Défendre la vie du président Gonzalo, c’est défendre le maoïsme !

Article du Parti Communiste Maoïste (PCM) en réponse à l' »attaque » de l’OCML-VP contre le président Gonzalo et le Parti Communiste du Pérou (PCP) !

Le jour du 25e anniversaire de l’arrestation du président Gonzalo du Parti Communiste du Pérou, dirigeant la Guerre Populaire Prolongée au Pérou, l’OCML-VP a décidé de publier un long communiqué présentant le président Gonzalo comme un liquidateur. Cet article est intitulé «  A propos de la Guerre Populaire au Pérou, la trahison de la direction du PCP et la capitulation du Président Gonzalo », le nom annonce la couleur.

L’essence de ce communiqué est la suivante :

– Après son arrestation, le président Gonzalo aurait capitulé et collaboré avec l’ennemi plus ou moins directement pour mettre fin à la Guerre Populaire et arriver à des accords de paix.

– Le président Gonzalo est en pleine collaboration avec la Ligne Opportuniste de Droite (LOD) représentée par le MOVADEF

– La Guerre Populaire au Pérou aurait échoué à cause d’un « culte de la personnalité » autour du président Gonzalo

Nous allons voir en quoi ce communiqué, loin d’être une critique du Parti Communiste du Pérou et de son expérience, s’affiche au contraire comme une attaque complète sur toute la ligne contre le maoïsme. Ce communiqué est le résultat d’une ligne idéologique et politique fondamentalement erronée reposant sur une large déformation du maoïsme, le résultat en est que l’OCML-VP en vient à prendre position pour les lignes opportunistes de droite et de « gauche » au Pérou, une position internationale qui bien sûr se reflète dans leur pratique localement.

Critique ou attaque ?

La Guerre Populaire Prolongée (GPP) a été déclenchée au Pérou en 1980 par le Parti Communiste du Pérou dirigé par le président Gonzalo. Au moment où celle-ci a été initiée le mouvement communiste international était affaibli et en recul : en 1976 a eu lieu le coup d’État et la contre-révolution en Chine mettant fin au dernier bastion socialiste, dans les années 1980 la Guerre Populaire en Inde était affaiblie par la répression et la division géographique et organisationnelle du mouvement, aux Philippines la Guerre Populaire essuyait successivement des échecs suite à des erreurs stratégiques importantes qui seront rectifiées dans les années 90 avec la Seconde Campagne de Rectification qui réaffirme le maoïsme et la stratégie de la GPP. Ainsi le déclenchement de la Guerre Populaire au Pérou fut une initiative d’une importance majeure pour le mouvement communiste international et il fut pour cette raison immédiatement la cible de l’impérialisme qui chercha à l’écraser par tous les moyens à sa disposition.

Malgré la répression brutale et les massacres, y compris au sein des prisons comme en juin 1986, la Guerre Populaire se développa rapidement allant jusqu’à toucher la grande majorité du territoire et y compris la capitale Lima. Elle atteindra le plus haut développement qu’ait connu les Guerres Populaires après la contre-révolution de 1976 en Chine. Même après la capture du président Gonzalo en septembre 1992 et alors que celui-ci se retrouvait entre les mains de l’ennemi, la Guerre Populaire perdura tout au long des années 1990 avant de diminuer en intensité.

Lors de cette Guerre Populaire des conquêtes importantes ont été réalisées par le mouvement communiste international contre l’impérialisme. Des conquêtes qui ont notamment une importance essentielle dans la compréhension du maoïsme que nous avons aujourd’hui. Ce sont contre ces conquêtes que l’OCML-VP a rédigé son attaque contre le mouvement communiste du Pérou.

Pourquoi parlons-nous d’attaque et non de critique concernant ce communiqué ? Au sein du mouvement communiste la critique est non seulement permise mais même encouragée, le processus de critique-autocritique est indispensable pour rectifier nos erreurs et avancer. Ce qui distingue la critique de l’attaque est son caractère non constructif mais destructeur. Dans le cas de l’OCML-VP il ne s’agit pas d’une critique idéologique et politique du mouvement communiste du Pérou sur des erreurs que celui-ci aurait commis mais il s’agit de reprendre sans encombre les mensonges et les calomnies diffusés par l’ennemi et les liquidateurs pour attaquer unilatéralement le Parti Communiste du Pérou et son dirigeant, le président Gonzalo.

L’attaque de l’OCML-VP se base sur le fait que le président Gonzalo aurait trahi la Guerre Populaire en agissant comme un liquidateur après son arrestation par l’ennemi. Selon l’OCML-VP, il aurait été un liquidateur plus ou moins conscient mais dans tous les cas se prêtant au jeu que les impérialistes veulent lui faire jouer. Sur quoi se base cette allégation aussi grave, une allégation qui a toujours été rejetée par le mouvement maoïste et dont les seuls soutiens sont le gouvernement et les opportunistes de droite et de « gauche » ?

Cette théorie de Gonzalo comme liquidateur est la thèse présentée par l’État péruvien, une thèse élaborée de toute pièce par le SIN (les services secret péruviens) avec la complicité de la CIA. Voilà d’où proviennent toutes les sources de l’OCML-VP qui l’admet elle-même dans son article. Admettant elle même que les lettres des accords de paix ainsi que les « interviews » vidéos seraient fausses, comment l’OCML-VP peut-elle tout de même affirmer que le président Gonzalo aurait trahi ? Elle fait cela en prétendant que celui-ci se serait prêté au jeu, en acceptant d’être filmé par exemple ou en ne levant pas le poing lors de son dernier procès !

Ainsi l’OCML-VP détiendrait une vérité que tout le mouvement maoïste n’a pas, car elle aurait remarqué que Gonzalo n’a pas levé le poing lors de son dernier procès.

Il est évident que cela ne fait aucun sens. Le président Gonzalo est maintenu dans l’isolement le plus total depuis 25 ans, l’État péruvien essaye de le faire mourir d’une mort lente car son élimination directe n’aurait fait qu’intensifier la Guerre Populaire. Le président Gonzalo n’a jamais pu réaliser aucun entretien devant la presse internationale hormis lors de son discours de la cage du 24 septembre 1992 où il appelle à poursuivre la Guerre Populaire en affirmant que son arrestation ne constitue qu’un détour sur la route. Le président Gonzalo n’a aucun contact avec le monde extérieur.

Et justement qu’est-ce que le MOVADEF dont l’OCML-VP reprend les calomnies ? Le « Mouvement pour l’Amnistie Générale et la Réconciliation Nationale » (MOVADEF) est une organisation mise en place par la ligne opportuniste de droite (LOD). La LOD est composée d’anciens membres du PCP qui ont rejeté la Guerre Populaire Prolongée et ont appelé à déposer les armes, ce sont les liquidateurs de la Guerre Populaire. Cette LOD s’est constituée en MOVADEF grâce au travail et à l’appui du SIN. Le MOVADEF est aujourd’hui l’organisme qui a à sa tête le seul avocat en lien avec le président Gonzalo. Le MOVADEF est directement un outil monté et mis en place par les impérialistes dans leur programme de contre-insurrection.

Un an après l’arrestation du président Gonzalo en 1992. En 1993, le président du Pérou, Alberto Fujimori (aujourd’hui emprisonné pour crime contre l’humanité, responsable d’une politique génocidaire contre le mouvement révolutionnaire et notamment de la stérilisation forcée de milliers de femmes indigènes accusées de pro-créer des communistes!) présente des fausses lettres de paix attribuées à Gonzalo et peu de temps après des vidéos truquées (cela était évident pour tous les communistes et cela sera révélé plus tard par les services secrets). L’ensemble du mouvement maoïste international a mené une intense campagne pour la libération du président Gonzalo après son arrestation. Toutes les demandes de visites du président Gonzalo par des personnalités progressistes ont été rejetées.

Les seules à croire que le Président Gonzalo aurait appelé à signer des accords de paix sont des anciens dirigeants du PCP devenus des liquidateurs, les opportunistes de droite, ainsi qu’une ligne militariste, opportuniste de « gauche », qui ont exigé que Gonzalo soit relâché pour être jugé par leur soin. Ainsi l’OCML-VP reprend sans encombre à son compte des calomnies émanent directement des impérialistes et de leurs laquais locaux qui ne sont soutenus que par les opportunistes de droite et de « gauche ». Une fois de plus l’OCML-VP navigue à vue entre l’opportunisme de droite et de « gauche ».

Aucun révolutionnaire conséquent n’accorde du crédit et de l’importance à des propos d’un dirigeant révolutionnaire emprisonné, aux mains de l’ennemi et qui ne peut s’exprimer directement à son Parti. Admettre les calomnies de l’ennemi et les reprendre à son compte, c’est se faire la courroie de transmission des impérialistes dans le mouvement maoïste.

Si l’OCML-VP se couvre de honte en reprenant de telles allégations, c’est car elle sous-estime et ne comprend à aucun moment les tactiques et techniques de contre-insurrection menées par l’ennemi. L’OCML-VP a toujours envisagé la révolution dans un avenir lointain et ne s’y est par conséquent jamais préparée sérieusement, elle n’étudie pas à fond les questions de la clandestinité et de la répression en cas de Guerre Populaire. L’histoire montre pourtant à quel point l’ennemi investie massivement et se perfectionne dans la guerre psychologique et dans la contre-insurrection. Cela s’est particulièrement vue lorsque l’impérialisme français a mené une lutte acharnée contre le mouvement national algérien, c’est à ce moment là que de nombreux outils de contre-insurrection vont être développés et ensuite exportés en Amérique du Sud par des militaires français directement employés par les dictatures militaires d’Amérique du Sud. Parmi ces méthodes, l’une d’entre elle consiste à faire croire à la trahison de dirigeants pour que ceux-ci soient éliminé par le mouvement lui-même ainsi que pour démobiliser les masses.

La Guerre Populaire au Pérou représentait dans les années 80 et 90 le seul mouvement communiste à aller contre-courant dans une période de restauration totale du capitalisme et d’offensive généralisée de la bourgeoisie sur le communisme présenté comme appartenant désormais au passé. Le Parti Communiste du Pérou constituait donc une cible d’une importance toute particulière pour l’impérialisme, en particulier l’impérialisme yankee. Pour s’en apercevoir il suffit de faire quelques recherches sur le nombre impressionnant d’études réalisées par l’armée américaine et ses écoles, des organisations stratégiques américaines et les services secrets le concernant pour établir des stratégies de contre-insurrection. Beaucoup de ses études en arrivaient à la conclusion que la victoire de la Guerre Populaire au Pérou serait presque inévitable. Il a donc fallu des moyens immenses à l’État péruvien et ses services secrets grâce à la collaboration des Etats-Unis pour mettre fin brutalement à cette Guerre Populaire, d’une part par les massacres et d’autre part par une intensive guerre psychologique.

En définitif, l’OCML-VP oublie une des leçons essentielles de la lutte révolutionnaire : l’ennemi est fort tactiquement mais faible stratégiquement. Fort tactiquement car il dispose de moyens militaires immenses, d’une expertise et d’un savoir-faire brutal et perfectionné en matière de contre-insurrection et de guerre de basse intensité ; faible stratégiquement car l’ennemi n’a pas le soutien du peuple, il représente une minorité, une oppression, il est dans le camps de l’injustice et il sera donc nécessairement renversé. L’OCML-VP sous-estime et oublie entièrement la force tactique de l’ennemi et se prend à son jeu.

Aujourd’hui, nous réaffirmons, comme cela a toujours été affirmé par le mouvement maoïste international, que les dernières consignes du Président Gonzalo valables concernant la Guerre Populaire au Pérou sont celles données dans le discours de la cage, le 24 septembre 1992. Dans ce discours magistral (voir discours en intégrale sous-titré en anglais), celui-ci affirme la nécessité de continuer et d’intensifier la Guerre Populaire, il affirme que son arrestation ne constitue pas un point d’arrêt mais juste un détour sur la route.

Öcalan, Gonzalo : même combat ?

Dans son communiqué, l’OCML-VP s’aventure à comparer le président Gonzalo à Öcalan, le pilier du PKK emprisonné depuis maintenant plus de 18 ans.

Il part du postulat que tous deux seraient des capitulards et qu’on devrait donc les défendre de manière similaire.

Tout d’abord, il existe des différences fondamentales entre le président Gonzalo et Öcalan. Le président Gonzalo est un des dirigeants marxistes les plus important, la Guerre Populaire qu’il a dirigé avec le PCP au Pérou avait une valeur profondément internationale et a notamment servi d’exemple pour le déclenchement de la Guerre Populaire au Népal en 1996. D’un autre côté, Öcalan est le dirigeant du mouvement national kurde qui s’oppose à l’État réactionnaire turc, un Etat sous domination de l’impérialisme américain ; d’un point de vue de classe, Öcalan est le représentant de la bourgeoisie nationale kurde. Ce sont donc deux ennemis de valeur très différentes pour l’impérialisme.

De même et par conséquent, contrairement à l’isolement total que subit le président Gonzalo, Öcalan lui dispose de moyens de publication et communication reconnus par le mouvement national kurde.

L’OCML-VP affirme qu’un prisonnier politique même s’il devient un liquidateur et se met au service de l’ennemi, doit être défendu et que nous devons exiger sa libération. Cette position montre en tout point leur opportunisme et est à l’exact opposé de la pratique du mouvement révolutionnaire. S’il est parfaitement avéré qu’un camarade arrêté, une fois aux mains de l’ennemi se met à collaborer, à donner des informations à l’ennemi, s’il devient un liquidateur et donc un traître, le mouvement révolutionnaire n’a plus aucun devoir de le défendre. Cet individu, quelqu’ait pu être son passé dans le mouvement, tombe dans l’oubli et la seule chose que le mouvement attend de lui est sa libération pour lui infliger sa sentence pour trahison. Si nous défendons les prisonniers qui collaborent avec l’ennemi et qui liquident notre mouvement, nous encourageons alors tous les camarades arrêtés à en faire de même, cela est inacceptable.

La position révolutionnaire consiste à ne pas croire les propos d’un camarade enfermé et dans les mains de l’ennemi car il n’est pas possible d’en vérifier l’authenticité ni de savoir ce qui est subit par le camarade. Si un camarade est avéré être un traître au mouvement, celui-ci doit être jugé en conséquence par le Parti.

La position de l’OCML-VP sur les prisonniers politiques en général se retrouvent donc être complètement erronée et à l’opposé de l’expérience du mouvement communiste international.

Sur le « culte de la personnalité »

L’OCML-VP affirme qu’une des raisons principales de l’échec de la Guerre Populaire au Pérou serait la pratique d’un « culte du chef » par le PCP. L’OCML-VP aurait déjà remarqué ce problème dans un de ses documents de 1990.

Les accusations de « culte de la personnalité » contre le mouvement communiste ne sont pas nouvelles. Elles ont été utilisées aussi bien contre Lénine, Staline ou Mao. L’exemple le plus flagrant est celle faite contre Staline par Khrouchtchev lors du XXe Congrès du PCUS : cette attaque contre le soit-disant « culte de la personnalité » autour de Staline n’était qu’un prétexte pour liquider le socialisme en URSS et entamer la restauration du capitalisme.

Regardons ce que dit le président Gonzalo concernant l’accusation de « culte de la personnalité » dans L’Interview pour El Diario réalisée en 1988 :

« Khrouchtchev souleva le problème du culte de la personnalité pour combattre le camarade Staline, mais nous savons tous que ce ne fut qu’un prétexte en fait, pour combattre la dictature du prolétariat. Aujourd’hui, même Gorbatchev brandit à nouveau le culte de la personnalité comme le firent aussi les révisionnistes chinois Liou Chao-chi [Liu Shaoqi] et Teng Siao-ping [Deng Xiaoping]. Par conséquent, c’est une thèse révisionniste qui vise en essence la dictature du prolétariat et les grands dirigeants et chefs du processus révolutionnaire général dans le but de les décapiter. Dans notre cas, que viserait-elle concrètement ? Décapiter la guerre populaire. Nous n’avons pas encore de dictature du prolétariat mais un Nouveau Pouvoir qui se développe selon des normes de démocratie nouvelle ou de dictature conjointe d’ouvriers, de paysans et de progressistes. En ce qui nous concerne, cette thèse a donc pour but principal de décapiter la direction. Et la réaction et ses laquais savent très bien pourquoi ils le font : parce que ce n’est pas facile d’engendrer des chefs et un grand dirigeant. Et une guerre populaire telle qu’elle se développe dans le pays, a besoin de chefs et d’un grand dirigeant, de quelqu’un qui la représente, la dirige et d’un groupe capable de la commander inflexiblement. En résumé le culte de la personnalité est une sinistre thèse révisionniste qui n’a rien à voir avec notre conception sur les chefs, laquelle s’en tient au léninisme. »

A la lumière des propos du président Gonzalo, on comprend parfaitement le but derrière l’accusation de « culte de la personnalité » à l’encontre du président Gonzalo faite par l’OCML-VP.

L’OCML-VP affirme que la pensée gonzalo fut un des principales facteurs de l’échec de la Guerre Populaire au Pérou car celle-ci contribuerait à « dépolitiser les masses » et laisserait penser que ce sont les grands hommes qui font l’histoire. Tout d’abord voyons ce que dit le président Gonzalo lui même sur la pensée gonzalo :

« El Diario: Puisque nous parlons d’idéologie, pourquoi la Pensée Gonzalo?

Président Gonzalo : Le marxisme nous a toujours enseigné que le problème réside dans l’application de la vérité universelle. Le Président Mao Tsétoung insistait énormément sur ce point ; si le marxisme-léninisme-maoïsme ne s’applique pas à une réalité concrète, on ne peut pas diriger une révolution, on ne peut pas transformer le vieil ordre, ni le détruire, ni en créer un nouveau. C’est l’application du marxisme-léninisme-maoïsme à la révolution péruvienne qui a engendré la pensée gonzalo, dans la lutte de classes de notre peuple, principalement du prolétariat, les luttes incessantes de la paysannerie et dans le contexte bouleversant de la révolution mondiale. C’est au milieu de tout ce fracas, en appliquant le plus fidèlement possible la vérité universelle aux conditions concrètes de notre pays, que s’est matérialisée la pensée gonzalo. Auparavant on l’appelait la pensée guide ; et si aujourd’hui le Parti a sanctionné lors du Congrès la pensée gonzalo, c’est parce qu’il s’est produit un bond dans cette pensée guide, précisément au cours du développement de la Guerre Populaire. En synthèse la pensée gonzalo n’est que l’application du marxisme-léninisme-maoïsme à notre réalité concrète ; ceci nous amène à voir qu’elle est spécifiquement capitale pour notre Parti, pour la guerre populaire et pour la révolution dans notre pays, j’insiste, spécifiquement capitale. Mais pour nous, si nous considérons l’idéologie au plan universel, le principal est le maoïsme, je le répète une fois de plus. »

Ainsi la pensée gonzalo loin d’être un quelconque « culte du chef » ou de dépolitiser les masses, s’est formé au contraire du fait de la lutte des masses et dans la lutte des masses, elle s’est formée dans le feu de la Guerre Populaire.

Affirmer que les masses auraient été dépolitisées à cause de la pensée gonzalo constitue une négation totale du haut niveau idéologique et politique des masses péruviennes durant la Guerre Populaire au Pérou, un niveau idéologique rarement atteint qui se manifestait dans tous les domaines. Le reportage traduit par la Cause du Peuple « People’s of the shining path » permet en partie d’en rendre compte. Le PCP a toujours placé au cœur de sa formation, la formation idéologique, c’est ce qu’il y avait de plus central et de plus essentiel pour les militantes et militants du PCP et les masses du Pérou.

Affirmer que la constitution d’une pensée guide s’accompagnerait d’une dépolitisation des masses est simplement anti-historique et va à l’encontre même de l’histoire du maoïsme. C’est pendant la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine que s’est affirmée plus que jamais la pensée mao tsetoung, l’OCML-VP affirmerait donc que pendant cette période les masses populaires en Chine se sont dépolitisées ? Cela n’a évidemment aucun sens, la période de la Révolution Culturelle est le moment où les masses se sont le plus politisées !

Si l’OCML-VP s’en prend avec tant de vigueur au président Gonzalo, au PCP et à la pensée gonzalo, c’est car elle en rejette fondamentalement tous les apports.

Les apports du Parti Communiste du Pérou et du Président Gonzalo

Ainsi l’OCML-VP ne s’est jamais revendiqué du marxisme-léninisme-maoïsme. Elle préfère proposer une version éclectique du « maoïsme » qu’elle nomme « marxisme-léninisme et maoïsme ». A première vue cela pourrait sembler proche : ne serait-ce qu’une différence de forme ? Un vulgaire débat sur les mots plutôt que sur le fond ?

Loin de là, malgré la proximité des appellations, le fait est que l’OCML-VP rejette des conceptions essentielles du maoïsme, ces conceptions ont notamment été affirmées par le Parti Communiste du Pérou à travers une intensive lutte de lignes sur le plan international. Ce sont des enjeux idéologiques qui ont bien sûr des implications pratiques.

Tout d’abord le PCP a affirmé que le maoïsme forme le troisième jalon du marxisme, qu’il est la troisième, nouvelle et supérieure étape du marxisme. Il s’agissait d’une démarcation nécessaire avec ceux qui ne voyaient dans la pensée Mao Zedong que quelques apports en plus par rapport au marxisme-léninisme et que cela était principalement valide pour les pays semi-coloniaux semi-féodaux mais pas les pays impérialistes. En affirmant que le maoïsme est une nouvelle étape cela signifie qu’il a développé le marxisme dans ses trois composantes essentielles : le matérialisme dialectique et historique, l’économie politique marxiste et le socialisme scientifique. Dans ces trois domaines un bond qualitatif a été effectué.

Mais l’OCML-VP ne peut reconnaître l’ensemble de ces apports du maoïsme au marxisme et c’est pour ça que jusqu’aujourd’hui elle refuse de s’identifier comme marxiste-léniniste-maoïste.

Un des apports essentiels du maoïsme que rejette l’OCML-VP est la Guerre Populaire Prolongée. Le PCP a affirmé que la Guerre Populaire est une composante essentielle et universelle – c’est-à-dire applicable partout – du maoïsme.

« La guerre populaire est la théorie militaire du prolétariat international dans laquelle, pour la première fois, se résume de façon systématisée et complète l’expérience théorique et pratique des luttes, des actions militaires et des guerres que le prolétariat a livré, la longue expérience de la lutte armée populaire et spécialement des guerres paysannes de la Chine. C’est avec le Président Mao que la classe sera dotée de sa propre théorie militaire; pourtant il règne à ce sujet une grande confusion et beaucoup d’incompréhension. Cette incompréhension commence par la vision que l’on a de la guerre populaire en Chine; en général on la considère comme étant réduite et, dédaigneusement comme une simple guerre de guérillas. Cela révèle déjà l’incompréhension de fait, qu’avec le Président Mao, la guerre de guérillas acquiert un caractère stratégique. De plus, on ne comprend pas le développement de la guerre de guérillas et comment, à partir de sa fluidité essentielle, elle développe sa mobilité, devient guerre de mouvement, de positions, développant de vastes plans d’offensive stratégique, conquérant des villes petites, moyennes et grandes avec des millions d’habitants, combinant l’attaque du dehors avec l’insurrection à l’intérieur. En conclusion, les quatre étapes de la révolution chinoise et principalement à partir de la guerre agraire à la guerre de libération populaire, en tenant compte qu’entre les deux il y eut la guerre anti-japonaise, nous montrent les diverses facettes et la complexité de la guerre révolutionnaire qui se livra durant vingt années au sein d’une population gigantesque et d’une immense mobilisation et participation des masses. Dans cette guerre on trouve des exemples de tout genre et, le principal, c’est que ses principes, ses lois, ses stratégies, ses normes etc. ont été étudiés à fond et magistralement établis. C’est donc dans ce creuset fabuleux et sur la base de ce que le marxisme-léninisme avait établi, que le Président Mao élabora la théorie militaire du prolétariat, la guerre populaire.

[…]

L’une des questions clé et décisive est celle de la compréhension de la validité universelle de la guerre populaire et de son application conséquente, en tenant compte des différents types de révolution et des conditions spécifiques de chacune d’entre elles. A propos de cette question clé il est intéressant de constater qu’une insurrection comme celle de Pétrograd, la résistance anti-fasciste et les guérillas européennes de la IIème Guerre mondiale ne se sont pas répétées, ni les luttes armées qui se livrent en Europe actuellement. Il faut aussi considérer que la Révolution d’Octobre ne fut pas seulement une insurrection, mais une guerre révolutionnaire qui dura plusieurs années. Par conséquent, dans les pays impérialistes la révolution ne peut se concevoir que comme guerre révolutionnaire et celle-ci, actuellement, est simplement une guerre populaire. »

  • Sur le marxisme-léninisme-maoïsme, Parti Communiste du Pérou, 1988

Pour plus de détail sur les apports du PCP dans l’affirmation du maoïsme nous vous renvoyons à la déclaration internationale faite pour le 30e anniversaire de la Journée de l’Héroïsme récemment traduite en français.

On comprend donc que ce n’est pas pour rien que l’OCML-VP reprend les calomnies des réactionnaires contre le président Gonzalo et le PCP à son compte. Derrière cette attaque contre le président Gonzalo et le PCP, il s’agit en fait bien d’une attaque même contre le maoïsme et tout ce que le PCP a pu faire pour synthétiser, défendre et appliquer le maoïsme. Il s’agit d’un rejet affirmé du marxisme-léninisme-maoïsme, de la Guerre Populaire Prolongée, fait non au moyen de la lutte idéologique mais de la manière la plus lâche en reprenant les larges mensonges diffusés par l’ennemi. Il s’agit évidemment d’une pratique profondément opposée à l’essence même du marxisme et qui devrait révolter tout révolutionnaire.

A celles et ceux qui avaient encore quelques doutes sur la nature de l’OCML-VP, la lecture de leur communiqué devrait balayer ces doutes définitivement !

Défendre, appliquer et développer le maoïsme !

Combattre le révisionnisme et l’opportunisme !

Défendons la vie du Président Gonzalo !

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/defendre-la-vie-du-president-gonzalo-cest-defendre-le-maoisme/

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Sur la situation en Catalogne

 

Que se passe-t-il en Catalogne ? Cette nation présente sur plusieurs territoires de culture catalane (Valence, Baléares, Andorre,…), située principalement dans l’Etat espagnol, et en partie dans l’Etat français, a une situation politique qui évolue rapidement : une crise politique sans précédent s’est déclarée. Le gouvernement de la Generalitat (l’organisation politique détenant les pouvoirs exécutifs et législatifs régionaux de cette « communauté autonome », intégré il y a plusieurs siècles dans l’Etat espagnol) a promis depuis 2015 d’avancer vers la voie de l’indépendance. Pour cela, la Generalitat a convoqué un référendum pour le 1er octobre 2017.

Le gouvernement espagnol conservateur de Mariano Rajoy (dirigeant du Partido Popular, représentant la droite issue du franquisme) semble prêt à utiliser tous les moyens à sa disposition pour empêcher la tenue du référendum, que la Cour constitutionnelle a jugé illégal. Il faut rappeler que la police a quand même mené des perquisitions au siège du gouvernement régional catalan et a saisi les 19 et 20 septembre près de 10 millions de bulletins de vote, que 14 hauts responsables du gouvernement régional ont été arrêtés et le 21 septembre, que la justice a cité à comparaître plus de 700 maires catalans, que des entreprises privées ayant contribué à la propagande indépendantiste ont été perquisitionnées, que la Cour constitutionnelle a annoncé infliger des amendes de 6000 à 12 000€ tous les jours à 24 organisateurs du référendum jusqu’à ce qu’ils se plient aux résolutions de la « Justice ». 60 sites faisant la promotion du référendum ont été fermés, la campagne électorale est illégale et donc le collage d’affiches pour l’indépendance se fait dans l’illégalité, et Madrid a mis sous tutelle les finances de la région pour empêcher les financement illégaux.

La constitution considère en effet que l’Espagne est une et indivisible : malgré l’existence de différentes nations en son sein (Catalogne, Pays Basque, mais également Asturies, Galice, Andalousie…), l’héritage de l’empire et du franquisme reste profondément marqué dans l’organisation de l’Etat. La bourgeoisie continue de célébrer le « jour de l’hispanité », et le principal parti de droite, le PP, est l’héritier directe de la bureaucratie franquiste. Mais dans les faits, la bourgeoisie espagnole est une classe écartelée entre son caractère impérialiste et la réalité d’une centralisation incomplète. Si le pays s’est construit sur l’or provenu de la colonisation de l’Amérique latine, il a connu un important retard industriel par la suite. De plus l’Espagne n’a pas achevé son processus de centralisation comme l’a fait la France, qui a écrasé ses minorités nationales bien plus efficacement avec la diffusion d’une idéologie républicaine jacobine. Seuls quelques régions du nord de l’Espagne ont véritablement connu la révolution industrielle au XIXème siècle comme le Pays Basque (Euskal Herria), la Catalogne (Catalunya), ou encore la Galice.

Ces contradictions ont engendré une grande misère dans les campagnes, des inégalités économiques criantes, des revendications nationales centrifuges, et une instabilité politique profonde. La bourgeoisie dans sa majorité est très liée à l’église catholique, elle méprise ouvertement le peuple et ne cherche pas de vernis progressiste. Face à cela, le mouvement ouvrier s’est développé principalement sur une base anarcho-syndicaliste et anarchiste. Les contradictions de la société espagnole ont notamment été à l’origine du soulèvement réactionnaire puis de la guerre civile de 1936-1939, qui ont aussi vu l’intervention des puissances fascistes, du Mexique et de l’URSS. Basques et Catalans se sont mobilisés aux côtés de la troisième république, espérant obtenir l’indépendance nationale, ou au moins un statut et des libertés publiques.

La défaite de la République a fait taire temporairement les aspirations nationales. Le mouvement anarcho-syndicaliste et anarchiste a été balayé, les communistes ont été plongés dans la clandestinité, et la bourgeoisie a durement écrasé le prolétariat. La transition démocratique entamée après la mort de Franco en 1975 n’a fait que repeindre la façade du vieil état autoritaire et nationaliste : malgré la forme parlementaire de l’état, l’Espagne a un ensemble de lois parmi les plus répressives d’Europe. La torture des militantes et militants révolutionnaires et indépendantistes est courante, et il n’est toujours pas possible de critiquer ouvertement la monarchie.

Mais revenons à la situation actuelle. Qui mène le mouvement indépendantiste en Catalogne ? La direction du mouvement est clairement dans les mains de la bourgeoisie catalane. En termes de classes, une partie du prolétariat, de la bourgeoisie, et la majorité de la petite-bourgeoisie sont de culture catalane. Au contraire « les très riches et les très pauvres sont espagnols » : la grande bourgeoisie, tout comme les prolétaires les plus précaires venus tenter leur chance à Barcelone et dans les zones industrielles, sont plus proches de la culture espagnole.

La dernière Diada, la fête nationale transformée en manifestation pour l’indépendance, a réuni un million de personnes. Depuis une décennie, le développement économique rapide de la Catalogne pousse la petite et la moyenne bourgeoisie catalane à appuyer ouvertement le mouvement indépendantiste. Pour simplifier, disons cela ainsi : pour les bourgeois, il est plus avantageux de garder l’intégralité des impôts au niveau de la Catalogne que de les reverser à Madrid. La Catalogne représente tout de même 20% du PIB de l’Espagne, 30% de ses exportations et 50% de l’activité à forte valeur ajoutée ! Il y a une idée réactionnaire comme quoi « les Catalans » n’ont pas à se sacrifier pour le reste de la population en Espagne. Le mouvement catalan est-il cependant à rejeter dans son ensemble ? Non. Il s’agit d’une lutte nationale portant une caractéristique progressiste (l’indépendance vis-à-vis d’un Etat impérialiste). Mais cette lutte n’est pas révolutionnaire. L’oppression nationale vise le peuple, mais aussi la nation tout entière.

Pour les révolutionnaires de l’Etat français, la situation doit être suivie de prêt. Elle est potentiellement explosive en Espagne, et pourrait avoir des conséquences très importantes au niveau européen, entraînant un effet domino au Pays Basque et ailleurs, par exemple en Ecosse et en Irlande du Nord. Il est clair que Madrid n’envisageait pas que la situation s’envenime à ce point. Pour les conservateurs, il s’agissait d’un simple marchandage économique avec la bourgeoisie catalane, qui faisait son spectacle pour peser dans la balance et mobiliser sa base électorale.

Mais les bourgeois espagnols, qu’ils soient conservateurs ou socialistes, ont négligé un facteur : poussée par sa base, déçue des reculs subis par la Generalitat face aux conservateurs, la bourgeoisie catalane est allée plus loin que prévu. Elle peut encore renoncer au projet indépendantiste et s’en tirer à bon compte, en faisant ce que les politiciens bourgeois savent faire le mieux, c’est à dire en jouant la comédie. Ils peuvent prétexter que les menaces (un général espagnol avait laissé entendre qu’il défendrait l’ordre constitutionnel « par tous les moyens ») et la répression les empêchent de tenir le référendum, notamment la saisie des bulletins et des convocations, la fermeture des sites internet, les procès et la mise sous tutelle des finances de la Generalitat.
Mais Madrid joue un jeu très dangereux. La désobéissance civile est massive en Catalogne, il y a eu de grandes manifestations d’étudiants ces derniers jours, de nombreuses écoles sont occupées et des syndicats ont déposé un préavis de grève générale à compter du 1er octobre au cas où le référendum serait empêché. Si les forces de police locales, les Mossos, obéissent encore à Madrid, l’administration désobéit ouvertement. Les perquisitions de bâtiments publics ont choqué l’opinion. Et les procès des dirigeants catalans peut pousser les masses à tenter le tout pour le tout. Nous voici donc face à une situation de quitte ou double : ou bien le gouvernement écrase temporairement le mouvement indépendantiste, ou bien il le radicalise, et perd ses moyens face à la pression populaire.

Quoi qu’il en soit, les prochaines semaines seront déterminantes. Notre Parti se positionne donc ainsi :

Nous reconnaissons la définition d’une nation comme une communauté humaine, stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et formation psychique qui se traduit dans une communauté de culture.

L’Etat espagnol a usé et use de la force contre la nation catalane pour l’empêcher de faire sécession. Nous soutenons le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Si la nation catalane juge bon de faire sécession et donc de créer un Etat indépendant, c’est qu’elle se se sent opprimée par l’Etat espagnol. Nous devons soutenir son droit à l’autodétermination.

Le Camarade Lénine nous enseigne que « le principe de la nationalité est historiquement inéluctable dans la société bourgeoise, et compte tenu de cette société, le marxiste reconnaît pleinement la légitimité historique des mouvements nationaux. Mais pour que cette reconnaissance ne tourne pas à l’apologie du nationalisme, elle doit se borner très strictement à ce qu’il y a de progressiste dans ces mouvements, afin que cette reconnaissance ne conduise pas à obscurcir la conscience prolétarienne par l’idéologie bourgeoise. » (Notes critiques sur la question nationale, 1913)

Le nationalisme bourgeois de toute nation opprimée possède un contenu démocratique qui est dirigé contre l’oppression, c’est celui-là que nous soutenons. En revanche nous ne soutenons pas le contenu qui vise à renforcer le nationalisme et les privilèges de la bourgeoisie nationale et qui casse la conscience de classe du prolétariat en effaçant les distinctions de classes entre bourgeois, petits-bourgeois et prolétaires.

« Sous prétexte que ses demandes sont « pratiques », la bourgeoisie des nations opprimées va appeler le prolétariat à soutenir ses aspirations sans condition… Le prolétariat est opposé à une telle pratique. Tout en reconnaissant l’égalité des droits à un Etat national, il valorise surtout et avant tout l’alliance des prolétaires de tous les pays, et évalue toute demande nationale, toute séparation nationale, sous l’angle de la lutte de classe des travailleurs. Pour les travailleurs, la chose importante est de distinguer les principes des deux tendances. Dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée combat l’oppresseur, nous sommes toujours, dans tous les cas, et plus fortement que quiconque en sa faveur, car nous sommes les ennemis les plus constants et les plus fervents de l’oppression. Mais dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée est favorable à son propre nationalisme bourgeois nous somme contre. » (Lénine, cité par Ibrahim Kaypakkaya dans La Question Nationale en Turquie, 1971)

Nous soutenons donc le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Et nous soutenons l’unité du prolétariat catalan et espagnol contre les intérêts de la bourgeoisie et des propriétaires.

 

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/sur-la-situation-en-catalogne/

Le président américain promet «le fer et le feu» à l’ONU pendant que Trudeau se pose en grand espoir blanc du monde

Des questions importantes de guerre et de paix

 

Le débat général de la 72e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York a débuté cette semaine, le 19 septembre, et se poursuit jusqu’au 25 septembre. Les chefs d’État et de gouvernement ou leurs représentants s’adressent aux Nations unies pour énoncer les priorités qu’ils se fixent pour eux-mêmes, pour le monde et pour l’ONU.

À la toute première journée, le monde a eu droit à une manifestation de la crise profonde dans laquelle s’enlisent les États-Unis avec la prestation du président Donald Trump. Son discours hargneux dans lequel il promet d’utiliser le fer et le feu contre tous les non-croyants en la démocratie américaine montre à quel point les États-Unis désespèrent de ne pouvoir ordonner au monde de régler leur crise économique et multilatérale. Plus ils proclament qu’ils sont la nation indispensable, plus le reste du monde prend conscience de la nécessité de ne pas être marginalisé.

Bien que les États-Unis et l’échec de leur démocratie soient coupables de l’anarchie et de la violence dans le monde aujourd’hui, Trump a dit que la menace à laquelle le monde fait face est que « les pouvoirs autoritaires cherchent à faire effondrer les valeurs, les systèmes et les alliances qui ont empêché les conflits et ont promu la liberté depuis la Deuxième Guerre mondiale. »

Faisant fi de l’échec des institutions américaines à résoudre les contradictions au sein des cercles dirigeants ou quelque problème que ce soit dans le monde, Trump cite la Constitution des États-Unis comme un document intemporel et universel qui s’étend au monde entier. « Nous célébrons le 230e anniversaire de notre constitution bien-aimée, la plus ancienne constitution encore utilisée dans le monde d’aujourd’hui, a dit Donald Trump. Ce document intemporel a été le fondement de la paix, de la prospérité et de la liberté pour les Américains et pour d’innombrables millions de personnes dans le monde dont les pays ont trouvé l’inspiration dans son respect de la nature humaine, de la dignité humaine et de la règle de droit. »

« En Amérique, affirme-t-il, le peuple gouverne, le peuple est au pouvoir et le peuple est souverain. J’ai été élu non pas pour prendre le pouvoir, mais pour donner le pouvoir au peuple américain à qui il appartient. »

Donald Trump propose une conception irrationnelle de la souveraineté dans laquelle les États-Unis ont le droit souverain de décider de ce qui est dans leur meilleur intérêt et dans le meilleur intérêt du monde :

« Nous devons remplir nos devoirs souverains envers les personnes que nous représentons fidèlement. Nous devons protéger nos nations, leurs intérêts et leur avenir. Nous devons rejeter les menaces à la souveraineté depuis l’Ukraine jusqu’à la mer du sud de la Chine. Nous devons respecter la loi, respecter les frontières et respecter la culture, et l’engagement pacifique que cela permet. »

Puis il a directement menacé le peuple coréen : « Les États-Unis ont une grande force et une grande patience, mais si nous sommes forcés de nous défendre ou de défendre nos alliés, nous n’aurons d’autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord. […] Les États-Unis sont prêts, disposés et capables, mais j’espère que cela ne sera pas nécessaire. C’est la raison d’être de l’ONU. C’est à cela que les Nations unies servent. Voyons ce que l’ONU va faire. »

Puis il a attaqué l’Iran et menacé d’annuler l’accord négocié en 2015 entre l’Iran, tous les membres du Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Union européenne qui limite le programme d’énergie nucléaire de l’Iran à des fins pacifiques en échange de l’abandon des sanctions. « Nous ne pouvons pas laisser un régime meurtrier continuer ces activités déstabilisantes tout en construisant des missiles dangereux et nous ne pouvons pas respecter un accord s’il contribue à la construction éventuelle d’un programme nucléaire. L’accord de l’Iran est l’une des transactions les pires et les plus unilatérales auxquelles les États-Unis aient jamais participé. Franchement, cet accord est embarrassant pour les États-Unis, et je ne pense pas que vous ayez entendu le dernier mot à ce sujet. Croyez-moi. »

Donald Trump a ensuite menacé de soumettre le monde entier à la guerre de terreur des États-Unis : « Désormais, ce sont nos intérêts de sécurité qui dicteront la longueur et la portée de l’opération militaire, et non pas les repères arbitraires et échéances fixés par des politiciens. J’ai également changé complètement les règles d’engagement dans notre lutte contre les talibans et d’autres groupes terroristes. »

« L’Amérique se tient avec toutes les personnes vivant dans un régime brutal. Notre respect de la souveraineté est également un appel à l’action. Toutes les personnes méritent un gouvernement qui s’occupe de leur sécurité, de leurs intérêts et de leur bien-être, y compris de leur prospérité. »

 

Pour sa part, le gouvernement du Canada s’est servi de son intervention à l’Assemblée générale de l’ONU pour présenter une image d’un premier ministre Justin Trudeau comme le grand espoir blanc qui promet de réussir là où ceux qui promettent le fer et le feu échouent.

