de siècle. Quand le système soviétique est tombé il y avait une espérance largement partagée que la gauche refleurisse, parce que le mouvement de la jeunesse éternelle s’était débarrassé de la vieille Russie poussiéreuse et ringarde. C’était l’idée des eurocommunistes. Or, à la surprise générale, la gauche est entrée en agonie, pour mourir après 1991. Les partis eurocommunistes se sont évanouis. Nous ne le savions pas, ou nous ne voulions pas le savoir, mais apparemment, la gauche mondiale était indissociable de la révolution russe.

Il y a cent ans, Lénine et Staline avaient réglé tous leurs problèmes et tranchant le nœud gordien de la cupidité. Ils avaient modernisé leur pays, donné de l’espoir au peuple, offert un choix aux travailleurs. Ils n’avaient pas fait de la Russie un paradis, même si la Russie soviétique des années 1960 était aussi développée et prospère que les pays constituant le noyau de l’Europe occidentale.

Paradoxalement, les travailleurs occidentaux avaient été les plus grands bénéficiaires de la révolution russe. La classe possédante occidentale avait été fort effrayée par les communistes russes, et cela les avait amenés à devenir plus attentionnés. Elle partageait ses profits avec ses ouvriers. Vous avez eu la belle vie parce que les canons de l’Aurora tenaient en joue votre Un pour cent, dans chaque pays. En 1991, les communistes ont été vaincus, parce que leurs dirigeants ont trahi.

Et depuis lors, les propriétaires de l’Occident victorieux ont entrepris une Reconquista à l’échelle mondiale. Ils ont repris aux travailleurs chacune de leurs conquêtes, et créé ce nouveau monde d’immense richesse pour une poignée de gens, et de misère croissante pour tous les autres.

Mais ce qui a été perdu, nous pouvons le regagner. Les capitalistes n’ont pas cédé au désespoir en 1917.Aucune raison de désespérer pour les communistes en 2017. Il semble qu’il n’y ait pas d’autre voie, pas de raccourci possible : le monde a besoin de nouveaux Lénine et Staline. La cupidité doit être terrassée à nouveau, les médias et les usines doivent être arrachés à leurs propriétaires. Il ne faut pas seulement légiférer sur le minimum vital, mais aussi sur les revenus maximum.

Le populisme est devenu un gros mot, mais je vais vous dire : il en faudrait encore bien plus, du populisme. Le travail dans la dignité pour les travailleurs, c’est ce slogan populiste qui a donné à Trump son ticket pour la Maison blanche. Il faudrait donner aux gens tout ce qu’ils veulent. Lénine avait promis de donner la terre aux paysans, les usines aux ouvriers, la paix aux nations, et son gouvernement avait fait tout ce qu’il avait pu en ce sens. Maintenant les gens veulent être sûrs du lendemain, ils veulent que leurs enfants fassent des études, ils veulent les soins médicaux de leur choix et abordables, de bons logements ; ils veulent la liberté et la sécurité. Ils veulent regagner tout ce qui a été perdu après 1991. Et pour y arriver il va falloir plaquer un certain nombre de banquiers dos au mur, à l’aube, c’est tout. On ne veut plus de gentil beau gosse à la tête du pays, voilà le premier commandement pour le retour de la gauche.

La gauche doit rompre avec les libéraux.

C’est le bon moment pour divorcer. A moins qu’il soit déjà trop tard ? Ciel, mais pourquoi donc ? La gauche et les libéraux ont l’air de vivre des jours heureux ensemble. Au départ, c’était un mariage d’intérêt commun, mais c’est devenu un mariage d’amour. Jusqu’ici, en tout cas ; seulement l’espérance de vie de la gauche est devenue très courte, comme celle de l’amant d’une pieuvre. Ces créatures (Octopus cyanea, pour être précis) étranglent et mangent leurs partenaires dès qu’ils ont fini leur affaire. La gauche a fait son boulot, et elle est mûre pour être déglutie. Et qui va s’apercevoir que la gauche a disparu ?

Il m’arrive d’avoir honte d’appartenir à la gauche. Demandez aux gens dans la rue, pour quoi est-ce que la gauche se bat, et ils vous diront : ce sont des bons petits gars qui défendent de bonnes causes. Les toilettes transgenre, le mariage gay, la parité, les réfugiés syriens, le changement climatique, les accès pour handicapés, les primes pour les chômeurs, parfois. Ils sont contre la discrimination des immigrants, les insultes, ils sont pour la correction en politique, et les droits des minorités. La gauche déteste Poutine et Trump, et adore Israël, à part son premier ministre actuel.

Ou pire encore. Je l’ai relu trois fois, ça m’a fait un choc, à l’estomac, et je ne pouvais pas en croire mes yeux : vous avez entendu parler de Paul Gottfried, l’honorable contributeur du site unz.com ? Il a qualifié l’ex patron de l’AntiDefamation League, Abe Foxman le rougeaud, d’ « un homme de gauche ». C’est une véritable insulte. Un juif nationaliste comme M. Foxman ne peut pas être de gauche. Staline l’aurait envoyé au fin fond de la Sibérie, où le dur labeur et le climat encore plus dur l’auraient guéri à jamais de son indignation et de sa constipation permanentes. La gauche n’est nullement « contre la majorité blanche et chrétienne », comme le prétend Gottfried. Les gens de gauche, les vrais, sont pour la majorité, pour la classe ouvrière.

Il n’y a pas de désaccord entre les agendas des gens de gauche et des libéraux, direz-vous. Et maintenant, surprise: : jusqu’en 1990, la gauche et les libéraux étaient des ennemis acharnés. La gauche était pour les ouvriers ; son icône, Staline, était la terreur des libéraux ; il conseillait aux communistes allemands de faire alliance avec l’extrême droite allemande et non avec les libéraux ; son marxisme n’était pas une abomination culturelle, mais un vrai problème pour les gens riches. Mais après 1990, la gauche a rejoint les libéraux victorieux, pour des raisons pratiques. Comme cela se produit dans les mariages de raison, leurs rapports ont viré à l’amour vrai, et il se peut qu’ils soient devenus un couple indissociable.

En politique, le rasoir d’Ockam est impitoyable. La gauche a perdu son identité, et sa raison d’être. Aussi elle disparaît, dévorée par les libéraux. D’habitude, le chemin vers l’oubli passe par une coalition pour gouverner. Chaque fois que la gauche a rejoint le gouvernement des libéraux (qu’ils l’appellent unité nationale, front populaire, ou front contre la bête immonde), la gauche a fondu, digérée par la chaude étreinte des libéraux.

Je suis vraiment malheureux de voir que Counterpunch, une publication que j’aimais et pour laquelle j’ai écrit pendant des années et des années, a succombé à cette maladie. Ils peuvent toujours se qualifier eux-mêmes de voix de la gauche américaine, mais ils publient John Feffer. Cette bête nauséeuse, Feffer, est un « gauchiste » partisan de la libre circulation pour les migrants, de la guerre contre la Russie et contre Trump, et il a lancé un appel : « Tous ceux qui se situent à gauche d’Anne Coulter devraient être de notre bord. Plus que jamais, c’est le moment d’être unis ». Oh que non, moi je veux rester aux côtés d’Anne Coulter qui a écrit presque le même jour où Feffer pondait ses ordures : laissons la Russie devenir notre nation sœur. Et la dernière chose que je souhaite, c’est l’unité avec Feffer.

C’est l’unité pour tous de Feffer qui nous a amenés où nous en sommes : la gauche mourante, et les libéraux qui vont hériter du pactole. Et la droite antilibérale n’est pas une alternative viable, hélas. Les élections récentes en Hollande, le 15 mars dernier, en ont donné la preuve.

Je ne sais pas si vous avez suivi ces élections, l’évènement le plus intéressant et le plus important qui se soit produit aux Pays Bas depuis la glorieuse révolution. Il était impossible de prédire comment les Hollandais allaient voter. L’effet Trump arrive, disaient les gens sombrement, et ils envisageaient que les Hollandais voteraient pour leur Trump à eux, qui s’appelle Geert Wilders.

Le pari était assez raisonnable. Les Pays Bas ont été gouvernés par une coalition morose de droite et gauche. Aucune différence si vous préférez la gauche ou la droite, puisque de toutes façons, la gauche et la droite gouvernent ensemble. C’est l’establishment qui gouverne, et la démocratie lui fournit un écran de fumée bien pratique.

Avec un pareil gouvernement, on s’attendait à ce que le peuple vote pour un outsider. Mais pour qui? Les Pays Bas, comme le reste de l’Europe occidentale et l’Amérique du nord, ont un vaste électorat insatisfait, en tant que victimes du néolibéralisme, qui les qualifie de « déplorables ». Ils souffrent de se voir déplacés par des vagues d’immigrants, chassés de leurs emplois et logements, ils atterrissent quelque part comme intérimaires dans des macdo, et ne rêvent plus d’un emploi stable dans une aciérie.

Les “déplorables” pouvaient voter pour la gauche ancienne manière, parce qu’ils sont devenus chômeurs ou précaires, et ont été dépouillés par les riches et puissants ; mais la gauche d’aujourd’hui ne se souciait pas d’eux. La gauche vivait bien son alliance avec l’élite libérale, avec les financiers juifs et juifistes, et leurs médias ; la tolérance (ce qui veut dire la priorité aux immigrants), le marxisme culturel (qui n’a même pas une vague parenté avec le marxisme de classe au couteau entre les dents), l’élitisme, c’était le plus important.

La parti de droite au pouvoir (le VVD du Premier ministre Mark Rutte) est un parti de l’establishment fortuné. Ils mènent des politiques néolibérales, ils importent des immigrants, ils s’accrochent à l’OTAN, ils sont antirusses. Ils sont comme les Républicains d’avant Trump, pas très affriolants pour les gens dépossédés.

Le parti de la liberté de Geert Wilders était chez lui parmi les déplorables. Wilders c’est un gay qui déteste l’islam et les immigrants, il adore Israël parce qu’il considère que c’est un bastion européen dans la marée islamique. Il est tout à fait antirusse, mais aussi anti-establishment. Vraiment…?

Les partis au pouvoir aimaient le parti de Wilders et ils s’en servaient pour faire peur aux électeurs, pour les ramener au bercail. Si vous ne votez pas pour nous, Wilders le nazi-fasciste va gagner, en pousser la Hollande droit vers l’enfer.

C’est une manœuvre habituelle en Europe. En Suède aussi, la droite mainstream et les partis de gauche se sont unis dans un gouvernement en convoquant les effroyables démocrates de la Suède. En France, « tout sauf Le Pen » est le slogan du gang de Macron.

Même en Ukraine, l’ancien président Yanoukovitch avait nourri, financé et promu le Parti de la liberté (fasciste), en espérant que tous les autres le soutiendraient comme la seule alternative. Mais le plan a échoué, comme chacun des plans élaborés par Viktor Yanoukovitch.

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Le parti de Wilders est pratiquement un parti qui n’a qu’un seul objectif : il est contre les immigrants musulmans. Cette année, à cause de l’afflux de Syriens, le PVV avait une chance de devenir un parti mainstream. On s’attendait à ce qu’il gagne avec 30% des votes dans des élections fragmentées au plus haut point. Les dépossédés étaient suffisamment désespérés pour voter pour le diable en personne à condition qu’il ne soit pas membre de la coalition gouvernementale. Et la résistance à l’immigration de masse après l’appel de Merkel (« Venez tous, nous vous en prions ») devenait percutante.

La vraie gauche communiste est généralement contre l’immigration : les communistes cubains sont un bon exemple de cela. Il y a beaucoup de Latinos qui aimeraient s’installer à Cuba, l’un des pays les plus prospères et agréables de l’hémisphère occidental, mais Cuba ne prend pas d’immigrants, en règle générale. L’immigration n’est pas bonne pour les locaux, et les communistes sont avant tout en faveur des autochtones.

La gauche libérale hollandaise était en faveur de l’immigration massive du tiers monde. Ils pensaient que les immigrants voteraient pour eux, et ils n’avaient guère d’empathie pour les travailleurs autochtones, contrairement à la droite de jadis. Ils appartiennent à une classe confortablement installée dans l’aisance, d’universitaires et de fonctionnaires, et les immigrants ne les dérangent pas, parce que les immigrants pauvres avec leurs coutumes étranges ne peuvent pas louer d’appartements dans les zones protégées où résident les gens de gauche, et ne peuvent pas les chasser de leurs emplois non plus.

Les immigrants causent des désagréments aux gens d’en bas, tandis que les riches et prospères tirent des bénéfices de l’immigration. Ils peuvent trouver des femmes de ménage plus économiques. Si les riches et puissants n’en voulaient pas, il n’y aurait pas d’immigrants pour traverser la mer. Je déteste l’immigration de masse, mais je le reconnais : ce ne sont pas les immigrants qu’il faut accuser, mais ceux qui les importent, au gouvernement et dans le monde des affaires.

En Israël, c’est pareil : les Africains s’installent à Tel Aviv sud, où habitaient les juifs pauvres. Les juifs pauvres se sont plaints et se font traiter de racistes, tandis que les juifs fortunés des quartiers nord de Tel Aviv, ceux-là mêmes qui ont fait venir les Africains, peuvent condamner le racisme des juifs pauvres à distance, en toute sécurité.

L’immigration (comme le terrorisme ou les armes à feu) c’est un concept qui sert à nous égarer. Ce ne sont pas les armes à feu qui tuent. Les immigrants ne viendront que si les gens au pouvoir les font venir, dans leur intérêt à eux. Ce sont des outils entre les mains des néo-libéraux. Les gens qui en veulent aux immigrants ne voient pas très loin, et sont très faciles à rouler dans la farine. C’est exactement ce qui s’est passé avec les « déplorables » de Hollande. Le parti de droite VVD a confisqué son électorat à Geert Wilders aussi prestement que Tim le voyou s’empare du gâteau que Minnie tient dans sa petite main.

A ce moment-là, les Turcs des Pays Bas (les Turcs qui ont gardé leur nationalité turque, une grosse communauté de 400 000 personnes) devaient voter pour des changements dans la constitution turque. Un ministre turc a pris l’avion pour dire à ses concitoyens de voter dans un sens donné, et les mobiliser en ce sens. Dans des circonstances habituelles, personne n’y aurait fait attention. Tous les jours il y a une communauté de migrants qui discute de ses histoires de migrants. Les Kurdes demandent leur Etat kurde, les Marocains discutent du Sahara occidental ; et les Syriens pour l’islam s’en prennent aux Syriens pour Assad. Il y aurait donc eu un débat de plus, pour savoir si Erdogan devait être autorisé à déclarer l’état d’urgence ou pas.

Mais le parti de droite (VVD) devait montrer aux « déplorables » qu’ils étaient aussi méchants pour les Turcs et les musulmans que Gert Wilders, ou pires (meilleurs, vus de l’autre côté), dans la mesure où ils ont le pouvoir, tandis que Wilders ne l’a pas. Ils ont refusé que le jet turc atterrisse, et renvoyé un autre ministre turc hors de la Hollande. Les Turcs ont manifesté, et la police hollandaise a chargé contre la manif turque avec des bergers allemands féroces.

Les électeurs potentiels de Wilders étaient en extase.

