Conférence Solidarité et Lutte : Renforcer la résistance à la guerre, au militarisme et au néofascisme

 

à Université de Toronto, Canada

du 5 au 7 août 2017

 

Informations : Courriel : antiwarconf.inquiriesto@gmail.com

 

#SOLIDARITYFIGHTBACK

#NO2USMILITARISM

 

Ligue internationale de lutte des peuples /    International League of Peoples’ Struggle     ILPS-LILP

Alliance international des femmes / International Women’s Alliance                                    AIF/IWA

Guerre, militarisme et néofascisme états-uniens

Guide de discussion

  1. TRUMP ESCALADE-T-IL LE MILITARISME ET LA GUERRE DES ÉTATS-UNIS?

 

Cent jours viennent à peine de s’écouler depuis l’accession de Trump à la présidence, et déjà le gouvernement des États-Unis poursuit violemment ses guerres impérialistes d’agression et d’intervention à l’étranger et intensifie la répression au pays. La superpuissance essaie ainsi, désespérément, de maintenir son hégémonie dans un monde multipolaire plongé dans une série de crises.

 

Seulement en mars, plus de 1 000 civils sont morts au cours de frappes aériennes effectuées par la soi-disant coalition que les États-Unis dirigent en Irak et en Syrie. Toujours en mars, Trump a donné l’ordre de lancer sur le Yémen, en seulement une semaine, plus de bombes que ne le faisait Obama dans toute une année.

 

Le 5 avril, Trump a donné l’ordre de lancer 59 missiles Tomahawk sur une base aérienne syrienne, sous un faux prétexte, tuant des dizaines de civils d’un village voisin. Un mois auparavant, les drones étatsuniens avaient lancé des missiles Hellfire et jeté une bombe sur une mosquée de la partie ouest d’Alep, dans laquelle 200 personnes priaient, en tuant 40 et en blessant 120 autres.

 

Le 13 avril, en Afghanistan, les États-Unis ont lancé la plus puissante bombe non nucléaire de leur arsenal sur un complexe de grottes et de tunnels, prétendument utilisés par les terroristes de l’ISIS. C’était la première fois que la bombe GBU-43 «Massive Ordnance Air Blast bomb» (MOAB), «Bombe à effet de souffle d’artillerie lourde», surnommée «la mère de toutes les bombes», était utilisée au combat. L’onde de souffle intense engendré par la bombe peut, dans un rayon d’un mille, anéantir toute personne et brûler tout l’oxygène se trouvant dans des espaces souterrains tels que des tunnels et des grottes.

 

En Somalie, Trump a affaibli les règles d’engagement de l’armée étatsunienne, ce qui entrainera l’augmentation du nombre pertes civiles. Depuis 2007, les États-Unis mènent une guerre très floue contre les soi-disant islamistes en action dans ce pays stratégique de la Corne de l’Afrique, et se servent de l’Éthiopie dans ce conflit mené par procuration. Obama avait régulièrement utilisé les drones des bases étatsuniennes situées à Djibouti, pays voisin, pour frapper les militants d’Al-Shabab.

 

Trump s’est vanté de déployer ce qu’il décrit comme une « armada » de cuirassés pour intimider la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et a menacé de lancer une attaque nucléaire le premier, comme mesure préventive contre ce pays.

 

Toutes les actions agressives et belliqueuses entreprises par les États-Unis sont des signes, non pas de force ou d’assurance en leur capacités, mais bien ceux du déclin de cette puissance impérialiste. Étant en perte de vitesse, cette superpuissance devient toujours plus désespérée et agressive, et utilise la force brutale dans de vaines tentatives de conserver sa position hégémonique.

 

  1. QUELLES SONT LES CAUSES DE CETTE ESCALADE DES GUERRES ET DU MILITARISMES?

 

Comme conséquence de quatre décennies de restructuration néolibérale, l’économie mondiale transformée avait engendré d’énormes profits pour l’oligarchie financière par l’intensification de l’exploitation et la dépossession de familles de travailleurs dans le monde entier. Avant la crise, l’économie se maintenait grâce à la consommation stimulée par l’endettement et à l’activité forcenée des capitaux.  Mais avec l’éruption de la crise, ces facteurs s’étaient affaiblis et ne lui permettaient plus de juguler la crise de surproduction.  Les masses appauvries ne pouvaient plus acquérir les biens créés en quantité excessive par la production capitaliste. Ces facteurs ont même aggravé la suraccumulation de capital jusqu’à l’éclatement de la bulle lors de la crise des prêts hypothécaires à risque en 2007. L’économie mondiale s’est alors enlisée et se trouve depuis plongée dans une crise prolongée.

 

La crise économique prolongée du système capitaliste mondial est en train d’intensifier les luttes géopolitiques et les conflits sociaux dans le monde entier. Les États impérialistes dirigés par les États-Unis s’efforcent toujours plus agressivement de conquérir et de contrôler davantage de territoires qui constituent des sources de matières premières et de main-d’œuvre à bon marché, des marchés captifs, des routes d’approvisionnement et des zones pouvant servir de rampes de lancement de forces militaires à l’étranger. Alors que le néolibéralisme s’enlise dans la crise, le militarisme, c’est-à-dire le recours par les États aux moyens militaires pour atteindre leurs objectifs en matière de gouvernance intérieure et de relations extérieures, se développe et sévit aujourd’hui dans tous les continents.

 

L’impérialisme étatsunien est le principal fauteur de militarisme et de guerres et également la principale cause de déstabilisation dans le monde actuel. Les États-Unis sont préoccupés par l’apparition de nouvelles puissances telles que la Russie et que la Chine dans un monde multipolaire, qui, selon eux, menacent l’hégémonie qu’ils avaient établie sur le monde.  Ils se sentent menacés par la création et le développement de l’Organisation de coopération de Shanghai, qu’ils perçoivent comme étant une alliance opposée à l’alliance États-Unis-OTAN,  du bloc économique des pays désignés par l’acronyme BRICA, qui regroupe le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, de l’accord de commerce régional que développe la Chine, du Partenariat économique global régional (RCEP), qui exclue les États-Unis, des nouvelles institutions financières qui rivalisent avec la structure financière mondiale dominée par le capital financier étatsunien.

 

  1. COMMENT L’IMPÉRIALISME ÉTATSUNIEN MÈNE-IL UNE GUERRE DE TERREUR MONDIALE?

 

Afin de maintenir sa domination sur la planète, les États-Unis déclenchent des guerres de terreur dans le monde entier sous le prétexte de mener une «guerre contre le terrorisme» au niveau international. De connivence avec ses alliés de l’OTAN, l’État sioniste d’Israël et le Royaume d’Arabie Saoudite, les États-Unis ont délibérément fomenté des divisions sectaires en Asie occidentale et en Afrique du Nord, et cherchent à détruire ou à affaiblir tout régime qui défend la cause de l’indépendance nationale et de l’autodétermination des peuples arabes.

 

Le général Wesley Clark, ex-commandant suprême allié de l’OTAN pendant la guerre du Kosovo, a révélé que quelques semaines après les attentats du 11 septembre aux États-Unis, le Pentagone avait publié un mémorandum secret qui «décrivait comment nous allons envahir sept pays en cinq ans, d’abord l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie et le Soudan et enfin l’Iran.» Et, en effet, peu après, les États-Unis et leurs alliés ont bombardé, envahis ou occupés tous ces pays, à l’exception du Liban et de l’Iran, mais en attaquant en plus l’Afghanistan et le Yémen. Washington a également alloué 38 milliards de dollars afin d’appuyer les politiques israéliennes d’apartheid et d’occupation brutale de la Palestine au cours de la prochaine décennie.

 

Sur le continent africain, au cours des deux derniers mandats présidentiels d’Obama et celui de son prédécesseur, George W. Bush, Jr., les États-Unis ont intensifiée la militarisation qu’ils dirigent et continueront sans aucun doute à le faire sous la présidence de Trump. Au début de 2008 a eu lieu la fondation du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), qui a provoqué de l’instabilité et des déplacements de population dans le continent.

 

Comme le souligne Abayomi Azikiwe, rédacteur en chef de l’organisation «Pan-African News Wire» (novembre 2016), «le bombardement de la Libye sous de faux prétextes, la déstabilisation du pays et l’assassinat brutal du leader de longue date, le colonel Muammar Kadhafi, ont eu des conséquences qui sont encore ressenties (…). Aujourd’hui, la Libye est devenue un centre important de trafic ou de fuite d’êtres humains qui quittent le continent africain et traversent la Méditerranée en direction de l’Europe. Le Pentagone effectue chaque jour des bombardements dans cet État nord-africain. Washington et ses alliés ont subi de lamentables échecs lors de leurs multiples tentatives de créer à Tripoli un régime néocolonial stable qu’ils pourraient dominer (…).»

 

À Djibouti, le camp Lemonier, base militaire en plein essor, sert de lieu d’organisation et de lancement d’une campagne aérienne et terrestre sous le couvert de la lutte contre le «terrorisme islamique» dans la Corne de l’Afrique. La République du Soudan, qui était autrefois le plus grand État-nation d’Afrique en termes de superficie, a été divisée sous l’égide de Washington pour nuire à l’industrie pétrolière des pays émergents qui agissent en partenariat avec la République populaire de Chine.

 

Dans la région Asie-Pacifique, les États-Unis poursuivent leur politique de créer un «pivot vers l’Asie», qui consiste à y déployer jusqu’à 60 pour cent de leurs forces navales pour contenir la Chine et isoler la Corée du Nord. En 2015, le Commandement du Pacifique des États-Unis a effectué 175 exercices militaires bilatéraux et multilatéraux dans la région Asie-Pacifique.  Ceci constitue une hausse par rapport aux 160 exercices menés en 2014. Ces exercices conjoints font partie d’opérations de plus en plus fréquentes et de plus en plus diversifiées, qui incluant maintenant la guerre terrestre, la guerre aérienne, la guerre maritime, la guerre antimissile, les opérations spéciales, ainsi que la guerre électronique et cybernétique.

 

Tout en ciblant le programme nucléaire de la Corée du Nord, l’armée des États-Unis continue d’amasser des armes nucléaires en Corée du Sud. Les États-Unis se servent de la Corée du Sud comme plate-forme de lancement du Système de Défense aérienne de haute altitude (ou bouclier antimissile étatsunien) du Pentagone, connu sous le nom de THAAD (Terminal High Altitude Air Defense). Ils visent façon ostensive la Corée du Nord, mais également en Chine. En mars 2017, les États-Unis et la Corée du Sud ont entrepris le plus grand exercice militaire jamais réalisé dans la péninsule coréenne, mobilisant plus de 320 000 militaires, qui étaient appuyés par des forces aériennes et navales des États-Unis du niveau technologique le plus avancé. Ces exercices étatsuniens simulent des scénarios d’utilisation d’équipements anti-missiles et de forces de combat spéciales dans le but déclaré de «décapiter» la direction de la Corée du Nord et de détruire les armes nucléaires de ce pays.

 

Il n’est pas déraisonnable de croire que, face à cette grave menace, les dirigeants de la Corée du Nord pensent que les armes nucléaires du pays constituent le meilleur moyen de dissuader les États-Unis d’envahir ou d’attaquer leur pays, comme ils l’ont fait en Afghanistan, en Libye et en Syrie.

 

  1. L’IMPÉRIALISME ÉTATSUNIEN EST-IL COUPABLE DE CRIMES DE GUERRE?

 

Les États-Unis, l’OTAN et les forces alliées ont commis les crimes les plus atroces contre l’humanité tels que le massacre de civils, la torture et l’assassinat de prisonniers de guerre, ainsi que l’utilisation d’armes de destruction massive. Les forces étatsuniennes ont utilisé des bombes de phosphore blanc et des munitions d’uranium appauvri, que les conventions internationales interdisent parce qu’elles causent la mort au terme de douleurs atroces et le cancer d’habitants des populations touchées.

 

L’armée étatsunienne a entraîné et armé des troupes de substitution et des forces paramilitaires, y compris des groupes djihadistes comme Al-Qaïda et Daesh (ISIS / ISIL), dans le but d’attaquer ou de déstabiliser des pays qui ne sont pas alignés sur les conceptions impérialistes étatsuniennes et qui sont situés dans les régions riches en pétrole de l’Asie occidentale et centrale et de l’Afrique du Nord.

 

Ces guerres d’agression et par procuration, qui utilisent des groupes djihadistes, ont rasé des villes, des villages et des centres industriels, détruit des infrastructures civiles telles que des barrages, des ponts, des hôpitaux, des écoles, des installations énergétiques, des sites historiques, des églises et des mosquées, entre autres éléments. Environ 80% des morts de ces guerres ont été des civils, y compris des femmes, des enfants et des personnes âgées.

 

Selon un rapport publié en 2015 par les organisations «Médecins pour la responsabilité sociale», «Médecins pour la survie mondiale» et «Médecins internationaux pour la prévention de la guerre nucléaire», au moins un million d’Irakiens ont été tués entre 2003 et 2012 directement à cause de l’invasion et de l’occupation du pays par les États-Unis. Cette étude a révélé qu’au moins 1,3 million de personnes ont été tuées en Irak, en Afghanistan et au Pakistan à la suite de la soi-disant «Guerre contre la terreur» menée à la suite des événements du 11 septembre 2001. En 2015, les États-Unis ont officiellement lancé plus de 22 000 bombes et des attaques de drones en Irak et en Syrie, soit en moyenne plus de 60 bombes par jour.

 

Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, les bombardements ininterrompus menés au Yémen par la coalition soutenue par les États-Unis ont détruit une partie importante de l’infrastructure sanitaire et aggravé la situation humanitaire qui était déjà effarante. Au moins 10 000 civils ont déjà été tués. D’autre part plus de 7,6 millions de Yéménites, dont 3 millions de femmes et d’enfants, sont au bord de la famine parce que les États-Unis et leurs alliés, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, bloquent toutes les routes terrestres, les aéroports et les régions côtières pour empêcher l’approvisionnement en aliments.

 

Selon le Bureau de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, en 2015, le nombre de personnes «déplacées par la force dans le monde entier en raison de persécutions, de conflits, de violence généralisée ou de violations des droits de la personne» avait dépassé 60 millions, soit le nombre le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences immédiates. Plus des deux tiers de tous les réfugiés proviennent de seulement deux pays, qui ont été ciblés par des guerres dirigées par les États-Unis, la Syrie et l’Afghanistan. Plus de la moitié de ces réfugiés étaient des enfants.

 

Ces faits n’ont cependant pas causé d’émoi ou de tumulte au sein de l’ONU, de la « communauté internationale » et surtout pas dans les « pays civilisés » de l’Occident, eux qui, pour provoquer la guerre, accusent à tout bout de champ Bachar el-Assad et la Corée du Nord de commettre de prétendus « crimes de guerre ».

 

  1. DE QUELLE AUTRE FAÇON L’IMPÉRIALISME ÉTATSUNIEN MÈNE-IL LA GUERRE CONTRE LES CIVILS?

 

Les jeunes Étatsuniens, surtout ceux qui sont de couleur et les chômeurs, ont été sacrifiés dans le cadre de ces guerres d’agression menées à l’étranger. Le gouvernement des États-Unis a admis que 4 448 soldats étatsunien sont morts et que 32 221 ont été blessés lors de la guerre menée en Irak. Un grand nombre des soldats étatsuniens qui ont survécu à ces guerres souffrent de troubles mentaux et d’incapacités post-traumatiques.

 

Les guerres pour le pétrole menées par les États-Unis dans l’ensemble du Moyen-Orient ont causé la mort et l’invalidité de millions de personnes. Et, paradoxalement, les groupes terroristes qui étaient censés être les cibles de ces attaques menées par les États-Unis ont augmenté en nombre et se sont déployés sur une zone encore plus étendue. Après seize années de cette « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis, les talibans contrôlent maintenant plus de territoire en Afghanistan qu’en 2001, tandis que le gouvernement afghan soutenu par les États-Unis ne contrôle pas plus de 60% du pays. Cela montre clairement que la « guerre contre le terrorisme » des États-Unis et de l’OTAN tue plus de civils et incite plus de personnes à devenir des militants opposés aux États-Unis et à leurs représentaux locaux.

 

Quant aux pays européens membres de l’OTAN et alliés de Washington, l’appui qu’ils ont donné aux guerres d’agression des États-Unis se retourne contre eux, comme en témoignent les attaques terroristes survenues à Paris, à Bruxelles et à Londres, qui ont causé de nombreuses victimes chez les civils et créé un climat de terreur au sein des populations.

 

Le terrorisme que les pays impérialistes exportent se retourne contre eux en les frappant. Face à cela, les États deviennent encore plus répressifs localement et adoptent plus de lois et de règlements, qui réduisent les libertés civiles, augmentent la surveillance des masses et militarisent la police et les contrôles aux frontières.

 

Aux États-Unis, par exemple, les citoyens font face à une escalade d’attaques néo-fascistes perpétrées par l’État, entre autres l’incarcération massive de personnes, la lutte contre les syndicats, la criminalisation, la militarisation de l’application de la loi, la brutalité policière, les raids et les déportations effectuées par l’Agence fédérale de contrôle de l’immigration et des douanes  [«U.S. Immigration and Customs Enforcement» (ICE)], et la surveillance des masses. Un exemple de cela est l’utilisation, partout aux États-Unis, des équipes SWAT («Special Weapons And Tactics» ou Armes et tactiques spéciales), lourdement armées, qui entrent de force dans des maisons de travailleurs en pleine nuit, souvent au moyen d’engins explosifs tels que les grenades «Flashbang», qui assourdissent et aveuglent temporairement, simplement pour appliquer un mandat de perquisition émis sur la base du soupçon que quelqu’un serait peut être en possession d’une petite quantité de drogue. Les États-Unis détiennent le quart de la population carcérale mondiale, qui se caractérise par un pourcentage disproportionné de Noirs et de membres d’autres minorités.

 

D’autre part la guerre et la militarisation détournent d’énormes ressources vers la guerre et la destruction alors qu’elles sont tellement nécessaires pour assurer les besoins sociaux de la population. Dans un rapport publié en 2015, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture estimait que pour éliminer l’extrême pauvreté et la faim d’ici à 2030 en améliorant l’agriculture et l’infrastructure rurale des communautés pauvres, il faudrait consacrer des dépenses additionnelles de 265 milliards de dollars par année, soit seulement 15 pour cent des dépenses militaires mondiales allouées en 2015. À l’échelle mondiale, on dédie beaucoup plus de scientifiques et de fonds de recherche et de développement aux recherches sur les armes qu’au développement de technologies sur de nouvelles sources d’énergie, l’amélioration de la santé humaine, l’augmentation de la productivité agricole et le contrôle de la pollution.

 

  1. COMMENT L’IMPÉRIALISME MÈNE-T-IL UNE GUERRE CONTRE LA PLANÈTE

 

En raison de l’élection de Trump et du contrôle continu de l’économie mondiale par les barons du pétrole, du gaz et du charbon et par les élus qui les défendent en appuyant l’utilisation de combustibles fossiles, le monde fait face à une catastrophe écologique du plus haut degré.

 

Comme l’a écrit le commentateur Tom Engelhardt, «On peut se demander si les États-Unis, fidèle à leur traditions d’organiser des coups d’États par la CIA et des changements de régime par l’armée, ne finiront pas par renverser également la planète. Si Trump, en tant que chef du pays qui est déjà le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde, applique les politiques énergétiques qu’il a promises durant sa campagne électorale en mettant fin au financement des sciences climatiques, en dénonçant ou en ignorant les accords climatiques, en s’opposant au développement des formes alternatives d’énergie, en donnant le feu vert aux pipelines, à la fracturation hydraulique («fracking») et à d’autres formes d’extraction de combustibles fossiles et en ré-imaginant complètement les États-Unis en tant qu’Arabie saoudite de l’Amérique du Nord, il déclenchera effectivement un changement de régime, un coup d’État contre la planète Terre».

 

Trump n’est, bien sûr, pas le seul à suivre cette voie, mais il est celui qui le fait le plus ouvertement. Le gouvernement soi-disant « progressiste » du Canada du premier ministre Justin Trudeau avait été élu en promettant de promouvoir la justice climatique et un nouveau type de relations avec les peuples autochtones.  Il vient pourtant de donner le feu vert à deux grands projets de pipeline, les projets «Kinder Morgan Trans Mountain» et «Enbridge Line 3 Replacement», qui augmenteront massivement l’extraction du pétrole sale des sables bitumineux de l’Alberta.  Ces exploitations énergétiques mettront en danger les communautés surtout indigènes et les autres populations qui vivent sur son parcours en raison des risques de fuites de pipelines, d’explosions et de naufrages de navires.  Ainsi, le Canada ne respectera pas les promesses de changement climatique qu’il a faites en Paris.

 

À la suite des événements se déroulant dans le Dakota du Nord près de la réserve de Standing Rock de la tribu des Sioux, le ministre des Ressources naturelles du Canada, Jim Carr, a déclaré aux chefs d’entreprise que le Canada était prêt à déployer l’armée pour mettre fin aux manifestations anti-pipelines jugées «non pacifiques». Ceci soulève par conséquent la possibilité que le pays se retrouve dans la situation déjà connue lors de la crise d’Oka en 1990. Pour l’impérialisme canadien également, les affaires sont les affaires comme d’habitude.

 

«Alors que la demande de produits tels que les minerais, le bois et l’huile de palme se maintient, les gouvernements, les entreprises et les réseaux criminels saisissent les terres au mépris des personnes qui y vivent», a déclaré Billy Kyte, militant qui fait partie de la direction de l’organisation «Global Witness» et qui a documenté des attaques mortelles qui ont été menées en 2015 dans 16 pays contre les militants environnementalistes. «Les communautés qui résistent sont de plus en plus visées par les services de sécurité privés des entreprises, par les forces de l’État et par les organisations de tueurs à gages.  Ces dernières constituent une industrie en plein essor. Pour chaque assassinat que nous avons pu documenter, de nombreux autres ont été perpétrés sans être signalés».

 

En 2015 au moins 185 militants environnementaux ont été tués. Selon Global Witness, il s’agit du nombre le plus élevé de morts en un an. Le Brésil a été le pays le plus frappé, avec 50 morts, dont de nombreux homicides de militants qui essayaient de lutter contre l’exploitation forestière illégale en Amazonie. Les Philippines ont été le deuxième pays le plus frappé, avec 33, la Colombie avec 26, le Pérou avec 12, le Nicaragua avec 12 et la République démocratique du Congo avec 11.

 

L’industrie la plus meurtrière contre laquelle les protestations ont eu lieu a été celle des exploitations minières, avec 42 assassinats en 2015 liés aux activités d’opposition aux compagnies minières. Les intérêts de l’agro-industrie, des barrages hydroélectriques et de l’exploitation forestière sont également des facteurs principaux de violence. De nombreux meurtres ont eu lieu dans des villages situés très loin à l’intérieur de forêts tropicales.

 

Ajoutons à cela les déversements sur les terres et dans les océans de produits chimiques toxiques par les bases militaires et par les armes de destruction massive.

 

 

PAGE ENCADRÉE :

 

 

La militarisation et la guerre sous la conduite des États-Unis

 

 

639 milliards de dollars

sont actuellement acheminés vers le complexe militaro-industriel du gouvernement des États-Unis, ce qui confirme la continuation et le renforcement des politiques de guerre, de militarisme et de néofascisme en tant que piliers du capitalisme monopoliste dirigé par les États-Unis.

 

 

Le budget de la défense dépasse la somme des budgets des sept pays ayant les dépenses militaires les plus coûteuses.

 

 

+ 54 milliards de dollars

Sous la direction de Donald Trump, le gouvernement des États-Unis a augmenté de 54 milliards de dollars les dépenses militaires.

 

 

Liste des 7 pays bombardés, envahis et occupés par les États-Unis et du nombre de bombes lancées contre eux :

 

Irak                        12 095 bombes

Syrie                      12 195 bombes

Libye                     496 bombes

Afghanistan         1 337 bombes

Pakistan                3 bombes

Yémen                  34 bombes

Somalie                 14 bombes

 

 

2003                                                                     2017

|                                                                              |

Au cours des 15 dernières années,                 |

les États-Unis et ses alliés ont bombardé,     |

envahi et occupé au moins sept pays.              |

Selon les chiffres officiels, en 2015, les États-Unis ont mené plus de 22 000 largages de bombes et attaques de drones en Irak et en Syrie, ce qui constitue une moyenne de 60 bombes par jour.

 

 

38 milliards de dollars

 

Aide du gouvernement des États-Unis en appui des politiques d’apartheid d’Israël et d’occupation brutale de la Palestine.

 

 

Solidarité et lutte

Renforcer la résistance à la guerre, au militarisme et au néofascisme

Université de Toronto, Canada

du 5 au 7 août 2017

 

 

  1. COMMENT LES ÉTATS-UNIS ÉTENDENT TOUJOURS DAVANTAGE LEUR EMPREINTE MILITAIRE GLOBALE?

 

Le militarisme étatsunien se développe en prenant pour cibles d’autres puissances impérialistes, ce qui augmente les dangers que courre l’humanité.

 

Les États-Unis étendent toujours davantage leur empreinte militaire globale en établissant un nouveau réseau de bases dans des pays qui s’étendent de l’Afrique à l’Asie de l’Est. Le pays a actuellement plus de 800 bases militaires à l’étranger, situées dans plus de 80 pays, alors que les autres pays en ont, ensemble, un peu plus de 30, qui appartiennent principalement à des alliés des États-Unis tels que la France et le Royaume-Uni. Selon David Vine, «les États-Unis ont probablement plus de bases en terres étrangères que tout pays, puissance ou empire ayant existé au cours de toute l’histoire».

 

Les installations étatsuniennes à l’étranger comprennent au moins quatre nouvelles bases à grande échelle ou «hubs» (plaques tournantes), en plus d’un nombre encore plus grand de camps plus petits et de «lily pads» (nénuphars), qui servent de «rayons» aux drones, aux aéronefs de surveillance ou aux armes et aux équipements militaires préalablement installés pour les États-Unis et les autres militaires présents dans environ 160 pays et territoires étrangers.

 

Ce réseau de bases, qui encercle la planète, et les 11 groupes de porte-avions de la marine étatsunienne constituent l’épine dorsale de la machine de guerre impérialiste des États-Unis. Ils sont essentiels pour stocker des armes et du matériel militaire, héberger des troupes et surveiller la région. Ils servent de rampes de lancement pour les attaques de drones ou de plus grande envergure, les opérations secrètes, la cueillette d’information, la cyberguerre et d’autres formes d’intervention étrangère.

 

Même avant l’annonce, en 2011, de la création du Pivot stratégique de l’Asie, la marine étatsunienne avait commencé à intensifier les exercices militaires et les activités provocatrices de surveillance de l’air et de la mer et de patrouille à proximité des frontières chinoises. Ces mesures avaient augmenté le risque de confrontation directe et d’escalade de la guerre dans la région Asie-Pacifique. Les États-Unis avaient également imposé des embargos et entrepris des provocations militaires contre la République populaire démocratique de Corée.

 

Les États-Unis ont recours à la sous-traitance pour construire leurs bases afin de réduire les coûts et de détourner l’opposition des populations locales. La base navale de Jeju, par exemple, actuellement en cours de construction, porte un nom sud-coréen, mais desservira les porte-avions, les sous-marins d’attaque et les destroyers porteurs de missiles Aegis des États-Unis.

 

Sur la guerre prochaine contre la Chine, John Pilger a écrit ceci : «Située dans la mer de Chine orientale, l’île coréenne de Jeju est un sanctuaire semi-tropical et un site du patrimoine mondial que l’on comme étant «une île de la paix mondiale». Sur cette île de la paix mondiale, on a construit l’une des bases militaires les plus provocatrice au monde, à moins de 400 milles de Shanghai. Le village de pêcheurs de Gangjeong est dominé par une base navale sud-coréenne expressément construite pour les porte-avions, les sous-marins nucléaires et les destroyers équipés du système de missiles Aegis, armement que les États-Unis ont massé contre la Chine».

 

L’île japonaise d’Okinawa, située à proximité, dispose de 32 installations militaires, à partir desquelles les États-Unis ont attaqué la Corée, le Vietnam, le Cambodge, l’Afghanistan et l’Irak. Aujourd’hui l’objectif principal est la Chine.

 

Les États-Unis envisagent la possibilité d’installer des bases dans les quatre îles japonaises de Ryukyu aux frais du Japon.

 

  1. QUI PROFITE DIRECTEMENT DE LA GUERRE?

 

Bien que son budget de défense dépassait déjà la somme des budgets des 7 plus pays ayant les dépenses militaires les plus coûteuses, le gouvernement étatsunien, sous la direction de Donald Trump, a demandé une hausse de 10 pour cent de celui-ci, soit une augmentation de 54 milliards de dollars.

 

L’allocation de 639 milliards de dollars au complexe militaire et industriel par le gouvernement des États-Unis montre que la guerre enrichit directement les monopoles étatsuniens, qui exploitent la classe ouvrière et les peuples opprimés.

 

Une nouvelle course aux armements a commencé entre les États-Unis, la Russie et la Chine.  Elle comprend le développement des missiles hypersoniques, de nouveaux types de drones, des systèmes antisatellites et des armes nucléaires tactiques afin de renforcer la capacité des forces armées de lancer la première attaque. Seulement les États-Unis ont consacré en vue des trente prochaines années un trillion de dollars pour « moderniser » tous les aspects de leur arsenal nucléaire. Les États-Unis sont également au premier rang au monde en matière de vente d’armes.

 

La guerre est devenue un secteur d’affaires très lucratif pour les gouvernements et les entreprises privées. En menant des guerres, les États-Unis ont recueilli d’importants butins de guerre, entre autres des sources de pétrole, des bases et des stations militaires, des contrats de production militaire et des contrats de «reconstruction» des pays ravagés par les guerres étatsuniennes. Les superprofits des entreprises étatsuniennes telles que Lockheed Martin, Northrop Grumman, Raytheon, Boeing and General Dynamics ont connu des hausses astronomiques en même temps que la propagation de la mort et de la destruction dans le monde.

 

Confrontés à leurs propres difficultés économiques débilitantes, les États-Unis ont commencé à faire pression sur leurs alliés de l’OTAN pour que ceux-ci accroissent leurs dépenses militaires et leur contribution à l’OTAN. Trump a demandé aux alliés militaires des États-Unis de «payer leur propre défense». Les membres de l’OTAN se sont récemment engagés à augmenter leurs budgets militaires à 2% de leur PIB et à consacrer 20% de leurs budgets de défense à l’achat d’équipement militaire.

 

Alors qu’ils détruisent des quantités scandaleuses de ressources dans les guerres, les États-Unis et les membres de l’OTAN privent les populations des services nécessaires en matière de santé, d’éducation et de protection sociale et les réfugiés qui fuient les guerres et les politiques des États-Unis et de l’OTAN d’aide.

 

  1. COMMENT LES TRAVAILLEURS ET LES PEUPLES RÉSISTENT-ILS FACE À LA GUERRE, AU MILITARISME ET AU NÉOFASCISME?

 

Face à l’aggravation des atrocités commises par les États-Unis, par leurs alliés impérialistes et par leurs représentants, de plus en plus de personnes résistent à la machine de guerre et à l’agression de l’impérialisme étatsunien.

 

Le peuple palestinien continue de résister à l’occupation sioniste de la Palestine historique et aux politiques israéliennes de nettoyage ethnique et d’apartheid contre le peuple palestinien. La résistance du peuple kurde, ayant au sein de son avant-garde une armée de femmes kurdes, au cours de ses combats, a repris des territoires occupés par l’organisation Daesh, tout en luttant contre les attaques de l’armée fasciste turque.

 

En 2016, au Cachemire, le peuple s’est soulevé de nouveau et a dû faire face à de la répression militaire et à des arrestations civiles massives. À Manipur et au nord-est de l’Inde, se poursuit la résistance à la militarisation massive, aux forces policières, aux guerres par procuration, à la répression des forces démocratiques et à l’utilisation de la Loi sur les forces spéciales, de la Loi sur la sécurité nationale, de la Loi sur la prévention des activités illégales, de la Loi contre la sédition et à d’autres lois répressives.

 

Les mouvements des peuples, aux Philippines, en Inde, en Papouasie occidentale, en Colombie, au Mexique et dans d’autres pays opprimés continuent de mener des luttes militantes et courageuses pour la liberté nationale et la démocratie. Les Kurdes, les Palestiniens et les peuples arabes continuent d’affirmer leur souveraineté contre l’occupation et l’expansion étatsunienne-israélienne.

 

Partout dans le monde, les gens protestent également contre la présence de troupes et de bases étatsuniennes, au Japon, en Corée, aux Philippines, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Honduras, au Salvador et même en Italie, en Allemagne et en Turquie. L’opposition à l’imposition de bases militaires étatsuniennes est particulièrement marquée dans plusieurs endroits, entre autre l’île d’Okinawa au Japon, l’île de Jeju en Corée du Sud ainsi qu’aux Philippines.

 

La résistance se développe également en Afrique, en Amérique latine et ailleurs contre les sociétés transnationales qui se sont accaparées des terres agricoles et des ressources avec l’aide de forces militaires ou paramilitaires. Au Venezuela, en Bolivie, en Équateur, au Brésil et ailleurs, les travailleurs et les mouvements sociaux dénoncent et s’opposent aux tentatives d’intervention et de déstabilisation des États-Unis.

 

Même aux États-Unis et dans d’autres pays impérialistes, les gens s’opposent de plus en plus aux guerres que leurs gouvernements font en leur nom. Immédiatement après l’annonce de la victoire présidentielle de Donald Trump, aux États-Unis, des centaines de milliers de personnes ont protesté dans les rues. Comme l’a déclaré le chapitre des États-Unis de la Ligue internationale des luttes des peuples, «Ceci montre que les gens aux États-Unis ne sont pas paralysés par la peur, et que nous ne tolérons pas le fascisme et la répression de l’État. Nous devons nous organiser pour appuyer et développer ce mouvement de riposte».

 

«Les résultats électoraux dévoilent la gravité de la crise sociale et économique qui sévit aux États-Unis, la mentalité de maîtres d’esclaves qui règne encore au sein de classe dirigeante, l’utilisation de la tactique de «diviser pour régner» contre le peuple des États-Unis afin de brouiller et de nier la réalité de la lutte des classes afin de protéger les plus riches de ce pays.»

 

Au cours des derniers mois les organisations progressistes et révolutionnaires du peuple afro-étatsunien qui militent pour l’autodétermination des Noirs aux États-Unis ont refait surface. Signalons dans cette évolution, entre autres, le mouvement de masse «Black Lives Matter» («Les vies des Noirs comptent») et les événements marquant le 50ème anniversaire de la fondation du Parti des Panthères Noires («Black Panther Party»).

 

Des centaines de milliers ont protesté contre le fait qu’un Afro-étatsunien sur trois se trouve en prison et que ces personnes sont, par conséquent, utilisées comme principal victimes de l’exploitation et du travail esclave moderne du complexe industriel pénitentiaire de plus en plus privatisé.

 

Ils protestent également contre le fait que les policiers étatsuniens abordent des Afro-étatsuniens et tirent sur un grand nombre d’entre eux, tuant un Afro-étatsunien toutes les 28 heures

 

Au Dakota du Nord, la nation Sioux de Standing Rock et les 200 autres nations autochtones, ainsi que jusqu’à 7 000 personnes du monde entier, ont résisté pour bloquer la construction du pipeline d’accès du Dakota (DAPL), qui vise à transporter du pétrole obtenu par fracturation hydraulique des sables bitumineux de Bakrate dans le Dakota du Nord à travers plusieurs États et sous la rivière Missouri.

 

La police et la milice ont procédé à des dizaines d’arrestations, à l’utilisation de gaz lacrymogènes, à des attaques de chiens et à de violentes opérations de dispersion. La bataille est loin d’être terminée puisque Trump promet d’appuyer la construction du pipeline d’accès du Dakota (DAPL), mais les manifestants ont mis un terme à la construction du pipeline le long de son parcours actuel.

 

La lutte dirigée par les nations autochtones de Standing Rock fait partie d’une série de batailles menées dans le monde entier pour affronter et freiner les entreprises géantes des combustibles fossiles et d’autres monopoles extractivistes et pour faire face à la militarisation croissante des territoires indigènes.