La peur, voire la terreur que cherche à provoquer le président américain avec ses propos sur le fer et le feu ne doit pas détourner l’attention du fait que la version plus douce et plus gentille offerte par le grand espoir blanc sert les mêmes intérêts privés que les deux pays représentent.

Le premier ministre Justin Trudeau est resté silencieux au sujet de la menace de Trump de « détruire totalement » la République populaire démocratique de Corée et s’est joint à lui pour blâmer la RPDC en disant en conférence de presse : « Je partage les préoccupations de tous sur le comportement imprudent du régime nord-coréen et je continue de croire que la meilleure façon de calmer la situation est de travailler avec nos partenaires et alliés dans la région et dans le monde. » Ainsi, pour lui il est préférable de menacer la RPDC avec les alliés et partenaires plutôt que de laisser les États-Unis le faire seuls.

Pour montrer le sens de ses propos, il a aussi ouvert la porte à l’adhésion officielle du Canada au bouclier antimissile des États-Unis, qui fait partie de l’arsenal américain de frappe préventive contre d’autres pays. « Nous continuons d’examiner la situation, a-t-il dit. Notre position n’a pas changé sur le bouclier pour l’instant, mais nous continuons d’examiner les choses et de nous assurer que nous faisons tout ce que nous pouvons et devons faire pour protéger la sécurité des Canadiens. »

Lors d’un gala qui a eu lieu avant le débat général sur un porte-avion désaffecté, durant lequel il a reçu le prix Global Citizen Awards 2017 du Conseil atlantique de l’OTAN, Justin Trudeau a livré un discours que le Conseil décrit comme « un cri de ralliement pour sauver l’ordre mondial ». En fait, il a tenu des propos presque identiques à ceux tenus par Donald Trump le même jour.

« Les alliances qui ont soutenu la sécurité et la prospérité mondiales depuis 1945 sont mises à l’épreuve et l’urgence des défis que nous avons en commun — changements climatiques et sécheresse, inégalité du revenu, extrémisme violent, guerre civile et migrations massives qui en résultent — continuent de grandir », a-t-il ajouté avant de poursuivre :

« Partout dans le monde, l’ordre international établi depuis longtemps est mis à l’épreuve. Avec l’annexion illégale de la Crimée par la Russie et l’empiètement en Ukraine, nous avons été témoins de la première prise de territoire en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.

« Ce n’est pas le temps de se désister. C’est le temps où les démocraties atlantiques doivent renouveler notre engagement envers des standards universels de droits et libertés, imposés par un ordre multilatéral basé sur des règles qui ont favorisé la paix et la stabilité et qui ont passé l’épreuve du temps. »

Cet ordre multilatéral basé sur des règles et imposé par l’ONU, l’OTAN, NORAD et l’Organisation mondiale du commerce comprend « le pouvoir doux et le pouvoir dur » et c’est pourquoi, dit-il, le Canada augmente de façon significative ses dépenses pour la défense.

Tout en faisant écho aux menaces de Trump contre le peuple coréen, Trudeau lance un appel hypocrite à « combattre les fléaux du racisme, du sexisme, de l’homophobie, de la transphobie, du fanatisme ethnique et religieux, du néofascisme, du néonazisme et de l’extrémisme violent de Daesh auxquels nous sommes confrontés en 2017 ».

« Nous ne devons pas hésiter. Il serait inadmissible de faire un seul pas en arrière dans la défense des standards de décence de la sororité et de la fraternité de la famille humaine sortie victorieuse des luttes les plus douloureuses du derniersiècle », a dit Trudeau.

L’ONU est devenue une instance désuète qui n’est plus capable de défendre la primauté du droit international adoptée durant l’après-Deuxième Guerre mondiale. La domination du monde par les pouvoirs policiers aux mains d’oligopoles et d’intérêts privés qui ne s’arrêteront devant rien pour s’enrichir signifie qu’il faut un nouvel équilibre du pouvoir capable de mettre les forces destructives en échec. Il est illusoire de croire que cet équilibre est possible dans le contexte du système impérialiste d’États. Il doit être créé par une humanité unie dans l’action à la défense de ses propres intérêts.

 

Le temps d’agir est maintenant !
Faisons du Canada une zone pour la paix !
Défendons les droits qui appartiennent à tous du fait d’être humains !
Une humanité, une lutte !

 

Source: http://cpcml.ca/francais/Lmlq2017/Q47038.HTM#1

L’OCML Voie Prolétarienne soutient le Parti Communiste du Pérou

Le texte qui suit est une analyse produite par l’OCML VP en 1990 sur la question de la GPP au Pérou menée par Gonzalez et le Parti communiste du Pérou (PCP). Nous le publions aujourd’hui parce qu’à la lumière de l’expérience  péruvienne, et l’impasse dans lequel se trouve la révolution prolétarienne au Pérou, l’OCML VP ait modifié quelques-unes de ses perceptions par rapport au modèle péruvien de la GPP. Vous trouverez d’ailleurs le texte de l’analyse de la situation actuelle dans le post suivant. 

 

L’OCML Voie Prolétarienne soutient le Parti Communiste du Pérou

Déclaration du Comité Directeur de l’OCML Voie Prolétarienne, Mai 1990

[NdlR : cette déclaration venait en conclusion d’une brochure intitulée « Dix ans de Guerre Populaire au Pérou », Cahier N°8 de La Cause du Communisme]
In english

En Septembre 1984 paraissait dans notre journal le premier article sur le PCP, « Sentier Lumineux », disions-nous. C’était le début d’une information régulière sur la guérilla au Pérou, et sur la politique du PCP.

Cette information a été marquée à des échéances politiques par de nouveaux positionnements. Nous refusions à la fois le soutien aveugle et idéaliste, qui a tant fait de mal au mouvement révolutionnaire, comme l’absence d’engagement au nom de critiques réelles. Ce soutien de Voie Prolétarienne a été et sera toujours un soutien politique fondé sur des accords principaux avec des orientations politiques en action dans la lutte des classes. Il s’est concrétisé essentiellement à deux moments : mi-85 par la publication dans notre revue théorique d’une analyse détaillée des positions du PCP, concluant sur un soutien critique. En Janvier 86, suite à un meeting public à Paris en soutien à la Guerre Populaire, un article du Comité Directeur critiquait de manière sévère son déroulement, ainsi que l’absence de réponse aux questions importantes que nous avions soulevées.

Aujourd’hui, la Guerre Populaire a dix ans. Nous avons à présent beaucoup plus d’informations, d’ailleurs liées au développement du processus lui-même. Et cet anniversaire est l’occasion de refaire le point politique sur nos accords avec le PCP.

Une fois de plus, faut-il le préciser, il ne s’agit pas d’une position définitive, et nous aurons l’occasion d’y revenir…

Les articles parus dernièrement dans « Partisan » (Avril, et Mai 90), et reproduits dans cette brochure ont situé l’état politique et social actuel du Pérou. La décomposition avance à grands pas et se développe une situation révolutionnaire : la bourgeoisie ne peut plus diriger comme avant (le résultat du premier tour des élections le prouve au pian institutionnel) et les masses ne veulent plus vivre comme avant, en témoigne le développement de la guérilla du PCP, de même d’ailleurs que l’existence des guévaristes du MRTA. Les impérialistes sont inquiets, et leur implication de plus en plus importante. Que ce soit l’intervention US à propos de la drogue, ou celle de la social-démocratie européenne avec les ONG.

Les politiciens bourgeois sont totalement déconsidérés, y compris les opposants réformistes, dont on pourrait croire que c’est pour eux que Lénine a inventé la formule « crétinisme parlementaire » : alors que la crise s’aggrave, les réformistes de la Gauche Unie s’accrochent à l’état bourgeois vacillant.

Seul le Parti Communiste du Pérou propose un avenir différent. En dix ans la guérilla a gagné en force et en étendue, alors même que les tentatives guévaristes avaient tourné court au bout de quelques mois. Par sa lutte, le PCP démarque les camps et ceux qui les occupent. Au Pérou, mais aussi en France : le camp des exploiteurs et celui des exploités.

En France même, la presse bourgeoise parle de plus en plus du « Sentier Lumineux ». Du reportage à sensation publié dans Paris Match, au livre pourri de Labrousse et Hertogue, la délimitation face à ce Parti est de plus en plus importante. On commence même à trouver quelques journalistes qui s’y intéressent et dont le discours est un peu différent.

Très vraisemblablement, plus la guérilla va se développer, plus ce débat va prendre de l’importance et la polémique se durcir. Tous les militants qui se réclament du communisme doivent se préparer à répondre à cette offensive, déjà bien engagée. C’est le sens de ce document, signé du Comité Directeur de Voie Prolétarienne, et rédigé après débat dans l’organisation [1].

CE QUI FONDE NOTRE ACCORD

La première raison de notre soutien est la référence communiste du PCP. En ces périodes où l’on affirme la mort du communisme, l’abandon de tout espoir de libération pour la classe ouvrière et les masses exploitées, il est réconfortant de voir qu’à l’autre bout de la planète des militants ont repris le flambeau de la révolution pour le faire vivre concrètement par la lutte armée et la prise du Pouvoir.

Mais le contenu de notre soutien au PCP ne se réduit pas à reconnaitre que celui-ci appartient au camp des exploités, des révolutionnaires.

1) La reconnaissance du maoïsme comme développement du marxisme.

Le PCP considère le maoïsme comme un saut qualitatif dans le développement du marxisme. VP aussi. Même si son discours ne s’est pas entièrement dégagé du formalisme, le PCP nous parait mettre en œuvre celui-ci de façon créatrice dans la réalité sociale péruvienne. Nous en trouvons la marque dans ses textes d’orientation où il en exprime la nécessité :
« [Lénine] nous a enseigné que [la Révolution] s’exprimait dans des conditions spécifiques, qui, bien que ne niant pas les principes et les lois, étaient de nouvelles situations que le marxisme ne pouvait ignorer sous peine d’exposer la révolution à l’échec. Et que malgré les cris des intellectuels gonflés de libéralisme et faussement marxistes, pédants et livresques face au nouveau, la seule chose juste et correcte était d’appliquer le marxisme à la réalité concrète et de résoudre les situations nouvelles et les problèmes que toute révolution affronte et résout nécessairement ».

Mais on en trouve aussi la preuve dans la capacité du parti à enrichir ses positions politiques dans le cours de la lutte des classes (voir les documents de cette brochure) et à tirer parti de la réalité sociale péruvienne pour développer avec succès la guerre populaire.

Mais lorsque le PCP se réclame du maoïsme, ce n’est pas seulement pour son sens tactique. C’est qu’il en partage les orientations de fond. Nous en noterons trois qui nous semblent décisives pour se délimiter de toutes les orientations réformistes conduisant la révolution à l’impasse :

La critique du développement socialiste en URSS, et le premier bilan qu’en a fait Mao Tsé Toung et la Révolution Chinoise.
Le PCP rejette la théorie des « Forces Productives » comme révisionnistes et comme l’un des facteurs de dégénérescence de l’URSS. Il reconnaît à Mao Tsé-Toung le mérite d’avoir « appliqué la dialectique pour analyser la relation base/superstructure, et poursuivant la lutte du marxisme-léninisme contre la thèse révisionniste des « forces productives », il a conclu que la superstructure, la conscience peut modifier la base et avec le pouvoir peut développer les forces productives. (…) Ce qui conduit à une véritable direction de l’économie politique et non pas à une simple politique économique (…) ».

Autrement dit, pour le PCP, c’est la politique qui commande à l’économie et non l’inverse, et l’on rejette toutes les conceptions où la politique s’aligne sur « les nécessités » économiques apparemment immuables… et bourgeoises ! Le texte poursuit :
« Mais le principal est que le Président Mao Tsé-Toung a développé l’économie politique du socialisme. Sa critique de la construction du socialisme en URSS est de la plus haute importance ; de même que sa thèse sur comment développer le socialisme en Chine ». (…)
« Pourtant, malgré son importance fondamentale-, on traite peu de ce développement de l’économie politique marxiste ». (…)

Nous considérons ces éléments d’orientation comme des délimitations essentielles entre le marxisme et les diverses variantes de réformisme et de révisionnisme. En cela l’orientation du PCP est juste. Bien que formulée en termes généraux, elle débouche sur une appréciation correcte des pseudos pays socialistes de l’Est (y compris l’URSS et la Chine aujourd’hui) que le PCP considère comme capitalistes.

La deuxième concerne la défense de la Révolution Culturelle en Chine. Comme conséquence de sa vision du socialisme, le PCP, comme nous, considère la révolution culturelle comme une rupture politique et pratique avec les conceptions jusqu’alors dominantes dans le mouvement communiste sur la nature de la transition.
« La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne est le développement du marxisme-léninisme essentiel du Président Mao Tsé Toung d’un point de vue historique. C’est la solution du grand problème non résolu de la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat » (…).
« La restauration du capitalisme en Chine, après le coup contre révolutionnaire de 1976, n’est pas la négation de la GRCP, mais pleinement partie de la lutte entre restauration et contre restauration et, au contraire, nous montre l’importance fondamentale qu’a la GRCP dans la marche inexorable de l’humanité au communisme ». (…)

La Révolution Culturelle est une référence importante pour notre organisation, et à notre avis c’est la seule manière de voir l’avenir du socialisme ; la seule manière de tenter d’empêcher la restauration du capitalisme, suivant un processus qu’on a pu voir dans les pays de l’Est. Le bilan politique de la Révolution Culturelle et finalement de son échec reste à faire, pour les communistes péruviens comme pour nous-mêmes. Comme la Commune de Paris ou la Révolution Bolchevique, elle est un jalon essentiel de l’histoire du prolétariat mondial, dont nous devons tirer tous les enseignements pour notre combat, dans les succès comme dans les échecs.

Enfin, la conception des étapes de la Révolution et des liens entre elles. Le PCP reprend la conception marxiste et léniniste de la révolution ininterrompue et par étapes. C’est à dire que si les étapes sont indispensables, compte tenu de l’état de développement des forces productives, en particulier dans les pays dominés, chaque étape prépare la suivante dans le même mouvement général de la marche au communisme.

« Le Parti Communiste du Pérou a comme but final le communisme ; pour cette raison, étant donné que la société péruvienne actuelle est opprimée et exploitée par l’impérialisme, par le capitalisme bureaucratique et la semi-féodalité, la révolution passe d’abord par une première étape démocratique, puis par une deuxième socialiste, pour ultérieurement développer des révolutions culturelles successives. Pour le moment, avec la guerre populaire, le Parti développe la révolution démocratique avec le but immédiat de l’achever par la conquête du Pouvoir dans tout le pays ; » (…).
« Finalement, il faut faire ressortir que la Démocratie Nouvelle, bien qu’elle accomplisse principalement les tâches démocratiques comme révolution démocratique, avance aussi en complément quelques tâches socialistes ; de cette manière on résout au fond la question des deux étapes, démocratique et socialiste, qui correspond à des pays comme le nôtre, en garantissant, une fois la démocratie achevée, la poursuite de la révolution comme révolution socialiste sans aucun intermède, de manière ininterrompue ». (…)

Pourquoi insistons-nous sur cette conception de la révolution ? C’est que c’est en cela que se démarque la révolution démocratique dirigée par la bourgeoisie (qui cherche à consolider son pouvoir, à arrêter la révolution) et la révolution démocratique dirigée par le prolétariat qui au contraire l’inscrit dans une perspective historique, et donc mène la lutte politique et idéologique permanente contre les tendances bourgeoises à la conciliation, au renforcement du pouvoir des élites contre celui des masses, à mettre au premier plan les règles économiques contre la mobilisation politique, à renforcer l’individua­lisme contre le collectivisme etc.

Sitôt le pouvoir pris s’amorce l’étape suivante, socialiste, alors même que les tâches démocratiques et anti-impérialistes sont encore inachevées, justement pour renforcer le rôle et la place du prolétariat dans la société : ce qui signifie socialisation et début de transformation des rapports de production.

Voilà, selon nous, trois éléments essentiels justifiant un soutien au PCP. En ces époques où le capitalisme d’Etat s’effondre à l’Est, un tel un programme permet de voir l’avenir avec optimisme.

2) Nous soutenons une Révolution démocratique

Dans l’étude sur les positions du PCP que nous avions faite en 1985, nous nous interrogions sur l’étape de la Révolution au Pérou. Notant l’importance de l’urbanisation d’une part, du développement industriel d’autre part, nous concluions un peu rapidement sur un pays « semi-capitaliste et semi-colonial ».

Le PCP parle de pays « semi-féodal et semi-colonial », en soulignant l’importance politique et économique du capitalisme bureaucratique qui se développe sur cette base.
« Le capitalisme bureaucratique est le capitalisme créé par l’impérialisme dans les pays attardés, lié à une féodalité qui est dépassée, et soumis à l’impérialisme qui est la phase ultime du capitalisme. Il ne sert pas aux larges masses mais aux impérialistes, à la grande bourgeoisie et aux propriétaires terriens. Déjà Mariategui avait établi par exemple que la création des banques par les bourgeois créait un capital inféodé à l’impérialisme et lié à la féodalité ; le président Gonzalo a établi magistralement que le capitalisme qui se développe au Pérou est un capitalisme bureaucratique entravé par les fers subsistants de la semi-féodalité, et d’un autre côté soumis à l’impérialisme qui ne lui permet pas de développer l’économie nationale, c ’est à dire, un capitalisme bureaucratique qui opprime et exploite Je prolétariat, le paysan et la petite bourgeoisie, et qui restreint la bourgeoisie moyenne ». (Bases de discussion, documents préparatoires au Congrès du PCP – Décembre 1987)

Au-delà d’une analyse précise du capitalisme bureaucratique et de la société péruvienne, dont nous n’avons peut-être pas tous les éléments, ce sont les conclusions politiques auxquelles aboutit le PCP qui nous paraissent importantes : il rejette la notion de « capitalisme dépendant », avancé par les réformistes, qui sous-entend qu’il suffirait de rompre la dépendance (en changeant les dirigeants par exemple) pour accomplir la révolution démocratique. Ainsi le PCP a été le seul à dénoncer le projet de nationalisations des banques en 1988 en soulignant que c’était une mesure formelle ne changeant rien aux rapports sociaux (un peu comme nous avions dénoncé les nationalisations en 1981 en France). Au contraire, tous les partis réformistes, y compris le MRTA guévariste, ont approuvé le projet du gouvernement Garcia.

Cette position permet de définir l’attitude à adopter à l’égard des diverses fractions bourgeoises. Alors que les réformistes de tous poils sont neutralisés par les discours pseudo-nationalistes des dirigeants de l’Etat, le PCP limite l’alliance à la bourgeoisie nationale opprimée par l’impérialisme ; tout en reconnaissant par ailleurs qu’actuellement cette alliance n’est pas concrétisée compte tenu d’une part de la fragilité et de l’instabilité de cette bourgeoisie, d’autre part du niveau actuel de développement de la révolution (elle serait par exemple considérablement accélérée s’il devait y avoir une intervention militaire US). Alliance instable et fragile comme on l’a dit, et qui cessera lorsque la prise du pouvoir mettra progressivement en avant les tâches socialistes.

L’orientation du PCP nous semble rompre avec les interprétations opportunistes de la révolution démocratique et c’est pourquoi nous le soutenons.

Pour conclure sur cette question, deux éléments supplémentaires : la nécessité du Pouvoir d’Etat d’une part, et d’autre part la construction du Nouveau Pouvoir de la Révolution Démocratique, dans le feu même de la destruction de l’ordre ancien.
« Qu’est-ce qui est fondamental dans le maoïsme ? Le fondamental du maoïsme est le Pouvoir. Le pouvoir pour le prolétariat, le Pouvoir par la dictature du prolétariat, le Pouvoir basé sur une force armée dirigée par le Parti Communiste. Plus explicitement : 1) le Pouvoir sous la direction du prolétariat, dans la révolution démocratique ; 2) le Pouvoir par la dictature du prolétariat, dans les révolutions socialistes et culturelles ; 3) le Pouvoir basé sur une force armée dirigée par le Parti Communiste, conquis et défendu par la guerre populaire ». (…)
« La conquête du Pouvoir dans le pays, aujourd’hui concrétisé dans les Comités Populaires, Bases d’Appui et République Populaire de Démocratie Nouvelle en formation dans la perspective d’établir la République Populaire du Pérou, sert à instaurer la dictature du prolétariat dans notre pays, parce que sans elle on ne peut marcher au communisme ». (…)

Nous partageons ces conceptions qui délimitent à la fois de tous les réformistes qui veulent aménager l’ordre existant sans remettre en cause le pouvoir bourgeois, mais aussi de tous les révisionnistes qui parlent de prise du pouvoir, voire de lutte armée, mais en renvoyant à plus tard la construction de la nouvelle société, aboutissant en fait à la remettre dans les mains d’une petite bourgeoisie, voire d’une bourgeoisie, suivant le processus qu’on a vu à l’œuvre au Nicaragua.

3) Nous soutenons un Parti prolétarien

Nous nous interrogions il y a cinq ans sur la faiblesse du travail ouvrier du PCP. Le fait est qu’après avoir reconnu cette faiblesse (par exemple dans l’interview du Président Gonzalo, en Juillet 1988), l’évolution est considérable depuis deux ans, et le travail politique est organisé et systématisé dans les concentrations ouvrières. « Partisan » a rendu compte de cette implantation (N°41, 44, 50, 51), nous y revenons dans cette brochure par ailleurs.

Le travail de politisation reste à approfondir, car la délimitation avec les réformistes se fait souvent sur les méthodes de lutte (pacifique ou violente, légale ou illégale, auto-organisation ou délégation) ou sur le soutien à la guerre populaire. Nous ne nions évidemment pas l’importance de ces démarcations très importante. Mais l’éducation de la classe ouvrière ne doit pas en rester là, précisément pour lui donner les moyens de jouer son rôle de direction, dans la révolution démocratique comme par la suite. La polémique politique, au fond, est très importante et permet cette éducation. Que ce soit sur l’économisme et le nationalisme, la hiérarchie des salaires, la nature des besoins et de la production (quelle lutte aujourd’hui dans les usines d’armement, comme la SIMA ou INDUMIL…) il y a des tâches de polémique et d’éducation de la classe ouvrière.

Certes le travail ouvrier organisé du PCP est récent, et encore peu systématisé. On voit poindre peut-être les prémices de ce travail dans la polémique contre les réformistes sur l’indexation des salaires. En tous les cas, nous soulignons l’importance de cette question, car c’est à notre avis un des éléments de l’avenir de la révolution qui se joue là. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

Mais la présence physique de la classe ouvrière n’est qu’une petite partie des choses. Le sens de notre soutien va à un Parti qui, nous semble-t-il, suit une évolution tout à fait positive. Evolution sans doute issue de la conception même du Parti :
Tout d’abord un Parti étroitement lié aux masses, comme un poisson dans l’eau :
« Quant au Parti, le Président Mao part de la nécessité du Parti Communiste, d’un parti de type nouveau, un parti du prolétariat, aujourd’hui nous dirions un parti marxiste-léniniste-maoïste, un parti dont l’objectif est de conquérir le pouvoir et de le défendre, et pour cela qui est lié étroitement à la guerre populaire, que ce soit pour la débuter, la développer ou la livrer pour se défendre ; un parti soutenu par les masses, soit par la guerre populaire, elle-même qui est guerre de masses, soit par le front unique qui étant un front de classes se base sur les masses majoritaires. »
Un Parti où l’idéologie est au premier plan, pour guider la voie, et en transformation permanente pour s’adapter aux conditions de la lutte les des classes, dans la polémique et la lutte de ligne :
« Le Parti se développe et change selon les étapes de la révolution et les périodes qu’elle parcourt ; le moteur de son développement est la contradiction concrétisée en son sein par la lutte entre deux lignes, entre la ligne prolétarienne et la ligne bourgeoise ou non prolétarienne en général, fondamentalement et principalement une lutte contre le révisionnisme. Cela conduit à l’importance décisive de l’idéologie dans la vie partidaire et au développement de campagnes de rectifications qui servent à une meilleure adéquation de tout le système d’organisations du parti et des militants aux lignes politique et idéologique justes et correctes ».

Un Parti du prolétariat, pour le communisme :
« En fonction de la prédominance de la ligne prolétarienne et du maintien de la direction du parti dans ses mains de fer. Le Parti sert à l’établissement du Pouvoir du Prolétariat, déjà comme classe dirigeante de la Démocratie Nouvelle et principalement à l’instauration de la dictature du prolétariat, son renforcement et développement pour atteindre le but final, le communisme, au travers des révolutions culturelles ; pour cela le Parti doit en arriver à diriger tout dans tous les domaines » (…)

Nous avons noté l’évolution de son orientation politique depuis dix ans, et son enrichissement réel. Cela révèle un travail théorique important, en lien avec l’activité politique et pratique, un Parti vivant et non figé. Le Premier Congrès s’est tenu en 1988 dans la clandestinité et a stimulé un débat important, dans et en dehors du Parti. A ce que nous pouvons savoir, la formation des militants et sympathisants est effectivement au premier plan, et se poursuit à grande échelle dans tout le pays, sous forme d’écoles populaires (qui existent d’ailleurs depuis bien avant le début de la lutte armée), et la lutte idéologique est permanente.

La critique et l’autocritique ne sont pas de vains mots, et nous avons pu le vérifier auprès de sympathisants plus ou moins proches de la guerre populaire. Nous n’avons jamais caché les critiques ou interrogations que nous soulevait l’orientation du PCP, et jamais cela n’a provoqué la rupture de la discussion, pourtant parfois ardue. C’est pour nous un pas en avant par rapport à la pratique désastreuse du mouvement marxiste-léniniste de mettre en avant le consensus et de masquer les contradictions.

4) Nous soutenons la lutte armée du PCP

La lutte armée n’est jamais rejetée, en principe, par tous ceux qui se prétendent révolutionnaires. Reste que lorsqu’elle est posée, en pratique, on ne peut plus se gargariser de mots. La délimitation doit alors se faire concrètement.
Depuis le début, nous avons soutenu la lutte armée, et nous reconnaissons au PCP le rôle historique d’en être l’initiateur au Pérou. Car nous partageons la conception que le PCP en a :
« L’armée révolutionnaire est de type nouveau, il s’agit d’une armée pour l’accomplissement des tâches politiques que le Parti établit en fonction des intérêts du prolétariat et du peuple ; caractère qui se concrétise dans trois tâches : combattre, produire pour ne pas être une charge parasitaire et mobiliser les masses. C’est une armée qui se base sur la construction politique à partir de l’idéologie du prolétariat, du marxisme-léninisme-maoïsme (aujourd’hui) et la ligne politique tant générale que militaire que le parti établi. C’est une armée qui se base sur les hommes et non les armes ; c’est une armée surgie des masses et toujours liée à elles qu’elle sert de tout son cœur, lui permettant de se mouvoir en leur sein comme un poisson dans l’eau. Sans armée populaire, le peuple n’arrivera à rien, dit le Président Mao, en même temps qu’il nous enseigne la nécessité de la direction absolue du Parti sur l’armée et pose son grand principe : le Parti commande au fusil, et jamais nous ne permettrons le contraire ». (…)

C’est un point essentiel, absolument fondamental, qui exige une dure lutte politique et idéologique pour garder le cap pour ne pas se couper des masses. Car au cours de la lutte armée, la tendance militariste est toujours présente, au reflet des conditions objectives de la lutte, sans doute renforcée par les traditions de lutte en Amérique Latine.

Voilà résumé l’essentiel des raisons de notre soutien. Un accord principal avec l’orientation du PCP, correspondant tant à la marche au communisme qu’à la situation actuelle au Pérou. C’est cette analyse qui explique le sens des articles de notre journal, ainsi que l’importance que nous donnons au Dixième Anniversaire de la Guerre Populaire.

Mais accord et soutien ne veulent pas dire suivisme et idéalisme. Nous avons un certain nombre de réserves et critiques, secondaires certes, mais qu’il est nécessaire d’éclaircir maintenant.

 

NOS RÉSERVES ET CRITIQUES

1) Réformisme et conscience révolutionnaire

En 1985 nous notions que la critique des réformistes était relativement superficielle. Considérés comme des agents du social-impérialisme, la critique allait rarement plus loin que le niveau du « crétinisme parlementaire ».
« En ce qui concerne la dénommée Gauche Unie (…) que] rôle joue-t-elle dans la lutte des classes du pays ? Premièrement c’est la suite des vieilles positions électoralistes, la seule différence étant que maintenant elles sont plus débridées et plus liées au révisionnisme soviétique, ainsi qu’au révisionnisme chinois, au parlementarisme bourgeois endurci, aux positions nationalistes ou de révolutionnaires inconséquents qui prétendent ranger le peuple dans le crétinisme parlementaire, tous incapables de comprendre la nécessité de la violence révolutionnaire et encore moins les formes dans lesquelles elle se concrétise depuis six ardentes années ; ces révisionnistes s ’enfoncent chaque jour davantage dans la défense du vieil ordre, son parlement pourri, ses farces électorales, sa constitution et ses lois et ils vivent en tremblant d’une peur révérencielle face aux Forces Armées et au coup d’Etat, et sont à genoux devant l’Apra, et spécialement devant Garcia Pérez, qu’ils considèrent comme leur palissade protectrice et démocratique ». (Développer la Guerre Populaire pour servir la Révolution Mondiale – Août 86).

Pour ce qui est des appareils réformistes, des partis eux-mêmes, la critique est sans doute juste. Reste que cela n’explique pas leur influence de masse, ainsi qu’à l’Apra d’ailleurs. A aucun moment n’apparait les raisons de leur influence et de leur implantation dans les masses populaires, dont ils dirigent certains secteurs. Comment expliquer qu’à Puno, ou Cajamarca, ils soient capables (temporairement peut-être) d’entraîner une fraction des masses paysannes dans les Rondas Campesinas, contre la guerre populaire ? Comment expliquer la domination réformiste sur la majorité des syndicats ? Quelles sont les racines matérielles de cette domination et par conséquence comment les combattre correctement ?

Le PCP n’aborde jamais dans ses documents la notion du réformisme spontané des masses, correspondant à leur situation objective de classe dominée à partir de laquelle ils cherchent à améliorer leur situation matérielle. Réformisme spontané sur lequel les partis réformistes s’appuient pour développer leur influence. Le PCP voit unilatéralement le caractère révolutionnaire des masses, lié à l’exploitation féroce évidente qu’elles subissent. Mais les choses sont contradictoires, comme l’a montré Mao Tsé-Toung, et l’on ne peut développer correctement une politique révolutionnaire si l’on ne prend pas en compte tous les aspects.

L’enjeu est d’abord la polémique menée par le PCP vis à vis des réformistes qui se situe essentiellement sur le terrain idéologique, et très peu sur le terrain des enjeux politiques (en dehors bien entendu de la guerre populaire !), Elle reste formaliste, dans la mesure où elle ne saisit pas la cause du réformisme spontané répandu dans les masses. Et cela peut conduire à traiter incorrectement les contradictions au sein du peuple. Si l’on considère que les positions erronées sont avant tout idéologiques, sans voir leur base matérielle, tout opposant peut rapidement être traité en ennemi, alors que ses positions peuvent simplement refléter les contradictions concrètes de la situation actuelle.

En lien avec cet aspect, revenons sur le lien entre politique et militaire. La position du PCP est juste et s’applique (à notre connaissance) correctement pour tout ce qui touche à la Terre et au travail en milieu paysan. Un axe politique « La terre à qui la travaille » qui guide une action militaire et la construction du Nouveau Pouvoir, les armes à la main.

Pour ce qui est du travail sur la Côte, et plus spécifiquement à Lima, la situation semble différente. Il y a un net décalage entre le niveau du travail politique (beaucoup plus difficile, il faut le reconnaître) et les actions armées, sabotage économique ou éliminations sélectives. Les explications politique et la propagande apparaissent insuffisantes, relativement à l’ampleur des actions armées, et de larges secteurs du peuple ne comprennent pas la politique du PCP (même si par ailleurs il jouit d’une sympathie certaine). Un journal comme « El Diario », aujourd’hui clandestin, joue ce rôle d’explication et c’est une excellente chose. Mais ce décalage est réel et il est important que le PCP prenne les mesures nécessaires pour le combler.

L’ensemble de nos interrogations sur la conscience révolutionnaire et le réformisme peut peut-être s’expliquer par le développement même de la lutte armée. Elle a débuté dans les campagnes profondes, où le réformisme est peu (voire pas du tout) implanté et où la révolte paysanne ne demandait qu’à éclater après des siècles d’oppression et de massacres. L’orientation alors embryonnaire du PCP sur la question n’était pas une entrave au travail politique.

Aujourd’hui que la guérilla se développe, et que l’influence du PCP s’étend dans les villes, dans la classe ouvrière, cette lacune devient importante. Nous avons confiance dans la capacité du PCP à approfondir ce point et à dégager une tactique appropriée. Mais nous en soulignons l’importance, qui faute d’un traitement correct, entraînerait la révolution à l’échec, en étant incapable de comprendre d’où viennent les positions bourgeoises et comment les combattre.

2) Notre deuxième remarque concernera la faiblesse de la réflexion sur le socialisme.

Nous sommes certes d’accord pour considérer qu’il s’agit d’une deuxième étape de la révolution. Il n’empêche que le PCP lui-même souligne la rapidité du passage d’une étape à l’autre. Si ce passage est rapide, il faut déjà commencer à préparer les conditions subjectives de cette étape. Et nous n’arrivons par exemple pas à savoir quelles sont ces fameuses « quelques tâches socialistes » que la révolution démocratique doit accomplir. Nous sommes complètement d’accord avec la déclaration de principe mais il nous en manque l’illustration. Et comme cette réflexion est absente des documents actuellement disponibles, nous en sommes réduits à cette formule, ainsi qu’aux déclarations sur la théorie des forces productives. Dans le même ordre d’idée, par-delà des références à la révolution culturelle, il nous parait indispensable de tirer les enseignements politiques de son échec. Cela est nécessaire au progrès de la révolution mondiale, et de la révolution péruvienne en particulier. Pourtant nous n’avons pas encore connaissance des leçons tirées par le PCP de cette révolution.

Nous ne pouvons parler de positions erronées, dans la mesure où rien de ce qui est dit ne nous parait faux. Reste que cette faiblesse de la réflexion, si elle n’est pas encore vitale (compte tenu de l’étape démocratique de la révolution), peut le devenir après la prise du pouvoir.

3) Concernant le président Gonzalo, et l’importance donnée à ce dirigeant dans le travail du PCP.

Commençons par donner les positions du PCP :
« Dans son processus de développement, par la lutte du prolétariat comme classe dirigeante, et surtout, du Parti Communiste qui arbore ses intérêts de classe sans jamais y renoncer, toute révolution produit un groupe de chefs et principalement un qui la représente et la dirige, un chef d’autorité et d’ascendance reconnue ; dans notre réalité cela s’est concrétisée par nécessité et hasard historique, dans le Président Gonzalo, chef du Parti et de la révolution.
Mais, en outre, et c’est Je fondement de toute direction, les révolutions produisent une pensée qui les guide, résultat de l’application de la vérité universelle de l’idéologie du prolétariat international aux conditions concrètes de chaque révolution ; pensée guide indispensable pour atteindre la victoire et conquérir le Pouvoir et, plus encore pour continuer la révolution et maintenir toujours le cap vers le seul but grandiose, le communisme ; pensée guide qui, arrivée à un saut qualitatif d’importance décisive pour le processus révolutionnaire qu’elle dirige, s’identifie avec le nom de celui qui la concrétise, théoriquement et pratiquement. Dans notre situation ce phénomène s’est spécifié d’abord comme pensée guide, ensuite comme pensée guide du Président Gonzalo et plus tard, comme pensée Gonzalo ; parce que c’est le Président qui en appliquant de manière créatrice le marxisme-léninisme-maoïsme aux conditions concrètes de la réalité péruvienne, l’a élaboré, dotant ainsi le Parti et la révolution d’une arme indispensable qui est la garantie du triomphe ». (…)

Dans une société de classe, il est inévitable que le mûrissement de la conscience soit inégal. C’est d’ailleurs pour cela que seule une minorité du prolétariat s’organise en parti d’avant-garde, et que même au sein du Parti se dégagent des dirigeants qui expriment le plus clairement les grandes tendances de la société et précisent les buts et orientations du Parti. En ce sens nous concevons que le Président Gonzalo a pu jouer un rôle essentiel dans l’élaboration de la ligne politique du Parti.

Pour les mêmes raisons, il est inévitable que les masses dans le mouvement même de leur lutte cristallisent leurs aspirations dans la personne d’un chef, d’un leader. Mais cette adhésion n’est qu’une expression de leur aliénation.

Le rôle du Parti n’est pas alors de développer avec insistance cette personnalisation ; mais au contraire de montrer que ce sont les masses qui font l’histoire, par leur mouvement et révoltes spontanées, et surtout par l’élévation de leur conscience et de leur capacité de direction.

Les dirigeants communistes doivent pleinement jouer leur rôle de dirigeant, mais dans ce sens : pour réduire la contradiction entre dirigeants et dirigés. Pour une prise en charge croissante du pouvoir par les masses elles-mêmes, dans la lutte politique entre l’ancien et le nouveau pour leur disparition future.

Personnifier de manière exagérée la ligne politique dans un individu revient à dépolitiser les masses. Au Pérou, plus de la moitié des mots d’ordre du PCP portent sur le président Gonzalo. A l’étranger les documents du PCP sont réunis en livre sous le titre « La pensée Gonzalo », ce qui masque le fait qu’il s’agit de textes collectifs du Parti, quel qu’en soit le rédacteur. Nous ne pouvons pas être d’accords avec cette conception de la politique et de la place des hommes dans l’histoire.

4) Concernant le nationalisme et l’internationalisme.

Nous avions déjà noté il y a cinq ans des formulations préoccupantes dans les documents du PCP, sur la défense du sol de la Patrie. On retrouve ce type de formules dans les « Bases de discussion », sur « l’héroïque résistance des masses contre l’envahisseur en défense du peuple et de l’intégrité territoriale » lors de la guerre contre le Chili en 1879, guerre par ailleurs dont il est clairement affirmé qu’elle a mis en jeu impérialistes et propriétaires terriens, n’ayant donc rien de progressiste.

La résistance héroïque des masses en défense de ses intérêts, de la révolution, ou de la guerre populaire, est absolument juste, y compris face à des envahisseurs étrangers (Chili, Equateur). Mais on ne doit absolument pas faire la confusion avec la défense du sol de la Patrie, dont on se demande ce qu’elle a encore de progressiste dans la période actuelle, surtout dans le contexte de l’Amérique Andine.

Le cas de l’éventualité de l’invasion yankee est un cas particulier dans la mesure où son intervention directe permettrait, tactiquement, l’élargissement temporaire des alliances de la Révolution Démocratique, dans le cadre de la contradiction nation-impérialisme. Mais là encore, il nous semble que l’accent principal de la politique à suivre à ce moment serait l’anti-impérialisme, et non le patriotisme.

Le nationalisme et le patriotisme ont fait un mal considérable au mouvement communiste international, entraînant la révolution dans des impasses. Loin de nous l’idée d’affirmer que le PCP est nationaliste, la préoccupation internationaliste s’est même renforcée depuis cinq ans, dans tous les documents.

