Déclaration internationaliste à l’occasion du 1er Mai 2018!

Le 1er mai 2018 – le 200e anniversaire de la naissance de Karl Marx et le 170e anniversaire de la première édition du Manifeste du parti communiste, écrit par Marx et Engels – est une grande occasion de faire valoir leur actualité et leur puissance, comme des armes vivantes des communistes et des prolétaires d’hier, d’aujourd’hui et pour toujours.

«L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes.»

«La société entière se scinde de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes qui s’affrontent directe¬ment: la bourgeoisie et le prolétariat.»

«Le pouvoir étatique moderne n’est qu’un comité chargé de gérer les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière.»

Ce système produit des crises continues – écrit le Manifeste; ce sont des crises de surproduction qui traduisent le fait que «le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses qu’il crée».

Comment la bourgeoisie parvient-elle à surmonter les crises?

«D’un côté, en imposant la destruction massive de forces productives; de l’autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond des anciens marchés.»

Mais cela ne fait que préparer de nouvelles et formidables crises.

La bourgeoisie n’a pas seulement fabriqué des armes qui produisent la mort, mais aussi les hommes qui peuvent utiliser ces armes pour mettre fin à son système.

Ces hommes sont «les ouvriers modernes, les prolétaires […] qui ne vivent qu’à la condition de trouver du travail et qui n’en trouvent que si leur travail accroît le capital».

«De toutes les classes qui, à l’heure actuelle, s’opposent à la bourgeoisie, seul le prolétariat est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes périclitent et disparaissent avec la grande industrie; le prolétariat, au contraire, en est le produit le plus authentique.»

«Les prolétaires ne peuvent s’emparer des forces productives sociales qu’en abolissant le mode d’appropriation qui leur était particulier et, par suite, tout le mode d’appropriation en vigueur jusqu’à nos jours.»

L’histoire de la lutte de classe est «l’histoire de la guerre civile, plus ou moins larvée, qui travaille la société actuelle, jusqu’à l’heure où cette guerre éclate en révolution ouverte, et où le prolétariat fonde sa domination en renversant par la violence la bourgeoisie».

Le but des communistes est clair et précis: formation du prolétariat en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat.

La tâche des communistes est dessinée en forme éternelle et essentielle dans le Manifeste, ils «combattent pour les intérêts et les buts immédiats de la classe ouvrière; mais dans le mouvement présent, ils défendent et représentent en même temps l’avenir du mouvement». Ils travaillent à «développer chez les ouvriers une conscience aussi claire que possible de l’antagonisme violent qui existe entre la bourgeoisie et le prolétariat, afin que, l’heure venue, les ouvriers […] sachent convertir les conditions politiques et sociales que la bourgeoisie doit nécessairement amener en venant au pouvoir, en autant d’armes contre la bourgeoisie.»

«Les communistes appuient en tous pays tout mouvement révolutionnaire contre l’ordre social et politique existant.»

«Les communistes – aujourd’hui plus que jamais, nous enseignent Marx et Engels – se refusent à masquer leurs opinions et leurs intentions. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé… les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner.»

Le capitalisme, analysé par Marx, qui est devenu l’impérialisme comme l’a par la suite analysé Lénine, continue de traverser une crise économique profonde et de la décharger sur les prolétaires et les peuples du monde. Les capitalistes parlent de «reprise», mais la seule chose qui reprend est la course au profit, à la richesse et à l’armement. Pour les prolétaires et les masses populaires, nous avons le chômage, la précarité, l’exploitation et l’esclavage, la pauvreté, le vol de matières premières et de ressources énergétiques, la dévastation de l’environnement et des territoires.

Contre cette situation, les prolétaires et les masses populaires se rebellent dans les pays impérialistes comme dans les pays opprimés par l’impérialisme. Aux rébellions des prolétaires et des peuples opprimés, les bourgeoisies impérialistes et les classes dominantes qui leurs sont asservies dans les pays opprimés par l’impérialisme, opposent la répression et les massacres. Les États deviennent toujours plus réactionnaires et fascistes. Les prolétaires et les peuples résistent et développent leurs luttes et leurs guerres populaires pour affirmer que la révolution est la tendance principale.

Les bourgeoisies impérialistes et les États réactionnaires qui leur sont asservis intensifient les contentions inter-impérialistes, déclenchent des guerres commerciales et des guerres interposées, ravivent la tendance à une nouvelle guerre mondiale de partage. À la guerre impérialiste ne peut être opposée que la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire et le développement à l’échelle internationale des guerres populaires.

Sur la route de la révolution s’oppose au sein du mouvement ouvrier et populaire la voie du réformisme, la voie suivie par les révisionnistes et les sociaux-démocrates pour favoriser la réconciliation avec les gouvernements et les États impérialistes et faciliter la réalisation de leurs plans. Devant la crise du réformisme, de la social-démocratie et du révisionnisme, de nouvelles forces électorales populistes s’avancent dans l’intérêt de la bourgeoisie et des États impérialistes, utilisant la démagogie réactionnaire pour diviser les masses et les attacher au wagon de la classe dominante. Le populisme nourrit le fascisme et le néo nazisme.

Les communistes et les prolétaires avancés travaillent à ce que la rébellion des masses puisse se transformer en révolution gagnante – la démocratie nouvelle dans les pays opprimés par l’impérialisme en marche vers le socialisme et la révolution prolétarienne et socialiste dans les pays impérialistes en marche vers le communisme.

Les communistes, sur la base des idées de Marx, Lénine et Mao appliquées à la réalité concrète de chaque pays, construisent et développent de nouveaux partis communistes révolutionnaires authentiques, des fronts unis dirigés par le prolétariat de toutes les masses exploitées et opprimées, les forces de combat et les armées révolutionnaires et populaires. Seulement là où les masses ont ces instruments, leurs luttes héroïques et généreuses peuvent gagner. À l’échelle mondiale, les guerres populaires menées par les partis marxistes-léninistes-maoïstes constituent l’indication stratégique décisive et essentielle.

La guerre populaire en Inde, qui touche directement l’un des principaux bastions de l’impérialisme et de la réaction dans le monde, est un puissant point de référence, avec les guerres populaires aux Philippines, au Pérou et en Turquie. Elles montrent en pratique aujourd’hui la façon de renverser le système d’exploitation et d’oppression de l’impérialisme et toutes les forces réactionnaires qui lui sont inféodées, pour la construction d’un nouveau pouvoir et une nouvelle société.

Les communistes doivent s’unir et renforcer leur unité, libérant ainsi les rangs du mouvement communiste international des tendances révisionnistes et de la capitulation, sans en même temps tomber dans la stérilité du révolutionnarisme petit-bourgeois, du dogmatisme. La construction des partis communistes est possible seulement dans le feu de la lutte des classes en relation étroite avec les masses, en fonction de la vraie lutte révolutionnaire pour le pouvoir.

À l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Marx, nous déclarons avec force: le marxisme-léninisme-maoïsme est le marxisme de notre époque! Il est la base essentielle à l’unité des communistes à travers le monde.

«Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!» Le grand mot d’ordre indiqué par Marx est le drapeau rouge de l’internationalisme prolétarien, l’arme pour la construction d’une nouvelle Internationale communiste.

L’avenir du communisme est entre nos mains.

1er Mai 2018
Source: http://www.pcr-rcp.ca/fr/4658
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Discours de Raoul Castro à la clôture de la session constitutive de la 9e législature de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire

Le Marxiste-Léniniste

Numéro 16 – 28 avril 2018

Supplément
Cuba

Le Parti communiste appuiera et soutiendra résolument le
nouveau président


Raúl réaffirme le rôle dirigeant du Parti et de sa direction dans le développement du pays.

LML reproduit le discours prononcé par le général d’armée Raúl Castro Ruz, premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba à la clôture de la session constitutive de la 9e législature de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire, au Centre international de conférences de La Havane, le 19 avril 2018. Voir aussi LML no 15, 21 avril 2018  pour un rapport de la session législative.

* * *

Camarades,

Avant toute chose, je tiens à vous remercier de m’avoir confié la tâche de prononcer le discours de conclusion de cette émouvante session constitutive de la 9e Législature de l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire, qui a lieu précisément aujourd’hui, à l’occasion du 57e anniversaire de la victoire remportée à Playa Giron, sous la conduite du commandant en chef Fidel Castro Ruz, sur l’invasion mercenaire organisée, financée et débarquée par le gouvernement des États-Unis.

Cet événement historique est d’autant plus important que c’était la première fois que les combattants de l’Armée rebelle, les policiers et les miliciens combattaient pour défendre les drapeaux du socialisme, proclamé par Fidel le 16 avril 1961 à l’issue des obsèques des victimes des bombardements des bases aériennes.

Comme chacun sait, lors de la dernière session ordinaire de la 8e Législature, l’Assemblée nationale a adopté la prorogation du mandat des députés du Parlement cubain et des délégués des assemblées provinciales, en raison des graves dommages occasionnés par l’ouragan Irma, dont l’impact direct sur la quasi-totalité du territoire national a déterminé la nécessité de réajuster le calendrier du processus électoral, que nous concluons aujourd’hui et qui a bénéficié d’une participation citoyenne massive, dans une nouvelle démonstration de soutien à la Révolution et à notre démocratie socialiste.

Il convient de reconnaître le travail accompli par les commissions électorales et de candidature à tous les niveaux, ainsi que par l’ensemble des institutions qui ont contribué au bon déroulement des élections.

Le 6e Congrès du Parti, qui s’est déroulé en avril 2011, a adopté une proposition visant à limiter la durée des fonctions des principaux responsables politiques et de l’État à un maximum de deux mandats consécutifs de cinq ans. Le 7e Congrès s’est prononcé dans le même sens il y a deux ans, et bien que cette limitation n’ait pas encore été introduite dans la Constitution, une question qui, nous l’espérons, sera établie dans le cadre de sa réforme, depuis que j’ai assumé mon deuxième mandat de président du Conseil d’État et du Conseil des ministres le 24 février 2013, j’ai annoncé que ce serait le dernier, ce que j’ai ratifié en décembre dernier lorsque, à cette même tribune, j’ai déclaré qu’à partir d’aujourd’hui, Cuba aurait un nouveau président.

Il n’était pas nécessaire d’attendre une réforme constitutionnelle pour tenir parole et agir en conséquence, le plus important étant de donner l’exemple.

L’Assemblée nationale du Pouvoir populaire a élu le camarade Miguel Diaz-Canel Bermudez à la présidence du Conseil d’État et du Conseil des ministres. Dans le même temps, le camarade Salvador Valdés Mesa a également été élu premier vice-président du Conseil d’État, et l’Assemblée nationale a ensuite approuvé sa nomination au poste de premier vice-président du Conseil des ministres.

Le camarade Diaz-Canel présente un parcours professionnel de près de 35 ans. Après avoir obtenu un diplôme en ingénierie électronique à l’Université centrale de Las Villas, il a exercé dans cette profession. Il a effectué son service militaire dans les unités de fusées antiaériennes des Forces armées révolutionnaires (FAR), avant d’exercer les fonctions de professeur à la Faculté de génie électrique de cette même université, où il a été proposé comme cadre professionnel de l’Union des jeunes communistes, passant progressivement à des postes de direction de cette organisation, jusqu’à sa promotion au travail professionnel au sein du Parti.


Raúl rappelle la carrière politique de Diaz-Canel, le nouveau président du Conseil de l’État et des ministres (troisième à partir de la droite)

En juillet 1994, au cours de la troisième ou quatrième année de la Période spéciale, lorsque la phase la plus aiguë de la Période spéciale était à son apogée, il a été élu premier secrétaire du Comité provincial de Villa Clara pendant neuf ans, puis il a assumé cette même responsabilité dans la province d’Holguín pendant six autres années, dans les deux cas avec des résultats satisfaisants.

Et ce ne fut pas un hasard, après les neuf années passées à Villa Clara, un temps assez long, parce qu’il y était né et qu’il connaissait son ancienne province, y compris, en l’occurrence, Cienfuegos et Sancti Spiritus. Il faut dire que nous avions prévu de l’envoyer à Holguin, l’une des provinces à forte population et superficie, dans le cadre de sa préparation, comme nous avons essayé de le faire avec près d’une douzaine de jeunes, dont la plupart sont arrivés au Bureau politique, mais dont nous n’avons pas réussi à matérialiser la préparation, et ce fut le seul survivant — je dirais en exagérant un peu — de ce groupe (applaudissements), dont je ne critique pas les insuffisances, mais en parlant avec le camarade Machado, je lui disais que c’est à nous de nous critiquer pour ne pas avoir mieux organisé la préparation et la maturation de ces autres camarades afin qu’ils puissent occuper de hautes responsabilités au sein du Parti et du gouvernement.

Si en 15 ans il n’a travaillé que dans deux provinces comme principal dirigeant du Parti, sans compter les années où il avait dirigé la jeunesse, dans sa propre province, j’ai aussi fait remarquer au camarade Machado qu’en 15 ans il aurait pu passer, à raison d’environ trois ans, par cinq provinces du pays, au moins, afin de les connaître plus profondément. Je ne critique pas Machado, je le critique déjà trop (qpplaudissements). Et à présent que je suis son supérieur direct, gare à lui ! (Rires). Mais je veux dire par là que nous devons accorder encore plus d’attention à la préparation des cadres, de sorte que lorsqu’ils occuperont d’autres postes plus élevés, ils auront acquis une plus grande maîtrise. Mais son élection aujourd’hui n’est pas le fruit du hasard, elle a été prévue, au sein d’un groupe, et le meilleur, selon notre modeste opinion et celle du Parti, a été le camarade Diaz-Canel (applaudissements), et nous n’avons aucun doute qu’au vu de ses qualités, de son expérience et de son dévouement au travail qu’il a accompli, il aura un succès absolu dans la mission qui lui a été confiée par notre organe suprême du pouvoir de l’État (applaudissements).

Il est membre du Comité central du Parti depuis 1991 et il a été promu au Bureau politique il y a 15 ans. Il s’est acquitté d’une mission internationaliste en République du Nicaragua et il est diplômé du Collège de la Défense nationale.

En 2009, il a été nommé ministre de l’Enseignement supérieur et, en 2012, vice-président du Conseil des ministres responsable de l’éducation, de la science, du sport et de la culture.

Il y a cinq ans, il a été élu premier vice-président du Conseil d’État et du Conseil des ministres – et depuis lors, un groupe de camarades du Bureau politique, nous étions absolument certains d’avoir touché dans le mille, et que c’était la solution, qui se concrétise aujourd’hui à cette réunion très importante -, ces dernières responsabilités, que j’ai mentionnées et, surtout, celle de premier vice-président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, qu’il a alterné avec la prise en charge de la sphère idéologique du Comité central du Parti.

Ce n’est pas non plus une coïncidence, une question aussi importante que celle-ci devait forcément passer entre les mains de celui qui est aujourd’hui président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, et lorsque je ne serai plus là – ce à quoi je ferai référence plus tard, le fait que je reste au poste de premier secrétaire jusqu’en 2021 – il pourra assumer ce statut de président du Conseil d’État et du Conseil des ministres et de premier secrétaire du Parti communiste (applaudissements). Et c’est ainsi que cela a été planifié, et est consigné dans la prochaine proposition de l’Assemblée, qui sera également examinée avec le Conseil des ministres, lors de la session de juillet, où sera également proposée la Commission des députés, qui sera chargée de rédiger et de présenter à cette assemblée le projet de nouvelle constitution, qui devra ensuite être discuté avec la population et soumis à un référendum.

Je signale que dans la prochaine Constitution, dans laquelle il n’y a pas de changement de notre objectif stratégique, dans le travail du Parti, cet aspect sera maintenu et notre peuple l’appuiera sans aucun doute, comme il l’a fait il y a des dizaines d’années, en 1976, avec un énorme nombre de voix, 98 %. Et à cette occasion, ces deux fonctions comme je l’ai dit, qui sont fondamentales, pourront à nouveau être cumulées. Le premier secrétaire du Parti et le président du Conseil d’État et du Conseil des ministres puisse concentrer entre ses mains tout le pouvoir et l’influence pour exercer, même s’il existe, c’est possible, un premier ministre en charge du gouvernement. Ceci dit je démontre que nous avons beaucoup discuté de la formulation qui sera présentée par l’intermédiaire de cette commission dont je vous ai parlé et qui vous sera proposée au mois de juillet.

Il doit accomplir ses deux mandats, ce que nous allons établir dans la Constitution, chacun d’une durée de cinq ans. Le Congrès du Parti maintiendra ses dates. J’ai été élu au 7e Congrès du Parti jusqu’en 2021. J’ai 87 ans, je les aurai le 3 juin – je ne dis pas cela pour recevoir un cadeau, je sais qu’il est difficile de trouver un cadeau ici, aussi modeste soit-il (applaudissements).

Trouver un cadeau ici, aussi modeste soit-il, est plus difficile que de trouver du pétrole (rires), autrement dit, ne m’envoyez rien.

Lorsqu’il aura accompli ses deux mandats, s’il travaille bien, et si ceci est approuvé par le Comité central de notre Parti et par l’organe suprême du pouvoir de l’État, qui est cette assemblée dont nous faisons partie, il doit être maintenu. Tout comme nous le faisons aujourd’hui, il doit faire la même chose avec son remplaçant. Au terme de ses 10 années en tant que président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, les trois années qu’il lui reste, jusqu’au Congrès, il reste au poste de premier secrétaire pour faciliter une transition sûre sans avoir à préparer le terrain à son successeur, jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite pour s’occuper de ses petits-enfants – il en a peut-être déjà…-, es-tu déjà grand-père ? Bon, eh bien, des arrière-petits-enfants, comme moi, qui en ai trois, et il y en a un quatrième en route (rires).

C’est la façon dont nous voyons les choses.

Bien entendu, il appartiendra aux organes supérieurs du Parti et de l’État de décider, ils prendront la décision finale pour ces questions dont je vous ai parlé.

Nous vivons dans un lieu et à une époque où nous ne pouvons pas commettre d’erreurs. Je suis de ceux qui lisent et étudient, quand le temps me le permet, tout ce qui me tombe entre les mains sur des événements historiques très funestes qui se sont produits dans l’histoire récente, au niveau international, dans certains pays, et nous ne pouvons pas commettre d’erreurs, non seulement en raison de la situation géographique où nous sommes, ni pour aucune autre raison. Il y a des erreurs que nous ne pouvons pas commettre, comme celles qui ont ruiné des processus extrêmement importants pour l’humanité et dont les conséquences ont été payées par de nombreux pays. Les conséquences du déséquilibre international qui s’est créé, qui ont été payé par de nombreux pays, y compris le nôtre, et que nous continuons à payer. Vous me comprenez bien ? (On lui répond : « Oui ! »).

Le camarade Díaz-Canel n’est pas un candidat improvisé ; au fil des années, il a fait preuve de maturité, de capacité de travail, de solidité idéologique, de sensibilité politique, d’engagement et de loyauté envers la Révolution.

Son accession à la plus haute responsabilité de l’État et du gouvernement de la nation n’est ni le fruit du hasard ni de la précipitation. Dans sa promotion progressive à des postes supérieurs, contrairement à d’autres cas de jeunes dirigeants, comme je l’ai signalé auparavant, nous n’avons pas commis l’erreur d’accélérer le processus, mais nous avons plutôt assuré de manière intentionnelle et en le prévoyant son passage à travers différentes responsabilités du Parti et du gouvernement, de sorte qu’il acquière un niveau de préparation intégrale qui, ajouté à ses qualités personnelles, lui permettront d’assumer avec succès la direction de notre État et de notre gouvernement et, par la suite, la plus haute responsabilité au sein du Parti.

Pour sa part, le camarade Valdés Mesa accumule un long parcours au service de la Révolution, dont le triomphe l’a surpris alors qu’il était ouvrier agricole dans une ferme située dans la région d’Amancio Rodriguez, appartenant à l’époque à la province de Camagüey. En 1961, il a rejoint les Milices nationales révolutionnaires, participé à la campagne d’alphabétisation et il a été membre de l’Association des jeunes rebelles, dont il est devenu le secrétaire général dans la région. À la création de l’Union des jeunes communistes, il a été élu secrétaire général et a assisté au 1er Congrès de cette organisation en tant que délégué.


Le général des armées a aussi souligné le travail du premier vice-président Salvador Valdés Mesa (à l’avant, au centre) en tant que dirigeant syndical.

Plus tard, il a participé à la construction du Parti uni de la Révolution socialiste de Cuba dans plusieurs régions de Camagüey, occupant des postes de direction au niveau municipal et au Comité provincial du Parti, d’où il est passé en tant que cadre professionnel au travail syndical, en gravissant progressivement les échelons, jusqu’à exercer, entre autres, les responsabilités de deuxième secrétaire de la Centrale des travailleurs de Cuba (CTC) et de secrétaire général du Syndicat national des travailleurs agricoles et forestiers.

En 1995, il a été nommé ministre du Travail et de la Sécurité sociale, jusqu’à ce qu’il soit promu quatre ans plus tard premier secrétaire du Comité provincial du Parti à Camagüey.

Lors du 19e Congrès de la CTC, tenu en 2006, il a été élu secrétaire général, fonction qu’il a exercée jusqu’en 2013, année où il a été élu vice-président du Conseil d’État.

Sans cesser de travailler, il a obtenu son diplôme d’ingénieur agronome en 1983 à l’Institut supérieur des Sciences agricoles de Ciego de Avila.

Il est membre du Comité central du Parti depuis 1991 et de son Bureau politique depuis 10 ans.

De même, je pense qu’il est juste de mettre en évidence l’attitude désintéressée du camarade José Ramon Machado Ventura qui, de sa propre initiative – et je le répète parce qu’il avait déjà agi de la sorte, précisément pour que Diaz-Canel puisse occuper le poste qu’il occupait en tant que premier vice-président du Conseil d’État – a offert son poste de vice-président du Conseil d’État et du Conseil des ministres pour céder la place à la nouvelle génération.


Raúl a parlé de l’exemple révolutionnaire de Ventura, deuxième secrétaire du Comité central du Parti.

Machado, auquel je suis lié par plus de 60 ans de lutte révolutionnaire depuis la Sierra Maestra et le 2e Front oriental Frank País, dont il fut l’un des fondateurs, est un exemple de modestie, d’honnêteté et de dévouement sans bornes au travail, bien qu’il soit un peu grincheux, comme beaucoup d’entre vous le savent. Dorénavant, il concentrera ses efforts sur le travail du Parti en tant que deuxième secrétaire du Comité central.

Une mention à part pour Mercedes Lopez Acea, membre du Bureau politique, qui a été libérée de son poste de vice-présidente du Conseil d’État hier après-midi. Après un peu plus de huit ans d’un travail louable et extrêmement difficile en tant que première secrétaire du Parti dans cette capitale compliquée, une tâche d’autant plus complexe qu’il s’agit précisément de la capitale du pays, elle assumera bientôt de nouvelles responsabilités au sein du Comité central du Parti (applaudissements).

La composition du Conseil d’État élu aujourd’hui par l’Assemblée nationale reflète un taux de renouvellement de 42 %. La représentation des femmes augmente également à 48,4 %. On fait des progrès, Teresa, n’est-ce pas ? Mais nous devons maintenant continuer, comme vous le dites vous-mêmes, vers des postes de décisions, et pas seulement en termes de nombre (applaudissements).

Bon, le nombre de femmes augmente à 48,4 %, et celui des Noirs et des métis atteint 45,2 %. Et nous ne devons pas reculer d’un pouce sur l’une ou l’autre question, car il a fallu de nombreuses années depuis le triomphe de la Révolution, à commencer par Fidel, qui a introduit ces idées d’égalité des femmes, et ce, contre la volonté de nombreux vieux guérilleros de la Sierra Maestra – il n’y avait pas abondance d’armes, c’était même tout le contraire – constitua un peloton baptisé Mariana Grajales (applaudissements), et il y a même une députée dans cette salle, Teté Puebla Viltres, qui fut l’un des officiers de ce peloton.