 

  1. QUE POUVONS-NOUS FAIRE POUR ARRÊTER LES GUERRES, LE MILITARISME ET LE NÉOFASCISME DES ÉTATS-UNIS?

 

Face à l’escalade des guerres et de la militarisation, il est urgent de sensibiliser le public, de renforcer la solidarité et de multiplier les actions contre le militarisme, les guerres impérialistes d’agression et d’intervention.

 

Les militants de la paix et de la justice peuvent aider en menant des campagnes d’information et d’éducation de grande envergure pour sensibiliser le public et approfondir la compréhension des aspects majeurs et des tendances actuelles de la militarisation et du néofascisme.

 

Cette prise de conscience grandissante doit se traduire par des actions de plus en plus nombreuses, de niveaux toujours plus élevés, afin de dénoncer et de mettre fin aux guerres impérialistes et au militarisme. Il est nécessaire d’établir et de renforcer, d’une part, les liens entre les groupes progressistes anti-guerre et, d’autre part, les liens entre les groupes anti-guerre et les mouvements de résistance des pays attaqués. Il est nécessaire de bâtir un mouvement mondial contre la guerre et pour la justice sociale, qui s’oppose au militarisme et aux guerres d’agression, qui exige le respect du droit à l’autodétermination des peuples opprimés, et qui appuie les différentes formes de résistance à l’agression et à l’intervention impérialistes.

 

La tenue prochaine de la conférence intitulée «Solidarité et lutte contre les conflits: la résistance à la guerre, le militarisme et le néofascisme dirigés par les États-Unis», organisée par la Ligue internationale des luttes des peuples et par l’Alliance internationale des femmes, est une initiative importante à cet égard. Elle aura lieu à Toronto, au Canada, du 5 au 7 août 2017.

 

Il est également nécessaire d’appuyer et de se joindre à la campagne mondiale du Réseau pour l’élimination des bases militaires, afin de démanteler la chaîne mondiale des bases étatsuniennes et annuler les accords qui permettent aux États-Unis d’avoir accès aux installations militaires d’autres pays. Ces initiatives sont liées à l’appel pour un moratoire des exercices militaires menés par les États-Unis et leurs alliés.

 

It  is also necessary to  support and join the global campaign of the Ban the  Bases  Network to    dismantle the global chain of  U.S.  bases and rescind agreements  that allow U.S. forces access  to   military facilities of other  countries.  Linked to this is the call for a moratorium on military exercises conducted by  the U.S. together with its allies.

 

La Ligue internationale des luttes des peuples (ILPS) lance également un appel pour une journée mondiale d’action contre la guerre, le militarisme et le fascisme des États-Unis aux deux dates suivantes : 25 mai 2017 (Sommet de l’OTAN) et le 7 août 2017 (fin de la Conférence et la commémoration des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki par les États-Unis).

 

Nous devrons également exiger de nos gouvernements :

  • La démilitarisation des points chauds des conflits armés actuels (mer de Chine méridionale, péninsule coréenne, Cachemire, etc.)
  • Le démantèlement des armes de destruction massive
  • La réduction de la production, de l’exportation et de l’importation d’armes
  • La réorientation des dépenses publiques pour répondre aux besoins humains et environnementaux
  • La conversion des industries et des installations militaires pour répondre aux besoins civils
  • L’adoption et la promotion de solutions non-militaires pour s’opposer aux menaces militaires
  • La dissuasion de la glorification de la guerre, du militarisme et de la culture machiste dans les écoles, les médias et la culture populaire

Source: http://www.ilps.info/fr/category/conference-solidarite-et-lutte-toronto/

Avec l’échec de Le Pen, rien ne change pour l’antiracisme et l’antifascisme de classe

COMBATTRE LE FASCISME,

ABATTRE LE CAPITALISME!

 

Ouf, elle n’est pas passée… c’est le sentiment autour de nous. Mais en 2002, le père n’était pas passé non plus et cela n’a pas freiné le développement du FN.

Le racisme est toujours là, s’est même renforcé autour de nous.

Il y a le racisme d’Etat, qu’il s’agisse de la recherche d’emploi, des discours islamophobes dans les médias ou des violences policières dans les quartiers. Le poison patriotique et nationaliste se répand dans tous les partis, la préférence nationale devient une banalité, le contrôle de l’immigration se renforce toujours plus, et ce sont tous les immigrés, avec ou sans papiers, tous les jeunes (et maintenant moins jeunes…) nés en France avec une couleur, un nom, une religion minoritaires ou minorisés qui trinquent.

Il y a aussi le poison du racisme individuel, issu de l’histoire coloniale de la France (et son actualité comme aux Antilles, à Mayotte, en Guyane ou en Kanaky) cette mentalité abjecte de petit-blanc qui ne supporte pas de voir des anciens colonisés revendiquer l’égalité des droits. Sentiment des Pieds Noirs, des racistes avérés, entretenu et développé par le FN et cie, sentiment confus de la concurrence entre travailleurs dans la crise capitaliste, il se heurte heureusement aux solidarités du combat social mené en commun, dans les entreprises ou dans les quartiers…

Ces deux formes de racisme se sont renforcées et s’appuient l’une sur l’autre, et les attentats ont attisé la flamme. C’est la confusion qui règne, très rares ont été celles et ceux qui ont dénoncé les interventions à l’étranger (Mali, Libye, Syrie, Afghanistan…) et ont qualifié les auteurs de fascistes. Le racisme d’Etat, les intellectuels à la botte ont préféré renforcer les contradictions en critiquant les musulmans ou ceux supposés l’être…

Le combat antiraciste se mène dans le combat commun, sur des positions antiracistes et de classe, au service des ouvriers et des prolétaires. Pour le combat commun contre la sous-traitance, la pénibilité dans les entreprises. Pour l’égalité des droits et la régularisation des sans-papiers, contre les violences policières dans les quartiers, contre les interventions à l’étranger, contre toutes les lois et mesures racistes, quelles qu’en soient les cibles. Toujours en dénonçant notre propre gouvernement, son Etat et le capitalisme qui en est le socle. Tout ne se réglera pas du jour au lendemain, mais c’est la seule voie pour construire une unité de combat, de classe, qui permettra de surmonter les appréhensions et les différences sur lesquelles s’appuient les racistes pour répandre leur venin.

Il se mène aussi dans nos rangs, parmi nos collègues et voisins, en remettant en cause les préjugés, en luttant sans concession contre les attitudes et les paroles chauvines et xénophobes, en exposant la manière dont l’impérialisme place la fraction immigrée de la classe ouvrière, les habitants des quartiers, dans une position subordonnée et discriminée. La lutte se mène aussi dans les rangs de notre classe et de nos organisations !

C’est pareil pour le combat antifasciste. Dans le sillage du FN se développent des groupuscules et organisations fascistes, racistes, homophobes et sexistes. Dans certaines villes, comme à Lyon ou Lille, ils ont pignon sur rue et prétendent annexer des quartiers entiers. Ils ont tué Clément Méric à Paris, Hervé Rybarczyk à Lille, ils font la chasse aux migrants à Calais, ils veulent imposer la terreur.

Avec la complaisance de la police et de la justice, c’est le moins qu’on puisse dire, et ce sont surtout les militants qui refusent de leur laisser le terrain qui sont attaqués.
Alors, on ne les laisse pas faire, on ne fait pas confiance à la justice et à la police (rappelons que pour celle-ci, on dit que 50% des flics votent FN !), et on s’organise, on manifeste pour interdire par nous-mêmes l’expression de ces noyaux fascisants !

 

Source:  http://ocml-vp.org/article1808.html

Des banquiers anglo-saxons ont organisé la Seconde Guerre mondiale

À la veille du 72e Anniversaire de la victoire des forces Alliés et du Front uni contre le fascisme et la guerre sous la direction de l’armée rouge de Staline et des soviétiques sur les forces fascistes et nazies du IIIe Reich, il nous fait plaisir de re-publier un texte qui est peut-être passée inaperçu lors de sa première sortie il y a deux ans et dont nous venons tout juste de retrouver le lien hypertexte sur le site web
par Valentin Katasonov
À l’occasion du 70e anniversaire de la Victoire contre le nazisme, nous publions une étude de Valentin Katasonov sur le financement du NSDAP et le réarmement du Troisième Reich. L’auteur s’appuie sur des documents publiés en 2012 qui confirment l’organisation de la Seconde Guerre mondiale par des banquiers états-uniens et britanniques, couverts par le président Franklin Roosevelt et le Premier ministre Neville Chamberlain, dans l’espoir de détruire l’URSS. Cette étude soulève de nouvelles questions qui seront abordées dans un prochain article.
Réseau Voltaire International | Moscou (Russie) | 11 mai 2015

Hjalmar Schacht (à gauche), le ministre des Finances de Hitler, avec son bon ami Montagu Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre de 1920 à 1944. Selon les documents révélés par la Banque d’Angleterre en 2012, l’or tchécoslovaque avait été déposé à Londres dans un sous-compte au nom de la Banque des règlements internationaux (BRI). Lorsque les nazis entrèrent à Prague, en mars 1939, ils envoyèrent immédiatement des soldats à la Banque nationale. Les administrateurs tchèques reçurent ordre, sous peine de mort, d’envoyer deux demandes de transfert. La première ordonnait à la BRI de transférer 23,1 tonnes d’or de son sous-compte tchécoslovaque de la Banque d’Angleterre, au sous-compte de la Reichsbank, également tenu à Threadneedle Street. Le deuxième ordre chargeait la Banque d’Angleterre de transférer près de 27 tonnes de l’or détenu en nom propre par la Banque nationale de Tchécoslovaquie au sous-compte de la BRI à la Banque d’Angleterre.
La guerre n’a pas été déclenchée par un Führer enragé qui se trouvait à diriger l’Allemagne à cette époque. La Seconde Guerre mondiale est l’œuvre d’une oligarchie mondiale, ou plus précisément des ploutocrates anglo-américains.

Utilisant des instruments tels que la Réserve fédérale US et la Banque d’Angleterre, ils ont commencé à se préparer pour le prochain conflit d’ampleur mondiale immédiatement après la Première Guerre mondiale. Leur cible était l’URSS.

Les plans Dawes et Young, la création de la Banque des règlements internationaux (BRI), la suspension du paiement des réparations par l’Allemagne prévues par le Traité de Versailles et l’acquiescement des anciens alliés de la Russie à cette décision, les investissements étrangers massifs dans l’économie du Troisième Reich, la militarisation de l’économie allemande et les violations du Traité de Versailles sont autant de jalons sur le chemin conduisant à la guerre.
Derrière ce complot se tenaient des personnages-clefs : les Rockefeller, les Morgan, Lord Montagu Norman (gouverneur de la Banque d’Angleterre) et Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement de Hitler). Le programme stratégique des Rockefeller et des Morgan était de subjuguer l’Europe économiquement, de saturer l’Allemagne d’investissements et de crédits étrangers, et de l’amener à délivrer un coup mortel à la Russie soviétique, afin que celle-ci revienne au capitalisme en tant que colonie.
Montagu Norman (1871-1950) a joué un rôle important d’intermédiaire dans le dialogue entre les milieux financiers américains et les chefs d’entreprise allemands. Hjalmar Schacht a organisé la reconstitution du secteur défense de l’économie allemande. L’opération menée par les ploutocrates était dissimulée par des politiciens tels que Franklin Roosevelt, Neville Chamberlain et Winston Churchill. En Allemagne, ces projets étaient exécutés par Hitler et Hjalmar Schacht. Selon certains historiens, Hjalmar Schacht a joué un rôle plus important que Hitler. Seulement, il restait dans l’ombre.
À l’issue de la Première guerre mondiale, le Plan Dawes visait à compromettre la Triple Entente et à collecter les réparations de guerre auprès de l’Allemagne. Le Plan Dawes (proposé par le Comité Dawes, présidé par Charles G. Dawes) désignait une tentative faite en 1924 de résoudre le problème des réparations, qui avait miné la politique internationale après la Première guerre mondiale et le Traité de Versailles (la France, réticente, a perçu plus de 50 % du montant des réparations). Entre 1924 et 1929, l’Allemagne a reçu 2,5 milliards de dollars des États-Unis et 1,5 milliards de la Grande-Bretagne dans le cadre du Plan Dawes. Il s’agit de sommes considérables, qui correspondent à 1 trillion (mille milliards) de dollars d’aujourd’hui. Hjalmar Schacht a joué un rôle actif dans la mise en œuvre du Plan Dawes. En 1929, il a résumé les résultats en déclarant qu’en 5 ans, l’Allemagne avait reçu davantage de prêts étrangers que les États-Unis au cours des 40 années ayant précédé la Première guerre mondiale. En conséquence, en 1929, l’Allemagne était devenue la deuxième puissance industrielle mondiale, devant la Grande-Bretagne.
Dans les années 1930, l’Allemagne a continué de bénéficier d’investissements et de prêts. Rédigé en 1929 et adopté officiellement en 1930, le Plan Dawes désignait un programme visant à régler les dettes de guerre allemandes à l’issue de la Première guerre mondiale. Il a été présenté par le comité présidé (1929-30) par l’industriel américain Owen D. Young, fondateur et ex-premier président de Radio Corporation of America (RCA). À l’époque, Young siégeait également au conseil d’administration de la Fondation Rockefeller, et il avait en outre été l’un des représentants impliqués dans un dispositif de réaménagement des réparations de guerre, le Plan Dawes de 1924. Selon le plan, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) a été créée en 1930 pour permettre à l’Allemagne de payer les réparations aux vainqueurs. En réalité, l’argent a pris une toute autre direction, à savoir qu’il est parti des États-Unis et de la Grande-Bretagne pour arriver en Allemagne. Le capital de la majorité des sociétés allemandes ayant une importance stratégique était, intégralement ou partiellement, américain. Une partie était détenue par des investisseurs britanniques. Les secteurs du raffinage du pétrole et de la liquéfaction du charbon de l’économie allemande étaient dans les mains de Standard Oil (les Rockefeller). Le géant de l’industrie chimique Farbenindustrie AG est passé sous le contrôle du groupe Morgan. Quarante pourcent du réseau téléphonique et 30 % des actions de Focke Wulf étaient sous le contrôle de la société américaine ITT. La radio et les géants de l’industrie électrique AEG, Siemens et Osram sont passés sous le contrôle d’American General Electric. ITT et General Electric faisaient partie de l’empire de Morgan. Cent pourcent des actions Volkswagen appartenaient à l’Américain Ford. Au moment où Hitler a accédé au pouvoir, le capital financier US contrôlait quasiment tous les secteurs d’importance stratégique de l’industrie allemande : raffinage du pétrole, production de carburant de synthèse, chimie, construction automobile, aviation, ingénierie électrique, radio, ainsi qu’une grande partie de l’industrie de la construction mécanique (278 sociétés au total). Les grandes banques allemandes, telles que la Deutsche Bank, la Dresdner Bank, la Donat Bank et quelques autres, étaient sous contrôle US.
Le 30 janvier 1933, Hitler devenait chancelier d’Allemagne. Auparavant, sa candidature avait été étudiée à la loupe par les banquiers américains. Hjalmar Schacht s’est rendu aux ÉtatsUnis à l’automne 1930 pour parler de cette nomination avec des collègues américains. La désignation de Hitler a finalement été approuvée lors d’une réunion secrète de financiers aux États-Unis. Schacht a passé toute l’année 1932 à convaincre les banquiers allemands que Hitler était le meilleur candidat au poste. Il a atteint son objectif. À la mi-novembre 1932, 17 des plus grands banquiers et industriels allemands ont adressé une lettre au Président Hindenburg, dans laquelle ils exigeaient qu’il nomme Hitler chancelier. La dernière réunion de travail des financiers allemands avant l’élection s’est tenue le 4 janvier 1933 à Cologne, au domicile du banquier Kurt von Schröder. Ensuite, le parti national-socialiste est arrivé au pouvoir. Les relations financières et économiques de l’Allemagne avec les Anglo-saxons se sont alors resserrées d’un cran.
Hitler a immédiatement annoncé qu’il refusait de payer les réparations de guerre. Il a mis en doute la capacité de l’Angleterre et de la France à rembourser leurs propres dettes de la Première guerre mondiale aux États-Unis. Washington n’a émis aucune objection à l’annonce de Hitler. En mai 1933, Hjalmar Schacht s’est rendu une nouvelle fois aux ÉtatsUnis. Il y a rencontré le président Franklin Roosevelt et les grands banquiers en vue de demander une ligne de crédit de 1 milliard de dollars. En juin de la même année, Hjalmar Schacht s’est rendu à Londres pour s’entretenir avec Montagu Norman. Tout est passé comme une lettre à la poste. Les Britanniques ont consenti un prêt de 2 milliards de dollars. Ils n’ont soulevé aucune objection quant à la décision de l’Allemagne de suspendre le remboursement de sa dette.
Selon certains historiens, les Américains et les Britanniques étaient accommodants parce que, dès 1932, l’Union soviétique avait réalisé le plan quinquennal de développement économique en vue d’atteindre de nouveaux sommets en tant que puissance industrielle. Quelques milliers d’entreprises avaient vu le jour, en particulier dans l’industrie lourde. La dépendance de l’URSS à l’importation de produits industriels avait ainsi considérablement diminué. Les chances d’étrangler l’Union soviétique économiquement s’en trouvaient
quasiment réduites à zéro. Il a alors été décidé de recourir à la guerre et de lancer la militarisation accélérée de l’Allemagne.
Pour celle-ci, l’obtention de crédits américains ne posait aucun problème. Hitler est arrivé au pouvoir dans son pays à peu près en même temps que Franklin Roosevelt aux États-Unis. Les banquiers qui ont soutenu Hitler en 1931 sont précisément ceux qui ont soutenu l’élection de Roosevelt. Une fois en poste, le nouveau président ne pouvait guère faire moins qu’accorder de généreux crédits à l’Allemagne. D’ailleurs, beaucoup ont remarqué la grande similitude entre le New Deal de Roosevelt et la politique économique du Troisième Reich. Rien d’étonnant. Ce sont en effet les mêmes qui assuraient le sauvetage des deux gouvernements tout en les conseillant. Ils représentaient principalement les milieux financiers US.
Le New Deal de Roosevelt n’a pas tardé à capoter. En 1937, les États-Unis étaient embourbés dans la crise économique. En 1939, l’économie US tournait à 33 % de sa capacité industrielle (19 % aux pires moments de la crise de 1929-1933).
Rexford G. Tugwell, un économiste du premier Brain Trust, équipe d’universitaires de l’Université de Columbia mise en place par Franklin Roosevelt et ayant contribué aux recommandations politiques qui ont conduit au New Deal de Roosevelt, écrivait qu’en 1939 le gouvernement avait échoué. La situation est restée figée jusqu’à l’invasion de la Pologne par Hitler. Seuls les puissants vents de la guerre pouvaient dissiper la brume. Quoi que Roosevelt puisse tenter, ses initiatives étaient condamnées à l’échec. [1] Seule une guerre mondiale pouvait sauver le capitalisme US. En 1939, les ploutocrates ont mis en œuvre tous les moyens à leur disposition pour faire pression sur Hitler et l’inciter à lancer une guerre à grande échelle à l’Est.
La Banque des règlements internationaux (BRI) a joué un rôle important pendant la Seconde Guerre mondiale. Tête de pont des intérêts états-uniens en Europe, elle assurait la liaison entre les entreprises anglo-américaines et allemandes. C’était en quelque sorte une zone offshore abritant le capital cosmopolite contre les initiatives politiques, les guerres, les sanctions, etc.
Cette banque a été créée sous la forme d’une entité commerciale publique. Son immunité face aux interférences gouvernementales et, par exemple, à l’imposition, était garantie par l’accord international signé à La Haye en 1930. Les banquiers de la Réserve fédérale de New York, proches des Morgan, de Montagu Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre, ainsi que des financiers allemands tels que Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’économie du gouvernement de Hitler), Walther Funk (qui a remplacé Hjalmar Schacht au poste de président de la Reichsbank) et Emil Puhl, tous ont joué un rôle important dans la fondation de la Banque. Parmi les fondateurs figuraient les banques centrales de Grande-Bretagne, de France, d’Italie, d’Allemagne, de Belgique et quelques banques privées.
La Banque fédérale de New York a fait de son mieux, mais n’a pas fait partie des établissements fondateurs de la BRI. Les États-Unis étaient représentés par la banque privée First National Bank of New York, J.P. Morgan and Company, la First National Bank of Chicago, qui faisaient toutes partie de l’empire Morgan. Le Japon était également représenté par des banques privées. En 1931-1932, 19 banques centrales européennes rejoignaient la Banque des règlements internationaux. Gates W. McGarrah, banquier du clan des Rockefeller, était le premier président du conseil d’administration de la BRI. Il a été remplacé par Leon Fraser,
 qui représentait le clan des Morgan. Pendant la guerre, la banque était présidée par un citoyen américain, Thomas H. McKittrick.
Beaucoup d’encre a coulé au sujet des activités de la BRI au service des intérêts du Troisième Reich. La Banque était impliquée dans des transactions avec différents pays, y compris ceux avec lesquels l’Allemagne était en guerre.
Depuis Pearl Harbor, la Banque des règlements internationaux jouait le rôle de correspondant de la Federal Reserve Bank de New York. Elle était sous contrôle nazi pendant la guerre, même si c’est l’Américain Thomas Huntington McKittrick qui la présidait. Les soldats mouraient sur les champs de bataille pendant que la direction de la BRI se réunissait à Bâle avec les banquiers d’Allemagne, du Japon, d’Italie, de Belgique, de Grande-Bretagne et des États-Unis.
Dans ce havre de paix que constituait la zone offshore suisse, les représentants des belligérants travaillaient tranquillement dans un climat de compréhension mutuelle.
C’est en Suisse que l’Allemagne a mis en lieu sûr l’or saisi aux quatre coins de l’Europe. En mars 1938, lorsque Hitler s’est emparé de Vienne, une partie de l’or autrichien a été transférée dans les coffres-forts de la BRI. La même chose a été faite avec l’or de la Banque nationale tchèque (48 millions de dollars). Lorsque la guerre a éclaté, l’or entrait à pleines portes à la Banque des règlements internationaux. L’Allemagne le récupérait dans les camps de concentration et par le pillage des pays occupés (y compris de tout ce qui appartenait à des civils : bijoux, dents en or, étuis à cigarettes, ustensiles divers, etc.). C’est ce que l’on a appelé l’or nazi. Il était fondu en lingots afin d’être entreposé à la Banque des règlements internationaux, en Suisse ou hors d’Europe.
Dans son livre Trading With The Enemy : An Expose of The Nazi-American Money Plot 19331949, Charles Higham écrit que, pendant la guerre, les nazis ont transféré 378 millions de dollars sur les comptes de la Banque des règlements internationaux.
Quelques mots au sujet de l’or tchèque. Certaines informations ont fait surface après l’ouverture des archives de la Banque d’Angleterre en 2012 [2]. En mars 1939, l’Allemagne s’emparait de Prague. Les Nazis ont exigé 48 millions de dollars des réserves d’or nationales. Il leur a été répondu que cette somme avait déjà été transférée à la Banque des règlements internationaux. Par la suite, on a su que cet or avait été transféré de Bâle dans les coffresforts de la Banque d’Angleterre. Sur l’ordre de Berlin, l’or a été transféré sur le compte de la Reichsbank à la BRI. Ensuite, la Banque d’Angleterre a été impliquée dans les transactions effectuées sur les ordres donnés par la Reichsbank à la Banque des règlements internationaux. Ces ordres étaient retransmis à Londres. Il y a donc eu collusion entre la Reichsbank allemande, la Banque des règlements internationaux et la Banque d’Angleterre. En 1939, un scandale a éclaté en Grande-Bretagne lorsqu’on a su que la Banque d’Angleterre exécutait les transactions portant sur l’or tchèque sur les ordres de Berlin et de Bâle, et non du gouvernement tchèque. Par exemple, en juin 1939, trois mois avant le début de la guerre entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, la Banque d’Angleterre a aidé les Allemands à transférer sur leur compte l’équivalent en or de 440 000 livres sterling, et à acheminer une partie de l’or à New York (l’Allemagne s’assurait ainsi de la neutralité des États-Unis en cas d’intervention allemande en Pologne).
Ces transactions illégales sur l’or tchèque ont été effectuées avec l’accord tacite du gouvernement de Grande-Bretagne, qui savait parfaitement ce qui était en train de se passer. Le Premier ministre Neville Chamberlain, le Chancelier de l’Échiquier sir John Simon et les autres responsables de haut rang ont tout fait pour dissimuler la vérité, y compris en mentant éhontément (en affirmant que l’or avait été restitué à son propriétaire légitime ou qu’il n’avait jamais été transféré à la Reichsbank). Les documents de la Banque d’Angleterre rendus publics dernièrement révèlent les faits et montrent que les responsables gouvernementaux ont menti, afin de se couvrir eux-mêmes et de couvrir les activités de la Banque d’Angleterre et de la Banque des règlements internationaux. La coordination de ces activités criminelles conjointes était un jeu d’enfant lorsqu’on sait que Montagu Norman, directeur de la Banque d’Angleterre, présidait également le conseil d’administration de la Banque des règlements internationaux. Il n’a d’ailleurs jamais caché ses sympathies pour les fascistes.
La Conférence de Bretton Woods, officiellement Conférence monétaire et financières des Nations unies, a réuni les 730 délégués des 44 pays alliés au Mount Washington Hotel, à Bretton Woods (New Hampshire), aux États-Unis, en vue de réguler la vie monétaire et financière internationale à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Cette conférence s’est tenue du 1er au 22 juillet 1944. La Banque des règlements internationaux se retrouvait soudain sous le feu des projecteurs. On rapportait qu’elle avait collaboré avec l’Allemagne fasciste. Sans entrer dans les détails, je me limiterai à dire qu’après bien des aléas (certains délégués états-uniens s’étant opposés à la motion), les délégués sont tombés d’accord pour fermer la BRI. Cette décision de la conférence internationale n’a jamais été appliquée. Toutes les informations susceptibles de jeter le discrédit sur les activités de la BRI pendant la guerre ont été classées. Aujourd’hui, cela contribue à falsifier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.
Pour finir, quelques mots sur Hjalmar Schacht (1877-1970), ancien président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement fasciste de l’Allemagne. Il a joué un rôle de premier plan dans le contrôle de la machine économique du Troisième Reich en agissant comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du capital anglo-américain en Allemagne. En 1945, Schacht a été jugé à Nuremberg et acquitté le 1er octobre 1946. Il échappait aux accusations de meurtre. Tout comme Hitler. Pour des raisons qui demeurent inexpliquées, il ne figurait pas sur la liste des principaux criminels de guerre de 1945. Mieux, Schacht a repris sa vie professionnelle comme si de rien n’était et fondé la société Schacht GmbH à Düsseldorf. Ce détail peut sembler insignifiant, mais il confirme une fois de plus que les ploutocrates anglo-américains et leurs représentants plénipotentiaires en Allemagne avaient préparé et, dans une certaine mesure, influencé l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Les ploutocrates veulent réécrire l’histoire de la guerre et changer ses résultats.
Valentin Katasonov
Traduction : Gilles Chertier
Source : Strategic Culture Foundation (Russie)
[1] P. Tugwell, The Democratic Roosevelt, A Biography of Franklin D. Roosevelt, New York, 1957, p 477.
Valentin Katasonov est professeur au Département de Moscou de l’Institut d’Etat de Finance internationale, docteur en sciences économiques, membre correspondant de l’Académie des sciences économiques et commerciales. Il fut consultant des Nations Unies (1991-93), membre du Conseil consultatif auprès du Président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) (1993-96), chef du Département des relations monétaires internationales du ministère des Affaires étrangères de la Russie (200111)

Les Guerres de Staline, une préface de Annie Lacroix-Riz

« …nous sommes en 2017, c’est-à-dire l’anniversaire de la Révolution bolchevique. S’il n’est pas question de limiter cette révolution au seul Staline, il serait temps de réfléchir aux conditions de la déstalinisation en France. Comme il faudrait analyser cette révolution d’octobre dans la diversité de sa postérité pour la célébrer et y associer un maximum de gens, des communistes et des non-communistes. » (note de Danielle Bleitrach)

stalins-warLe travail d’Annie-Lacroix-Riz est irremplaçable, elle aura représenté non seulement l’honneur des communistes, mais celui des historiens français qui sont loin d’accomplir le travail sur archives de leurs collègues anglo-saxons. Il y a ceux qui comme Geoffroy Roberts rétablissent les faits occultés par la propagande, mais même la lecture de certains ouvrages superficiels et à charge peuvent être précieux. En lisant Staline, la cour du tsar rouge de Simone Sebag Montefiore, je me disais que si on rétablissait le contexte politique et si l’on enlevait les adjectifs négatifs dont il truffe son exposé, son livre serait une admirable critique du portrait de Staline tel qu’on nous le caricature. Simplement en restant sur l’exposé du contenu des lettres et des compte-rendu des séances du politburo. Les éditions Delga jouent aussi un rôle important et le drame vécu par tous ces gens est l’absence de relais, c’est peu de le dire de la presse communiste et du parti communiste. Pourtant, nous sommes en 2017, c’est-à-dire l’anniversaire de la Révolution bolchevique. S’il n’est pas question de limiter cette révolution au seul Staline, il serait temps de réfléchir aux conditions de la déstalinisation en France. Comme il faudrait analyser cette révolution d’octobre dans la diversité de sa postérité pour la célébrer et y associer un maximum de gens, des communistes et des non-communistes (note de Danielle Bleitrach)

On ne saurait assez souligner l’importance du dernier ouvrage, sur « les guerres de Staline », de Geoffrey Roberts (1), dont les travaux, depuis 1989, et un livre sur le pacte germano-soviétique (The Unholy Alliance : Stalin’s Pact With Hitler, I. B. Tauris, Londres) balaient la caricature de Joseph Staline dressée par la « soviétologie » française depuis l’ère Courtois-Furet. Mais Roberts, non traduit, est inconnu en France.

L’historien britannique décrit les années 1939-1953 en croisant systématiquement les archives soviétiques avec les témoignages politiques et militaires a posteriori. Les deux premières parties (avant-guerre et guerre) sont les plus passionnantes et documentées. La première (trois chapitres), consacrée à la période séparant le pacte de non-agression du 23 août 1939 de l’assaut allemand du 22 juin 1941, inclut la « guerre d’hiver » contre la Finlande (décembre 1939 – mars 1940), florilège de la propagande antisoviétique d’alors et d’aujourd’hui, et les exécutions de Katyn. La « grande guerre patriotique » (six chapitres) dresse Staline en grand chef politique et militaire, entre résistance et difficultés terribles du début, leçons tirées des revers et extraordinaires victoires qui abattirent la Wehrmacht. Les étapes de cette guerre d’extermination allemande et d’héroïsme soviétique sont décrites avec un talent et une passion qui convertiraient aux vertus de l’histoire militaire les lecteurs les plus rebelles.

Roberts a d’ailleurs largement puisé aux énormes ressources anglophones d’une historiographie militaire renouvelée depuis plus de dix ans. S’y distinguent : 1. sur la guerre et sa conduite, un livre de David M. Glantz et Jonathan M. House (2), qui a ouvert la voie à de nombreux travaux récents, mais souvent plus conformes à la russophobie ambiante, dont Michael Jabara Carley vient de rendre excellemment compte (3) ; 2. sur le sort quotidien du soldat de l’Armée rouge, héros d’une guerre d’extermination allemande que les Soviétiques transformèrent en odyssée populaire, l’édition, par Antony Beevor et Luba Vinogradova, récemment traduite en français, des « carnets de guerre » du journaliste et écrivain Vassili Grossman (4).

L’« Occident » désormais dirigé par les Etats-Unis mua, la guerre à peine finie, les héros soviétiques en ennemis jurés de la guerre froide (trois chapitres). Roberts postule l’erreur de perception américaine des intentions soviétiques – pacifiques mais mal interprétées par Washington –, et inversement, Moscou se prenant à nouveau, à tort ou à raison, pour une forteresse assiégée. Son approche psychologique l’éloigne des « révisionnistes » américains. D’après eux, le colosse militaire soviétique, si indispensable jusqu’au début de 1945 pour vaincre le Reich, mais mis à terre par cette guerre impitoyable, ne put pas grand-chose contre la capacité des Etats-Unis à le réduire à l’impuissance et à transformer en nouveau « cordon sanitaire » sa zone d’influence si chèrement acquise. Mais Roberts partage avec les historiens « radicaux » l’analyse de la double obsession de Staline : assurer pour quelques décennies la sécurité à l’URSS ravagée et maintenir contre vents et marée les efforts, nés avec Lénine, de coexistence pacifique avec le « camp impérialiste ».

Alexander Werth, dans son grand ouvrage de 1964 (La Russie en guerre, Stock, Paris), mettait en garde contre la réécriture khrouchtchévienne de l’histoire soviétique, dominante depuis deux décennies en France. Il requérait l’examen serein du rôle de celui que des centaines de millions de personnes, en URSS et en dehors, célébraient depuis Stalingrad comme l’artisan essentiel de la victoire contre le Reich hitlérien et contre le fascisme. Le livre de Roberts marque à cet égard une étape majeure.

Annie Lacroix-Riz

Professeur d’histoire contemporaine, université Paris-VII, auteure des essais Le Vatican, l’Europe et le Reich 1914-1944 et Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930,Armand Colin, Paris, 1996 et 2006.

(1) Stalin’s Wars : From World War to Cold War, 1939-1953, Yale University Press, New Haven et Londres, 2006, 496 pages, 35 dollars.

(2) When Titans Clashed : How the Red Army Stopped Hitler, University Press of Kansas, Lawrence (Kansas), 1995, 418 pages, 13 euros.

(3) « Years of war in the East, 1939-1945 : A review article », Europe-Asia Studies, vol. 59, n° 2, mars 2007, Londres – New York, p. 331-352.

(4) Carnets de guerre. De Moscou à Berlin, 1941-1945, Calmann-Lévy, Paris, 2007, 390 pages, 22 euros.

 

Source: https://histoireetsociete.wordpress.com/2017/02/05/du-nouveau-sur-un-certain-staline/

Le programme militaire de la révolution prolétarienne

Vers la fondation d'un nouveau PC de type bolchevique

par V.I Lénine

En Hollande, en Scandinavie, en Suisse, parmi les social-démocrates révolutionnaires qui combattent le mensonge social-chauvin de la «défense de la patrie» dans la guerre impérialiste actuelle, des voix se font entendre qui proposent de substituer à l’ancien point du programme minimum social-démocrate : «milice» ou «armement du peuple», un point nouveau intitulé : «désarmement». La Jugend-Internationale a institué un débat sur cette question et publié dans son No 3 un éditorial en faveur du désarmement. Dans les thèses récentes de R. Grimm, nous trouvons malheureusement aussi une concession à l’idée de «désarmement». Les revues Neues Leben et Vorbote ont ouvert une discussion.

Examinons de plus près la position des défenseurs du désarmement.

I

L’argument essentiel revient à dire que la revendication du désarmement est l’expression la plus nette, la plus résolue, la plus conséquente de la lutte contre tout militarisme et contre toute guerre.

Mais c’est dans cet argument essentiel que réside aussi l’erreur essentielle des partisans du désarmement. Des socialistes ne peuvent se déclarer adversaires de n’importe quelle guerre sans cesser d’être des socialistes.

En premier lieu, les socialistes n’ont jamais été et ne peuvent jamais être les adversaires des guerres révolutionnaires. La bourgeoisie des «grandes» puissances impérialistes est devenue archiréactionnaire ; et la guerre que mène aujourd’hui cette bourgeoisie, nous la considérons comme une guerre réactionnaire, esclavagiste et criminelle. Mais que dire d’une guerre dirigée contre cette bourgeoisie ? Par exemple, d’une guerre des peuples opprimés par cette bourgeoisie et se trouvant sous sa dépendance, ou d’une guerre des peuples coloniaux pour leur émancipation ? Dans les thèses du groupe «Internationale», au § 5, nous lisons. «En cette époque d’impérialisme déchaîné, aucune guerre nationale n’est plus possible.» C’est évidemment faux.