Cette position ambiguë est peut-être un reste de théorie des Trois Mondes, théorie bourgeoise développée par la Chine dans les années 75. Comment interpréter autrement cette affirmation :
« D’un autre côté, à partir de l’importance historique des nations opprimées et plus encore de leurs perspectives, ainsi que les relations économiques et politiques qu’elles sont en train de développer du fait du processus de décomposition de l’impérialisme, le Président a établi sa thèse de « trois mondes se délimitent ». Toutes choses qui mènent à la nécessité de développer la stratégie et la tactique de la révolution mondiale. Malheureusement nous ne connaissons que peu ou très peu des écrits et positions du Président Mao sur ces questions fondamentales ; pourtant, le peu qui est connu montre les perspectives grandioses qu’il guettait et les grands traits que nous devons suivre pour comprendre et servir la révolution prolétarienne mondiale ». (…)

C’est un peu rapide, et escamote que la Théorie des Trois Mondes a été exposée à l’ONU le 10 Avril 1974, par Teng Siao Ping alors réhabilité, et seulement sept mois après le X° Congrès du PCC ayant consacré la victoire des « Quatre », qui ne se sont jamais démarqués de cette théorie. Tout cela bien entendu du vivant de Mao Tsé-Toung. Il est évidemment difficile de connaître les positions personnelles de Mao Tsé-Toung sur la question. Reste que la théorie des Trois Mondes, développée par le Parti Communiste Chinois existe et que ses conséquences politiques sont bien connues : alliance avec les bourgeoisies des pays dominés, voire même des pays du « second monde », comme la France impérialiste. Le soutien au Shah d’Iran, à Pinochet au Chili, la réception de Nixon à Pékin en pleine agression yankee au Vietnam en sont des illustrations.

Les hésitations sur la Patrie sont sans doute liées aux hésitations sur la théorie des trois mondes. Le PCP ne défend nullement la théorie des trois mondes dans toute son analyse, tant interne qu’internationale. Mais il y a le problème des positions de la Chine du vivant de Mao Tsé-Toung, que le PCP hésite peut-être à affronter. Les communistes n’ont jamais eu peur de la vérité. Et reconnaître que Mao Tsé-Toung a été un grand dirigeant du prolétariat international n’empêche pas de regarder l’expérience chinoise d’un œil critique, ne serait-ce d’ailleurs que pour comprendre son échec.

La Théorie des Trois Mondes doit absolument être complètement rejetée, pour ce qu’elle est : une théorie contre-révolutionnaire mettant la révolution mondiale à la remorque de la bourgeoisie.

5) Enfin, pour conclure l’essentiel de nos remarques et critiques, nous voudrions revenir sur la situation en Europe.

A deux reprises a été développée une analyse erronée :
« La nécessité de voir les contradictions sert à analyser la situation mondiale et à définir sa stratégie et tactique, et en son sein les zones stratégiques et conflictuelles. (… )
Et l’Europe, où se développent des actions armées anti-impérialistes persistantes, rendant nécessaire d’étudier l’idéologie et la politique qui en sont à la base, la classe qu’ils servent, leur lien avec l’idéologie du prolétariat et leur rôle dans la révolution prolétarienne mondiale, ainsi que leur position face au révisionnisme contemporain ; mouvements qui expriment l’existence d’une situation révolutionnaire en développement inégal dans le Vieux Continent » (Bases de discussion – Décembre 1987)
« Concernant les actions armées en Europe, nous voyons des luttes armées prolongées. Elles sont l’expression d’une réalité objective. En conséquence, le fond n’est pas de les condamner, mais de les comprendre, les étudier, les analyser et de voir comment elles expriment aussi l’existence d’une situation révolutionnaire dans la vieille Europe. En plus, que ce sont des gens qui prennent les armes en sachant que c’est le seul moyen de conquérir le Pouvoir. C’est un coup très dur au révisionnisme ; qu’en Europe même, considérée comme un de ses remparts, le révisionnisme commence à être abandonné, quel que soit le degré atteint et les problèmes pendants. C’est sans conteste une avancée importante ». (…) Interview du Président Gonzalo – Juillet 1988

Nous sommes en désaccord avec cette analyse. Certes, ces actions armées sont l’expression d’une réalité objective, et il ne s’agit nullement de hurler au terrorisme. Mais il n’existe pas une situation révolutionnaire en Europe, même en développement. Il y a une crise économique, sociale et politique, certes, mais qui n’a pas débouché sur une situation révolutionnaire. Sinon, toute situation serait révolutionnaire, puisque par définition le capitalisme est instable et poursuit un cycle infernal de crise/restructurations/expansion. S’il y a crise de l’appareil politique bourgeois, il n’y a pas crise de la bourgeoisie, dont la domination n’est pas contestée. Ces actions armées reflètent au contraire le désarroi de la petite-bourgeoisie incapable d’accepter la dure situation d’un mouvement ouvrier en recul politique et idéologique, sinon social. Et donc incapable de prendre en main le lent travail de politisation et d’organisation nécessaire aujourd’hui à la classe ouvrière.

Ces actions ne sont pas des durs coups au révisionnisme (affirmer cela montre encore les limites dans l’analyse du réformisme, c’est privilégier le fusil sur la politique). Certes, elles ont rompu avec le légalisme ambiant, et c’est une bonne chose. Mais ces organisations armées n’ont pas rompu avec le révisionnisme. L’URSS reste un pays socialiste pour la plupart d’entre elles, du PCE(r) aux Brigades Rouges, en passant par Action Directe et la RAF. Elles auraient voulu entraîner le mouvement ouvrier vers une forme de révisionnisme armé sans issue.

Il n’est pas possible de développer ici une analyse de ces courants militaristes en Europe. Mais prétendre qu’ils relèvent de l’existence d’une situation révolutionnaire montrent à notre avis une méconnaissance importante de la situation réelle en Europe, et sans doute une surestimation des facteurs révolutionnaires dans l’analyse de la situation mondiale. Surestimation qui peut conduire à une erreur d’appréciation sur le soutien actuel et futur que le PCP peut trouver, particulièrement dans les pays impérialistes.

CONCLUSION

Nous avons abordé dans ce document les points les plus importants, selon nous, de l’orientation du PCP à l’heure actuelle. Ils justifient un soutien politique les aspects positifs l’emportant largement sur les réserves et critiques que nous sommes amenés à relever.

Comment apprécier l’évolution depuis cinq ans ? Pour reprendre une formule qui a fait fortune, « globalement positive ». Evolution politique et pratique, essentiellement dans le développement du travail ouvrier, la mise en place du Nouveau Pouvoir à la campagne et la vérification d’un Parti vivant et dynamique, sachant s’adapter à l’évolution, enrichir son orientation, suivant une ligne politique correcte.

Nous poursuivrons notre travail de soutien et d’information, nous poursuivrons notre polémique pour l’unité des communistes dans le monde. Et quand nécessaire, nous reviendrons sur l’orientation du PCP, pour à nouveau faire le point de ce soutien. Pour l’instant, face aux attaques de la bourgeoisie internationale, et sur la base de cette analyse, nous invitons tous les camarades, communistes, révolutionnaires et progressistes à soutenir la Guerre Populaire du Parti Communiste du Pérou.

Le Comité directeur de Voie Prolétarienne, Mai 1990

[1] Ce document est illustré de citations extraites [sauf avis contraire] des seuls textes issus du Congrès du PCP de 1988 disponibles, intitulés « Documents Fondamentaux » et qui traitent essentiellement du maoïsme, et du programme du PCP. Pour ce qui est des positions plus politiques, l’analyse de l’Apra, des réformistes, de l’Etat de la Guerre Populaire, du résultat des élections de 85, de la répression, nous renvoyons au document « Développer la Guerre Populaire pour servir la révolution mondiale » d’Août 1986.

 

Source: http://ocml-vp.org/article1827.html

UNE EXPÉRIENCE DE DÉFAITE DU SCISSIONNISME NÉO-RÉVISIONNISTE                                          

Nous présentons ici un document exceptionnel qui servira, nous l’espérons, d’exemple pour les camarades, face aux problèmes du fractionnisme qui sévit dans beaucoup d’organisations communistes à travers le monde, qui pourront s’en inspirer dans leurs propres expériences pour résoudre les contradictions inévitables et le fractionnement qui surgissent dans les mouvements communistes en cours de développement.

 

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Union des Communistes (Marxistes-Léninistes) de Belgique : Bulletin Marxiste-Léniniste N°5 – juillet 1973

 

 

INTRODUCTION

Nous rapportons ici la lutte qui s’est livrée dans l’UC(ML)B sur le terrain du centralisme démocratique et de l’esprit de parti prolétarien.

En septembre 1972, au moment où fut lancée dans l’organisation une campagne de bolchevisation visant à doter l’UC(ML)B de statuts, les cadres chargés de mener la campagne, au lieu de lutter pour le renforcement du centralisme démocratique, constituèrent une faction et lancèrent une attaque contre la direction et la ligne politique.

Cette fraction fut immédiatement dissoute par la direction, et la critique amena la plupart des fractionnels ainsi que ceux qui les avaient un moment soutenus, à reconnaître qu’ils avaient cédé à l’anarchisme petit-bourgeois.

Cependant un cadre fractionnel, qui s’était soustrait à la lutte et à la critique, repartit à l’attaque, formant une nouvelle fraction avec d’autres membres de l’organisation. Cette seconde attaque fut condamnée par toute l’UC(ML)B. Persistant dans leur refus de reconnaître et d’appliquer les principes du centralisme démocratique, les fractionnels se mirent en contradiction radicale avec l’organisation et avec le mouvement marxiste-léniniste : l’un d’eux fut exclu en janvier 1973, les deux autres se retirèrent d’eux-mêmes. Leurs positions et leur pratique scissionnistes les ont placés dans le camp du néo-révisionnisme.

La lutte pour le centralisme démocratique contre le fractionnisme et le scissionnisme est une lutte d’une importance primordiale pour la construction du Parti. Dans un mouvement jeune et encore divisé, cette question mobilise l’avant-garde qui met en œuvre toutes ses forces pour s’unir aux communistes et à la classe ouvrière. Au contraire, attenter à l’unité, rejeter le centralisme démocratique est le fait de l’opportunisme soumis à l’idéologie petite-bourgeoise ; persister dans cette voie, c’est renforcer par une aide directe l’action de nos ennemis, c’est se faire l’allié objectif du néo-révisionnisme et du révisionnisme moderne.

Les communistes mènent une lutte idéologique conséquente afin d’unir tout ce qui peut être uni ; ils condamnent tout esprit fractionnel et scissionniste et ils prennent toutes les mesures pour le réduire à néant.

 I. SITUATION POLITIQUE, IDÉOLOGIQUE ET ORGANISATIONNELLE DE l’UC(ML)B EN AOÛT-SEPTEMBRE 1972

§ 1. BASE POLITIQUE ET IDÉOLOGIQUE DE TOUT LE POUVOIR AUX TRAVAILLEURS (TPT) – UNION DES COMMUNISTES (MARXISTES-LÉNINISTES) DE BELGIQUE (l’UC(ML)B)

Le bulletin marxiste-léniniste 1 (janvier 1972) met pour la première fois en évidence dans le mouvement que la tâche principale des marxistes-léninistes est de faire leur unité, et il dénonce le néo-révisionnisme comme l’ennemi principal à l’intérieur du mouvement. Dès que notre unité sera réalisée, notre tâche principale sera de construire le programme communiste, tout en participant aux luttes de la classe ouvrière.

En défendant ces positions, TPT se plaçait résolument dans le camp marxiste-léniniste et sortait de l’opportunisme ; en même temps, sa définition correcte des tâches principales actuelles le portait à l’avant du mouvement et de la lutte pour l’unité.

A l’intérieur de l’organisation

La direction nouvellement élue – le Noyau dirigeant national (NDN) – devait à ce moment mener la lutte contre l’opportunisme pour faire triompher les positions fondamentales du bulletin marxiste-léniniste 1. La minorité tendait vers une unité sans démarcation préalable avec Alle Macht aan de Arbeiders (AMADA), sous-estimant gravement l’importance et l’ampleur de nos tâches théoriques. Elle inclinait également à la conciliation avec le néo-révisionnisme, en particulier avec l’Exploité. L’idéologie de ce courant était l’esprit de capitulation devant le « risque d’isolement » du TPT, et menait au néo-révisionnisme.

La lutte idéologique livrée avec l’opportunisme éleva le niveau de conscience de l’organisation sur ses tâches principales et l’esprit de dévouement dans l’accomplissement du travail révolutionnaire. Le centralisme démocratique, principe d’organisation communiste, qui avait été étudié et défendu pendant la campagne intérieure sur le Parti (novembre-décembre 1971), fut reconnu explicitement dans le bulletin marxiste-léniniste 1, et il fut aussitôt mis en application (voir § 2).

Le bulletin marxiste-léniniste 1 était cependant trop abstrait et trop général pour éclairer de façon suffisante les contours politiques de toutes les questions discutées (le néo-révisionnisme, les tâches théoriques, le centralisme démocratique), pour guider toute l’activité pratique (les tâches de travail de masse) et pour déterminer entièrement les contradictions existant dans le mouvement. C’est ainsi, par exemple, que le courant opportuniste de TPT pouvait entretenir l’illusion qu’il était capable de diriger correctement l’accomplissement des tâches pratiques, comme si celles-ci n’étaient en rien liées à la contradiction principale. De même, l’éducation et l’emploi des cadres étaient limités, parce que les perspectives de construction du programme étaient encore imprécises, comme aussi les besoins de propagande, qui doit lier les tâches principales du mouvement aux problèmes actuels des larges masses prolétariennes ; pourtant les cadres constituent le chaînon vital entre le NDN et la base, le lien entre la construction de la ligne et son application. C’est pourquoi TPT approfondit l’analyse de l’ennemi principal (bulletin marxiste-léniniste 2, mai 1972), mena une lutte systématique pour l’unité, tout en définissant la ligne de démarcation dans le mouvement et critiquant AMADA et le Groupe de Libération de la Classe Ouvrière (GLCO), en établissant une plate-forme cohérente explicitant l’ensemble de nos tâches actuelles, leur ordre d’importance et leurs rapports mutuels (bulletin marxiste-léniniste 3, juin 1972). Il fallait aussi consolider l’idéologie marxiste-léniniste et l’attachement aux principes (bulletin marxiste-léniniste 4, juillet 1972).

A l’échelle du mouvement

Le bulletin marxiste-léniniste 3 propose la plate-forme de la construction du Parti en sa première étape. C’est une grande victoire de la ligne marxiste-léniniste qui redresse la tête après des années de domination totale du révisionnisme moderne et du néo-révisionnisme. La plate-forme définit les deux lignes dans le mouvement et place la lutte pour l’unité contre le néo-révisionnisme sur des bases politiques solides. Aujourd’hui, on ne discute plus si l’unité des organisations marxistes-léninistes est nécessaire, mais sur les moyens de la réaliser (pour le courant marxiste-léniniste) ou de la freiner (pour le courant sectaire opportuniste). Le néo-révisionnisme se débat comme une bête blessée à mort.

TPT prend le nom d’UC(ML)B pour signifier que sa tâche principale et immédiate est d’unir les marxistes-léninistes et de construire le l’UC(ML)B, et pour marquer son opposition irréductible au « PCMLB » néo-révisionniste et au « PCBML » néo-révisionniste.

§ 2. BASE ORGANISATIONNELLE DE TPT-UC(ML)B. RÉSOLUTION SUR L’UNITÉ DES MARXISTES-LÉNINISTES

Dès janvier 1971, le principe du centralisme démocratique, et la nécessité de son application dans TPT, étaient pleinement reconnus :

« Au point de vue de l’organisation, le noyau dirigeant établit un fonctionnement du centralisme démocratique correspondant à notre degré de développement. Le centralisme démocratique ne sera appliqué dans toute son ampleur que lorsque nous serons un Parti. Mais nous pouvons et devons actuellement pratiquer ses principes en conformité avec notre situation, définir le point de vue centraliste et l’apport du noyau dirigeant, le point de vue démocratique et l’apport de la base, ainsi que la position de la contradiction qui unit ces deux pôles ». (Bulletin marxiste-léniniste 1, p. 13-14).

Le principe du centralisme démocratique fut aussitôt mis en application. La centralisation de l’autorité et la division des tâches se concrétisèrent par l’élection du NDN et des cadres et par la désignation des responsables. Ce NDN était issu de l’ancienne direction qui, après la scission avec les spontanéités, avait entrepris la lutte pour le centralisme démocratique contre les tenants de la « théorie » selon laquelle « chacun doit tout faire, chacun doit tout savoir ». Cette première direction s’était ensuite divisée en élaborant les positions sur le centre et contre le néo-révisionnisme : une avant-garde se dégagea (qui devint le NDN), ainsi qu’un courant opportuniste et un centre.

Le centralisme démocratique commença donc à fonctionner, mais il se fondait essentiellement sur la confiance politique et idéologique, et il n’était pas encore consolidé par des mesures organisationnelles strictes. C’était le règne de l’autorité des idées, pas encore celui de l’autorité du pouvoir.

Dans le mouvement, le centralisme démocratique commença à être expliqué consciemment.

L’unification du TPT et d’Unité Rouge (UR) (avril 1972) montrait la voie correcte pour la construction du Parti.

La période novembre 1971-juin 1972, fut une période d’éclaircissement des idées. Dans l’organisation, l’opportunisme était affaibli par la lutte idéologique et par la grande unité du courant de gauche. Parce qu’il avait perdu la partie dans les questions politiques et idéologiques, l’opportunisme tenta un coup d’essai dans le domaine de l’organisation interne de TPT.

En avril, tous les cadres d’alors (B, C, E, G) composèrent à l’insu du NDN un texte acerbe de critique contre lui. Ce texte accusait le NDN de s’être complètement coupé des cadres, de négliger totalement les tâches secondaires, d’agir comme « théoricien bourgeois », de prendre les décisions (unification TPT-UR, préparation du bulletin marxiste-léniniste 4, discussion avec AMADA) bureaucratiquement, de négliger délibérément l’éducation des cadres et de refuser toute critique. Les cadres exprimaient une forte tendance « antiautoritaire » et une grande méfiance à l’égard du NDN, qui, à les en croire, rejetait toutes les carences de l’organisation sur leur dos.

Le NDN répliqua en dénonçant le fractionnisme des cadres qui avaient élaboré leurs attaques en l’absence concertée des membres du NDN. Sur le fond de la critique, le NDN expliqua quelle était à ce moment sa tâche de direction principale, en se fondant sur le principe selon lequel il faut « savoir employer les cadres » :

« Le devoir d’un dirigeant se ramène essentiellement à trouver les idées et à employer les cadres. Elaborer un plan, prendre une décision, lancer un ordre, donner une directive, etc. c’est « trouver les idées ». Pour faire passer les idées dans la pratique, il faut unir les cadres et les inviter à l’action : cela s’appelle « employer les cadres » (Mao Tsétoung, Le rôle du Parti communiste chinois dans la guerre nationale, t. 2, p. 218-219).

A ce moment, la tâche principale était de « trouver les idées » et non d’« employer les cadres », parce que sans plate-forme, l’emploi des cadres reste nécessairement restreint. Le NDN ajouta qu’il avait d’ailleurs conscience de cette lacune grave dans le fonctionnement de l’organisation et qu’il la corrigerait dès l’achèvement du bulletin marxiste-léniniste 3.

Les exigences des cadres étaient fondées, et ils mirent le doigt sur une déviation bureaucratique du NDN. Mais ils eurent le tort d’exacerber la contradiction en menant une attaque fractionnelle au lieu de critiquer dans un esprit positif, et ils se trompaient en faisant de leurs exigences la question principale du moment, négligeant l’obligation primordiale du NDN qui étaient encore à ce moment de « trouver les idées ».

Les cadres firent rapidement leur autocritique et reconnurent d’autant plus facilement leurs erreurs que l’unification avec UR et les progrès de l’élaboration de la ligne prouvaient la justesse des positions du NDN.

Cependant, subjectivement, le NDN sous-estima la gravité de l’attaque des cadres contre le centralisme démocratique. Il retint surtout l’aspect positif, quoique secondaire, du texte des cadres : le désir des camarades de participer plus activement à l’élaboration de la ligne politique. Le NDN ne comprenait pas encore que la phase suivante de l’édification de TPT serait la consolidation et le développement du centralisme démocratique. Pour cette raison, il ne vit pas clairement le danger que faisait courir de tels agissements fractionnels quant à l’amélioration du fonctionnement de l’organisation et quant aux problèmes idéologiques que la nécessité de ce progrès soulèverait.

A cette époque, le centralisme démocratique, appliqué depuis décembre 1971, fut cependant consolidé par des mesures organisationnelles, principalement par le renforcement de l’autorité du NDN (le NDN, à l’exclusion des cadres, a seul pouvoir de décision).

La question des statuts fut explicitement posée à partir d’avril-mai et, en attendant d’élaborer les siens, l’organisation se référa à ceux du IXe Congrès du parti communiste chinois. Un texte de cellule défendant le centralisme démocratique fut reconnu par le NDN, sans que celui-ci prêtât encore réellement attention au mauvais fonctionnement de l’organisation. Cependant l’opportunisme en matière d’organisation recula rapidement et laissa au NDN un délai avant de porter le coup suivant.

A partir de juin-juillet, dès l’achèvement des bulletins marxistes-léninistes 3 et 4, les bases politiques et idéologiques de l’UC(ML)B étaient posées. L’UC(ML)B possédait dès lors une plate-forme ordonnant l’ensemble de nos tâches : l’unification des marxistes-léninistes, la construction du programme, les tâches de la pratique de masse, l’établissement d’un centralisme démocratique interne correct. L’unité de l’UC(ML)B était devenue beaucoup plus grande. Il devenait dès lors primordial de faire progresser l’édification organisationnelle, d’élaborer des statuts, afin de doter l’UC(ML)B de structures solides et de lui assurer un fonctionnement correct. Avant tout, il fallait mieux implanter la morale communiste : le dévouement des militants doit se développer en vue des luttes du prolétariat contre le Capital et de la construction du Parti communiste. Pour assurer l’exécution correcte des tâches envers les masses, il est nécessaire de combattre systématiquement le révisionnisme ; il fallait aussi corriger le caractère dogmatique de notre propagande antirévisionniste. Il fallait surtout organiser l’intégration des ouvriers dans l’organisation et faire progresser la construction des cellules.

Objectivement, le maillon à saisir était la question du centralisme démocratique. L’application de la ligne et son approfondissement nécessitent l’appui et la participation active des cadres, des responsables et des militants de la base. Sa construction requiert la collaboration des cadres et de l’ensemble des membres (plan de critique du révisionnisme moderne, formation philosophique, politique et économique). Il était également indispensable d’élever le niveau de conscience de toute l’UC(ML)B pour qu’elle accomplisse résolument ses tâches révolutionnaires et pour que les déviations organisationnelles puissent être corrigées.

L’établissement d’un centralisme démocratique correct et l’éducation sur le centralisme démocratique pour faire pièce aux déviations petites-bourgeoises étaient – et sont – donc bien les tâches principales internes à l’heure actuelle. Il s’agit de mener la lutte idéologique et un travail d’éducation pour que les principes du centralisme démocratique soient effectivement assimilés par toute l’organisation, afin que les nouvelles structures que nous adopterons permettent de mieux accomplir l’ensemble de nos tâches.

Subjectivement, le NDN se trompa de maillon. A l’époque du texte fractionnel des cadres (avril), l’erreur que le NDN avait commise en sous-estimant la gravité de l’infraction était une erreur secondaire, parce que la tâche principale était encore de construire la ligne. Mais dès juin-juillet, dès la fin de la discussion de la ligne par les cadres, ce qui était été secondaire devint principal, et l’erreur du NDN, si elle n’était pas rapidement corrigée, risquait donc d’avoir des effets graves. Déjà la lutte idéologique avait pour l’essentiel pris fin dans l’organisation, et la « grande unité » semblait régner partout. L’ensemble des tâches se réalisait de façon chaotique, sans que le NDN, les cadres et les responsables ne réagissent vigoureusement.

A ce moment, que fit le NDN ?

a) Il entreprit l’éducation des cadres sur le révisionnisme moderne. La critique du révisionnisme moderne est indispensable à un double point de vue : elle déterminera la justesse du travail théorique et elle permettra de gagner au communisme les ouvriers d’avant-garde, qui sont le plus influencés par le courant révisionniste (le NDN commença une autocritique sur la façon dogmatique dont cette tâche a été assurée jusqu’à présent, dans le journal). La dénonciation du révisionnisme et l’éducation sur cette question permettraient aussi d’associer de plus près les cadres à l’activité politique du NDN. Le NDN prouvait ainsi son désir d’améliorer le travail de masse et d’assurer une meilleure collaboration des cadres.

b) Il fit l’autocritique sur le scissionnisme envers le Parti du Travail l’Albanie. En soutenant l’idée d’une conférence des Partis et Organisations communistes (marxistes-léninistes) d’Europe tenue en dehors du PTA, l’organisation avait commis une erreur « ultra-gauche ». Cette grave sous-estimation du rôle d’avant-garde qui revient au PCC et au PTA dans le mouvement communiste (marxiste-léniniste) international – et la présomption que cela suppose de notre part – amenèrent le NDN à faire son autocritique et à mettre la question sur le tapis devant les organisations belges et étrangères qui avaient participé à la réunion d’octobre 1971.

c) Il décida d’établir des statuts. La question n’était pas encore abordée de front. Toute l’organisation avait conscience des carences structurelles. La proposition faite par un cadre de mettre sur pied un comité exécutif fut immédiatement acceptée par le NDN. Deux cadres furent chargés en juillet de préparer un projet de statuts.

Le NDN s’occupait donc de plusieurs fronts à la fois, sans avoir une connaissance rationnelle du maillon principal. Cependant les autocritiques sur la question du révisionnisme moderne et sur la « conférence internationale », ainsi que le début d’éducation des cadres, montraient sa volonté de corriger toutes les déviations. Au mois d’août, deux faits graves indiquèrent que la situation se dégradait.

En organisant les vacances, le NDN permit par son libéralisme la liquidation complète de toute l’activité pendant près de deux mois. Les cadres ne réagirent pas, indiquant ainsi combien la faiblesse idéologique de l’organisation était encore grande. Renoncer à la cause du prolétariat, ne fût-ce qu’une heure, est un pas vers la trahison révisionniste. L’organisation en entier déserta pendant plusieurs semaines pour satisfaire l’égoïsme et l’individualisme de ses membres. Le NDN, les cadres et les responsables avaient le devoir impératif de faire une autocritique intransigeante pour abandon de la lutte des classes.

Juste avant les vacances, le GU (Groupe des responsables des cellules d’usine) avait remis au NDN un rapport sur l’établissement en usine qui développait une conception révisionniste de nos tâches envers les masses et qui s’opposait à l’orientation générale de l’organisation, définie pendant l’éducation sur le Parti et dans les bulletins marxistes-léninistes 1, 2 et 3. Ce texte liou chaochiste de « perfectionnement individuel », au lieu de partir des besoins de la classe ouvrière et de nos tâches envers les masses, mettait l’accent sur les avantages idéologiques que les membres de l’organisation retireraient de leur établissement. Dans l’estimation de la conscience politique ouvrière, il manifestait un mépris certain pour les « masses arriérées ». Enfin, en systématisant la définition de nos tâches dans la formule « le plus possible de militants à l’usine, tous les cadres en dehors de l’usine », il dénotait une conception mécaniste du rapport entre tâches internes et tâches de la pratique de masse. La tendance de gauche dans la discussion avait été largement et facilement étouffée par l’opportunisme. Le NDN comprit immédiatement le danger de ce texte. Si la critique n’était pas acceptée par le GU, cela signifiait que la majorité des cadres choisissaient la voie révisionniste. Mais les cadres concernés reconnurent rapidement leurs erreurs et firent leur autocritique. Le texte du GU avait, à son tour, mis en évidence la faiblesse idéologique de l’organisation et, dans ce cas-ci, de certains cadres qui avaient été submergés pendant un temps par le révisionnisme. Il apparaissait aussi clairement que l’absence d’un contrôle par le haut de l’activité du GU, avait permis que les idées révisionnistes se développent chez certains cadres.

Des défaillances individuelles à différentes échelons manifestèrent à leur tour les insuffisances idéologiques de l’UC(ML)B. En même temps, des autocritiques communistes de militants montraient que les membres comptaient sur l’organisation, le NDN, les cadres et les responsables pour attaquer l’opportunisme dans ses retranchements.

Conclusion.

Dans le mouvement, la lutte pour l’unité se poursuit, et l’opportunisme se manifeste dans la direction de certaines organisations marxistes-léninistes. A l’aile gauche se situe l’UC(ML)B, à l’aile droite Lutte communiste (LC) et AMADA. AMADA sous-estime encore gravement l’importance de l’unité et se montre relativement sectaire ; sa ligne empiriste atteste qu’il subit encore l’influence du néo-révisionnisme. LC manifeste un sectarisme exacerbé et une forte tendance à l’intellectualisme révisionniste.

Cependant le désir de l’unité doit primer tout (bulletin marxiste-léniniste 1) et les divergences existantes (bulletin marxiste-léniniste 3) ne peuvent en aucun cas empêcher l’unité de se faire. Au contraire, la lutte idéologique dans le mouvement a pour but de se démarquer pour une meilleure unité.

La solution des contradictions pourra se faire au sein d’une organisation unifiée fonctionnant selon le principe du centralisme démocratique. C’est ce que réaffirme la Résolution sur l’Unité des Organisations marxistes-léninistes (Unité rouge, 18).

Au sein de l’UC(ML)B, le NDN prit deux mois pour déterminer exactement la tâche centrale interne. Pendant ce temps, l’opportunisme apparut dans différents faits graves dont se rendirent responsables principalement le NDN et les cadres. Cependant seul un opportuniste notoire et des éléments faibles persistèrent dans leurs erreurs ou préférèrent quitter l’organisation.

Au mois d’août, le NDN décida une campagne de bolchévisation qui atteindra tous les membres de l’organisation dans les survivances qu’ils conservent de l’idéologie petite-bourgeoise, et qui conduira à l’adoption des statuts de l’UC(ML)B.

 II. LA CAMPAGNE DE BOLCHEVISATION : BUTS ET MÉTHODES

§1. LA CONTRADICTION PRINCIPALE DANS l’UC(ML)B

Dans le texte « Base de la campagne de bolchévisation », soumis par le NDN aux réunions des cadres du 16 au 18 août, la juste appréciation de la situation dans l’UC(ML)B est rétablie. La carence principale – les défauts de structure et de fonctionnement de l’organisation – et son remède- l’établissement de statuts permettant la réalisation d’un centralisme démocratique correct – sont indiqués :

« La rectification entreprise en février 1971 a permis de déterminer notre orientation politique et idéologique. Nous avons défini clairement la tâche centrale de la construction du Parti et du programme, les caractéristiques de l’étape à laquelle nous nous trouvons et les tâches politiques essentielles qui en découlent. Nous avons commencé à remplir cette tâche centrale en mettant correctement l’accent sur la nécessité primordiale de l’unité des marxistes-léninistes de Belgique ; la lutte idéologique sur cette question a été entamée avec les autres organisations. Aucun communiste ne peut ignorer encore la question de l’unité, et nous continuerons à défendre les positions marxistes-léninistes, à les développer et à les approfondir jusqu’à ce que le mouvement en son entier apporte une juste solution aux questions fondamentales de notre activité actuelle.

La critique systématique du révisionnisme en Belgique a été entreprise. C’est, en premier lieu, au néo-révisionnisme qu’il a fallu s’attaquer : il est l’ennemi principal dont la présence frauduleuse dans le mouvement marxiste-léniniste, aussi longtemps qu’elle n’était pas correctement dénoncée, empêchait la clarification idéologique et politique de se faire pour tous les communistes authentiques.

Les principes de l’agitation et de la propagande communistes et de l’organisation des ouvriers avancés sur la base des cellules, ont été affirmés dans la victoire remportée sur l’économisme.

Sur ce fondement, l’unité politique de l’UC(ML)B, résultat de l’unification de TPT et d’UR, est devenue une réalité. Elle devra se renforcer dans la pratique de la lutte des classes et par l’étude du matérialisme dialectique.

Le bilan de la rectification, en son état actuel, est positif.

Cependant, en insistant à juste titre sur les positions politiques afin de doter l’UC(ML)B d’un embryon de ligne (bulletins marxistes-léninistes 1, 2 et 3), d’autres aspects très importants de la construction idéologique et organisationnelle du Parti ont jusqu’à présent été gravement négligés. Notre conception du monde, telle qu’elle apparaît dans les structures et le fonctionnement de notre organisation et dans notre style de travail, est encore pour une large part marquée par les idées et les pratiques petites-bourgeoises.

C’est sur ces questions que la rectification doit à présent se poursuivre activement.
(…)

En posant devant l’UC(ML)B les principes communistes dans les questions d’organisation et de style de travail, et en les mettant en application, nous nous armerons efficacement pour remplir tous nos devoirs.

Ce n’est pas tout, en effet, d’avoir des positions corrections ; il importe surtout de les mettre en pratique. A cet égard, la situation présente montre que nos moyens sont encore insuffisants.

La question de l’organisation apparaît actuellement au premier plan dans la vie de l’UC(ML)B.

Nous devons créer des structures et un fonctionnement qui permettent d’appliquer correctement la ligne, de l’approfondir et de la vérifier.
(…)

La question de l’organisation occupe le centre de la campagne que le NDN lance aujourd’hui dans l’UC(ML)B. Le NDN, conscient de son retard dans l‘accomplissement de ses tâches internes d’organisation et constatant, avec un grand nombre de militants, les résultats négatifs de ce retard, a pour objectif de bolchéviser l’UC(ML)B, c’est-à-dire de renforcer de façon décisive l’idéologie prolétarienne de tous les membres et d’instaurer des structures et un fonctionnement véritablement communistes. Le NDN doit faire le bilan des structures et du fonctionnement actuels de l’organisation, et critiquer l’idéologie petite-bourgeoise dont ils procèdent et qu’ils entretiennent ; éduquer l’UC(ML)B dans les questions du centralisme démocratique ; après lutte idéologique et consultation de la base, doter l’organisation de statuts communistes et veiller à leur application fidèle par tous les membres ».

Le texte « Base de la campagne de bolchevisation » qualifiait ensuite les principales déviations organisationnelles de l’UC(ML)B :

« La situation actuelle de l’organisation est caractérisée par l’ultra-démocratisme dans les structures et le fonctionnement et l’ultra-centralisme dans la construction de la ligne. Ces déviations produisent des effets négatifs dans tous les domaines de notre activité »

Le NDN indiquait les principaux de ces effets. L’ultra-démocratisme des structures et du fonctionnement a eu pour conséquences :

a) un mauvais emploi des cadres, dû à l’insuffisance de leur éducation politique et aux carences graves du NDN dans la direction pratique de l’organisation (faiblesse de la centralisation, manque de directives) ;

b) les déviations qui ont affecté notre activité dans le masses, tant dans le travail d’organisation des cellules que dans le travail de propagande ; cette faiblesse se manifeste le plus dans la question de l’intégration des ouvriers d’avant-garde dans l’UC(ML)B ;

c) la faiblesse de la lutte idéologique, due au fait que le sens des responsabilités et l’esprit d’initiative ne peuvent pas s’exercer librement selon des directives précises, à l’absence de rapports scientifiques, au mauvais contrôle de l’exécution des tâches : dans de telles conditions les deux lignes ne peuvent pas se dégager ou ne se dégagent que confusément ;

d) le maintien de l’idéologie ultra-démocratique et libérale : à cet égard, le texte insiste sur la nécessité du centralisme et de la discipline, qui n’est pas encore suffisamment reconnue dans l’organisation ;

e) la faiblesse de la morale communiste face à la mentalité petite-bourgeoise (défaillances individuelles, question de vacances) ;

f) mépris des règles de sécurité.

L’ultra-centrisme dans la construction de la ligne s’est manifesté dans le fait que les cadres n’ont pas assez participé à l’activité politique du NDN, notamment à cause de l’insuffisance de leur éducation théorique et politique.

§ 2. OBJECTIFS ET PLAN DE LA CAMPAGNE DE BOLCHÉVISATION

Le texte « Base de la campagne de bolchevisation » définit le but de la campagne, qui est l’adoption consciente des statuts par l’organisation, et il en indique le plan :

a) éducation sur la question du centralisme démocratique et de la morale communiste ;

b) rapports des unités de base et bilans des organes dirigeants, dans le but de mieux connaître les conditions concrètes de notre activité pour y adapter les règles des statuts ;

c) éducation sur les statuts ;

d) diffusion dans l’ensemble de l’organisation du projet de statuts élaboré par le NDN en vue de la discussion et de la critique ;

e) conférence de l’UC(ML)B qui entendra les rapports d’activité, adoptera la plate-forme et les statuts et élira les organes dirigeants centraux ;

f) vérification des cartes, élection des responsables et des directions locales ;

g) publication des documents de la conférence dans un bulletin marxiste-léniniste à l’adresse du mouvement.

Aux réunions NDN-cadres des 16 et 18 août furent successivement discutés : la question des vacances liquidatrices, le texte du GU « Rapport d’établissement » et le projet « Base de la campagne de bolchévisation ».

Sur la question de l’organisation, le NDN chercha l’appui des cadres en montrant idéologiquement et politiquement la nécessité de corriger le fonctionnement du centralisme démocratique et le style de travail, pour élever le niveau de l’organisation. Le NDN fit d’abord une autocritique de l’erreur dont il est responsable et critiqua ensuite les cadres. Il gagna leur accord sur l’orientation de la campagne. A seul y objecta. Ce cadre avait participé à la préparation de la campagne avec le NDN et, pour la première fois, fit des critiques contre elle. Il réclama un bilan avant de commencer la campagne, s’opposa à la préparation idéologique qui devait la précéder, ainsi qu’à l’éducation sur le centralisme démocratique. Il rejeta même le terme de « bolchevisation » pour des raisons « historiques ». Au moment de cette intervention, le NDN ignorait encore si les cadres auteurs du rapport révisionniste du GU rectifieraient leur erreur. Le danger principal était encore la position du GU sur les tâches envers les masses. Pour cette raison, le NDN considéra l’intervention (d’ailleurs fort confuse) de A comme une diversion.

Un comité de trois cadres, A, B et C, placé sous la responsabilité de A, fut désigné par le NDN et chargé de la direction pratique de la campagne. Ce comité devait appliquer les directives politiques du NDN, en prenant en main le travail d’éducation sur le centralisme démocratique et en veillant à la bonne marche des rapports et des bilans. Il recevait la compétence de réunir les cadres et les responsables, et il pouvait intervenir directement dans les cellules lorsque le responsable n’était pas à la hauteur de sa tâche ou s’il réclamait son assistance. Le premier devoir du comité était de préparer les responsables pour commencer la campagne.

Le 21 août, un membre du NDN réunit le comité des trois (CDT) pour confirmer et détailler ces directives. Il leur remit en même temps un texte de formation sur le principe du centralisme démocratique et des instructions écrites pour l’établissement des rapports et des bilans. Il réaffirma devant A la nécessité de commencer la rectification par une campagne idéologique. Enfin, sur une question du CDT, il précisa que l’opportunisme dont le NDN s’était rendu coupable en ce qui concerne l’intégration des ouvriers, rejoignait la théorie spontanéiste de l’« organisation-processus ». Dans les faits, le NDN ne s’était pas inquiété d’élaborer complètement le centralisme démocratique sous prétexte que l’intégration des ouvriers dans l’organisation n’était pas encore avancée ; alors qu’en vertu de « l’organisation-plan » léniniste, c’est précisément en organisant correctement le centralisme démocratique que cette intégration pourra progresser au mieux.

 III. LA SUBVERSION BOURGEOISE DANS l’UC(ML)B

§ 1. COMPTE RENDU DU TRAVAIL FRACTIONNEL DE L’EX-CDT

Du 22 août au 2 septembre, le CDT va refuser d’appliquer les directives et s’abstenir complètement d’engager la campagne, ainsi qu’il était de son devoir de le faire. Il « justifie » cette indiscipline en alléguant qu’il ne « voit pas clair » dans la question de l’erreur organisationnelle commise par l’UC(ML)B. Il revient, en effet, à plusieurs reprises, sur ce point auprès d’un membre du NDN, dont il reçoit chaque fois la même explication.

Rejetant le plan de la campagne fixé par le NDN, le CDT lance alors sa propre « campagne », en établissant un « questionnaire » et en préparant un plan d’intervention systématique dans toutes les cellules, qu’il commence à mettre effectivement en pratique.

