75e anniversaire de la victoire de la bataille de Stalingrad

Gloire à ceux dont l’héroïsme a défendu Stalingrad et changé le cours de la Deuxième Guerre mondiale

À l’occasion du 75e anniversaire de la victoire de la bataille de Stalingrad le 2 février 1943, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) adresse ses félicitations les plus chaleureuses à tous les descendants de ceux qui ont combattu et vaincu les envahisseurs nazis qui ont attaqué Stalingrad le 23 août 1942. La bataille s’est terminée par l’encerclement et la capitulation d’une armée allemande de 300 000 soldats. Cela a porté un coup mortel à la Wehrmacht nazie. La victoire de la bataille de Stalingrad, suivie d’une victoire décisive à Koursk, a été le début d’une puissante contre-offensive qui a repoussé les hitlériens progressivement jusqu’à leur point de départ, jusqu’à l’effondrement final du Troisième Reich à Berlin en 1945. La bataille a changé le cours de la Deuxième Guerre mondiale en faveur des peuples soviétiques et des peuples d’Europe et du monde.

Dans son discours du 6 novembre 1943 à la célébration du 26e anniversaire de la Grande Révolution d’Octobre, Joseph Staline a évalué la bataille de Stalingrad comme suit :

La bataille de Stalingrad a abouti à l’encerclement d’une armée allemande de 300 000 hommes, à sa débâcle et à la capture d’un tiers environ des troupes enveloppées. Pour se faire une idée de l’étendue de la bataille, sans précédent dans l’histoire, qui s’est déroulée sur les champs de Stalingrad, il faut savoir qu’à l’issue de cette mêlée on a recueilli et enterré 147 200 soldats et officiers allemands tués et 46 700 soldats et officiers soviétiques tués. Stalingrad a marqué le déclin de l’armée fasciste allemande. On sait qu’après la bataille de Stalingrad, les Allemands n’ont pu se relever. […]

Tous les peuples de l’Union soviétique se sont unanimement levés pour la défense de leur Patrie ; ils regardent à juste titre la guerre pour le salut de la Patrie comme la cause commune de tous les travailleurs, sans distinction de nationalité ni de confession. Les politiciens hitlériens eux-mêmes voient maintenant qu’ils se sont montrés désespérément absurdes à vouloir spéculer sur la division et les conflits entre les peuples de l’Union soviétique. L’amitié des peuples de notre pays a résisté à toutes les difficultés et à toutes les épreuves de la guerre ; elle s’est retrempée encore plus dans la lutte commune de tous les citoyens soviétiques contre les envahisseurs fascistes. Là est l’origine de la force de l’Union soviétique. (Vifs applaudissements prolongés)

Aussi bien dans le cours de la guerre qu’aux années de construction pacifique, le Parti de Lénine, le Parti bolchevik, est apparu comme une force qui guide et dirige le peuple soviétique. Aucun parti n’a bénéficié ni ne bénéficie, auprès des masses populaires, d’un aussi grand prestige que notre Parti bolchevik. Et cela se conçoit. Sous la direction du Parti bolchevik, les ouvriers, les paysans et les intellectuels de notre pays ont conquis la liberté et édifié la société socialiste. Aux jours de la guerre pour le salut de la Patrie, le Parti nous est apparu comme l’inspirateur et l’organisateur de la lutte du peuple contre les envahisseurs fascistes. Le travail organisateur du Parti a réuni en un tout et dirigé vers un but commun tous les efforts des citoyens soviétiques, en subordonnant toutes nos forces et tous nos moyens à la mise en déroute de l’ennemi.

Au cours de la guerre le Parti a resserré encore davantage ses liens avec le peuple, il s’est associé encore plus étroitement aux grandes masses de travailleurs. Là est l’origine de la force de notre État. (Vifs applaudissements prolongés)

Tableau de la bataille de Stalingrad (G. Marchenko)

Cette victoire révèle plusieurs contrastes, des profondeurs de la brutalité et de la barbarie des nazis, de leur arrogance et vanité, aux sommets de la bravoure, de l’héroïsme et de l’innovation des Soviétiques. Mais elle a sans doute par-dessus tout montré que l’affirmation du droit d’être de Stalingrad face à l’agression nazie exigeait l’organisation d’un type nouveau, qui avait été créée en Union soviétique sous la forme du parti communiste de type nouveau et du pouvoir soviétique. La bataille a révélé la qualité nouvelle de l’organisation et de la résistance produite par le pouvoir des Soviets dans lequel le peuple et sa direction ne font qu’un pour faire triompher la justesse de leur cause. Leur but, leur détermination et l’expression de leur volonté se sont exprimés dans leurs actions, lorsqu’ils se sont dressés pour défendre leur ville, leur patrie soviétique et leur État ouvrier soviétique.

Aujourd’hui aussi, l’établissement d’un but et de l’organisation capables de réaliser ce but est crucial pour qu’on puisse renverser la situation en faveur des peuples. Pour écarter les dangers auxquels elle fait face, l’humanité exige aujourd’hui de nouvelles formes d’organisation, des gouvernements antiguerre dans lesquels c’est le peuple qui prend les décisions en son propre nom. Plus jamais les peuples ne vont-ils remettre leur pouvoir décisionnel à d’autres qui sont alors autorisés à agir en leur nom mais ne le font pas. Au contraire, les soi-disant représentants souverains des peuples représentent la personne fictive de l’État qui gouverne le peuple au profit d’intérêts privés et non des intérêts que les peuples établissent eux-mêmes.

La forme du pouvoir et la forme de la direction doivent correspondre à ce que requièrent les conditions historiques qui sont apparues ces trente dernières années depuis la chute de l’Union soviétique.

Les formes du passé, celles de la période d’essor de la révolution, convenaient aux conditions qui appelaient à l’endiguement du fascisme nazi coûte que coûte pour l’humanité. Il s’agissait d’une période dans laquelle les peuples avaient de leur côté la grande Union soviétique comme fer de lance de la lutte pour la victoire et pour inspirer les peuples du monde à agir de même.

Aujourd’hui cependant, la révolution connaît une période de repli. Ce sont les forces impérialistes et réactionnaires qui ont l’initiative et non les peuples du monde. Ces forces contre-révolutionnaires ont formé des cartels et des coalitions internationaux qui regroupent de puissants intérêts privés, lesquels collaborent et rivalisent pour le contrôle des ressources et des sphères d’influence du monde et pour le pouvoir d’être les seuls décideurs, sur une base supranationale. Ce qu’elles ne peuvent contrôler, elles cherchent à le détruire, comme on le voit dans les invasions de pays souverains et dans les crimes innommables qui sont commis contre l’humanité et qui surpassent en étendue et en brutalité les crimes hitlériens. Elles font tout cela en prétendant agir pour la cause de la liberté, de la démocratie et de la paix, cette cause pour laquelle les peuples du monde ont combattu pendant la Deuxième Guerre mondiale et consenti le sacrifice suprême.

Aujourd’hui, alors que nous célébrons les victoires du passé, il est nécessaire de discuter de la signification de la victoire de la bataille de Stalingrad afin de rendre les peuples capables de renverser la vague de la contre-révolution qui frappe les peuples du monde en ce moment. Les peuples doivent saisir l’initiative et renverser la situation en leur faveur. Il faut renforcer l’opposition des peuples du monde à la contre-révolution néolibérale et aux guerres, aux agressions et aux crimes qui l’accompagnent afin qu’une force puissante émerge des actes de résistance qui est capable de mettre fin au pouvoir barbare des dirigeants d’aujourd’hui.

Ce numéro du LML rend hommage à l’héroïsme des défenseurs de Stalingrad et à leur dirigeants à l’occasion de la glorieuse victoire à Stalingrad. Cliquer ici pour voir la liste des événements qui ont lieu à cette occasion.

Source: http://cpcml.ca/francais/Lmlq2018/Q48003.HTM#1

Des banquiers anglo-saxons ont organisé la Seconde Guerre mondiale

À la veille du 72e Anniversaire de la victoire des forces Alliés et du Front uni contre le fascisme et la guerre sous la direction de l’armée rouge de Staline et des soviétiques sur les forces fascistes et nazies du IIIe Reich, il nous fait plaisir de re-publier un texte qui est peut-être passée inaperçu lors de sa première sortie il y a deux ans et dont nous venons tout juste de retrouver le lien hypertexte sur le site web
par Valentin Katasonov
À l’occasion du 70e anniversaire de la Victoire contre le nazisme, nous publions une étude de Valentin Katasonov sur le financement du NSDAP et le réarmement du Troisième Reich. L’auteur s’appuie sur des documents publiés en 2012 qui confirment l’organisation de la Seconde Guerre mondiale par des banquiers états-uniens et britanniques, couverts par le président Franklin Roosevelt et le Premier ministre Neville Chamberlain, dans l’espoir de détruire l’URSS. Cette étude soulève de nouvelles questions qui seront abordées dans un prochain article.
Réseau Voltaire International | Moscou (Russie) | 11 mai 2015

Hjalmar Schacht (à gauche), le ministre des Finances de Hitler, avec son bon ami Montagu Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre de 1920 à 1944. Selon les documents révélés par la Banque d’Angleterre en 2012, l’or tchécoslovaque avait été déposé à Londres dans un sous-compte au nom de la Banque des règlements internationaux (BRI). Lorsque les nazis entrèrent à Prague, en mars 1939, ils envoyèrent immédiatement des soldats à la Banque nationale. Les administrateurs tchèques reçurent ordre, sous peine de mort, d’envoyer deux demandes de transfert. La première ordonnait à la BRI de transférer 23,1 tonnes d’or de son sous-compte tchécoslovaque de la Banque d’Angleterre, au sous-compte de la Reichsbank, également tenu à Threadneedle Street. Le deuxième ordre chargeait la Banque d’Angleterre de transférer près de 27 tonnes de l’or détenu en nom propre par la Banque nationale de Tchécoslovaquie au sous-compte de la BRI à la Banque d’Angleterre.
La guerre n’a pas été déclenchée par un Führer enragé qui se trouvait à diriger l’Allemagne à cette époque. La Seconde Guerre mondiale est l’œuvre d’une oligarchie mondiale, ou plus précisément des ploutocrates anglo-américains.

Utilisant des instruments tels que la Réserve fédérale US et la Banque d’Angleterre, ils ont commencé à se préparer pour le prochain conflit d’ampleur mondiale immédiatement après la Première Guerre mondiale. Leur cible était l’URSS.

Les plans Dawes et Young, la création de la Banque des règlements internationaux (BRI), la suspension du paiement des réparations par l’Allemagne prévues par le Traité de Versailles et l’acquiescement des anciens alliés de la Russie à cette décision, les investissements étrangers massifs dans l’économie du Troisième Reich, la militarisation de l’économie allemande et les violations du Traité de Versailles sont autant de jalons sur le chemin conduisant à la guerre.
Derrière ce complot se tenaient des personnages-clefs : les Rockefeller, les Morgan, Lord Montagu Norman (gouverneur de la Banque d’Angleterre) et Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement de Hitler). Le programme stratégique des Rockefeller et des Morgan était de subjuguer l’Europe économiquement, de saturer l’Allemagne d’investissements et de crédits étrangers, et de l’amener à délivrer un coup mortel à la Russie soviétique, afin que celle-ci revienne au capitalisme en tant que colonie.
Montagu Norman (1871-1950) a joué un rôle important d’intermédiaire dans le dialogue entre les milieux financiers américains et les chefs d’entreprise allemands. Hjalmar Schacht a organisé la reconstitution du secteur défense de l’économie allemande. L’opération menée par les ploutocrates était dissimulée par des politiciens tels que Franklin Roosevelt, Neville Chamberlain et Winston Churchill. En Allemagne, ces projets étaient exécutés par Hitler et Hjalmar Schacht. Selon certains historiens, Hjalmar Schacht a joué un rôle plus important que Hitler. Seulement, il restait dans l’ombre.
À l’issue de la Première guerre mondiale, le Plan Dawes visait à compromettre la Triple Entente et à collecter les réparations de guerre auprès de l’Allemagne. Le Plan Dawes (proposé par le Comité Dawes, présidé par Charles G. Dawes) désignait une tentative faite en 1924 de résoudre le problème des réparations, qui avait miné la politique internationale après la Première guerre mondiale et le Traité de Versailles (la France, réticente, a perçu plus de 50 % du montant des réparations). Entre 1924 et 1929, l’Allemagne a reçu 2,5 milliards de dollars des États-Unis et 1,5 milliards de la Grande-Bretagne dans le cadre du Plan Dawes. Il s’agit de sommes considérables, qui correspondent à 1 trillion (mille milliards) de dollars d’aujourd’hui. Hjalmar Schacht a joué un rôle actif dans la mise en œuvre du Plan Dawes. En 1929, il a résumé les résultats en déclarant qu’en 5 ans, l’Allemagne avait reçu davantage de prêts étrangers que les États-Unis au cours des 40 années ayant précédé la Première guerre mondiale. En conséquence, en 1929, l’Allemagne était devenue la deuxième puissance industrielle mondiale, devant la Grande-Bretagne.
Dans les années 1930, l’Allemagne a continué de bénéficier d’investissements et de prêts. Rédigé en 1929 et adopté officiellement en 1930, le Plan Dawes désignait un programme visant à régler les dettes de guerre allemandes à l’issue de la Première guerre mondiale. Il a été présenté par le comité présidé (1929-30) par l’industriel américain Owen D. Young, fondateur et ex-premier président de Radio Corporation of America (RCA). À l’époque, Young siégeait également au conseil d’administration de la Fondation Rockefeller, et il avait en outre été l’un des représentants impliqués dans un dispositif de réaménagement des réparations de guerre, le Plan Dawes de 1924. Selon le plan, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) a été créée en 1930 pour permettre à l’Allemagne de payer les réparations aux vainqueurs. En réalité, l’argent a pris une toute autre direction, à savoir qu’il est parti des États-Unis et de la Grande-Bretagne pour arriver en Allemagne. Le capital de la majorité des sociétés allemandes ayant une importance stratégique était, intégralement ou partiellement, américain. Une partie était détenue par des investisseurs britanniques. Les secteurs du raffinage du pétrole et de la liquéfaction du charbon de l’économie allemande étaient dans les mains de Standard Oil (les Rockefeller). Le géant de l’industrie chimique Farbenindustrie AG est passé sous le contrôle du groupe Morgan. Quarante pourcent du réseau téléphonique et 30 % des actions de Focke Wulf étaient sous le contrôle de la société américaine ITT. La radio et les géants de l’industrie électrique AEG, Siemens et Osram sont passés sous le contrôle d’American General Electric. ITT et General Electric faisaient partie de l’empire de Morgan. Cent pourcent des actions Volkswagen appartenaient à l’Américain Ford. Au moment où Hitler a accédé au pouvoir, le capital financier US contrôlait quasiment tous les secteurs d’importance stratégique de l’industrie allemande : raffinage du pétrole, production de carburant de synthèse, chimie, construction automobile, aviation, ingénierie électrique, radio, ainsi qu’une grande partie de l’industrie de la construction mécanique (278 sociétés au total). Les grandes banques allemandes, telles que la Deutsche Bank, la Dresdner Bank, la Donat Bank et quelques autres, étaient sous contrôle US.
Le 30 janvier 1933, Hitler devenait chancelier d’Allemagne. Auparavant, sa candidature avait été étudiée à la loupe par les banquiers américains. Hjalmar Schacht s’est rendu aux ÉtatsUnis à l’automne 1930 pour parler de cette nomination avec des collègues américains. La désignation de Hitler a finalement été approuvée lors d’une réunion secrète de financiers aux États-Unis. Schacht a passé toute l’année 1932 à convaincre les banquiers allemands que Hitler était le meilleur candidat au poste. Il a atteint son objectif. À la mi-novembre 1932, 17 des plus grands banquiers et industriels allemands ont adressé une lettre au Président Hindenburg, dans laquelle ils exigeaient qu’il nomme Hitler chancelier. La dernière réunion de travail des financiers allemands avant l’élection s’est tenue le 4 janvier 1933 à Cologne, au domicile du banquier Kurt von Schröder. Ensuite, le parti national-socialiste est arrivé au pouvoir. Les relations financières et économiques de l’Allemagne avec les Anglo-saxons se sont alors resserrées d’un cran.
Hitler a immédiatement annoncé qu’il refusait de payer les réparations de guerre. Il a mis en doute la capacité de l’Angleterre et de la France à rembourser leurs propres dettes de la Première guerre mondiale aux États-Unis. Washington n’a émis aucune objection à l’annonce de Hitler. En mai 1933, Hjalmar Schacht s’est rendu une nouvelle fois aux ÉtatsUnis. Il y a rencontré le président Franklin Roosevelt et les grands banquiers en vue de demander une ligne de crédit de 1 milliard de dollars. En juin de la même année, Hjalmar Schacht s’est rendu à Londres pour s’entretenir avec Montagu Norman. Tout est passé comme une lettre à la poste. Les Britanniques ont consenti un prêt de 2 milliards de dollars. Ils n’ont soulevé aucune objection quant à la décision de l’Allemagne de suspendre le remboursement de sa dette.
Selon certains historiens, les Américains et les Britanniques étaient accommodants parce que, dès 1932, l’Union soviétique avait réalisé le plan quinquennal de développement économique en vue d’atteindre de nouveaux sommets en tant que puissance industrielle. Quelques milliers d’entreprises avaient vu le jour, en particulier dans l’industrie lourde. La dépendance de l’URSS à l’importation de produits industriels avait ainsi considérablement diminué. Les chances d’étrangler l’Union soviétique économiquement s’en trouvaient
quasiment réduites à zéro. Il a alors été décidé de recourir à la guerre et de lancer la militarisation accélérée de l’Allemagne.
Pour celle-ci, l’obtention de crédits américains ne posait aucun problème. Hitler est arrivé au pouvoir dans son pays à peu près en même temps que Franklin Roosevelt aux États-Unis. Les banquiers qui ont soutenu Hitler en 1931 sont précisément ceux qui ont soutenu l’élection de Roosevelt. Une fois en poste, le nouveau président ne pouvait guère faire moins qu’accorder de généreux crédits à l’Allemagne. D’ailleurs, beaucoup ont remarqué la grande similitude entre le New Deal de Roosevelt et la politique économique du Troisième Reich. Rien d’étonnant. Ce sont en effet les mêmes qui assuraient le sauvetage des deux gouvernements tout en les conseillant. Ils représentaient principalement les milieux financiers US.
Le New Deal de Roosevelt n’a pas tardé à capoter. En 1937, les États-Unis étaient embourbés dans la crise économique. En 1939, l’économie US tournait à 33 % de sa capacité industrielle (19 % aux pires moments de la crise de 1929-1933).
Rexford G. Tugwell, un économiste du premier Brain Trust, équipe d’universitaires de l’Université de Columbia mise en place par Franklin Roosevelt et ayant contribué aux recommandations politiques qui ont conduit au New Deal de Roosevelt, écrivait qu’en 1939 le gouvernement avait échoué. La situation est restée figée jusqu’à l’invasion de la Pologne par Hitler. Seuls les puissants vents de la guerre pouvaient dissiper la brume. Quoi que Roosevelt puisse tenter, ses initiatives étaient condamnées à l’échec. [1] Seule une guerre mondiale pouvait sauver le capitalisme US. En 1939, les ploutocrates ont mis en œuvre tous les moyens à leur disposition pour faire pression sur Hitler et l’inciter à lancer une guerre à grande échelle à l’Est.
La Banque des règlements internationaux (BRI) a joué un rôle important pendant la Seconde Guerre mondiale. Tête de pont des intérêts états-uniens en Europe, elle assurait la liaison entre les entreprises anglo-américaines et allemandes. C’était en quelque sorte une zone offshore abritant le capital cosmopolite contre les initiatives politiques, les guerres, les sanctions, etc.
Cette banque a été créée sous la forme d’une entité commerciale publique. Son immunité face aux interférences gouvernementales et, par exemple, à l’imposition, était garantie par l’accord international signé à La Haye en 1930. Les banquiers de la Réserve fédérale de New York, proches des Morgan, de Montagu Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre, ainsi que des financiers allemands tels que Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’économie du gouvernement de Hitler), Walther Funk (qui a remplacé Hjalmar Schacht au poste de président de la Reichsbank) et Emil Puhl, tous ont joué un rôle important dans la fondation de la Banque. Parmi les fondateurs figuraient les banques centrales de Grande-Bretagne, de France, d’Italie, d’Allemagne, de Belgique et quelques banques privées.
La Banque fédérale de New York a fait de son mieux, mais n’a pas fait partie des établissements fondateurs de la BRI. Les États-Unis étaient représentés par la banque privée First National Bank of New York, J.P. Morgan and Company, la First National Bank of Chicago, qui faisaient toutes partie de l’empire Morgan. Le Japon était également représenté par des banques privées. En 1931-1932, 19 banques centrales européennes rejoignaient la Banque des règlements internationaux. Gates W. McGarrah, banquier du clan des Rockefeller, était le premier président du conseil d’administration de la BRI. Il a été remplacé par Leon Fraser,
 qui représentait le clan des Morgan. Pendant la guerre, la banque était présidée par un citoyen américain, Thomas H. McKittrick.
Beaucoup d’encre a coulé au sujet des activités de la BRI au service des intérêts du Troisième Reich. La Banque était impliquée dans des transactions avec différents pays, y compris ceux avec lesquels l’Allemagne était en guerre.
Depuis Pearl Harbor, la Banque des règlements internationaux jouait le rôle de correspondant de la Federal Reserve Bank de New York. Elle était sous contrôle nazi pendant la guerre, même si c’est l’Américain Thomas Huntington McKittrick qui la présidait. Les soldats mouraient sur les champs de bataille pendant que la direction de la BRI se réunissait à Bâle avec les banquiers d’Allemagne, du Japon, d’Italie, de Belgique, de Grande-Bretagne et des États-Unis.
Dans ce havre de paix que constituait la zone offshore suisse, les représentants des belligérants travaillaient tranquillement dans un climat de compréhension mutuelle.
C’est en Suisse que l’Allemagne a mis en lieu sûr l’or saisi aux quatre coins de l’Europe. En mars 1938, lorsque Hitler s’est emparé de Vienne, une partie de l’or autrichien a été transférée dans les coffres-forts de la BRI. La même chose a été faite avec l’or de la Banque nationale tchèque (48 millions de dollars). Lorsque la guerre a éclaté, l’or entrait à pleines portes à la Banque des règlements internationaux. L’Allemagne le récupérait dans les camps de concentration et par le pillage des pays occupés (y compris de tout ce qui appartenait à des civils : bijoux, dents en or, étuis à cigarettes, ustensiles divers, etc.). C’est ce que l’on a appelé l’or nazi. Il était fondu en lingots afin d’être entreposé à la Banque des règlements internationaux, en Suisse ou hors d’Europe.
Dans son livre Trading With The Enemy : An Expose of The Nazi-American Money Plot 19331949, Charles Higham écrit que, pendant la guerre, les nazis ont transféré 378 millions de dollars sur les comptes de la Banque des règlements internationaux.
Quelques mots au sujet de l’or tchèque. Certaines informations ont fait surface après l’ouverture des archives de la Banque d’Angleterre en 2012 [2]. En mars 1939, l’Allemagne s’emparait de Prague. Les Nazis ont exigé 48 millions de dollars des réserves d’or nationales. Il leur a été répondu que cette somme avait déjà été transférée à la Banque des règlements internationaux. Par la suite, on a su que cet or avait été transféré de Bâle dans les coffresforts de la Banque d’Angleterre. Sur l’ordre de Berlin, l’or a été transféré sur le compte de la Reichsbank à la BRI. Ensuite, la Banque d’Angleterre a été impliquée dans les transactions effectuées sur les ordres donnés par la Reichsbank à la Banque des règlements internationaux. Ces ordres étaient retransmis à Londres. Il y a donc eu collusion entre la Reichsbank allemande, la Banque des règlements internationaux et la Banque d’Angleterre. En 1939, un scandale a éclaté en Grande-Bretagne lorsqu’on a su que la Banque d’Angleterre exécutait les transactions portant sur l’or tchèque sur les ordres de Berlin et de Bâle, et non du gouvernement tchèque. Par exemple, en juin 1939, trois mois avant le début de la guerre entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, la Banque d’Angleterre a aidé les Allemands à transférer sur leur compte l’équivalent en or de 440 000 livres sterling, et à acheminer une partie de l’or à New York (l’Allemagne s’assurait ainsi de la neutralité des États-Unis en cas d’intervention allemande en Pologne).
Ces transactions illégales sur l’or tchèque ont été effectuées avec l’accord tacite du gouvernement de Grande-Bretagne, qui savait parfaitement ce qui était en train de se passer. Le Premier ministre Neville Chamberlain, le Chancelier de l’Échiquier sir John Simon et les autres responsables de haut rang ont tout fait pour dissimuler la vérité, y compris en mentant éhontément (en affirmant que l’or avait été restitué à son propriétaire légitime ou qu’il n’avait jamais été transféré à la Reichsbank). Les documents de la Banque d’Angleterre rendus publics dernièrement révèlent les faits et montrent que les responsables gouvernementaux ont menti, afin de se couvrir eux-mêmes et de couvrir les activités de la Banque d’Angleterre et de la Banque des règlements internationaux. La coordination de ces activités criminelles conjointes était un jeu d’enfant lorsqu’on sait que Montagu Norman, directeur de la Banque d’Angleterre, présidait également le conseil d’administration de la Banque des règlements internationaux. Il n’a d’ailleurs jamais caché ses sympathies pour les fascistes.
La Conférence de Bretton Woods, officiellement Conférence monétaire et financières des Nations unies, a réuni les 730 délégués des 44 pays alliés au Mount Washington Hotel, à Bretton Woods (New Hampshire), aux États-Unis, en vue de réguler la vie monétaire et financière internationale à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Cette conférence s’est tenue du 1er au 22 juillet 1944. La Banque des règlements internationaux se retrouvait soudain sous le feu des projecteurs. On rapportait qu’elle avait collaboré avec l’Allemagne fasciste. Sans entrer dans les détails, je me limiterai à dire qu’après bien des aléas (certains délégués états-uniens s’étant opposés à la motion), les délégués sont tombés d’accord pour fermer la BRI. Cette décision de la conférence internationale n’a jamais été appliquée. Toutes les informations susceptibles de jeter le discrédit sur les activités de la BRI pendant la guerre ont été classées. Aujourd’hui, cela contribue à falsifier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.
Pour finir, quelques mots sur Hjalmar Schacht (1877-1970), ancien président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement fasciste de l’Allemagne. Il a joué un rôle de premier plan dans le contrôle de la machine économique du Troisième Reich en agissant comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du capital anglo-américain en Allemagne. En 1945, Schacht a été jugé à Nuremberg et acquitté le 1er octobre 1946. Il échappait aux accusations de meurtre. Tout comme Hitler. Pour des raisons qui demeurent inexpliquées, il ne figurait pas sur la liste des principaux criminels de guerre de 1945. Mieux, Schacht a repris sa vie professionnelle comme si de rien n’était et fondé la société Schacht GmbH à Düsseldorf. Ce détail peut sembler insignifiant, mais il confirme une fois de plus que les ploutocrates anglo-américains et leurs représentants plénipotentiaires en Allemagne avaient préparé et, dans une certaine mesure, influencé l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Les ploutocrates veulent réécrire l’histoire de la guerre et changer ses résultats.
Valentin Katasonov
Traduction : Gilles Chertier
Source : Strategic Culture Foundation (Russie)
[1] P. Tugwell, The Democratic Roosevelt, A Biography of Franklin D. Roosevelt, New York, 1957, p 477.
Valentin Katasonov est professeur au Département de Moscou de l’Institut d’Etat de Finance internationale, docteur en sciences économiques, membre correspondant de l’Académie des sciences économiques et commerciales. Il fut consultant des Nations Unies (1991-93), membre du Conseil consultatif auprès du Président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) (1993-96), chef du Département des relations monétaires internationales du ministère des Affaires étrangères de la Russie (200111)