L’histoire du XXe siècle, de ce siècle d’«impérialisme déchaîné», est pleine de guerres coloniales. Mais ce que nous, Européens, oppresseurs impérialistes de la plupart des peuples du monde, appelons, avec l’odieux chauvinisme européen qui nous est propre, des «guerres coloniales», ce sont souvent les guerres nationales ou les soulèvements nationaux de ces peuples opprimés. Une des propriétés essentielles de l’impérialisme, c’est justement qu’il accélère le développement du capitalisme dans les pays les plus arriérés, en élargissant et intensifiant du même coup la lutte contre l’oppression nationale. C’est un fait. Et il s’ensuit inévitablement que l’impérialisme doit, dans bien des cas, donner naissance à des guerres nationales. Junius, qui défend dans sa brochure les «thèses» mentionnées, dit qu’à l’époque de l’impérialisme toute guerre nationale contre l’une des grandes puissances impérialistes provoque l’intervention d’une autre grande puissance rivale de la première et également impérialiste, et que toute guerre nationale se transforme par conséquent en guerre impérialiste. Mais cet argument est faux lui aussi. Il peut en être ainsi, mais ce n’est pas toujours le cas. Nombreuses sont les guerres coloniales qui, entre 1900 et 1914, ont suivi un autre cours. Et il serait tout simplement ridicule d’affirmer qu’après la guerre actuelle, par exemple, si elle aboutit à l’épuisement extrême des pays belligérants, «il ne pourra» être question d’«aucune» guerre nationale progressive, révolutionnaire, menée, disons, par la Chine alliée à l’Inde, à la Perse, au Siam, etc., contre les grandes puissances.

Nier toute possibilité de guerre nationale à l’époque de l’impérialisme est théoriquement faux ; historiquement, c’est une erreur manifeste ; pratiquement, c’est du chauvinisme d’Européen : nous qui appartenons à des nations opprimant des centaines de millions d’hommes en Europe, en Afrique, en Asie, etc., nous devons déclarer aux peuples opprimés que leur guerre contre «nos» nations est «impossible» !

En second lieu, les guerres civiles sont aussi des guerres. Quiconque reconnaît la lutte des classes ne peut pas ne pas admettre les guerres civiles qui, dans toute société divisée en classes, sont la continuation, l’extension, l’aggravation naturelles, et dans certaines conditions, inévitables, de la lutte des classes. Toutes les grandes révolutions le confirment.

Ne pas admettre les guerres civiles ou les oublier, ce serait tomber dans un opportunisme extrême et renier la révolution socialiste.

En troisième lieu, la victoire du socialisme dans un seul pays n’exclut nullement, d’emblée, toutes les guerres en général. Au contraire, elle les suppose. Le développement du capitalisme se fait d’une façon extrêmement inégale dans les différents pays. Il ne saurait d’ailleurs en être autrement sous le régime de la production marchande. D’où cette conclusion inéluctable. le socialisme ne peut triompher simultanément dans tous les pays. Il triomphera d’abord dans un seul ou dans plusieurs pays, tandis que les autres resteront pendant un certain temps des pays bourgeois ou pré-bourgeois. Cela donnera nécessairement lieu à des frictions, et incitera en outre directement la bourgeoisie des autres pays à écraser le prolétariat victorieux de l’Etat socialiste. Dès lors, la guerre de notre part serait légitime et juste. Ce serait une guerre pour le socialisme, pour l’émancipation des autres peuples du joug de la bourgeoisie. Engels avait parfaitement raison lorsque, dans sa lettre à Kautsky en date du 12 septembre 1882, il reconnaissait nettement la possibilité de «guerres défensives» du socialisme déjà vainqueur. Il pensait précisément à la défense du prolétariat victorieux contre la bourgeoisie des autres pays.

C’est seulement après que nous aurons renversé, définitivement vaincu et exproprié la bourgeoisie dans le monde entier, et non pas simplement dans un seul pays, que les guerres deviendront impossibles. Et, du point de vue scientifique, il serait absolument erroné et absolument antirévolutionnaire d’éluder ou d’estomper ce qui est précisément le plus important : l’écrasement de la résistance de la bourgeoisie, — ce qui est le plus difficile et qui exige la lutte la plus intense lors du passage au socialisme. Les prêtres «sociaux» et les opportunistes sont toujours disposés à rêver du socialisme pacifique de l’avenir ; mais ce qui les distingue des social-démocrates révolutionnaires, c’est justement qu’ils ne veulent pas songer et réfléchir à la lutte de classe acharnée et aux guerres de classe qui sont nécessaires pour réaliser ce magnifique avenir.

Nous ne devons pas nous laisser abuser par des mots. Ainsi, la notion de «défense de la patrie» est odieuse à beaucoup, parce que les opportunistes avérés et les kautskistes s’en servent pour camoufler et estomper le mensonge de la bourgeoisie dans la présente guerre de rapine. C’est un fait. Mais il ne s’ensuit pas que nous devons désapprendre à méditer sur la signification des mots d’ordre politiques. Admettre la «défense de la patrie» dans la guerre actuelle, c’est considérer celle-ci comme «juste», comme conforme aux intérêts du prolétariat — un point c’est tout, absolument tout, car aucune guerre n’exclut l’invasion. Il serait tout simplement absurde de rejeter la «défense de la patrie» en ce qui concerne les peuples opprimés, dans leur guerre contre les grandes puissances impérialistes, ou le prolétariat vainqueur dans sa guerre contre quelque Galliffet d’un Etat bourgeois.

Sur le plan théorique, on commettrait une grave erreur en oubliant que toute guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens ; la guerre impérialiste actuelle est la continuation de la politique impérialiste de deux groupes de grandes puissances, et cette politique est engendrée et alimentée par l’ensemble des rapports existant à l’époque de l’impérialisme. Mais cette même époque doit aussi, nécessairement, engendrer et alimenter la politique de lutte contre l’oppression nationale et la politique de lutte du prolétariat contre la bourgeoisie ; par conséquent, elle doit rendre possibles et inévitables, premièrement, les insurrections et les guerres nationales révolutionnaires ; deuxièmement, les guerres et les soulèvements du prolétariat contre la bourgeoisie ; troisièmement, une fusion de ces deux formes de guerres révolutionnaires, etc.

II

A cela vient s’ajouter la considération d’ordre général que voici :

Une classe opprimée qui ne s’efforcerait pas d’apprendre à manier les armes, de posséder des armes, ne mériterait que d’être traitée en esclave. Car enfin nous ne pouvons pas oublier, à moins de devenir des pacifistes bourgeois ou des opportunistes, que nous vivons dans une société de classes, dont on ne peut sortir autrement que par la lutte de classes. Dans toute société de classes, qu’elle soit fondée sur l’esclavage, sur le servage ou, comme aujourd’hui, sur le salariat, la classe des oppresseurs est armée. De nos jours, non seulement l’armée permanente, mais aussi la milice — même dans les républiques bourgeoises les plus démocratiques, comme la Suisse — constituent l’armement de la bourgeoisie contre le prolétariat. C’est une vérité tellement élémentaire qu’il n’est guère besoin de s’y arrêter spécialement. Il n’est que de rappeler l’usage qui est fait de la troupe contre les grévistes, dans tous les pays capitalistes.

L’armement de la bourgeoisie contre le prolétariat est l’un des faits les plus importants, les plus fondamentaux, les plus essentiels de la société capitaliste moderne. Et l’on vient, cela étant, proposer aux social-démocrates révolutionnaires de «revendiquer» le «désarmement» ! Ce serait là renier intégralement le point de vue de la lutte de classe et renoncer à toute idée de révolution. Notre mot d’ordre doit être : l’armement du prolétariat pour qu’il puisse vaincre, exproprier et désarmer la bourgeoisie. C’est la seule tactique possible pour une classe révolutionnaire, une tactique qui résulte de toute l’évolution objective du militarisme capitaliste et qui est prescrite par cette évolution. C’est seulement après que le prolétariat aura désarmé la bourgeoisie qu’il pourra, sans trahir sa mission historique universelle, jeter à la ferraille toutes les armes en général, et il ne manquera pas de le faire, mais alors seulement, et en aucune façon avant.

Si la guerre actuelle provoque chez les socialistes chrétiens réactionnaires et les petits bourgeois pleurnichards uniquement de l’épouvante et de l’horreur, de la répulsion pour tout emploi des armes, pour le sang, la mort, etc., nous avons le devoir de dire : la société capitaliste a toujours été et demeure en permanence une horreur sans fin. Et si maintenant la guerre actuelle, la plus réactionnaire de toutes les guerres, prépare à cette société une fin pleine d’horreur, nous n’avons aucune raison de tomber dans le désespoir. Or, objectivement parlant, c’est très exactement se laisser aller au désespoir que de «revendiquer» le désarmement — ou, plus précisément, rêver de désarmement — à une époque où, au vu et au su de tout le monde, la bourgeoisie elle-même prépare la seule guerre véritablement légitime et révolutionnaire, à savoir la guerre civile contre la bourgeoisie impérialiste.

A qui dira que c’est une théorie détachée de la vie, nous rappellerons deux grands faits historiques de portée mondiale : d’une part, le rôle des trusts et du travail des femmes dans les fabriques ; d’autre part, la Commune de Paris de 1871 et l’insurrection de décembre 1905 en Russie.

C’est l’affaire de la bourgeoisie de développer les trusts, de rabattre vers les fabriques les enfants et les femmes, de les y martyriser, de les pervertir, de les vouer au pire dénuement. Nous ne «revendiquons» pas ce genre de développement, nous ne le «soutenons» pas, nous luttons contre lui. Mais comment luttons-nous ? Nous savons que les trusts et le travail des femmes dans les fabriques marquent un progrès. Nous ne voulons pas revenir en arrière, à l’artisanat, au capitalisme prémonopoliste, au travail des femmes à domicile. En avant, à travers les trusts, etc., et au-delà, vers le socialisme !

Ce raisonnement est applicable, en opérant les changements nécessaires, à la militarisation actuelle du peuple. Actuellement, la bourgeoisie impérialiste militarise, non seulement l’ensemble du peuple, mais même la jeunesse. Demain, elle entreprendra peut-être de militariser les femmes. Nous devons dire à ce propos : tant mieux ! Qu’on se hâte ! Plus vite cela se fera, et plus sera proche l’insurrection armée contre le capitalisme. Comment les social-démocrates pourraient-ils se laisser effrayer par la militarisation de la jeunesse, etc., s’ils n’oubliaient pas l’exemple de la Commune de Paris ? Il ne s’agit pas ici d’une «théorie détachée de la vie», d’un rêve, mais d’un fait. Et ce serait la pire des choses, en vérité, si les social-démocrates, en dépit de tous les faits économiques et politiques, en venaient à douter que l’époque impérialiste et les guerres impérialistes doivent nécessairement amener le retour de pareils faits.

Un observateur bourgeois de la Commune écrivait, en mai 1871, dans un journal anglais : «Si la nation française ne se composait que de femmes, quelle terrible nation ce serait !» Des femmes et des enfants à partir de 13 ans combattirent, pendant la Commune, aux côtés des hommes. Il ne saurait en être autrement dans les combats à venir pour le renversement de la bourgeoisie. Les femmes des prolétaires ne regarderont pas passivement la bourgeoisie bien armée tirer sur les ouvriers mal pourvus ou complètement dépourvus d’armes. Elles prendront le fusil, comme en 1871, et des nations terrorisées d’aujourd’hui — ou plus exactement : du mouvement ouvrier d’aujourd’hui, davantage désorganisé par les opportunistes que par les gouvernements —surgira sans aucun doute, tôt ou tard, mais infailliblement, une alliance internationale de «terribles nations» du prolétariat révolutionnaire.

La militarisation envahit actuellement toute la vie sociale. L’impérialisme est une lutte acharnée des grandes puissances pour le partage et le repartage du monde : il doit donc étendre inévitablement la militarisation à tous les pays, y compris les pays neutres et les petites nations. Comment réagiront les femmes des prolétaires ? Se borneront-elles à maudire toutes les guerres et tout ce qui est militaire, à réclamer le désarmement ? Jamais les femmes d’une classe opprimée vraiment révolutionnaire ne s’accommoderont d’un rôle aussi honteux. Elles diront à leurs fils : «Bientôt tu seras grand. On te donnera un fusil. Prends-le et apprends comme il faut le métier des armes. C’est une science indispensable aux prolétaires, non pour tirer sur tes frères, les ouvriers des autres pays, comme c’est le cas dans la guerre actuelle et comme te le conseillent les traîtres au socialisme, mais pour lutter contre la bourgeoisie de ton propre pays, pour mettre fin à l’exploitation, à la misère et aux guerres autrement que par de pieux souhaits, mais en triomphant de la bourgeoisie et en la désarmant.»

Si l’on se refuse à faire cette propagande, et précisément cette propagande-là, en liaison avec la guerre actuelle, mieux vaut s’abstenir complètement de grandes phrases sur la social-démocratie révolutionnaire internationale, sur la révolution socialiste, sur la guerre contre la guerre.

III

Les partisans du désarmement se prononcent contre le point du programme relatif à l’«armement du peuple» en affirmant, entre autres raisons, que cette revendication accroîtrait le risque de concessions à l’opportunisme. Nous venons d’examiner l’aspect le plus important de la question : le rapport entre le désarmement, d’une part, et la lutte de classe et la révolution sociale, d’autre part. Voyons maintenant le rapport entre la revendication du désarmement et l’opportunisme. L’une des principales raisons qui militent contre cette revendication, c’est qu’avec les illusions qu’elle engendre, elle affaiblit et débilite fatalement notre lutte contre l’opportunisme.

Cette lutte est, sans aucun doute, la principale question à l’ordre du jour de l’Internationale. Une lutte contre l’impérialisme qui ne serait pas indissolublement liée à la lutte contre l’opportunisme serait une phrase creuse ou un leurre. L’une des principales lacunes de Zimmerwald et de Kienthal, l’une des causes fondamentales du fiasco possible de ces embryons d’une IIIe Internationale tient justement au fait que la question de la lutte contre l’opportunisme n’y a même pas été posée ouvertement ; encore moins l’a-t-on résolue dans le sens de la nécessité d’une rupture avec les opportunistes. L’opportunisme a triomphé — pour un temps — au sein du mouvement ouvrier européen. Dans tous les grands pays, il se manifeste sous deux nuances principales : premièrement, le social-impérialisme avoué, cynique et par conséquent moins dangereux, de MM. Plékhanov, Scheidemann, Legien, Albert Thomas, Sembat, Vandervelde, Hyndman, Henderson, etc. Deuxièmement, le social-impérialisme camouflé, kautskiste : Kautsky-Haase et le «Groupe social-démocrate du Travail» en Allemagne ; Longuet, Pressemane, Mayéras et autres en France ; Ramsay MacDonald et autres leaders du «Parti travailliste indépendant» en Angleterre ; Tchkhéidzé et autres en Russie ; Treves et autres réformistes dits de gauche en Italie.

L’opportunisme avoué est ouvertement et nettement contre la révolution et contre les mouvements et explosions révolutionnaires qui commencent à se produire ; il est directement allié aux gouvernements, si variées que soient les formes de cette alliance, depuis l’entrée dans les cabinets ministériels jusqu’à la participation aux comités des industries de guerre (en Russie). Les opportunistes camouflés, les kautskistes, sont beaucoup plus nuisibles et dangereux pour le mouvement ouvrier, parce qu’ils se retranchent, pour défendre leur alliance avec les opportunistes de la première nuance, derrière des arguments spécieux faits de phrases sonores pseudo- «marxistes» et de mots d’ordre pacifistes. La lutte contre ces deux formes de l’opportunisme dominant doit être menée sur tous les terrains de la politique prolétarienne : Parlement, syndicats, grèves, domaine militaire, etc. La caractéristique essentielle de ces deux formes de l’opportunisme dominant est que la question concrète du lien entre la guerre actuelle et la révolution, ainsi que les autres questions concrètes de la révolution, sont passées sous silence, escamotées ou traitées avec la préoccupation de ne pas enfreindre les interdictions policières. Et cela, bien qu’avant la guerre on ait souligné maintes fois, de façon non officielle et officiellement dans le Manifeste de Bâle, le lien existant, très précisément, entre cette guerre qui ne faisait alors que s’annoncer et la révolution prolétarienne. Mais la lacune essentielle de la revendication du désarmement, c’est qu’elle élude toutes les questions concrètes de la révolution. A moins que les partisans du désarmement n’envisagent un genre tout nouveau de révolution : la révolution sans armes ?

Poursuivons. Nous ne sommes pas le moins du monde des adversaires de la lutte pour des réformes. Nous n’entendons pas ignorer la triste éventualité qui menace le genre humain — en mettant les choses au pire — de connaître une seconde guerre impérialiste si la révolution ne surgit pas de la guerre actuelle, malgré les nombreuses explosions dues à l’effervescence et au mécontentement des masses et en dépit de nos efforts. Nous sommes partisans d’un programme de réformes qui soit dirigé aussi contre les opportunistes. Ceux-ci seraient trop heureux de nous voir leur abandonner à eux seuls la lutte pour les réformes, et si nous allions, fuyant la triste réalité, nous réfugier au-delà des nuages, sur les cimes d’un vague «désarmement». Le «désarmement», c’est précisément la fuite devant la déplorable réalité, et nullement un moyen de la combattre.

Dans un tel programme, voici à peu près ce que nous dirions : «Le mot d’ordre et l’acceptation de la défense de la patrie dans la guerre impérialiste de 1914-1916 n’est qu’une corruption du mouvement ouvrier par un mensonge bourgeois.» Cette réponse concrète à des questions concrètes serait, au point de vue théorique, plus juste, beaucoup plus utile pour le prolétariat et plus intolérable pour les opportunistes que la revendication du désarmement et la répudiation de «toute» défense de la patrie. Et nous pourrions ajouter : «La bourgeoisie de toutes les grandes puissances impérialistes : Angleterre, France, Allemagne, Autriche, Russie, Italie, japon, Etats-Unis, est devenue tellement réactionnaire, elle est tellement animée du désir de dominer le monde que toute guerre de la part de la bourgeoisie de ces pays ne peut être que réactionnaire. Le prolétariat ne doit pas seulement être opposé à toute guerre de ce genre, il doit encore souhaiter la défaite de «son» gouvernement dans ces guerres et la mettre à profit pour déclencher une insurrection révolutionnaire si l’insurrection en vue d’empêcher la guerre n’a pas réussi.»

A propos de la milice, nous devrions dire : nous ne sommes pas pour la milice bourgeoise, mais seulement pour une milice prolétarienne. Par conséquent, «pas un sou et pas un homme», non seulement pour l’armée permanente, mais aussi pour la milice bourgeoise, même dans des pays tels que les Etats-Unis ou la Suisse, la Norvège, etc. D’autant plus que nous voyons, dans les républiques les plus libres (par exemple, en Suisse), la milice se prussianiser de plus en plus, surtout en 1907 et 1911, et se prostituer en vue de la mobilisation de la troupe contre les grévistes. Nous pouvons réclamer l’élection des officiers par le peuple, l’abolition de toute justice militaire, l’égalité en droits pour les ouvriers étrangers et ceux du pays (c’est un point particulièrement important pour des Etats impérialistes comme la Suisse, qui exploitent d’une façon de plus en plus éhontée un nombre sans cesse croissant d’ouvriers étrangers, sans leur accorder aucun droit) ; ensuite. le droit pour, disons, chaque centaine d’habitants d’un pays donné de former des associations libres en vue d’étudier l’art militaire, en élisant librement leurs instructeurs qui seraient rétribués aux frais de l’Etat, etc. C’est seulement dans ces conditions que le prolétariat pourrait étudier l’art militaire vraiment pour son propre compte, et non au profit de ceux qui le tiennent en esclavage ; et cette étude répond incontestablement aux intérêts du prolétariat. La révolution russe a prouvé que tout succès, même partiel, du mouvement révolutionnaire, par exemple la conquête d’une ville, d’un faubourg industriel, d’une partie de l’armée, obligera inévitablement le prolétariat victorieux à appliquer précisément un programme de ce genre.

Enfin, il va de soi que ce n’est pas en se bornant à rédiger des programmes qu’on peut lutter contre l’opportunisme, mais uniquement en veillant sans cesse à les faire réellement appliquer. La plus grave erreur, l’erreur fatale de la IIe Internationale qui a fait faillite, c’est que ses actes ne correspondaient pas à ses paroles, qu’on y inculquait l’habitude de l’hypocrisie et des grandes phrases révolutionnaires débitées sans scrupules (voyez l’attitude actuelle de Kautsky et Cie à l’égard du Manifeste de Bâle). L’idée de désarmement, en tant qu’idée sociale, — c’est-à-dire engendrée par des conditions sociales déterminées et susceptibles d’agir sur un certain milieu social, et non de demeurer une lubie personnelle, — est évidemment née dans des conditions d’existence particulières, exceptionnellement «tranquilles», propres à divers petits Etats restés assez longtemps à l’écart de la sanglante voie mondiale des guerres et qui espèrent éterniser cette situation. Pour s’en convaincre, il n’est que d’analyser, par exemple, l’argumentation des partisans norvégiens du désarmement : «Nous sommes une petite nation ; notre armée est insignifiante ; nous ne pouvons rien contre les grandes puissances» (et, de ce fait, nous sommes également incapables de résister à une intégration par la force dans une alliance impérialiste avec tel ou tel groupe de grandes puissances)… «nous voulons rester tranquilles dans notre petit coin de terre et poursuivre une politique de clocher en exigeant le désarmement, l’arbitrage obligatoire, la neutralité permanente, etc» (aussi «permanente» sans doute que la neutralité belge ?).

La tendance mesquine des petits Etats à se tenir à l’écart, le désir petit-bourgeois de rester le plus loin possible des grandes batailles de l’histoire mondiale, d’utiliser une situation de monopole, qui les laisse à peu près seuls figés dans une routinière passivité, voilà la situation sociale objective qui peut assurer à l’idée de désarmement un certain succès et une certaine diffusion dans divers petits Etats. Bien entendu, c’est une tendance réactionnaire et qui repose entièrement sur des illusions, car l’impérialisme entraîne d’une façon ou d’une autre les petits Etats dans le tourbillon de l’économie et de la politique mondiales.

La situation de la Suisse, par exemple, dans le monde impérialiste, impose objectivement deux lignes au mouvement ouvrier de ce pays : les opportunistes, alliés à la bourgeoisie, cherchent à faire de la Suisse une fédération républicaine démocratique monopolisant les bénéfices du tourisme bourgeois des nations impérialistes ; ils s’efforcent d’utiliser cette situation de monopole bien «tranquille» aussi avantageusement et paisiblement que possible.

Les véritables social-démocrates de Suisse s’efforcent d’utiliser la liberté relative et la situation «internationale» de ce pays pour aider à la victoire de l’alliance étroite formée par les éléments révolutionnaires des partis ouvriers européens. La Suisse, grâce à Dieu, ne parle pas «sa propre» langue, mais trois langues mondiales, qui sont justement celles des pays belligérants limitrophes.

Si les 20 000 membres du parti suisse versaient 2 centimes par semaine à titre d’«impôt extraordinaire de guerre», nous aurions 20 000 francs par an, plus qu’il ne faut pour pouvoir, malgré les interdictions des états-majors généraux, diffuser périodiquement en trois langues parmi les ouvriers et les soldats des pays belligérants toutes sortes de publications disant la vérité sur l’effervescence qui commence à se manifester parmi les ouvriers, sur leur fraternisation dans les tranchées, sur leur espoir d’utiliser révolutionnairement leurs armes contre la bourgeoisie impérialiste de leurs «propres» pays, etc.

Tout cela n’est pas nouveau. C’est justement ce que font les meilleurs journaux, tels que La Sentinelle, Volksrecht, Berner Tagwacht, mais malheureusement dans une mesure insuffisante. C’est seulement si cette activité se développe que l’excellente résolution du Congrès d’Aarau pourra devenir quelque chose de plus que simplement une excellente résolution.

La question qui nous intéresse pour l’heure est de savoir si la revendication du désarmement répond à la tendance révolutionnaire qui existe parmi les social-démocrates suisses. Evidemment non. Objectivement, le «désarmement» est un programme typiquement, spécifiquement national de petits Etats ; ce n’est pas du tout le programme international de la social-démocratie révolutionnaire internationale.

Source: https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/09/pmrp.htm


Archives Lenine Archives Internet des marxistes

Face à la montée du fascisme, préparons la guerre populaire !

Dans le but de d’unir les forces du progrès dans une perspective de Front Uni contre le fascisme et la guerre, nous relayons simplement ce communiqué du Parti Communiste Maoïste

Anti-fascist flag

L’assassinat de Clément Méric par un groupuscule d’extrême-droite, les démantèlements des camps de migrants, la montée de l’islamophobie, de la haine anti-rroms et de l’antisémitisme, les partis de droite et gauche s’alignant de plus en plus sur l’extrême-droite qui, elle-même, s’est ancrée comme force montante dans le jeu des élections… Tous ces éléments font qu’aujourd’hui la majorité des militants et militantes sont obligés d’admettre qu’il y a bel et bien une montée du fascisme en France. Il n’est pas dur de voir non plus que cette montée du fascisme est loin de ne concerner que la France. Si ces éléments permettent justement de sentir cette montée du fascisme, à partir du moment où l’on veut combattre le fascisme, il faut plus que des bons sentiments : il faut une définition claire et précise de ce qu’est le fascisme pour pouvoir lui opposer une stratégie adaptée qui, elle seule, pourra nous mener à la victoire.

Qu’est-ce que le fascisme ?

Georgi_Dimitrov« Les milieux impérialistes tentent de faire retomber tout le poids de la crise sur les épaules des travailleurs. C’est pour ça qu’ils ont besoin du fascisme. » Georges Dimitrov, 1935.

Le fascisme a surgit historiquement pour la première fois à partir des années 1920 et 1930. Celui-ci a été analysé pour la première fois clairement lors du 7e Congrès de l’Internationale Communiste à partir de l’analyse de Georges Dimitrov. Le fascisme y est défini de manière précise, voilà son caractère de classe : le fascisme est la dictature terroriste ouverte du capital financier. Le capital ne pouvant plus gouverner par la méthode traditionnelle de la démocratie libérale, la frange la plus réactionnaire du capital prend le pouvoir et s’impose brutalement à l’ensemble de la société. Cette nécessité pour le capital financier de prendre l’aspect d’une dictature terroriste était aussi caractérisée par la présence d’un fort mouvement ouvrier, notamment avec la présence de l’URSS. Une des caractéristiques des formes de fascisme que l’on retrouve aujourd’hui est justement l’absence de ce mouvement prolétarien révolutionnaire mettant en péril le capitalisme, ainsi le fascisme se développe d’une façon originale aujourd’hui.

Comment combattre le fascisme ?

Avec cette définition matérialiste du fascisme, on comprend donc que le fascisme est lié de manière indissociable au capitalisme. Il est là pour maintenir le capitalisme en place brutalement lorsque celui-ci entre dans des crises importantes où l’ordre social se voit nécessairement perturbé. De cela nous devons tirer une leçon très nette : on ne combat pas le fascisme en s’appuyant sur une frange de la bourgeoisie contre une autre, la bourgeoisie ne constitue pas un allié dans la lutte contre le fascisme. La lutte antifasciste est par essence révolutionnaire car le seul moyen de mettre fin à la menace fasciste, c’est de renverser la bourgeoisie pour mettre fin définitivement au capitalisme.

De là, nous comprenons bien que lutter contre le fascisme ne consiste pas à voter massivement contre le Front National lors des élections en constituant un « front républicain ». Pour s’opposer au fascisme, il y a pourtant besoin d’unir largement mais aucune union n’est possible sans principe, d’où la nécessité d’un antifascisme révolutionnaire, c’est-à-dire un antifascisme qui assume que l’on ne peut lutter contre le fascisme qu’en luttant contre le capitalisme. Ce front antifasciste révolutionnaire ne s’exprime ainsi pas à travers les élections de la bourgeoisie mais dans les luttes concrètes. Il doit unir les masses dans tous les secteurs de la vie, il doit mobiliser le plus largement possible autour d’une stratégie révolutionnaire que ce soit la mobilisation contre la répression et les violences policières, la mobilisation des femmes pour leur émancipation à travers un front féministe prolétarien, la mobilisation pour le logement, la mobilisation de la jeunesse prolétarienne etc.

L’antifascisme ne peut se résumer à l’affrontement entre antifascistes qui se comprennent comme tels et groupuscules d’extrême-droite. L’antifascisme doit avant tout être une unité de classe forte avec un objectif révolutionnaire. Pour réaliser cette unité de classe forte, les antifascistes authentiques ont la responsabilité de mobiliser et d’organiser le prolétariat là où il se trouve : c’est-à-dire principalement dans les quartiers populaires. Depuis la fin des années 80, avec la fin formelle de l’URSS, la confirmation du triomphe du révisionnisme en Chine et l’effondrement des « démocraties populaires », on a assisté parallèlement au repli des idées progressistes et révolutionnaires en France notamment avec la fin des organisations de masse du P« C »F révisionniste dans les quartiers et dans les usines. Cette situation a provoqué un grand vide organisationnel et culturel qui a permis à la bourgeoisie de mener de nombreuses attaques contre le prolétariat. C’est sur cette absence idéologique que les idées réactionnaires ont pu petit à petit progresser et que les fascistes ont pu récemment commencer à lancer des mobilisations de masse réactionnaires telles que la manif pour tous.

C’est donc uniquement à travers un projet révolutionnaire en renforçant l’unité de classe du prolétariat que l’on luttera efficacement contre la montée du fascisme.

Quelle stratégie révolutionnaire ?

Si l’on parle de révolution prolétarienne, il faut savoir comment y parvenir. Il est impossible de créer un front révolutionnaire antifasciste sans stratégie révolutionnaire. Beaucoup se disent révolutionnaires aujourd’hui mais conçoivent la révolution comme un horizon lointain, comme un grand soir que l’on atteindrait après une longue accumulation pacifique de force. Cette stratégie dite insurrectionnelle a depuis longtemps montré son inconséquence, en renvoyant la révolution aux calendes grecques, on ouvre à chaque fois la porte à la dérive réformiste et aux illusions qui vont avec.

La révolution se prépare, elle se déclenche et prend forcément un caractère prolongé. La révolution ne peut se réaliser sans les outils pour la mener, ces outils sont le Parti communiste qui regroupe les éléments du prolétariat les plus avancés idéologiquement et dans la pratique, le Front révolutionnaire qui organise les masses dans tous les domaines de la vie, c’est l’organisation des masses par les masses constituée derrière l’objectif révolutionnaire et enfin il faut une Force combattante pour assurer l’affrontement violent avec la bourgeoisie qui ne laissera jamais le pouvoir d’elle-même. Ces trois instruments se développent de manière simultanée mais inégale. Ainsi un des rôles de la Force combattante dans un premier temps est principalement d’assurer la protection de nos manifestations (non pas comme un SO contraignant les actions dites illégales mais en protégeant l’ensemble de la manifestation contre les attaques des flics ou des fascistes) et l’attaque de cibles symboliques.

Cette stratégie-là c’est celle qu’on appelle la stratégie de la guerre populaire prolongée. La guerre populaire s’oppose à la guerre impérialiste, elle a pour objectif d’accomplir la révolution en mobilisant les masses largement avec la classe ouvrière en tête et en combinant toutes les tactiques nécessaires (violentes ou non violentes, légales ou illégales…) pour franchir les différentes étapes (de la défensive à l’offensive en passant par l’équilibre) menant au renversement de l’Etat bourgeois.

Il ne suffit pas de dire que « la violence est légitime contre l’Etat bourgeois » pour lutter contre celui-ci, il faut que cette violence s’organise dans le cadre d’une stratégie claire et se réalise avec la mobilisation des masses si les révolutionnaires ne veulent pas être coupés des masses, isolés puis écrasés par la répression. Il faut saluer, encourager et systématiser les expériences de rupture avec la légalité bourgeoise du prolétariat en lutte comme l’ont fait les travailleurs de Goodyear et d’Air France. Ces épisodes violents de la lutte des classes dans notre pays, dont fait partie la révolte des banlieues de 2005, constituent justement les prémices sur lesquelles pourra se développer la guerre populaire, ils ne sont pas à surestimer ni à négliger : ils sont à développer toujours plus en avant !

Développons l’unité populaire et révolutionnaire contre le fascisme !

Préparons la guerre populaire, seule solution face à la montée du fascisme !

Rejoignez les rangs des maoïstes !

Source : http://www.pcmaoiste.org/communique/face-a-la-montee-du-fascisme-preparons-la-guerre-populaire/

Les problèmes économiques du socialisme en UR.S.S.

Courtoisie du site web

www.communisme-bolchevisme.net

PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSEZ-VOUS !

J. STALINE

stalin

Edition électronique réalisée par Vincent Gouysse à partir de l’ouvrage publié en 1974 aux Editions en langues étrangères, Pékin.

WWW.MARXISME.FR

NOTE DE L’EDITEUR

La présente édition : Les Problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. a été établie d’après les traductions existant en langue française, en s’appuyant sur une confrontation avec le texte chinois publié par les Editions du Peuple, Pékin, mars 1971. Les notes mises à la fin du livre sont rédigées d’après celles de l’édition chinoise des Editions du Peuple, Pékin, et celles des traductions françaises existantes.

Sommaire :
REMARQUES RELATIVES AUX QUESTIONS ECONOMIQUES SOULEVEES A LA DISCUSSION DE NOVEMBRE 1951 (p. 2)

1. Du caractère des lois économiques sous le socialisme (p. 2)

2. De la production marchande sous le socialisme (p. 6) 3. De la loi de la valeur sous le socialisme (p. 10)

4. De la suppression de l’opposition entre la ville et la campagne, entre le travail intellectuel et le travail manuel, et de la liquidation des différences entre eux (p. 12)

5. De la désagrégation du marché mondial unique et de l’aggravation de la crise du système capitaliste mondial (p. 15)

6. De l’inévitabilité des guerres entre les pays capitalistes (p. 16)

7. Des lois économiques fondamentales du capitalisme actuel et du socialisme (p. 18)

8. Autres questions (p. 20)

9. La portée internationale d’un manuel marxiste d’économie politique (p. 21)

10.                      Les moyens d’améliorer le projet de manuel d’économie politique (p. 22)

REPONSE AU CAMARADE ALEXANDRE ILITCH NOTKINE (p. 23)

DES ERREURS DU CAMARADE L. D. IAROCHENKO (p. 27)

I.   L’erreur principale du camarade Iarochenko (p. 27)

II. Autres erreurs du camarade Iarochenko (p. 33)

REPONSE AUX CAMARADES A. V. SANINA ET V. G. VENGER (p. 39)

1. Du caractère des lois économiques du socialisme (p. 39)

2. Des mesures à prendre pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier (p. 41)

NOTES (p. 45)

Aux participants de la discussion économique

REMARQUES RELATIVES AUX QUESTIONS ÉCONOMIQUES SOULEVÉES À LA DISCUSSION DE NOVEMBRE 1951

J’ai reçu tous les documents relatifs à la discussion économique qui s’est déroulée autour de l’appréciation du projet de manuel d’économie politique. J’ai reçu notamment les « Propositions pour améliorer le projet de manuel d’économie politique», les «Propositions pour éliminer les erreurs et les imprécisions » du projet, ainsi qu’un « Relevé des questions controversées ».

Pour tous ces matériaux, de même que pour le projet de manuel, je tiens à faire les remarques suivantes.

1. DU CARACTÈRE DES LOIS ÉCONOMIQUES SOUS LE SOCIALISME

Certains camarades nient le caractère objectif des lois de la science, et en particulier des lois de l’économie politique sous le socialisme. Ils nient que les lois de l’économie politique reflètent la régularité des processus qui se produisent indépendamment de la volonté humaine. Ils estiment que, étant donné le rôle particulier que l’histoire réserve à l’Etat soviétique, celui-ci, ainsi que ses dirigeants, peuvent abolir les lois existantes de l’économie politique, peuvent « élaborer » et « créer » des lois nouvelles.

Ces camarades font une grave erreur. Ils confondent visiblement les lois de la science reflétant les processus objectifs dans la nature ou dans la société, qui s’opèrent indépendamment de la volonté humaine, avec les lois édictées par les gouvernements, créées par la volonté des hommes et n’ayant qu’une force juridique. Mais il n’est point permis de les confondre.