Le « plan » du CDT s’opposait en tous points à la campagne de bolchévisation qu’il avait pour tâche de mener. Il rejetait la nécessité de la préparation idéologique et politique sur les raisons et sur les buts de la campagne. Le CDT lança bureaucratiquement une « enquête » dans les unités de base, en passant par-dessus la tête des responsables. C’est le »plan » qu’avait déjà annoncé l’intervention confusionniste de A le 16, et dont le véritable objectif politique sera critiqué plus loin.

Le 31 août, le CDT, par l’intermédiaire de C, informe un membre du NDN qu’ « à présent il y a « évidemment » des contradictions entre le NDN et le CDT sur la conception de la campagne ». Pressé d’expliquer la nature de ces contradictions, le membre du CDT refuse de répondre, prétendant que la question doit être discutée avec l’ensemble du Comité.

Le NDN convoque pour le 3 septembre une réunion afin que le CDT lui rende compte de son comportement. Ce jour-là, le CDT remet au NDN un texte qui est une attaque ouverte contre la direction et la ligne de l’UC(ML)B (Annexe 1). Le NDN en prend immédiatement connaissance, puis se voit sommé par A, le responsable du Comité, d’exprimer à l’instant sa position sur le texte. L’attitude de A est désavouée par C, qui critique son « terrorisme ». Le NDN refuse évidemment de reconnaître ce « tribunal » improvisé et remet la discussion au lendemain.

Les positions politiques exprimées par le CDT après quinze jours de discussion interne sont en fait une plate-forme d’opposition au NDN et la ligne de l’organisation. D’après ce texte, la ligne de droite de l’organisation serait représentée par le NDN. Le NDN n’aurait pas fait l’analyse correcte de ses erreurs, refuserait de faire son autocritique et imputerait tous les torts à la base :

« Le fond du problème… c’est que le NDN n’ pas pris conscience de ses erreurs et qu’il ne les a pas caractérisées correctement et complètement ».

« Dans l’analyse des erreurs, le NDN a pris la voie bourgeoise et a construit une « théorie » qui fait porter tout le poids des erreurs sur la base. Cela a conduit le NDN à des positions défaitistes et extrêmement méprisantes, qui ne correspondent pas à la réalité ».

Le NDN aurait pour méthode de direction le « centralisme bureaucratique » et pour style de travail le « théoricisme » :

Le NDN aurait « rejeté la structure communiste » et se serait « ôté la possibilité de diriger correctement la pratique de l’organisation ». Le NDN n’aurait pas appliqué le centralisme démocratique, mais « son contraire, le centralisme bureaucratique ».

Ceci signifie que le NDN s’opposerait délibérément, dans une lutte contre une imaginaire « ligne » rouge, à l’application du centralisme démocratique et que le mauvais fonctionnement de l’organisation manifesterait le fait que le NDN suivrait sciemment dans ses méthodes de direction la ligne du centralisme bureaucratique, qui est caractéristique du révisionnisme. De la même façon, dans la question du style de travail le NDN serait complètement coupé des masses, de la base et de la pratique, et ferait du « théoricisme » :

« … le NDN affirme très justement que ce « n’est pas tout d’avoir des positions correctes, il importe surtout de les mettre en pratique », mais nous montrons qu’il ne comprend pas cette affirmation et qu’il ne sait pas l’appliquer ».

Il est clair qu’une telle attaque portée contre la direction vise également la ligne politique. Le centralisme bureaucratique ne peut élaborer qu’une ligne révisionniste. C’est d’ailleurs ce que le texte du CDT laisse entendre : « La ligne politique de l’UC(ML)B n’est pas liée au travail pratique dans la classe et vers les masses… ». Ayant lancé ses boulets contre le NDN et la ligne, le CDT se met ensuite en avant et se désigne comme le véritable tenant du « centralisme démocratique » dans l’UC(ML)B.

« Ce qui nous garantit la justesse de la critique, c’est qu’elle est un produit des aspirations et des revendications de l’ensemble des militants de l’organisation, confrontés à la pratique de masse, et donc une aspiration (non consciente) de la classe ouvrière et des masses.

Pour construire cette critique, nous avons appliqué le centralisme démocratique … »

Le texte du CDT se donne donc pour une mise en accusation du NDN ; il en ressort que « le problème principal (est) la responsabilité de la direction dans les erreurs ». Contre tous les « maux » qu’il dénonce, le CDT demande une « prise de conscience » du NDN et son autocritique. Le texte va plus loin encore dans l’attaque en déclarant que le NDN « est tout à fait dépourvu de moyens pour centraliser la riposte aux erreurs », sans cependant tirer explicitement aucune conclusion politique de ce « fait ».

§ 2. DISSOLUTION DE LA FRACTION ET PREMIER AFFRONTEMENT DES DEUX LIGNES

Le NDN, en raison du danger politique que les positions et les agissements fractionnels du CDT faisaient courir à l’UC(ML)B, décida immédiatement sa dissolution, dès le 3 septembre, pour entreprendre aussitôt ensuite la lutte idéologique avec les trois cadres, afin de les faire rentrer dans la légalité de l’organisation et de la rallier aux positions marxistes-léninistes de l’UC(ML)B.

Dans cette lutte idéologique, le premier devoir était de rétablir la vérité. Le NDN, sur la foi de ses textes et de sa pratique, pouvait aisément démontrer l’inanité des « critiques » lancées contre lui par le CDT au sujet de son « inconscience », de son prétendu « refus de l’autocritique » et de son « mépris de la base ».

L’erreur principale qui a entravé l’activité de l’UC(ML)B a été une erreur dans le domaine de l’organisation, et le NDN est le principal responsable de cette erreur : cela était clairement affirmé dans le trois textes remis par la direction aux cadres quinze jours auparavant :

« Le NDN, conscient de son retard dans l’accomplissement de ses tâches d’organisation et constatant, avec un grand nombre de militants, les résultats négatifs de ce retard, a pour objectif de bolcheviser l’UC(ML)B, c’est-à-dire de renforcer de façon décisive l’idéologie prolétarienne de tous les membres et d’instaurer des structures et un fonctionnement véritablement communistes ». (Base de la campagne de bolchevisation).

« Le NDN est le principal responsable de cette situation scandaleuse … il a permis, encouragé la liquidation par son libéralisme, son opportunisme. Il n’a pas systématisé les critiques qu’il avait déjà à faire l’année passée et il a manqué de vigilance cette année-ci. Il est indispensable de signaler aussi l’absence d’une structure (Comité exécutif) normalement chargée de pareilles questions. Voilà un résultat probant de l’absence de fonctionnement bolcheviste » (Autocritique-critique sur les vacances liquidatrices).

« Ce travail (de critique) occupera une place importante dans la campagne de bolchevisation qui redressera l’opportunisme en matière d’organisation dont s’est rendu coupable le NDN et qui élèvera le niveau idéologique, politique et théorique des cadres et des responsables ». (Base de la critique du rapport d’établissement du GU)

Il est tout aussi clair que la persistance de l’idéologie ultra-démocratique et libérale critiquée dans le texte « Base de la campagne de bolchévisation » est un des effets, une des conséquences négatives (d’ailleurs citées en fin de liste) attribuées par le NDN aux déficiences organisationnelles : « les structures et le fonctionnement encourageant (son) maintien ».

Toutes les prétendues « critiques » du CDT devaient en fait étayer l’attaque sans principe contre la direction et la ligne. Le « rejet » par le NDN du centralisme démocratique, l’application délibérée du « centralisme bureaucratique », le « refus de l’autocritique » et une autocritique qui n’est qu’un « sophisme », le rejet de « toutes » les responsabilités sur les cadres et la base, enfin, le « théoricisme » de la direction responsable d’une « ligne coupée de la pratique » composent un bilan négatif du NDN, tant de son idéologie que de sa pratique.

Contre de pareilles menées il était nécessaire de réaffirmer les aspects positifs (principaux) et les aspects négatifs (secondaires) de notre bilan. En niant cette position fondamentale, le CDT s’était engagé dans un processus visant à saper l’autorité du NDN en tentant de faire croire qu’il suivait une « voie bourgeoise ». Lui-même, tout en affirmant bien haut que le centralisme doit être actuellement l’aspect principal du centralisme démocratique, s’était livré à des pratiques anarchistes, en refusant la discipline communiste qui l’obligeait à accomplir les tâches confiées par la direction, en se lançant dans un travail fractionnel, en élaborant un texte d’opposition sans faire entre temps la moindre critique au NDN et en se gardant de faire un rapport sur les problèmes qu’il posait. Tous ces faits prouvent que les agissements du CDT visaient à instaurer l’anarchie, la désorganisation complète, qui se prépare toujours par un travail de sape contre les dirigeants qualifiés pour la cause de « bureaucrates ». En même temps, le comité avait commencé sa propre « campagne », à l’encontre des instructions du NDN, de façon bureaucratique en ne s’appuyant pas sur les responsables mais en allant « poser des questions » dans les unités, sans explication et sans préparation idéologique et politique, alors qu’il avait reçu des directives précises à propos de l’éducation à donner sur le centralisme démocratique et à propos de l’établissement à tous les niveaux des rapports et des bilans.

Après avoir affirmé que le NDN « suit une voie bourgeoise », le CDT poussait à son terme l’inversion du vrai et du faux en se félicitant de son « centralisme démocratique ». Cette affirmation prétentieuse était, de plus, complètement absurde. Sans travail de centralisation, sans même une enquête systématique, le CDT se prenait pour un quartier général prolétarien capable de centraliser les « revendications des militants et l’aspiration non consciente des masses » !

§ 3. PRISES DE POSITION DES CADRES DE L’EX-CDT ET DES AUTRES CADRES

La discussion entre le NDN et les fractionnels s’engagea dès le 4 septembre. Le DCT accepta la décision de sa dissolution par discipline, mais il ne rendit les armes sur aucune de ses positions opportunistes ni sur la qualification que NDN donnait de ses agissements. Au contraire, il poussa plus loin encore ses accusations, en particulier par la bouche de A, qui s’en prit tant à la ligne qu’à la direction. Il lança : « La ligne est-elle inattaquable ? », et, comme le NDN lui demandait des explications là-dessus et qu’il mette ses problèmes sur le tapis, il refusa de répondre, en se retranchant derrière la « nécessité » d’achever « le processus de sa connaissance » et arguant qu’« il faut d’abord détruire pour construire ». Il poussa plus loin encore la provocation contre le NDN en lui demandant si c’était une « directive » qu’il développe ses positions. A tritura les bulletins marxistes-léninistes pour leur faire dire le contraire de ce qu’ils disent et pour insinuer que le NDN veut empêcher la base de participer à la construction de la ligne sous prétexte que le travail de masse est actuellement second par rapport aux tâches internes. A précisa son attaque contre le NDN en l’accusant de se comporter « comme Grippa » qui affirmait toujours qu’en l’attaquant on attaquait la ligne du Parti. Il est pourtant évident qu’en s’en prenant à la direction on s’en prend nécessairement en même temps à la ligne politique de l’organisation, et tout le sophisme de A consistait à passer sous silence la nature politique de la ligne de la « Voix du Peuple » néo-révisionniste et celle de la ligne marxiste de l’UC(ML)B. L’attaque de A n’avait de sens qu’à condition de mettre l’une et l’autre ligne dans le même sac, et c’était bien ce qu’il était occupé à faire. Dans cette entreprise de destruction, les rapports que le CDT avait, sous la direction de A, sollicités de la base étaient employés comme munition contre le NDN : il s’agissait de « prouver » par ce moyen le bien-fondé des attaques fractionnelles. La raison qu’avait eue le CDT de rejeter les méthodes préconisées par la direction et de lancer son « enquête » apparaît ainsi clairement.

Lors de la même discussion, l’ex-CDT trahit sa nature de façon directe, en couvrant le révisionnisme par l’imputation de l’entière responsabilité du NDN de toutes les erreurs commises dans l’UC(ML)B depuis le début de son existence. Dans son texte fractionnel, l’ex-CDT avait affirmé :

« … le GU est condamné à marcher à l’aveuglette et il n’a devant lui que deux possibilités : soit il avance et alors nécessairement il s’écrase sur des obstacles que l’absence de directives justes ne lui permet pas d’éviter et que ses faiblesses propres ne lui signalent pas (« idéologie révisionniste »), soit il reste sur place et piétine (« attentisme » et « passivité »).

Contrairement à cette brillante « analyse », le révisionnisme prend sa source dans l’idéologie bourgeoise (il est la forme que prend l’idéologie bourgeoise dans le mouvement communiste), et non dans les erreurs des marxistes-léninistes. Celles-ci peuvent en permettre le développement dans le Parti, à cause du manque de vigilance. C’est pourquoi, prétendre que le révisionnisme qui empreint le texte du GU était « nécessairement » imputable au NDN seul, revenait une fois de plus à mettre en cause la nature marxiste-léniniste de la direction. On se demande comment la critique-autocritique de ce texte dirigée par le NDN, a pu alors avoir lieu. C’est précisément pour sortir de cette contradiction que A affirmait maintenant qu’à tout prendre le texte du GU « n’était pas révisionniste », mais « petit-bourgeois » et qu’« il lui fallait encore réfléchir pour en définir l’idéologie de plus près » !

La dissolution du CDT fut annoncée par une circulaire aux cadres, exposant la contradiction survenue entre le NDN et les fractionnistes et expliquant les raisons politiques de la décision.

Tous les cadres – ceux de l’ex-CDT et les autres, – prirent chacun position sur la lutte, par écrit, en prévision de la réunion NDN-cadres convoquée pour le 8 septembre.

Voici la substance de ces prises de position :

A : Dans son texte intitulé « Construire le Parti, c’est résoudre les contradictions. Scissionnisme ou lutte idéologique ? », il confirmait l’attaque de l’ex-CDT et tentait de justifier la pratique de la fraction. Sur la question des positions politiques prises par la fraction, A se montrait plus confus : à la fois il prêtait de solennels serments d’allégeance au NDN, et il continuait à lui attribuer une méthode de direction révisionniste :

« Je réaffirme mon entière confiance aux dirigeants communistes de l’UC(ML)B… Je réaffirme mon entière confiance dans la ligne politique de l’UC(ML)B… »

« Le Comité des trois, en ayant qualifié de centralisme bureaucratique le type d’organisation actuel, en ayant montré que le NDN tenait la base pour principale responsable de la carence organisationnelle, a-t-il commis une erreur ? De forme ou de fond ? Devons-nous parler de l’existence d’un certain centralisme fort qui aurait tendance à l’hypercentralisme, tout en restant malgré tout démocratique, parce que nous sommes une organisation marxiste-léniniste ? J’estime cette vue absolutiste, donc idéaliste. »

C’est donc sur le point même où il prenait une position métaphysique de « tout ou rien » que A accusait la direction de l’erreur qu’il commettait lui-même. En même temps, il essayait d’atténuer la force du coup, mais il ne réussissait qu’à révéler l’absence complète de principe de sa pensée :

« Je réaffirme que l’UC(ML)B, ayant avancé sans se donner les moyens organisationnels du centralisme fort en pratique, s’est ôté la possibilité de faire progresser la pratique dans la classe ouvrière. »

Il faut donc comprendre que le NDN appliquait ,le marxisme-léninisme dans les tâches internes et le révisionnisme dans les tâches envers la classe ouvrière.

A, qui niait le caractère fractionnel de l’ex-CDT, fournissait en même temps de nouveaux éléments qui contribuent à l’établir :

« Le comité des trois (avait) engagé une lutte idéologique interne (nous soulignons) pour déterminer la nature des tâches qui lui (avaient été confiées).

Les instructions du NDN étaient précises et s’il subsistait malgré tout des doutes, pourquoi n’en avoir pas référé immédiatement au NDN lui-même ? Plus loin, A déclare :

« En essayant d’expliquer (les prétendues erreurs d’analyse du NDN), j’ai (lors de la réunion NDN-ex-CDT) dépassé le cadre de discussion que le comité des trois avait décidé de limiter (nous soulignons) à des points concrets déterminés, afin que le NDN prenne conscience par lui-même de l’aspect erroné de la ligne, et que la campagne soit le plus rapidement engagée dans la voie juste. Par cet écart de ma part (nous soulignons) – fausse explication –, le NDN dans sa logique erronée sur ce sujet y a vu l’indice de conviction que c’est un plan de liquidation de la ligne. »

Le texte de A continue donc à défendre la ligne fractionnelle, dût-il puiser les arguments dans la tactique mise au point par le CDT pour attaquer le NDN sous couvert de considérations « pédagogiques » que des cadres devraient entretenir à l’égard de leur direction ; en même temps – et c’est sa principale raison d’être – il essaie d’estomper la gravité de la contradiction, tout en essayant de faire croire au sectarisme du NDN. L’essentiel est d’accréditer la thèse que le NDN a, par ses méthodes erronées, rendu antagonique une contradiction au sein du peuple :

« Je n’expliquerai pas ici le fond de la question. La lutte idéologique sur la partie de la ligne relative à la pratique dans la classe ouvrière, ne peut être entamée – cela m’est interdit par le NDN – (!!!). Le comité des trois a été qualifié de scissionniste par le NDN, déchargé de ses fonctions et interdit de la continuité dans les enquêtes. Le NDN a placé la contradiction sur un terrain antagonique. Il est dès lors impossible de mener une lutte politique-idéologique A FOND sur les points que nous avons soulevés, sans qu’elle soit réduite en rafales de balles vers la direction … (Le NDN) nous identifie à l’ennemi. Et l’ennemi peut-il mener une lutte idéologique pour faire progresser l’unité révolutionnaire ? Non ! L’ennemi de classe doit être écrasé…

La réunion (du 8) devra viser à déterminer si le prestige des idées et du pouvoir, quant aux positions du comité des trois, sont en concordance avec les décisions prises à l’égard de ce comité de trois. Y a-t-il fractionnisme ou non ? Voilà le terrain qu’il est obligatoire de déblayer ! Voilà l’hypothèse qu’il faut lever ! »

Dans les discussions individuelles que A croira bon d’avoir, avant la réunion, avec les autres cadres, il expliquera qu’il faut poser « comme question préalable » la réalité du fractionnisme, et en ces termes : « Les trois sont-ils ou non des contre-révolutionnaires ? Si oui, la lutte idéologique avec eux est sans objet ; sinon, la dissolution pour fractionnisme est erronée » !

Le texte B est le manifeste de la petite-bourgeoisie rejetant avec horreur le centralisme et la discipline.

La discipline « tue » la conscience communiste des militants et « tue » la lutte idéologique : suivre une orientation avec laquelle on se trouve en désaccord, c’est du « servilisme ».

« Devions-nous courir au NDN dès qu’une difficulté surgissait pour lui demander de penser à notre place, par crainte de nous foutre dedans en réfléchissant tout seuls ? »

« (Ayant vu une contradiction dans les positions du NDN), pour suivre la légalité, nous aurions dû être le souffleur du NDN… nous aurions été l’étouffoir de la lutte idéologique ».

La position est résumée dans le point de vue selon lequel

« la discipline n’est exigée que lorsque la lutte idéologique a été menée et a abouti à un accord conscient … Malheur à la lutte idéologique qui s’éveille quand est passée l’heure.. car on se retrouve scissionniste ».

En conclusion, B persifle le NDN en se déclarant « d’accord pour un jour d’indiscipline » et estime que la dissolution du CDT est un « matraquage ».

Le texte C commence par une défense du fractionnisme sous la couleur de sauvegarder les droits de la « lutte idéologique ».

Le NDN de serait pas parti des faits (la recherche honnête de la vérité par le CDT), mais du concept du fractionnisme : il ne se préoccupe pas de chercher « le vrai du faux » dans les « critiques » de l’ex-comité, mais seulement de « détruire ce quartier-général bourgeois ». Pour C, à ce moment-là, le problème de fond est la question de la responsabilité principale de la situation organisationnelle de l’UC(ML)B : la faiblesse des structures est-elle imputable à une carence du NDN ou à l’idéologie petite-bourgeoise des militants : selon lui, le NDN éluderait cette question. La façon dont il a traité le CDT serait un exemple de plus de son attitude erronée.

C termine en constatant que

« la position du comité est évidemment indéfendable et absurde : d’une part, la ligne de l’UC(ML)B est marxiste-léniniste ; d’autre part, la méthode d’élaboration de la ligne est le centralisme bureaucratique. La contradiction est évidente ».

Cependant il nie que cette position mette l’ex-CDT en contradiction avec la ligne : au contraire, si le NDN estime que tel est bien le cas, c’est parce qu’il parle « à la légère » et qu’il confond le camp de la bourgeoisie et le camp du peuple, ainsi que les deux sortes de contradictions. Il n’en est pas moins vrai, selon C, que l’ex-CDT a fait preuve d’indiscipline, et que « le NDN a raison de caractériser cette attitude comme de l’anarchisme ». Dans le dernier paragraphe de son texte, C révèle qu’il avait soulevé « des positions justes sur le scissionnisme » au sein de l’ex-CDT, mais que « ces positions n’avaient pu se frayer un chemin faute de structures adéquates qui auraient permis un soutien effectif au NDN ».

Les trois cadres extérieurs à l’ex-CDT avaient également mis par écrit leur position avant la réunion NDN-Cadres. D se résume ainsi :

« (Mon) texte ne répond pas à la contradiction et aux divergences apparues entre le NDN et le CDT, mais aux méthodes employées pour les résoudre. Il prend position sur les questions du fractionnisme … et de la dissolution du CDT ».

La position est que le ND a eu tort de déclarer la guerre à des cadres qui ont le mérite d’avoir « osé penser » et de « mettre les problèmes sur le tapis ».

De même E, reprenant à son compte le titre de A « Construire le Parti, c’est résoudre les contradictions », se range résolument sous son drapeau :

« A mon avis, en me basant tant sur les textes que A a été autorisé à faire connaître que sur les déclarations orales des camarades du CDT et sur l’esprit de leur texte, les accusations graves du NDN ne sont pas fondées. Le CDT ne s’est pas mis en dehors de la légalité communiste, il n’a fait que « mettre les problèmes sur le tapis » , comme c’est le devoir de tout militant communiste ».

Tout le texte s’emploie à défendre la thèse que la contradiction entre le NDN et le CDT est une contradiction au sein du peuple et que le NDN s’est trompé en voulant la résoudre comme une contradiction antagonique, en qualifiant le fractionnaire et en décidant de dissoudre le Comité. Le NDN pousse même la barbarie aussi loin que de dénier au CDT le « droit » de faire des « enquêtes » dans les unités de base.

« Je voudrais relever une incohérence très grave dans l’attitude du NDN. D’une part, développant une attitude antagonique, il nous dépeint le CDT comme un élément ennemi dans l’organisation » : « Plate-forme d’opposition », « pratiques anarchistes » etc. … Puis, brusquement, le texte s’adoucit, et les membres du CDT deviennent des « camarades » que la lutte idéologique sur le centralisme démocratique devra « convaincre » de leurs erreurs…

Le NDN, par son texte à double caractère, s’est ménagé l’occasion de ne pas se prononcer ouvertement sur le caractère antagonique ou non-antagonique de la contradiction. Mais, à l’exception des deux dernières lignes, tout le texte est empreint d’une attitude antagoniste, et la dissolution pour fractionnisme le confirme ».

D’autre part, le fait pour E, de ne pas se prononcer sur

« la contradiction principale actuelle dans l’UC(ML)B et la méthode pour la résoudre », ne l’empêche pas, un peu plus loin, de soutenir les avis de A sur la façon de mener la campagne (avant de faire l’éducation sur le centralisme démocratique, il faudrait faire une enquête sur les unités).

Le texte de F prend le contrepied de toutes ces positions et soutient la décision du NDN :

« … le CDT a développé une politique fractionniste ; la contradiction entre NDN et CDT est celle entre marxisme-léninisme et révisionnisme, elle est antagoniste. C’était le devoir du NDN de dissoudre le CDT ».

F motive son soutien en qualifiant les positions et les actes du CDT sur la base des principes.

IV. LE DÉMANTÈLEMENT DE L’IDÉOLOGIE FRACTIONNISTE

§ 1. LES DEUX LIGNES : CENTRALISME DÉMOCRATIQUE MARXISTE-LÉNINISTE OU FRACTIONNISME BOURGEOIS

Lors de la première réunion NDN-cadres du 8 septembre, tous les cadres, à l’exception d’un seul, avaient donc rejoint le camp de l’opportunisme et se dressaient contre les positions marxistes-léninistes du NDN et contre le NDN lui-même.

L’ex-CDT maintenait ses positions pour l’essentiel. Il continuait à défendre son fractionnisme en plaidant pour sa conception du « droit de critique et de lutte idéologique » et le bien-fondé de ses positions, avec, chez C, des contradictions qui rendaient son texte, plus encore que ceux des autres, objectivement insoutenable. B, par sa déclaration de foi anarchiste, et A, sous une forme plus « politique », manifestaient clairement la volonté de poursuivre leur attaque et de rallier les cadres à leurs vues. D et E étaient complètement tombés dans le piège de la « question préalable » posée par le texte de A : le CDT n’est pas le groupe fractionnel que le NDN veut voir en lui ; au contraire, il faut le louer d’avoir « osé penser ». A droite se trouvaient donc à ce moment A et B, avec le ferme soutien de E ; le centre était occupé par C et D ; à gauche, le NDN et F.

Le NDN a dirigé la lutte entre les deux lignes en commençant par déloger l’opportunisme d’une série de retranchements ; lorsqu’il eut rallié B, C, D et E aux positions marxistes et gagné leur appui, la lutte continua, dans une seconde phase, avec A.

Les « arguments » dont l’opportunisme se servit comme d’autant de retranchements qu’il a fallu détruire l’un après l’autre, se résument en ces quatre points : a) la confusion de la contradiction entre les positions et de la contradiction entre les personnes, érigée en « question préalable » ; b) la dénégation de l’existence du fractionnisme ; c) la nature antagoniste de la contradiction entre les positions du CDT et la ligne de l’UC(ML)B ; d) la question dite du « partage des responsabilités ».

§ 2. LA « QUESTION PREALABLE »

La « question préalable » est une invention de A, soutenue par D et E. Elle se présente comme une alternative :

« Ou bien le CDT a servi les intérêt de l’UC(ML)B : en ce cas le NDN doit vider son désaccord avec lui par la lutte idéologique (et il n’est pas fondé à le sanctionner ni à traiter son activité de travail de sape, d’agissements fractionnels, etc.) ; ou bien c’est un ennemi de l’organisation, et le NDN aurait déjà dû l’’exclure de l’UC(ML)B, car en ce cas la lutte idéologique est déplacée et sans objet ».

Cette façon de poser la question est contraire aux méthodes que les communistes suivent pour résoudre les contradictions.

Pour traiter correctement les contradictions, et pour les résoudre dans l’intérêt du peuple, il faut 1) connaître leur nature : s’agit-il de contradictions antagonistes ou de contradictions non antagonistes ; 2) lorsqu’il s’agit d’une contradiction antagoniste, il faut distinguer entre la ligne et les personnes.

D et E ne concevaient pas que le fait seul du fractionnisme crée déjà l’antagonisme avec l’organisation communiste.

Lénine définit le fractionnisme par l’existence de

« groupes présentant un programme particulier, tendant à se replier jusqu’à un certain point sur eux-mêmes et à créer leur propre discipline de groupe ». (Avant-projet de résolution du Xe congrès du Parti communiste de Russie sur l’unité du parti, t. 32, p. 252).

La fraction, c’est la désorganisation du Parti. Lui laisser libre cours, accepter qu’elle définisse les contradictions et qu’elle organise la discussion au sein du Parti, c’est permettre que le Parti se désagrège, c’est liquider le Parti.

Ceci avait amené le NDN à décider la dissolution immédiate de la fraction.

Que, de plus, la contradiction entre la ligne défendue par le CDT et la ligne de l’UC(ML)B était, elle aussi, antagoniste, est une question qui sera discutée plus loin (car elle fera l’objet d’une autre diversion opportuniste, cfr. § 4). Ce que A, D et E ont soutenu en premier lieu, c’est que, « abstraction faite » de la nature de cette contradiction, le NDN a cherché la guerre là où la simple discussion suffisait à éclairer les idées.

La première des règles citées ci-dessus fut donc délibérément écartée ; la seconde rejetée en conséquence.

Chaque militant communiste connaît pourtant bien le principe qu’il faut « guérir la maladie pour sauver l’homme » et doit voir que ce concept est, par définition, une unité de contraires appelant dans la pratique des solutions également contradictoires : à l’antagonisme des actes et des positions répond, dans le cas présent, la mesure disciplinaire de dissolution du CDT nécessaire pour mettre un terme à des menées subversives : quand le centre découvre une fraction, il est évident que son premier devoir est de la dissoudre ; à la contradiction opposant entre eux des communistes correspond la lutte idéologique visant à éclaircir les idées et à rallier les camarades qui se trompent aux positions marxistes, par un travail de persuasion mené selon le processus critique-autocritique-unité. A tout moment, depuis le début de la lutte, A, B et C furent traités en camarades ; la qualification de leur erreur par le NDN fut en fait très modérée (« idéologie petite-bourgeoise ») et leur statut de cadres ne fut même pas mis en question.

Chaque militant communiste « connaît » le principe « guérir la maladie pour sauver l’homme », mais il est bien évident que l’opportunisme en lutte a un intérêt particulier à obscurcir cette connaissance.

De la part de A, qui mit en avant la « question préalable », il s’agissait d’une manœuvre « de gauche » destinée à entraîner le centre à la révolte et à provoquer la direction par le chantage : « Ou bien nous sommes d’honnêtes communistes, et le NDN mène contre nous une lutte à outrance ; ou bien nous sommes des anticommunistes et qu’attend le NDN pour nous expulser comme des traîtres à la classe ouvrière ? »

D et E purent tomber dans un piège aussi grossier, parce qu’ils s’y étaient eux-mêmes fortement poussés par leur individualisme petit-bourgeois.

A la lecture de la circulaire portant dissolution du CDT fractionnel, et dans les discussions entre cadres qui suivirent immédiatement sa réception, l’attention de D et de E fut absorbée par la mesure disciplinaire au point qu’ils y virent une barrière mise par le NDN à toute discussion. Ces camardes se posèrent dès lors comme les défenseurs de la « lutte idéologique ».

Ce qui sous-tend cette position, c’est, outre le rejet du centralisme démocratique, le refus qu’un organe dirigeant prenne une mesure contraignante, sans « lutte idéologique » préalable.

Le texte « Base de la campagne de bolchevisation » avait pourtant, comme par avance, répondu à cette objection petite-bourgeoise qui tend à confondre la sphère de la discipline et la sphère de la lutte idéologique :

« … (certains) camarades ont tendance à penser que tout sujet peut à tout moment et entre n’importe quels niveaux hiérarchiques, être question à débattre dans la lutte idéologique. Ce n’est pas le cas. La lutte idéologique a) se mène activement, librement et dans toute son ampleur à l‘intérieur de l’organisation sur toute question politique et d’organisation que l’organisme dirigeant compétent n’a pas encore tranchée par une décision ; b) accompagne les directives et mesures adoptées par la direction. Mais ces directives et mesures lient immédiatement l’organisation et chaque membre, quelle que soit l’appréciation que tel ou tel camarade puisse poser sur elles. Dire que la discipline communiste est librement consentie par tous les membres de l’organisation, signifie que le principe du centralisme démocratique et les impératifs de la morale communiste sont acceptés par tout, sur la base de la compréhension des tâches de la révolution, et qu’en conséquence chaque décision des organismes dirigeants oblige les membres, sans qu’elle doive pour autant faire au préalable l’objet d’une « lutte idéologique » pour être applicable ».

Les termes employés par le NDN dans sa circulaire pour qualifier la fraction et que D-E citaient pour les rejeter :

D : « attaque systématique et sans principe contre le NDN », « plate-forme d’opposition », « menées », « couvrir le révisionnisme », « revient à mettre la nature marxiste-léniniste de la direction en cause », « attaquer la ligne », « saper la liaison du NDN à la base », « inversion du vrai et du faux » ; E : « plate-forme d’opposition », « attaques systématiques contre le NDN et la ligne de l’UC(ML)B », « menées », « couverture (consciente) du révisionnisme », « isoler le NDN de la base », « déclarations démagogiques », « pratiques anarchistes », « travail de sape », « amener la désorganisation complète dans l’UC(ML)B », etc. – tous ces termes qualifiant correctement une manœuvre fractionnelle, leur apparurent comme autant de terribles coups de matraque. Que ces termes du NDN ainsi que la dissolution du CDT qu’ils motivent, aient frappé une erreur très grave et de nature à mettre en danger l’unité et la ligne de l’organisation, a passé littéralement inaperçu, tant était grand l’effroi petit-bourgeois devant le « bureaucratisme » qui empêche « le libre processus de la lutte idéologique ». Que le NDN avait pour premier devoir de défendre l’unité et la ligne, est une considération qui disparaît complètement devant les sacro-saints « droits » des individus, comme si la démocratie était une fin en soi et comme si les communistes devaient (pouvaient) permettre à des fractionnistes de mener leurs attaques toujours plus loin et impunément contre la ligne marxiste-léniniste. Plutôt une lutte sans principe, avec toutes ces conséquences possibles, qu’une mesure de contrainte qui n’a pas d’abord été discutée par tous les cadres : telle est la devise de ceux qui veulent mettre le « moi » de chaque individu avant la défense du communisme.

§ 3. DÉNÉGATION DU FRACTIONNISME

Une deuxième chicane de l’opportunisme soutenue en particulier par A et B, devait être que le CDT n’a pu être fractionnel étant donné que les actes dont le NDN l’accuse – en particulier, le fait qu’il écrivit un texte et qu’il entreprit une enquête dans les cellules – étaient connu du NDN et que celui-ci ne les avait pas désapprouvés. Cette « position » était agrémentée par A d’un commentaire selon lequel, de toute façon, l’enquête à la base « n’avait pas été le véhicule de la ligne du CDT » et par B d’une attaque contre la direction, à savoir que si l’enquête avait été erronée, c’était au NDN le premier à s’en rendre compte et que le NDN était donc mal venu de reprocher aujourd’hui au CDT de « ne pas lui avoir donné la bouillie ».

L’opposition se réfugiait cette fois dans le formalisme.

Il est exact qu’un membre du NDN avait laissé la latitude au CDT de former par écrit les difficultés qu’il éprouvait à cerner les erreurs organisationnelles commises par l’UC(ML)B, et il est également exact que ce membre du NDN avait connaissance de l’enquête menée par le CDT pour avoir reçu de celui-ci communication de son questionnaire. Mais le CDT jouait sur les mots en voulant se baser sur ces faits pour « prouver » l’inexistence du fractionnisme.

Avant la discussion NDN-Cadres du 8 septembre, A remit à tous les cadres (excepté F) un papier intitulé « Chronologie des faits et gestes du comité des trois du 18 au 31 août ». Ce papier reprend, en effet, certains « faits et gestes, du CDT et il comporte une note d’avertissement où il est dit que les circonstances mentionnées laveront le CDT de l’accusation de fractionnisme, « au niveau des faits, indépendamment de la nature politique de (son) texte ».

Une telle façon de monter les faits et gestes en épingle n’a, bien entendu, rien à voir avec une analyse marxiste de la réalité.

La faculté laissée au CDT de rédiger « un » texte (sur un sujet bien précis) et la confection d’une plate-forme d’opposition contre l’organisation n’ont évidemment que ceci en commun qu’il s’agit dans les deux cas de mettre des mots par écrit. De même, se prévaloir de la connaissance qu’avait le NDN du fait de l’enquête, en faisant abstraction des positions sous-tendant cette enquête et des rapports fractionnels qu’entretenaient à cette époque les enquêteurs, n’est pas précisément un exemple d’honnêteté. Selon que cette enquête se menait de bonne foi ou dans le cadre d’une attaque en règle, on a affaire à une erreur bureaucratique, qui peut être secondaire, ou à un acte offensif. La partie reçoit son sens véritable de la totalité. Un morceau du puzzle revêt une signification différente selon qu’il est isolé ou replacé dans l’ensemble. L’orientation politique des faits et leur portée sont pour une grande part fonction de la ligne dans laquelle elles s’inscrivent. C’est à l’intérieur de cette ligne, dont elles n’auraient jamais pu être abstraites, que nous les envisagerons désormais.

Prétendre, en outre, que l’enquête était « neutre », c’était ériger en principe le formalisme qui imprègne toutes ces conceptions. Aucun rapport social n’est « neutre », et moins que tout autre les rapports politiques. Il est clair que le travail entrepris par des fractionnistes envers la base n’est et ne peut être que le prolongement et le complément des rapports qu’ils instaurent envers la direction. Tout acte posé par un fractionniste obéit nécessairement à ses visées politiques particulières. Cela va de soi. Et dire, comme le faisait B, que le NDN n’avait qu’à comprendre les erreurs qui étaient en train de se commettre (« si vous n’avez rien remarqué, tant pis pour vous !) » dénote, outre la mauvaise foi de cette provocation, une conception bourgeoise de la répartition des tâches et des responsabilités, comme si le NDN et les cadres avaient des droits, des intérêts spécifiques, voire antagonistes, et définis de façon administrative préservant la sphère d’autonomie de chacun.

Enfin, certains faits étaient simplement passés sous silence, parce qu’ils desservaient directement la thèse de la « bonne foi » des fractionnistes. Ainsi, A se garda de dire que lors de la réunion du CDT avec un membre du NDN, tenue le 21, le CDT reçut des instructions précises et des textes préparant l’éducation sur le centralisme démocratique et les rapports des cellules ; il omit aussi de dire que lui-même fut à ce moment mis en garde contre l’individualisme, à propos de la diversion qu’il avait faite lors de la réunion des cadres du 16 août. Il est clair que le mensonge par omission relève du système formaliste lui-même adopté pour abstraire certains « faits et gestes ».

Les communistes rejettent complètement une telle façon d’« argumenter », qui consiste à détacher les faits de leur signification politique. Nous allons donc les reprendre et les analyser à la lumière du comportement général et des positions du CDT.

En réalité, le fractionnisme alla très loin, en un bref espace de temps. Regroupons l’ensemble des faits.

Le CDT refusa les directives ; au lieu de mener la campagne de bolchevisation, comme il était de son devoir de le faire, il tint pendant quinze jours des réunions de discussion interne sur des sujets qu’il n’était pas de sa compétence de traiter, décidant enfin d’élaborer des positions à lui, et qu’il savait contraires à la direction et à la ligne. Au lieu de renforcer le centralisme démocratique dans l’UC(ML)B, il refusa et combattit le centralisme démocratique.

Ce travail était assuré organisationnellement par une discipline de groupe, contraire à la discipline de l’UC(ML)B. Cela ressort du texte même de A lorsqu’il parle de la « lutte idéologique interne (au CDT) pour déterminer la nature des tâches qui lui (avaient) été confiées » et quand il révèle le « cadre de discussion que le CDT avait décidé (!) de limiter à des points concrets déterminés, afin que le NDN prenne conscience par lui-même de l’aspect erroné de la ligne… ».

La discipline de groupe se manifesta également lorsque C, interrogé par un membre du NDN sur les contradictions soulevées par le CDT (c’était avant la remise du texte), refusa de répondre, sous prétexte que « cela devait se discuter avec tous les membres du CDT assemblés ».

Le CDT, lançant son offensive contre le NDN, prétendait que lui-même pratiquait le centralisme démocratique, en dehors du NDN et contre lui. Une telle chose n’est « possible » qu’à condition de fonctionner comme un Etat dans l’Etat. Et cette contradiction elle-même ne peut être « résolue » que par une lutte victorieuse pour la direction dans l’organisation. Il est clair que si le NDN a des méthodes de direction révisionnistes et que si le CDT applique le centralisme démocratique, celui-ci doit lutter pour le pouvoir, renverser le NDN et se substituer à lui.

C’est bien ce qu’il avait commencé à faire, en s’érigeant en organe dirigeant de fait à l’égard de la base et en allant demander à celle-ci (soi-disant au nom du NDN !) quelles critiques elle avait à adresser à la direction.

C’est la question de l’enquête. Enquête prétendument « neutre ».

Voyons cela de plus près. Qui attaque la direction, doit s’assurer le soutien de la base. Il s’agissait, pour le CDT, de se faire connaître comme le « défenseur » des militants « opprimés » par un NDN bureaucratique. Les questions 2, 3 et 7 en témoignent clairement.