Tout cela a exigé beaucoup de travail, cela n’a pas été facile, et il nous reste encore la bataille de la proportionnalité, non seulement en termes de chiffres, comme je l’ai dit, mais aussi en termes de qualité, dans les lieux de prises de décision. Désormais les femmes et les Noirs, surtout, se sont préparés dans le pays, ceci en est une preuve, regardons le dossier de chacun d’entre eux ; mais cela n’a pas été chose facile, c’est pourquoi j’insiste : pas un pas en arrière ! Et maintenant il nous en manque aux postes de décision, non pas parce qu’ils sont ceci ou cela, mais pour leur qualité, pour leur préparation. J’ai moi-même commis des erreurs dans certaines désignations dans le souci d’atteindre cet objectif, sans que la personne désignée ne réunisse toutes les conditions, et bien entendu, j’ai dû rectifier par la suite. Mais j’attire votre attention parce qu’il s’agit d’une question que nous ne pouvons pas laisser à la libre spontanéité. Qu’en pensent les journalistes ? N’est-ce pas vrai ? (Applaudissements)

L’âge moyen du Conseil d’État a reculé à 54 ans et 77,4 % de ses membres sont nés après le triomphe de la Révolution. Les années ont passé et nous ne nous en rendons pas compte, mais elles ont passé.

Trois femmes ont été élues vice-présidentes du Conseil d’État, dont deux Noires, non seulement parce qu’elles sont noires, mais en raison de leurs vertus et de leurs qualités, ce qui démontre une fois de plus le respect des accords émanant des congrès du Parti et de sa 1re Conférence nationale en 2012 relative aux cadres.

Ceci est également attesté par le fait que plus de la moitié des députés à l’Assemblée nationale, 53,22 %, sont des femmes et que la représentation des Noirs et des métis a atteint 40,49 %, et cela doit continuer.

Vous pouvez voir qu’il y a déjà quelques camarades noirs, encore très peu nombreux, comme présentateurs, tant à la télévision qu’à la radio, ne voyez-vous pas que certains commencent déjà à apparaître ? Cela n’a pas été facile, j’ai moi-même donné des instructions concrètes aux responsables de ces organismes de radio et de télévision, et j’ai dit : « Faites-le sans nuire à personne, mais tâchez de régler progressivement le problème ». Ils ont fait quelques petits pas, mais pas assez à mon goût. Ils doivent continuer sur cette voie, pas si lentement, mais continuer à avancer prudemment pour que personne ne puisse prétendre qu’il s’est senti lésé parce qu’on a placé un métis ou un Noir à tel ou tel poste. Heureusement que l’on voit désormais un grand Noir présenter le bulletin hydrologique, qui se tient les mains ainsi. Je ne sais pas pourquoi ils ne lui donnent pas un pointeur pour marquer ici et là (applaudissements), parce qu’il ne sait pas quoi faire de ses mains et il les tient comme ceci (il mime le présentateur). Il y a une carte qui montre la situation et il pourrait s’aider d’un pointeur. Et aussi une commentatrice sportive. Heureusement qu’on peut la voir de temps en temps au journal télévisé, et personne n’a été remplacé. Autrement dit, je vous montre avec cela qu’il faut penser les choses, pas simplement les dire et s’en remettre à la grâce de Dieu, s’ils l’ont fait, tant mieux, sinon, tant pis. Il faut insister, en cherchant de nouvelles méthodes, en évitant de commettre des erreurs pour qu’on ne vienne pas nous critiquer dans des objectifs aussi nobles, et il faut penser une fois et repenser à une autre solution lorsque nous ne parvenons pas à résoudre les problèmes. C’est vrai ou pas ? (On lui répond : « Oui ! »). C’est pourquoi je m’étends et je m’écarte de mon texte, soigneusement préparé pour une occasion aussi importante que celle-ci, pour vous rapporter ces expériences, qui sont très utiles, et que j’observe et analyse depuis des années.

Et ce détail dont je vous ai parlé au sujet des femmes et de la question raciale, c’est qu’il y a longtemps que nous… Il n’est pas honteux de replonger dans les souvenirs, comme je l’ai parfois souligné dans des discussions privées, je veux dire dans des réunions non officielles. Je suis né à la campagne, à Biran, qui appartient maintenant à Cueto, bien que je sois de Mayari, et que maintenant je suis de Cueto, dans la province d’Holguin, mais j’ai été élevé à Santiago, une ville à laquelle me lient beaucoup de souvenirs, bien entendu. Et je me souviens, lorsque j’étais étudiant — et avant le triomphe de la Révolution, au cas où nous l’ayons oublié – trois endroits seulement : La Havane – je ne parle pas de l’ancienne province de La Havane, rappelez-vous la taille qu’elle avait avant la division politico-administrative actuelle, je parle de la ville de La Havane -, Santiago de Cuba et Guantanamo – je parle de la ville – où il n’y avait pas de télévision avant, où la radio existait déjà, aussi loin que je m’en souvienne, mais pas la télévision, et dans les petits villages, dans les différents hameaux, parfois dans la principale ville des communes, il y avait toujours le petit parc central, appelons-le ainsi, c’était la première chose que les planificateurs espagnols concevaient. Les personnes les plus âgées réunies ici ne se souviennent-elles pas des dimanches, dans certains de ces endroits, lorsque la fanfare municipale, là où il en existait, animait la soirée ? Et on voyait alors les couples d’amoureux, ou en passe de l’être, ou des amis de Blancs se promenant dans le parc, alors que les Noirs et les métis déambulaient de l’autre côté de la clôture. C’était comme ça ou pas ? Je sais qu’il y a beaucoup de jeunes ici. Saviez-vous cela ? Cela a duré jusqu’au premier discours de Fidel, en janvier ou février 1959, si je ne me trompe.


Raúl Castro parle lors du rassemblement de clôture du 7e Congrès du Parti communiste de Cuba, le 19 avril 2016.

Mais les racines étaient encore ancrées, un pays qui doit être honoré par la composition ethnique de son peuple, né dans la lutte, dans la chaleur, dans le creuset de nos guerres d’indépendance, où dans celle de 1868, dont nous commémorerons les 150 ans en octobre, vous savez qui étaient les principaux dirigeants, c’étaient des propriétaires terriens, y compris des esclavagistes, qui commencèrent par donner la liberté à leurs esclaves, et lorsque cette guerre, avec l’accord du fameux Pacte du Zanjon, qui fut rejeté, heureusement, par Antonio Maceo et ses officiers lors de la Protestation de Baragua, la glorieuse Protestation de Baragua, lorsqu’on en arriva à ce pacte, déjà, une grande majorité des chefs étaient noirs, et au début de la guerre nécessaire de Marti, en 1895, ce sont eux qui l’ont dirigée essentiellement.

Vint ensuite ce que nous savons à travers l’histoire, la participation étasunienne dans les derniers jours de la guerre, alors que l’Espagne était déjà totalement vaincue, avec des dizaines de milliers de soldats espagnols, y compris hospitalisés, des dizaines de milliers ! Certains d’entre eux à la suite de blessures de guerre, la plupart souffrant de maladies tropicales, auxquelles les soldats espagnols, y compris mon père, n’étaient pas très habitués, si bien qu’il a été évacué – il a passé la guerre à la « Trocha » (ligne militaire fortifiée) de Jucaro à Moron – un endroit où il est entré dès la fin de la guerre, c’est-à-dire, par Cienfuegos, et il est revenu l’année suivante. Je suis content qu’il soit venu, qu’il soit revenu, car s’il ne vient pas, c’est un autre qui le fait, parce qu’il est tombé amoureux de Cuba. Et comme je l’ai confié un jour à un politicien espagnol, en ajoutant ceci, que cela me réjouissait, parce qu’autrement j’aurais peut-être été un petit Galicien ou un vieux Galicien et membre de tel parti. Mais lorsque les Américains débarquèrent à l’est de Santiago de Cuba, sans rencontrer d’obstacle, la ville étant protégée par l’Armée de libération, la flotte nord-américaine plus moderne, comme dans un tir sur cible, coula la flotte espagnole, qui avait été concentrée à Santiago de Cuba, dans la baie. Les Espagnols démontèrent l’artillerie pour défendre la ville, mais l’ordre vint de Madrid de remonter l’artillerie et d’engager le combat contre la flotte étasunienne, sans savoir ce qu’on leur ordonnait de faire depuis Madrid : faire face à une flotte plus moderne et sortir l’un derrière l’autre, en raison des caractéristiques de la baie de Santiago, qui est une baie en forme de sac, comme la plupart des baies cubaines, à l’exception de celles de Playa Giron et Matanzas, au nord. Et l’amiral Cervera, le chef de la flotte espagnole de l’Atlantique, ordonna à tous ses officiers de se mettre en grande tenue, et certains d’entre eux lui signalèrent : « Mais, mon Amiral, nous allons nous battre ! » Et l’amiral de répondre : « C’est précisément pour cette raison, car ce sera la dernière bataille.  » Et il en fut ainsi, un tir sur cible, l’un après l’autre…

Deux combats terrestres d’une certaine importance eurent lieu : l’un à El Viso, où le général espagnol du nom de Vara del Rey, chargé de défendre cette localité, mourut au combat, et l’autre lors de la prise de la Colline de San Juan, que la ville a pratiquement engloutie. Et c’est ici qu’eut lieu ce que j’appelle le péché originel : les troupes victorieuses des deux armées s’apprêtent à entrer dans Santiago de Cuba, mais le général étasunien qui dirigeait ses troupes interdit aux Cubains de prendre part à la marche sur la ville. C’est Calixto Garcia qui était là-bas, ou non loin de là.

On le leur interdit sous prétexte d’éviter des représailles, alors qu’en réalité, l’Armée de libération, ce qui l’intéressait lorsqu’elle capturait des prisonniers, c’était le fusil, et certains d’entre eux se joignaient même à nos troupes libératrices.

Et une faute encore plus grave, que l’on peut qualifier de péché originel pour ce qui allait advenir plus tard, c’est que lorsqu’ils arrivèrent au siège du gouvernement à l’intérieur de la ville, ils amenèrent le drapeau espagnol et le remplacèrent par le drapeau américain, sans hisser le drapeau cubain. C’était un présage de ce qui allait se passer dans ce pays jusqu’à l’arrivée de Fidel.

Les discussions eurent lieu à Paris, au Château de Versailles, à la périphérie de cette capitale française, bien sûr, entre Espagnols et Américains, « les Cubains n’ont rien à discuter ici ».

C’est alors que l’on parvint à cette égalité, dans ce beau creuset qu’était notre Armée de libération à ce moment-là.

Désormais à l’époque de la discrimination, si vous vous rendiez dans une sucrerie, ou même dans un modeste moulin, vous tombiez sur le club des fonctionnaires américains et des cols blancs cubains, on peut dire, qui travaillaient dans un bureau ou avaient une certaine responsabilité. C’étaient eux qui allaient à ce club et les autres, aux baraquements !

Leur influence, l’amendement Platt, dura dans ce pays jusqu’à la Révolution de 1933, mais d’autres accords qui furent conclus nous remirent sous le joug jusqu’au 1er janvier 1959. Ce si beau creuset de notre nationalité, c’est à présent que nous réussissons à le reconstruire, ce ne fut pas dans les premiers moments, comprenez-vous ce que je veux dire et de quoi je parle ? (On lui répond que oui.) C’était comme ça ou pas ? Je demande aux plus âgés. Je vais devoir me tourner par là, du côté où se trouvent encore certains vieux (rires). Guillermo Garcia, il n’y avait rien de tel à El Platano, la pauvreté les avait rendus tous égaux.

Pardonnez-moi de m’être éloigné du texte, mais, sans vouloir me vanter, je pense que je l’enrichis (applaudissements), la presse peut publier tout ce qu’elle voudra, le texte écrit, mais vous pouvez parler de ce dont je parle ici parce que, bien entendu, je suis à l’antenne.

Ceci dit, je me suis arrêté sur ce point, car lors de la rédaction de ce texte, naturellement nous n’y avons pas pensé, j’y ai pensé plus tard en réfléchissant, lorsque j’ai vu les résultats et la composition de cette nouvelle assemblée.

Revenant à notre sujet, je soulignerai aussi que les membres, dont deux femmes, de la présidence de l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire, dirigée par notre cher camarade Esteban Lazo Hernandez, ont été ratifiés.

De même, sur proposition du président Diaz-Canel, le Parlement cubain a approuvé, conformément aux dispositions de l’article 75 de la Constitution, le report de la présentation du Conseil des ministres, dans le but de disposer d’un temps raisonnable pour évaluer les mouvements des cadres à effectuer, et c’est une décision très sage, afin de ne pas procéder à la hâte et de pouvoir parler avec les ministres, individuellement, afin qu’ils puissent préparer les arguments et ensuite prendre la décision appropriée, avant de la soumettre à l’Assemblée de juillet, comme nous l’avons dit.

En ce qui me concerne, je continuerai à exercer les fonctions de premier secrétaire du Comité central du Parti pour mon deuxième et dernier mandat, qui expire en 2021, lors de la tenue de son 8e Congrès et à la fin du processus de transfert progressif et ordonné des principales responsabilités aux nouvelles générations. Dès lors, si ma santé me le permet, je serai un soldat de plus, aux côtés du peuple, à défendre cette Révolution (applaudissements).

Pour éviter le moindre doute, je tiens à souligner que le Parti communiste de Cuba, à commencer par le premier secrétaire de son Comité central, appuiera et soutiendra résolument le nouveau président du Conseil d’État et du Conseil des ministres dans l’exercice de ses pouvoirs constitutionnels, contribuant ainsi à sauvegarder notre arme la plus précieuse : l’unité de tous les révolutionnaires et du peuple.

Il ne peut en être autrement. Ceux d’entre nous qui ont eu le privilège de lutter contre la tyrannie sous le commandement de Fidel depuis la Moncada, le Granma, l’Armée rebelle, la lutte clandestine et jusqu’à nos jours, aux côtés du peuple héroïque de Cuba, nous ressentons une profonde satisfaction pour l’oeuvre consolidée de la Révolution, l’oeuvre la plus belle que nous ayons réalisée. Nous sommes comblés d’un bonheur légitime et d’une confiance sereine de voir de nos propres yeux le transfert aux nouvelles générations de la mission de poursuivre la construction du socialisme et de garantir ainsi l’indépendance et la souveraineté nationale.

Déjà le 4 avril 1962, à la clôture du 1er Congrès de l’Association des jeunes rebelles, le camarade Fidel signalait : « Croire dans les jeunes, c’est voir en eux, au-delà de l’enthousiasme, la capacité ; au-delà de l’énergie, le sens des responsabilités ; au-delà de la jeunesse, la pureté, l’héroïsme, le caractère, la volonté, l’amour de la patrie. La foi dans la patrie ! L’amour de la Révolution, la foi dans la Révolution, la confiance en soi ! La conviction profonde que la jeunesse peut, que la jeunesse est capable. La conviction profonde que, sur les épaules de la jeunesse, on peut déposer de grandes tâches. »

Voyez quelle conception large de la jeunesse et de sa capacité d’agir.

Il en a été ainsi, et il en sera ainsi, et ce n’est pas pour le plaisir que l’un des paris permanents des ennemis de la Révolution est d’infiltrer, confondre, diviser et éloigner notre jeunesse combative des idéaux, de l’Histoire, de la culture et de l’oeuvre révolutionnaire, de semer l’individualisme, la cupidité, la marchandisation des sentiments et d’inciter les nouvelles générations au pessimisme, au renoncement à l’éthique et aux valeurs humanistes, à la solidarité et au sens du devoir.

Ces plans sont voués à l’échec, parce que tout au long de l’Histoire, dans le présent comme dans l’avenir, la jeunesse cubaine a été protagoniste dans la défense de sa Révolution socialiste. La preuve en est que 87,8 % des députés de cette assemblée sont nés après le 1er janvier 1959.

Les jeunes Cubains ont montré à quel point Fidel avait raison lorsqu’il leur a parlé en 1962. Aujourd’hui, nous ratifions cette confiance, persuadés qu’ils seront les gardiens zélés des préceptes contenus dans la brillante définition du Commandant en chef du Concept de Révolution.

Il incombe au Parti, à l’État et au gouvernement de mettre en oeuvre et de faire appliquer la politique de promotion, en toute intentionnalité et progressivement, des jeunes, des femmes, des Noirs et des métis aux postes de décision, afin de garantir, suffisamment à l’avance, la création d’une réserve de dirigeants de la nation pour l’avenir, sans répéter les erreurs coûteuses que nous avons commises dans ce domaine stratégique.

Lors du 5e Plénum du Comité central, tenu les 23 et 24 mars derniers, nous avons analysé l’état d’avancement de la mise à jour du Modèle économique et social cubain, processus qui a débuté en 2011, conformément aux accords du 6e Congrès du Parti. Auparavant, le Bureau politique s’était déjà penché sur cette question à deux reprises.

Malgré ce qui a été réalisé, ce qui est loin d’être négligeable, nous pensions qu’à ce stade – lorsque nous avons approuvé ou adopté les premières décisions au 6e Congrès du Parti et lors de réunions ultérieures de ce genre -, que nous aurions accompli plus de progrès et que même si tous les problèmes n’étaient pas résolus, pour le moins tout aurait été bien organisé, bien planifié et en cours d’exécution à différents stades.

Nous aurions déjà la nouvelle Constitution, qui a été retardée, pour les mêmes raisons, parce que ces principaux problèmes n’ont pas été résolus ; mais, certes, il n’a pas été possible d’assurer la participation des organismes, organisations et entités pour que, depuis la base, ils puissent guider, former et contrôler la bonne mise en oeuvre des politiques adoptées.

En voyant les premières difficultés auxquelles nous étions confrontés, j’ai affirmé ici même, dans les conclusions d’une session du parlement, je crois, que « sans hâte, mais sans pause », car la hâte nous a également conduits à commettre de graves erreurs.

Nous ne nous sommes jamais fait l’illusion que le chemin serait court et facile. Nous savions que nous entamions un processus d’une énorme complexité, en raison de sa portée, qui englobait tous les éléments de la société, ce qui exigeait de surmonter l’obstacle colossal d’une mentalité ancrée dans des décennies de paternalisme et d’égalitarisme, laquelle a laissé des séquelles importantes dans le fonctionnement de l’économie nationale.

À cela s’est ajouté le désir d’aller plus vite que la capacité de bien faire les choses, ce qui a laissé la place à l’improvisation et aux ingénuités, en raison d’une intégralité insuffisante, d’une évaluation incomplète des coûts et des bénéfices et d’une vision restreinte des risques associés à la mise en oeuvre de diverses mesures qui, en outre, ont manqué de l’encadrement, du contrôle et du suivi nécessaires, ce qui a entraîné des retards et une passivité dans la correction opportune des dérives constatées.

Je pense que nous avons tiré d’importantes leçons des erreurs commises au cours de la période écoulée, et l’expérience que nous avons acquise nous permettra d’avancer à pas plus sûrs et plus fermes, les pieds et les oreilles fermement collés sur terre et d’éviter ainsi tout recul gênant.

Nous n’avons pas renoncé à poursuivre l’expansion du travail à son compte – j’y ai fait allusion dans diverses interventions au sein de ce parlement – qui constitue une alternative de travail dans le cadre de la législation actuelle et qui, loin d’être un processus de privatisation néolibérale de la propriété sociale, permettra à l’État de se départir de la gestion d’activités non stratégiques pour le développement du pays. L’expérience des coopératives non agricoles sera également poursuivie.

Dans les deux sens, des résultats non négligeables ont été obtenus, mais il est vrai aussi que des erreurs dans leur prise en charge, leur contrôle et leur suivi ont été constatées, ce qui a favorisé l’émergence de nombreuses manifestations d’indiscipline et de fraude fiscale dans un pays où, de plus, on ne payait pratiquement aucun impôt avant l’application de ces mesures, des illégalités et des violations des normes, visant un enrichissement personnel accéléré, un phénomène qui n’a pas été traité opportunément et qui a conduit à la nécessité de modifier plusieurs dispositions en la matière.

Dans le même temps, la prémisse inéluctable qu’aucun citoyen ne serait laissé à l’abandon et que le processus de changement du Modèle économique et social cubain ne pouvait en aucun cas signifier l’application de thérapies de choc contre les plus démunis, lesquels, en général, sont ceux qui soutiennent le plus fermement la Révolution socialiste, contrairement à la pratique dans de nombreux pays, a conditionné dans une large mesure le rythme des transformations sur des questions majeures, comme c’est le cas de la solution de la dualité monétaire et du taux de change, qui continue de nous causer bien des soucis et fait surgir de nouveaux problèmes.

On pourrait également citer à titre d’exemples les réformes des salaires et des pensions, ainsi que l’élimination des gratuités indues et des subventions généralisées à des produits et des services, plutôt qu’aux personnes n’ayant pas d’autre soutien.

Nous avons également manqué d’une politique adéquate et systématique de communication sociale au sujet des changements introduits, afin de parvenir jusqu’au dernier citoyen de manière opportune avec des informations et des explications claires et compréhensibles, parce que ces questions sont assez difficiles à comprendre sur certains de leurs aspects, sur des thèmes si complexes, si bien qu’il nous faut éviter les malentendus et les lacunes en matière d’information.

À cela s’ajoutent les circonstances difficiles dans lesquelles l’économie nationale a dû évoluer pendant toutes ces années, qui ont été marquées par un durcissement du blocus économique des États-Unis et la traque incessante des transactions financières du pays, limitant notre accès aux sources de crédit pour le développement, ainsi que les investissements étrangers dont nous avons tant besoin.

Je ne dois pas non plus ignorer les dégâts importants causés par les périodes de sécheresse persistantes, comme celle des trois dernières années et les ouragans de plus en plus destructeurs et fréquents qui ont frappé l’ensemble du territoire national.

D’autre part, les résultats obtenus dans la patiente et laborieuse démarche de restructuration de la dette extérieure envers nos principaux créanciers sont indéniables, ce qui décharge les générations présentes et surtout les générations futures d’un formidable fardeau d’obligations qui pesait sur l’avenir de la nation comme une épée de Damoclès, mais qui n’est pas la seule.

L’actuel vice-président du Conseil des ministres et ministre de l’Économie, le camarade Cabrisas, a joué un rôle particulièrement significatif dans cette démarche (applaudissements), non seulement dans cette activité, la principale, mais aussi dans d’autres types de travaux similaires liés à l’endettement.

Cependant, nous devons être prudents, parce que nous ne savons que demander et très peu rationaliser, et c’est moi qui autorise l’utilisation des réserves – et je sais très bien de quoi je parle – et des prêts de la réserve, et il fut un temps où à cause de violations, par ignorance, par exemple, les réserves mobilisatrices du pays ont été épuisées. Nous les avons désormais toutes reconstituées. Je veux parler du carburant, qui a été utilisé sans autorisation comme conséquence d’erreurs de concept parce qu’on n’a pas été voir dans les documents originaux quelles étaient les dispositions en vigueur.

Souvent, lorsque quelqu’un demande une réserve d’un produit quelconque, on tente de me donner des arguments très simples : « Il faut tant de tonnes de carburant pour tel jour. » « Motif ? » Et on m’a avancé une raison qui n’était évidemment pas correcte – elle n’était pas réelle, même si elle pouvait avoir une certaine justification – : « Si on ne les donne pas… ». La réponse : « On ne peut pas donner une telle quantité, parce que des besoins quotidiens surgissent partout ». « Alors, les hôpitaux vont en souffrir. » Et là, j’ai donné une réponse plus énergique, en des termes que je ne répéterai pas ici, mais avec un avertissement sévère : « N’essayez pas de m’embobiner avec de telles absurdités. » Le fait que les hôpitaux se retrouvent affectés nous obligerait à prendre…

Pourtant, nous avons prêté la moitié de ce carburant qu’ils doivent restituer dans les délais que nous leur avons fixés.

Je ne citerai que cet exemple, ce sont des réalités dont le Conseil de ministres est particulièrement conscient.

Grâce à un effort persistant et soutenu, nous sommes parvenus à négocier toutes ces dettes, nous avons obtenu certaines réductions dans des délais plus confortables, pour pouvoir remplir l’engagement et surtout conserver le prestige du gouvernement en matière de crédit. Cette grande tâche à peine achevée, étape par étape, parfois imperceptible, nous empruntons à nouveau, avec pour conséquence que de nouveau nous sommes endettés – pas autant qu’avant – et les difficultés que cela nous crée dans la planification. Concernant la planification, nous devons mieux planifier et savoir disposer de ce que nous avons et ensuite voir comment résoudre le reste, mais ne pas inventer en cours de route : car « pain pour aujourd’hui, faim de demain ». Ce n’est pas notre chemin, c’est du réalisme. On a parlé d’épée de Damoclès. Cette révolution a toujours vécu avec une épée de Damoclès suspendue sur nos têtes, pour des raisons différentes.