Ils n’en avaient que faire, d’Erdogan, mais ils étaient contents que des ministres musulmans aient reçu un coup de pied au derrière et que l’on ait lâché les chiens contre les Turcs. L’extrême droite appelle à chasser les musulmans, nous, on le fait : il était là, le message subliminal du VVD. Et ça a marché ! Contre toute attente, le VVD a gagné, le parti d’extrême droite de Geert Wilders a gagné quelques points, mais le parti travailliste (le PvdA) a perdu les élections, laminé. Ce parti s’est désintégré. Une partie de son électorat est parti vers un parti de gauche plus radical, mais la majorité les a juste lâchés, dégoûtés.

L’establishment hollandais s’était débrouillé pour tromper la révolution trumpiste. Wilders s’est retrouvé dans un désert politique, les travaillistes se sont effondrés, les forces de centre droit vont rester au pouvoir. Les électeurs voulaient clairement un changement ; ils refusaient le néolibéralisme et la globalisation, mais ils l’auront de toute façon, et vlan, comme récompense pour avoir été vilains avec les Turcs.

Les élections hollandaises.

La conclusion correcte des élections hollandaises, c’est que la gauche devrait aller plus franchement à gauche, et fausser compagnie à la droite libérale, si elle veut toujours être une force indépendante.

Les élections françaises ont commencé là où ont fini les élections hollandaises : avec la désintégration du parti socialiste. Rien à regretter : ce parti était devenu le jumeau de la droite libérale et poursuivait le même genre de politique. Les socialistes avaient rendu furieux les travailleurs avec leurs lois anti-travail rédigées par Macron, et ils avaient rendu furieux les catholiques en forçant le passage de leurs lois pour le mariage gay. Le candidat socialiste faisait 6% à l’issue du premier tour.

C’est Mélenchon qui a sauvé la cause de la gauche. Non seulement il s’est bien tiré du premier tour, mais il a même refusé de soutenir Macron au deuxième. Il aurait mieux valu qu’il soutienne ouvertement Marine le Pen, mais c’était probablement trop dur pour un gauchiste français.

Dans l’état actuel des choses, un Français de gauche n’a pas d’autre choix que de voter Le Pen. Le Pen, ce n’est pas Geert Wilders, elle n’est pas aveuglée par une question unique. Elle a un soutien communiste solide. Ce n’est pas la candidate idéale pour la gauche, mais quand on est mendiant, on n’a pas le choix.

Si c’est elle qui gagne, la révolution mise en route par l’élection de Trump va se poursuivre. Si elle échoue, nous allons reculer jusqu’à la case départ. Trump aura remporté sa victoire surprise pour rien. Les gens au pouvoir ont appris la leçon.

Peut-être que désormais la division droite-gauche n’a plus de raison d’être ; ce qui compte c’est l’attitude à avoir face au mondialisme et au néolibéralisme. Peut-être, je dis bien, en théorie, et je suis d’accord à ce niveau. Nous pourrions dire que peut-être Bannon aurait mieux fait que Trotski. Mais nous constatons que la droite antimondialiste ne tient pas sa promesse. Bannon a été chassé, et Trump n’est pas sûr d’être décidé à renvoyer Janet Yellen de la Réserve fédérale faire ses valises. C’est précisément le moment où la gauche est attendue au tournant pour attaquer le bastion des banquiers et de leurs pairs.

Les antimondialistes de droite ne vont pas disparaître, de toute façon ; la gauche rajeunie des fils de Lénine devrait les considérer comme des alliés possibles. Cependant, les révolutions triomphent quand elles sont conduites par des hommes d’une carrure hors du commun, et ce genre de personnages peut surgir des deux côtés du spectre politique.

Israel Shamir peut être joint sur adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Source:
http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/face-a-laurora-la-gauche-et-les-liberaux/

Expulsion of the Montreal and Valleyfield Cells of the Revolutionary Communist Party/Expulsion des cellules de Montréal et de Valleyfield du Parti communiste révolutionnaire

(English follows)

Note : Dans le document qui suit, l’on fait référence aux branches montréalaises d’organisations de masses aux côtés de la cellule montréalaise du PCR. Jusqu’à présent, comme la clique des vieilles idées rejette la ligne de masse et le rôle indépendant des organisations de masses, il devrait être entendu que ce sont plus ou moins les mêmes personnes dans le MER-Montréal, le MRO-Montréal, le FFPR-Montréal, le Front rouge des jeunes, la cellule de Montréal et le leadership du District du Québec. Ainsi, bien qu’il serait insensé, par exemple, d’agglomérer les actions du MER-Ottawa alors que l’on critique le PCR à Ottawa, à Montréal lesdites « organisations de masses » (petits mouvements) et la cellule sont beaucoup plus directement liées qu’ailleurs.

C’est d’une immense tristesse que le Comité Central du Parti communiste révolutionnaire (PCR-RCP) annonce l’expulsion des cellules de Montréal et de Valleyfield du Parti. Alors que nous reconnaissons que ceci est une mesure très sévère, elle l’a été forcée de notre main. Le leadership de Montréal a saisi le contrôle du site internet du Parti et est activement en train de prévenir les communications entre le Comité Central et les cellules de Montréal et Valleyfield. Ainsi nous sommes incapables de discerner quelle est l’étendue des membres qui soutiennent les gestes de la clique des vieilles idées. Par conséquent, dans la mesure où ces deux cellules ne reconnaissent apparemment pas la légitimité de la direction du Parti, nous ne sommes laissés qu’avec aucun autre choix que d’expulser les cellules dans leur ensemble. Nous reconnaissons que ce ne sont pas tous les membres de ces cellules qui soutiennent le comportement obstructionniste de la clique des vieilles idées ; comme nous le délimiterons ci-dessous, nous invitons tous les membres de ces cellules qui reconnaissent le leadership légitime du Parti d’entrer en contact avec nous pour une réadmission dans les rangs du Parti.

Nous désirons rendre explicite que ces expulsions ne sont pas le résultat de la lutte de ligne en cours dans le Parti (sur la question de la ligne de masse avec des questions subsidiaires, dont le féminisme prolétarien et le rôle des syndicats). Ces expulsions sont le résultat d’infractions organisationnelles et procédurales – des infractions qui porteront gravement atteinte au Parti si laissées intraitées. Les raisons pour les expulsions vont comme suit :

–Défaut d’initier une campagne de rectification mandatée

Le 5 mars, le Comité Central a mandaté la cellule de Montréal de se conformer à une campagne de rectification ayant pour but de rectifier le travail de la cellule. Une copie de cette résolution du CC a été inclue ci-joint en annexe. Peu de temps après que cela n’ait été décidé, le leadership de Montréal a déclaré le CC illégitime et a rompu les communications. Dans ce contexte, il a été impossible de lancer cette cruciale campagne de rectification.

-Usage de la violence afin de résoudre des désaccords politiques

Récemment, un schéma d’utilisation de la violence s’est développé envers autrui parmi la gauche comme moyen de résoudre les désaccords politiques. Le premier incident a eu lieu le 4 mars à la Maison Norman Bethune, où quatre sympathisants du PCR-RCP ont attaqué trois autres sympathisants du PCR-RCP sur la base de la lutte de ligne en cours. Le 5 mars, un membre du Comité central a été menacé de ne pas se rendre à la Maison Norman Bethune par l’un des dirigeants montréalais. Plus récemment, il y a eu l’incident au Café Aquin, où deux membres du PCR-RCP (qui avaient déjà été expulsés!) ont agressé un barista parce qu’on leur avait dit de ne pas faire d’affichage. Dans chacun de ces cas, les assaillants n’ont absolument pas affiché quelque regret que ce soit quant à leurs actions. Nous trouvons que c’est une conduite totalement répréhensible, et non une manière maoïste de résoudre les contradictions entre au sein du Peuple.

-Schéma de désintérêt à lutter politiquement

De pair avec l’usage de la violence pour traiter de désaccords politiques, nous observons un désintérêt de la clique des vieilles idées à s’engager dans toute lutte politique. Notons ici le soudain départ du MER-Montréal du MER-RSM sans lutter au préalable avec le reste de l’organisation, la manifestation soudaine du déplaisir des dirigeants précédents avec le travail du Parti dans les dernières années sans rendre explicites leurs critiques en temps opportun, et un schéma répété au dernier Congrès où des membres de la clique des vieilles idées votaient continuellement contre toute possibilité de débat interne ou de discussion sur les questions litigieuses. La clique des vieilles idées a également préféré l’intrigue à la lutte politique quand la question des politiques trans sont survenues dans le FFPR.

–Interférence dans une investigation à propos d’allégations d’abus sexuels

Nous avons récemment reçu des informations selon lesquelles quelqu’un de la clique des vieilles idées aurait agressé sexuellement un ancien membre du Parti. Avant tout, nous désirons rendre abondamment clair que ces accusations n’ont pas été faites par la survivante, mais plutôt par une tierce personne et pas à la demande de la survivante. Le Comité Central avait entamé une investigation dès que cette question nous avait été soulevée. Récemment, un membre de la clique des vieilles idées a déclaré avoir reçu une lettre de la survivante niant ces accusations. Cependant, la clique des vieilles idées a refusé de transmettre la lettre au Comité Central, rendant ainsi l’investigation considérablement plus difficile. En conséquence, l’enquête est toujours en cours.

–Transphobie

La clique des vieilles idées défend la transphobie sous le couvert du féminisme prolétarien. Plus précisément ici, nous faisons référence à un certain nombre d’éléments. Un document intitulé « Sur le FFP et l’Oppression des femmes » avait été soumis par des membres du FFPR-Montréal et subséquemment rejeté par le Congrès. Ce document rejette l’idée qu’il existerait les « cisgenres » et réfèrent aux femmes trans comme simplement des hommes, qui sous le malaise du patriarcat, ont décidé de s’assujettir à l’oppression de genre. Mise à part de ce document, une supporter trans du Parti à Montréal a été mise du côté dans le FFPR et ultimement de la cellule elle-même dû à son identité et son apparence. Une camarade du FFPR qui a questionné la décision fut également ostracisée. Nous avons également relevé un schéma de constante mauvaise utilisation des pronoms appropriés par les membres de la clique des vieilles idées.

–Vol

Lorsque la clique des vieilles idées a déclaré que le Comité Central comme étant supposément illégitime, elle ne s’est pas seulement saisie du site internet du Parti, mais aussi de la majorité de ses ressources. Ils étaient capables de faire ainsi étant donné que plusieurs de la clique des vieilles idées constituaient le « leadership historique du groupe » – ceux qui menaient autrefois le Parti, mais qui ne siègent présentement pas sur le Comité Central. Le Comité Central ne s’attendait pas à ce qu’il y aurait des problèmes de cette magnitude et ne voyait aucun problème à ce que les ressources soient tenues aux mêmes endroits que dans le passé. En conséquence, la clique des vieilles idées s’est défilée avec la majorité des économies du Parti – un montant substantiel après 10 ans – ainsi que ses ressources physiques (incluant plus de 1000 copies-papier de la dernière parution de notre journal théorique) tout en laissant le Comité Central avec la responsabilité de rembourser les dépenses faites en notre nom.

-Rejet du centralisme démocratique

Depuis un bon moment, nous avons de sérieux problèmes avec la centralisation de l’information, ainsi que la décentralisation des décisions, entre le Comité central et la cellule de Montréal. D’une part, ceci était en conséquence du refus de la clique des vieilles idées de reconnaître l’autorité du Comité central. Au contraire, cette clique a pris la décision de constituer un « deuxième centre » qui se chargeait de prendre de décision pour le Québec sans impliquer le Comité central. Des problèmes sont donc survenus lorsque la cellule de Montréal et le District du Québec (effectivement les mêmes personnes) ont voté pour « non-intégré » un membre transféré d’une autre ville, malgré le fait que la constitution du parti dit très clairement que seul le Comité central a l’autorité d’expulser des membres. Ceci est devenu encore plus problématique lorsque la clique des vieilles idées, qui ne représentait plus la majorité du parti avec uniquement 15% de l’effectif, a déclaré le comité central comme non légitime et a annulé sa décision d’expulser les 4 membres responsables de l’assaut du 4 mars 2017. Depuis, cette clique a voyagé partout au Québec en tentant de faire signer au membre un document qui déclare la clique des vieilles idées comme la direction légitime du parti. Même ici, dans leur comportement factionnel flagrant, ils refusent de suivre les procédures du centralisme démocratique de l’organisation, contournant la direction locale pour discuter avec des « camarades à qui on fait confiance » dans le but d’avoir un support de la région. La clique des vieilles idées nous a démontré qu’ils rejettent le centralisme démocratique du PCR-RCP pour favoriser leur propre vision orgueilleuse et subjective.

Bien que plusieurs des problèmes discutés ci-haut ne sont pas nouveaux, le comité central espérait les résoudre par un processus de rectification. Cela étant dit, avec les actions récentes nous croyons maintenant que ces problèmes soient assez importants pour justifier l’expulsion totale de la clique de vieilles idées, et par conséquent, les cellules de Montréal et Valleyfield.

Comme nous avons mentionné plus tôt, nous sommes certains que ces actions et positions ne reflètent pas la totalité des camarades à Montréal et Valleyfield. Malheureusement, en conséquence du fait que la clique des vieilles idées nous a rendu la communication avec eux impossible, nous n’avons pas le choix d’expulser les cellules de façon entière. Au camarade dans ses cellules nous voulons rendre de quoi très clair; peu importe votre opinion dans la lutte de ligne présentement, si vous reconnaissez la direction officielle du parti, contactez le comité central à : pcr.rcp.canada@gmail.com et vous serez réintégré.

Le comité central du PCR-RCP aimerait aussi prendre cette opportunité pour s’excuser aux masses montréalaises pour les erreurs sérieuses que nous avons commises dans le passé. Nous nous excusons auprès des travailleurs du Cafée Aquin pour l’assaut physique qui s’est déroulé dans leur lieu de travail sous le nom de notre parti. Nous nous excusons pour les camarades queer et trans pour la transphobie commise de la part de la cellule montréalaise, le MER, et le FFPR. Nous nous excusons pour le sectarisme de l’ancienne cellule de Montréal, en particulier à l’IWW. Et nous nous excusons aussi aux masses en général, celles et ceux impliqués dans les initiatives de la cellule de Montréal pour les manières bureaucratiques de leur direction ainsi que pour leur non-respect des organisations de masses automne. Finalement nous aimerons aussi nous excuser à tout le monde affecté par ces comportements antagonistes et sans principes pour notre inhabilité d’arrêter ces tendances destructives de la part de la clique des vieilles idées ainsi que pour le mal qu’ils ont commis à la gauche et aux masses montréalaises.

Dans le but de consolider l’expulsion de ces deux cellules problématique, le Comité central du PCR-RCP demande aux gens et aux organisations de considérer les demandes suivantes : tant que ces individus s’organisent sous le titre du « Parti communiste révolutionnaire », nous demandons qu’ils ne soient pas inclus dans des coalition ou autre initiative de gauche. Tant que les comportements problématiques perdurent, c’est l’opinion du Comité centrale que la clique des vieilles idées devrait être complètement isolée au niveau politique.

Nous voulons aussi prendre cette opportunité pour annoncer le lancement d’un nouveau comité d’organisation à Montréal. En termes clairs, le PCR(CO)-Montréal est la seule représentation légitime du PCR-RCP à Montréal. Illes ont commencé du travail de masses avec le lancement de ROAR, une organisation révolutionaire queer. Nous applaudissons leur ténacité et leur engagement à la politique révolutionnaire dans ce qui est sans doute une situation volatile et difficile. Nous invitons tous les autres individus et organisations à Montréal qui sont intéressés par le PCR-RCP de contacter le PRC(CO)-Montréal.

