Paul Mattick et la validation de la loi de Marx – une critique de « La Longue Dépression »

En raison de la pertinence scientifique pour le professeur marxiste Michael Roberts et ses travaux sur le Loi de La baisse tendancielle du taux de profit, cet article a été tout simplement traduit par un logiciel de traduction.

Le week-end dernier, lors d’une session du Forum de gauche à New York, j’ai présenté les thèses de base dans mon livre The Long Depression. Mes arguments ont ensuite été soumis à une analyse critique par mes collègues invités, Paul Mattick Jnr et Jose Tapia. Toute la session a été enregistrée par vidéo et apparaîtra sur You Tube – Left Forum dans quelques semaines.

Maintenant, nous sommes tous d’accord pour dire que la loi de Marx sur la tendance du taux de profit à tomber est le fondement et la cause principale des crises sous le capitalisme. Cette opinion reste une minorité parmi les économistes marxistes, et encore moins d’autres économies hétérodoxes. Mais même si nous sommes d’accord sur cela, il reste beaucoup à débattre de la façon d’expliquer et de valider la loi de Marx. Dans cette publication, je répondrai à la profonde critique de mon livre que Paul Mattick a présenté le week-end. Dans la prochaine publication, je vais regarder la critique de Jose Tapia.

Paul Mattick est un professeur émérite de philosophie à l’Université Adelphi de New York et fils de cet éminent collaborateur de l’analyse économique marxienne, Paul Mattick snr, qui a expliqué si bien la théorie de la crise de Marx en période d’après-guerre et exposé où l’économie dominante, en particulier Théorie et politique keynésienne. Paul Mattick jnr a continué le travail de son père avec autant de succès. Son livre, Business as Usual, est, à mon avis, la meilleure analyse du crash financier mondial et de la Great Recession facilement accessible aux non économistes – lecture essentielle.

La critique de Paul de mon livre se résume à la manière de valider la loi de la rentabilité de Marx en tant que théorie des crises. Comme il l’a dit dans son article de commentaire (Roberts Panel), il est d’accord pour dire que l’économie mondiale est dans ce qui pourrait être décrit comme une longue dépression et j’ai raison que les politiques keynésiennes et monétaires du courant dominant n’ont pas réussi à sortir le capitalisme de cet état déprimé .

Cependant, il considère ma tentative de validation de la théorie des crises de Marx en essayant de mesurer le taux de profit de manière marxiste comme impossible et inutile. « Ce n’est pas possible, fondamentalement parce que la valeur n’est représentée que par les prix, qui se déplacent indépendamment des valeurs ». Le taux de profit marxien ne peut être mesuré qu’en termes de valeur (temps de travail moyen) et pourtant toutes les statistiques officielles sont en prix; Et pire, dans les prix du marché d’une monnaie en général. De telles mesures de prix peuvent et varieront bien en fonction des valeurs modifiées de Marx (prix de la production), encore moins valeur. En tant que tel, toutes mes mesures de rentabilité « marxiennes » (et d’autres personnes) sont une perte de temps.

En outre, la plupart des mesures de rentabilité faites par moi et d’autres chercheurs sont des taux de profit nationaux et habituellement juste pour les États-Unis. De telles mesures, dit Paul, ne nous racontent rien sur le mouvement de la rentabilité dans le capitalisme mondial. Et la loi de Marx est basée sur une économie mondiale. Mais un taux mondial de profit avec un bon calcul de la plus-value totale au niveau mondial est impossible à mesurer.

En fait, Paul soutient que nous n’avons pas besoin de « tester » la loi de Marx et sa théorie des crises avec de telles mesures statistiques. Nous pouvons valider la théorie de Marx par le fait même que les économies capitalistes entrent dans des retombées récurrentes; Qu’il y a des périodes de prospérité et de croissance qui donnent lieu à des périodes de dépression, comme maintenant. L’accumulation capitaliste ne peut pas permettre une expansion harmonieuse et soutenue de la production et, plus particulièrement, l’accumulation de capitaux; Et il ne peut pas fournir plein emploi, etc. Paul dit: « Ce sont toutes les caractéristiques reconnaissables sans un appareil statistique significatif; Dans le travail de Marx, les données historiques pour la plupart fonctionnent pour illustrer, non pour tester, des idées théoriques. « Il n’est pas nécessaire d’entrer dans tous les détails de la mesure des taux de profit; C’est un exercice de futilité.

Eh bien, je ne suis pas d’accord. L’utilisation d’événements ou de tendances générales pour «illustrer» la validité d’une loi peut aider. Mais ce n’est pas assez. Les retombées dans le capitalisme s’expliquent par d’autres théories comme le «manque de demande» keynésien, ou de la «sousconsommation» par des bas salaires et des inégalités croissantes, etc. (post-keynésien); Ou par l’échec des secteurs de consommation à croître en fonction des secteurs des biens d’équipement (théorie de la disproportion); Ou par une dette excessive (Minsky) ou «trop de profits» qui ne peuvent être absorbés (Revue mensuelle). Les «caractéristiques» des crises capitalistes peuvent également être utilisées pour «illustrer» ces théories alternatives. En effet, ce sont les explications les plus dominantes dans le mouvement ouvrier et les mêmes événements illustratifs sont utilisés pour les valider.

Pour justifier la loi de la rentabilité de Marx, je crois que nous devons approfondir nos connaissances scientifiques. Cela implique de mesurer la rentabilité et de la relier à l’investissement commercial et à la croissance et aux chutes. Ensuite, nous pouvons même faire des prédictions ou des prévisions de crises futures. Et seulement alors, d’autres théories peuvent être rejetées en utilisant un ensemble de preuves empiriques qui soutiennent la loi de Marx.

Une telle approche peut être ambitieuse, mais ce n’est pas impossible. Tout d’abord, la loi de Marx peut être fondée sur les valeurs du travail, mais elle est exprimée dans les prix. Les capitalistes commencent par le capital monétaire et finissent avec plus de capitaux monétaires dans le mode de production capitaliste à but lucratif. L’argent est le lien entre la valeur et le prix. Oui, les prix du marché peuvent et varieront nécessairement selon les prix de la production et les valeurs des produits. Mais ils sont encore attachés comme une ancre ou un yo-yo à l’évaluation au fil du temps, même si la valeur change sans cesse en raison des changements dans la productivité du travail. La valeur totale est toujours égale aux prix totaux.

Plusieurs chercheurs ont montré empiriquement la relation étroite entre les prix du marché et la valeur de la production. Et les prix monétaires peuvent être vérifiés empiriquement par rapport à la valeur du temps de travail. Par exemple, Cockshott et Cottrell ont brisé l’économie dans un grand nombre de secteurs pour montrer que la valeur monétaire de la production brute de ces secteurs est en corrélation étroite avec le travail simultanément dépensé pour produire cette production brute: Anwar Shaikh a fait quelque chose de similaire. Il a comparé les prix du marché, les valeurs de main-d’œuvre et les prix de production standard calculés à partir des tableaux d’entrées-sorties américains et ont constaté qu’en moyenne, les valeurs du travail s’écarent des prix du marché de seulement 9,2 pour cent et que les prix de la production (calculés selon les taux de profit observés) S’écarter des prix du marché de seulement 8,2 pour cent.

Et G Carchedi dans un article récent a montré que la validité de la loi de la valeur de Marx peut être testée à l’aide des données officielles des États-Unis, qui sont des prix dévalorisés en monnaie étrangère des valeurs d’utilisation. Il a constaté que l’argent et les taux de profit de valeur se sont déplacés dans la même direction (tendennement à la baisse) et se sont suivis très étroitement. Carchedi et moi avons utilisé cela dans un document commun pour montrer comment le taux de profit dans les secteurs qui créent de la valeur et de la plus-value dans l’économie américaine n’est pas si loin de la rentabilité globale de l’ensemble de l’économie.

Cela m’amène à une autre critique de mon approche par Paul. Il dit que le taux de profit marxien est l’excédent total produit par le travail productif dans une économie et le travail improductif doit être mesuré dans le cadre de la plus-value totale. Mais, dit Paul, de nombreuses mesures du taux de profit des chercheurs ne tiennent pas compte des intérêts, des loyers et des bénéfices financiers qui font également partie de la plus-value totale. En termes marxistes, le taux de profit devrait être une mesure de la plus-value totale par rapport au capital avancé, et non au profit, tel que défini dans les statistiques capitalistes.

Paul a raison. En effet, c’est pourquoi j’utilise ce que j’appelle une mesure de «toute l’économie». Cela définit la plus-value (pour une économie nationale) en tant que revenu national brut annuel (moins la dépréciation annuelle des moyens de production) moins le coût des salaires et des avantages. Ensuite, pour obtenir le taux de profit, cette plus-value est divisée par le capital total avancé pour les moyens de production (immobilisations) et le capital circulant (matières premières ou stocks) dans les secteurs productifs et le capital variable (travail) dans les secteurs productifs . Cela englobe ensuite la critique de Paul de certaines mesures qui excluent les loyers, les intérêts et les bénéfices financiers. À mon avis, toutes ces pièces mobiles peuvent être mesurées pour offrir un taux de profit significatif à l’aide de statistiques officielles. Nous pouvons mesurer le capital «productif» et nous pouvons intégrer toutes les formes de plus-value. Et plusieurs chercheurs l’ont fait pour différents pays. Si vous lisez ce blog régulièrement, vous savez qui ils sont.

Ce qui appuie ces tentatives de faire l’impossible (de l’avis de Paul) sont les résultats. Cependant, le taux de profit est mesuré, la tendance générale est la même. Prenez la période d’après-guerre, en utilisant des statistiques officielles pour les États-Unis, vous pouvez mesurer le taux de profit de l’économie entière pour le secteur des entreprises uniquement pour le secteur des sociétés non financières ou même pour une définition plus précise «Secteur» et la tendance générale est la même. Il y a eu un taux de profit élevé après 1945, qui dure jusqu’au milieu des années 1960. Ensuite, il y a une crise de rentabilité qui dure jusqu’au début des années 1980. Ensuite, il y a une reprise «néo-libérale» de la rentabilité qui se termine à la fin des années 1990 ou d’ici 2001. Après cela, le taux de profit ne revient pas au niveau des années 1990 et certainement pas à cela dans les années 1960. Je pense que ces mesures sont robustes (parce qu’elles sont similaires) et fournissent ainsi des validations puissantes de la loi de rentabilité de Marx. Ils ne doivent donc pas être renvoyés, car ils contribuent à réfuter les théories alternatives des crises.

Oui, ces mesures ne sont que nationales et ne montrent pas le «taux de profit mondial», ce qui serait nécessaire pour soutenir pleinement la loi de Marx. Comme le dit Paul: « Une augmentation de la rentabilité du capital américain ne nous dit rien déterminé sur le taux de profit marxien ». Mais des tentatives sont faites pour mesurer un tel «taux mondial» par divers érudits, y compris moi. Ils sont en moyenne les taux nationaux, pas une solution idéale théoriquement, mais néanmoins, ils donnent des résultats similaires aux mesures américaines comme décrit ci-dessus.

Paul dit que vous ne pouvez pas avoir un lien direct entre la rentabilité et l’investissement dans une économie capitaliste, car les retours d’investissement sur le marché boursier sont vraiment des réflexions de capitaux fictifs et non le taux de profit sur le capital productif. Comme Paul cite un analyste des valeurs mobilières: «le prix de la sécurité n’a pas de relation directe avec la plus-value actuellement exploitée par la main-d’œuvre productive».

De toute évidence, les rendements du marché boursier peuvent varier considérablement du rendement du capital productif. Dans The Long Depression, et dans mon précédent livre, The Great Recession, je fais également ce point. Les dividendes et les gains en capital découlant des achats sur le marché boursier ne sont pas la mesure marxiste du bénéfice car ils sont faussés par le caractère fictif du capital financier. La plupart des bénéfices accumulés dans le secteur financier sont fictifs, en particulier les gains provenant des achats d’obligations d’État. L’emprunt du gouvernement et l’impression de l’argent fournissent un flux continu de bénéfices fictifs.

Mais cela peut être pris en compte et plusieurs chercheurs l’ont fait. Nous pouvons approfondir les données et commencer à montrer le lien de causalité clair entre le mouvement dans la rentabilité du capital dans les secteurs productifs, l’investissement dans le capital productif et la croissance économique – en effet, le mouvement dans la masse du profit dans une économie est un très Un bon guide sur la probabilité d’une modification de l’investissement des entreprises et d’un ralentissement de la production capitaliste (The juros d’investissement GM Roberts HMNY avril 2017). L’autre interlocuteur du Forum de gauche, Jose Tapia, a montré exactement cela pour l’économie américaine (le_investissement_call_the_tune_may_2012__forthcoming_rpe_), ainsi qu’un document récent et complet de G Carchedi sur la loi et les crises de Marx.

Je pense donc que nous pouvons aller plus loin que simplement utiliser des preuves anecdotiques pour «illustrer» la loi de Marx sur les crises. Nous pouvons fournir des preuves solides basées sur des données empiriques robustes pour soutenir la loi de la rentabilité de Marx et sa relation avec les crises récurrentes sous le capitalisme. Oui, la tâche consistant à définir nos catégories et à masser les données afin de mesurer les choses avec précision est formidable. Mais personne ne prétend que la science est facile (et on se trompe souvent), mais je suis d’avis que ce n’est pas impossible.

De plus, il est nécessaire. Sinon, les théories alternatives à la théorie de Marx continueront à revendiquer la validité et à dominer. Et ce sont de mauvaises nouvelles parce que ces théories alternatives fournissent des politiques qui visent à «gérer» ou à «corriger» le capitalisme plutôt que de le remplacer. Et ces politiques ne fonctionnent pas et ne fonctionneront pas dans l’intérêt de la majorité (la classe ouvrière) et perpétueront les iniquités et les horreurs du capitalisme.

Paul est également sceptique de ma proposition selon laquelle il existe des cycles ou des régularités discernables dans l’accumulation capitaliste, bien qu’il reconnaisse qu’il y ait ou non «peu importe d’un point de vue marxiste». Dans le prochain post, je traiterai La critique de mon point de vue sur les cycles dans le capitalisme tel que présenté par Jose Tapia, l’autre intervenant dans le panneau du Forum de gauche sur mon livre.

 

Source:   https://thenextrecession.wordpress.com/2017/06/05/paul-mattick-and-validating-marxs-law-a-critique-of-the-long-depression/

 

Advertisements

«Finance Capital Today»: le plus récent livre de François Chesnais

Sur les liens entre le capitalisme financier international, la crise, le paupérisme et la guerre

par Louis Gill

Bien connu pour son précieux apport des quarante dernières années à l’analyse du capitalisme contemporain et de ses crises économiques et financières, l’économiste François Chesnais vient de publier dans la collection « Historical Materialism Book Series » des Éditions Brill (Leiden et Boston) un livre intitulé Finance Capital Today. Corporations and Banks in the Lasting Global Slump. Ce livre est une remarquable synthèse de l’abondante réflexion qui a porté sur le sujet et, en particulier, de la sienne propre. Rappelons à cet égard quelques-unes de ses contributions, sous la forme : 1) de monographies (La mondialisation du capital, Syros, 1994 et 1997, Les dettes illégitimes, Raisons d’agir, 2011); 2) de direction ou de codirection d’ouvrages collectifs (La mondialisation financière, Syros, 1996, Les pièges de la finance mondiale, avec Dominique Plihon, La Découverte-Syros, 2000); 3) de conférences et de communications lors de séminaires et de colloques; 4) d’articles publiés dans des revues, parmi lesquelles La Vérité, Actuel Marx, Contretemps, La Brèche, et Carré Rouge, dont il a été l’un des fondateurs en 1995 et le principal animateur jusqu’à sa disparition en 2013.

Ce livre, écrit Chesnais, se penche sur deux dimensions, distinctes mais inter-reliées, de l’économie mondiale contemporaine. La première consiste dans les formes et les conséquences de l’interpénétration de grandes banques et de sociétés industrielles, commerciales et de services, ayant atteint un niveau très élevé de concentration et d’internationalisation, qui constitue la forme contemporaine de ce que le marxiste autrichien Rudolf Hilferding désignait comme le « capital de finance » dans son ouvrage de 1910 intitulé Das Finanzkapital. La deuxième consiste dans ce qu’il définit comme « la finance en tant que finance » (en anglais finance qua finance), pour représenter le processus associé à la croissance spectaculaire, au cours des quarante dernières années, des actifs (actions, obligations et dérivés) détenus par les sociétés financières (banques et fonds), mais aussi par les départements financiers des sociétés industrielles et commerciales transnationales. Ce capital, Chesnais le désigne comme le « capital financier », pour le distinguer du « capital de finance » au sens d’Hilferding. Son analyse procède des catégories de « capital porteur d’intérêt » et de « capital fictif », énoncées par Karl Marx dans la Ve Section du Livre III du Capital. Chesnais est d’ailleurs largement responsable d’avoir mis en lumière cette dimension fondamentale de l’analyse de Marx, dans un article de 1979 intitulé « Capital financier et groupes financiers : recherche sur l’origine des concepts et leur utilisation actuelle en France », publié en 1981 dans un livre collectif sous la direction de Charles-Albert Michalet[1]. Il s’est par la suite inlassablement appuyé sur ces éléments clés de l’analyse de Marx dans ses nombreux écrits.