Je me souviens de la Période spéciale, lorsque Diaz-Canel, je vous l’ai dit, était à son apogée, quand il a assumé la direction du Parti à Santa Clara.

À cette époque, il fallait mettre un masque à oxygène, un tuba que les pêcheurs sous-marins utilisent, parfois on devait le mettre parce que l’eau arrivait au-dessus de la moustache et parfois au-dessus du nez, et parfois on a dû se cacher les yeux et prendre nos tubas, mais résister, et c’est la raison pour laquelle nous pouvons parler ici aujourd’hui (applaudissements), et briser le pessimisme qui s’installe habituellement chez ceux qui manquent de volonté face aux problèmes.

Ce n’est pas la première fois. Pendant la Période spéciale, déjà en 1993, 1994, alors qu’elle avait pratiquement commencé en 1990, et c’est alors que ce slogan est apparu, qui a été prononcé, je crois, le 26 juillet, à l’Île de la Jeunesse : « Oui, c’est possible ! ». Mais pour pouvoir le faire, il faut analyser en toute objectivité chaque problème, chaque pas franchi, pour ne pas nous faire d’illusions, pour ne pas nous abuser nous-mêmes.

À présent, avec la situation actuelle de notre voisin, qui s’est souvenu de nouveau de la doctrine Monroe. Vous avez vu ce que Bruno a répondu l’autre jour au vice-président des États-Unis, qui n’a pas supporté et a quitté la salle. J’en parlerai plus tard.

Nous ne pouvons pas nous permettre de retomber dans une spirale d’endettement et, pour éviter une telle situation, nous devons respecter le principe de ne pas contracter d’engagements que nous ne sommes pas en mesure d’honorer à temps dans les délais convenus.

Les tensions actuelles dans nos finances extérieures sont un signal d’alarme à cet égard, un sujet que j’ai développé ; il n’y a pas d’autre alternative que de bien planifier et sur une base sûre, d’économiser et de supprimer toutes les dépenses non essentielles, qui sont encore nombreuses, de veiller à ce que les revenus attendus soient obtenus, de manière à respecter les obligations convenues et, en même temps, garantir les ressources nécessaires pour investir dans le développement des secteurs prioritaires de l’économie nationale.

Nous ne sommes pas dans une situation extrême et dramatique, comme celle à laquelle le peuple cubain a su résister et qu’il a surmontée, sous la direction du Parti et de Fidel, au début des années 1990, une étape connue sous le nom de Période spéciale. Le scénario est très différent maintenant, nous avons une base solide pour que ces circonstances ne se répètent pas. Notre économie s’est quelque peu diversifiée et est en croissance, mais il est du devoir des révolutionnaires de se préparer avec audace et intelligence à la pire de ces variantes, non pas à la plus confortable, avec un optimisme permanent et une confiance totale dans la victoire. Il s’impose, aujourd’hui et toujours, de garder à l’esprit la conduite inébranlable de défendre l’unité, de résister et de résister ! Il n’y a pas d’autre solution.

Comme il en a été informé ces jours derniers, lors de la 5e Réunion plénière du Comité central du Parti, une explication a été donnée sur les études qui ont été réalisées sur la nécessité de réformer la Constitution, en accord avec les transformations qui se sont opérées dans l’ordre politique, économique et social.

Pour mener à bien ce processus, cette assemblée devra approuver, lors de sa prochaine session ordinaire, une commission composée de députés qui seront chargés de préparer et de présenter le projet qui sera discuté par le parlement, puis de le soumettre à la consultation populaire et enfin, conformément aux dispositions de la Constitution, d’approuver le texte final dans le cadre d’un référendum.

L’occasion est propice pour souligner, une fois de plus, que nous n’avons pas l’intention de modifier le caractère irrévocable du socialisme dans notre système politique et social, ni le rôle dirigeant du Parti communiste de Cuba, en tant qu’avant-garde organisée et force dirigeante supérieure de la société et de l’État, comme le prévoit l’article 5 de la Constitution actuelle, et dont nous défendrons le maintien de ce même article dans la prochaine constitution.

En passant aux questions de politique extérieure, je ne peux manquer de faire référence au 8e Sommet des Amériques, qui s’est tenu récemment au Pérou, et qui a été marqué, plusieurs mois auparavant, par l’attitude néocoloniale et hégémonique renouvelée du gouvernement des États-Unis, dont l’engagement en faveur de la doctrine Monroe a été ostensiblement ratifié. L’expression la plus notoire en a été l’exclusion arbitraire et injuste du Venezuela de cet événement.

On savait que le gouvernement des États-Unis avait l’intention d’organiser un spectacle de propagande contre la Révolution cubaine, en se servant des vestiges de la contre-révolution mercenaire.

Cuba s’est rendue à Lima de plein droit, la tête haute. Elle a démontré une volonté d’engager le dialogue et le débat dans n’importe quel contexte, dans des conditions d’égalité et de respect. Dans le même temps, elle a confirmé la détermination des Cubains à défendre leurs principes, leurs valeurs et leur espace légitime.

La délégation cubaine, celles de la Bolivie et d’autres pays ont empêché un front uni contre la révolution bolivarienne et ont réitéré la revendication en faveur d’un nouveau système de relations entre les deux Amériques.

Les discours prononcés par notre ministre des Relations extérieures, le camarade Bruno Rodríguez Parrilla, au nom du gouvernement cubain, avec un langage franc, des idées claires et de la fermeté, ont constitué une réponse retentissante aux insultes et aux mensonges dont le vice-président étasunien a émaillé son discours archaïque et d’ingérence.

Les membres de la société civile de notre pays ont livré une bataille contre l’exclusion néocoloniale prônée par l’OÉA et ont défendu avec brio leur reconnaissance en tant que véritables représentants du peuple cubain. Ils ont élevé leurs voix pour Cuba et pour les peuples de Notre Amérique. La provocation a été déjouée.


Le ministre des Affaires étrangères de Cuba, Bruno Rodriguez Parrilla parle au 8e Sommet des Amériques à Lima, au Pérou, en avril 2018.

Je profite de cette occasion, au nom de ce peuple héroïque, pour réitérer mes félicitations à tous les membres de la représentation cubaine qui ont participé à cet événement.

Nous, les pays de Notre Amérique, ne pourrons pas faire face aux nouveaux défis sans avancer vers l’unité dans la diversité pour exercer nos droits, y compris le droit d’adopter le système politique, économique, social et culturel choisi par leur peuple, comme indiqué dans la Proclamation de l’Amérique et des Caraïbes comme Zone de paix, adoptée dans notre capitale, comme vous le savez.

Nous soulignons également notre engagement envers l’Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique.

Nous sommes la région du monde qui présente la plus grande inégalité dans la répartition de la richesse, l’écart entre riches et pauvres est énorme et ne cesse de se creuser, la pauvreté augmente malgré les efforts de la dernière décennie, lorsque les gouvernements progressistes et populaires ont accumulé des résultats favorables en matière de justice sociale.

Aujourd’hui, on prétend nous diviser et détruire la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes ; on dépoussière l’instrument de la politique nord-américaine qu’a toujours été l’OÉA discréditée, et des groupes de pays sont créés qui, sous prétexte de protéger la démocratie, contribuent à la perpétuation de la domination impériale.

L’agression contre la République bolivarienne du Venezuela est actuellement l’élément central des efforts de l’impérialisme pour renverser les gouvernements populaires sur le continent, effacer les conquêtes sociales et liquider les modèles progressistes et alternatifs au capitalisme néolibéral que l’on tente d’imposer.

Nous réaffirmons notre pleine solidarité avec le Venezuela, son gouvernement légitime et l’union civique et militaire dirigée par le président Nicolas Maduro Moros, qui préserve l’héritage du président Hugo Chavez Frias.

Nous réaffirmons notre soutien aux autres peuples et gouvernements qui font face aux pressions de l’impérialisme visant à anéantir les revendications satisfaites, comme c’est le cas de la Bolivie et du Nicaragua.

Après le coup d’État parlementaire contre la présidente Dilma Rousseff au Brésil, l’emprisonnement arbitraire et injuste du camarade Lula, dont nous exigeons aujourd’hui la liberté, est un fait accompli. Lula est victime d’un emprisonnement politique pour l’empêcher de participer aux prochaines élections présidentielles. Or, selon les sondages effectués par différentes institutions au Brésil, s’il y avait des élections aujourd’hui, personne ne pourrait battre Lula. Voilà pourquoi il est en prison, voilà pourquoi la calomnie de l’accusation portée contre lui, voilà pourquoi ils l’ont jeté en prison.

Nous réaffirmons notre appui au droit à l’autodétermination et à l’indépendance du peuple de Porto Rico.

Les nations des Caraïbes, en particulier Haïti, pourront toujours compter sur la solidarité et la coopération de Cuba, comme elles l’ont fait jusqu’à aujourd’hui.

Le 17 décembre 2014, nous avions annoncé, simultanément avec le président étasunien de l’époque, Barack Obama, le rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis.

Nous avions commencé à régler, dans le plus strict respect et l’égalité souveraine, les problèmes bilatéraux et même à coopérer dans divers domaines d’intérêt mutuel, et il a été démontré qu’en dépit des profondes différences entre nos gouvernements, la coexistence civilisée était possible et bénéfique.

L’objectif stratégique de détruire la Révolution n’avait pas cessé, mais le climat politique entre les deux pays connut une avancée incontestable qui fut bénéfique pour les deux peuples.

Toutefois, depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel président, les relations entre Cuba et les États-Unis ont accusé un recul délibéré, et les déclarations de ce gouvernement se caractérisent par leur ton menaçant.

Ceci s’est manifesté avec un accent particulier dans le mémorandum présidentiel insultant de juin 2017, élaboré et diffusé en collusion avec les pires éléments de l’extrême droite antircubaine du sud de la Floride, qui tirent un profit lucratif de la tension entre nos pays.

Le blocus économique s’est intensifié, la traque financière a été renforcée et l’occupation d’une partie du territoire de la province de Guantanamo, par une base militaire et un centre international de détention et de torture, se poursuit.

Les programmes de subversion politique reçoivent des millions de dollars du gouvernement étasunien. Le recrutement et le financement de mercenaires et de stations de radio et de télévision illégales persistent.

Sous un prétexte grossier, la plupart des fonctionnaires diplomatiques de notre ambassade à Washington ont été arbitrairement expulsés et le personnel diplomatique étasunien à La Havane, y compris le personnel consulaire, a été réduit, ce qui s’est répercuté sur les engagements migratoires bilatéraux et a causé des préjudices à des milliers de Cubains qui ont besoin de ces services.

Le sentiment majoritaire parmi les citoyens étasuniens et parmi les émigrants cubains est opposé à la poursuite du blocus et favorable à la poursuite de l’amélioration des relations bilatérales.

Paradoxalement, les individus et les groupes qui semblent aujourd’hui avoir la plus grande influence sur le président étasunien sont partisans d’un comportement agressif et hostile à l’encontre de Cuba.

Nous combattrons toutes les tentatives de manipuler la question des droits de l’Homme et de calomnier notre pays. Nous n’avons pas à recevoir de leçons de qui que ce soit, et encore moins du gouvernement des États-Unis.

Nous avons lutté pendant près de 150 ans pour l’indépendance nationale et défendu la Révolution au prix de beaucoup de sang et en courant les plus grands risques.

Nous réaffirmons aujourd’hui la conviction que toute stratégie visant à détruire la Révolution par la voie de l’affrontement ou de la séduction se heurtera au rejet le plus ferme du peuple cubain et sera vouée à l’échec.

Nous vivons dans un ordre international injuste et excluant, dans lequel les États-Unis tentent de préserver à tout prix leur domination absolue face à la tendance du monde à s’orienter vers un système multipolaire.

À cette fin, ils provoquent de nouvelles guerres, y compris des guerres non conventionnelles, accroissent le danger d’une conflagration nucléaire, exacerbent le recours à la force, aux menaces et à l’application indiscriminée de sanctions unilatérales contre ceux qui refusent de se plier à leurs desseins, imposent une course aux armements, la militarisation de l’espace et du cyberespace, et représentent une menace croissante pour la paix et la sécurité internationales.

L’expansion de l’OTAN en direction des frontières avec la Russie crée de sérieux dangers, qui sont aggravés par l’imposition de sanctions arbitraires, que nous rejetons.

Les États-Unis persistent dans leurs menaces et leurs mesures punitives, dans leurs violations des règles du commerce international contre la Chine, mais aussi contre l’Union européenne, avec laquelle nous avons récemment signé un accord de dialogue et de coopération, contre ses alliés. Les conséquences seront néfastes pour tous, en particulier pour les nations du Sud.

L’impérialisme étasunien crée des conflits qui génèrent des vagues de réfugiés, mène des politiques répressives, racistes et discriminatoires à l’encontre des migrants, construit des murs, militarise les frontières, rend les modes de production et de consommation encore plus gaspilleurs et insoutenables et entrave la coopération dans la lutte contre les changements climatiques.

Il se sert de ses sociétés transnationales et de ses plateformes technologiques hégémoniques pour imposer une seule pensée, manipuler le comportement humain, envahir nos cultures, effacer la mémoire historique et l’identité nationale, et contrôler et corrompre les systèmes politiques et électoraux.

Le 13 avril, en violation des principes du Droit international et de la Charte des Nations unies, les États-Unis et certains de leurs alliés de l’OTAN ont lancé une attaque militaire contre la Syrie, sans aucune preuve de l’utilisation d’armes chimiques de la part du gouvernement de ce pays.

Malheureusement, de telles actions unilatérales sont devenues une pratique inacceptable, déjà testée dans plusieurs pays de la région du Moyen-Orient et maintenant à plusieurs reprises en Syrie, et méritent la condamnation de la communauté internationale. Nous exprimons notre solidarité avec le peuple et le gouvernement syriens.

Nous ne devons pas oublier qu’en mars 2003, il y a seulement 15 ans, le président W. Bush lança l’invasion de l’Irak sous prétexte de l’existence d’armes de destruction massive, dont la fausseté fut révélée quelques années plus tard.

Cuba soutient les efforts en faveur de la paix, convaincue que seuls le dialogue, la négociation et la coopération internationale permettront de trouver des solutions aux graves problèmes du monde.

Nous sommes reconnaissants de la solidarité de tous les pays, quasiment sans exception, dans notre lutte contre le blocus économique, commercial et financier.

Les relations bilatérales avec la Fédération de Russie se sont considérablement développées dans tous les domaines, sur la base de l’intérêt mutuel.

Nous ne serons jamais ingrats et nous n’oublierons jamais le soutien que nous avons reçu des peuples de l’ancienne Union soviétique, en particulier du peuple russe, dans les années les plus difficiles après le triomphe de notre processus révolutionnaire.

De même, les liens avec la République populaire de Chine progressent dans les domaines économique, commercial, politique et de la coopération, ce qui représente une contribution importante au développement de notre nation.

Il y a quelques semaines, nous avons reçu la visite du camarade Nguyen Phu Trong, secrétaire général du Parti communiste du Vietnam, qui constitue un autre exemple du développement réussi des liens qui nous unissent, et nous a permis d’identifier de nouvelles potentialités.

Les relations historiques avec les pays d’Afrique, l’Union africaine et l’Asie se poursuivent sur une voie ascendante.

Nous continuerons à défendre les revendications légitimes des pays du Sud, leur droit au développement et la démocratisation des relations internationales. Toutes les causes justes, en particulier celles des peuples palestinien et sahraoui, et les luttes pour la justice sociale pourront compter sur le soutien de notre peuple.

Le panorama international complexe décrit ci-dessus confirme la pleine validité des propos du commandant en chef de la Révolution cubaine dans son rapport central au 1er Congrès du Parti en 1975 : « Tant que l’impérialisme existera, le Parti, l’État et le peuple accorderont la plus grande attention aux services de la défense. La garde révolutionnaire ne sera jamais négligée. L’histoire nous a appris avec trop d’éloquence que ceux qui oublient ce principe ne survivent pas à l’erreur ».

Camarades,

Dans à peine 11 jours, nos écoliers, étudiants, ouvriers, paysans, artistes et intellectuels, membres des glorieuses Forces armées révolutionnaires et du ministère de l’Intérieur, tout le peuple marchera uni dans nos rues et sur nos places pour commémorer la Journée internationale des travailleurs. Une fois de plus, nous démontrerons au monde le soutien majoritaire des Cubains à leur Révolution, au Parti et au socialisme, et bien que je me sois engagé à aller dans une autre province de l’intérieur du pays, compte tenu des caractéristiques de ce moment, j’ai l’intention d’accompagner l’actuel président du Conseil d’État et les ministres au défilé du 1er mai à La Havane (applaudissements) ; avant de visiter l’autre province et d’autres encore, parce que je suis censé avoir moins de travail à présent.

Hasta la victoria siempre !

Exclamations de : « Vive Raul ! »

(Ovation).

Source:http://cpcml.ca/francais/Lmlq2018/Q48016S.HTM

75e anniversaire de la victoire de la bataille de Stalingrad

Gloire à ceux dont l’héroïsme a défendu Stalingrad et changé le cours de la Deuxième Guerre mondiale

À l’occasion du 75e anniversaire de la victoire de la bataille de Stalingrad le 2 février 1943, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) adresse ses félicitations les plus chaleureuses à tous les descendants de ceux qui ont combattu et vaincu les envahisseurs nazis qui ont attaqué Stalingrad le 23 août 1942. La bataille s’est terminée par l’encerclement et la capitulation d’une armée allemande de 300 000 soldats. Cela a porté un coup mortel à la Wehrmacht nazie. La victoire de la bataille de Stalingrad, suivie d’une victoire décisive à Koursk, a été le début d’une puissante contre-offensive qui a repoussé les hitlériens progressivement jusqu’à leur point de départ, jusqu’à l’effondrement final du Troisième Reich à Berlin en 1945. La bataille a changé le cours de la Deuxième Guerre mondiale en faveur des peuples soviétiques et des peuples d’Europe et du monde.

Dans son discours du 6 novembre 1943 à la célébration du 26e anniversaire de la Grande Révolution d’Octobre, Joseph Staline a évalué la bataille de Stalingrad comme suit :

La bataille de Stalingrad a abouti à l’encerclement d’une armée allemande de 300 000 hommes, à sa débâcle et à la capture d’un tiers environ des troupes enveloppées. Pour se faire une idée de l’étendue de la bataille, sans précédent dans l’histoire, qui s’est déroulée sur les champs de Stalingrad, il faut savoir qu’à l’issue de cette mêlée on a recueilli et enterré 147 200 soldats et officiers allemands tués et 46 700 soldats et officiers soviétiques tués. Stalingrad a marqué le déclin de l’armée fasciste allemande. On sait qu’après la bataille de Stalingrad, les Allemands n’ont pu se relever. […]

Tous les peuples de l’Union soviétique se sont unanimement levés pour la défense de leur Patrie ; ils regardent à juste titre la guerre pour le salut de la Patrie comme la cause commune de tous les travailleurs, sans distinction de nationalité ni de confession. Les politiciens hitlériens eux-mêmes voient maintenant qu’ils se sont montrés désespérément absurdes à vouloir spéculer sur la division et les conflits entre les peuples de l’Union soviétique. L’amitié des peuples de notre pays a résisté à toutes les difficultés et à toutes les épreuves de la guerre ; elle s’est retrempée encore plus dans la lutte commune de tous les citoyens soviétiques contre les envahisseurs fascistes. Là est l’origine de la force de l’Union soviétique. (Vifs applaudissements prolongés)

Aussi bien dans le cours de la guerre qu’aux années de construction pacifique, le Parti de Lénine, le Parti bolchevik, est apparu comme une force qui guide et dirige le peuple soviétique. Aucun parti n’a bénéficié ni ne bénéficie, auprès des masses populaires, d’un aussi grand prestige que notre Parti bolchevik. Et cela se conçoit. Sous la direction du Parti bolchevik, les ouvriers, les paysans et les intellectuels de notre pays ont conquis la liberté et édifié la société socialiste. Aux jours de la guerre pour le salut de la Patrie, le Parti nous est apparu comme l’inspirateur et l’organisateur de la lutte du peuple contre les envahisseurs fascistes. Le travail organisateur du Parti a réuni en un tout et dirigé vers un but commun tous les efforts des citoyens soviétiques, en subordonnant toutes nos forces et tous nos moyens à la mise en déroute de l’ennemi.

Au cours de la guerre le Parti a resserré encore davantage ses liens avec le peuple, il s’est associé encore plus étroitement aux grandes masses de travailleurs. Là est l’origine de la force de notre État. (Vifs applaudissements prolongés)

Tableau de la bataille de Stalingrad (G. Marchenko)

Cette victoire révèle plusieurs contrastes, des profondeurs de la brutalité et de la barbarie des nazis, de leur arrogance et vanité, aux sommets de la bravoure, de l’héroïsme et de l’innovation des Soviétiques. Mais elle a sans doute par-dessus tout montré que l’affirmation du droit d’être de Stalingrad face à l’agression nazie exigeait l’organisation d’un type nouveau, qui avait été créée en Union soviétique sous la forme du parti communiste de type nouveau et du pouvoir soviétique. La bataille a révélé la qualité nouvelle de l’organisation et de la résistance produite par le pouvoir des Soviets dans lequel le peuple et sa direction ne font qu’un pour faire triompher la justesse de leur cause. Leur but, leur détermination et l’expression de leur volonté se sont exprimés dans leurs actions, lorsqu’ils se sont dressés pour défendre leur ville, leur patrie soviétique et leur État ouvrier soviétique.

Aujourd’hui aussi, l’établissement d’un but et de l’organisation capables de réaliser ce but est crucial pour qu’on puisse renverser la situation en faveur des peuples. Pour écarter les dangers auxquels elle fait face, l’humanité exige aujourd’hui de nouvelles formes d’organisation, des gouvernements antiguerre dans lesquels c’est le peuple qui prend les décisions en son propre nom. Plus jamais les peuples ne vont-ils remettre leur pouvoir décisionnel à d’autres qui sont alors autorisés à agir en leur nom mais ne le font pas. Au contraire, les soi-disant représentants souverains des peuples représentent la personne fictive de l’État qui gouverne le peuple au profit d’intérêts privés et non des intérêts que les peuples établissent eux-mêmes.

La forme du pouvoir et la forme de la direction doivent correspondre à ce que requièrent les conditions historiques qui sont apparues ces trente dernières années depuis la chute de l’Union soviétique.

Les formes du passé, celles de la période d’essor de la révolution, convenaient aux conditions qui appelaient à l’endiguement du fascisme nazi coûte que coûte pour l’humanité. Il s’agissait d’une période dans laquelle les peuples avaient de leur côté la grande Union soviétique comme fer de lance de la lutte pour la victoire et pour inspirer les peuples du monde à agir de même.

Aujourd’hui cependant, la révolution connaît une période de repli. Ce sont les forces impérialistes et réactionnaires qui ont l’initiative et non les peuples du monde. Ces forces contre-révolutionnaires ont formé des cartels et des coalitions internationaux qui regroupent de puissants intérêts privés, lesquels collaborent et rivalisent pour le contrôle des ressources et des sphères d’influence du monde et pour le pouvoir d’être les seuls décideurs, sur une base supranationale. Ce qu’elles ne peuvent contrôler, elles cherchent à le détruire, comme on le voit dans les invasions de pays souverains et dans les crimes innommables qui sont commis contre l’humanité et qui surpassent en étendue et en brutalité les crimes hitlériens. Elles font tout cela en prétendant agir pour la cause de la liberté, de la démocratie et de la paix, cette cause pour laquelle les peuples du monde ont combattu pendant la Deuxième Guerre mondiale et consenti le sacrifice suprême.

Aujourd’hui, alors que nous célébrons les victoires du passé, il est nécessaire de discuter de la signification de la victoire de la bataille de Stalingrad afin de rendre les peuples capables de renverser la vague de la contre-révolution qui frappe les peuples du monde en ce moment. Les peuples doivent saisir l’initiative et renverser la situation en leur faveur. Il faut renforcer l’opposition des peuples du monde à la contre-révolution néolibérale et aux guerres, aux agressions et aux crimes qui l’accompagnent afin qu’une force puissante émerge des actes de résistance qui est capable de mettre fin au pouvoir barbare des dirigeants d’aujourd’hui.