En conclusion, il est décevant que nous devions expulser les cellules de Montréal et Valleyfield. Nous reconnaissons que plusieurs membres de la clique des vieilles idées étaient instrumentales dans l’établissement d’une politique MLM en Amérique du Nord et dans la construction du PCR-RCP. Ceci est sans doute un pas vers l’arrière pour notre organisation, même si ce n’est que temporaire. Nous espérions qu’avec le temps nous pourrions regagner la confiance des masses montréalaises. Et qu’avec nos méthodes correctes de travail nous pourrons rebâtir le PCR à Montréal.

– Le Comité central du PCR-RCP

Source:  https://pcrrcp.wordpress.com/2017/05/02/expulsion-des-cellules-de-montreal-et-de-valleyfield-du-parti-communiste-revolutionnaire/

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Expulsion of the Montreal and Valleyfield Cells of the Revolutionary Communist Party

Note: In the following document, reference is made to Montreal branches of mass organizations alongside the RCP cell in Montreal. Insofar as the old-ideas clique rejects the mass line and the role of independent mass organizations, it should be understood that it is more-or-less the same people in the MER Montreal, MRO Montreal, FFPR Montreal, Red Youth Front, the Montreal RCP cell, and the Quebec District leadership. Thus, while it would not make sense to, for instance, criticize the actions of the RSM in Ottawa when criticizing the RCP in Ottawa, in Montreal the “mass organizations” (small movements) and cell are much more directly linked than elsewhere.

It is with great sadness that the Central Committee of the Revolutionary Communist Party (PCR-RCP) announces the expulsion of the Montreal and Valleyfield cells of the PCR-RCP. While we recognize that this is a heavy-handed measure, our hand has been forced. The leadership of the Montreal cell has seized control of the Party’s website and is actively preventing communications between the Central Committee and the cells in Montreal and Valleyfield. Thus we are unable to discern to what extent the members of these cells agree support the actions of the old-ideas clique. As a result, insofar as these two cells ostensibly do not recognize the legitimacy of the Party leadership, we are left with no other choice than to expel the cells as a whole. We recognize that not all members of these cells support the obstructionist behaviour of the old-ideas clique; as we will outline below, we therefore invite any members of these cells who recognize the legitimate leadership of the Party to get in contact with us for re-admission into the Party.

We want to make clear that these expulsions are not a result of the ongoing line struggle (over the question of the mass line with subsidiary questions including proletarian feminism and the role of unions) in the Party. These expulsions are a result of organizational and procedural infractions: infractions which, if not addressed, undermine the entire party. The reason for the expulsions is as follows:

–Failure to Initiate a Mandated Rectification Campaign

On March 5, the Central Committee mandated that the Montreal cell comply with a rectification campaign, intended to rectify the cell’s work. A copy of the Central Committee resolution has been included below as an addendum. Shortly after this was passed, the Montreal leadership declared the Central Committee illegitimate and has broken off communications. In this context, it has been impossible to launch the badly needed rectification campaign.

–Use of Violence to Solve Political Disagreements

There has been a recent pattern of using violence towards others on the left as a means of solving political disagreements. The first incident occurred on March 4 at Maison Norman Bethune, where four supporters of the PCR-RCP attacked 3 other supporters of the PCR-RCP over the ongoing line struggle. On March 5, a member of the Central Committee was threateningly told to not go to the Maison Norman Bethune by one of the Montreal leadership. And more recently, there was the incident at Café Aquin, where two supporters of the PCR-RCP (who had already been expelled!) assaulted a barista because they were told not to poster. In each of these cases, the assailants have been totally unapologetic about their actions. We find this to be totally reprehensible conduct, and not a Maoist way of solving contradictions among the people.

-Pattern of Unwillingness to Struggle Politically

In line with the use of violence to solve political disagreements, there is an unwillingness on the part of the old-ideas clique to engage in any political struggle. We point here to the sudden departure of the MER Montreal from the MER-RSM without first struggling with the rest of the organization, sudden accounts of past leaders having been unhappy with the work of the Party for years despite not voicing criticisms at the time, and a repeated pattern at the last Congress whereby members of the old-ideas clique continually voted against having any sort of internal debate or discussion on contentious issues. The old-ideas clique also preferred intrigue to political struggle when the question of trans politics arose in the FFPR.

–Interference with an Investigation into Sexual Assault Allegations

We recently received information that someone from the old-ideas clique allegedly sexually assaulted a former member of the Party. We want to make absolutely clear that these allegations were not made by the survivor, but rather by a third person, and not at the request of the survivor. The Central Committee has been investigating this issue since we first learned of it. Recently, some members of the old-ideas clique alleged to have received a letter from the survivor denying the allegations. However, the old-ideas clique has refused to turn over this letter to the Central Committee, making the investigation considerably more difficult. As a result, the investigation is still ongoing.

–Transphobia

The old-ideas clique upholds transphobia under the guise of proletarian feminism. Specifically here we point to a number of events. A document titled “On the PFF and the Oppression of Women” was submitted to the last Congress by members of the Montreal FFPR and subsequently rejected by the Congress. This document rejects the idea that there is such a thing as “cis-sex”, and refers to trans women as simply men who, under the malaise of patriarchy, have decided to subject themselves to gender-based oppression. Aside from this document, a trans supporter of the Party in Montreal was pushed out of the FFPR and then ultimately the cell itself due to their gender identity and appearance. A member of the FFPR who questioned that decision was also ostracized. There was also a pattern of consistent misgendering of trans comrades by members of the old-ideas clique.

–Theft

When the old-ideas clique declared the Central Committee to be illegitimate, they not only seized control of the Party website but also the majority of the Party’s resources. They were able to do so because many of the old-ideas clique constitute members of the “historical leadership group”; those that formally led the Party, but who are currently not on the Central Committee. The current Central Committee did not expect that there would be issues of this magnitude, and so saw no issue with the Party’s resources being held in the same locations they had been previously. As a result, the old-ideas clique has absconded with the majority of the party’s savings –a substantial amount after 10 years – and physical resources (including 1000 printed copies of the latest edition of our theoretical journal) while also leaving the Central Committee with the responsibility to repay previously incurred expenses.

-Rejection of Democratic Centralism

For some time now there have been issues with centralization of information to, and decentralization of decisions from the Central Committee to the Montreal cell. In part, this was due to the tacit rejection, on the part of the old-ideas clique, of the authority of the Central Committee. Instead, the old-ideas clique constituted a “second centre” which in essence made decisions for Quebec without involving the Central Committee. Issues arose previous to the recent events when the Montreal cell and the Quebec District (effectively the same people) both voted to “not-integrate” a transferred member, despite our Constitution being very clear that only the Central Committee has the authority to expel anyone. This issue came to a head when the old-ideas clique was no longer the majority of the Party’s leadership; the old-ideas clique unilaterally, representing only 15% of the Party’s membership at most, declared the Central Committee to be illegitimate and overturned the decision to expel the four supporters involved in the March 4 assault. Since declaring the Central Committee to be illegitimate, the old-ideas clique have travelled around Quebec attempting to get the Quebec branches to sign a document declaring the members of the old-ideas clique the legitimate leadership of the Party. Even in this blatant factional behaviour they refuse to abide by the democratic centralism of the Party, bypassing local leadership and instead going to “trusted” comrades for the endorsement. The old-ideas clique, insofar as they do not abide by the authority of the legitimate democratically elected Central Committee, has shown that they reject the democratic centralism of the PCR-RCP and instead give pride-of-place to their own subjective opinions.

While many of these issues are not new, the Central Committee had hoped that they could be solved through rectification. However, due to recent events we feel they are now serious enough to warrant the expulsion of the old-ideas clique, and by extension, the Montreal and Valleyfield cells.

As mentioned earlier, we are sure that these actions and positions are not reflective of all comrades in the Montreal and Valleyfield cells of the Party. However, because the old-ideas clique has made it impossible for us to contact members of these cells, we have been forced to expel the entire cells. To the comrades in these cells we want to make it clear: regardless of your position in the line struggle, if you recognize the current leadership as legitimate, please contact the Central Committee at: pcr.rcp.canada@gmail.com and you will be reinstated.

The Central Committee of the PCR-RCP would also like to take this time to apologize to the masses of Montreal for the very serious mistakes we have committed in the past. We apologize to the workers of Café Aquin for the recent assaults committed under the name of the Party. We apologize to queer and trans comrades for the transphobia of the Montreal cell and the FFPR. We apologize for the sectarianism of the former Montreal cell, specifically to the IWW. And we also apologize to the masses more broadly and those involved with the initiatives of the Montreal cell for the bureaucratic manner in which the cell oversaw its work, and the lack of importance it gave to independent mass initiatives. Further, we want to apologize to everyone affected by this unprincipled and antagonistic behaviour for our inability to reign in these destructive tendencies on the part of the old-ideas clique and prevent them from doing harm to others on the left and the masses more broadly.

Insofar as the Montreal and Valleyfield cells of the RCP have been expelled, the Central Committee requests that other people and organizations consider these facts. Until these individuals stop using the “Revolutionary Communist Party” name, we ask that they not be included in coalitions or other joint initiatives. Until many of these problems are rectified, it is the opinion of the Central Committee that the old-ideas clique should be politically isolated.

We would also like to take this opportunity to announce the launch of a new Organizing Committee in Montreal. In no uncertain terms, the Montreal RCP (OC) is the only legitimate representative of the RCP in Montreal. In turn they have begun mass work in earnest, with the launch of ROAR: a mass organization of queer revolutionaries. We applaud their tenacity and commitment to revolutionary politics in what is surely a volatile and difficult situation. We invite all other individuals and organizations in Montreal who are interested in working with the RCP to contact the RCP (OC) in Montreal.

In closing, it is unfortunate that we have been forced to expel the Montreal and Valleyfield cells. We recognize that many of the old-ideas clique were instrumental in bringing MLM to North America, and in the construction of the PCR-RCP. This is undoubtedly a step backwards for our organization, if only a short-term one. We hope that in time we can regain the trust of the masses of Montreal, and we know that with correct methods our work will recover in the Montreal region.

-The Central Committee of the PCR-RCP

 

Source: https://pcrrcp.wordpress.com/2017/05/02/expulsion-of-the-montreal-and-valleyfield-cells-of-the-revolutionary-communist-party/

DÉCLARATION INTERNATIONALISTE À L’OCCASION DU 1ER MAI 2017

Un 1er Mai rouge, révolutionnaire et internationaliste!