2 :

« Est-ce que la ligne politique a été comprise et traduite en directives concrètes par la pratique de la cellule ? »

3 :

« Y a-t-il eu lutte idéologique pour appliquer le centralisme démocratique dans le fonctionnement de la cellule ? Y a-t-il deux lignes sur cette question ? Quels sont leurs aspects principaux ? »

7 :

« Quelles sont les critiques portées aux organes dirigeants par la cellule ? Par le responsable ? »

Il y a eu de la part des dirigeants et des cadres des carences graves dans les méthodes de direction. La pratique en a souffert. Les militants ont donc nécessairement des critiques à faire aux organes dirigeants. Ces critiques ont un rôle important à jouer au cours de la campagne, pour le redressement de l’organisation. Tel avait été et tel restait le point de vue du NDN.

Mais le CDT, ayant ses buts particuliers, s’y prit tout autrement. En commençant son « enquête » sans aucune explication sur l’objet de la campagne, sans aucune éducation sur les règles du centralisme démocratique, le CDT, eu égard à ses positions politiques de départ, entreprenait un travail de sape envers la base et une provocation envers la direction. Son but était de transformer les critiques justes de la base en révolte contre la direction. S’il choisit cette procédure spontanéiste, c’est parce qu’il en attendait un débordement aveugle en retour. Les critiques doivent être portées à la lumière des principes et dans un cadre politique qui permet de distinguer le principal du secondaire et le vrai du faux.

Le commentaire du CDT selon lequel il aurait « traduit et transformé les revendications et critiques des militants », explicite bien les intentions réelles de l’enquête « neutre ». Considérer que les militants ont des « revendications » à faire valoir contre la direction revient à dire qu’il y a contradiction d’intérêts entre la base et le sommet. C’est une thèse anarchiste. Il n’y a rien de tel dans un Parti communiste. Dans un parti communiste, il y a, de haut en bas, vigilance de classe, lutte idéologique à tous les niveaux et unité révolutionnaire de tous les militants. Parler de « revendications » de la base, c’est vouloir délibérément soulever les militants contre la direction. Cette démagogie est la porte ouverte au scissionnisme.

L’usage fait dans la discussion par le CDT des premiers matériaux qu’il recueillit dans son « enquête », montre bien que tel était son projet. Des réponses partielles et tronquées il essaya de faire autant de projectiles contre la direction, en les lançant selon les besoins de son attaque générale : il tenait la « preuve » que le NDN était « inconscient de ses responsabilités, que la base était « justement révoltée », etc. Le CDT, en utilisant ainsi les fonctions importantes dont il avait été chargé par la direction, les détourna à ses fins propres et tenta d’empoisonner l’idéologique de la base. Le CDT projetait d’étendre son attaque aux camarades ouvriers : ceux-ci « seront associés pleinement à cette campagne et à ce questionnaire d’enquête », annonçait-il. Mais le NDN l’avait mis hors d’état de nuire avant qu’il ait pu mettre ce plan de sabotage à exécution.

Vis-à-vis des autres cadres, l’ex-CDT mena une offensive ouverte à compter du jour de sa dissolution jusqu’au jour de la première réunion NDN-Cadres : du 3 au 8 septembre, l’ex-CDT (et en particulier A qui se prévalut faussement de l’« autorisation donnée par le NDN de défendre son point de vue ») chambra les cadres et put les rallier, à l’exception d’un seul, sur la base de sentiments antiautoritaires. Un seul cadre, D, jugea utile de chercher la discussion avec le NDN. B reconnut par la suite que la rapide victoire obtenue par l’ex-CDT auprès de D et E, lui fit renoncer au début d’autocritique qu’il comptait faire à la réunion et l’encouragea à poursuivre l’attaque. F. qui ne cessa de se tenir sur des positions justes, fut considéré par certains comme « un opportuniste servile irrécupérable », avec lequel il n’était pas intéressant de discuter.

§ 4. LA NATURE ANTAGONISTE DE LA CONTRADICTION ENTRE LES POSITIONS DU CDT ET LA LIGNE DE L’UC(ML)B

Le texte du CDT est une attaque de front contre la direction et contre la ligne. En le résumant (III, § 1), nous avons déjà indiqué le contenu de cette attaque ; nous devons à présent en mesurer exactement la portée.

Le « fer de lance » par lequel le CDT a essayé d’abattre le NDN est la déclaration selon laquelle le NDN aurait appliqué le « centralisme bureaucratique ».

Le principe d’organisation du Parti communiste est le centralisme démocratique. TPT- UC(ML)B y adhéra consciemment et commença à l’appliquer dès le début 1972, lors de l’élection du NDN. TPT-UC(ML)B appliqua ce principe, tout en commettant de graves erreurs dont les principales furent de laisser la base sans directives quant aux méthodes de travail et sans contrôle de sa pratique par le NDN. Ces erreurs constituent une déviation ultra-démocratique et prouvent que la direction (et les cadres) restaient, en matière d’organisation, sous l’emprise d’idées spontanéistes.

Il y a une différence fondamentale entre la reconnaissance et l’application du centralisme démocratique, celle-ci fut-elle déviée de son juste cours, et l’application de la ligne du « centralisme bureaucratique ». C’est la différence opposant la prolétariat à la bourgeoisie, le marxisme-léninisme au révisionnisme.

Que le CDT l’ait bien entendu de cette façon est clairement exprimé dans son texte : le NDN n’a pas appliqué le centralisme démocratique, mais il a « mis en pratique son contraire (nous soulignons), le centralisme bureaucratique ; « il est exclu que le centralisme démocratique ait pu fonctionner «  ; il n’y a eu dans le GU aucun centralisme (nous soulignons), il ne peut y avoir de démocratie ». Si le NDN a appliqué le centralisme démocratique (fût-ce avec une déviation) les idées qu’il a centralisées sont des idées justes, et la pratique qu’il a dirigée est une pratique révolutionnaire (même s’il doit être fait de sévères critiques à sa méthode de direction). Au contraire, s’il a appliqué le « centralisme bureaucratique », il n’a pu centraliser que des idées bourgeoises, et la pratique de l’UC(ML)B est contre-révolutionnaire.

Dans le premier cas, les bulletins marxistes-léninistes et le journal Unité rouge sont fondamentalement sur des positions justes ; dans le second, notre orientation toute entière est erronée. Dans le premier cas, la ligne générale de notre pratique dans la classe ouvrière est correcte ; dans le second, elle est bourgeoise. Dans le premier cas, le NDN est un organe dirigeant marxiste-léniniste, dans le second, il est la tête de pont de la bourgeoisie dans l’UC(ML)B.

Le CDT a très bien saisi cette logique : il pose effectivement ces trois questions, et il y répond chaque fois dans le même sens. Il ouvre son attaque en déclarant que « la ligne politique de l’UC(ML)B n’est pas liée au travail pratique dans la classe et vers les masses » (souligné par CDT).

Une « ligne politique non liée au travail pratique » est une ligne révisionniste, et cette pratique ne peut servir que la bourgeoisie. Le fait que cette attaque du CDT tourne court faute qu’il ait essayé de l’argumenter le moins du monde, n’enlève rien à sa virulence. Au contraire, il éclaire d’autant plus crûment l’absence complète de principes du CDT. La cible principale de l’attaque a été le NDN lui-même. A en croire le CDT, toutes les erreurs commises par tous les membres de l’UC(ML)B reposeraient sur le NDN, mais celui-ci refuserait de le reconnaître et il rejetterait systématiquement toutes les responsabilités sur les cadres et la base : le NDN

« s’attribue tous les mérites des progrès de l’UC(ML)B et rejette tout le négatif sur la base et les cadres » ; « l’idéologie dominante de la base est une idéologie pourrie ; déclare le NDN » ; « dans l’analyse des erreurs, le NDN a pris la voie bourgeoise et a construit une « théorie » qui fait porter tout le poids des erreurs sur la base ».

Le NDN n’aurait donc pas pris conscience de ses erreurs : c’est là le « fond du problème » et le seul point au programme du CDT, c’est que le NDN fasse avec une « honnêteté révolutionnaire » l’auto-critique de son « centralisme bureaucratique ».

Le contraire spécifique du NDN serait le CDT : lui applique déjà le centralisme démocratique, lui continue la prétendue ligne route qui aurait lutté avec le NDN sur les questions d’organisation. Cette « ligne rouge » se serait manifestée par « la critique scissionniste des cadres » (en avril), le texte « centralisme démocratique » d’une unité, et les questions et critiques d’un cadre sur la nature et les structures de l’organisation et sur le travail pratique.

Voir dans la critique scissionniste des cadres (le CDT reconnaît ce terme et le reprend à son compte !) un élément d’une ligne « rouge » qui se serait opposée au NDN en matière de centralisme démocratique, est vraiment le comble de l’impudence. Le fait qu’il y ait eu, dans cette critique scissionniste, des remarques justes sur des points secondaires (remarques que le texte du NDN « Base sur la campagne de bolchévisation » a d’ailleurs recueillies), n’ôte évidemment rien à ce qui le caractérise principalement, l’esprit fractionnel, l’indiscipline et l’impatience petites-bourgeoises. Les deux autres éléments qui constitueraient également cette prétendue ligne, le texte « centralisme démocratique » d’une unité et les remarques et critiques des cadres, loin de s’y opposer, le NDN les a immédiatement approuvés et soutenus. En fait, le texte en question reprend littéralement les positions sur le centralisme démocratique mises en avant par le bulletin marxiste-léniniste 1, et les « critiques et questions » du cadre n’ont jamais été le monopole de celui-ci : le NDN se les adressait au moins autant, et il avait d’ailleurs chargé ce cadre de préparer un premier projet de statuts. Le point est que ce cadre se trouva aussi à la tête du CDT et qu’il était surtout préoccupé de se mettre en avant en nouant d’un fil « rouge » d’anciennes préoccupations positives à ses attaques actuelles, dût-il pour cela endosser un texte scissionniste.

§ 5. LA QUESTION DITE DU « PARTAGE DES RESPONSABILITÉS »

La lutte idéologique amena les cadres, à l’exception de A, à se convaincre de la justesse des arguments marxistes-léninistes. L’une après l’autre, les trois objections soulevées – « le NDN a mal résolu la contradiction avec le CDT », « il n’y a pas eu fractionnisme », « les contradictions entre les positions du CDT et la ligne de l’UC(ML)B ne sont pas antagonistes » – furent réfutées, et ceux des cadres qui avaient défendu ces vues commencèrent à reconnaître leurs erreurs. Mais certains tenaient en réserve un « argument » destiné à faire plier le NDN sous le poids des responsabilités mises abusivement à sa charge, pour compenser ainsi la gravité de leurs propres erreurs et échapper à l’autocritique. A la limite, des cadres – en particulier A et B – allèrent jusqu’à imputer directement au NDN tous les aspects négatifs existant dans la vie de l’organisation : la défaillance idéologique de tel cadre, la démission de tel militant, etc. A alla jusqu’à soutenir un moment que la direction est toujours la principale responsable de tout le négatif : ainsi, dit-il, c’est Unité Rouge (dont A avait été dirigeant) qui porte la responsabilité principale du départ de certains de ses membres et de leur ralliement au révisionnisme !

En même temps, A continuait à maintenir sa nouvelle position selon laquelle le texte du GU (Rapport d’établissement) n’est pas révisionniste. Une telle thèse, tout à fait inattendue dans la bouche de A, qui avait été un des plus ardents à combattre ce texte liou chao-chiste, s’explique de la même façon que l’argument relatif aux « responsabilités ». Dans les deux cas, il s’agit de décharger des cadres de leurs responsabilités : dans le premier en chargeant abusivement le NDN, dans l’autre en dénaturant la critique marxiste et en couvrant ouvertement la droite dans l’organisation. Dans le cas du GU, il y a eu révisionnisme, et ce révisionnisme est évidemment en premier lieu imputable aux auteurs du texte. (« Seigneur Dieu ! quelles vérités élémentaires on est obligé de rabâcher, en ce temps où toutes les notions sont confondues », s’exclamait Lénine en défendant le centralisme démocratique contre les menchéviks !).

Reprenons donc ce point de façon systématique.

Le NDN a estimé que l’idéologie petite-bourgeoise a été la cause principale des erreurs récentes et actuelles.

Ce qui s’oppose à l’application stricte du centralisme démocratique, c’est avant tout l’idéologie individualiste. L’individualisme petit-bourgeois incite à l’anarchisme, à l’indiscipline d’une part, au bureaucratisme et au servilisme d’autre part.

Les manquements à la morale communiste et au style de travail communiste se marquent par le relâchement idéologique, le manque de dévouement, le refus des responsabilités.

Responsabilité des erreurs.

Pour les erreurs concernant l’ensemble de l’organisation, sa structure, son style de travail, son dévouement à la révolution, le NDN est le principal responsable, puis les cadres, qui ont tous partagé ces erreurs. Le NDN a déjà affirmé à plusieurs reprises qu’il avait retardé l’application correcte du centralisme démocratique, sous l’influence de l’idéologie petite-bourgeoise. Cette question, secondaire jusqu’en juin 1972, est devenue principale ensuite. Le NDN a fait preuve de libéralisme, d’opportunisme en n’appliquant pas les principes complètement. Une autocritique approfondie sera faite à la lumière des rapports et des bilans. Toute l’organisation a partagé ces erreurs. Donc chacun sera amené à les reconnaître au cours de la campagne de bolchévisation, le NDN d’abord, ensuite les cadres, puis les responsables. Ceux qui s’y refuseront après de multiples explications sombreront nécessairement dans l’opportunisme.

Conséquences de l’erreur.

Conséquences directes : des faits graves se sont produits.

- Vacances : le NDN est le principal responsable, mais toute l’organisation doit faire l’autocritique, puisque tous les membres, à des degrés divers, ont suivi l’erreur liquidatrice du NDN.

- Texte GU : les cadres du GU sont les principaux responsables, à différents degrés. Ce texte est radicalement opposé à la ligne de l’UC(ML)B, dont le NDN et d’autres se sont servis pour rectifier le cours erroné du GU. Jamais le NDN n’acceptera d’être tenu comme responsable d’un texte opposé à ses idées, à ses actes et qu’il a réfuté aussitôt qu’il en eut connaissance.

- Fraction CDT : trois cadres ont commis des actes fractionnels et se sont opposés de façon antagonique au NDN et à la ligne de l’organisation. Ils ont été poussés par de l’anarchisme petit-bourgeois exacerbé et se sont opposés ouvertement à l’UC(ML)B. De ce fait, ils avaient répudié la légalité de l’organisation et ils ont dû reconnaître la dissolution du comité. Ils sont évidemment les principaux responsables de leurs positions et actes irrémédiablement opposés à la ligne et au centralisme démocratique. Faire état de la faiblesse des structures pour y chercher une « justification », c’est ramener l’organisation au niveau où l’on se trouve soi-même afin d’accuser le NDN et de se laver les mains de ses propres erreurs. Il y a entre l’organisation et l’idéologie interaction, rapport dialectique, dans lequel l’idéologie domine (la question fondamentale est : « quelle classe servons-nous ? » ; « quelle ligne politique avons-nous ? »).

Les faits dont nous venons de parler sont le produit des déviations petites-bourgeoises de ceux qui les ont commis. La faiblesse des structures a permis, facilité, favorisé même ces faits. Mais les structures ne produisent pas des erreurs politiques et idéologiques, parce qu’elles-mêmes se fondent sur l’idéologie et la politique. Une meilleure structure aurait peut-être permis de déceler plus rapidement l’erreur des membres du GU, mais les idées fausses dans l’esprit des cadres auraient quand même existé et auraient quand même dû être combattues.

Un fonctionnement plus solide de l’organisation aurait peut-être entravé les agissements fractionnels du CDT, mais l’idéologie du fractionnisme n’en aurait pas moins existé chez les trois cadres et devait en tout cas être extirpée par la critique et l’autocritique.

L’erreur théorique de ceux qui voulurent établir le « partage des responsabilités », en fonction de la structure d’une organisation et non de la conscience de classe de chaque militant, a été de croire à la prééminence de la cause externe sur la cause interne. Une erreur politique provient d’une déviation idéologique, non d’un mauvais fonctionnement organisationnel.

La cause idéologique de cette interprétation erronée, c’est le refus des responsabilités, la peur de la critique. Plutôt que de faire l’autocritique, on préfère accabler le NDN de reproches et défendre des positions démagogiques envers la base.

Dans toute cette question, il apparaît d’ailleurs bien comme la conception même de la responsabilité est étriquée, individualiste chez ces camarades.

Pour un communiste, être responsable, c’est avant tout avoir à cœur de corriger tout ce qui n’est pas satisfaisant, c’est ensuite examiner si l’on n’est pas soi-même la cause de la carence ou de l’erreur, c’est enfin chercher les moyens de remédier aux manques. Pour l’opportuniste, être responsable se limite à être « coupable ». La seule question est « qui est en faute ? », et il compte par-dessus tout que ce ne sera pas lui …

B, à cet égard, fut tout à fait clair en disant :

« Il fallait toujours se critiquer pour un tas d’erreurs, toujours battre sa coulpe, mais maintenant que j’ai compris que c’est le NDN qui est en faute, c’est bien fini ! »

Les conséquences politiques d’une pareille attitude peuvent être extrêmement lourdes. En cas d‘erreurs graves de la direction communiste, et surtout en période de revers politiques, elle mène directement à la désertion des militants. Les opportunistes « trouveront » toutes les « raisons » de ne plus suivre cette direction et « justifieront » la liquidation.

§ 6. L’AUTOCRITIQUE DE B ET C, ET DE D ET E

B et C, comme D et E, après une dure lutte idéologique, convinrent de bonne foi de leurs erreurs et firent une autocritique idéologique et politique sincère (voir annexes 2 et 3).

Les trois membres du CDT ont partagé la même erreur politique fondamentale d’inversion de la gauche et de la droite dans l’UC(ML)B. Mais leurs responsabilités à tous trois ne sont pas égales. Nous nous en tiendrons d’abord à la participation personnelle prise par B et C dans le travail fractionnel. B a mis en évidence que toute critique, fondée ou non, qu’il fait à la direction, se transforme très vite en attaque. De cet antagonisme qu’il provoque ainsi, il ne s’inquiète guère. Il ne se soucie pas fort non plus de savoir si sa critique est juste ou non : le NDN fera la part des choses. Enfin, ses critiques elles-mêmes portent le plus souvent sur les difficultés que B lui-même éprouve dans son travail, à son niveau, et ses problèmes deviennent à ses yeux la question principale de l’organisation. L’anarchisme s’empare de la première occasion venue (souvent, une erreur de la direction) pour se révolter contre l’autorité ; l’unité, la cohésion de l’organisation ont pour lui peu de poids à côté de ses « revendications » et de ses difficultés particulières.

C s’est cantonné dans une position centriste. Il participe pleinement à la fraction, mais à un certain moment, il objecta à l’insurrection, tout en se laissant facilement convaincre de son « bien-fondé ». Au point de vue théorique, le processus de la connaissance est obscurci chez C par une déviation intellectualiste, qui l’amène à contempler les contradictions, plus qu’à les résoudre. Les marxistes n’ont pas pour tâche de connaître le monde, mais de le transformer.

D et E reconnurent que la défense qu’ils avaient faite de la « liberté de lutte idéologique et de critique » contre le centralisme démocratique, avait été une erreur anarchiste et un soutien direct à la fraction contre la direction et l’organisation.

 V. L’ATTAQUE DE A CONTRE L’UC(ML)B

§ 1. LE REFUS DE LA LUTTE IDÉOLOGIQUE ET DE LA CRITIQUE

Dès le début de la lutte idéologique avec le CDT il fut clair que A poussait le plus loin et de la façon la plus « conséquente » la tactique dilatoire des opportunistes. Pour empêcher que la vérité ne se fasse jour, A s’ingénia systématiquement à disjoindre les actes fractionnels, les positions du CDT et les motivations de A, B et C, essayant de poser entre ces trois domaines des cloisons étanches.

Après avoir été battu sur la position « il n’y a pas eu de fraction : voyez les faits (détachés de la politique) ; le NDN traite mal la contradiction », A soutint que l’opposition CDT- UC(ML)B n’était pas de nature antagoniste. Mais il dut revenir aussi sur ce point, à la suite des autres cadres. Il le fit sous forme d’« autocritique » en parlant de son subjectivisme, ce qui entraînait le fait de l’antagonisme, mais pas encore du fractionnisme :

« Il y a eu subjectivisme du CDT dans la qualification de l’erreur principale attribuée au NDN : centralisme bureaucratique. Cette qualification pose l’antagonisme entre le CDT et le NDN. Le NDN en conclut au fractionnisme. La position vraie du CDT sur le « centralisme bureaucratique » qualifiait la direction de la pratique. Il s’agissait d’erreurs de type bureaucratique. Il n’y a pas assez d’éléments pour faire une autre autocritique ». (10 septembre).

Cette déclaration fut rejetée comme une « autocritique » opportuniste par le NDN et plusieurs cadres. La suite des discussions et l’attitude correcte des autres cadres ne permirent plus longtemps à A de nier le fractionnisme. Il fit donc une seconde « autocritique ». Mais rien n’était dit sur les buts du travail fractionnel :

« J’ai mis à profit l’absence des structures organisées et la présence d’erreurs politiques et idéologiques (normales) dans l’organisation. Mis à profit : au lieu de corriger par l’application des principes à la situation objective, j’ai développé dans le CDT (première structure où j’avais une responsabilité) une ligne d’attaque basée sur une certaine estimation des erreurs et qui visait, par la force des choses, par le développement objectif, la ligne, attaque de caractère fractionniste Je me suis exclu des principes dans cette pratique critique ; j’ai donc suivi les principes bourgeois.

La base idéologique de l’erreur est l’individualisme, caractérisé par sa forme la plus dangereuse dans une organisation naissante : l’anarchisme, l’exaltation du jugement et du raisonnement particuliers conte le jugement et le raisonnement collectifs.
Tout le processus de critique a eu pour cause une appréciation individuelle du degré de conscience du NDN, que j’ai sous-estimé en le traitant de subjectiviste.

J’ai mis cette appréciation en ligne, en matière, sans passer par la lutte idéologique. Je suis passé de l’idée à la pratique, sans la transformer par la lutte idéologique et des directives, en dehors du cadre de la discipline. Comment la lumière est-elle apparue ? Par les textes du NDN qui font un bilan général et grâce aux méthodes correctes de lutte idéologique employées par le NDN. Les dirigeants ont agi en communistes. Je suis le principal responsable du fractionnisme ; j’ai orienté les camarades dans cette voie ; j’ai jeté la confusion dans l’esprit des autres cadres, sur la ligne politique de l’organisation et la nature du NDN » (16 septembre).

Puis vint une troisième « autocritique » (23 septembre), écrite (annexe 4), plus explicite sur les points déjà évoqués, parlant de « travail de sape envers le NDN », de la tentative objective de « liquider le marxisme-léninisme de la direction » et d’« individualisme qui se transforma en antagonisme » mais se taisant toujours encore sur l’essence du fractionnisme : la lutte sans principe pour le pouvoir.

§ 2. LE FRACTIONNISME DE A FUT UNE LUTTE DÉLIBÉRÉE ET SANS PRINCIPE POUR LE POUVOIR

Tout en convenant du rôle principal qu’il avait joué dans la fraction, A refusa constamment de quitter le terrain des vérités générales applicables au CDT dans son ensemble. La lutte idéologique s’était d’abord limitée à réfuter les positions et les activités fractionnelles du CDT, ainsi que l’idéologie – l’individualisme, l’anarchisme – qui les avait sous-tendues, et elle avait donc visé la part commune prise par les trois cadres du CDT. Elle avait suffi à circonscrire complètement les erreurs de B et de C. Mais la question de A était plus grave. Elle devait être approfondie dans ses aspects politiques et idéologiques. Il était nécessaire de définir les visées politiques de la fraction que A a commandée et la déviation idéologique qui est à la source de ces visées.

Dans sa troisième « autocritique », A parlait donc de son « travail de sape contre le NDN » et de « liquidation du marxisme-léninisme de la direction ». Ces termes, tout en levant un coin du voile, cachaient cependant l’essentiel. Il n’était pas conforme à la vérité de parler de « travail de sape à l’égard du NDN » ; il fallait dire : lutte sans principe pour le pouvoir ». Le texte faisait aussi état « d’individualisme qui s’est transformé en action antagoniste vis-à-vis du NDN et de la ligne » et « d’appréciation du degré de conscience du NDN » (lors de la seconde autocritique, A avait reconnu une « sous-estimation du NDN » de sa part). Là aussi, A faisait semblant d’aller à la rencontre des positions marxistes, mais en réalité, il ne « découvrait » une vérité superficielle que pour mieux cacher le fond de la réalité. Il ne suffit pas de noter un « individualisme qui se transforme en action antagonique «  ; il importe surtout d’éclairer la cause d’une pareille « transformation », qui ne va pas du tout de soi. A la « sous-estimation du NDN » correspondait nécessairement chez A la « surestimation de lui-même » dont il ne parlait jamais et qui était pourtant l’aspect principal de la contradiction, la source idéologique de toutes ses erreurs. L’« individualisme » de A, c’est l’orgueil, la volonté bourgeoise de mettre sa personne au-dessus du Parti et de la classe ouvrière, le désir de prendre le pouvoir parce que c’est en soi qu’on a le plus confiance, même si cette confiance n’est pas objectivement fondée.

Ce que A appelait « autocritique » se bornait à reprendre une partie des éléments que le NDN lui-même avait mis en avant dans sa critique (une partie seulement, car A restait très discret, surtout dans ses « conclusions » sur les positions politiques prises par la fraction) et qui s’appliquait à l’ensemble du CDT. Cette « autocritique » cachait la contradiction principale qui opposait A à l’UC(ML)B, à savoir qu’il avait lutté pour le pouvoir dans une organisation communiste (et reconnue comme telle par lui) sur des positions bourgeoises.

§ 3. LA FUITE EN AVANT VERS LE RÉVISIONNISME ET LE SCISSIONNISME

Le NDN ni les cadres ne jugeant que les « autocritiques » successives de A étaient véritables et sincères, et A refusant d’en dire plus long sur son idéologie, il lui fallut renoncer à ses camouflages et s’engager dans son opportunisme plus ouvertement encore. Il mit au point une version révisionniste inédite de l’autocritique : la « théorie de l’autocritique différée ». Pour faire une autocritique plus complète, dit A, je dois d’abord faire des critiques, et pour faire des critiques, il me faut un point de vue central. Pour cette raison, je ne parlerai qu’après la campagne de bolchévisation » !

Cette nouvelle position, en mettant l’accent sur les « critiques » par rapport à l’autocritique, en privilégiant les « positions politiques » de A et en mettant dans l’ombre toute la question de la fraction (exactement comme si elle n’avait jamais eu lieu), faisait sous-entendre que ces fameuses « positions » tenues secrètes (parce « qu’incomplètes » !) pouvaient bien être les positions « marxistes-léninistes », en d’autres termes que la fraction aurait été une insurrection « légitime » des éléments « communistes » contre les éléments « révisionnistes ». L’inversion du vrai et du faux, du prolétariat et de la bourgeoisie, inaugurée par le CDT, recevait là un nouvel accoutrement. La déclaration selon laquelle il fallait attendre la fin de la campagne avant que A ne consente à faire connaître ses « critiques » au NDN et aux cadres, constituait une provocation cynique contre l’UC(ML)B toute entière. A osa déclarer ouvertement qu’il ne désarmait pas et qu’il comptait attaquer au moment qu’il jugerait le plus favorable à ses menées. Pour faire passer sa camelote révisionniste, il se prévalait de la faculté qu’a tout membre du Parti de « réserver son opinion » !

A, subitement, « oubliait » tous les principes et ne voyait apparemment plus la différence entre les droits reconnus à la minorité après lutte idéologique sur ses positions et le « droit » qu’il s’arrogeait de lancer de grossières attaques contre notre organisation. S’engageant plus encore dans ce chemin dangereux, A manœuvra avec de plus en plus d’insistance pour faire accepter une « discussion » sur les « contradictions » existant entre lui et l’organisation, afin de faire oublier ses agissements et d’ôter sa raison d’être à l’autocritique qu’il devait faire. Mais l’autocritique de A sur ses menées fractionnelles devait précéder toutes les critiques qu’il pouvait avoir à faire à l’organisation. La façon dont cette question serait tranchée nous ferait voir si nous avions affaire avec un communiste ou avec un bourgeois. A alléguait maintenant des contradictions secondaires soulevées lors de l’unification TPT-UR, mais il s’appuyait surtout sur des « contradictions » qu’il inventait de toutes pièces pour les besoins de la cause et qu’il invoquait maintenant pour la première fois ! C’est ainsi que A souleva des « contradictions à propos du type de travail à mener dans la classe ouvrière », « contradictions » qui selon lui auraient existé depuis l’unification (avril) et dont il parlait en réalité pour la première fois ce 30 septembre ! Le 5 octobre, A se mit à prétendre que l’UC(ML)B a, dans son journal, lancé aux marxistes-léninistes un appel à l’unité sans principe. Le 7 octobre, ne reculant devant aucune absurdité, il prétendit qu’à l’UC(ML)B « il n’existe pas de volonté consciente de recruter des ouvriers » !

Celui qui lâche le maillon court droit à la dégénérescence idéologique. Sur cette pente, il n’y a plus d’« arguments » que dans les manœuvres dilatoires et le dénigrement.

Poursuivant son travail de sape, A trouva ensuite l’occasion de s’immiscer dans une réunion de cellule pour y défendre ses « vues » sur l’unité du mouvement, ou plutôt sur sa désunion. Mais les arguments des camarades de la base le réfutèrent, et le NDN le rappela une nouvelle fois à l’ordre.

A refusait de se critiquer devant l’organisation, parce qu’il décidait qu’il fallait faire confiance à sa personne plutôt qu’à la ligne de l’UC(ML)B élaborée par le NDN avec l’appui des cadres et le soutien de l’organisation entière. Pour « justifier » ce refus, il devait attaquer notre ligne, notre pratique, notre organisation. S’il persistait dans son attitude, il devrait bientôt chercher à les liquider complètement. Telle est la logique objective de l’opportunisme : c’est ce que le NDN exposa devant lui en réunion de cadres, l’avertissant qu’il mettait en danger son existence même de militant communiste. A fuyait en avant vers le révisionnisme et le scissionnisme.

Le NDN et les cadres n’obtenant pas de A qu’il mène une lutte idéologique correcte et qu’il manifeste une volonté d’unité, le Noyau dirigeant local (NDL) vota le 15 octobre à l’unanimité contre la voix de A, la suspension de ses fonctions de cadre, jusqu’à la vérification des cartes.

(…)

Pour lire la suite: http://www.centremlm.be/Union-des-Communistes-Marxistes-Leninistes-de-Belgique-Bulletin-Marxiste-1778

Régis Debray. « Civilisation. Comment nous sommes devenus américains »

Bernard GENSANE

Un livre érudit, avec de délicieuses pointes d’humour, qui poursuit une réflexion de Simone Weill de 1943 selon laquelle une américanisation de l’Europe ferait perdre son passé à l’humanité, et une interrogation de Paul Valéry, de 1939 : « Je me demande si l’Europe ne finira pas par une démence ou un ramollissement ».

On aurait pu attendre des guillemets à « américains » dans le sous-titre car, Debray le sait mieux que personne, les Chiliens ou les Cubains sont aussi des Américains. On se fiche que la partie soit prise pour le tout comme dans Make America great again.

Mais ne boudons pas notre plaisir devant cette brillante démonstration selon laquelle si une « culture construit des lieux », une civilisation « construit des routes » avec un gros bâton (celui de la big stick policy), une flotte, des armées, aujourd’hui des drones.

Depuis qu’il a raflé le Texas, l’empire américain n’a gagné en surface que quelques centaines de milliers de kilomètres carrés. Alaska y compris. Mais les 2 000 implantations militaires sur les cinq continents ne seraient rien sans les 35 000 McDo. Et vice versa.

Au milieu des années soixante, j’habitais Montdidier, petite sous-préfecture balzacienne de la Somme. Á l’époque, une ville de 5 000 habitants comptait encore bon nombre de magasins de toutes sortes. Le magasin d’habits, qui ne désemplissait jamais, avait pour enseigne « Aux surplus américains » Nous étions heureux de nous fournir pour pas cher dans une échoppe qui proclamait sans vergogne qu’elle nous vendait des rebuts, les franchisés profitant de notre naïveté pour nous refiler du trop-plein. La civilisation zunienne avait gagné chez Balzac : on ne savait pas d’où venaient ces frusques, dans quelles conditions elles avaient été stockées, ce qu’elles avaient coûté aux producteurs. Ces vêtements n’étaient même pas toujours ricains. C’était notre deuxième peau. Au XVIe siècle, le paysan d’Amboise, voisin de Léonard de Vinci, ne parlait pas un mot d’italien. Aujourd’hui, il écoute Beyoncé dans son tracteur climatisé.

Quand, demande Debray, l’Europe a-t-elle cessé de « faire civilisation » ? En 1919, au Congrès de Versailles. Les États-Unis n’ont pas alors pleinement conscience qu’ils vont devenir la première puissance mondiale. Mais le président exige que le traité soit également rédigé en anglais. Jusqu’alors, observe Debray, il y avait à l’ouest une civilisation européenne avec sa variante américaine. Dans les cinquante années suivantes, on aurait une civilisation américaine avec des variables d’ajustement européennes. Dans tous les domaines. Je n’entre pas dans les détails, mais même dans la natation, les catégories d’âge de nageurs qui dataient d’un siècle (poussins, minimes, cadets etc.) se sont alignées cette année sur les catégories zuniennes.

Plus graves que nos bassins chlorés, la République française, l’État français, les pouvoirs publics ont plié le cou devant les méthodes uniennes. En 2008, sous Sarkozy, nos ministères furent inspectés, mieux : évalués, par une entreprise privée zunienne. Comme si le corps des inspecteurs des Finances n’existait plus. L’État français fut dès lors appréhendé dans son fonctionnement à l’aune des méthodes du privé d’outre-Atlantique. Les hôpitaux (les universités, les commissariats de police etc.) furent mis en concurrence, les partis politiques devinrent des familles et cessèrent d’élaborer des programmes en se contentant de projets, on nous obligea à aimer le modèle des primaries et les candidats à la présidentielle nous proposèrent des offres.

Á Sciences-Po, « réformée » par un chairman of the board plus ricain que ricain qui mourut dans des circonstances hollywoodiennes jamais élucidées, 60% des cours sont dispensés en anglais. Et, précise Debray, le cours sur les politiques culturelles en France est dénommé « Cultural Policy and Management ».

Á bas les anciennes catégories marxisantes (bourgeoisie, classe, capitalisme) ! Ne dites plus « prolétaires » mais « milieux défavorisées » (d’ailleurs les prolétaires ne savent plus qu’ils sont prolétaires, c’est du moins ce que pensent les bobos) ; de votre langage, « bannissez » (sic) « clochards », « SDF » étant beaucoup plus indolore. Ne dites plus « santé gratuite pour tous » mais care, « avion présidentiel » mais « Sarko One ». Et, surtout, représentez-vous Bri-Bri d’amour en termes de First Lady. Envoyez vos enfants, en bons Ricains, délirer chez les voisins avec des masques d’Halloween alors que cette fête appartient au paganisme celte. Martelez comme il convient que l’équipe de France de foot est black-blanc-beur. Forcément, puisque la quête de l’égalité a été remplacée par le mirage de la diversité et que le sociétal a étouffé le social.

La thèse fondamentale de cet essai est que l’Amérique c’est de l’espace tandis que l’Europe c’est du temps. Aux États-Unis, on part sur la Route 66 en bon Easy Rider. On conquiert un territoire – au besoin avec un colt – alors qu’en Europe on labourait un terroir (on guerroyait un peu aussi, quand même). Mais tout a changé. Il n’y a plus chez nous que des « espaces » (salle d’attente, dégustation de vin, voies piétonnières, open spaces un peu partout, surtout quand ils sont agrémentés par des open bars). Je ne te demande pas qui tu es mais où tu es grâce à ma géolocalisation à un mètre cinquante près. Dans les espaces, explique Régis Debray, pas de peuple, mais une « population », c’est-à-dire une projection préfectorale ou municipale. Un peuple, c’est autre chose : une langue, des habitus, un passé, une gastronomie, du et des liens.

Á des populations hors-temps, on peut faire gober tout ce qu’on veut. Par exemple, que les États-Unis sont la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne alors que les Français de 1945 pensaient que c’était l’Union Soviétique. D’ailleurs si Poutine assista au 70ème anniversaire du Débarquement en Normandie, le Young Leader Hollande ne lui rendit pas la pareille à Moscou. On peut même faire croire à tous les publics, à toutes les populations de la Terre, que Rambo a gagné la guerre.

Lors du vote du Traité de Maastricht, on nous a seriné que nos enfants voyageraient, séjourneraient dans le continent et apprendraient quantités de langue européennes. Le russe et l’allemand sont cinq fois moins enseignés qu’il y a cinquante ans. Arte n’a aucune émission de débats entre intellectuels franco-allemands mais consacre dix minutes à un malaise de Mrs Clinton. Les fonctionnaires de Bruxelles communiquent dans la langue d’un pays qui ne fait plus partie de l’Union européenne. Des anciens pays de l’Europe de l’Est se sont dépêchés d’admettre sur leur sol des centres secrets de torture de la CIA. Il faut désormais endurer un président pour qui « Belgium » est une ville et qui pense avoir envoyé 59 missiles vers l’Irak alors que c’était vers la Syrie. Ça tombe où ça peut, où ça doit. L’important, c’est que ça « frappe » (plus de bombardements, des frappes), que ça terrorise, quel que soit le degré d’improvisation.

Debray nous rappelle qu’en affaires l’empire est féroce, voyou. BNP a accepté de payer une amende bidon, une rançon de 8,9 milliards de dollars (vous me direz : elle les avait) sans que nos gouvernants s’émeuvent, sans que notre médiacratie s’étonne. Quant à imaginer une réciprocité… Debray cite Pierre Lellouche, homme politique bien à droite, pas vraiment hostile à l’aigle impérial : « Un obscur accord fiscal franco-américain transformera notre ministère des Finances en supplétif de l’International revenue Service. Cet accord ne fait que traduire dans le droit français une loi américaine obligeant nos institutions financières à déclarer au fisc américain tous les comptes détenus par des citoyens ou entités américains en France dès lors que leur solde est supérieur à 50 000 dollars. Mais sans réciprocité : ce que le fisc français donnera à l’IRS, le Trésor américain ne le fera pas dans l’autre sens parce que la loi américaine ne le permet pas. »

Une des dernières réflexions de l’auteur porte sur la notion de laïcité que nous, tous seuls avec nos petites mains, avons réussi à américaniser. Je vous laisse découvrir comment.

Les moins jeunes d’entre nous s’en souviennent. Le Défi américain, publié en octobre 1967, fut l’un des plus énormes succès de librairie en France. Certes, il bénéficia du battage hebdomadaire de L’Express, beaucoup plus prescripteur qu’aujourd’hui. Son éditeur avait prévu un tirage de 15 000 exemplaires. Il s’en vendit 2 millions en France et 10 millions dans le monde.

Bernard Gensane

Paris : Gallimard, 2017.

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La maladie infantile du communisme, le «gauchisme» : Extraits

Il nous est apparu que, parmi l’avant-garde révolutionnaire elle-même, et à notre grand désarroi, les militantEs souffraient de l’ignorance non seulement de la théorie marxiste-léniniste dans son ensemble, mais de ces principes élémentaires les plus fondamentaux. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui quelques extraits de la célèbre brochure «La maladie infantile du communisme, le gauchisme» qui sauront, nous l’espérons, donner une impulsion « révolutionnaire » à nos militantEs, surtout que nous sommes à la veille de Célébrer le Centenaire de la Grande Révolution Bolchevique d’Octobre de 1917.

« Marx disait que notre théorie n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action. »

 

 

«La loi fondamentale de la révolution, confirmée par toutes les révolutions et notamment par les trois révolutions russes du xxe siècle, la voici : pour que la révolution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l’impossibilité de vivre comme autrefois et réclament des changements. Pour que la révolution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois. C’est seulement lorsque « ceux d’en bas » ne veulent plus et que « ceux d’en haut » ne peuvent plus continuer de vivre à l’ancienne manière, c’est alors seulement que la révolution peut triompher. Cette vérité s’exprime autrement en ces termes : la révolution est impossible sans une crise nationale (affectant exploités et exploiteurs). Ainsi donc, pour qu’une révolution ait lieu, il faut : premièrement, obtenir que la majorité des ouvriers (ou, en tout cas, la majorité des ouvriers conscients, réfléchis, politiquement actifs) ait compris parfaitement la nécessité de la révolution et soit prête à mourir pour elle ; il faut ensuite que les classes dirigeantes traversent une crise gouvernementale qui entraîne dans la vie politique jusqu’aux masses les plus retardataires (l’indice de toute révolution véritable est une rapide élévation au décuple, ou même au centuple, du nombre des hommes aptes à la lutte politique, parmi la masse laborieuse et opprimée, jusque-là apathique), qui affaiblit le gouvernement et rend possible pour les révolutionnaires son prompt renversement.