Le marxisme conçoit les lois de la science, — qu’il s’agisse des lois de la nature ou des lois de l’économie politique, — comme le reflet des processus objectifs qui s’opèrent indépendamment de la volonté humaine. Ces lois, on peut les découvrir, les connaître, les étudier, en tenir compte dans ses actes, les exploiter dans l’intérêt de la société, mais on ne peut les modifier ou les abolir. A plus forte raison ne peut-on élaborer ou créer de nouvelles lois de la science.

Est-ce à dire, par exemple, que les résultats de l’action des lois de la nature, les résultats de l’action des forces de la nature, sont, en général, inéluctables, que l’action destructive des forces de la nature se produit toujours et partout avec une spontanéité inexorable qui ne se prête pas à l’action des hommes ? Evidemment non. Si l’on fait abstraction des processus astronomiques, géologiques et de quelques autres processus analogues, sur lesquels les hommes, même s’ils connaissent les lois de leur développement, sont véritablement impuissants à agir, ils sont en maintes occasions loin d’être impuissants quant à la possibilité d’agir sur les processus de la nature. Dans toutes ces circonstances, les hommes, en apprenant à connaître les lois de la nature, en en tenant compte et en s’appuyant sur elles, en les appliquant judicieusement et en les utilisant, peuvent limiter la sphère d’action de ces lois, imprimer aux forces destructives de la nature une autre direction, les faire servir à la société.

Prenons un exemple parmi tant d’autres. Aux temps anciens, on considérait les débordements des grands fleuves, les inondations, la destruction des habitats et des superficies cultivées comme un fléau contre lequel les hommes étaient impuissants. Mais avec le temps, avec le progrès des connaissances humaines, les hommes ayant appris à construire des barrages et des centrales hydrauliques, on est arrivé à protéger la société du fléau des inondations qui paraissaient autrefois inéluctables. Bien plus, on a appris à maîtriser les forces destructives de la nature, à les dompter en quelque sorte, à mettre la puissance des eaux au service de la société et à l’exploiter pour irriguer les champs, pour produire de l’énergie.

Est-ce à dire que l’on ait par là même aboli les lois de la nature, les lois de la science, que l’on ait créé de nouvelles lois de la nature, de nouvelles lois de la science ? Evidemment non. La vérité est que toute cette opération tendant à prévenir l’action des forces destructives de l’eau et à l’exploiter dans l’intérêt de la société s’effectue sans que les lois de la science soient le moins du monde violées, changées ou abolies, sans que de nouvelles lois de la science soient créées. Au contraire, toute cette opération se fait sur la base exacte des lois de la nature, des lois de la science, car une violation quelconque des lois de la nature, la moindre atteinte à ces lois amènerait la désorganisation, l’échec de l’opération.

Il faut en dire autant des lois du développement économique, des lois de l’économie politique, — qu’il s’agisse de la période du capitalisme ou de la période du socialisme. Là aussi, comme dans les sciences de la nature, les lois du développement économique sont des lois objectives reflétant les processus du développement économique qui se produisent indépendamment de la volonté des hommes. On peut découvrir ces lois, les connaître et, s’appuyant sur elles, les utiliser dans l’intérêt de la société, imprimer une autre direction à l’action destructive de certaines lois, limiter la sphère de leur action, donner du champ libre aux autres lois qui se fraient un chemin, mais on ne peut les détruire ou créer de nouvelles lois économiques.

Un des traits particuliers de l’économie politique est que ses lois, à la différence des lois de la nature, ne sont pas durables ; qu’elles agissent, du moins la plupart d’entre elles, au cours d’une certaine période historique, après quoi elles cèdent la place à d’autres lois. Elles ne sont pas détruites, mais elles perdent leur force par suite de nouvelles conditions économiques et quittent la scène pour céder la place à de nouvelles lois qui ne sont pas créées par la volonté des hommes, mais surgissent sur la base de nouvelles conditions économiques.

On se réfère à l’Anti-Dühring d’Engels, à sa formule selon laquelle l’abolition du capitalisme et la socialisation des moyens de production permettront aux hommes d’exercer leur pouvoir sur les moyens de production, de se libérer du joug des rapports économiques et sociaux, de devenir les « maîtres » de leur vie sociale. Engels appelle cette liberté la « nécessité comprise ». Et que peut vouloir dire la « nécessité comprise » ? Cela veut dire que les hommes, après avoir compris les lois objectives (la « nécessité »), les appliqueront en toute conscience, dans l’intérêt de la société. C’est pourquoi Engels dit encore dans cet ouvrage que :

« Les lois de leur propre action sociale, qui jusqu’ici se dressaient devant eux comme des lois de la nature, étrangères et dominatrices, sont dès lors appliquées par les hommes en pleine connaissance de cause, et par là dominées. »

Comme on voit, la formule d’Engels ne parle nullement en faveur de ceux qui pensent que l’on peut abolir, sous le socialisme, les lois économiques existantes et en créer de nouvelles. Au contraire, elle demande non l’abolition, mais la connaissance des lois économiques et leur application judicieuse.

On dit que les lois économiques revêtent un caractère spontané, que l’action de ces lois est inéluctable et que la société est impuissante devant elles. C’est faux. C’est fétichiser les lois et se faire l’esclave de ces lois. Il est prouvé que la société n’est pas impuissante devant les lois; qu’elle peut, en connaissant les lois économiques et en s’appuyant sur elles, limiter la sphère de leur action, les utiliser dans l’intérêt de la société et les « dompter », comme cela se passe à l’égard des forces de la nature et de leurs lois, comme le montre l’exemple cité plus haut sur le débordement des grands fleuves.

On se réfère au rôle particulier que le pouvoir des Soviets joue dans la construction du socialisme, et qui lui permettrait de détruire les lois existantes du développement économique et d’en « élaborer » de nouvelles. Cela est également faux.

Le rôle particulier du pouvoir des Soviets s’explique par deux faits : en premier lieu, le pouvoir des Soviets ne devait pas remplacer une forme de l’exploitation par une autre, comme ce fut le cas dans les vieilles révolutions, mais liquider toute exploitation ; en second lieu, vu l’absence dans le pays de germes tout prêts de l’économie socialiste, il devait créer, pour ainsi dire, sur un « terrain vague », des formes nouvelles, socialistes, de l’économie.

Tâche assurément difficile et complexe, et qui n’a pas de précédent. Néanmoins, le pouvoir des Soviets a rempli ce devoir avec honneur. Non point parce qu’il a soi-disant aboli les lois économiques existantes et en a « élaboré » de nouvelles, mais uniquement parce qu’il s’appuyait sur la loi économique de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives. Les forces productives de notre pays, notamment dans l’industrie, portaient un caractère social; la forme de propriété était privée, capitaliste. Fort de la loi économique de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives, le pouvoir des Soviets a socialisé les moyens de production, en a fait la propriété du peuple entier, a aboli par là le système d’exploitation et créé des formes d’économie socialistes. Sans cette loi et sans s’appuyer sur elle, le pouvoir des Soviets n’aurait pu s’acquitter de sa tâche.

La loi économique de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives se fraie depuis longtemps la voie dans les pays capitalistes. Si elle ne l’a pas encore fait jusqu’à se donner libre cours, c’est qu’elle rencontre la résistance la plus énergique des forces déclinantes de la société. Ici, nous nous heurtons à une autre particularité des lois économiques. A la différence des lois de la nature, où la découverte et l’application d’une nouvelle loi se poursuivent plus ou moins sans entrave, dans le domaine économique la découverte et l’application d’une nouvelle loi, qui porte atteinte aux intérêts des forces déclinantes de la société, rencontrent la résistance la plus énergique de ces forces. Il faut donc une force, une force sociale capable de vaincre cette résistance. Cette force s’est trouvée dans notre pays sous la forme de l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie constituant l’immense majorité de la société. Elle ne s’est pas encore trouvée dans d’autres pays, dans les pays capitalistes. C’est ce qui explique pourquoi le pouvoir des Soviets a pu briser les forces anciennes de la société, et pourquoi la loi économique de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives a été appliquée avec une telle ampleur. On dit que la nécessité d’un développement harmonieux (proportionné) de notre économie nationale permet au pouvoir des Soviets d’abolir les lois économiques existantes et d’en créer de nouvelles. Cela est absolument faux. Il ne faut pas confondre nos plans annuels et nos plans quinquennaux avec la loi économique objective du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale. La loi du développement harmonieux de l’économie nationale a surgi en contrepoids à la loi de concurrence et d’anarchie de la production sous le capitalisme. Elle a surgi sur la base de la socialisation des moyens de production, après que la loi de concurrence et d’anarchie de la production a perdu sa valeur. Elle est entrée en vigueur parce que l’économie socialiste d’un pays ne peut être réalisée que sur la base de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale. C’est dire que la loi du développement harmonieux de l’économie nationale offre à nos organismes de planification la possibilité de planifier correctement la production sociale. Mais on ne doit pas confondre la possibilité avec la réalité. Ce sont deux choses différentes. Pour transformer cette possibilité en réalité, il faut étudier cette loi économique, s’en rendre maître, il faut apprendre à l’appliquer en pleine connaissance de cause ; il faut dresser des plans qui reflètent pleinement les exigences de cette loi. On ne saurait dire que nos plans annuels et nos plans quinquennaux reflètent pleinement les exigences de cette loi économique.

On dit que certaines lois économiques, y compris la loi de la valeur, qui fonctionnent chez nous, sous le socialisme, sont des lois « transformées » ou même « foncièrement transformées » sur la base de l’économie planifiée. Cela est également faux. On ne peut « transformer » des lois, et encore moins les « transformer foncièrement ». Si on peut les transformer, on peut aussi les abolir, en y substituant des lois nouvelles. La thèse de la « transformation » des lois est une survivance de la fausse formule sur l’« abolition » et l’« élaboration » des lois. Bien que la formule de la transformation des lois économiques soit depuis longtemps chose courante chez nous, force nous sera d’y renoncer, pour être plus exact. On peut limiter la sphère d’action de telles ou telles lois économiques, on peut prévenir leur action destructive, si tant est qu’elle s’exerce, mais on ne saurait les « transformer » ou les « abolir ».

Par conséquent, quand on parle de « conquérir » les forces de la nature ou les forces économiques, de les « dominer », etc., on ne veut nullement dire par là qu’on peut « abolir » les lois de la science ou les « élaborer ». Au contraire, on veut seulement dire par là que l’on peut découvrir des lois, les connaître, les assimiler, apprendre à les appliquer en pleine connaissance de cause, à les utiliser dans l’intérêt de la société et les conquérir par ce moyen, les soumettre à sa domination.

Ainsi, les lois de l’économie politique sous le socialisme sont des lois objectives qui reflètent la régularité des processus intervenant dans la vie économique indépendamment de notre volonté. Nier cette thèse, c’est au fond nier la science; or nier la science, c’est nier la possibilité de toute prévision, — c’est donc nier la possibilité de diriger la vie économique.

On pourrait dire que ce qui vient d’être avancé est juste, universellement connu, mais qu’il n’y a là rien de nouveau et que, par suite, on perdrait son temps à répéter des vérités universellement connues. Certes, il n’y a là vraiment rien de nouveau, mais on aurait tort de croire qu’on perdrait son temps à répéter certaines vérités connues de nous. C’est que, chaque année, des milliers de nouveaux jeunes cadres viennent à nous, qui sommes le noyau dirigeant; ils brûlent de nous aider, de se faire valoir, mais ils n’ont pas une éducation marxiste suffisante, ils ignorent beaucoup de vérités bien connues de nous et sont obligés d’errer dans les ténèbres. Ils sont frappés par les prodigieuses réalisations du pouvoir des Soviets, les succès peu communs du régime soviétique leur tournent la tête, et les voilà qui s’imaginent que le pouvoir soviétique « peut tout », que «rien ne l’embarrasse », qu’il peut abolir les lois de la science, élaborer des lois nouvelles. Comment faire avec ces camarades ? Comment les éduquer dans l’esprit du marxisme-léninisme ? Je pense que la répétition systématique des vérités dites « universellement connues » et leur explication patiente constituent un des meilleurs moyens pour éduquer ces camarades dans le marxisme.

2. DE LA PRODUCTION MARCHANDE SOUS LE SOCIALISME

Certains camarades affirment que le Parti a conservé à tort la production marchande après avoir pris le pouvoir et nationalisé les moyens de production dans notre pays. Ils estiment que le Parti aurait dû à ce moment éliminer la production marchande. Ce faisant, ils se réfèrent à Engels, qui dit :

« Avec la prise de possession des moyens de production par la société, la production marchande est éliminée, et par suite, la domination du produit sur le producteur1.» Ces camarades font une erreur grave.

Analysons la formule d’Engels. On ne peut la considérer comme parfaitement claire et précise, puisqu’elle n’indique pas s’il s’agit de la prise de possession, par la société, de tous les moyens de production ou d’une partie seulement, c’est-à-dire si tous les moyens de production ont été remis en la possession du peuple ou seulement une partie. Donc, cette formule d’Engels peut être comprise de deux manières.

Dans un autre passage de son Anti-Dühring, Engels parle de la prise de possession de « tous les moyens de production », « de la totalité des moyens de production ». Engels entend donc dans sa formule la nationalisation non pas d’une partie, mais de la totalité des moyens de production, c’est-àdire la remise en la possession du peuple des moyens de production non seulement dans l’industrie, mais aussi dans l’agriculture.

Par conséquent, Engels a en vue les pays où le capitalisme et la concentration de la production sont suffisamment développés non seulement dans l’industrie, mais aussi dans l’agriculture, pour rendre possible l’expropriation de tous les moyens de production du pays, et en faire la propriété du peuple entier. Engels estime donc que dans ces pays il conviendrait, parallèlement à la socialisation de tous les moyens de production, d’éliminer la production marchande. Cela est, bien entendu, très juste.

A la fin du siècle dernier, à l’époque de la parution de l’Anti-Dühring, seule l’Angleterre était ce pays, où le développement du capitalisme et la concentration de la production, tant dans l’industrie que dans l’agriculture, avaient atteint un degré tel que la possibilité s’offrait, en cas de prise du pouvoir par le prolétariat, de remettre tous les moyens de production du pays en la possession du peuple et d’éliminer la production marchande.

Je fais abstraction ici de l’importance qu’a pour l’Angleterre le commerce extérieur avec sa part énorme dans l’économie nationale britannique. Je pense que c’est seulement après avoir étudié la question qu’on pourrait définitivement décider du sort de la production marchande en Grande-Bretagne au lendemain de la prise du pouvoir par le prolétariat et de la nationalisation de tous les moyens de production.

Du reste, non seulement à la fin du siècle dernier, mais aujourd’hui encore, aucun pays n’a atteint le degré de développement du capitalisme et de concentration de la production agricole que nous observons en Angleterre. Pour les autres pays, malgré le développement du capitalisme à la campagne, il y a là encore une classe assez nombreuse de petits et moyens propriétaires-producteurs, dont il importerait de déterminer le sort au cas où le prolétariat accéderait au pouvoir.

Mais la question se pose : Que doivent faire le prolétariat et son parti dans tel ou tel pays, y compris le nôtre, où les conditions sont favorables à la prise du pouvoir par le prolétariat et au renversement du capitalisme, où le capitalisme dans l’industrie a concentré les moyens de production au point qu’on peut les exproprier et les remettre en la possession de la société, mais où l’agriculture, malgré le progrès du capitalisme, est émiettée entre les nombreux petits et moyens propriétaires-producteurs au point que la possibilité ne se présente pas d’envisager l’expropriation de ces producteurs ?

A cette question la formule d’Engels ne répond pas. Du reste, elle ne doit pas y répondre, puisqu’elle a surgi sur la base d’une autre question, celle de savoir quel doit être le sort de la production marchande après que tous les moyens de production auront été socialisés.

Ainsi, comment faire si tous les moyens de production n’ont pas été socialisés, mais seulement une partie, et si les conditions favorables à la prise du pouvoir par le prolétariat sont réunies, — faut-il que le prolétariat prenne le pouvoir et faut-il aussitôt après supprimer la production marchande ?

On ne peut certes pas qualifier de réponse l’opinion de certains pseudo-marxistes qui considèrent que, dans ces conditions, il conviendrait de renoncer à la prise du pouvoir et d’attendre que le capitalisme ait pris le temps de ruiner les millions de petits et moyens producteurs, de les transformer en salariés agricoles et de concentrer les moyens de production dans l’agriculture; qu’après cela seulement on pourrait poser la question de la prise du pouvoir par le prolétariat et de la socialisation de tous les moyens de production. On comprend que les marxistes ne peuvent accepter pareille « solution » sans risquer de se déshonorer à fond.

On ne peut pas non plus considérer comme une réponse l’opinion d’autres pseudo-marxistes qui pensent qu’il conviendrait peut-être de prendre le pouvoir, de procéder à l’expropriation des petits et moyens producteurs à la campagne et de socialiser leurs moyens de production. Les marxistes ne peuvent pas non plus s’engager dans cette voie insensée et criminelle qui enlèverait à la révolution prolétarienne toute possibilité de victoire et rejetterait pour longtemps la paysannerie dans le camp des ennemis du prolétariat.

Lénine a répondu à cette question dans ses ouvrages sur « l’impôt en nature » et dans son fameux « plan coopératif ».

La réponse de Lénine se ramène brièvement à ceci :

  1. a) ne pas laisser échapper les conditions favorables à la prise du pouvoir ; le prolétariat prendra le pouvoir sans attendre que le capitalisme ait réussi à ruiner les millions de petits et moyens producteurs individuels ;
  2. b) exproprier les moyens de production dans l’industrie et les remettre en la possession du peuple ;
  3. c) pour les petits et moyens producteurs individuels, on les groupera progressivement dans des coopératives de production, c’est-à-dire dans de grosses entreprises agricoles, les kolkhoz ;
  4. d) développer par tous les moyens l’industrie et assigner aux kolkhoz une base technique moderne, celle de la grande production ; ne pas les exproprier mais, au contraire, les fournir abondamment de tracteurs et autres machines de premier ordre ;
  5. e) pour assurer l’alliance économique de la ville et des campagnes, de l’industrie et de l’agriculture, on maintiendra pour un temps la production marchande (échange par achat et vente), comme la forme la seule acceptable — pour les paysans — des relations économiques avec la ville, et on développera à fond le commerce soviétique — le commerce d’Etat et le commerce coopératif et kolkhozien —, en éliminant du commerce tous les capitalistes.

L’histoire de notre édification socialiste montre que cette voie de développement, tracée par Lénine, est entièrement justifiée.

Il ne peut faire de doute que pour tous les pays capitalistes qui possèdent une classe plus on moins nombreuse de petits et moyens producteurs, cette voie de développement est la seule qui soit possible et appropriée pour la victoire du socialisme.

On dit que la production marchande doit néanmoins, en toutes circonstances, aboutir et aboutira absolument au capitalisme. Cela est faux. Pas toujours ni en toutes circonstances ! On ne peut identifier la production marchande à la production capitaliste. Ce sont deux choses différentes. La production capitaliste est la forme supérieure de la production marchande. La production marchande ne conduit au capitalisme que si la propriété privée des moyens de production existe ; que si la force de travail apparaît sur le marché comme une marchandise que le capitaliste peut acheter et exploiter pour la production ; que si, par conséquent, il existe dans le pays un système d’exploitation des ouvriers salariés par les capitalistes. La production capitaliste commence là où les moyens de production sont détenus par des particuliers, tandis que les ouvriers, dépourvus de moyens de production, sont obligés de vendre leur force de travail comme une marchandise. Sans cela, il n’y a pas de production capitaliste.

Eh bien, si les conditions pour une transformation de la production marchande en une production capitaliste ne sont pas réunies, si les moyens de production ne sont plus une propriété privée, mais la propriété socialiste, si le salariat n’existe pas et la force de travail n’est plus une marchandise, si le système d’exploitation a été depuis longtemps aboli, qu’en est-il alors : peut-on considérer que la production marchande aboutira quand même au capitalisme ? Evidemment non. Or, notre société est précisément une société où la propriété privée des moyens de production, le salariat et l’exploitation n’existent plus depuis longtemps.

On ne peut pas considérer la production marchande comme une chose se suffisant à elle-même, indépendante de l’ambiance économique. La production marchande est plus vieille que la production capitaliste. Elle existait sous le régime d’esclavage et le servait, mais n’a pas abouti au capitalisme. Elle existait sous le féodalisme et le servait, sans toutefois aboutir au capitalisme, bien qu’elle ait préparé certaines conditions pour la production capitaliste. La question se pose : pourquoi la production marchande ne peut-elle pas de même, pour un temps, servir notre société socialiste sans aboutir au capitalisme, si l’on tient compte que la production marchande n’a pas chez nous une diffusion aussi illimitée et universelle que dans les conditions capitalistes ; qu’elle est placée chez nous dans un cadre rigoureux grâce à des conditions économiques décisives comme la propriété sociale des moyens de production, la liquidation du salariat et du système d’exploitation ?

On dit que depuis que la propriété sociale des moyens de production occupe une position dominante dans notre pays et que le salariat et l’exploitation ont été liquidés, la production marchande n’a plus de sens, qu’il faudrait par conséquent l’éliminer.

Cela est également faux. A l’heure actuelle, il existe chez nous deux formes essentielles de production socialiste: celle de l’Etat, c’est-à-dire du peuple entier, et la forme kolkhozienne, que l’on ne peut pas appeler commune au peuple entier. Dans les entreprises d’Etat, les moyens de production et les biens produits constituent la propriété du peuple entier. Dans les entreprises kolkhoziennes, bien que les moyens de production (la terre, les machines) appartiennent à l’Etat, les produits obtenus sont la propriété des différents kolkhoz qui fournissent le travail de même que les semences ; les kolkhoz disposent pratiquement de la terre qui leur a été remise à perpétuité comme de leur bien propre, quoiqu’ils ne puissent pas la vendre, l’acheter, la donner à bail ou la mettre en gage.

L’Etat ne peut donc disposer que de la production des entreprises d’Etat, les kolkhoz bénéficiant de leur production comme de leur bien propre. Mais les kolkhoz ne veulent pas aliéner leurs produits autrement que sous la forme de marchandises, en échange de celles dont ils ont besoin. Les kolkhoz n’acceptent aujourd’hui d’autres relations économiques avec la ville que celles intervenant dans les échanges par achat et vente de marchandises. Aussi la production marchande et les échanges sont-ils chez nous, à l’heure actuelle, une nécessité pareille à celle d’il y a trente ans, par exemple, époque à laquelle Lénine proclamait la nécessité de développer par tous les moyens les échanges.

Certes, lorsqu’au lieu des deux secteurs essentiels de la production, le secteur d’Etat et le secteur kolkhozien, il se formera un seul secteur universel de production investi du droit de disposer de tous les produits de consommation du pays, la circulation des marchandises, avec son « économie monétaire », aura disparu comme un élément inutile de l’économie nationale. D’ici là, aussi longtemps que les deux secteurs essentiels de la production existeront, la production marchande et la circulation des marchandises resteront en vigueur comme un élément nécessaire et très utile dans le système de notre économie nationale. Comment sera-t-il procédé à la formation d’un seul secteur universel ? Par simple absorption du secteur kolkhozien dans le secteur d’Etat — ce qui est peu probable (ceci pouvant être considéré comme une expropriation des kolkhoz), ou par la constitution d’un seul organisme économique national (avec des représentants de l’industrie d’Etat et des kolkhoz), ayant le droit d’abord de recenser tous les produits de consommation du pays et, avec le temps, de répartir la production, par exemple, sous forme d’échange des produits ? C’est là une question spéciale qui demande un examen à part.

Par conséquent, notre production marchande n’est pas une production marchande ordinaire, elle est d’un genre spécial, une production marchande sans capitalistes, qui se préoccupe pour l’essentiel des marchandises appartenant à des producteurs socialistes associés (Etat, kolkhoz, coopératives), et dont la sphère d’action est limitée à des articles de consommation personnelle, une production marchande qui ne peut évidemment pas se développer pour devenir une production capitaliste, mais doit aider, avec son « économie monétaire », au développement et à l’affermissement de la production socialiste.

Aussi ont-ils absolument tort, ceux oui prétendent que, du moment que la société socialiste maintient les formes marchandes de la production, il y a lieu de rétablir chez nous toutes les catégories économiques propres au capitalisme: la force de travail comme marchandise, la plus-value, le capital, le profit du capital, le taux moyen du profit, etc. Ces camarades confondent la production marchande avec la production capitaliste et estiment que, du moment qu’il y a production marchande, il doit y avoir aussi production capitaliste. Ils ne comprennent pas que notre production marchande se distingue foncièrement de la production marchande sous le capitalisme.

Bien plus, je pense qu’il faut renoncer à certaines autres notions empruntées au Capital, où Marx se livrait à l’analyse du capitalisme, — et artificiellement accolées à nos rapports socialistes. Je veux parler entre autres de notions telles que le travail « nécessaire » et le « surtravail », le produit « nécessaire » et le « surproduit », le temps « nécessaire » et le « temps extra ». Marx a analysé le capitalisme, afin d’établir l’origine de l’exploitation de la classe ouvrière, la plus-value, et de fournir à la classe ouvrière privée des moyens de production une arme spirituelle pour renverser le capitalisme. On comprend que Marx se sert ici de notions (catégories) qui répondent parfaitement aux rapports capitalistes. Mais il serait plus qu’étrange de se servir actuellement de ces notions, alors que la classe ouvrière, loin d’être privée du pouvoir et des moyens de production, détient au contraire le pouvoir et possède les moyens de production. Les propos sur la force de travail comme marchandise et sur le « salariat » des ouvriers sonnent d’une façon assez absurde sous notre régime : comme si la classe ouvrière, qui possède les moyens de production, se salarie elle-même et se vend à elle-même sa force de travail. Il n’est pas moins étrange de parler aujourd’hui du travail « nécessaire » et du « surtravail »: comme si le travail des ouvriers dans nos conditions, donné à la société en vue d’élargir la production, de développer l’instruction et la santé publique, d’organiser la défense nationale, etc., n’était pas aussi nécessaire à la classe ouvrière, aujourd’hui au pouvoir, que le travail dépensé pour subvenir aux besoins personnels de l’ouvrier et de sa famille.

Il est à noter que Marx dans sa Critique du programme de Gotha, où il analyse non plus le capitalisme, mais entre autres la première phase de la société communiste, reconnaît que le travail consacré à la société pour élargir la production, pour l’instruction et la santé publique, pour les frais d’administration, pour la constitution de réserves, etc., est aussi nécessaire que le travail dépensé pour subvenir aux besoins de consommation de la classe ouvrière.

Je pense que nos économistes doivent en finir avec ce défaut de concordance entre les vieilles notions et le nouvel état de choses dans notre pays socialiste, en substituant aux notions anciennes des notions appropriées à la nouvelle situation.

Nous avons pu tolérer ce défaut de concordance jusqu’à un certain temps. Mais l’heure est venue où nous devons enfin y remédier.

3. DE LA LOI DE LA VALEUR SOUS LE SOCIALISME

On demande parfois si la loi de la valeur existe et fonctionne chez nous, sous notre régime socialiste.

Oui, elle existe et fonctionne. Là où il y a marchandises et production marchande, la loi de la valeur existe nécessairement.

La sphère d’action de la loi de la valeur s’étend chez nous tout d’abord à la circulation des marchandises, à l’échange des marchandises par achat et vente, à l’échange surtout des marchandises d’usage personnel. Dans ce domaine, la loi de la valeur conserve, bien entendu, dans certaines limites, un rôle régulateur.

L’action de la loi de la valeur ne se borne pas cependant à la sphère de la circulation des marchandises. Elle s’étend de même à la production. Il est vrai que la loi de la valeur ne joue pas un rôle régulateur dans notre production socialiste, mais elle agit néanmoins sur la production, et on ne peut ne pas en faire état en dirigeant la production. Le fait est que les produits de consommation, nécessaires pour compenser les pertes en force de travail dans le processus de la production, sont fabriqués chez nous et sont réalisés en tant que marchandises soumises à l’action de la loi de la valeur. Là précisément la loi de la valeur agit sur la production. Ceci étant, l’autonomie financière et la rentabilité, le prix de revient, les prix, etc. ont aujourd’hui une importance d’actualité dans nos entreprises. C’est pourquoi nos entreprises ne peuvent ni ne doivent se passer de la loi de la valeur.

Est-ce un bien ? Ce n’est pas un mal. Dans les conditions où nous sommes aujourd’hui, ce n’est vraiment pas un mal, puisque le résultat en est de former nos dirigeants des affaires économiques à la conduite rationnelle de la production, et de les discipliner. Ce n’est pas un mal, puisque nos dirigeants des affaires économiques apprennent ainsi à évaluer le potentiel de production, à l’évaluer avec exactitude et à tenir compte aussi exactement des réalités de la production, au lieu de perdre leur temps à bavarder sur des « chiffres ctimatifs » pris au hasard. Ce n’est pas un mal, puisque nos dirigeants des affaires économiques apprennent ainsi à chercher, à trouver et à exploiter les réserves latentes, tapies dans les profondeurs de la production, au lieu de les fouler aux pieds. Ce n’est pal un mal, puisque nos dirigeants des agraires économiques apprennent ainsi à améliorer systématiquement les méthodes de fabrication, à réduire le prix de revient, à pratiquer l’autonomie financière et à réaliser la rentabilité des entreprises. C’est la une bonne école pratique, qui hâtera la montée de nos cadres chargés des affaires économiques pour en faire de vrais dirigeants de la production socialiste à l’étape actuelle du développement.

Le malheur n’est pas que la loi de la valeur agit chez nous sur la production. Le malheur est que nos dirigeants des affaires économiques et nos spécialistes de la planification, à peu d’exceptions près, connaissent mal l’action de la loi de la valeur, ne l’étudient pas et ne savent pas en tenir compte dans leurs calculs. C’est ce qui explique la confusion qui règne encore chez nous dans la politique des prix. Voici un exemple entre tant d’autres. Il y a quelque temps, on avait décidé de régler, dans l’intérêt de la culture cotonnière, le rapport des prix du coton et des céréales, de préciser le prix des céréales vendues aux cultivateurs de coton et de relever les prix du coton livré à l’Etat. Dès lors, nos dirigeants des affaires économiques et nos spécialistes de la planification apportèrent une proposition qui ne pouvait que surprendre les membres du Comité central, puisque cette proposition établissait un prix à peu près égal pour une tonne de céréales et une tonne de coton ; au surplus, le prix d’une tonne de céréales était le même que celui d’une tonne de pain cuit. Les membres du Comité central ayant fait remarquer que le prix d’une tonne de pain cuit devait être supérieur à celui d’une tonne de céréales, en raison des frais supplémentaires nécessités par la mouture et la cuisson ; que le coton en général coûtait bien plus cher que les céréales, témoin les prix mondiaux du coton et des céréales, — les auteurs de la proposition ne purent rien dire d’explicite. Force fut au Comité central de prendre la chose en mains propres, de diminuer les prix des céréales et de relever ceux du coton. Que serait-il advenu si la proposition de ces camarades avait reçu force légale ? Nous aurions ruiné les cultivateurs et serions restés sans coton.

Est-ce à dire que la loi de la valeur s’exerce chez nous avec la même ampleur que sous le capitalisme, qu’elle est chez nous régulatrice de la production ? Evidemment non. En réalité, la loi de la valeur, sous notre régime économique, exerce son action dans un cadre strictement limité. On a déjà dit que la production marchande, sous notre régime, exerce son action dans un cadre limité. On peut en dire autant de l’action exercée par la loi de la valeur. Il est certain que l’absence de propriété privée des moyens de production et leur socialisation dans la ville comme à la campagne ne peuvent que limiter la sphère d’action de la loi de la valeur et le degré de sa réaction sur la production.

C’est dans le même sens qu’intervient dans l’économie nationale la loi du développement harmonieux (proportionné), qui a remplacé la loi de concurrence et d’anarchie de la production.

C’est dans le même sens qu’interviennent nos plans annuels et quinquennaux et toute notre politique économique, lesquels s’appuient sur les exigences de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale.

Tous ces faits pris ensemble font que la sphère d’action de la loi de la valeur est strictement limitée chez nous, et que la loi de la valeur ne peut, sous notre régime, jouer un rôle régulateur dans la production.

C’est ce qui explique d’ailleurs ce fait « stupéfiant » que malgré la montée incessante et impétueuse de notre production socialiste, la loi de la valeur n’aboutit pas chez nous aux crises de surproduction, alors que la même loi de la valeur, qui a une large sphère d’action sous le capitalisme, malgré les faibles rythmes de croissance de la production dans les pays capitalistes, aboutit à des crises périodiques de surproduction.

On dit que la loi de la valeur est une loi constante, obligatoire pour toutes les périodes d’évolution historique ; que si la loi de la valeur perd sa force comme régulatrice des rapports d’échange dans la seconde phase de la société communiste, elle maintiendra dans cette phase de développement sa force comme régulatrice des rapports entre les diverses branches de la production, comme régulatrice de la répartition du travail entre les branches de la production.

Cela est tout à fait faux. La valeur, ainsi que la loi de la valeur, est une catégorie historique liée à l’existence de la production marchande. Avec la disparition de cette dernière disparaîtront aussi la valeur avec ses formes et la loi de la valeur. Dans la seconde phase de la société communiste, la quantité de travail dépensé pour fabriquer les produits ne se mesurera plus par des voies détournées, au moyen de la valeur et de ses formes, comme c’est le cas pour la production marchande, mais directement et immédiatement par la quantité de temps, la quantité d’heures dépensées pour fabriquer les produits. En ce qui concerne la répartition du travail, celle-ci ne se réglera pas entre les branches de production par la loi de la valeur qui aura perdu sa force à ce moment-là, mais par l’accroissement des besoins de la société en produits. Ce sera une société où la production se réglera par les besoins de la société, et le recensement des besoins de la société acquerra une importance de premier ordre pour les organismes de planification. Il est de même absolument faux de prétendre que, dans notre régime économique actuel, à la première phase du développement de la société communiste, la loi de la valeur règle les « proportions » de la répartition du travail entre les diverses branches de production.

Si cela était juste, pourquoi ne développerait-on pas à fond nos industries légères comme étant les plus rentables, de préférence à l’industrie lourde qui est souvent moins rentable et qui parfois ne l’est pas du tout ?

Si cela était juste, pourquoi ne fermerait-on pas chez nous les entreprises pour l’instant non rentables de l’industrie lourde, où le travail des ouvriers ne produit pas « l’effet voulu », et pourquoi n’ouvriraiton pas de nouvelles entreprises de l’industrie légère assurément rentable, où le travail des ouvriers pourrait produire un « plus grand effet » ?

Si cela était juste, pourquoi ne transférerait-on pas chez nous les ouvriers des entreprises peu rentables, bien que très nécessaires à l’économie nationale, vers les entreprises plus rentables, selon la loi de la valeur qui règle soi-disant les « proportions » de la répartition du travail entre les branches de production ?

Sans doute qu’en suivant à la trace ces camarades, il nous faudrait renoncer au primat de la production des moyens de production sur la production des moyens de consommation. Et que signifie renoncer au primat de la production des moyens de production ? C’est rendre impossible la montée incessante de notre économie nationale, car on ne saurait réaliser la montée incessante de l’économie nationale sans réaliser en même temps le primat de la production des moyens de production.

Ces camarades oublient que la loi de la valeur ne peut être la régulatrice de la production que sous le capitalisme, alors qu’existent la propriété privée des moyens de production, la concurrence, l’anarchie de la production, les crises de surproduction. Ils oublient que la sphère d’action de la loi de la valeur est limitée chez nous par la propriété sociale des moyens de production, par l’action de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale, — elle est donc limitée aussi par nos plans annuels et quinquennaux qui sont le reflet approximatif des exigences de cette loi.