«Le drapeau de la révolution d’Octobre est invincible»
– Mao Zedong

Cette année marque le centenaire de la révolution d’Octobre. Les impérialistes, les réactionnaires, les réformistes et les opportunistes de toutes sortes s’affairent à effacer, assombrir, dénigrer et souiller cet événement, comme ils l’ont fait l’an dernier à l’occasion du 50e anniversaire de la Grande Révolution culturelle prolétarienne. Ils agissent ainsi parce qu’ils savent que le puissant message que ces événements communiquent aux prolétaires et aux masses populaires est de plus en plus actuel. Pour nous débarrasser de l’impérialisme, du capitalisme, des guerres, de l’exploitation du prolétariat et de l’oppression des peuples, nous devons faire la révolution prolétarienne! La classe ouvrière doit arracher le pouvoir politique des mains des classes dominantes, établir son pouvoir, son État – la dictature du prolétariat – et construire le socialisme; elle doit développer et poursuivre la révolution dans chaque pays et dans le monde entier pour se débarrasser des chaînes de l’impérialisme et marcher vers le communisme mondial.
Le système impérialiste apparaît tel que Lénine l’avait analysé et décrit dans son important ouvrage, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme: savoir un système pourri et décadent. Sous toutes les latitudes, l’impérialisme et ses gouvernements continuent à faire face à une crise économique, financière, politique et sociale profonde et en font porter le fardeau sur les épaules des prolétaires et des masses à l’intérieur de leurs frontières, et sur celles des peuples et des nations opprimées à l’échelle internationale. L’impérialisme, ce sont les guerres économiques, les guerres d’agression et le pillage pour la redivision du monde. L’impérialisme, c’est la réaction et le fascisme. L’impérialisme est le stade suprême du capitalisme et nous rappelle chaque jour la nécessité de le renverser. C’est pourquoi le message de Lénine et de la révolution d’Octobre est plus vivant que jamais!
Aux États-Unis, qui constituent la puissance impérialiste la plus forte, la victoire de Donald Trump reflète la crise de l’impérialisme yankee et ses tentatives de s’en sortir par la guerre économique, la domination militaire, le contrôle des régions stratégiques sur le plan géopolitique et la redéfinition des alliances sur les divers théâtres de guerre. La victoire de Trump démontre la barbarie de la supposée «démocratie états-unienne», avec un milliardaire fasciste au pouvoir qui mène la guerre contre les masses paupérisées à l’intérieur et les peuples opprimés à l’étranger. La victoire de Trump alimente dans l’ensemble des pays impérialistes la réaction, l’État policier, la militarisation, l’état d’urgence permanent et la guerre interne contre les prolétaires, les droits des femmes, le peuple afro-américain, les immigrantes et immigrants qui font face aux murs et aux expulsions, les musulmanes et les arabes, et les idées progressistes dans les écoles, les universités, les médias, l’art et la culture.
Cette nouvelle phase agressive de l’impérialisme US aiguise les contradictions inter-impérialistes, notamment avec la superpuissance atomique qu’est l’impérialisme russe, la nouvelle puissance social-impérialiste que constitue la Chine, et les pays membres de l’Europe impérialiste sous hégémonie allemande. La compétition mondiale pour la division des marchés entre les pays impérialistes et la lutte pour le contrôle des ressources énergétiques sont à l’origine et alimentent les guerres d’agression et les guerres réactionnaires qui sèment la mort, les massacres et la destruction partout dans le monde.
Ce sont les guerres d’agression impérialistes dans chaque recoin de la planète qui donnent naissance aux grandes vagues migratoires! C’est la barbarie des guerres impérialistes et leur effet boomerang à l’intérieur même des citadelles impérialistes qui font couler le sang dans leurs rues!
Dans les pays impérialistes, les États et les gouvernements des maîtres du monde poursuivent une guerre interne contre les prolétaires et les masses populaires, que la crise, l’oppression et la répression poussent à lutter et à se révolter de plus en plus.
Dans les pays opprimés par l’impérialisme, les prolétaires et les peuples intensifient leurs luttes de libération nationale; il faut appuyer en particulier la lutte des peuples palestinien et arabe contre l’État sioniste et l’impérialisme, et les guerres populaires. De l’Inde aux Philippines en passant par la Turquie et le Pérou, la guerre populaire dirigée par les partis marxistes-léninistes-maoïstes montre la voie pour se libérer de l’impérialisme et des régimes réactionnaires et construire des États de démocratie nouvelle en marche vers le socialisme. La guerre populaire en Inde, qui célèbre aujourd’hui le 50e anniversaire du «soulèvement de Naxalbari» qui lui a ouvert la voie, résiste aux massacres, à l’opération «Green Hunt», à la répression contre les maoïstes, les Adivasis, les étudiantes, étudiants et les intellectuelLEs démocratiques et révolutionnaires, les ouvriers, les paysannes, les femmes en lutte et les minorités nationales; elle démontre que rien ne peut arrêter la guerre et la lutte populaires pour la libération, tout comme rien ne peut empêcher le soutien international qu’elle génère.
La révolution d’Octobre et le grand Lénine ont montré qu’on ne peut lutter et gagner contre l’impérialisme et ses États sans lutter contre le révisionnisme et l’opportunisme.
Les conditions objectives sont favorables à la révolution, qui constitue la tendance principale à l’échelle du globe. Les sociaux-démocrates, les ex-partis «communistes» devenus révisionnistes et réformistes ont perdu tout crédit aux yeux des masses et démontré qu’ils ne sont plus d’aucune utilité pour défendre les conditions de vie et de travail des masses ou s’opposer à l’impérialisme, aux guerres, au fascisme et à l’État policier. En même temps qu’on assiste à la crise de ces courants, on voit monter les tendances populistes réactionnaires et les mouvements fondamentalistes réactionnaires qui divisent les masses et les attachent au chariot de telle ou telle puissance impérialiste et en fin de compte, aux fractions les plus réactionnaires de l’impérialisme, de la bourgeoisie et des régimes qui les servent. Les prolétaires et les masses populaires doivent rejeter avec fermeté les illusions de la voie parlementaire et pacifique, qui vise à les désarmer, et adopter avec hardiesse la voie révolutionnaire.
La guerre populaire est la forme de lutte révolutionnaire la plus avancée; c’est pourquoi nous devons l’appuyer dans tous les pays où elle a déjà été déclenchée et la préparer dans tous les autres en fonction des conditions concrètes de chaque pays. Il faut construire des partis communistes authentiques qui seront l’avant-garde de la classe ouvrière et constitueront le noyau dirigeant des masses populaires. Les partis communistes basés sur la science révolutionnaire du marxisme-léninisme-maoïsme se construisent dans le feu de la lutte de classes, en lien étroit avec les masses, en vue du déclenchement et du développement de la guerre populaire, ancrés dans la réalité. Les partis communistes doivent construire le front uni des masses exploitées et de toutes les sections opprimées par l’impérialisme; ils doivent adopter les tactiques appropriées en fonction de la forme que prend la domination politique et militaire dans leur pays.
Dans les pays impérialistes, les partis communistes doivent intégrer dans leurs rangs les nouveaux prolétaires issus de l’immigration, en jouant un rôle d’avant-garde dans leur lutte contre la surexploitation, l’esclavage et le racisme. Ils doivent rassembler et organiser la révolte de la jeunesse et la lutte des femmes afin d’en faire une puissante force pour la révolution. Les partis communistes doivent lutter contre leur propre impérialisme et le considérer comme l’ennemi principal du prolétariat et des peuples opprimés, en se tenant fermement du côté des masses des nations opprimées. Aujourd’hui en particulier, nous devons lutter contre l’occupation impérialiste de l’Afghanistan, l’agression impérialiste en Syrie et les menaces nucléaires contre la Corée du Nord. La guerre impérialiste et la dictature réactionnaire de la bourgeoisie soulèvent la nécessité pour les partis communistes de s’équiper pour être capables de leur opposer la guerre populaire et de construire leur force combattante comme noyau de l’armée rouge.
En plus des politiques de génocide, les guerres populaires font également face aux pièges des négociations de paix qui, loin de leur permettre de grossir leurs forces et de se consolider en vue de l’offensive stratégique, n’ont d’autre objectif que de les dérouter, les étouffer et les diviser, afin de les amener à se rendre.
L’internationalisme, c’est l’unité entre le prolétariat et les peuples opprimés du monde entier contre l’ennemi commun.
L’internationalisme «consiste à travailler avec abnégation au développement du mouvement révolutionnaire et de la lutte révolutionnaire dans son propre pays, à soutenir (par la propagande, la sympathie, une aide matérielle) cette même lutte, cette même ligne, et elle seule, dans tous les pays sans exception». – Lénine
L’internationalisme, c’est la construction d’une nouvelle organisation internationale, qui, en abordant les problèmes actuels auxquels les communistes sont confrontés, sera capable de générer une ligne générale pour le mouvement communiste international et une nouvelle Internationale communiste.
Vive le 100e anniversaire de la grande révolution d’Octobre!
Mort à l’impérialisme! En avant vers la guerre populaire prolongée partout dans le monde!
Vive les luttes des prolétaires et des peuples opprimés!
Vive l’internationalisme prolétarien!
Pour un avenir rouge et socialiste, marchons vers le communisme!
Liste des signataires:
Collectif maoïste iranien
Comité pour la construction du Parti communiste maoïste, Galice, État espagnol
Democracy and Class Struggle, État britannique
Klassenstandpunkt («Point de vue de classe»), équipe éditoriale, Allemagne
La voix ouvrière – Malaisie
Ligue révolutionnaire maoïste – Sri Lanka
Mouvement communiste de Serbie
Mouvement communiste maoïste, Tunisie
Noyau communiste du Népal
Organisation de travail communiste – Tunisie
Parti communiste (maoïste) d’Afghanistan
Parti communiste de l’Inde (maoïste)*
Parti communiste du Brésil (Fraction rouge) – PCB (FR)
Parti communiste du Népal (maoïste révolutionnaire)
Parti communiste maoïste – France
Parti communiste maoïste – Italie
Parti communiste maoïste du Manipur
Parti communiste révolutionnaire (District du Québec)
Parti des khadéhines – Tunisie
Revolutionary Praxis – Grande-Bretagne
Union communiste ouvrière (MLM) – Colombie

 

Source: http://www.pcr-rcp.ca/fr/4475

Déclaration du PCR à l’occasion du 1er mai 2017/RCP May Day 2017 Statement

(English follows)

À l’occasion de la Journée Internationale des travailleurs et travailleuses du 1er Mai,  nous rebloguons simplement la déclaration du PCR-RCP

 

Déclaration du PCR à l’occasion du 1er mai 2017
par pcrrcp

Ce 1er mai 2017 marque le centième anniversaire de la révolution bolchevique en Russie. Après avoir passé des décennies à se faire dire que le capitalisme était la fin de l’histoire, voici que le communisme est de nouveau à l’ordre du jour, enfin! Près de trois décennies après la chute du Bloc de l’Est, période où les capitalistes nous ont soumis à toutes les formes de brutalité tout en claironnant que la révolution socialiste était une erreur colossale, l’étiquette attachée au communisme ne colle plus autant. Face à cela, les capitalistes réagissent en augmentant d’un cran leur campagne idéologique contre le communisme. Les capitalistes ne manquent plus une occasion pour rappeler à la classe ouvrière qu’il n’y a pas d’espoir, comme quand ils construisent un monument aux «victimes» du communisme ou quand ils réprimandent les «milléniaux» de s’intéresser à cette idée. La révolution communiste continue d’effrayer ceux qui ont pour préoccupation de défendre le capitalisme.

Depuis le début des années 90, le cri de ralliement à la révolution communiste pouvait tout de même se faire entendre depuis les coins les plus marginalisés du monde, à travers des insurrections de masse et des guerres populaires, et dorénavant elle commence à se faire entendre au cœur des pays impérialistes. De multiples guerres impérialistes, et un accroissement exponentiel de l’oppression et de l’exploitation mondialement n’ont pas réussi à faire taire la résistance ni la volonté pour une révolution communiste. Bien que ce soit devenu une habitude pour nos classes dirigeantes de se moquer de leurs victimes comme étant «naïves» de simplement oser se battre pour une vie meilleure, ça a aussi toujours été une habitude pour les victimes de lutter pour exister et pour envisager un monde meilleur; un monde décrié comme étant impossible par ceux qui sont prêts à annihiler presque tout ce qui vit juste pour que le flux de production capitaliste et de profits puisse perdurer.

Sur le champ de bataille mondial, la contradiction entre l’impérialisme et les masses opprimées devient plus apparente alors que les nations les plus puissantes défendent leurs intérêts en bombardant et en envahissant de plus en plus de régions. L’impérialisme se fait plus parasite et prédateur à mesure qu’il s’enfonce dans une guerre d’attrition: depuis l’invasion de l’Afghanistan il y a quinze ans, la guerre contre le terrorisme s’est révélée être une guerre sans fin. L’impérialisme est un système qui est déchiré par des contradictions internes, celle entre les capitalistes qui se font concurrence, et le monde unilatéral conçu par les États-Unis comme un «nouvel ordre mondial» est en train de s’écrouler. Les contradictions entre les États-Unis et la Russie, entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, même entre les États-Unis et le Canada à certains endroits, amènent la possibilité d’une troisième guerre mondiale, mais aussi une résistance impérialiste accrue.

Au sein des nations impérialistes, la contradiction entre les capitalistes et la classe ouvrière s’intensifie, et fait beaucoup plus de bruit qu’il y a une décennie seulement. Les mesures d’austérité, le refus anti-scientifique de s’attaquer au changement climatique, la guerre sans pitié menée contre plusieurs communautés opprimées, l’assaut répété contre l’organisation et les conditions de vie de la guerre ouvrière, et même le spectre du fascisme, font sauter le mythe d’une utopie capitaliste. La longue crise qui a commencé en 2008 n’est toujours pas terminée pour la grande majorité des gens, même si les profits des capitaliste sont revenus; ce sont les plus opprimé.es et exploité.es qui ont dû payer les pots cassés de la mauvaise gestion capitaliste. Tout cela contribue à ce que la classe ouvrière redécouvre sa mission historique qui est de renverser le capitalisme. Le conflit entre les classes revient au goût du jour.

Pour emprunter une vieille maxime, «le grand chaos qui règne sous les cieux» signifie que la situation est excellente. Toutes ces ouvertures, et tous ces rejets de la vision capitaliste de la réalité, sont autant de feux de broussailles que la classe dirigeante doit éteindre. Malheureusement, même si les circonstances objectives sont effectivement «excellentes», les circonstances subjectives traînent la patte. Le mouvementisme continue d’être la norme. Le révisionnisme et la social-démocratie continuent de dominer la gauche politique. Les faux espoirs dans le social-réformisme et le cirque électoral sont encore là malgré toutes les défaites consécutives. Les politiques identitaires ont réussi à diviser les mouvements et à transformer les luttes anti-capitalistes en tremplins pour le carriérisme d’ONG et l’opportunisme. De même, ces vieux chauvinismes que sont le racisme et le sexisme continuent d’infecter la compréhension de la classe ouvrière au sein de la vieille garde socialiste. Des chauvinismes comme la trans-phobie et le cis-sexisme s’infiltrent dans le mouvement élargi. Dans des sociétés de colonisation de peuplement comme le Canada, le besoin d’auto-détermination autochtone continue d’être le déterminant de toute lutte anti-système. Plus inquiétant encore, le fascisme refait surface en tant qu’obstacle sérieux parce que la gauche élargie n’a pas su créer un mouvement capable d’empêcher son retour.

Maintenant plus que jamais, le cuisant échec de la gauche établie devrait être évident. Contre le mouvementisme, le révisionnisme et les tendances réformistes, nous persistons à dire que le retour contemporain à un parti communiste révolutionnaire est nécessaire. Face à la destruction environnementale, aux mesures d’austérité, à l’émergence de la soi-disant droite alternative, face aux guerres impérialistes et à un mouvement ouvrier désarmé, il n’y aucun sens à aller de l’avant avec un mouvementisme non-redevable et indiscipliné, ou avec une sorte de «communisme» révisionniste qui s’apparente à des sociétés de reconstitution historique. Les menaces lourdes que sont le fascisme et la catastrophe environnementale, si nous sommes pour les prendre au sérieux, nous forcent à remettre la maison en ordre.

Nous avons passé une décennie déjà à s’organiser avec ce cadre révolutionnaire. Nous soutenons encore ce besoin: construire un parti pour mener la guerre au capitalisme, organiser le noyau du prolétariat pour la révolution, et prendre ces tâches au sérieux. Depuis notre fondation en 2007 nous nous sommes étendus à travers le Canada, et ce en mettant nos idées politiques à l’avant-plan de toutes nos initiatives. Nous encourageons les autres à se joindre à nous pour travailler ensemble vers la révolution. Le renversement du capitalisme, de l’impérialisme et du colonialisme ne sera pas une chose facile, mais c’est tout aussi possible que nécessaire.

Il y a 100 ans, la classe ouvrière de Russie renversait ses maîtres et commençait à construire le socialisme, un processus qui a allumé tout le 20e siècle au complet. Cent ans plus tard, malgré les détours et les embûches, les réussites et les défaites, nous poursuivons notre chemin avec ce bagage, en promettant de refaire le coup pour le 21e siècle.

En solidarité:

PCR-RCP

Source; https://pcrrcp.wordpress.com/2017/04/30/declaration-du-pcr-a-loccasion-du-1er-mai-2017/

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RCP May Day 2017 Statement
par pcrrcp

May Day 2017 marks the 100 year anniversary of the Bolshevik Revolution in Russia. Finally, after decades of being told that capitalism is the end of history, communism is again on the agenda. Nearly three decades since the collapse of the Eastern Bloc, a time during which the capitalists triumphantly pursued every form of brutality and told us that socialist revolution was a colossal mistake, communism is losing its stigma. Capitalists have reacted by increasing their ideological campaign against communism. They go out of their way to remind the working class that there is no hope, by constructing monuments to the « victims » of communism and chiding « millennials » for daring to speak this word anew. Communist revolution remains the great fear for those invested in defending capitalism.

Since the early 1990s the rallying cry for communist revolution could be heard from the global margins, through massive insurrections and people’s wars, and now it is beginning to be heard even at the heart of the imperialist countries. Multiple imperialist wars, an exponential increase in worldwide oppression and exploitation has not silenced resistance or the demand for communist revolution. While it is the habit for the ruling classes to call their victims « naïve » for daring to struggle for a better reality, it is also the habit of these victims to struggle to exist and demand a world deemed impossible by those who would seek to annihilate the majority of life just so capitalist production and profit can persist.

On the global battlefield the contradiction between imperialism and the oppressed masses is becoming more apparent as the most powerful nations seek to secure their interests by bombing and invading more and more regions. Imperialism becomes more parasitic and predatory as it sinks into patterns of attrition: since the invasion of Afghanistan fifteen years ago, the War on Terror has truly shown itself to be a war without end. Imperialism as a system is also reaching its own internal contradiction, the contradiction between competing imperialists, as the unilateral world conceived by the US as a « new world order » crumbles. The contradictions between the US and Russia, between the UK and the EU, between even the US and Canada in certain regions, both produce the possibility of a third world war, but also for increased anti-imperialist resistance.

Within the imperialist nations the contradiction between the capitalists and the working class is increasing, no longer as muted as it was even a decade ago. Austerity measures, anti-scientific refusals to deal with climate change, a pitiless war upon multiple oppressed communities, the continued attack on working-class organization and living standards, and even the specter of fascism undermines the myth of capitalist utopia. The long crisis that began in 2008 is still not over for the vast majority, even if profits for capitalists have “recovered”; the most exploited and oppressed have been made to pay for the sins of capitalist mismanagement. All of this increases the possibility of the working-class rediscovering its destiny to overthrow capitalism. Class conflict is increasingly the order of the day.

To borrow an old phrase, the ‘great storm under heaven’ means that the situation is excellent. So many openings, so many rejections of the capitalist vision of reality, innumerable brush-fires that the ruling class attempts to snuff out. Unfortunately, although the objective circumstances are indeed « excellent » the subjective circumstances are still lagging behind. Movementism is still the norm. Revisionism and social-democracy continue to dominate the political left. False hope in social reformism and the electoral circus remains despite failure after failure. Identity politics have succeeded in splintering movements and transforming anti-capitalist struggles into sites for opportunism and NGO careerism. Conversely, old chauvinisms such as racism and sexism continue to infect understandings of the working-class within the socialist old guard. Chauvinisms such as transphobia and cissexism infiltrate the broad movement. In settler-colonial contexts such as Canada the necessity of Indigenous self-determination continues to determine every anti-systemic struggle. Most alarmingly, fascism has reemerged as a serious obstacle because the broad left has failed to create a movement capable of stamping out its return.