Le capitalisme ne serait pas le capitalisme si le prolétariat « pur » n’était entouré d’une foule extrêmement bigarrée de types sociaux marquant la transition du prolétaire au semi-prolétaire (à celui qui ne tire qu’à moitié ses moyens d’existence de la vente de sa force de travail), du semi-prolétaire au petit paysan (et au petit artisan dans la ville ou à la campagne, au petit exploitant en général) ; du petit paysan au paysan moyen, etc. ; si le prolétariat lui-même ne comportait pas de divisions en catégories plus ou moins développées, groupes d’originaires, professionnels, parfois religieux, etc. D’où la nécessité, la nécessité absolue pour l’avant-garde du prolétariat, pour sa partie consciente, pour le Parti communiste, de louvoyer, de réaliser des ententes, des compromis avec les divers groupes de prolétaires, les divers partis d’ouvriers et de petits exploitants. Le tout est de savoir appliquer cette tactique de manière à élever, et non à abaisser le niveau de conscience général du prolétariat, son esprit révolutionnaire, sa capacité de lutter et de vaincre.»

 

 

«Faire la guerre pour le renversement de la bourgeoisie internationale, guerre cent fois plus difficile, plus longue, plus compliquée que la plus acharnée des guerres ordinaires entre États, et renoncer d’avance à louvoyer, à exploiter les oppositions d’intérêts (fussent-elles momentanées) qui divisent nos ennemis, à passer des accords et des compromis avec des alliés éventuels (fussent-ils temporaires, peu sûrs, chancelants, conditionnels) ; n’est-ce pas d’un ridicule achevé ? N’est-ce pas quelque chose comme de renoncer d’avance, dans l’ascension difficile d’une montagne inexplorée et inaccessible jusqu’à ce jour, à marcher parfois en zigzags, à revenir parfois sur ses pas, à renoncer à la direction une fois choisie pour essayer des directions différentes ? Et des gens manquant à ce point de conscience et d’expérience (encore si leur jeunesse en était la cause : les jeunes ne sont-ils pas faits pour débiter un certain temps des bêtises pareilles !) ont pu être soutenus – de près ou de loin, de façon franche ou déguisée, entièrement ou en partie, il n’importe ! – par certains membres du Parti communiste hollandais !

Après la première révolution socialiste du prolétariat, après le renversement de la bourgeoisie dans un pays, le prolétariat de ce pays reste encore longtemps plus faible que la bourgeoisie, d’abord simplement à cause des relations internationales étendues de cette dernière, puis à cause du renouvellement spontané et continu, de la régénération du capitalisme et de la bourgeoisie par les petits producteurs de marchandises dans le pays qui a renversé sa bourgeoisie. On ne peut triompher d’un adversaire plus puissant qu’au prix d’une extrême tension des forces et à la condition expresse d’utiliser de la façon la plus minutieuse, la plus attentive, la plus circonspecte, la plus intelligente, la moindre « fissure » entre les ennemis, les moindres oppositions d’intérêts entre les bourgeoisies des différents pays, entre les différents groupes ou catégories de la bourgeoisie à l’intérieur de chaque pays, aussi bien que la moindre possibilité de s’assurer un allié numériquement fort, fut-il un allié temporaire, chancelant, conditionnel, peu solide et peu sûr. Qui n’a pas compris cette vérité n’a compris goutte au marxisme, ni en général au socialisme scientifique contemporain. Qui n’a pas prouvé pratiquement, pendant un laps de temps assez long et en des situations politiques assez variées, qu’il sait appliquer cette vérité dans les faits, n’a pas encore appris à aider la classe révolutionnaire dans sa lutte pour affranchir des exploiteurs toute l’humanité laborieuse. Et ce qui vient d’être dit est aussi vrai pour la période qui précède et qui suit la conquête du pouvoir politique par le prolétariat.

Notre théorie n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action, ont dit Marx et Engels et la plus grave erreur, le crime le plus grave de marxistes aussi « patentés » que Karl Kautsky, Bauer et autres, c’est qu’ils n’ont pas compris, c’est qu’ils n’ont pas su appliquer cette vérité aux heures les plus décisives de la révolution prolétarienne. « L’action politique, ce n’est pas un trottoir de la perspective Nevski » (un trottoir net, large et uni de l’artère principale, absolument rectiligne, de Pétersbourg), disait déjà N. Tchernychevski, le grand socialiste russe de la période d’avant Marx.»

 

 

«Il se présente évidemment des cas isolés, exceptionnellement difficiles et complexes, où les plus grands efforts sont nécessaires pour bien déterminer le caractère véritable de tel ou tel « compromis », – de même qu’il est très difficile de décider, dans certains cas, si le meurtre était absolument légitime et même indispensable (par exemple, en cas de légitime défense), ou s’il est le résultat d’une négligence impardonnable, voire d’un plan perfide, habilement mis à exécution. Il va de soi qu’en politique, où il s’agit parfois de rapports extrêmement complexes – nationaux et internationaux – entre les classes et les partis, de nombreux cas se présenteront, infiniment plus difficiles que la question de savoir si un « compromis » conclu à l’occasion d’une grève est légitime, ou s’il est le fait d’un chef traître, d’un briseur de grève, etc. Vouloir trouver une recette, ou une règle générale (« Jamais de compromis » !) bonne pour tous les cas, est absurde. Il faut être assez compréhensif pour savoir se retrouver dans chaque cas particulier. La raison d’être de l’organisation du parti et des chefs dignes de ce nom c’est, entre autres choses, qu’ils doivent par un travail de longue haleine, opiniâtre, multiple et varié de tous les représentants conscients de la classe en question ,  acquérir les connaissances nécessaires, l’expérience nécessaire et, de plus, le flair politique nécessaire à la solution juste et prompte de questions politiques complexes.

Les gens naïfs et totalement dépourvus d’expérience s’imaginent qu’il suffit d’admettre les compromis en général pour que toute limite soit effacée entre l’opportunisme, contre lequel nous soutenons et devons soutenir une lutte intransigeante, et le marxisme révolutionnaire ou le communisme. Ces gens-là, s’ils ne savent pas encore que toutes les limites dans la nature et dans la société sont mobiles et jusqu’à un certain point conventionnelles, on ne peut leur venir en aide que moyennant une longue étude, instruction, éducation, expérience de la vie et des choses politiques. Il faut savoir discerner, dans les questions de politique pratique qui se posent à chaque moment particulier ou spécifique de l’histoire, celles où se manifestent les compromis les plus inadmissibles, les compromis de trahison, incarnant l’opportunisme funeste à la classe révolutionnaire, et consacrer tous les efforts pour les révéler et les combattre. Pendant la guerre impérialiste de 1914-1918 où s’affrontaient deux groupes de pays également pillards et rapaces, la forme principale, essentielle de l’opportunisme fut le social-chauvinisme, c’est-à-dire le soutien de la « défense nationale » qui, dans cette guerre, signifiait en réalité la défense des intérêts spoliateurs de « sa » bourgeoisie nationale. Après la guerre : la défense de la spoliatrice « Société des Nations » ; la défense des coalitions directes ou indirectes avec la bourgeoisie de son pays contre le prolétariat révolutionnaire et le mouvement « soviétique » ; la défense de la démocratie bourgeoise et du parlementarisme bourgeois contre le « pouvoir des Soviets », – telles ont été les principales manifestations de ces inadmissibles compromis de trahison qui ont toujours abouti, en fin de compte, à un opportunisme funeste au prolétariat révolutionnaire et à la cause.

 

L’avant-garde prolétarienne est conquise idéologiquement. C’est le principal. Autrement, faire même un premier pas vers la victoire serait impossible. Mais de là à la victoire, il y a encore assez loin. On ne peut vaincre avec l’avant-garde seule. Jeter l’avant-garde seule dans la bataille décisive, tant que la classe tout entière, tant que les grandes masses n’ont pas pris soit une attitude d’appui direct à l’avant-garde, soit tout au moins de neutralité bienveillante, qui les rende complètement incapables de soutenir son adversaire, ce serait une sottise, et même un crime. Or, pour que vraiment la classe tout entière, pour que vraiment les grandes masses de travailleurs et d’opprimés du Capital en arrivent à une telle position, la propagande seule, l’agitation seule ne suffisent pas. Pour cela, il faut que ces masses fassent leur propre expérience politique. Telle est la loi fondamentale de toutes les grandes révolutions, loi confirmée maintenant avec une force et un relief frappants, non seulement par la Russie, mais aussi par l’Allemagne. Ce ne sont pas seulement les masses ignorantes, souvent illettrées, de Russie, ce sont aussi les masses d’Allemagne, hautement cultivées, sans un seul analphabète, qui ont dû éprouver à leurs dépens toute la faiblesse, toute la veulerie, toute l’impuissance, toute la servilité devant la bourgeoisie, toute la lâcheté du gouvernement des paladins de la IIe Internationale, le caractère inévitable de la dictature des ultra-réactionnaires (Kornilov en Russie, Kapp et consorts en Allemagne), seule alternative en face de la dictature du prolétariat, pour se tourner résolument vers le communisme.»

«L’objectif immédiat de l’avant-garde consciente du mouvement ouvrier international, c’est-à-dire des partis, groupes et tendances communistes, c’est de savoir amener les larges masses (encore somnolentes, apathiques, routinières, inertes, engourdies, dans la plupart des cas) à cette position nouvelle ou plutôt de savoir conduire non seulement son parti, mais aussi les masses en train d’arriver, de passer à cette nouvelle position. Si le premier objectif historique (attirer l’avant-garde consciente du prolétariat aux côtés du pouvoir des Soviets et de la dictature de la classe ouvrière) ne pouvait être atteint sans une victoire complète, idéologique et politique, sur l’opportunisme et le social-chauvinisme, le second objectif qui devient d’actualité et qui consiste à savoir amener les masses à cette position nouvelle, propre à assurer la victoire de l’avant-garde dans la révolution, cet objectif actuel ne peut être atteint sans liquidation du doctrinarisme de gauche, sans réfutation décisive et élimination complète de ses erreurs.

Tant qu’il s’agissait (et dans la mesure où il s’agit encore) de rallier au communisme l’avant-garde du prolétariat, la propagande s’est située au premier plan ; même les petits cercles de propagande sont utiles et féconds en dépit des défauts qui leur sont inhérents. Mais quand il s’agit de l’action pratique des masses, de la distribution – s’il m’est permis de m’exprimer ainsi – d’armées fortes de millions d’hommes, de la répartition de toutes les forces de classe d’une société donnée en vue du combat final et décisif, on ne fera rien avec les seules méthodes de propagande, avec la seule répétition des vérités du communisme « pur ». Il ne faut pas compter ici par milliers, comme le fait en somme le propagandiste, membre d’un groupe restreint et qui n’a pas encore dirigé les masses ; il faut compter ici par millions et par dizaines de millions. Il ne suffit pas de se demander si l’on a convaincu l’avant-garde de la classe révolutionnaire ; il faut encore savoir si les forces historiquement agissantes de toutes les classes, absolument de toutes les classes sans exception, d’une société donnée, sont disposées de façon que la bataille décisive soit parfaitement à point, – de façon :

 

  1. que toutes les forces de classe qui nous sont hostiles soient suffisamment en difficulté, se soient suffisamment entre-déchirées, soient suffisamment affaiblies par une lutte au-dessus de leurs moyens ;
  2. que tous les éléments intermédiaires, hésitants, chancelants, inconstants – la petite bourgeoisie, la démocratie petite-bourgeoise par opposition à la bourgeoisie – se soient suffisamment démasqués aux yeux du peuple, suffisamment déshonorés par leur faillite pratique ; qu’au sein du prolétariat un puissant mouvement d’opinion se fasse jour en faveur de l’action la plus décisive, la plus résolument hardie et révolutionnaire contre la bourgeoisie.

    C’est alors que la révolution est mûre ; c’est alors que, si nous avons bien tenu compte de toutes les conditions indiquées, sommairement esquissées plus haut, et si nous avons bien choisi le moment, notre victoire est assurée.»

«Mais le camarade Bordiga et ses amis « gauches » tirent de leur juste critique de MM. Turati et Cie cette conclusion fausse qu’en principe toute participation au parlement est nuisible. Les « gauches » italiens ne peuvent apporter l’ombre d’un argument sérieux en faveur de cette thèse. Ils ignorent simplement (ou s’efforcent d’oublier) les exemples internationaux d’utilisation réellement révolutionnaire et communiste des parlements bourgeois, utilisation incontestablement utile à la préparation de la révolution prolétarienne. Simplement incapables de se représenter cette utilisation « nouvelle », ils clament en se répétant sans fin, contre l’utilisation « ancienne », non bolchevique, du parlementarisme.

Là est justement leur erreur foncière. Ce n’est pas seulement dans le domaine parlementaire, c’est dans tous les domaines d’activité que le communisme doit apporter (et il en sera incapable sans un travail long, persévérant, opiniâtre) un principe nouveau, qui romprait à fond avec les traditions de la IIe Internationale (tout en conservant et développant ce que cette dernière a donné de bon).

Considérons par exemple le journalisme. Les journaux, les brochures, les tracts remplissent une fonction indispensable de propagande, d’agitation et d’organisation. Dans un pays tant soit peu civilisé, aucun mouvement de masse ne saurait se passer d’un appareil journalistique. Et toutes les clameurs soulevées contre les « chefs », toutes les promesses solennelles de préserver la pureté des masses de l’influence des chefs, ne nous dispenseront pas d’employer pour ce travail des hommes issus des milieux intellectuels bourgeois, ne nous dispenseront pas de l’atmosphère, de l’ambiance « propriétaire », démocratique bourgeoise, où ce travail s’accomplit en régime capitaliste. Même deux années et demie après le renversement de la bourgeoisie, après la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, nous voyons autour de nous cette atmosphère, cette ambiance des rapports propriétaires, démocratiques bourgeois des masses (paysans, artisans).

Le parlementarisme est une forme d’action, le journalisme en est une autre. Le contenu dans les deux cas peut être communiste et doit l’être si, dans l’un comme dans l’autre domaine, les militants sont réellement communistes, réellement membres du parti prolétarien de masse. Mais dans l’une et dans l’autre sphère – et dans n’importe quelle sphère d’action, en régime capitaliste et en période de transition du capitalisme au socialisme – il est impossible d’éluder les difficultés, les tâches particulières que le prolétariat doit surmonter et réaliser pour utiliser à ses fins les hommes issus d’un milieu bourgeois, pour triompher des préjugés et des influences des intellectuels bourgeois, pour affaiblir la résistance du milieu petit-bourgeois (et puis ensuite le transformer complètement).

N’avons-nous pas vu dans tous les pays, avant la guerre de 1914-1918, d’innombrables exemples d’anarchistes, de syndicalistes et d’autres hommes d’extrême-« gauche », qui foudroyaient le parlementarisme, tournaient en dérision les socialistes parlementaires platement embourgeoisés, flétrissaient leur arrivisme, etc., etc., – et qui eux-mêmes, par le journalisme, par l’action menée dans les syndicats, fournissaient une carrière bourgeoise parfaitement identique? Les exemples des sieurs Jouhaux et Merrheim, pour ne citer que la France, ne sont-ils pas typiques à cet égard ?

« Répudier » la participation au parlementarisme a ceci de puéril que l’on s’imagine, au moyen de ce procédé « simple », « facile » et prétendument révolutionnaire, « résoudre » le difficile problème de la lutte contre les influences démocratiques bourgeoises à l’intérieur du mouvement ouvrier, alors qu’en réalité on ne fait que fuir son ombre, fermer les yeux sur la difficulté, l’éluder avec des mots. L’arrivisme le plus cynique, l’utilisation bourgeoise des sinécures parlementaires, la déformation réformiste criante de l’action parlementaire, la plate routine petite-bourgeoise, nul doute que ce ne soient là les traits caractéristiques habituels et dominants que le capitalisme engendre partout, en dehors comme au sein du mouvement ouvrier. Mais ce même capitalisme et l’atmosphère bourgeoise qu’il crée (laquelle est très lente à disparaître, même la bourgeoisie une fois renversée, puisque la paysannerie donne constamment naissance à la bourgeoisie), enfantent dans tous les domaines du travail et de la vie sans exception, un arrivisme bourgeois, un chauvinisme national, de la platitude petite-bourgeoise, etc., qui sont au fond exactement les mêmes et ne se distinguent que par d’insignifiantes variations de forme.

Vous vous imaginez vous-mêmes « terriblement révolutionnaires », chers boycottistes et antiparlementaires, mais en fait vous avez pris peur devant les difficultés, relativement peu importantes, de la lutte contre les influences bourgeoises dans le mouvement ouvrier, alors que votre victoire, c’est-à-dire le renversement de la bourgeoisie et la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, suscitera ces mêmes difficultés dans une proportion encore plus grande, infiniment plus grande. Tels des enfants, vous avez pris peur devant la petite difficulté qui se présente à vous, aujourd’hui, sans comprendre que, demain et après-demain, vous aurez à parfaire votre éducation, à apprendre à triompher de ces mêmes difficultés, en des proportions infiniment plus vastes.

Sous le pouvoir des Soviets, il s’insinuera dans votre parti et dans le nôtre, le parti du prolétariat, un nombre encore plus grand d’intellectuels bourgeois. Ils s’insinueront dans les Soviets et dans les tribunaux, et dans les administrations, car on ne peut bâtir le communisme qu’avec le matériel humain créé par le capitalisme ; il n’en existe pas d’autre. On ne peut ni bannir, ni détruire les intellectuels bourgeois, il faut les vaincre, les transformer, les refondre, les rééduquer, comme du reste il faut rééduquer au prix d’une lutte de longue haleine, sur la base de la dictature du prolétariat, les prolétaires eux-mêmes qui, eux non plus, ne se débarrassent pas de leurs préjugés petits-bourgeois subitement, par miracle, sur l’injonction de la Sainte Vierge, sur l’injonction d’un mot d’ordre, d’une résolution, d’un décret, mais seulement au prix d’une lutte de masse, longue et difficile, contre les influences des masses petites-bourgeoises. Sous le pouvoir des Soviets, ces mêmes problèmes qu’aujourd’hui l’antiparlementaire rejette loin de lui d’un seul geste de la main, si orgueilleusement, avec tant de hauteur, d’étourderie, de puérilité, renaissent au sein des Soviets, au sein des administrations soviétiques, parmi les « défenseurs » soviétiques : nous avons supprimé en Russie, et nous avons bien fait de supprimer le barreau bourgeois, mais il renaît chez nous sous le manteau des « défenseurs soviétiques » . Parmi les ingénieurs soviétiques, parmi les instituteurs soviétiques, parmi les ouvriers privilégiés, c’est-à-dire les plus qualifiés, et placés dans les meilleures conditions dans les usines soviétiques, nous voyons continuellement renaître tous, absolument tous les traits négatifs propres au parlementarisme bourgeois ; et ce n’est que par une lutte répétée, inlassable, longue et opiniâtre de l’esprit d’organisation et de discipline du prolétariat que nous triomphons – peu à peu – de ce mal.

Il est évidemment très « difficile » de vaincre, sous la domination de la bourgeoisie, les habitudes bourgeoises dans notre propre parti, c’est-à-dire dans le parti ouvrier : il est « difficile » de chasser du parti les chefs parlementaires de toujours, irrémédiablement corrompus par les préjugés bourgeois ; il est « difficile » de soumettre à la discipline prolétarienne un nombre strictement nécessaire (même très limité) d’hommes venus de la bourgeoisie ; il est « difficile » de créer dans le parlement bourgeois une fraction communiste parfaitement digne de la classe ouvrière ; il est « difficile » d’obtenir que les parlementaires communistes ne se laissent pas prendre aux hochets du parlementarisme bourgeois, mais s’emploient à un travail substantiel de propagande, d’agitation et d’organisation des masses. Tout cela est « difficile », c’est certain. Ç’a été difficile en Russie, et c’est infiniment plus difficile encore en Europe occidentale et en Amérique, où la bourgeoisie est beaucoup plus forte, plus fortes les traditions démocratiques bourgeoises et ainsi de suite.

Mais toutes ces « difficultés » ne sont vraiment qu’un jeu d’enfant à côté des problèmes, absolument de même nature, que le prolétariat aura à résoudre nécessairement pour assurer sa victoire, et pendant la révolution prolétarienne et après la prise du pouvoir par le prolétariat. A côté de ces tâches vraiment immenses, alors qu’il s’agira, sous la dictature du prolétariat, de rééduquer des millions de paysans, de petits patrons, des centaines de milliers d’employés, de fonctionnaires, d’intellectuels bourgeois, de les subordonner tous à l’État prolétarien et à la direction prolétarienne, de triompher de leurs habitudes et traditions bourgeoises, – à côté de ces tâches immenses, constituer sous la domination bourgeoise, au sein d’un parlement bourgeois, une fraction réellement communiste d’un véritable parti prolétarien, n’est plus qu’un jeu d’enfant.

Si les camarades « gauches » et les antiparlementaires n’apprennent pas dès maintenant à vaincre une aussi mince difficulté, on peut dire à coup sûr qu’ils se trouveront dans l’impossibilité de réaliser la dictature du prolétariat, de se subordonner et de transformer sur une grande échelle les intellectuels bourgeois et les institutions bourgeoises ; ou bien qu’ils seront obligés de compléter hâtivement leur instruction, et cette hâte portera un immense préjudice à la cause du prolétariat, leur fera commettre des erreurs plus qu’à l’ordinaire, tes rendra plus faibles et malhabiles au-dessus de la moyenne, etc., etc.

Tant que la bourgeoisie n’est pas renversée et, ensuite, tant que n’ont pas disparu totalement la petite exploitation et la petite production marchande, l’atmosphère bourgeoise, les habitudes propriétaires, les traditions petites-bourgeoises nuiront au travail du prolétariat tant au-dehors qu’au-dedans du mouvement ouvrier, non point dans une seule branche d’activité, l’activité parlementaire, mais nécessairement dans tous les domaines possibles de la vie sociale, dans toutes les activités culturelles et politiques sans exception. Et l’erreur la plus grave, dont nous aurons nécessairement à expier les conséquences, c’est de vouloir se dérober, tourner le dos à telle tâche « fâcheuse » ou difficulté dans un domaine quelconque. Il faut apprendre à s’assimiler tous les domaines, sans exception, du travail et de l’action, vaincre toujours et partout toutes les difficultés, toutes les habitudes, traditions et routines bourgeoises. Poser la question autrement est chose simplement peu sérieuse et puérile.»

 

Source: http://classiques.uqac.ca/classiques/lenine/maladie_infantile_du_communisme/maladie_infantile.html

 

France : L’oligarchie industrielle et financière a choisit un gouvernement d’extrême droite !

Nous partageons, avec nos lecteurTRICEs, cette analyse de référence de nos collègues-camarades du PCRF, membre du mouvement de la Reconstruction communiste, simplement pour votre information. 

Une nouvelle étape de la domination politique du capital monopoliste (Extrait du rapport du secrétaire général du PCRF au Comité central du 26 juin 2017)

(…) La crise politique est la manifestation, au niveau de la superstructure, de la crise générale du mode de production capitaliste sur fond de crise économique de long terme, marquée par la tendance à la surproduction et les difficultés de l’accumulation ; et le fait que les phases aiguës sont de plus en plus rapprochées et surtout qu’il n’y a pas de « période de rémission » : la reprise, annoncée tous les trois quatre matins, n’est pas au rendez-vous.

La croissance est atone, et pour ne prendre qu’un exemple, les différents gouvernements bourgeois, qui truquent le nombre de chômeurs en permanence, en sont, dans des pays où le chômage touche des millions de personnes, à se congratuler quand il y a quelques milliers de chômeurs en moins !

(…) Tout indique que nous entrons dans un cadre politique nouveau. Il y aura un avant et un après l’élection d’Emmanuel Macron.

Ce cadre politique nouveau, les conditions dans lesquelles il se construit, doit être analysé avec soin, car s’il est le produit de la lutte des classes, il va bien évidemment en retour impacter la lutte des classes. Dans un contexte marqué par l’absence d’un parti communiste capable de conduire la classe ouvrière pour se défendre, pour préparer une contre-offensive préparant les conditions pour l’affrontement révolutionnaire.

Cinq années de gouvernement socialiste sous la houlette de Hollande ont approfondi le mécontentement profond

des masses populaires, de la classe ouvrière et au-delà, des couches moyennes et de la petite bourgeoisie. Ce

mécontentement remonte à l’époque mitterrandienne et les espoirs déçus que son élection et la participation du

PCF au gouvernement avaient nourris. On peut dire qu’en 2002, la crise politique éclate au grand jour, et qu’à partir

de ce moment-là, on assiste à la montée de l’abstention et du vote blanc (on ne distinguera pas les nuls),

parallèlement au recul permanent du PCF, dont la politique de trahison de classe de ses dirigeants est perçue par

les masses. C’est l’époque des grandes attaques contre la classe ouvrière et les conquêtes sociales, qui provoquent

des mouvements de riposte massifs, mais qui ne trouvent pas de débouchés, de par l’attitude de la direction de la

CGT qui s’aligne sur la CFDT.

De 2002 à 2012, le parti représentant la bourgeoisie est aux commandes, mais il est

obligé de tenir compte du mécontentement et ne va pas jusqu’au bout des contre-réformes réclamées par la

bourgeoisie, tandis que dans les départements et les régions, le PS domine, en appliquant une politique qui cadre

tout à fait avec celle du gouvernement. Se répand l’idée qu’en fait, c’est Bruxelles qui décide et non la bourgeoisie

française qui s’appuie sur Bruxelles pour faire passer sa politique, et qu’en politique, il n’y a pas de changement

possible, si ce n’est à la marge sur des problèmes sociétaux, où droite et gauche, ce n’est pas important. Ce qui ne

veut pas dire que pour nous, ces notions sont absolues et qu’elles ont un contenu fondamental !

Toujours est-il que le référendum de 2005 sur l’UE va traduire ce mécontentement. On a un taux de participation active très

haut et le non l’emporte largement. Mais le Traité de Lisbonne, en annulant purement et simplement le vote populaire, va

renforcer la méfiance pour les partis politiques en place. L’élection de Hollande en 2012 s’est faite dans l’ambiguïté : d’un côté

un rejet de Sarkozy, et de l’autre une méfiance vis-à-vis du PS sans illusions. Notons que les directions réformistes de la CGT

et du PCF vont, quant à elles, tenir un discours capitulard : elles vont cultiver l’idéeque Hollande n’applique pas son

programme, qu’il reculerait. C’est tout bonnement faux. Derrière les mots, le programme de Hollande était clair, c’est celui

qu’il a appliqué. Les élections intermédiaires ont montré la

désaffection de l’électorat et en particulier des travailleurs, des chômeurs, de la jeunesse. La politique mise en

place a accentué le mécontentement sans que cela débouche sur des mouvements d’ensemble par manque de

direction, la CGT rentrant dans une grave crise de direction (en réalité d’orientation).

De graves réformes ont été

adoptées avec le soutien de la CFDT : ANI, lois Macron 1 & 2, mise en place de l’état d’urgence reconduit et

aggravé, loi sur le renseignement, mais aussi réforme des collèges et des rythmes scolaires, attaques contre la

fonction publique… Quand est venue la loi El Khomri contre le Droit du Travail, la coupe était pleine et la colère

s’est exprimée : le Congrès de la CGT, sans rien changer sur le fond (il faut en avoir conscience), a cependant été

marqué par une volonté de renouveau du syndicalisme de classe dans les sections d’entreprises et les

organisations. L’alliance avec la CFDT a été conspuée. Dans les conditions de l’état d’urgence et des provocations

policières, d’une direction confédérale divisée et peu encline à prendre en main la mobilisation d’un mouvement

puissant et conquérant, la lutte contre la loi El Khomri a marqué la vie politique et renforcé l’expression du

syndicalisme de classe dans la CGT.

Des organisations de la CGT demandent aujourd’hui le retrait de la CES, le

retour à la FSM. Mais en même temps, la direction de la CGT n’a pas été en capacité, de par son orientation, de

reprendre la lutte en septembre et d’organiser les travailleurs. Cette situation continue, les directions réformistes

mènent le jeu, et la bataille va être difficile en l’absence d’un Parti Communiste d’avant-garde de la classe ouvrière.

Mais en même temps, le cadre politique dans lequel les forces sociales en présence qui s’affrontent s’organisent,

ne les représentait plus : la recomposition politique était à l’ordre du jour et sous le contrôle complet de la

bourgeoisie dans l’ensemble. Du côté des forces populaires, le PCF, tiraillé entre l’expression de la colère et sa

volonté de s’accrocher au PS pour conserver quelques sièges, s’est vite retrouvé hors jeu, et c’est Mélenchon qui

s’est imposé dans la recomposition, avec la volonté d’en finir avec un PCF largement exsangue de militants, qui ne

représente plus la classe ouvrière.

Si l’on se rappelle, avant notre rupture avec les camarades du PR-C, nous avions mis en garde contre le fait de

croire que les élections étaient réglées, et souligné que Macron avait tous les atouts pour être le candidat de la

bourgeoisie, justement dans le cadre de la recomposition.

Les élections « primaires » à droite ont laissé voir de profondes divisions, mais la surprise fut la victoire de Fillon,

quand la bourgeoisie dans son ensemble préférait Juppé. En fait, l’électorat de droite lui aussi avait besoin de s’y

retrouver et le programme économique et social de Fillon de ce point de vue le satisfaisait. Mais il avait une

faiblesse : la destruction de la Sécurité sociale, si elle emportait le soutien de la bourgeoisie des Assurances (AXA),

ne ralliait pas la bourgeoisie de l’industrie pharmaceutique et du matériel médical, pour laquelle la Sécu est une

source de financement public extraordinaire. Derrière, il y avait aussi un problème de choix d’orientation qui nous

ramène à ce que nous avons dit sur le contexte international et les divisions dans les forces bourgeoises : en gros,

Fillon incarnait une politique plus prudente vis-à-vis de l’UE, fondée sur le statu quo au plan institutionnel, une

pause dans l’élargissement, une plus grande autonomie vis-à-vis de la Commission. Sur la Russie, il avait évoqué la

levée des sanctions, la nécessité du dialogue, et sur la Syrie, il avait des positions moins bellicistes. Sur le Proche-

Orient, d’autre part, il penchait visiblement pour l’Arabie Saoudite. Sur les États-Unis, il ne cachait pas ses

sympathies pour Trump. Par contre, Juppé sur ces questions était dans la continuité avec Hollande, sur l’UE comme

sur la Syrie et la Russie, ou sur les excellentes relations avec la Qatar. Et sur les questions sociales, Juppé s’inscrivait

aussi dans une certaine continuité : s’attaquer à la classe ouvrière, oui, mais prendre son temps, tenir compte du

mécontentement. Au moment de Noël, Fillon apparaît comme le futur Président, d’autant qu’il a rallié les autres

courants anti-Juppé.

Mais visiblement la bourgeoisie avait fait un autre choix : celui de la recomposition pour une politique violemment

anti-ouvrière et anti-populaire (de ce point de vue, c’est le programme de Fillon légèrement remanié), s’inscrivant

pleinement dans les choix pro-UE de la majorité de la bourgeoise française, capable « de rattraper le retard de la

France » sur les réformes qui ont déjà eu lieu dans les pays du nord de l’Europe et en Grande Bretagne, mais aussi

en Grèce, en Espagne et en Italie. Une politique agressive au plan militaire face à la Russie, critique face à Trump, et

la poursuite de la guerre en Syrie et en Afrique. C’était Macron ! Les scandales ont sûrement joué leur rôle, mais

tout autant pour justifier la recomposition, le changement de méthode, etc.

Par contre, et vous lirez dans IC

l’article sur le financement de la campagne Macron, si vous n’avez pas lu Mediapart, tout était prêt avant le départ

de Macron de Bercy pour lancer sa campagne en particulier financièrement, tandis que les neufs milliardaires qui

contrôlent 95% des médias apportaient leur soutien à Macron. Et ça a été plus efficace que tout le reste !

Pour

revenir aux scandales, ils ont aussi permis d’éviter que viennent dans le débat les grandes questions politiques et

que soit posée la question des responsabilités de la montée de la misère, du chômage, de la crise : à en croire la

campagne électorale et une partie de la presse, cette responsabilité revenait à des politiciens corrompus amateurs

de costumes à 13 000€, finançant sa famille par l’intermédiaire de détournement de l’argent public, ou à des

emplois fictifs sur les financements de l’UE aux députés européens ! Certes les scandales Fillon, au regard même de

son programme, de certaines prises de positions prétendument « morales », mettent en lumière la réalité des

hommes politiques de la bourgeoisie, et de ce que le capitalisme génère : la corruption et la putréfaction des

hommes qui le servent. Mais encore faut-il dénoncer le capitalisme et demander son renversement ! En fait, cette

campagne (et celle contre Bayrou par la suite) n’avait comme finalité qu’une chose : préparer la recomposition en

mettant en avant que le changement voulu et souhaité se réduisait à des changements d’individus, plus jeunes,

plus féminins, sans cumul, etc. Et avec le capitalisme, sans régulation, sans le Droit du travail et avec l’état

d’urgence et les lois liberticides, et la politique d’interventions militaires, bien sûr ! Bref, Macron et son

mouvement !

Dans cette période, ce qui est significatif de la volonté de la bourgeoisie de « faire du neuf » pour renforcer la

position du capitalisme français, c’est l’implosion du PS. Il s’est vidé de ses cadres qui ont rejoint Macron en masse,

c’est-à-dire la réaction, nous allons y revenir.

Un mot sur Mélenchon, car quelques camarades nous ont demandé pourquoi ne pas l’avoir soutenu, et donc

pourquoi le combattre. Dans la brochure que nous avons faite, nous expliquons pourquoi c’est un candidat du

réformisme. Notre objectif politique n’est pas et ne saurait être de favoriser une opération qui mettrait la classe

ouvrière à la remorque de la petite bourgeoisie. L’objectif de Mélenchon, c’est de reconstruire un PS « à gauche »

et pas autre chose. Nous devons combattre la construction d’un Syrisa à la française, car s’il parvient au pouvoir, il

fera la même politique que Tsipras, la crise (et ce n’est pas sûr) en moins.

Notre but, ce n’est pas d’accompagner les

masses, mais c’est d’en être l’avant-garde. C’est le chemin inverse si l’on s’inscrit dans le moindre mal, dans le

prétendu pas en avant. Par contre, nous avons dit qu’il fallait aller à la rencontre des électeurs de la FI et leur

expliquer notre position. Là où nous l’avons fait, nous avons été écoutés avec attention, mais nous ne l’avons pas

fait assez. Mais il faut être attentif à ce qui se passe. La nature a horreur du vide. Le Parti Communiste que nous

voulons n’est pas reconstruit. Le succès de Mélenchon, qu’il n’a pas été capable d’apprécier le soir du premier tour,

montre que pourrait se reconstituer une force réformiste sous un masque radical : c’est un phénomène

international et qui doit être vu dialectiquement. L’absence d’un parti révolutionnaire et les effets de la contre-révolution

laissent le champ au réformisme sous une forme moderne, mais en même temps, cela montre que dans

les masses, il existe un potentiel de colère et de révolte que le mouvement communiste doit capter pour ne pas le

laisser s’épuiser dans la gestion « humaine » du capitalisme.

Par rapport à il y a vingt ans, il y a quelque chose qui

bouge : la confirmation de Corbyn chez les Travaillistes, avec un discours « gauche », populaire, alors que tous les

observateurs nous assuraient de la victoire du blayrisme, les résultats de Sanders aux USA, et de la campagne

« Occupons Wall Street », montrent que le réformisme, comme avec Mélenchon, doit prendre un langage radical,

contestataire pour pouvoir, ne nous leurrons pas, tromper les masses. C’est ce qu’ont fait aussi PODEMOS et

Syriza, ce dernier ayant fait la démonstration pratique où cela menait. Que l’on ne compte pas sur nous pour

participer à l’aventure !

Un élément de réflexion. Nous avons dit que la bourgeoisie s’était affrontée sur l’UE, les relations avec la Russie.

Celle qui l’a emporté, c’est la fraction pro-union européenne fédéraliste, ultra libre-échangiste, belliciste à tout va.

Mais au premier tour, force est de constater que les candidats qui expriment leur hostilité à la politique de l’UE, –

et on peut penser que leur électorat est plus radical (c’est vrai pour Mélenchon) -, font 47,79 % contre 50,36 %

(36,15 % des inscrits contre 38,17 %) des suffrages exprimés, auxquels il faut rajouter une partie des

abstentionnistes et une partie de l’électorat Fillon. Alors certes ils ont des motivations différentes, mais en cas de

problèmes graves, de contradictions aiguës éclatant entre la bourgeoisie française et ses rivales, il existe une

solution de rechange possible « anti-UE » dans le cadre du capitalisme, y compris avec Mélenchon. Il faut s’y

préparer.

Venons en maintenant au FN et à Marine Le Pen. Son résultat est inquiétant et en même temps, il faut relativiser :

21,3 % des votants mais 16,14 % des inscrits, au premier tour des Présidentielles. C’est inquiétant, parce que le FN

distille à longueur de temps la xénophobie, le racisme, et que les forces politiques de la bourgeoisie, y compris le

PS (cela ne concerne pas la France Insoumise, mais dans quelques cas, certains élus du PCF), les intègrent sous une

forme ou sous une autre, plus atténuée, plus civilisée, mais pas toujours ! C’est aussi vrai pour les questions

sécuritaires (y compris en lien avec le racisme) : au fur et à mesure que se prolongeait l’état d’urgence, le

gouvernement sous Hollande cédait devant la propagande du FN, en faisant adopter des mesures liberticides et en

légiférant dans la même perspective lors de la loi sur le renseignement ou sur les pouvoirs de la police par

exemple.

Et au-delà de la dernière période, on voit bien comment le FN a pu contribuer à faire renforcer les polices

municipales, à mettre des caméras à tous les coins de rue, etc. Quand on nous parle avec un tremolo dans la voix

du danger de l’extrême-droite, il faut avoir cela en tête et le rappeler. D’autre part, il faut prendre en compte

qu’une partie de l’électorat de droite, et de celui de Dupont-Aignan qui avait appelé à voter pour elle, n’a pas hésité

à voter pour elle au deuxième tour, pour les raisons que nous venons d’évoquer. Cela dit, la progression en voix de

Marine Le Pen, par rapport à son père (particulièrement marqué par son passé politique avec les groupes

néofascistes et l’OAS, et ses sorties antisémites) et à Mégret en 2002, est d’un peu plus de 2 millions de voix, ce qui

ne représente qu’une progression de 5% des inscrits au premier tour. Et surtout, aux Législatives, le FN ne capitalise

pas le résultat du deuxième tour des Présidentielles.

Certes il gagne 6 députés, mais cela est dû au caractère

antidémocratique du scrutin (qui lui donne une sous-représentation). Dans les Hauts de France, où le FN obtient 5

sièges, seuls deux dépassent 20% des inscrits, et partout avec des taux d’abstention et de votes blancs et nuls

dépassant les 60% confirmant là encore que l’électorat populaire n’est pas allé voter. Et ceux qui ont voté Le Pen

semblent bien venir de l’électorat socialiste, ce qu’indiquent les réactions à l’usine Kenwood dans la Somme où les

membres de la CFDT expliquaient aux journalistes qu’ils voteraient Marine le Pen ! C’est le résultat des désillusions

apportées par la politique social-démocrate sur les secteurs les plus réformistes de la classe ouvrière, les moins

conscients et sur le lumpen prolétariat des régions déclassées par la politique du Capital, avec l’accompagnement

actif de la social-démocratie : quand le Capital fermait les mines dans le Nord /Pas de Calais, la région dirigée par le

PS ouvrait des musées de la mine et des parcs d’attraction pour créer des emplois !

L’absence d’un parti

communiste, indépendant de la classe dominante et de ses appareils politiques, ouvre la voix à la démagogie

populiste, au « sens commun », au « bon sens », qui ne sont que l’expression de l’idéologie dominante !