 

D’entrée de jeu, Chesnais désigne le questionnement suscité par le divorce qui s’est de plus en plus creusé, depuis les années 1980, entre une explosion des marchés financiers qui n’a été freinée que temporairement par le déclenchement de la crise en 2007-2008, et le piètre état de l’économie réelle sous-jacente, ainsi que la hausse du taux d’exploitation de la force de travail, dans un contexte où le rapport de forces entre le capital et le travail a sans cesse évolué en faveur du capital. Un des objectifs de ce livre, écrit-il, est de rendre compte de ce divorce dans le contexte économique et politique de la crise économique et financière mondiale qui se poursuit. Cette crise, précise-t-il, est une crise de suraccumulation et de surproduction sur fond de taux de profit en baisse. En gestation depuis la deuxième moitié des années 1980, elle avait été reportée par une création massive de crédit et par la pleine incorporation de la Chine à l’économie mondiale. Certains l’ont caractérisée comme une « crise de financiarisation » ou une crise du « capitalisme financiarisé ». Cela prête à confusion, dit Chesnais, qui la définit comme une crise du capitalisme tout court à un moment donné de l’histoire, dont l’achèvement de la mondialisation (la globalisation) et la financiarisation sont des traits majeurs. Comme les États-Unis, en tant qu’État et en tant que lieu d’accumulation du capital, ont occupé une place centrale dans cette globalisation, il n’est pas étonnant que ce soit aux États-Unis que « le génie de la finance soit sorti de la bouteille ». D’autant plus que c’est aux États-Unis, plus que nulle part ailleurs que le système du crédit a été étiré, au moins depuis 1998, à son extrême limite. Mais la crise qui se poursuit, précise Chenais, était, dès son éclatement en août 2007, une crise mondiale, et non une simple « Grande Récession » nord-américaine. Et, aujourd’hui, aucune économie individuelle ne peut propulser seule l’économie mondiale hors de la crise, comme les États-Unis l’ont fait dans les années 1940 dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale et de ses suites.

 

Chesnais en conclut que, si on définit une fin de crise comme le moment où une accumulation générale et soutenue de capital productif ressurgit dans l’ensemble du système mondial, alors il faut en conclure, près de dix ans après août 2007, qu’il n’y a pas de fin de crise en vue. Toutes les organisations internationales (FMI, BRI, OMC, CNUCED, etc.), chacune dans son champ de spécialisation, en font le constat, remarque-t-il. Le maintien à flot des principaux pays industrialisés repose sur leur dépendance ininterrompue à une injection de liquidités par les banques centrales, avec l’instabilité financière qui s’ensuit. La situation est aggravée par le fait que la Chine a cessé d’être le moteur économique qu’elle était. Chesnais rejette la caractérisation de « stagnation séculaire » avec laquelle des économistes keynésiens ont renoué pour décrire la situation d’impasse dans laquelle se trouve l’économie mondiale. Il invite plutôt à prendre conscience de ce que la société humaine est désormais inéluctablement confrontée aux conséquences des « limites historiques » du capitalisme. Cela, dit-il, a cessé d’être un simple concept intuitif pour devenir une réalité qui peut d’ores et déjà être chiffrée, notamment, en termes de dépossession et d’appauvrissement, et d’inégalités de richesse qui sont revenues à leur niveau des années 1920. La plus grave dimension de cette impasse historique du capitalisme, souligne-t-il, est la crise climatique et environnementale, qui met en cause la survie même de l’humanité. Il consacre à cette question fondamentale la conclusion du livre.

 

Le livre compte une introduction, dix chapitres et une conclusion. Il comprend une imposante bibliographie de 850 titres. Le lectorat non-anglophone, habitué à lire les écrits de Chesnais surtout en français, mais aussi en espagnol et en portugais, souhaitera vivement, j’en suis sûr, que des traductions, au moins dans ces langues, en soient réalisées dans les meilleurs délais.

*******

 

Pour dévoiler davantage le contenu du livre et en motiver la lecture, voici quelques notes complémentaires qui puisent librement dans le texte, avec les renvois appropriés.

 

La crise en cours, lit-on au chapitre 1, intitulé Le cadre historique de la crise et ses traits originaux, a mis un terme à la plus longue phase d’accumulation de l’histoire du capitalisme : plus de 60 ans si on en situe le point de départ à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, 40 ans si on le situe à la fin de la première récession de l’après-guerre, en 1976. Au cours de cette période, le rythme de l’accumulation dans les pays capitalistes avancés, mesuré par le taux de croissance de leur PIB, a continuellement ralenti, mais il ne s’est effondré qu’en 2009. (p. 25)

 

« Le succès avec lequel le capitalisme a repoussé ses barrières immanentes pendant plusieurs décennies, l’ampleur de la création de dettes depuis 2001, ainsi que les politiques mises en œuvre pour contenir la crise en 2008-2009 et après, aident à comprendre l’accumulation massive de capital fictif engagé dans d’innombrables opérations spéculatives se nourrissant de la valeur et de la plus-value créées, simultanément à une suraccumulation globale de capacités productives et à une surproduction dans un vaste éventail d’industries » (p. 36). Ces énormes montants qui sont l’objet d’incessantes transactions, poursuit Chesnais, « sont aux mains de puissants conglomérats financiers qui possèdent la capacité de dicter leurs politiques aux gouvernements à travers un ensemble de canaux politiques et financiers ».

 

L’utilisation par Chesnais de la dénomination « capital de finance » empruntée de Hilferding, pour qui ce capital est un capital-argent mis à la disposition des industriels par les banquiers, ne doit pas suggérer que les grandes entreprises industrielles d’aujourd’hui seraient sous le contrôle des banques. Elles sont au contraire, écrit-il, elles-mêmes intensément engagées dans les opérations des marchés financiers, y compris les plus spéculatives. « Les traits parasitaires du capital porteur d’intérêt, dont Marx a eu l’intuition et sur lesquels Lénine a par la suite mis l’emphase, pénètrent de la même manière les opérations de toutes les composantes du capital : capital-argent, capital commercial et capital industriel » (p. 8); de sorte que les grandes banques et les entreprises industrielles représentent en somme « des différenciations au sein du capital de finance » (p. 93).

 

Chesnais illustre cette symbiose et la similitude des opérations des banquiers, des industriels et des marchands dans une section intitulée « Les banques comme marchands et les sociétés transnationales comme capitalistes financiers », dont les deux sous-sections s’intitulent « Les opérations des conglomérats financiers dans le commerce des marchandises et dans la production » et « Les opérations financières des sociétés transnationales ». Il mentionne notamment le cas du grand conglomérat financier états-unien Citigroup, qui a reçu en 2003 de la Réserve fédérale (Banque centrale) des États-Unis l’autorisation d’intervenir sur les marchés du pétrole, du gaz naturel, des produits agricoles et d’autres produits non financiers, etc. (p. 109-110).

 

Les entreprises industrielles sont l’un des principaux fondements de la puissance du capital de finance », écrit Chesnais (p. 45). Elles ont été « à l’avant-poste de sa restauration de l’après-guerre. Jusqu’au début des années 1990, elles étaient les agents les plus actifs de l’internationalisation du capital » (idem). Elles ont aussi contribué à la relance de la City de Londres comme centre des opérations financières internationales. « Lorsque le capital n’est pas réinvesti dans la production, faute d’un taux de profit suffisant, ou que la demande finale est insuffisante pour justifier de nouveaux investissements, une partie des profits est conservée et éventuellement investie dans l’accumulation financière » (p. 45 et 245) […] « Simultanément, l’accroissement de l’endettement gouvernemental a augmenté le volume des titres de dette offerts sur les marchés, alors que les politiques d’austérité et de mesures favorables aux employeurs ont posé des barrières plus élevées à la réalisation  des valeurs produites et à la complétion du cycle d’accumulation ».

 

« S’en est suivie une pléthore de capital sous la forme de capital fictif, centralisée dans les fonds communs de placement et les fonds spéculatifs (hedge funds), qui a alimenté une instabilité financière globale, elle-même aggravée par la politique monétaire de rachat de titres gouvernementaux par des Banques centrales procédant aussi à l’achat de titres privés à risque, une politique dite « d’assouplissement quantitatif » qui est devenue l’instrument majeur de la politique économique » (p. 245).

 

Avant d’aborder les rapports entre sociétés financières et non financières dans le contexte actuel, Chesnais consacre une brève section de son chapitre 4 (The Organisational Embodiements of Finance Capital…) à l’évolution historique de ces rapports dans quatre pays d’importance centrale, l’Allemagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Il met en lumière les caractéristiques fort différentes des quatre pays (p. 94-102).

  • En Allemagne, on note une forte domination des banques sur l’industrie et la formation de cartels au tournant du 20e siècle, avec la persistance de ces étroites relations après la Deuxième-Guerre mondiale, jusqu’à ce qu’elles commencent à s’éroder avec la transformation des grandes banques en conglomérats financiers dans les années 2000; à souligner par ailleurs la très faible capitalisation des entreprises allemandes en pourcentage du PIB : 30 % en moyenne de 1990 à 2005, comparativement à 113 % aux États-Unis et 132 % en Grande-Bretagne.

 

  • Aux États-Unis, où la concentration bancaire s’est développée parallèlement à celle de l’industrie, une forme spécifique de contrôle direct des banques sur la grande industrie a pris la forme, au début du 20e siècle, de « money trusts », qui étaient des banques d’investissement de la première mouture exerçant une vaste concentration de contrôle, au cœur desquelles se trouvaient notamment JP Morgan et la famille Rockefeller, propriétaire de la Standard Oil. La très rapide croissance de la Bourse à partir de la fin de la Deuxième Guerre mondiale a entraîné la disparition de détenteurs d’actions dominants et posé la question de la séparation entre la propriété et le contrôle des entreprises.

 

  • En Grande-Bretagne, on note au contraire à la même époque une absence marquée de liens entre banque et industrie. En tant que centre du système monétaire mondial fondé sur l’or, les banques de la City ont plutôt fait d’importants profits grâce au marché monétaire et aux opérations de change (p. 98). « La City peut être caractérisée comme ayant aidé à construire le premier système d’appropriation mondiale de plus-value sous forme de profits et d’intérêts provenant de l’étranger » (p. 99). Ainsi, « l’’avantage comparé’ de la Grande-Bretagne devait se trouver, non pas dans l’industrie, mais dans le commerce et la finance et dans le rôle sans cesse croissant de la City dans le système financier globalisé ».

 

  • Au centre de la spécificité française, écrit Chesnais, se trouvent l’appui de l’État à l’industrie et les grands emprunts étrangers. « Le seul exploit de la Bourse des valeurs a été le financement de la Compagnie du Canal de Suez » (p. 100). Débordant d’argent en raison d’une faible demande de l’industrie, les banques se sont tournées vers le prêt international, en premier lieu à la Russie qui, à partir de 1880, est devenue la première destination du prêt et de l’investissement direct français, puis vers l’Argentine et le Mexique, ainsi que vers les colonies françaises d’Afrique et de l’Asie du sud-est (Indochine). « Un faible investissement industriel et une faible demande de financement provenant des banques ou de la Bourse sont des traits persistants du capitalisme français, où prédominaient les entreprises d’État et les entreprises familiales bénéficiant d’un accès privilégié au financement public » (p. 101).

Dans l’Introduction du livre, Chesnais précise : 1) que son analyse se situe dans le cadre de « l’achèvement du marché mondial », dont Marx, dans son Esquisse d’une critique de l’économie politique (Grundrisse) de 1857-1858, écrit qu’il est contenu dans le concept même du capital;  2) qu’il faut, à l’instar de Léon Trotsky, considérer le monde, non comme une somme de composantes nationales, mais comme une « totalité hiérarchiquement différenciée » au sein de laquelle s’articulent les réalités nationales (p. 10). Prendre l’économie mondiale comme le point de départ de l’analyse implique que l’on tienne compte de l’ensemble des intervenants avec la spécificité de chacun, comme cela vient d’être rappelé dans le bref coup d’œil sur l’histoire des relations entre banque et industrie en Allemagne, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France. Chesnais souligne notamment que la place de la City de Londres dans le processus de l’accumulation financière et de la globalisation a été incorrectement minimisée par rapport à celle qui a été reconnue à Wall Street (p. 11).

 

De même, pendant les deux premières années de la crise financière, certains ont soutenu que les banques européennes en difficulté étaient les victimes d’une situation dont les États-Unis portaient l’essentiel de la responsabilité. Cela est devenu indéfendable, écrit Chesnais, lorsque l’Union européenne s’est engouffrée entre 2010 et 2013 dans une crise incorrectement désignée comme une crise de « dettes souveraines », et qu’il est devenu clair que les difficultés rencontrées tiraient largement leur source dans les incongruités de ses traités fondateurs. Et le problème ne saurait se limiter à l’absence d’un « gouvernement fédéral » de l’Union; il se situe d’abord dans la priorité conférée par ces traités à la « concurrence sans entraves » qui est le fondement de toute sa construction (p. 236).

 

Tant d’autres sujets de ce livre, qui mériteraient qu’on les commente, ne peuvent être que mentionnés dans le cadre restreint de cette recension, parmi lesquels les innovations financières délétères qui ont précipité l’économie dans le marasme, la titrisation des actifs et le passage du modèle traditionnel de l’activité bancaire, modèle d’« octroi-détention de crédits » (originate-to-hold model), à un nouveau modèle qualifié de modèle d’« octroi-cession de crédits » (originate-to-distribute model), la formidable croissance du « système bancaire de l’ombre » (shadow banking system) et des fonds spéculatifs (hedge funds), le déplacement du risque du système bancaire traditionnel vers les fonds spéculatifs et le système de l’ombre, les nouvelles modalités de contagion et de dispersion du risque, l’ampleur et les conséquences de la prolifération des taux d’intérêt négatifs; notons en particulier à ce sujet que, « entre décembre 2014 et fin mai 2015, en moyenne 2000 milliards de dollars de titres de dette souveraine ont été transigés à des taux d’intérêt négatifs » ! (p. 247), etc.

 

En somme, un livre à lire absolument.


[1] Par excès de modestie ou par inadvertance, Chesnais attribue plutôt au marxiste britannique David Harvey, dans son ouvrage de 1982 intitulé Limits to Capital, la paternité de l’utilisation de la catégorie de capital fictif (voir p. 18). Je signale que je l’ai aussi utilisée dans le tome 2 de mon livre L’économie capitaliste : une analyse marxiste, publié en 1979. Il faut mentionner qu’elle l’avait été depuis le début des années 1970 par la section française du courant trotskyste international auquel nous appartenions alors lui et moi, dans sa revue théorique La Vérité.

Source:  http://iris-recherche.qc.ca/blogue/finance-capital-today-le-plus-recent-livre-de-francois-chesnais

Communisme contre productivisme


 

 

 

Par Julien Varlin

Le capitalisme s’annonce comme une immense accumulation de marchandises… En se battant chacun contre les autres pour faire du profit, les capitalistes ont engendré un système qui a fait exploser les capacités de production. Mais cette production devient un tyran, une source d’aliénation : elle vampirise le sang et la sueur de millions d’hommes et de femmes, puis elle leur vomit dessus une avalanche de marchandises plus ou moins utiles… ou nocives ! Quant à l’effet désastreux sur l’écosystème mondial, il n’est plus à démontrer. Que faire ?

Un moteur aveugle

Le « PIB par terrien » n’a fait quasiment qu’augmenter en permanence. Pourtant, le moins que l’on puisse dire est que cela n’a pas conduit à un « harmonieux progrès de l’humanité ».

D’une part, d’innombrables vies de travailleurs-ses ont été sacrifiées, et sont toujours sacrifiées physiquement partout où les exploité-e-s n’ont pas établi un minimum de rapport de forces pour obtenir un peu de ce qu’ils/elles produisent…

D’autre part, le moteur vient fatalement s’enrayer périodiquement, rejetant au chômage les un-e-s et pressurant les autres. Dans un pays comme la France, où la production par habitant a triplé depuis 1960 malgré l’apparition d’un chômage de masse, on nous dit qu’il faudrait travailler plus ! Et depuis la crise de 2008, la moitié de la population voit même son « niveau de vie » baisser.