Now, more than ever, the failure of the establishment left should be clear. Against the movementist, revisionist, and reformist tendencies we continue to maintain that a contemporary return to the revolutionary communist party is necessary. It is in fact egregious in the face of environmental destruction, austerity measures, the rise of the so-called « alt-right », imperialist wars, and a disarmed worker’s movement to persist with unaccountable and undisciplined movementism or the kind of revisionist « communism » that appeals to historical recreation societies. The very real dangers of fascism and environmental catastrophe, if we take them seriously, demand that we get our house in order.

We have spent a decade organizing according to this revolutionary ethos. We continue to uphold the necessity of: building a party to wage war upon capitalist reality, organizing the hard-core of the working class for revolution, and taking these tasks seriously. Since our foundation in 2007 we have spread across Canada, and have put these politics in command in all of our efforts. We encourage others to join us in building towards revolution. The overthrow of capitalism, imperialism, and colonialism will not be easy, but it is both possible and necessary.

100 years ago, the working class in Russia overthrew their masters and began to build socialism, a process which set the entire 20th century on fire. 100 years later, despite twists and turns, successes and failures, we carry that legacy forward, and promise to do the same to the 21st century.

In solidarity:

PCR-RCP

 

Source : https://pcrrcp.wordpress.com/2017/04/30/rcp-may-day-2017-statement/

Gramsci et le problème du parti

 

Tout au long du 20e siècle, le problème du parti révolutionnaire a été central pour les mouvements d’émancipation, en particulier pour les différents courants s’inscrivant dans la filiation de Lénine (mais aussi pour les courants qui contestaient la nécessité d’un tel parti).

Si le retour de la critique sociale a remis à l’ordre du jour la nécessité d’une rupture avec le capitalisme, la « forme-parti » a été décrétée en crise, sinon en état de mort clinique, et le débat associant la stratégie révolutionnaire à la construction d’un parti a été clos sans que l’on interroge véritablement le vide ainsi laissé.

Dans ce contexte, la référence omniprésente à Gramsci – qui s’inscrivait lui-même dans la tradition léniniste – s’est payée de l’oubli de son élaboration concernant le parti révolutionnaire, pourtant centrale dans sa pensée, au profit d’une vision réductrice de Gramsci comme penseur de l’hégémonie culturelle (contre un Lénine qui aurait, dit-on, méconnu cet aspect).

C’est cette pensée gramscienne du parti que restitue Yohann Douet dans cet article, tout en discutant les grands problèmes et les impasses possibles qui lui sont associés, et en la situant dans les débats contemporains relatifs à la politique d’émancipation.

 

Dans le 13ème des Cahiers de prison, Gramsci caractérise le Parti communiste comme un « Prince moderne ». Comme le Prince de Machiavel, il a pour but de fonder un « nouveau type d’État »[1]. Sa tâche ne s’arrête pourtant pas là, et l’analogie est limitée, car l’État prolétarien qu’il s’agit d’établir n’est pas une fin en soi. Au contraire, cet État est censé mettre fin à la société de classe, et s’abolir ainsi lui-même en tant qu’État, puisque tout État est lié au conflit de classe. Cette abolition doit correspondre, en termes gramsciens, au passage d’un pouvoir qui repose en dernière instance sur la « coercition »[2] à une « société réglée » où l’auto-gouvernement devient la règle. On est donc loin de l’exhortation machiavélienne à « mantenere lo Stato »[3]. Autrement dit, la révolution prolétarienne doit aboutir à un État paradoxal : Lénine parle ainsi d’un État « non État »[4] ou d’un « demi-État »[5] .

Le Parti révolutionnaire est nécessairement contaminé par ce caractère paradoxal, puisqu’il est censé représenter le prolétariat, classe dont l’intérêt historique est le dépassement de toute scission des sociétés humaines en classes. S’il remplit parfaitement son rôle, le Parti est donc voué à disparaître. Gramsci l’affirme explicitement dans le 4ème Cahier : « parce que chaque parti n’est qu’une nomenclature[6] de classe, il est évident que pour le parti qui se propose d’annuler la division en classes, la perfection et l’accomplissement consistent dans le fait de ne plus exister parce que n’existeront plus les classes et donc leurs expressions ». La fin du Parti – son objectif ultime – est sa propre fin – sa disparition.

Afin de produire cette fin paradoxale, le parti doit mettre en œuvre des moyens qui semblent la contredire. Pour fonder un nouvel d’État, c’est-à-dire faire une révolution, le Parti doit lutter contre l’État existant. Il est par là conduit à adopter une organisation centralisée, disciplinée, voire militarisée, qui le rapproche dangereusement de ce qu’il combat. Il doit accepter ce que Gramsci considère être le « fait primordial, irréductible » sur lequel sont fondés la science et l’art politique[7], c’est-à-dire la distinction entre dirigeant-e-s et dirigé-e-s, gouvernant-e-s et gouverné-es. Mais d’un autre côté, il veut précisément abolir cette distinction. La tension entre la fin à atteindre et les moyens mis en œuvre est encore accentuée dans la mesure où l’organisation centralisée et dirigiste risque toujours d’acquérir le statut, non plus d’un simple moyen, mais de la fin véritable : dans ce cas le Parti n’a pas d’autre horizon que sa propre perpétuation dans l’existence, et reconduit finalement la domination, bien que sous une autre forme.

Examinée plus précisément, cette tension entre l’organisation et la tâche qu’elle est censée accomplir nous permettra d’affirmer que le Parti révolutionnaire peut, pour Gramsci, être conçu comme une contradiction en acte. Cette dernière ne peut être gérée et régulée que si la direction consciente du Parti entre dans une relation dialectique avec la base, ce terme désignant à la fois les militant-e-s de base officiellement membres du Parti et la base sociale de ce dernier, c’est-à-dire la ou les classes qu’il représente. On trouve dans les Cahiers de prison et dans certains écrits politiques pré-carcéraux des indications plus concrètes concernant les conditions de possibilité d’une telle dialectique. Pourtant, il nous faudra examiner les limites de cette solution au problème du Parti : elle est incomplète en ce qu’elle ignore différentes garanties de démocratie interne, et elle repose sur des présupposés menacés d’anachronisme.

 

Direction et émancipation

1.Le modèle dirigiste

Gramsci s’inscrit sans conteste dans la filiation de Lénine. Il concrétise sa pensée sur certains points et s’en écarte sur d’autres, mais elle reste néanmoins à l’horizon de ses réflexions. Bien que la pensée de Lénine – de même que la lecture qu’en propose Gramsci – soit aux antipodes du

« marxisme-léninisme » de Zinoviev et de Staline[8], et soit donc loin de pouvoir être réduit à un pur dirigisme et autoritarisme dogmatique, il est clair que Gramsci tire de la théorie et de la pratique politique de l’auteur de Que faire ? l’idée que le parti doit être centralisé et doté d’une direction ferme. Plusieurs raisons justifient cela.

Tout d’abord il est le principal facteur d’unification des masses ; or, pour triompher dans la lutte des classes, l’unité est requise ; puisqu’elle ne viendra pas d’une logiquement purement immanente aux masses elles-mêmes, le Parti devra être monolithique. De plus, dans le temps court de l’action politique, il est nécessaire de posséder un ensemble réduit de dirigeant-e-s efficaces, puisque eux seuls peuvent agir et réagir très rapidement et saisir les occasions opportunes, comme le fit la direction du parti bolchevik lors des journées d’Octobre[9]. Enfin, conformément à la conception développée par Lénine, dans Que faire ? en particulier, seul un parti constitué de « révolutionnaires professionnels » et bien formés peut mener une véritable lutte de classes politique, dirigée contre l’État en place et la société de classe dans son ensemble, et non un ensemble de luttes partielles et restreintes à un niveau principalement économique.

Gramsci utilise une métaphore militaire pour exposer sa conception hiérarchisée et dirigiste de l’organisation. On peut penser cette dernière comme constituée de trois éléments : la base militante est comparable à masse de soldats obéissants et disciplinés ; ils n’acquièrent leur efficace que s’ils sont organisés par un élément intermédiaire ; et ces deux premiers niveaux sont subordonnés à un troisième, celui des « capitaines ». Ce dernier niveau

« centralise au niveau national, rend efficace et puissant un ensemble de forces qui, laissées à elles-mêmes, compteraient pour zéro ou à peine plus ; cet élément est doté d’une haute force de cohésion, de centralisation et de discipline, et aussi (…) d’invention (si on entend invention dans un certain sens, selon certaines lignes de force, certaines perspectives, certaines prémisses aussi). (…) A lui seul cet élément (…) formerait plus que le premier élément considéré »[10].

L’une des tâches fondamentales de ces dirigeant-e-s consiste à former d’autres dirigeant-e-s et à préparer ainsi leur succession, au cas où ils viendraient à disparaître (notamment en étant emprisonnés, comme Gramsci lui-même). Les exigences organisationnelles font donc peser le risque d’un renversement des moyens et des fins, dans la mesure où la pérennisation de l’organisation (sous la forme de la succession des dirigeant-e-s) devient l’un des buts principaux de cette même organisation.

2.  La dimension culturelle de l’activité partidaire

Pourtant le rôle du Parti ne se réduit pas à une fonction de direction et d’organisation politicomilitaire. Il doit également, et peut-être avant tout, remplir un rôle éducateur et intellectuel. Ce qui importe le plus dans un parti « c’est sa fonction, qui est de diriger et d’organiser, c’est-à-dire une fonction éducative, c’est-à-dire intellectuelle »[11].

Son travail politique doit être coextensif à un effort pour élaborer, développer et diffuser auprès des masses une nouvelle « conception du monde ». Celle-ci devra reposer sur philosophie concrète et vivante, qui pourra organiser les masses, et aller jusqu’à changer leur mode de vie. Il s’agit bien entendu de la « philosophie de la praxis », du marxisme comme théorie vivante et agissante. Le Parti, comme « intellectuel collectif »[12], devra donc mettre en œuvre une « réforme intellectuelle et morale » qui renforce l’autonomie et l’auto-activité des masses populaires, et les détache de la domination bourgeoise. En ce sens, l’action éducatrice du Parti a incontestablement des effets directement politiques.

La nécessité de cette dimension culturelle de l’activité du Parti indique clairement les limites du paradigme dirigiste et hiérarchique. La « diffusion, par un centre homogène, d’une façon homogène de penser et d’agir »[13] est incompatible avec une relation unilatérale, de commandement quasimilitaire, qui irait du sommet vers la base. L’éducation des masses dont parle Gramci ne peut pas être une pure inculcation, mais doit prendre en compte l’adhésion et le consentement de ceux à qui elle s’adresse.

Ce qui est vrai pour la diffusion d’une nouvelle conception du monde, l’est d’autant plus dans le cas de son élaboration. Les théories véritablement révolutionnaires naissent de l’éducation réciproque des intellectuels et des masses. Les intellectuels organiques du prolétariat ne peuvent les produire que parce que leur savoir se nourrit d’une compréhension des masses, qui n’est elle-même possible que parce qu’ils sentent leurs émotions et leurs passions les plus profondes[14]. On comprend alors que le rapport entre le parti et les masses, de même que le rapport entre les dirigeant-e-s et les militant-e-s, ne peut être unilatéral et doit laisser place à une dimension de réciprocité, à une certaine dialectique. En outre, l’émancipation intellectuelle des classes subalternes ne peut pas attendre la victoire de la révolution prolétarienne mais est déjà appelée par l’activité quotidienne du Parti.

3. La préfiguration de l’émancipation

Comme le montre la politique culturelle, le Parti doit déjà réaliser, ici et maintenant, l’émancipation qu’il a pour but de produire dans la société dans son ensemble. En un sens, le parti doit être l’image de la société qu’il veut produire. Autrement dit, il doit mener une politique préfigurative. Il n’est pas qu’un outil permettant de produire le communisme, il est censé être un « îlot de communisme »[15] réellement existant. Il n’est pas seulement l’agent permettant d’actualiser un possible dans l’avenir – la révolution prolétarienne – mais également une actualisation partielle de ce possible au présent. C’est ce que Gramsci semble lui-même affirmer, au moment précis où il introduit sa célèbre analogie avec le Prince machiavélien :

« Le Prince moderne (…) ne peut être qu’un organisme, un élément complexe de société dans lequel a commencé à se concrétiser une volonté collective qui s’est reconnue et affirmée en partie dans l’action. Cet organisme est déjà donné par le développement historique, et c’est le parti politique, première cellule dans laquelle se concentrent des germes de volonté collective qui tendent à devenir universels et totaux »[16].

Le Parti révolutionnaire semble donc incarner, préfigurer, son propre objectif, qui consiste à unifier en une volonté collective des volontés partielles des classes subalternes. D’un côté, cet objectif est pour lui un moyen de réaliser sa tâche ultime : il faut unifier le prolétariat, et même les masses populaires en général sous l’hégémonie du prolétariat (le prolétariat et ses alliés potentiels comme la paysannerie, la petite bourgeoisie, etc.), afin de renverser la dictature bourgeoise et d’instaurer le socialisme. En ce sens, le Parti est l’organisateur d’une volonté collective nationale-populaire et, en même temps, « l’expression active et opérante »[17] de celle-ci.

Mais d’un autre côté, on peut également considérer que cet objectif est la fin dernière du Parti, à savoir l’instauration du communisme. En effet, on ne pourra aboutir à une volonté collective totale et universelle que si l’État et l’idéologie bourgeoises ne fragmentent plus les masses populaires, et si les contradictions économiques (comme celles inhérentes au mode de production capitaliste) ne déchirent plus l’humanité. Ce n’est que sur la base d’une organisation économique non conflictuelle, et après avoir éliminé les appareils politiques des classes dominantes, que l’on peut espérer véritablement réconcilier l’humanité avec elle-même. Par conséquent, dire que le Parti constitue la première cellule d’une volonté unifiée, c’est dire qu’en lui se trouve déjà réalisée – partiellement et uniquement en germe, bien entendu – la tâche qui le définit.

La solution du problème initial semble s’éloigner à mesure qu’on le formule plus précisément. Dès le départ le Parti est caractérisé par son objectif paradoxal, en ce qu’il implique sa propre abolition. Sa fin est en elle-même un problème. Mais ce problème se complique lorsqu’on examine les moyens de la réaliser.

Pour produire ce résultat, les moyens les plus efficaces d’un point de vue politico-militaire semblent être liés à un renforcement des aspects hiérarchiques et autoritaires de l’organisation : cette dernière risque alors de n’agir que dans le seul objectif de se reproduire, et donc pérenniser la séparation entre dirigeant-e-s et dirigé-e-s.

D’un point de vue culturel et idéologique, le Parti se doit de prendre des initiatives, de développer une conception du monde cohérente et de la diffuser le plus efficacement possible. Une telle politique a nécessairement des aspects centralisés et hiérarchisés, et reconduit en partie la division entre les intellectuels et les autres militant-e-s. Elle doit être beaucoup plus souple que ce que le modèle militaire laissait penser. Il faut donc comprendre comment le Parti peut se caractériser à la fois par une direction extrêmement ferme, sans pour autant sacrifier la relation souple et profonde qu’il entretient les masses.