QUEL EST LE PROBLÈME AVEC LES PROFITS ? par Robert Bibeau

Par Robert Bibeau. Producteur. Http://www.les7duquebec.com

Robert Bibeau présente ici, en quelque sorte, l’analyse de la « Gauche communiste » sur la crise capitaliste contemporaine, et la loi sur la baisse tendancielle du taux de profit que Karl a découvert dans ses travaux sur l’économie politique qui ont débouché sur son oeuvre magistrale « Das Kapital ».

profit

 

Dans un article intitulé « Les problèmes avec les profits trop élevés » le journal financier The Economists’inquiète du niveau de profit engrangé par les multinationales ayant leur siège social aux États-Unis. Les tableaux ci-dessous montrent l’évolution de ce taux de profit à travers l’histoire et par catégorie d’entreprises.

 

 profit2

Un capitalisme de plus en plus oligarchique ?

 

Pourquoi s’étonner que les oligopoles deviennent de plus en plus grands et puissants puisque c’est là une loi inéluctable de l’économie politique capitaliste?  Le capital appelle le capital dans une roue sans fin jusqu’à l’implosion du système d’accumulation. Pourquoi s’offusquer que les taux de profit soient en hausse, ce qui apparemment contredit la théorie marxiste de la baisse tendancielle du taux de profit moyen ?

 

Le journal The Economist écrit : « L’Amérique était une terre d’opportunité et d’optimisme. Maintenant, l’opportunité semble être réservée à l’élite : deux tiers des étatsuniens croient que l’économie est pipée en faveur d’intérêts particuliers (…) le retour sur investissement des entreprises est 40% plus élevé à domicile qu’à l’étranger (…) L’Amérique est censée être le temple de la libre-entreprise. Elle ne l’est pas» conclu l’analyste du journal d’affaires. Il ajoute : «Le problème vient d’un manque de concurrence, du fait d’une vague de 10 000 milliards de dollars US de fusions donnant un pouvoir excessif à quelques oligopoles gigantesques sur le marché boursier. Il note aussi que les grandes plateformes techniques comme Google, Facebook,Microsoft, Apple, Uber, Alibaba, doivent être étudiées de près : «elles peuvent bien ne pas être encore desmonopoles en captation de rentes, mais les investisseurs les valorisent comme si elles allaient un jour le devenir » et le journal financier accuse certains actionnaires d’entreprises concurrentes de pousser à des formes d’ententes de non-concurrence. Suis un dossier ou le scribe rappelle le niveau record des profits et la concentration grandissante d’actifs sur les marchés boursiers. Le journal pointe aussi l’anomalie du maintien d’un tel niveau de profits, quand, dans l’histoire, les pics étaient rapidement suivis d’une forte baisse. Et c’est ici que The Economist sort le chat du sac.

 

 

Le quotidien de Wall Street en appelle à plus de concurrence et moins de règlements sur les marchés boursiers. En effet, les règles interboursières mondiales entravent les capacités, pour les multinationales n’ayant pas leur siège social aux États-Unis, de pénétrer aisément le marché boursier américain pour venir y mener la guerre financière aux dangereux oligopoles technologiques accaparant tout le capital circulant et même davantage, à savoir, du capital fictif et évanescent, une bombe à retardement déposé sur le parquet des bourses mondiales, particulièrement celles des États-Unis, pleurniche le journal financier.

 

 

The Economist n’est pas devenu l’organe officiel de la gauche occidentale, détrompez-vous. Le journal joue simplement son rôle de « lanceur d’alerte » auprès de sa classe capitaliste hégémonique. D’abord, il est plus qu’étrange que la récession s’éternisant aux États-Unis, comme dans tout l’Occident, et la production globale stagnant – les profits soient de 16% sur investissement en cette période de récession prolongée! D’où vient cette plus-value transformée en profit, en intérêt et en dividende ?  Viendrait-elle des opérations d’émission d’argent de Monopoly, ces Quantitative Easing, et ces crédits bancaires que les banques centrales et les banques de second rang essaiment à tout vent boursier (FED et BCE, Banque du Japon, Banque de Chine, etc.)?

 

Il y aura nécessairement un prix élevé à payer quand la bulle financière éclatera inéluctablement pense le graphomane du quotidien financier. Ayant capté d’immenses valeurs capitalistiques, dont certaines ne sont que de la monnaie de crédit adossé à une pyramide de Ponzi, de la valeur fictive (de la dette sur de la plus-value anticipée qui risque de ne jamais capitaliser), des millions de porteurs seront jetés sur le pavé en moins d’une journée, ce qui aura des répercussions sur l’ensemble des marchés boursiers et particulièrement sur les titres manufacturiers qui seront alors en manque de liquidité – alors qu’ils en disposent de trop présentement – et seront coupés de leurs marchés effondrés. Ce krach s’amorçant aux États-Unis assurément, les autres marchés boursiers, ceux de Chine et de Russie notamment, moins bien intégrés au vaste marché boursier occidental par la faute de l’Occident qui les boycotte, bénéficieront de cet avantage pour fermer leurs marchés aux secousses sismiques américaines et européennes. Le boomerang financier de l’isolement se retournera contre les bourses d’Occident qui seront les premières à casquer avertit l’analyste financier. À contrario, les titres manufacturiers inscrits dans les bourses chinoises, russes, indiennes renchériront et les monopoles manufacturiers (producteurs de plus-value) de ces pays « émergents » en profiteront pour s’emparer des marchés qui leur étaient jusqu’ici fermés. Autant dire l’apocalypse pour l’Amérique.

 

Ne parlons pas de la déflation et du dollar US en chute libre, qui ne sera plus que l’ombre de lui-même fuit par tous y compris dans son pays d’origine (1). La Grande dépression à l’horizon dont bénéficieront les concurrents qu’ils seraient bons d’attacher immédiatement au char étatsunien plutôt que de les laisser naviguer librement. C’est la politique que préconise Donald Trump si vous ne le saviez pas « Laissez venir à moi nos plus grands concurrents que nous les étreignons fortement » disaient le capo di capi de la mafia deWall Street.

 

 

Ce scénario catastrophe anticipé par les scribes du journal The Economist montre bien que ce ne sont pas les actionnaires ni les États bourgeois qui font la loi – ni les lois – du mode de production capitaliste. Ces lois sont inscrites dans le code génétique du système et le rôle des analystes bourgeois est de les comprendre et de lancer des alertes pour tenter de parer les coups anticipés ou du moins d’en amoindrir ou d’en répartir les retombées catastrophiques sur le plus grand nombre d’agents économiques – sur la classe des travailleurs salariés en priorité.

 

 

profit

 

Les prolétaires du monde entier n’ont que faire de ces « alertes » aux profits bidons, non plus que de la chasse à l’évasion fiscale dans les paradis offshores où des monceaux de capitaux sans valeur transitent pour se purger de leur « citoyenneté » (2). La classe prolétarienne en prend acte comme d’un signe avant-coureur de la déflation qui précédera la Grande dépression qui précédera la prochaine guerre mondiale et alors nous serons en position de profiter de l’occasion pour chasser ces oligarques, les petits bourgeois à leur solde, et pour abattre ce mode de production décadent ?

 

 

Références :

 

(1)   http://www.les7duquebec.com/7-au-front/deflation-le-dernier-tourment-avant-la-grande-depression/

(2)   http://www.les7duquebec.com/7-au-front/les-panama-papers-la-fraude-frauduleuse/

Les problèmes économiques du socialisme en UR.S.S.

Courtoisie du site web

www.communisme-bolchevisme.net

PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSEZ-VOUS !

J. STALINE

stalin

Edition électronique réalisée par Vincent Gouysse à partir de l’ouvrage publié en 1974 aux Editions en langues étrangères, Pékin.

WWW.MARXISME.FR

NOTE DE L’EDITEUR

La présente édition : Les Problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. a été établie d’après les traductions existant en langue française, en s’appuyant sur une confrontation avec le texte chinois publié par les Editions du Peuple, Pékin, mars 1971. Les notes mises à la fin du livre sont rédigées d’après celles de l’édition chinoise des Editions du Peuple, Pékin, et celles des traductions françaises existantes.

Sommaire :
REMARQUES RELATIVES AUX QUESTIONS ECONOMIQUES SOULEVEES A LA DISCUSSION DE NOVEMBRE 1951 (p. 2)

1. Du caractère des lois économiques sous le socialisme (p. 2)

2. De la production marchande sous le socialisme (p. 6) 3. De la loi de la valeur sous le socialisme (p. 10)

4. De la suppression de l’opposition entre la ville et la campagne, entre le travail intellectuel et le travail manuel, et de la liquidation des différences entre eux (p. 12)

5. De la désagrégation du marché mondial unique et de l’aggravation de la crise du système capitaliste mondial (p. 15)

6. De l’inévitabilité des guerres entre les pays capitalistes (p. 16)

7. Des lois économiques fondamentales du capitalisme actuel et du socialisme (p. 18)

8. Autres questions (p. 20)

9. La portée internationale d’un manuel marxiste d’économie politique (p. 21)

10.                      Les moyens d’améliorer le projet de manuel d’économie politique (p. 22)

REPONSE AU CAMARADE ALEXANDRE ILITCH NOTKINE (p. 23)

DES ERREURS DU CAMARADE L. D. IAROCHENKO (p. 27)

I.   L’erreur principale du camarade Iarochenko (p. 27)

II. Autres erreurs du camarade Iarochenko (p. 33)

REPONSE AUX CAMARADES A. V. SANINA ET V. G. VENGER (p. 39)

1. Du caractère des lois économiques du socialisme (p. 39)

2. Des mesures à prendre pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier (p. 41)

NOTES (p. 45)

Aux participants de la discussion économique

REMARQUES RELATIVES AUX QUESTIONS ÉCONOMIQUES SOULEVÉES À LA DISCUSSION DE NOVEMBRE 1951

J’ai reçu tous les documents relatifs à la discussion économique qui s’est déroulée autour de l’appréciation du projet de manuel d’économie politique. J’ai reçu notamment les « Propositions pour améliorer le projet de manuel d’économie politique», les «Propositions pour éliminer les erreurs et les imprécisions » du projet, ainsi qu’un « Relevé des questions controversées ».

Pour tous ces matériaux, de même que pour le projet de manuel, je tiens à faire les remarques suivantes.

1. DU CARACTÈRE DES LOIS ÉCONOMIQUES SOUS LE SOCIALISME

Certains camarades nient le caractère objectif des lois de la science, et en particulier des lois de l’économie politique sous le socialisme. Ils nient que les lois de l’économie politique reflètent la régularité des processus qui se produisent indépendamment de la volonté humaine. Ils estiment que, étant donné le rôle particulier que l’histoire réserve à l’Etat soviétique, celui-ci, ainsi que ses dirigeants, peuvent abolir les lois existantes de l’économie politique, peuvent « élaborer » et « créer » des lois nouvelles.

