Avec une profonde haine de classe, nous rejetons l’intervention directe et éhontée de l’impérialisme Yankee contre le peuple du Vénézuéla

Nous publions notre traduction de la déclaration des Partis et Organisations Marxistes-Léninistes-Maoïstes d’Amérique Latine sur le Venezuela, à laquelle nous souscrivons totalement.

Nous nous adressons à notre classe, le prolétariat international, et aux peuples du monde pour condamner, écraser, marquer par le feu et rejeter avec une profonde haine de classe l’intervention directe et éhontée de l’impérialisme yankee, seule superpuissance hégémonique, grand gendarme contre-révolutionnaire du monde et principal ennemi des peuples, contre la nation, contre le peuple du Venezuela.

Avec cette nouvelle agression directe, l’impérialisme yankee utilise un coup d’État pour imposer son gouvernement fantoche au Venezuela. Il s’agit d’un plan de l’impérialisme américain, il se déroule avec l’auto-proclamation comme président intérimaire de son pantin, le président de l’Assemblée Législative suspendue, Juan Guaidó, qui a été immédiatement reconnu comme le président « légitime » du pays par le gouvernement archi-réactionnaire et génocidaire de Trump-Pence et faisant un ultimatum au gouvernement en place de Nicolás Maduro pour qu’il lui cède le gouvernement intérimaire ; l’intimidant, dans le cas où l’exigence impérialiste ne serait pas suivie, qu’il utiliserait tout son pouvoir et sa puissance de superpuissance pour obtenir la capitulation du gouvernement actuel de Maduro en faveur du gouvernement temporaire comme « casus belli ». Ce qui signifie, soit la capitulation du pays opprimé, soit la guerre d’agression impérialiste, peu importe la forme que l’intervention militaire revêt.

Cette agression directe de l’impérialisme yankee, dirigé par Trump-Pence, pour changer le gouvernement du Venezuela par un pantin des yankee, impliquerait le changement de la situation semi-coloniale du Venezuela en une situation coloniale. Ces impérialistes, au nom de la lutte contre la « dictature » et pour la « démocratie et la liberté », ont pour intention de soumettre le peuple vénézuélien à l’esclavage colonial. Cela constitue la pire intimidation sans honte, l’interférence, le contrôle et l’agression par les Etats-Unis contre une nation opprimée du Tiers-Monde en violation de l’indépendance nationale, de la souveraineté nationale et de la dignité du pays et de l’ordre juridique international qui est une expression de son hégémonie mondiale, avec sa Charte de l’ONU, ou son OEA (Organisation des Etats Américains), etc.

L’impérialisme se permet d’agir de manière suffisante et sans-gêne contre un pays formellement indépendant grâce à sa condition de seule superpuissance hégémonique et de gendarme du monde auto-proclamé. Parce que c’est le principal impérialisme qui impose son règne semi-colonial sur le Venezuela tout comme sur les autres pays d’Amérique Latine, principale base de sa domination mondiale (son arrière-cour). Une situation qui s’est approfondie pendant les années du régime actuel de Chávez-Maduro qui, comme représentants de la grande bourgeoisie bureaucratique de ce pays, malgré leur discours et les contradictions secondaires avec les gouvernements successifs que les Etats-Unis, ont de plus en plus soumis le pays au règne économique de l’impérialisme yankee à travers son principal et pratiquement seul produit d’exportation, le pétrole, tout en s’associant avec ses investissements directs à l’étranger et augmentant sa dépendance financière de Wall Street. Cependant ils ont ouvert le pays de plus en plus à la pénétration d’autres puissances impérialistes, sans rompre avec l’impérialisme yankee, en essayant de jouer sur deux tableaux. Augmentant ainsi le conflit impérialiste pour l’exploitation du pays et transformant le Venezuela en une arène d’affrontement inter-impérialiste aiguë.

Aujourd’hui plus que jamais, la révolution de Nouvelle Démocratie, qui mettra fin à la domination impérialiste, à la semi-féodalité et au capitalisme bureaucratique qui sont les trois montagnes qui oppriment le peuple, demande à être concrétisée au moyen de la Guerre Populaire dirigée par le prolétariat grâce à son Parti Communiste marxiste-léniniste-maoïste militarisé.

Le régime actuel au Venezuela a été établi le 2 février 1992 en surfant sur la lutte des masses contre la tant décriée privatisation et les « packages » que les gouvernements précédents de la faction compradore ont essayé d’imposer. La colère des masses qui s’est exprimée dans le « Caracazo » (1989) a temporairement empêché les désires des compradores, principalement liés aux Etats-Unis, de prendre complètement tout ce que l’Etat bureaucratique et des propriétaires terriens a accumulé pendant des décennies.

Maintenant avec l’aggravation de la crise dans le pays, pour les impérialistes yankee et les laquais à leur service, le moment est venu pour s’approprier complètement les grandes richesses du pays à travers l’imposition d’un gouvernement fantoche : en visant le pétrole du Venezuela en première place, la plus grande réserve dans le monde, et en prenant avantage des conditions excellentes que ce pays offre pour l’exploitation par le capital financier impérialiste. En établissant son esclavage colonial grâce à un gouvernement fantoche, les impérialistes yankee n’auront pas à partager le monopole économique sur le Venezuela avec d’autres impérialistes (caractère semicolonial) mais pourront établir leur monopole économique impérialiste exclusif sur le pays (caractère colonial).

Comme cela a toujours été le cas, il appartient au peuple de défendre le pays. Le peuple vénézuélien doit se mobiliser largement dans le but d’empêcher le danger de capitulation qui est exprimé par les représentants du gouvernement de Maduro, comme la tendance au compromis, qui a été exprimé ouvertement ou secrètement par ceux qui ont peur de la puissance de l’impérialisme et en conséquence offre l’inévitable assujettissement de la nation parce qu’ils n’ont pas confiance dans la puissance du peuple et la solidarité des peuples du monde.

Pour les révolutionnaires, l’impérialisme est un colosse aux pieds d’argiles, un tigre en papier et les armes ne sont pas décisives mais au contraire les masses le sont. Les autres mettent leurs espoirs pour surpasser la menace de l’assujettissement colonial du pays principalement dans l’aide étrangère d’une autre superpuissance, la Russie (le chien maigre) ou les social-impérialistes chinois à travers l’aide économique, les armes etc, ou bien la médiation diplomatique. Cette dernière est liée au doute que ces personnes ont à savoir si l’ennemi attaquera : certains considèrent cela comme une probabilité et d’autres disent qu’il n’y a aucune chance.

Pour leur part, les impérialistes yankee, à travers leurs représentants, ont déclaré que la politique des Etats-Unis concernant le Venezuela est déjà établie. Quiconque imagine qu’il est possible de négocier avec les Etats-Unis, d’une manière qui n’implique pas la capitulation du gouvernement du pays et l’abandon de l’indépendance et de la souveraineté du Venezuela vit dans l’illusion. Le conseiller à la sécurité nationale de Trump, Bolton, a fourni un document où il est démontré qu’ils se mobilisent pour l’agression militaire directe, en atteste : « le déploiement de 5000 troupes en Colombie ». D’autant plus que tout comme dans les guerres au Moyen-Orient, les puissances impérialistes agissent en collusion et en lutte avec les yankee pour pousser Maduro à la capitulation. Le gouvernement allemand a exigé la tenue immédiate d’élections « libres et justes » et a indiqué sa volonté de reconnaître Guaidó temporairement comme le dirigeant de l’État fantoche du moment que ces élections primaires sont convoquées. De même avec l’Angleterre, la France, l’Espagne etc.

Il appartient au gouvernement du Venezuela de rejeter la capitulation et de mettre toute politique de compromis de côté, la situation politique est entrée dans l’étape de préparation à la résistance nationale contre l’agression impérialiste, et ils doivent assumer le défi et mobiliser et armer largement le peuple, de même que les forces armées dans le but de préserver l’indépendance nationale, la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale pour les consacrer à une difficile guerre de résistance nationale contre l’agression étrangère.

Le gouvernement de Maduro, montrant sa myopie politique, a pris beaucoup de temps à reconnaître qu’il était en train de faire face à un coup d’État qui était appliqué par l’impérialisme à travers ses laqués, en considérant la responsabilité principale dans « l’opposition » comme si cela était une affaire interne, venue des agents et pas du commanditaire. Face à l’action du gouvernement de Trump d’imposer un gouvernement fantoche en reconnaissant Guaido comme le « président par intérim », ils ont annoncé la rupture des relations diplomatiques avec les Etats-Unis, etc. Ce qu’ils ont clarifié ne signifie par une rupture avec les Etats-Unis mais seulement avec son gouvernement ; ils n’ont pas ordonné la mobilisation de toutes les forces de la nation pour faire face à l’agression impérialiste comme cela aurait dû être fait avec la mobilisation militaire de leurs forces et des masses, ils n’ont pas non plus appliqué immédiatement les mesures punitives contre les laquais qui ont commis toutes sortes de crimes contre le peuple vénézuélien pour servir l’impérialisme yankee.

Malgré le changement de la situation interne et externe qui est déterminée par l’agression impérialiste directe, ils ont l’intention de continuer à manœuvrer sans l’énergie, la décision et l’entièreté, en parlant de « dialogue », de « paix ». Dans des situations similaires, même en ayant des limitations de classe que Maduro, d’autres ont osé et choisi le chemin de la résistance.

Il appartient au prolétariat et au peuple de mettre fin à toutes les discussions qui entravent un rejet plus fort de l’ultimatum impérialiste et la préparation adéquate pour la résistance, pour s’opposer à l’agression militaire par l’invincible Guerre de Résistance contre l’impérialisme yankee.

Le prolétariat et le peuple du Venezuela, combatifs comme toujours, se soulèvent avec un grand sentiment patriotique et une profonde haine de l’impérialiste et de tous ses laquais dans le pays et à l’étranger et exigent du gouvernement de Maduro de rejeter la capitulation, qu’il remplisse son devoir et abandonne tout espoir mettant au centre le dialogue avec les laquais ou des traités diplomatiques avec les impérialistes qui leur feraient abandonner leur plan en cours.

Il appartient au prolétariat du Venezuela, et aux plus avancés parmi celui-ci, les maoïstes, de porter le mot d’ordre de formation d’un large front uni anti-impérialiste, de faire se joindre les travailleurs, les paysans, les petits-bourgeois, les bourgeois nationaux et les membres de toutes les autres classes qui sont volontaires pour faire face à l’agresseur impérialiste et ses laquais à l’exception d’une poignée de traîtres. Il lui appartient d’impulser la prise générale des armes par le peuple dans les campagnes et dans les villes pour préparer une vaste guerre de résistance, comme lutte armée, en s’efforçant de la diriger et de lutter pour reconstituer leur Parti Communiste pendant celle-ci, en tant que Parti Communiste marxiste-léniniste-maoïste militarisé, pour transformer la lutte armée de résistance en Guerre Populaire de libération nationale. Il appartient aux maoïstes de préparer l’application d’une vaste guerre de guérilla qui prendra la campagne comme base et les villes comme complément nécessaire.

Il lui appartient d’unir tous ceux qui ne veulent pas être les esclaves des Etats-Unis, tous ceux qui se battent pour une véritable indépendance, la souveraineté nationale et la dignité du pays, tous ceux qui refusent de se soumettre aux intimidations, à l’intervention, au contrôle et l’agression des impérialistes yankee. Avec tous ceux-là, il appartient de les unir et de les mobiliser tout en s’opposant aux appels à la conciliation, à la paix ou à privilégier les négociations mais au contraire agir résolument pour écraser l’agression impérialiste yankee qui a commencé à se développer sous la forme d’un coup d’État aujourd’hui.

En tant que représentants du prolétariat et de son avant-garde florissante, il appartient aux maoïstes, sur la base du principe d’indépendance et d’auto-détermination, d’appliquer l’unité et la lutte avec les autres forces qui ont commencé à former le peuple dans la situation politique actuelle, où la contradiction nation-impérialisme devient principale. Il est nécessaire d’exiger à procéder méticuleusement à réformer le système qui est imposé dans l’armée et le système politique en élargissant la démocratie, de développer un mouvement de masse indépendant, de mettre en mouvement l’éducation pour la défense nationale, de réprimer les laqués et autres collaborateurs, de développer l’industrie de guerre et d’améliorer les conditions de vie du peuple.

Il est de la plus grande importance d’établir le programme de résistance nationale, qui est de nature prolongé dans les conditions actuelles. La guerre de résistance du peuple doit viser à construire un véritable Pouvoir Révolutionnaire (le Nouveau Pouvoir) et non la falsification du “socialisme du 21ème siècle”, qui a tellement frustré le peuple, mais bien le Pouvoir d’une Nouvelle Démocratie sur chaque partie de la résistance, jusqu’à l’expulsion de l’ennemi envahisseur et l’écrasement de ses chiens et laquais, pour son établissement dans tous le pays.

Les peuples d’Amérique latine, dans le but de préserver l’indépendance nationale et la souveraineté nationale, ont le devoir de mener une lutte « coup pour coup » contre l’impérialisme yankee agressif et génocidaire, principal ennemi des peuples du monde.

L’intervention directe de l’impérialisme yankee a commencé avec une coup d’État suivi de tout un déploiement et un siège des forces pour faire capituler le gouvernement de Maduro et soumettre la nation, elle ne sera pas stoppée si les objectifs ne sont pas accomplis, cela s’intensifie sur tous les terrains jusqu’à ce que nous atteignons leurs objectifs et c’est pourquoi cela va éveiller une nouvelle vague contre l’impérialisme yankee parmi les peuples d’Amérique latine et du monde.

Il appartient aux Partis et Organisations signataires d’assumer leur rôle de donner une expression organisationnelle à cette nouvelle vague anti-impérialiste, de combattre l’impérialisme et ses servants et laqués dans chaque pays. Nous devons développer une large et énergique campagne mondiale pour soutenir le peuple vénézuélien contre l’agression impérialiste yankee.

Vous, peuple héroïque vénézuélien, il n’y a pas de place pour le doute, n’êtes pas seul dans votre lutte. Le prolétariat et les peuples opprimés du monde sont unis avec le peuple du Venezuela ; Vous avez le soutien du prolétariat des Etats-Unis et du Canada, du prolétariat des pays impérialistes d’Europe et d’Asie, de tous les peuples d’Amérique Latine, d’Asie, d’Afrique, le soutien des peuples du monde entier.

Face à l’agression directe de l’impérialisme Yankee contre le Venezuela et les peuples d’Amérique latine, il appartient à nos peuples de brandir la révolution et faire face à la guerre d’agression impérialiste avec plus de Guerres Populaires.

Le Venezuela et toute l’Amérique latine sera le tombeau des hordes impérialistes yankee !

Peuple vénézuélien, renonce aux illusions et prépare toi pour la résistance !

L’impérialisme et tous les réactionnaires sont des tigres en papier !

La lutte des peuples du monde contre l’impérialisme yankee triomphera !

 

Source : http://www.pcmaoiste.org/actuinter/avec-une-profonde-haine-de-classe-nous-rejetons-lintervention-directe-et-ehontee-de-limperialisme-yankee-contre-le-peuple-du-venezuela/

Non, il n’y a pas de pénurie de main-d’œuvre au Québec!

Au Québec, les capitalistes sont engagés depuis un certain temps dans une nouvelle campagne idéologique contre le prolétariat. Cette offensive consiste à propager l’idée qu’il existerait unepénurie de main-d’œuvre dans la province. Les capitalistes se servent de ce mensonge pour mener leur lutte économique contre les travailleurs et les travailleuses. À les entendre, il manquerait plusieurs dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses dans la province, un manque de main-d’œuvre qui menacerait à terme de nuire à la production et au procès de travail. Il s’agirait d’un véritable désastre économique dont on n’aurait vu poindre que le commencement. Pour la bourgeoisie, la seule façon d’éviter la catastrophe, c’est de faire payer les travailleurs et les travailleuses et donc de les préparer à un durcissement des conditions de travail (stagnation des salaires, flexibilité des horaires, cédules fractionnées et plus éprouvantes, disponibilitéspermanentes, disparition des avantages sociaux, etc.).

Cette offensive est menée de front par des appareils propagandistes de divers regroupements capitalistes qui ont ouvert le bal à ce sujet il y a un peu plus d’un an (Association des détaillants en Alimentation du Québec, Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, Banque de développement du Canada, la firme d’experts-comptables PWC, etc.). Leurs études bidon ont depuis fait leur bout de chemin jusqu’aux oreilles des politiciens bourgeois qui, avides de parler le même langage que le Capital, se sont empressés d’en adopter l’analyse et la terminologie. Le sujet a d’ailleurs été au centre de la récente campagne électorale, entremêlé à la question de l’immigration, et ce, avec la décadence impérialiste habituelle. Les journalistes bourgeois se sont à leur tour récemment joint à cette campagne en assumant sans complexe leur rôle utile de courroie de transmission de l’idéologie capitaliste. En effet, il ne passe à peu près plus de jours sans que l’on n’aborde la question de la pénurie de main-d’œuvre dans la presse, à la radio ou encore dans les téléjournaux bourgeois.

Les divers lobbies bourgeois ont produit une vaste série d’analyses selon lesquelles l’offre de travail se serait dangereusement tarie et qu’il serait de plus en plus difficile d’embaucher des travailleurs et des travailleuses. Selon eux, il n’y aurait pas suffisamment de maind’œuvre disponible pour tous les postes à combler sur le marché, ce qui permettrait aux travailleurs et aux travailleuses d’être dangereusement sélectifs et éhontément exigeants. Ce tarissement de l’offre de travail mettrait ainsi en danger la viabilité d’un grand nombre de PME (désignant ici les entreprises embauchant 50 employés ou moins). L’un des dangers principaux pour ces entreprises capitalistes se trouverait, entre autres, dans l’impossibilité de conserver leur marge de profit, se voyant dans l’obligation d’augmenter les salaires afin de parvenir à attirer de nouveaux employés.

De plus en plus, la présentation de la situation par la bourgeoisie gagne en ridicule en déformant encore plus la réalité et en sur-amplifiant, sans retenue, des phénomènes isolés. Les capitalistes prétendent maintenant que l’on voit poindre une pénurie sans précédent, c’est-à-dire un manque complet et généralisé qui touchera à la quasimajorité des secteurs industriels et économiques.Ventes en diminution, instabilités dans l’offre des services, travailleurs et travailleuses ingratsfaisant la pluie et le beau temps, grand nombre d’entreprises capitalistes bientôt obligées de fermerou encore de baisser drastiquement leurs activités économiques. À les écouter, l’économie serait sur le point de chuter si un plan d’ensemble n’est pas bientôt adopté par l’État bourgeois et si des mesures draconiennes pour rééquilibrer le marché du travail actuellement hostile aux entreprises ne sont pas prises.

Pourtant, la vérité, c’est qu’il n’y a absolument pas de pénurie de main-d’œuvre au Québec. Une telle affirmation est un mensonge bourgeois éhonté permettant aux capitalistes de masquer les véritables phénomènes économiques qui se manifestent actuellement, tout comme elle permet de s’armer politiquement contre le prolétariat. Au contraire, il y a présentement tous les travailleurs et les travailleuses dont la société a besoin pour faire fonctionner l’ensemble de ses industries et de ses secteurs économiques. En vérité, ce qu’il y a de problématique, c’est l’organisation capitaliste de la production et de l’économie, et surtout, la volonté de faire payer aux travailleurs et aux travailleuses le prix de la concurrence entre les capitalistes.

En effet, la prétendue pénurie actuelle de main-d’œuvre est avant tout une notion fondamentalement bourgeoise pour décrire la conséquence de l’aggravation de la concurrence entre les capitalistes.Cette aggravation de la concurrence entre les capitalistes se produit alors que les conditions économiques plus favorables qu’on avait connues lors de la courte période de reprise économique (post 2008) tendent à disparaître complètement. À terme, un certain nombre d’entreprisescapitalistes devront fermer leurs portes. Les entreprises capitalistes qui ont émergé faiblement de ce cycle de reprise, et ce, avec une marge de profit trop petite, se retrouvent aujourd’hui dans une situation difficile caractérisée par la hausse générale des prix des locaux, du matériel, etc. Les capitalistes ayant émergé avec une situation économique plus solide sont encore capables d’offrir des conditions de travail plus favorables et d’être en position avantageuse devant la concurrence. C’est la tendance générale de la crise de longue durée du mode de production capitaliste qui se réaffirme. Elle se traduit au sein de la lutte économique entre les classes sociales. La concurrence aggravée entre les capitalistes vient renforcer la lutte entre le travail et le capital.

Le cas des épiciers, des commerçants en alimentation et des restaurateurs est particulièrement significatif. La marge de profits dans ces secteurs commerciaux est très faible et chaque commerçant doit se réorganiser pour être compétitif. Les études bourgeoises expliquent que ces secteurs économiques ont déjà épuisé la marge de manœuvre qu’ils avaient, celle d’augmenter les prix de vente au détail. Un propriétaire franchisé d’un IGA se plaignait, il n’y a pas si longtemps à Radio-Canada, qu’il peinait à embaucher des employés. Pourtant il ne proposait que du temps partiel, étalé sur six jours par semaine, de jour et de soir, au salaire minimum, et sans quelconque avantage! Avec l’aggravation de la concurrence, il est difficile de conserver un taux de profit suffisant tout en payant ses employés à des salaires croissants. Incapables d’améliorer les salaires et les conditions de travail, certains capitalistes appellent déjà au gel du salaire minimum. En réalité, ils voudraient payer moins cher leurs employés, les faire travailler plus fort et plus longtemps, et ce, au même prix.

Le taux de postes vacants

Il faut comprendre que pour quantifier la prétendue pénurie de main-d’œuvre, la bourgeoisie utilise un indicateur économique bien précis intitulé le taux de postes vacants. Les postes vacants sont des postes devant être comblés et qui ne l’ont pas été depuis au moins quatre mois. Le taux actuel au Québec est de 3,9%, représentant 109 600 postes vacants, alors qu’il est de 3,1% pour le Canada en entier, représentant 397 400 postes vacants.

En parcourant les études des groupes économiques bourgeois, on se rend compte que l’on parle avant tout d’emplois à bas salaire ou avec des conditions de travail particulièrement difficiles(comme c’est le cas en restauration, par exemple). Et cet aveu est fait à demi-mot par la bourgeoisie. Pour s’en sortir, lorsqu’une qualification économique des postes vacants est demandée par les journalistes aux regroupements bourgeois, ils répondent que la dimension salariale n’est pasdéterminante, car elle n’est pas… affichée dans les offres d’emploi sur internet – uniquement en entrevue! Sans se rendre compte de leurs propres incohérences, les mêmes représentants ajoutent que l’immigration, contrairement à l’idée reçue, ne réglera pas le problème, car nous avons, selon eux, une immigration trop qualifiée pour les emplois à combler, et que nous éprouvons encore trop de difficultés à recruter des travailleurs et des travailleuses sans diplôme et non qualifiés. Voilà qui donne une idée des conditions et des salaires minables qui sont offerts dans les fameuses offres pour combler les postes vacants! En fait, une bonne partie de la bourgeoisie espère solutionner le problème au moyen de l’immigration, en autant qu’elle serve à introduire au pays des quantités massives de cheaplabor.

Un correspondant de l’ISKRA de Lanaudières nous racontait que dans le restaurant où il travaille, les responsables de la gestion sont continuellement en train d’embaucher un nouveau plongeur et que cette fois-ci, leurs tentatives sont vaines depuis trois mois. Ce qui se produit, c’est que les anciennes heures de travail de plonge qui nécessitaient deux postes à temps plein ont été fractionnées en trois quarts de travail de plonge, et donc trois postes à temps partiel, transformant ainsi les journées de travail de huit heures en journées de travail de quatre heures. L’avantage d’une telle modification, c’est qu’au lieu de devoir verser un salaire à des employés même durant le temps mort de l’après-midi, on fait maintenant venir uniquement les plongeurs lorsque le travail s’intensifie, période qui concorde avec le dîner et le souper. Cela donne lieu à une concentration du travail sur un quart de travail beaucoup plus court et beaucoup plus intense, contribuant ainsi à donner du lousse économique aux propriétaires capitalistes. Durant les heures du matin et de l’après-midi, les assiettes, les verres, les chaudrons et les autres ustensiles à laver s’accumulent, permettant ainsi de rentabiliser le plus possible le salaire horaire versé plus tard dans la journée. Le travail est alors effectué sur quatre heures pour éviter que l’employé soit payé pendant deux ou trois heures de plus pour effectuer une quantité de travail similaire. Le problème, c’est que pour les employés, le poste proposé n’offre plus 40 heures de travail par semaine! Mal situé, sans transport en commun, les postulants ne sont pas nombreux à convoiter cet emploi et lorsque nouvellement employés, ils comprennent la situation dans laquelle ils sont plongés, ils finissent par quitter rapidement cet emploi pour un un autre, parfois même un autre emploi de plonge, mais dans de meilleures conditions de travail, un autre fameux poste vacant, ce qui démontre bien la fumisterie bourgeoise de la prétendue pénurie de main-d’œuvre.

Il y a aussi une multitude d’autres phénomènes disparates et isolés qui se rajoutent à ce premier scénario. Ils sont pris en exemple par la bourgeoisie pour dresser un portrait disproportionné et pourrelier ensemble tous les exemples permettant de faire croire à leur mensonge. Avec le développement inégal du capitalisme, il est fréquent qu’en région, certains emplois prennent plus de temps à combler que dans les secteurs métropolitains. C’est la même chose dans certains secteurs économiques où l’État bourgeois fait compétition à l’entreprise privée et où il est plus difficile d’embaucher au final. Par exemple, des résidence privées offrant à des préposés aux bénéficiaires des salaires de douze ou de treize dollars de l’heure ne parviennent pas à embaucher durablement des employés parce que l’État les embauche à vingt dollars de l’heure pour effectuer le même travail. Rappelonsle, il n’y a pas de pénurie de main d’œuvre; il y a une pénurie d’emplois à debons salaires; il y a des capitalistes qui sont pris de panique, car ils savent qu’ils ne seront pas capables de passer au travers de l’aggravation actuelle de la concurrence économique sans une main-d’œuvre à plus bas prix.

Les postes vacants sont le produit du capitalisme

Il faut aussi clarifier que le taux de postes vacants n’est pas un indicateur économique reflétant la réalité objective de la production économique comme l’est le taux de chômage dans la société. Lorsque nous parlons du chômage, nous désignons des travailleurs, des ouvriers, des membres du prolétariat existant objectivement dans la réalité et ne pouvant pas se trouver un emploi dans la production capitaliste. C’est une tâche historique du socialisme et du progrès général de la société de donner un travail socialement utile à tous et à toutes, tout comme de s’assurer que la planification économique permet de ne délaisser aucun secteur. Ces tâches ne pourront jamais être accomplies dans les limites du capitalisme.

Au contraire, c’est le profit privé et non la planification d’ensemble qui organise le travail et la production dans le capitalisme. Les postes vacants, dont nous parlent les capitalistes, n’ont pas le même rapport au processus d’ensemble de la production et aux nécessités fondamentales qui assurent l’équilibre et le progrès de la société. Les postes actuellement vacants sont en grande partie des emplois superflus qui, sous le socialisme, grâce à une réorganisation du travail, migreraient vers d’autres secteurs. Les postes actuellement vacants sont aussi, dans certains cas, comme expliqué plus haut, des anciens postes à temps plein fractionnés en deux ou en trois postes pour condenser le travail. Enfin, ces postes non comblés réfèrent aussi parfois à des tâches liées à l’administration et à l’expansion d’entreprises capitalistes. Par exemple, si demain matin un capitaliste décide de démarrer une nouvelle entreprise et ne parvient pas à embaucher 10 employés, ces 10 employés ne sont pas nécessairement un manque objectif à combler dans la production et dans le procès de travail de la société. Par contre, 10 prolétaires au chômage, ce sont 10 travailleurs et travailleusesexistant dans la réalité; ce sont 10 prolétaires que le capitalisme a objectivement condamnés au chômage alors que pourtant, il n’y a aucune raison valable de les empêcher de participer à la production dans la société!

La vérité, c’est qu’il ne manque pas de travailleurs et de travailleuses au Québec. Des travailleurs et des travailleuses, il y a en suffisamment actuellement pour organiser durablement la société et pour faire fonctionner l’ensemble des industries et des secteurs économiques, au Québec comme au Canada. L’ensemble des prolétaires, ici comme dans le reste du pays, a déjà tout le nécessaire à portée de main pour faire augmenter la production et régler la majorité des problèmes sociaux. Le vrai problème, c’est le contrôle de la classe capitaliste sur la production et sur la société. Le socialisme permettrait d’abolir tous les postes parasitaires et socialement inutiles, tout comme il permettrait d’intégrer dans la production tous les chômeurs et chômeuses et tous ceux et celles que le capitalisme a désignés comme étant improductifs. La planification politique et économique de la production permettrait de subvenir aux besoins de tous et de toutes. Et surtout, le socialisme ferait disparaître tous les requins actuels qui, en essayant de préserver leurs profits, sont en train d’organiser la campagne actuelle contre le prolétariat.