Ce numéro du LML rend hommage à l’héroïsme des défenseurs de Stalingrad et à leur dirigeants à l’occasion de la glorieuse victoire à Stalingrad. Cliquer ici pour voir la liste des événements qui ont lieu à cette occasion.

Source: http://cpcml.ca/francais/Lmlq2018/Q48003.HTM#1

CPM : 1. Le mouvement spontané des masses et l’autonomie prolétaire − 1970

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La fin des luttes contractuelles, la crise du mouvement étudiant, le déchaînement de la répression ont provoqué le relâchement, la confusion, la fuite en avant ou le retrait. C’est la conséquence du refus de regarder en face la réalité, d’échapper à la fois à la stérilité d’un activisme de plus en plus contradictoire avec les objectifs qu’on se propose, et à la sclérose idéologique qui persiste à chercher (dans le passé ou dans des situations très différentes des nôtres) des schémas d’action que nous devons dériver de la réalité qui se trouve sous notre nez.

La discussion qui s’est développée au sein du Collectif politique métropolitain, qui est résumée ici dans ses lignes essentielles, avait comme thème central le problème de l’organisation dans la métropole.

Il semble clair maintenant que les diatribes théoriques et les initiatives pratiques sont mesurées dans les formes d’organisation et de lutte organisée qu’elles sont en mesure de produire. D’un autre côté, le soi-disant « problème de l’organisation » devient un jeu de formulation s’il ne repose pas sur l’évaluation du présent, de ses développements probables, des forces en jeu, des tâches auxquelles nous devons faire face.

Ce document représente le bilan d’une expérience politique concrète et la projection d’un travail futur. Nous avons jugé opportun de l’imprimer et de le diffuser en tant que contribution à un débat plus général désormais imposé aux forces de la gauche extraparlementaire italienne et européenne, et en tant que définition de notre position politique.

  1. Le mouvement spontané des masses et l’autonomie prolétaire
    Les données historiques concrètes à partir desquelles il faut partir sont les mouvements spontanés des masses qui se sont développés depuis 1968 en Europe, au cœur même de la capitale capitaliste entourée de l’immense « périphérie » de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine.

Produit par le développement des forces productives matérielles, le mouvement exprime, sous une forme encore embryonnaire et partielle (spontanée, précisément), une contradiction antagoniste avec le système général d’exploitation économique, politique et culturelle.

Les données historiques concrètes à partir desquelles il faut partir, c’est le mouvement spontané des masses qui s’est développé depuis 1968 en Europe, au cœur même de la métropole du capitalisme tardif entourée de l’immense « périphérie » africaine, asiatique et latino-américaine.

Produit par le développement des forces productives matérielles, le mouvement exprime, sous une forme encore embryonnaire et partielle (spontanée, précisément), une contradiction antagoniste avec le système général d’exploitation économique, politique et culturelle.

Sa base sociale se compose principalement de la nouvelle main-d’œuvre : la classe ouvrière « jeune », les techniciens, les étudiants : le prolétariat européen moderne.

Les points culminants de son développement : les luttes étudiantes de 1968, le Mai français, les luttes ouvrières « sauvages » de Pirelli, Renault, Hoesch, FIAT, les luttes de techniciens, des chercheurs, des opérateurs culturels, etc.

Ses premières formes d’organisation : comités de base, groupes d’étude, comités d’action, mouvements étudiants, etc.

Coincées entre l’organisation capitaliste du travail et les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier, entre les mythes de la société du bien-être et les idéologies rigides des appareils bureaucratiques, le mouvement connaît des moments explosifs où tout semble possible et des moments de reflux, où il semble disparaître.

C’est dans ce cadre général que s’insère notre lutte. De l’analyse de cette réalité historique, de la compréhension de ses raisons les plus profondes, on peut former une trace qui guide l’action future. C’est de l’insertion organique, interne, dans le mouvement que dérive la possibilité d’une initiative politique réelle.

Mouvement de masse et autonomie prolétaire
Les luttes de masse de 1968 et 1969 constituent un phénomène historique complexe qui, en tant que tel, ne se présente pas enveloppé d’une « pureté idéologique » qui plaît tant aux révolutionnaires de la bibliothèque.

Exprimant le niveau actuel de contradiction dans la zone capitaliste européenne, le mouvement de masse présente des caractéristiques contradictoires qui ne peuvent pas être enfermées dans une formule préfabriquée.

D’autre part, malgré l’absence de paramètres d’interprétation purs et parfaits, nous ne pouvons pas renoncer à discriminer, au sein de ces luttes, ce qui appartient au passé et ce qui tend vers le futur, ce qui est vivant de ce qui est mort.

En un mot : nous ne pouvons pas renoncer à distinguer les éléments faibles, velléitaires, facilement récupérables, des éléments qui tendent à se développer en direction de la lutte révolutionnaire.

Nous voyons dans l’autonomie prolétarienne le contenu unificateur des luttes des étudiants, des ouvriers et des techniciens qui ont permis le saut qualitatif de 1968-1969.

L’autonomie n’est pas un fantôme ou une formule vide à laquelle les nostalgiques des combats passés s’accrochent face à la contre-offensive du système aujourd’hui.

L’autonomie est le mouvement de libération du prolétariat de l’hégémonie générale de la bourgeoisie et coïncide avec le processus révolutionnaire.

En ce sens, l’autonomie n’est certainement pas une nouveauté, une invention de la dernière heure, mais une catégorie politique du marxisme révolutionnaire, à la lumière de laquelle on peut évaluer la consistance et la direction d’un mouvement de masse.

Autonomie par rapport à : les institutions politiques bourgeoises (Etat, partis, syndicats, instituts juridiques, etc.), les institutions économiques (tout l’appareil productif-distributif capitaliste), les institutions culturelles (l’idéologie dominante dans toutes ses articulations), les institutions normatives (les coutumes, la « morale » bourgeoise).

Autonomie pour : la réduction du système mondial d’exploitation et la construction d’une organisation sociale alternative.

Ce processus, bien sûr, n’apparaît pas sans ambiguïté, en même temps et avec la même intensité, mais est un processus qui se développe dans un temps historique déterminé et qui, sur un plan stratégique, peut connaître de sérieuses défaites tactiques.

Des manifestations d’autonomie furent, par exemple, les luttes de la social-démocratie allemande dans la seconde moitié du siècle dernier, l’action bolchevique dans la Russie révolutionnaire, la formation de partis communistes en Europe après la Première Guerre mondiale, la longue marche de la révolution chinoise, etc.

Et pour se rapprocher de nous, l’autonomie prolétarienne a pu s’exprimer, bien qu’épisodiquement, à différents moments de l’après-guerre : pour ne citer que la réaction populaire à l’attaque contree Togliatti et les manifestations de révolte contre le gouvernement Tambroni.

Il n’est même pas nouveau que le principal obstacle au développement de l’autonomie soit constitué par les organisations « traditionnelles » du mouvement ouvrier et par toutes les tendances opportunistes.

La lutte de Marx contre le « socialisme bourgeois », des bolcheviks contre les menchéviks, la révolution culturelle chinoise elle-même en sont les exemples historiques les plus flagrants.

Cependant, une fois explicitée ces éléments de continuité historique, il est nécessaire de se mesurer avec le présent, puis selon cela de définir son propre comportement politique.

Il est donc nécessaire de traiter des luttes de masse de 1968 et 1969 et comment s’est manifestée alors l’autonomie prolétarienne, dans cette période.

Les luttes de masse 1968-1969
Bien que de manière diverses dans ses modes et contradictoires dans ses contenus, les luttesd de masse qui se sont développés en Europe ces deux dernières années doivent être considérées comme un phénomène global, expression d’une réalité substantiellement homogène.

Le mouvement a commencé avec les luttes des étudiants, des luttes qui avaient une double fonction :

  • elles ont réactivé au niveau de masse le mouvement autonome du prolétariat, démontrant pratiquement que le système d’exploitation économico-politique tout entier n’est plus en mesure de contenir et canaliser institutionnellement les contradictions produites par celui-ci.

Ce phénomène fait partie d’une rupture plus générale de l’équilibre mondial économico-politique, caractérisé par les luttes révolutionnaires du Tiers-Monde et le démasquage du révisionnisme ;

  • elles ont démontré comment la physionomie du prolétariat a profondément changé au cours des dernières décennies.

Le mouvement étudiant n’a pas eu la fonction d’un « détonateur », d’un facilitateur, d’un précurseur et d’un allié de la classe ouvrière, mais il s’est révélé être un élément dynamique dans le processus de formation du prolétariat moderne dans le régime capitaliste tardif.

Les révisionnistes et leurs épigones ont tenté d’isoler le mouvement des étudiants dans l’aire de la contestation (et donc comme phénomène superstructurel) et de souligner le caractère d’« allié » de la classe ouvrière (représentée naturellement par les partis « historiques » et les syndicats), ce qui démontre seulement comment la lutte théorique contre les manipulations idéologiques constitue un front de lutte pour le mouvement autonome.

Cette partie du mouvement étudiant – et surtout les incrustations bureaucratiques et dirigistes qui se sont formées en son sein – continuent à se concevoir comme « classe moyenne », ce qui signifie seulement que la conscience de classe peut et doit se développer à travers une lutte acharnée entre le droite et la gauche du mouvement.

Les contenus généralisables (non spécifique ou épisodique) du mouvement étudiant : refus des aspects purement revendicatifs des luttes, redécouverte des méthodes illégales et violentes de lutte, dépassement des organisations traditionnelles, se sont étendus aux luttes ouvrières par le travail subjectif organisé organisé de groupes d’étudiants et d’ouvriers.

Il est inutile de rappeler les grandes luttes ouvrières qui eurent lieu dans toute la zone européenne au cours des années 1968 et 1969. Il s’agit plutôt de comprendre en quoi elles avaient quelque chose de nouveau, en quoi elles sortaient du conflit institutionnalisé et avaient tendance à être en antagonisme avec le système.

Le point de départ est la dénonciation des conditions de l’usine, généralement attaqué en termes de rejet.

La classe ouvrière se rend compte que l’exploitation de la journée de travail à l’usine n’est qu’un moment de l’exploitation plus générale à laquelle les travailleurs sont soumis.

Conscience qui se traduit pratiquement en ces termes :

  • la nécessité de lier les aspects économiques et politiques de la lutte, en affirmant la priorité des seconds sur les premiers.

C’est le résultat d’une tendance objective du capitalisme tardif, dans lequel les aspects économiques et politiques sont non seulement interdépendants (constatation qui est à la base de la méthode marxiste) mais tendent à s’identifier.

Les choix du capital sont immédiatement économico-politiques à tous les niveaux, depuis ceux de la programmation nationale et internationale, jusqu’à ceux des unités de production individuelles.

La classe ouvrière italienne, du reste, a pleinement exploité cette expérience au cours des vingt dernières années, en réalisant que toute « victoire » économique s’est transformée en défaite politique, ce qui a permis au capital de récupérer ce qui avait été « accordé » et d’intensifier l’exploitation.

Au nom de la « reconstruction nationale » de mémoire togliattienne, la classe ouvrière avait renoncé à son pouvoir à l’usine, conquise pendant la résistance, devant ainsi subir la répression de ses avant-gardes.

Après cela, un syndicat affaibli et un parti évincé ont dû accepter les dures conditions du patronat. La tentative de briser cette mécanique est à la base des luttes autonomes au cours de ces deux dernières années ;

  • capacité à l’autogestion de la lutte. Les organismes de base n’émergent pas en concurrence avec les syndicats mais en tant qu’expression organisationnelle de nouveaux contenus, rejetant le rôle de médiation assumé par les organisations traditionnelles et se posant à la fois comme instrument et expression de la lutte.

Leur travail a contribué au formidable développement dans la classe ouvrière de l’exigence de l’autonomie, de démocratie directe, d’une lutte continue et globale qui attaque l’exploitation continue.

Comprendre, comme nous l’avons compris, que les comités de base et les groupes d’étude sont insuffisants pour aborder la dimension actuelle de la lutte et qu’un saut de qualité est nécessaire, ne signifie pas… faire deux pas en arrière, niant le contenu même des luttes autonomes.

C’est afin de développer ces contenus qu’apparaît comme nécessaire le saut politico-organisationnel.

Remarque. Face à la « récupération » syndicale et à la crise des organismes de base, certains « révolutionnaires » qui se disent marxistes-léninistes (sans ironie !) se sont empressés de se prosterner devant les syndicats et le PCI, reconnus comme étant actuellement les uniques organisations.

Naturellement, en attendant que tombe du ciel le vrai parti marxiste-léniniste, lequel va lui-même vaincre les révisionnistes et faire la révolution. Peut servir sur ce point une citation de Lénine :

« En réalité, la rapidité particulière et le caractère particulièrement odieux du développement de l’opportunisme ne sont nullement une garantie de sa victoire durable, de même que le prompt développement d’une tumeur maligne dans un organisme sain ne peut qu’accélérer la maturation et l’élimination de l’abcès et la guérison de l’organisme.

Les gens les plus dangereux à cet égard sont ceux qui ne veulent pas comprendre que, si elle n’est pas indissolublement liée à la lutte contre l’opportunisme, la lutte contre l’impérialisme est une phrase creuse et mensongère. » [L’impérialisme, stade suprême du capitalisme]

Les luttes des techniciens constituent, d’un certain point de vue, le phénomène le plus récent dans cette phase de luttes.

Ils ont contribué à rendre les caractéristiques de la métropole politiquement évidentes, qui tendent à « se modeler » sur le schéma de fonctionnement et de pouvoir des entreprises de haute technologie.

Plus précisément, ces luttes ont montré que l’automatisation des fonctions, c’est-à-dire le morcellement et la canonisation dans des schémas « scientifiques et rationnels », a déterminé la fin de la distinction entre travail manuel et intellectuel, et leur remplacement par une seule chaîne dans lequel il est impossible de distinguer les tâches manuelles des tâches intellectuelles.

En ce sens, il faut comprendre l’affirmation qui se produit souvent pendant les luttes des techniciens : le technicien travaillant dans une structure d’entreprise moderne n’est rien de plus qu’un ouvrier placé dans une entreprise de haute technologie.

Mais justement dans les luttes des techniciens se manifestent l’impuissance et la platitude du mouvement ouvrier « traditionnel ». En fait, à part la mode d’un moment et la sur-appréciation verbale des « luttes des techniciens », et l’abus du terme « prolétarisation », presque personne, ni les syndicats ni les partis, ni, sauf exception, le mouvement étudiant, n’a été en mesure d’établir une relation politiquement fondée avec les noyaux actifs (groupes d’étude, etc.) qui expriment le plus haut niveau de conscience et d’engagement de cette partie fondamentale du prolétariat moderne.

La référence à la catégorie décrépite des « classes moyennes » et le concept même de prolétarisation qui présume de manière statistiquement déterminée la physionomie du prolétariat (confondus avec la catégorie sociologique des ouvriers) empêchent également la détection théorique du problème.

Mais c’est sur le plan pratique que se cache l’idiotie.

L’impossibilité d’accepter l’originalité particulière des comités de base, et donc de réellement comprendre les racines socio-économiques du mouvement spontané des masses, pourrait apparemment être dépassée dans les rapports avec les noyaux ouvriers, tirant parti de l’inertie de la tradition.

Mais cela était impossible pour les groupes d’étude et les comités techniques : la nouveauté du phénomène, ses caractéristiques expérimentales, ses caractéristiques politiques fondamentales (crise de confiance dans le mécanisme de la délégation, unité immédiate des objectifs politiques et économiques, opposition générale au système) a empêché la récupération parasitaire ou l’instrumentalisation.

Et, d’un autre côté, tout travail politique qui, en Europe, empêche le mouvement des techniciens, se place automatiquement à la périphérie politique de la métropole.

Inversement, affronter de manière correcte le dépassement de la phase spontanée de l’autonomie prolétarienne et de ses composantes : ouvriers, étudiants, techniciens, signifie se placer au niveau réel des problèmes de l’initiative révolutionnaire métropolitaine.

La gauche italienne et les luttes de 1968-1969
Ceux qui veulent se lier aux luttes ou considérer leur expression doivent aujourd’hui être capables de saisir dans son ensemble ce qu’implique la manifestation de l’autonomie, du niveau le plus apparent aux significations les plus profondes et aux conséquences à long terme.

Cependant, les groupes de la gauche italienne issus des luttes récentes n’exploitent que des aspects partiels, limitant ainsi gravement l’efficacité de leur action.

Une première approche, élémentaire mais immédiate, d’être présent dans les luttes, réside dans le fait de courir après les explosions de lutte partout où elles apparaissent (universités, [la ville de] Battipaglia, Fiat, Pirelli, secteurs techniques, secteur bancaire, etc.), avec un seul but : produire une « radicalisation » de la lutte à travers l’exaltation des formes dans lesquelles elle se manifeste ; les contenus de la lutte sont laissés en arrière-plan.

Cette pratique politique est basée sur la thèse spontanéiste que la lutte de classe n’est possible qu’en créant des luttes de masse, quels que soient les objectifs, à condition que de telles luttes soient menées sur un mode violent.

Une fois le mouvement généralisé, il sera possible de lui donner une dimension politique révolutionnaire et organisée. Dans une telle démarche, on fait précéder la lutte à l’action politique, la fracture entre elles se maintient, réitérant la vieille distinction entre lutte économiques et lutte politique.

Une seconde approche, plus politique et judicieuse, voit les formes de la lutte comme conditions de la lutte des classes, mais elle indique comme condition non moins importante les objectifs de la lutte, en particulier pour parvenir à l’unification et à la généralisation de l’affrontement.

Les objectifs doivent être non intégrables, contenir tous les antagonismes de classe possibles, et donc être en soi capables de mettre en crise l’équilibre économico-politique du système (par exemple 120 000 lires de salaire égal pour tous). Par les objectifs se généralisent la lutte : à la classe ouvrière revient la tâche de radicaliser et d’atteindre le plus haut niveau de confrontation.

Dans la lutte des classes, on distingue trois éléments : les objectifs, les formes de lutte, l’organisation. Il appartient à la classe ouvrière de radicaliser la lutte sur des objectifs unificateurs, mais l’organisation est le résultat des luttes.

Les organisations de base ne sont qu’un instrument fonctionnel et transitoire des luttes, mais la dimension politique est constituée à un premier stade par les objectifs et dans un second, plus important encore, par l’organisation générale.

La lutte vient donc à être considérée comme avancée ou arriérée dans la mesure où elle exprime des objectifs unificateurs et des formes radicales. L’organisation apparaît ensuite comme un besoin de « conserver » les résultats obtenus au cours de la lutte, au niveau de conscience et de combativité qui se sont produits. On parvient ainsi au renforcement du front ouvrier proportionné au renforcement du front patronal.

L’hypothèse est donc celle d’une longue « guerre de position », au cours de laquelle la classe ouvrière s’affermit dans la mesure où elle s’organise. Pour les deux positions analysées (à la première appartient, en ligne de maximisation, Lotta continua et les assemblées ouvriers-étudiants ; à la seconde Potere Operaio), l’autonomie est la condition préalable à la lutte elle-même.

L’indépendance est comprise comme « indépendance » du syndicat et du parti, et comme on sait que les syndicats et le parti n’ont pas été vaincus par les mouvements d’indépendance, les guerres d’indépendance se projettent (par l’organisation générale des luttes, la capacité de « conserver » l’autonomie dans toutes ses manifestations, même après le reflux des luttes).

Le développement de l’autonomie est donc compris comme un développement organisationnel pour contrer les organisations traditionnelles.

Nous considérons comme restrictive et superficielle cette conception de l’autonomie, qui en tant que tel ne devient qu’un instrument et une condition pour développer les luttes, sans en constituer aussi leur dimension politique d’opposition radicale et révolutionnaire au système.

Au moment où se clôt un cycle de luttes – et ne s’en rouvre pas un autre qui, à notre avis, des caractéristiques très différentes – il a semblé utile de faire un examen critique des luttes. Pour résumer, nous pouvons distinguer, au sein du mouvement ouvrier, deux attitudes fondamentales face aux luttes autonomes de masse de 1968-1969 :

  • ceux qui ne saisissent pas l’aspect de rupture et tentent de récupérer et d’exploiter le potentiel d’une sorte de « restauration politique ».

La forme de cette restauration est variée : de celle révisionniste qui tend à transformer une défaite politique en une victoire organisationnelle (même au prix d’une renonciation définitive à une position de classe en tant que tel), à ​celle des groupes idéologiques minoritaires qui se sont empressés de proposer leurs vieux schémas, sans saisir que le mouvement autonome constitue en soi la critique pratique la plus radicale de masse de toutes les positions axées sur l’idéologie remâchée et sur la re-proposition de lignes perdantes du mouvement ouvrier.

Ces positions, bien que fortement concurrentes entre elles, s’accordent sur un point : la sous-estimation et le rejet du fruit politique le plus mûr des luttes : l’autonomie prolétarienne ;

  • ceux qui, en dépit d’être d’origines et de tendance différentes, ont compris que l’autonomie prolétarienne est le point nodal à partir duquel commencer le futur travail politique.

Il serait trop facile de se rappeler des erreurs, des adversités, des sectarismes, de la naïveté et même des méfaits qui endommagent, retardent et souvent dévient les groupes qui se rapportent à l’autonomie.

Cependant, dans ce contexte auquel nous nous rapportons, nous croyons que c’est la seule position fructueuse, la seule capable de développer la lutte révolutionnaire dans la métropole européenne.

Parce que c’est la question traitée. Pas tant pour gagner d’un coup et tout conquérir (les slogans faciles des apprentis manipulateurs), mais pour grandir dans une lutte de longue durée, en utilisant les obstacles puissants que le mouvement rencontre sur le chemin du mouvement de masse eux-mêmes, pour accomplir le saut du mouvement spontané de masse au mouvement révolutionnaire organisé.

 

Source: http://centremlm.be/CPM-1-Le-mouvement-spontane-des-masses-et-l-autonomie-proletaire-−-1970

Sur la bataille anti-révisionniste aux États-Unis

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Il est frappant de voir que l’histoire de la bataille anti-révisionniste aux États-Unis est strictement parallèle à celle en Allemagne. Comme dans ce dernier pays, on a une organisation étudiante socialiste qui regroupe la contestation, avec par ailleurs le même acronyme : SDS, pour « Students for a Democratic Society », Etudiants pour une société démocratique. Le SDS sert alors de détonateur.

L’origine du SDS est la Intercollegiate Socialist Society, né à l’initiative d’Upton Sinclair en 1905, comme branche étudiante non officielle du Parti Socialiste d’Amérique.

 

Cette première structure devint en 1921 la League for Industrial Democracy, la Ligue pour la Démocratie Industrielle, avant de se radicaliser et de s’unifier avec les étudiants communistes dans un front dénommé American Student Union, le Syndicat étudiant américain.

L’effondrement idéologique du mouvement communiste américain fit se réactiver la League for Industrial Democracy, dont émana en 1946 la Student League for Industrial Democracy, la Ligue étudiante pour la démocratie industrielle.

La Ligue ne disposait alors que d’environ 500-700 membres et consistait en des étudiants socialistes, en opposition donc très nette aux communistes. La Ligue devint d’ailleurs le SDS en 1960 sous l’impulsion de Aryeh Neier qui, bien que sa famille juive avait fui l’Allemagne nazie, soutiendra en 1977 le droit de défiler en uniforme nazi avec la croix gammée, au nom des libertés d’opinion ; il sera également directeur de l’association ACLU pour les libertés civiles et de la fondation ultra-libérale Georges Soros.

Le premier manifeste du SDS fut le Port Huron Statement, en 1962, qui se posait logiquement comme aile gauche du Parti Démocrate, appelant à la lutte contre le racisme, une démocratie plus participative, le désarmement, l’arrêt de l’anti-communisme forcené, une ouverture plus large des universités, un programme contre la pauvreté, la cogestion, etc.