Ces camarades font une grave erreur. Ils confondent visiblement les lois de la science reflétant les processus objectifs dans la nature ou dans la société, qui s’opèrent indépendamment de la volonté humaine, avec les lois édictées par les gouvernements, créées par la volonté des hommes et n’ayant qu’une force juridique. Mais il n’est point permis de les confondre.

Le marxisme conçoit les lois de la science, — qu’il s’agisse des lois de la nature ou des lois de l’économie politique, — comme le reflet des processus objectifs qui s’opèrent indépendamment de la volonté humaine. Ces lois, on peut les découvrir, les connaître, les étudier, en tenir compte dans ses actes, les exploiter dans l’intérêt de la société, mais on ne peut les modifier ou les abolir. A plus forte raison ne peut-on élaborer ou créer de nouvelles lois de la science.

Est-ce à dire, par exemple, que les résultats de l’action des lois de la nature, les résultats de l’action des forces de la nature, sont, en général, inéluctables, que l’action destructive des forces de la nature se produit toujours et partout avec une spontanéité inexorable qui ne se prête pas à l’action des hommes ? Evidemment non. Si l’on fait abstraction des processus astronomiques, géologiques et de quelques autres processus analogues, sur lesquels les hommes, même s’ils connaissent les lois de leur développement, sont véritablement impuissants à agir, ils sont en maintes occasions loin d’être impuissants quant à la possibilité d’agir sur les processus de la nature. Dans toutes ces circonstances, les hommes, en apprenant à connaître les lois de la nature, en en tenant compte et en s’appuyant sur elles, en les appliquant judicieusement et en les utilisant, peuvent limiter la sphère d’action de ces lois, imprimer aux forces destructives de la nature une autre direction, les faire servir à la société.

Prenons un exemple parmi tant d’autres. Aux temps anciens, on considérait les débordements des grands fleuves, les inondations, la destruction des habitats et des superficies cultivées comme un fléau contre lequel les hommes étaient impuissants. Mais avec le temps, avec le progrès des connaissances humaines, les hommes ayant appris à construire des barrages et des centrales hydrauliques, on est arrivé à protéger la société du fléau des inondations qui paraissaient autrefois inéluctables. Bien plus, on a appris à maîtriser les forces destructives de la nature, à les dompter en quelque sorte, à mettre la puissance des eaux au service de la société et à l’exploiter pour irriguer les champs, pour produire de l’énergie.

Est-ce à dire que l’on ait par là même aboli les lois de la nature, les lois de la science, que l’on ait créé de nouvelles lois de la nature, de nouvelles lois de la science ? Evidemment non. La vérité est que toute cette opération tendant à prévenir l’action des forces destructives de l’eau et à l’exploiter dans l’intérêt de la société s’effectue sans que les lois de la science soient le moins du monde violées, changées ou abolies, sans que de nouvelles lois de la science soient créées. Au contraire, toute cette opération se fait sur la base exacte des lois de la nature, des lois de la science, car une violation quelconque des lois de la nature, la moindre atteinte à ces lois amènerait la désorganisation, l’échec de l’opération.

Il faut en dire autant des lois du développement économique, des lois de l’économie politique, — qu’il s’agisse de la période du capitalisme ou de la période du socialisme. Là aussi, comme dans les sciences de la nature, les lois du développement économique sont des lois objectives reflétant les processus du développement économique qui se produisent indépendamment de la volonté des hommes. On peut découvrir ces lois, les connaître et, s’appuyant sur elles, les utiliser dans l’intérêt de la société, imprimer une autre direction à l’action destructive de certaines lois, limiter la sphère de leur action, donner du champ libre aux autres lois qui se fraient un chemin, mais on ne peut les détruire ou créer de nouvelles lois économiques.

Un des traits particuliers de l’économie politique est que ses lois, à la différence des lois de la nature, ne sont pas durables ; qu’elles agissent, du moins la plupart d’entre elles, au cours d’une certaine période historique, après quoi elles cèdent la place à d’autres lois. Elles ne sont pas détruites, mais elles perdent leur force par suite de nouvelles conditions économiques et quittent la scène pour céder la place à de nouvelles lois qui ne sont pas créées par la volonté des hommes, mais surgissent sur la base de nouvelles conditions économiques.

On se réfère à l’Anti-Dühring d’Engels, à sa formule selon laquelle l’abolition du capitalisme et la socialisation des moyens de production permettront aux hommes d’exercer leur pouvoir sur les moyens de production, de se libérer du joug des rapports économiques et sociaux, de devenir les « maîtres » de leur vie sociale. Engels appelle cette liberté la « nécessité comprise ». Et que peut vouloir dire la « nécessité comprise » ? Cela veut dire que les hommes, après avoir compris les lois objectives (la « nécessité »), les appliqueront en toute conscience, dans l’intérêt de la société. C’est pourquoi Engels dit encore dans cet ouvrage que :

« Les lois de leur propre action sociale, qui jusqu’ici se dressaient devant eux comme des lois de la nature, étrangères et dominatrices, sont dès lors appliquées par les hommes en pleine connaissance de cause, et par là dominées. »

Comme on voit, la formule d’Engels ne parle nullement en faveur de ceux qui pensent que l’on peut abolir, sous le socialisme, les lois économiques existantes et en créer de nouvelles. Au contraire, elle demande non l’abolition, mais la connaissance des lois économiques et leur application judicieuse.

On dit que les lois économiques revêtent un caractère spontané, que l’action de ces lois est inéluctable et que la société est impuissante devant elles. C’est faux. C’est fétichiser les lois et se faire l’esclave de ces lois. Il est prouvé que la société n’est pas impuissante devant les lois; qu’elle peut, en connaissant les lois économiques et en s’appuyant sur elles, limiter la sphère de leur action, les utiliser dans l’intérêt de la société et les « dompter », comme cela se passe à l’égard des forces de la nature et de leurs lois, comme le montre l’exemple cité plus haut sur le débordement des grands fleuves.

On se réfère au rôle particulier que le pouvoir des Soviets joue dans la construction du socialisme, et qui lui permettrait de détruire les lois existantes du développement économique et d’en « élaborer » de nouvelles. Cela est également faux.

Le rôle particulier du pouvoir des Soviets s’explique par deux faits : en premier lieu, le pouvoir des Soviets ne devait pas remplacer une forme de l’exploitation par une autre, comme ce fut le cas dans les vieilles révolutions, mais liquider toute exploitation ; en second lieu, vu l’absence dans le pays de germes tout prêts de l’économie socialiste, il devait créer, pour ainsi dire, sur un « terrain vague », des formes nouvelles, socialistes, de l’économie.

Tâche assurément difficile et complexe, et qui n’a pas de précédent. Néanmoins, le pouvoir des Soviets a rempli ce devoir avec honneur. Non point parce qu’il a soi-disant aboli les lois économiques existantes et en a « élaboré » de nouvelles, mais uniquement parce qu’il s’appuyait sur la loi économique de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives. Les forces productives de notre pays, notamment dans l’industrie, portaient un caractère social; la forme de propriété était privée, capitaliste. Fort de la loi économique de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives, le pouvoir des Soviets a socialisé les moyens de production, en a fait la propriété du peuple entier, a aboli par là le système d’exploitation et créé des formes d’économie socialistes. Sans cette loi et sans s’appuyer sur elle, le pouvoir des Soviets n’aurait pu s’acquitter de sa tâche.

La loi économique de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives se fraie depuis longtemps la voie dans les pays capitalistes. Si elle ne l’a pas encore fait jusqu’à se donner libre cours, c’est qu’elle rencontre la résistance la plus énergique des forces déclinantes de la société. Ici, nous nous heurtons à une autre particularité des lois économiques. A la différence des lois de la nature, où la découverte et l’application d’une nouvelle loi se poursuivent plus ou moins sans entrave, dans le domaine économique la découverte et l’application d’une nouvelle loi, qui porte atteinte aux intérêts des forces déclinantes de la société, rencontrent la résistance la plus énergique de ces forces. Il faut donc une force, une force sociale capable de vaincre cette résistance. Cette force s’est trouvée dans notre pays sous la forme de l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie constituant l’immense majorité de la société. Elle ne s’est pas encore trouvée dans d’autres pays, dans les pays capitalistes. C’est ce qui explique pourquoi le pouvoir des Soviets a pu briser les forces anciennes de la société, et pourquoi la loi économique de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives a été appliquée avec une telle ampleur. On dit que la nécessité d’un développement harmonieux (proportionné) de notre économie nationale permet au pouvoir des Soviets d’abolir les lois économiques existantes et d’en créer de nouvelles. Cela est absolument faux. Il ne faut pas confondre nos plans annuels et nos plans quinquennaux avec la loi économique objective du développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale. La loi du développement harmonieux de l’économie nationale a surgi en contrepoids à la loi de concurrence et d’anarchie de la production sous le capitalisme. Elle a surgi sur la base de la socialisation des moyens de production, après que la loi de concurrence et d’anarchie de la production a perdu sa valeur. Elle est entrée en vigueur parce que l’économie socialiste d’un pays ne peut être réalisée que sur la base de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale. C’est dire que la loi du développement harmonieux de l’économie nationale offre à nos organismes de planification la possibilité de planifier correctement la production sociale. Mais on ne doit pas confondre la possibilité avec la réalité. Ce sont deux choses différentes. Pour transformer cette possibilité en réalité, il faut étudier cette loi économique, s’en rendre maître, il faut apprendre à l’appliquer en pleine connaissance de cause ; il faut dresser des plans qui reflètent pleinement les exigences de cette loi. On ne saurait dire que nos plans annuels et nos plans quinquennaux reflètent pleinement les exigences de cette loi économique.

On dit que certaines lois économiques, y compris la loi de la valeur, qui fonctionnent chez nous, sous le socialisme, sont des lois « transformées » ou même « foncièrement transformées » sur la base de l’économie planifiée. Cela est également faux. On ne peut « transformer » des lois, et encore moins les « transformer foncièrement ». Si on peut les transformer, on peut aussi les abolir, en y substituant des lois nouvelles. La thèse de la « transformation » des lois est une survivance de la fausse formule sur l’« abolition » et l’« élaboration » des lois. Bien que la formule de la transformation des lois économiques soit depuis longtemps chose courante chez nous, force nous sera d’y renoncer, pour être plus exact. On peut limiter la sphère d’action de telles ou telles lois économiques, on peut prévenir leur action destructive, si tant est qu’elle s’exerce, mais on ne saurait les « transformer » ou les « abolir ».

Par conséquent, quand on parle de « conquérir » les forces de la nature ou les forces économiques, de les « dominer », etc., on ne veut nullement dire par là qu’on peut « abolir » les lois de la science ou les « élaborer ». Au contraire, on veut seulement dire par là que l’on peut découvrir des lois, les connaître, les assimiler, apprendre à les appliquer en pleine connaissance de cause, à les utiliser dans l’intérêt de la société et les conquérir par ce moyen, les soumettre à sa domination.

Ainsi, les lois de l’économie politique sous le socialisme sont des lois objectives qui reflètent la régularité des processus intervenant dans la vie économique indépendamment de notre volonté. Nier cette thèse, c’est au fond nier la science; or nier la science, c’est nier la possibilité de toute prévision, — c’est donc nier la possibilité de diriger la vie économique.

On pourrait dire que ce qui vient d’être avancé est juste, universellement connu, mais qu’il n’y a là rien de nouveau et que, par suite, on perdrait son temps à répéter des vérités universellement connues. Certes, il n’y a là vraiment rien de nouveau, mais on aurait tort de croire qu’on perdrait son temps à répéter certaines vérités connues de nous. C’est que, chaque année, des milliers de nouveaux jeunes cadres viennent à nous, qui sommes le noyau dirigeant; ils brûlent de nous aider, de se faire valoir, mais ils n’ont pas une éducation marxiste suffisante, ils ignorent beaucoup de vérités bien connues de nous et sont obligés d’errer dans les ténèbres. Ils sont frappés par les prodigieuses réalisations du pouvoir des Soviets, les succès peu communs du régime soviétique leur tournent la tête, et les voilà qui s’imaginent que le pouvoir soviétique « peut tout », que «rien ne l’embarrasse », qu’il peut abolir les lois de la science, élaborer des lois nouvelles. Comment faire avec ces camarades ? Comment les éduquer dans l’esprit du marxisme-léninisme ? Je pense que la répétition systématique des vérités dites « universellement connues » et leur explication patiente constituent un des meilleurs moyens pour éduquer ces camarades dans le marxisme.

2. DE LA PRODUCTION MARCHANDE SOUS LE SOCIALISME

Certains camarades affirment que le Parti a conservé à tort la production marchande après avoir pris le pouvoir et nationalisé les moyens de production dans notre pays. Ils estiment que le Parti aurait dû à ce moment éliminer la production marchande. Ce faisant, ils se réfèrent à Engels, qui dit :

« Avec la prise de possession des moyens de production par la société, la production marchande est éliminée, et par suite, la domination du produit sur le producteur1.» Ces camarades font une erreur grave.

Analysons la formule d’Engels. On ne peut la considérer comme parfaitement claire et précise, puisqu’elle n’indique pas s’il s’agit de la prise de possession, par la société, de tous les moyens de production ou d’une partie seulement, c’est-à-dire si tous les moyens de production ont été remis en la possession du peuple ou seulement une partie. Donc, cette formule d’Engels peut être comprise de deux manières.

Dans un autre passage de son Anti-Dühring, Engels parle de la prise de possession de « tous les moyens de production », « de la totalité des moyens de production ». Engels entend donc dans sa formule la nationalisation non pas d’une partie, mais de la totalité des moyens de production, c’est-àdire la remise en la possession du peuple des moyens de production non seulement dans l’industrie, mais aussi dans l’agriculture.

Par conséquent, Engels a en vue les pays où le capitalisme et la concentration de la production sont suffisamment développés non seulement dans l’industrie, mais aussi dans l’agriculture, pour rendre possible l’expropriation de tous les moyens de production du pays, et en faire la propriété du peuple entier. Engels estime donc que dans ces pays il conviendrait, parallèlement à la socialisation de tous les moyens de production, d’éliminer la production marchande. Cela est, bien entendu, très juste.

A la fin du siècle dernier, à l’époque de la parution de l’Anti-Dühring, seule l’Angleterre était ce pays, où le développement du capitalisme et la concentration de la production, tant dans l’industrie que dans l’agriculture, avaient atteint un degré tel que la possibilité s’offrait, en cas de prise du pouvoir par le prolétariat, de remettre tous les moyens de production du pays en la possession du peuple et d’éliminer la production marchande.

Je fais abstraction ici de l’importance qu’a pour l’Angleterre le commerce extérieur avec sa part énorme dans l’économie nationale britannique. Je pense que c’est seulement après avoir étudié la question qu’on pourrait définitivement décider du sort de la production marchande en Grande-Bretagne au lendemain de la prise du pouvoir par le prolétariat et de la nationalisation de tous les moyens de production.

Du reste, non seulement à la fin du siècle dernier, mais aujourd’hui encore, aucun pays n’a atteint le degré de développement du capitalisme et de concentration de la production agricole que nous observons en Angleterre. Pour les autres pays, malgré le développement du capitalisme à la campagne, il y a là encore une classe assez nombreuse de petits et moyens propriétaires-producteurs, dont il importerait de déterminer le sort au cas où le prolétariat accéderait au pouvoir.

Mais la question se pose : Que doivent faire le prolétariat et son parti dans tel ou tel pays, y compris le nôtre, où les conditions sont favorables à la prise du pouvoir par le prolétariat et au renversement du capitalisme, où le capitalisme dans l’industrie a concentré les moyens de production au point qu’on peut les exproprier et les remettre en la possession de la société, mais où l’agriculture, malgré le progrès du capitalisme, est émiettée entre les nombreux petits et moyens propriétaires-producteurs au point que la possibilité ne se présente pas d’envisager l’expropriation de ces producteurs ?

A cette question la formule d’Engels ne répond pas. Du reste, elle ne doit pas y répondre, puisqu’elle a surgi sur la base d’une autre question, celle de savoir quel doit être le sort de la production marchande après que tous les moyens de production auront été socialisés.

Ainsi, comment faire si tous les moyens de production n’ont pas été socialisés, mais seulement une partie, et si les conditions favorables à la prise du pouvoir par le prolétariat sont réunies, — faut-il que le prolétariat prenne le pouvoir et faut-il aussitôt après supprimer la production marchande ?

On ne peut certes pas qualifier de réponse l’opinion de certains pseudo-marxistes qui considèrent que, dans ces conditions, il conviendrait de renoncer à la prise du pouvoir et d’attendre que le capitalisme ait pris le temps de ruiner les millions de petits et moyens producteurs, de les transformer en salariés agricoles et de concentrer les moyens de production dans l’agriculture; qu’après cela seulement on pourrait poser la question de la prise du pouvoir par le prolétariat et de la socialisation de tous les moyens de production. On comprend que les marxistes ne peuvent accepter pareille « solution » sans risquer de se déshonorer à fond.

On ne peut pas non plus considérer comme une réponse l’opinion d’autres pseudo-marxistes qui pensent qu’il conviendrait peut-être de prendre le pouvoir, de procéder à l’expropriation des petits et moyens producteurs à la campagne et de socialiser leurs moyens de production. Les marxistes ne peuvent pas non plus s’engager dans cette voie insensée et criminelle qui enlèverait à la révolution prolétarienne toute possibilité de victoire et rejetterait pour longtemps la paysannerie dans le camp des ennemis du prolétariat.

Lénine a répondu à cette question dans ses ouvrages sur « l’impôt en nature » et dans son fameux « plan coopératif ».

La réponse de Lénine se ramène brièvement à ceci :

  1. a) ne pas laisser échapper les conditions favorables à la prise du pouvoir ; le prolétariat prendra le pouvoir sans attendre que le capitalisme ait réussi à ruiner les millions de petits et moyens producteurs individuels ;
  2. b) exproprier les moyens de production dans l’industrie et les remettre en la possession du peuple ;
  3. c) pour les petits et moyens producteurs individuels, on les groupera progressivement dans des coopératives de production, c’est-à-dire dans de grosses entreprises agricoles, les kolkhoz ;
  4. d) développer par tous les moyens l’industrie et assigner aux kolkhoz une base technique moderne, celle de la grande production ; ne pas les exproprier mais, au contraire, les fournir abondamment de tracteurs et autres machines de premier ordre ;
  5. e) pour assurer l’alliance économique de la ville et des campagnes, de l’industrie et de l’agriculture, on maintiendra pour un temps la production marchande (échange par achat et vente), comme la forme la seule acceptable — pour les paysans — des relations économiques avec la ville, et on développera à fond le commerce soviétique — le commerce d’Etat et le commerce coopératif et kolkhozien —, en éliminant du commerce tous les capitalistes.

L’histoire de notre édification socialiste montre que cette voie de développement, tracée par Lénine, est entièrement justifiée.

Il ne peut faire de doute que pour tous les pays capitalistes qui possèdent une classe plus on moins nombreuse de petits et moyens producteurs, cette voie de développement est la seule qui soit possible et appropriée pour la victoire du socialisme.