Il n’y a pas de pénurie de main-d’œuvre! Rejetons les mensonges capitalistes!

Les travailleurs et les travailleuses ne paieront pas le prix de la concurrence capitaliste et de la crise de la production capitaliste!

Le véritable problème, c’est la mainmise des capitalistes sur la production et sur la société!

Luttons pour le socialisme et pour le contrôle ouvrier de la production!

 

Source: https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2018/11/13/non-il-ny-a-pas-de-penurie-de-main-doeuvre-au-quebec/

À propos de l’importance du secteur pétrolier pour le capitalisme canadien

Le 31 août 2018, l’État canadien est devenu propriétaire du pipeline Trans Mountain, qu’il a acheté à l’entreprise spécialisée Kinder Morgan pour la somme de 4,5 milliards de dollars. À terme, ce projet d’oléoduc ira de l’Alberta (Edmonton) à la côte de la Colombie-Britannique. Il permettra ainsi de développer une infrastructure s’ajoutant à celle déjà en place, pour ainsi plus que doubler le nombre de barils de pétrole transportés par jours (300k à 890k). Sur le coup, une bonne partie des commentateurs dans la presse bourgeoise ont manifesté une grande incompréhension face à cette acquisition. Pourtant, la chose est en parfaite continuité avec les actions des capitalistes au Canada depuis le début du millénaire. En fait, aujourd’hui, le secteur pétrolier est un pilier du capitalisme canadien. Néanmoins, cette activité économique n’est pas sans entrave pour les capitalistes. Elle pousse des fractions de la bourgeoisie à s’affronter, elle accentue les contradictions entre l’État capitaliste et les nations autochtones, et elle met en lumière l’état de pourrissement du parlementarisme bourgeois.

L’importance que revêt le pétrole pour le capitalisme canadien ne date pas d’hier. Elle a commencé à l’aube des années 1950 avec la découverte d’un important potentiel pétrolier sur le territoire de l’Alberta. Cette découverte a amené les États-Unis à investir massivement dans le secteur pétrolier de l’Ouest du pays (production, raffinerie, distribution). C’est entre autres ce qui a poussé par la suite les capitalistes canadiens à s’organiser conjointement avec le gouvernement dans les années 1980 pour rapatrier vers eux la part des américains. Cela s’est fait, entre autres, avec la NEP (Politique énergétique nationale) mise en place sous le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau. En fait, l’action récente du gouvernement bourgeois pour venir en aide aux capitalistes pétroliers n’a rien de nouveau. Le dernier épisode semblable, au début des années 1990, s’est d’ailleurs conclu avec la vente, à un prix dérisoire, de Petro-Canada, qui était alors une société d’État, aux capitalistes canadiens, bien heureux de la bonne affaire qu’ils venaient de faire et du bon fonctionnement de leur instrument politique, l’État capitaliste… Ce genre de manœuvre, c’est encore la tactique officielle du gouvernement canadien et c’est celle qui est préconisée avec le pipeline Trans Mountain, soit de le revendre au moment où le projet de nouveau pipeline sera suffisamment abouti. D’ailleurs, une récente analyse du directeur parlementaire du budget évalue le coût du pipeline Trans Mountain à plusieurs centaines de millions, voire un milliard au–dessus d’un prix acceptable. Ce qui sera encore plus apprécié lors de sa revente à bas prix aux capitalistes canadiens qui n’auront pas eu à assumer eux-mêmes l‘acquisation au prix fort au moment où le projet était menacé d’être abandonné si Kinder Morgan ne trouvait pas un nouvel acheteur pour en prendre le relais.

Ensuite, pour comprendre l’importance stratégique qu’a la production de pétrole au Canada, il faut se rappeler comment le reflux économique du capitalisme mondial en 2008 est venu nourrir davantage l’intérêt de la bourgeoisie canadienne pour le secteur pétrolier. La conjoncture d’alors aencouragé la réorganisation de l’économie canadienne avec le développement pétrolier qui est venu remplacer d’autres secteurs de l’économie canadienne en moins bonne santé. La production pétrolière a alors pris une plus grande importance dans l’économie canadienne. La bourgeoisie y a vu une façon de garder la tête hors de l’eau. Aujourd’hui, le secteur des mines et de l’extraction représente autour de 9 pourcents du PIB. Le Canada possède d’ailleurs la 4e plus grande réserve mondiale de pétrole. On estime à 4,3 billions le nombre de barils de pétrole conventionnel disponibles et à 163,4 billions le nombre de barils de pétrole bitumineux disponibles.

Pendant une période prolongée, la production de ce pétrole bitumineux coûtait très cher et était doncpeu rentable. On laissait ainsi dormir la plus grande partie du pétrole sur le territoire. Les avancées techniques réduisant désormais le coût de production, jumelées au prix élevé de vente à l’échellemondiale, ont incité la bourgeoisie à y investir son capital et à développer les forces productives nécessaires pour l’extraire et le transformer. Cela a donné lieu à une sorte de ruée économique vers l’Alberta, province qui a connu un boom de développement durant plusieurs années. Par contre, entre 2014 et 2017, la concurrence internationale, avec notamment les pressions de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) pour baisser les prix mondiaux, est venue reconfigurer les paramètres de la production de pétrole au Canada. En effet, si le prix de vente est trop bas à l’échelle mondiale, il n’est pas possible pour les capitalistes canadiens de soutenir cette activité à long terme, car elle coûte trop cher à opérer, ce qui les oblige à vendre le pétrole produit à perte. C’est le résultat de la concurrence internationale où chacun lutte pour enlever à ses adversaires les parts du marché qu’ils accaparent, concurrence dans laquelle s’affrontent les différentes façons de produire, obligeant ainsi chacun à perfectionner son procès de production. La conséquence immédiate, c’est qu’au Canada, comme partout ailleurs, nombreux sont les ouvriers qui perdent leur travail, les emplois suivant les flux et les reflux de la production et des dynamiques dans l’accumulation de capital.

Face à la concurrence internationale, la bourgeoisie canadienne a développé un plan. Ce plan de développement économique prend en compte le fait que sur les 163,4 billions de barils de pétrole bitumineux disponibles, seulement 31,7 billions peuvent être obtenus à travers un procédé d’extraction minière – le procès de travail utilise alors des grues qui cassent en morceaux le bitume, lequel est ensuite acheminé à bon port par camion sous forme solide. Les 131,7 billions restant, pour leur part, ne peuvent être obtenus que par une extraction en profondeur et doivent être acheminés en pipeline jusqu’aux raffineries ou aux prochains points de distribution. Avec le développement de la technique, il est beaucoup plus rentable de procéder avec cette méthode, d’autant plus que le bassin disponible de pétrole bitumineux en profondeur est de quatre fois supérieur à celui en surface,offrant ainsi une incroyable opportunité d’extraction aux capitalistes canadiens. Par contre, à long terme, il faudrait un grand nombre de raffineries supplémentaires pour renforcer la position des capitalistes du pays et pour consolider leur indépendance. En effet, en ce moment, le Canada est surtout un exportateur net de pétrole non raffiné. Il se produit 4,2 millions de barils par jour au pays.Sur ce nombre, 3,3 millions de barils sont exportés et seulement 1,8 millions de barils sont envoyés à des raffineries domestiques. Aussi, il n’y a pas si longtemps, les États-Unis achetaient 98 pourcents du pétrole produit au Canada. La production était configurée presque uniquement en fonction de ce qui était vendu à nos voisins. Mais désormais, avec leur Programme d’autonomie énergétique, les États-Unis achètent moins de pétrole aux capitalistes canadiens, ou encore ils ne veulent pas leur payer un prix leur permettant de rentabiliser le capital investi dans la production de pétrole au Canada. Il s’en suit que les capitalistes canadiens cherchent maintenant à vendre leur pétrole outremer pour se sortir de l’impasse. Pour ce faire, le capitalisme doit impérativement acheminer le pétrole sur la côte ouest canadienne, ce qui vient nécessairement renforcer le développement des pipelines requis pour déplacer des centaines de milliers de barils par jour jusqu’en Colombie-Britannique.

Tout est réuni pour faire sauter la marmite

C’est ainsi que s’explique l’insistance avec laquelle l’État bourgeois canadien protège le secteur pétrolier et appuie la réalisation du pipeline Trans Mountain. Il s’agit d’une question fondamentale pour la production capitaliste et l’accumulation de capital au pays. Cette insistance n’est d’ailleurs pas passée inaperçue : elle a été vivement contestée. L’achat du pipeline a renforcé les conflits entre les différentes fractions de la bourgeoisie regroupées autour de frontières géographiques et industrielles. Ce n’est pas la bourgeoisie en entier qui possède ou qui a des parts dans des entreprises liées à la production pétrolière. Avec l’intervention de l’État bourgeois pour aider les capitalistes engagés dans le secteur pétrolier, ceux qui sont laissés sur le banc des joueurs regardent avidement l’industrie et cherchent une façon de rapatrier une partie de la plus-value vers eux. Récemment, ce phénomène a pris la forme d’escarmouches entre la bourgeoisie de la Colombie-Britannique et celle de l’Alberta. La bourgeoisie de la Colombie-Britannique a l’impression de se faire tordre le bras et tente de négocier sa part de profits dans l’opération en menaçant de faire du sabotage. C’est d’ailleurs cet appel au sabotage, doublé d’une menace de résistance autochtone, qui a contribué à la volonté de Kinder Morgan d’abandonner le projet Trans Mountain. On peut voir une dynamique semblable à l’œuvre au Québec avec l’opposition de François Legault à la relance du défunt projet d’oléoduc Énergie Est – un projet qui devait permettre d’acheminer le pétrole canadien d’Ouest en Est. Cette opposition, François Legault l’a par ailleurs justifiée trompeusement en répétant qu’ici, on n’en veut pas, de l’énergie sale, surfant ainsi sur la popularité médiatique des positions écologistes.

Aussi, la lutte des nations autochtones au Canada en lien avec les projets d’oléoducs a ouvert la porte à beaucoup de confusion au sein de la gauche, celle-ci renforcée dans ses convictions par les récentes escarmouches violentes entre les nations autochtones et l’État capitaliste canadien. En fait, lorsqu’il est question de l’auto-détermination et de la libération des nations autochtones, il existe une position postmoderne par défaut qui est régurgitée sans arrêt et sans aucun discernement. Cetteposition fait disparaître toute explication scientifique de l’asservissement des nations autochtones. On conçoit celui-ci comme un processus oppressif intangible – sans base matérielle pour le développer et l’entretenir – reposant sur une sorte d’essence coloniale omniprésente et transcendante. Selon cette conception, la domination et l’exploitation des nations autochtones et de leurs territoires constituent un phénomène immuable, séparé de toute réalité économique, comme si le colonialisme européen n’avait pas été complètement transformé par le développement du capitalisme au Canada.

Ce n’est pas le système « white-settler » ou « settler-colonial », « l’oppression systémique », ou tout autre écran de fumée postmoderne qui est à l’origine de l’oppression nationale des autochtones, mais bel et bien le développement économique réel du capitalisme. La base matérielle des contradictions entre les autochtones et l’État capitaliste canadien se situe dans le développement on ne peut plus normal de la production capitaliste au Canada, avec les nécessités objectives qui en découlent. Dans ce casci, l’accumulation de capital provoque le développement matériel de la production pétrolière, lequel pose inévitablement la question du contrôle concret et physique des territoires autochtones (et non pas du contrôle symbolique des milieux de vie ou autres concepts flous). Ce contrôle du territoire autochtone correspond à la nécessité pour le capitalisme de pouvoir passer sur le territoire, d’y avoir accès en permanence, d’y mettre physiquement ses forces productives, d’y prendre la matière première ou encore, tout simplement, d’y enlever ses occupants lui faisant obstacle. C’est, entre autres, cette nécessité économique de contrôler le territoire autochtone, découlant elle-même de la nécessité de rentabiliser le capital investi dans la production, qui rend impossible pour l’État capitaliste de considérer les peuples autochtones comme autre chose qu’un obstacle bien dangereux à son activité économique. Cette nécessité de rentabiliser le capital se traduit alors en contradiction violente lorsque la moindre résistance s’organise contre elle. Cette contradiction prend d’ailleurs des formes variées selon les endroits au Canada. Si, dans ce cas-ci, c’est la production du pétrole qui est le moteur du conflit, ailleurs au pays, ce sont autour d’enjeux liés à l’hydro-électricité, à la foresterie ou encore à la pêcherie que la résistance prendra forme. Dans le cas de la production et du transport du pétrole, ces affrontements ne vont d’ailleurs aller qu’en augmentant, car la pression va devenir de plus en plus forte pour que les projets se réalisent sans plus attendre.

Pour toutes ces raisons, le secteur pétrolier est hautement important pour le capitalisme canadien. Et c’est cette importance qui doit attirer l’attention du prolétariat révolutionnaire, pour lequel il est nécessaire de connaître toujours mieux les points sensibles de son adversaire. La révolution doit impérativement organiser les ouvriers du pétrole, car l’industrie pétrolière, secteur où une quantité incroyable de plus-value est produite, est une pierre d’assise du Capital au pays. De même, chaque jour, l’exploitation capitaliste renforce l’importance de l’unité du prolétariat canadien et des nations autochtones dans leur lutte commune contre la bourgeoisie et son État réactionnaire.

Dans le secteur pétrolier et partout où il y a une forte production de plus-value, la révolution doit apporter aux prolétaires la plus grande conscience et la plus grande organisation possible!

Faisons tomber l’État capitaliste, instrument de répression politique d’une classe sociale parasitaire agissant contre l’ensemble du peuple!

Source:

https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2019/02/05/a-propos-de-limportance-du-secteur-petrolier-pour-le-capitalisme-canadien/

Les formes objectives d’action révolutionnaire

Une introduction à ce que nous entendons par formes objectives d’action révolutionnaire

La notion de formes objectives d’action révolutionnaire découle d’une appréciation matérialiste et politique de l’expérience accumulée historiquement par le mouvement communiste international. La lutte des classes a produit une quantité impressionnante d’expériences militantes, de formes de lutte et de moyens de combattre. En effet, il existe une série de moyens d’action distincts tels que l’agitation, les tracts, les journaux, les graffitis, les noyaux communistes, le sabotage, la lutte de partisans, l’établissement en milieu ouvrier, les grèves, les séquestrations, les insurrections, les barricades, les revues, les conférences, les manifestations, le travail clandestin en tout genre, la lutte armée, la prise du pouvoir, l’armement des masses, ou encore l’organisation du pouvoir politique. Ces différentes formes de lutte composent ce que nous appelons le spectre de l’action révolutionnaire. Elles ont en commun d’être apparues concrètement dans l’histoire de la lutte des classes et de pouvoir être mises en pratique à nouveau dans les conditions qui prévalent aujourd’hui. Autrement dit, elles n’ont pas été inventées abstraitement et ne sont pas figées dans le passé.

Les organisations aspirant à diriger la révolution prolétarienne doivent impérativement chercher à s’approprier cette vaste accumulation d’expérience. Pour ce faire, elles doivent faire l’évaluation politique de chacune de ces formes de lutte et cerner ce qui les rassemble et ce qui les distingue. C’est ainsi que notre organisation en est arrivée à considérer que toutes ces formes de lutte pouvaient être rangées dans quatre grandes catégories (les formes objectives d’action révolutionnaire): la propagande classique, l’action révolutionnaire parmi les masses (ARM), la propagande armée et la guerre populaire prolongée (GPP). C’est aussi de cette manière que notre organisation a adopté son programme et a fixé ses objectifs, lesquels consistent à mettre tout en pratique pour parvenir à renverser la bourgeoisie impérialiste canadienne et son État réactionnaire au moyen de la guerre populaire prolongée. Cet affrontement prolongé doit être précédé d’une période de préparation politique et stratégique permettant de déployer l’ensemble des moyens et des dispositifs nécessaires pour mettre en œuvre des formes d’action révolutionnaire de plus en plus abouties. C’est cette conception organique et totalisante du processus révolutionnaire au Canada ainsi que ses implications pratiques qui ont été au cœur de notre lutte de lignes avec les opportunistes canadiens. Nous dénonçons leur négation de l’ARM au profit d’un travail réformiste et économiste, leur volonté de construire des organisations intermédiaires anti-parti plutôt que des dispositifs adéquats, leur négation du principe selon lequel le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire du parti et non une réaction défensive, leur abandon de notre conception de l’accumulation des forces (résumée dans le slogan «combattre et affronter l’ennemi») au profit d’une orientation révisionniste sur la ligne de masse, ainsi que leur refus de donner au parti les moyens de prendre en charge toutes les formes d’action révolutionnaire. Ces perspectives erronées ont servi à préserver les gains organisationnels opportunistes du parti qui avaient été faits à l’extérieur du Québec et plus particulièrement en Ontario de 2011 à 2017. La progression quantitative de notre parti a inévitablement posé des questions pratiques qui ont été la cause de sa scission en une fraction révolutionnaire et une autre révisionniste. Le mérite de notre conception des formes objectives d’action révolutionnaire et du parti qui se construit en les assumant est d’obliger les opportunistes à se prononcer contre leur prise en charge et ainsi à se démasquer. Les camps se démarquent ainsi: continuer ou s’arrêter en chemin, se préparer à payer le prix de la révolution ou se réfugier dans la légalité bourgeoise et se cacher derrière les formes de pratique qu’elle permet.

La naissance du marxisme et l’action communiste réelle

C’est avec la naissance du marxisme qu’apparaît ce que nous appelons aujourd’hui l’action révolutionnaire. Les nombreux combats politiques de Marx et Engels permettent la fondation du matérialisme historique et du matérialisme dialectique. Leur lutte aboutit aux grandes révélations politiques sur le mode de production capitaliste et aux premières analyses historiques et matérialistes des enjeux de la lutte des classes: l’État et le pouvoir de classe, la lutte politique et les escarmouches économiques, le mouvement associatif et l’action des communistes dans les syndicats, le mouvement ouvrier et les mouvements nationaux, etc. Les combats politiques majeurs liés à l’émergence du marxisme permettent la victoire du socialisme scientifique sur le socialisme utopique, la naissance du mouvement social-démocrate sous le mot d’ordre de la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier, ainsi que les premières grandes percées internationales de la révolution (la Ligue des communistes, l’Association internationale des travailleurs (AIT), la Commune de Paris, la traduction des ouvrages phares en plusieurs langues, etc.).

Lorsqu’on regarde le parcours de Marx et Engels, on constate que c’est dans l’action que le marxisme se constitue. La base matérielle de leur génie est de participer concrètement au mouvement réel contre le capitalisme, de contribuer aux luttes révolutionnaires de leur époque et de s’attaquer aux tâches immédiates qui en découlent. C’est à travers les polémiques qu’ils engagent dans la Gazette Rhénane et dans les Annales franco-allemandes qu’ils s’illustrent pour la première fois grâce à leur clarté de vue. Les années 1840 sont un grand laboratoire politique et philosophique dans lequel se développe le marxisme. À cette époque, les tenantEs du marxisme mènent les premières batailles contre les idéalistes et contre les partisanEs du socialisme utopique. Leurs éclaircissements politiques sont contenus dans le Manifeste du Parti communiste. Cet ouvrage voit le jour à l’occasion d’une des premières tentatives de regroupement politique du prolétariat international. Il est adopté comme document central de la Ligue des communistes, venant conclure du même souffle une série de victoires contre les conceptions utopiques des premiers courants socialistes, lesquelles perdent de l’influence dans les années qui suivent.

À une époque où la consolidation du capitalisme en Europe est encore récente, ce sont les courants utopiques qui représentent les positions dominantes dans le mouvement révolutionnaire. Ce qui caractérise ces premières tendances socialistes est l’adoption d’une position de classe étrangère au prolétariat. En effet, les propositions théoriques des socialistes utopiques reflètent leur propre situation de classe. Ils ne font pas partie du prolétariat (étant artisans, petits-bourgeois, etc.), mais ils entrent tout de même matériellement en confrontation, à des degrés divers, avec les nouveaux rapports de production capitalistes. Les socialistes utopiques formulent et proposent des projets idéaux (coopératives, mutualisme, multiplication de la petite propriété, retour anhistorique à un féodalisme bâtard, etc.) promettant une amélioration de leurs propres conditions matérielles d’existence, mais constituant un cul-de-sac politique pour le prolétariat dont ils nient le rôle central. Le socialisme utopique partage avec un grand nombre de mouvements (politiques, philosophiques, économiques, etc.) et de théories bourgeoises à la mode un grave problème: l’idéalisme. En effet, toutes ces théories refusent, chacune à leur manière, d’appréhender la réalité matérielle et sa transformation. L’idéalisme des courants socialistes utopiques se résume à inventer des mondes imaginaires, coupés de l’expérience et des classes sociales. Le développement des catégories scientifiques du matérialisme historique (mode de production, classes sociales, plus-value, rapports de production, force de travail, infrastructure, superstructure, etc.) est le produit de cette lutte contre l’idéalisme gangrenant le mouvement socialiste de l’époque. Le centre de gravité de ce processus est de comprendre comment réaliser l’acte de transformation de la réalité matérielle. C’est dans cette optique que sont produites les grandes analyses politiques et économiques des années subséquentes.

Il est frappant de constater à quel point les notions de passage à l’acte, d’action réelle et de pratique révolutionnaire sont au cœur des travaux de Marx et Engels dans les années 1840. Dans leur lutte contre les conceptions petites-bourgeoises du socialisme utopique, Marx et Engels défendent que le communisme n’est pas une création abstraite, sur papier, mais repose bien au contraire sur le développement historique de la société et de ses contradictions matérielles: «Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel.» (L’idéologie allemande) C’est dans les conditions existantes que se trouvent les prémisses de la révolution et ses objectifs. Ce faisant, Marx et Engels n’en restent pas à un simple postulat contemplatif et déphasé de l’existence réelle des classes, de leurs luttes et de leur action. Hostiles à tout mécanisme et à tout spontanéisme, ils se prononcent sur la nécessité et sur l’importance de l’action des communistes: «En réalité, pour le matérialiste pratique, c’est-à-dire pour le communiste, il s’agit de révolutionner le monde existant, d’attaquer et de transformer l’état de choses qu’il a trouvé.» C’est en luttant pour développer, conquérir et dominer par l’action subjective le mouvement objectif du développement social qu’on parvient à révolutionner le monde existant. Les révolutionnaires doivent comprendre et maîtriser les moyens d’action permettant d’agir au sein de ce mouvement réel plutôt que d’en rester éloignéEs et spectatrices ou spectateurs.

Critiquant les limites du matérialisme métaphysique pré-marxiste, Marx et Engels situent les sujets politiques (les classes sociales) dans le monde objectif et démontrent que la bourgeoisie et le prolétariat sont en fait des composantes interdépendantes de la même réalité matérielle. «Le principal défaut, jusqu’ici, du matérialisme de tous les philosophes – y compris celui de Feuerbach est que l’objet, la réalité, le monde sensible n’y sont saisis que sous la forme d’objet ou d’intuition, mais non en tant qu’activité humaine concrète, en tant que pratique, de façon non subjective.» (Thèse #1 sur Feuerbach) Selon les matérialistes mécaniques, la réalité objective est un objet fixe et immuable. Au contraire, selon Marx et Engels, elle est constamment en mouvement et se transforme sous les flux et les reflux de la lutte des classes. Les métaphysiciens, quant à eux, ne conçoivent pas qu’il est possible de modifier cette réalité objective.Aussi, ils nient l’importance stratégique de l’action humaine dans le mouvement réel, c’est-à-dire l’importance d’un parti communiste et de son action révolutionnaire pour diriger le processus de transformation sociale.

Développant une théorie de la connaissance, le marxisme naissant postule que c’est la pratique qui constitue le critère de la vérité. «La question de savoir s’il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n’est pas une question théorique, mais une question pratique. C’est dans la pratique qu’il faut que l’homme prouve la vérité, c’est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps.» (Thèse #2 sur Feuerbach) Il est anti-matérialiste de percevoir la connaissance de la réalité en dehors de l’acte de transformation. C’est par la maîtrise scientifique de l’action révolutionnaire déployée pour transformer la société qu’on valide les analyses de la réalité. C’est en cela qu’on peut dire que le marxisme est une science de la révolution. «Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer.» (Thèse #11 sur Feuerbach)

Si l’important est de transformer le monde et non seulement de l’interpréter, encore faut-il rompre avec une autre forme d’idéalisme. On ne transforme pas la réalité avec des idées, des spéculations intellectuelles et des projets imaginaires: on la transforme avec l’action communiste réelle. Afin de déterminer comment mener cette action, Marx et Engels développent leur compréhension des éléments constitutifs de la lutte des classes: le prolétariat comme sujet révolutionnaire, l’importance de saisir le pouvoir pour transformer la société, les objectifs politiques du mouvement ouvrier, etc. «Pour abolir l’idée de la propriété privée, le communisme pensé suffit entièrement. Pour abolir la propriété privée réelle, il faut une action communiste réelle.» (Manuscrits de 1844)

Les formes objectives d’action révolutionnaire regroupent l’ensemble des formes de lutte produites par l’histoire

Faire la révolution est un processus conscient et scientifique

La révolution est une lutte entre la préparation et le hasard, entre le contrôle et le chaos. La révolution prolétarienne est la révolution la plus consciente d’elle-même, celle qui doit laisser le moins de place à l’aléatoire. En tant que maoïstes visant à déployer une action communiste réelle, nous accordons une grande importance aux notions de maîtrise, de conscience, d’acquisition de capacités, de reproductibilité, d’accumulation d’expérience et de progression scientifiquement contrôlée.

Le marxisme est avant tout une science de la révolution: il vise à accumuler des connaissances sur les lois objectives du développement des révolutions et donc à développer une juste compréhension de la manière dont l’action révolutionnaire doit être menée. En ce sens, les communistes cherchent à maîtriser leur propre expérience en acquérant la capacité à évaluer politiquement et scientifiquement de quelle manière intervenir dans la classe ouvrière, disposer leurs forces, se développer et construire un parti révolutionnaire d’avant-garde apte à formuler une stratégie, à élaborer des tactiques et à les mettre en œuvre. Le marxisme, en tant que science de la révolution, vise à maîtriser l’acte de transformation matérielle de la société.

L’action révolutionnaire est l’élément central de l’expérience révolutionnaire qu’un parti communiste tend à scientifiquement maîtriser. Trop souvent, le caractère scientifique du marxisme est réduit à une simple et banale analyse de la réalité objective. Par exemple, les phénomènes sociaux sont quantifiés et qualifiés, et ce, comme s’il était possible d’y parvenir tout en étant coupéEs de la pratique sociale. Une rupture entre la théorie et la pratique s’opère lorsque le marxisme est confiné dans une approche purement contemplative et intellectuelle. Pourtant, l’ensemble des analyses de la réalité matérielle doivent servir à comprendre les objectifs concrets d’une révolution, à se repérer, à faire des choix, à déterminer comment agir pour transformer la société, à progresser consciemment et à parvenir à la guerre populaire. Tout l’arsenal pratique et toute la richesse théorique du maoïsme disparaissent dès qu’ils sont séparés de l’action révolutionnaire. Il ne s’agit pas de réduire l’importance de l’économie politique ou des grandes analyses, mais de les situer correctement dans leur rapport à la pratique révolutionnaire.

Dans l’ouvrage Que faire? de Lénine et dans la progression politique vers le deuxième congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) se trouve quelque chose d’éminemment révolutionnaire, quelque chose de maîtrisé scientifiquement. Les thèses avancées dans ce livre ne sont pas simplement des analyses de la situation politique (l’histoire des grèves en Russie, la notion historique de fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier, les conditions d’existence matérielle du prolétariat et leur impact sur sa conscience de classe, le localisme artisanal et l’esprit de cercle des social-démocrates russes). Surtout, elles tiennent compte de ces éléments d’analyse pour définir la manière d’agir en tant que parti révolutionnaire. C’est parce qu’elles reposent sur une méthode scientifique qu’elles sont justes. La lutte contre les économistes découle d’une appréciation politique et scientifique de la façon d’intervenir dans la lutte des masses afin de progresser vers la prise du pouvoir. De la même façon, l’évaluation scientifique de l’ensemble des caractéristiques et des limitations du mouvement révolutionnaire russe conduit au lancement d’un journal politique bolchévique pour toute la Russie. S’en dégagent les notions d’organisateur collectif et de direction idéologique, notions dont nous nous servons encore aujourd’hui. Une telle maîtrise consciente de l’action révolutionnaire implique de nommer les formes embryonnaires de travail politique, de se doter d’un langage commun: tactique, agitation, propagande, tract, meeting, cercle, antenne, ou encore, parti, front uni, soviet, armée rouge, prise du pouvoir, dictature du prolétariat. Ces mots réfèrent à des réalités objectives que les communistes doivent comprendre pour réussir à maîtriser scientifiquement et totaliser l’expérience indirecte du prolétariat international.