 

Ce manifeste, écrit par Tom Hayden, apparaissait comme quelque chose de nouveau pour deux raisons : la première, c’est qu’un nombre important de thèmes était abordé de front, ensuite parce qu’il s’agissait d’une ligne ni socialiste ni communiste. Cela fut, pour cette raison, considérée comme l’acte fondateur de la « New left », la nouvelle gauche.

La League for Industrial Democracy, pour cette raison, s’opposa au SDS, qui de son côté supprima l’interdiction faite aux communistes de la rejoindre ou de participer à ses rassemblements. Le SDS végéta alors jusqu’à la rencontre avec deux mouvements : le mouvement civique des afro-américains, ainsi que l’opposition à la guerre du Vietnam dont il prit la tête avec notamment la marche de 100 000 personnes contre le Pentagone en 1967.

Trois vagues culturelles et idéologiques jouèrent également un rôle : le féminisme, l’affirmation de la Chine populaire avec Mao Zedong, la critique de la vie quotidienne.

 

Le SDS, connaissant alors un large recrutement, s’effondra à son congrès de 1969 à Chicago. La majorité des délégués – 900 sur 1400 – était liée au Progressive Labor Party, le Parti progressiste du travail, fondé par d’anciens du Parti Communiste des États-Unis et qui menaient un travail de front dans le SDS par une alliance étudiante – ouvrière.

Le PLP était proche de la Chine populaire, mais la rejeta finalement notamment en raison de la valorisation par celle-ci du Black Panther Party.

Les délégués opposés au PLP organisèrent alors une scission, en tant que fraction nommée Revolutionary Youth Movement (RYM), Mouvement de la Jeunesse révolutionnaire.

Le SDS du PLP tomba dans l’insignifiance et le SDS-RYM cessa rapidement son existence, se divisant en deux tendances :

  • le RYM dit RYM I, regroupant les dirigeants historiques du SDS et appelant à la lutte armée ;
  • le RYM dit RYM II, donnant naissance à de multiples organisations rassemblées historiquement sous le terme de « nouveau mouvement communiste ».

 

Parallèlement se développait le mouvement noir, avec des structures comme le Black Panther Party, le Revolutionary Action Movement (Mouvement d’Action Révolutionnaire), la League of Revolutionary Black Workers (Ligure des ouvriers noirs révolutionnaires), etc.

RYM I avait été fondé initialement par les dirigeants du SDS sous le nom de « Weatherman », titre d’une brochure diffusée dans le SDS en 1969, en allusion à la chanson de Bob Dylan Subterranean Homesick Blues, où il est expliqué qu’il n’est pas besoin d’être météorologue pour connaître le sens du vent.

Un congrès de 300 membres à Flint à la fin de l’année 1969 décida le passage à la guerre de guérilla, avec comme référence Lénine et Mao Zedong, mais également Fidel Castro et Hô Chi Minh, Che Guevara et Malcolm X.

Connus ensuite sous le nom de « Weathermen », « Weatherpeople », Weather Underground Organization, RYM I avait décidé d’ouvrir une nouvelle ligne de front anti-impérialiste au cœur des États-Unis, par un parti clandestin menant la lutte armée.

 

Lié à la contre-culture, le Weather Undeground multiplia les actions, allant d’une bombe placée au pentagone le jour de l’anniversaire de Hô Chi Minh à la libération de Timothy Leary, inventeur du LSD, en échange d’argent donné par une mafia hippie dénommée The Brotherhood of Eternal Love (La Confrérie de l’Amour Éternel).

RYM II rejetait catégoriquement cette approche et donna naissance à une multitude groupes cherchant à former un parti en se revendiquant du marxisme-léninisme. Les plus connus furent la Revolutionary Union (Union Révolutionnaire) qui devint le Parti Communiste révolutionnaire des États-Unis (RCP-USA), le Parti Communiste (Marxiste-Léniniste), les Revolutionary Workers Headquarters (Quartiers généraux ouvriers révolutionnaires).

Tant les prolongements de RYM I que de RYM II échouèrent cependant à prolonger leur dynamique.

Sous l’influence notamment du Clayton Van Lyndegraf, cadre communiste des années 1940, le Weather Undeground se dirigea plus nettement vers l’idéologie communiste et son manifeste de 1974, intitulé Prairie Fire : The Politics of Revolutionary Anti-Imperialism (Feu de prairie : La politique de l’anti-impérialisme révolutionnaire), eut un grand retentissement dans l’extrême-gauche américaine.

 

Ce volontarisme anti-impérialiste aboutit cependant à une scission entre les partisans d’une continuité armée et ceux affirmant la nécessité d’un mouvement de masse. Ce dernier choix fut fait par le Prairie Fire Organizing Committee (Comité d’organisation feu de prairie) qui fit le choix du travail légal, ce qui se concrétisa par la reddition des militants, qui abandonnèrent par la suite leur orientation.

Le May 19th Communist Organization (Organisation Communiste du 19 mai) fit lui le choix de la continuité de la lutte armée, fusionnant avec la Black Liberation Army issu des restes du Black Panther Party. Sa mouvance mena des actions armées tout au long de la première moitié des années 1980, avant d’être liquidée par la répression.

Dans le prolongement de RYM II, le RCP-USA devint la principale organisation, étant par ailleurs déjà issu de la majorité de RYM II. Il resta hégémonique par la suite, grâce à son aura international issue de son rejet de la Chine d’après Mao Zedong et de son rôle clef dans la formation du Mouvement Révolutionnaire Internationaliste, une structure internationale.

Les restes des autres structures finirent par s’unifier dans Freedom Road Socialist Organization, qui connut une scission. Les deux Freedom Road Socialist Organization assumèrent rapidement une ligne post-maoïste, ce que le RCP-USA finit lui-même par faire.

 

Source: http://centremlm.be/Sur-la-bataille-anti-revisionniste-aux-Etats-Unis-1879

POUR LE CENTENAIRE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE D’OCTOBRE 1917

Il y a quelques mois, un rassemblement a été organisé en banlieue lyonnaise par des groupes oppositionnels à la ligne de la direction du Parti « communiste » français. Un camarade est intervenu dans le débat sur le bilan de la révolution d’Octobre 1917, pour y apporter un point de vue maoïste. Si notre organisation était présente, c’est parce que nous connaissons la sincérité des jeunes militant-e-s qui cherchent à impulser la lutte à l’intérieur du P « c »F pour rendre ce parti révolutionnaire à nouveau. Certain-e-s d’entre nous y ont cru par le passé, et ont mené leurs premiers combats au sein du P « c »F, avant de se dire qu’il était idéaliste de vouloir ressusciter ce qui était mort et qu’il valait mieux consacrer leur énergie à construire le nouveau parti communiste dont la classe ouvrière a besoin. Nous avions autre chose à faire de nos vingt ans que de servir de force d’appoint à une fraction opportuniste contre une autre, sous prétexte du moindre mal. Nous ne voulons pas que l’énergie des camarades qui se fixent aujourd’hui les mêmes objectifs que nous nous fixions il y a quinze ans, soient détournés de leur but révolutionnaire et conduit dans les ornières de l’opportunisme.

De plus en plus de militant-e-s qui se réclament du marxisme-léninisme s’inspirent des textes du professeur de philosophie italien Domenico Losurdo. La théorie de Losurdo est simple et tordue en même temps : il est entendu que les communistes du monde entier, et spécialement celles et ceux des métropoles impérialistes, doivent se solidariser sans conditions avec les luttes de libération des peuples (c’est-à-dire accepter la lutte « par tous les moyens nécessaires » comme disait Malcom X, prendre parti pour la violence révolutionnaire des opprimé-e-s même si des soldats français doivent mourir en face, ne pas prétendre leur dicter notre propre agenda). Or, pour Losurdo cette solidarité sans conditions doit concerner non seulement la lutte révolutionnaire mais aussi les compromis et les retours en arrière, dictés eux aussi par les cruelles nécessités du réel. Losurdo parle à des militant-e-s qui veulent défendre les révolutions russes et chinoises. Il les flatte dans le sens du poil en leur disant : si vous voulez défendre Lénine et Staline vous devez défendre aussi Brejnev et Andropov (il ne va pas jusqu’à défendre Khrouchtchev, mais le considère comme un ami du socialisme qui se trompe, et non comme un ennemi  qui se cache), si vous voulez défendre Mao, vous devez aussi défendre Deng Xiaoping, Jiang Zemin, Hu Jintao et Xi Jinping (un auteur de la même tendance néo-révisionniste, le belge Ludo Martens allait même jusqu’à dire : si vous voulez défendre la révolution burkinabé de Thomas Sankara, vous devez défendre son assassin Blaise Compaoré). Cette théorie n’est pas matérialiste : Brejnev, Deng Xiaoping et Compaoré ne représentent pas le retour au réel après les « utopies » et/ou les « erreurs » de Lénine-Staline, Mao ou Sankara. Ils représentent la contre-révolution, la restauration du capitalisme par une nouvelle bourgeoisie (et dans le cas de Compaoré, une bourgeoisie compradore au service de l’impérialisme français). Ils sont socialistes en parole, mais capitalistes en réalité. Si nous voulons avancer dans le bilan des expériences socialistes, nous devons saisir cette réalité.

Une critique plus poussée des écrits de Losurdo est à faire. Dans ses derniers écrits, cet infatigable professeur d’inconséquence s’intéresse aux luttes antisexistes et antiracistes, pour en proposer une version aussi inconséquente que sa vision de la construction du socialisme. Nous devons au contraire aider tous les camarades qui veulent défendre l’héritage de Lénine-Staline à ne pas s’arrêter au milieu du chemin, mais à faire la critique du révisionnisme qui a sapé les bases du socialisme en URSS.

Intervention pour le débat de la « Fête Populaire » à l’occasion du centenaire de la révolution d’Octobre

La grande révolution socialiste d’octobre a eu le mérite d’avoir constitué la première expérience de dictature du prolétariat et de transition vers le communisme après les 73 jours de la commune de Paris. Cette expérience a eu lieu dans des conditions extraordinairement difficiles et avec des erreurs inévitables dans un contexte d’encerclement capitaliste. Les démocraties populaires nées de la lutte antifasciste, n’auraient pas été possibles sans les enseignements d’octobre et la victoire soviétique de 1945. Les camarades chinoi-se-s se sont inspiré-e-s des leçons de la Révolution d’octobre, de ses victoires comme de son échec final, pour essayer d’aller plus loin, mais là aussi le capitalisme a été restauré après le coup d’Etat de 1976.

Le camarade Lénine nous enseigne que la transition au communisme est une période où s’affrontent le vieux mode de production capitaliste et le mode de production socialiste à naître.

1991 est la dernière étape de destruction de l’URSS. Mais ce coup d’état de l’intérieur avait été initié déjà depuis Khroutchev et sa politique de renoncement à la lutte révolutionnaire. Ce coup d’Etat avait une base matérielle constituée non seulement d’éléments des anciennes couches bourgeoises, mais aussi de couches bourgeoises nouvelles produites par l’organisation de la production (c’est un élément intéressant du livre de Robert Linhart, Lénine, les paysans, Taylor). Les classes sociales se développent sur une base matérielle préexistante, elles ne peuvent naître spontanément, comme des souris qui sortent du chapeau d’un magicien.

L’introduction d’éléments de marché privé dans les kolkhozes comme dans les usines a renforcé la base des éléments bourgeois des différentes républiques, qui ont fini par se marcher sur les pieds et par se sauter à la gorge dès avant la chute du mur de Berlin. Les bourgeoisies des différentes républiques ont pu mobiliser les masses pour leurs intérêts, en ravivant un chauvinisme et un racisme qui n’avaient jamais totalement disparu, comme en témoignent les pogroms d’Arménien-ne-s à Soumgaït (1988) et Bakou (1990), organisés par la bourgeoisie azérie.

Être fidèle à Lénine et aux combattant-e-s d’Octobre, c’est lutter contre le dogmatisme et le culte des icônes pour faire le bilan matérialiste qui nous permettra d’avancer vers de nouvelles victoires. Et pour commencer étudier la base sociale du révisionnisme, et étudier la lutte contre le révisionnisme en Chine et en Albanie (qui n’a pas empêché la restauration du capitalisme dans ces pays).

Les enseignements de la révolution d’Octobre doivent devenir accessibles aux masses et servir à préparer les luttes d’aujourd’hui contre le Capital, comme la lutte contre la loi Travail en ce moment même. Cela fait depuis 2010 que la classe ouvrière se mobilise à chaque attaque, à chaque projet de loi, renforçant l’oppression de la bourgeoisie par l’exploitation. L’élan est déjà là, mais il manque la stratégie de combat, élaborée à la lumière d’une théorie révolutionnaire. Il faut s’intéresser à la Révolution d’Octobre pour réfléchir au présent que l’on veut construire et arracher maintenant, et non pas seulement pour rendre hommage et glorifier le passé.

Vive la révolution socialiste d’Octobre, passons des luttes sociales à la révolution !

 

Source: http://futur-rouge.overblog.com/2017/11/pour-le-centenaire-de-la-revolution-socialiste-d-octobre-1917.html

Être communiste au Québec après la révolution russe de 1917

Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Grande Révolution Bolchevique d’Octobre 1917, le journal centenaire (1910) Le Devoir publie un texte sur le vécu québécois de la célèbre révolution russe.

 

 

Nous sommes en 1917. À Moscou, le tsar est tombé. Lénine et les siens, des internationalistes, risquent-ils d’organiser une révolution mondiale ? Les chancelleries du monde, affolées de ce changement de cap qui pourrait les toucher, décident de se mêler de cette guerre civile dans l’espoir de contribuer à rétablir l’ordre ancien. Des contingents des États-Unis, de France, du Royaume-Uni, de Serbie, de Finlande, de Roumanie, de Turquie, de Grèce, du Japon et du Canada se portent à la défense des Russes blancs, les fidèles du tsar.

Parmi les Canadiens partis batailler en Russie, on trouve Antoine Rivard, futur ministre et solliciteur général du gouvernement anticommuniste de Maurice Duplessis. Il débarque à Vladivostok avec le 259e Bataillon canadien, arme à la main. L’échec de cet engagement militaire l’a fait oublier, affirme l’historien Benjamin Isitt.

Lorsqu’au printemps 1917, le révolutionnaire Léon Trotski tente, depuis New York, de regagner la Russie en passant par le Canada, il y est arrêté et emprisonné.

En raison de la répression institutionnelle dont est l’objet un tel mouvement, plusieurs informations manquent. Si bien que les historiens éprouvent du mal à retrouver, au Québec et au Canada, les traces de l’adhésion au communisme après la Révolution de 1917.

Il existe déjà au Québec, avant la guerre de 1914, plusieurs groupes socialistes. Ils ne sont pas étrangers au rayonnement des enseignements de Marx au sujet de l’exploitation ouvrière. En 1871, les moins de 16 ans forment 40 % de la main-d’oeuvre au Québec. Ce n’est qu’en 1907 que le gouvernement du Québec interdit le travail aux moins de 14 ans. En 1941 encore, près de la moitié des jeunes du Canada qui ne fréquentent pas l’école viennent du Québec.

Devant des conditions de travail pitoyables, les ouvriers s’organisent comme ils peuvent. Ce n’est qu’en 1921 qu’un Parti communiste canadien voit le jour. Son succès demeure faible. À la différence des États-Unis ou du reste du Canada, la pénétration du mouvement communiste au Québec après apparaît plus lente. L’Église, notamment, fait paravent. Aussi le mouvement communiste attire-t-il à lui beaucoup d’immigrants épris de solidarité envers des travailleurs issus d’un même horizon de misère.

Il faut attendre 1926 pour qu’un premier militant communiste au Québec se porte candidat aux élections. Ce sera Michael Buhay, dans la circonscription de Cartier, au coeur de Montréal, là même où, en 1943, à la faveur d’une élection partielle, Fred Rose sera le premier communiste élu à Ottawa. Rose, un électricien, sera à nouveau élu lors de l’élection générale de 1945, avant qu’on lui fasse un procès pour espionnage dont les contours restent à ce jour nébuleux.

Au nombre des jeunes militants politiques à l’époque sympathiques à Fred Rose, on trouve Jacques Parizeau (ancien premier ministre indépendantiste du Québec qui a présidé au référendum sur la souveraineté en 1995). Dans Fred Rose, un Canadien errant, un film signé en 2002 par Francine Pelletier, Parizeau dit : « J’ai travaillé pour ceux qui travaillaient pour ceux qui travaillaient pour Fred Rose. » Jacques Parizeau explique qu’une figure aussi improbable que lui, un bourgeois de naissance, n’était pas la bienvenue chez les communistes.

Au début des années 1920, le mouvement communiste au Québec mise beaucoup sur l’éducation populaire. Il parle des réalités de l’exploitation aux ouvriers. À Montréal, on trouve le Labor College, une sorte de club ouvrier comme on en trouve en Europe et où se réunit un Comité d’aide à l’URSS, ce nouveau pays dont le nom ne renvoie pas exactement à un territoire, mais à une nouvelle conception du monde.

Au Labor College, deux femmes jouent un rôle majeur : Annie Buller et Bella Gauld. Ces deux militantes d’institutions de charité ont abandonné l’univers libéral dans lequel elles baignaient pour adhérer à un idéal communiste, plus susceptible selon elles de changer vraiment la société. Et les voilà qui offrent des cours d’économie, d’histoire et de culture générale, dans une perspective de luttes des classes.

Quelle place jouent les femmes dans la constitution initiale de ce mouvement au Québec ? En Abitibi, en 1933, Jeanne Corbin, une militante communiste, soutient la grève de bûcherons. Dans leurs cabanes de bois, véritables repères des poux et de la misère, les autorités qui procèdent à des arrestations trouvent des portraits de Karl Marx. Jeanne Corbin sera condamnée à trois mois de prison. L’historienne Andrée Lévesque lui a consacré un livre. Il en faudrait sans doute un aussi pour mieux comprendre le parcours de Léa Roback : en 1937, cette communiste structure une grève de milliers de femmes pour améliorer leurs conditions. Elles travaillent jusqu’à 80 heures par semaine dans les usines de couture de Montréal pour des salaires qui ne dépassent pas 12,50 $.

Le plus célèbre des militants communistes au Québec reste Norman Bethune. Inventeur d’instruments de chirurgie encore utilisés aujourd’hui, ce médecin exerce son action pour les plus démunis. Il va notamment plaider auprès du gouvernement du Québec pour la mise en place d’un système de soins de santé pour tous.

Dans l’Espagne déchirée par la guerre civile, Bethune organise une unité mobile de transfusion sanguine. L’Espagne de Franco qu’il combat fait corps avec le régime d’Hitler. Quand en juin 1937 Bethune tient à Montréal une assemblée publique ouvertement favorable aux communistes espagnols, quelque 9000 personnes répondent à son appel et l’applaudissent.

En avril 1937, l’écrivain André Malraux fera lui aussi une brève visite à Montréal pour plaider en faveur de ses camarades espagnols. Malraux souligne à cette occasion l’importance de Bethune. Le poing fermé, il salue la foule. De son souvenir à Montréal, l’écrivain conserve celui d’un vieil ouvrier canadien-français qui, s’avançant vers lui à la fin de la soirée, lui donna sa montre en or, pour ainsi dire sa seule richesse, afin d’aider les camarades espagnols.

En 1937 toujours, Duplessis fait adopter sa loi dite du cadenas. Elle permet d’interdire toute activité de gauche jugée subversive. Mais durant la Seconde Guerre mondiale, le ton à l’égard des communistes va s’adoucir : le Canada est alors l’allié de l’URSS. À Montréal, les usines fabriquent même des tanks destinés à ce Staline dont les crimes ne sont pas encore largement dénoncés.

Quel espace tient alors le communisme dans les consciences ? La question reste complexe. En entrevue devant la caméra de Francine Pelletier, l’ex-premier ministre Jacques Parizeau résumait : « J’aurais volontiers rejoint le Parti communiste. Si vous aviez une conscience sociale, vous vouliez être du côté des communistes. »

 

Source : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/511190/communisme-etre-communiste-au-quebec-apres-la-revolution-de-1917?utm_campaign=Autopost&utm_medium=Social&utm_source=Facebook

Défendre la vie du président Gonzalo, c’est défendre le maoïsme !

Article du Parti Communiste Maoïste (PCM) en réponse à l' »attaque » de l’OCML-VP contre le président Gonzalo et le Parti Communiste du Pérou (PCP) !

Le jour du 25e anniversaire de l’arrestation du président Gonzalo du Parti Communiste du Pérou, dirigeant la Guerre Populaire Prolongée au Pérou, l’OCML-VP a décidé de publier un long communiqué présentant le président Gonzalo comme un liquidateur. Cet article est intitulé «  A propos de la Guerre Populaire au Pérou, la trahison de la direction du PCP et la capitulation du Président Gonzalo », le nom annonce la couleur.

L’essence de ce communiqué est la suivante :

– Après son arrestation, le président Gonzalo aurait capitulé et collaboré avec l’ennemi plus ou moins directement pour mettre fin à la Guerre Populaire et arriver à des accords de paix.

– Le président Gonzalo est en pleine collaboration avec la Ligne Opportuniste de Droite (LOD) représentée par le MOVADEF

– La Guerre Populaire au Pérou aurait échoué à cause d’un « culte de la personnalité » autour du président Gonzalo

Nous allons voir en quoi ce communiqué, loin d’être une critique du Parti Communiste du Pérou et de son expérience, s’affiche au contraire comme une attaque complète sur toute la ligne contre le maoïsme. Ce communiqué est le résultat d’une ligne idéologique et politique fondamentalement erronée reposant sur une large déformation du maoïsme, le résultat en est que l’OCML-VP en vient à prendre position pour les lignes opportunistes de droite et de « gauche » au Pérou, une position internationale qui bien sûr se reflète dans leur pratique localement.

Critique ou attaque ?

La Guerre Populaire Prolongée (GPP) a été déclenchée au Pérou en 1980 par le Parti Communiste du Pérou dirigé par le président Gonzalo. Au moment où celle-ci a été initiée le mouvement communiste international était affaibli et en recul : en 1976 a eu lieu le coup d’État et la contre-révolution en Chine mettant fin au dernier bastion socialiste, dans les années 1980 la Guerre Populaire en Inde était affaiblie par la répression et la division géographique et organisationnelle du mouvement, aux Philippines la Guerre Populaire essuyait successivement des échecs suite à des erreurs stratégiques importantes qui seront rectifiées dans les années 90 avec la Seconde Campagne de Rectification qui réaffirme le maoïsme et la stratégie de la GPP. Ainsi le déclenchement de la Guerre Populaire au Pérou fut une initiative d’une importance majeure pour le mouvement communiste international et il fut pour cette raison immédiatement la cible de l’impérialisme qui chercha à l’écraser par tous les moyens à sa disposition.

Malgré la répression brutale et les massacres, y compris au sein des prisons comme en juin 1986, la Guerre Populaire se développa rapidement allant jusqu’à toucher la grande majorité du territoire et y compris la capitale Lima. Elle atteindra le plus haut développement qu’ait connu les Guerres Populaires après la contre-révolution de 1976 en Chine. Même après la capture du président Gonzalo en septembre 1992 et alors que celui-ci se retrouvait entre les mains de l’ennemi, la Guerre Populaire perdura tout au long des années 1990 avant de diminuer en intensité.

Lors de cette Guerre Populaire des conquêtes importantes ont été réalisées par le mouvement communiste international contre l’impérialisme. Des conquêtes qui ont notamment une importance essentielle dans la compréhension du maoïsme que nous avons aujourd’hui. Ce sont contre ces conquêtes que l’OCML-VP a rédigé son attaque contre le mouvement communiste du Pérou.

Pourquoi parlons-nous d’attaque et non de critique concernant ce communiqué ? Au sein du mouvement communiste la critique est non seulement permise mais même encouragée, le processus de critique-autocritique est indispensable pour rectifier nos erreurs et avancer. Ce qui distingue la critique de l’attaque est son caractère non constructif mais destructeur. Dans le cas de l’OCML-VP il ne s’agit pas d’une critique idéologique et politique du mouvement communiste du Pérou sur des erreurs que celui-ci aurait commis mais il s’agit de reprendre sans encombre les mensonges et les calomnies diffusés par l’ennemi et les liquidateurs pour attaquer unilatéralement le Parti Communiste du Pérou et son dirigeant, le président Gonzalo.