Le fascisme, c’est la dictature ouverte, terroriste, de

l’oligarchie financière, du capital monopoliste, une dictature sanglante, une politique de gangsters. C’est le recours

à la terreur contre le mouvement ouvrier dans son ensemble, terreur criminelle, mais aussi contre tous ceux qui

s’opposent. C’est une politique de préparation à la guerre marquée par la volonté de refouler toute expression de

la lutte des classes et par la glorification d’un nationalisme exacerbé contre les peuples. Le fascisme, c’est la remise

en cause des formes institutionnelles traditionnelles de la dictature bourgeoise (ce que les idéologues bourgeois

appellent l’État de droit) pour faire place à un État d’exception permanent, sans contraintes juridiques, où la

bourgeoisie viole sa propre légalité. C’est la militarisation intégrale de l’économie au profit des seuls monopoles. Et

les partis fascistes préparent la dictature ouverte en utilisant la terreur.

Il existe des partis fascistes, mais pour

l’instant, ils sont en sommeil, sauf en Grèce avec l’Aube Dorée. Et ce n’est pas le Front National (dont il ne s’agit pas

non plus d’oublier qu’il provient en partie de ces groupes), qui représente une partie de l’extrême-droite. Cette

dernière expression est à manier avec précaution comme droite et gauche, car finalement elle renvoie à la vie

politique parlementaire.

Disons que l’extrême-droite se caractérise par des thèmes politiques et idéologiques visant à mettre en oeuvre la

politique de la bourgeoisie monopoliste sans compromis. Elle s’inscrit en tant que telle dans les institutions

bourgeoises et elle n’est pas univoque : plusieurs courants la composent et s’affrontent, et d’un pays à l’autre, ce

que l’on désigne comme extrême-droite peut être différent, en fonction des traditions politiques : aux USA, on

trouve chez les Républicains comme chez les Démocrates des forces qui en Europe seraient classées à l’extrême-droite,

mais qui, aux États-Unis, sont seulement classés à droite.

Par contre, il y a un air de famille : le nationalisme

et la xénophobie ; la volonté de créer les conditions optimales pour l’exploitation de la classe ouvrière au profit de

la bourgeoisie monopoliste ; renforcer le caractère autoritaire, voire policier, de l’État ; créer les conditions les

meilleures pour qu’elle affronte la concurrence internationale avec les autres impérialismes. Au-delà, des éléments

peuvent diverger : par exemple plus ou moins de protectionnisme, mais aujourd’hui, pour tous, dans le cadre des

politiques économiques libérales ; certains utilisent la démagogie sociale, les autres étalent l’arrogance élitiste de

l’oligarchie financière ! Une chose est évidente : quel que soit le discours (voir celui de Marine Le Pen le soir du

second tour des législatives), les extrêmes-droites sont contre le parlementarisme bourgeois classique, contre les

fragments de la démocratie bourgeoise qui survivent, car cela peut être un frein à la politique du Grand Capital.

Mais le plus important, c’est de bien comprendre qu’elles sont les instruments directs de la politique de ce dernier,

qui sont mis en avant quand celui-ci a besoin de passer en force avec un rapport des forces favorable. Certains

courants sont ancrés sur leurs positions, d’autres peuvent rallier la droite classique une fois la tâche accomplie : le

cas le plus caractéristique, c’est De Gaulle, personnage qui doit être placé à l’extrême-droite, mais qui après 1958

ralliera la droite (et une partie du centre) et gouvernera en s’adaptant aux desiderata de la bourgeoisie. Mais il a

mis en place cette Vème République qui donne le cadre politique de la mise en oeuvre de la politique du Grand

Capital directement associé à l’appareil d’État.

La particularité du FN, jusqu’à aujourd’hui, c’est qu’il n’est pas à proprement parlé, une option de la bourgeoisie

pour l’alternance avec les autres forces politiques. C’est un parti qui sert de leurre. Il a été lancé pour ça par

François Mitterrand. Il crée un climat idéologique qui permet aux autres forces de la bourgeoisie de reprendre à

leur compte des positions qui n’auraient pas pu l’être par elles directement (sécurité, xénophobie). Mais il sert tout

autant de faire-valoir aux forces bourgeoises : contre le FN, on ne doit pas se poser de question et voter pour ceux

qui font la pire politique contre la classe ouvrière, LR, PS, MODEM et UDI ! Enfin, il sert à discréditer certaines

prises de position. Par exemple, toute critique de l’Union européenne et de l’Euro, voire aujourd’hui de l’OTAN, est

ramenée aux positions du FN. Il en est de même si vous ne considérez pas qu’aujourd’hui la menace contre la paix

ne vient pas plus de la Russie que des USA et de la France, de l’OTAN, dont la politique agressive est patente, et que

si la Syrie « de Bachar El Assad » est un régime bourgeois, pour autant, l’attaque contre cette république vise à

remettre la Syrie sous l’influence de la France et des USA, et à affaiblir la lutte du peuple palestinien au profit du

régime sioniste d’Israël et de l’Arabie Saoudite ! C’est le rôle qu’a joué le FN aux Présidentielles, élections qu’à

aucun moment il n’a été en mesure d’emporter. Simplement, cela a permis d’établir un consensus autour de

Macron dont on va voir la gravité. Et si certains sont sceptiques, qu’ils se remémorent le débat avec Macron où

Marine Le Pen a systématiquement mis son adversaire en position favorable ; mais surtout, sa déclaration en

sortant du studio, expliquant qu’elle n’était qu’un challenger !

La question qui a été posée pendant la campagne, c’est « Pourquoi ne pas voter Macron contre Le Pen étant donné

la menace qu’elle fait peser sur la population d’origine immigrée ?» Il y a plusieurs réponses.

Notre rôle n’est pas de pousser la classe ouvrière derrière des drapeaux qui ne sont pas les siens, pas plus contre Le

Pen que contre un autre ; les travailleurs d’origine immigrée sont des travailleurs et leur intérêt de classe, ce n’est

pas de soutenir un candidat dont le programme est sauvagement anti-classe ouvrière, il est pire que celui de Fillon,

puisqu’il en reprend les principaux axes et y ajoute l’aggravation de la Loi Travail, les attaques sur le financement

des retraites, l’accélération de la mise en oeuvre des directives européennes contre les travailleurs. Dans le cas

présent, vient s’ajouter un argument supplémentaire, qui a aussi prêté à discussion et continue de l’être dans

certains milieux : Emmanuel Macron, aujourd’hui, c’est un des courants de l’extrême-droite, celle dont la

bourgeoisie a besoin pour organiser le remodelage du cadre politique et la recomposition du champ politique !

Je

disais plus haut qu’il n’y a pas unicité de l’extrême-droite : c’est ainsi qu’en 1932, les camarades du KPD en

Allemagne, au deuxième tour des Présidentielles, ont avancé le mot d’ordre : « Voter Hindenburg, c’est voter

Hitler ! » Et la social-démocratie, les partis petits-bourgeois de s’étrangler et de dénoncer le sectarisme du KPD. Il

n’empêche que la suite a montré que ce sont les communistes qui avaient raison : quelques mois plus tard,

Hindenburg appelait Hitler au pouvoir. Comparaison n’est pas raison, évidemment, mais il faut réfléchir à cet

exemple. On ne bat pas l’extrême-droite qui s’exhibe en votant pour l’extrême-droite qui se donne une apparence

respectable ! Mais peut-on caractériser Macron (c’est un peu plus complexe pour qualifier son mouvement

aujourd’hui, même s’il s’inscrit globalement dans la même visée) à l’extrême-droite ? Il suffit d’examiner son projet

et son comportement politique.

Nous commencerons par le « ni de droite ni de gauche » pour pouvoir faire la politique ultra-réactionnaire dont la

bourgeoisie a besoin et que l’ancien clivage artificiel ne permettait pas. De Napoléon III à De Gaulle, en passant par

Boulanger et Pétain, on a eu droit à ce positionnement pour s’attaquer aux travailleurs et à leurs droits politiques

(dans le cadre de la démocratie bourgeoise). A cela on peut adjoindre son mépris profond du suffrage universel

sauf à des fins plébiscitaires : on se souvient de sa réaction, quand on lui a demandé s’il serait député, il y a trois

ans ! Et il nous annonce la réduction du nombre de parlementaires (-1/3) en même temps que la réduction de leur

rôle. Plus encore, et inquiétant, il annonce que la loi, finalement, c’est secondaire, l’important, c’est l’efficacité ! Et

dans cette optique, parler de renforcer le contrôle sur le gouvernement, c’est du vent. Là on est dans une vision qui

renvoie à des théoriciens du Droit, en Allemagne sous Weimar, qui feront le lit du nazisme.

C’est évidemment

l’annonce de l’utilisation des pleins pouvoirs pour modifier la Loi Travail, mais visiblement pas seulement : les

réformes sur les retraites, sur la fiscalité, etc., semblent devoir être traitées de la même manière puisque Macron

annonce qu’il faut que ce soit réglé pour janvier prochain ! Et donc, dans cette perspective, cela risque fort d’être la

pratique coutumière. Plus extrême-droite que ça, c’est difficile ! Et cela correspond aux desiderata des monopoles :

concentrer le pouvoir dans les mains de leur homme, comme ils tendent à monopoliser la vie économique !

Des éléments l’associent à l’extrême-droite dans la tradition de la Vème République : ce n’est pas un hasard s’il se

fait appeler « le chef » dans LRM, et si sa définition de la fonction est une présidence jupitérienne (en d’autres

termes, c’est le président qui gouverne, qui décide, les autres mettent en oeuvre). Il suffit de voir jusqu’où cela peut

aller : dans LRM, il décide de tout jusqu’à la nomination des candidats. De ce point de vue, il va jusqu’au bout des

tendances en mouvement dans un régime marqué par l’extrême droite.

Sur le renforcement du système autoritaire, il n’a pas de divergences avec Le Pen : la loi anti-terroriste prévue

donne des pouvoirs nouveaux faramineux à la police et aux Préfets, assujettissant la justice à leurs décisions, ce qui

va permettre, au nom de la lutte anti-terroriste, de transformer des personnes suspectes aux yeux des autorités en

coupable. Cette loi va considérer les fichiers S comme des criminels d’intention ; significative, la déclaration

d’Edouard Philippe le soir du 11 juin : les Français auraient soutenu « l’adaptation de notre droit aux nouvelles

exigences de sécurité liées au risque terroriste ». Et face à Marine le Pen, Macron pouvait exprimer sa volonté (la

même qu’elle) de « renforcer les moyens de police » et « les mesures, y compris celles qui peuvent être privatives

de liberté, sur les fichiers S liés à des activités djihadistes ».

Cette loi va permettre d’en finir avec l’état d’urgence :

elle reprend les principales dispositions de celui-ci, les transformant en dispositions permanentes ; l’abandon de

l’état d’urgence, c’est sa pérennisation. Et par conséquent, le djihadisme sera remplacé par autre chose, déjà des

gauchistes ont été interdits de manifestations, parce que le préfet en a décidé ! En quoi cela se distingue-t-il de Le

Pen, alors que c’est ce que que réclame le FN depuis trois ans ? Et les socialistes ont largement pavé la route,

comme toujours.

Il y a aussi des éléments, certes secondaires, mais révélateurs : l’extrême-droite française n’a jamais digéré la

Révolution française, pas celle de 1789, mais celle de 1792-1794 qui en finit avec l’Ancien Régime radicalement. Or

Macron, le jour de son élection devant le Louvre, c’est justement le rappel de la continuité avec l’Ancien Régime,

dans une mise en scène visant à le présenter comme le chef providentiel, mais avec des références avec la

présidence des États-Unis (c’est plus moderne), ce que confirme le discours devant le Congrès à Versailles et son

projet de réforme constitutionnelle.

Or après le rappel de l’Ancien Régime, se produire deux fois à Versailles

(d’abord avec Poutine, ensuite avant que le gouvernement soit présenté au Parlement) n’est pas innocent. Ce n’est

pas un problème personnel. C’est la volonté affirmée de s’inscrire dans la continuité d’une prétendue histoire de

l’État et de la France, qui nie la lutte des classes et la réalité de classe concrète de l’État et de ses formes pour

revendiquer l’héritage de l’Ancien Régime. Et la référence aux États-Unis doit être bien comprise, car Macron a fait

Sciences Politiques. Il s’adresse au Congrès. Tous les observateurs comparent avec le discours sur l’état de l’Union.

Oui, mais à condition de se rappeler qu’en fait le modèle, c’est le discours du Trône en Angleterre (aujourd’hui c’est

plus formel, mais quand même), parce que la classe dominante aux USA a hésité longtemps entre monarchie et

république pour savoir quelle forme serait la meilleure pour assurer sa domination. Macron, et c’est ce qui le relie

à l’extrême-droite, comme De Gaulle en 1958, c’est la personnalisation du pouvoir (d’où la référence à la

monarchie, à Jupiter) pour permettre la mise en place « rapide », « efficace » de la politique de la bourgeoisie

monopoliste, ce qui signifie sans discussions, sans débats et sans compromis.

Politiquement, cela se traduit par le fait que Macron a pris le contrôle direct des services secrets en liaison avec la

question du terrorisme, et donc aussi de la police. Vous voyez des différences avec le Front National ? C’est la

même chose avec la remontée, une première, des Champs Élysées dans une auto-mitrailleuse avec les militaires,

avec la double signification, réaffirmation de la politique belliciste de l’impérialisme français (confirmée par le

voyage au Mali et le discours aux militaires sur le rôle civilisateur de l’armée française depuis 200 ans), mais aussi

avertissement qu’il pourrait utiliser l’armée en politique intérieure (C’est l’avantage de la donnée terroriste, le

« nous sommes en guerre » de Hollande, l’armée peut ouvertement être utilisée pour le maintien de l’ordre

bourgeois.

Et que l’on ne nous parle pas de fantasmes : entre vigipirate et l’état d’urgence, on a habitué les

Français à voir les militaires patrouiller dans les rues et les lieux publics en battle-dress armée jusqu’aux dents !).

Il y aussi l’appel de Brigitte Macron aux prêtres, pasteurs, rabbins et imams pour qu’ils prient pour la réussite du

président ! Pour le coup, dans un pays où la question de la laïcité a toujours été une question clivante à l’intérieur

des forces bourgeoises, cette dame, ayant fait toute sa carrière dans des établissements chics de l’enseignement

privé, met les pieds dans le plat !

Quand on parle de l’extrême-droite, on y associe le nationalisme. C’est d’ailleurs un des éléments de

stigmatisation, à juste titre, du Front National. Le problème, c’est que le nationalisme, comme le reste, n’a pas

toujours la même forme. Cela dépend des besoins idéologiques de la bourgeoisie. Si l’on observe la campagne

électorale de Macron et ces dernières semaines, justement ce qui frappe, derrière les discours creux sur

l’ouverture, sur le refus du repliement sur soi… ou sur la glorification de l’Union Européenne, c’est bel et bien

l’émergence, dans le comportement comme dans le discours, d’une thématique nationaliste et agressive.

L’utilisation à outrance du tricolore, des « Vive la France » hors de propos, les Marseillaises la main sur le cœur et

les yeux chavirés dans les meetings de Macron en témoigne. Il y avait le drapeau de Marie (UE) aussi. Mais cela

n’atténue pas ce que nous disons sauf à considérer que Macron serait l’agent de Bruxelles et de Merkel. Car en fait,

et cela est confirmé par le discours devant le congrès, c’est la volonté exprimée que la bourgeoisie française joue le

premier rôle dans l’UE ! Le discours de Versailles est traversé par un chauvinisme débridé pour exalter les

prétentions de l’impérialisme français. Macron, c’est le représentant de la bourgeoisie française, de l’oligarchie

financière française ! Il ne faut pas s’y tromper, l’Union européenne, il la considère « comme nous » : un

instrument aux mains des monopoles pour accroître l’exploitation de la classe ouvrière par sa propre bourgeoisie,

pour renforcer la défense du capitalisme et tenter de gérer la concurrence entre les groupes monopolistes rivaux !

Et donc le nationalisme, ici, vise à rassembler la classe ouvrière et le peuple de France derrière sa bourgeoisie pour

la soutenir face à ses concurrents et alliés ! Car le nationalisme n’est qu’une idéologie qui vise à mobiliser la

population sur les objectifs de la classe dominante, dans la concurrence internationale pour le partage du

monde, en niant la lutte des classes. Et là encore, Macron, dans son discours, est bien dans la posture de l’extrême-droite
dans toutes ses interventions, il met l’accent sur la nécessité de mettre fin aux divisions artificielles comme

la division en classes, la lutte des classes à laquelle il faudrait mettre fin pour se rassembler derrière « l’intérêt de la

France » en « rejetant les extrémismes » !

Mais ce discours, dans un autre contexte, est le même que celui de

Horvath en Hongrie ou des dirigeants baltes et polonais : « Contre les extrémismes », mais en fait à chaque fois, il y

a une fausse fenêtre (chez nous Le Pen, chez les autres, les nazis pendant la seconde guerre mondiale) pour la

symétrie, car ceux qui sont visés, ce sont les travailleurs et ceux qui les défendent, les révolutionnaires. (…)

Il reste à examiner la question de la xénophobie et du racisme, qui nous a été posée tout au long de la campagne

des présidentielles et des législatives. « Vous ne pouvez pas dire que Macron et Le Pen disent la même chose ! Et

donc il faut empêcher l’élection de Le Pen ! » C’est d’ailleurs le seul argument du PCF et des dirigeants de la CGT.

La

première chose à dire, c’est que si l’on doit caractériser le positionnement d’un parti ou d’une personnalité, on ne

peut se concentrer sur un seul point de son programme. Sinon, certaines propositions de Marine Le Pen suffiraient

à la situer « à gauche » ! Autant le nationalisme est une caractéristique de l’extrême-droite, autant la xénophobie

et le racisme, quand la guerre n’est pas à l’ordre du jour immédiat, peut ne pas être une caractéristique essentielle,

même si ce n’est jamais loin de par la nature même du nationalisme et du chauvinisme.

Mais une fois que l’on a dit

cela, on n’a pas épuisé le sujet ! Sur cette question aussi, les arbres ne doivent pas cacher la forêt. Marine Le Pen

mène une campagne infâme contre les musulmans en prétendant qu’elle s’en prend aux intégristes, contre les

travailleurs immigrés qui fuient la misère dans laquelle le retour du capitalisme, dont elle se réjouit, les a plongés

dans les ex-pays socialistes, et contre les immigrants qui viennent d’Afrique et d’Asie, et qui tentent de rejoindre

notre pays ; elle participe donc des campagnes visant à diviser les travailleurs et faire porter le chapeau des maux

du capitalisme à une partie des victimes de l’exploitation et de l’oppression. Il faut combattre sans complaisance et

sur des bases de classe, pas sur le pathos dame patronnesse, ces campagnes idéologiques.

Le Pen propose de fermer les frontières françaises, de renvoyer ceux qui sont en situation irrégulière, et assimile

l’immigration à l’insécurité, etc. Mais heureusement le FN n’a jamais exercé le pouvoir, il débite un discours mais ne

porte pas la responsabilité de ce qui se passe. Mais Macron ? Avant tout, il nous faut rappeler que ce monsieur a

participé aux gouvernements, directement ou indirectement, du quinquennat Hollande, et qu’il est un soutien

fidèle de l’Union Européenne. Dès lors, on peut, lui, le juger sur des politiques mises en oeuvre, pas seulement sur

des intentions malsaines ! L’a-t-on entendu protester contre la manière dont les migrants étaient accueillis dans

notre pays ? Non. Protester contre l’envoi de la police par Valls et ses propos sur les musulmans et musulmanes, le

burkini, contre les Roms ? Non, pourtant, de ce point de vue, il faut être un fin analyste pour faire la différence avec

Le Pen ! S’est-il manifesté contre la tentative de remettre en cause la nationalité des condamnés d’origine

étrangère par le quinquennat social-démocrate, alors même que finalement le projet a été retiré ? Non, pourtant,

c’était soutenu par le FN, pas seulement par Valls !

Mais ce n’est pas fini. Dans son discours devant la chambre,

Édouard Philippe, après avoir fait quelques tours de passe-passe, ne vient-il pas de nous dire qu’il fallait faire le tri

entre les migrants car il n’est pas question de « subir » ? Ce qui est la position de Macron. Bien sûr qu’il est

nécessaire d’avoir une politique. Ce n’est pas là le problème : il est dans le fait qu’il s’agit de gérer un apport de

main d’oeuvre bon marché pour le profit des monopoles et non de s’attaquer réellement aux causes des

migrations : le capitalisme et ses politiques. Au contraire.

D’autre part, le soi-disant dilemme « fermeture ou

ouverture » est très relatif : l’une veut fermer « nos » frontières – françaises – à tout immigré, l’autre veut fermer

« nos » frontières européennes, en clair aux Africains et aux Asiatiques. Il approuve et est donc partie prenante de

la politique de l’UE qui les refoule en Méditerranée, provoquant des milliers de noyés. Et pas seulement : l’UE a

décidé en février dernier de livrer les rescapés à la Libye : ce pays aux mains des criminels de Al Qaïda, de Daesh,

de bandits de toutes sortes, grâce à l’agression de la France et de l’OTAN pour renverser et assassiner Kadhafi avec

le soutien de Macron comme d’Edouard Philippe, et pour le brut libyen à 10 dollars le baril au marché noir !

Ce

pays livré au chaos , où l’ONU dénonce le pillage, la détention, le racket, la torture, le viol, dont y sont victimes les

migrants ! Vous avez entendu Macron dire qu’il condamnait ? Non, il veut faire appliquer la décision. Et quand

l’Italie demande de l’aide, il fait répondre qu’il n’en est pas question ! Alors nous ne lui saurons pas gré du fait qu’il

se prononce pour accueillir quelques migrants fuyant la guerre et les persécutions : il est l’homme de

l’impérialisme français qui fait la guerre en Afghanistan, qui participe à la coalition américaine en Irak, qui a plongé

la Syrie dans la guerre et le terrorisme et se déclare prêt à profiter de toutes provocations pour intensifier

l’agression militaire.

Voilà pourquoi nous considérons qu’Emmanuel Macron est bel et bien une autre facette de l’extrême-droite : non

pas celle instrumentalisée par la bourgeoisie pour servir de faire valoir aux courants politiques de gestion des

affaires du capitalisme, mais celle dont elle a besoin aujourd’hui pour remodeler le cadre politique largement

rejeté par la population et recomposer le champ politique sous son contrôle exclusif, et ce au-delà même des

questions politiques que nous avons évoquées en commençant, car quelles que soit les options des fractions de la

bourgeoisie qui se sont affrontées, en dernière analyse, la politique que propose Macron peut permettre de faire

passer en force des mesures que toute la bourgeoisie souhaite.

De ce point de vue, la bourgeoisie a remporté un succès : LRM, que nous avons rebaptisé « La Réaction en

Marche », a en apparence renouvelé le personnel et l’offre (c’est l’économie de marché) politique. De fait, avec

43% des exprimés, Macron est mieux élu qu’Hollande, Sarkozy et Chirac en 1995 ! Les dirigeants du PCF et du

mouvement syndical portent d’ailleurs une responsabilité, car l’intérêt des travailleurs et des couches populaires,

c’était que le pouvoir soit le plus faible possible. La bourgeoisie a obtenu un consensus relatif (qu’elle tente de

consolider avec l’opération Simone Veil au Panthéon, avec son mari qui fut pendant 7 ans le collègue du vichyste

René Bousquet au Conseil d’administration d’UTA…) avec la politique sauvage qu’elle veut voir appliquer. Et les

premières annonces sont claires sur ce qui attend les masses populaires. Un autre élément est à prendre en

compte : LRM est présenté comme centriste, alors que sa plate-forme politique est très à droite (pour l’instant, on

ne peut pas complètement réduire ce parti au profil politique de son chef).

Or l’on voit bien aussi chez Les

Républicains une poussée vers l’extrême-droite en rapport avec les divergences déjà évoquées qui divisent la

bourgeoisie. Marine Le Pen veut transformer le FN en alternative crédible pour la bourgeoisie, comme c’est le cas

pour toute une série de partis de ce type en Europe (ex MSI en Italie …). Marion Maréchal-Le Pen, comme G.

Collard et comme Mme Ménard, appelle de ses voeux un rapprochement avec la Droite des Républicains,

souhaitant en finir avec le camouflage social. En effet, rien ne les sépare vraiment, y compris idéologiquement. La

recomposition devrait permettre une redistribution des cartes de la réaction. Ce d’autant que l’élection d’Éric

Woerth (contrairement à Ciotti la veille) comme président de la Commission des Finances, montre que les ruptures

chez les Républicains pourraient ne pas être terminées ! La bourgeoisie monopoliste met l’accent sur le « À droite

toute » ! Avec l’intégration du PS dans LRM, va être tentée la constitution d’un Parti Démocrate à l’américaine

(projet que caressaient Hollande et Valls, le PD italien et Obama) qui effacerait toute référence à l’histoire du

mouvement ouvrier, même réformiste, et permettrait un contrôle plus étroit des secteurs de l’aristocratie ouvrière

comme des nouvelles composantes de la classe ouvrière.

Cela dit, cette victoire est relative, et a des aspects de victoire à la Pyrrhus. D’abord parce qu’il est évident que le

programme de Macron n’a pas le soutien dont il a besoin ; ses 43% ne constituent pas l’adhésion à son programme.

Même une partie de l’électorat de Fillon est réticent. Pendant la campagne des législatives, des électeurs et

militants Républicains affichés sont venus me dire leur inquiétude sur le projet de loi travail, les ordonnances,

l’augmentation de la CSG etc. ! Les élections législatives le montrent : les taux de l’abstention et des votes blancs et

nuls sont historiques, jamais depuis 1848 ils n’ont atteint un tel niveau, et de très loin, pas même sous Napoléon III,

ou au moment de Boulanger ! C’est la caractéristique d’ailleurs de celles-ci.

Il y en a une autre : le deuxième tour ne

confirme pas le premier : le système électoral est anti-démocratique, les milieux populaires se sont abstenus de

choisir (quelle que soit la forme de ce refus) ; il n’empêche que les rares candidats du PCF font des scores

inattendus qui lui sauvent la mise, au plan parlementaire tout du moins, les candidats de France Insoumise aussi

(l’élection de Ruffin dans la Somme était inattendue par exemple). Le PS fait mieux que prévu, mais certains des

élus rejoindront Macron. Mais ce qui nous importe ici, c’est le fait que le tsunami Macron/LRM annoncé en sièges a

manqué d’eau ! Les sondages montrent une majorité pour la proportionnelle intégrale pour la première fois. La

réponse du gouvernement, un énième tripatouillage électoral, ne satisfera pas cette exigence. Et les institutions de

la bourgeoisie sortent de cette période électorale fortement discréditées.

(…)

POUR LIRE TOUT LE RAPPORT, téléchargez le PDF ci-dessous :

Télécharger « cc_24juin2017_PCRF.pdf »

 

Source: http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/france-l-oligarchie-industrielle-et-financiere-a-choisit-un-gouverneme-a130752582

Après les élections législatives en France, quelle signification et quelles implications pour le prolétariat français et international

(30 juin 2017)

Le deuxième tour des élections législatives françaises vient marquer la fin d’une année entière de campagne électorale dont peu de personnes pouvait imaginer l’issue et le degré de transformation, de bouleversement pour dire le vrai, de l’appareil politique qui s’est produit. Cette “ révolution ”, titre du livre programme du nouveau président français, Emmanuel Macron, est la dernière surprise électorale en date que les principales puissances impérialistes aient connu depuis juin 2016 avec le référendum britannique pour le Brexit et l’élection de Trump en novembre. Sauf à croire au pur “ hasard ”, ces chocs politiques obligent à une réflexion afin d’en déterminer les causes et le lien qui les relient et d’en tirer les implications pour le prolétariat et son combat de classe. De toute évidence, la situation historique n’est plus la même avec la prolongation des effets de la crise économique de 2008 et l’aiguisement des rivalités et guerres impérialistes qui en ont découlé, en Syrie en particulier, et dont les attentats terroristes venant frapper au cœur de l’Europe, en France et à Paris en premier lieu dès janvier 2015, sont une composante et un marqueur essentiels.

La réflexion que nous soumettons ci-après s’inscrit dans le même cadre d’analyse de la situation que nous avions déjà mis en avant dans notre communiqué  Élection présidentielle française  : Mélenchon et la gauche radicale se préparent à paralyser les réactions ouvrières face aux attaques du futur gouvernement (http://igcl.org/Election-presidentielle-francaise). On peut aussi se référer à la prise de position du PCIProgramme communiste, Le Prolétaire #524, avec laquelle nous partageons le rejet de l’idée selon laquelle la bourgeoisie tendrait à perdre le contrôle de son jeu politique avec les votes soi-disant “ populistes ” d’extrême-droite[1]. Cette thèse que les médias bourgeois ont asséné durant la campagne électorale française a aussi servie, et continue à servir, pour expliquer le Brexit et l’élection de Trump. Elle est non seulement erronée mais dangereuse du point de vue du prolétariat en laissant croire à un affaiblissement politique de la bourgeoisie alors que les changements politiques en cours au sein des classes dominantes sont au contraire des expressions et des moments d’adaptation et de renforcement de son appareil politique étatique en particulier contre le prolétariat.

Mélenchon : une gauche radicale pour contrôler et saboter les réaction ouvrières à l’attaque massive annoncée par le gouvernement Macron

L’élection de 308 députés pro-Macron et l’éclatement de l’opposition en une multitude de groupes parlementaires à l’assemblée nationale française sont venus éteindre définitivement le dispositif politique traditionnel de la bourgeoisie française qui prévalait depuis… 1958. Cette organisation alternait au pouvoir le parti de droite classique issu du gaullisme (appelé aujourd’hui Les Républicains) et le parti socialiste. Mais surtout, c’est-à-dire du point de vue ouvrier de classe, l’important est l’intention du nouveau président et de son gouvernement d’aller encore plus loin dans les attaques contre le prolétariat en France en poursuivant la “ libéralisation du marché du travail ” que la loi “ El Khomri ” de 2016 a déjà entamée. Et cela dès cet été, au plus vite. Pour ce faire, la mise en place d’une majorité parlementaire s’accompagne de l’émergence d’une opposition de gauche radicale avec l’élection de 17 députés de La France Insoumise (LFI) de Mélenchon – plus dix du PCF – auxquels certains députés du PS risquent fort de s’allier. Dans les faits, une machine de guerre politique le prenant en tenaille se met en place pour attaquer frontalement encore plus le prolétariat dans ses conditions de vie et travail. D’un côté un gouvernement frappant fort et vite. Et de l’autre une opposition politique de gauche au langage radical qui vise à relayer et compléter, au niveau politique, l’encadrement et le sabotage syndicaux des inévitables réactions ouvrières. Les tractations entre gouvernement et syndicats ont déjà commencé. Dès le lendemain, 9 mai, de la victoire de Macron, mais aussi le 19 juin au lendemain du second tour des législatives, le Front Social nouvellement formé et regroupant principalement des sections syndicales radicales CGT, SUD-Solidaires et quelques autres, appelait déjà à des manifestations de rue. De son côté, Mélenchon n’a tardé qu’une heure et demi le soir des élections pour jouer sa partition de 1er opposant politique radical au pouvoir en s’appropriant les 61,5% du corps électoral[2] qui se sont soit abstenus, soit ont voté blancs ou nuls, au deuxième tour des élections législatives, pour “ offrir ” un débouché politique, le référendum, aux futures mobilisations :

« L’abstention écrasante qui s’est exprimée aujourd’hui a une signification politique offensive. Notre peuple est entré dans une forme de grève générale civique dans cette élection. Je vois dans cette abstention une énergie disponible pour peu que nous sachions l’appeler au combat avec les formes et les mots qui conviendront aux possibilités de chacun. C’est lui [le groupe de LFI à l’Assemblée, Ndlr] qui appellera le pays le moment venu à une résistance sociale, et j’informe le nouveau pouvoir que pas un mètre du terrain du droit social ne lui sera cédé sans lutte. La majorité boursouflée [du parti d’Emmanuel Macron] n’a pas la légitimité pour perpétrer le coup d’État social qui était en prévision, c’est-à-dire la destruction de tout l’ordre public social par l’abrogation du Code du travail. C’est au contraire la résistance la plus totale qui est légitime, et c’est pour ça que je dis que, le nouveau pouvoir, s’il juge que c’est vraiment la nécessité pour le pays et que cela est conforme à son intérêt, alors il faut qu’il procède par la voie la plus démocratique qui est en son pouvoir, c’est-à-dire que le peuple français soit consulté par référendum pour s’il veut oui ou non de ce que cette minorité prétend lui imposer. » (Déclaration de Mélenchon le soir des élections, La Tribune, 19 juin 20173).

S’appropriant le niveau inédit d’abstention et le retournant à son usage en le proclamant comme étant une “ grève civique ”, le mot d’ordre et la revendication d’un référendum lancés par Mélenchon annoncent déjà la volonté manifeste d’accompagner au plan politique la tactique syndicale de journées d’action impuissantes. Il s’agit ainsi de détourner la mobilisation de classe contre l’État et le capitalisme sur le terrain démocratique et étatique, via le mot d’ordre de référendum, véritable piège et assurance de défaite cuisante si les ouvriers y cédaient. En passant, il convient de relever qu’il réussit à reprendre à son compte, pour en dénaturer le sens de classe, les termes de “ grève ” et “ d’abstention ”. Inutile de préciser ici que seule la gauche radicale bourgeoise peut se permettre un tel détournement de langage alors que l’extrême-droite en est totalement incapable, ou du moins ne pourrait être crédible sur ce terrain. Voilà une autre raison pour laquelle, dans la période présente, le danger pour le prolétariat ne situe pas dans le soi-disant “ populisme ” d’extrême-droite (même si un certain nombre d’ouvriers parmi les moins conscients et les moins combatifs, mais parmi les plus racistes et chauvins, votent en partie pour lui) mais bel et bien dans la capacité de l’extrême gauche dite radicale à occuper le terrain et le langage des mobilisations ouvrières là où s’expriment les forces vives et les fractions les plus conscientes du prolétariat – celles-là même qui entraîneront les autres.

La bourgeoisie abat donc déjà ses cartes, sans attendre la rentrée, afin de baliser et cadenasser au plus vite, encore plus vite que l’adoption des ordonnances sur le code du travail, le terrain politique de l’affrontement de classe et de la probable future mobilisation ouvrière. Voilà le prolétariat et les révolutionnaires authentiques prévenus.

Adaptation et maîtrise de son système politique par la bourgeoisie française

Pour nous, les élections législatives sont donc venues confirmer et amplifier la signification politique de l’élection présidentielle. Le bouleversement de l’appareil politique de la bourgeoisie française répond aux nécessités de celle-ci face à un personnel et des partis politiques qui ne correspondaient plus aux nécessités de l’heure. C’est vrai face au prolétariat et à la nécessité de renouer avec une compétitivité et un renouveau de l’appareil productif du capital français qui passe essentiellement par une plus grande exploitation et une dévalorisation de la force de travail.

C’est aussi vrai au niveau international. En attendant les élections allemandes de septembre prochain, l’élection du plus pro-européen des candidats présidentiels ouvre de fait la possibilité d’une relance de l’alliance franco-allemande4 visant à entraîner l’Union Européenne dans son sillage. L’élection de Macron est donc une des premières réponses politiques de la part d’une des principales classes dominantes européennes, inscrits sur les listes électorales et, donc, ne faisant pas partie de ce “ corps électoral ”.

3         .  http://www.latribune.fr/economie/legislatives-2017/melenchon-elu-pour-la-premiere-fois-a-l-assemblee-se-pose-en-chef-de-laresistance-sociale-740648.html

4         . « Sur le Commerce comme sur la Défense, l’Union évolue. C’est aussi bien dû aux incertitudes internationales crées par Donald Trump, le Proche-Orient et Vladimir Poutine qu’à une volonté des dirigeants nationaux de combler le fossé qui s’est élargi entre les Européens et l’Europe. L’Union est, oui, sur une nouvelle ligne de départ et cela est si net que Mme Merkel vient de se dire ouverte aux idées françaises de renforcement de la zone euro avec instauration d’un ministère des Finances et d’un Budget communs permettant d’envisager ensemble des investissements structurels. Elle ne s’est pas montrée plus précise mais elle devrait l’être après les élections allemandes du mois de septembre. » (Bernard Guetta, radio France Inter, https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-21-juin-2017). Même si cet éditorialiste éminent et reconnu des médias français, ancien trotskiste de la LCR au demeurant, est depuis longtemps un des plus fervents partisans de l’Union européenne, il n’en reste pas moins que ses analyses reflètent assez fidèlement les débats et réflexions au sein de la bourgeoisie.dans la foulée des résultats des dernières élections nationales aux Pays-Bas et en Autriche, au Brexit britannique et aux déclarations hostiles anti-européennes et anti-allemandes de Trump. L’exacerbation de l’impasse économique du capitalisme et de ses contradictions aiguisent la concurrence économique et commerciale et, par conséquent, les rivalités impérialistes : une polarisation croissante entre les deux rives de l’Atlantique appelée à devenir centrale sur la scène internationale est en cours. La récente adoption par l’UE d’un Fonds européen de défense doté de 500 millions d’euros permettant « à l’Union de s’équiper des armements les plus modernes sans plus avoir à dépendre des États-Unis ou de quiconque. A moyen terme, c’est vers une industrie d’armements commune, sur le modèle d’Airbus, que les Européens marchent ainsi et les retombées de cet effort seront multiples » (Bernard Guetta, radio France Inter[3]), n’en est que la dernière expression pratique.

Face à ces nécessités historiques objectives, la bourgeoisie française a réussi son coup faisant preuve d’une grande maîtrise politique (ce qui n’est pas toujours son cas), et a donné ainsi un exemple pour l’ensemble des classes dominantes, tout particulièrement européennes. Voilà ce qui explique l’impact international de la venue au pouvoir de Macron. Loin des discours précédant les élections sur le danger incontrôlé du soi-disant populisme d’extrême-droite – comme si le fait qu’un pourcentage important d’ouvriers “ cols bleus ” vote pour une droite autoritaire était quelque chose de nouveau et d’irrationnel[4] qui illustrerait une perte de contrôle de la bourgeoisie –, la classe capitaliste (surtout des pays centraux du capitalisme) sait très bien s’appuyer sur les expressions des contradictions de son système, crise économique en particulier, pour les utiliser et les retourner contre le prolétariat tant au plan économique que politique.

Il ne s’agit pas pour autant de croire à un état-major réuni dans les palais gouvernementaux ou appartenant à un ou des “ think-tank ” qui régirait et dicterait sa volonté à partir d’un plan machiavélique, voire d’un complot. La théorie marxiste, c’est-à-dire la théorie révolutionnaire du prolétariat, la méthode du matérialisme historique, permet de comprendre comment les nécessités objectives dues à l’aggravation des contradictions du capitalisme contraignent chaque capital national à prendre telle ou telle décision pour survivre sur la scène impérialiste et imposer au prolétariat révolutionnaire une exploitation du travail chaque fois plus dure. Encore lui faut-il trouver aussi un personnel politique qui soit en capacité de mettre en œuvre l’adaptation des politiques et des appareils étatiques aux nouvelles situations ; c’est-à-dire aux nouvelles contradictions de tout ordre et importance qui en découlent. Comme tout processus contradictoire, le choix des équipes politiques ou des décisions peut s’avérer ne pas être le meilleur possible – on peut en discuter dans le cas du choix de Trump et de la décision du Brexit – mais c’est justement le propre des bourgeoisies les plus expérimentées et les plus puissantes de “ faire avec ” et de retourner les effets de faiblesse que certains choix peuvent présenter en une nouvelle force.