Distinguer les formes objectives d’action révolutionnaire

Dans différents milieux, à différentes époques et dans différentes situations, certaines formes de lutte apparaissent et disparaissent, se répètent, se modifient, passent de secondaires à principales, atteignent des niveaux historiques jamais vus, se complètent les unes les autres et enclenchent des tentatives de montée vers le pouvoir. Elles sont mises au monde par le développement objectif de la lutte du prolétariat pour son émancipation. Elles sont constituantes de son expérience, de ses acquis et de son patrimoine. Elles représentent, un peu comme les développements techniques dans la production et dans le procès de travail de la société, des outils potentiels, maîtrisables et dont l’usage est reproductible. Elles composent aujourd’hui l’ensemble objectif de la pratique révolutionnaire historique du prolétariat international. Pensons aux premiers sabotages, aux grèves, aux négociations et à l’ensemble des combats menés par la classe ouvrière naissante. Pensons à la transformation des grèves économiques en grèves politiques, aux premières manifestations, aux barricades et aux combats de rue. Pensons aux premières formes de regroupements de partisanEs, aux vols de banques, au terrorisme politique et à la destruction d’infrastructures importantes pour la bourgeoisie. Pensons aux occupations, aux séquestrations et à la reprise en main de forces productives abandonnées par la bourgeoisie. Pensons aux graffitis, aux journaux, aux tracts illégaux, à l’agitation publique, à l’appel à la grève et à l’agitation en manifestation. Pensons à la création de faux passeports, au réseautage clandestin et à la détection de mouchards. Pensons aux premières formes de guerre civile, à l’art de l’insurrection, à la guerre de mouvement, à la guerre de guérilla et à la guerre de position. Et plus encore!

Ces formes se développent à partir de toutes les grandes expériences de notre mouvement, qu’il s’agisse des premières escarmouches du mouvement ouvrier, du mouvement associatif et des trade-unions, des révolutions européennes de 1848 à 1850, des barricades au XIXe siècle, de la Commune de Paris, des grèves économiques et politiques en Europe, de la Révolution de 1905 en Russie, de l’insurrection d’Octobre 1917, de la guerre civile en Russie, des insurrections urbaines en Allemagne, en Hongrie et en Italie, ou encore, de la construction du socialisme en URSS, du travail du Komintern, de la naissance d’un véritable essaim de partis communistes sur la Terre entière, de la lutte contre le fascisme, de la guerre populaire en Chine, des fronts unis en Amérique et en Europe, des guerres de libération nationale, de la Grande Révolution culturelle prolétarienne, des combats anti-révisionnistes et de la pratique combattante des organisations communistes dans les pays impérialistes. Et plus encore! Toutes ces expériences témoignent de l’audace et du génie contenus dans les nouvelles propositions émergeant de la lutte des masses. Ces propositions sont systématisées et dirigées par les plus grandes avant-gardes de notre classe.

Parmi toutes ces formes de lutte, certaines se distinguent grandement les unes des autres alors que d’autres sont suffisamment semblables pour qu’il soit possible de les mettre dans une seule et même catégorie. Aujourd’hui, afin de se repérer dans ce vaste ensemble, il est nécessaire de bien comprendre la conception matérialiste des catégories fondamentales. Pour les matérialistes, les catégories ne sont pas un produit de l’esprit: elles existent objectivement peu importe la façon dont elles sont appréciées subjectivement. Aussi, certaines sont plus englobantes que d’autres. Par exemple, Lénine caractérise l’histoire de toute la philosophie comme étant une lutte entre le matérialisme et l’idéalisme, les deux catégories les plus hautes et les plus totalisantes de ce domaine. L’ensemble des formes de lutte contenues dans l’expérience révolutionnaire accumulée jusqu’à maintenant se rapportent à l’une ou l’autre des catégories que nous désignons comme des formes objectives d’action révolutionnaire. Bien entendu, celles-ci se manifestent différemment selon le contexte (par exemple, la propagande des communistes en Chine n’est pas la même que celle des communistes en Russie, l’ARM de la 3e Internationale est différente de celle des bolcheviks, la GPP au Pérou est différente de celle en Inde). Elles abritent un bon nombre de sous-moyens et de sous-actions. Reliées entre elles, elles ont des objectifs communs (unir le prolétariat, prendre le pouvoir politique, transformer la réalité), mais prises séparément, elles ne partagent pas les mêmes objectifs stratégiques spécifiques.

Les quatre formes objectives d’action révolutionnaire

1 La propagande classique

La propagande est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des moyens qui propagent, synthétisent et exposent intelligiblement des idées et des perspectives. Elle provoque l’adhésion à une ligne politique, c’est-à-dire à une conception révolutionnaire du monde. Elle fait des révélations politiques aux masses sur le capitalisme et sur la révolution. La propagande permet à un parti de s’unir, de formuler un programme et de développer sa direction politique et idéologique. Elle permet, entre autres, de prendre en charge la direction des idées, de ce que l’on pense, des points de vue adoptés, des analyses défendues, du langage accepté et du regard porté sur notre propre action. Elle aide à la métabolisation des problèmes vivants et complexes de la lutte des classes, de la construction du parti, de la guerre populaire et de la prise du pouvoir. Elle génère l’action révolutionnaire, pérennise les acquis politiques, produit l’adhésion et crée le milieu politique permettant l’action unifiée. On retrouve, objectivées par les différentes expériences historiques de propagande classique, les notions d’organisateur collectif, d’organe central, de révélation politique, de démarcation, de cohésion idéologique, d’unification des forces subjectives de la révolution, de direction idéologique, de lutte théorique, d’appels généraux, de dialogue dans la lutte des classes, de transmission aux masses, d’initiative politico-idéologique et de métabolisation des questions de la lutte des classes. En bref, la propagande est le ciment politique de l’activité révolutionnaire. Elle prend différentes formes, vise à produire différents effets et reçoit différents qualificatifs au fil de l’histoire du mouvement communiste. On peut compter parmi les formes historiques qui relèvent de la propagande dite classique le journal, le programme, la polémique, le tract, le livre, le discours, l’exposé, le dessin, l’affiche, le cinéma, la chanson, etc. C’est selon l’époque dans laquelle se trouve le processus révolutionnaire qu’on détermine la manière spécifique de propager les mots d’ordre et les analyses du parti dans les masses.

Comme c’est le cas pour bon nombre d’organisations, la propagande est le premier centre de gravité de la lutte autour duquel s’est construit et continue de se construire notre parti. La capacité de la propagande à générer les autres formes objectives d’action révolutionnaire doit atteindre son point culminant avec la réalisation dans la pratique de l’initiative idéologico-politique du parti, laquelle sert à préparer et à soutenir la proposition de montée vers le pouvoir que l’avant-garde soumet au peuple avec le déclenchement de la guerre populaire. Cette initiative doit susciter une discussion permanente et rigoureuse entre l’avant-garde et le prolétariat sur les formes et les caractéristiques du nouveau pouvoir populaire en émergence. Ce grand dialogue doit viser à gagner progressivement de nouvelles couches du prolétariat pour soutenir la progression générale de la révolution.

2 L’action révolutionnaire parmi les masses

L’action révolutionnaire parmi les masses est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des moyens employés par les organisateurs et les organisatrices maoïstes agissant au sein des masses pour les entraîner à l’action. Elle vise à développer des liens révolutionnaires vivants et durables entre l’avant-garde et le prolétariat, à élever les capacités et la conscience de classe de ce dernier et à le faire participer activement à la lutte révolutionnaire. Cette présence agissante n’est pas qu’une simple présence reflet: c’est l’intervention consciente du parti dans le mouvement réel, intervention qui, à travers un discours et des actes bien démarqués, entraîne le prolétariat à participer massivement au processus révolutionnaire et à entrer en confrontation avec la bourgeoisie et son État. L’action révolutionnaire parmi les masses est l’intervention des communistes qui fait exister le parti quotidiennement dans la lutte des classes et qui transforme les luttes revendicatives en lutte politique pour le pouvoir prolétarien. En somme, l’action révolutionnaire parmi les masses vise à produire l’action révolutionnaire des masses. Nous rangeons donc dans cette catégorie l’ensemble des formes de lutte et des moyens de combat utilisés par le prolétariat international pour résister au capitalisme, qu’il s’agisse des grèves, du sabotage, des barricades, des manifestations, des occupations, etc. Ici, la tâche des révolutionnaires est de systématiser les nouvelles formes de lutte des masses, tout comme d’utiliser le patrimoine de formes de lutte déjà accumulées. C’est l’action révolutionnaire des masses qui est la source inépuisable de nouvelles formes de lutte et de nouveaux moyens de combattre.

Un parti ayant une pratique d’action révolutionnaire parmi les masses n’est pas un groupe isolé et inexistant dans la réalité politique concrète de la lutte des classes. Il est actif, omniprésent et au cœur de l’action des masses. En développant sa participation aux luttes et sa capacité à diriger les masses, il fait fusionner son expérience directe avec l’expérience directe du prolétariat dans la lutte pour le pouvoir politique, les rendant organiques et inséparables. Une organisation assumant l’ARM est une organisation qui assume son rôle d’avant-garde en introduisant en permanence dans les combats spontanés des travailleurs et des travailleuses une conception révolutionnaire du monde.

On retrouve, objectivées par les différentes expériences historiques d’ARM, les notions de liaison avec les masses, d’agitation, d’entraînement à l’action, de participation des masses, de travail du parti dans les masses, de secteurs d’intervention, de tactiques, de méthodes de travail, de liaisons permanentes, d’actions à l’intérieur du mouvement, d’actions à l’extérieur du mouvement, d’actions ponctuelles, de noyaux communistes, d’établissement en milieu ouvrier, d’actions révolutionnaires des masses, de systématisation des moyens de combats développés par les masses, de manifestations physiques du pouvoir des masses, d’affrontement de l’ennemi, de provocation de l’adhésion par l’action et de révélation politique par l’action.

L’histoire du mouvement communiste recèle de multiples façons de mener l’ARM, qu’il faut étudier et dont il faut tirer des enseignements. L’histoire nous apprend aussi qu’il n’existe pas de parti communiste qui n’ait pas une pratique généralisée d’action révolutionnaire parmi les masses.

◆ L’action révolutionnaire parmi les masses pour opérer la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier dans la deuxième moitié du XIXe siècle

Au XIXe siècle, les partisanEs du socialisme scientifique et les partis ouvriers naissants mènent une lutte implacable pour rompre avec le parallélisme qui les place à l’extérieur du mouvement ouvrier. Ils et elles luttent pour la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier. Ils et elles mènent un travail systématique et résolu pour aller à la rencontre de la classe ouvrière et pour l’organiser. En participant activement aux mouvements des ouvrières et ouvriers et en y introduisant des perspectives encore extérieures à ses objectifs immédiats, ils et elles font une des premières expériences majeures d’action révolutionnaire parmi les masses. Le mouvement ouvrier commence alors à maîtriser la question du pouvoir politique et de l’organisation en parti.

◆ La lutte contre l’économisme ainsi que les méthodes multiformes d’agitation et d’entraînement à l’action des bolcheviks

Les bolcheviks sont exemplaires dans leur capacité à entraîner les masses à l’action. Les méthodes multiformes d’agitation utilisées par le POSDR lui permettent de se lier avec les masses de diverses manières. On peut penser aux tracts illégaux, à l’agitation publique, à l’action politique spectaculaire en usine, aux actions ponctuelles dans la vie quotidienne des masses, à la direction pratique de manifestations massives et combatives, à la création de groupes de combat, à la prise en charge d’une multitude de grèves politiques, etc. Les bolcheviks sont de tous les combats et s’inscrivent organiquement dans la lutte du peuple contre le tsarisme.

La lutte contre l’économisme et l’opportunisme constitue l’une de leurs premières grandes écoles pour maîtriser les objectifs de leur action au sein des masses. Ils et elles parviennent à établir la liaison adéquate entre la lutte politique, le mouvement revendicatif spontané, l’intervention de l’avant-garde et l’entraînement à l’action. Ils et elles développent les notions de révélations politiques sur la conquête du pouvoir politique et d’entraînement des masses à l’action révolutionnaire. À l’époque de la Russie tsariste, il n’est pas possible d’agiter et d’entraîner les masses à l’action révolutionnaire sans assumer les confrontations et les contrecoups qui s’en suivent, sans payer de sa personne. Les bolcheviks n’ont d’autres choix que d’être conséquentEs, car les masses répondent activement à leurs appels (par exemple, résister au tsarisme et aux Cent-Noirs).

◆ Les noyaux communistes dans les syndicats de la 3e Internationale

Devant les défis posés par le développement la révolution mondiale, la 3e Internationale communiste élabore des thèses sur comment se lier aux masses dans la conjoncture mondiale suivant la révolution de 1917. Les conditions prévalant au début des années 1920 sont celles de la reprise en main et de la consolidation du capitalisme partout dans le monde. Le contexte des démocraties bourgeoises naissantes n’est alors plus le même que celui de la Russie autocratique où l’activité révolutionnaire des masses a connu des périodes fécondes. Les partis de la 3e Internationale adoptent une tactique spécifique d’ARM en consacrant une grande part de l’activité révolutionnaire à la création de noyaux communistes dans les organisations réelles et en particulier dans les syndicats existants. Cette méthode de travail est jugée nécessaire en raison des nouveaux centres de gravité de la lutte et de la nouvelle situation concrète. L’action s’inscrit dans la durée et à l’intérieur du mouvement ouvrier. Les révolutionnaires cherchent à se préserver plutôt qu’à entraîner immédiatement à l’action, et ce, afin de donner des assises solides et des ancrages partout dans la classe aux partis communistes naissants. Bref, on mise sur la construction d’une liaison permanente.

◆ Le travail du parti dans les masses pour construire le nouveau pouvoir durant la guerre populaire en Chine

La guerre populaire prolongée en Chine fait émerger une pratique bien précise d’ARM visant à développer le nouveau pouvoir au sein des masses. Cette pratique, caractérisée par l’idée de servir le peuple, est cruciale dans un contexte où il est particulièrement important de se démarquer politiquement étant donné que la lutte armée est aussi utilisée par des organisations réactionnaires (les seigneurs de guerre et le Kuomintang). Surtout, cette pratique est nécessaire au Parti communiste chinois (PCC) pour ravitailler et préserver les forces armées. Par ailleurs, la révolution chinoise implique la construction du nouveau pouvoir qui exige un travail minutieux et permanent de liaison avec les masses pour les amener à le reconnaître, à y participer et à mener le processus de transformation sociale.

Cette pratique historique d’ARM, dans le cadre de la guerre populaire en Chine, est généralement qualifiée de travail du parti dans les masses. Celui-ci prend des formes variées. Il permet aux militantEs du parti de comprendre la vie quotidienne des masses, d’y intervenir correctement, d’entrer en contact avec la population, d’apprendre à solutionner politiquement les problèmes vivants de la société, de cartographier un territoire, d’enquêter sur un milieu pour en comprendre les dynamiques, d’entreprendre des actions politiques offensives, d’unir les masses autour du parti et d’isoler ses ennemis. Parmi les moyens utilisés, on compte les éclaireurEs, les agitateurs et agitatrices publiques, les représentantEs, etc. L’ARM pendant la guerre populaire permet au PCC de lancer massivement la paysannerie dans l’action révolutionnaire, de développer la production et l’économie politique de la guerre populaire, de recruter durablement des forces pour l’armée rouge ainsi que de préserver les forces combattantes.

◆ Les formes d’ARM nouvelles et originales permettant de rompre en pratique avec le révisionnisme à partir des années 1960 en Europe

Dans les années 1960 en Europe, les nouvelles organisations communistes qui émergent sont placées devant la nécessité de reconstruire le camp de la révolution. C’est alors qu’un nouveau type d’ARM se développe. La forte concurrence des organisations révisionnistes, la confusion que leur propagande génère et leur trahison historique obligent les révolutionnaires à redonner confiance au prolétariat et à rompre en pratique avec le révisionnisme. En effet, de grands et forts partis communistes abandonnent dans les faits la voie révolutionnaire tout en continuant de se dire révolutionnaires. Se démarquer du révisionnisme en paroles ne suffit donc pas: il faut le démontrer dans la pratique. Dans les pays impérialistes, le travail en usine est éprouvant, la classe ouvrière est devenue massive et les luttes sont retentissantes. Plus que jamais, l’ARM doit chercher à bâtir une direction politique accueillie et reconnue par les masses. Pour y parvenir, il faut nécessairement agir en conséquence.

La pratique révolutionnaire prend alors des formes inédites, solides politiquement et offensives. Les militantEs réactualisent l’expérience des bolcheviks en payant de leur personne. Les grèves sauvages, les commandos contre les contremaîtres, les coups d’éclat dans les usines, les manifestations disciplinées et combattantes, les auto-réductions, les occupations d’usine, les séquestrations de patrons, les actions avec les masses pour soutenir les grèves ou encore les occupations prolongées de zones urbaines après des manifestations constituent autant d’exemples de ces nouvelles pratiques. Ces formes de lutte sont soutenues par un travail de liaison vivant et permanent avec la classe ouvrière. Est mise en œuvre la tactique d’établissement en usines et d’enquête ouvrière, laquelle constitue alors une nouvelle version de la tactique des noyaux communistes.

◆ L’ARM pour gagner la participation massive du peuple dans la guerre populaire au Vietnam

L’impressionnante ARM déployée pendant la guerre populaire au Vietnam permet d’organiser un pan important du peuple. L’ampleur des capacités gagnées par le camp révolutionnaire est illustrée par de nombreux exemples. Pensons à la défense héroïque de Hanoï au début de la guerre contre l’impérialisme français, aux batailles victorieuses comme celle de Diên Biên Phu – laquelle est rendue possible grâce au travail acharné des masses pour préparer et dominer l’affrontement –, à l’ingénieuse construction de la route Ho Chi Minh, ou encore, à la participation massive du peuple dans la lutte de longue durée contre l’impérialisme américain. Les communistes vietnamienNEs mettent en place des outils et des formes organisationnelles (le front uni, les milices populaires, les groupes d’auto-défense) pour faire basculer massivement le peuple dans la guerre populaire.

◆ L’ARM du Parti communiste du Pérou (PCP) et la notion d’organisateurs et d’organisatrices maoïstes et de militantEs polyvalentEs

Le PCP développe un impressionnant dispositif d’organisateurs et d’organisatrices maoïstes au sein des masses. Il les forme comme des militantEs polyvalentEs, c’est-à-dire des militantEs qui assurent une présence agissante permanente au sein du peuple péruvien tout en s’inscrivant dans le processus de construction concentrique du parti. Il cible des dirigeantEs spontanéEs et les rallie au maoïsme pour mieux faire basculer des sections importantes du peuple dans le camp de la révolution. Les organisateurs et organisatrices maoïstes péruvienNEs démontrent une capacité supérieure à créer des points de contact et à entraîner durablement les masses à l’action révolutionnaire, tout en relevant les défis de la défense territoriale et de la lutte armée. Cette pratique d’ARM permet au nouveau pouvoir de se développer à mesure que la guerre populaire progresse.

3 La propagande armée

La propagande armée est la forme objective d’action révolutionnaire qui regroupe l’ensemble des moyens armés employés avant la guerre populaire et contribuant à sa préparation politique. Elle est dirigée contre des biens, des instances, des appareils organisés, des moyens et des dispositifs de la bourgeoisie pour occasionner leur destruction partielle ou totale. Surtout, elle sert de support ou de véhicule au discours révolutionnaire dans la lutte des classes. Elle élargit la portée de la propagande révolutionnaire en s’adressant, avec une ampleur inatteignable autrement, à l’ensemble de la société, à la nation entière. Son message est compréhensible pour toutes les couches du peuple. Elle éduque toutes les classes quant aux contradictions et aux enjeux politiques dans la société. La propagande armée stimule la conscience de classe des prolétaires. Elle valide matériellement la possibilité pour le peuple de remporter des victoires. Elle a comme objectif de libérer l’expression et l’activité politiques des communistes. La propagande armée a principalement une fonction politique dans la lutte des classes. Le contenu de ce qu’elle propage est plus important que le moyen dont elle se sert. Elle est la forme supérieure et nécessaire de la propagande. Elle a le potentiel de parler aux masses mieux qu’un million de tracts. Elle révèle au grand jour où campent toutes les forces politiques. Elle donne confiance au prolétariat en même temps de redonner de la mobilité aux forces révolutionnaires dans des conjonctures où tout est figé.

On retrouve diverses expériences de propagande armée dans les pays impérialistes (Brigades rouges, Cellules communistes combattantes, Front de libération du Québec, Parti communiste espagnol [reconstitué], Fraction armée rouge, etc.) de même que dans les pays dominés (les actions servant à préparer politiquement la guerre de résistance au Vietnam, la pratique des Tupamaros en Uruguay, etc.). La propagande armée inclut également de multiples expériences embryonnaires et spontanées au sein des masses, expériences consistant à attaquer des représentations politiques de l’ennemi de classe à l’aide de moyens armés.

Aujourd’hui, dans un pays comme le Canada, dénoncer la démocratie bourgeoise doit être le but principal des actions de propagande armée. La révéler politiquement au moyen de la propagande classique est devenu insuffisant alors qu’à l’époque de l’autocratie – où les droits démocratiques étaient inexistants et où régnait la répression ouverte –, la forme journalistique pouvait suffire. Les démocraties bourgeoises de notre époque sont désormais expérimentées et éprouvées. Même si les révélations journalistiques sont encore nécessaires, elles ne peuvent plus, à elles seules, préparer politiquement le terrain de la guerre populaire et amener la lutte des classes à devenir une lutte pour renverser l’État bourgeois. Les moyens employés doivent avoir la puissance nécessaire pour forcer toute la population à se prononcer en faveur ou en défaveur de la prise du pouvoir et de la socialisation des moyens de production.

4 La guerre populaire prolongée

La guerre populaire prolongée est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des guerres du peuple dirigées par le prolétariat et son parti pour vaincre et anéantir la bourgeoisie. Elle fait la synthèse politique de toutes les autres formes d’action révolutionnaire et de toutes les initiatives d’une classe sociale et de son avant-garde. La lutte armée en est la forme d’action principale. Chaque classe fait la guerre à sa façon et donc, le prolétariat a une façon de la faire qui lui est propre. La guerre populaire est une guerre menée politiquement devant permettre d’armer le prolétariat et ses alliéEs, de construire le nouveau pouvoir et simultanément de désarmer et de détruire l’État bourgeois réactionnaire. Il est à noter que le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire amorçant une montée vers le pouvoir. C’est une déclaration consciente qui marque la première grande victoire stratégique contre le spontanéisme et l’aléatoire.

L’action communiste réelle d’aujourd’hui: la prise en charge des quatre formes objectives d’action révolutionnaire

Au XXIe siècle, les partis communistes doivent impérativement tenter de maîtriser les quatre formes objectives d’action révolutionnaire. Qu’une organisation ou qu’un parti les assume ou les nie, les prenne en charge ou les néglige, elles existent en tant que formes historiques objectivées par l’expérience du prolétariat international. Assumées et prises en charge, ce sont autant de possibilités et de capacités pour la révolution. Niées et négligées, ce sont autant de capacités d’initiative et de résistance laissées à la bourgeoisie et à ses alliés politiques. Une grande partie du succès de la construction et de la progression stratégique d’un parti révolutionnaire au XXIe siècle réside dans la capacité à proposer pour chacune de ces formes des objectifs adéquats, fondés matériellement et politiquement, ni trop téméraires ou irraisonnés, ni trop faibles ou conciliants.

Avoir une compréhension juste des formes objectives et historiques est tout spécialement important pour les communistes des pays impérialistes, car la force historique du révisionnisme et de la démocratie bourgeoise nous a renduEs aveugles devant l’expérience révolutionnaire que notre mouvement a accumulée. Il existe, même en milieux urbains, un grand nombre d’expériences d’action révolutionnaire parmi les masses combatives et de haut niveau. Elles sont pourtant outrageusement rejetées du revers de la main et décriées comme de l’aventurisme, de l’opportunisme de gauche et du volontarisme par des intellectuels petits-bourgeois. En réalité, ceux-ci ne cherchent qu’à cacher leur propre opportunisme. Plus particulièrement, ici, les opportunistes canadiens font des bilans sclérosés de l’expérience communiste. Leur incapacité à différencier l’action révolutionnaire parmi les masses du travail réformiste et à différencier la propagande armée de la guerre populaire en témoigne. Il en va de même pour les partisanEs du RCP-USA, qui, à l’époque, refusent d’envisager toutes formes d’action sortant du cadre restreint de la lutte idéologique et enferment le progrès révolutionnaire dans un étapisme métaphysique.

Les révolutionnaires doivent tirer des leçons de la pratique combattante et de la guerre de partisans chez les bolcheviks en Russie, de la guérilla urbaine des partis communistes européens durant la Seconde Guerre mondiale, de la liaison originale avec les masses et des actions offensives de l’organisation Gauche prolétarienne en France, des actions armées menées par les Brigades rouges en Italie, de la lutte armée multiforme des communistes chinois, de la propagande armée des felquistes au Québec, ou encore de la militarisation du Parti communiste du Pérou. Il est important de bien comprendre ce qui distingue ces expériences de même que ce qui les relie. Surtout, il importe de mettre en pratique, dans le contexte qui est le nôtre, leurs enseignements. En contrepartie, concevoir ces expériences historiques comme un bloc homogène et nier leurs apports positifs, c’est refuser une grande partie de l’arsenal dont nous avons besoin pour unir notre classe, pour isoler et affaiblir la bourgeoisie ainsi que pour préparer politiquement la guerre populaire. C’est aussi refuser les différentes façons de mener la lutte armée pour désarmer et détruire l’État bourgeois. En somme, c’est se cantonner dans une conception passive et attentiste de la révolution.

Au lieu de chercher à saisir et à prendre en charge les formes objectives de la pratique révolutionnaire, les opportunistes en viennent même à se demander s’il est possible ou politiquement justifié d’utiliser des moyens d’action sortant du cadre bourgeois! Une telle position conduit inévitablement à rejeter indistinctement tout ce qui sort de la légalité bourgeoise, à ne maîtriser aucun moyens illégaux, à refuser tout ce qui dépasse nos capacités immédiates et à se cacher derrière un appui en paroles à la guerre populaire. Il va sans dire qu’aucun parti communiste ne peut espérer prendre le pouvoir sans assumer l’action révolutionnaire parmi les masses et la propagande armée. De la même manière, le camp de la révolution ne peut progresser sans mettre en pratique une conception communiste de la propagande révolutionnaire.

Les distinctions politiques importantes entre le PCR et les opportunistes canadiens

Les opportunistes canadiens entretiennent énormément de confusion sur les formes objectives d’action révolutionnaire. Entre autres, ils critiquent les expériences de propagande armée du mouvement communiste, en particulier celles ayant eu lieu dans les pays impérialistes depuis les années 1970. Ils les rejettent du revers de la main, car ils les considèrent à tort comme de vaines tentatives de déclencher des guerres populaires et non pas pour ce qu’elles ont réellement été. Il s’agit pourtant d’expériences de propagande armée, et ce, même si les organisations ayant mené ces actions ne les concevaient pas forcément ainsi. Le bilan erroné défendu par les opportunistes canadiens sert objectivement à renforcer les conceptions révisionnistes suivantes:

a) L’usage de moyens armés précédant la guerre populaire et servant à la préparer politiquement est écarté;

b) La guerre irrégulière et la lutte armée multiforme au début de la guerre populaire sont effacées – ou du moins leur importance est grandement diminuée – au profit d’actions purement défensives ou d’actions de soutien à des luttes économiques, pouvant en réalité être rangées en grande partie dans l’ARM qui précède la guerre populaire;

c) La défensive stratégique représente la quasi-totalité de la guerre populaire et se trouve confinée dans une période de temps interminable pendant laquelle la lutte armée est pratiquement inexistante (une version déguisée du cul-de-sac insurrectionnel);

d) Une série de préalables stratégiques irréalisables au déclenchement de la guerre populaire est inventée sous prétexte de ne pas répéter les erreurs du passé et au nom de l’impossibilité de déclencher la guerre populaire sans avoir le soutien de la majorité – ou du moins d’une fraction numériquement très importante – du peuple.

Pour notre part, nous évaluons que le défaut principal des expériences de propagande armée des années 1970, c’est qu’elles étaient pensées, par les organisations révolutionnaires qui les ont instiguées, comme des points de rupture historique subjective. Au contraire, nous considérons la propagande armée comme étant simplement une dimension objective de la pratique existant parmi d’autres aspects de la lutte révolutionnaire. La plus grande critique à adresser aux organisations qui ont mené la propagande armée dans les pays impérialistes n’est pas d’avoir tenté ces actions, ce qui est tout à leur honneur, mais de s’être spécialisées à outrance dans une forme particulière de la pratique. Sans le vouloir nécessairement, elles ont restreint de plus en plus le spectre de leur pratique révolutionnaire à cette seule forme d’action au lieu de l’élargir à d’autres dimensions de la lutte.