On dit que la production marchande doit néanmoins, en toutes circonstances, aboutir et aboutira absolument au capitalisme. Cela est faux. Pas toujours ni en toutes circonstances ! On ne peut identifier la production marchande à la production capitaliste. Ce sont deux choses différentes. La production capitaliste est la forme supérieure de la production marchande. La production marchande ne conduit au capitalisme que si la propriété privée des moyens de production existe ; que si la force de travail apparaît sur le marché comme une marchandise que le capitaliste peut acheter et exploiter pour la production ; que si, par conséquent, il existe dans le pays un système d’exploitation des ouvriers salariés par les capitalistes. La production capitaliste commence là où les moyens de production sont détenus par des particuliers, tandis que les ouvriers, dépourvus de moyens de production, sont obligés de vendre leur force de travail comme une marchandise. Sans cela, il n’y a pas de production capitaliste.

Eh bien, si les conditions pour une transformation de la production marchande en une production capitaliste ne sont pas réunies, si les moyens de production ne sont plus une propriété privée, mais la propriété socialiste, si le salariat n’existe pas et la force de travail n’est plus une marchandise, si le système d’exploitation a été depuis longtemps aboli, qu’en est-il alors : peut-on considérer que la production marchande aboutira quand même au capitalisme ? Evidemment non. Or, notre société est précisément une société où la propriété privée des moyens de production, le salariat et l’exploitation n’existent plus depuis longtemps.

On ne peut pas considérer la production marchande comme une chose se suffisant à elle-même, indépendante de l’ambiance économique. La production marchande est plus vieille que la production capitaliste. Elle existait sous le régime d’esclavage et le servait, mais n’a pas abouti au capitalisme. Elle existait sous le féodalisme et le servait, sans toutefois aboutir au capitalisme, bien qu’elle ait préparé certaines conditions pour la production capitaliste. La question se pose : pourquoi la production marchande ne peut-elle pas de même, pour un temps, servir notre société socialiste sans aboutir au capitalisme, si l’on tient compte que la production marchande n’a pas chez nous une diffusion aussi illimitée et universelle que dans les conditions capitalistes ; qu’elle est placée chez nous dans un cadre rigoureux grâce à des conditions économiques décisives comme la propriété sociale des moyens de production, la liquidation du salariat et du système d’exploitation ?

On dit que depuis que la propriété sociale des moyens de production occupe une position dominante dans notre pays et que le salariat et l’exploitation ont été liquidés, la production marchande n’a plus de sens, qu’il faudrait par conséquent l’éliminer.

Cela est également faux. A l’heure actuelle, il existe chez nous deux formes essentielles de production socialiste: celle de l’Etat, c’est-à-dire du peuple entier, et la forme kolkhozienne, que l’on ne peut pas appeler commune au peuple entier. Dans les entreprises d’Etat, les moyens de production et les biens produits constituent la propriété du peuple entier. Dans les entreprises kolkhoziennes, bien que les moyens de production (la terre, les machines) appartiennent à l’Etat, les produits obtenus sont la propriété des différents kolkhoz qui fournissent le travail de même que les semences ; les kolkhoz disposent pratiquement de la terre qui leur a été remise à perpétuité comme de leur bien propre, quoiqu’ils ne puissent pas la vendre, l’acheter, la donner à bail ou la mettre en gage.

L’Etat ne peut donc disposer que de la production des entreprises d’Etat, les kolkhoz bénéficiant de leur production comme de leur bien propre. Mais les kolkhoz ne veulent pas aliéner leurs produits autrement que sous la forme de marchandises, en échange de celles dont ils ont besoin. Les kolkhoz n’acceptent aujourd’hui d’autres relations économiques avec la ville que celles intervenant dans les échanges par achat et vente de marchandises. Aussi la production marchande et les échanges sont-ils chez nous, à l’heure actuelle, une nécessité pareille à celle d’il y a trente ans, par exemple, époque à laquelle Lénine proclamait la nécessité de développer par tous les moyens les échanges.

Certes, lorsqu’au lieu des deux secteurs essentiels de la production, le secteur d’Etat et le secteur kolkhozien, il se formera un seul secteur universel de production investi du droit de disposer de tous les produits de consommation du pays, la circulation des marchandises, avec son « économie monétaire », aura disparu comme un élément inutile de l’économie nationale. D’ici là, aussi longtemps que les deux secteurs essentiels de la production existeront, la production marchande et la circulation des marchandises resteront en vigueur comme un élément nécessaire et très utile dans le système de notre économie nationale. Comment sera-t-il procédé à la formation d’un seul secteur universel ? Par simple absorption du secteur kolkhozien dans le secteur d’Etat — ce qui est peu probable (ceci pouvant être considéré comme une expropriation des kolkhoz), ou par la constitution d’un seul organisme économique national (avec des représentants de l’industrie d’Etat et des kolkhoz), ayant le droit d’abord de recenser tous les produits de consommation du pays et, avec le temps, de répartir la production, par exemple, sous forme d’échange des produits ? C’est là une question spéciale qui demande un examen à part.

Par conséquent, notre production marchande n’est pas une production marchande ordinaire, elle est d’un genre spécial, une production marchande sans capitalistes, qui se préoccupe pour l’essentiel des marchandises appartenant à des producteurs socialistes associés (Etat, kolkhoz, coopératives), et dont la sphère d’action est limitée à des articles de consommation personnelle, une production marchande qui ne peut évidemment pas se développer pour devenir une production capitaliste, mais doit aider, avec son « économie monétaire », au développement et à l’affermissement de la production socialiste.

Aussi ont-ils absolument tort, ceux oui prétendent que, du moment que la société socialiste maintient les formes marchandes de la production, il y a lieu de rétablir chez nous toutes les catégories économiques propres au capitalisme: la force de travail comme marchandise, la plus-value, le capital, le profit du capital, le taux moyen du profit, etc. Ces camarades confondent la production marchande avec la production capitaliste et estiment que, du moment qu’il y a production marchande, il doit y avoir aussi production capitaliste. Ils ne comprennent pas que notre production marchande se distingue foncièrement de la production marchande sous le capitalisme.

Bien plus, je pense qu’il faut renoncer à certaines autres notions empruntées au Capital, où Marx se livrait à l’analyse du capitalisme, — et artificiellement accolées à nos rapports socialistes. Je veux parler entre autres de notions telles que le travail « nécessaire » et le « surtravail », le produit « nécessaire » et le « surproduit », le temps « nécessaire » et le « temps extra ». Marx a analysé le capitalisme, afin d’établir l’origine de l’exploitation de la classe ouvrière, la plus-value, et de fournir à la classe ouvrière privée des moyens de production une arme spirituelle pour renverser le capitalisme. On comprend que Marx se sert ici de notions (catégories) qui répondent parfaitement aux rapports capitalistes. Mais il serait plus qu’étrange de se servir actuellement de ces notions, alors que la classe ouvrière, loin d’être privée du pouvoir et des moyens de production, détient au contraire le pouvoir et possède les moyens de production. Les propos sur la force de travail comme marchandise et sur le « salariat » des ouvriers sonnent d’une façon assez absurde sous notre régime : comme si la classe ouvrière, qui possède les moyens de production, se salarie elle-même et se vend à elle-même sa force de travail. Il n’est pas moins étrange de parler aujourd’hui du travail « nécessaire » et du « surtravail »: comme si le travail des ouvriers dans nos conditions, donné à la société en vue d’élargir la production, de développer l’instruction et la santé publique, d’organiser la défense nationale, etc., n’était pas aussi nécessaire à la classe ouvrière, aujourd’hui au pouvoir, que le travail dépensé pour subvenir aux besoins personnels de l’ouvrier et de sa famille.

Il est à noter que Marx dans sa Critique du programme de Gotha, où il analyse non plus le capitalisme, mais entre autres la première phase de la société communiste, reconnaît que le travail consacré à la société pour élargir la production, pour l’instruction et la santé publique, pour les frais d’administration, pour la constitution de réserves, etc., est aussi nécessaire que le travail dépensé pour subvenir aux besoins de consommation de la classe ouvrière.

Je pense que nos économistes doivent en finir avec ce défaut de concordance entre les vieilles notions et le nouvel état de choses dans notre pays socialiste, en substituant aux notions anciennes des notions appropriées à la nouvelle situation.

Nous avons pu tolérer ce défaut de concordance jusqu’à un certain temps. Mais l’heure est venue où nous devons enfin y remédier.

3. DE LA LOI DE LA VALEUR SOUS LE SOCIALISME

On demande parfois si la loi de la valeur existe et fonctionne chez nous, sous notre régime socialiste.

Oui, elle existe et fonctionne. Là où il y a marchandises et production marchande, la loi de la valeur existe nécessairement.

La sphère d’action de la loi de la valeur s’étend chez nous tout d’abord à la circulation des marchandises, à l’échange des marchandises par achat et vente, à l’échange surtout des marchandises d’usage personnel. Dans ce domaine, la loi de la valeur conserve, bien entendu, dans certaines limites, un rôle régulateur.

L’action de la loi de la valeur ne se borne pas cependant à la sphère de la circulation des marchandises. Elle s’étend de même à la production. Il est vrai que la loi de la valeur ne joue pas un rôle régulateur dans notre production socialiste, mais elle agit néanmoins sur la production, et on ne peut ne pas en faire état en dirigeant la production. Le fait est que les produits de consommation, nécessaires pour compenser les pertes en force de travail dans le processus de la production, sont fabriqués chez nous et sont réalisés en tant que marchandises soumises à l’action de la loi de la valeur. Là précisément la loi de la valeur agit sur la production. Ceci étant, l’autonomie financière et la rentabilité, le prix de revient, les prix, etc. ont aujourd’hui une importance d’actualité dans nos entreprises. C’est pourquoi nos entreprises ne peuvent ni ne doivent se passer de la loi de la valeur.

Est-ce un bien ? Ce n’est pas un mal. Dans les conditions où nous sommes aujourd’hui, ce n’est vraiment pas un mal, puisque le résultat en est de former nos dirigeants des affaires économiques à la conduite rationnelle de la production, et de les discipliner. Ce n’est pas un mal, puisque nos dirigeants des affaires économiques apprennent ainsi à évaluer le potentiel de production, à l’évaluer avec exactitude et à tenir compte aussi exactement des réalités de la production, au lieu de perdre leur temps à bavarder sur des « chiffres ctimatifs » pris au hasard. Ce n’est pas un mal, puisque nos dirigeants des affaires économiques apprennent ainsi à chercher, à trouver et à exploiter les réserves latentes, tapies dans les profondeurs de la production, au lieu de les fouler aux pieds. Ce n’est pal un mal, puisque nos dirigeants des agraires économiques apprennent ainsi à améliorer systématiquement les méthodes de fabrication, à réduire le prix de revient, à pratiquer l’autonomie financière et à réaliser la rentabilité des entreprises. C’est la une bonne école pratique, qui hâtera la montée de nos cadres chargés des affaires économiques pour en faire de vrais dirigeants de la production socialiste à l’étape actuelle du développement.

Le malheur n’est pas que la loi de la valeur agit chez nous sur la production. Le malheur est que nos dirigeants des affaires économiques et nos spécialistes de la planification, à peu d’exceptions près, connaissent mal l’action de la loi de la valeur, ne l’étudient pas et ne savent pas en tenir compte dans leurs calculs. C’est ce qui explique la confusion qui règne encore chez nous dans la politique des prix. Voici un exemple entre tant d’autres. Il y a quelque temps, on avait décidé de régler, dans l’intérêt de la culture cotonnière, le rapport des prix du coton et des céréales, de préciser le prix des céréales vendues aux cultivateurs de coton et de relever les prix du coton livré à l’Etat. Dès lors, nos dirigeants des affaires économiques et nos spécialistes de la planification apportèrent une proposition qui ne pouvait que surprendre les membres du Comité central, puisque cette proposition établissait un prix à peu près égal pour une tonne de céréales et une tonne de coton ; au surplus, le prix d’une tonne de céréales était le même que celui d’une tonne de pain cuit. Les membres du Comité central ayant fait remarquer que le prix d’une tonne de pain cuit devait être supérieur à celui d’une tonne de céréales, en raison des frais supplémentaires nécessités par la mouture et la cuisson ; que le coton en général coûtait bien plus cher que les céréales, témoin les prix mondiaux du coton et des céréales, — les auteurs de la proposition ne purent rien dire d’explicite. Force fut au Comité central de prendre la chose en mains propres, de diminuer les prix des céréales et de relever ceux du coton. Que serait-il advenu si la proposition de ces camarades avait reçu force légale ? Nous aurions ruiné les cultivateurs et serions restés sans coton.

Est-ce à dire que la loi de la valeur s’exerce chez nous avec la même ampleur que sous le capitalisme, qu’elle est chez nous régulatrice de la production ? Evidemment non. En réalité, la loi de la valeur, sous notre régime économique, exerce son action dans un cadre strictement limité. On a déjà dit que la production marchande, sous notre régime, exerce son action dans un cadre limité. On peut en dire autant de l’action exercée par la loi de la valeur. Il est certain que l’absence de propriété privée des moyens de production et leur socialisation dans la ville comme à la campagne ne peuvent que limiter la sphère d’action de la loi de la valeur et le degré de sa réaction sur la production.

C’est dans le même sens qu’intervient dans l’économie nationale la loi du développement harmonieux (proportionné), qui a remplacé la loi de concurrence et d’anarchie de la production.

C’est dans le même sens qu’interviennent nos plans annuels et quinquennaux et toute notre politique économique, lesquels s’appuient sur les exigences de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale.

Tous ces faits pris ensemble font que la sphère d’action de la loi de la valeur est strictement limitée chez nous, et que la loi de la valeur ne peut, sous notre régime, jouer un rôle régulateur dans la production.

C’est ce qui explique d’ailleurs ce fait « stupéfiant » que malgré la montée incessante et impétueuse de notre production socialiste, la loi de la valeur n’aboutit pas chez nous aux crises de surproduction, alors que la même loi de la valeur, qui a une large sphère d’action sous le capitalisme, malgré les faibles rythmes de croissance de la production dans les pays capitalistes, aboutit à des crises périodiques de surproduction.

On dit que la loi de la valeur est une loi constante, obligatoire pour toutes les périodes d’évolution historique ; que si la loi de la valeur perd sa force comme régulatrice des rapports d’échange dans la seconde phase de la société communiste, elle maintiendra dans cette phase de développement sa force comme régulatrice des rapports entre les diverses branches de la production, comme régulatrice de la répartition du travail entre les branches de la production.

Cela est tout à fait faux. La valeur, ainsi que la loi de la valeur, est une catégorie historique liée à l’existence de la production marchande. Avec la disparition de cette dernière disparaîtront aussi la valeur avec ses formes et la loi de la valeur. Dans la seconde phase de la société communiste, la quantité de travail dépensé pour fabriquer les produits ne se mesurera plus par des voies détournées, au moyen de la valeur et de ses formes, comme c’est le cas pour la production marchande, mais directement et immédiatement par la quantité de temps, la quantité d’heures dépensées pour fabriquer les produits. En ce qui concerne la répartition du travail, celle-ci ne se réglera pas entre les branches de production par la loi de la valeur qui aura perdu sa force à ce moment-là, mais par l’accroissement des besoins de la société en produits. Ce sera une société où la production se réglera par les besoins de la société, et le recensement des besoins de la société acquerra une importance de premier ordre pour les organismes de planification. Il est de même absolument faux de prétendre que, dans notre régime économique actuel, à la première phase du développement de la société communiste, la loi de la valeur règle les « proportions » de la répartition du travail entre les diverses branches de production.

Si cela était juste, pourquoi ne développerait-on pas à fond nos industries légères comme étant les plus rentables, de préférence à l’industrie lourde qui est souvent moins rentable et qui parfois ne l’est pas du tout ?

Si cela était juste, pourquoi ne fermerait-on pas chez nous les entreprises pour l’instant non rentables de l’industrie lourde, où le travail des ouvriers ne produit pas « l’effet voulu », et pourquoi n’ouvriraiton pas de nouvelles entreprises de l’industrie légère assurément rentable, où le travail des ouvriers pourrait produire un « plus grand effet » ?

Si cela était juste, pourquoi ne transférerait-on pas chez nous les ouvriers des entreprises peu rentables, bien que très nécessaires à l’économie nationale, vers les entreprises plus rentables, selon la loi de la valeur qui règle soi-disant les « proportions » de la répartition du travail entre les branches de production ?

Sans doute qu’en suivant à la trace ces camarades, il nous faudrait renoncer au primat de la production des moyens de production sur la production des moyens de consommation. Et que signifie renoncer au primat de la production des moyens de production ? C’est rendre impossible la montée incessante de notre économie nationale, car on ne saurait réaliser la montée incessante de l’économie nationale sans réaliser en même temps le primat de la production des moyens de production.

Ces camarades oublient que la loi de la valeur ne peut être la régulatrice de la production que sous le capitalisme, alors qu’existent la propriété privée des moyens de production, la concurrence, l’anarchie de la production, les crises de surproduction. Ils oublient que la sphère d’action de la loi de la valeur est limitée chez nous par la propriété sociale des moyens de production, par l’action de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale, — elle est donc limitée aussi par nos plans annuels et quinquennaux qui sont le reflet approximatif des exigences de cette loi.

Certains camarades tirent de là cette conclusion que la loi du développement harmonieux de l’économie nationale et la planification de celle-ci suppriment le principe de la rentabilité. Cela est absolument faux. Il en va tout autrement. Si l’on considère la rentabilité non du point de vue de chacune des entreprises ou branches de production ni au cours d’une seule année, mais du point de vue de l’ensemble de l’économie nationale et au cours de dix à quinze ans par exemple, ce qui serait le seul moyen d’aborder la question correctement, la rentabilité momentanée et fragile des différentes entreprises ou branches de production ne peut soutenir aucune comparaison avec la forme supérieure d’une rentabilité solide et constante que nous donnent l’action de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale et la planification de cette dernière en nous débarrassant des crises économiques périodiques, destructrices de l’économie nationale et qui apportent à la société un immense dommage matériel, et en nous assurant le progrès continu de l’économie nationale avec ses rythmes élevés.

En bref : il n’est pas douteux que, dans nos conditions socialistes actuelles de la production, la loi de la valeur ne peut être « régulatrice des proportions » dans la répartition du travail entre les diverses branches de production.

4. DE LA SUPPRESSION DE L’OPPOSITION ENTRE LA VILLE ET LA CAMPAGNE, ENTRE LE TRAVAIL INTELLECTUEL ET LE TRAVAIL MANUEL, ET DE LA LIQUIDATION DES DIFFÉRENCES ENTRE EUX

Ce titre a trait à plusieurs problèmes qui se distinguent essentiellement les uns des autres ; je les réunis cependant dans un seul chapitre, non pas pour les mêler ensemble, mais uniquement en vue d’abréger mon exposé.

La suppression de l’opposition entre la ville et la campagne, entre l’industrie et l’agriculture constitue un problème connu, depuis longtemps soulevé par Marx et Engels. La base économique de cette opposition est l’exploitation de la campagne par la ville, l’expropriation de la paysannerie et la ruine de la majeure partie de la population rurale, dues au développement de l’industrie, du commerce, du système de crédits en régime capitaliste. Aussi faut-il considérer l’opposition entre la ville et la campagne sous le capitalisme comme une opposition des intérêts. C’est sur ce terrain qu’a surgi cette attitude d’hostilité de la campagne à l’égard de la ville et en général à l’égard des « citadins ».