Enfin, le « niveau de vie » ne fait pas la qualité de vie. Les capitalistes prétendent répondre aux besoins par des biens matériels, quand il est rentable pour eux de les produire (dans ce cas ils savent même créer ces besoins…). Mais dans le même temps des pans entiers du cadre de vie sont laminés : casse de la santé, de l’éducation, crise du logement, temps passé dans les transports, malbouffe, mais aussi concurrence entre salarié-e-s, stress, détresse sociale… L »aliénation vécue dans le travail et l’atomisation nous poussent à chercher des palliatifs dans la consommation. D’une certaine manière, la façon dont nous occupons notre temps hors travail n’est pas « libre » mais déterminée par le système. Le capitalisme engendre le consumérisme, la dépossession de nos vies, l’impossibilité de développer et d’exprimer nos capacités.

La « gauche » d’aujourd’hui n’a pourtant que la « relance de la croissance » comme horizon, ce qui montre qu’elle se place totalement sur le terrain du capitalisme.

La croissance et ses crises

La croissance, c’est en termes marxistes l’accumulation de capital. Marx a montré que le fait même d’accumuler du capital engendre une tendance à la baisse du taux de profit. En clair, il est de moins en moins rentable d’investir pour ouvrir de nouvelles entreprises, exploiter d’autres salarié-e-s… Pour garder un taux de profit élevé, les capitalistes peuvent alors augmenter… le taux d’exploitation. Mais ils ne peuvent évidemment pas tirer à l’infini sur cette corde. La rentabilité est alors recherchée dans la spéculation (et les bulles finissent par éclater) ou soutenue par l’endettement public (mais les contribuables chômeurs ou surexploités ne sont pas inépuisables non plus). Quoi qu’il en soit, la croissance capitaliste débouche toujours sur une crise.

Un moteur polluant

Pour compléter le tableau, le fonctionnement du capitalisme est écologiquement suicidaire[1]. Les activités humaines ont toujours eu des impacts sur les milieux naturels. Mais sous le capitalisme, l’ampleur est sans précédent, alors que notre connaissance de ces impacts est chaque jour plus précise. Certaines réglementations ont aidé à empêcher des pollutions locales trop visibles, mais au moins un problème structurel perdure : la hausse des rejets de gaz à effet de serre qui causent le dérèglement climatique, et le gaspillage de ressources non renouvelables.

Des apôtres du capitalisme vert nous promettent que la croissance capitaliste va peu à peu se faire vertueuse, en se “dématérialisant”. En clair, produire une même quantité de richesses consommerait de moins en moins de ressources. A priori ce n’est pas totalement idiot, car certaines améliorations vont dans ce sens (efficacité énergétique, recyclage, énergies renouvelables…). On peut par exemple observer l’intensité énergétique (énergie consommée pour 1 point de PIB supplémentaire), qui a notablement diminué ces 40 dernières années, ou encore l’intensité matérielle (quantité de matières premières pour 1 point de PIB) qui a diminué de 50% depuis 1980.

Seulement, ces améliorations sont insuffisantes. Non seulement il y a de gros freins sur les améliorations d’efficacité possibles, mais surtout le volume de la production et des échanges augmente de façon tellement rapide qu’il contrebalance totalement cet effet. Selon toute évidence, chercher une solution purement technique serait une impasse.

Source : http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-grenelle/jancovici-complts.pdf

Vive la récession ?

On l’a vu, la panne de la croissance capitaliste a des effets anti-sociaux. Est-ce qu’au moins elle stoppe la gabegie écologique ? C’est loin d’être évident. Le ralentissement de la croissance a paradoxalement aussi de nombreux effets néfastes : en cherchant à rehausser leur rentabilité, les capitalistes sous-investissent (rendant encore plus polluantes et dangereuses certaines industries), externalisent et délocalisent (augmentant les déplacements)… En clair, on ne doit rien attendre de bon du capitalisme, que son moteur s’emballe ou qu’il crachote. Pour que l’humanité ait un avenir, il faut qu’elle maîtrise enfin sa production et toute l’organisation sociale qui est basée dessus. Exproprier les entreprises, les usines, les transports, la distribution… ce n’est pas une rengaine marxiste poussiéreuse, c’est une condition nécessaire !

Sortir du productivisme

A l’issue de la révolution socialiste il y aurait de très nombreux chantiers à lancer : dans la santé, l’éducation, la culture, la rationalisation de la production, la reconversion des énergies du passé… Sans oublier l’immense majorité des pays du monde qui ont besoin de développement des réseaux d’eau potable, d’une agriculture de subsistance et durable, de l’électrification… Il est donc assez difficile de dire si le résultat global serait une croissance ou une décroissance du PIB, en tout cas dans un premier temps. Mais ce qui est certain, c’est qu’une décroissance drastique de la consommation d’énergie et de ressources naturelles est nécessaire, et que cela pourra et devra passer par une baisse du PIB dans les pays industrialisés.

Ce qui est certain aussi, c’est que le fétichisme du PIB s’effondrerait, parce qu’il serait réduit à une simple mesure (après une vraie remise à plat tout de même). Il n’aurait plus cette apparence de divinité qui fait la pluie (acide) et le beau temps (pour certains), les « créations d’emplois » et les rejets de CO2. Les travailleurs/ses n’auraient plus que l’équation entre leurs besoins et l’écologie à résoudre, sans le parasitisme capitaliste et le chantage aux emplois[2].

Or cette révolution rendrait immédiatement possible de profonds changements, qui permettraient certainement une décroissance de la consommation d’énergie et de ressources naturelles. Pour reprendre les indicateurs utilisés plus haut, on peut distinguer plusieurs effets majeurs :

  • Réduction drastique de « l’intensité énergétique » (énergie nécessaire à la production) Les entreprises sont situées un peu n’importe où, selon les décisions qu’ont prises les patrons chacun de son côté sous la pression du marché : loyers moins chers ici, travailleurs moins payés là-bas… Par exemple beaucoup d’entreprises françaises se sont installées en pleine campagne dans les années 1960, pour fuir les bastions syndicaux urbains. Tant pis si cela génère des transports routiers dans tous les sens. Et surtout, la concurrence engendre pour un même type de produit des entreprises en double, triple… C’est tout l’inverse que l’on pourra faire : regrouper les lieux de production près de grands axes de transports pour réduire le nombre de camions (rail, fluvial…). Et plus généralement, la consommation d’énergie pour les transports pourra être énormément réduite : par un parc de logements socialisés permettant à chacun d’habiter où il souhaite, par une politique volontariste de développement des transports en commun pour pouvoir faire le maximum de déplacements sans voiture… Pour le chauffage, on pourra débloquer tous les moyens nécessaires à l’isolation des bâtiments, développer massivement les réseaux de chaleur… Il n’y aura plus de raison non plus de produire des appareils économes et des appareils énergivores : la qualité pour tou-te-s !
  • Réduction drastique de « l’intensité matérielle » (ressources consommées pour produire) Les travailleurs-ses pourraient réaliser cette « société du recyclage » dont les capitalistes parlent beaucoup, en le prévoyant dès la conception des produits, avec des compositions et des structures connues publiquement, des filières planifiées… Surtout, avec la même logique, c’est la réparabilité qui pourrait être re-développée sur une base industrielle (pièces détachées compatibles…). Et avant tout recyclage énergivore, la réutilisation pourrait prendre de l’ampleur (consignes…). Encore plus en amont : la fin de la course au profit stoppera le fléau de l’obsolescence des produits. Et ce qui réduit l’intensité matérielle réduit aussi l’intensité énergétique évoquée ci-dessus, vu que toute transformation de matière demande de l’énergie.
  • Réduction drastique de « l’intensité carbone » (CO2 rejeté par la production d’énergie) En parallèle de cette fin du gaspillage systématique d’énergie, le restant d’énergie à produire pourra être rapidement porté à 100% d’énergies renouvelables. Solaire thermique / photovoltaïque, géothermie, éolien, hydraulique, biomasse… Ce ne sont pas les solutions qui manquent, mais les investissements.

Pour certaines de ces pistes, les écologistes capitalistes montrent leur impuissance quand ils essaient d’aller dans le même sens, par de timides incitations ou taxes (qui ont presque toujours un effet antisocial). Les travailleurs/ses ne doivent pas chercher à « inciter » les capitalistes, mais décider eux-mêmes !

De ce simple fait, certaines dépenses pourront être purement supprimées. On peut penser à des secteurs entiers comme les armes et la publicité, mais aussi à de nombreux intermédiaires comme les grossistes, courtiers, agents immobiliers, traders… qui ne sont plus nécessaires si l’économie est planifiée.

La population d’aujourd’hui est consommatrice mais n’a pas du tout l’impression d’être productrice. La population affranchie aurait enfin une vision rendue globale, elle saurait précisément ce que coûtent les richesses, en termes écologiques, mais aussi en termes de travail ! L’équation reviendrait dans beaucoup de cas à « produire telle quantité ou travailler moins et profiter d’un meilleur environnement » ? La question écologique serait de fait une part essentielle des questions démocratiques, et la démocratie (socialiste) apporterait une grande partie de la réponse.

Cet ensemble de bouleversements de la sphère économique est déjà en lui-même une urgence pour en finir avec les catastrophes qu’engendre le capitalisme. Mais on ne peut pas penser un instant que cela ne transformerait pas aussi les mentalités, les habitudes, les modes de vie. Le socialisme est aussi la voie vers la fin de l’aliénation : si l’humanité a la maîtrise de sa propre force, sans exploitation de classe, cela ne peut que transformer profondément son rapport à la nature.

 

[1] Voir notre article Le capitalisme implique structurellement gaspillage, pollution et désastre écologique

[2] En revanche l’histoire du stalinisme et de son stakhanovisme a montré qu’il ne suffit pas que les moyens de production soient « étatisés » pour mettre fin au productivisme : il faut aussi que les travailleurs/ses eux-mêmes maîtrisent et décident ce qu’ils/elles font, et commet ils/elles le font.

 

LE CAPITALISME NE VA PAS S’EFFONDRER SOUS LE POIDS DE SES CONTRADICTIONS

Michel Husson, Agence Chine nouvelle (Xinhua), 1er mars 2017

Pour Michel Husson, économiste français travaillant à l’Institut de recherches économiques et sociales, auteur du livre Le capitalisme en 10 leçons, la crise du capitalisme est globale, systémique, imbriquant contradictions sociales et contradictions écologiques de manière inédite. Dans une interview accordée récemment à Xinhua, il a indiqué que « le capitalisme ne va pas s’effondrer sous le poids de ses contradictions », et que la véritable réponse aux besoins sociaux et aux contraintes environnementales réside dans le dépassement du capitalisme vers un « écosocialisme » que seules des luttes sociales d’envergure sont susceptibles de mettre en place.

Selon Michel Husson, la crise est inquiétante et elle inquiète aussi ceux qui ont la responsabilité de guider le système, comme Christine Lagarde, la directrice générale du FMI. De son propre point de vue, le capitalisme n’est pas vraiment sorti de la crise financière. Ni la croissance, ni l’accumulation du capital, ni le profit n’ont vraiment repris. Le commerce international est en train de s’étouffer et beaucoup d’économistes envisagent la perspective d’une stagnation séculaire.

En Europe, et particulièrement au sein de la zone euro, la crise prend une dimension particulière, celle d’une divergence croissante entre les pays du « Nord », autour de l’Allemagne et ceux du « Sud », à savoir le Portugal, l’Italie, l’Espagne et surtout, évidemment le Grèce. Le Brexit – la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne – contribue à un climat de perte de confiance dans les vertus de la monnaie unique. La question des dettes publiques risque aussi de réapparaître si les taux d’intérêt recommencent à augmenter, a ajouté l’économiste français.

Pour comprendre la crise, il faut la mettre en perspective historique et analyser l’évolution du taux de profit. C’est en effet la rentabilité du capital qui mesure la bonne santé du capitalisme. Celle-ci dépend à son tour de deux facteurs : le salaire et la productivité. Dans le capitalisme d’après-guerre, les gains de productivité permettaient à la fois d’augmenter les salaires et de garantir un taux de profit élevé. Mais à partir du milieu des années 1970, les gains de productivité ont commencé à ralentir tendanciellement, et c’est la cause profonde de la crise, a-t-il poursuivi.

M. Husson a ajouté que malgré cet épuisement des gains de productivité réduits, le capitalisme néo-libéral qui s’est mis en place au cours des années 1980 a réussi à rétablir le taux de profit. Il a pu réaliser cette prouesse en faisant baisser de manière tendancielle la part des salaires dans le revenu national. Mais il a dû aussi faire appel à des dispositifs artificiels qui ne pouvaient se prolonger indéfiniment : creusement des inégalités, surendettement, financiarisation, mondialisation déséquilibrée, etc. La crise actuelle peut donc être interprétée comme la crise des solutions apportées à la crise précédente. « Il n’existe pas de situation absolument sans issue », disait Lénine en 1920, au IIème congrès de l’Internationale Communiste. Le capitalisme ne va pas s’effondrer sous le poids de ses contradictions. Mais il est possible de démontrer que sa pérennité dépend de sa capacité à imposer une régression sociale permanente. Le capitalisme a perdu toute légitimité sociale : il ne promet plus rien et réclame toujours davantage de sacrifices sur l’autel de la compétitivité et de la rentabilité, a noté l’expert.

Pour Michel Husson, le plus grave sans doute réside dans l’incapacité de ce système à répondre efficacement au défi climatique. La transition écologique et énergétique implique nécessairement une moindre rentabilité économique et l’intervention publique. Dans la mesure où le capitalisme cherche le maximum de rentabilité privée à court terme, il ne peut donc se transformer en « capitalisme vert » que dans une proportion insuffisante par rapport aux enjeux. Pour toutes ces raisons, la véritable réponse aux besoins sociaux et aux contraintes environnementales réside dans le dépassement du capitalisme vers un « écosocialisme » que seules des luttes sociales d’envergure sont susceptibles de mettre en place, a conclu l’économiste français.

Source : Agence de presse Xinhu

source: http://www.pressegauche.org/spip.php?article29963

La loi sur la baisse tendancielle du taux de profit ou l’économie politique marxiste: un siècle après la WWI

"Low growth, high debt, weak productivity and rising inequality: that’s the story of the world economy since the end of the Great Recession in 2009.

What did the IMF suggest to the G20 leaders as way out of this depressed activity?  First, more “demand” support. But monetary policy (zero or negative interest rates and printing money) was not working.  So it was time to boost public investment and upgrade infrastructure”.   But the world needs more neo-liberal type ‘structural reforms’, like deregulation of labour and product markets, reducing pension schemes etc, in order to boost profitability.  But there should also be less inequality through higher basic benefits and increased education for low-wage earners.  So we need more globalisation, world trade, neoliberal reforms and less inequality.  Reconcile those!

One idea that dominated the G20 meeting was the need to boost world trade and support ‘globalisation’.  As this blog has reported often, world trade growth has been dismal and is a big feature of the Long Depression since 2009."

From China to Mars

 

Capitalisme

The weekend meeting of the heads of state of the top 20 economies in the world (G20) in the Chinese resort of Hangzou concluded that the global economy was still in trouble.  The IMF reckoned 2016 would be the fifth consecutive year in which global growth was below the 3.7% average recorded in the period from 1990 to 2007.

And just before the G20 summit, the IMF issued a report forecasting even slower growth than that rate. “High frequency data points to softer growth this year, especially in G-20 advanced economies, while the performance of emerging markets is more mixed”.  It went on: “The global outlook remains subdued, with unfavorable longer-term growth dynamics and domestic income disparities adding to the challenges faced by policymakers. Recent developments—including very low inflation, along with slowing investment growth and trade—broadly confirm the modest pace of global activity. The decline in investment, exacerbated by private sector debt overhangs and financial sector balance sheet issues in many countries, low productivity growth trends, and demographic factors weigh on long-term growth prospects, further reducing incentives for investment despite record-low interest rates. A period of low growth that has bypassed many low-income earners has raised anxiety about globalization and worsened the political climate for reform. Downside risks still dominate.”

IMF 1

IMF chief, Christine Lagarde, also blogged that “Weak global growth that interacts with rising inequality is feeding a political climate in which reforms stall and countries resort to inward-looking policies. In a broad cross-section of advanced economies, incomes for the top 10 percent increased by about 40 percent in the past 20 years, while growing only very modestly at the bottom. Inequality has also increased in many emerging economies, although the impact on the poor has sometimes been offset by strong general income growth”.

IMF-2

Low growth, high debt, weak productivity and rising inequality: that’s the story of the world economy since the end of the Great Recession in 2009.

What did the IMF suggest to the G20 leaders as way out of this depressed activity?  First, more “demand” support. But monetary policy (zero or negative interest rates and printing money) was not working.  So it was time to boost public investment and upgrade infrastructure”.   But the world needs more neo-liberal type ‘structural reforms’, like deregulation of labour and product markets, reducing pension schemes etc, in order to boost profitability.  But there should also be less inequality through higher basic benefits and increased education for low-wage earners.  So we need more globalisation, world trade, neoliberal reforms and less inequality.  Reconcile those!