Nous considérons que pour assumer durablement la propagande armée, il faut avoir la maturité politique suffisante pour la faire résonner conséquemment et quotidiennement dans les masses à l’aide d’autres formes d’action révolutionnaire. C’est l’ensemble des formes utilisées en permanence qui parvient à préparer politiquement la classe ouvrière et ses alliéEs en leur donnant de l’expérience et des forces et en produisant des révélations politiques. C’est ainsi qu’est générée l’adhésion au déclenchement d’une guerre ouverte avec l’État canadien et que sont posées les bases d’une tentative de montée de la classe ouvrière vers le pouvoir. De plus, nous considérons que si la guerre populaire et la propagande armée partagent l’aspect commun d’utiliser des moyens armés, il n’en demeure pas moins qu’elles sont bien différentes dans leurs objectifs. La guerre populaire est une forme d’action caractérisée par l’aspect militaire, devant permettre d’armer le peuple, de désarmer la bourgeoisie, de construire le Nouveau Pouvoir et de détruire l’État réactionnaire capitaliste. La propagande armée est un moyen marqué par l’aspect politique, ne comportant aucune dimension militaire et servant à propager la politique révolutionnaire à l’entièreté du peuple. Elle permet de préparer politiquement la guerre populaire en rendant limpide la réalité de la lutte des classes et en obligeant le positionnement. Elle met à l’ordre du jour la question de la révolution. Elle étend la portée des autres formes d’action révolutionnaire. Assumer politiquement la propagande armée exige d’avoir des perspectives claires et d’avoir commencé à résoudre les problèmes stratégiques et pratiques de la liaison du parti avec les masses.

L’objectif de l’ARM, dans notre conjoncture, est de créer des liens révolutionnaires avec les masses, des liens d’un type nouveau et non simplement copiés sur ceux que le mouvement spontané produit continuellement. Ces liens doivent permettre au parti d’être ancré solidement dans le mouvement ouvrier et dans le prolétariat en général. C’est leur solidité qui permet à terme de mettre en action de larges sections des masses sous les mots d’ordre du parti. Ils font résonner les autres formes d’action du parti au sein des masses. Du déclenchement de la guerre populaire jusqu’à la prise du pouvoir, c’est la force de ces liens dans les grands groupes du prolétariat qui est garante du basculement du peuple dans la guerre populaire.

Les opportunistes canadiens défendent une position contraire qui est de construire des organisations intermédiaires parallèles au mouvement de masse réel, entrant en concurrence avec lui et rajoutant un obstacle de plus entre le parti et le peuple. Pour eux, notre conception des petits mouvements (les dispositifs du parti agissant dans les grands mouvements) est une conception bureaucratique. Selon eux, le fait de dire que le parti doit avoir un contrôle organisationnel sur les dispositifs qu’il met en place équivaut à rejeter la nécessité de développer une direction politique. C’est pourquoi ils défendent l’idée que les organisations mises sur pied par le parti doivent être formellement autonomes. Pourtant, la manière dont le parti se construit doit lui permettre de savoir (au sens d’en avoir la certitude) comment les organisations déployant son ARM réagiront lorsque seront assumées de nouvelles formes d’action (la propagande armée et la guerre populaire). Nous croyons, par exemple, que le Revolutionary Student Movement (RSM) fondé par les opportunistes fera tout en son pouvoir pour se distancier publiquement de ces nouvelles formes d’action. Ainsi, les opportunistes placent devant eux un préalable stratégique supplémentaire qui est de convaincre le RSM d’agir pour supporter ces nouvelles formes d’action, alors que la tâche urgente est de convaincre les larges masses de la nécessité de la révolution.

Pour atteindre cet objectif, le parti doit disposer judicieusement ses forces au sein des grands groupes du prolétariat et des divers mouvements réels, forces sur lesquelles il doit avoir un contrôle centralisé et rapproché. Au contraire, mettre en place une organisation sur laquelle on décide soi-même de ne pas avoir de direction centralisée, c’est choisir de ne pas tenir compte des obstacles réels et concrets qui guetteront les révolutionnaires dans les prochaines années. Ainsi, les opportunistes optent consciemment pour une avenue qui les met à l’abri des problèmes induits par une pratique révolutionnaire conséquente. Les organisations qu’ils construisent sont configurées pour servir de prétexte au rejet de nouvelles formes d’action. Considérant que les simples manifestations combatives que nous menons actuellement sont décriées par les opportunistes comme aventuristes et contre-productives, nous n’osons pas imaginer comment seront qualifiées des formes de combat plus percutantes! Bien entendu, nous reconnaissons la nécessité de la direction politique et de l’influence générale des communistes sur les masses. Nous rejetons, par le fait même, les méthodes de direction bureaucratiques. Par contre, cette persuasion et cette influence générale doivent être celles du parti sur les larges masses et non sur ses propres forces! Toutes les cellules et organisations, tous les comités et dispositifs que le parti met en place doivent être soumis au plus grand centralisme dans l’action. Évidemment, cette soumission doit être consciente et volontaire. Prétendre que notre parti est incapable d’exercer une direction politique revient à dire que nos militantEs se soumettent à cette discipline sans être convaincuEs politiquement de son bien-fondé, ce qui, considérant l’ensemble des dangers que la révolution comporte, est un non-sens. De plus, il est absurde de penser que des communistes, dans un pays capitaliste avancé, au sein de démocraties bourgeoises éprouvées, peuvent parvenir à organiser, comme nous le faisons, des manifestations attaquant la bourgeoisie sans être liéEs aux masses et sans exercer une véritable direction politique.

Tenir des manifestations révolutionnaires et combatives, comme nous le faisons le 8 mars, le 1er mai et à bien d’autres occasions, est déjà en soi une façon d’exercer une direction politique sur les masses. Dans cette pratique particulière d’ARM, nous tentons de faire converger une partie des masses vers un événement politiquement marquant dans la lutte des classes. Un tel exercice requiert, au préalable, une préparation au sein des masses, une action permanente dans les quartiers populaires et dans les zones ouvrières. Une des plus grandes leçons actuelles du mouvement maoïste au Canada est qu’il est possible de tenir ce type de manifestation partout au pays, dans tous ses grands centres économiques, tant et aussi longtemps que le travail politique préparatoire est accompli et qu’on accepte de payer de sa personne.

La capacité à tenir des manifestations combatives est le résultat d’une liaison révolutionnaire permanente avec les masses. Pour justifier lâchement qu’ils ne se prêtent pas à ce type de manifestation, les opportunistes clament que la conjoncture politique au Québec est objectivement différente de celle prévalant dans le reste du Canada. À vrai dire, il n’existe pas une différence de période historique ou encore une différence dans les conditions objectives générales entre le Québec et le reste du pays. L’unique différence réside dans le travail révolutionnaire véritable et permanent de notre parti au sein des masses qui permet de réaliser ce type de manifestation! En vérité, c’est dans la rue, dans l’affrontement, qu’on valide la direction politique sur les masses acquise au fil du temps. De plus, il est important de reconnaître que ces manifestations révolutionnaires sont une forme de lutte qui donne à la direction politique du parti de la crédibilité auprès de la classe ouvrière. Par exemple, l’action menée contre le siège social de Bombardier à l’occasion du 1er mai 2017 nous a permis de gagner une direction sur les travailleuses et travailleurs qui considéraient déjà les dirigeants de cette entreprise comme des ennemis du peuple et qui revendiquaient qu’on agisse contre eux. Que cette direction soit encore émergente, que nous en soyons encore à nos premiers pas dans ce type d’actions et que nous n’ayons pas encore la capacité de les faire connaître partout et abondamment ne signifie pas que les initiatives de ce genre ne sont pas à propos!

Ces manifestations combatives ne sont qu’un moyen parmi d’autres de concrétiser une conception de l’ARM, c’est-à-dire une manière de se lier activement avec les masses et de les entraîner à l’action. À présent, il faut développer d’autres façons concrètes et systématiques de mettre en action cette conception de l’ARM et plus particulièrement de la diriger vers la classe ouvrière. La prise en charge de l’ARM doit trouver une solution pratique au cours des prochains mois et des prochaines années. Cette prise en charge ininterrompue implique des tactiques différentes pour chaque étape de notre progression. L’étape actuelle de cette progression contrôlée qu’on appelle le Mouvement révolutionnaire ouvrier (MRO), est de surmonter le premier niveau de difficulté qui confine les révolutionnaires dans une présence encore essentiellement extérieure au mouvement ouvrier. Sortir de ce confinement doit permettre d’entamer une action au niveau des industries et des syndicats. Le moment où le parti parvient à avoir un fort ensemble de noyaux communistes à l’intérieur des usines marque la dernière étape de ce processus, car c’est le niveau de liaison le plus difficile à atteindre: il est complètement à l’intérieur du mouvement et de la réalité de la classe ouvrière. Cette étape coïncide avec le déclenchement de la guerre populaire, car le parti est parvenu à maîtriser les différentes dimensions de progression de l’action au sein du mouvement ouvrier réel (de l’extérieur vers l’intérieur; des zones ouvrières aux différentes industries, syndicats et usines).

Le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire permettant de prendre l’initiative dans la lutte des classes et de préserver les acquis (tels que les incontournables noyaux communistes) durement gagnés au cours de nombreuses années de lutte. C’est une leçon que l’histoire nous apprend durement: il est impossible d’accumuler et de conserver des forces révolutionnaires sans les mettre en action, sans combattre et affronter l’ennemi! C’est, par exemple, cette conception qui est à l’origine de l’expérience de la militarisation du parti au Pérou. Toute autre perspective sur l’accumulation des forces revient à liquider des forces révolutionnaires grandissantes en les confinant dans des formes de lutte permises par la démocratie bourgeoise et sa légalité.

Objectivement, toutes les forces révolutionnaires au Canada sont à l’étape de sortir du confinement extérieur au mouvement ouvrier. L’arrogance des opportunistes les empêche de le reconnaître; c’est pourquoi ils se permettent de nous critiquer en disant que nous sommes isoléEs des masses (alors que dans les faits, ce sont eux qui sont complètement coupés de la classe ouvrière!). Certes, à ce jour, le PCR a réussi à rallier et à organiser des ouvrières et ouvriers, à déployer une propagande et une action révolutionnaire parmi la classe, mais la progression stratégique du MRO n’est qu’au début de son processus, ce qui est parfaitement normal pour l’étape actuelle de préparation de la guerre populaire au Canada. Ce qui est anormal, c’est de faire comme les opportunistes canadiens et de n’entreprendre aucun travail vers la classe ouvrière, et ce, tout en s’imaginant qu’adopter une perspective stratégique économiste et que créer artificiellement des liens syndicaux et réformistes avec les ouvrières et ouvriers (liens qui existent déjà par milliers dans la société bourgeoise) permettra de court-circuiter cette nécessaire progression méthodique. Dans la pratique, à maintes reprises, il a été prouvé que ce type de liens est inutile dans notre conjoncture. L’ensemble des liaisons produites par le mouvement spontané sont, et seront toujours, incapables de répondre aux tâches stratégiques que requiert le déclenchement de la guerre populaire.

Le léninisme enseigne que le parti doit parvenir à développer l’ensemble des maillons – c’est-à-dire des formes concrètes de pratique et d’organisation – de la chaîne reliant l’avant-garde au prolétariat. Dans la période historique actuelle, dans les pays impérialistes, c’est le parti communiste qui est le maillon le plus faible de cette chaîne. La démocratie bourgeoise a rapatrié vers elle une grande partie des forces politiques sur lesquelles, à une époque antérieure, les avant-gardes pouvaient compter, ce qui fait que le groupe de départ est aujourd’hui réduit en nombre, en capacités et en ressources. La démocratie bourgeoise a légalisé l’ensemble des anciens maillons historiques spontanés (syndicats, associations, etc.) organisant et reliant les prolétaires entre eux. Au contraire, la seule et unique forme que la démocratie bourgeoise ne peut jamais tolérer est la forme parti! Vouloir recopier des liens permis, dominants, réformistes et économistes en leur collant les étiquettes «rouge» ou «révolutionnaire» revient, qu’on le veuille ou non, à renforcer le mouvement historique spontané qui affaiblit le parti. La dernière chose dont ce dernier a besoin, c’est d’un nouvel intermédiaire entre lui et les masses, renforçant, par le fait même, son état d’isolement déjà produit par la démocratie bourgeoise!

Les opportunistes ne considèrent ni la période historique ayant vu naître des syndicats révolutionnaires, ni la base matérielle qui les génèrent. Pour notre part, nous considérons que c’est la guerre populaire qui, le temps venu, oblige l’ensemble des organisations existantes à se positionner face à la montée vers le pouvoir de la classe ouvrière. C’est seulement dans ce contexte qu’il est possible de parler de syndicats révolutionnaires, c’est-à-dire de l’ensemble des syndicats qui appuient la montée vers le pouvoir. Penser que les syndicats peuvent, dans la période qui précède, constituer autre chose que des outils de défense économique plus ou moins efficaces revient à leur attribuer des tâches qui sont celles du parti!

L’existence des syndicats révolutionnaires dans l’histoire a été le produit de la prise du pouvoir en Russie, prise du pouvoir qui a ouvert une nouvelle période historique et qui a lancé un vaste mouvement de montée vers le pouvoir sur la Terre entière. C’est ce mouvement qui a constitué la base matérielle sur laquelle se sont développés des syndicats révolutionnaires au début du XXe siècle. Aussi, dans l’histoire récente, le fait que des syndicats révolutionnaires aient vu le jour dans des pays comme le Pérou et le Népal a été le résultat de guerres populaires obligeant les organisations existantes à se positionner en faveur ou en défaveur de la révolution.

C’est la période historique qui détermine la combativité des organisations. C’est la puissance du mouvement révolutionnaire qui permet aux communistes d’unir l’ensemble des organisations existantes autour d’eux et elles. C’est la tâche des révolutionnaires de lutter pour le positionnement en faveur de la révolution et de construire un front uni autour du parti communiste. Cette tâche commence dès aujourd’hui en développant des séquences d’ARM permanente de plus en plus fortes au sein des masses et en développant les petits mouvements du parti au sein des grands mouvements. Le parti complet donne l’impulsion révolutionnaire et ses petits mouvements en constituent la caisse de résonance quotidienne. Vouloir organiser des syndicats révolutionnaires aujourd’hui consiste à qualifier de révolutionnaire un projet purement économiste. Dans les faits, en tentant de développer des syndicats révolutionnaires (qui n’ont de révolutionnaire que le nom), les opportunistes vont se retrouver, face aux résultats de leur pratique, devant la nécessité de choisir entre devenir sans ambiguïté un petit parti économiste, ou se transformer en un véritable syndicat.

Les formes objectives unifient l’expérience directe et indirecte du prolétariat international

Notre mouvement maoïste est actuellement faible et éclaté. C’est comme si la longue série de luttes, de transformations et d’avancées ayant marqué les deux derniers siècles n’avait jamais eu lieu. Nous subissons, malgré nous, une impression de retour à la case départ, comme si le prolétariat n’avait jamais tenu entre ses mains le pouvoir d’État, comme si les communistes n’avaient pas façonné le monde tel qu’il existe aujourd’hui en dirigeant l’ensemble de l’action historique et politique de notre classe. Pour se débarrasser de cette illusion, il faut assimiler l’expérience révolutionnaire indirecte. La profondeur et la force de ce patrimoine offrent toute la clarté nécessaire en matière de principes, de stratégie et d’action révolutionnaire. Sans cette assimilation, nous sommes condamnéEs à élaborer, comme les opportunistes canadiens, des propositions politiques métaphysiques et idéalistes ou encore à copier les idées réactionnaires de la petite-bourgeoisie postmoderne.

Une des contradictions que le mouvement communiste doit résoudre est le déphasage entre sa faiblesse actuelle et la richesse de son expérience accumulée. Il faut s’accrocher au fil reliant les débuts du marxisme et du mouvement ouvrier à aujourd’hui. C’est ce fil conducteur de la lutte des classes que le révisionnisme tente de nous faire perdre. Sans surprise, le révisionnisme rejette ce qui est au cœur de toute l’expérience communiste: la confrontation physique et armée avec la bourgeoisie. Les révisionnistes refusent de sortir de la sphère idéologique et réformiste, à l’instar des mencheviks, des sociaux-démocrates, des franges de droite des partis de la 3e Internationale et des organisations révisionnistes depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ce qui rend possible la fusion de l’expérience directe (celle qu’on acquiert soi-même en luttant pour transformer le monde) et de l’expérience indirecte (celle qui est accumulée historiquement et internationalement), c’est le fait que le communisme constitue, depuis son émergence, un seul et même mouvement tendant à transformer la réalité matérielle. C’est parce que nous luttons matériellement contre la situation qui prévaut aujourd’hui qu’il nous est possible d’assimiler, de métaboliser et de synthétiser l’expérience indirecte des révolutionnaires et du prolétariat international. C’est en participant à la révolution et en construisant le parti dans son propre pays qu’on crée la base matérielle permettant de faire fusionner l’expérience indirecte avec la pratique concrètement déployée. Voilà le premier principe de l’action communiste réelle. La base matérielle de la ligne politique du PCR a été la fusion du maoïsme avec l’état de la révolution au Canada au XXIe siècle. Autrement dit, au moment de notre fondation, nous avons anticipé les centres de gravité qui doivent se succéder dans le développement d’un parti comme le nôtre se construisant dans un bastion de la réaction impérialiste.

Les formes objectives d’action révolutionnaire au cœur de l’histoire de notre mouvement

Le rapport des différentes formes objectives entre elles

Aujourd’hui, un parti communiste révolutionnaire doit envisager l’accumulation pratique de forces en fonction de la progression stratégique vers le déclenchement de la guerre populaire. Nous examinons cette question à travers trois prismes:

a) L’unité nécessaire de toutes les formes de lutte pour porter un mouvement révolutionnaire au pouvoir;

b) La question du centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction d’un parti communiste et de la progression stratégique vers la guerre populaire;

c) La guerre populaire comme élément fondamental du maoïsme, comme défi principal de notre période historique, unifiant l’ensemble de la pratique révolutionnaire et totalisant le processus révolutionnaire.

L’unité nécessaire de toutes les formes de lutte pour porter un mouvement révolutionnaire au pouvoir

Au XXe siècle, jamais un parti prolétarien n’est parvenu à prendre le pouvoir sans prendre en charge l’ensemble des formes de lutte existant à son époque. À cet effet, la révolution d’Octobre nous apprend que la construction et le développement des outils du prolétariat révolutionnaire ne se fait pas selon une progression verticale et grâce à une disposition de forces à un seul et unique endroit. Au contraire, c’est en multipliant, complétant et unissant, à travers le temps et l’espace, les combats et les initiatives politiques qu’on parvient à renverser l’État réactionnaire. Plus encore, le léninisme nous apprend qu’un parti ouvrier n’est pas la simple addition de groupes circonscrits aux limites d’une usine ou d’une localité. La proposition révolutionnaire d’un parti ouvrier doit être propulsée très loin et propagée partout dans le peuple. C’est le gage de l’unité réelle sur laquelle se fonde une organisation luttant activement pour la révolution.

Un parti communiste est tout sauf une fédération, un ensemble mécanique et inorganique de révolutionnaires disparates. L’avant-garde fait la synthèse politique des acquis d’une classe sociale. C’est l’ensemble des combats historiques du prolétariat qui est ainsi unifié dans la construction d’un parti révolutionnaire. C’est cette synthèse qui permet de développer la force politique nécessaire au peuple pour vaincre un ennemi fort et puissant. Ainsi seulement, l’action révolutionnaire est pérennisée et le processus d’accumulation des forces n’est pas à recommencer indéfiniment. Au contraire, lorsque son expérience est fractionnée et désorganisée, le prolétariat demeure à jamais condamné à la défaite.

La relation qu’entretiennent la propagande et l’action révolutionnaire nous permet de constater, même à petite échelle, à quel point l’unité des formes d’action produit un résultat plus grand que chacune d’elles prises isolément. Reprenons l’exemple des manifestations révolutionnaires du 1er mai. Lorsque nous développons l’ARM dans un centre économique de la bourgeoisie et que nous faisons ensuite résonner l’action au sein de la classe ouvrière, notre propagande acquière une force supérieure. En faisant connaître largement l’action, en montrant qu’elle est juste et en expliquant comment la reproduire de manière encore plus forte, nous répandons l’idée qu’il est concrètement possible, à terme, de vaincre la bourgeoisie. De la même façon, nous venons offrir un rayonnement qualitativement plus grand à notre ARM, qui, sans la propagande, resterait confinée dans la mémoire des travailleurs et des travailleuses y ayant directement participé ou y ayant assisté. Cet effet doit se décupler à mesure que les formes d’action utilisées se développent et que le nombre de prolétaires entrant en action sous les mots d’ordre du parti s’accroît.

Il est impossible de faire chuter une classe sociale et son État réactionnaire sans déployer une lutte longue, acharnée et disciplinée. Il n’existe aucun moyen d’action qui, à lui seul, est capable de vaincre la bourgeoisie, c’est-à-dire de la désarmer, de détruire progressivement son État, de l’isoler politiquement, de faire tomber les masques de la démocratie bourgeoise et de saper ses capacités d’action et d’initiative. Ce n’est que l’unité de tous les moyens disponibles qui permet au peuple de se libérer et de conquérir le pouvoir politique à travers un processus contrôlé et préparé.

La question du centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction d’un parti communiste et de la progression stratégique vers la guerre populaire

◆ L’exemple du bilan de l’insurrection de Moscou en 1905

À chaque fois que des nouvelles formes concrètes de la pratique révolutionnaire émergent dans l’histoire, elles provoquent des remous au sein du mouvement communiste et elles obligent les organisations à les assumer ou non. Les nouvelles formes de lutte qui apparaissent lors de la Révolution russe font, à l’époque, l’objet de débats qui encore aujourd’hui sont riches d’enseignements. L’insurrection de Moscou à la fin de 1905 est le point de bascule de la montée révolutionnaire. Son échec marque le début du reflux qui suit en 1906 et la défaite de la première Révolution russe. Le bilan de cette expérience conduit à un débat intense entre les bolchéviks et les mencheviks. Ce qui est en jeu, c’est le développement ou non de la lutte en guerre civile. Les bolcheviks, avec Lénine en tête, défendent l’émergence d’une nouvelle forme de lutte dans l’insurrection de Moscou, qu’ils caractérisent de lutte de partisans. Les mencheviks, quant à eux, défendent qu’il s’agit du retour aux barricades – connues en Europe quelques décennies auparavant – dans le contexte russe.

La guerre civile, telle que la conçoit Lénine, est reconnue par une partie des forces révolutionnaires depuis que Marx et Engels ont fait le bilan des révolutions bourgeoises et des révolutions défaites en Europe. Engels développe l’idée selon laquelle l’ancienne tactique des barricades est désormais révolue en tant que moyen principal pour renverser le pouvoir réactionnaire, et ce, en raison du progrès technique et militaire que connaît la société. La tactique des barricades est une forme de lutte qui n’est fonctionnelle que dans la mesure où la grande majorité du peuple affronte une infime minorité d’oppresseurs. Au contraire, toujours selon Engels, le cadre contemporain de la révolution est celui d’une guerre civile dans laquelle la lutte armée et le combat pour unir des forces autour de soi acquièrent une grande importance stratégique. Les combats armés menés par des petits regroupements de partisans lors de la Révolution russe constituent une nouvelle forme de lutte, adaptée aux nouvelles circonstances. Lénine défend que les combats de rue, lors de l’insurrection, sont constitutifs de la guerre civile entre les classes en Russie. Les mencheviks, de leur côté, nient cette expérience ou la qualifient d’improductive, soutenant qu’elle est digne des pires pratiques anarchistes. L’une des interventions les plus importantes de Lénine à ce sujet est contenue dans le texte La guerre des partisans. En voici un court extrait:

«Commençons par le commencement. Quelles exigences essentielles doit présenter un marxiste dans l’examen de la question des formes de lutte?

En premier lieu, le marxisme diffère de toutes les formes primitives du socialisme en ce qu’il ne rattache pas le mouvement à quelque forme de combat unique et déterminée. Il admet les méthodes de lutte les plus variées, et il ne les “invente” pas, il se borne à généraliser, organiser, rendre conscientes les formes de lutte des classes révolutionnaires, qui surgissent spontanément dans le cours même du mouvement.

Absolument hostile à toutes les formules abstraites, à toutes les recettes de doctrinaires, le marxisme veut que l’on considère attentivement la lutte de masse qui se déroule et qui, au fur et à mesure du développement du mouvement, des progrès de la conscience des masses, de l’aggravation des crises économiques et politiques, fait naître sans cesse de nouveaux procédés, de plus en plus variés, de défense et d’attaque.

C’est pourquoi le marxisme ne répudie d’une façon absolue aucune forme de lutte.

En aucun cas, il n’entend se limiter aux formes de lutte possibles et existantes dans un moment donné; il reconnaît qu’un changement de la conjoncture sociale entraînera inévitablement l’apparition de nouvelles formes de lutte, encore inconnues aux militants de la période donnée.

Le marxisme, sous ce rapport, s’instruit, si l’on peut dire, à l’école pratique des masses; il est loin de prétendre faire la leçon aux masses en leur proposant des formes de lutte imaginées par des “fabricants de systèmes” dans leur cabinet de travail.

Nous savons, disait par exemple Kautsky, examinant les formes de la révolution sociale, que la crise imminente nous apportera de nouvelles formes de lutte que nous ne pouvons prévoir actuellement.

En second lieu, le marxisme exige absolument que la question des formes de lutte soit envisagée sous son aspect historique.

Poser cette question en dehors des circonstances historiques, concrètes, c’est ignorer l’a b c du matérialisme dialectique.

À des moments distincts de l’évolution économique, en fonction des diverses conditions dans la situation politique, dans les cultures nationales, dans les conditions d’existence, etc., différentes formes de lutte se hissent au premier plan, deviennent les principales, et, par suite, les formes secondaires, accessoires, se modifient à leur tour.

Essayer de répondre par oui ou par non, quand la question se pose d’apprécier un moyen déterminé de lutte, sans examiner en détail les circonstances concrètes du mouvement au degré de développement qu’il a atteint, ce serait abandonner complètement le terrain marxiste.

Tels sont les deux principes théoriques essentiels qui doivent nous guider.»

Dans ce texte, Lénine nous rappelle deux principes théoriques fondamentaux. Les révolutionnaires doivent totaliser les formes de luttes (refuser le combat unique, admettre les formes les plus variées, n’en répudier aucune) et doivent les apprécier selon le centre de gravité de la lutte. L’appréciation politique des formes et des moyens de combat n’est pas abstraite. C’est une question de conjoncture et de circonstances concrètes. Le centre de gravité de la lutte est le terme depuis longtemps utilisé par les révolutionnaires pour désigner le problème prioritaire à résoudre dans la lutte des classes, celui empêchant une accumulation durable de forces révolutionnaires. C’est autour de cette question principale que tous les autres problèmes secondaires viennent graviter et s’organiser. Par exemple, la propagande a une importance prépondérante au début d’un processus révolutionnaire. Par contre, à terme, comme toutes les autres formes d’action, elle vient se réorganiser autour de la lutte armée. L’importance de la propagande ne disparaît pas au cours de la révolution, mais ses objectifs et ses conséquences se transforment à mesure que progresse la classe ouvrière vers le pouvoir.

Dans la même lignée, pendant la genèse de la Révolution bolchévique, Lénine critique la pratique du terrorisme anarchiste (une prise en charge non-reproductible, non contrôlée et isolée des masses de moyens armés). Lénine considère cette forme de lutte comme étrangère à la conjoncture qui requiert plutôt une forte action propagandiste classique. Il analyse les problèmes de la révolution en Russie pour définir le centre de gravité de celle-ci – la nécessité d’un organisateur collectif pour mener, entre autres, la lutte contre les économistes sur les questions de tactique et d’ARM –, et ce, dans le but d’unifier politiquement les révolutionnaires autour d’une action cohérente et durable. Cette analyse située dans le temps n’a pas rejeté pour l’éternité l’utilisation de moyens armés, mais l’a reportée à une étape ultérieure du développement de la révolution. À cette étape, le centre de gravité exige l’utilisation généralisée et dirigée de moyens armés – soit tout le contraire des actes anarchistes isolés, complètement extérieurs à une pratique d’action révolutionnaire parmi les masses.

◆ Le centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction du parti de la guerre populaire

Pour unifier aujourd’hui les dimensions objectives de la pratique et les différents moyens de combattre, il faut les replacer dans le cadre de la période historique, complexe et féconde, de préparation politique et stratégique de la guerre populaire. Il faut revenir aux deux principes léninistes qui sont de totaliser l’ensemble des formes de lutte et de maîtriser la question des centres de gravité successifs dans la progression révolutionnaire. Dans la période actuelle, le parti se construit concentriquement à travers les grandes initiatives et offensives politiques ainsi qu’à travers une prise en charge de plus en plus complète des différentes formes d’action révolutionnaire. Les centres de gravité sont les grands maillons de la chaîne reliant le moment où se constitue le premier noyau du parti au déclenchement de la guerre populaire. Ils ne sont pas déterminés par les aléas du mouvement spontané, mais plutôt par les besoins de la lutte armée.