Il est certain qu’avec l’abolition du capitalisme et du système d’exploitation, avec le renforcement du régime socialiste dans notre pays, devait disparaître l’opposition des intérêts entre la ville et la campagne, entre l’industrie et l’agriculture. C’est ce qui advint. L’aide considérable apportée à notre paysannerie par la ville socialiste, par notre classe ouvrière, pour supprimer les propriétaires fonciers et les koulaks, a consolidé le terrain en vue de l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie; d’autre part, l’approvisionnement systématique de la paysannerie et de ses kolkhoz en tracteurs et autres machines de premier ordre a fait que l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie s’est transformée en amitié entre ces classes. Sans doute, les ouvriers et la paysannerie kolkhozienne n’en forment pas moins deux classes qui se distinguent l’une de l’autre par leur situation respective. Mais cette distinction n’affaiblit en aucune manière leur amitié. Au contraire, leurs intérêts se situent sur le même plan, celui de la consolidation du régime socialiste et de la lutte pour la victoire du communisme. Il n’est donc pas étonnant qu’il ne reste plus de trace de la méfiance d’autrefois et, à plus forte raison, de la haine de la campagne pour la ville.

Tout cela signifie que le terrain propice à l’opposition entre la ville et la campagne, entre l’industrie et l’agriculture est d’ores et déjà liquidé par notre régime socialiste actuel.

Cela ne veut point dire, bien entendu, que la suppression de l’opposition entre la ville et la campagne doit amener la « mort des grandes villes » 2. Non seulement les grandes villes ne périront pas, mais il en surgira encore de nouvelles, qui seront des centres de culture les plus évolués, centres non seulement de la grande industrie, mais aussi de la transformation des produits agricoles et d’un puissant développement de toutes les branches de l’industrie alimentaire. C’est ce qui contribuera à l’épanouissement culturel du pays et conduira à niveler les conditions d’existence dans les villes et les campagnes.

Il en va de même de la suppression de l’opposition entre le travail intellectuel et manuel. C’est là aussi un problème connu, depuis longtemps posé par Marx et Engels. La base économique de l’opposition entre le travail intellectuel et manuel, c’est l’exploitation des travailleurs manuels par les représentants du travail intellectuel. Tout le monde connaît l’abîme qui, sous le capitalisme, sépare dans les entreprises les travailleurs manuels du personnel dirigeant. On sait que cela a donné lieu à une attitude hostile des ouvriers envers le directeur, le contremaître, l’ingénieur et autres représentants du personnel technique, qu’ils considéraient comme leurs ennemis. On comprend qu’avec l’abolition du capitalisme et du système d’exploitation devait disparaître l’opposition des intérêts entre le travail manuel et le travail intellectuel. Elle a effectivement disparu sous notre régime socialiste. Maintenant, travailleurs manuels et personnel dirigeant ne sont pas des ennemis, mais des camarades et des amis, membres d’une seule collectivité de producteurs, vivement intéressés au progrès et à l’amélioration de la production. De l’ancienne animosité, il ne reste plus de trace.

Le problème de la disparition des différences entre la ville (l’industrie) et la campagne (l’agriculture), entre le travail intellectuel et le travail manuel revêt un tout autre caractère. Ce problème n’a pas été posé par les classiques du marxisme. C’est un problème nouveau, posé par la pratique de notre édification socialiste.

Ce problème n’a-t-il pas été imaginé de toutes pièces ? A-t-il pour nous une importance pratique ou théorique ? Non, on ne peut pas dire que ce problème ait été imaginé de toutes pièces. Au contraire, il est pour nous un problème des plus sérieux.

Si l’on considère, par exemple, la différence entre l’agriculture et l’industrie, elle consiste chez nous non seulement en ce que les conditions de travail dans l’agriculture diffèrent des conditions de travail dans l’industrie, mais avant tout et principalement en ce que dans notre industrie les moyens de production et les objets produits appartiennent au peuple entier, tandis que dans l’agriculture la propriété n’est pas celle du peuple entier, mais celle d’un groupe, du kolkhoz. Ce fait, on l’a déjà dit, aboutit au maintien de la circulation des marchandises, et ce n’est qu’avec la disparition de cette différence entre l’industrie et l’agriculture que peut disparaître la production marchande avec toutes les conséquences qui en découlent. Par conséquent, on ne peut nier que la disparition de cette différence essentielle entre l’agriculture et l’industrie doit avoir pour nous une importance de premier plan.

Il faut en dire autant de la suppression de la différence essentielle entre le travail intellectuel et le travail manuel. Ce problème également a pour nous une importance primordiale. Avant que l’émulation socialiste de masse ait pris de l’ampleur, notre industrie montait en grinçant, et nombre de camarades préconisaient même des rythmes ralentis du développement industriel. Cela s’explique surtout par le fait que le niveau culturel et technique des ouvriers était trop bas et retardait de loin sur le niveau du personnel technique. Les choses ont pourtant changé radicalement après que l’émulation socialiste eut pris chez nous un caractère de masse. Dès lors, l’industrie a fait des progrès rapides. Pourquoi l’émulation socialiste a-t-elle pris un caractère de masse ? Parce qu’il s’est trouvé parmi les ouvriers des groupes de camarades qui non seulement s’étaient assimilé un minimum de connaissances techniques, mais sont allés au-delà et se sont placés au niveau du personnel technique ; ils ont commencé à corriger les techniciens et les ingénieurs, à renverser les normes existantes comme périmées, à introduire des normes nouvelles, plus modernes, etc. Que serait-il advenu si, au lieu de groupes d’ouvriers, la majorité des ouvriers avaient élevé leur niveau culturel et technique jusqu’au niveau des ingénieurs et des techniciens ? Notre industrie aurait été portée à une hauteur inaccessible pour l’industrie des autres pays. On ne doit donc pas nier que la suppression de la différence essentielle entre le travail intellectuel et le travail manuel, en élevant le niveau culturel et technique des ouvriers au niveau du personnel technique, ne peut pas ne pas avoir pour nous une importance de premier plan.

Certains camarades soutiennent qu’avec le temps disparaîtra non seulement la différence essentielle entre l’industrie et l’agriculture, entre le travail manuel et le travail intellectuel, mais aussi toutes les différences entre eux. Cela est faux. La suppression de la différence essentielle entre l’industrie et l’agriculture ne peut pas aboutir à la suppression de toutes les différences entre elles. Une certaine distinction, quoique non essentielle, demeurera assurément par suite des conditions différentes de travail dans l’industrie et dans l’agriculture. Et même dans l’industrie, si l’on tient compte de ses diverses branches, les conditions de travail ne sont pas partout les mêmes : les conditions de travail des mineurs, par exemple, diffèrent de celles des ouvriers d’une fabrique mécanisée de chaussures; les conditions de travail des mineurs de minerais diffèrent de celles des ouvriers occupés dans l’industrie mécanique. S’il en est ainsi, une certaine différence subsistera à plus forte raison entre l’industrie et l’agriculture.

Il faut en dire autant de la différence entre le travail intellectuel et manuel. La différence essentielle entre eux, quant au niveau culturel et technique, disparaîtra assurément. Mais une certaine différence, quoique non essentielle, demeurera pourtant, ne serait-ce que parce que les conditions de travail du personnel dirigeant des entreprises ne sont pas identiques aux conditions de travail des ouvriers.

Ceux des camarades qui affirment le contraire s’appuient sans doute sur une formule dans certaines de mes interventions où il est parlé de la suppression de la différence entre l’industrie et l’agriculture, entre le travail intellectuel et le travail manuel, sans qu’il soit spécifié qu’il est question de supprimer la différence essentielle, et non pas toutes les différences. C’est bien ainsi que les camarades ont compris ma formule, en supposant qu’elle signifie la suppression de toutes les différences. C’est que la formule manquait de précision et était peu satisfaisante. Il faut la rejeter, la remplacer par une autre, affirmant la suppression des différences essentielles et le maintien des distinctions non essentielles entre l’industrie et l’agriculture, entre le travail intellectuel et le travail manuel.

5.         DE       LA       DÉSAGRÉGATION  DU      MARCHÉ       MONDIAL     UNIQUE         ET       DE L’AGGRAVATION DE LA CRISE DU SYSTÈME CAPITALISTE MONDIAL

Le résultat économique le plus important de la Seconde Guerre mondiale, avec ses répercussions sur l’économie, a été la désagrégation du marché mondial unique, universel. Ce qui a déterminé l’aggravation ultérieure de la crise générale du système capitaliste mondial.

La Seconde Guerre mondiale a été elle-même engendrée par cette crise. Chacune des deux coalitions capitalistes engagées dans le conflit espérait pouvoir battre l’adversaire et établir sa domination sur le monde. C’est là qu’elles cherchaient une issue à la crise. Les Etats-Unis d’Amérique comptaient mettre hors de combat leurs concurrents les plus dangereux, l’Allemagne et le Japon, s’emparer des marchés étrangers, des ressources mondiales de matières premières et asseoir leur domination sur le monde.

La guerre cependant n’a pas justifié leurs espoirs. Il est vrai que l’Allemagne et le Japon ont été mis hors de combat en tant que concurrents des trois principaux pays capitalistes : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Mais on a vu d’autre part se détacher du système capitaliste la Chine et les pays de démocratie populaire en Europe, pour former avec l’Union soviétique un camp socialiste unique et puissant, opposé au camp du capitalisme. La conséquence de l’existence des deux camps opposés pour l’économie fut que le marché unique, universel s’est désagrégé, ce qui fait que nous avons maintenant deux marchés mondiaux parallèles qui eux aussi s’opposent l’un à l’autre.

Notons que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avec la France ont contribué eux-mêmes, bien entendu, indépendamment de leur volonté, à former et à consolider un nouveau marché mondial parallèle. Ils ont soumis au blocus économique l’U.R.S.S., la Chine et les pays de démocratie populaire en Europe, qui ne faisaient pas partie du « plan Marshall », croyant ainsi pouvoir les étrangler. En réalité, loin d’être étranglé, le marché mondial nouveau a été consolidé.

L’essentiel pourtant ne consiste pas ici dans le blocus économique, mais en ce que, dans l’après-guerre, ces pays se sont associés économiquement et ont organisé la collaboration et l’entraide économiques. L’expérience de cette coopération montre qu’aucun pays capitaliste n’aurait pu prêter aux pays de démocratie populaire une aide efficace et technique qualifiée, pareille à celle qu’ils reçoivent de l’Union soviétique. Il ne s’agit pas seulement que cette aide est très peu dispendieuse et de premier ordre au point de vue technique. Il s’agit avant tout qu’à la base de cette collaboration se trouve le désir sincère de s’entraider et de réaliser un essor économique général. Résultat : nous enregistrons des rythmes de développement élevés dans ces pays. On peut dire avec assurance qu’avec de tels rythmes de développement de l’industrie, ces pays n’auront bientôt plus à importer des marchandises provenant des pays capitalistes, mais éprouveront eux-mêmes la nécessité de vendre à l’étranger les excédents de leur production.

Mais il s’ensuit que la sphère d’exploitation des ressources mondiales par les principaux pays capitalistes (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France) n’ira pas en s’élargissant mais en se rétrécissant, que les conditions de débouché sur le marché mondial s’aggraveront pour ces pays, et que la sousproduction des entreprises y augmentera. C’est en cela que consiste précisément l’aggravation de la crise générale du système capitaliste mondial, à la suite de la désagrégation du marché mondial. C’est ce que constatent les capitalistes, car il est difficile pour eux de ne pas ressentir la perte de marchés tels que l’U.R.S.S. et la Chine. Ils s’attachent à remédier à ces difficultés par le « plan Marshall », par la guerre en Corée, par la course aux armements, par la militarisation de l’industrie. Mais cela ressemble fort au noyé qui s’accroche à un brin de paille. Devant cette situation, deux problèmes se posent aux économistes :

  1. a) Peut-on affirmer que la thèse bien connue de Staline sur la stabilité relative des marchés en période de crise générale du capitalisme, thèse formulée à la veille de la Seconde Guerre mondiale, soit toujours valable ?
  2. b) Peut-on affirmer que la thèse bien connue, formulée par Lénine au printemps 1916, selon laquelle, malgré sa putréfaction, « dans l’ensemble, le capitalisme se développe infiniment plus vite qu’auparavant » 3, soit toujours valable ?

Je pense qu’on ne saurait l’affirmer. Etant donné les nouvelles conditions dues à la Seconde Guerre mondiale, il faut considérer les deux thèses comme n’étant plus valables.

6. DE L’INÉVITABILITÉ DES GUERRES ENTRE LES PAYS CAPITALISTES

Certains camarades affirment qu’étant donné les nouvelles conditions internationales, après la Seconde Guerre mondiale, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables. Ils estiment que les contradictions entre le camp du socialisme et celui du capitalisme sont plus fortes que les contradictions entre pays capitalistes ; que les Etats-Unis d’Amérique se sont suffisamment soumis les autres pays capitalistes pour les empêcher de se faire la guerre et de s’affaiblir mutuellement; que les hommes avancés du capitalisme sont assez instruits par l’expérience des deux guerres mondiales, qui ont porté un sérieux préjudice à l’ensemble du monde capitaliste, pour se permettre d’entraîner à nouveau les pays capitalistes dans une guerre entre eux; que, de ce fait, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables.

Ces camarades se trompent. Ils voient les phénomènes extérieurs affleurant à la surface, mais ils n’aperçoivent pas les forces profondes qui, bien qu’agissant momentanément de façon invisible, n’en détermineront pas moins le cours des événements.

En apparence, la « sérénité » règne partout: les Etats-Unis d’Amérique ont réduit à la portion congrue l’Europe occidentale, le Japon et autres pays capitalistes; l’Allemagne (de l’Ouest), la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, le Japon, tombés dans les griffes des Etats-Unis, exécutent docilement leurs injonctions. Mais on aurait tort de croire que cette « sérénité » puisse se maintenir « pour l’éternité »; que ces pays supporteront sans fin la domination et le joug des Etats-Unis; qu’ils n’essaieront pas de s’arracher de la captivité américaine pour s’engager sur le chemin de l’indépendance.

Considérons d’abord l’Angleterre et la France. Il est certain que ce sont des pays impérialistes. Il est certain que les matières premières à bon marché et les débouchés assures ont pour eux une importance de premier plan. Peut-on imaginer qu’ils supporteront sans fin la situation actuelle, où les Américains, à la faveur d’une « aide » prêtée au titre du « plan Marshall », s’installent dans le système économique de la Grande-Bretagne et de la France, système dont ils veulent faire un appendice de l’économie américaine; où le capital américain s’empare des matières premières et des débouchés dans les colonies anglo-françaises, préparant ainsi la catastrophe pour les profits exorbitants des capitalistes anglofrançais ? N’est-il pas plus exact de dire que l’Angleterre capitaliste et, à sa suite, la France capitaliste seront finalement obligées de s’arracher à l’étreinte des Etats-Unis et d’accepter un conflit avec eux pour s’assurer une situation indépendante et, bien entendu, des profits exorbitants ?

Passons aux principaux pays vaincus, à l’Allemagne (occidentale), au Japon. Ces pays mènent aujourd’hui une existence lamentable sous la botte de l’impérialisme américain. Leur industrie et leur agriculture, leur commerce, leur politique extérieure et intérieure, toute leur existence sont enchaînés par le « régime » d’occupation américain. Pourtant hier encore c’étaient de grandes puissances impérialistes qui ébranlaient les assises de la domination de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis, de la France en Europe et en Asie. Penser que ces pays n’essaieront pas de se relever, de briser le « régime » des Etats-Unis et de s’engager sur le chemin de l’indépendance, c’est croire au prodige.

On dit que les contradictions entre capitalisme et socialisme sont plus fortes que celles existant entre les pays capitalistes. Théoriquement, c’est juste, bien sûr. Pas seulement aujourd’hui ; c’était juste aussi à la veille de la Seconde Guerre mondiale. C’est ce que comprenaient plus ou moins les dirigeants des pays capitalistes. Et cependant, la Seconde Guerre mondiale n’a pas commencé par la guerre contre l’U.R.S.S., mais par une guerre entre pays capitalistes. Pourquoi ? Parce que, d’abord, la guerre contre l’U.R.S.S., pays du socialisme, est plus dangereuse pour le capitalisme que la guerre entre pays capitalistes. Car si la guerre entre pays capitalistes pose seulement la question de la suprématie de tels pays capitalistes sur tels autres, la guerre contre l’U.R.S.S. doit nécessairement poser la question de l’existence même du capitalisme. Parce que, en second lieu, les capitalistes, bien qu’ils proclament, aux fins de « propagande », l’agressivité de l’Union soviétique, n’y croient pas eux-mêmes, puisqu’ils tiennent compte de la politique de paix de l’Union soviétique et savent que cette dernière n’attaquera pas d’elle-même les pays capitalistes.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, on considérait aussi que l’Allemagne avait été définitivement mise hors de combat, de même que le sont aujourd’hui, selon certains camarades, le Japon et l’Allemagne. A ce moment, on disait aussi et on proclamait dans la presse que les Etats-Unis avaient réduit l’Europe à la portion congrue, que l’Allemagne ne pourrait plus se relever, qu’il ne devait plus y avoir de guerre entre pays capitalistes. Mais, malgré cela, l’Allemagne s’était, remise debout en tant que grande puissance quinze à vingt ans après sa défaite, s’étant évadée de sa captivité et engagée sur la voie d’un développement indépendant. Il est à noter que ce n’était autres que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis qui avaient aidé l’Allemagne à se relever économiquement et à rétablir son potentiel économique et militaire. Sans doute qu’en aidant l’Allemagne à se relever économiquement, les EtatsUnis et la Grande-Bretagne entendaient diriger l’Allemagne, une fois relevée, contre l’Union soviétique, l’utiliser contre le pays du socialisme. L’Allemagne cependant a dirigé ses forces, en premier lieu, contre le bloc anglo-franco-américain. Et lorsque l’Allemagne hitlérienne eut déclaré la guerre à l’Union soviétique, le bloc anglo-franco-américain, loin de se rallier à l’Allemagne hitlérienne, fut obligé, au contraire, de se coaliser avec l’U.R.S.S. contre l’Allemagne hitlérienne.

Par conséquent, la lutte des pays capitalistes pour la possession des marchés et le désir de noyer leurs concurrents se sont pratiquement révélés plus forts que les contradictions entre le camp du capitalisme et celui du socialisme.

On se demande : où est la garantie que l’Allemagne et le Japon ne se relèveront pas et ne tenteront pas de se libérer de l’emprise américaine pour commencer une vie propre, indépendante ? Je pense que cette garantie n’existe pas.

Il s’ensuit donc que l’inévitabilité des guerres entre pays capitalistes reste entière.

On dit qu’il faut considérer comme périmée la thèse de Lénine selon laquelle l’impérialisme engendre inévitablement les guerres, puisque de puissantes forces populaires ont surgi maintenant, qui défendent la paix contre une nouvelle guerre mondiale. Cela est faux.

Le mouvement actuel pour la paix se propose d’entraîner les masses populaires dans la lutte pour le maintien de la paix, pour conjurer une nouvelle guerre mondiale. Par conséquent, il ne vise pas à renverser le capitalisme et à établir le socialisme, — il se borne à des buts démocratiques de lutte pour le maintien de la paix. A cet égard, le mouvement actuel pour le maintien de la paix se distingue du mouvement de l’époque de la Première Guerre mondiale, lequel, visant à transformer la guerre impérialiste en guerre civile, allait plus loin et poursuivait des buts socialistes.