One idea that dominated the G20 meeting was the need to boost world trade and support ‘globalisation’.  As this blog has reported often, world trade growth has been dismal and is a big feature of the Long Depression since 2009.

World trade

But worse for global capitalism, and American imperialism in particular, there has been a growing trend away from ‘globalisation’ (free trade of goods, services and capital flows for big business).  The World Trade Organisation trade agreements have stopped and the regional mega-deals like TTP and TTIP are in serious jeopardy.  Everywhere, governments are under pressure to block further deals and even reverse them (eg Trump on NAFTA).  So Lagarde called for renewed support for globalisation and the neo-liberal era now under attack.

The Chinese were particularly worried because global trade growth is vital to its export, investment-led economic model.  Chinese President Xi Jinping was vocal in a call for wider trade and investment.  “We should turn the G20 group into an action team, instead of a talk shop,” he said.

Meanwhile, optimism that a proper world economic recovery remains.  Gavyn Davies in the FT has recently been claiming that his Fulcrum forecasting agency was finding a world economic pick-upHowever, this weekend, he was slightly less sanguine“In August, we have received no confirmation that a cyclical upswing is gaining momentum. But nor has there been a significant decline in activity: the jury is still out”.  

At the beginning of the year, many mainstream economists reckoned that China and other ‘emerging’ economies were going south and would drag the rest of the world down with them.  I disagreed at the time.  The optimism for recovery then switched to the US and even Europe.

However, as we move into the last part of 2016, it has become clear that the US economy has slowed down even more and Europe has achieved hardly any pick-up at all.  So now the optimism has swung back to the major emerging economies.  As the UK’s accountancy firm Deloitte economists put it today:“The downward trend for emerging market activity seems to have run its course. Growth is widely expected to accelerate in 2017. India is forecast to grow by 7.6% next year, the fastest rate of growth among any major economy. Brazil and Russia are likely to emerge from recession. Chinese growth is expected to ease, but, at a forecast 6.2% in 2017, would still be far higher than global averages. Crucially, the risk of a Chinese ‘hard landing’ has eased.”

So it’s back to the future with the so-called BRICs leading the way out of the depression.  We’ll see.

Talking of back to the future, one of the biggest policy calls from mainstream economists has been for governments to launch more infrastructure spending (building roads, rail, bridges, power stations, telecoms etc) to get economies going.  So far, this has been largely ignored by governments trying to cut budget deficits with reductions in government investment spending or facing high public debt levels.

The latest call on this front has come from the economists of the Australian investment outfit, Macquarie.  Why not colonise Mars?   “It is not as crazy as it sounds,” wrote Viktor Shvets and Chetan Seth from the Macquarie global equities team.  “A giant Mars colonisation program would create a vast, capital-intensive industry which would span the globe, create jobs, and address the global economy’s productivity problem.” 

You see, the world economy is not growing at a sufficient rate because there are “declining returns on investment”.  So what we need to do is to start a huge government programme to colonise Mars, similar to the space program of the 1960s under Kennedy that led to landing on the Moon.

NASA

Interestingly, the Macquarie economists are not interested in a global investment programme to help the poorest in the world to develop; to help solve the global environmental disaster or to boost education, health and basic infrastructure in the poorest countries on Earth.  No, that is not as useful (profitable) as investing in another planet to get returns on investment up.

The Macquarie solution is the ultimate in Keynesian economic policy (short of ‘war Keynesianism’).  It is the idea that there is plenty of capital available but just no ‘investment opportunities’ due to lack of demand.  So war or space can offer a way out.

The Macquarie economists think that the huge injection of money and credit into financial assets, that has driven interest rates to zero or below is what has created low returns.  But low returns on capital, generated by too much capital, is a neoclassical marginalist theory (that Keynes held to).  It is confusing ‘fictitious’ capital with productive capital.

The Marxist view is different.  Productive investment is not taking place because of ‘too much capital and low demand’ but because of too little surplus value or profitability from productive capital.  And low profitability will not be improved by government spending on a space program.  On the contrary.  In the 1960s, the space program was affordable because of high (not low) profitability in the capitalist sector.  So unproductive expenditure, which no doubt did develop new technology and employment for many, was affordable.  That is the opposite now. There is no way out through Mars.

Source: https://thenextrecession.wordpress.com/2016/09/05/from-china-to-mars/

Réflexions sur la numérisation par Spartacus

Une ébauche analytique fort intéressante de Spartacus sur la numérisation qui permet de prolonger notre réflexion sur les nouveaux développements des forces productives à partir de la philosophie matérialiste dialectique  et de mieux comprendre leurs enjeux dans la lutte de classes que le prolétariat devra mener contre le Capital

Sur le monde du travail et révolutions

Contrairement à ce qui se pratiquait lors de longues luttes stoppées par l’ arrivée des vacances, nous avons la surprise de voir les syndicats appeler à manifester de nouveau contre la loi El Khomri le 15 septembre. Nous verrons ce qu’il en adviendra mais pour le moment essayons d’expliquer le pourquoi de cette réforme du salariat. Pour le moment il y a deux pôles qui réagissent, des sociologues et les syndicats, les premiers du fait que c’ est leur fonction qui les amènes à la réflexion sur ce thème, un peu comme Gérard Filoche en droit (ex-inspecteur du travail) et les syndicats pour qui l’ étatisme est une religion que le néo libéralisme veut liquider. Leur critique de l’organisation scientifique du travail  se plaçant du point de vue de l’ état ( état providence).
En ce qui nous concerne, nous savons que le capitalisme « ne revient pas en arrière » mais qu’il va de l’ avant cherchant toujours la hausse de productivité qui lui permet d’ accroître son accumulation. Les nouvelles technologies se présentent comme une aubaine pour lui, il va pouvoir réduire la sphère de circulation du capital « mangeuse de plus value » et le voilà parti vers un nouvel eldorado, le travail gratis du consommateur, la co-création et l’économie collaborative.

La Cybernétique
Pour commencer ce long travail sur la critique des nouvelles technologies je vais partir de ce qui fut appelé la Cybernétique (alliance de l’ automation et de l’ordinateur). Cette science nouvelle fit son apparition après la seconde guerre mondiale.
C’ est un dénommé Michael qui recourt au concept de cybernétysation, qui désigne la combinaison de l’ automation et de l’ordinateur aux processus de production, Paul Mattick en parle dans son livre Marx et Keynes. Dans son livre Michael perçoit dès les années 1960, les conséquences futures de la cybernétisation dans le secteur des services « on sera fortement enclin à le remplacer (le travail humain) d’une manière ou d’une autre dans le secteur des services, où il accompli des tâches de routine, arrêtées d’avance »

La technologie nous le verrons tout au long de cette étude, permet en permanence des hausses de productivité, c’ est-à-dire d’ obtenir  moins de temps de travail dans chaque objet produit. Elle permet aussi de réduire les effectifs et de changer en permanence la structure hiérarchique des entreprises et les lois relatives à l’ exploitation humaine.
« Mais, comme la cybernétisation affecte tous les postes de travail, Michael pense que le problème ne sera pas encore résolu pour autant . Il propose donc de mettre en chantier tout un programme de travaux publics, car, « quand bien même la cybernétisation a pour effet de diminuer la main d’œuvre nécessaire à l ‘exécution d’une tâche quelconque, il n’ en demeure pas moins que le total des taches à exécuter pourra égaler, sinon mémé dépasser, en chiffre absolu le nombre de personnes aptes à les remplir. »

 

Michael alerte, sur les frustrations et le sentiment d’ absurdité de la vie qu’ entraînera la Cybernétisation. Il parle d’une guerre de désespoir en détruisant la plus grande partie de la base technologique de la société. Il va jusqu’à penser que la technologie hypertrophiée pourrait servir à exterminer la plus grande partie du genre humain. L’ expérience chilienne dite CyberSyn C’est sous la république du Président Allende que dés les années 1970, celui ci pensait pouvoir contrôler l’ économie chilienne  en temps réel avec le projet CyberSyn. Allende confia à Fernando Flores le soin d’ organiser ce projet économique pour remettre sur pied l’ économie du pays. Pour y parvenir, F.Flores fera fait appel au cybernétitien anglais Stafford Beer . Il n’ est pas inutile de mentionner le réseau ARPANET. Développé dés 1969 par la DRAPA-une agence du Département de la Défense américaine spécialisée en  technologies numériques à usage militaire , ancêtre d’ Internet. A l’ époque, le projet fut considéré comme une fiction utopiste, mais depuis l’informatisation du monde, il devient de plus en plus évident que : « D’une part, la tyrannie informatique s’étend à tous les domaines (école, hôpitaux, maisons de retraite, prisons, transports, etc). D’autre part, il ne s’agit plus seulement de contrôle et de surveillance, mais de contrainte : par le macro-pilotage social grâce aux RFID et à l’Internet des objets que relaie le micro-pilotage des individus. Où l’on voit que le « fascisme » de notre temps ne s’annonce plus par un claquement de bottes mais dans le ronronnement des « machines à gouverner ».Snowden et la « machine à gouverner »! Avec la cybernétique, nous le savons maintenant nous n’ étions qu’ à la préhistoire de l’ informatisation de la société capitaliste. L’ être humain de l’ époque n’ avait pas assez de recul pour considérer à sa juste valeur les conséquences de la cybernétique sur la société, celle ci va nous réserver bien d’autres surprises. Le rapport Nora/Minc et la télématique
Il faut attendre la parution du rapport Nora, Minc sur l’ informatisation de la société pour qu’un nouveau concept apparaisse du fait de l’imbrication croissante des ordinateur et des télécommunications , il portera le nom de « télématique ». La télématique, à la différence de l’ électricité ne véhiculera pas un courant inerte, mais de l’information, c’ est à-dire du pouvoir. Sur ce terrain , celui du pouvoir l’état français pense qu’il peut rivaliser avec IBM et va mettre son va tout sur les télécommunications, voici un extrait du rapport sur l’ informatisation de la société qui montre les enjeux de l’ époque.
Il « faut développer les effets positifs de la thématique sur la productivité et compenser ses effets négatifs sur l’emploi; profiter au maximum des possibilités nouvelles pour réorganiser l’ administration, soutenir les petites et moyennes entreprises, réformer les grandes, aménager les conditions de travail. Il s’ agit aussi d’éviter la domination d’une partie de l’ industrie informatique sur une autre, de l’industrie informatique sur les entreprises et les citoyens » Rapport Nora/Minc p.13

Le rapport Nora/Minc6, déclare tout haut la fin de la préhistoire de l’ informatique en 1965 (p 19) la période dite de l’ informatique lourde avec ses mécanographistes et carte perforée allait prendre fin, de même que la concentration de celle-ci et de son statut particulier au sein des grandes entreprises. 5  Le complexe permet de comprendre le simple: l’anatomie de l’homme est la clé de l’anatomie du singe, disait Marx (1818-1883).

L’équivalent actuel du rapport Nora/Minc, c’ est le rapport 2014 de Philippe Lemoine sur la numérisation de la société française, à lire et surtout à critiquer.
Les salariés le savent, et vont s’ ingénier à bloquer les centres stratégiques de la Banque durant le Mai des Banques en 1974.
A la BNP et à la société générale  les centres informatiques sont occupés. La Caisse générale industrielle du Bâtiment, la chambre de compensation subissent elles aussi des occupations. En province, le centre informatique du Crédit du Nord de Lille, celui de la BNP à Ecully est occupé, la BNP de Marseille est occupée pendant 15 jours. Il y aura d’autres occupations d’un jour ou deux dont nous ne parlerons pas ici. Ce qui caractérise ce mouvement, c’est la volonté des grévistes les plus déterminés à agir sur les centres névralgiques de la Banque. Par exemple au Crédit Lyonnais, l’occupation en force de l’annexe Richelieu-Ménars fut préparée dans le plus grand secret. Elle permit de bloquer les entrées et sorties de fonds à destination des agences parisiennes, elle paralysera la Bourse et le traitement de chèques, enfin elle empêchera l’informatique de tourner. Cette grève fera prendre conscience aux patrons du risque de laisser l’ informatique dans l’ entreprise mère, ils vont donc l’isoler et dupliquer toutes les informations.
« Le développement des réseaux informatiques permet également de décentraliser les traitements dans une perspective antigrève. Les événements de 1974 ont montré au patronat des banques la vulnérabilité des centres de traitement de l’information. L’ emploi de petits ordinateurs autorise une multiplication de centres petits donc contrôlables. L’interconnexion entre les machines permettra de faire passer le travail d’un centre sur l’ autre en cas de grève. » (les dégâts du progrès p. 106) Les horaires mobiles7 :début de l’ éclatement du temps de travail et de sa baisse hebdomadaire.
Au cours du XIX siècle, il fut établi des normes collectives de travail: durée du travail d’ environ 40 heures hebdomadaire, de 8 heures par jour qui se pratiquaient sur des plages horaires fixes, un repos hebdomadaire de deux jours consécutifs ( samedi dimanche ou dimanche lundi) décret de 1937, les congés payés annuels8 les vacances en principe juin , juillet, août  ( 1936. ) Tout ceci va être remis en cause avec l’ informatisation de la société . L’ introduction des horaires ( mobiles, libres, flexible, individualisés…) sera en quelques sorte le coin mis dans le temps de travail pour le faire éclater.
En effet dés le  début des années 1970 les « horaires mobiles ou variables » vont pénétrer dans les entreprises. C’ est le début de l’ éclatement du temps de travail certains en sont conscients, mais d’ autres notamment les femmes y voient quelques intérêts pour aller chercher les enfants ( à la crèche, l’ école, la nourrice..) . Hommes et femmes y trouvent leur compte pour échapper à certains contrôles de leur pratique adultère par leur conjoint respectif. Au début le patronat y trouve aussi son compte, les délégués ne peuvent plus diffuser des tracts aux portes des entreprises comme le veut la loi, car ils perdraient en une diffusion toutes leurs heures syndicales. Certains décident alors de passer outre la loi et diffusent alors dans les services, ils reçoivent avertissement sur avertissement, retrait sur le salaire… Mais le rapport de force de l’ après Mai 68 est toujours là et le patronat finit par accepter les diffusions dans les services. Rapidement il va se retrouver confronté à un autre problème, la fraude horaire facilité par le « badgeage » contrôle horaire par service. Ce qu’il 7 Les horaires mobiles ou individualisés  ont été inventés au cours des années 1960, mais c’ est après les jeux Olympique de Munich 1972 ou ils furent utilisés pour désenclaver la ville et fluidifier les transports que les horaires flexibles vont s’ implanter. 8 Fixés à quinze jours à l’origine, les congés payés minimum obligatoires se sont allongés au XXe siècle par l’action grèviste de deux semaines en 1936, ils passent à 3 en 1956, puis à 4 en 1969 et enfin à 5 semaines en 1982 voulait gagner d’un côté, le patronat va le perdre de l’ autre; en effet il a remplacé l’ émargement à heure fixe à l’ entrée par le badgage dans les services , il gagnait ainsi quelques minutes par salarié, que ceux ci vont rapidement récupérer par l’ entraide. Ceux qui arrivent tôt badgent pour un autre de même le soir. Il va en résulter la mise au point de badgeuses  aux entrées plus difficiles à contourner, mais pas impossible. On ne s’en rendait pas véritablement compte, mais c’ est comme cela que va commencer ce qu’ils vont appeler « l’industrialisation du tertiaire » sa standardisation et son système de Taylor. Des que l’ internet fera son apparition dans les services, c’ est la prise de poste sur l’ ordinateur qui remplacera le badgeage (ex pointage) central. A ce niveau la parade devient plus complexe et risqué, il faut donner son mot de passe à une personne, pour pouvoir encore tricher, il ne reste plus que l’ action collective pour faire chuter le temps de travail. C’ est ce qui va se passer, rapidement le temps de travail va chutera dans la banque et l’ assurance bien avant l’ introduction des 35h des lois Aubry, c’est à dire entre 1981 et 1982. En ce moment en 2016, nous voyons de nouveau le patronat de l’ assurance à l’offensive pour allonger le temps de travail, il est soutenu dans sa démarche par le vote de la loi El Khomri. Les horaires variables sont actuellement remis en cause dans les organismes de Sécurité Sociale.
BREF HISTORIQUE DES DIFFERENTES PHASES D’INFORMATISATION DU TERTIAIRE.