Le prolétariat international a accumulé une expérience indirecte riche. Nous ne sommes pas à la case départ. Nous avons à notre disposition un patrimoine de moyens de combattre. Contrairement à aujourd’hui, ce patrimoine commençait tout juste à s’accumuler au début du XXe siècle; il fallait batailler pour faire des propositions nouvelles à des révolutionnaires encore frileux! Ne pas reconnaître cet héritage, c’est aller dans le sens contraire de l’histoire, c’est rejeter des acquis politiques! Les révolutionnaires n’ont pas à attendre sagement et passivement que dans la lutte des masses émergent spontanément et durablement l’ensemble des formes de luttes que nous avons déjà connues dans l’histoire avant de se permettre de les utiliser! Au contraire, la tâche des révolutionnaires est de propager le maoïsme et d’introduire l’expérience indirecte révolutionnaire au sein des masses et de leurs mouvements. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas attentifs et attentives aux nouvelles propositions qui peuvent encore émerger de la lutte des masses! Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas le devoir, en tant qu’avant-garde, de continuer d’examiner les différentes façons de combattre et de résister du prolétariat! Cela signifie que nous avons le rôle historique de reprendre le fil conducteur du mouvement communiste pour le faire fusionner avec les masses et les nouvelles pratiques qu’elles développent!

La guerre populaire totalise et unifie les formes objectives d’action révolutionnaire

La guerre populaire est l’élément fondamental du maoïsme et sa réalisation est la tâche principale de notre période historique. Toutes les autres questions sont reliées, de près ou de loin, à son déclenchement et à sa progression jusqu’à la prise du pouvoir. C’est la guerre populaire qui totalise le processus révolutionnaire actuel et l’ensemble de la pratique révolutionnaire accumulée à ce jour.

Au Canada, dans l’histoire du mouvement ouvrier, les trois premières formes objectives ont une existence spontanée. Leur émergence, même embryonnaire et confuse dans ses objectifs, nous oblige à les assumer. Par exemple, il y a quelques années au Québec, des prolétaires en grève se sont mis à saboter les câbles appartenant à leur employeur, Vidéotron. Plus récemment, lors de la grève illégale des grutiers, une grue appartenant à un capitaliste de la construction a été incendiée. Que le parti ait prévu ou non les actions des masses qui résistent spontanément au capitalisme, il doit en tenir compte, les défendre et chercher à les diriger. La propagande classique, l’action révolutionnaire des masses et la propagande armée peuvent apparaître spontanément. Par contre, la guerre populaire doit absolument être déclenchée par une avant-garde. C’est une distinction fondamentale. Aucune guerre populaire dans l’histoire n’a été le résultat spontané de la lutte des classes. Elles ont toutes été le produit de l’action révolutionnaire des avant-gardes. Elles sont difficiles à initier, car elles marquent le début de l’affrontement armé, de la montée de la classe ouvrière vers le pouvoir et de l’activité acharnée des exploitéEs pour anéantir leur adversaire. Le déclenchement de la guerre populaire au Canada ne sera pas un évènement secondaire et imperceptible. Pour y parvenir, le parti doit agir conséquemment dans la lutte des classes.

Le rôle du parti est de diriger le déclenchement de la GPP tout en persévérant dans l’action révolutionnaire. Ce n’est pas une tâche insurmontable. C’est un objectif qui ne doit pas terroriser les révolutionnaires. Par contre, sans un parti qui accumule et centralise des forces, ce processus est impossible à initier. Déclencher la guerre populaire exige du parti qu’il assume l’ensemble des moyens pouvant être utilisés subjectivement à son avantage. De la même manière, la préservation des forces révolutionnaires et la pérennisation de l’action révolutionnaire exigent l’initiation d’une guerre contre l’État bourgeois. Le déclenchement de la guerre permet de continuer d’accumuler des forces en combattant l’ennemi à un moment où les forces révolutionnaires sont encore trop faibles pour conquérir immédiatement le pouvoir d’État. La guerre populaire permet à une force politique voulant renverser la bourgeoisie de se développer en affaiblissant son adversaire. Sans assumer la guerre populaire, il est impossible de construire un parti communiste qui ne tombe pas dans l’opportunisme ou qui ne cherche pas à préserver ses forces avec des moyens tolérés par la bourgeoisie.

Assumer ou refuser l’héritage révolutionnaire

Faire la révolution est un processus vivant, complexe, marqué de flux et de reflux, de victoires et de défaites, d’essais et d’erreurs. Nous considérons que la notion de forme objective d’action révolutionnaire est un outil important pour y voir plus clair et pour maîtriser consciemment le processus révolutionnaire. Elle permet, dans une conjoncture concrète, d’évaluer notre pratique, de la nommer et de la soumettre à l’examen de l’histoire. Les formes historiques d’action révolutionnaire ne sont pas un simple vestige du passé. Elles ne sont pas des outils métaphysiques. Elles découlent de la réalité pratique de la révolution et de sa progression. Elles sont constitutives de la réalité actuelle de la lutte des classes. Chacune d’entre elles est liée à une question politique actuelle sur laquelle un parti communiste doit prendre position. Elles représentent une arme redoutable pour les révolutionnaires et un danger pour la bourgeoisie. La prise en charge des différentes formes est une question pratique de séquence et de progression et non pas de volonté subjective. Elle met en rapport la construction du parti et la vitesse avec laquelle il métabolise les différents aspects de la lutte révolutionnaire. Elle permet de solutionner concrètement les problèmes politiques et organisationnels.

La question n’est pas d’accepter ou de refuser une forme ou une autre, car cela reviendrait à accepter ou refuser l’héritage du prolétariat international. La question est de déterminer comment un petit groupe de communistes peut aujourd’hui solutionner dans la pratique l’ensemble des problèmes posés par la prise en charge de toutes les formes objectives d’action révolutionnaire afin de permettre à la classe ouvrière d’entamer une nouvelle montée vers le pouvoir.

L’ALENA UN « DEAL » ENTRE CAPITALISTES

L’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui est entré en vigueur officiellement le 1er janvier 1994 constituait lors de sa mise en œuvre d’une extension au Mexique de l’accord économique qui liait déjà les États-Unis et le Canada depuis 1989. Comme chacun le sait maintenant, l’administration Trump à titre de représentante des intérêts capitalistes américains a imposé à ses partenaires économiques une renégociation de l’entente afin de mieux satisfaire les intérêts impérialistes des États-Unis. De fait, lors de la dernière campagne électorale américaine, Trump a fortement insisté sur l’idée selon laquelle l’entente de libre échange était la principale cause du déficit commercial américain et du déclin du secteur manufacturier des États-Unis au cours des trente dernières années.

RETOUR SUR L’ALENA

Ce qui s’est formé avec l’ALENA est une importante zone de marché de plus de 400 millions de personnes et partageant un produit intérieur brut (PIB) de plusieurs milliers de milliards de dollars. L’intégration des économies des États-Unis, du Canada et du Mexique a ainsi favorisé l’émergence et le développement d’un puissant bloc capitaliste capable de rivaliser avec d’autres importants blocs économiques, notamment le bloc composé par les États membres de l’Union Européenne (ÉU).

Grâce à l’ALENA, les États-Unis sont devenus la plaque tournante des échanges régionaux en Amérique. De fait, les membres de l’ALENA entretiennent entre eux des liens étroits. Plus particulièrement, le Canada et le Mexique occupent une place privilégiée auprès des États-Unis (représentant les deux premiers marchés à l’exportation des États-Unis), si on tient compte de leur poids respectif réel dans l’économie mondiale (i.e. PIB équivalant à 1,3% et 1,9% du PIB mondial en 2016 pour le Canada et le Mexique respectivement). Par ailleurs, les États-Unis, dont le poids dans le PIB mondial atteignait 15,5% en 2016, sont le principal partenaire commercial du Mexique et du Canada. Ces derniers ayant respectivement exporté, en 2016, 81,3% et 76,4% de leurs marchandises aux États-Unis tandis que 46% et 52,2% de leurs importations provenaient respectivement des États-Unis.

Étant donné un tel rapport étroit entre les différentes économies capitalistes, il apparaissait normal que ces dernières cherchent à pérenniser les rapports qu’elles entretiennent les unes avec les autres afin d’assurer le fonctionnement de l’ensemble économique nord américain. Toutefois, il ne faudrait pas oublier que derrière toute entente entre capitalistes se cache toujours et nécessairement l’organisation régionale de la division du travail entre États qui permet de faire perdurer les rapports d’exploitation les plus favorables pour le capitalisme au détriment des prolétaires (et de la paysannerie si on considère le Mexique).

LE RÔLE DES ACCORDS ÉCONOMIQUES SOUS LE CAPITALISME

L’apparition et le développement d’ententes économiques entre États ( mais ayant sans contredit des ramifications au niveau politique, social et au niveau culturel) qui par ailleurs compétitionnent férocement les uns avec les autres sur les marchés s’explique par les exigences d’extension du marché capitaliste et découle principalement de la crise généralisée du capitalisme qui a imposé à l’ensemble des capitalistes l’obligation de mettre en œuvre une politique générale visant à étendre, notamment pour les pays capitalistes les plus puissants (les pays regroupés autour du G20), les diktats du commerce international à l’ensemble de la planète.

Présentées comme des ententes économiques, les ententes comme celle de l’ALENA permettent aux pays impérialistes les plus puissants d’accroître leur rôle hégémonique dans des zones géographiques déterminées qui vont en s’élargissant de plus en plus, notamment en procédant à l’intégration des économies les plus faibles par le biais de la restructuration de ces économies afin de les rendre aptes à servir les intérêts des capitalistes dominants. De fait, profitant de la chute des pays de l’Est, le capitaliste mondiale a pu se perpétuer en ouvrant et en s’accaparant de nouveaux marchés et c’est ainsi qu’on a assisté à une longue période de développement du commerce international qui a permis de solutionner temporairement les graves problèmes qui entravaient alors les économies capitalistes (en particulier la surproduction de capitaux).

Cela dit, loin d’améliorer la situation des travailleurs et travailleuses, l’élargissement du marché capitaliste et les entente qui ont accompagné celui-ci ont surtout profité aux seuls capitalistes. En effet, partout où les ententes sont signées les économies des pays dominés ont été de plus en plus inféodées aux puissances régionales et internationales. Loin d’avoir bénéficier de l’effet de « ruissellement » ( trickle down), les pays les plus pauvres sont demeurés pour l’essentiel au même stade qu’auparavant. Loin de ruisseler vers les masses exploitées, les richesses produites ont de plus en plus été accaparées par les capitalistes les plus puissants.

POURQUOI DONC RENÉGOCIER L’ALENA?

Répondant aux souhaits des capitalistes de faire croître le commerce, le volume des échanges a dans les faits globalement augmenté avec l’ALENA. Toutefois, il en a résulté un déficit croissant des États-Unis vis-à-vis de ses « partenaires » économiques. En effet, il s’est avéré que les faibles les coûts de production, en particulier aux Mexique, ont poussé les capitalistes américains à déplacer une partie de leur production . Si on ajoute la faiblesse des devises de ces pays face à la devise américaine il en a résulté un débalancement dans les échanges.

Cela dit, d’autres raisons peuvent permettre d’expliquer l’insistance de l’administration américaine à renégocier l’ALENA. En effet, bien qu’il demeure vrai que l’impérialisme américain soit la principale puissance impérialiste dans le monde, il n’en demeure pas moins que cette puissance traverse une longue période de déclin manifeste. Or, avec la crise de longue durée qui s’est installée dans le monde capitaliste, l’impérialisme américain est placé devant l’obligation de devoir à tout prix à reconquérir le terrain perdu au niveau de l’économie mondiale (en particulier vis-à-vis la Chine) s’il veut éviter que les contradictions internes aux États-Unis continuent de ce développer. En effet, ce qui menace à terme l’intégrité du capitalisme américain, s’il ne réussit pas à redevenir une puissance hégémonique, c’est la menace que fait peser sur lui le développement de la lutte des classes aux États-Unis. De fait, les écarts entre riches et pauvres aux États-Unis accroissent et accélèrent le développement des contradictions qui traversent la société américaine. La stratégie américaine est donc de chercher à récupérer une partie de la production qui avait été délocalisée pour la rapatrier vers les États-Unis. C’est donc dans ce cadre que ce sont déroulées négociations pour mettre à jour l’entente de l’ALENA. De fait, le Bureau du représentant américain au commerce publiait en juillet 2017 les objectifs généraux de l’administration américaine en la matière. Dans ce rapport, les États-Unis réaffirmaient notamment leur volonté de réduire leur déficit à l’intérieur de l’entente.

Étant donné la forte intégration économique du Canada aux États-Unis et de la dépendance de son économie aux exportations vers le voisin du sud, il était prévisible que le gouvernement libéral de Justin Trudeau cherche à tout prix à maintenir l’entente de l’ALENA. Par ailleurs, considérant le poids que représentent les exportations vers les États-Unis pour le capitalisme canadien cela explique pourquoi Trudeau et ses principaux ministres se font les chantres du libre-échange partout dans le monde. En effet, il s’agit pour le capitalisme canadien de déborder les limites imposées par le capitalisme américain en affirmant les intérêts des capitalistes canadiens partout dans le monde.

Considérant que l’économie du Canada est tributaire du commerce international pour un pourcentage non négligeable de son PIB, il est jusqu’à un certain point normal que pour maintenir son statut de puissance impérialiste le Canada doive réussir à maintenir et développer ce secteur. Or, pendant la renégociation de l’ALENA le gouvernement libéral, à titre de conseil d’administration des capitalistes au Canada, a été placé devant l’obligation d’arbitrer entre les revendications de deux puissant lobbies que sont le lobby de l’industrie de l’auto (principalement situé en Ontario) et celui des produits laitiers (principalement situé au Québec). Or, étant donné l’importance du secteur de l’automobile au niveau des exportations dans l’économie canadienne et étant donné que sans entente, la production dans ce secteur diminuerait et que le Canada serait particulièrement affecté (diminution de 24%) en raison de sa position privilégiée dans la chaîne de production automobile, il était prévisible que le gouvernement libéral cherche avant tout à préserver ce secteur au détriment de celui de l’industrie laitière. De fait, le Canada n’est pas un grand exportateur de produits laitiers. En effet, sa production de lait et de produits laitiers est destinée principalement aux marchés intérieurs.Par ailleurs, il ne faudrait surtout pas perdre de vue que derrière l’image des petites fermes familiales que cherche à promouvoir l’industrie laitière se cachent de puissants monopoles (Saputo, Agropur, Parmalat, etc.) qui organisent et contrôlent l’industrie en son entier (environ 6 000 fermes laitières au Québec — près de 55 % de la production de lait au pays — la transformation des produits laitiers emploie près de 42 000 personnes dans la province). Soulignons tout de même que bien que la nouvelle mouture de l’ALENA porte atteinte à la gestion de l’offre, il n’en demeure pas moins qu’Ottawa a déjà annoncé qu’il y aura des compensations financières importantes pour les producteurs laitiers.

ENTENTES ENTRE CAPITALISTES CONTRE LES PEUPLES

Souvent présentées comme des instruments de progrès pour les États et les peuples, les ententes capitalistes débouchent rarement sur des améliorations substantielles pour la majorité des travailleurs et travailleuses. La raison pour laquelle l’ALENA et autres ententes économiques produisent toujours des résultats décevants pour les prolétaires et paysanEs est simple: ces ententes visent toujours à consolider avant tout les entreprises et monopoles capitalistes. Autrement dit, ces ententes visent avant tout à faire fructifier le capital et non pas améliorer les conditions de vies des personnes et par conséquent toute consolidation du capitalisme se fera toujours au détriment des travailleurs et travailleuses qui produisent les richesses.

Par exemple, selon une étude de l’Institut de politique économique, l’ALENA a fait disparaître près de 700 000 emplois américains, dont beaucoup dans les manufactures de « la ceinture de la rouille » où sont situés les trois États clés — Wisconsin, Michigan et Pennsylvanie qui ont favorisé l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.(Le Devoir, novembre 2017).

Au Mexique l’entente de libre-échange a surtout signifié la destruction de l’agriculture traditionnelle et l’augmentation de la pauvreté. De plus, l’orientation de la production agricole vers l’exportation plutôt que vers la satisfaction des besoins alimentaires de la population locale dans les trois pays membres de l’ALENA a favorisé la concentration de la production entre les mains des multinationales, ce qui a en retour favorisé la transformation de la structure agricole, notamment par l’augmentation de la monoculture et de la culture à haute intensité (par exemple le maïs au Québec) amenant ultimement à une baisse constante du revenu des petits et moyens producteurs. L’ALENA a aussi découragé la diversification de l’économie mexicaine dans d’autres secteurs, dans la mesure où il n’y a quasiment aucune valeur ajoutée dans l’assemblage en usine de pièces détachées largement fabriquées aux États-Unis et au Canada et rarement au Mexique.

Comme l’indiquait un article de la presse bourgeoise, « La chute des barrières commerciales a placé les agriculteurs mexicains en situation de faiblesse face aux grands producteurs américains, qui bénéficient d’importantes subventions. Les petits cultivateurs de maïs, la base de l’alimentation, sont marginalisés. Le pays en importe 10 millions de tonnes par an, 50 fois plus qu’en 1993 » (La Presse Édition du 21 décembre 2013).

De fait, bien qu’ayant multiplié par cinq son commerce avec les États-Unis et le Canada, il n’en demeure pas moins que la situation socio-économique du Mexique ne s’est pas améliorée. En effet, le taux de chômage est demeuré; les salaires ont stagné au plus bas tandis que 52 % de la population vit dans la pauvreté, ce qui explique que perdure le phénomène de l’émigration vers le nord.

Au Canada le secteur manufacturier a été grandement touché par la délocalisation de la production forçant le Canada à s’installer dans le rôle de fournisseur de ressources naturelles. Cela dit, au Canada comme ailleurs, les effets les plus négatifs de l’ALENA sur les travailleurs et travailleuses découlent des avantages octroyés aux entreprises multinationales, plus particulièrement les protections accordées aux entreprises capitalistes. Cette protection augmente la mobilité des capitaux en réduisant les risques pour les investisseurs. Ainsi à l’échelle tri-nationale (Canada-États-Unis-Mexique) on a assisté à un fléchissement des salaires et accroissement des écarts de revenus.

POUR L’UNITÉ PROLÉTARIENNE ET PAYSANNE

Le prolétariat ne peut se permettre de demeurer passif et laisser les capitalistes se partager librement le monde. Combattre le capitalisme s’est aussi s’opposer aux accords entre capitalistes qui permettent à ces derniers d’exploiter de plus en plus le prolétariat mondial. Toutefois, cette opposition doit être vivante et par conséquent ne pas se cantonner dans le seul débat des idées mais être accompagnée par des actions qui mettent en lumière le caractère international du prolétariat et des ses aspirations à un monde plus juste.

Le prolétariat doit d’abord chercher à développer de plus en plus l’internationalisme prolétarien notamment en favorisant l’émergence et le développement tant théorique que pratique d’initiatives et d’actions à l’échelle internationale contre les capitalistes. De fait, la lutte généralisée contre le capitalisme, ici comme ailleurs, peut importe que cette lutte soit encore au niveau embryonnaire où qu’elle ait pris une forme plus achevée (par exemple les guerres populaires menées en Inde et aux Philippines) contribue objectivement à renforcer la solidarité internationale entre travailleurs et travailleuses tandis que les avancés accomplies par la révolution permet d’envisager la possibilité de dépasser le système capitaliste exploiteur et envisager la mise en place d’un monde juste, débarrassé de l’exploitation, ayant adopté le communisme comme seul horizon politique en mesure d’assurer le plein développement harmonieux des individus, des sociétés et de l’environnement. Ce que doivent opposer les prolétaires aux ententes capitalistes ce sont 1) l’internationalisme prolétarien; 2) le partage des expériences révolutionnaires des prolétaires et peuples exploités et 3) l’adoption de mots d’ordre d’action révolutionnaires englobant de plus en plus de travailleurs et travailleuses!

Ébranlons l’unité du monde capitaliste!

Développons l’unité prolétarienne!

Abolissons le capitalisme !

Source: https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2018/10/21/lalena-un-deal-entre-capitalistes/

Sur la situation en Catalogne

 

Que se passe-t-il en Catalogne ? Cette nation présente sur plusieurs territoires de culture catalane (Valence, Baléares, Andorre,…), située principalement dans l’Etat espagnol, et en partie dans l’Etat français, a une situation politique qui évolue rapidement : une crise politique sans précédent s’est déclarée. Le gouvernement de la Generalitat (l’organisation politique détenant les pouvoirs exécutifs et législatifs régionaux de cette « communauté autonome », intégré il y a plusieurs siècles dans l’Etat espagnol) a promis depuis 2015 d’avancer vers la voie de l’indépendance. Pour cela, la Generalitat a convoqué un référendum pour le 1er octobre 2017.

Le gouvernement espagnol conservateur de Mariano Rajoy (dirigeant du Partido Popular, représentant la droite issue du franquisme) semble prêt à utiliser tous les moyens à sa disposition pour empêcher la tenue du référendum, que la Cour constitutionnelle a jugé illégal. Il faut rappeler que la police a quand même mené des perquisitions au siège du gouvernement régional catalan et a saisi les 19 et 20 septembre près de 10 millions de bulletins de vote, que 14 hauts responsables du gouvernement régional ont été arrêtés et le 21 septembre, que la justice a cité à comparaître plus de 700 maires catalans, que des entreprises privées ayant contribué à la propagande indépendantiste ont été perquisitionnées, que la Cour constitutionnelle a annoncé infliger des amendes de 6000 à 12 000€ tous les jours à 24 organisateurs du référendum jusqu’à ce qu’ils se plient aux résolutions de la « Justice ». 60 sites faisant la promotion du référendum ont été fermés, la campagne électorale est illégale et donc le collage d’affiches pour l’indépendance se fait dans l’illégalité, et Madrid a mis sous tutelle les finances de la région pour empêcher les financement illégaux.

La constitution considère en effet que l’Espagne est une et indivisible : malgré l’existence de différentes nations en son sein (Catalogne, Pays Basque, mais également Asturies, Galice, Andalousie…), l’héritage de l’empire et du franquisme reste profondément marqué dans l’organisation de l’Etat. La bourgeoisie continue de célébrer le « jour de l’hispanité », et le principal parti de droite, le PP, est l’héritier directe de la bureaucratie franquiste. Mais dans les faits, la bourgeoisie espagnole est une classe écartelée entre son caractère impérialiste et la réalité d’une centralisation incomplète. Si le pays s’est construit sur l’or provenu de la colonisation de l’Amérique latine, il a connu un important retard industriel par la suite. De plus l’Espagne n’a pas achevé son processus de centralisation comme l’a fait la France, qui a écrasé ses minorités nationales bien plus efficacement avec la diffusion d’une idéologie républicaine jacobine. Seuls quelques régions du nord de l’Espagne ont véritablement connu la révolution industrielle au XIXème siècle comme le Pays Basque (Euskal Herria), la Catalogne (Catalunya), ou encore la Galice.

Ces contradictions ont engendré une grande misère dans les campagnes, des inégalités économiques criantes, des revendications nationales centrifuges, et une instabilité politique profonde. La bourgeoisie dans sa majorité est très liée à l’église catholique, elle méprise ouvertement le peuple et ne cherche pas de vernis progressiste. Face à cela, le mouvement ouvrier s’est développé principalement sur une base anarcho-syndicaliste et anarchiste. Les contradictions de la société espagnole ont notamment été à l’origine du soulèvement réactionnaire puis de la guerre civile de 1936-1939, qui ont aussi vu l’intervention des puissances fascistes, du Mexique et de l’URSS. Basques et Catalans se sont mobilisés aux côtés de la troisième république, espérant obtenir l’indépendance nationale, ou au moins un statut et des libertés publiques.

La défaite de la République a fait taire temporairement les aspirations nationales. Le mouvement anarcho-syndicaliste et anarchiste a été balayé, les communistes ont été plongés dans la clandestinité, et la bourgeoisie a durement écrasé le prolétariat. La transition démocratique entamée après la mort de Franco en 1975 n’a fait que repeindre la façade du vieil état autoritaire et nationaliste : malgré la forme parlementaire de l’état, l’Espagne a un ensemble de lois parmi les plus répressives d’Europe. La torture des militantes et militants révolutionnaires et indépendantistes est courante, et il n’est toujours pas possible de critiquer ouvertement la monarchie.

Mais revenons à la situation actuelle. Qui mène le mouvement indépendantiste en Catalogne ? La direction du mouvement est clairement dans les mains de la bourgeoisie catalane. En termes de classes, une partie du prolétariat, de la bourgeoisie, et la majorité de la petite-bourgeoisie sont de culture catalane. Au contraire « les très riches et les très pauvres sont espagnols » : la grande bourgeoisie, tout comme les prolétaires les plus précaires venus tenter leur chance à Barcelone et dans les zones industrielles, sont plus proches de la culture espagnole.

La dernière Diada, la fête nationale transformée en manifestation pour l’indépendance, a réuni un million de personnes. Depuis une décennie, le développement économique rapide de la Catalogne pousse la petite et la moyenne bourgeoisie catalane à appuyer ouvertement le mouvement indépendantiste. Pour simplifier, disons cela ainsi : pour les bourgeois, il est plus avantageux de garder l’intégralité des impôts au niveau de la Catalogne que de les reverser à Madrid. La Catalogne représente tout de même 20% du PIB de l’Espagne, 30% de ses exportations et 50% de l’activité à forte valeur ajoutée ! Il y a une idée réactionnaire comme quoi « les Catalans » n’ont pas à se sacrifier pour le reste de la population en Espagne. Le mouvement catalan est-il cependant à rejeter dans son ensemble ? Non. Il s’agit d’une lutte nationale portant une caractéristique progressiste (l’indépendance vis-à-vis d’un Etat impérialiste). Mais cette lutte n’est pas révolutionnaire. L’oppression nationale vise le peuple, mais aussi la nation tout entière.

Pour les révolutionnaires de l’Etat français, la situation doit être suivie de prêt. Elle est potentiellement explosive en Espagne, et pourrait avoir des conséquences très importantes au niveau européen, entraînant un effet domino au Pays Basque et ailleurs, par exemple en Ecosse et en Irlande du Nord. Il est clair que Madrid n’envisageait pas que la situation s’envenime à ce point. Pour les conservateurs, il s’agissait d’un simple marchandage économique avec la bourgeoisie catalane, qui faisait son spectacle pour peser dans la balance et mobiliser sa base électorale.

Mais les bourgeois espagnols, qu’ils soient conservateurs ou socialistes, ont négligé un facteur : poussée par sa base, déçue des reculs subis par la Generalitat face aux conservateurs, la bourgeoisie catalane est allée plus loin que prévu. Elle peut encore renoncer au projet indépendantiste et s’en tirer à bon compte, en faisant ce que les politiciens bourgeois savent faire le mieux, c’est à dire en jouant la comédie. Ils peuvent prétexter que les menaces (un général espagnol avait laissé entendre qu’il défendrait l’ordre constitutionnel « par tous les moyens ») et la répression les empêchent de tenir le référendum, notamment la saisie des bulletins et des convocations, la fermeture des sites internet, les procès et la mise sous tutelle des finances de la Generalitat.
Mais Madrid joue un jeu très dangereux. La désobéissance civile est massive en Catalogne, il y a eu de grandes manifestations d’étudiants ces derniers jours, de nombreuses écoles sont occupées et des syndicats ont déposé un préavis de grève générale à compter du 1er octobre au cas où le référendum serait empêché. Si les forces de police locales, les Mossos, obéissent encore à Madrid, l’administration désobéit ouvertement. Les perquisitions de bâtiments publics ont choqué l’opinion. Et les procès des dirigeants catalans peut pousser les masses à tenter le tout pour le tout. Nous voici donc face à une situation de quitte ou double : ou bien le gouvernement écrase temporairement le mouvement indépendantiste, ou bien il le radicalise, et perd ses moyens face à la pression populaire.

Quoi qu’il en soit, les prochaines semaines seront déterminantes. Notre Parti se positionne donc ainsi :

Nous reconnaissons la définition d’une nation comme une communauté humaine, stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et formation psychique qui se traduit dans une communauté de culture.

L’Etat espagnol a usé et use de la force contre la nation catalane pour l’empêcher de faire sécession. Nous soutenons le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Si la nation catalane juge bon de faire sécession et donc de créer un Etat indépendant, c’est qu’elle se se sent opprimée par l’Etat espagnol. Nous devons soutenir son droit à l’autodétermination.

Le Camarade Lénine nous enseigne que « le principe de la nationalité est historiquement inéluctable dans la société bourgeoise, et compte tenu de cette société, le marxiste reconnaît pleinement la légitimité historique des mouvements nationaux. Mais pour que cette reconnaissance ne tourne pas à l’apologie du nationalisme, elle doit se borner très strictement à ce qu’il y a de progressiste dans ces mouvements, afin que cette reconnaissance ne conduise pas à obscurcir la conscience prolétarienne par l’idéologie bourgeoise. » (Notes critiques sur la question nationale, 1913)

Le nationalisme bourgeois de toute nation opprimée possède un contenu démocratique qui est dirigé contre l’oppression, c’est celui-là que nous soutenons. En revanche nous ne soutenons pas le contenu qui vise à renforcer le nationalisme et les privilèges de la bourgeoisie nationale et qui casse la conscience de classe du prolétariat en effaçant les distinctions de classes entre bourgeois, petits-bourgeois et prolétaires.