Certains camarades tirent de là cette conclusion que la loi du développement harmonieux de l’économie nationale et la planification de celle-ci suppriment le principe de la rentabilité. Cela est absolument faux. Il en va tout autrement. Si l’on considère la rentabilité non du point de vue de chacune des entreprises ou branches de production ni au cours d’une seule année, mais du point de vue de l’ensemble de l’économie nationale et au cours de dix à quinze ans par exemple, ce qui serait le seul moyen d’aborder la question correctement, la rentabilité momentanée et fragile des différentes entreprises ou branches de production ne peut soutenir aucune comparaison avec la forme supérieure d’une rentabilité solide et constante que nous donnent l’action de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale et la planification de cette dernière en nous débarrassant des crises économiques périodiques, destructrices de l’économie nationale et qui apportent à la société un immense dommage matériel, et en nous assurant le progrès continu de l’économie nationale avec ses rythmes élevés.

En bref : il n’est pas douteux que, dans nos conditions socialistes actuelles de la production, la loi de la valeur ne peut être « régulatrice des proportions » dans la répartition du travail entre les diverses branches de production.

4. DE LA SUPPRESSION DE L’OPPOSITION ENTRE LA VILLE ET LA CAMPAGNE, ENTRE LE TRAVAIL INTELLECTUEL ET LE TRAVAIL MANUEL, ET DE LA LIQUIDATION DES DIFFÉRENCES ENTRE EUX

Ce titre a trait à plusieurs problèmes qui se distinguent essentiellement les uns des autres ; je les réunis cependant dans un seul chapitre, non pas pour les mêler ensemble, mais uniquement en vue d’abréger mon exposé.

La suppression de l’opposition entre la ville et la campagne, entre l’industrie et l’agriculture constitue un problème connu, depuis longtemps soulevé par Marx et Engels. La base économique de cette opposition est l’exploitation de la campagne par la ville, l’expropriation de la paysannerie et la ruine de la majeure partie de la population rurale, dues au développement de l’industrie, du commerce, du système de crédits en régime capitaliste. Aussi faut-il considérer l’opposition entre la ville et la campagne sous le capitalisme comme une opposition des intérêts. C’est sur ce terrain qu’a surgi cette attitude d’hostilité de la campagne à l’égard de la ville et en général à l’égard des « citadins ».

Il est certain qu’avec l’abolition du capitalisme et du système d’exploitation, avec le renforcement du régime socialiste dans notre pays, devait disparaître l’opposition des intérêts entre la ville et la campagne, entre l’industrie et l’agriculture. C’est ce qui advint. L’aide considérable apportée à notre paysannerie par la ville socialiste, par notre classe ouvrière, pour supprimer les propriétaires fonciers et les koulaks, a consolidé le terrain en vue de l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie; d’autre part, l’approvisionnement systématique de la paysannerie et de ses kolkhoz en tracteurs et autres machines de premier ordre a fait que l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie s’est transformée en amitié entre ces classes. Sans doute, les ouvriers et la paysannerie kolkhozienne n’en forment pas moins deux classes qui se distinguent l’une de l’autre par leur situation respective. Mais cette distinction n’affaiblit en aucune manière leur amitié. Au contraire, leurs intérêts se situent sur le même plan, celui de la consolidation du régime socialiste et de la lutte pour la victoire du communisme. Il n’est donc pas étonnant qu’il ne reste plus de trace de la méfiance d’autrefois et, à plus forte raison, de la haine de la campagne pour la ville.

Tout cela signifie que le terrain propice à l’opposition entre la ville et la campagne, entre l’industrie et l’agriculture est d’ores et déjà liquidé par notre régime socialiste actuel.

Cela ne veut point dire, bien entendu, que la suppression de l’opposition entre la ville et la campagne doit amener la « mort des grandes villes » 2. Non seulement les grandes villes ne périront pas, mais il en surgira encore de nouvelles, qui seront des centres de culture les plus évolués, centres non seulement de la grande industrie, mais aussi de la transformation des produits agricoles et d’un puissant développement de toutes les branches de l’industrie alimentaire. C’est ce qui contribuera à l’épanouissement culturel du pays et conduira à niveler les conditions d’existence dans les villes et les campagnes.

Il en va de même de la suppression de l’opposition entre le travail intellectuel et manuel. C’est là aussi un problème connu, depuis longtemps posé par Marx et Engels. La base économique de l’opposition entre le travail intellectuel et manuel, c’est l’exploitation des travailleurs manuels par les représentants du travail intellectuel. Tout le monde connaît l’abîme qui, sous le capitalisme, sépare dans les entreprises les travailleurs manuels du personnel dirigeant. On sait que cela a donné lieu à une attitude hostile des ouvriers envers le directeur, le contremaître, l’ingénieur et autres représentants du personnel technique, qu’ils considéraient comme leurs ennemis. On comprend qu’avec l’abolition du capitalisme et du système d’exploitation devait disparaître l’opposition des intérêts entre le travail manuel et le travail intellectuel. Elle a effectivement disparu sous notre régime socialiste. Maintenant, travailleurs manuels et personnel dirigeant ne sont pas des ennemis, mais des camarades et des amis, membres d’une seule collectivité de producteurs, vivement intéressés au progrès et à l’amélioration de la production. De l’ancienne animosité, il ne reste plus de trace.

Le problème de la disparition des différences entre la ville (l’industrie) et la campagne (l’agriculture), entre le travail intellectuel et le travail manuel revêt un tout autre caractère. Ce problème n’a pas été posé par les classiques du marxisme. C’est un problème nouveau, posé par la pratique de notre édification socialiste.

Ce problème n’a-t-il pas été imaginé de toutes pièces ? A-t-il pour nous une importance pratique ou théorique ? Non, on ne peut pas dire que ce problème ait été imaginé de toutes pièces. Au contraire, il est pour nous un problème des plus sérieux.

Si l’on considère, par exemple, la différence entre l’agriculture et l’industrie, elle consiste chez nous non seulement en ce que les conditions de travail dans l’agriculture diffèrent des conditions de travail dans l’industrie, mais avant tout et principalement en ce que dans notre industrie les moyens de production et les objets produits appartiennent au peuple entier, tandis que dans l’agriculture la propriété n’est pas celle du peuple entier, mais celle d’un groupe, du kolkhoz. Ce fait, on l’a déjà dit, aboutit au maintien de la circulation des marchandises, et ce n’est qu’avec la disparition de cette différence entre l’industrie et l’agriculture que peut disparaître la production marchande avec toutes les conséquences qui en découlent. Par conséquent, on ne peut nier que la disparition de cette différence essentielle entre l’agriculture et l’industrie doit avoir pour nous une importance de premier plan.

Il faut en dire autant de la suppression de la différence essentielle entre le travail intellectuel et le travail manuel. Ce problème également a pour nous une importance primordiale. Avant que l’émulation socialiste de masse ait pris de l’ampleur, notre industrie montait en grinçant, et nombre de camarades préconisaient même des rythmes ralentis du développement industriel. Cela s’explique surtout par le fait que le niveau culturel et technique des ouvriers était trop bas et retardait de loin sur le niveau du personnel technique. Les choses ont pourtant changé radicalement après que l’émulation socialiste eut pris chez nous un caractère de masse. Dès lors, l’industrie a fait des progrès rapides. Pourquoi l’émulation socialiste a-t-elle pris un caractère de masse ? Parce qu’il s’est trouvé parmi les ouvriers des groupes de camarades qui non seulement s’étaient assimilé un minimum de connaissances techniques, mais sont allés au-delà et se sont placés au niveau du personnel technique ; ils ont commencé à corriger les techniciens et les ingénieurs, à renverser les normes existantes comme périmées, à introduire des normes nouvelles, plus modernes, etc. Que serait-il advenu si, au lieu de groupes d’ouvriers, la majorité des ouvriers avaient élevé leur niveau culturel et technique jusqu’au niveau des ingénieurs et des techniciens ? Notre industrie aurait été portée à une hauteur inaccessible pour l’industrie des autres pays. On ne doit donc pas nier que la suppression de la différence essentielle entre le travail intellectuel et le travail manuel, en élevant le niveau culturel et technique des ouvriers au niveau du personnel technique, ne peut pas ne pas avoir pour nous une importance de premier plan.

Certains camarades soutiennent qu’avec le temps disparaîtra non seulement la différence essentielle entre l’industrie et l’agriculture, entre le travail manuel et le travail intellectuel, mais aussi toutes les différences entre eux. Cela est faux. La suppression de la différence essentielle entre l’industrie et l’agriculture ne peut pas aboutir à la suppression de toutes les différences entre elles. Une certaine distinction, quoique non essentielle, demeurera assurément par suite des conditions différentes de travail dans l’industrie et dans l’agriculture. Et même dans l’industrie, si l’on tient compte de ses diverses branches, les conditions de travail ne sont pas partout les mêmes : les conditions de travail des mineurs, par exemple, diffèrent de celles des ouvriers d’une fabrique mécanisée de chaussures; les conditions de travail des mineurs de minerais diffèrent de celles des ouvriers occupés dans l’industrie mécanique. S’il en est ainsi, une certaine différence subsistera à plus forte raison entre l’industrie et l’agriculture.

Il faut en dire autant de la différence entre le travail intellectuel et manuel. La différence essentielle entre eux, quant au niveau culturel et technique, disparaîtra assurément. Mais une certaine différence, quoique non essentielle, demeurera pourtant, ne serait-ce que parce que les conditions de travail du personnel dirigeant des entreprises ne sont pas identiques aux conditions de travail des ouvriers.

Ceux des camarades qui affirment le contraire s’appuient sans doute sur une formule dans certaines de mes interventions où il est parlé de la suppression de la différence entre l’industrie et l’agriculture, entre le travail intellectuel et le travail manuel, sans qu’il soit spécifié qu’il est question de supprimer la différence essentielle, et non pas toutes les différences. C’est bien ainsi que les camarades ont compris ma formule, en supposant qu’elle signifie la suppression de toutes les différences. C’est que la formule manquait de précision et était peu satisfaisante. Il faut la rejeter, la remplacer par une autre, affirmant la suppression des différences essentielles et le maintien des distinctions non essentielles entre l’industrie et l’agriculture, entre le travail intellectuel et le travail manuel.

5.         DE       LA       DÉSAGRÉGATION  DU      MARCHÉ       MONDIAL     UNIQUE         ET       DE L’AGGRAVATION DE LA CRISE DU SYSTÈME CAPITALISTE MONDIAL

Le résultat économique le plus important de la Seconde Guerre mondiale, avec ses répercussions sur l’économie, a été la désagrégation du marché mondial unique, universel. Ce qui a déterminé l’aggravation ultérieure de la crise générale du système capitaliste mondial.

La Seconde Guerre mondiale a été elle-même engendrée par cette crise. Chacune des deux coalitions capitalistes engagées dans le conflit espérait pouvoir battre l’adversaire et établir sa domination sur le monde. C’est là qu’elles cherchaient une issue à la crise. Les Etats-Unis d’Amérique comptaient mettre hors de combat leurs concurrents les plus dangereux, l’Allemagne et le Japon, s’emparer des marchés étrangers, des ressources mondiales de matières premières et asseoir leur domination sur le monde.

La guerre cependant n’a pas justifié leurs espoirs. Il est vrai que l’Allemagne et le Japon ont été mis hors de combat en tant que concurrents des trois principaux pays capitalistes : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Mais on a vu d’autre part se détacher du système capitaliste la Chine et les pays de démocratie populaire en Europe, pour former avec l’Union soviétique un camp socialiste unique et puissant, opposé au camp du capitalisme. La conséquence de l’existence des deux camps opposés pour l’économie fut que le marché unique, universel s’est désagrégé, ce qui fait que nous avons maintenant deux marchés mondiaux parallèles qui eux aussi s’opposent l’un à l’autre.

Notons que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avec la France ont contribué eux-mêmes, bien entendu, indépendamment de leur volonté, à former et à consolider un nouveau marché mondial parallèle. Ils ont soumis au blocus économique l’U.R.S.S., la Chine et les pays de démocratie populaire en Europe, qui ne faisaient pas partie du « plan Marshall », croyant ainsi pouvoir les étrangler. En réalité, loin d’être étranglé, le marché mondial nouveau a été consolidé.

L’essentiel pourtant ne consiste pas ici dans le blocus économique, mais en ce que, dans l’après-guerre, ces pays se sont associés économiquement et ont organisé la collaboration et l’entraide économiques. L’expérience de cette coopération montre qu’aucun pays capitaliste n’aurait pu prêter aux pays de démocratie populaire une aide efficace et technique qualifiée, pareille à celle qu’ils reçoivent de l’Union soviétique. Il ne s’agit pas seulement que cette aide est très peu dispendieuse et de premier ordre au point de vue technique. Il s’agit avant tout qu’à la base de cette collaboration se trouve le désir sincère de s’entraider et de réaliser un essor économique général. Résultat : nous enregistrons des rythmes de développement élevés dans ces pays. On peut dire avec assurance qu’avec de tels rythmes de développement de l’industrie, ces pays n’auront bientôt plus à importer des marchandises provenant des pays capitalistes, mais éprouveront eux-mêmes la nécessité de vendre à l’étranger les excédents de leur production.

Mais il s’ensuit que la sphère d’exploitation des ressources mondiales par les principaux pays capitalistes (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France) n’ira pas en s’élargissant mais en se rétrécissant, que les conditions de débouché sur le marché mondial s’aggraveront pour ces pays, et que la sousproduction des entreprises y augmentera. C’est en cela que consiste précisément l’aggravation de la crise générale du système capitaliste mondial, à la suite de la désagrégation du marché mondial. C’est ce que constatent les capitalistes, car il est difficile pour eux de ne pas ressentir la perte de marchés tels que l’U.R.S.S. et la Chine. Ils s’attachent à remédier à ces difficultés par le « plan Marshall », par la guerre en Corée, par la course aux armements, par la militarisation de l’industrie. Mais cela ressemble fort au noyé qui s’accroche à un brin de paille. Devant cette situation, deux problèmes se posent aux économistes :

  1. a) Peut-on affirmer que la thèse bien connue de Staline sur la stabilité relative des marchés en période de crise générale du capitalisme, thèse formulée à la veille de la Seconde Guerre mondiale, soit toujours valable ?
  2. b) Peut-on affirmer que la thèse bien connue, formulée par Lénine au printemps 1916, selon laquelle, malgré sa putréfaction, « dans l’ensemble, le capitalisme se développe infiniment plus vite qu’auparavant » 3, soit toujours valable ?

Je pense qu’on ne saurait l’affirmer. Etant donné les nouvelles conditions dues à la Seconde Guerre mondiale, il faut considérer les deux thèses comme n’étant plus valables.

6. DE L’INÉVITABILITÉ DES GUERRES ENTRE LES PAYS CAPITALISTES

Certains camarades affirment qu’étant donné les nouvelles conditions internationales, après la Seconde Guerre mondiale, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables. Ils estiment que les contradictions entre le camp du socialisme et celui du capitalisme sont plus fortes que les contradictions entre pays capitalistes ; que les Etats-Unis d’Amérique se sont suffisamment soumis les autres pays capitalistes pour les empêcher de se faire la guerre et de s’affaiblir mutuellement; que les hommes avancés du capitalisme sont assez instruits par l’expérience des deux guerres mondiales, qui ont porté un sérieux préjudice à l’ensemble du monde capitaliste, pour se permettre d’entraîner à nouveau les pays capitalistes dans une guerre entre eux; que, de ce fait, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables.

Ces camarades se trompent. Ils voient les phénomènes extérieurs affleurant à la surface, mais ils n’aperçoivent pas les forces profondes qui, bien qu’agissant momentanément de façon invisible, n’en détermineront pas moins le cours des événements.

En apparence, la « sérénité » règne partout: les Etats-Unis d’Amérique ont réduit à la portion congrue l’Europe occidentale, le Japon et autres pays capitalistes; l’Allemagne (de l’Ouest), la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, le Japon, tombés dans les griffes des Etats-Unis, exécutent docilement leurs injonctions. Mais on aurait tort de croire que cette « sérénité » puisse se maintenir « pour l’éternité »; que ces pays supporteront sans fin la domination et le joug des Etats-Unis; qu’ils n’essaieront pas de s’arracher de la captivité américaine pour s’engager sur le chemin de l’indépendance.

Considérons d’abord l’Angleterre et la France. Il est certain que ce sont des pays impérialistes. Il est certain que les matières premières à bon marché et les débouchés assures ont pour eux une importance de premier plan. Peut-on imaginer qu’ils supporteront sans fin la situation actuelle, où les Américains, à la faveur d’une « aide » prêtée au titre du « plan Marshall », s’installent dans le système économique de la Grande-Bretagne et de la France, système dont ils veulent faire un appendice de l’économie américaine; où le capital américain s’empare des matières premières et des débouchés dans les colonies anglo-françaises, préparant ainsi la catastrophe pour les profits exorbitants des capitalistes anglofrançais ? N’est-il pas plus exact de dire que l’Angleterre capitaliste et, à sa suite, la France capitaliste seront finalement obligées de s’arracher à l’étreinte des Etats-Unis et d’accepter un conflit avec eux pour s’assurer une situation indépendante et, bien entendu, des profits exorbitants ?

Passons aux principaux pays vaincus, à l’Allemagne (occidentale), au Japon. Ces pays mènent aujourd’hui une existence lamentable sous la botte de l’impérialisme américain. Leur industrie et leur agriculture, leur commerce, leur politique extérieure et intérieure, toute leur existence sont enchaînés par le « régime » d’occupation américain. Pourtant hier encore c’étaient de grandes puissances impérialistes qui ébranlaient les assises de la domination de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis, de la France en Europe et en Asie. Penser que ces pays n’essaieront pas de se relever, de briser le « régime » des Etats-Unis et de s’engager sur le chemin de l’indépendance, c’est croire au prodige.

On dit que les contradictions entre capitalisme et socialisme sont plus fortes que celles existant entre les pays capitalistes. Théoriquement, c’est juste, bien sûr. Pas seulement aujourd’hui ; c’était juste aussi à la veille de la Seconde Guerre mondiale. C’est ce que comprenaient plus ou moins les dirigeants des pays capitalistes. Et cependant, la Seconde Guerre mondiale n’a pas commencé par la guerre contre l’U.R.S.S., mais par une guerre entre pays capitalistes. Pourquoi ? Parce que, d’abord, la guerre contre l’U.R.S.S., pays du socialisme, est plus dangereuse pour le capitalisme que la guerre entre pays capitalistes. Car si la guerre entre pays capitalistes pose seulement la question de la suprématie de tels pays capitalistes sur tels autres, la guerre contre l’U.R.S.S. doit nécessairement poser la question de l’existence même du capitalisme. Parce que, en second lieu, les capitalistes, bien qu’ils proclament, aux fins de « propagande », l’agressivité de l’Union soviétique, n’y croient pas eux-mêmes, puisqu’ils tiennent compte de la politique de paix de l’Union soviétique et savent que cette dernière n’attaquera pas d’elle-même les pays capitalistes.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, on considérait aussi que l’Allemagne avait été définitivement mise hors de combat, de même que le sont aujourd’hui, selon certains camarades, le Japon et l’Allemagne. A ce moment, on disait aussi et on proclamait dans la presse que les Etats-Unis avaient réduit l’Europe à la portion congrue, que l’Allemagne ne pourrait plus se relever, qu’il ne devait plus y avoir de guerre entre pays capitalistes. Mais, malgré cela, l’Allemagne s’était, remise debout en tant que grande puissance quinze à vingt ans après sa défaite, s’étant évadée de sa captivité et engagée sur la voie d’un développement indépendant. Il est à noter que ce n’était autres que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis qui avaient aidé l’Allemagne à se relever économiquement et à rétablir son potentiel économique et militaire. Sans doute qu’en aidant l’Allemagne à se relever économiquement, les EtatsUnis et la Grande-Bretagne entendaient diriger l’Allemagne, une fois relevée, contre l’Union soviétique, l’utiliser contre le pays du socialisme. L’Allemagne cependant a dirigé ses forces, en premier lieu, contre le bloc anglo-franco-américain. Et lorsque l’Allemagne hitlérienne eut déclaré la guerre à l’Union soviétique, le bloc anglo-franco-américain, loin de se rallier à l’Allemagne hitlérienne, fut obligé, au contraire, de se coaliser avec l’U.R.S.S. contre l’Allemagne hitlérienne.

Par conséquent, la lutte des pays capitalistes pour la possession des marchés et le désir de noyer leurs concurrents se sont pratiquement révélés plus forts que les contradictions entre le camp du capitalisme et celui du socialisme.

On se demande : où est la garantie que l’Allemagne et le Japon ne se relèveront pas et ne tenteront pas de se libérer de l’emprise américaine pour commencer une vie propre, indépendante ? Je pense que cette garantie n’existe pas.

Il s’ensuit donc que l’inévitabilité des guerres entre pays capitalistes reste entière.

On dit qu’il faut considérer comme périmée la thèse de Lénine selon laquelle l’impérialisme engendre inévitablement les guerres, puisque de puissantes forces populaires ont surgi maintenant, qui défendent la paix contre une nouvelle guerre mondiale. Cela est faux.

Le mouvement actuel pour la paix se propose d’entraîner les masses populaires dans la lutte pour le maintien de la paix, pour conjurer une nouvelle guerre mondiale. Par conséquent, il ne vise pas à renverser le capitalisme et à établir le socialisme, — il se borne à des buts démocratiques de lutte pour le maintien de la paix. A cet égard, le mouvement actuel pour le maintien de la paix se distingue du mouvement de l’époque de la Première Guerre mondiale, lequel, visant à transformer la guerre impérialiste en guerre civile, allait plus loin et poursuivait des buts socialistes.

Il se peut que, les circonstances aidant, la lutte pour la paix évolue çà et là vers la lutte pour le socialisme, mais ce ne sera plus le mouvement actuel en faveur de la paix, mais un mouvement pour renverser le capitalisme.

Le plus probable, c’est que le mouvement actuel pour la paix, c’est-à-dire le mouvement pour le maintien de la paix, contribuera, en cas de succès, à conjurer une guerre donnée, à l’ajourner temporairement, à maintenir temporairement une paix donnée, à faire démissionner le gouvernement belliciste et à y substituer un autre gouvernement, disposé à maintenir provisoirement la paix. Cela est bien, naturellement. C’est même très bien. Mais cela ne suffit cependant pas pour supprimer les guerres inévitables en général entre pays capitalistes. Cela ne suffit pas, car malgré tous ces succès du mouvement de la paix, l’impérialisme demeure debout, reste en vigueur. Par suite, l’inévitabilité des guerres reste également entière.

Pour supprimer le caractère inévitable des guerres, il faut détruire l’impérialisme.

7. DES LOIS ÉCONOMIQUES FONDAMENTALES DU CAPITALISME ACTUEL ET DU SOCIALISME

On sait que la question des lois économiques fondamentales du capitalisme et du socialisme a été plusieurs fois soulevée au cours des discussions. Différentes opinions ont été émises à ce sujet, allant même jusqu’aux plus fantaisistes. Il est vrai que la plupart des participants à la discussion ont réagi mollement, et qu’aucune décision n’a été arrêtée sur ce point. Toutefois, aucun des participants à la discussion n’a nié l’existence de ces lois.

Une loi économique fondamentale du capitalisme existe-t-elle ? Oui, elle existe. Qu’est-ce que cette loi, quels sont ses traits caractéristiques ? La loi économique fondamentale du capitalisme est celle qui définit, non pas un aspect particulier ou des processus particuliers du développement de la production capitaliste, mais tous les principaux aspects et tous les principaux processus de ce développement ; elle définit donc l’essence de la production capitaliste, sa nature même.

La loi de la valeur n’est-elle pas la loi économique fondamentale du capitalisme ? Non. Elle est avant tout celle de la production marchande. Elle existait avant le capitalisme et continue d’exister, comme la production marchande, après le renversement du capitalisme, tel est par exemple le cas, dans notre pays, avec, il est vrai, une sphère d’action limitée. Certes, la loi de la valeur, qui comporte une large sphère d’action dans les conditions du capitalisme, joue un grand rôle dans le développement de la production capitaliste ; mais elle ne définit pas l’essence de la production capitaliste et la base du profit capitaliste; bien plus : elle ne pose même pas ces problèmes. Elle ne peut donc pas être la loi économique fondamentale du capitalisme actuel.

Pour les mêmes raisons ne peut être la loi économique fondamentale du capitalisme la loi de la concurrence et de l’anarchie de la production, ou la loi du développement inégal du capitalisme dans les différents pays.

On soutient que la loi du taux moyen du profit est la loi économique fondamentale du capitalisme actuel. Cela est faux. Le capitalisme actuel, le capitalisme de monopole, ne peut se contenter du taux moyen qui, au surplus, a tendance à diminuer par suite du relèvement de la composition organique du capital. L’actuel capitalisme de monopole ne demande pas le profit moyen, mais le maximum de profit, nécessaire pour réaliser plus ou moins régulièrement la reproduction élargie.

La loi qui convient le mieux à la notion de loi économique fondamentale du capitalisme est celle de la plus-value, celle de la naissance et de la montée du profit capitaliste. En effet, elle détermine les traits essentiels de la production capitaliste. Mais la loi de la plus-value est une loi d’ordre trop général, qui ne touche pas aux problèmes du taux supérieur du profit, dont la garantie est la condition du développement du capitalisme monopoliste. Pour combler cette lacune, il faut concrétiser la loi de la plus-value et la développer plus avant, en accord avec les conditions du capitalisme de monopole, en tenant compte que ce dernier ne réclame pas n’importe quel profit, mais le profit maximum. C’est ce qui fait la loi économique fondamentale du capitalisme actuel.

Les principaux traits et exigences de la loi économique fondamentale du capitalisme actuel pourraient être formulés à peu près ainsi : assurer le profit capitaliste maximum par l’exploitation, la ruine et l’appauvrissement de la majorité de la population d’un pays donné, par l’asservissement et le pillage systématique des peuples des autres pays, surtout des pays arriérés, et enfin par les guerres et la militarisation de l’économie nationale utilisées pour assurer les profits les plus élevés.

On dit que le profit moyen pourrait néanmoins, dans les conditions actuelles, amplement suffire au développement capitaliste. C’est faux. Le profit moyen, c’est la limite inférieure de la rentabilité, audessous de laquelle la production capitaliste devient impossible. Mais il serait ridicule de penser que les magnats du capitalisme monopoliste actuel, en s’emparant des colonies, en asservissant les peuples et en déclenchant des guerres, entendent ne s’assurer qu’un profit moyen. Non, ce n’est pas le profit moyen, ni le surprofit, qui ne représente en règle générale qu’une certaine majoration du profit moyen, mais le profit maximum qui constitue le moteur du capitalisme monopoliste. C’est la nécessité de réaliser les profits les plus élevés qui pousse le capitalisme de monopole à des actes hasardeux comme l’asservissement et le pillage systématique des colonies et autres pays retardataires, la transformation de pays indépendants en pays dépendants, l’organisation de nouvelles guerres qui sont pour les magnats du capitalisme actuel le meilleur « business » leur permettant de tirer le maximum de profit; enfin, les efforts tentés pour conquérir la suprématie économique mondiale.

La portée de la loi économique fondamentale du capitalisme consiste entre autres en ceci: définissant tous les phénomènes importants dans le développement du mode de production capitaliste, ses montées et ses crises, ses victoires et ses défaites, ses mérites et ses défauts, — tout le processus de son développement contradictoire, — elle permet de les comprendre et de les expliquer.

Voici un exemple « frappant » entre tant d’autres.

Tout le monde connaît les faits tirés de l’histoire et de la pratique du capitalisme, qui montrent l’essor impétueux de la technique sous le capitalisme, alors que les capitalistes s’affirment des champions de la technique avancée, des révolutionnaires dans le développement de la technique de la production. Mais on connaît également des faits d’un autre genre qui montrent que le développement de la technique subit des arrêts sous le capitalisme, quand les capitalistes font figure de réactionnaires par rapport au progrès technique et ont recours souvent au travail manuel.

Comment expliquer cette contradiction flagrante ? On ne peut l’expliquer que par la loi économique fondamentale du capitalisme actuel, c’est-à-dire par la nécessité de réaliser les profits les plus élevés. Le capitalisme est pour la technique nouvelle, quand elle lui fait entrevoir les plus grands profits. Il est contre la nouvelle technique et pour le recours au travail manuel, lorsque la nouvelle technique ne lui fait plus entrevoir les profits les plus élevés.

Il en est ainsi de la loi économique fondamentale du capitalisme actuel.

Existe-t-il une loi économique fondamentale du socialisme ? Oui, elle existe. Quels sont les principaux traits et exigences de cette loi ? Les principaux traits et exigences de la loi économique fondamentale du socialisme pourraient être formulés à peu près ainsi: assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de toute la société, en développant et en perfectionnant toujours la production socialiste sur la base d’une technique supérieure.

Par conséquent : au lieu que soit assuré le maximum de profits, ce sera la satisfaction au maximum des besoins matériels et culturels de la société : au lieu que la production se développe avec des temps d’arrêt, — de l’essor à la crise, de la crise à l’essor, — c’est une croissance ininterrompue de la production ; au lieu de temps d’arrêt périodiques qui s’opèrent dans le progrès technique et s’accompagnent de la destruction des forces productives de la société, c’est un perfectionnement ininterrompu de la production sur la base d’une technique supérieure.

On dit que la loi économique fondamentale du socialisme est celle d’un développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale. Cela est faux. Le développement harmonieux de l’économie nationale et, par suite, sa planification, qui constitue le reflet plus ou moins fidèle de cette loi, ne peuvent rien donner par eux-mêmes, si on ignore au nom de quels objectifs se fait le développement planifié de l’économie nationale, ou bien si la tâche n’est pas claire. La loi du développement harmonieux de l’économie nationale ne peut donner l’effet voulu que dans le cas où il y a une tâche au nom de laquelle ce développement se poursuit. Cette tâche ne peut être fournie par la loi même du développement harmonieux de l’économie nationale. A plus forte raison ne peut-elle pas être fournie par la planification de l’économie nationale. Cette tâche est contenue dans la loi économique fondamentale du socialisme sous la forme des exigences de cette loi exposées plus haut. Aussi, la loi du développement harmonieux de l’économie nationale ne peut-elle exercer à fond son action que si cette action s’appuie sur la loi économique fondamentale du socialisme.

En ce qui concerne la planification de l’économie nationale, elle ne peut obtenir des résultats positifs qu’en observant deux conditions : a) si elle reflète correctement les exigences de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale ; b) si elle s’accorde en tout avec les exigences de la loi économique fondamentale du socialisme.

8. AUTRES QUESTIONS

  • 1) De la contrainte extra-économique sous le féodalisme. Sans doute, la contrainte extra-économique a contribué à consolider le pouvoir économique des féodaux, sans constituer toutefois la base du féodalisme ; c’était la propriété féodale de la terre qui en était le fondement.
  • 2) De la propriété personnelle du foyer kolkhozien.

On aurait tort de dire dans le projet de manuel que « chaque foyer kolkhozien dispose pour l’usage personnel d’une vache, de menu bétail et de volaille ». On sait qu’en réalité la vache, le menu bétail, la volaille, etc. ne sont pas pour la jouissance personnelle, mais sont la propriété personnelle du foyer kolkhozien. L’expression « jouissance personnelle » a été empruntée sans doute au statut-type de l’artel agricole. Mais il y a là une erreur. La Constitution de l’U.R.S.S., élaborée avec plus de soin, dit autre chose, à savoir :

« Chaque foyer kolkhozien… possède en propre, sur le petit terrain attenant à sa maison, une économie auxiliaire, une maison d’habitation, le bétail de production, la volaille et le menu matériel agricole. » C’est exact, bien entendu.

Il faudrait, en outre, dire avec plus de détail que chaque kolkhozien possède en propre d’une à tant de vaches, selon les conditions locales, tant de moutons, de chèvres, de porcs (le nombre dépend aussi des conditions locales) et un nombre illimité de volailles (canards, oies, poules, dindes).

Ces détails ont une grande importance pour nos camarades à l’étranger, qui veulent savoir exactement ce qui reste en propre au foyer kolkhozien à titre de propriété personnelle, après que la collectivisation agricole a été réalisée chez nous.

  • 3) Des fermages payés par les paysans aux propriétaires fonciers et des dépenses nécessitées par les achats de terre.

Il est dit dans le projet de manuel qu’à la suite de la nationalisation de la terre « la paysannerie était libérée des fermages qu’elle payait aux propriétaires fonciers, soit une somme totale d’environ 500 millions de roubles par an» (ajoutons : « roubles-or »). Il importerait de vérifier ce chiffre, car il établit, ce me semble, le fermage payé non pas dans toute la Russie, mais dans la plupart des provinces russes. Il ne faut pas perdre de vue que sur certains confins de la Russie, le fermage se payait en nature, ce dont les auteurs du projet de manuel n’ont sans doute pas tenu compte. En outre, il ne faut pas oublier que la paysannerie s’est libérée des fermages, mais aussi des dépenses annuelles nécessitées par les achats de terre. En a-t-on tenu compte dans le projet de manuel ? Il me semble que non ; or, il faudrait en tenir compte.

  • 4) De l’intégration des monopoles à l’appareil d’Etat. Le mot « intégration » est employé ici improprement. Ce terme exprime superficiellement et sous forme descriptive le rapprochement des monopoles et de l’Etat, mais sans dégager le sens économique de ce rapprochement qui n’entraîne pas simplement l’intégration, mais la soumission de l’appareil d’Etat aux monopoles. Il faudrait donc rejeter le mot « intégration », et y substituer les mots « soumission de l’appareil d’Etat aux monopoles

».

  • 5) De l’emploi des machines en U. R. S. S. Il est dit dans le projet de manuel qu’« en U. R. S. S., les machines sont employées toutes les fois qu’elles économisent du travail à la société ». Ce n’est pas du tout ce qu’il faudrait dire. D’abord, les machines en U. R. S. S. économisent toujours du travail à la société, ce qui fait que nous ne connaissons pas d’exemple de machines qui, en U. R. S. S., n’aient pas économisé du travail à la société. En second lieu, les machines n’économisent pas uniquement le travail, elles facilitent le labeur des hommes, ce qui fait que dans nos conditions, contrairement à celles du capitalisme, les ouvriers emploient très volontiers les machines dans leur travail.

Il faudrait donc dire que nulle part les machines ne sont employées aussi volontiers qu’en U. R. S. S., puisqu’elles économisent du travail à la société et allègent la peine des hommes. Et comme le chômage n’existe pas en U. R. S. S., les ouvriers emploient très volontiers les machines dans l’économie nationale.

  • 6) De la situation matérielle de la classe ouvrière dans les pays capitalistes.

Quand on parle de la situation matérielle de la classe ouvrière, on pense d’habitude aux ouvriers occupés, et l’on ne tient pas compte de la situation matérielle de ce qu’on appelle l’armée de réserve, l’armée des chômeurs. Une telle façon de traiter la situation matérielle de la classe ouvrière est-elle juste ? Je pense que non. Si les chômeurs forment une armée de réserve, dont les membres n’ont pas de quoi vivre, sinon de la vente de leur force de travail, les chômeurs doivent forcément faire partie de la classe ouvrière ; mais alors leur situation misérable ne peut qu’influer sur la situation matérielle des ouvriers occupés. Je pense donc qu’en définissant la situation matérielle de la classe ouvrière dans les pays capitalistes, il faudrait tenir compte aussi de la situation de l’armée de réserve des sans-travail.

  • 7) Du revenu national.

Je pense qu’il faudrait absolument inclure dans le projet de manuel un chapitre sur le revenu national.

  • 8) D’un chapitre spécial du manuel sur Lénine et Staline, fondateurs de l’économie politique du socialisme.

Je pense que le chapitre « La doctrine marxiste du socialisme. La création par Lénine et Staline d’une économie politique du socialisme » doit être supprimé du manuel. Il est absolument inutile, puisqu’il n’apporte rien de nouveau et ne fait que répéter vaguement ce qui a été dit avec plus de détail dans les chapitres précédents. En ce qui concerne les autres questions, je n’ai pas d’observations à ajouter aux « propositions » des camarades Ostrovitianov, Léontiev, Chepilov, Gatovski et d’autres.