1°) La mécanisation 1960-1970.
Selon Michel Rochette, secrétaire de section des Organisme Sociaux FO
Sur cette période voir les écrits d’Henri SIMON10 qui définissent avec beaucoup de clairvoyance les évolutions et mouvements sociaux de l’époque. L’informatique  »dite lourde » est un véritable état dans l’état, isolé du reste du personnel, elle traite une masse d’informations qui lui revient des services. Le travail est de plus en plus standardisé on parle de taylorisation , des OS (Ouvrier Spécialisé) de la paperasse, Les rythmes de travail sont pour une partie du personnel ( perfos-vérif et codifieurs) très denses,et la charge de travail par employé augmente considérablement.
2°) Le télétraitement les années 1970 passage de l’informatique centralisée au télétraitement décentralisé. A partir des années 70, nous observons notamment dans la banque, le remplacement de l’informatique lourde (machines comptables électromécaniques) par de puissants ordinateurs centraux installés aux sièges. Ils furent d’ailleurs la cible des grévistes en 1974. Les années 70 seront les années de résistance aux nouvelles technologies, le courant est si puissant que la fédération CFDT des Services éditera un livre portant le non « les dégâts du progrès » (ils en sont revenus depuis). Les grèves se succèdent les unes derrières les autres, grève de services entiers, grèves des archives dans les assurances, grèves au Mutuelles du Mans de 35 jours en 1971 et grèves généralisées (Sécurité Sociale en 1973, les banque, et les PTT en l974, les caisses d’épargne, les assurances en 1979. C’est surtout à partir de 1975 qu’apparaissent sur 1e marché les premiers traitements de texte et une résistance au travail sur écran, qui va se manifester systématiquement et même contre la DPO (direction par objectif) la mère des cercles de qualité.
Le télétraitement permet de traiter les informations de manière beaucoup plus rationnelle (gains de productivité très important) et ce malgré, que la masse de jeunes qui forme les gros bataillons du tertiaire passe une bonne partie de son temps à  »déconner » pour prendre un terme général d’un descriptif certainement plus intéressant, indiscipline, sabotages… sont fréquents, la communication entre les services est encore très dense. Cependant l’usage, du télétraitement va mettre un terme aux déplacements internes (source d’agitation) les horaires mobiles aussi (puisqu’on ne se rencontre plus avant de bosser) pour échanger nos points de vue.

La Chape de plomb du QHS (Quartier Haute Sécurité) va nous tomber progressivement dessus, la gueule en face de l’écran et déjà tu ne croises plus les yeux de ton collègue d’en face, la déshumanisation se met en place. Le silence règne, et bientôt la machine absorbe ta vie, absorbe tes émotions, tes joies, tes rires, il ne reste plus que notre minable feuille de paye pour nous émotionner un peu. Cette déshumanisation va se traduire par le stress permanent, par un absentéisme, une démission, un dégoût sans pareil pour ce travail que l’on veut fuir comme la peste. Alors ces cons du capital veulent revaloriser notre vie au travail, comme si le travail c’était la vie. Après avoir brisé à l’aide de l’informatique les derniers vestiges de communication qui existaient dans les entreprises, les dirigeants d’entreprises à l’aide du marketing social et des responsable en communication veulent relancer la vie autour de leur problématique à eux  »la concurrence »  »le profit »  »le produit », »la qualité » le projet d’entreprise…
3°) L’informatique lourde sort de son ghetto ( les micro-ordinateurs)
Alors qu’en France en 1978, 250 entreprises se partageaient 80% du parc informatique, des ordinateurs de moindre taille font leur apparition, tout employé est alors en mesure de se servir d’un petit ordinateur , après une brève formation. Les écrans sont peu ludique et les salariés qui les utilisent veulent des poses ( pas plus de deux heures sur un PC) les syndicats exigent des normes d’utilisation ergonomiques.  Alors qu’il n’ est pas rare de faire 55 heures de travail par semaine dans le tertiaire, le grignotage du temps de travail, est devenu la règle, le taux d’ absentéisme monte, on se donne toutes les occasions pour prendre des pots dans les services….Cet espace de liberté dans les entreprises, va se réduire progressivement, alors qu’il était courant d’ entrer dans la banque et l’ assurance en s’ adressant à l’ accueil, quelques années après grâce au nouvelles technologie, l’ entreprise va se refermer sur elle même. Il faudra passer des portillons, laisser sa carte d’ identité à l’ accueil, et obtenir un badge pour aller à un endroit précis, c’est l’ entreprise CIA comme le diront les salariés. Il y aura bien une lutte contre la pose des portillons dans l’ assurance, à l’ UAP Défense, mais elle restera marginale. Ensuite il y aura des les années 1990, une quatrième phase, celle de la mise en réseaux  des gros et petits ordinateurs qui se prolongera par l EDI (Echanges de Données informatisées) qui sera traité plus loin. Ensuite nous aurons une cinquième phase, dont la caractéristique est de généraliser les technologies des années 1980 et de les faire converger vers les technologies issues des télécommunications ( la télématique) ce fut la mise en place d’internet, intranet, des messageries électroniques, des téléphones mobiles, des ordinateurs portables…  A partir de ce moment nous passons « des autoroutes de l’information » à la société de l’information.
Uber retoqué par un juge californien: le business model mis en cause Elisabeth Studer Actualités, Automobile, Economie 4 commentaires Vers la fin du business model de Uber ? Alors que la société était prête à offrir à ses 385.000 chauffeurs affiliés une somme rondelette pour éviter de leur reconnaître le statut de salarié, un juge de San Francisco a rejeté un projet d’accord amiable via lequel Uber escomptait mettre fin à des recours collectifs de chauffeurs. La prochaine audience est désormais prévue en septembre « Le tribunal conclut que l’accord dans l’ensemble n’est pas juste, adéquat et raisonnable » indique ainsi le juge dans sa décision, s’appuyant sur ses motifs pour refuser la motion pour un accord préliminaire. Pour rappel, en avril dernier, Uber s’était dit prêt à payer jusqu’à 100 millions de dollars pour éviter un procès et clore deux recours, déposés en Californie et dans le Massachusetts par des collectifs de chauffeurs. Cette proposition tentait d’allécher des chauffeurs – contestant leur statut de travailleurs indépendants et réclamant d’être requalifiés comme des salariés – de telle sorte qu’ils renoncent à leurs procédures. 11 C’ est sous l’influence des représentants de l’ Europe du nord à la commission européenne que le concept de société de l’information va s’ étendre ( voir le livre blanc de jacques Delors de 1993.
Ces 100 millions avaient pour but de financer un fonds de compensation pour les chauffeurs en vue de financer les frais professionnels tels que essence, achat et entretien du véhicule, ces avantages étant accordés en échange du maintien de statut d’indépendant. Or, contrairement à ce qu’affirme Uber, beaucoup de chauffeurs étaient opposés à cet accord. Ils estimaient en effet les indemnités qui leur étaient dues à 852 millions de dollars, une somme bien loin de celle prévue par la société. Autre point dénoncé par la justice US : près d’un quart de la somme qui devait être reversé par Uber dans le projet d’accord était conditionné par les résultats en bourse de l’entreprise. Au final, les chauffeurs ne pouvaient tabler de manière sûre que sur un dixième de l’argent demandé. Ce qui fait dire au juge Edward Chen que les engagements proposés par Uber dans le projet d’accord « n’ont pas autant de valeur que ce que les parties suggèrent ». La justice californienne a par ailleurs pointé du doigt le fait que dans le cadre de l’accord amiable Uber conserverait « un contrôle important sur la capacité d’un conducteur à accepter ou rejeter une demande de course », se disant également « pas convaincu que les changements dans la politique de pourboire résulteront dans la +forte augmentation de revenu+ promise » aux chauffeurs. « L’accord amiable, validé mutuellement par les deux parties, était juste et raisonnable. Nous sommes déçus par cette décision et nous regardons nos options », a déclaré en retour un porteparole d’Uber.

Le groupe affirme par ailleurs qu’aux Etats-Unis près de 90% de ses chauffeurs apprécient la flexibilité et l’autonomie que leur assure le statut de travailleurs indépendants. Face aux revendications de ses chauffeurs, on comprend de plus en plus pourquoi Uber mise désormais sur voitures autonomes et robots. En attendant, le juge demande désormais aux parties de se concerter sur la suite de la procédure, une audience est prévue le 15 septembre prochain. Uber a tout intérêt à proposer un nouvel accord. D’autant plus que – comme l’indique La Tribune – « en cas de procès avec des jurés, le modèle de développement de la firme pourrait être remis en cause. » Car, comme le rappelle le journal « le géant des VTC s’appuie en effet sur l’extrême flexibilité de ses chauffeurs indépendants pour s’épargner de payer des salaires, des cotisations, et des frais d’entretien des véhicules ». Si la justice décidait de considérer les chauffeurs comme des salariés, ce modèle de « l’économie partagée » conclut enfin le journal. Sources : AFP, Reuters, Le temps.ch, La Tribune

 

Source : http://spartacus1918.canalblog.com/archives/2016/08/31/34253797.html

À BAS LA LOI-TRAVAIL ! – LA GUERRE DE CLASSE OUVRIÈRE EN FRANCE

par Robert Bibeau. http://www.les7duquebec.com

greve333

 

Encore une fois la classe ouvrière française est à l’avant-garde de la résistance prolétarienne mondiale. Les jeunes, les étudiants, et un assortiment de petits-bourgeois – souvent gauchisants – se sont mis en marche contre la loi Travail-El-Khomri. C’est toujours le même scénario, à chaque mouvement de contestation les jeunes et les étudiants prennent les devants, suivit des petits bourgeois en voie de paupérisation et des intellectuels, des professionnels de la figuration venues déverser leurs billevesées à la télé pour paumés encore « Debout » à une heure avancée.

 

Il est évident que le « peuple », comme disent les néo-maos, la « masse populaire » comme disent les trotskistes, « le mouvement de masse » comme le prénomme les marxistes-léninistes, « le citoyen de la société civile » comme le dénomme les « communistes », ne peut stopper la machine d’État capitaliste… Ce qui, après un certain temps de manifestations essoufflées, engendre les grands rassemblements de « Nuit Debout et cul assis », histoire de marquer le pas, de faire du temps, faute d’un véritable mouvement insurrectionnel. Les rassemblements comme « Nuit Debout », il en fut de même Place Tahrir au Caire il y a quelques temps, sont l’exact moment de basculement du mouvement ; de la phase de montée vers l’insurrection à la phase d’enlisement petit-bourgeois-intello – le moment de la récupération par les agences de renseignement et par les ONG du « contrairement » militant. Surgit alors toute une panoplie d’organisations de la pseudo-gauche, doublées des ONG subventionnées par l’État spolié, adoubé par les « penseurs » stipendiés. Puis viennent les « casseurs », policiers affrétés, les anarchistes enragés, coupés de la réalité. Une vraie cour des Miracles de la débâcle populiste. C’est du moins le sort qui guettait jusqu’à récemment le mouvement de résistance populaire à la Loi Travail-El-Khomri.

 Participants yell and shout at the same time as other 'Nuit Debout' movements take place around the world (8pm GMT+1) during the general assembly of the movement against the French government's proposed labour reforms at the Place de la Republique in Paris on May 15, 2016. The Nuit Debout movement on May 15 launched a call for everyone to "occupy public spaces worldwide, to gather together, express themselves and take back politics into their hands" entitled "Global Debout". France's embattled Socialist government survived a vote of no-confidence on May 12 over its decision to force the controversial labour reform bill though parliament. / AFP PHOTO / Geoffroy Van der Hasselt

Mais voilà que l’infanterie ouvrière s’est mise en marche et la paix sociale est compromise au grand dam de la bourgeoisie.  Les routiers, les ouvriers des raffineries, les cheminots, et des milliers d’ouvriers manufacturiers ont bloqué l’approvisionnement en pétrole, mettant l’économie française en difficulté.  Dorénavant, on passe aux choses sérieuses comme seule la classe ouvrière sait le faire. La lutte de classe vient de monter d’un cran et je ne parierais pas sur les chances du gouvernement.

 

Que faire à partir de maintenant ? Fini les enfantillages petits-bourgeois de « Nuit Debout sur les genoux » et autre péroraison pour bobos retraités. La nuit, c’est devant les raffineries qu’on la vit, c’est là que ça se passe sous la direction de la classe ouvrière en guerre. Alors les jeunes, les chômeurs et les gauchistes, on se rallie dans le respect et la discrétion. C’est la classe qui mène le combat, un vrai combat, qui confronte le pouvoir économique bourgeois… c’est autre chose que de flâner Place de la République à pérorer sur un autre monde « possible » dans la semaine des trois Hollande. Nous savons parfaitement que les bureaucrates n’ont qu’une idée en tête… à savoir « Comment liquider le mouvement discrètement. » Cependant, laissons les ouvriers se dépatouiller avec les fonctionnaires syndicaux, et appuyons sans rechigner toute résistance venant de la base ouvrière syndicale et non syndicale. Bref, écoutons la classe ouvrière en colère, elle saura faire.

 nuit2

Ainsi, un collectif de chercheurs – intellectuels – universitaires bien rémunérés ont publié un article intitulé : « La tribune de Martinez n’explique rien » (1) où il est écrit que « Le 26 mai 2016 l’Humanité, qui a publié la tribune du secrétaire général de la CGT Philippe Martinez « La modernité c’est le progrès social, pas la loi travail ». Depuis quand la France (sic) a-t-elle été consultée sur la loi El-Khomri, sommes-nous tentés de demander ? De toute manière, ce n’est pas la France (sic) qu’il faudrait consulter mais la classe ouvrière. La guerre contre la loi bourgeoise El-Khomri n’est pas une bataille de la CGT, ni une lutte du « peuple de France » (sic), mais une guerre de la classe ouvrière contre la classe des patrons.

 

Les thuriféraires universitaires poursuivent leurs amalgames : « Malheureusement, la tribune de Philippe Martinez nous éclaire sur un point : la volonté manifeste de la direction de la CGT de passer sous silence le rôle de la mondialisation du capitalisme, du grand capital mondialisé et d’instances telles que l’OCDE, l’OMC, le FMI, la Commission Européenne… Une fois de plus, le secrétaire général de la CGT ne souffle mot sur ces questions stratégiques. Même silence sur les conséquences prévisibles de l’actuel blocage de l’économie, sur la menace de délocalisation émise par le PDG de Total » (2).

 

Mais ça fait 30 ans que Total délocalise, tout comme les autres multinationales dites « françaises », et quand ça fait leur affaire les capitalistes chauvins brandissent le tricolore et la Marseillaise. Autant les fonctionnaires syndicaux se contorsionnent pour brouiller les cartes et présenter le mouvement de résistance ouvrière comme une lutte pour le droit de « négocier le prix de la soumission » ; autant, les jérémiades des intellectuels, de Mélenchon et de la coterie de gauche visent à détourner le mouvement de résistance concrète, qui fait mal, et qui frappe l’économie capitaliste en plein cœur.

 cheminot

Sur les barricades du blocage ils sont en panne les débats oiseux à propos de la mondialisation et des institutions européennes. Bientôt, la go-gauche proposera aux ouvriers de quitter leurs chantiers occupés pour aller voter pour une flopée de députés stipendiés qui poursuivront le jeu de la chaise musicale électorale. En France, en ce moment, la meilleure façon d’enrayer la mondialisation c’est de défier et de faire reculer les capitalistes français et leur gouvernement, entrainant avec eux les impérialistes allemands et suivants. 

 

Debout, de jour comme de nuit sur les barricades de la classe ouvrière pour stopper l’approvisionnement en carburant jusqu’au retrait de la loi Travail-El-Khomri sans négociation ni compromission. 

 

Source: http://www.les7duquebec.com/7-au-front/la-guerre-de-classe-ouvriere-en-france-a-bas-la-loi-travail/

Notes sur la question de la transition au communisme

Karl Marx disait : «De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins»
Voici donc l’ébauche d’une conception marxiste de la Gauche communiste internationaliste sur la question de la société communiste sans classe, à laquelle les communistes de toutes tendances aspirent, mais qui demeurent diviser sur le moyen d’y arriver, au travers la lecture qu’ils font de la crise systémique capitaliste contemporaine

Selon Marx, dans une société collectiviste sans classe -dans laquelle il y aura la pleine abondance matérielle, en mesure de garantir la satisfaction des besoins individuels subjectifs- la jouissance matérielle de ses membres est réalisée spontanément sans nécessiter la mise en place de règles générales sociales concernant la distribution que tous doivent respecter.

Marx croyait fermement que la forte croissance des forces productives et l’élimination complète de la pénurie matérielle seraient les conditions absolument nécessaires pour le communisme.

Pour Marx l’essence du problème social ne provient pas seulement du fait que le travailleur ne conserve pas entièrement le produit de son travail. De même, il rejetait catégoriquement les idées de «droit égal» sur les gains matériels ou de «répartition équitable» de la richesse sociale sur la base de la contribution au travail des membres de la société économiquement actifs.

Au lieu de cela, il soutenait le point de vue qu’un tel principe («un salaire égal pour un temps de travail égal») introduit un véritable «droit égal», qui est en réalité un «droit inégal du travail inégal» puisque tous les hommes sont évalués avec un critère unique et étroit, c’est-à-dire le travail, en ignorant les dons naturels particuliers et les besoins subjectifs des individus.