Il se peut que, les circonstances aidant, la lutte pour la paix évolue çà et là vers la lutte pour le socialisme, mais ce ne sera plus le mouvement actuel en faveur de la paix, mais un mouvement pour renverser le capitalisme.

Le plus probable, c’est que le mouvement actuel pour la paix, c’est-à-dire le mouvement pour le maintien de la paix, contribuera, en cas de succès, à conjurer une guerre donnée, à l’ajourner temporairement, à maintenir temporairement une paix donnée, à faire démissionner le gouvernement belliciste et à y substituer un autre gouvernement, disposé à maintenir provisoirement la paix. Cela est bien, naturellement. C’est même très bien. Mais cela ne suffit cependant pas pour supprimer les guerres inévitables en général entre pays capitalistes. Cela ne suffit pas, car malgré tous ces succès du mouvement de la paix, l’impérialisme demeure debout, reste en vigueur. Par suite, l’inévitabilité des guerres reste également entière.

Pour supprimer le caractère inévitable des guerres, il faut détruire l’impérialisme.

7. DES LOIS ÉCONOMIQUES FONDAMENTALES DU CAPITALISME ACTUEL ET DU SOCIALISME

On sait que la question des lois économiques fondamentales du capitalisme et du socialisme a été plusieurs fois soulevée au cours des discussions. Différentes opinions ont été émises à ce sujet, allant même jusqu’aux plus fantaisistes. Il est vrai que la plupart des participants à la discussion ont réagi mollement, et qu’aucune décision n’a été arrêtée sur ce point. Toutefois, aucun des participants à la discussion n’a nié l’existence de ces lois.

Une loi économique fondamentale du capitalisme existe-t-elle ? Oui, elle existe. Qu’est-ce que cette loi, quels sont ses traits caractéristiques ? La loi économique fondamentale du capitalisme est celle qui définit, non pas un aspect particulier ou des processus particuliers du développement de la production capitaliste, mais tous les principaux aspects et tous les principaux processus de ce développement ; elle définit donc l’essence de la production capitaliste, sa nature même.

La loi de la valeur n’est-elle pas la loi économique fondamentale du capitalisme ? Non. Elle est avant tout celle de la production marchande. Elle existait avant le capitalisme et continue d’exister, comme la production marchande, après le renversement du capitalisme, tel est par exemple le cas, dans notre pays, avec, il est vrai, une sphère d’action limitée. Certes, la loi de la valeur, qui comporte une large sphère d’action dans les conditions du capitalisme, joue un grand rôle dans le développement de la production capitaliste ; mais elle ne définit pas l’essence de la production capitaliste et la base du profit capitaliste; bien plus : elle ne pose même pas ces problèmes. Elle ne peut donc pas être la loi économique fondamentale du capitalisme actuel.

Pour les mêmes raisons ne peut être la loi économique fondamentale du capitalisme la loi de la concurrence et de l’anarchie de la production, ou la loi du développement inégal du capitalisme dans les différents pays.

On soutient que la loi du taux moyen du profit est la loi économique fondamentale du capitalisme actuel. Cela est faux. Le capitalisme actuel, le capitalisme de monopole, ne peut se contenter du taux moyen qui, au surplus, a tendance à diminuer par suite du relèvement de la composition organique du capital. L’actuel capitalisme de monopole ne demande pas le profit moyen, mais le maximum de profit, nécessaire pour réaliser plus ou moins régulièrement la reproduction élargie.

La loi qui convient le mieux à la notion de loi économique fondamentale du capitalisme est celle de la plus-value, celle de la naissance et de la montée du profit capitaliste. En effet, elle détermine les traits essentiels de la production capitaliste. Mais la loi de la plus-value est une loi d’ordre trop général, qui ne touche pas aux problèmes du taux supérieur du profit, dont la garantie est la condition du développement du capitalisme monopoliste. Pour combler cette lacune, il faut concrétiser la loi de la plus-value et la développer plus avant, en accord avec les conditions du capitalisme de monopole, en tenant compte que ce dernier ne réclame pas n’importe quel profit, mais le profit maximum. C’est ce qui fait la loi économique fondamentale du capitalisme actuel.

Les principaux traits et exigences de la loi économique fondamentale du capitalisme actuel pourraient être formulés à peu près ainsi : assurer le profit capitaliste maximum par l’exploitation, la ruine et l’appauvrissement de la majorité de la population d’un pays donné, par l’asservissement et le pillage systématique des peuples des autres pays, surtout des pays arriérés, et enfin par les guerres et la militarisation de l’économie nationale utilisées pour assurer les profits les plus élevés.

On dit que le profit moyen pourrait néanmoins, dans les conditions actuelles, amplement suffire au développement capitaliste. C’est faux. Le profit moyen, c’est la limite inférieure de la rentabilité, audessous de laquelle la production capitaliste devient impossible. Mais il serait ridicule de penser que les magnats du capitalisme monopoliste actuel, en s’emparant des colonies, en asservissant les peuples et en déclenchant des guerres, entendent ne s’assurer qu’un profit moyen. Non, ce n’est pas le profit moyen, ni le surprofit, qui ne représente en règle générale qu’une certaine majoration du profit moyen, mais le profit maximum qui constitue le moteur du capitalisme monopoliste. C’est la nécessité de réaliser les profits les plus élevés qui pousse le capitalisme de monopole à des actes hasardeux comme l’asservissement et le pillage systématique des colonies et autres pays retardataires, la transformation de pays indépendants en pays dépendants, l’organisation de nouvelles guerres qui sont pour les magnats du capitalisme actuel le meilleur « business » leur permettant de tirer le maximum de profit; enfin, les efforts tentés pour conquérir la suprématie économique mondiale.

La portée de la loi économique fondamentale du capitalisme consiste entre autres en ceci: définissant tous les phénomènes importants dans le développement du mode de production capitaliste, ses montées et ses crises, ses victoires et ses défaites, ses mérites et ses défauts, — tout le processus de son développement contradictoire, — elle permet de les comprendre et de les expliquer.

Voici un exemple « frappant » entre tant d’autres.

Tout le monde connaît les faits tirés de l’histoire et de la pratique du capitalisme, qui montrent l’essor impétueux de la technique sous le capitalisme, alors que les capitalistes s’affirment des champions de la technique avancée, des révolutionnaires dans le développement de la technique de la production. Mais on connaît également des faits d’un autre genre qui montrent que le développement de la technique subit des arrêts sous le capitalisme, quand les capitalistes font figure de réactionnaires par rapport au progrès technique et ont recours souvent au travail manuel.

Comment expliquer cette contradiction flagrante ? On ne peut l’expliquer que par la loi économique fondamentale du capitalisme actuel, c’est-à-dire par la nécessité de réaliser les profits les plus élevés. Le capitalisme est pour la technique nouvelle, quand elle lui fait entrevoir les plus grands profits. Il est contre la nouvelle technique et pour le recours au travail manuel, lorsque la nouvelle technique ne lui fait plus entrevoir les profits les plus élevés.

Il en est ainsi de la loi économique fondamentale du capitalisme actuel.

Existe-t-il une loi économique fondamentale du socialisme ? Oui, elle existe. Quels sont les principaux traits et exigences de cette loi ? Les principaux traits et exigences de la loi économique fondamentale du socialisme pourraient être formulés à peu près ainsi: assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de toute la société, en développant et en perfectionnant toujours la production socialiste sur la base d’une technique supérieure.

Par conséquent : au lieu que soit assuré le maximum de profits, ce sera la satisfaction au maximum des besoins matériels et culturels de la société : au lieu que la production se développe avec des temps d’arrêt, — de l’essor à la crise, de la crise à l’essor, — c’est une croissance ininterrompue de la production ; au lieu de temps d’arrêt périodiques qui s’opèrent dans le progrès technique et s’accompagnent de la destruction des forces productives de la société, c’est un perfectionnement ininterrompu de la production sur la base d’une technique supérieure.

On dit que la loi économique fondamentale du socialisme est celle d’un développement harmonieux, proportionné, de l’économie nationale. Cela est faux. Le développement harmonieux de l’économie nationale et, par suite, sa planification, qui constitue le reflet plus ou moins fidèle de cette loi, ne peuvent rien donner par eux-mêmes, si on ignore au nom de quels objectifs se fait le développement planifié de l’économie nationale, ou bien si la tâche n’est pas claire. La loi du développement harmonieux de l’économie nationale ne peut donner l’effet voulu que dans le cas où il y a une tâche au nom de laquelle ce développement se poursuit. Cette tâche ne peut être fournie par la loi même du développement harmonieux de l’économie nationale. A plus forte raison ne peut-elle pas être fournie par la planification de l’économie nationale. Cette tâche est contenue dans la loi économique fondamentale du socialisme sous la forme des exigences de cette loi exposées plus haut. Aussi, la loi du développement harmonieux de l’économie nationale ne peut-elle exercer à fond son action que si cette action s’appuie sur la loi économique fondamentale du socialisme.

En ce qui concerne la planification de l’économie nationale, elle ne peut obtenir des résultats positifs qu’en observant deux conditions : a) si elle reflète correctement les exigences de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale ; b) si elle s’accorde en tout avec les exigences de la loi économique fondamentale du socialisme.

8. AUTRES QUESTIONS

  • 1) De la contrainte extra-économique sous le féodalisme. Sans doute, la contrainte extra-économique a contribué à consolider le pouvoir économique des féodaux, sans constituer toutefois la base du féodalisme ; c’était la propriété féodale de la terre qui en était le fondement.
  • 2) De la propriété personnelle du foyer kolkhozien.

On aurait tort de dire dans le projet de manuel que « chaque foyer kolkhozien dispose pour l’usage personnel d’une vache, de menu bétail et de volaille ». On sait qu’en réalité la vache, le menu bétail, la volaille, etc. ne sont pas pour la jouissance personnelle, mais sont la propriété personnelle du foyer kolkhozien. L’expression « jouissance personnelle » a été empruntée sans doute au statut-type de l’artel agricole. Mais il y a là une erreur. La Constitution de l’U.R.S.S., élaborée avec plus de soin, dit autre chose, à savoir :

« Chaque foyer kolkhozien… possède en propre, sur le petit terrain attenant à sa maison, une économie auxiliaire, une maison d’habitation, le bétail de production, la volaille et le menu matériel agricole. » C’est exact, bien entendu.

Il faudrait, en outre, dire avec plus de détail que chaque kolkhozien possède en propre d’une à tant de vaches, selon les conditions locales, tant de moutons, de chèvres, de porcs (le nombre dépend aussi des conditions locales) et un nombre illimité de volailles (canards, oies, poules, dindes).

Ces détails ont une grande importance pour nos camarades à l’étranger, qui veulent savoir exactement ce qui reste en propre au foyer kolkhozien à titre de propriété personnelle, après que la collectivisation agricole a été réalisée chez nous.

  • 3) Des fermages payés par les paysans aux propriétaires fonciers et des dépenses nécessitées par les achats de terre.

Il est dit dans le projet de manuel qu’à la suite de la nationalisation de la terre « la paysannerie était libérée des fermages qu’elle payait aux propriétaires fonciers, soit une somme totale d’environ 500 millions de roubles par an» (ajoutons : « roubles-or »). Il importerait de vérifier ce chiffre, car il établit, ce me semble, le fermage payé non pas dans toute la Russie, mais dans la plupart des provinces russes. Il ne faut pas perdre de vue que sur certains confins de la Russie, le fermage se payait en nature, ce dont les auteurs du projet de manuel n’ont sans doute pas tenu compte. En outre, il ne faut pas oublier que la paysannerie s’est libérée des fermages, mais aussi des dépenses annuelles nécessitées par les achats de terre. En a-t-on tenu compte dans le projet de manuel ? Il me semble que non ; or, il faudrait en tenir compte.

  • 4) De l’intégration des monopoles à l’appareil d’Etat. Le mot « intégration » est employé ici improprement. Ce terme exprime superficiellement et sous forme descriptive le rapprochement des monopoles et de l’Etat, mais sans dégager le sens économique de ce rapprochement qui n’entraîne pas simplement l’intégration, mais la soumission de l’appareil d’Etat aux monopoles. Il faudrait donc rejeter le mot « intégration », et y substituer les mots « soumission de l’appareil d’Etat aux monopoles

».

  • 5) De l’emploi des machines en U. R. S. S. Il est dit dans le projet de manuel qu’« en U. R. S. S., les machines sont employées toutes les fois qu’elles économisent du travail à la société ». Ce n’est pas du tout ce qu’il faudrait dire. D’abord, les machines en U. R. S. S. économisent toujours du travail à la société, ce qui fait que nous ne connaissons pas d’exemple de machines qui, en U. R. S. S., n’aient pas économisé du travail à la société. En second lieu, les machines n’économisent pas uniquement le travail, elles facilitent le labeur des hommes, ce qui fait que dans nos conditions, contrairement à celles du capitalisme, les ouvriers emploient très volontiers les machines dans leur travail.

Il faudrait donc dire que nulle part les machines ne sont employées aussi volontiers qu’en U. R. S. S., puisqu’elles économisent du travail à la société et allègent la peine des hommes. Et comme le chômage n’existe pas en U. R. S. S., les ouvriers emploient très volontiers les machines dans l’économie nationale.

  • 6) De la situation matérielle de la classe ouvrière dans les pays capitalistes.

Quand on parle de la situation matérielle de la classe ouvrière, on pense d’habitude aux ouvriers occupés, et l’on ne tient pas compte de la situation matérielle de ce qu’on appelle l’armée de réserve, l’armée des chômeurs. Une telle façon de traiter la situation matérielle de la classe ouvrière est-elle juste ? Je pense que non. Si les chômeurs forment une armée de réserve, dont les membres n’ont pas de quoi vivre, sinon de la vente de leur force de travail, les chômeurs doivent forcément faire partie de la classe ouvrière ; mais alors leur situation misérable ne peut qu’influer sur la situation matérielle des ouvriers occupés. Je pense donc qu’en définissant la situation matérielle de la classe ouvrière dans les pays capitalistes, il faudrait tenir compte aussi de la situation de l’armée de réserve des sans-travail.

  • 7) Du revenu national.

Je pense qu’il faudrait absolument inclure dans le projet de manuel un chapitre sur le revenu national.

  • 8) D’un chapitre spécial du manuel sur Lénine et Staline, fondateurs de l’économie politique du socialisme.

Je pense que le chapitre « La doctrine marxiste du socialisme. La création par Lénine et Staline d’une économie politique du socialisme » doit être supprimé du manuel. Il est absolument inutile, puisqu’il n’apporte rien de nouveau et ne fait que répéter vaguement ce qui a été dit avec plus de détail dans les chapitres précédents. En ce qui concerne les autres questions, je n’ai pas d’observations à ajouter aux « propositions » des camarades Ostrovitianov, Léontiev, Chepilov, Gatovski et d’autres.

9.         LA       PORTÉE        INTERNATIONALE D’UN   MANUEL       MARXISTE   D’ÉCONOMIE POLITIQUE

Je pense que les camarades ne tiennent pas suffisamment compte de la portée d’un manuel marxiste d’économie politique. Ce manuel n’est pas seulement nécessaire pour notre jeunesse soviétique. Il l’est surtout pour les communistes de tous les pays et pour ceux qui sympathisent avec eux. Nos camarades à l’étranger veulent savoir comment nous avons fait pour secouer le joug capitaliste, pour réorganiser l’économie du pays dans l’esprit du socialisme, pour gagner l’amitié de la paysannerie ; comment nous avons fait pour qu’un pays hier encore miséreux et faible se transforme en pays riche et puissant ; qu’est-ce que les kolkhoz ; pourquoi, malgré la socialisation des moyens de production, nous ne supprimons pas la production marchande, la monnaie, le commerce, etc. Ils veulent savoir tout cela et bien d’autres choses, non point par simple curiosité, mais pour apprendre de nous et utiliser notre expérience pour leur propre pays. Aussi la parution d’un bon manuel marxiste d’économie politique at-elle non seulement une importance politique dans notre pays, mais encore une immense portée internationale.

Il faut donc un manuel pouvant servir de livre de chevet à la jeunesse révolutionnaire non seulement à l’intérieur du pays, mais aussi au-delà de ses frontières. Ce manuel ne doit pas être trop volumineux, sinon ce ne sera pas un livre de chevet, et l’on aura de la peine à se l’assimiler, à en venir à bout. Mais il doit contenir toutes les choses essentielles concernant aussi bien l’économie de notre pays que celle du capitalisme et du système colonial.

Certains camarades ont proposé, au cours des débats, d’inclure dans le manuel plusieurs chapitres nouveaux, les historiens — sur l’histoire, les hommes politiques — sur la politique, les philosophes — sur la philosophie, les économistes — sur l’économie. Mais cela aurait fait prendre au manuel des proportions démesurées. Naturellement, il ne faut pas le faire. Le manuel utilise la méthode historique pour illustrer les problèmes d’économie politique, mais cela ne veut pas encore dire que nous devions faire du manuel d’économie politique une histoire des relations économiques.

Il nous faut un manuel de 500, de 600 pages tout au plus. Ce sera un livre de chevet en matière d’économie politique marxiste, un excellent cadeau pour les jeunes communistes de tous les pays.

Du reste, étant donné le niveau insuffisant de formation marxiste de la plupart des partis communistes des pays à l’étranger, ce manuel pourrait être d’une grande utilité aussi pour les cadres communistes déjà âgés de ces pays.

10. LES MOYENS D’AMÉLIORER LE PROJET DE MANUEL D’ÉCONOMIE POLITIQUE

Certains camarades se sont attachés, au cours de la discussion, à « démolir » avec trop de zèle le projet de manuel; ils ont blâmé ses auteurs pour leurs erreurs et leurs négligences, et affirmé que le projet n’est qu’un échec. Cela n’est pas juste. Sans doute, il y a erreurs et négligences dans le manuel, — il y en a presque toujours dans un travail important. De toute façon, l’immense majorité des participants à la discussion ont reconnu pourtant que le projet de manuel pouvait servir de base au futur manuel et qu’il suffit pour cela d’y faire certaines rectifications et adjonctions. En effet, il suffit de comparer le projet aux manuels d’économie politique en circulation pour conclure qu’il est bien supérieur aux manuels existants. C’est là un grand mérite des auteurs de ce projet.

Je pense que pour l’améliorer, il faudrait nommer une commission à effectif réduit, en y comprenant non seulement les auteurs du manuel et les partisans de la majorité de ceux qui ont pris part à la discussion, mais aussi les adversaires de la majorité et les critiques zélés du projet de manuel.

On ferait bien d’inclure dans la commission un statisticien averti qui vérifierait les chiffres et introduirait dans le projet de nouvelles statistiques, de même qu’un juriste expérimenté pour vérifier le texte des formules. Il faudrait exempter temporairement les membres de la commission de tout autre travail, en les pourvoyant pleinement sous le rapport matériel, afin qu’ils puissent se donner tout entiers à ce travail. En outre, il faudrait nommer un comité de rédaction, composé de trois personnes, par exemple, qui seraient chargées de la mise au point définitive du manuel. Ce qui est nécessaire aussi pour réaliser l’unité de style dont, malheureusement, le projet de manuel est dépourvu.

Les délais de présentation du manuel tout prêt au Comité central : un an.

  1. STALINE

1er février 1952.

RÉPONSE AU CAMARADE ALEXANDRE ILITCH NOTKINE

Camarade Notkine,

Je ne me suis pas empressé de vous répondre, parce que je ne juge pas urgentes les questions que vous posez. D’autant plus qu’il est d’autres questions ayant un caractère d’urgence et qui, naturellement, ont retenu l’attention et l’ont détournée de votre lettre.