9.         LA       PORTÉE        INTERNATIONALE D’UN   MANUEL       MARXISTE   D’ÉCONOMIE POLITIQUE

Je pense que les camarades ne tiennent pas suffisamment compte de la portée d’un manuel marxiste d’économie politique. Ce manuel n’est pas seulement nécessaire pour notre jeunesse soviétique. Il l’est surtout pour les communistes de tous les pays et pour ceux qui sympathisent avec eux. Nos camarades à l’étranger veulent savoir comment nous avons fait pour secouer le joug capitaliste, pour réorganiser l’économie du pays dans l’esprit du socialisme, pour gagner l’amitié de la paysannerie ; comment nous avons fait pour qu’un pays hier encore miséreux et faible se transforme en pays riche et puissant ; qu’est-ce que les kolkhoz ; pourquoi, malgré la socialisation des moyens de production, nous ne supprimons pas la production marchande, la monnaie, le commerce, etc. Ils veulent savoir tout cela et bien d’autres choses, non point par simple curiosité, mais pour apprendre de nous et utiliser notre expérience pour leur propre pays. Aussi la parution d’un bon manuel marxiste d’économie politique at-elle non seulement une importance politique dans notre pays, mais encore une immense portée internationale.

Il faut donc un manuel pouvant servir de livre de chevet à la jeunesse révolutionnaire non seulement à l’intérieur du pays, mais aussi au-delà de ses frontières. Ce manuel ne doit pas être trop volumineux, sinon ce ne sera pas un livre de chevet, et l’on aura de la peine à se l’assimiler, à en venir à bout. Mais il doit contenir toutes les choses essentielles concernant aussi bien l’économie de notre pays que celle du capitalisme et du système colonial.

Certains camarades ont proposé, au cours des débats, d’inclure dans le manuel plusieurs chapitres nouveaux, les historiens — sur l’histoire, les hommes politiques — sur la politique, les philosophes — sur la philosophie, les économistes — sur l’économie. Mais cela aurait fait prendre au manuel des proportions démesurées. Naturellement, il ne faut pas le faire. Le manuel utilise la méthode historique pour illustrer les problèmes d’économie politique, mais cela ne veut pas encore dire que nous devions faire du manuel d’économie politique une histoire des relations économiques.

Il nous faut un manuel de 500, de 600 pages tout au plus. Ce sera un livre de chevet en matière d’économie politique marxiste, un excellent cadeau pour les jeunes communistes de tous les pays.

Du reste, étant donné le niveau insuffisant de formation marxiste de la plupart des partis communistes des pays à l’étranger, ce manuel pourrait être d’une grande utilité aussi pour les cadres communistes déjà âgés de ces pays.

10. LES MOYENS D’AMÉLIORER LE PROJET DE MANUEL D’ÉCONOMIE POLITIQUE

Certains camarades se sont attachés, au cours de la discussion, à « démolir » avec trop de zèle le projet de manuel; ils ont blâmé ses auteurs pour leurs erreurs et leurs négligences, et affirmé que le projet n’est qu’un échec. Cela n’est pas juste. Sans doute, il y a erreurs et négligences dans le manuel, — il y en a presque toujours dans un travail important. De toute façon, l’immense majorité des participants à la discussion ont reconnu pourtant que le projet de manuel pouvait servir de base au futur manuel et qu’il suffit pour cela d’y faire certaines rectifications et adjonctions. En effet, il suffit de comparer le projet aux manuels d’économie politique en circulation pour conclure qu’il est bien supérieur aux manuels existants. C’est là un grand mérite des auteurs de ce projet.

Je pense que pour l’améliorer, il faudrait nommer une commission à effectif réduit, en y comprenant non seulement les auteurs du manuel et les partisans de la majorité de ceux qui ont pris part à la discussion, mais aussi les adversaires de la majorité et les critiques zélés du projet de manuel.

On ferait bien d’inclure dans la commission un statisticien averti qui vérifierait les chiffres et introduirait dans le projet de nouvelles statistiques, de même qu’un juriste expérimenté pour vérifier le texte des formules. Il faudrait exempter temporairement les membres de la commission de tout autre travail, en les pourvoyant pleinement sous le rapport matériel, afin qu’ils puissent se donner tout entiers à ce travail. En outre, il faudrait nommer un comité de rédaction, composé de trois personnes, par exemple, qui seraient chargées de la mise au point définitive du manuel. Ce qui est nécessaire aussi pour réaliser l’unité de style dont, malheureusement, le projet de manuel est dépourvu.

Les délais de présentation du manuel tout prêt au Comité central : un an.

  1. STALINE

1er février 1952.

RÉPONSE AU CAMARADE ALEXANDRE ILITCH NOTKINE

Camarade Notkine,

Je ne me suis pas empressé de vous répondre, parce que je ne juge pas urgentes les questions que vous posez. D’autant plus qu’il est d’autres questions ayant un caractère d’urgence et qui, naturellement, ont retenu l’attention et l’ont détournée de votre lettre.

Je réponds point par point.

Premier point.

Dans mes « Remarques » figure la thèse selon laquelle la société n’est pas impuissante devant les lois de la science, que les hommes, en connaissant les lois économiques, peuvent les utiliser dans l’intérêt de la société. Vous prétendez que cette thèse n’est valable que pour le socialisme et le communisme et ne peut être étendue aux autres formations de la société, que le caractère spontané des processus économiques, par exemple, sous le capitalisme ne permet pas à la société d’utiliser les lois économiques dans son intérêt.

C’est faux. A l’époque de la révolution bourgeoise, par exemple en France, la bourgeoisie a utilisé contre le féodalisme la loi de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives, elle a renversé les rapports de production féodaux, elle a créé des rapports de production nouveaux, bourgeois, et les a fait concorder avec le caractère des forces productives, formées au sein du régime féodal. La bourgeoisie l’a fait non pas en vertu de ses talents particuliers, mais parce qu’elle y était vivement intéressée. Les féodaux s’y opposaient non par stupidité, mais parce qu’ils étaient vivement intéressés à empêcher l’application de cette loi.

Il faut en dire autant de la révolution socialiste dans notre pays. La classe ouvrière a utilisé la loi de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives, elle a renversé les rapports de production bourgeois, elle a créé des rapports de production nouveaux, socialistes, et les a fait concorder avec le caractère des forces productives. Elle a pu le faire non en vertu de ses talents particuliers, mais parce qu’elle y était vivement intéressée. La bourgeoisie qui, de force d’avant-garde à l’aube de la révolution bourgeoise, avait eu le temps de se transformer en une force contre-révolutionnaire, a résisté par tous les moyens à l’application de cette loi, — résisté non point par manque d’organisation ni parce que le caractère spontané des processus économiques la poussait à la résistance, mais principalement parce qu’elle était vivement intéressée à la nonapplication de cette loi.

Par conséquent :

  1. L’utilisation des processus économiques, des lois économiques dans l’intérêt de la société a lieu, dans telle ou telle mesure, non seulement sous le socialisme et le communisme, mais aussi sous d’autres formations ;
  2. L’utilisation des lois économiques dans une société de classe a toujours et partout des mobiles declasse, et le promoteur de l’utilisation des lois économiques dans l’intérêt de la société est toujours et partout la classe d’avant-garde, tandis que les classes déclinantes s’y opposent.

En l’occurrence, la différence entre le prolétariat, d’une part, et les autres classes qui accomplirent jadis, au cours de l’histoire, des révolutions dans les rapports de production, d’autre part, c’est que les intérêts de classe du prolétariat s’identifient avec les intérêts de l’immense majorité de la société, car la révolution du prolétariat ne signifie pas la suppression de telle ou telle forme d’exploitation, mais la suppression de toute exploitation, tandis que les révolutions des autres classes, en supprimant simplement telle ou telle forme d’exploitation, n’allaient pas au-delà de leurs intérêts de classe étroits, qui se trouvaient en contradiction avec les intérêts de la majorité de la société.

Les « Remarques » parlent des mobiles de classe qui font que les lois économiques sont utilisées dans l’intérêt de la société. Il y est dit que : « à la différence des lois de la nature, où la découverte et l’application d’une nouvelle loi se poursuivent plus ou moins sans entrave, dans le domaine économique la découverte et l’application d’une nouvelle loi, qui porte atteinte aux intérêts des forces déclinantes de la société, rencontrent la résistance la plus énergique de ces forces »4. Or vous n’avez prêté aucune attention à ce passage.

Deuxième point.

Vous prétendez que l’entière correspondance entre les rapports de production et le caractère des forces productives ne peut être obtenue que sous le socialisme et le communisme, et que sous les autres formations on ne peut réaliser qu’une correspondance incomplète.

C’est faux. Dans l’époque qui a suivi la révolution bourgeoise, lorsque la bourgeoisie a détruit les rapports de production féodaux et instauré des rapports de production bourgeois, il y a eu incontestablement des périodes où les rapports de production bourgeois correspondaient entièrement au caractère des forces productives. Autrement, le capitalisme n’aurait pas pu se développer aussi rapidement qu’il l’a fait après la révolution bourgeoise.

Ensuite, on ne peut pas prendre dans leur acception absolue les mots « entière correspondance ». On ne peut pas les interpréter en ce sens que, sous le socialisme, les rapports de production ne marqueraient aucun retard sur l’accroissement des forces productives. Les forces productives sont les forces les plus mobiles et les plus révolutionnaires de la production. Elles devancent, sans conteste, les rapports de production, en régime socialiste également. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que les rapports de production s’adaptent au caractère des forces productives.

Dès lors, comment faut-il comprendre les mots « entière correspondance » ? Il faut les comprendre en ce sens que d’une façon générale, sous le socialisme, les choses n’aboutissent pas à un conflit entre les rapports de production et les forces productives, que la société a la possibilité d’assurer en temps utile la correspondance entre les rapports de production retardataires et le caractère des forces productives. La société socialiste a la possibilité de le faire, parce qu’elle n’a pas, dans son sein, de classes déclinantes pouvant organiser la résistance. Certes, sous le socialisme également, il y aura des forces d’inertie retardataires qui ne comprendront pas la nécessité de modifier les rapports de production, mais il ne sera évidemment pas difficile d’en venir à bout, sans pousser les choses jusqu’à un conflit.

Troisième point.

Il ressort de vos raisonnements que vous considérez comme une marchandise les moyens de production et, tout d’abord, les instruments de production fabriqués par nos entreprises nationalisées.

Peut-on considérer les moyens de production, dans notre régime socialiste, comme une marchandise ? Selon moi, on ne le peut en aucune façon.

La marchandise est un produit de la production, qui se vend à tout acheteur; au moment de la vente, le propriétaire de la marchandise perd son droit de propriété, tandis que l’acheteur devient propriétaire de la marchandise; il peut la revendre, la mettre en gage, la laisser pourrir. Cette définition convient-elle pour les moyens de production ? Il est clair que non. D’abord, les moyens de production ne « se vendent » pas à tout acheteur, ils ne « se vendent » pas même aux kolkhoz ; ils sont simplement répartis par l’Etat entre ses entreprises. En second lieu, le propriétaire des moyens de production, l’Etat, lorsqu’il les remet à telle ou telle entreprise, ne perd aucunement le droit de propriété sur ces moyens de production, mais, au contraire, le conserve intégralement. Troisièmement, les directeurs d’entreprises, qui ont reçu de l’Etat des moyens de production, non seulement n’en deviennent pas les propriétaires, mais, au contraire, sont les fondés de pouvoir de l’Etat soviétique pour l’utilisation de ces moyens de production, en accord avec les plans fixés par l’Etat.

Comme on le voit, les moyens de production, sous notre régime, ne sauraient aucunement être classés dans la catégorie des marchandises.

Pourquoi alors parle-t-on de la valeur des moyens de production, de leur coût de production, de leur prix, etc. ?

Pour deux raisons.

Premièrement, cela est nécessaire pour les calculs, pour les règlements de comptes, pour établir la rentabilité ou la non rentabilité des entreprises, pour vérifier et contrôler ces dernières. Mais ce n’est là que le côté formel de la question.

Deuxièmement, cela est nécessaire pour pouvoir, dans l’intérêt du commerce extérieur, vendre des moyens de production aux Etats étrangers. Ici, dans le domaine du commerce extérieur, mais seulement dans ce domaine, nos moyens de production sont effectivement des marchandises et se vendent effectivement (sans guillemets).

Ainsi donc, dans le domaine du commerce extérieur, les moyens de production fabriqués par nos entreprises conservent les propriétés de marchandises tant pour le fond que pour la forme, tandis que dans les échanges économiques, à l’intérieur du pays, les moyens de production perdent les propriétés de marchandises, cessent d’être des marchandises, sortent de la sphère d’action de la loi de la valeur et ne conservent que l’apparence extérieure de marchandises (calculs, etc.).

Comment expliquer cette particularité ?

C’est que dans nos conditions socialistes le développement économique se fait non par révolutions, mais par modifications graduelles, étant donné que l’ancien n’est pas purement et simplement aboli, mais change de nature pour s’adapter au nouveau, et ne conserve que sa forme ; le nouveau, pour sa part, ne supprime pas purement et simplement l’ancien, mais le pénètre, modifie sa nature, ses fonctions, n’en brise pas la forme mais l’utilise pour son propre développement. Il en est ainsi des marchandises, mais aussi de la monnaie dans nos échanges économiques, il en va de même en ce qui concerne les banques qui, en perdant leurs anciennes fonctions et en en acquérant de nouvelles, conservent leur forme ancienne, utilisée par le régime socialiste.

Si l’on envisage la question du point de vue formel, du point de vue des processus qui s’opèrent à la surface des phénomènes, on en arrive à cette fausse conclusion que les catégories du capitalisme conservent soi-disant leur vigueur dans notre économie. Mais si l’on analyse la question du point de vue marxiste, qui distingue strictement entre le contenu du processus économique et sa forme, entre les processus profonds de développement et les phénomènes superficiels, on ne peut arriver qu’à cette conclusion, la seule juste : c’est que chez nous se sont principalement conservés la forme, l’aspect extérieur des anciennes catégories du capitalisme; quant au fond, ces catégories ont changé radicalement, selon les nécessités du développement de l’économie nationale, de l’économie socialiste.

Quatrième point.

Vous prétendez que la loi de la valeur exerce une action régulatrice sur les prix des « moyens de production » produits par l’agriculture et livrés à l’Etat aux prix d’approvisionnement. Ce disant, vous avez en vue des « moyens de production » comme les matières premières, par exemple, le coton. Vous auriez pu ajouter le lin, la laine et autres matières premières agricoles.

Notons tout d’abord qu’en l’occurrence l’agriculture ne produit pas les « moyens de production », mais un des moyens de production : les matières premières. On ne doit pas jouer sur les mots « moyens de production ». Lorsque les marxistes parlent de la production des moyens de production, ils entendent tout d’abord la production des instruments de production, ce que Marx appelle les « moyens mécaniques de travail, dont l’ensemble peut être appelé l’ossature et la musculature de la production », système qui constitue les « indices distinctifs caractéristiques d’une époque donnée de la production sociale »5. Mettre sur le même plan une partie des moyens de production (matières premières) et les moyens de production, y compris les instruments de production, c’est pêcher contre le marxisme, qui part du rôle déterminant des instruments de production par rapport à tous les autres moyens de production. Chacun sait que les matières premières par elles-mêmes ne peuvent produire des instruments de production, bien que certaines variétés de matières premières soient indispensables à la fabrication des instruments de production, tandis qu’aucune matière première ne peut être produite sans instruments de production.

Poursuivons. L’action que la loi de la valeur exerce sur le prix des matières premières produites dans l’agriculture est-elle une action régulatrice, comme vous le prétendez, Camarade Notkine ? Elle serait régulatrice si le « libre » jeu des prix des matières premières agricoles existait chez nous, si la loi de concurrence et d’anarchie de la production s’exerçait chez nous, si nous n’avions pas d’économie planifiée, si la production des matières premières n’était pas réglée par un plan. Mais étant donné que tous ces « si » sont inexistants dans notre système d’économie nationale, l’action de la loi de la valeur sur les prix des matières premières agricoles ne peut en aucune façon être régulatrice. Premièrement, les prix qui existent chez nous sur les matières premières agricoles sont stables, établis par un plan, et non « libres ». Deuxièmement, le volume de la production des matières premières agricoles n’est pas établi spontanément, ni par des éléments fortuits, mais par un plan. Troisièmement, les instruments de production nécessaires à la production des matières premières agricoles ne sont pas concentrés entre les mains d’individus ou de groupes d’individus, mais entre les mains de l’Etat. Que reste-t-il après cela du rôle régulateur de la loi de la valeur ? On voit qu’elle-même est réglée par les faits indiqués plus haut, inhérents à la production socialiste.

Par conséquent, on ne peut nier que la loi de la valeur agit sur la formation des prix des matières premières agricoles, qu’elle en est un des facteurs. A plus forte raison ne doit-on nier le fait que cette action n’est ni ne peut être régulatrice.

Cinquième point.

En parlant de la rentabilité de l’économie nationale, de l’économie socialiste, j’ai élevé des objections dans mes «Remarques » contre certains camarades qui prétendent que, étant donné que notre économie nationale planifiée n’accorde pas une préférence marquée aux entreprises rentables et admet, à côté de celles-ci, des entreprises non rentables, notre économie tue soi-disant le principe même de la rentabilité dans l’économie. Dans mes « Remarques », il est dit que la rentabilité de chacune des entreprises et branches de production ne saurait aucunement être comparée à la rentabilité supérieure que nous donne la production socialiste, qui nous prémunit contre les crises de surproduction et nous garantit une augmentation incessante de la production. Mais on aurait tort d’en tirer la conclusion que la rentabilité de chacune des entreprises et branches de production n’a pas de valeur particulière et ne mérite pas une sérieuse attention. Evidemment, c’est faux. La rentabilité de chacune des entreprises et branches de production a une importance énorme pour le développement de notre production. On doit en tenir compte en planifiant la construction aussi bien que la production. C’est l’abc de notre activité économique au stade de développement actuel.

Sixième point.

On ne sait pas au juste comment il faut comprendre ce que vous dites à propos du capitalisme : « la production élargie sous un aspect sensiblement déformé ». Pareille production, et encore élargie, n’existe pas dans la réalité.

Il est évident qu’après que le marché mondial s’est scindé et que la sphère d’exploitation des ressources mondiales par les principaux pays capitalistes (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France) a commencé à se rétrécir, le caractère cyclique du développement du capitalisme — accroissement et réduction de la production — doit cependant persister. Toutefois, dans ces pays, l’accroissement de la production se fera sur une base restreinte, car le volume de la production ira diminuant.

Septième point.

La crise générale du système capitaliste mondial a commencé pendant la Première Guerre mondiale, surtout du fait que l’Union soviétique s’est détachée du système capitaliste. Ce fut la première étape de la crise générale. La deuxième étape de la crise générale s’est développée pendant la Seconde Guerre mondiale, surtout après que se sont détachés du système capitaliste les pays de démocratie populaire en Europe et en Asie. La première crise à l’époque de la Première Guerre mondiale et la seconde crise à l’époque de la Seconde Guerre mondiale ne doivent pas être considérées comme des crises distinctes, indépendantes, coupées l’une de l’autre, mais comme des étapes de développement de la crise générale du système capitaliste mondial.

Cette crise générale du capitalisme mondial est-elle une crise uniquement politique ou uniquement économique ? Ni l’un ni l’autre. Elle est générale, c’est-à-dire une crise généralisée du système capitaliste mondial, englobant l’économie aussi bien que la politique. On conçoit qu’à la base de cette crise se trouvent la décomposition toujours plus accentuée du système économique capitaliste mondial, d’une part, et la puissance économique grandissante des pays qui se sont détachés du capitalisme: l’U.R.S.S., la Chine et les autres pays de démocratie populaire, d’autre part.

  1. STALINE

21 avril 1952.

DES ERREURS DU CAMARADE L. D. IAROCHENKO

Le camarade Iarochenko a fait tenir dernièrement aux membres du Bureau politique du Comité central du P. C. (b) de l’U.R.S.S. une lettre datée du 20 mars, portant sur un certain nombre de questions économiques débattues en novembre à la discussion que l’on sait. L’auteur de cette lettre se plaint que ni les principaux documents qui font le point de la discussion, ni les « Remarques » du camarade Staline « ne reflètent en quoi que ce soit le point de vue » du camarade Iarochenko. Dans sa missive, le camarade Iarochenko propose en outre qu’on l’autorise à écrire une « Economie politique du socialisme », en un an ou dix-huit mois, et qu’on lui adjoigne à cet effet deux assistants.

Je crois qu’il faudra examiner quant au fond les doléances du camarade Iarochenko aussi bien que sa proposition.

Commençons par les doléances.

En quoi consiste donc le « point de vue » du camarade Iarochenko, dont on ne retrouve aucun reflet dans les documents précités ?

I – L’ERREUR PRINCIPALE DU CAMARADE IAROCHENKO

Si l’on veut en deux mots caractériser le point de vue du camarade Iarochenko, on doit dire qu’il n’est pas marxiste et, par suite, qu’il est profondément erroné.

L’erreur principale du camarade Iarochenko, c’est qu’il s’écarte du marxisme quant au rôle des forces productives et des rapports de production dans le développement de la société ; qu’il exagère énormément le rôle des forces productives et minimise pour autant celui des rapports de production, pour finir par déclarer que sous le socialisme les rapports de production font partie des forces productives.

Le camarade Iarochenko veut bien admettre que les rapports de production jouent un certain rôle quand existent des « contradictions de classes antagoniques », attendu que dans ces conditions les rapports de production « contrarient le développement des forces productives ». Mais ce rôle, il le réduit à un rôle négatif, au rôle de facteur entravant le développement des forces productives, paralysant ce développement. Quant aux autres fonctions des rapports de production, les fonctions positives, il ne les voit pas.

Pour ce qui est du régime socialiste où les « contradictions de classes antagoniques » ont disparu et où les rapports de production « ne contrarient plus le développement des forces productives », le camarade Iarochenko estime qu’ici tout rôle indépendant, quel qu’il soit, des rapports de production est exclu, que les rapports de production cessent d’être un facteur important du développement et sont absorbés par les forces productives, comme la partie dans le tout. Sous le socialisme, « les rapports de production entre les hommes, dit le camarade Iarochenko, font partie de l’organisation des forces productives en tant que moyen, en tant qu’élément de cette organisation »6.

Quelle est donc, dans ce cas, la principale tâche de l’« Economie politique du socialisme » ? Le camarade Iarochenko répond : « Le principal problème de l’Economie politique du socialisme n’est donc pas d’étudier les rapports de production entre les hommes de la société socialiste, mais d’élaborer et de développer une théorie scientifique de l’organisation des forces productives dans la production sociale, une théorie de la planification du développement de l’économie nationale »7.

C’est ce qui explique pourquoi le camarade Iarochenko ne s’intéresse pas à des problèmes économiques du régime socialiste tels que l’existence de formes différentes de propriété dans notre économie, la circulation des marchandises, la loi de la valeur, etc., qui, d’après lui, sont des problèmes de second ordre, propres à susciter uniquement des controverses scolastiques. Il déclare expressément que dans son Economie politique du socialisme « les controverses sur le rôle de telle ou telle catégorie de l’économie politique du socialisme — valeur, marchandise, monnaie, crédit, etc. — qui souvent revêtent chez nous un caractère scolastique, sont remplacées par une saine discussion sur l’organisation rationnelle des forces productives dans la production sociale, par une démonstration scientifique de la validité de cette organisation »8.

Donc, une économie politique sans problèmes économiques.

Le camarade Iarochenko croit qu’il suffit d’« une organisation rationnelle des forces productives » pour passer du socialisme au communisme sans grandes difficultés. Il estime que c’est parfaitement suffisant pour passer au communisme. Il déclare expressément que « sous le socialisme, la lutte pour l’édification d’une société communiste se réduit essentiellement à la lutte pour une organisation judicieuse des forces productives et leur utilisation rationnelle dans la production sociale »9. Le camarade Iarochenko proclame solennellement que « le communisme est la forme la plus haute d’organisation scientifique des forces productives dans la production sociale ».

Ainsi, le régime communiste ne serait au fond qu’« une organisation rationnelle des forces productives

».

De tout ceci, le camarade Iarochenko conclut qu’il ne peut exister une économie politique commune à toutes les formations sociales ; qu’il doit exister deux économies politiques : l’une pour les formations sociales présocialistes, dont l’objet est l’étude des rapports de production entre les hommes ; l’autre pour le régime socialiste, dont l’objet doit être non pas l’étude des rapports de production, c’est-à-dire des rapports économiques, mais celle de l’organisation rationnelle des forces productives.

Tel est le point de vue du camarade Iarochenko.

Que peut-on dire de ce point de vue ?

Il est faux tout d’abord que le rôle des rapports de production dans l’histoire de la société se borne à celui d’entrave paralysant le développement des forces productives. Quand les marxistes disent que les rapports de production jouent le rôle d’entrave, ils n’envisagent pas tous les rapports de production, mais seulement les rapports de production anciens, qui ne correspondent plus à la croissance des forces productives, et, par suite, entravent leur développement. Mais outre les anciens rapports de production, il en existe, on le sait, de nouveaux, qui remplacent les anciens. Peut-on dire que le rôle des nouveaux rapports de production se réduit à celui d’entrave des forces productives ? Evidemment non. Les nouveaux rapports de production sont au contraire la force principale et décisive qui détermine, à proprement parler, le développement continu et vigoureux des forces productives ; et sans eux les forces productives sont condamnées à végéter, comme c’est le cas aujourd’hui dans les pays capitalistes.

Nul ne peut nier le développement prodigieux des forces productives de notre industrie soviétique au cours de la période des plans quinquennaux. Mais ce développement ne se serait pas produit si, en octobre 1917, nous n’avions substitué aux rapports de production anciens, capitalistes, des rapports de production nouveaux, socialistes. Sans cette révolution dans les rapports de production, dans les rapports économiques de notre pays, les forces productives végéteraient chez nous comme elles végètent à présent dans les pays capitalistes.

Nul ne peut nier le développement prodigieux des forces productives de notre agriculture depuis 20-25 ans. Mais ce développement ne se serait pas produit si, aux années 30, nous n’avions substitué aux rapports de production anciens, capitalistes, des rapports de production nouveaux, collectivistes, dans les campagnes. Sans cette révolution dans la production, les forces productives de notre agriculture végéteraient comme elles végètent à présent dans les pays capitalistes.

Certes, les nouveaux rapports de production ne peuvent rester ni ne restent éternellement nouveaux; ils commencent à vieillir et entrent en contradiction avec le développement ultérieur des forces productives ; ils perdent peu à peu leur rôle de principal moteur des forces productives pour lesquelles ils deviennent une entrave. Alors, à la place de ces rapports de production périmés apparaissent de nouveaux rapports de production dont le rôle est d’être le principal moteur du développement ultérieur des forces productives.

Cette particularité du développement des rapports de production — passant du rôle d’entrave des forces productives à celui de principal moteur qui les pousse en avant, et du rôle de principal moteur à celui d’entrave des forces productives — constitue un des principaux éléments de la dialectique matérialiste marxiste. C’est ce que savent aujourd’hui tous les novices en marxisme. Mais c’est une chose qu’ignore, semble-t-il, le camarade Iarochenko.

Il est faux, ensuite, que le rôle indépendant des rapports de production, c’est-à-dire des rapports économiques, disparaisse sous le socialisme ; que les rapports de production soient absorbés par les forces productives ; que la production sociale, sous le socialisme, se ramène à l’organisation des forces productives. Le marxisme considère la production sociale comme un tout présentant deux aspects indissociables : les forces productives de la société (rapports entre la société et les forces de la nature contre lesquelles celle-là lutte pour s’assurer les biens matériels qui lui sont indispensables), et les rapports de production (rapports des hommes entre eux dans le processus de la production). Ce sont deux aspects différents de la production sociale, bien qu’ils soient indissolublement liés entre eux. Et c’est parce qu’ils constituent deux aspects différents de la production sociale qu’ils peuvent exercer une action réciproque. Affirmer que l’un de ces aspects peut être absorbé par l’autre et devenir partie intégrante de celui-ci, c’est pécher de la manière la plus grave contre le marxisme.

Marx dit :

« Dans la production, les hommes n’agissent pas seulement sur la nature, mais aussi les uns sur les autres. Ils ne produisent qu’en collaborant d’une manière déterminée et en échangeant entre eux leurs activités. Pour produire, ils entrent en relations et en rapports déterminés les uns avec les autres, et ce n’est que dans les limites de ces relations et de ces rapports sociaux que s’établit leur action sur la nature, la production10. »

Il s’ensuit que la production sociale présente deux aspects qui, bien qu’indissolublement liés entre eux, n’en traduisent pas moins deux catégories de rapports différents : les rapports des hommes avec la nature (forces productives) et les rapports des hommes entre eux dans le processus de la production (rapports de production). Seule l’existence simultanée de ces deux aspects de la production nous donne la production sociale, qu’il s’agisse du régime socialiste ou d’autres formations sociales.

Apparemment, le camarade Iarochenko n’est pas tout à fait d’accord avec Marx. Il estime que cette thèse de Marx n’est pas applicable au régime socialiste. C’est bien pourquoi il réduit le problème de l’Economie politique du socialisme à celui de l’organisation rationnelle des forces productives, en faisant table rase des rapports de production, c’est-à-dire des rapports économiques, et en isolant de ceux-ci les forces productives. Il s’ensuit qu’au lieu d’une économie politique marxiste, le camarade Iarochenko nous propose quelque chose dans le genre de la « Science générale de l’organisation » de Bogdanov. Ainsi donc, parti de cette idée juste que les forces productives sont les forces les plus mobiles et les plus révolutionnaires de la production, le camarade Iarochenko réduit cette idée à l’absurde, aboutit à la négation du rôle des rapports de production, des rapports économiques, sous le socialisme ; au lieu d’une production sociale au sens complet du mot, il nous propose une technologie de la production chétive et unilatérale, quelque chose dans le genre de la « technique de l’organisation sociale » de Boukharine.

Marx dit :

« Dans la production sociale de leur existence (c’est-à-dire dans la production des biens matériels nécessaires à leur vie — J. St.), les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s’élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociale déterminées11. »

Autrement dit, chaque formation sociale, la société socialiste y comprise, a sa base économique, constituée par l’ensemble des rapports de production entre les hommes. La question se pose : que devient, aux yeux du camarade Iarochenko, la base économique du régime socialiste ? Le camarade Iarochenko, on le sait, a déjà liquidé les rapports de production sous le socialisme en tant que domaine plus ou moins indépendant, faisant entrer le peu qui en subsistait dans l’organisation des forces productives. Le régime socialiste a-t-il sa base économique ? se demandera-t-on. Il est évident que les rapports de production ayant disparu, sous le socialisme, comme force plus ou moins indépendante, le régime socialiste reste sans base économique propre.

Donc, un régime socialiste qui n’a pas sa base économique. C’est une chose plutôt comique…

Peut-il exister un régime social qui n’ait pas sa base économique ? Le camarade Iarochenko, apparemment, estime que oui. Mais le marxisme, lui, estime que de pareils régimes sociaux n’existent pas dans la réalité.

Il est faux, enfin, que le communisme soit l’organisation rationnelle des forces productives ; que le régime communiste se réduise essentiellement à l’organisation rationnelle des forces productives ; qu’il suffise d’organiser rationnellement les forces productives pour passer au communisme sans grandes difficultés. Il existe dans notre littérature une autre définition, une autre formule du communisme, la formule de Lénine : « Le communisme, c’est le pouvoir des Soviets plus l’électrification de tout le pays12. » Apparemment, la formule de Lénine ne plaît pas au camarade Iarochenko, et il lui substitue une formule de son cru : « Le communisme est la forme la plus haute d’organisation scientifique des forces productives dans la production sociale. »

D’abord, nul ne sait ce qu’est au juste cette « forme la plus haute d’organisation scientifique », ou organisation « rationnelle » des forces productives, prônée par le camarade Iarochenko, quel en est le contenu précis. Le camarade Iarochenko répète des dizaines de fois cette formule mythique dans ses discours à la séance plénière de la discussion, à la commission de travail de la séance plénière de la discussion, dans sa lettre aux membres du Bureau politique; mais nulle part il ne dit un seul mot pour tenter d’expliquer comment il faut comprendre cette « organisation rationnelle » des forces productives à laquelle se réduirait essentiellement le régime communiste.

Ensuite, si l’on a à choisir entre les deux formules, ce n’est pas la formule de Lénine, la seule juste, qu’il faut rejeter, mais la pseudo-formule du camarade Iarochenko, manifestement tirée par les cheveux et non marxiste, empruntée à l’arsenal de Bogdanov, à la « Science générale de l’organisation

».

Le camarade Iarochenko croit qu’il suffit d’arriver à organiser rationnellement les forces productives pour obtenir l’abondance des produits et passer au communisme, pour passer de la formule : « à chacun selon son travail » à la formule : « à chacun selon ses besoins ». C’est une grave erreur qui dénote une incompréhension totale des lois du développement économique du socialisme. Le camarade Iarochenko se représente de façon simpliste, puérilement simpliste, les conditions pour passer du socialisme au communisme. Le camarade Iarochenko ne comprend pas qu’on ne saurait ni obtenir une abondance de produits susceptible de satisfaire tous les besoins de la société, ni passer à la formule « à chacun selon ses besoins », en laissant subsister des faits économiques comme la propriété collective kolkhozienne, la circulation des marchandises, etc. Le camarade Iarochenko ne comprend pas qu’avant de passer à la formule : « à chacun selon ses besoins », la société doit faire sa rééducation économique et culturelle en passant par une série d’étapes au cours desquelles le travail, qui n’était qu’un moyen d’assurer son existence, deviendra aux yeux de la société le premier besoin de l’existence, et la propriété sociale la base immuable et intangible de l’existence de la société.

Pour préparer le passage au communisme, passage réel et non purement déclaratif, on doit réaliser pour le moins trois conditions préalables, essentielles.

  1. Il faut, premièrement, assurer solidement non pas une « organisation rationnelle » mythique des forces productives, mais la croissance ininterrompue de toute la production sociale, en donnant la priorité à la production des moyens de production. Le développement prioritaire de la production des moyens de production est indispensable non seulement parce qu’elle doit permettre d’outiller les entreprises relevant de son propre domaine aussi bien que celles de toutes les autres branches de l’économie nationale, mais encore parce que sans elle il est absolument impossible de réaliser la reproduction élargie.
  2. Il faut, deuxièmement, par étapes successives, réalisées de façon que les kolkhoz et, par suite, l’ensemble de la société y trouvent leur avantage, élever la propriété kolkhozienne au niveau de la propriété du peuple entier et substituer, également par étapes successives, le système de l’échange des produits à la circulation des marchandises, afin que le pouvoir central, ou quelque autre centre socioéconomique, puisse contrôler l’ensemble de la production sociale dans l’intérêt de la société.

Le camarade Iarochenko se trompe quand il soutient que sous le socialisme il n’existe aucune contradiction entre les rapports de production et les forces productives de la société. Certes, nos rapports de production connaissent actuellement une période où ils correspondent pleinement à la croissance des forces productives et les font progresser à pas de géant. Mais ce serait une erreur de se tranquilliser et de croire qu’il n’existe plus aucune contradiction entre nos forces productives et les rapports de production. Des contradictions, il y en a et il y en aura certainement, puisque le développement des rapports de production retarde et retardera sur celui des forces productives. Si les organismes dirigeants appliquent une politique juste, ces contradictions ne peuvent devenir antagonistes, et elles n’aboutiront pas à un conflit entre les rapports de production et les forces productives de la société. Il en ira autrement si nous faisons une politique erronée comme celle que recommande le camarade Iarochenko. Un conflit sera alors inévitable, et nos rapports de production peuvent devenir une très sérieuse entrave au développement des forces productives. Aussi les organismes dirigeants ont-ils pour tâche de découvrir en temps utile les contradictions qui mûrissent et de prendre à temps des mesures pour les surmonter en adaptant les rapports de production à la croissance des forces productives. Cela est vrai avant tout de faits économiques comme la propriété collective, c’est-à-dire la propriété kolkhozienne, la circulation des marchandises. Certes, à l’heure actuelle, nous utilisons ces faits avec succès pour développer l’économie socialiste, et ils rendent à notre société d’incontestables services.