Le problème peut être formulé à un troisième niveau, si l’on considère que l’un des moyens requis pour produire la fin visée est la préfiguration de celle-ci : le Parti, dans sa forme organisationnelle elle-même, doit être l’anticipation réellement existante de l’émancipation possible. Lorsqu’il défendait cette idée, Gramsci n’évoquait que l’unification des volontés, ce qui limitait en apparence la difficulté de sa thèse. Mais l’objectif ultime du Parti n’est pas une « unification » des volontés comprise en un sens faible, sur le mode d’une alliance tactique ou d’une coïncidence accidentelle d’opinions. Elle est l’unification véritable du genre humain par la résolution des contradictions qui le déchirent. Or, cette unification n’est qu’un autre nom du communisme appréhendé dans toute sa plénitude, qui implique l’abolition de la division du travail et un véritable auto-gouvernement démocratique. Il semble bien difficile de concevoir qu’une organisation puisse réellement préfigurer une telle fin, mais Gramsci nous fournit un certain nombre d’éléments pour le faire.

 

Dialectique et démocratie

1. La « dialectique entre la spontanéité et la direction consciente »

Après Lénine, Luxemburg et Lukacs, Gramsci utilise l’expression de « dialectique » pour nommer le rapport à établir entre la « conscience » (des intellectuels et de la direction) et la « spontanéité » (celle des masses et celle des militant-e-s du parti au sens strict).

Les partis de masse modernes sont censés se caractériser par une « adhésion organique à la vie plus intime (économico-productive) de la masse elle-même »[18]. La direction consciente ne saurait être extérieure à la classe. Le Parti est lui-même une « partie » de la classe, une couche de la classe, qui doit rester en liaison avec toutes les autres couches. Il en est certes l’avant-garde, et son devoir est de guider la classe à chaque moment, mais en s’efforçant de rester au contact avec elle à  travers tous les changements de situation objective. Le parti doit marcher « un pas en avant, mais un pas seulement »[19]. Il s’agit d’orienter le reste de la classe vers ses intérêts historiques fondamentaux, mais toujours en partant des enjeux socio-politiques immédiats.

Le Parti est censé être une véritable expression de la classe qu’il représente. Mais cette relation d’expression est dialectique, dans la mesure où le Parti agit en retour sur la classe dans laquelle il s’ancre :

« s’il est vrai que les partis sont seulement la nomenclature des classes, il est aussi vrai que les partis ne sont pas seulement une expression mécanique et passive de ces classes, mais réagissent énergiquement sur elles pour les développer, les solidifier et les universaliser »[20].

On a donc bien une dialectique entre un contenu socio-économique, et une forme politique, le Parti. Il faut ajouter que le contenu déborde parfois de la forme. L’action du Parti doit certes diriger, encadrer et organiser les masses, mais elle ne doit pas étouffer les initiatives populaires et la spontanéité des masses. Elle doit leur laisser libre cours afin de les élaborer politiquement en un second temps.

2. Centralisme démocratique contre centralisme bureaucratique

Le type de dialectique que nous venons d’évoquer entre direction et spontanéité, entre forme et contenu se retrouve à l’intérieur même du Parti – s’il est bien organisé. C’est précisément ce que désigne la formule de « centralisme démocratique » qui, par opposition au « centralisme bureaucratique », est le critère d’un parti véritablement progressiste, d’une organisation apte à remplir sa tâche historique.

« Le centralisme démocratique est un « centralisme » en mouvement, c’est-à-dire adéquation permanente de l’organisation au mouvement réel, une régulation des poussées d’en-bas par les commandements d’en-haut, l’insertion permanente des éléments naissant des profondeurs de la masse dans le cadre solide de l’appareil de direction qui assure la continuité et l’accumulation régulière des expériences »[21].

Le « cadre de direction » qui assure efficacité et cohérence conserve son importance, mais tout doit être fait pour éviter qu’il « ne se raidisse mécaniquement dans la bureaucratie »[22]. Il soumet la logique bureaucratique de l’organisation à la logique de l’action et du mouvement historique, afin de ne pas s’écarter de la perspective d’émancipation socio-politique.

Le « centralisme bureaucratique »[23], à l’inverse, n’est pas poussé par des impulsions venant d’en bas mais régi par des ordres venant du sommet. Le Parti se coupe des masses et de sa propre base militante, qui sont laissées dans un état de passivité presque totale. On aboutit alors à un véritable « fétichisme d’organisation »[24], puisque celle-ci est devenue à elle-même sa propre fin, vaut en elle-même et pour elle-même, indépendamment de son lien avec les classes subalternes, sans qui elle ne serait pourtant rien. Dans cette situation, même avec des chefs honnêtes et efficaces, la logique bureaucratique finit par prendre le dessus. La conservation et la puissance du parti luimême deviennent les seuls motifs de son action, et l’horizon de l’abolition de l’organisation disparaît. Pour cette raison,  le centralisme bureaucratique doit être considéré comme réactionnaire : parce que le parti fait partie de l’ordre existant.

Pour être véritablement progressiste, être adéquat à sa fin, le Parti doit donc lutter contre le raidissement mécanique et la cristallisation bureaucratique. Pour être en « adéquation » avec le mouvement historique, être adapté à la situation politique actuelle, il ne doit pas compter uniquement sur le discernement de ses chefs. Il doit avant tout compter sur son ouverture à la spontanéité et aux initiatives des masses et de sa base. C’est ce dont l’on se rend compte si l’on examine a contrario les causes du « fétichisme organisationnel » :

« Comment peut-on décrire le fétichisme ? Un organisme collectif est constitué d’individus particuliers qui forment l’organisme dans la mesure où ils se sont donnés et acceptent activement une hiérarchie et une direction déterminée. Si chaque composant individuel pense l’organisme collectif comme une entité étrangère à lui-même, il est évident que cet organisme n’existe plus de fait, mais devient un fantasme de l’esprit, un fétiche »[25].

L’activité des membres du parti et de sa base sociale est donc une nécessité afin d’éviter la sclérose de l’organisation. En ce sens, la démocratie n’est pas uniquement le but final de la lutte révolutionnaire – censée aboutir à une situation d’auto-gouvernement généralisée – mais également l’un de ses moyens les plus efficaces.

Parce qu’il est caractérisé par le mouvement, « le centralisme démocratique offre une formule élastique, qui se prête à de nombreuses incarnations ; elle vit dans la mesure où elle est interprétée et continuellement adaptée aux nécessités »[26]. Il est donc impossible de donner des solutions clés en main garantissant une saine vie démocratique de parti. Gramsci décrit cependant parfois plus concrètement cette démocratie partidaire et ses conditions.

 

La dialectique démocratique réellement existante

La démocratie que l’on recherche ne peut pas être définie d’une manière purement formelle ou procédurale. Par exemple, le vote des militant-e-s sur les questions importantes, est bien sûr requis.

Mais il s’agit d’une garantie insuffisante, pour différentes raisons : il peut être manipulé ou orienté ; les dirigeant-e-s peuvent choisir le contenu et les termes du vote ; enfin, la dialectique démocratique ne doit pas concerner uniquement les militant-e-s du Parti, mais également la base sociale dans son ensemble : or celle-ci ne peut s’exprimer par des procédures démocratiques formelles qui ne valent qu’à l’intérieur du Parti.

En premier lieu, Gramsci considère que « pour que le parti vive et soit au contact des masses, il faut que chaque membre du parti soit un élément politique actif, un dirigeant »[27]. Il faut donc favoriser la participation des militant-e-s, presque dans le sens contemporain de « démocratie participative » : la base doit contribuer à l’élaboration des grandes lignes directrices, des questions importantes, et en débattre. Et, même s’il n’est pas toujours possible de l’obtenir, il convient au moins de rechercher le consensus autour des décisions prises. Cet élément peut être favorisé par l’organisation du Parti : Gramsci défendait ainsi l’organisation sur la base des cellules d’entreprises – et non plus de comités définis territorialement – parce qu’il les considérait comme plus aptes à favoriser la participation et l’activité des militant-e-s[28]. Cette conception était bien entendu liée à son expérience des Conseils d’usine dans l’Italie des années 1919 et 1920, où l’activité politique était directement ancrée dans la sphère de la production.

Un objectif essentiel consiste à éviter la bureaucratisation. Lorsque l’on analyse un parti, il faut distinguer « le groupe social ; la masse du parti ; la bureaucratie et l’état-major du parti ». Or, pour Gramsci, « la bureaucratie est la force routinière et conservatrice la plus dangereuse ; si elle finit par constituer un corps solidaire, qui existe pour lui-même et se sent indépendant de la masse, le parti finit par devenir anachronique et, dans les moments de crise aiguë, il se vide de son contenu social et demeure comme perché dans les nuages »[29].

Afin d’éviter cet écueil, comme l’affirme Jean-Marc Piotte, l’un des premiers commentateurs français de Gramsci, un élément de solution consiste à « plonger la bureaucratie dans une large couche moyenne de cadres dynamiques »[30]. En outre, il est préférable que ceux-ci soient issus des masses, et en particulier du prolétariat. En effet, c’est lorsque le clivage entre dirigeant-e-s et dirigée-s recoupe un clivage de classes que l’organisation hiérarchique du Parti risque le plus de se scléroser et de tomber dans une logique bureaucratique. Telle était précisément la situation du Parti socialiste italien d’après Gramsci : les cadres du PSI étaient presque tous des petits-bourgeois, ce qui renforçait la rupture entre la direction et la base, et entre le Parti et le prolétariat. A ses yeux, cela constitue l’une des raisons de la passivité du PSI lors des luttes des Conseils d’usine.

Cette expérience fondatrice pour le révolutionnaire sarde constitue à ses yeux le cas paradigmatique d’une situation où la direction du Parti n’a pas su entrer en relation avec la spontanéité des luttes populaires parce que la dialectique entre le Parti et le Mouvement avait été rendue impossible. Une autre raison de cette impossibilité – qui indique donc en négatif une nouvelle condition de possibilité d’une vie démocratique de parti adéquate – est à chercher dans les liens « étranges » et trop étroits que le PSI entretenait avec la bureaucratie à la tête de la Confédération du travail (CGL) d’un côté, et avec son propre groupe parlementaire devenu largement indépendant de l’autre. Pour Gramsci, ce double « système de rapports faisait que concrètement le Parti n’existait pas comme organisme indépendant, mais seulement comme élément constitutif d’un organisme plus complexe qui avait tous les caractères d’un parti du travail, décentré, sans volonté unitaire, etc. »[31].

La fragmentation organisationnelle et l’absence de cohérence dans l’action du Parti n’est en rien une garantie de fonctionnement démocratique : elle permet au contraire aux intérêts corporatistes et aux opportunismes de toutes sortes de s’exprimer directement.

Outre les dimensions sociologiques et organisationnelles que nous venons d’évoquer, un autre élément important doit nourrir la vie du Parti : l’éducation. Comme on l’a dit, cette dernière ne doit pas être vue comme unilatérale. Il n’y a pas de doctrine établie à enseigner magistralement ; le marxisme lui-même, clé de voûte de l’éducation politique, est pour Gramsci une « philosophie de la praxis », vivante et ouverte. Il s’agit donc d’établir une dialectique également à ce niveau : le Parti ne peut diriger la réforme culturelle et morale des masses populaires que parce qu’il exprime les sentiments populaires, et que ses dirigeant-e-s les ont faits revivre en eux et les ont faits leurs. C’est en particulier dans la lutte qu’une telle relation peut s’établir : c’est en militant parmi la base qu’un cadre peut s’éduquer et éduquer les autres.

Pour reprendre les termes d’André Tosel, il faut parvenir à mettre en place un « cercle

pédagogique »[32] vertueux entre les intellectuels et les masses : ce n’est que par le contact avec les masses que les intellectuels peuvent apprendre, et notamment apprendre à leur enseigner ; cet apprentissage n’a lui-même pour but que d’être diffusé à son tour dans les masses, et d’accroître ainsi le degré de cohérence et de réalisme de leur conception du monde ; ce qui permet un nouvel apprentissage de la part des intellectuels, à un niveau supérieur d’élaboration intellectuelle (un « sens commun » rénové), etc.

Un dernier élément permettant de préciser le sens que Gramsci donne au centralisme démocratique est sa conception de la discipline militante. D’un côté, il rappelle que « tout membre du parti, quelle que soit la position ou la charge qu’il occupe, est toujours un membre du Parti et il est subordonné à la direction de celui-ci »[33]. Mais il affirme également que la discipline ne doit pas être « externe ou coercitive » :

« Comment la discipline doit-elle être entendue, si par ce mot on entend un rapport continu et permanent entre gouvernants et gouvernés qui réalise une unité collective ? Non certes comme une prise d’ordres passive et servile, comme l’exécution mécanique d’une consigne (ce qui peut être pourtant nécessaire dans des circonstances données, comme par exemple au milieu d’une action déjà décidée et commencée), mais comme une assimilation consciente et lucide de la directive à réaliser. La discipline n’annule donc pas la personnalité au sens organique, mais limite seulement l’arbitraire et l’impulsivité irresponsable, sans parler de la vaine fatuité de s’illustrer »[34].

Ainsi, la base peut consentir à ne pas avoir de droit de regard sur la tactique, parce qu’elle comprend les exigences imposées par la stratégie, à l’élaboration de laquelle elle a participé. Plus généralement, une telle discipline repose sur l’intériorisation d’une nouvelle culture, d’objectifs politiques généraux et de grands principes d’action, eux-mêmes forgés en commun. Et elle débouche sur une action résolue dérivant d’une analyse concrète des nécessités de la situation. Autrement dit, elle est un conformisme actif, qui s’oppose à l’arbitraire non pour nier la liberté de l’individu, mais au contraire pour réaliser et déployer une liberté véritable. Gramsci écrit ainsi que « dans les partis, la nécessité est déjà devenue liberté et de là naît la très grande valeur politique (…) de la discipline interne d’un parti et donc la valeur de critère d’une telle discipline pour évaluer la force d’expansion des différents partis »[35].

Lorsqu’il s’engage dans un parti, un  individu déterminé par sa situation sociale prend conscience de cette dernière et l’assume volontairement : cela lui permet de transcender ses intérêts immédiats et de défendre consciemment – et donc librement – les intérêts historiques fondamentaux de sa classe. Mais au fond seul le parti des classes subalternes a réellement besoin d’une telle discipline interne, qui est une condition de possibilité de sa force expansive dans les masses, et de la cohérence de ses actions. Et il est également le seul à pouvoir véritablement la posséder. En effet, ce n’est que si les membres du parti sont poussés par un intérêt historique à l’émancipation que la liberté à venir peut réellement être préfigurée dans la nécessité actuelle. Pour tout autre parti, la discipline sera au contraire rapidement rongée par les intérêts immédiats et particuliers, dissolvant toute fermeté d’action dans un opportunisme court-termiste.

Ces quelques spécifications des notions de « dialectique entre spontanéité et direction consciente » et de « centralisme démocratique » donnent quelques indices de la manière dont Gramsci pensait résoudre la tension entre la logique de l’émancipation (qui vise à l’abolition de toute structure de domination, que ce soit la société de classe, l’État ou le Parti) et la logique de l’organisation (qui requiert un parti hiérarchisé, centralisé, dirigiste et assurant sa propre perpétuation). Du point de vue de Gramsci lui-même, ces éléments participent d’une tâche infinie, puisque la construction du Parti révolutionnaire ne sera véritablement achevée que lorsqu’il aura accompli son œuvre, et qu’il aura donc disparu : ils ne sont  donc que partiels.