“…mais il reconnaît tacitement l’inégalité des dons individuels et, par suite, de la capacité de rendement comme des privilèges naturels. C’est donc, dans sa teneur, un droit fondé sur l’inégalité, comme tout droit. Le droit par sa nature ne peut consister que dans l’emploi d’une même unité de mesure; mais les individus inégaux (et ce ne serait pas des individus distincts, s’ils n’étaient pas inégaux) ne sont mesurables d’après une unité commune qu’autant qu’on les considère d’un même point de vue, qu’on ne les saisit que sous un aspect déterminé; par exemple, dans le cas présent, qu’on ne les considère que comme travailleurs et rien de plus, et que l’on fait abstraction de tout le reste.” (Marx, _Critique_ de programme de 

Le concept de communisme chez Marx ne repose pas sur un principe de «justice sociale» qui vise à égaliser les individus au niveau économique. Selon Marx, un système de distribution égalitaire fondé sur l’offre obligatoire égale du temps de travail conduit à la négation de la personnalité particulière de l’individu, car elle ne lui permet pas de surmonter d’une manière « positive » la propriété privée. Elle consiste en la possession par l’homme de toute la richesse sociale sur le seul critère de besoins individuels particuliers («de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins_»).

Marx considère comme « vulgaire » la conception du communisme dans laquelle tous les membres de la société sont traités et transformés en travailleurs payés également par la communauté, ce qui transforme le capital en propriété collective.

Il a souligné catégoriquement que la société sans classe doit nécessairement être basée sur un surplus social dont l’abondance dépasse largement la richesse produite dans le capitalisme, afin de garantir la consommation personnelle et qu’ainsi , précisément grâce à la pleine abondance matérielle réalisée, elle n’aura pas besoin d’une administration réglementaire.

L’application du communisme marxiste se heurte aujourd’hui à des problèmes majeurs et des obstacles insurmontables, qui n’existaient pas au milieu du 19e siècle, et qui étaient impensables pour Marx et Engels, comme pour les communistes du début du siècle dernier.

À l’époque des fondateurs du marxisme, le capitalisme était loin d’être un marché mondial et la société industrielle était limitée à un petit groupe de pays développés. Par ailleurs, Marx et Engels, comme la plupart des socialistes radicaux de leur temps, partageaient l’optimisme généralisé sur le potentiel libérateur de l’industrie, de la technologie, et la disponibilité des ressources naturelles qui leur semblaient inépuisables. A cette époque, la menace actuelle d’effondrement écologique planétaire pouvait ressembler à de la science-fiction plutôt monstrueuse. En outre, la population mondiale et le niveau général de consommation, même dans les pays développés, étaient bien en dessous du niveau d’aujourd’hui.

Actuellement, la grande majorité des «classes dangereuses» des pays industrialisés a été aussi exclue de la consommation, souvent même de l’obtention de moyens de subsistance essentiels. Quand Marx décrivait le communisme comme une société de surabondance, il ne connaissait, bien sûr, pas les sociétés occidentales modernes de consommation de masse. Les revendications communistes générales mettant l’accent sur un plus grand développement des forces productives afin de répondre aux besoins matériels des individus ne se basaient pas sur la poursuite du productivisme à outrance et de la mise en place d’un hédonisme individualiste, mais sur l’assurance des moyens de subsistance pour tous. Ainsi, les individus seraient libres de se livrer à l’expression de leur créativité variée, à l’éducation et au développement culturel. Il est évident, cependant, que la distribution en fonction des besoins oblige les individus à agir plutôt avec des critères éthiques que matériels. De toute façon, la société communiste marxiste d’abondance n’a rien à voir avec le consumérisme. (Voir l’analyse du caractère-fétiche de la marchandise dans le premier volume du « Capital »)

Cependant, aujourd’hui, la conception du communisme comme société de surabondance, ce qui se traduit par une consommation de masse, soit comme réalité occidentale, soit comme idéal planétaire, est impossible mais aussi destructrice. Si le point de départ nécessaire à la transition vers le communisme est le capitalisme le plus développé, la généralisation du mode de vie occidental à travers le monde marquerait son effondrement rapide et complet. Dans un projet communiste contemporain, la société sans classe non seulement ne procédera pas d’un niveau encore plus élevé de production et de consommation par rapport au niveau présent mais encore ne pourra pas donner à ses membres la possibilité de satisfaire leurs besoins matériels sans frein. Au lieu de cela, le point de départ sera la redistribution radicale de la richesse existante à toute l’humanité ce qui est suffisant pour répondre à ses besoins de base en termes de répartition égalitaire, la destruction totale des activités nuisibles et inutiles, la sortie du cercle vicieux de la création illimitée de besoins et de produits et l’interruption de l’accumulation. Pour dire les choses simplement, le communisme ne signifie pas une «Ferrari pour tous» mais en plus n’implique pas la généralisation du rêve américain de l’avant-guerre : «une voiture pour chaque famille».

Il serait certainement injuste d’accuser les fondateurs du marxisme de ne pas avoir prévu à leur époque les conséquences matérielles de la «société de masse». Mais il serait tout aussi absurde de s’en tenir à la «lettre» des certains paragraphes en ce qui concerne ce qui a finalement été traité qu’incidemment- sans analyse systématique et en tenant compte des données de leur époque. Sinon nous transformerions la méthode marxiste d’une analyse des rapports sociaux en une méthode d’analyse de textes.

Le communisme actuel signifie l’application de la justice distributive fondée sur la socialisation des moyens de production, la solidarité sociale et la communauté des biens et du travail en partenariat de producteurs associés. Cela signifie rompre avec la vision messianique des fondateurs du marxisme d’une société communiste inhérente à l’abondance matérielle absolue. La mission actuelle du communisme, comme projet libérateur de l’humanité, est la mise en place de l’auto-suffisance des biens et des services nécessaires pour tous en termes d’austérité plutôt que d’abondance. L’élément de la responsabilité morale de dignité humaine -élément déclaré par le communisme et inhérent à sa juste politique- est la condition nécessaire du succès face aux problèmes critiques de l’existence de l’humanité et du bien-être des générations futures. D’ailleurs le niveau moral de la société dépend de la protection de ses membres les plus faibles et du soin des prochaines générations, au moins pour celles qui vivront dans les temps concevables. Il est bien évident que tout accomplissement de la prospérité matérielle est strictement déterminée dans les limites étroites de l’environnement naturel, de sorte que le communisme peut être décrit comme un système qui ne doit pas consommer les ressources naturelles à un rythme plus rapide que celui de leur renouvellement et qu’il ne va pas jeter des déchets à un rythme plus rapide que celui où ils peuvent être absorbés dans la nature. Ainsi nous conserverons l’esprit du concept de Marx et le principe prioritaire de la distribution des biens matériels, qui est l’un des principes constitutifs du socialisme en général.

Les problèmes mondiaux actuels, explosifs et sans précédents, mettent l’humanité à un carrefour : soit leur gestion sera faite par la bourgeoisie internationale pour préserver et améliorer ses privilèges, ce qui conduira à une nouvelle barbarie, soit ces problèmes seront résolus par la société communiste mondiale. La crise actuelle au niveau économique, environnementale, énergétique, alimentaire et démographique pose les bases actuelles du dilemme «socialisme ou barbarie». La crise s’est installée; le défi consiste à résoudre cette situation. Le déclin actuel du capitalisme prend de plus en plus la forme d’une concurrence acharnée pour la redistribution des ressources mondiales.

Le mouvement communiste à l’abri de l’idolâtrie de l’abondance doit établir une société sans classe basée sur l’auto-suffisance en termes d’austérité. Dans ce cadre, le communisme doit tenter un projet gigantesque et sans précédent dans l’histoire humaine, c’est-à-dire le transfert des ressources des pays riches vers les pays pauvres à l’échelle mondiale afin de redistribuer les richesses mondiales et couvrir les besoins de subsistance de toute l’humanité, en relation avec la réalisation du plein emploi, du partage équitable de l’auto-suffisance de tous les travailleurs et de leurs familles, les soins spéciaux de ses membres les plus faibles et la diminution du temps de travail afin de libérer du temps à disposition des individus, de permettre leur citoyenneté active et le développement de la personnalité humaine.

Athènes, 18 septembre 2014

Des Camarades Internationalistes

Source : http://www.leftcom.org/fr/articles/2015-10-04/notes-sur-la-question-de-la-transition-au-communisme

Contre le gouvernement et l’État capitaliste, Vers la grève étendue et généralisée à tous les secteurs de la production ? C’est maintenant !

Nous relayons simplement ici un tract de la « Gauche internationaliste communiste » parce que Reconstruction communiste partage largement l’analyse marxiste qui le soutient

Contre le gouvernement et l’État capitaliste,

Vers la grève étendue et généralisée à tous les secteurs de la production ?

C’est maintenant !

(En avant toute!)

convergences-des-luttes-nuit-debout-19

(21 mai 2016)

Pour la première fois depuis l’annonce de la “ loi travail ” (dite loi El Khomri), des grèves commencent à toucher des secteurs de la production française, principalement dans les transports: routiers, trains, aéroports, dockers, marins… Qui dit grève sur les lieux de production, dit décision et action collective de classe. C’est précisément la nouveauté qui peut changer la situation et la nature de l’affrontement avec le gouvernement PS de Hollande et l’État capitaliste. Voilà pourquoi, le moment actuel – mi-mai – est certainement la dernière occasion d’enclencher une riposte ouvrière généralisée et d’imposer ainsi un rapport de force politique de classe obligeant la classe dominante française et son État, le gouvernement, ses forces politiques de gauche comme de droite et ses syndicats, à reculer. Même si la “ loi travail ” ne fait que “ codifier ” dans la loi bourgeoise, de classe, l’aggravation déjà en cours depuis des années de l’exploitation capitaliste, il n’en reste pas moins que son adoption légale accélérerait encore la détérioration toujours plus dramatique des conditions de travail et de vie des prolétaires quelle que soit leur condition, salarié, précaire, chômeur, étudiant travailleur, retraité, etc.

Les syndicats et autres “ nuit debout ” sabotent la lutte ouvrière généralisée et unie

Une des particularités – pas la seule – des multiples Journées d’action syndicales depuis début mars a été précisément d’éviter toute décision collective de lutte à partir des entreprises et d’assemblées générales ouvrières. Ainsi, en l’absence d’AG ou comités de lutte ou de grève, des millions de travailleurs se sont retrouvés contraints de prendre une décision individuelle, à partir de leur seule conviction personnelle, quant à leur participation aux grèves des journées d’action et aux manifestations de rue. Alors même que 75% de la “ population française ” était contre la “ loi travail ” selon les sondages organisés par la classe dominante, la plupart se sont retrouvés isolés les uns des autres et dans l’impossibilité de ressentir la force collective de leur classe. C’est en grande partie ce qui explique le faible nombre de grévistes lors des journées d’action.

À cela, est venu s’additionner la méfiance face à la division du travail organisée entre le gouvernement, les syndicats “ modérés ” (CFDT) et les syndicats (CGT, FO, SUD supposés plus “ radicaux ”), face aux différentes journées d’action planifiées à l’avance, début mars, afin de saboter toute grève générale unie à tous les secteurs – le souvenir des échecs passés des mobilisations ouvrières massives de 2003, 2007 et 2010 étant encore dans toutes les mémoires.

Malgré cela, et malgré l’état d’urgence suite aux attentats parisiens de 2015 qui permet l’interdiction des manifestations et une répression accrue, la combativité et la colère générale ont continué à s’exprimer particulièrement dans les manifestations de rue. “ Jeunes, moins jeunes, adultes, âgés ”, salariés de toutes conditions et statuts, chômeurs, retraités, étudiants, lycéens se sont retrouvés au coude à coude face à une répression policière massive et provocatrice (et à laquelle les services d’ordre syndicaux sont venus prêter main forte à coup de battes de base-ball !). Dès les premières manifestations, 9 mars et ensuite, le sabotage syndical de la grève généralisée à tous les secteurs est devenu évident pour le plus grand nombre. C’est face à ce vide ainsi créé – du point de vue de la classe dominante – que furent organisées à partir du 31 mars les “ Nuit debout ”. Dans les jours et les semaines qui ont suivi, les médias et chaînes télé d’information n’ont eu de cesse d’en faire la plus grande publicité. Et pour cause : l’idéologie “ citoyenne et démocratique ” de “ Nuit debout ” est venue renforcer le sabotage syndical en enlevant tout caractère de classe à l’opposition au gouvernement PS et au combat contre le capitalisme. Jugeons-en:

« Depuis le 31 mars, des assemblées se forment où les gens [et pas les travailleurs, ouvriers ou prolétaires] discutent et échangent. (…) L’humain [sic!] devrait être au cœur de nos dirigeants. (…) Chaque jour, nous sommes des milliers à occuper l’espace public pour reprendre notre place dans la République » (!) (En-tête du Bulletin quotidien Nuit debout, 22 avril, nous soulignons).

Comme si les intérêts de classe, de la classe exploitée et révolutionnaire, pouvaient s’accorder avec la “ République ”, c’est-à-dire avec l’État de la classe capitaliste. Comme si “ nos ” dirigeants, au service du capitalisme, pouvaient se soucier plus de “ l’humain ” – sans doute les plus naïfs et ignorants veulent-ils dire la classe exploitée – que du maintien à flot de “ leur ” capital national face aux concurrents ; et plus généralement de la survie du capitalisme.

Or, la crise du capitalisme est inexorable. Elle ne peut déboucher que sur une 3e guerre impérialiste mondiale, seule “ solution ” à la crise de surproduction chronique en détruisant massivement l’excédent de forces productives, prolétaires et matériel. Se ranger derrière l’État démocratique bourgeois, c’est non seulement l’assurance que nos luttes de résistance contre la détérioration de nos conditions de vie et de travail courent à l’échec, que nous ne réussirons même pas à limiter les attaques du capital ne serait-ce que temporairement, mais aussi qu’aux sacrifices économiques croissants succéderont les sacrifices massifs de nos vies dans un massacre impérialiste généralisé.

C’est comme classe exploitée et révolutionnaire qu’il faut généraliser et unifier le combat

Membres de la classe ouvrière, de la classe exploitée, du prolétariat international, notre place n’est pas dans la République démocratique bourgeoise qui nous envoie ses CRS aujourd’hui, et demain l’armée. Notre place est dans la lutte ouvrière, prolétarienne, contre le capitalisme, son gouvernement, ses forces politiques de gauche (PS et PC au premier chef) comme de droite, ses syndicats, sa police et sa justice. L’État bourgeois n’est pas notre État. La France, comme tous les autres nations, n’est pas notre “ pays ”. Les prolétaires n’ont pas de patrie, ni de nation, et encore moins de République démocratique bourgeoise, à défendre.

Après deux mois et demi d’hésitation générale, le fait que, depuis le 17 mai, certains secteurs de la production aient collectivement décidé la grève et l’extension du combat fournit l’occasion que beaucoup attendait pour se lancer à leur tour dans la bagarre. Attendre encore risque fort de faire rater l’occasion d’un combat généralisé et uni qui puisse faire reculer le gouvernement et son attaque. Nulle illusion : le retrait de cette loi n’en finirait pas avec le capitalisme et l’exploitation. Mais il porterait un coup d’arrêt temporaire et relatif – toujours cela de pris – à l’aggravation de l’exploitation que la bourgeoisie ne manquera pas de relancer. Et redonnerait confiance à l’ensemble de la classe ouvrière dans ses propres forces et son combat contre le capitalisme.

Alors, partout où c’est possible – en particulier dans les plus grandes entreprises et usines :

  • – tenons des assemblées générales pour décider de la grève ;
  • – nommons des comités de grève élus et révocables ;
  • – organisons des délégations massives vers les entreprises et usines proches ;
  • – étendons et unifions la grève et la lutte en tenant des assemblées ouvertes à tous ;
  • – disputons aux syndicats et partis de gauche la direction et le contrôle de la lutte, des assemblées, des décisions, des actions et des mots d’ordre. Ne les laissons pas saboter notre combat.

La lutte ouvrière est autant économique que politique; c’est-à-dire contre l’État bourgeois, l’organisation centralisée de la classe capitaliste, son gouvernement (qu’il soit de droite ou de gauche) et ses organes politiques, syndicaux, et répressifs. Aux travailleurs les plus combatifs et conscients des enjeux historiques :

  • n’hésitez pas à vous porter à la tête de ce combat politique de classe ;
  • – regroupez-vous en comité de lutte et de mobilisation “ inter-entreprise ” et “ interpro ”;
  • – rapprochez-vous, prenez contact, venez discuter et lutter aux côtés des groupes révolutionnaires communistes qui portent et assument à la fois ce combat politique quotidien et la perspective révolutionnaire et internationaliste d’une véritable société communiste.