L’attaque de l’OCML-VP se base sur le fait que le président Gonzalo aurait trahi la Guerre Populaire en agissant comme un liquidateur après son arrestation par l’ennemi. Selon l’OCML-VP, il aurait été un liquidateur plus ou moins conscient mais dans tous les cas se prêtant au jeu que les impérialistes veulent lui faire jouer. Sur quoi se base cette allégation aussi grave, une allégation qui a toujours été rejetée par le mouvement maoïste et dont les seuls soutiens sont le gouvernement et les opportunistes de droite et de « gauche » ?

Cette théorie de Gonzalo comme liquidateur est la thèse présentée par l’État péruvien, une thèse élaborée de toute pièce par le SIN (les services secret péruviens) avec la complicité de la CIA. Voilà d’où proviennent toutes les sources de l’OCML-VP qui l’admet elle-même dans son article. Admettant elle même que les lettres des accords de paix ainsi que les « interviews » vidéos seraient fausses, comment l’OCML-VP peut-elle tout de même affirmer que le président Gonzalo aurait trahi ? Elle fait cela en prétendant que celui-ci se serait prêté au jeu, en acceptant d’être filmé par exemple ou en ne levant pas le poing lors de son dernier procès !

Ainsi l’OCML-VP détiendrait une vérité que tout le mouvement maoïste n’a pas, car elle aurait remarqué que Gonzalo n’a pas levé le poing lors de son dernier procès.

Il est évident que cela ne fait aucun sens. Le président Gonzalo est maintenu dans l’isolement le plus total depuis 25 ans, l’État péruvien essaye de le faire mourir d’une mort lente car son élimination directe n’aurait fait qu’intensifier la Guerre Populaire. Le président Gonzalo n’a jamais pu réaliser aucun entretien devant la presse internationale hormis lors de son discours de la cage du 24 septembre 1992 où il appelle à poursuivre la Guerre Populaire en affirmant que son arrestation ne constitue qu’un détour sur la route. Le président Gonzalo n’a aucun contact avec le monde extérieur.

Et justement qu’est-ce que le MOVADEF dont l’OCML-VP reprend les calomnies ? Le « Mouvement pour l’Amnistie Générale et la Réconciliation Nationale » (MOVADEF) est une organisation mise en place par la ligne opportuniste de droite (LOD). La LOD est composée d’anciens membres du PCP qui ont rejeté la Guerre Populaire Prolongée et ont appelé à déposer les armes, ce sont les liquidateurs de la Guerre Populaire. Cette LOD s’est constituée en MOVADEF grâce au travail et à l’appui du SIN. Le MOVADEF est aujourd’hui l’organisme qui a à sa tête le seul avocat en lien avec le président Gonzalo. Le MOVADEF est directement un outil monté et mis en place par les impérialistes dans leur programme de contre-insurrection.

Un an après l’arrestation du président Gonzalo en 1992. En 1993, le président du Pérou, Alberto Fujimori (aujourd’hui emprisonné pour crime contre l’humanité, responsable d’une politique génocidaire contre le mouvement révolutionnaire et notamment de la stérilisation forcée de milliers de femmes indigènes accusées de pro-créer des communistes!) présente des fausses lettres de paix attribuées à Gonzalo et peu de temps après des vidéos truquées (cela était évident pour tous les communistes et cela sera révélé plus tard par les services secrets). L’ensemble du mouvement maoïste international a mené une intense campagne pour la libération du président Gonzalo après son arrestation. Toutes les demandes de visites du président Gonzalo par des personnalités progressistes ont été rejetées.

Les seules à croire que le Président Gonzalo aurait appelé à signer des accords de paix sont des anciens dirigeants du PCP devenus des liquidateurs, les opportunistes de droite, ainsi qu’une ligne militariste, opportuniste de « gauche », qui ont exigé que Gonzalo soit relâché pour être jugé par leur soin. Ainsi l’OCML-VP reprend sans encombre à son compte des calomnies émanent directement des impérialistes et de leurs laquais locaux qui ne sont soutenus que par les opportunistes de droite et de « gauche ». Une fois de plus l’OCML-VP navigue à vue entre l’opportunisme de droite et de « gauche ».

Aucun révolutionnaire conséquent n’accorde du crédit et de l’importance à des propos d’un dirigeant révolutionnaire emprisonné, aux mains de l’ennemi et qui ne peut s’exprimer directement à son Parti. Admettre les calomnies de l’ennemi et les reprendre à son compte, c’est se faire la courroie de transmission des impérialistes dans le mouvement maoïste.

Si l’OCML-VP se couvre de honte en reprenant de telles allégations, c’est car elle sous-estime et ne comprend à aucun moment les tactiques et techniques de contre-insurrection menées par l’ennemi. L’OCML-VP a toujours envisagé la révolution dans un avenir lointain et ne s’y est par conséquent jamais préparée sérieusement, elle n’étudie pas à fond les questions de la clandestinité et de la répression en cas de Guerre Populaire. L’histoire montre pourtant à quel point l’ennemi investie massivement et se perfectionne dans la guerre psychologique et dans la contre-insurrection. Cela s’est particulièrement vue lorsque l’impérialisme français a mené une lutte acharnée contre le mouvement national algérien, c’est à ce moment là que de nombreux outils de contre-insurrection vont être développés et ensuite exportés en Amérique du Sud par des militaires français directement employés par les dictatures militaires d’Amérique du Sud. Parmi ces méthodes, l’une d’entre elle consiste à faire croire à la trahison de dirigeants pour que ceux-ci soient éliminé par le mouvement lui-même ainsi que pour démobiliser les masses.

La Guerre Populaire au Pérou représentait dans les années 80 et 90 le seul mouvement communiste à aller contre-courant dans une période de restauration totale du capitalisme et d’offensive généralisée de la bourgeoisie sur le communisme présenté comme appartenant désormais au passé. Le Parti Communiste du Pérou constituait donc une cible d’une importance toute particulière pour l’impérialisme, en particulier l’impérialisme yankee. Pour s’en apercevoir il suffit de faire quelques recherches sur le nombre impressionnant d’études réalisées par l’armée américaine et ses écoles, des organisations stratégiques américaines et les services secrets le concernant pour établir des stratégies de contre-insurrection. Beaucoup de ses études en arrivaient à la conclusion que la victoire de la Guerre Populaire au Pérou serait presque inévitable. Il a donc fallu des moyens immenses à l’État péruvien et ses services secrets grâce à la collaboration des Etats-Unis pour mettre fin brutalement à cette Guerre Populaire, d’une part par les massacres et d’autre part par une intensive guerre psychologique.

En définitif, l’OCML-VP oublie une des leçons essentielles de la lutte révolutionnaire : l’ennemi est fort tactiquement mais faible stratégiquement. Fort tactiquement car il dispose de moyens militaires immenses, d’une expertise et d’un savoir-faire brutal et perfectionné en matière de contre-insurrection et de guerre de basse intensité ; faible stratégiquement car l’ennemi n’a pas le soutien du peuple, il représente une minorité, une oppression, il est dans le camps de l’injustice et il sera donc nécessairement renversé. L’OCML-VP sous-estime et oublie entièrement la force tactique de l’ennemi et se prend à son jeu.

Aujourd’hui, nous réaffirmons, comme cela a toujours été affirmé par le mouvement maoïste international, que les dernières consignes du Président Gonzalo valables concernant la Guerre Populaire au Pérou sont celles données dans le discours de la cage, le 24 septembre 1992. Dans ce discours magistral (voir discours en intégrale sous-titré en anglais), celui-ci affirme la nécessité de continuer et d’intensifier la Guerre Populaire, il affirme que son arrestation ne constitue pas un point d’arrêt mais juste un détour sur la route.

Öcalan, Gonzalo : même combat ?

Dans son communiqué, l’OCML-VP s’aventure à comparer le président Gonzalo à Öcalan, le pilier du PKK emprisonné depuis maintenant plus de 18 ans.

Il part du postulat que tous deux seraient des capitulards et qu’on devrait donc les défendre de manière similaire.

Tout d’abord, il existe des différences fondamentales entre le président Gonzalo et Öcalan. Le président Gonzalo est un des dirigeants marxistes les plus important, la Guerre Populaire qu’il a dirigé avec le PCP au Pérou avait une valeur profondément internationale et a notamment servi d’exemple pour le déclenchement de la Guerre Populaire au Népal en 1996. D’un autre côté, Öcalan est le dirigeant du mouvement national kurde qui s’oppose à l’État réactionnaire turc, un Etat sous domination de l’impérialisme américain ; d’un point de vue de classe, Öcalan est le représentant de la bourgeoisie nationale kurde. Ce sont donc deux ennemis de valeur très différentes pour l’impérialisme.

De même et par conséquent, contrairement à l’isolement total que subit le président Gonzalo, Öcalan lui dispose de moyens de publication et communication reconnus par le mouvement national kurde.

L’OCML-VP affirme qu’un prisonnier politique même s’il devient un liquidateur et se met au service de l’ennemi, doit être défendu et que nous devons exiger sa libération. Cette position montre en tout point leur opportunisme et est à l’exact opposé de la pratique du mouvement révolutionnaire. S’il est parfaitement avéré qu’un camarade arrêté, une fois aux mains de l’ennemi se met à collaborer, à donner des informations à l’ennemi, s’il devient un liquidateur et donc un traître, le mouvement révolutionnaire n’a plus aucun devoir de le défendre. Cet individu, quelqu’ait pu être son passé dans le mouvement, tombe dans l’oubli et la seule chose que le mouvement attend de lui est sa libération pour lui infliger sa sentence pour trahison. Si nous défendons les prisonniers qui collaborent avec l’ennemi et qui liquident notre mouvement, nous encourageons alors tous les camarades arrêtés à en faire de même, cela est inacceptable.

La position révolutionnaire consiste à ne pas croire les propos d’un camarade enfermé et dans les mains de l’ennemi car il n’est pas possible d’en vérifier l’authenticité ni de savoir ce qui est subit par le camarade. Si un camarade est avéré être un traître au mouvement, celui-ci doit être jugé en conséquence par le Parti.

La position de l’OCML-VP sur les prisonniers politiques en général se retrouvent donc être complètement erronée et à l’opposé de l’expérience du mouvement communiste international.

Sur le « culte de la personnalité »

L’OCML-VP affirme qu’une des raisons principales de l’échec de la Guerre Populaire au Pérou serait la pratique d’un « culte du chef » par le PCP. L’OCML-VP aurait déjà remarqué ce problème dans un de ses documents de 1990.

Les accusations de « culte de la personnalité » contre le mouvement communiste ne sont pas nouvelles. Elles ont été utilisées aussi bien contre Lénine, Staline ou Mao. L’exemple le plus flagrant est celle faite contre Staline par Khrouchtchev lors du XXe Congrès du PCUS : cette attaque contre le soit-disant « culte de la personnalité » autour de Staline n’était qu’un prétexte pour liquider le socialisme en URSS et entamer la restauration du capitalisme.

Regardons ce que dit le président Gonzalo concernant l’accusation de « culte de la personnalité » dans L’Interview pour El Diario réalisée en 1988 :

« Khrouchtchev souleva le problème du culte de la personnalité pour combattre le camarade Staline, mais nous savons tous que ce ne fut qu’un prétexte en fait, pour combattre la dictature du prolétariat. Aujourd’hui, même Gorbatchev brandit à nouveau le culte de la personnalité comme le firent aussi les révisionnistes chinois Liou Chao-chi [Liu Shaoqi] et Teng Siao-ping [Deng Xiaoping]. Par conséquent, c’est une thèse révisionniste qui vise en essence la dictature du prolétariat et les grands dirigeants et chefs du processus révolutionnaire général dans le but de les décapiter. Dans notre cas, que viserait-elle concrètement ? Décapiter la guerre populaire. Nous n’avons pas encore de dictature du prolétariat mais un Nouveau Pouvoir qui se développe selon des normes de démocratie nouvelle ou de dictature conjointe d’ouvriers, de paysans et de progressistes. En ce qui nous concerne, cette thèse a donc pour but principal de décapiter la direction. Et la réaction et ses laquais savent très bien pourquoi ils le font : parce que ce n’est pas facile d’engendrer des chefs et un grand dirigeant. Et une guerre populaire telle qu’elle se développe dans le pays, a besoin de chefs et d’un grand dirigeant, de quelqu’un qui la représente, la dirige et d’un groupe capable de la commander inflexiblement. En résumé le culte de la personnalité est une sinistre thèse révisionniste qui n’a rien à voir avec notre conception sur les chefs, laquelle s’en tient au léninisme. »

A la lumière des propos du président Gonzalo, on comprend parfaitement le but derrière l’accusation de « culte de la personnalité » à l’encontre du président Gonzalo faite par l’OCML-VP.

L’OCML-VP affirme que la pensée gonzalo fut un des principales facteurs de l’échec de la Guerre Populaire au Pérou car celle-ci contribuerait à « dépolitiser les masses » et laisserait penser que ce sont les grands hommes qui font l’histoire. Tout d’abord voyons ce que dit le président Gonzalo lui même sur la pensée gonzalo :

« El Diario: Puisque nous parlons d’idéologie, pourquoi la Pensée Gonzalo?

Président Gonzalo : Le marxisme nous a toujours enseigné que le problème réside dans l’application de la vérité universelle. Le Président Mao Tsétoung insistait énormément sur ce point ; si le marxisme-léninisme-maoïsme ne s’applique pas à une réalité concrète, on ne peut pas diriger une révolution, on ne peut pas transformer le vieil ordre, ni le détruire, ni en créer un nouveau. C’est l’application du marxisme-léninisme-maoïsme à la révolution péruvienne qui a engendré la pensée gonzalo, dans la lutte de classes de notre peuple, principalement du prolétariat, les luttes incessantes de la paysannerie et dans le contexte bouleversant de la révolution mondiale. C’est au milieu de tout ce fracas, en appliquant le plus fidèlement possible la vérité universelle aux conditions concrètes de notre pays, que s’est matérialisée la pensée gonzalo. Auparavant on l’appelait la pensée guide ; et si aujourd’hui le Parti a sanctionné lors du Congrès la pensée gonzalo, c’est parce qu’il s’est produit un bond dans cette pensée guide, précisément au cours du développement de la Guerre Populaire. En synthèse la pensée gonzalo n’est que l’application du marxisme-léninisme-maoïsme à notre réalité concrète ; ceci nous amène à voir qu’elle est spécifiquement capitale pour notre Parti, pour la guerre populaire et pour la révolution dans notre pays, j’insiste, spécifiquement capitale. Mais pour nous, si nous considérons l’idéologie au plan universel, le principal est le maoïsme, je le répète une fois de plus. »

Ainsi la pensée gonzalo loin d’être un quelconque « culte du chef » ou de dépolitiser les masses, s’est formé au contraire du fait de la lutte des masses et dans la lutte des masses, elle s’est formée dans le feu de la Guerre Populaire.

Affirmer que les masses auraient été dépolitisées à cause de la pensée gonzalo constitue une négation totale du haut niveau idéologique et politique des masses péruviennes durant la Guerre Populaire au Pérou, un niveau idéologique rarement atteint qui se manifestait dans tous les domaines. Le reportage traduit par la Cause du Peuple « People’s of the shining path » permet en partie d’en rendre compte. Le PCP a toujours placé au cœur de sa formation, la formation idéologique, c’est ce qu’il y avait de plus central et de plus essentiel pour les militantes et militants du PCP et les masses du Pérou.

Affirmer que la constitution d’une pensée guide s’accompagnerait d’une dépolitisation des masses est simplement anti-historique et va à l’encontre même de l’histoire du maoïsme. C’est pendant la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine que s’est affirmée plus que jamais la pensée mao tsetoung, l’OCML-VP affirmerait donc que pendant cette période les masses populaires en Chine se sont dépolitisées ? Cela n’a évidemment aucun sens, la période de la Révolution Culturelle est le moment où les masses se sont le plus politisées !

Si l’OCML-VP s’en prend avec tant de vigueur au président Gonzalo, au PCP et à la pensée gonzalo, c’est car elle en rejette fondamentalement tous les apports.

Les apports du Parti Communiste du Pérou et du Président Gonzalo

Ainsi l’OCML-VP ne s’est jamais revendiqué du marxisme-léninisme-maoïsme. Elle préfère proposer une version éclectique du « maoïsme » qu’elle nomme « marxisme-léninisme et maoïsme ». A première vue cela pourrait sembler proche : ne serait-ce qu’une différence de forme ? Un vulgaire débat sur les mots plutôt que sur le fond ?

Loin de là, malgré la proximité des appellations, le fait est que l’OCML-VP rejette des conceptions essentielles du maoïsme, ces conceptions ont notamment été affirmées par le Parti Communiste du Pérou à travers une intensive lutte de lignes sur le plan international. Ce sont des enjeux idéologiques qui ont bien sûr des implications pratiques.

Tout d’abord le PCP a affirmé que le maoïsme forme le troisième jalon du marxisme, qu’il est la troisième, nouvelle et supérieure étape du marxisme. Il s’agissait d’une démarcation nécessaire avec ceux qui ne voyaient dans la pensée Mao Zedong que quelques apports en plus par rapport au marxisme-léninisme et que cela était principalement valide pour les pays semi-coloniaux semi-féodaux mais pas les pays impérialistes. En affirmant que le maoïsme est une nouvelle étape cela signifie qu’il a développé le marxisme dans ses trois composantes essentielles : le matérialisme dialectique et historique, l’économie politique marxiste et le socialisme scientifique. Dans ces trois domaines un bond qualitatif a été effectué.

Mais l’OCML-VP ne peut reconnaître l’ensemble de ces apports du maoïsme au marxisme et c’est pour ça que jusqu’aujourd’hui elle refuse de s’identifier comme marxiste-léniniste-maoïste.

Un des apports essentiels du maoïsme que rejette l’OCML-VP est la Guerre Populaire Prolongée. Le PCP a affirmé que la Guerre Populaire est une composante essentielle et universelle – c’est-à-dire applicable partout – du maoïsme.

« La guerre populaire est la théorie militaire du prolétariat international dans laquelle, pour la première fois, se résume de façon systématisée et complète l’expérience théorique et pratique des luttes, des actions militaires et des guerres que le prolétariat a livré, la longue expérience de la lutte armée populaire et spécialement des guerres paysannes de la Chine. C’est avec le Président Mao que la classe sera dotée de sa propre théorie militaire; pourtant il règne à ce sujet une grande confusion et beaucoup d’incompréhension. Cette incompréhension commence par la vision que l’on a de la guerre populaire en Chine; en général on la considère comme étant réduite et, dédaigneusement comme une simple guerre de guérillas. Cela révèle déjà l’incompréhension de fait, qu’avec le Président Mao, la guerre de guérillas acquiert un caractère stratégique. De plus, on ne comprend pas le développement de la guerre de guérillas et comment, à partir de sa fluidité essentielle, elle développe sa mobilité, devient guerre de mouvement, de positions, développant de vastes plans d’offensive stratégique, conquérant des villes petites, moyennes et grandes avec des millions d’habitants, combinant l’attaque du dehors avec l’insurrection à l’intérieur. En conclusion, les quatre étapes de la révolution chinoise et principalement à partir de la guerre agraire à la guerre de libération populaire, en tenant compte qu’entre les deux il y eut la guerre anti-japonaise, nous montrent les diverses facettes et la complexité de la guerre révolutionnaire qui se livra durant vingt années au sein d’une population gigantesque et d’une immense mobilisation et participation des masses. Dans cette guerre on trouve des exemples de tout genre et, le principal, c’est que ses principes, ses lois, ses stratégies, ses normes etc. ont été étudiés à fond et magistralement établis. C’est donc dans ce creuset fabuleux et sur la base de ce que le marxisme-léninisme avait établi, que le Président Mao élabora la théorie militaire du prolétariat, la guerre populaire.

[…]

L’une des questions clé et décisive est celle de la compréhension de la validité universelle de la guerre populaire et de son application conséquente, en tenant compte des différents types de révolution et des conditions spécifiques de chacune d’entre elles. A propos de cette question clé il est intéressant de constater qu’une insurrection comme celle de Pétrograd, la résistance anti-fasciste et les guérillas européennes de la IIème Guerre mondiale ne se sont pas répétées, ni les luttes armées qui se livrent en Europe actuellement. Il faut aussi considérer que la Révolution d’Octobre ne fut pas seulement une insurrection, mais une guerre révolutionnaire qui dura plusieurs années. Par conséquent, dans les pays impérialistes la révolution ne peut se concevoir que comme guerre révolutionnaire et celle-ci, actuellement, est simplement une guerre populaire. »

  • Sur le marxisme-léninisme-maoïsme, Parti Communiste du Pérou, 1988

Pour plus de détail sur les apports du PCP dans l’affirmation du maoïsme nous vous renvoyons à la déclaration internationale faite pour le 30e anniversaire de la Journée de l’Héroïsme récemment traduite en français.

On comprend donc que ce n’est pas pour rien que l’OCML-VP reprend les calomnies des réactionnaires contre le président Gonzalo et le PCP à son compte. Derrière cette attaque contre le président Gonzalo et le PCP, il s’agit en fait bien d’une attaque même contre le maoïsme et tout ce que le PCP a pu faire pour synthétiser, défendre et appliquer le maoïsme. Il s’agit d’un rejet affirmé du marxisme-léninisme-maoïsme, de la Guerre Populaire Prolongée, fait non au moyen de la lutte idéologique mais de la manière la plus lâche en reprenant les larges mensonges diffusés par l’ennemi. Il s’agit évidemment d’une pratique profondément opposée à l’essence même du marxisme et qui devrait révolter tout révolutionnaire.

A celles et ceux qui avaient encore quelques doutes sur la nature de l’OCML-VP, la lecture de leur communiqué devrait balayer ces doutes définitivement !

Défendre, appliquer et développer le maoïsme !

Combattre le révisionnisme et l’opportunisme !

Défendons la vie du Président Gonzalo !

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/defendre-la-vie-du-president-gonzalo-cest-defendre-le-maoisme/

En défense de Gonzalo, théoricien du maoïsme

En soutien du débat entourant les récents événements au Pérou, nous publions ici une opinion du Centre MLM en défense de Gonzalo contre les critiques ou attaques, c’est selon, de l’OCML VP sur la possible « capitulation » du PCP et la « trahison » de Gonzalo.

http://www.centremlm.be/IMG/pdf/communisme-005-gonzalo.pdf

 

«Nous, humains, sommes de simples fragments du temps et des battements du cœur, mais nos actes resteront inscrits génération après génération. Nous peuplerons la Terre avec la lumière et la joie. »

L’Histoire produit des dirigeants révolutionnaires, des gens qui rompent avec l’idéologie dominant leur époque, dénonçant l’injustice, étudiant les racines des problèmes, pavant la voie à une solution révolutionnaire.

Ils sont le produit synthétisé des luttes de classe, tout comme ils synthétisent les luttes de classe.

Ces dirigeants ne sont pas intéressants comme individus en tant que tels, même si bien sûr le respect leur est dû pour leur accomplissement et leur capacité humaine à porter une rupture que d’autres n’ont pas été capables de faire.

Ces dirigeants sont intéressants en tant qu’ils expriment la Pensée correcte à suivre pour être en mesure de changer la situation. C’est le principe de la Pensée Guide, que nous avons expliqué dans un document commun historique au printemps 2013.

En novembre 2016, nous avons également expliqué quelle était la base de la Pensée Lénine, qui est notamment portée par les documents suivants de Lénine : La guerre des partisans (1905), Les leçons de l’insurrection de Moscou (1906), Léon Tolstoï miroir de la révolution russe (1908), Le développement du capitalisme en Russie (seconde préface).

La Pensée Lénine est l’expression directe de la situation russe, de la compréhension de la société russe, de ses besoins historiques. En 1934 par exemple, alors que 29 volumes des œuvres de Lénine avaient été publiés, les écrivains suivants étaient cités par Lénine : Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine 320 fois, Nikolaï Gogol 99 fois, Ivan Krylov 60 fois, Ivan Tourgueniev 46 fois, Nikolaï Nekrassov 26 fois, Alexandre Pouchkine 19 fois, Anton Tchekhov 18 fois, Alexander Ostrovsky 17 fois, Gleb Ouspensky 16 fois, Ivan Gontcharov 11 fois.

C’est une bonne expression de la liaison avec la culture russe et sa situation. La révolution d’octobre a été, en 1917, l’expression de la Pensée Lénine.