« Sous prétexte que ses demandes sont « pratiques », la bourgeoisie des nations opprimées va appeler le prolétariat à soutenir ses aspirations sans condition… Le prolétariat est opposé à une telle pratique. Tout en reconnaissant l’égalité des droits à un Etat national, il valorise surtout et avant tout l’alliance des prolétaires de tous les pays, et évalue toute demande nationale, toute séparation nationale, sous l’angle de la lutte de classe des travailleurs. Pour les travailleurs, la chose importante est de distinguer les principes des deux tendances. Dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée combat l’oppresseur, nous sommes toujours, dans tous les cas, et plus fortement que quiconque en sa faveur, car nous sommes les ennemis les plus constants et les plus fervents de l’oppression. Mais dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée est favorable à son propre nationalisme bourgeois nous somme contre. » (Lénine, cité par Ibrahim Kaypakkaya dans La Question Nationale en Turquie, 1971)

Nous soutenons donc le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Et nous soutenons l’unité du prolétariat catalan et espagnol contre les intérêts de la bourgeoisie et des propriétaires.

 

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/sur-la-situation-en-catalogne/

Le président américain promet «le fer et le feu» à l’ONU pendant que Trudeau se pose en grand espoir blanc du monde

Des questions importantes de guerre et de paix

 

Le débat général de la 72e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York a débuté cette semaine, le 19 septembre, et se poursuit jusqu’au 25 septembre. Les chefs d’État et de gouvernement ou leurs représentants s’adressent aux Nations unies pour énoncer les priorités qu’ils se fixent pour eux-mêmes, pour le monde et pour l’ONU.

À la toute première journée, le monde a eu droit à une manifestation de la crise profonde dans laquelle s’enlisent les États-Unis avec la prestation du président Donald Trump. Son discours hargneux dans lequel il promet d’utiliser le fer et le feu contre tous les non-croyants en la démocratie américaine montre à quel point les États-Unis désespèrent de ne pouvoir ordonner au monde de régler leur crise économique et multilatérale. Plus ils proclament qu’ils sont la nation indispensable, plus le reste du monde prend conscience de la nécessité de ne pas être marginalisé.

Bien que les États-Unis et l’échec de leur démocratie soient coupables de l’anarchie et de la violence dans le monde aujourd’hui, Trump a dit que la menace à laquelle le monde fait face est que « les pouvoirs autoritaires cherchent à faire effondrer les valeurs, les systèmes et les alliances qui ont empêché les conflits et ont promu la liberté depuis la Deuxième Guerre mondiale. »

Faisant fi de l’échec des institutions américaines à résoudre les contradictions au sein des cercles dirigeants ou quelque problème que ce soit dans le monde, Trump cite la Constitution des États-Unis comme un document intemporel et universel qui s’étend au monde entier. « Nous célébrons le 230e anniversaire de notre constitution bien-aimée, la plus ancienne constitution encore utilisée dans le monde d’aujourd’hui, a dit Donald Trump. Ce document intemporel a été le fondement de la paix, de la prospérité et de la liberté pour les Américains et pour d’innombrables millions de personnes dans le monde dont les pays ont trouvé l’inspiration dans son respect de la nature humaine, de la dignité humaine et de la règle de droit. »

« En Amérique, affirme-t-il, le peuple gouverne, le peuple est au pouvoir et le peuple est souverain. J’ai été élu non pas pour prendre le pouvoir, mais pour donner le pouvoir au peuple américain à qui il appartient. »

Donald Trump propose une conception irrationnelle de la souveraineté dans laquelle les États-Unis ont le droit souverain de décider de ce qui est dans leur meilleur intérêt et dans le meilleur intérêt du monde :

« Nous devons remplir nos devoirs souverains envers les personnes que nous représentons fidèlement. Nous devons protéger nos nations, leurs intérêts et leur avenir. Nous devons rejeter les menaces à la souveraineté depuis l’Ukraine jusqu’à la mer du sud de la Chine. Nous devons respecter la loi, respecter les frontières et respecter la culture, et l’engagement pacifique que cela permet. »

Puis il a directement menacé le peuple coréen : « Les États-Unis ont une grande force et une grande patience, mais si nous sommes forcés de nous défendre ou de défendre nos alliés, nous n’aurons d’autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord. […] Les États-Unis sont prêts, disposés et capables, mais j’espère que cela ne sera pas nécessaire. C’est la raison d’être de l’ONU. C’est à cela que les Nations unies servent. Voyons ce que l’ONU va faire. »

Puis il a attaqué l’Iran et menacé d’annuler l’accord négocié en 2015 entre l’Iran, tous les membres du Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Union européenne qui limite le programme d’énergie nucléaire de l’Iran à des fins pacifiques en échange de l’abandon des sanctions. « Nous ne pouvons pas laisser un régime meurtrier continuer ces activités déstabilisantes tout en construisant des missiles dangereux et nous ne pouvons pas respecter un accord s’il contribue à la construction éventuelle d’un programme nucléaire. L’accord de l’Iran est l’une des transactions les pires et les plus unilatérales auxquelles les États-Unis aient jamais participé. Franchement, cet accord est embarrassant pour les États-Unis, et je ne pense pas que vous ayez entendu le dernier mot à ce sujet. Croyez-moi. »

Donald Trump a ensuite menacé de soumettre le monde entier à la guerre de terreur des États-Unis : « Désormais, ce sont nos intérêts de sécurité qui dicteront la longueur et la portée de l’opération militaire, et non pas les repères arbitraires et échéances fixés par des politiciens. J’ai également changé complètement les règles d’engagement dans notre lutte contre les talibans et d’autres groupes terroristes. »

« L’Amérique se tient avec toutes les personnes vivant dans un régime brutal. Notre respect de la souveraineté est également un appel à l’action. Toutes les personnes méritent un gouvernement qui s’occupe de leur sécurité, de leurs intérêts et de leur bien-être, y compris de leur prospérité. »

 

Pour sa part, le gouvernement du Canada s’est servi de son intervention à l’Assemblée générale de l’ONU pour présenter une image d’un premier ministre Justin Trudeau comme le grand espoir blanc qui promet de réussir là où ceux qui promettent le fer et le feu échouent.

La peur, voire la terreur que cherche à provoquer le président américain avec ses propos sur le fer et le feu ne doit pas détourner l’attention du fait que la version plus douce et plus gentille offerte par le grand espoir blanc sert les mêmes intérêts privés que les deux pays représentent.

Le premier ministre Justin Trudeau est resté silencieux au sujet de la menace de Trump de « détruire totalement » la République populaire démocratique de Corée et s’est joint à lui pour blâmer la RPDC en disant en conférence de presse : « Je partage les préoccupations de tous sur le comportement imprudent du régime nord-coréen et je continue de croire que la meilleure façon de calmer la situation est de travailler avec nos partenaires et alliés dans la région et dans le monde. » Ainsi, pour lui il est préférable de menacer la RPDC avec les alliés et partenaires plutôt que de laisser les États-Unis le faire seuls.

Pour montrer le sens de ses propos, il a aussi ouvert la porte à l’adhésion officielle du Canada au bouclier antimissile des États-Unis, qui fait partie de l’arsenal américain de frappe préventive contre d’autres pays. « Nous continuons d’examiner la situation, a-t-il dit. Notre position n’a pas changé sur le bouclier pour l’instant, mais nous continuons d’examiner les choses et de nous assurer que nous faisons tout ce que nous pouvons et devons faire pour protéger la sécurité des Canadiens. »

Lors d’un gala qui a eu lieu avant le débat général sur un porte-avion désaffecté, durant lequel il a reçu le prix Global Citizen Awards 2017 du Conseil atlantique de l’OTAN, Justin Trudeau a livré un discours que le Conseil décrit comme « un cri de ralliement pour sauver l’ordre mondial ». En fait, il a tenu des propos presque identiques à ceux tenus par Donald Trump le même jour.

« Les alliances qui ont soutenu la sécurité et la prospérité mondiales depuis 1945 sont mises à l’épreuve et l’urgence des défis que nous avons en commun — changements climatiques et sécheresse, inégalité du revenu, extrémisme violent, guerre civile et migrations massives qui en résultent — continuent de grandir », a-t-il ajouté avant de poursuivre :

« Partout dans le monde, l’ordre international établi depuis longtemps est mis à l’épreuve. Avec l’annexion illégale de la Crimée par la Russie et l’empiètement en Ukraine, nous avons été témoins de la première prise de territoire en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.

« Ce n’est pas le temps de se désister. C’est le temps où les démocraties atlantiques doivent renouveler notre engagement envers des standards universels de droits et libertés, imposés par un ordre multilatéral basé sur des règles qui ont favorisé la paix et la stabilité et qui ont passé l’épreuve du temps. »

Cet ordre multilatéral basé sur des règles et imposé par l’ONU, l’OTAN, NORAD et l’Organisation mondiale du commerce comprend « le pouvoir doux et le pouvoir dur » et c’est pourquoi, dit-il, le Canada augmente de façon significative ses dépenses pour la défense.

Tout en faisant écho aux menaces de Trump contre le peuple coréen, Trudeau lance un appel hypocrite à « combattre les fléaux du racisme, du sexisme, de l’homophobie, de la transphobie, du fanatisme ethnique et religieux, du néofascisme, du néonazisme et de l’extrémisme violent de Daesh auxquels nous sommes confrontés en 2017 ».

« Nous ne devons pas hésiter. Il serait inadmissible de faire un seul pas en arrière dans la défense des standards de décence de la sororité et de la fraternité de la famille humaine sortie victorieuse des luttes les plus douloureuses du derniersiècle », a dit Trudeau.

L’ONU est devenue une instance désuète qui n’est plus capable de défendre la primauté du droit international adoptée durant l’après-Deuxième Guerre mondiale. La domination du monde par les pouvoirs policiers aux mains d’oligopoles et d’intérêts privés qui ne s’arrêteront devant rien pour s’enrichir signifie qu’il faut un nouvel équilibre du pouvoir capable de mettre les forces destructives en échec. Il est illusoire de croire que cet équilibre est possible dans le contexte du système impérialiste d’États. Il doit être créé par une humanité unie dans l’action à la défense de ses propres intérêts.

 

Le temps d’agir est maintenant !
Faisons du Canada une zone pour la paix !
Défendons les droits qui appartiennent à tous du fait d’être humains !
Une humanité, une lutte !

 

Source: http://cpcml.ca/francais/Lmlq2017/Q47038.HTM#1

France : L’oligarchie industrielle et financière a choisit un gouvernement d’extrême droite !

Nous partageons, avec nos lecteurTRICEs, cette analyse de référence de nos collègues-camarades du PCRF, membre du mouvement de la Reconstruction communiste, simplement pour votre information. 

Une nouvelle étape de la domination politique du capital monopoliste (Extrait du rapport du secrétaire général du PCRF au Comité central du 26 juin 2017)

(…) La crise politique est la manifestation, au niveau de la superstructure, de la crise générale du mode de production capitaliste sur fond de crise économique de long terme, marquée par la tendance à la surproduction et les difficultés de l’accumulation ; et le fait que les phases aiguës sont de plus en plus rapprochées et surtout qu’il n’y a pas de « période de rémission » : la reprise, annoncée tous les trois quatre matins, n’est pas au rendez-vous.

La croissance est atone, et pour ne prendre qu’un exemple, les différents gouvernements bourgeois, qui truquent le nombre de chômeurs en permanence, en sont, dans des pays où le chômage touche des millions de personnes, à se congratuler quand il y a quelques milliers de chômeurs en moins !

(…) Tout indique que nous entrons dans un cadre politique nouveau. Il y aura un avant et un après l’élection d’Emmanuel Macron.

Ce cadre politique nouveau, les conditions dans lesquelles il se construit, doit être analysé avec soin, car s’il est le produit de la lutte des classes, il va bien évidemment en retour impacter la lutte des classes. Dans un contexte marqué par l’absence d’un parti communiste capable de conduire la classe ouvrière pour se défendre, pour préparer une contre-offensive préparant les conditions pour l’affrontement révolutionnaire.

Cinq années de gouvernement socialiste sous la houlette de Hollande ont approfondi le mécontentement profond

des masses populaires, de la classe ouvrière et au-delà, des couches moyennes et de la petite bourgeoisie. Ce

mécontentement remonte à l’époque mitterrandienne et les espoirs déçus que son élection et la participation du

PCF au gouvernement avaient nourris. On peut dire qu’en 2002, la crise politique éclate au grand jour, et qu’à partir

de ce moment-là, on assiste à la montée de l’abstention et du vote blanc (on ne distinguera pas les nuls),

parallèlement au recul permanent du PCF, dont la politique de trahison de classe de ses dirigeants est perçue par

les masses. C’est l’époque des grandes attaques contre la classe ouvrière et les conquêtes sociales, qui provoquent

des mouvements de riposte massifs, mais qui ne trouvent pas de débouchés, de par l’attitude de la direction de la

CGT qui s’aligne sur la CFDT.

De 2002 à 2012, le parti représentant la bourgeoisie est aux commandes, mais il est

obligé de tenir compte du mécontentement et ne va pas jusqu’au bout des contre-réformes réclamées par la

bourgeoisie, tandis que dans les départements et les régions, le PS domine, en appliquant une politique qui cadre

tout à fait avec celle du gouvernement. Se répand l’idée qu’en fait, c’est Bruxelles qui décide et non la bourgeoisie

française qui s’appuie sur Bruxelles pour faire passer sa politique, et qu’en politique, il n’y a pas de changement

possible, si ce n’est à la marge sur des problèmes sociétaux, où droite et gauche, ce n’est pas important. Ce qui ne

veut pas dire que pour nous, ces notions sont absolues et qu’elles ont un contenu fondamental !

Toujours est-il que le référendum de 2005 sur l’UE va traduire ce mécontentement. On a un taux de participation active très

haut et le non l’emporte largement. Mais le Traité de Lisbonne, en annulant purement et simplement le vote populaire, va

renforcer la méfiance pour les partis politiques en place. L’élection de Hollande en 2012 s’est faite dans l’ambiguïté : d’un côté

un rejet de Sarkozy, et de l’autre une méfiance vis-à-vis du PS sans illusions. Notons que les directions réformistes de la CGT

et du PCF vont, quant à elles, tenir un discours capitulard : elles vont cultiver l’idéeque Hollande n’applique pas son

programme, qu’il reculerait. C’est tout bonnement faux. Derrière les mots, le programme de Hollande était clair, c’est celui

qu’il a appliqué. Les élections intermédiaires ont montré la

désaffection de l’électorat et en particulier des travailleurs, des chômeurs, de la jeunesse. La politique mise en

place a accentué le mécontentement sans que cela débouche sur des mouvements d’ensemble par manque de

direction, la CGT rentrant dans une grave crise de direction (en réalité d’orientation).

De graves réformes ont été

adoptées avec le soutien de la CFDT : ANI, lois Macron 1 & 2, mise en place de l’état d’urgence reconduit et

aggravé, loi sur le renseignement, mais aussi réforme des collèges et des rythmes scolaires, attaques contre la

fonction publique… Quand est venue la loi El Khomri contre le Droit du Travail, la coupe était pleine et la colère

s’est exprimée : le Congrès de la CGT, sans rien changer sur le fond (il faut en avoir conscience), a cependant été

marqué par une volonté de renouveau du syndicalisme de classe dans les sections d’entreprises et les

organisations. L’alliance avec la CFDT a été conspuée. Dans les conditions de l’état d’urgence et des provocations

policières, d’une direction confédérale divisée et peu encline à prendre en main la mobilisation d’un mouvement

puissant et conquérant, la lutte contre la loi El Khomri a marqué la vie politique et renforcé l’expression du

syndicalisme de classe dans la CGT.

Des organisations de la CGT demandent aujourd’hui le retrait de la CES, le

retour à la FSM. Mais en même temps, la direction de la CGT n’a pas été en capacité, de par son orientation, de

reprendre la lutte en septembre et d’organiser les travailleurs. Cette situation continue, les directions réformistes

mènent le jeu, et la bataille va être difficile en l’absence d’un Parti Communiste d’avant-garde de la classe ouvrière.

Mais en même temps, le cadre politique dans lequel les forces sociales en présence qui s’affrontent s’organisent,

ne les représentait plus : la recomposition politique était à l’ordre du jour et sous le contrôle complet de la

bourgeoisie dans l’ensemble. Du côté des forces populaires, le PCF, tiraillé entre l’expression de la colère et sa

volonté de s’accrocher au PS pour conserver quelques sièges, s’est vite retrouvé hors jeu, et c’est Mélenchon qui

s’est imposé dans la recomposition, avec la volonté d’en finir avec un PCF largement exsangue de militants, qui ne

représente plus la classe ouvrière.

Si l’on se rappelle, avant notre rupture avec les camarades du PR-C, nous avions mis en garde contre le fait de

croire que les élections étaient réglées, et souligné que Macron avait tous les atouts pour être le candidat de la

bourgeoisie, justement dans le cadre de la recomposition.

Les élections « primaires » à droite ont laissé voir de profondes divisions, mais la surprise fut la victoire de Fillon,

quand la bourgeoisie dans son ensemble préférait Juppé. En fait, l’électorat de droite lui aussi avait besoin de s’y

retrouver et le programme économique et social de Fillon de ce point de vue le satisfaisait. Mais il avait une

faiblesse : la destruction de la Sécurité sociale, si elle emportait le soutien de la bourgeoisie des Assurances (AXA),

ne ralliait pas la bourgeoisie de l’industrie pharmaceutique et du matériel médical, pour laquelle la Sécu est une

source de financement public extraordinaire. Derrière, il y avait aussi un problème de choix d’orientation qui nous

ramène à ce que nous avons dit sur le contexte international et les divisions dans les forces bourgeoises : en gros,

Fillon incarnait une politique plus prudente vis-à-vis de l’UE, fondée sur le statu quo au plan institutionnel, une

pause dans l’élargissement, une plus grande autonomie vis-à-vis de la Commission. Sur la Russie, il avait évoqué la

levée des sanctions, la nécessité du dialogue, et sur la Syrie, il avait des positions moins bellicistes. Sur le Proche-

Orient, d’autre part, il penchait visiblement pour l’Arabie Saoudite. Sur les États-Unis, il ne cachait pas ses

sympathies pour Trump. Par contre, Juppé sur ces questions était dans la continuité avec Hollande, sur l’UE comme

sur la Syrie et la Russie, ou sur les excellentes relations avec la Qatar. Et sur les questions sociales, Juppé s’inscrivait

aussi dans une certaine continuité : s’attaquer à la classe ouvrière, oui, mais prendre son temps, tenir compte du

mécontentement. Au moment de Noël, Fillon apparaît comme le futur Président, d’autant qu’il a rallié les autres

courants anti-Juppé.

Mais visiblement la bourgeoisie avait fait un autre choix : celui de la recomposition pour une politique violemment

anti-ouvrière et anti-populaire (de ce point de vue, c’est le programme de Fillon légèrement remanié), s’inscrivant

pleinement dans les choix pro-UE de la majorité de la bourgeoise française, capable « de rattraper le retard de la

France » sur les réformes qui ont déjà eu lieu dans les pays du nord de l’Europe et en Grande Bretagne, mais aussi

en Grèce, en Espagne et en Italie. Une politique agressive au plan militaire face à la Russie, critique face à Trump, et

la poursuite de la guerre en Syrie et en Afrique. C’était Macron ! Les scandales ont sûrement joué leur rôle, mais

tout autant pour justifier la recomposition, le changement de méthode, etc.

Par contre, et vous lirez dans IC

l’article sur le financement de la campagne Macron, si vous n’avez pas lu Mediapart, tout était prêt avant le départ

de Macron de Bercy pour lancer sa campagne en particulier financièrement, tandis que les neufs milliardaires qui

contrôlent 95% des médias apportaient leur soutien à Macron. Et ça a été plus efficace que tout le reste !

Pour

revenir aux scandales, ils ont aussi permis d’éviter que viennent dans le débat les grandes questions politiques et

que soit posée la question des responsabilités de la montée de la misère, du chômage, de la crise : à en croire la

campagne électorale et une partie de la presse, cette responsabilité revenait à des politiciens corrompus amateurs

de costumes à 13 000€, finançant sa famille par l’intermédiaire de détournement de l’argent public, ou à des

emplois fictifs sur les financements de l’UE aux députés européens ! Certes les scandales Fillon, au regard même de

son programme, de certaines prises de positions prétendument « morales », mettent en lumière la réalité des

hommes politiques de la bourgeoisie, et de ce que le capitalisme génère : la corruption et la putréfaction des

hommes qui le servent. Mais encore faut-il dénoncer le capitalisme et demander son renversement ! En fait, cette

campagne (et celle contre Bayrou par la suite) n’avait comme finalité qu’une chose : préparer la recomposition en

mettant en avant que le changement voulu et souhaité se réduisait à des changements d’individus, plus jeunes,

plus féminins, sans cumul, etc. Et avec le capitalisme, sans régulation, sans le Droit du travail et avec l’état

d’urgence et les lois liberticides, et la politique d’interventions militaires, bien sûr ! Bref, Macron et son

mouvement !

Dans cette période, ce qui est significatif de la volonté de la bourgeoisie de « faire du neuf » pour renforcer la

position du capitalisme français, c’est l’implosion du PS. Il s’est vidé de ses cadres qui ont rejoint Macron en masse,

c’est-à-dire la réaction, nous allons y revenir.

Un mot sur Mélenchon, car quelques camarades nous ont demandé pourquoi ne pas l’avoir soutenu, et donc

pourquoi le combattre. Dans la brochure que nous avons faite, nous expliquons pourquoi c’est un candidat du

réformisme. Notre objectif politique n’est pas et ne saurait être de favoriser une opération qui mettrait la classe

ouvrière à la remorque de la petite bourgeoisie. L’objectif de Mélenchon, c’est de reconstruire un PS « à gauche »

et pas autre chose. Nous devons combattre la construction d’un Syrisa à la française, car s’il parvient au pouvoir, il

fera la même politique que Tsipras, la crise (et ce n’est pas sûr) en moins.

Notre but, ce n’est pas d’accompagner les

masses, mais c’est d’en être l’avant-garde. C’est le chemin inverse si l’on s’inscrit dans le moindre mal, dans le

prétendu pas en avant. Par contre, nous avons dit qu’il fallait aller à la rencontre des électeurs de la FI et leur

expliquer notre position. Là où nous l’avons fait, nous avons été écoutés avec attention, mais nous ne l’avons pas

fait assez. Mais il faut être attentif à ce qui se passe. La nature a horreur du vide. Le Parti Communiste que nous

voulons n’est pas reconstruit. Le succès de Mélenchon, qu’il n’a pas été capable d’apprécier le soir du premier tour,

montre que pourrait se reconstituer une force réformiste sous un masque radical : c’est un phénomène

international et qui doit être vu dialectiquement. L’absence d’un parti révolutionnaire et les effets de la contre-révolution

laissent le champ au réformisme sous une forme moderne, mais en même temps, cela montre que dans

les masses, il existe un potentiel de colère et de révolte que le mouvement communiste doit capter pour ne pas le

laisser s’épuiser dans la gestion « humaine » du capitalisme.

Par rapport à il y a vingt ans, il y a quelque chose qui

bouge : la confirmation de Corbyn chez les Travaillistes, avec un discours « gauche », populaire, alors que tous les

observateurs nous assuraient de la victoire du blayrisme, les résultats de Sanders aux USA, et de la campagne

« Occupons Wall Street », montrent que le réformisme, comme avec Mélenchon, doit prendre un langage radical,

contestataire pour pouvoir, ne nous leurrons pas, tromper les masses. C’est ce qu’ont fait aussi PODEMOS et

Syriza, ce dernier ayant fait la démonstration pratique où cela menait. Que l’on ne compte pas sur nous pour

participer à l’aventure !

Un élément de réflexion. Nous avons dit que la bourgeoisie s’était affrontée sur l’UE, les relations avec la Russie.

Celle qui l’a emporté, c’est la fraction pro-union européenne fédéraliste, ultra libre-échangiste, belliciste à tout va.

Mais au premier tour, force est de constater que les candidats qui expriment leur hostilité à la politique de l’UE, –

et on peut penser que leur électorat est plus radical (c’est vrai pour Mélenchon) -, font 47,79 % contre 50,36 %

(36,15 % des inscrits contre 38,17 %) des suffrages exprimés, auxquels il faut rajouter une partie des

abstentionnistes et une partie de l’électorat Fillon. Alors certes ils ont des motivations différentes, mais en cas de

problèmes graves, de contradictions aiguës éclatant entre la bourgeoisie française et ses rivales, il existe une

solution de rechange possible « anti-UE » dans le cadre du capitalisme, y compris avec Mélenchon. Il faut s’y

préparer.

Venons en maintenant au FN et à Marine Le Pen. Son résultat est inquiétant et en même temps, il faut relativiser :

21,3 % des votants mais 16,14 % des inscrits, au premier tour des Présidentielles. C’est inquiétant, parce que le FN

distille à longueur de temps la xénophobie, le racisme, et que les forces politiques de la bourgeoisie, y compris le

PS (cela ne concerne pas la France Insoumise, mais dans quelques cas, certains élus du PCF), les intègrent sous une

forme ou sous une autre, plus atténuée, plus civilisée, mais pas toujours ! C’est aussi vrai pour les questions

sécuritaires (y compris en lien avec le racisme) : au fur et à mesure que se prolongeait l’état d’urgence, le

gouvernement sous Hollande cédait devant la propagande du FN, en faisant adopter des mesures liberticides et en

légiférant dans la même perspective lors de la loi sur le renseignement ou sur les pouvoirs de la police par

exemple.

Et au-delà de la dernière période, on voit bien comment le FN a pu contribuer à faire renforcer les polices

municipales, à mettre des caméras à tous les coins de rue, etc. Quand on nous parle avec un tremolo dans la voix

du danger de l’extrême-droite, il faut avoir cela en tête et le rappeler. D’autre part, il faut prendre en compte

qu’une partie de l’électorat de droite, et de celui de Dupont-Aignan qui avait appelé à voter pour elle, n’a pas hésité

à voter pour elle au deuxième tour, pour les raisons que nous venons d’évoquer. Cela dit, la progression en voix de

Marine Le Pen, par rapport à son père (particulièrement marqué par son passé politique avec les groupes

néofascistes et l’OAS, et ses sorties antisémites) et à Mégret en 2002, est d’un peu plus de 2 millions de voix, ce qui

ne représente qu’une progression de 5% des inscrits au premier tour. Et surtout, aux Législatives, le FN ne capitalise

pas le résultat du deuxième tour des Présidentielles.

Certes il gagne 6 députés, mais cela est dû au caractère

antidémocratique du scrutin (qui lui donne une sous-représentation). Dans les Hauts de France, où le FN obtient 5

sièges, seuls deux dépassent 20% des inscrits, et partout avec des taux d’abstention et de votes blancs et nuls

dépassant les 60% confirmant là encore que l’électorat populaire n’est pas allé voter. Et ceux qui ont voté Le Pen

semblent bien venir de l’électorat socialiste, ce qu’indiquent les réactions à l’usine Kenwood dans la Somme où les

membres de la CFDT expliquaient aux journalistes qu’ils voteraient Marine le Pen ! C’est le résultat des désillusions

apportées par la politique social-démocrate sur les secteurs les plus réformistes de la classe ouvrière, les moins

conscients et sur le lumpen prolétariat des régions déclassées par la politique du Capital, avec l’accompagnement

actif de la social-démocratie : quand le Capital fermait les mines dans le Nord /Pas de Calais, la région dirigée par le

PS ouvrait des musées de la mine et des parcs d’attraction pour créer des emplois !

L’absence d’un parti

communiste, indépendant de la classe dominante et de ses appareils politiques, ouvre la voix à la démagogie

populiste, au « sens commun », au « bon sens », qui ne sont que l’expression de l’idéologie dominante !

Le fascisme, c’est la dictature ouverte, terroriste, de

l’oligarchie financière, du capital monopoliste, une dictature sanglante, une politique de gangsters. C’est le recours

à la terreur contre le mouvement ouvrier dans son ensemble, terreur criminelle, mais aussi contre tous ceux qui

s’opposent. C’est une politique de préparation à la guerre marquée par la volonté de refouler toute expression de

la lutte des classes et par la glorification d’un nationalisme exacerbé contre les peuples. Le fascisme, c’est la remise

en cause des formes institutionnelles traditionnelles de la dictature bourgeoise (ce que les idéologues bourgeois

appellent l’État de droit) pour faire place à un État d’exception permanent, sans contraintes juridiques, où la

bourgeoisie viole sa propre légalité. C’est la militarisation intégrale de l’économie au profit des seuls monopoles. Et

les partis fascistes préparent la dictature ouverte en utilisant la terreur.