Je réponds point par point.

Premier point.

Dans mes « Remarques » figure la thèse selon laquelle la société n’est pas impuissante devant les lois de la science, que les hommes, en connaissant les lois économiques, peuvent les utiliser dans l’intérêt de la société. Vous prétendez que cette thèse n’est valable que pour le socialisme et le communisme et ne peut être étendue aux autres formations de la société, que le caractère spontané des processus économiques, par exemple, sous le capitalisme ne permet pas à la société d’utiliser les lois économiques dans son intérêt.

C’est faux. A l’époque de la révolution bourgeoise, par exemple en France, la bourgeoisie a utilisé contre le féodalisme la loi de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives, elle a renversé les rapports de production féodaux, elle a créé des rapports de production nouveaux, bourgeois, et les a fait concorder avec le caractère des forces productives, formées au sein du régime féodal. La bourgeoisie l’a fait non pas en vertu de ses talents particuliers, mais parce qu’elle y était vivement intéressée. Les féodaux s’y opposaient non par stupidité, mais parce qu’ils étaient vivement intéressés à empêcher l’application de cette loi.

Il faut en dire autant de la révolution socialiste dans notre pays. La classe ouvrière a utilisé la loi de correspondance nécessaire entre les rapports de production et le caractère des forces productives, elle a renversé les rapports de production bourgeois, elle a créé des rapports de production nouveaux, socialistes, et les a fait concorder avec le caractère des forces productives. Elle a pu le faire non en vertu de ses talents particuliers, mais parce qu’elle y était vivement intéressée. La bourgeoisie qui, de force d’avant-garde à l’aube de la révolution bourgeoise, avait eu le temps de se transformer en une force contre-révolutionnaire, a résisté par tous les moyens à l’application de cette loi, — résisté non point par manque d’organisation ni parce que le caractère spontané des processus économiques la poussait à la résistance, mais principalement parce qu’elle était vivement intéressée à la nonapplication de cette loi.

Par conséquent :

  1. L’utilisation des processus économiques, des lois économiques dans l’intérêt de la société a lieu, dans telle ou telle mesure, non seulement sous le socialisme et le communisme, mais aussi sous d’autres formations ;
  2. L’utilisation des lois économiques dans une société de classe a toujours et partout des mobiles declasse, et le promoteur de l’utilisation des lois économiques dans l’intérêt de la société est toujours et partout la classe d’avant-garde, tandis que les classes déclinantes s’y opposent.

En l’occurrence, la différence entre le prolétariat, d’une part, et les autres classes qui accomplirent jadis, au cours de l’histoire, des révolutions dans les rapports de production, d’autre part, c’est que les intérêts de classe du prolétariat s’identifient avec les intérêts de l’immense majorité de la société, car la révolution du prolétariat ne signifie pas la suppression de telle ou telle forme d’exploitation, mais la suppression de toute exploitation, tandis que les révolutions des autres classes, en supprimant simplement telle ou telle forme d’exploitation, n’allaient pas au-delà de leurs intérêts de classe étroits, qui se trouvaient en contradiction avec les intérêts de la majorité de la société.

Les « Remarques » parlent des mobiles de classe qui font que les lois économiques sont utilisées dans l’intérêt de la société. Il y est dit que : « à la différence des lois de la nature, où la découverte et l’application d’une nouvelle loi se poursuivent plus ou moins sans entrave, dans le domaine économique la découverte et l’application d’une nouvelle loi, qui porte atteinte aux intérêts des forces déclinantes de la société, rencontrent la résistance la plus énergique de ces forces »4. Or vous n’avez prêté aucune attention à ce passage.

Deuxième point.

Vous prétendez que l’entière correspondance entre les rapports de production et le caractère des forces productives ne peut être obtenue que sous le socialisme et le communisme, et que sous les autres formations on ne peut réaliser qu’une correspondance incomplète.

C’est faux. Dans l’époque qui a suivi la révolution bourgeoise, lorsque la bourgeoisie a détruit les rapports de production féodaux et instauré des rapports de production bourgeois, il y a eu incontestablement des périodes où les rapports de production bourgeois correspondaient entièrement au caractère des forces productives. Autrement, le capitalisme n’aurait pas pu se développer aussi rapidement qu’il l’a fait après la révolution bourgeoise.

Ensuite, on ne peut pas prendre dans leur acception absolue les mots « entière correspondance ». On ne peut pas les interpréter en ce sens que, sous le socialisme, les rapports de production ne marqueraient aucun retard sur l’accroissement des forces productives. Les forces productives sont les forces les plus mobiles et les plus révolutionnaires de la production. Elles devancent, sans conteste, les rapports de production, en régime socialiste également. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps que les rapports de production s’adaptent au caractère des forces productives.

Dès lors, comment faut-il comprendre les mots « entière correspondance » ? Il faut les comprendre en ce sens que d’une façon générale, sous le socialisme, les choses n’aboutissent pas à un conflit entre les rapports de production et les forces productives, que la société a la possibilité d’assurer en temps utile la correspondance entre les rapports de production retardataires et le caractère des forces productives. La société socialiste a la possibilité de le faire, parce qu’elle n’a pas, dans son sein, de classes déclinantes pouvant organiser la résistance. Certes, sous le socialisme également, il y aura des forces d’inertie retardataires qui ne comprendront pas la nécessité de modifier les rapports de production, mais il ne sera évidemment pas difficile d’en venir à bout, sans pousser les choses jusqu’à un conflit.

Troisième point.

Il ressort de vos raisonnements que vous considérez comme une marchandise les moyens de production et, tout d’abord, les instruments de production fabriqués par nos entreprises nationalisées.

Peut-on considérer les moyens de production, dans notre régime socialiste, comme une marchandise ? Selon moi, on ne le peut en aucune façon.

La marchandise est un produit de la production, qui se vend à tout acheteur; au moment de la vente, le propriétaire de la marchandise perd son droit de propriété, tandis que l’acheteur devient propriétaire de la marchandise; il peut la revendre, la mettre en gage, la laisser pourrir. Cette définition convient-elle pour les moyens de production ? Il est clair que non. D’abord, les moyens de production ne « se vendent » pas à tout acheteur, ils ne « se vendent » pas même aux kolkhoz ; ils sont simplement répartis par l’Etat entre ses entreprises. En second lieu, le propriétaire des moyens de production, l’Etat, lorsqu’il les remet à telle ou telle entreprise, ne perd aucunement le droit de propriété sur ces moyens de production, mais, au contraire, le conserve intégralement. Troisièmement, les directeurs d’entreprises, qui ont reçu de l’Etat des moyens de production, non seulement n’en deviennent pas les propriétaires, mais, au contraire, sont les fondés de pouvoir de l’Etat soviétique pour l’utilisation de ces moyens de production, en accord avec les plans fixés par l’Etat.

Comme on le voit, les moyens de production, sous notre régime, ne sauraient aucunement être classés dans la catégorie des marchandises.

Pourquoi alors parle-t-on de la valeur des moyens de production, de leur coût de production, de leur prix, etc. ?

Pour deux raisons.

Premièrement, cela est nécessaire pour les calculs, pour les règlements de comptes, pour établir la rentabilité ou la non rentabilité des entreprises, pour vérifier et contrôler ces dernières. Mais ce n’est là que le côté formel de la question.

Deuxièmement, cela est nécessaire pour pouvoir, dans l’intérêt du commerce extérieur, vendre des moyens de production aux Etats étrangers. Ici, dans le domaine du commerce extérieur, mais seulement dans ce domaine, nos moyens de production sont effectivement des marchandises et se vendent effectivement (sans guillemets).

Ainsi donc, dans le domaine du commerce extérieur, les moyens de production fabriqués par nos entreprises conservent les propriétés de marchandises tant pour le fond que pour la forme, tandis que dans les échanges économiques, à l’intérieur du pays, les moyens de production perdent les propriétés de marchandises, cessent d’être des marchandises, sortent de la sphère d’action de la loi de la valeur et ne conservent que l’apparence extérieure de marchandises (calculs, etc.).

Comment expliquer cette particularité ?

C’est que dans nos conditions socialistes le développement économique se fait non par révolutions, mais par modifications graduelles, étant donné que l’ancien n’est pas purement et simplement aboli, mais change de nature pour s’adapter au nouveau, et ne conserve que sa forme ; le nouveau, pour sa part, ne supprime pas purement et simplement l’ancien, mais le pénètre, modifie sa nature, ses fonctions, n’en brise pas la forme mais l’utilise pour son propre développement. Il en est ainsi des marchandises, mais aussi de la monnaie dans nos échanges économiques, il en va de même en ce qui concerne les banques qui, en perdant leurs anciennes fonctions et en en acquérant de nouvelles, conservent leur forme ancienne, utilisée par le régime socialiste.

Si l’on envisage la question du point de vue formel, du point de vue des processus qui s’opèrent à la surface des phénomènes, on en arrive à cette fausse conclusion que les catégories du capitalisme conservent soi-disant leur vigueur dans notre économie. Mais si l’on analyse la question du point de vue marxiste, qui distingue strictement entre le contenu du processus économique et sa forme, entre les processus profonds de développement et les phénomènes superficiels, on ne peut arriver qu’à cette conclusion, la seule juste : c’est que chez nous se sont principalement conservés la forme, l’aspect extérieur des anciennes catégories du capitalisme; quant au fond, ces catégories ont changé radicalement, selon les nécessités du développement de l’économie nationale, de l’économie socialiste.

Quatrième point.

Vous prétendez que la loi de la valeur exerce une action régulatrice sur les prix des « moyens de production » produits par l’agriculture et livrés à l’Etat aux prix d’approvisionnement. Ce disant, vous avez en vue des « moyens de production » comme les matières premières, par exemple, le coton. Vous auriez pu ajouter le lin, la laine et autres matières premières agricoles.

Notons tout d’abord qu’en l’occurrence l’agriculture ne produit pas les « moyens de production », mais un des moyens de production : les matières premières. On ne doit pas jouer sur les mots « moyens de production ». Lorsque les marxistes parlent de la production des moyens de production, ils entendent tout d’abord la production des instruments de production, ce que Marx appelle les « moyens mécaniques de travail, dont l’ensemble peut être appelé l’ossature et la musculature de la production », système qui constitue les « indices distinctifs caractéristiques d’une époque donnée de la production sociale »5. Mettre sur le même plan une partie des moyens de production (matières premières) et les moyens de production, y compris les instruments de production, c’est pêcher contre le marxisme, qui part du rôle déterminant des instruments de production par rapport à tous les autres moyens de production. Chacun sait que les matières premières par elles-mêmes ne peuvent produire des instruments de production, bien que certaines variétés de matières premières soient indispensables à la fabrication des instruments de production, tandis qu’aucune matière première ne peut être produite sans instruments de production.

Poursuivons. L’action que la loi de la valeur exerce sur le prix des matières premières produites dans l’agriculture est-elle une action régulatrice, comme vous le prétendez, Camarade Notkine ? Elle serait régulatrice si le « libre » jeu des prix des matières premières agricoles existait chez nous, si la loi de concurrence et d’anarchie de la production s’exerçait chez nous, si nous n’avions pas d’économie planifiée, si la production des matières premières n’était pas réglée par un plan. Mais étant donné que tous ces « si » sont inexistants dans notre système d’économie nationale, l’action de la loi de la valeur sur les prix des matières premières agricoles ne peut en aucune façon être régulatrice. Premièrement, les prix qui existent chez nous sur les matières premières agricoles sont stables, établis par un plan, et non « libres ». Deuxièmement, le volume de la production des matières premières agricoles n’est pas établi spontanément, ni par des éléments fortuits, mais par un plan. Troisièmement, les instruments de production nécessaires à la production des matières premières agricoles ne sont pas concentrés entre les mains d’individus ou de groupes d’individus, mais entre les mains de l’Etat. Que reste-t-il après cela du rôle régulateur de la loi de la valeur ? On voit qu’elle-même est réglée par les faits indiqués plus haut, inhérents à la production socialiste.

Par conséquent, on ne peut nier que la loi de la valeur agit sur la formation des prix des matières premières agricoles, qu’elle en est un des facteurs. A plus forte raison ne doit-on nier le fait que cette action n’est ni ne peut être régulatrice.

Cinquième point.

En parlant de la rentabilité de l’économie nationale, de l’économie socialiste, j’ai élevé des objections dans mes «Remarques » contre certains camarades qui prétendent que, étant donné que notre économie nationale planifiée n’accorde pas une préférence marquée aux entreprises rentables et admet, à côté de celles-ci, des entreprises non rentables, notre économie tue soi-disant le principe même de la rentabilité dans l’économie. Dans mes « Remarques », il est dit que la rentabilité de chacune des entreprises et branches de production ne saurait aucunement être comparée à la rentabilité supérieure que nous donne la production socialiste, qui nous prémunit contre les crises de surproduction et nous garantit une augmentation incessante de la production. Mais on aurait tort d’en tirer la conclusion que la rentabilité de chacune des entreprises et branches de production n’a pas de valeur particulière et ne mérite pas une sérieuse attention. Evidemment, c’est faux. La rentabilité de chacune des entreprises et branches de production a une importance énorme pour le développement de notre production. On doit en tenir compte en planifiant la construction aussi bien que la production. C’est l’abc de notre activité économique au stade de développement actuel.

Sixième point.

On ne sait pas au juste comment il faut comprendre ce que vous dites à propos du capitalisme : « la production élargie sous un aspect sensiblement déformé ». Pareille production, et encore élargie, n’existe pas dans la réalité.

Il est évident qu’après que le marché mondial s’est scindé et que la sphère d’exploitation des ressources mondiales par les principaux pays capitalistes (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France) a commencé à se rétrécir, le caractère cyclique du développement du capitalisme — accroissement et réduction de la production — doit cependant persister. Toutefois, dans ces pays, l’accroissement de la production se fera sur une base restreinte, car le volume de la production ira diminuant.

Septième point.

La crise générale du système capitaliste mondial a commencé pendant la Première Guerre mondiale, surtout du fait que l’Union soviétique s’est détachée du système capitaliste. Ce fut la première étape de la crise générale. La deuxième étape de la crise générale s’est développée pendant la Seconde Guerre mondiale, surtout après que se sont détachés du système capitaliste les pays de démocratie populaire en Europe et en Asie. La première crise à l’époque de la Première Guerre mondiale et la seconde crise à l’époque de la Seconde Guerre mondiale ne doivent pas être considérées comme des crises distinctes, indépendantes, coupées l’une de l’autre, mais comme des étapes de développement de la crise générale du système capitaliste mondial.

Cette crise générale du capitalisme mondial est-elle une crise uniquement politique ou uniquement économique ? Ni l’un ni l’autre. Elle est générale, c’est-à-dire une crise généralisée du système capitaliste mondial, englobant l’économie aussi bien que la politique. On conçoit qu’à la base de cette crise se trouvent la décomposition toujours plus accentuée du système économique capitaliste mondial, d’une part, et la puissance économique grandissante des pays qui se sont détachés du capitalisme: l’U.R.S.S., la Chine et les autres pays de démocratie populaire, d’autre part.

  1. STALINE

21 avril 1952.

DES ERREURS DU CAMARADE L. D. IAROCHENKO

Le camarade Iarochenko a fait tenir dernièrement aux membres du Bureau politique du Comité central du P. C. (b) de l’U.R.S.S. une lettre datée du 20 mars, portant sur un certain nombre de questions économiques débattues en novembre à la discussion que l’on sait. L’auteur de cette lettre se plaint que ni les principaux documents qui font le point de la discussion, ni les « Remarques » du camarade Staline « ne reflètent en quoi que ce soit le point de vue » du camarade Iarochenko. Dans sa missive, le camarade Iarochenko propose en outre qu’on l’autorise à écrire une « Economie politique du socialisme », en un an ou dix-huit mois, et qu’on lui adjoigne à cet effet deux assistants.

Je crois qu’il faudra examiner quant au fond les doléances du camarade Iarochenko aussi bien que sa proposition.

Commençons par les doléances.

En quoi consiste donc le « point de vue » du camarade Iarochenko, dont on ne retrouve aucun reflet dans les documents précités ?

I – L’ERREUR PRINCIPALE DU CAMARADE IAROCHENKO

Si l’on veut en deux mots caractériser le point de vue du camarade Iarochenko, on doit dire qu’il n’est pas marxiste et, par suite, qu’il est profondément erroné.

L’erreur principale du camarade Iarochenko, c’est qu’il s’écarte du marxisme quant au rôle des forces productives et des rapports de production dans le développement de la société ; qu’il exagère énormément le rôle des forces productives et minimise pour autant celui des rapports de production, pour finir par déclarer que sous le socialisme les rapports de production font partie des forces productives.

Le camarade Iarochenko veut bien admettre que les rapports de production jouent un certain rôle quand existent des « contradictions de classes antagoniques », attendu que dans ces conditions les rapports de production « contrarient le développement des forces productives ». Mais ce rôle, il le réduit à un rôle négatif, au rôle de facteur entravant le développement des forces productives, paralysant ce développement. Quant aux autres fonctions des rapports de production, les fonctions positives, il ne les voit pas.

Pour ce qui est du régime socialiste où les « contradictions de classes antagoniques » ont disparu et où les rapports de production « ne contrarient plus le développement des forces productives », le camarade Iarochenko estime qu’ici tout rôle indépendant, quel qu’il soit, des rapports de production est exclu, que les rapports de production cessent d’être un facteur important du développement et sont absorbés par les forces productives, comme la partie dans le tout. Sous le socialisme, « les rapports de production entre les hommes, dit le camarade Iarochenko, font partie de l’organisation des forces productives en tant que moyen, en tant qu’élément de cette organisation »6.

Quelle est donc, dans ce cas, la principale tâche de l’« Economie politique du socialisme » ? Le camarade Iarochenko répond : « Le principal problème de l’Economie politique du socialisme n’est donc pas d’étudier les rapports de production entre les hommes de la société socialiste, mais d’élaborer et de développer une théorie scientifique de l’organisation des forces productives dans la production sociale, une théorie de la planification du développement de l’économie nationale »7.

C’est ce qui explique pourquoi le camarade Iarochenko ne s’intéresse pas à des problèmes économiques du régime socialiste tels que l’existence de formes différentes de propriété dans notre économie, la circulation des marchandises, la loi de la valeur, etc., qui, d’après lui, sont des problèmes de second ordre, propres à susciter uniquement des controverses scolastiques. Il déclare expressément que dans son Economie politique du socialisme « les controverses sur le rôle de telle ou telle catégorie de l’économie politique du socialisme — valeur, marchandise, monnaie, crédit, etc. — qui souvent revêtent chez nous un caractère scolastique, sont remplacées par une saine discussion sur l’organisation rationnelle des forces productives dans la production sociale, par une démonstration scientifique de la validité de cette organisation »8.

Donc, une économie politique sans problèmes économiques.

Le camarade Iarochenko croit qu’il suffit d’« une organisation rationnelle des forces productives » pour passer du socialisme au communisme sans grandes difficultés. Il estime que c’est parfaitement suffisant pour passer au communisme. Il déclare expressément que « sous le socialisme, la lutte pour l’édification d’une société communiste se réduit essentiellement à la lutte pour une organisation judicieuse des forces productives et leur utilisation rationnelle dans la production sociale »9. Le camarade Iarochenko proclame solennellement que « le communisme est la forme la plus haute d’organisation scientifique des forces productives dans la production sociale ».