Il n’est pas douteux qu’ils en rendront encore dans un avenir immédiat. Mais ce serait faire preuve d’une impardonnable cécité que de ne pas voir que, par ailleurs, ces faits commencent, dès aujourd’hui, à entraver le vigoureux développement de nos forces productives, en empêchant l’Etat de planifier entièrement l’économie nationale, et notamment l’agriculture. Il est hors de doute que plus nous irons, plus ces faits entraveront la croissance des forces productives de notre pays. Notre tâche est, par conséquent, d’éliminer ces contradictions en transformant progressivement la propriété kolkhozienne en propriété du peuple entier et en substituant, aussi par étapes successives, l’échange des produits à la circulation des marchandises.

  1. Il faut, troisièmement, assurer un progrès culturel de la société qui permette à tous ses membres dedévelopper harmonieusement leurs aptitudes physiques et intellectuelles, afin qu’ils puissent recevoir une instruction suffisante et devenir des artisans actifs du développement social ; qu’ils puissent choisir librement une profession sans être rivés pour toujours, en raison de la division existante du travail, à une profession déterminée.

Que faut-il pour cela ?

Il serait erroné de croire qu’un progrès culturel aussi important des membres de la société est possible sans de sérieuses modifications dans la situation actuelle du travail. Pour cela, il faut avant tout réduire la journée de travail au moins à 6 heures, puis à 5. Ceci est indispensable afin que les membres de la société aient les loisirs nécessaires pour recevoir une instruction complète. Il faut, pour cela, introduire ensuite l’enseignement polytechnique obligatoire, indispensable pour que les membres de la société puissent choisir librement une profession et ne soient pas rivés pour toujours à une profession déterminée. Pour cela, il faut encore améliorer radicalement les conditions de logement et augmenter le salaire réel des ouvriers et des employés au minimum du double, sinon davantage, d’une part en relevant directement le salaire en espèces, d’autre part et, surtout, en pratiquant la baisse systématique du prix des biens de consommation.

Telles sont les conditions essentielles qui prépareront le passage au communisme.

C’est seulement lorsque toutes ces conditions préalables, prises dans leur ensemble, auront été réalisées qu’on pourra espérer qu’aux yeux des membres de la société le travail a cessé d’être une corvée, pour devenir « le premier besoin de l’existence» (Marx)13 ; que «le travail, au lieu d’être un fardeau, sera une joie» (Engels)14 ; que la propriété sociale sera considérée par tous les membres de la société comme la base immuable et intangible de l’existence de la société.

C’est seulement lorsque toutes ces conditions préalables, prises dans leur ensemble, auront été réalisées qu’on pourra passer de la formule socialiste : « de chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail » à la formule communiste : « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

Ce sera le passage intégral d’une économie, économie du socialisme, à une autre économie, économie supérieure, l’économie du communisme.

On voit que le passage du socialisme au communisme n’est pas une chose aussi simple que l’imagine le camarade Iarochenko.

Vouloir ramener cette tâche complexe et multiple, qui demande des changements d’ordre économique extrêmement profonds, à une « organisation rationnelle des forces productives », comme le fait le camarade Iarochenko, c’est substituer le bogdanovisme au marxisme.

II – AUTRES ERREURS DU CAMARADE IAROCHENKO

  1. Parti d’un point de vue erroné, le camarade Iarochenko en tire des conclusions erronées sur le caractère et l’objet de l’économie politique.

Le camarade Iarochenko, partant du fait que chaque formation sociale a ses lois économiques spécifiques, nie la nécessité d’une économie politique valable pour toutes les formations sociales. Mais il se trompe complètement, et il est ici en désaccord avec des marxistes comme Engels et Lénine.

Engels dit que l’économie politique est la «science des conditions et des formes dans lesquelles les diverses sociétés humaines ont produit et échangé, et dans lesquelles elles ont chaque fois réparti les produits en conséquence »15. Il suit de là que l’économie politique étudie les lois du développement économique non d’une formation économique particulière, mais des différentes formations sociales.

Cette manière de voir était, on le sait, entièrement partagée par Lénine qui, dans ses remarques critiques au sujet du livre de Boukharine : L’Economie de la période de transition, a dit que Boukharine avait tort de borner la sphère de l’économie politique à la production des marchandises, et avant tout à la production capitaliste; et il notait que Boukharine faisait ici « un pas en arrière par rapport à Engels »16.

A cette manière de voir répond entièrement la définition de l’économie politique donnée dans le projet de manuel d’économie politique, où il est dit que l’économie politique est la science qui étudie « les lois de la production sociale et de la répartition des biens matériels aux différents stades du développement de la société humaine ».

Et cela se conçoit. Les différentes formations sociales, dans leur développement économique, obéissent à leurs lois économiques spécifiques, mais aussi aux lois économiques communes à toutes les formations ; par exemple, à des lois comme celle de l’unité des forces productives et des rapports de production dans une production sociale intégrale ; celle des relations entre les forces productives et les rapports de production dans le processus du développement de toutes les formations sociales. Par conséquent, les formations sociales ne sont pas seulement séparées l’une de l’autre par leurs lois spécifiques, elles sont aussi reliées l’une à l’autre par les lois économiques qui leur sont communes à toutes.

Engels avait parfaitement raison de dire : « Pour réaliser pleinement cette critique de l’économie bourgeoise, il ne suffisait pas de connaître la forme capitaliste de la production, de l’échange et de la répartition. Les formes qui l’ont précédée ou qui existent encore à côté d’elle dans des pays moins évolués devaient également être étudiées, tout au moins dans leurs traits essentiels »17.

Il est évident qu’ici, dans cette question, le camarade Iarochenko fait écho à Boukharine.

Poursuivons. Le camarade Iarochenko affirme que dans son « Economie politique du socialisme » « les catégories de l’économie politique — valeur, marchandise, monnaie, crédit, etc., sont remplacées par une saine discussion sur l’organisation rationnelle des forces productives dans la production sociale » ; que, par suite, cette économie politique a pour objet non pas les rapports de production du socialisme, mais « l’élaboration et le développement d’une théorie scientifique de l’organisation des forces productives, d’une théorie de la planification de l’économie nationale, etc. » ; que sous le socialisme, les rapports de production perdent toute importance propre et sont absorbés par les forces productives dont ils deviennent partie intégrante.

Il faut dire que jamais encore « marxiste » fourvoyé n’avait débité chez nous pareil charabia. En effet, qu’est-ce qu’une économie politique du socialisme sans problèmes économiques, sans problèmes de production ? Peut-il exister une économie politique de ce genre ? Que signifie remplacer, dans l’économie politique du socialisme, les problèmes économiques par les problèmes de l’organisation des forces productives ? Cela revient à abolir l’économie politique du socialisme. Et c’est ce que fait le camarade Iarochenko : il abolit l’économie politique du socialisme. En l’occurrence, il rejoint en tous points Boukharine. Boukharine disait qu’après la suppression du capitalisme on doit supprimer l’économie politique. Le camarade Iarochenko ne le dit pas, mais il le fait, quand il liquide l’économie politique du socialisme. Il est vrai qu’il fait mine de ne pas être tout à fait d’accord avec Boukharine, mais ce n’est là qu’une ruse, et une ruse bon marché. En réalité, il fait ce que prêchait Boukharine et contre quoi s’élevait Lénine. Le camarade Iarochenko marche sur les traces de Boukharine.

Poursuivons. Le camarade Iarochenko ramène les problèmes de l’économie politique du socialisme aux problèmes de l’organisation rationnelle des forces productives, aux problèmes de la planification de l’économie nationale, etc. Mais il se trompe gravement. Les problèmes de l’organisation rationnelle des forces productives, de la planification de l’économie nationale, etc. sont l’objet non pas de l’économie politique, mais de la politique économique des organismes dirigeants. Ce sont deux domaines différents qu’on ne doit pas confondre. Le camarade Iarochenko a brouillé ces deux choses différentes, et le voilà en bien fâcheuse posture ! L’économie politique étudie les lois du développement des rapports de production entre les hommes. La politique économique en tire des conclusions pratiques, les concrétise et s’en inspire dans son activité quotidienne. Encombrer l’économie politique des problèmes de la politique économique, c’est la tuer en tant que science.

L’objet de l’économie politique, ce sont les rapports de production, les rapports économiques, entre les hommes. Ils englobent : a) les formes que revêt la propriété des moyens de production ; b) la situation des différents groupes sociaux dans la production et leurs relations réciproques ou, pour reprendre l’expression de Marx, « l’échange de leurs activités »18, qui découlent de ces formes ; c) les formes de répartition de produits, qui en dépendent entièrement. C’est tout cela qui, dans son ensemble, est l’objet de l’économie politique.

Le mot « échange », qui figure dans la définition d’Engels, manque dans cette définition. Cela, parce que beaucoup entendent d’ordinaire par « échange ». l’échange de marchandises, qui est le propre non pas de toutes les formations sociales, mais seulement de certaines d’entre elles, d’où parfois un malentendu, bien que par le mot « échange » Engels n’entende pas uniquement l’échange de marchandises. Or, on voit que ce qu’Engels entendait par le mot « échange » a trouvé place dans la définition précitée dont il est partie intégrante. Il s’ensuit que par son contenu cette définition de l’objet de l’économie politique coïncide entièrement avec celle d’Engels.

  1. Quand on parle de la loi économique fondamentale de telle ou telle formation sociale, on sousentend habituellement que cette dernière ne peut avoir plusieurs lois économiques fondamentales, qu’elle ne saurait avoir qu’une loi économique fondamentale, précisément parce qu’elle est fondamentale. Sinon, nous aurions plusieurs lois économiques fondamentales pour chaque formation sociale, ce qui est en contradiction avec la notion même de loi fondamentale. Pourtant, le camarade Iarochenko est d’un autre avis. Il estime qu’il peut exister non pas une, mais plusieurs lois économiques fondamentales du socialisme. C’est incroyable, mais c’est un fait. Dans son discours à la séance plénière de la discussion, il dit :

« Le volume des fonds matériels de la production et de la reproduction sociales, et la relation qui existe entre eux, sont déterminés par la quantité et la perspective d’accroissement de la force de travail entraînée dans la production sociale. C’est la loi économique fondamentale de la société socialiste, qui conditionne la structure de la production et de la reproduction sociales sous le socialisme. »

C’est la première loi économique fondamentale du socialisme.

Dans ce même discours, le camarade Iarochenko déclare :

« La relation qui existe entre les sections I et II est conditionnée dans la société socialiste par le besoin de produire des moyens de production dans les proportions nécessaires pour entraîner dans la production sociale toute la population apte au travail. C’est la loi économique fondamentale du socialisme, en même temps qu’une stipulation de notre Constitution, qui découle du droit au travail des citoyens soviétiques. »

C’est, pour ainsi dire, la seconde loi économique fondamentale du socialisme.

Enfin, dans sa lettre aux membres du Bureau politique, le camarade Iarochenko déclare :

« Partant de là, on pourrait, ce me semble, formuler à peu près comme suit les traits et les exigences essentiels de la loi économique fondamentale du socialisme: accroître et perfectionner constamment la production des conditions de vie matérielles et culturelles de la société. »

C’est déjà là une troisième loi économique fondamentale du socialisme.

Toutes ces lois sont-elles des lois économiques fondamentales du socialisme, ou seulement l’une d’entre elles ; et si c’est seulement l’une d’entre elles, laquelle exactement ? A ces questions le camarade Iarochenko ne donne aucune réponse dans sa dernière lettre aux membres du Bureau politique. Quand il formulait dans sa lettre aux membres du Bureau politique la loi économique fondamentale du socialisme, il avait sans doute « oublié » que dans son discours à la séance plénière de la discussion, trois mois auparavant, il avait déjà formulé deux autres lois économiques fondamentales du socialisme, croyant apparemment que cette combinaison plus que douteuse passerait inaperçue. Mais, on le voit, cet espoir ne s’est pas justifié.

Admettons que les deux premières lois économiques fondamentales du socialisme formulées par le camarade Iarochenko ne soient plus valables, que désormais celui-ci considère comme loi économique fondamentale du socialisme la troisième formule, qu’il a exposée dans sa lettre aux membres du Bureau politique. Consultons la lettre du camarade Iarochenko.

Le camarade Iarochenko y dit qu’il n’est pas d’accord avec la définition de la loi économique fondamentale du socialisme donnée dans les « Remarques» du camarade Staline. Il déclare :

« Le principal, dans cette définition, c’est (assurer au maximum la satisfaction des besoins… de toute la société). La production est présentée ici comme un moyen d’atteindre ce but principal : satisfaire les besoins. Cette définition donne tout lieu de croire que la loi économique fondamentale du socialisme formulée par vous part non du primat de la production, mais du primat de la consommation. »

Il est évident que le camarade Iarochenko n’a rien compris au fond du problème, et qu’il ne voit pas que ses propos sur le primat de la consommation ou de la production n’ont absolument rien à voir ici. Quand on parle du primat de tel ou tel processus social sur un autre processus, on sous-entend d’ordinaire que ces deux processus sont plus ou moins de même nature. On peut et on doit parler du primat de la production des moyens de production sur la production des moyens de consommation, car dans les deux cas il s’agit de production, donc de choses qui sont plus ou moins de même nature. Mais on ne saurait parler, et il serait faux de parler, du primat de la consommation sur la production, ou de la production sur la consommation, car la production et la consommation sont deux domaines tout à fait distincts, liés entre eux il est vrai, mais cependant distincts. Le camarade Iarochenko ne comprend évidemment pas qu’il s’agit ici non du primat de la consommation ou de la production, mais du but que pose la société devant la production sociale, de la tâche à laquelle elle subordonne la production sociale, par exemple, sous le socialisme. Le camarade Iarochenko sort donc, une fois de plus, tout à fait du sujet quand il dit que « la base de la vie de la société socialiste, comme de toute autre société, c’est la production ». Il oublie que les hommes produisent non pour produire, mais pour satisfaire leurs besoins. Il oublie que si la production s’écarte des besoins de la société, elle s’étiole et meurt.

Peut-on, d’une façon générale, parler du but que poursuit la production capitaliste ou socialiste, des tâches auxquelles est subordonnée la production capitaliste ou socialiste ? J’estime qu’on le peut et qu’on le doit.

Marx dit :

« Le but immédiat de la production capitaliste n’est pas la production des marchandises, mais de la plus-value ou du profit sous sa forme développée ; non pas du produit, mais du produit net. De ce point de vue, le travail lui-même n’est productif qu’autant qu’il crée le profit ou le produit net pour le capital. Si l’ouvrier ne le crée pas, son travail est improductif. La masse du travail productif employé n’intéresse donc le capital que dans la mesure où grâce à elle, — ou en relation avec elle, — croît la quantité du surtravail ; pour autant est nécessaire ce que nous avons appelé temps de travail nécessaire. Si le travail ne donne pas ce résultat, il est superflu et doit être arrêté.

Le but de la production capitaliste consiste toujours à créer le maximum de plus-value ou le maximum de produit net avec un minimum de capital avancé; si ce résultat n’est pas atteint par un travail excessif des ouvriers, le capital a tendance à produire ce produit avec le minimum de frais possible, à économiser la force de travail et les dépenses…

Les ouvriers eux-mêmes se présentent ainsi, tels qu’ils sont dans la production capitaliste : uniquement des moyens de production et non un but en soi ni le but de la production »19.

Ces paroles de Marx sont remarquables non seulement parce qu’elles définissent brièvement et exactement le but de la production capitaliste, mais encore parce qu’elles indiquent le but fondamental, la tâche principale qui doit être posée devant la production socialiste.

Donc, le but de la production capitaliste, c’est le profit. Quant à la consommation, elle n’est nécessaire au capitalisme qu’autant qu’elle assure le profit. Hors de là, la question de la consommation n’intéresse pas le capitalisme. Celui-ci perd de vue l’homme et ses besoins.

Quel est donc le but de la production socialiste, quelle est la tâche principale, à l’exécution de laquelle doit être subordonnée la production sociale sous le socialisme ?

Le but de la production socialiste n’est pas le profit, mais l’homme et ses besoins, c’est-à-dire la satisfaction de ses besoins matériels et culturels. Le but de la production socialiste, ainsi qu’il est dit dans les « Remarques » du camarade Staline, est d’« assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de toute la société »20.

Le camarade Iarochenko pense qu’il s’agit ici du « primat » de la consommation sur la production. C’est là, bien entendu, un manque de réflexion de sa part. En réalité, il s’agit ici non du primat de la consommation, mais de la subordination de la production socialiste à son but fondamental : assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de toute la société.

Donc, assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de toute la société, voilà le but de la production socialiste ; accroître et perfectionner constamment la production socialiste sur la base d’une technique supérieure, voilà le moyen d’atteindre ce but.

Telle est la loi économique fondamentale du socialisme.

Voulant conserver le « primat » de la production sur la consommation, le camarade Iarochenko affirme que la « loi économique fondamentale du socialisme » s’énonce comme suit : « accroître et perfectionner constamment la production des conditions matérielles et culturelles de la société ». Cela est tout à fait faux. Le camarade Iarochenko mutile grossièrement et gâche la formule exposée dans les « Remarques » du camarade Staline. Chez lui, la production, de moyen qu’elle était, devient le but, et il n’est plus question d’assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de la société. On a donc un accroissement de la production pour l’accroissement de la production, la production comme but en soi, et le camarade Iarochenko perd de vue l’homme et ses besoins.

Aussi, rien d’étonnant si, en même temps que l’homme considéré comme but de la production socialiste, disparaissent dans la « conception » du camarade Iarochenko les derniers vestiges de marxisme.

Par conséquent, ce qu’on trouve en définitive chez le camarade Iarochenko, ce n’est pas le «primat » de la production sur la consommation, mais quelque chose comme le « primat » de l’idéologie bourgeoise sur l’idéologie marxiste.

  1. Une question se pose à part : celle de la théorie de la reproduction de Marx. Le camarade Iarochenko affirme que la théorie de la reproduction de Marx n’est applicable qu’à la reproduction capitaliste, qu’elle ne renferme rien qui soit valable pour les autres formations sociales, la formation sociale socialiste y compris. Il dit :

« Transporter dans la production sociale socialiste le schéma de la reproduction que Marx a élaboré pour l’économie capitaliste, c’est se faire une conception dogmatique de la doctrine de Marx et se mettre en contradiction avec l’essence de sa doctrine21

Il affirme ensuite que « le schéma de la reproduction de Marx ne correspond pas aux lois économiques de la société socialiste et ne peut servir de base à l’étude de la reproduction socialiste22

Parlant de la théorie de la reproduction simple de Marx, qui établit une relation définie entre la production des moyens de production (section I) et celle des moyens de consommation (section II), le camarade Iarochenko dit :

«La relation existant entre les sections I et II n’est pas conditionnée, en société socialiste, par la formule de Marx v + pl de la section I et c de la section II23. Dans les conditions du socialisme, il ne doit pas y avoir ce rapport d’interdépendance dans le développement entre les sections I et II24

Il affirme que « la théorie, élaborée par Marx, de la relation existant entre les sections I et II est inacceptable dans nos conditions socialistes, car la théorie de Marx a pour base l’économie capitaliste et ses lois25

C’est ainsi que le camarade Iarochenko gâche la théorie de la reproduction de Marx.

Certes, la théorie de la reproduction que Marx a élaborée, après avoir étudié les lois de la production capitaliste, reflète les traits spécifiques de la production capitaliste et revêt naturellement la forme des rapports de valeur propres à la production marchande capitaliste. Il ne pouvait en être autrement. Mais ne voir dans la théorie de la reproduction de Marx que cette forme, et ne pas apercevoir sa base, ne pas apercevoir son contenu fondamental, qui n’est pas valable uniquement pour la formation sociale capitaliste, c’est ne rien comprendre à cette théorie. Si le camarade Iarochenko comprenait quoi que ce soit en la matière, il aurait aussi compris cette vérité évidente que les schémas de la reproduction de Marx ne se bornent nullement à refléter les traits spécifiques de la reproduction capitaliste, qu’ils renferment aussi nombre de thèses fondamentales relatives à la reproduction, qui restent valables pour toutes les formations sociales, y compris et notamment la formation sociale socialiste. Des thèses fondamentales de la théorie de la reproduction de Marx, comme celle de la division de la production sociale en production des moyens de production et en production des moyens de consommation ; celle de la priorité donnée à la production des moyens de production lors de la reproduction élargie ; celle de la relation existant entre les sections I et II ; celle du produit net considéré comme source unique de l’accumulation ; celle de la formation et du rôle des fonds sociaux ; celle de l’accumulation considérée comme source unique de la reproduction élargie, — toutes ces thèses fondamentales de la théorie de la reproduction de Marx ne sont pas valables seulement pour la formation capitaliste, et aucune société socialiste ne peut s’abstenir de les appliquer pour planifier l’économie nationale. Fait significatif: le camarade Iarochenko, qui le prend de si haut avec les « schémas de la reproduction » de Marx, est luimême obligé d’y recourir à tout moment lorsqu’il traite des problèmes de la reproduction socialiste.

Mais qu’en pensaient Lénine et Marx ?

Chacun connaît les remarques critiques de Lénine sur le livre de Boukharine : L’Economie de la période de transition. Dans ces remarques, on le sait, Lénine reconnaissait que la formule donnée par Marx de la relation existant entre les sections I et II, contre laquelle le camarade Iarochenko part en guerre, reste valable et pour le socialisme, et pour le « communisme pur », c’est-à-dire pour la seconde phase du communisme.

Quant à Marx, on le sait, il n’aimait pas à se distraire de l’étude des lois de la production capitaliste, et il ne s’est pas préoccupé, dans son Capital, de savoir si ses schémas de la reproduction seraient ou non applicables au socialisme. Pourtant, au chapitre 20 du second tome du Capital, dans la rubrique « Le capital constant de la section I », où il traite de l’échange des produits de la section I à l’intérieur de cette section, Marx note, pour ainsi dire en passant, que l’échange des produits dans cette section se déroulerait sous le socialisme de façon aussi constante que sous le régime de la production capitaliste. Il dit :

« Si la production était sociale, au lieu d’être capitaliste, il est clair que ces produits de la section I n’en seraient pas moins continuellement distribués de nouveau comme moyens de production entre les branches de production de cette section en vue de la reproduction; une partie resterait directement dans la sphère de production où elle est née comme produit, une autre partie passerait dans d’autres centres de production, et ainsi se produirait un va-et-vient continuel entre les divers centres de production de cette section26. »

Il s’ensuit que Marx ne pensait nullement que sa théorie de la reproduction n’était valable que pour la production capitaliste, bien qu’il s’occupât alors de l’étude des lois de la production capitaliste. On voit qu’au contraire il estimait sa théorie de la reproduction également valable pour la production socialiste.

Notons que Marx, analysant dans sa Critique du programme de Gotha l’économie du socialisme et de la période de transition au communisme, s’appuie sur les thèses fondamentales de sa théorie de la reproduction, qu’il considère manifestement comme indispensables pour un régime communiste.

Notons aussi que dans son Anti-Dühring Engels, critiquant le « système socialitaire » de Dühring et définissant l’économie du régime socialiste, s’appuie, lui aussi, sur les thèses fondamentales de la théorie de la reproduction de Marx qu’il considère comme indispensable pour un régime communiste.

Tels sont les faits.

Il s’ensuit que là encore, dans la question de la reproduction, le camarade Iarochenko, malgré son ton dégagé à l’égard des « schémas » de Marx, s’est retrouvé sur un banc de sable.

  1. Le camarade Iarochenko termine sa lettre aux membres du Bureau politique en proposant qu’on le charge d’écrire l’« Economie politique du socialisme ». Il déclare :

« Partant de la définition, — exposée par moi à la séance plénière de la discussion, à la commission de travail de la séance plénière de la discussion et dans la présente lettre, — de l’objet de cette science qu’est l’économie politique du socialisme, et appliquant la méthode dialectique marxiste, je puis en un an, dix-huit mois au plus, et avec l’aide de deux assistants, élaborer les solutions théoriques des problèmes fondamentaux de l’économie politique du socialisme, exposer la théorie marxiste, léniniste-stalinienne de l’économie politique du socialisme, théorie qui fera de cette science une arme efficace dans la lutte du peuple pour le communisme. »

Il faut avouer que le camarade Iarochenko ne souffre pas d’un excès de modestie. Bien plus : on pourrait dire, pour user du style de certains hommes de lettres, que c’est « même juste le contraire ».

Nous avons déjà dit que le camarade Iarochenko confond l’économie politique du socialisme avec la politique économique des organismes dirigeants. Ce qu’il considère comme l’objet de l’économie politique du socialisme — organisation rationnelle des forces productives, planification de l’économie nationale, constitution de fonds sociaux, etc. — regarde non l’économie politique du socialisme, mais la politique économique des organismes dirigeants.

Cela, sans préjudice du fait que les graves erreurs commises par le camarade Iarochenko et son « point de vue » non marxiste n’engagent guère à confier pareille tâche au camarade Iarochenko.

Conclusions :

  • 1) Les doléances du camarade Iarochenko à l’adresse des dirigeants de la discussion sont sans objet, car les dirigeants de la discussion, qui étaient des marxistes, ne pouvaient refléter, dans les documents qui font le point de la discussion, le « point de vue » non marxiste du camarade Iarochenko.
  • 2) La demande du camarade Iarochenko d’être chargé d’écrire l’Economie politique du socialisme ne peut être prise au sérieux, ne serait-ce que pour la raison qu’elle sent son Khlestakov27 à plein nez.
  1. STALINE

22 mai 1952.

RÉPONSE AUX CAMARADES A. V. SANINA ET V. G. VENGER

J’ai reçu vos lettres. Les auteurs de ces lettres, on le voit, étudient à fond et sérieusement les problèmes économiques de notre pays. Ces lettres renferment bon nombre de formules justes et d’idées intéressantes. Cependant, on y trouve aussi de graves erreurs théoriques. Dans ma réponse, je tiens à m’arrêter précisément sur ces erreurs.

1. DU CARACTÈRE DES LOIS ÉCONOMIQUES DU SOCIALISME

Les camarades Sanina et Venger affirment que « c’est seulement grâce à l’activité consciente des hommes soviétiques, occupés à la production matérielle, que surgissent les lois économiques du socialisme ». Cette thèse est absolument fausse.

Les lois du développement économique existent-elles objectivement, en dehors de nous, indépendamment de la volonté et de la conscience des hommes ? Le marxisme répond à cette question par l’affirmative. Le marxisme estime que les lois de l’économie politique du socialisme sont le reflet, dans les cerveaux des hommes, des lois objectives, existant en dehors de nous. Or, la formule des camarades Sanina et Venger donne une réponse négative à cette question. C’est donc que ces camarades se placent au point de vue d’une théorie fausse qui prétend que les lois du développement économique sous le socialisme sont « créées », « transformées » par les organismes dirigeants de la société. Autrement dit, ils rompent avec le marxisme et s’engagent dans la voie d’un idéalisme subjectif.

Sans doute, les hommes peuvent découvrir ces lois objectives, les connaître et, en se basant sur elles, les utiliser dans l’intérêt de la société. Mais ils ne peuvent ni les « créer », ni les « transformer ».

Admettons un instant que nous nous soyons placés au point de vue de la théorie fausse qui nie l’existence des lois objectives dans la vie économique sous le socialisme et proclame la possibilité de « créer » et de « transformer » les lois économiques. Qu’en résulterait-il ? Il en résulterait que nous serions plongés dans le chaos et les éventualités ; nous serions les esclaves de ces éventualités, nous n’aurions plus la possibilité non seulement de comprendre, mais simplement de démêler ce chaos d’éventualités.

Il en résulterait que nous supprimerions l’économie politique comme science, car la science ne peut exister ni se développer sans reconnaître les lois objectives, sans les étudier. Or, la science une fois supprimée, nous n’aurions plus la possibilité de prévoir le cours des événements dans la vie économique du pays, c’est-à-dire que nous n’aurions plus la possibilité d’organiser la direction économique même la plus élémentaire.

En fin de compte, nous nous trouverions soumis à l’arbitraire d’aventuriers « économiques », prêts à « supprimer » les lois du développement économique et à « créer » de nouvelles lois, sans comprendre les lois objectives, ni en faire état.

Tout le monde connaît la formule classique de la position marxiste dans cette question, donnée par Engels dans l’Anti-Dühring.

« Les forces actives de la société agissent tout à fait comme les forces de la nature: aveugles, violentes et destructrices tant que nous ne les connaissons pas et que nous ne comptons pas avec elles. Mais une fois que nous les avons reconnues, que nous en avons saisi l’activité, la direction, les effets, il ne dépend plus que de nous de les soumettre de plus en plus à notre volonté et d’atteindre nos buts grâce à elles. Et cela est particulièrement vrai des puissantes forces productives d’aujourd’hui. Tant que nous nous refusons obstinément à en comprendre la nature et le caractère, — et c’est contre cette compréhension que regimbent le mode de production capitaliste et ses défenseurs, — ces forces agissent malgré nous, contre nous, et elles nous dominent, comme nous l’avons exposé dans le détail. Mais une fois saisies dans leur nature, elles peuvent, dans les mains des producteurs associés, se transformer de maîtresses démoniaques en servantes dociles. C’est là la différence qu’il y a entre la force destructrice de l’électricité dans l’éclair de l’orage et l’électricité domptée du télégraphe et de l’arc électrique, la différence entre l’incendie et le feu agissant au service de l’homme. En traitant de la même façon les forces productives actuelles après avoir enfin reconnu leur nature, on voit l’anarchie sociale de la production remplacée par une réglementation socialement planifiée de la production, selon les besoins de la communauté comme de chaque individu ; ainsi, le mode capitaliste d’appropriation, dans lequel le produit asservit d’abord le producteur, puis l’appropriateur lui-même, est remplacé par le mode d’appropriation des produits fondé sur la nature des moyens modernes de production eux-mêmes : d’une part appropriation sociale directe comme moyen d’entretenir et de développer la production, d’autre part appropriation individuelle directe comme moyen d’existence et de jouissance28. »

2. DES MESURES A PRENDRE POUR ÉLEVER LA PROPRIÉTÉ KOLKHOZIENNE AU NIVEAU DE PROPRIÉTÉ DU PEUPLE ENTIER

Quelles mesures sont nécessaires pour élever la propriété kolkhozienne, qui n’est évidemment pas une propriété de tout le peuple, au niveau de propriété du peuple entier (« nationale ») ?

Certains camarades pensent qu’il faut simplement nationaliser la propriété kolkhozienne, la proclamer propriété du peuple entier, comme on l’a fait, en son temps, pour la propriété capitaliste. Cette proposition est tout à fait erronée et absolument inacceptable. La propriété kolkhozienne est une propriété socialiste, et nous ne pouvons en aucune façon en user avec elle comme avec la propriété capitaliste. Du fait que la propriété kolkhozienne n’est pas la propriété de tout le peuple, il ne s’en suit pas du tout que la propriété kolkhozienne n’est pas une propriété socialiste.

Ces camarades supposent que la remise de la propriété d’individus et de groupes d’individus en propre à l’Etat est l’unique ou, en tout cas, la meilleure forme de nationalisation. C’est faux. En réalité, la remise en propre à l’Etat n’est pas l’unique ni même la meilleure forme de nationalisation, mais la forme initiale de nationalisation, comme Engels le dit très justement dans l’Anti-Dühring. Il est évident qu’aussi longtemps que l’Etat existe, la remise en propre à l’Etat est la forme initiale de nationalisation la plus compréhensible. Mais l’Etat n’existera pas éternellement. Avec l’extension de la sphère d’action du socialisme dans la plupart des pays du monde, l’Etat dépérira, et il est évident que, par suite, la question de la remise des biens des individus et des groupes d’individus en propre à l’Etat ne se posera plus. L’Etat disparaîtra, mais la société restera. Par conséquent, l’héritier de la propriété du peuple entier sera non plus l’Etat, qui aura disparu, mais la société elle-même, en la personne de son organisme économique dirigeant, central.

Que faut-il donc entreprendre, en ce cas, pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier.

Les camarades Sanina et Venger proposent, comme mesure essentielle, de vendre en propre aux kolkhoz les principaux instruments de production concentrés dans les stations de machines et de tracteurs ; de décharger par ce moyen l’Etat de ses investissements en grands travaux dans l’agriculture et de faire assumer aux kolkhoz la responsabilité de l’entretien et du développement des stations de machines et de tracteurs. Ils disent :

« Il serait faux de croire que les investissements kolkhoziens doivent être principalement affectés aux besoins culturels de la campagne kolkhozienne, tandis que l’Etat doit fournir, comme précédemment, la masse essentielle des investissements pour les besoins de la production agricole. Ne serait-il pas plus juste d’exonérer l’Etat de ces charges, puisque les kolkhoz sont parfaitement à même de les assumer ? Il y aura suffisamment d’entreprises où l’Etat pourra investir ses ressources, afin de créer dans le pays une abondance d’objets de consommation. »

Pour justifier leur proposition, les auteurs avancent plusieurs arguments.

Premièrement. Se référant aux paroles de Staline disant que les moyens de production ne doivent pas être vendus même aux kolkhoz, les auteurs de la proposition mettent en doute cette thèse de Staline et déclarent que l’Etat vend cependant aux kolkhoz des moyens de production, tels que le petit outillage comme faux et faucilles, petits moteurs, etc. Ils estiment que si l’Etat vend aux kolkhoz ces moyens de production, il pourrait également leur vendre tous les autres moyens de production, par exemple, les machines des S. M. T.

Cet argument ne tient pas. Certes, l’Etat vend aux kolkhoz le petit outillage, comme cela se doit d’après les Statuts de l’artel agricole et la Constitution. Mais peut-on mettre sur le même plan le petit outillage et ces moyens essentiels de la production agricole que sont les machines des S. M. T. ou, mettons, la terre qui, elle aussi, est un des moyens essentiels de la production dans l’agriculture. Il est clair que non. On ne peut pas le faire, le petit outillage ne décidant en aucune mesure du sort de la production kolkhozienne, tandis que les moyens de production tels que les machines des S. M. T. et la terre décident pleinement du sort de l’agriculture dans nos conditions actuelles.

Il est aisé de comprendre que lorsque Staline dit que les moyens de production ne doivent pas être vendus aux kolkhoz, il ne pense pas au petit outillage, mais aux moyens essentiels de la production agricole : les machines des S. M. T., la terre. Les auteurs jouent sur les mots « moyens de production » et confondent deux choses différentes, sans s’apercevoir qu’ils font fausse route.

Deuxièmement. Les camarades Sanina et Venger se réfèrent ensuite au fait qu’au début du mouvement kolkhozien de masse — fin de 1929 et début de 1930 — le Comité central du P. C. (b) de l’U.R.S.S. était lui-même partisan de la remise des stations de machines et de tracteurs en propre aux kolkhoz, ceux-ci devant rembourser la valeur des S. M. T. dans un délai de trois ans. Ils considèrent que, bien que cette initiative ait alors échoué, « en raison de la pauvreté » des kolkhoz, maintenant que les kolkhoz sont riches, on pourrait revenir à cette politique, à la vente des S. M. T. aux kolkhoz.

Cet argument ne tient pas non plus. Le Comité central du P. C. (b) de l’U.R.S.S. avait effectivement pris une décision relative à la vente des S. M. T. aux kolkhoz, au début de 1930. Cette décision avait été prise sur la proposition d’un groupe de kolkhoziens de choc, à titre d’expérience, à titre d’essai, pour revenir, à bref délai, sur cette question et l’examiner à nouveau. Or, la première vérification a montré le caractère irrationnel de cette décision, et, au bout de quelques mois, c’est-à-dire à la fin de 1930, cette décision fut rapportée.

L’extension du mouvement kolkhozien et le développement de l’édification des kolkhoz ont définitivement convaincu les kolkhoziens de même que les travailleurs dirigeants que la concentration des principaux instruments de la production agricole entre les mains de l’Etat, dans les stations de machines et de tracteurs, est l’unique moyen d’assurer des rythmes élevés d’accroissement de la production dans les kolkhoz.