Il existe des partis fascistes, mais pour

l’instant, ils sont en sommeil, sauf en Grèce avec l’Aube Dorée. Et ce n’est pas le Front National (dont il ne s’agit pas

non plus d’oublier qu’il provient en partie de ces groupes), qui représente une partie de l’extrême-droite. Cette

dernière expression est à manier avec précaution comme droite et gauche, car finalement elle renvoie à la vie

politique parlementaire.

Disons que l’extrême-droite se caractérise par des thèmes politiques et idéologiques visant à mettre en oeuvre la

politique de la bourgeoisie monopoliste sans compromis. Elle s’inscrit en tant que telle dans les institutions

bourgeoises et elle n’est pas univoque : plusieurs courants la composent et s’affrontent, et d’un pays à l’autre, ce

que l’on désigne comme extrême-droite peut être différent, en fonction des traditions politiques : aux USA, on

trouve chez les Républicains comme chez les Démocrates des forces qui en Europe seraient classées à l’extrême-droite,

mais qui, aux États-Unis, sont seulement classés à droite.

Par contre, il y a un air de famille : le nationalisme

et la xénophobie ; la volonté de créer les conditions optimales pour l’exploitation de la classe ouvrière au profit de

la bourgeoisie monopoliste ; renforcer le caractère autoritaire, voire policier, de l’État ; créer les conditions les

meilleures pour qu’elle affronte la concurrence internationale avec les autres impérialismes. Au-delà, des éléments

peuvent diverger : par exemple plus ou moins de protectionnisme, mais aujourd’hui, pour tous, dans le cadre des

politiques économiques libérales ; certains utilisent la démagogie sociale, les autres étalent l’arrogance élitiste de

l’oligarchie financière ! Une chose est évidente : quel que soit le discours (voir celui de Marine Le Pen le soir du

second tour des législatives), les extrêmes-droites sont contre le parlementarisme bourgeois classique, contre les

fragments de la démocratie bourgeoise qui survivent, car cela peut être un frein à la politique du Grand Capital.

Mais le plus important, c’est de bien comprendre qu’elles sont les instruments directs de la politique de ce dernier,

qui sont mis en avant quand celui-ci a besoin de passer en force avec un rapport des forces favorable. Certains

courants sont ancrés sur leurs positions, d’autres peuvent rallier la droite classique une fois la tâche accomplie : le

cas le plus caractéristique, c’est De Gaulle, personnage qui doit être placé à l’extrême-droite, mais qui après 1958

ralliera la droite (et une partie du centre) et gouvernera en s’adaptant aux desiderata de la bourgeoisie. Mais il a

mis en place cette Vème République qui donne le cadre politique de la mise en oeuvre de la politique du Grand

Capital directement associé à l’appareil d’État.

La particularité du FN, jusqu’à aujourd’hui, c’est qu’il n’est pas à proprement parlé, une option de la bourgeoisie

pour l’alternance avec les autres forces politiques. C’est un parti qui sert de leurre. Il a été lancé pour ça par

François Mitterrand. Il crée un climat idéologique qui permet aux autres forces de la bourgeoisie de reprendre à

leur compte des positions qui n’auraient pas pu l’être par elles directement (sécurité, xénophobie). Mais il sert tout

autant de faire-valoir aux forces bourgeoises : contre le FN, on ne doit pas se poser de question et voter pour ceux

qui font la pire politique contre la classe ouvrière, LR, PS, MODEM et UDI ! Enfin, il sert à discréditer certaines

prises de position. Par exemple, toute critique de l’Union européenne et de l’Euro, voire aujourd’hui de l’OTAN, est

ramenée aux positions du FN. Il en est de même si vous ne considérez pas qu’aujourd’hui la menace contre la paix

ne vient pas plus de la Russie que des USA et de la France, de l’OTAN, dont la politique agressive est patente, et que

si la Syrie « de Bachar El Assad » est un régime bourgeois, pour autant, l’attaque contre cette république vise à

remettre la Syrie sous l’influence de la France et des USA, et à affaiblir la lutte du peuple palestinien au profit du

régime sioniste d’Israël et de l’Arabie Saoudite ! C’est le rôle qu’a joué le FN aux Présidentielles, élections qu’à

aucun moment il n’a été en mesure d’emporter. Simplement, cela a permis d’établir un consensus autour de

Macron dont on va voir la gravité. Et si certains sont sceptiques, qu’ils se remémorent le débat avec Macron où

Marine Le Pen a systématiquement mis son adversaire en position favorable ; mais surtout, sa déclaration en

sortant du studio, expliquant qu’elle n’était qu’un challenger !

La question qui a été posée pendant la campagne, c’est « Pourquoi ne pas voter Macron contre Le Pen étant donné

la menace qu’elle fait peser sur la population d’origine immigrée ?» Il y a plusieurs réponses.

Notre rôle n’est pas de pousser la classe ouvrière derrière des drapeaux qui ne sont pas les siens, pas plus contre Le

Pen que contre un autre ; les travailleurs d’origine immigrée sont des travailleurs et leur intérêt de classe, ce n’est

pas de soutenir un candidat dont le programme est sauvagement anti-classe ouvrière, il est pire que celui de Fillon,

puisqu’il en reprend les principaux axes et y ajoute l’aggravation de la Loi Travail, les attaques sur le financement

des retraites, l’accélération de la mise en oeuvre des directives européennes contre les travailleurs. Dans le cas

présent, vient s’ajouter un argument supplémentaire, qui a aussi prêté à discussion et continue de l’être dans

certains milieux : Emmanuel Macron, aujourd’hui, c’est un des courants de l’extrême-droite, celle dont la

bourgeoisie a besoin pour organiser le remodelage du cadre politique et la recomposition du champ politique !

Je

disais plus haut qu’il n’y a pas unicité de l’extrême-droite : c’est ainsi qu’en 1932, les camarades du KPD en

Allemagne, au deuxième tour des Présidentielles, ont avancé le mot d’ordre : « Voter Hindenburg, c’est voter

Hitler ! » Et la social-démocratie, les partis petits-bourgeois de s’étrangler et de dénoncer le sectarisme du KPD. Il

n’empêche que la suite a montré que ce sont les communistes qui avaient raison : quelques mois plus tard,

Hindenburg appelait Hitler au pouvoir. Comparaison n’est pas raison, évidemment, mais il faut réfléchir à cet

exemple. On ne bat pas l’extrême-droite qui s’exhibe en votant pour l’extrême-droite qui se donne une apparence

respectable ! Mais peut-on caractériser Macron (c’est un peu plus complexe pour qualifier son mouvement

aujourd’hui, même s’il s’inscrit globalement dans la même visée) à l’extrême-droite ? Il suffit d’examiner son projet

et son comportement politique.

Nous commencerons par le « ni de droite ni de gauche » pour pouvoir faire la politique ultra-réactionnaire dont la

bourgeoisie a besoin et que l’ancien clivage artificiel ne permettait pas. De Napoléon III à De Gaulle, en passant par

Boulanger et Pétain, on a eu droit à ce positionnement pour s’attaquer aux travailleurs et à leurs droits politiques

(dans le cadre de la démocratie bourgeoise). A cela on peut adjoindre son mépris profond du suffrage universel

sauf à des fins plébiscitaires : on se souvient de sa réaction, quand on lui a demandé s’il serait député, il y a trois

ans ! Et il nous annonce la réduction du nombre de parlementaires (-1/3) en même temps que la réduction de leur

rôle. Plus encore, et inquiétant, il annonce que la loi, finalement, c’est secondaire, l’important, c’est l’efficacité ! Et

dans cette optique, parler de renforcer le contrôle sur le gouvernement, c’est du vent. Là on est dans une vision qui

renvoie à des théoriciens du Droit, en Allemagne sous Weimar, qui feront le lit du nazisme.

C’est évidemment

l’annonce de l’utilisation des pleins pouvoirs pour modifier la Loi Travail, mais visiblement pas seulement : les

réformes sur les retraites, sur la fiscalité, etc., semblent devoir être traitées de la même manière puisque Macron

annonce qu’il faut que ce soit réglé pour janvier prochain ! Et donc, dans cette perspective, cela risque fort d’être la

pratique coutumière. Plus extrême-droite que ça, c’est difficile ! Et cela correspond aux desiderata des monopoles :

concentrer le pouvoir dans les mains de leur homme, comme ils tendent à monopoliser la vie économique !

Des éléments l’associent à l’extrême-droite dans la tradition de la Vème République : ce n’est pas un hasard s’il se

fait appeler « le chef » dans LRM, et si sa définition de la fonction est une présidence jupitérienne (en d’autres

termes, c’est le président qui gouverne, qui décide, les autres mettent en oeuvre). Il suffit de voir jusqu’où cela peut

aller : dans LRM, il décide de tout jusqu’à la nomination des candidats. De ce point de vue, il va jusqu’au bout des

tendances en mouvement dans un régime marqué par l’extrême droite.

Sur le renforcement du système autoritaire, il n’a pas de divergences avec Le Pen : la loi anti-terroriste prévue

donne des pouvoirs nouveaux faramineux à la police et aux Préfets, assujettissant la justice à leurs décisions, ce qui

va permettre, au nom de la lutte anti-terroriste, de transformer des personnes suspectes aux yeux des autorités en

coupable. Cette loi va considérer les fichiers S comme des criminels d’intention ; significative, la déclaration

d’Edouard Philippe le soir du 11 juin : les Français auraient soutenu « l’adaptation de notre droit aux nouvelles

exigences de sécurité liées au risque terroriste ». Et face à Marine le Pen, Macron pouvait exprimer sa volonté (la

même qu’elle) de « renforcer les moyens de police » et « les mesures, y compris celles qui peuvent être privatives

de liberté, sur les fichiers S liés à des activités djihadistes ».

Cette loi va permettre d’en finir avec l’état d’urgence :

elle reprend les principales dispositions de celui-ci, les transformant en dispositions permanentes ; l’abandon de

l’état d’urgence, c’est sa pérennisation. Et par conséquent, le djihadisme sera remplacé par autre chose, déjà des

gauchistes ont été interdits de manifestations, parce que le préfet en a décidé ! En quoi cela se distingue-t-il de Le

Pen, alors que c’est ce que que réclame le FN depuis trois ans ? Et les socialistes ont largement pavé la route,

comme toujours.

Il y a aussi des éléments, certes secondaires, mais révélateurs : l’extrême-droite française n’a jamais digéré la

Révolution française, pas celle de 1789, mais celle de 1792-1794 qui en finit avec l’Ancien Régime radicalement. Or

Macron, le jour de son élection devant le Louvre, c’est justement le rappel de la continuité avec l’Ancien Régime,

dans une mise en scène visant à le présenter comme le chef providentiel, mais avec des références avec la

présidence des États-Unis (c’est plus moderne), ce que confirme le discours devant le Congrès à Versailles et son

projet de réforme constitutionnelle.

Or après le rappel de l’Ancien Régime, se produire deux fois à Versailles

(d’abord avec Poutine, ensuite avant que le gouvernement soit présenté au Parlement) n’est pas innocent. Ce n’est

pas un problème personnel. C’est la volonté affirmée de s’inscrire dans la continuité d’une prétendue histoire de

l’État et de la France, qui nie la lutte des classes et la réalité de classe concrète de l’État et de ses formes pour

revendiquer l’héritage de l’Ancien Régime. Et la référence aux États-Unis doit être bien comprise, car Macron a fait

Sciences Politiques. Il s’adresse au Congrès. Tous les observateurs comparent avec le discours sur l’état de l’Union.

Oui, mais à condition de se rappeler qu’en fait le modèle, c’est le discours du Trône en Angleterre (aujourd’hui c’est

plus formel, mais quand même), parce que la classe dominante aux USA a hésité longtemps entre monarchie et

république pour savoir quelle forme serait la meilleure pour assurer sa domination. Macron, et c’est ce qui le relie

à l’extrême-droite, comme De Gaulle en 1958, c’est la personnalisation du pouvoir (d’où la référence à la

monarchie, à Jupiter) pour permettre la mise en place « rapide », « efficace » de la politique de la bourgeoisie

monopoliste, ce qui signifie sans discussions, sans débats et sans compromis.

Politiquement, cela se traduit par le fait que Macron a pris le contrôle direct des services secrets en liaison avec la

question du terrorisme, et donc aussi de la police. Vous voyez des différences avec le Front National ? C’est la

même chose avec la remontée, une première, des Champs Élysées dans une auto-mitrailleuse avec les militaires,

avec la double signification, réaffirmation de la politique belliciste de l’impérialisme français (confirmée par le

voyage au Mali et le discours aux militaires sur le rôle civilisateur de l’armée française depuis 200 ans), mais aussi

avertissement qu’il pourrait utiliser l’armée en politique intérieure (C’est l’avantage de la donnée terroriste, le

« nous sommes en guerre » de Hollande, l’armée peut ouvertement être utilisée pour le maintien de l’ordre

bourgeois.

Et que l’on ne nous parle pas de fantasmes : entre vigipirate et l’état d’urgence, on a habitué les

Français à voir les militaires patrouiller dans les rues et les lieux publics en battle-dress armée jusqu’aux dents !).

Il y aussi l’appel de Brigitte Macron aux prêtres, pasteurs, rabbins et imams pour qu’ils prient pour la réussite du

président ! Pour le coup, dans un pays où la question de la laïcité a toujours été une question clivante à l’intérieur

des forces bourgeoises, cette dame, ayant fait toute sa carrière dans des établissements chics de l’enseignement

privé, met les pieds dans le plat !

Quand on parle de l’extrême-droite, on y associe le nationalisme. C’est d’ailleurs un des éléments de

stigmatisation, à juste titre, du Front National. Le problème, c’est que le nationalisme, comme le reste, n’a pas

toujours la même forme. Cela dépend des besoins idéologiques de la bourgeoisie. Si l’on observe la campagne

électorale de Macron et ces dernières semaines, justement ce qui frappe, derrière les discours creux sur

l’ouverture, sur le refus du repliement sur soi… ou sur la glorification de l’Union Européenne, c’est bel et bien

l’émergence, dans le comportement comme dans le discours, d’une thématique nationaliste et agressive.

L’utilisation à outrance du tricolore, des « Vive la France » hors de propos, les Marseillaises la main sur le cœur et

les yeux chavirés dans les meetings de Macron en témoigne. Il y avait le drapeau de Marie (UE) aussi. Mais cela

n’atténue pas ce que nous disons sauf à considérer que Macron serait l’agent de Bruxelles et de Merkel. Car en fait,

et cela est confirmé par le discours devant le congrès, c’est la volonté exprimée que la bourgeoisie française joue le

premier rôle dans l’UE ! Le discours de Versailles est traversé par un chauvinisme débridé pour exalter les

prétentions de l’impérialisme français. Macron, c’est le représentant de la bourgeoisie française, de l’oligarchie

financière française ! Il ne faut pas s’y tromper, l’Union européenne, il la considère « comme nous » : un

instrument aux mains des monopoles pour accroître l’exploitation de la classe ouvrière par sa propre bourgeoisie,

pour renforcer la défense du capitalisme et tenter de gérer la concurrence entre les groupes monopolistes rivaux !

Et donc le nationalisme, ici, vise à rassembler la classe ouvrière et le peuple de France derrière sa bourgeoisie pour

la soutenir face à ses concurrents et alliés ! Car le nationalisme n’est qu’une idéologie qui vise à mobiliser la

population sur les objectifs de la classe dominante, dans la concurrence internationale pour le partage du

monde, en niant la lutte des classes. Et là encore, Macron, dans son discours, est bien dans la posture de l’extrême-droite
dans toutes ses interventions, il met l’accent sur la nécessité de mettre fin aux divisions artificielles comme

la division en classes, la lutte des classes à laquelle il faudrait mettre fin pour se rassembler derrière « l’intérêt de la

France » en « rejetant les extrémismes » !

Mais ce discours, dans un autre contexte, est le même que celui de

Horvath en Hongrie ou des dirigeants baltes et polonais : « Contre les extrémismes », mais en fait à chaque fois, il y

a une fausse fenêtre (chez nous Le Pen, chez les autres, les nazis pendant la seconde guerre mondiale) pour la

symétrie, car ceux qui sont visés, ce sont les travailleurs et ceux qui les défendent, les révolutionnaires. (…)

Il reste à examiner la question de la xénophobie et du racisme, qui nous a été posée tout au long de la campagne

des présidentielles et des législatives. « Vous ne pouvez pas dire que Macron et Le Pen disent la même chose ! Et

donc il faut empêcher l’élection de Le Pen ! » C’est d’ailleurs le seul argument du PCF et des dirigeants de la CGT.

La

première chose à dire, c’est que si l’on doit caractériser le positionnement d’un parti ou d’une personnalité, on ne

peut se concentrer sur un seul point de son programme. Sinon, certaines propositions de Marine Le Pen suffiraient

à la situer « à gauche » ! Autant le nationalisme est une caractéristique de l’extrême-droite, autant la xénophobie

et le racisme, quand la guerre n’est pas à l’ordre du jour immédiat, peut ne pas être une caractéristique essentielle,

même si ce n’est jamais loin de par la nature même du nationalisme et du chauvinisme.

Mais une fois que l’on a dit

cela, on n’a pas épuisé le sujet ! Sur cette question aussi, les arbres ne doivent pas cacher la forêt. Marine Le Pen

mène une campagne infâme contre les musulmans en prétendant qu’elle s’en prend aux intégristes, contre les

travailleurs immigrés qui fuient la misère dans laquelle le retour du capitalisme, dont elle se réjouit, les a plongés

dans les ex-pays socialistes, et contre les immigrants qui viennent d’Afrique et d’Asie, et qui tentent de rejoindre

notre pays ; elle participe donc des campagnes visant à diviser les travailleurs et faire porter le chapeau des maux

du capitalisme à une partie des victimes de l’exploitation et de l’oppression. Il faut combattre sans complaisance et

sur des bases de classe, pas sur le pathos dame patronnesse, ces campagnes idéologiques.

Le Pen propose de fermer les frontières françaises, de renvoyer ceux qui sont en situation irrégulière, et assimile

l’immigration à l’insécurité, etc. Mais heureusement le FN n’a jamais exercé le pouvoir, il débite un discours mais ne

porte pas la responsabilité de ce qui se passe. Mais Macron ? Avant tout, il nous faut rappeler que ce monsieur a

participé aux gouvernements, directement ou indirectement, du quinquennat Hollande, et qu’il est un soutien

fidèle de l’Union Européenne. Dès lors, on peut, lui, le juger sur des politiques mises en oeuvre, pas seulement sur

des intentions malsaines ! L’a-t-on entendu protester contre la manière dont les migrants étaient accueillis dans

notre pays ? Non. Protester contre l’envoi de la police par Valls et ses propos sur les musulmans et musulmanes, le

burkini, contre les Roms ? Non, pourtant, de ce point de vue, il faut être un fin analyste pour faire la différence avec

Le Pen ! S’est-il manifesté contre la tentative de remettre en cause la nationalité des condamnés d’origine

étrangère par le quinquennat social-démocrate, alors même que finalement le projet a été retiré ? Non, pourtant,

c’était soutenu par le FN, pas seulement par Valls !

Mais ce n’est pas fini. Dans son discours devant la chambre,

Édouard Philippe, après avoir fait quelques tours de passe-passe, ne vient-il pas de nous dire qu’il fallait faire le tri

entre les migrants car il n’est pas question de « subir » ? Ce qui est la position de Macron. Bien sûr qu’il est

nécessaire d’avoir une politique. Ce n’est pas là le problème : il est dans le fait qu’il s’agit de gérer un apport de

main d’oeuvre bon marché pour le profit des monopoles et non de s’attaquer réellement aux causes des

migrations : le capitalisme et ses politiques. Au contraire.

D’autre part, le soi-disant dilemme « fermeture ou

ouverture » est très relatif : l’une veut fermer « nos » frontières – françaises – à tout immigré, l’autre veut fermer

« nos » frontières européennes, en clair aux Africains et aux Asiatiques. Il approuve et est donc partie prenante de

la politique de l’UE qui les refoule en Méditerranée, provoquant des milliers de noyés. Et pas seulement : l’UE a

décidé en février dernier de livrer les rescapés à la Libye : ce pays aux mains des criminels de Al Qaïda, de Daesh,

de bandits de toutes sortes, grâce à l’agression de la France et de l’OTAN pour renverser et assassiner Kadhafi avec

le soutien de Macron comme d’Edouard Philippe, et pour le brut libyen à 10 dollars le baril au marché noir !

Ce

pays livré au chaos , où l’ONU dénonce le pillage, la détention, le racket, la torture, le viol, dont y sont victimes les

migrants ! Vous avez entendu Macron dire qu’il condamnait ? Non, il veut faire appliquer la décision. Et quand

l’Italie demande de l’aide, il fait répondre qu’il n’en est pas question ! Alors nous ne lui saurons pas gré du fait qu’il

se prononce pour accueillir quelques migrants fuyant la guerre et les persécutions : il est l’homme de

l’impérialisme français qui fait la guerre en Afghanistan, qui participe à la coalition américaine en Irak, qui a plongé

la Syrie dans la guerre et le terrorisme et se déclare prêt à profiter de toutes provocations pour intensifier

l’agression militaire.

Voilà pourquoi nous considérons qu’Emmanuel Macron est bel et bien une autre facette de l’extrême-droite : non

pas celle instrumentalisée par la bourgeoisie pour servir de faire valoir aux courants politiques de gestion des

affaires du capitalisme, mais celle dont elle a besoin aujourd’hui pour remodeler le cadre politique largement

rejeté par la population et recomposer le champ politique sous son contrôle exclusif, et ce au-delà même des

questions politiques que nous avons évoquées en commençant, car quelles que soit les options des fractions de la

bourgeoisie qui se sont affrontées, en dernière analyse, la politique que propose Macron peut permettre de faire

passer en force des mesures que toute la bourgeoisie souhaite.

De ce point de vue, la bourgeoisie a remporté un succès : LRM, que nous avons rebaptisé « La Réaction en

Marche », a en apparence renouvelé le personnel et l’offre (c’est l’économie de marché) politique. De fait, avec

43% des exprimés, Macron est mieux élu qu’Hollande, Sarkozy et Chirac en 1995 ! Les dirigeants du PCF et du

mouvement syndical portent d’ailleurs une responsabilité, car l’intérêt des travailleurs et des couches populaires,

c’était que le pouvoir soit le plus faible possible. La bourgeoisie a obtenu un consensus relatif (qu’elle tente de

consolider avec l’opération Simone Veil au Panthéon, avec son mari qui fut pendant 7 ans le collègue du vichyste

René Bousquet au Conseil d’administration d’UTA…) avec la politique sauvage qu’elle veut voir appliquer. Et les

premières annonces sont claires sur ce qui attend les masses populaires. Un autre élément est à prendre en

compte : LRM est présenté comme centriste, alors que sa plate-forme politique est très à droite (pour l’instant, on

ne peut pas complètement réduire ce parti au profil politique de son chef).

Or l’on voit bien aussi chez Les

Républicains une poussée vers l’extrême-droite en rapport avec les divergences déjà évoquées qui divisent la

bourgeoisie. Marine Le Pen veut transformer le FN en alternative crédible pour la bourgeoisie, comme c’est le cas

pour toute une série de partis de ce type en Europe (ex MSI en Italie …). Marion Maréchal-Le Pen, comme G.

Collard et comme Mme Ménard, appelle de ses voeux un rapprochement avec la Droite des Républicains,

souhaitant en finir avec le camouflage social. En effet, rien ne les sépare vraiment, y compris idéologiquement. La

recomposition devrait permettre une redistribution des cartes de la réaction. Ce d’autant que l’élection d’Éric

Woerth (contrairement à Ciotti la veille) comme président de la Commission des Finances, montre que les ruptures

chez les Républicains pourraient ne pas être terminées ! La bourgeoisie monopoliste met l’accent sur le « À droite

toute » ! Avec l’intégration du PS dans LRM, va être tentée la constitution d’un Parti Démocrate à l’américaine

(projet que caressaient Hollande et Valls, le PD italien et Obama) qui effacerait toute référence à l’histoire du

mouvement ouvrier, même réformiste, et permettrait un contrôle plus étroit des secteurs de l’aristocratie ouvrière

comme des nouvelles composantes de la classe ouvrière.

Cela dit, cette victoire est relative, et a des aspects de victoire à la Pyrrhus. D’abord parce qu’il est évident que le

programme de Macron n’a pas le soutien dont il a besoin ; ses 43% ne constituent pas l’adhésion à son programme.

Même une partie de l’électorat de Fillon est réticent. Pendant la campagne des législatives, des électeurs et

militants Républicains affichés sont venus me dire leur inquiétude sur le projet de loi travail, les ordonnances,

l’augmentation de la CSG etc. ! Les élections législatives le montrent : les taux de l’abstention et des votes blancs et

nuls sont historiques, jamais depuis 1848 ils n’ont atteint un tel niveau, et de très loin, pas même sous Napoléon III,

ou au moment de Boulanger ! C’est la caractéristique d’ailleurs de celles-ci.

Il y en a une autre : le deuxième tour ne

confirme pas le premier : le système électoral est anti-démocratique, les milieux populaires se sont abstenus de

choisir (quelle que soit la forme de ce refus) ; il n’empêche que les rares candidats du PCF font des scores

inattendus qui lui sauvent la mise, au plan parlementaire tout du moins, les candidats de France Insoumise aussi

(l’élection de Ruffin dans la Somme était inattendue par exemple). Le PS fait mieux que prévu, mais certains des

élus rejoindront Macron. Mais ce qui nous importe ici, c’est le fait que le tsunami Macron/LRM annoncé en sièges a

manqué d’eau ! Les sondages montrent une majorité pour la proportionnelle intégrale pour la première fois. La

réponse du gouvernement, un énième tripatouillage électoral, ne satisfera pas cette exigence. Et les institutions de

la bourgeoisie sortent de cette période électorale fortement discréditées.

(…)

POUR LIRE TOUT LE RAPPORT, téléchargez le PDF ci-dessous :

Télécharger « cc_24juin2017_PCRF.pdf »

 

Source: http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/france-l-oligarchie-industrielle-et-financiere-a-choisit-un-gouverneme-a130752582

Paul Mattick et la validation de la loi de Marx – une critique de « La Longue Dépression »

En raison de la pertinence scientifique pour le professeur marxiste Michael Roberts et ses travaux sur le Loi de La baisse tendancielle du taux de profit, cet article a été tout simplement traduit par un logiciel de traduction.

Le week-end dernier, lors d’une session du Forum de gauche à New York, j’ai présenté les thèses de base dans mon livre The Long Depression. Mes arguments ont ensuite été soumis à une analyse critique par mes collègues invités, Paul Mattick Jnr et Jose Tapia. Toute la session a été enregistrée par vidéo et apparaîtra sur You Tube – Left Forum dans quelques semaines.

Maintenant, nous sommes tous d’accord pour dire que la loi de Marx sur la tendance du taux de profit à tomber est le fondement et la cause principale des crises sous le capitalisme. Cette opinion reste une minorité parmi les économistes marxistes, et encore moins d’autres économies hétérodoxes. Mais même si nous sommes d’accord sur cela, il reste beaucoup à débattre de la façon d’expliquer et de valider la loi de Marx. Dans cette publication, je répondrai à la profonde critique de mon livre que Paul Mattick a présenté le week-end. Dans la prochaine publication, je vais regarder la critique de Jose Tapia.

Paul Mattick est un professeur émérite de philosophie à l’Université Adelphi de New York et fils de cet éminent collaborateur de l’analyse économique marxienne, Paul Mattick snr, qui a expliqué si bien la théorie de la crise de Marx en période d’après-guerre et exposé où l’économie dominante, en particulier Théorie et politique keynésienne. Paul Mattick jnr a continué le travail de son père avec autant de succès. Son livre, Business as Usual, est, à mon avis, la meilleure analyse du crash financier mondial et de la Great Recession facilement accessible aux non économistes – lecture essentielle.

La critique de Paul de mon livre se résume à la manière de valider la loi de la rentabilité de Marx en tant que théorie des crises. Comme il l’a dit dans son article de commentaire (Roberts Panel), il est d’accord pour dire que l’économie mondiale est dans ce qui pourrait être décrit comme une longue dépression et j’ai raison que les politiques keynésiennes et monétaires du courant dominant n’ont pas réussi à sortir le capitalisme de cet état déprimé .

Cependant, il considère ma tentative de validation de la théorie des crises de Marx en essayant de mesurer le taux de profit de manière marxiste comme impossible et inutile. « Ce n’est pas possible, fondamentalement parce que la valeur n’est représentée que par les prix, qui se déplacent indépendamment des valeurs ». Le taux de profit marxien ne peut être mesuré qu’en termes de valeur (temps de travail moyen) et pourtant toutes les statistiques officielles sont en prix; Et pire, dans les prix du marché d’une monnaie en général. De telles mesures de prix peuvent et varieront bien en fonction des valeurs modifiées de Marx (prix de la production), encore moins valeur. En tant que tel, toutes mes mesures de rentabilité « marxiennes » (et d’autres personnes) sont une perte de temps.