Face à Trump, la relance de l’Union Européenne passe par l’affrontement avec le prolétariat en France

Pour défendre sa place comme puissance au niveau international, c’est-à-dire impérialiste, la France ne peut le faire qu’en alliance avec l’Allemagne dans le cadre de l’Union européenne – voire autour d’un “ noyau dur ” de celle-ci. La gravité de l’impasse économique depuis la crise de 2008 et les impératifs impérialistes qui en découlent (Trump, Brexit, etc.) l’y contraignent. Qu’elle en soit totalement consciente ou non ; que des fractions en sein en soient conscientes ou non. Les nécessités du capital dictent leur loi et s’imposent, directement ou bien plus souvent indirectement. Pour pouvoir assumer le développement d’une alliance solide et entreprenante avec l’Allemagne et l’Europe, la bourgeoisie française ne peut faire l’économie d’une confrontation et d’une “ mise à niveau ” des conditions d’exploitation de son prolétariat national à celui requis pour la concurrence commerciale internationale[5]. Aussi détériorées sont-elles déjà par rapport au passé, la réduction drastique des conditions de vie et de travail des prolétaires français – la soi-disant “ libéralisation du marché du travail ” –, au niveau du prolétariat européen, allemand en particulier, est aujourd’hui un impératif non seulement pour faire face à la crise économique mais aussi pour les nécessités impérialistes : c’est-à-dire pour l’émergence d’un pôle impérialiste européen autour de l’Allemagne en capacité de rivaliser sur la scène impérialiste, en particulier au plan militaire et diplomatique. De son côté, la bourgeoisie allemande sait très bien qu’une France affaiblie diminuerait d’autant l’expression de ses intérêts impérialistes, indépendamment du fait que le capital français puisse mieux rivaliser avec elle sur le plan commercial, en limitant l’émergence et le dynamisme d’un pôle européen autour d’elle. Voilà aussi pourquoi elle attache tant d’importance à ce que la classe dominante française accomplisse “ les réformes structurelles ” de son marché du travail. C’est le prolétariat européen qui paiera pour les premiers 500 millions d’euros pour le Fonds européen de défense et les centaines de millions d’autres qui suivront pour développer l’industrie d’armement prévue. Voilà pourquoi il convient que le prolétariat français paie à hauteur des autres prolétariats européens.

Aujourd’hui, crise économique et guerre impérialiste (en tant que perspective et dynamique vers la guerre impérialiste généralisée) viennent directement impacter les conditions de vie du prolétariat international dans tous les pays. La situation politique française issue des élections qui est un succès pour la bourgeoisie n’en est pas moins une illustration concrète, pratique, de la contradiction de classe historique entre capital et travail, entre bourgeoisie et prolétariat, telle qu’elle s’exprime dans la situation historique actuelle.

Trump et le Brexit n’expriment pas une crise des bourgeoisies américaine et britannique

S’il est aujourd’hui clair depuis l’élection de Macron que la bourgeoisie française ne passe pas par une crise de son système politique, il en va en apparence autrement pour les cas britannique et américain. Du moins à en croire les médias de tous pays : la bourgeoisie anglaise serait complètement perdue devant le Brexit et l’américaine ne saurait comment se débarrasser du dangereux clown Trump. Or quel que soit le degré de division de la classe dominante américaine face au choix de Trump, son langage guerrier et provoquant correspond sur le fond à la situation d’affaiblissement historique des États-Unis aux plans économique et impérialiste et qui les mènent tout droit à être le principal acteur de la marche à la guerre impérialiste généralisée.

« Certes, les personnalités et le background politique peuvent jouer un rôle dans le cadre politique stratégique d’un gouvernement. Ils peuvent prendre des décisions sur des questions de politique étrangère et économique diverses suivant les situations intérieure et extérieure, mais aussi selon les inclinaisons personnelles résultant de positionnements politiques antérieurs. Mais c’est la pression des conditions économiques de vie du capital qui dicte les choix de fond, les stratégies à suivre, les recettes les plus opportunes pour faire face à ses crises et soutenir à tout prix ses nécessités de valorisation, que ce soit sur le front intérieur (…) ou bien sur l’international (…). Il est tout aussi certain qu’on peut se tromper en interprétant les nécessités du capital et en mettant en place des politiques économiques erronées et des stratégies internationales contre-productives. Mais il n’en reste pas moins que personne, pas même un président ou un gouvernement dignes de ce nom (…) ne peut s’abstraire des lois de vie et de survie du capital. Et à bien y regarder, la différence entre le mandat d’Obama et la nouvelle administration Trump, audelà des différences évidentes de style et de capacité de communication, n’est pas si profonde : dans les deux cas, les deux administrations se sont mises au service de l’impérialisme américain en fonction des deux phases historiques que, pour simplifier le discours, nous définissons comme “ avant et après la crise des subprimes ” » (Guerra in Siria e riposizionamenti imperialistici, Prometeo #17, revue theorique du PCintBattaglia Comunista, le groupe italien de la Tendance Communiste Internationaliste8, traduit par nous)

puissions construire une force commune. Ma méthode pour le couple franco-allemand est celle d’une alliance de confiance. (…) Mais l’Allemagne est lucide sur les limites d’une action qui ne soit pas pleinement européenne, notamment en matière d’intervention militaire. Elle sait que notre destin est redevenu tragique. Elle a besoin de la France pour se protéger, pour protéger l’Europe et assurer notre sécurité commune. » (Interview d’Emmanuel Macron à plusieurs journaux européens du 21 juin, nous soulignons, https://www.letemps.ch/monde/2017/06/21/emmanuel-macron-leurope-nest-un-supermarche-leurope-undestin-commun).

8 . Nous invitons nos lecteurs à prendre connaissance de cet article, malheureusement seulement en italien à l’heure où nous écrivons, qui rejette l’idée que l’élection du clown Trump représenterait une perte de contrôle, voire une crise, de la bourgeoisie américaine, mais correspondrait plutôt à une adaptation à la situation ouverte “ avant et après la crise ” de 2008. Même si cet article n’utilise pas exactement les mêmes arguments que nous, en particulier il met plus d’insistance que nous sur le lien direct entre nécessité d’ordre “ “ économique ” et décisions politiques, la méthode d’analyse utilisée rejoint la nôtre ce qui n’est pas pour nous surprendre, chacun cherchant à appliquer le matérialisme historique pour l’analyse et le suivi des situations : http://www.leftcom.org/it/articles/2017-05-30/guerra-in-siria-e-riposizionamenti-imperialistici.

La décision du Brexit, sur lequel la bourgeoisie britannique pourrait facilement, par un nouveau référendum par exemple, revenir comme la France et les Pays-Bas l’avaient fait après la victoire du “ Non ” au référendum de 2005 sur le traité de Rome, est au contraire assumée par les principaux partis politiques malgré les difficultés immédiates de tout ordre. Sur le fond, du point de vue des intérêts impérialistes historiques du capitalisme britannique, il correspond à son opposition de toujours à une puissance européenne continentale et à son alliance de toujours depuis la 1er guerre mondiale, et encore plus depuis la 2e, à l’impérialisme nord-américain. À ce titre, le Brexit exprime l’exacerbation de la contradiction propre à la bourgeoisie britannique partagée aujourd’hui entre l’Europe continentale et les États-Unis, et maintenant le choix du “ grand large ”, du fait même de l’exacerbation actuelle de l’antagonisme impérialiste historique entre l’Europe et l’Amérique du Nord ré-ouvert depuis la disparition de l’URSS. Et, à son tour, processus contradictoire lui-aussi, il vient exacerber encore plus cet antagonisme entre les deux rives de l’Atlantique. En dernière analyse, c’est bien sûr l’incapacité du capitalisme à dépasser la crise de 2008 et ses conséquences, la “ stagnation ” qui prévaut toujours et l’endettement généralisé sans cesse croissant, expressions immédiates des contradictions économiques insurmontables du capitalisme, qui, de manière indirecte, impose sa loi et exacerbe les contradictions de classe et d’ordre impérialiste.

Loin d’être politiquement affaiblie face au prolétariat, les principales bourgeoisies mondiales se préparent toutes à affronter encore plus violemment leurs propres prolétaires afin, dans un premier temps, d’assurer leur rang économique, politique et militaire au plan international, c’est-à-dire au plan des rivalités impérialistes ; et dans un second temps d’engager un combat à mort, massif et frontal, contre le prolétariat afin de lui infliger des défaites sanglantes ce qui lui ouvrirait la porte à la guerre impérialiste généralisée. Pour ce faire, elles se dotent, plus ou moins facilement car cela remet en cause les intérêts particuliers de certaines fractions économiques et politiques, d’outils et dispositifs politiques adaptés au mieux.

Pour le prolétariat et les révolutionnaires, croire que les bourgeoisies les plus expérimentées et les plus puissantes au monde seraient en crise politique représenterait un certain danger : s’illusionner sur les potentialités du prolétariat et la facilité du combat de classe, voire l’inéluctabilité de sa victoire. L’expérience historique, en particulier en 1918-1919 en Allemagne, nous enseigne que cette illusion peut vite se transformer en tragédie et catastrophe. Le fil conducteur pour la compréhension de l’évolution des situations ne se trouve pas dans le suivi immédiat de la crise économique, dans ses hauts et ses bas, dans la récession ouverte ou la reprise par exemple, mais dans le processus guidant l’évolution du rapport de forces entre les classes qui, en dernière instance (et non pas de manière directe ou mécanique), est déterminée par la crise. Croire par exemple que l’incapacité de la bourgeoisie à sortir et à dépasser les effets de la crise de 2008 provoquerait mécaniquement une crise politique des systèmes politiques des principales bourgeoisies mondiales, en particulier avec l’émergence incontrôlée d’une extrême droite fascisante, nous semble une voie erronée et dangereuse.

Les enjeux sont clairs, du moins pour les prolétaires les plus combatifs et conscients et les révolutionnaires. Il leur revient d’assumer ces affrontements inévitables en s’y préparant dès aujourd’hui. Les premiers en se regroupant en comité de lutte ou de mobilisation, en particulier lors des luttes, pour pouvoir combattre de manière organisée et collective les sabotages syndicaux et les pièges politiques que les gauches radicales, tel Mélenchon, ne manqueront pas de leur opposer. Les seconds en cherchant à se regrouper, non pas formellement en soi, mais en assumant les débats et les confrontations politiques autour des groupes révolutionnaires en général, et communistes en particulier et en participant aux interventions de ces derniers dans les luttes ouvrières, y compris dans les luttes et le comités de lutte ou de mobilisation. Aux deux en se retrouvant dans les luttes pour pouvoir se rejoindre et unir leur efforts. Sans regroupement et organisation des différentes minorités – minorités constituant de fait une “ avant-garde politique ” – à la fois pour assumer les combats immédiats dans les luttes et à la fois pour assumer les combats politiques et même théoriques en vue de la préparation du parti politique de classe indispensable à la confrontation historique unie contre les États capitalistes, le prolétariat international se laissera entraîner et tromper par les Mélenchon et autres qui vont fleurir un peu partout avec le développement universel des confrontations massives entre les classes.

Telle est aussi la signification internationale du résultat des élections françaises.

Le GIGC, le 30 juin 2017

[1] . « La poussée électorale puis la victoire de Macron ne peuvent pas être mises sur le compte des médias, comme s’il s’agissait d’un effet de mode, d’une sorte d’engouement passager envers un jeune premier. Au-delà des contingences et des péripéties diverses, elles s’expliquent par l’usure, la perte d’efficacité, en un mot l’incapacité croissante de la «vieille politique», comme disent les Macronistes, à répondre aux besoins généraux du capitalisme français » (Bilan des élections présidentielles : recomposition du théâtre politique bourgeois pour mieux défendre le capitalisme, Le Prolétaire #524, http://www.pcint.org).

[2] . On peut relever en passant que la majorité parlementaire de Macron de 308 sièges sur 577, soit 53% des députés, a été élue avec 16,5% du corps électoral, c’est-à-dire sans compter les 10% estimés de “ citoyens ” français pouvant voter mais n’étant pas

[3]https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-21-juin-2017

[4] . Dans les années 1960 et les décennies qui les ont suivi, il y avait déjà autour de 30% d’ouvriers qui votait pour De Gaulle et la droite nationaliste et autoritaire qu’il représentait. Le vote des “ cols bleus ” en faveur de Marine Le Pen est de ce point de vue moins important que celui pour De Gaulle dans les années 1960… juste avant et après la grève massive de mai 1968. Aux ÉtatsUnis, « dans les élections de 1980 et 1984, Reagan avait rassemblé 61% des votes de la classe ouvrière blanche comparé aux 35% pour ses opposants démocrates, Jimmy Carter and Walter Mondale » (The Decline of the White Working Class and the Rise of a Mass Upper Middle Class, Ruy Teixeira, Brookings Working Paper, April 2008, traduit par nous, https://www.brookings.edu/wp-content/uploads/2016/06/04_demographics_teixeira.pdf). Rien de nouveau donc, ni de qualitativement différent, dans le vote “ blue collar ” pro-Trump contrairement aux campagnes médiatiques sur le sujet.

[5] . « La France n’aura aucune capacité motrice si elle ne porte pas un discours clair et un regard lucide sur le monde. Mais elle ne l’aura pas non plus si elle ne renforce pas son économie et sa société. C’est pourquoi j’ai demandé au gouvernement d’enclencher les réformes fondamentales qui sont indispensables pour la France. Notre crédibilité, notre efficacité, notre force sont en jeu. Mais la force de quelques-uns ne peut pas se nourrir longtemps de la faiblesse des autres. L’Allemagne, qui s’est réformée il y a une quinzaine d’années, constate aujourd’hui que cette situation n’est pas viable. Mon souhait est donc que nousAprès les élections législatives en France, quelle signification et quelles implications pour le prolétariat français et international
(30 juin 2017)
Le deuxième tour des élections législatives françaises vient marquer la fin d’une année entière de campagne électorale dont peu de personnes pouvait imaginer l’issue et le degré de transformation, de bouleversement pour dire le vrai, de l’appareil politique qui s’est produit. Cette “ révolution ”, titre du livre programme du nouveau président français, Emmanuel Macron, est la dernière surprise électorale en date que les principales puissances impérialistes aient connu depuis juin 2016 avec le référendum britannique pour le Brexit et l’élection de Trump en novembre. Sauf à croire au pur “ hasard ”, ces chocs politiques obligent à une réflexion afin d’en déterminer les causes et le lien qui les relient et d’en tirer les implications pour le prolétariat et son combat de classe. De toute évidence, la situation historique n’est plus la même avec la prolongation des effets de la crise économique de 2008 et l’aiguisement des rivalités et guerres impérialistes qui en ont découlé, en Syrie en particulier, et dont les attentats terroristes venant frapper au cœur de l’Europe, en France et à Paris en premier lieu dès janvier 2015, sont une composante et un marqueur essentiels.
La réflexion que nous soumettons ci-après s’inscrit dans le même cadre d’analyse de la situation que nous avions déjà mis en avant dans notre communiqué Élection présidentielle française : Mélenchon et la gauche radicale se préparent à paralyser les réactions ouvrières face aux attaques du futur gouvernement (http://igcl.org/Election-presidentielle-francaise). On peut aussi se référer à la prise de position du PCIProgramme communiste, Le Prolétaire #524, avec laquelle nous partageons le rejet de l’idée selon laquelle la bourgeoisie tendrait à perdre le contrôle de son jeu politique avec les votes soi-disant “ populistes ” d’extrême-droite . Cette thèse que les médias bourgeois ont asséné durant la campagne électorale française a aussi servie, et continue à servir, pour expliquer le Brexit et l’élection de Trump. Elle est non seulement erronée mais dangereuse du point de vue du prolétariat en laissant croire à un affaiblissement politique de la bourgeoisie alors que les changements politiques en cours au sein des classes dominantes sont au contraire des expressions et des moments d’adaptation et de renforcement de son appareil politique étatique en particulier contre le prolétariat.
Mélenchon : une gauche radicale pour contrôler et saboter les réaction ouvrières à l’attaque massive annoncée par le gouvernement Macron
L’élection de 308 députés pro-Macron et l’éclatement de l’opposition en une multitude de groupes parlementaires à l’assemblée nationale française sont venus éteindre définitivement le dispositif politique traditionnel de la bourgeoisie française qui prévalait depuis… 1958. Cette organisation alternait au pouvoir le parti de droite classique issu du gaullisme (appelé aujourd’hui Les Républicains) et le parti socialiste. Mais surtout, c’est-à-dire du point de vue ouvrier de classe, l’important est l’intention du nouveau président et de son gouvernement d’aller encore plus loin dans les attaques contre le prolétariat en France en poursuivant la “ libéralisation du marché du travail ” que la loi “ El Khomri ” de 2016 a déjà entamée. Et cela dès cet été, au plus vite. Pour ce faire, la mise en place d’une majorité parlementaire s’accompagne de l’émergence d’une opposition de gauche radicale avec l’élection de 17 députés de La France Insoumise (LFI) de Mélenchon – plus dix du PCF – auxquels certains députés du PS risquent fort de s’allier. Dans les faits, une machine de guerre politique le prenant en tenaille se met en place pour attaquer frontalement encore plus le prolétariat dans ses conditions de vie et travail. D’un côté un gouvernement frappant fort et vite. Et de l’autre une opposition politique de gauche au langage radical qui vise à relayer et compléter, au niveau politique, l’encadrement et le sabotage syndicaux des inévitables réactions ouvrières. Les tractations entre gouvernement et syndicats ont déjà commencé. Dès le lendemain, 9 mai, de la victoire de Macron, mais aussi le 19 juin au lendemain du second tour des législatives, le Front Social nouvellement formé et regroupant principalement des sections syndicales radicales CGT, SUD-Solidaires et quelques autres, appelait déjà à des manifestations de rue. De son côté, Mélenchon n’a tardé qu’une heure et demi le soir des élections pour jouer sa partition de 1er opposant politique radical au pouvoir en s’appropriant les 61,5% du corps électoral qui se sont soit abstenus, soit ont voté blancs ou nuls, au deuxième tour des élections législatives, pour “ offrir ” un débouché politique, le référendum, aux futures mobilisations :
« L’abstention écrasante qui s’est exprimée aujourd’hui a une signification politique offensive. Notre peuple est entré dans une forme de grève générale civique dans cette élection. Je vois dans cette abstention une énergie disponible pour peu que nous sachions l’appeler au combat avec les formes et les mots qui conviendront aux possibilités de chacun. C’est lui [le groupe de LFI à l’Assemblée, Ndlr] qui appellera le pays le moment venu à une résistance sociale, et j’informe le nouveau pouvoir que pas un mètre du terrain du droit social ne lui sera cédé sans lutte. La majorité boursouflée [du parti d’Emmanuel Macron] n’a pas la légitimité pour perpétrer le coup d’État social qui était en prévision, c’est-à-dire la destruction de tout l’ordre public social par l’abrogation du Code du travail. C’est au contraire la résistance la plus totale qui est légitime, et c’est pour ça que je dis que, le nouveau pouvoir, s’il juge que c’est vraiment la nécessité pour le pays et que cela est conforme à son intérêt, alors il faut qu’il procède par la voie la plus démocratique qui est en son pouvoir, c’est-à-dire que le peuple français soit consulté par référendum pour s’il veut oui ou non de ce que cette minorité prétend lui imposer. » (Déclaration de Mélenchon le soir des élections, La Tribune, 19 juin 20173).
S’appropriant le niveau inédit d’abstention et le retournant à son usage en le proclamant comme étant une “ grève civique ”, le mot d’ordre et la revendication d’un référendum lancés par Mélenchon annoncent déjà la volonté manifeste d’accompagner au plan politique la tactique syndicale de journées d’action impuissantes. Il s’agit ainsi de détourner la mobilisation de classe contre l’État et le capitalisme sur le terrain démocratique et étatique, via le mot d’ordre de référendum, véritable piège et assurance de défaite cuisante si les ouvriers y cédaient. En passant, il convient de relever qu’il réussit à reprendre à son compte, pour en dénaturer le sens de classe, les termes de “ grève ” et “ d’abstention ”. Inutile de préciser ici que seule la gauche radicale bourgeoise peut se permettre un tel détournement de langage alors que l’extrême-droite en est totalement incapable, ou du moins ne pourrait être crédible sur ce terrain. Voilà une autre raison pour laquelle, dans la période présente, le danger pour le prolétariat ne situe pas dans le soi-disant “ populisme ” d’extrême-droite (même si un certain nombre d’ouvriers parmi les moins conscients et les moins combatifs, mais parmi les plus racistes et chauvins, votent en partie pour lui) mais bel et bien dans la capacité de l’extrême gauche dite radicale à occuper le terrain et le langage des mobilisations ouvrières là où s’expriment les forces vives et les fractions les plus conscientes du prolétariat – celles-là même qui entraîneront les autres.
La bourgeoisie abat donc déjà ses cartes, sans attendre la rentrée, afin de baliser et cadenasser au plus vite, encore plus vite que l’adoption des ordonnances sur le code du travail, le terrain politique de l’affrontement de classe et de la probable future mobilisation ouvrière. Voilà le prolétariat et les révolutionnaires authentiques prévenus.
Adaptation et maîtrise de son système politique par la bourgeoisie française
Pour nous, les élections législatives sont donc venues confirmer et amplifier la signification politique de l’élection présidentielle. Le bouleversement de l’appareil politique de la bourgeoisie française répond aux nécessités de celle-ci face à un personnel et des partis politiques qui ne correspondaient plus aux nécessités de l’heure. C’est vrai face au prolétariat et à la nécessité de renouer avec une compétitivité et un renouveau de l’appareil productif du capital français qui passe essentiellement par une plus grande exploitation et une dévalorisation de la force de travail.
C’est aussi vrai au niveau international. En attendant les élections allemandes de septembre prochain, l’élection du plus pro-européen des candidats présidentiels ouvre de fait la possibilité d’une relance de l’alliance franco-allemande4 visant à entraîner l’Union Européenne dans son sillage. L’élection de Macron est donc une des premières réponses politiques de la part d’une des principales classes dominantes européennes,

inscrits sur les listes électorales et, donc, ne faisant pas partie de ce “ corps électoral ”.
3 . http://www.latribune.fr/economie/legislatives-2017/melenchon-elu-pour-la-premiere-fois-a-l-assemblee-se-pose-en-chef-de-laresistance-sociale-740648.html
4 . « Sur le Commerce comme sur la Défense, l’Union évolue. C’est aussi bien dû aux incertitudes internationales crées par Donald Trump, le Proche-Orient et Vladimir Poutine qu’à une volonté des dirigeants nationaux de combler le fossé qui s’est élargi entre les Européens et l’Europe. L’Union est, oui, sur une nouvelle ligne de départ et cela est si net que Mme Merkel vient de se dire ouverte aux idées françaises de renforcement de la zone euro avec instauration d’un ministère des Finances et d’un Budget communs permettant d’envisager ensemble des investissements structurels. Elle ne s’est pas montrée plus précise mais elle devrait l’être après les élections allemandes du mois de septembre. » (Bernard Guetta, radio France Inter, https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-21-juin-2017). Même si cet éditorialiste éminent et reconnu des médias français, ancien trotskiste de la LCR au demeurant, est depuis longtemps un des plus fervents partisans de l’Union européenne, il n’en reste pas moins que ses analyses reflètent assez fidèlement les débats et réflexions au sein de la bourgeoisie.
dans la foulée des résultats des dernières élections nationales aux Pays-Bas et en Autriche, au Brexit britannique et aux déclarations hostiles anti-européennes et anti-allemandes de Trump. L’exacerbation de l’impasse économique du capitalisme et de ses contradictions aiguisent la concurrence économique et commerciale et, par conséquent, les rivalités impérialistes : une polarisation croissante entre les deux rives de l’Atlantique appelée à devenir centrale sur la scène internationale est en cours. La récente adoption par l’UE d’un Fonds européen de défense doté de 500 millions d’euros permettant « à l’Union de s’équiper des armements les plus modernes sans plus avoir à dépendre des États-Unis ou de quiconque. A moyen terme, c’est vers une industrie d’armements commune, sur le modèle d’Airbus, que les Européens marchent ainsi et les retombées de cet effort seront multiples » (Bernard Guetta, radio France Inter ), n’en est que la dernière expression pratique.
Face à ces nécessités historiques objectives, la bourgeoisie française a réussi son coup faisant preuve d’une grande maîtrise politique (ce qui n’est pas toujours son cas), et a donné ainsi un exemple pour l’ensemble des classes dominantes, tout particulièrement européennes. Voilà ce qui explique l’impact international de la venue au pouvoir de Macron. Loin des discours précédant les élections sur le danger incontrôlé du soi-disant populisme d’extrême-droite – comme si le fait qu’un pourcentage important d’ouvriers “ cols bleus ” vote pour une droite autoritaire était quelque chose de nouveau et d’irrationnel qui illustrerait une perte de contrôle de la bourgeoisie –, la classe capitaliste (surtout des pays centraux du capitalisme) sait très bien s’appuyer sur les expressions des contradictions de son système, crise économique en particulier, pour les utiliser et les retourner contre le prolétariat tant au plan économique que politique.
Il ne s’agit pas pour autant de croire à un état-major réuni dans les palais gouvernementaux ou appartenant à un ou des “ think-tank ” qui régirait et dicterait sa volonté à partir d’un plan machiavélique, voire d’un complot. La théorie marxiste, c’est-à-dire la théorie révolutionnaire du prolétariat, la méthode du matérialisme historique, permet de comprendre comment les nécessités objectives dues à l’aggravation des contradictions du capitalisme contraignent chaque capital national à prendre telle ou telle décision pour survivre sur la scène impérialiste et imposer au prolétariat révolutionnaire une exploitation du travail chaque fois plus dure. Encore lui faut-il trouver aussi un personnel politique qui soit en capacité de mettre en œuvre l’adaptation des politiques et des appareils étatiques aux nouvelles situations ; c’est-à-dire aux nouvelles contradictions de tout ordre et importance qui en découlent. Comme tout processus contradictoire, le choix des équipes politiques ou des décisions peut s’avérer ne pas être le meilleur possible – on peut en discuter dans le cas du choix de Trump et de la décision du Brexit – mais c’est justement le propre des bourgeoisies les plus expérimentées et les plus puissantes de “ faire avec ” et de retourner les effets de faiblesse que certains choix peuvent présenter en une nouvelle force.
Face à Trump, la relance de l’Union Européenne passe par l’affrontement avec le prolétariat en France
Pour défendre sa place comme puissance au niveau international, c’est-à-dire impérialiste, la France ne peut le faire qu’en alliance avec l’Allemagne dans le cadre de l’Union européenne – voire autour d’un “ noyau dur ” de celle-ci. La gravité de l’impasse économique depuis la crise de 2008 et les impératifs impérialistes qui en découlent (Trump, Brexit, etc.) l’y contraignent. Qu’elle en soit totalement consciente ou non ; que des fractions en sein en soient conscientes ou non. Les nécessités du capital dictent leur loi et s’imposent, directement ou bien plus souvent indirectement. Pour pouvoir assumer le développement d’une alliance solide et entreprenante avec l’Allemagne et l’Europe, la bourgeoisie française ne peut faire l’économie d’une confrontation et d’une “ mise à niveau ” des conditions d’exploitation de son prolétariat national à celui requis pour la concurrence commerciale internationale . Aussi détériorées sont-elles déjà par rapport au passé, la réduction drastique des conditions de vie et de travail des prolétaires français – la soi-disant “ libéralisation du marché du travail ” –, au niveau du prolétariat européen, allemand en particulier, est aujourd’hui un impératif non seulement pour faire face à la crise économique mais aussi pour les nécessités impérialistes : c’est-à-dire pour l’émergence d’un pôle impérialiste européen autour de l’Allemagne en capacité de rivaliser sur la scène impérialiste, en particulier au plan militaire et diplomatique. De son côté, la bourgeoisie allemande sait très bien qu’une France affaiblie diminuerait d’autant l’expression de ses intérêts impérialistes, indépendamment du fait que le capital français puisse mieux rivaliser avec elle sur le plan commercial, en limitant l’émergence et le dynamisme d’un pôle européen autour d’elle. Voilà aussi pourquoi elle attache tant d’importance à ce que la classe dominante française accomplisse “ les réformes structurelles ” de son marché du travail. C’est le prolétariat européen qui paiera pour les premiers 500 millions d’euros pour le Fonds européen de défense et les centaines de millions d’autres qui suivront pour développer l’industrie d’armement prévue. Voilà pourquoi il convient que le prolétariat français paie à hauteur des autres prolétariats européens.
Aujourd’hui, crise économique et guerre impérialiste (en tant que perspective et dynamique vers la guerre impérialiste généralisée) viennent directement impacter les conditions de vie du prolétariat international dans tous les pays. La situation politique française issue des élections qui est un succès pour la bourgeoisie n’en est pas moins une illustration concrète, pratique, de la contradiction de classe historique entre capital et travail, entre bourgeoisie et prolétariat, telle qu’elle s’exprime dans la situation historique actuelle.
Trump et le Brexit n’expriment pas une crise des bourgeoisies américaine et britannique
S’il est aujourd’hui clair depuis l’élection de Macron que la bourgeoisie française ne passe pas par une crise de son système politique, il en va en apparence autrement pour les cas britannique et américain. Du moins à en croire les médias de tous pays : la bourgeoisie anglaise serait complètement perdue devant le Brexit et l’américaine ne saurait comment se débarrasser du dangereux clown Trump. Or quel que soit le degré de division de la classe dominante américaine face au choix de Trump, son langage guerrier et provoquant correspond sur le fond à la situation d’affaiblissement historique des États-Unis aux plans économique et impérialiste et qui les mènent tout droit à être le principal acteur de la marche à la guerre impérialiste généralisée.
« Certes, les personnalités et le background politique peuvent jouer un rôle dans le cadre politique stratégique d’un gouvernement. Ils peuvent prendre des décisions sur des questions de politique étrangère et économique diverses suivant les situations intérieure et extérieure, mais aussi selon les inclinaisons personnelles résultant de positionnements politiques antérieurs. Mais c’est la pression des conditions économiques de vie du capital qui dicte les choix de fond, les stratégies à suivre, les recettes les plus opportunes pour faire face à ses crises et soutenir à tout prix ses nécessités de valorisation, que ce soit sur le front intérieur (…) ou bien sur l’international (…). Il est tout aussi certain qu’on peut se tromper en interprétant les nécessités du capital et en mettant en place des politiques économiques erronées et des stratégies internationales contre-productives. Mais il n’en reste pas moins que personne, pas même un président ou un gouvernement dignes de ce nom (…) ne peut s’abstraire des lois de vie et de survie du capital. Et à bien y regarder, la différence entre le mandat d’Obama et la nouvelle administration Trump, audelà des différences évidentes de style et de capacité de communication, n’est pas si profonde : dans les deux cas, les deux administrations se sont mises au service de l’impérialisme américain en fonction des deux phases historiques que, pour simplifier le discours, nous définissons comme “ avant et après la crise des subprimes ” » (Guerra in Siria e riposizionamenti imperialistici, Prometeo #17, revue theorique du PCintBattaglia Comunista, le groupe italien de la Tendance Communiste Internationaliste8, traduit par nous)

puissions construire une force commune. Ma méthode pour le couple franco-allemand est celle d’une alliance de confiance. (…) Mais l’Allemagne est lucide sur les limites d’une action qui ne soit pas pleinement européenne, notamment en matière d’intervention militaire. Elle sait que notre destin est redevenu tragique. Elle a besoin de la France pour se protéger, pour protéger l’Europe et assurer notre sécurité commune. » (Interview d’Emmanuel Macron à plusieurs journaux européens du 21 juin, nous soulignons, https://www.letemps.ch/monde/2017/06/21/emmanuel-macron-leurope-nest-un-supermarche-leurope-undestin-commun).
8 . Nous invitons nos lecteurs à prendre connaissance de cet article, malheureusement seulement en italien à l’heure où nous écrivons, qui rejette l’idée que l’élection du clown Trump représenterait une perte de contrôle, voire une crise, de la bourgeoisie américaine, mais correspondrait plutôt à une adaptation à la situation ouverte “ avant et après la crise ” de 2008. Même si cet article n’utilise pas exactement les mêmes arguments que nous, en particulier il met plus d’insistance que nous sur le lien direct entre nécessité d’ordre “ “ économique ” et décisions politiques, la méthode d’analyse utilisée rejoint la nôtre ce qui n’est pas pour nous surprendre, chacun cherchant à appliquer le matérialisme historique pour l’analyse et le suivi des situations : http://www.leftcom.org/it/articles/2017-05-30/guerra-in-siria-e-riposizionamenti-imperialistici.
La décision du Brexit, sur lequel la bourgeoisie britannique pourrait facilement, par un nouveau référendum par exemple, revenir comme la France et les Pays-Bas l’avaient fait après la victoire du “ Non ” au référendum de 2005 sur le traité de Rome, est au contraire assumée par les principaux partis politiques malgré les difficultés immédiates de tout ordre. Sur le fond, du point de vue des intérêts impérialistes historiques du capitalisme britannique, il correspond à son opposition de toujours à une puissance européenne continentale et à son alliance de toujours depuis la 1er guerre mondiale, et encore plus depuis la 2e, à l’impérialisme nord-américain. À ce titre, le Brexit exprime l’exacerbation de la contradiction propre à la bourgeoisie britannique partagée aujourd’hui entre l’Europe continentale et les États-Unis, et maintenant le choix du “ grand large ”, du fait même de l’exacerbation actuelle de l’antagonisme impérialiste historique entre l’Europe et l’Amérique du Nord ré-ouvert depuis la disparition de l’URSS. Et, à son tour, processus contradictoire lui-aussi, il vient exacerber encore plus cet antagonisme entre les deux rives de l’Atlantique. En dernière analyse, c’est bien sûr l’incapacité du capitalisme à dépasser la crise de 2008 et ses conséquences, la “ stagnation ” qui prévaut toujours et l’endettement généralisé sans cesse croissant, expressions immédiates des contradictions économiques insurmontables du capitalisme, qui, de manière indirecte, impose sa loi et exacerbe les contradictions de classe et d’ordre impérialiste.
Loin d’être politiquement affaiblie face au prolétariat, les principales bourgeoisies mondiales se préparent toutes à affronter encore plus violemment leurs propres prolétaires afin, dans un premier temps, d’assurer leur rang économique, politique et militaire au plan international, c’est-à-dire au plan des rivalités impérialistes ; et dans un second temps d’engager un combat à mort, massif et frontal, contre le prolétariat afin de lui infliger des défaites sanglantes ce qui lui ouvrirait la porte à la guerre impérialiste généralisée. Pour ce faire, elles se dotent, plus ou moins facilement car cela remet en cause les intérêts particuliers de certaines fractions économiques et politiques, d’outils et dispositifs politiques adaptés au mieux.
Pour le prolétariat et les révolutionnaires, croire que les bourgeoisies les plus expérimentées et les plus puissantes au monde seraient en crise politique représenterait un certain danger : s’illusionner sur les
potentialités du prolétariat et la facilité du combat de classe, voire l’inéluctabilité de sa victoire. L’expérience historique, en particulier en 1918-1919 en Allemagne, nous enseigne que cette illusion peut vite se transformer en tragédie et catastrophe. Le fil conducteur pour la compréhension de l’évolution des situations ne se trouve pas dans le suivi immédiat de la crise économique, dans ses hauts et ses bas, dans la récession ouverte ou la reprise par exemple, mais dans le processus guidant l’évolution du rapport de forces entre les classes qui, en dernière instance (et non pas de manière directe ou mécanique), est déterminée par la crise. Croire par exemple que l’incapacité de la bourgeoisie à sortir et à dépasser les effets de la crise de 2008 provoquerait mécaniquement une crise politique des systèmes politiques des principales bourgeoisies mondiales, en particulier avec l’émergence incontrôlée d’une extrême droite fascisante, nous semble une voie erronée et dangereuse.
Les enjeux sont clairs, du moins pour les prolétaires les plus combatifs et conscients et les révolutionnaires. Il leur revient d’assumer ces affrontements inévitables en s’y préparant dès aujourd’hui. Les premiers en se regroupant en comité de lutte ou de mobilisation, en particulier lors des luttes, pour pouvoir combattre de manière organisée et collective les sabotages syndicaux et les pièges politiques que les gauches radicales, tel Mélenchon, ne manqueront pas de leur opposer. Les seconds en cherchant à se regrouper, non pas formellement en soi, mais en assumant les débats et les confrontations politiques autour des groupes révolutionnaires en général, et communistes en particulier et en participant aux interventions de ces derniers dans les luttes ouvrières, y compris dans les luttes et le comités de lutte ou de mobilisation. Aux deux en se retrouvant dans les luttes pour pouvoir se rejoindre et unir leur efforts. Sans regroupement et organisation des différentes minorités – minorités constituant de fait une “ avant-garde politique ” – à la fois pour assumer les combats immédiats dans les luttes et à la fois pour assumer les combats politiques et même théoriques en vue de la préparation du parti politique de classe indispensable à la confrontation historique unie contre les États capitalistes, le prolétariat international se laissera entraîner et tromper par les Mélenchon et autres qui vont fleurir un peu partout avec le développement universel des confrontations massives entre les classes.
Telle est aussi la signification internationale du résultat des élections françaises.
Le GIGC, le 30 juin 2017

Avec l’échec de Le Pen, rien ne change pour l’antiracisme et l’antifascisme de classe

COMBATTRE LE FASCISME,

ABATTRE LE CAPITALISME!

 

Ouf, elle n’est pas passée… c’est le sentiment autour de nous. Mais en 2002, le père n’était pas passé non plus et cela n’a pas freiné le développement du FN.

Le racisme est toujours là, s’est même renforcé autour de nous.

Il y a le racisme d’Etat, qu’il s’agisse de la recherche d’emploi, des discours islamophobes dans les médias ou des violences policières dans les quartiers. Le poison patriotique et nationaliste se répand dans tous les partis, la préférence nationale devient une banalité, le contrôle de l’immigration se renforce toujours plus, et ce sont tous les immigrés, avec ou sans papiers, tous les jeunes (et maintenant moins jeunes…) nés en France avec une couleur, un nom, une religion minoritaires ou minorisés qui trinquent.

Il y a aussi le poison du racisme individuel, issu de l’histoire coloniale de la France (et son actualité comme aux Antilles, à Mayotte, en Guyane ou en Kanaky) cette mentalité abjecte de petit-blanc qui ne supporte pas de voir des anciens colonisés revendiquer l’égalité des droits. Sentiment des Pieds Noirs, des racistes avérés, entretenu et développé par le FN et cie, sentiment confus de la concurrence entre travailleurs dans la crise capitaliste, il se heurte heureusement aux solidarités du combat social mené en commun, dans les entreprises ou dans les quartiers…

Ces deux formes de racisme se sont renforcées et s’appuient l’une sur l’autre, et les attentats ont attisé la flamme. C’est la confusion qui règne, très rares ont été celles et ceux qui ont dénoncé les interventions à l’étranger (Mali, Libye, Syrie, Afghanistan…) et ont qualifié les auteurs de fascistes. Le racisme d’Etat, les intellectuels à la botte ont préféré renforcer les contradictions en critiquant les musulmans ou ceux supposés l’être…

Le combat antiraciste se mène dans le combat commun, sur des positions antiracistes et de classe, au service des ouvriers et des prolétaires. Pour le combat commun contre la sous-traitance, la pénibilité dans les entreprises. Pour l’égalité des droits et la régularisation des sans-papiers, contre les violences policières dans les quartiers, contre les interventions à l’étranger, contre toutes les lois et mesures racistes, quelles qu’en soient les cibles. Toujours en dénonçant notre propre gouvernement, son Etat et le capitalisme qui en est le socle. Tout ne se réglera pas du jour au lendemain, mais c’est la seule voie pour construire une unité de combat, de classe, qui permettra de surmonter les appréhensions et les différences sur lesquelles s’appuient les racistes pour répandre leur venin.

Il se mène aussi dans nos rangs, parmi nos collègues et voisins, en remettant en cause les préjugés, en luttant sans concession contre les attitudes et les paroles chauvines et xénophobes, en exposant la manière dont l’impérialisme place la fraction immigrée de la classe ouvrière, les habitants des quartiers, dans une position subordonnée et discriminée. La lutte se mène aussi dans les rangs de notre classe et de nos organisations !

C’est pareil pour le combat antifasciste. Dans le sillage du FN se développent des groupuscules et organisations fascistes, racistes, homophobes et sexistes. Dans certaines villes, comme à Lyon ou Lille, ils ont pignon sur rue et prétendent annexer des quartiers entiers. Ils ont tué Clément Méric à Paris, Hervé Rybarczyk à Lille, ils font la chasse aux migrants à Calais, ils veulent imposer la terreur.

Avec la complaisance de la police et de la justice, c’est le moins qu’on puisse dire, et ce sont surtout les militants qui refusent de leur laisser le terrain qui sont attaqués.
Alors, on ne les laisse pas faire, on ne fait pas confiance à la justice et à la police (rappelons que pour celle-ci, on dit que 50% des flics votent FN !), et on s’organise, on manifeste pour interdire par nous-mêmes l’expression de ces noyaux fascisants !

 

Source:  http://ocml-vp.org/article1808.html