Il en va de la défense de nos intérêts de classe immédiats, économiques et politiques. Il en va aussi de la destruction de ce monde de misère et de guerres croissantes.

Le Groupe International de la Gauche Communiste (Révolution ou guerre), 21 mai 2016

 Nous écrire à : intleftcom@gmail.com – adresse de notre site web : www.igcl.org

L’EXPANSION DE LA CLASSE PROLÉTARIENNE / EXPANSION OF THE CLASS PROLETARIAN

 

par Robert Bibeau. Producteur  http://Http://www.les7duquebec.com

******************************************* (English version follows)

capitalismrocks

 

Notre définition de prolétaire est concise : « Est prolétaire celui qui n’a que sa force de travail à mettre en marché et à monnayer. » C’est une définition large, elle inclut pratiquement tout le salariat (excluant les cadres), les chômeurs, les sans-travail non recensés en quête d’emplois. C’est une définition à la fois sociale et économique. Si tout travailleur productif est salarié, en revanche tout salarié n’est pas un travailleur productif. Certains salariés sont même des exploiteurs, dès lors qu’ils administrent le système d’exploitation de l’homme par l’homme, les cadres et leurs sous-fifres attachés à la gouvernance par exemples (1). Marx a écrit « Par rapport au capitaliste financier, le capitaliste industriel est un travailleur, travailleur en tant que capitaliste, c’est-à-dire un exploiteur du travail d’autrui » (2).

 

Qu’est-ce qu’un prolétaire productif, c’est-à-dire, qu’est-ce qu’un créateur de plus-value ? « Pour distinguer le travail productif du travail improductif, il suffit de déterminer si le travail s’échange contre de l’argent proprement dit ou contre de l’argent-capital (des moyens de production) ». À partir de cette définition, Marx donne l’exemple du littérateur prolétaire de Leipzig et de la cantatrice travaillant pour un patron, ils deviennent tous les deux des travailleurs productifs en ce qu’ils valorisent le capital ; il dira la même chose dans une note du tome I de son livre Das Kapital sur un enseignant qui travaille dans le secteur privé.

 

En effet, on a trop souvent cette idée que seul le prolétariat industriel est créateur de plus-value parce qu’il crée des marchandises commercialisables. Marx, et c’est tout l’objet du Capital, démontre que seul « est productif le travail qui valorise directement le capital et ainsi produit de la plus-value ». À contrario, un artisan qui confectionne un bout d’étoffe, qu’il troquera contre une hache, effectue un travail utile, mais, du point de vue du mode de production capitaliste il n’effectue pas un travail productif, c’est-à-dire un travail valorisant le capital générateur de plus-value (3). De même pour un enseignant, qui réalise un travail utile, former la prochaine génération de travailleurs salariés-exploités, mais ce travail n’est pas productif – il ne produit pas de plus-value. L’enseignant, l’infirmière, le secrétaire sont des travailleurs salariés socialement utiles mais non producteurs de plus-value. Leur salaire origine du surtravail spolié aux prolétaires productifs.

 

Ainsi, l’industrie de l’armement produit des biens qui ne sont pas des marchandises parce que ces produits ne contribuent en rien à la reproduction du capital. Ces biens – ces « valeurs » ne servent pas à valoriser le capital, d’où ce secteur industriel est considéré comme parasitaire, non productif, vivant au crochet du travail salarié productif. Au contraire, l’industrie militaire absorbe et détruit de la valeur marchande (valeur d’échange) et contribue à approfondir la crise économique systémique. Si la classe capitaliste mondiale maintient un important dispositif militaire parasitaire, ce n’est pas pour le plaisir de faire la guerre, ou pour se distraire, ou pour faire des profits, profits qu’elle spolie aux autres secteurs industriels. C’est que la classe capitaliste parasitaire n’a pas d’autres choix en prévision du jour où ses concurrents monopolistiques multinationaux tenteront de s’emparer de ses espaces d’extraction des ressources, de ses marchés, ou de ses zones d’exploitation de la plus-value. Elle devra alors les terroriser grâce à son infrastructure militaire. En prévision du jour également où la classe prolétarienne paupérisée tentera de secouer le joug de son aliénation en quête d’émancipation. Il faudra bien, ces jours pas si lointains, que le plein poids de la loi bourgeoise, de la mitraille et de la répression étatique capitaliste s’abattent sur le dos de cette classe en révolte.

 

Un évènement historique gigantesque

 

Au cours des années 1990, un phénomène capital s’est produit à l’échelle internationale avec l’entrée sur le marché mondial concurrentiel de la grande bourgeoisie chinoise, indienne, et de celle de l’ancien bloc soviétique, ce qui a conduit à doubler en quelques années la force de travail en concurrence sur le marché du travail salarié (4). En termes d’économie politique et en termes de lutte de la classe prolétarienne, cet évènement fut le plus important depuis la nuit des temps. Pourtant, peu d’analystes en ont apprécié l’incroyable portée. Par cette expansion des moyens de production, sans commune dimension dans l’histoire du mode de production du capital, l’impérialisme complétait l’aménagement de la totalité des territoires et des forces productives dans le monde et assurait leur incorporation aux rapports de production capitalistes hégémoniques. Par cet évènement incommensurable, l’impérialisme terminait sa phase d‘expansion (un siècle après le pronostique des bolchéviques) et l’impérialisme ne pouvait alors qu’amorcer sa phase déclinante n’ayant plus aucune « terre nouvelle » (sic), plus aucune nouvelle force de travail à spolier pour valoriser le capital déprécié (5). Le mode de production capitaliste n’a pas fini d’en ressentir les effets qui mèneront certainement à sa destruction.

 

Cet évènement est la raison fondamentale pour laquelle le début du XXIe siècle est une période marquée par le déclin économique et politique, et, conséquemment la décadence sociologique et idéologique du capitalisme. Marquer aussi par un grand pessimisme traumatique qui voit surgir en Occident des théories fumeuses telles : « La fin de la classe ouvrière ; la mort du Marxisme ; l’apogée des luttes de libération nationale et anti-impérialistes bourgeoises (sic) ; l’émergence d’une soi-disant classe moyenne ; l’embourgeoisement de l’aristocratie ouvrière stipendiée (sic) ; l’émergence d’une nouvelle gauche démocratique, citoyenne et républicaine (sic) ; les théories complotistes et mystiques de fin du monde civilisé ; la guerre des civilisations ; la fin de l’histoire » et autres fadaises idéalistes reflets du déclin de la classe bourgeoise occidentale devant la montée en puissance du capital monopoliste multinational venu d’Orient et la croissance du contingent oriental et du contingent africain du prolétariat international.

 

Cette croissance de la classe prolétarienne s’est produite en très peu de temps. Si la montée en puissance de l’impérialisme américano-atlantique a nécessité deux guerres mondiales et presque un siècle d’expansion (1890 – 1975), l’entrée en scène de la dernière phase de l’impérialisme corporatistes-capitaliste n’aura nécessité qu’une cinquantaine d’années (1975 – 2020) et une guerre mondiale (à venir !) À l’évidence, l’histoire du mode de production capitaliste s’accélère. On peut anticiper qu’en 2020 environ, la Chine aura remplacé la première puissance impérialiste mondiale (USA) et que son déclin sera déjà amorcé au milieu d’une crise économique, systémique et permanente, et parmi des guerres régionales en cascades, jusqu’à et y compris une possible troisième guerre mondiale catastrophique. Mais avant d’aborder ces questions, examinons les données en ce qui concerne les effectifs du prolétariat international.

 

L’expansion de la classe prolétarienne dans le monde

 

« Ces jalons posés nous pouvons maintenant voir ce que représente au niveau mondial le prolétariat dans son ensemble, le prolétariat salarié (en soustrayant les chômeurs) et le prolétariat créateur de valeur (ce qui est plus compliqué, les statistiques mondiales à ce sujet étant difficiles à obtenir). Par élimination nous allons essayer de donner une vision plus large que les statistiques du Bureau international du Travail (BIT) et de l’Organisation internationale du Travail (OIT), et pour la France du Tableau de l’économie française de l’INSEE qui est plus précis » atteste Gérard Bad (6). Mais attention, ces différents documents ne tiennent pas compte du fait que, selon l’OCDE, plus de la moitié de la population active mondiale travaille au noir (le travail au noir – clandestin – est source de plus-value absolue). Les États bourgeois complices de l’évasion fiscale de leurs patrons milliardaires et des multinationales monopolistes sont grandement préoccupés par l’évasion fiscale des petits salariés, les serveuses de restaurants et les journaliers. Prenez note toutefois, que nous retrouvons dans ces emplois sous-payés – non déclarés –  une importante contre-tendance à la baisse du taux de profit à laquelle il faut ajouter les 168 millions d’enfants asservis et comptabilisés dans le monde. Également, il ne faut pas oublier que l’agriculture est le premier pourvoyeur d’emplois, soit 40 % de la population active mondiale classés « travailleurs autonomes » (sic). Il y a forcément dans ces 40 % d’exploités du servage agraire une part importante de travailleurs agricoles qu’il faudrait normalement ajouter aux statistiques du prolétariat mondial.

 

Les données de l’OIT permettent d’estimée le salariat à l’échelle mondiale. Dans les zones « avancées » il a progressé d’environ 20 % entre 1992 et 2008, et il stagne depuis l’intensification de la crise systémique du capitalisme. Dans les zones « émergentes », il a augmenté de près de 80 % sur la même période (graphique 1).  On retrouve des données analogues, mais encore plus marquées, pour l’emploi dans l’industrie manufacturière. Entre 1980 et 2005, la main-d’œuvre industrielle (productrice de plus-value) a augmenté de 120 % dans les régions « émergentes » et diminuées de 19 % dans les régions dites « avancées » (7).

 

Le même constat ressort d’une étude récente du FMI qui calcule la force de travail dans les secteurs exportateurs de chaque pays. On obtient une estimation de la force de travail mondialisée, celle qui est intégrée à la chaine de production de valeurs (capital productif et non parasitaire de laquelle il faudrait exclure les travailleurs de l’industrie de l’armement ce qui pénaliseraient encore davantage les pays « avancés »). La divergence est encore plus marquante : entre 1990 et 2010, la force de travail globale, ainsi calculée, a augmenté de 190 % dans les zones « émergentes », mais de seulement 46 % dans les régions développées (graphique 2). Il faut toutefois convenir d’une différenciation qualitative entre ces salariés. Si dans les zones « émergentes » ces salariés s’ajoutent aux forces productives industrielles et manufacturières génératrices de plus-value (même si ce n’est que pour des tâches d’assemblage), dans les zones développées les salariés à haute productivité, produisant des marchandises de haute qualité, s’additionnent aux travailleurs tertiaires des services de proximité et ceux des services parasitaires (petits boulots précaires, temporaires et mal payés, dans la restauration, l’hôtellerie, le transport, l’alimentation, l’entretien et les services de sécurité). Présentement les multinationales du capital « émergent » déploient des efforts pour hausser la productivité du travail salarié et pour assurer la montée en gamme de leur production et de leur consommation. Elles refont en somme, en accéléré, le parcours qu’elles ont fait du temps de leur développement en régions capitalistes « avancées ».

 

proletaires3

 

La tendance inéluctable à la globalisation du mode de production (la phase impérialiste du mode de production capitaliste comme l’esclavagisme et le féodalisme en vécurent auparavant) conduit donc à la formation d’un capital mondial, d’où l’importance des circuits bancaires de transferts du capital financier appelés « paradis – Panamas – fiscaux » (8) –; à la consolidation d’un marché mondial, d’où la signature de multiples traités de libre-échange (9), et, conséquemment, à l’expansion d’un prolétariat précarisé et mondialisé dont la croissance se fait principalement dans les régions dites « émergentes ». Ce processus s’accompagne d’une tendance à la salarisation et à l’urbanisation de la force de travail dans le monde entier, ce qui comprend la paysannerie chinoise, indienne et africaine, peu à peu arrachée à leurs terres et à leurs villages et concentrée dans des bidons villes délabrés, contexte urbanisé de leur aliénation de salarié. Ce qu’atteste le taux de salarié (la proportion de salariés dans l’emploi) qui augmente de manière constante, passant de 33 % à 42 % mondialement au cours des 20 dernières années (graphique 3). L’impérialisme moderne, sous le mode de production capitaliste, est bien caractérisé par la mondialisation des rapports de production hégémoniques capitalistes.

 

Graphique 3: Taux de salarisation dans les pays « émergents »

 

proletaires2

 

La dynamique de l’emploi dans le monde, illustré par le graphique 4, peut être résumée ainsi : Entre 1992 et 2012, quasi-stabilité ou faible progression de l’emploi dans les zones capitalistes « avancées » et augmentation dans les régions capitalistes dites « émergentes » : +40%, comprenant un salariat en croissance (salariat : +76 %, autres modes d’emploi : +23 %).

 

Graphique 4

proletaires

 

 

Pour l’année 2012, les données de l’OIT conduisent à la répartition suivante de l’emploi mondial en milliards d’individus :

 

Emplois dans les zones «avancées» 0,47
Emplois salariés dans les zones «émergentes» 1,11
Autres emplois dans les zones «émergentes» 1,55
Emploi mondial total 3,13

La classe ouvrière mondiale est très segmentée par catégories, par revenus et par régions géographiques, en raison d’écarts de salaires considérables, et d’une mobilité restreinte, malgré les multiples efforts que déploie le capital pour la poussée sur les sentiers des réfugiés et sur les chemins de l’exil forcé afin de la soumettre aux nouvelles conditions d’exploitation international du capital. Les capitaux quant à eux ont obtenu une liberté de circulation à peu près totale grâce d’une part aux multiples traités et accords de libre-échange, et d’autre part, grâce à une vague sans précédent de fusions, d’OPA et d’agrégation monopolistique des entreprises capitalistes que nous avons illustrées dans les chapitres précédents (10). C’est le propre des fusions-acquisitions qui concentrent et centralisent le capital de restaurer pour un temps le taux de profit moyen en éliminant une pléthore de capitaux non performants (les concurrents les plus faibles). C’est ce qui s’est passé en 2008, quand les fusions-acquisitions, OPA et autres malversations du capital atteignirent 1 600 milliards de dollars US en Europe et 1 800 milliards dollars aux États-Unis. Il en résulta une baisse relative du nombre de travailleurs, les salariés n’étant après tout que la forme variable du capital (Cv). Selon une étude du Bureau international du Travail (BIT), la croissance économique mondiale en 2007 a été de 5,2 %, tandis que celle du nombre de travailleurs n’a été que de 1,6 %, la différence s’expliquant par l’inflation monétaire et par les progrès en matière de productivité (étude citée dans Le Figaro du 24 janvier 2008). Depuis le début de 2014, il y a une nouvelle frénésie de fusions-acquisitions dans le monde, c’est-à-dire une nouvelle vague de liquidation d’une masse de capitaux constants (Cc) – morts – et de travailleurs vivants – capital variable – (Cv) en excès dans le système de production et d’échanges.

 

Dans ces conditions, la mondialisation-globalisation de l’économie requiert de mettre virtuellement en concurrence internationale les travailleurs de tous les pays, mondialisant de ce fait la lutte de résistance du mouvement prolétarien. Cette pression concurrentielle s’exerce autant sur les salariés des pays « avancés » que sur ceux des pays « émergents » concurrents et se traduit par une baisse tendancielle de la part des salaires dans le revenu mondial global (Graphiques 5 et 6). Cette figure démontre que le capital variable – le capital vivant, unique source de plus-value –  prend encore moins d’importance dans la composition du capital par rapport au capital constant – mort – non générateur de plus-value. Preuve s’il en était besoin que le mode de production capitaliste creuse sa propre tombe. Pire, la prochaine étape dans la négociation des accords de libre-échange internationaux visera à obtenir une plus grande mobilité – continentale d’abord, et internationale ensuite – du prolétariat (du capital variable) afin d’accroitre la concurrence salariale et de réduire encore plus son importance relative, ce que l’Union européenne a déjà accompli sur le continent européen, prenant ainsi une longueur d’avance sur les anciennes puissances impérialistes concurrentes (USA, Japon, Canada, Australie, Russie) mais déjà en retard sur les nouvelles puissances émergentes qui constituent des marchés unifiés de grandes importances (Chine 1,3 milliard de consommateurs et 800 millions de salariés éventuels et l’Inde, 1,4 milliard de consommateurs et 850 millions de salariés virtuels). Tout ceci donne une idée du manque de vision des bobos altermondialistes, des réformistes et des gauchistes petits-bourgeois qui s’offusquent de la tombée des barrières tarifaires et législatives (droit du commerce, droit du travail, droit social, droit fiscal, judiciarisation de la répression, militarisation de l’économie, etc.) plaçant tous les moyens de production et toutes les forces productives « nationales » en concurrence internationale. Pas plus qu’il n’est opportun de dénoncer les ouragans et les typhons, il n’est pertinent de quémander des allègements aux conséquences de l’internationalisation de l’impérialisme globalisé qui ne peut qu’avancer, pousser par ses propres contradictions inexorables. Il y a longtemps que le prolétariat affirme que les forces productives ne peuvent s’épanouir à l’intérieur des rapports de production bourgeois trop étroits. Il faudra simplement mettre fin à ce mode de production moribond qui ne peut et ne pourra jamais fonctionner de manière différente qu’il ne fonctionne présentement.