Nous nous réjouissons tous de l’accroissement intense de la production agricole dans notre pays, de la production accrue des céréales, du coton, du lin, de la betterave, etc. Où est la source de cet accroissement ? Elle est dans la technique moderne, dans les nombreuses machines perfectionnées qui desservent toutes ces branches de production. Il ne s’agit pas seulement de la technique en général ; il s’agit que la technique ne peut pas rester immobile, qu’elle doit constamment s’améliorer ; la technique ancienne doit être mise hors de service et remplacée par une technique nouvelle qui, à son tour, cédera le pas à une technique encore plus récente. Sinon le progrès de notre agriculture socialiste serait inconcevable, inconcevables aussi les grandes récoltes, l’abondance des produits agricoles. Mais que signifie mettre hors de service des centaines de milliers de tracteurs à roues et les remplacer par des tracteurs à chenilles, remplacer des dizaines de milliers de moissonneuses-batteuses périmées par de nouvelles, créer de nouvelles machines, par exemple, pour les cultures industrielles ? Cela signifie engager des dépenses se chiffrant par des milliards et qui ne pourront être récupérées que dans 6 ou 8 ans. Nos kolkhoz, même s’ils sont des kolkhoz-millionnaires, peuvent-ils assumer ces dépenses ? Non, ils ne le peuvent pas, car ils ne sont pas à même de dépenser des milliards qui ne pourront être récupérés que dans 6 ou 8 ans. L’Etat seul peut se charger de ces dépenses, lui seul étant capable de supporter les pertes entraînées par la mise hors de service des vieilles machines et leur remplacement par de nouvelles, lui seul étant capable de supporter ces pertes pendant 6 ou 8 ans, et d’attendre l’expiration de ce délai pour récupérer ses dépenses.

Que signifie, après tout cela, exiger que les S. M. T. soient vendues en propre aux kolkhoz ? Cela signifie faire subir aux kolkhoz des pertes énormes, les ruiner, compromettre la mécanisation de l’agriculture, ralentir la cadence de la production kolkhozienne.

D’où la conclusion : en proposant de vendre en propre les S. M. T. aux kolkhoz, les camarades Sanina et Venger font un pas en arrière et essaient de faire tourner à rebours la roue de l’histoire.

Admettons un instant que nous ayons accepté la proposition des camarades Sanina et Venger, et commencé à vendre en propre aux kolkhoz les principaux instruments de production, les stations de machines et de tracteurs. Qu’en résulterait-il ?

Il en résulterait, premièrement, que les kolkhoz deviendraient propriétaires des principaux instruments de production, c’est-à-dire qu’ils se trouveraient placés dans une situation exceptionnelle qui n’est celle d’aucune entreprise dans notre pays, car, on le sait, les entreprises nationalisées elles-mêmes ne sont pas chez nous propriétaires des instruments de production. Comment pourrait-on justifier cette situation exceptionnelle des kolkhoz, par quelles considérations de progrès, de marche en avant ? Peuton dire que cette situation contribuerait à élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier, qu’elle hâterait le passage de notre société du socialisme au communisme ? Ne serait-il pas plus juste de dire que cette situation ne pourrait qu’éloigner la propriété kolkhozienne de la propriété du peuple entier et aboutirait à nous éloigner du communisme, au lieu de nous en rapprocher.

Il en résulterait, deuxièmement, un élargissement de la sphère d’action de la circulation des marchandises qui entraînerait dans son orbite une quantité énorme d’instruments de production agricole. Qu’en pensent les camarades Sanina et Venger ? L’élargissement de la sphère de la circulation des marchandises peut-il contribuer à notre avance vers le communisme ? Ne sera-t-il pas plus juste de dire qu’il ne peut que freiner notre avance vers le communisme ?

L’erreur essentielle des camarades Sanina et Venger, c’est qu’ils ne comprennent pas le rôle et l’importance de la circulation des marchandises en régime socialiste; ils ne comprennent pas que la circulation des marchandises est incompatible avec la perspective de passer du socialisme au communisme. Ils pensent sans doute que l’on peut, même sous le régime de la circulation des marchandises, passer du socialisme au communisme, que la circulation des marchandises ne peut en l’occurrence constituer un obstacle. C’est une grave erreur, qui part d’une incompréhension du marxisme.

En critiquant la « commune économique » de Dühring, fonctionnant dans les conditions de la circulation des marchandises, Engels a montré, de façon probante, dans son Anti-Dühring, que l’existence de la circulation des marchandises doit amener inévitablement les « communes économiques » de Dühring à la renaissance du capitalisme. Evidemment, les camarades Sanina et Venger ne sont pas de cet avis. Tant pis pour eux. Mais nous, marxistes, nous partons de la thèse marxiste bien connue, selon laquelle le passage du socialisme au communisme et le principe communiste de la répartition des produits selon les besoins excluent tout échange de marchandises et, par suite, la transformation des produits en marchandises et, en même temps, leur transformation en valeur.

Voilà ce qu’il en est de la proposition et des arguments des camarades Sanina et Venger.

Que faut-il donc entreprendre, en fin de compte, pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier ?

Le kolkhoz est une entreprise d’un genre particulier. Il travaille sur la terre et cultive la terre qui, depuis longtemps, n’est plus une propriété kolkhozienne, mais est une propriété du peuple entier. Par conséquent, le kolkhoz ne possède pas en propre la terre qu’il cultive.

Poursuivons. Le kolkhoz travaille à l’aide d’instruments essentiels de production, qui ne sont pas propriété kolkhozienne, mais sont propriété du peuple entier. Par conséquent, le kolkhoz ne possède pas en propre les principaux instruments de production.

Ensuite, le kolkhoz est une entreprise coopérative, il utilise le travail de ses membres et répartit les revenus parmi ses membres d’après les journées-travail fournies ; en outre, il possède des réserves de semences qui sont renouvelées chaque année et employées dans la production.

On se demande alors : Qu’est ce que le kolkhoz possède en propre ? Où est la propriété kolkhozienne dont il peut disposer en toute liberté, comme il l’entend ? Cette propriété, c’est la production du kolkhoz, le fruit de la production kolkhozienne : céréales, viande, beurre, légumes, coton, betterave, lin, etc., sans compter les bâtiments et les exploitations personnelles des kolkhoziens dans leurs enclos. Le fait est qu’une partie considérable de cette production, les excédents de la production kolkhozienne, arrive sur le marché et s’intègre de cette façon au système de la circulation des marchandises. C’est ce qui empêche actuellement d’élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier. C’est donc de ce côté-là qu’il faut activer le travail pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier.

Pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier, il faut que les excédents de la production kolkhozienne soient éliminés de la circulation des marchandises et intégrés au système d’échange de produits entre l’industrie d’Etat et les kolkhoz. Là est l’essentiel.

Nous n’avons pas encore de système développé d’échange de produits, mais il existe des embryons de cet échange sous forme de « payement en marchandises » pour les produits agricoles. On sait que pour les produits des kolkhoz tels que le coton, le lin et la betterave, on pratique depuis longtemps le « payement en marchandises ». Il est vrai que cela ne se fait pas en totalité, mais seulement partiellement; cependant, il s’agit tout de même d’un « payement en marchandises ». Remarquons en passant que les termes « payement en marchandises » ne sont pas heureux, qu’il faudrait les remplacer par l’« échange de produits ». La tâche est d’organiser dans toutes les branches de l’agriculture ces embryons d’échange de produits et de les développer pour en faire un vaste système d’échange, de façon que les kolkhoz reçoivent pour leur production de l’argent, mais surtout les produits manufacturés dont ils ont besoin. Ce système nécessitera un accroissement considérable de la production livrée par la ville à la campagne ; il faudra donc l’introduire sans trop de précipitation à mesure que s’accumulent des articles produits par la ville. Mais il faut l’introduire méthodiquement et sans hésitation, en restreignant pas à pas la sphère de la circulation des marchandises et en élargissant la sphère des échanges de produits.

Ce système, en restreignant la sphère de la circulation des marchandises, aidera à passer du socialisme au communisme. En outre, il permettra d’inclure la propriété essentielle des kolkhoz, la production kolkhozienne, dans le système d’ensemble de la planification nationale.

Ceci sera un moyen réel et décisif pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier, dans nos conditions actuelles.

Ce système est-il avantageux pour la paysannerie kolkhozienne ? Il l’est incontestablement. Avantageux, parce que la paysannerie kolkhozienne recevra de l’Etat des produits en quantité beaucoup plus grande et à meilleur marché qu’avec le système de circulation des marchandises. Tout le monde sait que les kolkhoz qui ont passé des contrats avec le gouvernement pour des échanges de produits («payement en marchandises») bénéficient d’avantages infiniment plus grands que les kolkhoz qui n’en ont pas conclu. Si l’on étend le système d’échange de produits à tous les kolkhoz du pays, toute notre paysannerie kolkhozienne bénéficiera de ces avantages.

  1. STALINE

28 septembre 1952.

NOTES

1

  1. Engels : «Anti-Dühring», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 20.

2

Ibidem.

3

  1. Lénine : «L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme», Œuvres, tome 22.

4

Voir p. 4 de la présente brochure.

5

  1. Marx : «Le Capital», livre premier, chapitre V, I, Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 23.

6

Lettre du camarade Iarochenko au Bureau politique du Comité central.

7

Discours du camarade Iarochenko à la séance plénière de la discussion.

8

Discours du camarade Iarochenko à la commission de travail de la séance plénière de la discussion.

9

Discours du camarade Iarochenko à la séance plénière de la discussion.

10

  1. Marx : «Travail salarié et capital», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 6.

11

  1. Marx : «Préface à la «Critique de l’économie politique»), Œuvres Complètes de K. Marx et F. Engels, tome 13.

12

  1. Lénine : «Notre situation extérieure et intérieure et les tâches du Parti», Œuvres, tome 31.

l3

  1. Marx : «Critique du programme de Gotha», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 19.

14

  1. Engels : «Anti-Dühring», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 20.

15 Ibidem.

16

  1. Lénine : Remarques critiques sur «L’Economie de la période de transition» de Boukharine, édition russe.

17

  1. Engels : «Anti-Dühring», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 20.

18

  1. Marx : «Travail salarié et capital», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 6.

19

  1. Marx : «Théorie de la plus-value», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 26.

20

Voir p. 19 de la présente brochure.

21

Discours du camarade Iarochenko à la séance plénière de la discussion.

22 Ibidem.

23

Ici, v signifie capital variable, pl, plus-value, et c, capital constant. Voir la formule dans Le Capital de K. Marx, livre deuxième chapitre XX

24

Discours du camarade Iarochenko à la séance plénière de la discussion.

25

Lettre du camarade Iarochenko aux membres du Bureau politique du Comité central.

26

  1. Marx : «Le Capital», livre deuxième, chapitre XX, section VI

25

Personnage de la pièce de Nicolas Gogol : Le Revizor, le type de l’imposteur et du fanfaron.

28

  1. Engels : «Anti-Dühring», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 20.

 

 

SOURCE: http://www.communisme-bolchevisme.net/download/Staline_Les_problemes_economiques_du_socialisme_en_URSS.pdf

Interview de Staline accordée à la Pravda

– 14 mars 1946 –

À la mi-mars 1946, un correspondant de la Pravda a demandé à Staline de clarifier certaines questions soulevées dans le discours prononcé par Winston Churchill à Fulton, États-Unis. Voici les réponses aux questions.

Question : Comment jugez-vous le dernier discours prononcé par M. Churchill aux Etats-Unis ?

Réponse : J’estime que ce discours est un acte dangereux, qui vise à semer des germes de discorde entre les Etats alliés et à rendre plus difficile leur collaboration.

Question : Peut-on estimer que le discours de M. Churchill compromet la paix et la sécurité mondiale ?

Réponse : Sans contredit, oui. En fait, M. Churchill se trouve actuellement dans la position d’un fauteur de guerre. Et il ne s’y trouve pas seul. Il a des amis, non seulement en Angleterre, mais également aux Etats-Unis. Il est à remarquer que, sous ce rapport, M. Churchill et ses amis rappellent d’une façon étonnante Hitler et ses amis. Hitler a commencé la préparation à la guerre par sa proclamation d’une théorie raciale, où il déclarait que seules les personnes de langue allemande représentaient une nation « véritable » au sens complet du mot.

M. Churchill, également, commence la préparation à la guerre par une théorie raciale, en affirmant que seules les nations de langue anglaise sont des nations dans toute l’acceptation du mot appelées à diriger les destinées du monde entier.

La théorie raciale allemande amena Hitler et ses amis à conclure que les Allemands, en tant qu’unique nation « véritable », devaient commander aux autres nations. La théorie raciale anglaise amène M. Churchill et ses amis à cette conclusion que les nations de langue anglaise, en tant que seules « véritables », doivent régner sur les autres nations du monde.

En fait, M. Churchill et ses amis, en Angleterre et aux Etats-Unis, présentent aux nations ne parlant pas anglais quelque chose comme un ultimatum : « Reconnaissez de bon gré notre domination, et tout alors ira bien ; dans le cas contraire, la guerre est inévitable. »

Mais si les nations ont versé leur sang au cours de cinq années d’une terrible guerre, c’est pour la liberté et l’indépendance de leur pays et non pas pour remplacer la domination des Hitler par celle des Churchill.

Il est donc tout à fait probable que les nations qui ne parlent pas l’anglais, et qui représentent l’énorme majorité de la population du globe, n’accepteront pas de retourner à un nouvel esclavage. La tragédie de M. Churchill consiste dans le fait qu’il ne comprend pas, en « tory » endurci, cette vérité simple et évidente.

Il n’y a aucun doute que la position prise par M. Churchill est une position qui mène à la guerre, un appel à la guerre contre l’URSS. Il est clair aussi que cette position de M. Churchill est incompatible avec le traité d’alliance qui existe actuellement entre l’Angleterre et l’URSS. Il est vrai que, pour embrouiller ses auditeurs, il déclare en passant que le traité anglo-soviétique d’aide mutuelle et de coopération pourrait être facilement prolongé pour une période de cinquante ans. Mais comment peut-on concilier une telle déclaration de M. Churchill avec sa position qui mène à la guerre contre l’URSS, avec son prêche en faveur de la guerre contre l’URSS ? Il est clair que ces faits sont absolument inconciliables. Et si M. Churchill, invitant à la guerre contre l’URSS, estime cependant que le traité anglo-soviétique peut être prolongé et voir sa durée portée jusqu’à cinquante ans, cela montre qu’il considère ce traité comme un papier sans importance, qui ne lui sert qu’à couvrir et masquer sa position antisoviétique. C’est pourquoi l’on ne peut pas considérer sérieusement les fausses déclarations des amis de M. Churchill en Grande-Bretagne relatives à une prolongation du traité anglosoviétique jusqu’à cinquante ans et plus. La prolongation du traité ne répond à rien si l’une des parties viole le traité et le transforme en un papier vide de sens.

Question : Que pensez-vous de la partie du discours dans laquelle M. Churchill attaque le régime démocratique des Etats européens voisins de l’Union Soviétique, et où il critique les relations de bon voisinage établies entre ces Etats et l’URSS ?

Réponse : Cette partie du discours de M. Churchill présente un mélange d’éléments de calomnie avec des éléments de grossièreté et de manque de tact. M. Churchill affirme que « Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest, Sofia, toutes ces villes célèbres, avec la population d’alentour, se trouvent dans la sphère soviétique et subissent toutes, sous une forme ou une autre, non seulement l’influence soviétique, mais encore le contrôle toujours grandissant de Moscou ». M. Churchill qualifie tout cela de « tendances expansionnistes » sans limites de l’URSS.

Il n’est pas nécessaire de faire un gros effort pour démontrer que M. Churchill calomnie grossièrement et sans pudeur, aussi bien Moscou que les États voisins de l’URSS dont il est question plus haut.

Premièrement, il est tout à fait absurde de parler de contrôle exclusif de l’URSS à Vienne et à Berlin, où se trouvent également des Conseils de contrôle alliés composés de représentants des quatre puissances, et où l’URSS n’a qu’un quart des voix. Il arrive que certaines gens ne puissent pas faire autrement que de calomnier, mais il faut cependant garder la mesure.

Deuxièmement, il ne faut pas oublier les circonstances suivantes : les Allemands ont envahi l’URSS à travers la Finlande, la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie. Ils ont pu exécuter leur agression à travers ces pays parce que, dans ces derniers, existaient alors des gouvernements hostiles à l’Union soviétique.

Par suite de l’invasion allemande, l’Union soviétique a perdu sans retour, dans les combats avec les Allemands, pendant l’occupation et par l’envoi d’hommes soviétiques dans les bagnes allemands, près de dix-sept millions de personnes. Autrement dit, les pertes de l’Union soviétique dépassent de plusieurs fois celles de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis pris ensemble.

Il est possible qu’en certains lieux on soit enclin à oublier ces pertes colossales du peuple soviétique, qui ont rendu possible la libération de l’Europe du joug hitlérien. Mais l’Union soviétique ne peut oublier ces pertes. On se demande ce qu’il peut bien y avoir d’étonnant dans le fait que l’Union soviétique, voulant garantir sa sécurité dans l’avenir, s’efforce d’obtenir que ces pays aient des gouvernements qui observent une attitude loyale envers l’URSS. Comment peut-on, si l’on a tout son bon sens, qualifier ces intentions pacifiques de l’Union soviétique de tendances expansionnistes de notre État ?

M. Churchill affirme, plus loin, que « le gouvernement polonais, se trouvant sous la domination des Russes, a été encouragé à formuler, vis-à-vis de l’Allemagne, des exigences énormes et injustifiées ». Chacun de ses mots est une calomnie grossière et insultante.

La Pologne démocratique actuelle est dirigée par des hommes éminents. Ils ont montré par leurs actes qu’ils savent défendre les intérêts et la dignité de leur patrie mieux que n’ont pu le faire leurs prédécesseurs. Quelles raisons peut invoquer M. Churchill pour affirmer que les dirigeants de la Pologne contemporaine peuvent tolérer dans leur pays la « domination » de représentants de quelque État étranger que ce soit ? Les calomnies de M. Churchill contre les « Russes » ne sont-elles pas dictées par l’intention de semer des germes de discorde dans les relations entre la Pologne et l’Union Soviétique ?

M. Churchill n’est pas content que la Pologne ait effectué un tournant dans sa politique en faveur de l’amitié et de l’alliance avec l’URSS. Il fut un temps où, dans les relations entre la Pologne et l’URSS, prédominaient des éléments de discorde et de contradictions. Cela donnait la possibilité, à des hommes d’État du genre de M. Churchill, de jouer de ces contradictions, de chercher à mettre la main sur la Pologne sous prétexte de la protéger des Russes, d’agiter le spectre de la guerre entre l’URSS et la Pologne et de conserver la position d’arbitre.

Mais cette époque est révolue, car l’hostilité entre la Pologne et la Russie a fait place à l’amitié polonosoviétique. La Pologne actuelle, démocratique, ne veut plus être un « ballon de jeu » aux mains d’étrangers. Il me semble que c’est précisément cette circonstance qui irrite M. Churchill et le pousse à des sorties grossières, dépourvues de tact, contre la Pologne. Pensez donc : on ne le laisse pas jouer aux dépens d’autrui…

En ce qui concerne les attaques de M. Churchill contre l’Union soviétique, à propos de l’extension des frontières occidentales de la Pologne, grâce à la reprise de territoires anciennement pris par l’Allemagne à la Pologne, il me semble que M. Churchill pipe ouvertement les dés.

Comme on le sait, la décision relative aux frontières occidentales de la Pologne a été adoptée à la conférence de Berlin des trois puissances sur la base des demandes polonaises. L’Union soviétique a déclaré à plusieurs reprises qu’elle considérait ces demandes comme justes et équitables. Il est tout à fait probable que M. Churchill n’est pas content de cette décision. Mais pourquoi M. Churchill, sans ménager ses flèches contre la position des Russes dans cette question, cache-t-il à ses auditeurs le fait que cette décision a été prise à l’unanimité à la conférence de Berlin et qu’elle a été votée non seulement par les Russes, mais également par les Britanniques et les Américains ? Pourquoi M. Churchill a-t-il eu besoin d’induire en erreur ses auditeurs ?

M. Churchill affirme plus loin que « les Partis communistes étaient très faibles dans tous ces États d’Europe orientale, qu’ils ont acquis une force extraordinaire dépassant de beaucoup leur importance en effectifs et qu’ils s’efforcent d’instaurer partout un contrôle totalitaire », que « des gouvernements policiers dominent dans presque tous ces pays et que, à l’heure actuelle, il n’y existe aucune démocratie véritable, exception faite pour la Tchécoslovaquie ».

Comme on le sait, en Angleterre, un seul parti dirige maintenant l’État : le Parti travailliste, alors que les partis d’opposition sont privés du droit de participer au gouvernement anglais. Chez M. Churchill, cela s’appelle le véritable esprit démocratique. En Pologne, en Roumanie, en Yougoslavie, en Bulgarie, en Hongrie, c’est un bloc de plusieurs partis qui gouverne, un bloc de quatre à six partis, et l’opposition, si elle est à peu près loyale, se voit assurer le droit de participer au gouvernement. Chez M. Churchill, cela s’appelle du totalitarisme, de la tyrannie, de la dictature policière. Pourquoi ? Pour quel motif ? N’attendez pas de réponse de la part de M. Churchill. M. Churchill ne comprend pas dans quelle position comique il se met avec ses discours criards sur le totalitarisme, la tyrannie et la dictature policière.

M. Churchill voudrait que la Pologne soit gouvernée par Sosnkowski et Anders, la Yougoslavie par Mikhaïlovitch et Pavélitch, la Roumanie par le prince Stirbey et Radescu, la Hongrie et l’Autriche par n’importe quel roi de la maison des Habsbourg, et ainsi de suite. Il voudrait nous convaincre que ces messieurs de la fourrière fasciste peuvent garantir « un ordre vraiment démocratique ». Tel est l’« esprit démocratique » de M. Churchill.

M. Churchill n’est pas loin de la vérité quand il parle de l’influence accrue des Partis communistes en Europe orientale. Il convient cependant de noter qu’il n’est pas tout à fait précis. L’influence des Partis communistes a augmenté non seulement en Europe orientale, mais aussi dans tous les pays où avait auparavant dominé le fascisme (Italie, Allemagne, Hongrie, Bulgarie, Roumanie, Finlande), ou bien où avait eu lieu l’occupation allemande, italienne ou hongroise (France, Belgique, Hollande, Norvège, Danemark, Pologne, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Grèce, Union soviétique, etc.).

L’accroissement de l’influence des communistes ne peut pas être considéré comme un fait du hasard, mais comme un phénomène entièrement légitime. L’influence des communistes s’est accrue parce que, pendant les dures années de la domination fasciste en Europe, les communistes se sont montrés des combattants sûrs, audacieux, pleins d’abnégation, contre le régime fasciste et pour la liberté des peuples.

M. Churchill rappelle quelquefois, dans ses discours, « les petites gens qui vivent dans des maisons modestes ». Il leur donne, en grand seigneur, des tapes amicales sur l’épaule et se dit leur ami. Mais ces hommes ne sont pas aussi simples qu’on pourrait le croire à première vue. Ce « petites gens » ont leur point de vue, leur politique, et ils savent se défendre.

Ce sont eux, les millions de ces « petites gens », qui ont battu M. Churchill et son parti en Angleterre, donnant leurs voix aux travaillistes.

Ce sont eux, les millions de ces « petites gens », qui ont isolé en Europe les réactionnaires et les partisans de la collaboration avec le fascisme, et ont donné leur préférence aux partis démocratiques de gauche.

Ce sont eux, les millions de ces « petites gens », qui, après avoir éprouvé les communistes dans le feu de la lutte et de la résistance au fascisme, ont décidé que les communistes méritaient pleinement la confiance du peuple.

C’est ainsi que l’influence des communistes a augmenté en Europe. Telle est la loi du développement historique.

Naturellement, M. Churchill n’est pas satisfait par un tel développement des événements, et il sonne l’alarme, faisant appel à la force. Mais M. Churchill n’était pas non plus satisfait de l’apparition du régime soviétique en Russie, après la première guerre mondiale. À cette époque, il sonnait également l’alarme et organisa la campagne militaire « des quatorze États » contre la Russie, se proposant de faire tourner en arrière la roue de l’Histoire.

Mais l’Histoire s’est avérée plus forte que l’intervention churchilienne et le don-quichottisme de M. Churchill l’a amené à subir à l’époque une défaite complète.

Je ne sais si M. Churchill et ses amis réussiront à organiser, après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle campagne militaire contre « l’Europe orientale ». Mais s’ils y réussissent, ce qui est peu probable, car des millions de « petites gens » montent la garde pour défendre la cause de la paix, on peut dire avec assurance qu’ils seront battus, de même qu’ils ont été battus autrefois, il y a de cela vingt-six ans.

(Nouvelles Soviétiques, no 86, 16 mars 1946, Paris.)

Source: http://cpcml.ca/francais/Lmlq2016/Q46035.HTM#2

L’INDE, SOUS RÉGIME CAPITALISTE «NON-ALIGNÉ»!

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par Robert Bibeau

Le principe d’économie politique

Sous le mode de production capitaliste, particulièrement dans sa phase impérialiste ascendante, les moyens de production – comprenant les forces productives ouvrières – se développent sans cesse, entrainant dans leur sillage la transformation des rapports sociaux de production, qui en retour renforcent le développement des moyens de production. C’est ce que les marxistes appellent la dialectique du développement. Voyons une application de ce mouvement à travers un fait divers que la chaine de télé ARTE présentait récemment à propos des inondations et de la sècheresse dans le sous-continent indien.

La dramatique

Il y a quelque temps la chaine de télé Arte a diffusé un documentaire sur la mousson en Inde. Au cours de cette émission, nous avons vu deux situations climatiques aux dramatiques contradictoires et complémentaires. Dans la région du Kerala, au sud du pays, les habitants sont victimes d’inondations, des maisons sont emportées par la crue des eaux, les champs sont inondés, impropres à l’agriculture de subsistance.

À l’inverse, dans la région du Maharashtra, plus au nord, depuis plus de quatre ans il ne pleut pas. En raison de cette sècheresse, les paysans n’arrivent plus à nourrir leurs animaux ni leur famille, et ils se suicident par désespoir.

People gather to get water from a huge well in the village of Natwarghad in the western Indian state of Gujarat

La distance qui sépare ces deux régions est d’environ 600 km. Il suffirait de construire un canal, pour régler les problèmes des deux régions, le trop-plein d’eau de l’une deviendrait le juste assez d’eau pour l’autre.

Mais en Inde, comme ailleurs dans le Monde, c’est la connerie qui gouverne disait le commentateur du reportage et la go-gauche propage ce mantra opportuniste. Par ailleurs, il y a quelques jours, sur cette même chaine télé Arte, on pouvait voir et entendre un ministre du gouvernement fédéral à New Delhi passer commande de quelques milliards de dollars d’armement à un conglomérat russe de l’industrie de guerre. Un peu avant, le gouvernement français avait fourgué ses avions de chasse Rafales pour 8 milliards d’euros à ce gouvernement indigent, incapable de nourrir ses habitants.

Un gauchiste questionnait donc « C’est pour quand la décroissance des budgets militaires ?  La décroissance de la connerie permettrait une croissance de l’humanisme ! » commentait un autre militant altermondialiste « objecteur de croissance », pacifiste en dormance (!?)

Analyse marxiste de cette dramatique

INDIA DROUGHT 

C’est faire la partie belle au mode de production capitaliste et aux adjudants politiques qui administre ce système économico-politique décadent que de les taxer de « connards et de sans-cœurs incapables ». Ces politiciens indiens, ces ministres, ces députés, et leurs patrons capitalistes de l’industrie de l’armement, de l’agriculture, des trusts de semences OGM, des engrais chimiques et de l’industrie de l’alimentation, sont tous des assassins, des criminels, parfaitement conscients de leurs crimes intentionnels.

Exposons quelques vérités élémentaires sur le système économique et politique en Inde, un pays capitaliste industriel « émergent ». La société indienne moderne est divisée en classes sociales dont la classe capitaliste-bourgeoise est dominante et dirigeante.  Cette classe, monopolisant tous les pouvoirs, décide seule des investissements privés et publics en fonction de ses intérêts de classe.

Face à cette classe dirigeante, les classes laborieuses (prolétariats urbains, paysannerie rurale, travailleurs ruraux, artisans ruraux et urbains) n’ont aucun pouvoir, sont aliénés, surexploités, désorganisés et méprisés. Certains des paysans les plus pauvres, par désespoir, ne voyant aucun avenir devant eux se suicident. D’autres se révoltent spontanément, l’armée indienne, entrainée aux techniques de « containment », se charge de ces récalcitrants et en tuent souvent, même si jamais on ne vous en parle au journal télévisé.

Il serait techniquement et matériellement possible de régler le problème des uns et des autres – inondation et sècheresse – comme le suggérait le documentaire d’ARTE, mais rien n’est fait !  Pourquoi ? Pas par connerie des administrateurs gouvernementaux et des investisseurs capitalistes, mais parce qu’il n’est pas dans l’intérêt de la classe dirigeante indienne de régler ces deux problèmes agricoles. Pour eux, l’avenir de l’Inde n’est pas dans l’agriculture de subsistance et les petites exploitations familiales, mais dans la concentration, la mécanisation et l’industrialisation capitaliste de l’agriculture. Au lieu d’avoir à mobiliser l’armée pour expulser des millions de paysans et de travailleurs agricoles de leurs terres, ils laissent les forces de la nature chasser, affamer, tuer ces millions de « récalcitrants ». La nature fera innocemment ce qu’ils souhaitaient faire violemment. Tous ces ex-paysans et ex-travailleurs agricoles iront s’agglutiner dans les bidonvilles des grandes métropoles pour éventuellement servir de cheap labour dans les usines de textiles, dans l’industrie de l’alimentation ou dans l’industrie du recyclage des ordures, l’industrie des OGM et la construction des canaux d’irrigation…

Bientôt, la classe capitaliste indienne expropriera à vil prix ces terres en jachère, désertiques ou inondées, et ensuite, elle exigera de son État bourgeois la construction des canaux d’irrigation entre le Kerala inondé et le Maharashtra desséché, aux frais de l’État, pour irriguer leurs plantations et produire de l’éthanol pour manufacturer du carburant nationalisé et nationaliste « Made in India » sur les cadavres de millions de paysans et d’artisans indiens.

Dans ce contexte, les dépenses d’armement visent à équiper adéquatement l’armée indienne pour qu’elle puisse écraser dans le sang tout soulèvement populaire subséquent à ce plan machiavélique. L’État indien indique ainsi que le pays est entré de plain-pied dans le mode de production capitaliste et que l’intégration des anciens moyens de production et des anciennes forces productives, et la destruction impitoyable des anciens rapports de production féodaux (tenure des terres et micro- exploitations agricoles) sont à son programme économique et politique quoiqu’il en coute aux travailleurs indiens.

Rien de connard dans ce plan, mais beaucoup de cynisme. La gauche ne devrait pas colporter de mièvreries à propos de ces évènements tragiques – les inondations, la sècheresse, la famine et les suicides qui se poursuivent à l’encontre de millions de paysans déconfits –.  Finalement, notre devoir est de proclamer que seul le renversement violent de ce mode de production décadent pourra apporter la paix, le désarmement, l’irrigation, et le soutien de l’État prolétarien aux populations prolétariennes dans le besoin, non pas pour maintenir l’ancien mode de production féodal et ses anciens rapports de production délétères, mais pour assurer le passage de cette époque ancestrale vers le nouveau mode de production communiste mécanisé, robotisé, irrigué, modernisé, dans le respect de la Terre mère et des sociétés qui en vivent.

Robert Bibeau    Directeur.  Les7duQuébec.com   À lire sur l’Afrique : http://www.les7duquebec.com/7-au-front/afrique-le-dernier-eldorado/

Robert Bibeau (2014) Manifeste du parti ouvrier. http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

 

Source: http://www.les7duquebec.com/7-au-front/linde-sous-regime-capitaliste-non-aligne/

Ny organisasjon i Nederland

Vive l'Unité Révolutionnaire - dutchland

Tjen Folket hilser den nye nederlandske organisasjonen Revolusjonær Enhet og legger her fram erklæringer fra dem.

 

Vi er stolte av å offentliggjøre stiftelsen av en ny antikapitalistisk, antiimperialistisk, proletær feministisk organisasjon i Nederland: “Revolusjonær Enhet” (Revolutionaire Eenheid).

Organisasjonen ble lansert i en festmarkering etter nedtellingen til det nye året. Medlemmer holdt taler, leste opp skriftlige støtteerklæriger fra Filippinene, Palestina og Libanon, og så på videomeldinger fra India og USA.

Vi går med sikkerhet inn i det nye året på en militant måte.

Lenge leve Revolusjonær Enhet!

Engelsk:

“We are proud to make public the construction of a new anti-capitalist, anti-imperialist, proletarian feminist organization in the Netherlands: “Revolutionary Unity”. This organization was launched in a festive event after the countdown to the new year. Members held speeches, read the written solidarity statements from the Philippines, Palestine and Lebanon, and watched the video messages from India and the United States. We will be sure to enter the new year in a militant fashion. Long live the Revolutionary Unity! »

Points of Revolutionary Unity:

Anti-Capitalism:

Build revolutionary organizations and base areas for the total overthrow of capitalism and all its institutions!

The capitalist system is the main instigator of exploitation and oppression in the world. The fundamental contradiction in capitalism is that between the social character of production and the private character of appropriation. This contradiction is expressed mainly in the struggle between the proletariat and the bourgeoisie, and can only be solved through socialist revolution.

Capitalist class-society is defended primarily by repressive state-apparatuses (police, prisons, army) and reproduced by ideological state-apparatuses (schools, media, family, culture). For capitalism the constant reproduction of a disciplined and productive capitalist work-discipline is essential and people deemed ‘nonproductive’ (for example because of physical or mental conditions) are dehumanized and stripped of their rights. The plunder, pollution and destruction of the environment is also an inherent attribute of capitalism. To challenge the influence and power of capitalist institutions, it is essential to build political power amongst the oppressed and exploited masses. For this we need organization.

Anti-Imperialism:

Fight for the liberation of all peoples from national oppression, white supremacy and racism!

Imperialism is the social, economic and political system of domination of human life. It dominates all nations and peoples. Our era is one of imperialism, the contemporary and highest stage of the development of capitalism. National oppression, the oppression of nations and nationalities, has its roots in imperialism and is aided ideologically by racism. Migrants are victimized twice by both imperialism and colonial violence.

Imperialism has integrated the world into one global system. Solidarity with all oppressed peoples and nations for their right to self-determination are inseparably bound to the liberation of every nation. This is why we are active members of the Dutch branch of the international anti-imperialist united front ILPS – the International League of Peoples’ Struggle.

Proletarian Feminism:

Struggle against patriarchy and the oppression of women, queers, trans people and all gender-oppressed people!

Patriarchy oppresses the overwhelming majority of women, queers, trans people and all gender-oppressed people, especially those who are also nationally oppressed, and places them amongst the most oppressed and exploited sections of the working class. They are submitted to structural violence in the workplace, within the family, by the state and in their neighborhoods. The struggle against patriarchy, just like the struggle against capitalism and national oppression, will have to be waged and led primarily by those suffering the most from it.

In the fight against patriarchy, a form of class oppression with its roots in class-society, it is necessary that the class struggle has a central role. The interests of the majority of women, queers, trans people and other gender-oppressed people who are nationally oppressed or belong to the working class aren’t represented by bourgeois and petty bourgeois feminism. The theoretical and practical development of the struggle against patriarchy from the perspective of the proletariat and revolutionary politics is proletarian feminism.

Tjen Folket

02.01.2016

(Court résumé en français)

«Servir le peuple salue la nouvelle organisation néerlandaise appareil révolutionnaire et mis ici en avant les dépositions de leur part.


Nous sommes fiers d’annoncer la création d’une nouvelle, antikapitalistisk antiimperialistisk proletær organisation féministe, aux pays-bas : « révolutionnaire » (dispositif eenheid révolutionnaire).


L’organisation a été lancé lors d’une festmarkering après le compte à rebours pour la nouvelle année. Membres ont fait des discours, lire les écrits de støtteerklæriger jusqu’aux Philippines, en Palestine et au Liban, et ainsi de suite videomeldinger en provenance de l’Inde et les États-Unis.


Nous partons la nouvelle année d’une manière militante et avec assurance.»


Vive l’unité révolutionnaire !

Source: http://tjen-folket.no/start/view/12045