Surtout, en conformité avec l’« historicisme absolu » prôné par les Cahiers, ils peuvent connaître des mises en œuvre différentes au fil du temps. Je voudrais donc, pour conclure, évaluer la pertinence des solutions gramsciennes au problème du Parti, notamment à l’aune de la situation actuelle.

 

Les problèmes de la solution gramscienne

1. Le Parti dans son sens large et son sens formel

On a dit qu’André Tosel considère qu’une véritable éducation politique établit un cercle pédagogique entre les intellectuels et les masses, entre la pensée critique – et tendant à la cohérence – des premiers et le sens commun passionnel des secondes. Il ajoute, plus généralement, que toute activité politique émancipatrice doit s’inscrire dans un « cercle vertueux qui passe par plusieurs points et unit ces points : ce sont les masses subalternes des simples, leur sens commun (…), la philosophie cohérente et sa critique, le parti[36] et l’État traducteur de cette critique en action[37], et le sens commun rénové »[38].

En définitive, le Prince moderne ne consiste pas tant en une organisation formellement délimitée, mais dans ce cercle vertueux, dans ce processus dynamique qui renforce l’auto-activité et l’autogouvernement des classes subalternes. Ce cercle consiste, pour le dire en d’autres termes, dans les dialectiques imbriquées que nous avons analysées : entre la direction et les militant-e-s ; entre l’organisation et la classe ; éventuellement entre la classe subalterne tendant à construire son hégémonie, et les classes alliées, etc. Il est évident que ce processus dynamique est éminemment fragile, et que même si l’on parvient à l’établir il peut se « gripper » à tout instant.

Gramsci affirmait explicitement que la notion de Parti, bien comprise, excédait les limites étroites qu’on lui fixe communément : « le parti politique n’est pas seulement l’organisation technique du parti lui-même, mais tout le bloc social actif dont le parti est le guide, parce qu’il en est l’expression nécessaire »[39]. Le parti est donc moins un type d’organisation déterminé que le moyen le plus efficace de donner une expression homogène et cohérente aux classes auxquelles il est lié. C’est en ce sens que Gramsci peut dire qu’« en Italie, à cause de l’absence de partis organisés et centralisés, on ne peut pas faire abstraction des journaux : ce sont les journaux, regroupés par séries, qui constituent les vrais partis »[40].

Il n’en reste pas moins que dans les moments décisifs, les situations critiques, les intérêts de certaines classes ne peuvent être défendus que par une organisation. Pour les classes dominantes, les partis au sens strict sont presque superflus car l’État lui-même peut remplir cette fonction. Pour les classes dominées il n’en va pas de même, et la confiance en un parti « empirique »[41], particlasse[42] ou pour reprendre les termes de Gramsci déjà cités en un « parti du travail, décentré, sans volonté unitaire, etc. », si elle conduit à considérer comme superflue une organisation structurée et avec des objectifs clairs, peut mener à la catastrophe. Ce fut le cas durant la séquence de l’après-guerre italien, où en l’espace de deux ans on passa d’une situation quasi-révolutionnaire à un régime fasciste. Il faut garder à l’esprit que « les partis naissent et se constituent en organisations pour diriger la situation dans des moments historiquement vitaux pour leurs classes »[43].

Le terme « parti » peut donc être pris en un sens « large » ou en un sens « formel »[44]. On peut affirmer que le parti au sens « formel », l’organisation strictement délimitée, est la « forme » dont le « contenu » n’est autre que la classe elle-même, forme et contenu qui entretenant une relation dialectique, avec toutes les complexités que nous avons examinées.

La principale limite de la conception que Gramsci élabore Parti apparaît alors : il a pour idéal une adéquation parfaite du contenu et de la forme. Il désire que le parti « large » se rapproche le plus possible du parti « formel ». Ce qui signifie défendre – du moins le temps de créer une « nouvelle culture » – une version progressive de la « politique totalitaire »[45] dont le fascisme était la version réactionnaire. Une telle politique

« tend justement : 1° à obtenir que les membres d’un parti déterminé trouvent dans ce

seul parti toutes les satisfactions qu’avant ils trouvaient dans une multiplicité d’organisations, c’est-à-dire à rompre tous les fils qui liaient ces membres à des organismes cultures étrangers au parti ; 2° à détruire toutes les autres organisations ou à les incorporer dans un système où le parti est le seul régulateur »[46]

 2. Les anachronismes de Gramsci

Même si l’on distingue rigoureusement le sens de ce terme de celui qu’il a pour nous, la défense d’une telle « politique totalitaire » est évidemment difficilement recevable. Plus profondément, elle semble contredire la conception dynamique et dialectique du Parti que nous avons esquissé : celle d’un parti dont la vie démocratique interne n’est possible que s’il est ouvert aux masses subalternes et au mouvement historique de leur émancipation. Or, une organisation véritablement « totalitaire », qui demanderait à ses membres de couper leurs liens avec toutes autres organisations, semble bien incapable de mettre en œuvre le « cercle vertueux » requis pour éviter la sclérose bureaucratique.

La défense de cette politique par Gramsci n’est pas une incohérence passagère, uniquement due à la volonté de subvertir l’un des mots-clés du régime fasciste. Elle est appelée par plusieurs présupposés : la tendance à penser que le parti est la seule forme politique adéquate à l’expression du contenu social ; l’idée implicite que le parti-classe ne peut trouver son accomplissement que dans un et un seul parti-organisation ; le postulat que chaque parti représente par essence une et une seule classe. Or, chacun des ces présupposés est contestable, et peut être dans une certaine mesure considéré comme anachronique.

Il n’est pas question de critiquer l’importance accordée par Gramsci à la forme parti. Cependant, il semble incontestable qu’existent d’autres moyens d’expression du contenu socio-économique. Puisque nous traitons de la conception du communiste italien, nous parlerons uniquement de la lutte des classes et nous laisserons de côté les autres revendications progressistes – féministes, antiracistes, anti-impérialistes, écologistes, etc. – et les différents types de mouvements, collectifs, associations, etc., qui leur sont associés. Même pour la lutte de classe conçue d’une manière traditionnelle, donc, il est indéniable que les syndicats, les conseils d’usine ou les assemblées générales constituent d’autres formes politiques. Il convient donc de penser leurs articulations complexes avec le Parti, qui ne peuvent pas se réduire à une hiérarchie unilatérale, l’initiative et la préséance ne revenant qu’au Parti. C’est d’ailleurs ce que faisait le jeune Gramsci. En 1919 et 1920, l’embryon d’État prolétarien n’était pas à ses yeux le Parti mais les Conseils d’usines. Pour comprendre cela, il faisait une distinction entre l’agent et la forme du processus révolutionnaire :

« les organismes de lutte du prolétariat sont les « agents » de ce colossal mouvement de masse ; le Parti socialiste est indubitablement le principal « agent » de ce processus de désagrégation et de restructuration, mais il n’est pas (…) la forme même de ce processus. La social-démocratie germanique (…) a réalisé le paradoxe de plier par la violence le processus de la révolution prolétarienne allemande aux formes de son organisation, et elle a cru dominer ainsi l’histoire. Elle a créé « ses » conseils, autoritairement, avec une majorité sûre, choisie parmi ses hommes : elle a mis des entraves à la révolution, elle l’a domestiquée »[47].

Il faut donc concevoir que les conseils sont relativement autonomes par rapport au parti, et qu’ils sont une forme bien plus adaptée au développement du mouvement de masse. Ce qui ne signifie bien

évidemment pas que le (ou les) parti(s) doivent s’interdire d’intervenir dans ces conseils ou assemblées générales, d’y porter leurs mots d’ordres ou leurs programmes. Ni encore moins qu’ils doivent abandonner la création de tels conseils ou assemblées à la pure spontanéité. Ils doivent au contraire tout faire pour qu’ils apparaissent dès que cela est possible, comme Gramsci lui-même lorsqu’il œuvrait à la transformation des organes techniques qu’étaient les conseils d’usine en instruments d’organisation et de lutte du prolétariat. Mais cet activisme des membres du parti ne se comprend que si l’on fait droit à l’importance des conseils. Or, les Cahiers semblent avoir laissé de côté ce pluralisme des formes politiques d’expression de la classe prolétarienne en lutte.

Le second présupposé implicite chez Gramsci est le refus du pluralisme partidaire. Déjà à son époque, plusieurs parti-organisations revendiquaient la représentation du parti-classe : le PSI et le PCI, ainsi que d’autres regroupements socialistes. Pourtant, son objectif restait que « se forme un lien étroit entre la grande masse, le parti, le groupe dirigeant », et que « tout le complexe, bien articulé, puisse se mouvoir comme un « homme collectif » »[48]. De nos jours, une telle union entre le prolétariat et un seul parti semble inenvisageable à court, ou même à moyen terme.

En outre, il nous est difficile de savoir quels critères utiliser pour distinguer les partis ouvriers des autres, de distinguer les partis « ouvriers » des autres, puisque la composition sociologique de l’électorat et/ou des militant-e-s ne permet plus de trancher[49].  La situation actuelle est en ce sens radicalement différente de celles des années 1970 où, quel que soit le jugement que l’on pouvait porter sur sa ligne politique, le PCF était incontestablement un parti ouvrier par la composition sociologique de son électorat et de sa base militante. C’est la raison pour laquelle le critère du « parti ouvrier » est beaucoup moins susceptible aux forces politiques se revendiquant du marxisme de les éclairer dans le choix de leurs alliances politiques. Faut-il accepter tous les partis antilibéraux et anti-austéritaires ou se restreindre aux partis révolutionnaires anticapitalistes[50] ?

Quoi qu’il en soit, et quelle que soit la réponse que l’on choisit de donner à cette question, aucun de ces partis ne semble pouvoir prétendre représenter seul le parti-classe. Et il est même vraisemblable que si l’on envisage qu’un parti puisse le faire à long terme, il aura connu de telles mutations (scissions, rapprochements, changements de forme, etc.) au cours de son passage d’une organisation de quelques milliers de membres à plusieurs centaines de milliers, voire de plusieurs millions, qu’il sera difficile de le comparer à ce qu’il est actuellement. Dès lors, toute stratégie politique doit accepter le pluralisme des organisations comme seul horizon réaliste.

Cette conclusion complète la précédente, qui concernait le pluralisme des formes politiques. En effet, chaque parti anti-libéral et/ou anti-capitaliste est contraint d’accepter l’existence des autres, et doit accepter d’agir avec eux, dans le cadre de formes d’expression politique différentes des partis et rendant possible un front unique[51] (collectifs anti-austérité, assemblées générales, etc.)[52], d’autant plus si ce sont des organes d’auto-organisations propres à un mouvement social ou à une lutte, et non des cartels d’organisations pré-constituées.

Pour autant, ce n’est pas parce qu’aucun parti ne peut espérer former seul un « homme-collectif » avec les « masses » en « standardisant les sentiments populaires » qu’il faut abandonner l’attitude que Gramsci lie à cet objectif : entretenir des liens de « co-participation active et consciente », de « compassionnalité » avec  les classes subalternes. Et il reste nécessaire de mener une politique culturelle et sociale active en lien avec différentes associations, organisations culturelles, médias indépendants, revues et intellectuels engagés, etc.

Mais ce n’est peut-être pas du fait de son double rejet du pluralisme des formes politiques et du pluralisme partidaire que la conception de Gramsci est la plus anachronique. Comme on l’a dit, à ses yeux, un seul parti représente fondamentalement une et une seule classe. En temps « normal », c’est-à-dire où l’hégémonie dominante est stabilisée, il peut y avoir plusieurs partis par classe. Mais en temps de crise, les antagonismes se clarifient : « la vérité qui veut que chaque classe ait un seul parti se démontre, dans les tournants décisifs, du fait que des groupes différents, qui se présentaient chacun comme un parti « indépendant », se réunissent et forment un bloc unitaire »[53]. Ce postulat gramscien est peut-être le plus éloigné de notre réalité présente : malgré les différents tournants décisifs que nous avons connus depuis les années 1980, il semble que la structure de l’espace politique des partis se soit de plus en plus détachée des rapports socio-économiques.

Le caractère anachronique de cette affirmation n’invalide pas les autres : il est même d’autant plus urgent de « travailler sans cesse à élever intellectuellement des couches populaires toujours plus larges, c’est-à-dire travailler à donner une personnalité à l’élément de masse amorphe, ce qui signifie travailler à susciter une élite d’intellectuels d’un type nouveau qui sortent directement de la masse tout en restant en contact avec celle-ci pour devenir les « baleines » du corset. Cette seconde nécessité, si elle est satisfaite, est celle qui modifie réellement le « panorama idéologique » d’une époque »[54]. Autrement dit, il est nécessaire de travailler à donner une unité et une cohérence aux classes subalternes, aujourd’hui autant fragmentées politiquement et désorientées idéologiquement qu’exploitées économiquement. C’est parce que la prétention d’un quelconque parti de représenter une et une seule classe est vaine que cette tâche garde toute son actualité.

A son modèle de construction « totalitaire » d’un « homme-collectif » fondée sur une profonde compréhension des masses, Gramsci opposait une logique différente. Il considérait qu’elle avait caractérisé l’époque précédente, et était dépassée par la sienne, à savoir l’époque de la politique et des partis de masse. Cette pratique politique anachronique à ses yeux était qualifiée de

« charismatique ». Elle consiste, pour un petit nombre de « chefs » à diagnostiquer les sentiments des masses par intuition ou par « l’identification de lois statistiques », et à les traduire en « idées force, en slogans » afin d’obtenir le soutien des « masses »[55]. La crise actuelle des partis de masse remet en cause, comme nous l’avons dit, un certain  nombre d’éléments de la conception gramscienne.

Revenir à une telle politique démagogique et personnaliste qui consiste principalement à louvoyer parmi les courants d’opinion serait cependant, pour des forces politiques progressistes, un anachronisme plus grave encore qu’une application a-critique des conceptions gramsciennes. Adopter une attitude court-termiste et sans perspective d’élaboration collective, en arguant du caractère « amorphe » des classes subalternes, serait une véritable démission, alors que de profondes luttes idéologiques pour contester l’hégémonie dominante sont plus que jamais à l’ordre du jour.

Les œuvres d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe, qui s’inspirent largement de Gramsci, semblent apporter leur caution à une telle tendance. Leur post-marxisme, qu’on pourrait également qualifier de post-gramscisme, part du refus de tout « essentialisme », et s’interdit donc de présupposer des identités pré-constituées – notamment celle de la classe ouvrière – sur lesquelles il serait possible de faire reposer une stratégie et un programme politique[56]. Pour eux, les identités et les acteurs socio-politiques sont définies par les relations d’antagonisme qu’ils entretiennent avec certains autres acteurs, et les relations d’alliance avec d’autres. La question clé est alors de déterminer la bannière sous laquelle rassembler une multiplicité d’acteurs aux demandes hétérogènes, afin de les mobiliser contre un adversaire commun. Pour Laclau[57] et Mouffe, ce sont les individualités politiques charismatiques qui sont le mieux à même de rassembler de tels sujets collectifs aux identités partielles et en redéfinition perpétuelle. A partir d’un usage de Gramsci qui n’en respecte ni la lettre ni l’esprit, nos auteurs en arrivent donc à défendre une conception populiste, fondée sur le rôle d’individus exceptionnels, auxquels les masses est censées s’identifier. A leurs yeux, le programme n’est plus fondamental, et peut même s’avérer impossible à établir, dans la mesure où la politique populiste implique d’articuler des demandes divergentes, et dans certains cas inconciliables entre elles. La distinction entre révolution et réforme n’a plus de raison d’être puisqu’une ligne politique ne sera plus considérée comme bonne ou mauvaise en fonction de ses objectifs et de la stratégie qu’elle propose pour les réaliser, mais plutôt en fonction de sa capacité à mobiliser et à unifier subjectivement un « peuple ». Or, cette capacité réside en premier lieu dans la personne et le poids symbolique du leader. Le rôle des organisations sociales et politiques devient donc secondaire, et la forme parti apparaît comme trop rigide et passéiste. La théorie de Laclau et Mouffe laisse entendre que cette forme politique postule l’existence d’un groupe socio-économique pré-constitué que le parti n’aurait qu’à représenter dans la sphère politique ou dont il devrait éclaircir la conscience sociale obscure.