En outre, la plupart des mesures de rentabilité faites par moi et d’autres chercheurs sont des taux de profit nationaux et habituellement juste pour les États-Unis. De telles mesures, dit Paul, ne nous racontent rien sur le mouvement de la rentabilité dans le capitalisme mondial. Et la loi de Marx est basée sur une économie mondiale. Mais un taux mondial de profit avec un bon calcul de la plus-value totale au niveau mondial est impossible à mesurer.

En fait, Paul soutient que nous n’avons pas besoin de « tester » la loi de Marx et sa théorie des crises avec de telles mesures statistiques. Nous pouvons valider la théorie de Marx par le fait même que les économies capitalistes entrent dans des retombées récurrentes; Qu’il y a des périodes de prospérité et de croissance qui donnent lieu à des périodes de dépression, comme maintenant. L’accumulation capitaliste ne peut pas permettre une expansion harmonieuse et soutenue de la production et, plus particulièrement, l’accumulation de capitaux; Et il ne peut pas fournir plein emploi, etc. Paul dit: « Ce sont toutes les caractéristiques reconnaissables sans un appareil statistique significatif; Dans le travail de Marx, les données historiques pour la plupart fonctionnent pour illustrer, non pour tester, des idées théoriques. « Il n’est pas nécessaire d’entrer dans tous les détails de la mesure des taux de profit; C’est un exercice de futilité.

Eh bien, je ne suis pas d’accord. L’utilisation d’événements ou de tendances générales pour «illustrer» la validité d’une loi peut aider. Mais ce n’est pas assez. Les retombées dans le capitalisme s’expliquent par d’autres théories comme le «manque de demande» keynésien, ou de la «sousconsommation» par des bas salaires et des inégalités croissantes, etc. (post-keynésien); Ou par l’échec des secteurs de consommation à croître en fonction des secteurs des biens d’équipement (théorie de la disproportion); Ou par une dette excessive (Minsky) ou «trop de profits» qui ne peuvent être absorbés (Revue mensuelle). Les «caractéristiques» des crises capitalistes peuvent également être utilisées pour «illustrer» ces théories alternatives. En effet, ce sont les explications les plus dominantes dans le mouvement ouvrier et les mêmes événements illustratifs sont utilisés pour les valider.

Pour justifier la loi de la rentabilité de Marx, je crois que nous devons approfondir nos connaissances scientifiques. Cela implique de mesurer la rentabilité et de la relier à l’investissement commercial et à la croissance et aux chutes. Ensuite, nous pouvons même faire des prédictions ou des prévisions de crises futures. Et seulement alors, d’autres théories peuvent être rejetées en utilisant un ensemble de preuves empiriques qui soutiennent la loi de Marx.

Une telle approche peut être ambitieuse, mais ce n’est pas impossible. Tout d’abord, la loi de Marx peut être fondée sur les valeurs du travail, mais elle est exprimée dans les prix. Les capitalistes commencent par le capital monétaire et finissent avec plus de capitaux monétaires dans le mode de production capitaliste à but lucratif. L’argent est le lien entre la valeur et le prix. Oui, les prix du marché peuvent et varieront nécessairement selon les prix de la production et les valeurs des produits. Mais ils sont encore attachés comme une ancre ou un yo-yo à l’évaluation au fil du temps, même si la valeur change sans cesse en raison des changements dans la productivité du travail. La valeur totale est toujours égale aux prix totaux.

Plusieurs chercheurs ont montré empiriquement la relation étroite entre les prix du marché et la valeur de la production. Et les prix monétaires peuvent être vérifiés empiriquement par rapport à la valeur du temps de travail. Par exemple, Cockshott et Cottrell ont brisé l’économie dans un grand nombre de secteurs pour montrer que la valeur monétaire de la production brute de ces secteurs est en corrélation étroite avec le travail simultanément dépensé pour produire cette production brute: Anwar Shaikh a fait quelque chose de similaire. Il a comparé les prix du marché, les valeurs de main-d’œuvre et les prix de production standard calculés à partir des tableaux d’entrées-sorties américains et ont constaté qu’en moyenne, les valeurs du travail s’écarent des prix du marché de seulement 9,2 pour cent et que les prix de la production (calculés selon les taux de profit observés) S’écarter des prix du marché de seulement 8,2 pour cent.

Et G Carchedi dans un article récent a montré que la validité de la loi de la valeur de Marx peut être testée à l’aide des données officielles des États-Unis, qui sont des prix dévalorisés en monnaie étrangère des valeurs d’utilisation. Il a constaté que l’argent et les taux de profit de valeur se sont déplacés dans la même direction (tendennement à la baisse) et se sont suivis très étroitement. Carchedi et moi avons utilisé cela dans un document commun pour montrer comment le taux de profit dans les secteurs qui créent de la valeur et de la plus-value dans l’économie américaine n’est pas si loin de la rentabilité globale de l’ensemble de l’économie.

Cela m’amène à une autre critique de mon approche par Paul. Il dit que le taux de profit marxien est l’excédent total produit par le travail productif dans une économie et le travail improductif doit être mesuré dans le cadre de la plus-value totale. Mais, dit Paul, de nombreuses mesures du taux de profit des chercheurs ne tiennent pas compte des intérêts, des loyers et des bénéfices financiers qui font également partie de la plus-value totale. En termes marxistes, le taux de profit devrait être une mesure de la plus-value totale par rapport au capital avancé, et non au profit, tel que défini dans les statistiques capitalistes.

Paul a raison. En effet, c’est pourquoi j’utilise ce que j’appelle une mesure de «toute l’économie». Cela définit la plus-value (pour une économie nationale) en tant que revenu national brut annuel (moins la dépréciation annuelle des moyens de production) moins le coût des salaires et des avantages. Ensuite, pour obtenir le taux de profit, cette plus-value est divisée par le capital total avancé pour les moyens de production (immobilisations) et le capital circulant (matières premières ou stocks) dans les secteurs productifs et le capital variable (travail) dans les secteurs productifs . Cela englobe ensuite la critique de Paul de certaines mesures qui excluent les loyers, les intérêts et les bénéfices financiers. À mon avis, toutes ces pièces mobiles peuvent être mesurées pour offrir un taux de profit significatif à l’aide de statistiques officielles. Nous pouvons mesurer le capital «productif» et nous pouvons intégrer toutes les formes de plus-value. Et plusieurs chercheurs l’ont fait pour différents pays. Si vous lisez ce blog régulièrement, vous savez qui ils sont.

Ce qui appuie ces tentatives de faire l’impossible (de l’avis de Paul) sont les résultats. Cependant, le taux de profit est mesuré, la tendance générale est la même. Prenez la période d’après-guerre, en utilisant des statistiques officielles pour les États-Unis, vous pouvez mesurer le taux de profit de l’économie entière pour le secteur des entreprises uniquement pour le secteur des sociétés non financières ou même pour une définition plus précise «Secteur» et la tendance générale est la même. Il y a eu un taux de profit élevé après 1945, qui dure jusqu’au milieu des années 1960. Ensuite, il y a une crise de rentabilité qui dure jusqu’au début des années 1980. Ensuite, il y a une reprise «néo-libérale» de la rentabilité qui se termine à la fin des années 1990 ou d’ici 2001. Après cela, le taux de profit ne revient pas au niveau des années 1990 et certainement pas à cela dans les années 1960. Je pense que ces mesures sont robustes (parce qu’elles sont similaires) et fournissent ainsi des validations puissantes de la loi de rentabilité de Marx. Ils ne doivent donc pas être renvoyés, car ils contribuent à réfuter les théories alternatives des crises.

Oui, ces mesures ne sont que nationales et ne montrent pas le «taux de profit mondial», ce qui serait nécessaire pour soutenir pleinement la loi de Marx. Comme le dit Paul: « Une augmentation de la rentabilité du capital américain ne nous dit rien déterminé sur le taux de profit marxien ». Mais des tentatives sont faites pour mesurer un tel «taux mondial» par divers érudits, y compris moi. Ils sont en moyenne les taux nationaux, pas une solution idéale théoriquement, mais néanmoins, ils donnent des résultats similaires aux mesures américaines comme décrit ci-dessus.

Paul dit que vous ne pouvez pas avoir un lien direct entre la rentabilité et l’investissement dans une économie capitaliste, car les retours d’investissement sur le marché boursier sont vraiment des réflexions de capitaux fictifs et non le taux de profit sur le capital productif. Comme Paul cite un analyste des valeurs mobilières: «le prix de la sécurité n’a pas de relation directe avec la plus-value actuellement exploitée par la main-d’œuvre productive».

De toute évidence, les rendements du marché boursier peuvent varier considérablement du rendement du capital productif. Dans The Long Depression, et dans mon précédent livre, The Great Recession, je fais également ce point. Les dividendes et les gains en capital découlant des achats sur le marché boursier ne sont pas la mesure marxiste du bénéfice car ils sont faussés par le caractère fictif du capital financier. La plupart des bénéfices accumulés dans le secteur financier sont fictifs, en particulier les gains provenant des achats d’obligations d’État. L’emprunt du gouvernement et l’impression de l’argent fournissent un flux continu de bénéfices fictifs.

Mais cela peut être pris en compte et plusieurs chercheurs l’ont fait. Nous pouvons approfondir les données et commencer à montrer le lien de causalité clair entre le mouvement dans la rentabilité du capital dans les secteurs productifs, l’investissement dans le capital productif et la croissance économique – en effet, le mouvement dans la masse du profit dans une économie est un très Un bon guide sur la probabilité d’une modification de l’investissement des entreprises et d’un ralentissement de la production capitaliste (The juros d’investissement GM Roberts HMNY avril 2017). L’autre interlocuteur du Forum de gauche, Jose Tapia, a montré exactement cela pour l’économie américaine (le_investissement_call_the_tune_may_2012__forthcoming_rpe_), ainsi qu’un document récent et complet de G Carchedi sur la loi et les crises de Marx.

Je pense donc que nous pouvons aller plus loin que simplement utiliser des preuves anecdotiques pour «illustrer» la loi de Marx sur les crises. Nous pouvons fournir des preuves solides basées sur des données empiriques robustes pour soutenir la loi de la rentabilité de Marx et sa relation avec les crises récurrentes sous le capitalisme. Oui, la tâche consistant à définir nos catégories et à masser les données afin de mesurer les choses avec précision est formidable. Mais personne ne prétend que la science est facile (et on se trompe souvent), mais je suis d’avis que ce n’est pas impossible.

De plus, il est nécessaire. Sinon, les théories alternatives à la théorie de Marx continueront à revendiquer la validité et à dominer. Et ce sont de mauvaises nouvelles parce que ces théories alternatives fournissent des politiques qui visent à «gérer» ou à «corriger» le capitalisme plutôt que de le remplacer. Et ces politiques ne fonctionnent pas et ne fonctionneront pas dans l’intérêt de la majorité (la classe ouvrière) et perpétueront les iniquités et les horreurs du capitalisme.

Paul est également sceptique de ma proposition selon laquelle il existe des cycles ou des régularités discernables dans l’accumulation capitaliste, bien qu’il reconnaisse qu’il y ait ou non «peu importe d’un point de vue marxiste». Dans le prochain post, je traiterai La critique de mon point de vue sur les cycles dans le capitalisme tel que présenté par Jose Tapia, l’autre intervenant dans le panneau du Forum de gauche sur mon livre.

 

Source:   https://thenextrecession.wordpress.com/2017/06/05/paul-mattick-and-validating-marxs-law-a-critique-of-the-long-depression/

 

«Finance Capital Today»: le plus récent livre de François Chesnais

Sur les liens entre le capitalisme financier international, la crise, le paupérisme et la guerre

par Louis Gill

Bien connu pour son précieux apport des quarante dernières années à l’analyse du capitalisme contemporain et de ses crises économiques et financières, l’économiste François Chesnais vient de publier dans la collection « Historical Materialism Book Series » des Éditions Brill (Leiden et Boston) un livre intitulé Finance Capital Today. Corporations and Banks in the Lasting Global Slump. Ce livre est une remarquable synthèse de l’abondante réflexion qui a porté sur le sujet et, en particulier, de la sienne propre. Rappelons à cet égard quelques-unes de ses contributions, sous la forme : 1) de monographies (La mondialisation du capital, Syros, 1994 et 1997, Les dettes illégitimes, Raisons d’agir, 2011); 2) de direction ou de codirection d’ouvrages collectifs (La mondialisation financière, Syros, 1996, Les pièges de la finance mondiale, avec Dominique Plihon, La Découverte-Syros, 2000); 3) de conférences et de communications lors de séminaires et de colloques; 4) d’articles publiés dans des revues, parmi lesquelles La Vérité, Actuel Marx, Contretemps, La Brèche, et Carré Rouge, dont il a été l’un des fondateurs en 1995 et le principal animateur jusqu’à sa disparition en 2013.

Ce livre, écrit Chesnais, se penche sur deux dimensions, distinctes mais inter-reliées, de l’économie mondiale contemporaine. La première consiste dans les formes et les conséquences de l’interpénétration de grandes banques et de sociétés industrielles, commerciales et de services, ayant atteint un niveau très élevé de concentration et d’internationalisation, qui constitue la forme contemporaine de ce que le marxiste autrichien Rudolf Hilferding désignait comme le « capital de finance » dans son ouvrage de 1910 intitulé Das Finanzkapital. La deuxième consiste dans ce qu’il définit comme « la finance en tant que finance » (en anglais finance qua finance), pour représenter le processus associé à la croissance spectaculaire, au cours des quarante dernières années, des actifs (actions, obligations et dérivés) détenus par les sociétés financières (banques et fonds), mais aussi par les départements financiers des sociétés industrielles et commerciales transnationales. Ce capital, Chesnais le désigne comme le « capital financier », pour le distinguer du « capital de finance » au sens d’Hilferding. Son analyse procède des catégories de « capital porteur d’intérêt » et de « capital fictif », énoncées par Karl Marx dans la Ve Section du Livre III du Capital. Chesnais est d’ailleurs largement responsable d’avoir mis en lumière cette dimension fondamentale de l’analyse de Marx, dans un article de 1979 intitulé « Capital financier et groupes financiers : recherche sur l’origine des concepts et leur utilisation actuelle en France », publié en 1981 dans un livre collectif sous la direction de Charles-Albert Michalet[1]. Il s’est par la suite inlassablement appuyé sur ces éléments clés de l’analyse de Marx dans ses nombreux écrits.

 

D’entrée de jeu, Chesnais désigne le questionnement suscité par le divorce qui s’est de plus en plus creusé, depuis les années 1980, entre une explosion des marchés financiers qui n’a été freinée que temporairement par le déclenchement de la crise en 2007-2008, et le piètre état de l’économie réelle sous-jacente, ainsi que la hausse du taux d’exploitation de la force de travail, dans un contexte où le rapport de forces entre le capital et le travail a sans cesse évolué en faveur du capital. Un des objectifs de ce livre, écrit-il, est de rendre compte de ce divorce dans le contexte économique et politique de la crise économique et financière mondiale qui se poursuit. Cette crise, précise-t-il, est une crise de suraccumulation et de surproduction sur fond de taux de profit en baisse. En gestation depuis la deuxième moitié des années 1980, elle avait été reportée par une création massive de crédit et par la pleine incorporation de la Chine à l’économie mondiale. Certains l’ont caractérisée comme une « crise de financiarisation » ou une crise du « capitalisme financiarisé ». Cela prête à confusion, dit Chesnais, qui la définit comme une crise du capitalisme tout court à un moment donné de l’histoire, dont l’achèvement de la mondialisation (la globalisation) et la financiarisation sont des traits majeurs. Comme les États-Unis, en tant qu’État et en tant que lieu d’accumulation du capital, ont occupé une place centrale dans cette globalisation, il n’est pas étonnant que ce soit aux États-Unis que « le génie de la finance soit sorti de la bouteille ». D’autant plus que c’est aux États-Unis, plus que nulle part ailleurs que le système du crédit a été étiré, au moins depuis 1998, à son extrême limite. Mais la crise qui se poursuit, précise Chenais, était, dès son éclatement en août 2007, une crise mondiale, et non une simple « Grande Récession » nord-américaine. Et, aujourd’hui, aucune économie individuelle ne peut propulser seule l’économie mondiale hors de la crise, comme les États-Unis l’ont fait dans les années 1940 dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale et de ses suites.

 

Chesnais en conclut que, si on définit une fin de crise comme le moment où une accumulation générale et soutenue de capital productif ressurgit dans l’ensemble du système mondial, alors il faut en conclure, près de dix ans après août 2007, qu’il n’y a pas de fin de crise en vue. Toutes les organisations internationales (FMI, BRI, OMC, CNUCED, etc.), chacune dans son champ de spécialisation, en font le constat, remarque-t-il. Le maintien à flot des principaux pays industrialisés repose sur leur dépendance ininterrompue à une injection de liquidités par les banques centrales, avec l’instabilité financière qui s’ensuit. La situation est aggravée par le fait que la Chine a cessé d’être le moteur économique qu’elle était. Chesnais rejette la caractérisation de « stagnation séculaire » avec laquelle des économistes keynésiens ont renoué pour décrire la situation d’impasse dans laquelle se trouve l’économie mondiale. Il invite plutôt à prendre conscience de ce que la société humaine est désormais inéluctablement confrontée aux conséquences des « limites historiques » du capitalisme. Cela, dit-il, a cessé d’être un simple concept intuitif pour devenir une réalité qui peut d’ores et déjà être chiffrée, notamment, en termes de dépossession et d’appauvrissement, et d’inégalités de richesse qui sont revenues à leur niveau des années 1920. La plus grave dimension de cette impasse historique du capitalisme, souligne-t-il, est la crise climatique et environnementale, qui met en cause la survie même de l’humanité. Il consacre à cette question fondamentale la conclusion du livre.

 

Le livre compte une introduction, dix chapitres et une conclusion. Il comprend une imposante bibliographie de 850 titres. Le lectorat non-anglophone, habitué à lire les écrits de Chesnais surtout en français, mais aussi en espagnol et en portugais, souhaitera vivement, j’en suis sûr, que des traductions, au moins dans ces langues, en soient réalisées dans les meilleurs délais.

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Pour dévoiler davantage le contenu du livre et en motiver la lecture, voici quelques notes complémentaires qui puisent librement dans le texte, avec les renvois appropriés.

 

La crise en cours, lit-on au chapitre 1, intitulé Le cadre historique de la crise et ses traits originaux, a mis un terme à la plus longue phase d’accumulation de l’histoire du capitalisme : plus de 60 ans si on en situe le point de départ à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, 40 ans si on le situe à la fin de la première récession de l’après-guerre, en 1976. Au cours de cette période, le rythme de l’accumulation dans les pays capitalistes avancés, mesuré par le taux de croissance de leur PIB, a continuellement ralenti, mais il ne s’est effondré qu’en 2009. (p. 25)

 

« Le succès avec lequel le capitalisme a repoussé ses barrières immanentes pendant plusieurs décennies, l’ampleur de la création de dettes depuis 2001, ainsi que les politiques mises en œuvre pour contenir la crise en 2008-2009 et après, aident à comprendre l’accumulation massive de capital fictif engagé dans d’innombrables opérations spéculatives se nourrissant de la valeur et de la plus-value créées, simultanément à une suraccumulation globale de capacités productives et à une surproduction dans un vaste éventail d’industries » (p. 36). Ces énormes montants qui sont l’objet d’incessantes transactions, poursuit Chesnais, « sont aux mains de puissants conglomérats financiers qui possèdent la capacité de dicter leurs politiques aux gouvernements à travers un ensemble de canaux politiques et financiers ».

 

L’utilisation par Chesnais de la dénomination « capital de finance » empruntée de Hilferding, pour qui ce capital est un capital-argent mis à la disposition des industriels par les banquiers, ne doit pas suggérer que les grandes entreprises industrielles d’aujourd’hui seraient sous le contrôle des banques. Elles sont au contraire, écrit-il, elles-mêmes intensément engagées dans les opérations des marchés financiers, y compris les plus spéculatives. « Les traits parasitaires du capital porteur d’intérêt, dont Marx a eu l’intuition et sur lesquels Lénine a par la suite mis l’emphase, pénètrent de la même manière les opérations de toutes les composantes du capital : capital-argent, capital commercial et capital industriel » (p. 8); de sorte que les grandes banques et les entreprises industrielles représentent en somme « des différenciations au sein du capital de finance » (p. 93).

 

Chesnais illustre cette symbiose et la similitude des opérations des banquiers, des industriels et des marchands dans une section intitulée « Les banques comme marchands et les sociétés transnationales comme capitalistes financiers », dont les deux sous-sections s’intitulent « Les opérations des conglomérats financiers dans le commerce des marchandises et dans la production » et « Les opérations financières des sociétés transnationales ». Il mentionne notamment le cas du grand conglomérat financier états-unien Citigroup, qui a reçu en 2003 de la Réserve fédérale (Banque centrale) des États-Unis l’autorisation d’intervenir sur les marchés du pétrole, du gaz naturel, des produits agricoles et d’autres produits non financiers, etc. (p. 109-110).

 

Les entreprises industrielles sont l’un des principaux fondements de la puissance du capital de finance », écrit Chesnais (p. 45). Elles ont été « à l’avant-poste de sa restauration de l’après-guerre. Jusqu’au début des années 1990, elles étaient les agents les plus actifs de l’internationalisation du capital » (idem). Elles ont aussi contribué à la relance de la City de Londres comme centre des opérations financières internationales. « Lorsque le capital n’est pas réinvesti dans la production, faute d’un taux de profit suffisant, ou que la demande finale est insuffisante pour justifier de nouveaux investissements, une partie des profits est conservée et éventuellement investie dans l’accumulation financière » (p. 45 et 245) […] « Simultanément, l’accroissement de l’endettement gouvernemental a augmenté le volume des titres de dette offerts sur les marchés, alors que les politiques d’austérité et de mesures favorables aux employeurs ont posé des barrières plus élevées à la réalisation  des valeurs produites et à la complétion du cycle d’accumulation ».

 

« S’en est suivie une pléthore de capital sous la forme de capital fictif, centralisée dans les fonds communs de placement et les fonds spéculatifs (hedge funds), qui a alimenté une instabilité financière globale, elle-même aggravée par la politique monétaire de rachat de titres gouvernementaux par des Banques centrales procédant aussi à l’achat de titres privés à risque, une politique dite « d’assouplissement quantitatif » qui est devenue l’instrument majeur de la politique économique » (p. 245).

 

Avant d’aborder les rapports entre sociétés financières et non financières dans le contexte actuel, Chesnais consacre une brève section de son chapitre 4 (The Organisational Embodiements of Finance Capital…) à l’évolution historique de ces rapports dans quatre pays d’importance centrale, l’Allemagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Il met en lumière les caractéristiques fort différentes des quatre pays (p. 94-102).

  • En Allemagne, on note une forte domination des banques sur l’industrie et la formation de cartels au tournant du 20e siècle, avec la persistance de ces étroites relations après la Deuxième-Guerre mondiale, jusqu’à ce qu’elles commencent à s’éroder avec la transformation des grandes banques en conglomérats financiers dans les années 2000; à souligner par ailleurs la très faible capitalisation des entreprises allemandes en pourcentage du PIB : 30 % en moyenne de 1990 à 2005, comparativement à 113 % aux États-Unis et 132 % en Grande-Bretagne.

 

  • Aux États-Unis, où la concentration bancaire s’est développée parallèlement à celle de l’industrie, une forme spécifique de contrôle direct des banques sur la grande industrie a pris la forme, au début du 20e siècle, de « money trusts », qui étaient des banques d’investissement de la première mouture exerçant une vaste concentration de contrôle, au cœur desquelles se trouvaient notamment JP Morgan et la famille Rockefeller, propriétaire de la Standard Oil. La très rapide croissance de la Bourse à partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale a entraîné la disparition de détenteurs d’actions dominants et posé la question de la séparation entre la propriété et le contrôle des entreprises.

 

  • En Grande-Bretagne, on note au contraire à la même époque une absence marquée de liens entre banque et industrie. En tant que centre du système monétaire mondial fondé sur l’or, les banques de la City ont plutôt fait d’importants profits grâce au marché monétaire et aux opérations de change (p. 98). « La City peut être caractérisée comme ayant aidé à construire le premier système d’appropriation mondiale de plus-value sous forme de profits et d’intérêts provenant de l’étranger » (p. 99). Ainsi, « l’’avantage comparé’ de la Grande-Bretagne devait se trouver, non pas dans l’industrie, mais dans le commerce et la finance et dans le rôle sans cesse croissant de la City dans le système financier globalisé ».

 

  • Au centre de la spécificité française, écrit Chesnais, se trouvent l’appui de l’État à l’industrie et les grands emprunts étrangers. « Le seul exploit de la Bourse des valeurs a été le financement de la Compagnie du Canal de Suez » (p. 100). Débordant d’argent en raison d’une faible demande de l’industrie, les banques se sont tournées vers le prêt international, en premier lieu à la Russie qui, à partir de 1880, est devenue la première destination du prêt et de l’investissement direct français, puis vers l’Argentine et le Mexique, ainsi que vers les colonies françaises d’Afrique et de l’Asie du sud-est (Indochine). « Un faible investissement industriel et une faible demande de financement provenant des banques ou de la Bourse sont des traits persistants du capitalisme français, où prédominaient les entreprises d’État et les entreprises familiales bénéficiant d’un accès privilégié au financement public » (p. 101).

Dans l’Introduction du livre, Chesnais précise : 1) que son analyse se situe dans le cadre de « l’achèvement du marché mondial », dont Marx, dans son Esquisse d’une critique de l’économie politique (Grundrisse) de 1857-1858, écrit qu’il est contenu dans le concept même du capital;  2) qu’il faut, à l’instar de Léon Trotsky, considérer le monde, non comme une somme de composantes nationales, mais comme une « totalité hiérarchiquement différenciée » au sein de laquelle s’articulent les réalités nationales (p. 10). Prendre l’économie mondiale comme le point de départ de l’analyse implique que l’on tienne compte de l’ensemble des intervenants avec la spécificité de chacun, comme cela vient d’être rappelé dans le bref coup d’œil sur l’histoire des relations entre banque et industrie en Allemagne, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France. Chesnais souligne notamment que la place de la City de Londres dans le processus de l’accumulation financière et de la globalisation a été incorrectement minimisée par rapport à celle qui a été reconnue à Wall Street (p. 11).

 

De même, pendant les deux premières années de la crise financière, certains ont soutenu que les banques européennes en difficulté étaient les victimes d’une situation dont les États-Unis portaient l’essentiel de la responsabilité. Cela est devenu indéfendable, écrit Chesnais, lorsque l’Union européenne s’est engouffrée entre 2010 et 2013 dans une crise incorrectement désignée comme une crise de « dettes souveraines », et qu’il est devenu clair que les difficultés rencontrées tiraient largement leur source dans les incongruités de ses traités fondateurs. Et le problème ne saurait se limiter à l’absence d’un « gouvernement fédéral » de l’Union; il se situe d’abord dans la priorité conférée par ces traités à la « concurrence sans entraves » qui est le fondement de toute sa construction (p. 236).

 

Tant d’autres sujets de ce livre, qui mériteraient qu’on les commente, ne peuvent être que mentionnés dans le cadre restreint de cette recension, parmi lesquels les innovations financières délétères qui ont précipité l’économie dans le marasme, la titrisation des actifs et le passage du modèle traditionnel de l’activité bancaire, modèle d’« octroi-détention de crédits » (originate-to-hold model), à un nouveau modèle qualifié de modèle d’« octroi-cession de crédits » (originate-to-distribute model), la formidable croissance du « système bancaire de l’ombre » (shadow banking system) et des fonds spéculatifs (hedge funds), le déplacement du risque du système bancaire traditionnel vers les fonds spéculatifs et le système de l’ombre, les nouvelles modalités de contagion et de dispersion du risque, l’ampleur et les conséquences de la prolifération des taux d’intérêt négatifs; notons en particulier à ce sujet que, « entre décembre 2014 et fin mai 2015, en moyenne 2000 milliards de dollars de titres de dette souveraine ont été transigés à des taux d’intérêt négatifs » ! (p. 247), etc.

 

En somme, un livre à lire absolument.


[1] Par excès de modestie ou par inadvertance, Chesnais attribue plutôt au marxiste britannique David Harvey, dans son ouvrage de 1982 intitulé Limits to Capital, la paternité de l’utilisation de la catégorie de capital fictif (voir p. 18). Je signale que je l’ai aussi utilisée dans le tome 2 de mon livre L’économie capitaliste : une analyse marxiste, publié en 1979. Il faut mentionner qu’elle l’avait été depuis le début des années 1970 par la section française du courant trotskyste international auquel nous appartenions alors lui et moi, dans sa revue théorique La Vérité.

Source:  http://iris-recherche.qc.ca/blogue/finance-capital-today-le-plus-recent-livre-de-francois-chesnais