De la même manière, la révolution chinoise a été l’expression de la Pensée Mao Zedong. Et dans chaque pays, l’histoire produit des dirigeants révolutionnaires qui commencent un processus révolutionnaire.

Pour cette raison, nous voulons souligner l’importance de rejeter la double attaque contre Gonzalo qui s’est produite idéologiquement en France ces derniers jours.

En tant que dirigeant du Parti Communiste du Pérou, qui a lancé une Guerre Populaire, Gonzalo a compris le principe de la Pensée Guide. Cela lui a permis d’expliquer que le maoïsme était la troisième étape du marxisme, après le léninisme.

Il n’y a pas d’autre « maoïsme » qui ait été défini. Toutes les autres tentatives sont sans aucun sens, de faibles constructions. Historiquement, le concept de « marxisme-léninisme-maoïsme » vient directement de Gonzalo.

Il n’y a pour cette raison aucun sens historique en la traduction en français et la publication, comme cela a été fait ces derniers jours, d’un « cours élémentaire de marxisme-léninisme-maoïsme » fait par des gens ayant par la suite rejoint le Parti Communiste d’Inde (Maoïste).

Cela ne peut être qu’une tentative de nier le rôle de Gonzalo et la signification de ses enseignements. Le nom de Gonzalo n’apparaît même pas dans le document. Mais ce qui apparaît, c’est le concept de « pensée MLM », ce qui est, cela va de soi, une tentative de contourner la question de la Pensée Guide fondée sur un cadre national.

http://www.centremlm.be/IMG/pdf/communisme-005-gonzalo.pdf

 

Il est de toute façon bien connu qu’en Inde, comme aux Philippines, il y a une grande tradition de refus du maoïsme au nom de la « Pensée Mao Zedong ». Les principaux partis de ces deux pays participant pour cette raison pendant longtemps aux congrès internationaux organisés par le Parti du Travail de Belgique, révisionniste.

Cela montre très bien qu’un maoïsme n’acceptant pas la seule définition du maoïsme, celle de Gonzalo, n’est qu’une « pensée Mao Zedong ». Lorsque le Parti Communiste des Philippines salue la Corée du Nord, il montre que son maoïsme est incorrect.

Il est également erroné que l’Organisation Communiste Marxiste-Léniniste – Voie Prolétarienne ait produit un document contre Gonzalo, l’accusant de capitulation, alors qu’il est en prison depuis son arrestation en septembre 1992, il y a 25 ans.

Une telle accusation, publiée ces derniers jours, n’est fondée que sur ce que l’ennemi accepte de dire à son sujet, et c’est pour cette raison une rupture claire avec la tradition révolutionnaire où on ne critique pas un camarade arrêté, aux mains de la contre-révolution.

Il y a également une grande naïveté à expliquer que Gonzalo est un traître, alors qu’il est toujours à l’isolement total. Quand quelqu’un capitule, il est mis en avant par la réaction.

La production de fausses lettres de capitulation n’a rien de nouveau non plus : cela avait déjà été fait pour le grand dirigeant révolutionnaire Thomas Müntzer en Allemagne en 1525.

Comme dit, c’est un enseignement fondamental de la révolution comme quoi il n’est pas possible de faire confiance à la réaction.

Et, dans son accusation, l’Organisation Communiste Marxiste-Léniniste – Voie Prolétarienne affirme que le Parti Communiste du Pérou a dit que la Pensée Gonzalo serait une nouvelle étape du marxisme. Cela n’est bien entendu pas vrai et cela montre que l’Organisation Communiste Marxiste-Léniniste – Voie Prolétarienne ne connaît pas ou ne comprend pas le Parti Communiste du Pérou.

Et comment pourrait-il en être autrement, quand l’Organisation Communiste Marxiste-Léniniste – Voie Prolétarienne croit que tous les pays du monde sont capitalistes (et non pas capitalistes ou bien semi-féodaux semi-coloniaux), que Staline était un contre-révolutionnaire, rejetant le caractère universel de la Guerre Populaire ?

Il est également étrange de voir l’Organisation Communiste Marxiste-Léniniste – Voie Prolétarienne dénoncer la « capitulation » de Gonzalo, quand elle a elle-même soutenu Prachanda, le dirigeant révisionniste du Népal, jusqu’à la fin de la capitulation.

C’est un bon exemple, parce que les révolutionnaires authentiques avaient prévu les erreurs de Prachanda à un stade très précoce. Il n’existe pas quelque chose comme un dirigeant révolutionnaire authentique qui, subitement, capitule.

C’est pourquoi on ne peut pas croire l’État allemand quand il dit qu’Ulrike Meinhof s’est suicidée dans sa cellule, ou bien quand le social-impérialisme soviétique a dit que le grand dirigeant grec Nikos Zachariadis s’est suicidé en exil. Ce sont des mensonges.

De la même manière, c’est une question de confiance dans le mouvement de l’Histoire que de ne pas croire en la capitulation de Gonzalo. Son arrestation, comme il l’a dit, est un « détour » pour la révolution péruvienne.

Un tel détour peut prendre du temps, exactement comme la révolution dans les pays impérialistes connaît une retraite stratégique depuis la vague des années 1960-1970, alors que de toutes manières l’Asie, l’Afrique et l’Amérique devenaient les « zones de tempête de la révolution mondiale ».

Ce qui compte, dans une telle situation, est que les révolutionnaires s’unissent dans des partis d’avant-garde dans chaque pays, défendant les traditions révolutionnaires et combattant le révisionnisme et les interprétations subjectivistes venant de l’extérieur du courant révolutionnaire historique.

Ceci, afin d’être prêt pour la nouvelle grande vague de la révolution mondiale.

Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste [Belgique]
Parti Communiste de France(mlm)
14 septembre 2017

 

Source: http://centremlm.be/En-defense-de-Gonzalo-theoricien-du-maoisme

L’OCML Voie Prolétarienne soutient le Parti Communiste du Pérou

Le texte qui suit est une analyse produite par l’OCML VP en 1990 sur la question de la GPP au Pérou menée par Gonzalez et le Parti communiste du Pérou (PCP). Nous le publions aujourd’hui parce qu’à la lumière de l’expérience  péruvienne, et l’impasse dans lequel se trouve la révolution prolétarienne au Pérou, l’OCML VP ait modifié quelques-unes de ses perceptions par rapport au modèle péruvien de la GPP. Vous trouverez d’ailleurs le texte de l’analyse de la situation actuelle dans le post suivant. 

 

L’OCML Voie Prolétarienne soutient le Parti Communiste du Pérou

Déclaration du Comité Directeur de l’OCML Voie Prolétarienne, Mai 1990

[NdlR : cette déclaration venait en conclusion d’une brochure intitulée « Dix ans de Guerre Populaire au Pérou », Cahier N°8 de La Cause du Communisme]
In english

En Septembre 1984 paraissait dans notre journal le premier article sur le PCP, « Sentier Lumineux », disions-nous. C’était le début d’une information régulière sur la guérilla au Pérou, et sur la politique du PCP.

Cette information a été marquée à des échéances politiques par de nouveaux positionnements. Nous refusions à la fois le soutien aveugle et idéaliste, qui a tant fait de mal au mouvement révolutionnaire, comme l’absence d’engagement au nom de critiques réelles. Ce soutien de Voie Prolétarienne a été et sera toujours un soutien politique fondé sur des accords principaux avec des orientations politiques en action dans la lutte des classes. Il s’est concrétisé essentiellement à deux moments : mi-85 par la publication dans notre revue théorique d’une analyse détaillée des positions du PCP, concluant sur un soutien critique. En Janvier 86, suite à un meeting public à Paris en soutien à la Guerre Populaire, un article du Comité Directeur critiquait de manière sévère son déroulement, ainsi que l’absence de réponse aux questions importantes que nous avions soulevées.

Aujourd’hui, la Guerre Populaire a dix ans. Nous avons à présent beaucoup plus d’informations, d’ailleurs liées au développement du processus lui-même. Et cet anniversaire est l’occasion de refaire le point politique sur nos accords avec le PCP.

Une fois de plus, faut-il le préciser, il ne s’agit pas d’une position définitive, et nous aurons l’occasion d’y revenir…

Les articles parus dernièrement dans « Partisan » (Avril, et Mai 90), et reproduits dans cette brochure ont situé l’état politique et social actuel du Pérou. La décomposition avance à grands pas et se développe une situation révolutionnaire : la bourgeoisie ne peut plus diriger comme avant (le résultat du premier tour des élections le prouve au pian institutionnel) et les masses ne veulent plus vivre comme avant, en témoigne le développement de la guérilla du PCP, de même d’ailleurs que l’existence des guévaristes du MRTA. Les impérialistes sont inquiets, et leur implication de plus en plus importante. Que ce soit l’intervention US à propos de la drogue, ou celle de la social-démocratie européenne avec les ONG.

Les politiciens bourgeois sont totalement déconsidérés, y compris les opposants réformistes, dont on pourrait croire que c’est pour eux que Lénine a inventé la formule « crétinisme parlementaire » : alors que la crise s’aggrave, les réformistes de la Gauche Unie s’accrochent à l’état bourgeois vacillant.

Seul le Parti Communiste du Pérou propose un avenir différent. En dix ans la guérilla a gagné en force et en étendue, alors même que les tentatives guévaristes avaient tourné court au bout de quelques mois. Par sa lutte, le PCP démarque les camps et ceux qui les occupent. Au Pérou, mais aussi en France : le camp des exploiteurs et celui des exploités.

En France même, la presse bourgeoise parle de plus en plus du « Sentier Lumineux ». Du reportage à sensation publié dans Paris Match, au livre pourri de Labrousse et Hertogue, la délimitation face à ce Parti est de plus en plus importante. On commence même à trouver quelques journalistes qui s’y intéressent et dont le discours est un peu différent.

Très vraisemblablement, plus la guérilla va se développer, plus ce débat va prendre de l’importance et la polémique se durcir. Tous les militants qui se réclament du communisme doivent se préparer à répondre à cette offensive, déjà bien engagée. C’est le sens de ce document, signé du Comité Directeur de Voie Prolétarienne, et rédigé après débat dans l’organisation [1].

CE QUI FONDE NOTRE ACCORD

La première raison de notre soutien est la référence communiste du PCP. En ces périodes où l’on affirme la mort du communisme, l’abandon de tout espoir de libération pour la classe ouvrière et les masses exploitées, il est réconfortant de voir qu’à l’autre bout de la planète des militants ont repris le flambeau de la révolution pour le faire vivre concrètement par la lutte armée et la prise du Pouvoir.

Mais le contenu de notre soutien au PCP ne se réduit pas à reconnaitre que celui-ci appartient au camp des exploités, des révolutionnaires.

1) La reconnaissance du maoïsme comme développement du marxisme.

Le PCP considère le maoïsme comme un saut qualitatif dans le développement du marxisme. VP aussi. Même si son discours ne s’est pas entièrement dégagé du formalisme, le PCP nous parait mettre en œuvre celui-ci de façon créatrice dans la réalité sociale péruvienne. Nous en trouvons la marque dans ses textes d’orientation où il en exprime la nécessité :
« [Lénine] nous a enseigné que [la Révolution] s’exprimait dans des conditions spécifiques, qui, bien que ne niant pas les principes et les lois, étaient de nouvelles situations que le marxisme ne pouvait ignorer sous peine d’exposer la révolution à l’échec. Et que malgré les cris des intellectuels gonflés de libéralisme et faussement marxistes, pédants et livresques face au nouveau, la seule chose juste et correcte était d’appliquer le marxisme à la réalité concrète et de résoudre les situations nouvelles et les problèmes que toute révolution affronte et résout nécessairement ».

Mais on en trouve aussi la preuve dans la capacité du parti à enrichir ses positions politiques dans le cours de la lutte des classes (voir les documents de cette brochure) et à tirer parti de la réalité sociale péruvienne pour développer avec succès la guerre populaire.

Mais lorsque le PCP se réclame du maoïsme, ce n’est pas seulement pour son sens tactique. C’est qu’il en partage les orientations de fond. Nous en noterons trois qui nous semblent décisives pour se délimiter de toutes les orientations réformistes conduisant la révolution à l’impasse :

La critique du développement socialiste en URSS, et le premier bilan qu’en a fait Mao Tsé Toung et la Révolution Chinoise.
Le PCP rejette la théorie des « Forces Productives » comme révisionnistes et comme l’un des facteurs de dégénérescence de l’URSS. Il reconnaît à Mao Tsé-Toung le mérite d’avoir « appliqué la dialectique pour analyser la relation base/superstructure, et poursuivant la lutte du marxisme-léninisme contre la thèse révisionniste des « forces productives », il a conclu que la superstructure, la conscience peut modifier la base et avec le pouvoir peut développer les forces productives. (…) Ce qui conduit à une véritable direction de l’économie politique et non pas à une simple politique économique (…) ».

Autrement dit, pour le PCP, c’est la politique qui commande à l’économie et non l’inverse, et l’on rejette toutes les conceptions où la politique s’aligne sur « les nécessités » économiques apparemment immuables… et bourgeoises ! Le texte poursuit :
« Mais le principal est que le Président Mao Tsé-Toung a développé l’économie politique du socialisme. Sa critique de la construction du socialisme en URSS est de la plus haute importance ; de même que sa thèse sur comment développer le socialisme en Chine ». (…)
« Pourtant, malgré son importance fondamentale-, on traite peu de ce développement de l’économie politique marxiste ». (…)

Nous considérons ces éléments d’orientation comme des délimitations essentielles entre le marxisme et les diverses variantes de réformisme et de révisionnisme. En cela l’orientation du PCP est juste. Bien que formulée en termes généraux, elle débouche sur une appréciation correcte des pseudos pays socialistes de l’Est (y compris l’URSS et la Chine aujourd’hui) que le PCP considère comme capitalistes.

La deuxième concerne la défense de la Révolution Culturelle en Chine. Comme conséquence de sa vision du socialisme, le PCP, comme nous, considère la révolution culturelle comme une rupture politique et pratique avec les conceptions jusqu’alors dominantes dans le mouvement communiste sur la nature de la transition.
« La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne est le développement du marxisme-léninisme essentiel du Président Mao Tsé Toung d’un point de vue historique. C’est la solution du grand problème non résolu de la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat » (…).
« La restauration du capitalisme en Chine, après le coup contre révolutionnaire de 1976, n’est pas la négation de la GRCP, mais pleinement partie de la lutte entre restauration et contre restauration et, au contraire, nous montre l’importance fondamentale qu’a la GRCP dans la marche inexorable de l’humanité au communisme ». (…)

La Révolution Culturelle est une référence importante pour notre organisation, et à notre avis c’est la seule manière de voir l’avenir du socialisme ; la seule manière de tenter d’empêcher la restauration du capitalisme, suivant un processus qu’on a pu voir dans les pays de l’Est. Le bilan politique de la Révolution Culturelle et finalement de son échec reste à faire, pour les communistes péruviens comme pour nous-mêmes. Comme la Commune de Paris ou la Révolution Bolchevique, elle est un jalon essentiel de l’histoire du prolétariat mondial, dont nous devons tirer tous les enseignements pour notre combat, dans les succès comme dans les échecs.

Enfin, la conception des étapes de la Révolution et des liens entre elles. Le PCP reprend la conception marxiste et léniniste de la révolution ininterrompue et par étapes. C’est à dire que si les étapes sont indispensables, compte tenu de l’état de développement des forces productives, en particulier dans les pays dominés, chaque étape prépare la suivante dans le même mouvement général de la marche au communisme.

« Le Parti Communiste du Pérou a comme but final le communisme ; pour cette raison, étant donné que la société péruvienne actuelle est opprimée et exploitée par l’impérialisme, par le capitalisme bureaucratique et la semi-féodalité, la révolution passe d’abord par une première étape démocratique, puis par une deuxième socialiste, pour ultérieurement développer des révolutions culturelles successives. Pour le moment, avec la guerre populaire, le Parti développe la révolution démocratique avec le but immédiat de l’achever par la conquête du Pouvoir dans tout le pays ; » (…).
« Finalement, il faut faire ressortir que la Démocratie Nouvelle, bien qu’elle accomplisse principalement les tâches démocratiques comme révolution démocratique, avance aussi en complément quelques tâches socialistes ; de cette manière on résout au fond la question des deux étapes, démocratique et socialiste, qui correspond à des pays comme le nôtre, en garantissant, une fois la démocratie achevée, la poursuite de la révolution comme révolution socialiste sans aucun intermède, de manière ininterrompue ». (…)

Pourquoi insistons-nous sur cette conception de la révolution ? C’est que c’est en cela que se démarque la révolution démocratique dirigée par la bourgeoisie (qui cherche à consolider son pouvoir, à arrêter la révolution) et la révolution démocratique dirigée par le prolétariat qui au contraire l’inscrit dans une perspective historique, et donc mène la lutte politique et idéologique permanente contre les tendances bourgeoises à la conciliation, au renforcement du pouvoir des élites contre celui des masses, à mettre au premier plan les règles économiques contre la mobilisation politique, à renforcer l’individua­lisme contre le collectivisme etc.

Sitôt le pouvoir pris s’amorce l’étape suivante, socialiste, alors même que les tâches démocratiques et anti-impérialistes sont encore inachevées, justement pour renforcer le rôle et la place du prolétariat dans la société : ce qui signifie socialisation et début de transformation des rapports de production.

Voilà, selon nous, trois éléments essentiels justifiant un soutien au PCP. En ces époques où le capitalisme d’Etat s’effondre à l’Est, un tel un programme permet de voir l’avenir avec optimisme.

2) Nous soutenons une Révolution démocratique

Dans l’étude sur les positions du PCP que nous avions faite en 1985, nous nous interrogions sur l’étape de la Révolution au Pérou. Notant l’importance de l’urbanisation d’une part, du développement industriel d’autre part, nous concluions un peu rapidement sur un pays « semi-capitaliste et semi-colonial ».

Le PCP parle de pays « semi-féodal et semi-colonial », en soulignant l’importance politique et économique du capitalisme bureaucratique qui se développe sur cette base.
« Le capitalisme bureaucratique est le capitalisme créé par l’impérialisme dans les pays attardés, lié à une féodalité qui est dépassée, et soumis à l’impérialisme qui est la phase ultime du capitalisme. Il ne sert pas aux larges masses mais aux impérialistes, à la grande bourgeoisie et aux propriétaires terriens. Déjà Mariategui avait établi par exemple que la création des banques par les bourgeois créait un capital inféodé à l’impérialisme et lié à la féodalité ; le président Gonzalo a établi magistralement que le capitalisme qui se développe au Pérou est un capitalisme bureaucratique entravé par les fers subsistants de la semi-féodalité, et d’un autre côté soumis à l’impérialisme qui ne lui permet pas de développer l’économie nationale, c ’est à dire, un capitalisme bureaucratique qui opprime et exploite Je prolétariat, le paysan et la petite bourgeoisie, et qui restreint la bourgeoisie moyenne ». (Bases de discussion, documents préparatoires au Congrès du PCP – Décembre 1987)

Au-delà d’une analyse précise du capitalisme bureaucratique et de la société péruvienne, dont nous n’avons peut-être pas tous les éléments, ce sont les conclusions politiques auxquelles aboutit le PCP qui nous paraissent importantes : il rejette la notion de « capitalisme dépendant », avancé par les réformistes, qui sous-entend qu’il suffirait de rompre la dépendance (en changeant les dirigeants par exemple) pour accomplir la révolution démocratique. Ainsi le PCP a été le seul à dénoncer le projet de nationalisations des banques en 1988 en soulignant que c’était une mesure formelle ne changeant rien aux rapports sociaux (un peu comme nous avions dénoncé les nationalisations en 1981 en France). Au contraire, tous les partis réformistes, y compris le MRTA guévariste, ont approuvé le projet du gouvernement Garcia.

Cette position permet de définir l’attitude à adopter à l’égard des diverses fractions bourgeoises. Alors que les réformistes de tous poils sont neutralisés par les discours pseudo-nationalistes des dirigeants de l’Etat, le PCP limite l’alliance à la bourgeoisie nationale opprimée par l’impérialisme ; tout en reconnaissant par ailleurs qu’actuellement cette alliance n’est pas concrétisée compte tenu d’une part de la fragilité et de l’instabilité de cette bourgeoisie, d’autre part du niveau actuel de développement de la révolution (elle serait par exemple considérablement accélérée s’il devait y avoir une intervention militaire US). Alliance instable et fragile comme on l’a dit, et qui cessera lorsque la prise du pouvoir mettra progressivement en avant les tâches socialistes.

L’orientation du PCP nous semble rompre avec les interprétations opportunistes de la révolution démocratique et c’est pourquoi nous le soutenons.

Pour conclure sur cette question, deux éléments supplémentaires : la nécessité du Pouvoir d’Etat d’une part, et d’autre part la construction du Nouveau Pouvoir de la Révolution Démocratique, dans le feu même de la destruction de l’ordre ancien.
« Qu’est-ce qui est fondamental dans le maoïsme ? Le fondamental du maoïsme est le Pouvoir. Le pouvoir pour le prolétariat, le Pouvoir par la dictature du prolétariat, le Pouvoir basé sur une force armée dirigée par le Parti Communiste. Plus explicitement : 1) le Pouvoir sous la direction du prolétariat, dans la révolution démocratique ; 2) le Pouvoir par la dictature du prolétariat, dans les révolutions socialistes et culturelles ; 3) le Pouvoir basé sur une force armée dirigée par le Parti Communiste, conquis et défendu par la guerre populaire ». (…)
« La conquête du Pouvoir dans le pays, aujourd’hui concrétisé dans les Comités Populaires, Bases d’Appui et République Populaire de Démocratie Nouvelle en formation dans la perspective d’établir la République Populaire du Pérou, sert à instaurer la dictature du prolétariat dans notre pays, parce que sans elle on ne peut marcher au communisme ». (…)

Nous partageons ces conceptions qui délimitent à la fois de tous les réformistes qui veulent aménager l’ordre existant sans remettre en cause le pouvoir bourgeois, mais aussi de tous les révisionnistes qui parlent de prise du pouvoir, voire de lutte armée, mais en renvoyant à plus tard la construction de la nouvelle société, aboutissant en fait à la remettre dans les mains d’une petite bourgeoisie, voire d’une bourgeoisie, suivant le processus qu’on a vu à l’œuvre au Nicaragua.

3) Nous soutenons un Parti prolétarien

Nous nous interrogions il y a cinq ans sur la faiblesse du travail ouvrier du PCP. Le fait est qu’après avoir reconnu cette faiblesse (par exemple dans l’interview du Président Gonzalo, en Juillet 1988), l’évolution est considérable depuis deux ans, et le travail politique est organisé et systématisé dans les concentrations ouvrières. « Partisan » a rendu compte de cette implantation (N°41, 44, 50, 51), nous y revenons dans cette brochure par ailleurs.

Le travail de politisation reste à approfondir, car la délimitation avec les réformistes se fait souvent sur les méthodes de lutte (pacifique ou violente, légale ou illégale, auto-organisation ou délégation) ou sur le soutien à la guerre populaire. Nous ne nions évidemment pas l’importance de ces démarcations très importante. Mais l’éducation de la classe ouvrière ne doit pas en rester là, précisément pour lui donner les moyens de jouer son rôle de direction, dans la révolution démocratique comme par la suite. La polémique politique, au fond, est très importante et permet cette éducation. Que ce soit sur l’économisme et le nationalisme, la hiérarchie des salaires, la nature des besoins et de la production (quelle lutte aujourd’hui dans les usines d’armement, comme la SIMA ou INDUMIL…) il y a des tâches de polémique et d’éducation de la classe ouvrière.