Les critiques qu’ils émettent contre la conception marxiste des classes et du parti sont parfaitement irrecevables lorsqu’elles sont dirigées contre la pensée de Gramsci : ce que nous avons exposé dans cet article en atteste. Pour lui, le parti n’entretient pas une relation d’extériorité avec la classe, que ce soit parce qu’il la représenterait ou parce qu’il lui apporterait la vérité sur elle-même. Le parti doit au contraire être une partie[58] de la classe : il ne peut agir efficacement que s’il entretient avec elle une relation d’immanence. Ce qui signifie en retour que la classe n’est pas pré-constituée puisque le parti agit en elle pour la structurer en tant que acteur collectif et donner une plus grande cohérence et pertinence aux conceptions du monde qui sont les siennes. En un mot, le parti constitue la classe dans la mesure même où il parvient à s’en faire l’expression. C’est cette identité dialectique, et non l’identification immédiate et irrationnelle entre un leader et son peuple, qu’une politique émancipatrice doit promouvoir.

 

Notes

[1]      C13, §21, p. 398. Nous citons les Cahiers de prison dans l’édition Gallimard (Paris,

1978-1996). Conformément aux normes de citation en vigueur, nous indiquons le numéro du cahier à la suite de la lettre C, puis nous indiquons le numéro de la note (précédé du signe §).

[2]        « Détachement spécial d’hommes armés », comme le dit Lénine dans l’État et la révolution (https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er1.htm).

[3]        « Maintenir l’État », cf Le Prince, Chapitre XVIII.

[4]        « Un nouveau livre de Vandervelde sur l’État »

(https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/10/vl19181000.htm).

[5]        Cf. L’État et la révolution (https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er1.htm).

[6]        Ce qui signifie que chaque parti correspond, en dernière instance, à une et à une seule classe.

[7]        C15, §4, p. 108.

[8]        C’est en 1924 que Staline (notamment dans sa conférence publiée ensuite sous le titre Les principes du léninisme) et Zinoviev (qui était président de l’Internationale communiste au moment de son Vème Congrès) ont commencé à résumer le « léninisme » officiel en quelques formules dogmatiques.

[9]        Un tel esprit d’initiative et une telle fermeté d’action firent cruellement défaut au prolétariatitalien durant le mouvement des Conseils d’usine (1919-1920) que le PSI ne soutint pas, et dirigea encore moins, à l’exception du petit groupe organisé autour de Gramsci et de la rédaction de l’hebdomadaire Ordine Nuovo. Cette démission, voire cette trahison du PSI, furent l’une des raisons qui poussèrent Gramsci à promouvoir la scission avec les socialistes et à participer à la la fondation du PCI au Congrès de Livourne en 1921, afin de forger une organisation réellement révolutionnaire.

[10]     C14, §70, p. 88.[11]     C12, §1, p. 318.

[12]      Cette expression, qui ne se trouve pas littéralement dans les textes de Gramsci, a été forgéepar Togliatti. Mais elle respecte incontestablement l’esprit du révolutionnaire sarde.

[13]      C24, §3, p. 292.

[14]      C11, §67, p. 300.

[15]      Nous empruntons cette expression à un texte tardif d’Althusser, mais elle nous sembleéclairer la conception gramscienne : « non seulement le communisme est une tendance objective de la lutte des classes, d’ores et déjà inscrite dans l’histoire actuelle, mais il existe déjà dans le monde des îlots de communisme : là où il n’existe plus de rapports marchands, par exemple dans des libres associations (quand elles sont effectivement libres, c’est-à-dire démocratiques, la suppression des rapports marchands n’étant qu’une condition négative, comme les partis communistes ou les syndicats ouvriers, ou même dans d’autres communautés, par exemple religieuses, quand elles participent à la lutte des classes. Sans doute, on pourra objecter que le communisme n’existe que dans l’idéologie, et partiellement dans la politique, et qu’il est isolé dans ces sphères, car il n’a pas encore gagné la sphère de la production ; Mais du communisme existe aussi, quoique sous une forme dominée par le rapport d’exploitation capitaliste, dans certaines coopératives de production îlots isolés certes dans la mer du capitalisme mais qui témoignent du moins d’une autre possibilité que celle du rapport de production capitaliste. Non, le communisme n’est pas une utopie, mais une réalité extrêmement fragile qui existe déjà dans notre société » (Louis Althusser, Lex Vaches noires, Paris, PUF, 2016, pp. 264-5).

[16]      C13, §1, p. 356.

[17]      C13, §1, p. 358.

[18]      C11, §25, p. 228.

[19]      G. Lukacs, La Pensée de Lénine, trad. J-M. Brohm, B. Fraenkel et C. Heim, Paris, Denoël, 1972, p. 47.

[20]      C3, §119, p. 330.

[21]      C13, §36, p. 429.

[22]      Idem., p. 430

[23]      Ce terme sous la plume de Gramsci semble renvoyer à la conception dirigiste et sectaire deson rival et prédécesseur à la tête du PCI, Amedeo Bordiga. Mais les réflexions de Gramsci ont une portée plus générale, et peuvent être lues comme une critique du stalinisme. Il est même envisageable qu’elles comportent une dimension auto-critique : Gramsci fut en effet l’un des artisans de la « bolchevisation » du PCI, mise en œuvre après le Vème Congrès de l’Internationale Communiste, sous l’impulsion de Zinoviev. Pour Peter Thomas, l’émergence du concept de Prince moderne lui-même « participe d’une autocritique implicite par Gramsci de son rôle dans le processus de « bolchévisation » du parti italien » (Voir http://www.revueperiode.net/lhypothese-communiste-et-la-question-de-lorganisation/).

[24]      Les terme de « fétichisme organisationnel », « fétichisme d’organisation » ou « del’organisation » est un terme utilisé fréquemment dans les polémiques internes au mouvement ouvrier international. Il est souvent utilisé pour dénoncer des phénomènes de bureaucratisation ou d’autoritarisme dans une organisation prolétarienne, qui risque de les couper du mouvement des masses, et de faire oublier qu’elle n’est rien de plus qu’un outil d’émancipation au service de ces masses. Si l’on suit Henri Weber (Marxisme et conscience de classe, Union Générale d’Éditions, 1975, pp. 226 et suivantes), Rosa Luxemburg est à l’origine, sinon de l’expression exacte, du moins du concept. Elle l’utilise notamment dans le cadre de sa critique des dérives opportunistes du SPD. Elle évoque ainsi « la tendance à surestimer l’organisation qui, peu à peu, de moyen en vue d’une fin se change en une fin en elle-même, en un bien suprême auquel doivent être subordonnés tous les intérêts de la lutte » (Grève de masse, partis et syndicats [1906], Maspéro, 1964, p. 91).  Quoi qu’il en soit, Trotsky emploie l’expression elle-même dans Nos tâches politiques en 1904, texte polémique écrit en réaction à Que faire ? (Paris, Belfond, 1970, pp. 112, 140, 176 et 204). Elle restera présente tout au long de son œuvre, malgré les modifications de sa ligne politique. Par la suite, l’expression apparaît fréquemment dans des textes venant de courants de gauche – notamment conseillistes – du mouvement communiste international, à la fois contre les socio-démocrates et les bolcheviks. Chez

Gramsci, ce n’est pas le léninisme qui est visé, mais le bordiguisme. C’est par exemple dans les Thèses de Lyon (texte officiellement intitulé « La situation italienne et les objectifs du PCI »), adoptées par le IIIème congrès du PCI qui a vu la victoire de la ligne de Gramsci sur celle de Bordiga, que l’on peut trouver l’expression de « fétichisme » à propos du front unique antifasciste que les communistes ont pour tâche de construire : « Il faut considérer la question sans privilégier de façon fétichiste une forme déterminée d’organisation, en se rappelant que notre objectif fondamental est de parvenir à une mobilisation et une unité organique de plus en plus vastes des forces ».

[25]      C15, §13, p. 125.[26]     C13, §36, p. 430.

[27]      « Pour que le parti vive et soit au contact des masses il faut que chaque membre du parti soitun élément politique actif, un dirigeant. Précisément parce le parti est fortement centralisé, on a besoin d’un large travail de propagande et d’agitation dans ses rangs, et il est nécessaire que le parti, d’un point de vue organisationnel, éduque ses membres et en élève le niveau idéologique.

Centraliser veut dire justement rendre possible que, dans n’importe quelle situation, même dans un état de siège aggravé, même quand les comités dirigeants ne peuvent pas fonctionner pour un certain temps ou sont mis en situation de ne pas pouvoir se réunir avec leurs subordonnés, tous les membres du parti, chacun dans son milieu, soient en mesure de s’orienter, de savoir tirer de la réalité les éléments de quoi déterminer une direction, afin que la classe ouvrière ne soit pas abattue, mais ait le sentiment d’être guidée et se sente encore capable de lutter. La préparation idéologique de masse est donc une nécessité de la lutte révolutionnaire ; elle est une des conditions indispensables de la victoire » (« Nécessité d’une préparation idéologique de masse » [mai 1925, publié pour la première fois dans Lo Stato operaio en mars-avril 1931], in Scritti politici, Rome, Editori Riuniti, 1967, p. 603 [ma traduction, Y.D]).

[28]      Cet élément est très ambigu. En effet, l’organisation en cellules d’entreprises a été prônéepar l’IC dans le cadre de la bolchevisation des partis communistes hors d’URSS. Elle semble donc avoir été très loin de favoriser la démocratie interne. D’après Robert Paris, elle avait ainsi pour principal effet de « quadriller le parti et d’en renforcer l’homogénéité » (Introduction aux Écrits politiques (1923-1926), vol. 3, Paris, Gallimard, p. 21).

[29]      C13, §23, p. 401.

[30]      Jean-Marc Piotte, La pensée politique de Gramsci, Montréal, Lux, 2010, p. 94.

[31]      C3, §42, p. 287.

[32]      André Tosel, ÉtudierÉtudier Gramsci, Paris, Kimé, 2015, p. 285.

[33]      C3, §42, p. 287.

[34]      C14, §48, pp. 62-3.

[35]      C7, §90, p. 233.

[36]      Que l’on pourrait lui-même différencier entre sa direction et sa base militante comme on l’avu.

[37]      Il s’agit évidemment de l’État prolétarien post-révolutionnaire, autrement dit de la dictaturedu prolétariat, même si Gramsci n’emploie pas ce terme dans les Cahiers de prison.

[38]      Tosel, Étudier Gramsci, op.cit., p. 203.

[39]      C15, §55, p. 168.

[40]      C1, §116, p. 109.

[41]      Voir Henri Weber, Marxisme et conscience de classe, op.cit., p. 71.

[42]      Dans le sens où Marx et Engels utilisaient le terme « parti » dans le Manifeste du parti communiste : le prolétariat lui-même en tant qu’il est pris dans son mouvement d’émancipation et qu’il lutte pour ses intérêts historiques les plus radicaux.

[43]      C13, §23, p. 401.[44]     C6, §136, p. 116.

[45]      Terme qui possède évidemment un sens radicalement distinct de celui qu’il aura après laseconde guerre mondiale, lorsqu’il désignera, sous la plume d’Hannah Arendt ou de Raymond Aron, l’écrasement de toute individualité sous la totalité sociale censé caractériser tant le pouvoir nazi que les régimes soviétiques.

[46]      C6, §136, p. 117.

[47]      « Le parti et la révolution », in Ordine nuovo, 1ère série, n°31, 27 décembre 1919 (Écrits politiques (1914-1919), vol.3, Paris, Gallimard, 1974, pp. 294-5).

[48]      C11, §25, p. 228.

[49]      Le pourcentage d’ouvriers – ou même de membres des catégories populaires dans leurensemble – dans l’électorat FN ou LR n’est pas inférieur à celui des différentes composantes de l’exfront de gauche.

[50]      Le fait que le NPA soit le seul parti à présenter un candidat ouvrier à l’élection présidentielle,ou que LO et le POI soient les seuls à faire figurer « ouvrier » dans les noms de leurs organisations, ne sont probablement pas des critères suffisants pour les qualifier de partis ouvriers si cela implique de refuser ce titre à d’autres organisations…

[51]      Nous laissons de côté dans cet article la question du « front unique » chez Gramsci. Il estindéniable que la conception du « front unique » défendue par le IVème congrès de l’IC (1922) a fortement influencé la ligne politique de Gramsci, et a constitué l’un des principaux clivages entre la ligne sectaire de Bordiga et la sienne. Mais il faudrait se demander à quel point cette stratégie a influencé les réflexions des Cahiers de prison (alors que le terme lui-même apparaît très rarement), et dans quelle mesure la notion d’hégémonie recoupe l’idée de front unique.

[52]      Rappelons que puisque nous discutons ici les thèses de Gramsci, nous laissons de côté lesluttes – et les formes qui leurs sont liées – qui ne relèvent pas strictement de la lutte de classe anticapitaliste.

[53]      C15, §6, p. 115.

[54]      C11, §12, p. 191.[55]     C11, §25, p. 228.

[56]      Laclau E. et Mouffe C., Hégémonie et stratégie socialiste [1985], Paris, Les Solitaires intempestifs, 2009.

[57]      Laclau E., La Raison populiste, Paris, Le Seuil, 2008.

[58]      L’un des multiples aspects du débat entre Gramsci et Bordiga autour de 1924 portaitprécisément sur cette question. Pour le second, qui était très sceptique quant la capacité des masses populaires à s’auto-organiser, le parti ne devait pas être une partie mais un organe de la classe, qui servait ses intérêts historiques mais dans une relation de séparation organisationnelle avec elle, et en agissant d’une manière autonome. Au fond, dans sa perspective, ce n’est que lors de la situation révolutionnaire que les masses rejoignent le parti, et que celui-ci peut se mettre à leur tête et les guider vers la victoire grâce à son expérience militante et à sa maîtrise théorique. Cette conception, mélange instable de spontanéisme – en ce qui concerne la mise en mouvement des masses à l’heure de crise révolutionnaire – et de sectarisme – pour le rôle et le fonctionnement de l’organisation – s’oppose radicalement à la vision dialectique exposée par Gramsci. Voir notamment la lettre écrite de Vienne par Gramsci le 9 férier 1924, et adressée à Togliatti, Terracini et d’autres camarades

 

Source: https://www.contretemps.eu      Gramsci et le problème du parti         redaction proches (Écrits politiques II. 1921-1922, Paris, Galimard, 1975, pp. 257-271).