 

Enfin, les graphiques 5 et 6 marquent le Te Deum de ce mode de production basé sur la valorisation de la plus-value et la reproduction élargie du capital. Alors que la masse totale des salariés prolétarisés augmente constamment, la part des salaires dans le revenu mondial diminue radicalement (11). Gardant en tête le principe qu’une marchandise se vend à son cout de production (ou de reproduction élargie dans le cas de la marchandise force de travail) cette donnée statistique signifie que depuis les années 1970 environ, le moment de l’inversion de la courbe ascendante du mode de production capitaliste globalisé, la force de travail se vend et s’achète en moyenne en dessous de son cout de reproduction social. Voilà le post mortem des théories opportunistes à propos de l’aristocratie ouvrière embourgeoisée et stipendiée ; des classes moyennes lénifiantes ; de la mort de la classe prolétarienne et de la théorie du dépassement du capitalisme (sic). Voici l’acte final de la tragédie capitaliste mondialisée. Quand un mode de production ne permet plus aux forces productives qu’il renferme de se déployer et de faire fructifier les moyens de production, mais qu’au contraire il les entraine vers leur dévalorisation et leur autodestruction, alors, ce mode de production doit disparaitre, sublimer par un nouveau mode de production plus performant. Ce graphique résume à lui seul les forces en jeux dans la révolution prolétarienne à venir.

 

Graphique 5 :  Part des salaires dans le revenu mondial 1970-2010

graphique2

 

En % du PIB. Calculs à partir de Stockhammer, 2013 (12).

 

Graphique 6

Salaire-pib

 

Références

 

Source: http://www.les7duquebec.com/7-au-front/lexpansion-de-la-classe-proletarienne/

***********************************************************************************

(version anglaise)

EXPANSION OF THE CLASS PROLETARIAN

Our definition of proletarian is concise: « Proletarian is the one who has only his work force to be marketed and monetized ». This is a broad definition, it includes almost all the salaried staff (excluding the managers), the unemployed, the unregistered unemployed looking for a job. It is at the same time a social and economic definition. If any productive worker is employee, on the other hand any employee is not a productive worker. Some employees are even exploiters, since they administer the system of exploitation of man by man, the executives and their underlings attached to governance are good examples (1). Marx wrote « Compared to the capitalist financier, the industrial capitalist is a worker, workers as capitalist, that is to say an exploiter of the work of others » (2).

What is a productive proletariat, that is to say, what is a creator of surplus value? « To distinguish the productive labor from the unproductive labor, it is enough to determine if the work is exchanged for money in the strict sense or for money-capital ».  Starting from this definition, Marx gives the example of the proletarian literary man of Leipzig and the singer working for a boss, they become both productive workers because they value the capital; he will say the same thing in a note of the Volume I of his book ‘Das Kapital’ on a teacher who is working in the private sector.

Indeed, we have seen too often this idea that only the industrial proletariat is creator of surplus value because he creates marketable material products / goods. Marx, and this is the object of Capital, shows that only « is productive the work that values directly the capital and thus produces surplus-value ». On the contrary, a craftsman who makes a product Y, which he will trade for a product Z, performs an useful work, but, from the point of view of the capitalist mode of production he does not perform a productive work, that is to say, generative of surplus-value (3).

Thus, the arms industry produces property that are not goods because these products don’t contribute absolutely to the valuation-reproduction of capital. These assets – these « values » are not used for highlighting the capital, from hence this industrial sector is considered parasitic, unproductive. On the contrary, the military industry absorbs and destroys the market value (exchange value). If the world capitalist class maintains an important parasitic military device, it is not for the pleasure of making war, of amusing, or of making profits, as claimed by the bobos of the bourgeois left, but because it has no other choice in anticipation of the day when its competitors will try to seize its areas of extraction of resources, its markets, or its exploitation areas of the surplus-value. In anticipation of the day equally when the impoverished proletarian class will attempt to shake off the yoke of its alienation in search of emancipation. We will have, in these days not so distant, that the full weight of bourgeois law, the grapeshot – and the State repression – fall on the back of this revolting class.

« These posed milestones, we can now see what represents, at world level, the proletariat (working population), the employed proletariat (by deducting the unemployed) and the proletariat creator of  productive- value (which is more complicated, the world statistics on it are difficult to be obtained. By elimination we will try to give a broader view than the statistics of the International Labor Office (ILO) and the International Labor Organization (ILO), and for France the Board of the French economy of INSEE (National Institute For Statistics and Economic Studies), which is more accurate », confirms Gérard Bad (4). But be careful, these different documents do not take into account that, according to the OECD, more than half of the world working population moonlights (the undeclared work –clandestine – is a source of absolute surplus-value, in particular, using often a rudimentary machinery). We have there an important countertrend to the decline of the profit rate to which we must add the 168 million children « officially » slave-recognized in the world. Equally, do not forget that the agriculture is the leading provider of jobs, namely the 40% of the world working population classified as « self-employed » (sic).
There must be in this 40% a significant part of agricultural workers that it would be normally necessary to add to the data of the listed world proletariat.

A gigantic historical event

In the 1990s, a major phenomenon has occurred internationally with the entrance on the world market of the great Chinese, Indian bourgeoisie and that of the former Soviet bloc, which led to double the competing labor force in the salaried labor market (5). In terms of political economy and of proletarian class struggle, this event was the most important from time immemorial. Yet, few analysts appreciated the incredible impact. From this expansion of the means of production without common dimension in the history of the mode of production, the imperialism completed the development of all lands and productive forces in the world and ensured their incorporation with the hegemonic capitalist relations of production. From this immeasurable event  the imperialism ended its expansion phase (a century after the Bolshevik forecasting) and the MPC* could then only start its declining phase, having no more « new earth » (sic), no more new labor force to be despoiled for enhancing the depreciated capital (6).

This event is the fundamental reason why the beginning of the 21st century is a period marked by the economic and political decline, and consequently the social and ideological decadence; marked also by a big traumatic pessimism that we see materialized in the West shirker theories as: « The end of the working class; the death of Marxism; the emergence of a so-called middle class; the betrayal of the hired labor aristocracy (sic); the emergence of a new democratic, Republican and citizen Left (sic); the conspiracy and mystical theories; the war of civilizations; the end of history »(sic) and other nonsense idealistic reflections of the decline of Western bourgeoisie before the increase in power of Eastern world capital and the growth of Eastern and African contingent of the international proletariat.

This class growth has occurred in a very short time. If the increase in power of the US-Atlantic imperialism has required two world wars and nearly a century of expansion (1890-1975), the debut of the last phase of capitalist imperialism will have required only thirty years (1990–2020) and probably a world war (!). Clearly, the history of the capitalist mode of production is accelerating. We can anticipate that around in 2020, China will have replaced the first world imperialist power and that its decline will be already started in the middle of an economic, systemic and permanent crisis, and among cascading regional wars including a possible catastrophic third world war. But before addressing these questions, let us examine the data regarding the staffing of the international proletariat.

The expansion of the proletarian class in the world

The ILO data allow to estimate the wage worldwide. In the « advanced » areas, it increased approximately 20% between 1992 and 2008 and stagnates since the intensification of the systemic crisis of capitalism.
In the « emerging » zones, it increased by nearly 80% over the same period (chart 1). We find similar data, but even more pronounced, for the employment in the manufacturing industry: between 1980 and 2005, the industrial labor (producing surplus value) increased by 120% in the « emerging” zones and decreased by 19% in the so called « advanced » regions (7).

The same conclusion comes from a recent IMF study that calculates the workforce in the export sectors of each country. We obtain a valuation of the globalized labor force, which is integrated in the chain of production of values (productive and not parasitic capital from which should be excluded the workers of arms industry which would disadvantage much more the « advanced » countries). The difference is much more significant: between 1990 and 2010, the global labor force, so calculated, increased by 190% in the « emerging » areas, but only 46% in the developed regions (chart 2). However, it must agree to a qualitative differentiation between these employees. If in the « emerging » areas these employees are in addition to industrial and manufacturing productive forces, generating surplus-value (even if it is only for assembly tasks), in the developed zones the employees with high productivity, producing sometimes high-quality goods, are in addition to tertiary outreach workers and those of parasitic services (casual, precarious, temporary and poorly paid jobs, in restaurants, hotels, transportation, food, maintenance and security services).Currently the multinationals of « emerging » capital are making efforts to improve the productivity of wage labor and to ensure the upgrading of their production and consumption. They repeat in short, accelerated, the course that they have done from their development in « advanced » capitalist regions.

The inevitable trend towards the globalization of every mode of production (the imperialist phase of capitalist mode of production) leads thus to the formation of a world capital – from hence the importance of the banking cycles of transfers of financial capital called « tax havens « (8) – to the consolidation of a global market, from hence the signing of multiple free trade treaties (9), and consequently,  the extension of a precarious and global proletariat whose growth is done mainly in the so-called « emerging » regions. This process is accompanied by a trend to wage employment and urbanization of the workforce worldwide, the peasantry of China, India and Africa gradually torn from their lands and villages and concentrated in dilapidated slums, urbanized context of their employee alienation. This is attested by the employee rate (the proportion of employees in employment) that increases steadily from 33% to 42% globally during the last 20 years (Chart 3). The Imperialism under the capitalist mode of production is just the globalization of capitalist hegemonic relations of production.

Chart 3: Employee rate in the « emerging » countries

The employment dynamics in the world, illustrated by the Chart 4, can be summarized as follows: Between 1992 and 2012, quasi-stability or weak progress of employment in the « advanced » capitalist areas, increase in the so called « emerging » capitalist regions: + 40%, including an increased wage (wage: 76%, other modes of employment: 23%).

Chart 4

For the year 2012, the ILO data lead to the following distribution of world employment in billions people:

Jobs in the « advanced » areas 0.47
Wage employment in the « emerging » areas 1.11
Other jobs in the « emerging » areas 1.55
Total world employment 3.13

The world working class is highly segmented, due to significant wage differences, and its mobility is impaired despite multiple efforts that unfold the capital for the push on the trails of refugees and the paths of exile forced in order to submit it to new conditions of exploitation of capital. The capitals meanwhile achieved a freedom of movement almost complete for one hand with multiple treaties and free trade agreements, and secondly, through an unprecedented wave of mergers, takeover bids and monopolistic aggregation of capitalist enterprises that we have shown in previous chapters (10). It is the characteristic of the mergers and acquisitions that concentrate and centralize the capital to restore for a time the average profit rate by eliminating a plethora of non-performing capitals (the weakest competitors). This is what happened in 2008, when the mergers and acquisitions, IPOs and other embezzlement of capital reached 1600 billion US dollars in Europe and 1800 billion dollars in the United States. It actually will result effectively a relative decrease of the number of workers, the employees being after all only forms of capital (Cv). According to a study of the International Labor Office (ILO), the world economic growth in 2007 was 5.2%, while that of the number of workers was only 1.6%, the difference is explained by monetary inflation and by increase of productivity (study cited in Le Figaro of 24 January 2008). Since the beginning of 2014, there is a new frenzy of mergers and acquisitions in the world, that is to say a new wave of liquidation of a mass of constant – dead – capitals and of living workers – variable capital – in excess in the system of production and exchange.

In these conditions, the economic globalization requires to put virtually in international competition the workers (variable capital) of all countries, thereby globalizing the resistance struggle of the proletarian movement. This competitive pressure is applied as much on the workers of developed countries than on those of competing emerging countries and results in a downward trend of the part of wages in the total world income (Chart 5).The variable capital – the living capital, only source of surplus value – becomes even less important in the organic composition of capital in relation to constant – dead – capital not generative of surplus-value. Proof if need were that the capitalist mode of production digs its own grave. Worse, the next step in the negotiation of international free trade agreements will aim at achieving a greater mobility – continental and then international – of the proletariat (variable capital) in order to increase the competition and to reduce further its relative importance, what the European Union has already done on the European continent, thus taking a step ahead of the old competing imperialist powers, but being delayed on the new emerging powers that are already unified markets of great importance (China 1.3 billion consumers and 800 million potential employees, and India, 1.4 billion consumers and 850 million virtual employees). All this gives an idea of the lack of vision of anti-globalist bobos and petty-bourgeois leftists who are offended by the fall of tariff and legal barriers (trade law, labor law, employment law, tax law, prosecution of repression, etc.) placing all means of production and all the national productive forces in international competition. More than it is appropriate to withdraw hurricanes and typhoons, it is relevant to beg for relief the consequences of the internationalization of the globalized imperialism that can only move forward, pushing through its own unavoidable contradictions. It has been a long time since the proletariat affirms that the productive forces can’t flourish within too narrow bourgeois relations of production. It will be necessary simply to put an end to this dying mode of production that can’t and will not be able to operate in a different way of how it already operates.
Finally, the chart 5 marks the Te Deum of this mode of production based on the production of surplus- value and the expanded reproduction of capital. While the total mass of proletarianized employees constantly increases, the part of wages in the global income decreases radically (11). Keeping in mind the principle that a commodity is sold to its cost of production (or of reproduction, in the case of the commodity labor power) this statistical data means that since around the 1970s, the time of inversion of the ascending curve of the globalized capitalist mode of production, the work force is bought and sold on average below its cost of reproduction. This is the post mortem of the opportunistic theories about the gentrified labor aristocracy, the assuaging middle class, the death of the proletarian class and the theory of the exceeded capitalism. Here is the final act of the globalized capitalist tragedy. When a mode of production no longer allows the productive forces that contains it to spread and grow the means of production but instead it leads them to their worthlessness and self-destruction, then, this mode of production must disappear, sublimate by a new, more efficient mode of production. This chart sums up lonely the forces at play in the coming proletarian revolution.

Chart 5: Part of wages in the world income from 1970 to 2010

By % of GDP. Calculations starting from Stockhammer, 2013 (12).

References

  (1) Gérard Bad. « What other possible world? ». Claude Bitot (lecture note). December 2008. http://www.mondialisme.org/spip.php?article1467

  (2) The Capital. Chapter 23 Volume 3.

  (3) An unpublished chapter of « Capital ». 10/18 Edition.  P. 224-233-238.

  (4) Gérard Bad. The productive class of surplus value on a global scale (I)
http://www.mondialisme.org/spip.php?article2057. 10.2014. Text published in Exchanges No. 146 (Winter 2013-2014). The following in Exchanges No. 148.

  (5) We have written this part of the text starting from the paper entitled: The formation of a global working class. Note hussonet, No. 64, 18/12/2013.
URL: http://hussonet.free.fr/chronik.htm

  (6) Richard Freeman. « China, India and the Doubling of the Global Labor Force: Who Pays the price of Globalization?”. The Globalist. June 2005. ILO, Key Indicators of the Labor Market (KILM).

  (7) John Smith. « Imperialism and the Law of Value ».  Global Discourse [Online], 2: I, 2011. IMF.  Jobs and growth: analytical and operational considerations for the Fund . March 2013. URL:https://globaldiscourse.files.wordpress.com/2011/05/john-smith.pdf

  (8) http://www.les7duquebec.com/7-au-front/les-panama-papers-la-fraude-frauduleuse/ and http://www.les7duquebec.com/7-au-front/levasion-fiscale-et-les-paradis-fiscaux/

  (9) http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/traite-transatlantique-letat-dune-resistance and http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/traite-transpacifique-ou-le-regne-des-multinationales/  and  http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-2-2/a-nouveau-sur-les-accords-de-libre-echange/

  (10) http://www.les7duquebec.com/?p=215790&preview=true and http://www.les7duquebec.com/7-au-front/deflation-le-dernier-tourment-avant-la-grande-depression/

  (11) Engelbert Stockhammer. « Why have wage shares fallen? ». ILO. Conditions of Work and Employment Series. No. 35, 2013. URL: http://www.ilo.org/travail/whatwedo/publications/WCMS_202352/lang-en/index.htm

  (12) Engelbert Stockhammer. « Why wage shares-have fallen? ». ILO. Conditions of Work and Employment Series. No. 35, 2013. URL: http://www.ilo.org/travail/whatwedo/publications/WCMS_202352/lang-en/index.htm

Average of the following countries: Australia, Austria, Belgium, Canada, Denmark, United States, Finland, France, Ireland, Italy, Japan, Netherlands, United Kingdom, Sweden. Argentina, Brazil, Chile, China, Costa Rica, Kenya, Mexico, Namibia, Oman, Panama, Peru, Russia, South Africa, South Korea, Thailand, Turkey.