Certes le travail ouvrier organisé du PCP est récent, et encore peu systématisé. On voit poindre peut-être les prémices de ce travail dans la polémique contre les réformistes sur l’indexation des salaires. En tous les cas, nous soulignons l’importance de cette question, car c’est à notre avis un des éléments de l’avenir de la révolution qui se joue là. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

Mais la présence physique de la classe ouvrière n’est qu’une petite partie des choses. Le sens de notre soutien va à un Parti qui, nous semble-t-il, suit une évolution tout à fait positive. Evolution sans doute issue de la conception même du Parti :
Tout d’abord un Parti étroitement lié aux masses, comme un poisson dans l’eau :
« Quant au Parti, le Président Mao part de la nécessité du Parti Communiste, d’un parti de type nouveau, un parti du prolétariat, aujourd’hui nous dirions un parti marxiste-léniniste-maoïste, un parti dont l’objectif est de conquérir le pouvoir et de le défendre, et pour cela qui est lié étroitement à la guerre populaire, que ce soit pour la débuter, la développer ou la livrer pour se défendre ; un parti soutenu par les masses, soit par la guerre populaire, elle-même qui est guerre de masses, soit par le front unique qui étant un front de classes se base sur les masses majoritaires. »
Un Parti où l’idéologie est au premier plan, pour guider la voie, et en transformation permanente pour s’adapter aux conditions de la lutte les des classes, dans la polémique et la lutte de ligne :
« Le Parti se développe et change selon les étapes de la révolution et les périodes qu’elle parcourt ; le moteur de son développement est la contradiction concrétisée en son sein par la lutte entre deux lignes, entre la ligne prolétarienne et la ligne bourgeoise ou non prolétarienne en général, fondamentalement et principalement une lutte contre le révisionnisme. Cela conduit à l’importance décisive de l’idéologie dans la vie partidaire et au développement de campagnes de rectifications qui servent à une meilleure adéquation de tout le système d’organisations du parti et des militants aux lignes politique et idéologique justes et correctes ».

Un Parti du prolétariat, pour le communisme :
« En fonction de la prédominance de la ligne prolétarienne et du maintien de la direction du parti dans ses mains de fer. Le Parti sert à l’établissement du Pouvoir du Prolétariat, déjà comme classe dirigeante de la Démocratie Nouvelle et principalement à l’instauration de la dictature du prolétariat, son renforcement et développement pour atteindre le but final, le communisme, au travers des révolutions culturelles ; pour cela le Parti doit en arriver à diriger tout dans tous les domaines » (…)

Nous avons noté l’évolution de son orientation politique depuis dix ans, et son enrichissement réel. Cela révèle un travail théorique important, en lien avec l’activité politique et pratique, un Parti vivant et non figé. Le Premier Congrès s’est tenu en 1988 dans la clandestinité et a stimulé un débat important, dans et en dehors du Parti. A ce que nous pouvons savoir, la formation des militants et sympathisants est effectivement au premier plan, et se poursuit à grande échelle dans tout le pays, sous forme d’écoles populaires (qui existent d’ailleurs depuis bien avant le début de la lutte armée), et la lutte idéologique est permanente.

La critique et l’autocritique ne sont pas de vains mots, et nous avons pu le vérifier auprès de sympathisants plus ou moins proches de la guerre populaire. Nous n’avons jamais caché les critiques ou interrogations que nous soulevait l’orientation du PCP, et jamais cela n’a provoqué la rupture de la discussion, pourtant parfois ardue. C’est pour nous un pas en avant par rapport à la pratique désastreuse du mouvement marxiste-léniniste de mettre en avant le consensus et de masquer les contradictions.

4) Nous soutenons la lutte armée du PCP

La lutte armée n’est jamais rejetée, en principe, par tous ceux qui se prétendent révolutionnaires. Reste que lorsqu’elle est posée, en pratique, on ne peut plus se gargariser de mots. La délimitation doit alors se faire concrètement.
Depuis le début, nous avons soutenu la lutte armée, et nous reconnaissons au PCP le rôle historique d’en être l’initiateur au Pérou. Car nous partageons la conception que le PCP en a :
« L’armée révolutionnaire est de type nouveau, il s’agit d’une armée pour l’accomplissement des tâches politiques que le Parti établit en fonction des intérêts du prolétariat et du peuple ; caractère qui se concrétise dans trois tâches : combattre, produire pour ne pas être une charge parasitaire et mobiliser les masses. C’est une armée qui se base sur la construction politique à partir de l’idéologie du prolétariat, du marxisme-léninisme-maoïsme (aujourd’hui) et la ligne politique tant générale que militaire que le parti établi. C’est une armée qui se base sur les hommes et non les armes ; c’est une armée surgie des masses et toujours liée à elles qu’elle sert de tout son cœur, lui permettant de se mouvoir en leur sein comme un poisson dans l’eau. Sans armée populaire, le peuple n’arrivera à rien, dit le Président Mao, en même temps qu’il nous enseigne la nécessité de la direction absolue du Parti sur l’armée et pose son grand principe : le Parti commande au fusil, et jamais nous ne permettrons le contraire ». (…)

C’est un point essentiel, absolument fondamental, qui exige une dure lutte politique et idéologique pour garder le cap pour ne pas se couper des masses. Car au cours de la lutte armée, la tendance militariste est toujours présente, au reflet des conditions objectives de la lutte, sans doute renforcée par les traditions de lutte en Amérique Latine.

Voilà résumé l’essentiel des raisons de notre soutien. Un accord principal avec l’orientation du PCP, correspondant tant à la marche au communisme qu’à la situation actuelle au Pérou. C’est cette analyse qui explique le sens des articles de notre journal, ainsi que l’importance que nous donnons au Dixième Anniversaire de la Guerre Populaire.

Mais accord et soutien ne veulent pas dire suivisme et idéalisme. Nous avons un certain nombre de réserves et critiques, secondaires certes, mais qu’il est nécessaire d’éclaircir maintenant.

 

NOS RÉSERVES ET CRITIQUES

1) Réformisme et conscience révolutionnaire

En 1985 nous notions que la critique des réformistes était relativement superficielle. Considérés comme des agents du social-impérialisme, la critique allait rarement plus loin que le niveau du « crétinisme parlementaire ».
« En ce qui concerne la dénommée Gauche Unie (…) que] rôle joue-t-elle dans la lutte des classes du pays ? Premièrement c’est la suite des vieilles positions électoralistes, la seule différence étant que maintenant elles sont plus débridées et plus liées au révisionnisme soviétique, ainsi qu’au révisionnisme chinois, au parlementarisme bourgeois endurci, aux positions nationalistes ou de révolutionnaires inconséquents qui prétendent ranger le peuple dans le crétinisme parlementaire, tous incapables de comprendre la nécessité de la violence révolutionnaire et encore moins les formes dans lesquelles elle se concrétise depuis six ardentes années ; ces révisionnistes s ’enfoncent chaque jour davantage dans la défense du vieil ordre, son parlement pourri, ses farces électorales, sa constitution et ses lois et ils vivent en tremblant d’une peur révérencielle face aux Forces Armées et au coup d’Etat, et sont à genoux devant l’Apra, et spécialement devant Garcia Pérez, qu’ils considèrent comme leur palissade protectrice et démocratique ». (Développer la Guerre Populaire pour servir la Révolution Mondiale – Août 86).

Pour ce qui est des appareils réformistes, des partis eux-mêmes, la critique est sans doute juste. Reste que cela n’explique pas leur influence de masse, ainsi qu’à l’Apra d’ailleurs. A aucun moment n’apparait les raisons de leur influence et de leur implantation dans les masses populaires, dont ils dirigent certains secteurs. Comment expliquer qu’à Puno, ou Cajamarca, ils soient capables (temporairement peut-être) d’entraîner une fraction des masses paysannes dans les Rondas Campesinas, contre la guerre populaire ? Comment expliquer la domination réformiste sur la majorité des syndicats ? Quelles sont les racines matérielles de cette domination et par conséquence comment les combattre correctement ?

Le PCP n’aborde jamais dans ses documents la notion du réformisme spontané des masses, correspondant à leur situation objective de classe dominée à partir de laquelle ils cherchent à améliorer leur situation matérielle. Réformisme spontané sur lequel les partis réformistes s’appuient pour développer leur influence. Le PCP voit unilatéralement le caractère révolutionnaire des masses, lié à l’exploitation féroce évidente qu’elles subissent. Mais les choses sont contradictoires, comme l’a montré Mao Tsé-Toung, et l’on ne peut développer correctement une politique révolutionnaire si l’on ne prend pas en compte tous les aspects.

L’enjeu est d’abord la polémique menée par le PCP vis à vis des réformistes qui se situe essentiellement sur le terrain idéologique, et très peu sur le terrain des enjeux politiques (en dehors bien entendu de la guerre populaire !), Elle reste formaliste, dans la mesure où elle ne saisit pas la cause du réformisme spontané répandu dans les masses. Et cela peut conduire à traiter incorrectement les contradictions au sein du peuple. Si l’on considère que les positions erronées sont avant tout idéologiques, sans voir leur base matérielle, tout opposant peut rapidement être traité en ennemi, alors que ses positions peuvent simplement refléter les contradictions concrètes de la situation actuelle.

En lien avec cet aspect, revenons sur le lien entre politique et militaire. La position du PCP est juste et s’applique (à notre connaissance) correctement pour tout ce qui touche à la Terre et au travail en milieu paysan. Un axe politique « La terre à qui la travaille » qui guide une action militaire et la construction du Nouveau Pouvoir, les armes à la main.

Pour ce qui est du travail sur la Côte, et plus spécifiquement à Lima, la situation semble différente. Il y a un net décalage entre le niveau du travail politique (beaucoup plus difficile, il faut le reconnaître) et les actions armées, sabotage économique ou éliminations sélectives. Les explications politique et la propagande apparaissent insuffisantes, relativement à l’ampleur des actions armées, et de larges secteurs du peuple ne comprennent pas la politique du PCP (même si par ailleurs il jouit d’une sympathie certaine). Un journal comme « El Diario », aujourd’hui clandestin, joue ce rôle d’explication et c’est une excellente chose. Mais ce décalage est réel et il est important que le PCP prenne les mesures nécessaires pour le combler.

L’ensemble de nos interrogations sur la conscience révolutionnaire et le réformisme peut peut-être s’expliquer par le développement même de la lutte armée. Elle a débuté dans les campagnes profondes, où le réformisme est peu (voire pas du tout) implanté et où la révolte paysanne ne demandait qu’à éclater après des siècles d’oppression et de massacres. L’orientation alors embryonnaire du PCP sur la question n’était pas une entrave au travail politique.

Aujourd’hui que la guérilla se développe, et que l’influence du PCP s’étend dans les villes, dans la classe ouvrière, cette lacune devient importante. Nous avons confiance dans la capacité du PCP à approfondir ce point et à dégager une tactique appropriée. Mais nous en soulignons l’importance, qui faute d’un traitement correct, entraînerait la révolution à l’échec, en étant incapable de comprendre d’où viennent les positions bourgeoises et comment les combattre.

2) Notre deuxième remarque concernera la faiblesse de la réflexion sur le socialisme.

Nous sommes certes d’accord pour considérer qu’il s’agit d’une deuxième étape de la révolution. Il n’empêche que le PCP lui-même souligne la rapidité du passage d’une étape à l’autre. Si ce passage est rapide, il faut déjà commencer à préparer les conditions subjectives de cette étape. Et nous n’arrivons par exemple pas à savoir quelles sont ces fameuses « quelques tâches socialistes » que la révolution démocratique doit accomplir. Nous sommes complètement d’accord avec la déclaration de principe mais il nous en manque l’illustration. Et comme cette réflexion est absente des documents actuellement disponibles, nous en sommes réduits à cette formule, ainsi qu’aux déclarations sur la théorie des forces productives. Dans le même ordre d’idée, par-delà des références à la révolution culturelle, il nous parait indispensable de tirer les enseignements politiques de son échec. Cela est nécessaire au progrès de la révolution mondiale, et de la révolution péruvienne en particulier. Pourtant nous n’avons pas encore connaissance des leçons tirées par le PCP de cette révolution.

Nous ne pouvons parler de positions erronées, dans la mesure où rien de ce qui est dit ne nous parait faux. Reste que cette faiblesse de la réflexion, si elle n’est pas encore vitale (compte tenu de l’étape démocratique de la révolution), peut le devenir après la prise du pouvoir.

3) Concernant le président Gonzalo, et l’importance donnée à ce dirigeant dans le travail du PCP.

Commençons par donner les positions du PCP :
« Dans son processus de développement, par la lutte du prolétariat comme classe dirigeante, et surtout, du Parti Communiste qui arbore ses intérêts de classe sans jamais y renoncer, toute révolution produit un groupe de chefs et principalement un qui la représente et la dirige, un chef d’autorité et d’ascendance reconnue ; dans notre réalité cela s’est concrétisée par nécessité et hasard historique, dans le Président Gonzalo, chef du Parti et de la révolution.
Mais, en outre, et c’est Je fondement de toute direction, les révolutions produisent une pensée qui les guide, résultat de l’application de la vérité universelle de l’idéologie du prolétariat international aux conditions concrètes de chaque révolution ; pensée guide indispensable pour atteindre la victoire et conquérir le Pouvoir et, plus encore pour continuer la révolution et maintenir toujours le cap vers le seul but grandiose, le communisme ; pensée guide qui, arrivée à un saut qualitatif d’importance décisive pour le processus révolutionnaire qu’elle dirige, s’identifie avec le nom de celui qui la concrétise, théoriquement et pratiquement. Dans notre situation ce phénomène s’est spécifié d’abord comme pensée guide, ensuite comme pensée guide du Président Gonzalo et plus tard, comme pensée Gonzalo ; parce que c’est le Président qui en appliquant de manière créatrice le marxisme-léninisme-maoïsme aux conditions concrètes de la réalité péruvienne, l’a élaboré, dotant ainsi le Parti et la révolution d’une arme indispensable qui est la garantie du triomphe ». (…)

Dans une société de classe, il est inévitable que le mûrissement de la conscience soit inégal. C’est d’ailleurs pour cela que seule une minorité du prolétariat s’organise en parti d’avant-garde, et que même au sein du Parti se dégagent des dirigeants qui expriment le plus clairement les grandes tendances de la société et précisent les buts et orientations du Parti. En ce sens nous concevons que le Président Gonzalo a pu jouer un rôle essentiel dans l’élaboration de la ligne politique du Parti.

Pour les mêmes raisons, il est inévitable que les masses dans le mouvement même de leur lutte cristallisent leurs aspirations dans la personne d’un chef, d’un leader. Mais cette adhésion n’est qu’une expression de leur aliénation.

Le rôle du Parti n’est pas alors de développer avec insistance cette personnalisation ; mais au contraire de montrer que ce sont les masses qui font l’histoire, par leur mouvement et révoltes spontanées, et surtout par l’élévation de leur conscience et de leur capacité de direction.

Les dirigeants communistes doivent pleinement jouer leur rôle de dirigeant, mais dans ce sens : pour réduire la contradiction entre dirigeants et dirigés. Pour une prise en charge croissante du pouvoir par les masses elles-mêmes, dans la lutte politique entre l’ancien et le nouveau pour leur disparition future.

Personnifier de manière exagérée la ligne politique dans un individu revient à dépolitiser les masses. Au Pérou, plus de la moitié des mots d’ordre du PCP portent sur le président Gonzalo. A l’étranger les documents du PCP sont réunis en livre sous le titre « La pensée Gonzalo », ce qui masque le fait qu’il s’agit de textes collectifs du Parti, quel qu’en soit le rédacteur. Nous ne pouvons pas être d’accords avec cette conception de la politique et de la place des hommes dans l’histoire.

4) Concernant le nationalisme et l’internationalisme.

Nous avions déjà noté il y a cinq ans des formulations préoccupantes dans les documents du PCP, sur la défense du sol de la Patrie. On retrouve ce type de formules dans les « Bases de discussion », sur « l’héroïque résistance des masses contre l’envahisseur en défense du peuple et de l’intégrité territoriale » lors de la guerre contre le Chili en 1879, guerre par ailleurs dont il est clairement affirmé qu’elle a mis en jeu impérialistes et propriétaires terriens, n’ayant donc rien de progressiste.

La résistance héroïque des masses en défense de ses intérêts, de la révolution, ou de la guerre populaire, est absolument juste, y compris face à des envahisseurs étrangers (Chili, Equateur). Mais on ne doit absolument pas faire la confusion avec la défense du sol de la Patrie, dont on se demande ce qu’elle a encore de progressiste dans la période actuelle, surtout dans le contexte de l’Amérique Andine.

Le cas de l’éventualité de l’invasion yankee est un cas particulier dans la mesure où son intervention directe permettrait, tactiquement, l’élargissement temporaire des alliances de la Révolution Démocratique, dans le cadre de la contradiction nation-impérialisme. Mais là encore, il nous semble que l’accent principal de la politique à suivre à ce moment serait l’anti-impérialisme, et non le patriotisme.

Le nationalisme et le patriotisme ont fait un mal considérable au mouvement communiste international, entraînant la révolution dans des impasses. Loin de nous l’idée d’affirmer que le PCP est nationaliste, la préoccupation internationaliste s’est même renforcée depuis cinq ans, dans tous les documents.

Cette position ambiguë est peut-être un reste de théorie des Trois Mondes, théorie bourgeoise développée par la Chine dans les années 75. Comment interpréter autrement cette affirmation :
« D’un autre côté, à partir de l’importance historique des nations opprimées et plus encore de leurs perspectives, ainsi que les relations économiques et politiques qu’elles sont en train de développer du fait du processus de décomposition de l’impérialisme, le Président a établi sa thèse de « trois mondes se délimitent ». Toutes choses qui mènent à la nécessité de développer la stratégie et la tactique de la révolution mondiale. Malheureusement nous ne connaissons que peu ou très peu des écrits et positions du Président Mao sur ces questions fondamentales ; pourtant, le peu qui est connu montre les perspectives grandioses qu’il guettait et les grands traits que nous devons suivre pour comprendre et servir la révolution prolétarienne mondiale ». (…)

C’est un peu rapide, et escamote que la Théorie des Trois Mondes a été exposée à l’ONU le 10 Avril 1974, par Teng Siao Ping alors réhabilité, et seulement sept mois après le X° Congrès du PCC ayant consacré la victoire des « Quatre », qui ne se sont jamais démarqués de cette théorie. Tout cela bien entendu du vivant de Mao Tsé-Toung. Il est évidemment difficile de connaître les positions personnelles de Mao Tsé-Toung sur la question. Reste que la théorie des Trois Mondes, développée par le Parti Communiste Chinois existe et que ses conséquences politiques sont bien connues : alliance avec les bourgeoisies des pays dominés, voire même des pays du « second monde », comme la France impérialiste. Le soutien au Shah d’Iran, à Pinochet au Chili, la réception de Nixon à Pékin en pleine agression yankee au Vietnam en sont des illustrations.

Les hésitations sur la Patrie sont sans doute liées aux hésitations sur la théorie des trois mondes. Le PCP ne défend nullement la théorie des trois mondes dans toute son analyse, tant interne qu’internationale. Mais il y a le problème des positions de la Chine du vivant de Mao Tsé-Toung, que le PCP hésite peut-être à affronter. Les communistes n’ont jamais eu peur de la vérité. Et reconnaître que Mao Tsé-Toung a été un grand dirigeant du prolétariat international n’empêche pas de regarder l’expérience chinoise d’un œil critique, ne serait-ce d’ailleurs que pour comprendre son échec.

La Théorie des Trois Mondes doit absolument être complètement rejetée, pour ce qu’elle est : une théorie contre-révolutionnaire mettant la révolution mondiale à la remorque de la bourgeoisie.

5) Enfin, pour conclure l’essentiel de nos remarques et critiques, nous voudrions revenir sur la situation en Europe.

A deux reprises a été développée une analyse erronée :
« La nécessité de voir les contradictions sert à analyser la situation mondiale et à définir sa stratégie et tactique, et en son sein les zones stratégiques et conflictuelles. (… )
Et l’Europe, où se développent des actions armées anti-impérialistes persistantes, rendant nécessaire d’étudier l’idéologie et la politique qui en sont à la base, la classe qu’ils servent, leur lien avec l’idéologie du prolétariat et leur rôle dans la révolution prolétarienne mondiale, ainsi que leur position face au révisionnisme contemporain ; mouvements qui expriment l’existence d’une situation révolutionnaire en développement inégal dans le Vieux Continent » (Bases de discussion – Décembre 1987)
« Concernant les actions armées en Europe, nous voyons des luttes armées prolongées. Elles sont l’expression d’une réalité objective. En conséquence, le fond n’est pas de les condamner, mais de les comprendre, les étudier, les analyser et de voir comment elles expriment aussi l’existence d’une situation révolutionnaire dans la vieille Europe. En plus, que ce sont des gens qui prennent les armes en sachant que c’est le seul moyen de conquérir le Pouvoir. C’est un coup très dur au révisionnisme ; qu’en Europe même, considérée comme un de ses remparts, le révisionnisme commence à être abandonné, quel que soit le degré atteint et les problèmes pendants. C’est sans conteste une avancée importante ». (…) Interview du Président Gonzalo – Juillet 1988

Nous sommes en désaccord avec cette analyse. Certes, ces actions armées sont l’expression d’une réalité objective, et il ne s’agit nullement de hurler au terrorisme. Mais il n’existe pas une situation révolutionnaire en Europe, même en développement. Il y a une crise économique, sociale et politique, certes, mais qui n’a pas débouché sur une situation révolutionnaire. Sinon, toute situation serait révolutionnaire, puisque par définition le capitalisme est instable et poursuit un cycle infernal de crise/restructurations/expansion. S’il y a crise de l’appareil politique bourgeois, il n’y a pas crise de la bourgeoisie, dont la domination n’est pas contestée. Ces actions armées reflètent au contraire le désarroi de la petite-bourgeoisie incapable d’accepter la dure situation d’un mouvement ouvrier en recul politique et idéologique, sinon social. Et donc incapable de prendre en main le lent travail de politisation et d’organisation nécessaire aujourd’hui à la classe ouvrière.

Ces actions ne sont pas des durs coups au révisionnisme (affirmer cela montre encore les limites dans l’analyse du réformisme, c’est privilégier le fusil sur la politique). Certes, elles ont rompu avec le légalisme ambiant, et c’est une bonne chose. Mais ces organisations armées n’ont pas rompu avec le révisionnisme. L’URSS reste un pays socialiste pour la plupart d’entre elles, du PCE(r) aux Brigades Rouges, en passant par Action Directe et la RAF. Elles auraient voulu entraîner le mouvement ouvrier vers une forme de révisionnisme armé sans issue.

Il n’est pas possible de développer ici une analyse de ces courants militaristes en Europe. Mais prétendre qu’ils relèvent de l’existence d’une situation révolutionnaire montrent à notre avis une méconnaissance importante de la situation réelle en Europe, et sans doute une surestimation des facteurs révolutionnaires dans l’analyse de la situation mondiale. Surestimation qui peut conduire à une erreur d’appréciation sur le soutien actuel et futur que le PCP peut trouver, particulièrement dans les pays impérialistes.

CONCLUSION

Nous avons abordé dans ce document les points les plus importants, selon nous, de l’orientation du PCP à l’heure actuelle. Ils justifient un soutien politique les aspects positifs l’emportant largement sur les réserves et critiques que nous sommes amenés à relever.

Comment apprécier l’évolution depuis cinq ans ? Pour reprendre une formule qui a fait fortune, « globalement positive ». Evolution politique et pratique, essentiellement dans le développement du travail ouvrier, la mise en place du Nouveau Pouvoir à la campagne et la vérification d’un Parti vivant et dynamique, sachant s’adapter à l’évolution, enrichir son orientation, suivant une ligne politique correcte.

Nous poursuivrons notre travail de soutien et d’information, nous poursuivrons notre polémique pour l’unité des communistes dans le monde. Et quand nécessaire, nous reviendrons sur l’orientation du PCP, pour à nouveau faire le point de ce soutien. Pour l’instant, face aux attaques de la bourgeoisie internationale, et sur la base de cette analyse, nous invitons tous les camarades, communistes, révolutionnaires et progressistes à soutenir la Guerre Populaire du Parti Communiste du Pérou.

Le Comité directeur de Voie Prolétarienne, Mai 1990

[1] Ce document est illustré de citations extraites [sauf avis contraire] des seuls textes issus du Congrès du PCP de 1988 disponibles, intitulés « Documents Fondamentaux » et qui traitent essentiellement du maoïsme, et du programme du PCP. Pour ce qui est des positions plus politiques, l’analyse de l’Apra, des réformistes, de l’Etat de la Guerre Populaire, du résultat des élections de 85, de la répression, nous renvoyons au document « Développer la Guerre Populaire pour servir la révolution mondiale » d’Août 1986.

 

Source: http://ocml-vp.org/article1827.html