Ainsi, le régime communiste ne serait au fond qu’« une organisation rationnelle des forces productives

».

De tout ceci, le camarade Iarochenko conclut qu’il ne peut exister une économie politique commune à toutes les formations sociales ; qu’il doit exister deux économies politiques : l’une pour les formations sociales présocialistes, dont l’objet est l’étude des rapports de production entre les hommes ; l’autre pour le régime socialiste, dont l’objet doit être non pas l’étude des rapports de production, c’est-à-dire des rapports économiques, mais celle de l’organisation rationnelle des forces productives.

Tel est le point de vue du camarade Iarochenko.

Que peut-on dire de ce point de vue ?

Il est faux tout d’abord que le rôle des rapports de production dans l’histoire de la société se borne à celui d’entrave paralysant le développement des forces productives. Quand les marxistes disent que les rapports de production jouent le rôle d’entrave, ils n’envisagent pas tous les rapports de production, mais seulement les rapports de production anciens, qui ne correspondent plus à la croissance des forces productives, et, par suite, entravent leur développement. Mais outre les anciens rapports de production, il en existe, on le sait, de nouveaux, qui remplacent les anciens. Peut-on dire que le rôle des nouveaux rapports de production se réduit à celui d’entrave des forces productives ? Evidemment non. Les nouveaux rapports de production sont au contraire la force principale et décisive qui détermine, à proprement parler, le développement continu et vigoureux des forces productives ; et sans eux les forces productives sont condamnées à végéter, comme c’est le cas aujourd’hui dans les pays capitalistes.

Nul ne peut nier le développement prodigieux des forces productives de notre industrie soviétique au cours de la période des plans quinquennaux. Mais ce développement ne se serait pas produit si, en octobre 1917, nous n’avions substitué aux rapports de production anciens, capitalistes, des rapports de production nouveaux, socialistes. Sans cette révolution dans les rapports de production, dans les rapports économiques de notre pays, les forces productives végéteraient chez nous comme elles végètent à présent dans les pays capitalistes.

Nul ne peut nier le développement prodigieux des forces productives de notre agriculture depuis 20-25 ans. Mais ce développement ne se serait pas produit si, aux années 30, nous n’avions substitué aux rapports de production anciens, capitalistes, des rapports de production nouveaux, collectivistes, dans les campagnes. Sans cette révolution dans la production, les forces productives de notre agriculture végéteraient comme elles végètent à présent dans les pays capitalistes.

Certes, les nouveaux rapports de production ne peuvent rester ni ne restent éternellement nouveaux; ils commencent à vieillir et entrent en contradiction avec le développement ultérieur des forces productives ; ils perdent peu à peu leur rôle de principal moteur des forces productives pour lesquelles ils deviennent une entrave. Alors, à la place de ces rapports de production périmés apparaissent de nouveaux rapports de production dont le rôle est d’être le principal moteur du développement ultérieur des forces productives.

Cette particularité du développement des rapports de production — passant du rôle d’entrave des forces productives à celui de principal moteur qui les pousse en avant, et du rôle de principal moteur à celui d’entrave des forces productives — constitue un des principaux éléments de la dialectique matérialiste marxiste. C’est ce que savent aujourd’hui tous les novices en marxisme. Mais c’est une chose qu’ignore, semble-t-il, le camarade Iarochenko.

Il est faux, ensuite, que le rôle indépendant des rapports de production, c’est-à-dire des rapports économiques, disparaisse sous le socialisme ; que les rapports de production soient absorbés par les forces productives ; que la production sociale, sous le socialisme, se ramène à l’organisation des forces productives. Le marxisme considère la production sociale comme un tout présentant deux aspects indissociables : les forces productives de la société (rapports entre la société et les forces de la nature contre lesquelles celle-là lutte pour s’assurer les biens matériels qui lui sont indispensables), et les rapports de production (rapports des hommes entre eux dans le processus de la production). Ce sont deux aspects différents de la production sociale, bien qu’ils soient indissolublement liés entre eux. Et c’est parce qu’ils constituent deux aspects différents de la production sociale qu’ils peuvent exercer une action réciproque. Affirmer que l’un de ces aspects peut être absorbé par l’autre et devenir partie intégrante de celui-ci, c’est pécher de la manière la plus grave contre le marxisme.

Marx dit :

« Dans la production, les hommes n’agissent pas seulement sur la nature, mais aussi les uns sur les autres. Ils ne produisent qu’en collaborant d’une manière déterminée et en échangeant entre eux leurs activités. Pour produire, ils entrent en relations et en rapports déterminés les uns avec les autres, et ce n’est que dans les limites de ces relations et de ces rapports sociaux que s’établit leur action sur la nature, la production10. »

Il s’ensuit que la production sociale présente deux aspects qui, bien qu’indissolublement liés entre eux, n’en traduisent pas moins deux catégories de rapports différents : les rapports des hommes avec la nature (forces productives) et les rapports des hommes entre eux dans le processus de la production (rapports de production). Seule l’existence simultanée de ces deux aspects de la production nous donne la production sociale, qu’il s’agisse du régime socialiste ou d’autres formations sociales.

Apparemment, le camarade Iarochenko n’est pas tout à fait d’accord avec Marx. Il estime que cette thèse de Marx n’est pas applicable au régime socialiste. C’est bien pourquoi il réduit le problème de l’Economie politique du socialisme à celui de l’organisation rationnelle des forces productives, en faisant table rase des rapports de production, c’est-à-dire des rapports économiques, et en isolant de ceux-ci les forces productives. Il s’ensuit qu’au lieu d’une économie politique marxiste, le camarade Iarochenko nous propose quelque chose dans le genre de la « Science générale de l’organisation » de Bogdanov. Ainsi donc, parti de cette idée juste que les forces productives sont les forces les plus mobiles et les plus révolutionnaires de la production, le camarade Iarochenko réduit cette idée à l’absurde, aboutit à la négation du rôle des rapports de production, des rapports économiques, sous le socialisme ; au lieu d’une production sociale au sens complet du mot, il nous propose une technologie de la production chétive et unilatérale, quelque chose dans le genre de la « technique de l’organisation sociale » de Boukharine.

Marx dit :

« Dans la production sociale de leur existence (c’est-à-dire dans la production des biens matériels nécessaires à leur vie — J. St.), les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s’élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociale déterminées11. »

Autrement dit, chaque formation sociale, la société socialiste y comprise, a sa base économique, constituée par l’ensemble des rapports de production entre les hommes. La question se pose : que devient, aux yeux du camarade Iarochenko, la base économique du régime socialiste ? Le camarade Iarochenko, on le sait, a déjà liquidé les rapports de production sous le socialisme en tant que domaine plus ou moins indépendant, faisant entrer le peu qui en subsistait dans l’organisation des forces productives. Le régime socialiste a-t-il sa base économique ? se demandera-t-on. Il est évident que les rapports de production ayant disparu, sous le socialisme, comme force plus ou moins indépendante, le régime socialiste reste sans base économique propre.

Donc, un régime socialiste qui n’a pas sa base économique. C’est une chose plutôt comique…

Peut-il exister un régime social qui n’ait pas sa base économique ? Le camarade Iarochenko, apparemment, estime que oui. Mais le marxisme, lui, estime que de pareils régimes sociaux n’existent pas dans la réalité.

Il est faux, enfin, que le communisme soit l’organisation rationnelle des forces productives ; que le régime communiste se réduise essentiellement à l’organisation rationnelle des forces productives ; qu’il suffise d’organiser rationnellement les forces productives pour passer au communisme sans grandes difficultés. Il existe dans notre littérature une autre définition, une autre formule du communisme, la formule de Lénine : « Le communisme, c’est le pouvoir des Soviets plus l’électrification de tout le pays12. » Apparemment, la formule de Lénine ne plaît pas au camarade Iarochenko, et il lui substitue une formule de son cru : « Le communisme est la forme la plus haute d’organisation scientifique des forces productives dans la production sociale. »

D’abord, nul ne sait ce qu’est au juste cette « forme la plus haute d’organisation scientifique », ou organisation « rationnelle » des forces productives, prônée par le camarade Iarochenko, quel en est le contenu précis. Le camarade Iarochenko répète des dizaines de fois cette formule mythique dans ses discours à la séance plénière de la discussion, à la commission de travail de la séance plénière de la discussion, dans sa lettre aux membres du Bureau politique; mais nulle part il ne dit un seul mot pour tenter d’expliquer comment il faut comprendre cette « organisation rationnelle » des forces productives à laquelle se réduirait essentiellement le régime communiste.

Ensuite, si l’on a à choisir entre les deux formules, ce n’est pas la formule de Lénine, la seule juste, qu’il faut rejeter, mais la pseudo-formule du camarade Iarochenko, manifestement tirée par les cheveux et non marxiste, empruntée à l’arsenal de Bogdanov, à la « Science générale de l’organisation

».

Le camarade Iarochenko croit qu’il suffit d’arriver à organiser rationnellement les forces productives pour obtenir l’abondance des produits et passer au communisme, pour passer de la formule : « à chacun selon son travail » à la formule : « à chacun selon ses besoins ». C’est une grave erreur qui dénote une incompréhension totale des lois du développement économique du socialisme. Le camarade Iarochenko se représente de façon simpliste, puérilement simpliste, les conditions pour passer du socialisme au communisme. Le camarade Iarochenko ne comprend pas qu’on ne saurait ni obtenir une abondance de produits susceptible de satisfaire tous les besoins de la société, ni passer à la formule « à chacun selon ses besoins », en laissant subsister des faits économiques comme la propriété collective kolkhozienne, la circulation des marchandises, etc. Le camarade Iarochenko ne comprend pas qu’avant de passer à la formule : « à chacun selon ses besoins », la société doit faire sa rééducation économique et culturelle en passant par une série d’étapes au cours desquelles le travail, qui n’était qu’un moyen d’assurer son existence, deviendra aux yeux de la société le premier besoin de l’existence, et la propriété sociale la base immuable et intangible de l’existence de la société.

Pour préparer le passage au communisme, passage réel et non purement déclaratif, on doit réaliser pour le moins trois conditions préalables, essentielles.

  1. Il faut, premièrement, assurer solidement non pas une « organisation rationnelle » mythique des forces productives, mais la croissance ininterrompue de toute la production sociale, en donnant la priorité à la production des moyens de production. Le développement prioritaire de la production des moyens de production est indispensable non seulement parce qu’elle doit permettre d’outiller les entreprises relevant de son propre domaine aussi bien que celles de toutes les autres branches de l’économie nationale, mais encore parce que sans elle il est absolument impossible de réaliser la reproduction élargie.
  2. Il faut, deuxièmement, par étapes successives, réalisées de façon que les kolkhoz et, par suite, l’ensemble de la société y trouvent leur avantage, élever la propriété kolkhozienne au niveau de la propriété du peuple entier et substituer, également par étapes successives, le système de l’échange des produits à la circulation des marchandises, afin que le pouvoir central, ou quelque autre centre socioéconomique, puisse contrôler l’ensemble de la production sociale dans l’intérêt de la société.

Le camarade Iarochenko se trompe quand il soutient que sous le socialisme il n’existe aucune contradiction entre les rapports de production et les forces productives de la société. Certes, nos rapports de production connaissent actuellement une période où ils correspondent pleinement à la croissance des forces productives et les font progresser à pas de géant. Mais ce serait une erreur de se tranquilliser et de croire qu’il n’existe plus aucune contradiction entre nos forces productives et les rapports de production. Des contradictions, il y en a et il y en aura certainement, puisque le développement des rapports de production retarde et retardera sur celui des forces productives. Si les organismes dirigeants appliquent une politique juste, ces contradictions ne peuvent devenir antagonistes, et elles n’aboutiront pas à un conflit entre les rapports de production et les forces productives de la société. Il en ira autrement si nous faisons une politique erronée comme celle que recommande le camarade Iarochenko. Un conflit sera alors inévitable, et nos rapports de production peuvent devenir une très sérieuse entrave au développement des forces productives. Aussi les organismes dirigeants ont-ils pour tâche de découvrir en temps utile les contradictions qui mûrissent et de prendre à temps des mesures pour les surmonter en adaptant les rapports de production à la croissance des forces productives. Cela est vrai avant tout de faits économiques comme la propriété collective, c’est-à-dire la propriété kolkhozienne, la circulation des marchandises. Certes, à l’heure actuelle, nous utilisons ces faits avec succès pour développer l’économie socialiste, et ils rendent à notre société d’incontestables services.

Il n’est pas douteux qu’ils en rendront encore dans un avenir immédiat. Mais ce serait faire preuve d’une impardonnable cécité que de ne pas voir que, par ailleurs, ces faits commencent, dès aujourd’hui, à entraver le vigoureux développement de nos forces productives, en empêchant l’Etat de planifier entièrement l’économie nationale, et notamment l’agriculture. Il est hors de doute que plus nous irons, plus ces faits entraveront la croissance des forces productives de notre pays. Notre tâche est, par conséquent, d’éliminer ces contradictions en transformant progressivement la propriété kolkhozienne en propriété du peuple entier et en substituant, aussi par étapes successives, l’échange des produits à la circulation des marchandises.

  1. Il faut, troisièmement, assurer un progrès culturel de la société qui permette à tous ses membres dedévelopper harmonieusement leurs aptitudes physiques et intellectuelles, afin qu’ils puissent recevoir une instruction suffisante et devenir des artisans actifs du développement social ; qu’ils puissent choisir librement une profession sans être rivés pour toujours, en raison de la division existante du travail, à une profession déterminée.

Que faut-il pour cela ?

Il serait erroné de croire qu’un progrès culturel aussi important des membres de la société est possible sans de sérieuses modifications dans la situation actuelle du travail. Pour cela, il faut avant tout réduire la journée de travail au moins à 6 heures, puis à 5. Ceci est indispensable afin que les membres de la société aient les loisirs nécessaires pour recevoir une instruction complète. Il faut, pour cela, introduire ensuite l’enseignement polytechnique obligatoire, indispensable pour que les membres de la société puissent choisir librement une profession et ne soient pas rivés pour toujours à une profession déterminée. Pour cela, il faut encore améliorer radicalement les conditions de logement et augmenter le salaire réel des ouvriers et des employés au minimum du double, sinon davantage, d’une part en relevant directement le salaire en espèces, d’autre part et, surtout, en pratiquant la baisse systématique du prix des biens de consommation.

Telles sont les conditions essentielles qui prépareront le passage au communisme.

C’est seulement lorsque toutes ces conditions préalables, prises dans leur ensemble, auront été réalisées qu’on pourra espérer qu’aux yeux des membres de la société le travail a cessé d’être une corvée, pour devenir « le premier besoin de l’existence» (Marx)13 ; que «le travail, au lieu d’être un fardeau, sera une joie» (Engels)14 ; que la propriété sociale sera considérée par tous les membres de la société comme la base immuable et intangible de l’existence de la société.

C’est seulement lorsque toutes ces conditions préalables, prises dans leur ensemble, auront été réalisées qu’on pourra passer de la formule socialiste : « de chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail » à la formule communiste : « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

Ce sera le passage intégral d’une économie, économie du socialisme, à une autre économie, économie supérieure, l’économie du communisme.

On voit que le passage du socialisme au communisme n’est pas une chose aussi simple que l’imagine le camarade Iarochenko.

Vouloir ramener cette tâche complexe et multiple, qui demande des changements d’ordre économique extrêmement profonds, à une « organisation rationnelle des forces productives », comme le fait le camarade Iarochenko, c’est substituer le bogdanovisme au marxisme.

II – AUTRES ERREURS DU CAMARADE IAROCHENKO

  1. Parti d’un point de vue erroné, le camarade Iarochenko en tire des conclusions erronées sur le caractère et l’objet de l’économie politique.

Le camarade Iarochenko, partant du fait que chaque formation sociale a ses lois économiques spécifiques, nie la nécessité d’une économie politique valable pour toutes les formations sociales. Mais il se trompe complètement, et il est ici en désaccord avec des marxistes comme Engels et Lénine.

Engels dit que l’économie politique est la «science des conditions et des formes dans lesquelles les diverses sociétés humaines ont produit et échangé, et dans lesquelles elles ont chaque fois réparti les produits en conséquence »15. Il suit de là que l’économie politique étudie les lois du développement économique non d’une formation économique particulière, mais des différentes formations sociales.

Cette manière de voir était, on le sait, entièrement partagée par Lénine qui, dans ses remarques critiques au sujet du livre de Boukharine : L’Economie de la période de transition, a dit que Boukharine avait tort de borner la sphère de l’économie politique à la production des marchandises, et avant tout à la production capitaliste; et il notait que Boukharine faisait ici « un pas en arrière par rapport à Engels »16.

A cette manière de voir répond entièrement la définition de l’économie politique donnée dans le projet de manuel d’économie politique, où il est dit que l’économie politique est la science qui étudie « les lois de la production sociale et de la répartition des biens matériels aux différents stades du développement de la société humaine ».

Et cela se conçoit. Les différentes formations sociales, dans leur développement économique, obéissent à leurs lois économiques spécifiques, mais aussi aux lois économiques communes à toutes les formations ; par exemple, à des lois comme celle de l’unité des forces productives et des rapports de production dans une production sociale intégrale ; celle des relations entre les forces productives et les rapports de production dans le processus du développement de toutes les formations sociales. Par conséquent, les formations sociales ne sont pas seulement séparées l’une de l’autre par leurs lois spécifiques, elles sont aussi reliées l’une à l’autre par les lois économiques qui leur sont communes à toutes.

Engels avait parfaitement raison de dire : « Pour réaliser pleinement cette critique de l’économie bourgeoise, il ne suffisait pas de connaître la forme capitaliste de la production, de l’échange et de la répartition. Les formes qui l’ont précédée ou qui existent encore à côté d’elle dans des pays moins évolués devaient également être étudiées, tout au moins dans leurs traits essentiels »17.

Il est évident qu’ici, dans cette question, le camarade Iarochenko fait écho à Boukharine.

Poursuivons. Le camarade Iarochenko affirme que dans son « Economie politique du socialisme » « les catégories de l’économie politique — valeur, marchandise, monnaie, crédit, etc., sont remplacées par une saine discussion sur l’organisation rationnelle des forces productives dans la production sociale » ; que, par suite, cette économie politique a pour objet non pas les rapports de production du socialisme, mais « l’élaboration et le développement d’une théorie scientifique de l’organisation des forces productives, d’une théorie de la planification de l’économie nationale, etc. » ; que sous le socialisme, les rapports de production perdent toute importance propre et sont absorbés par les forces productives dont ils deviennent partie intégrante.

Il faut dire que jamais encore « marxiste » fourvoyé n’avait débité chez nous pareil charabia. En effet, qu’est-ce qu’une économie politique du socialisme sans problèmes économiques, sans problèmes de production ? Peut-il exister une économie politique de ce genre ? Que signifie remplacer, dans l’économie politique du socialisme, les problèmes économiques par les problèmes de l’organisation des forces productives ? Cela revient à abolir l’économie politique du socialisme. Et c’est ce que fait le camarade Iarochenko : il abolit l’économie politique du socialisme. En l’occurrence, il rejoint en tous points Boukharine. Boukharine disait qu’après la suppression du capitalisme on doit supprimer l’économie politique. Le camarade Iarochenko ne le dit pas, mais il le fait, quand il liquide l’économie politique du socialisme. Il est vrai qu’il fait mine de ne pas être tout à fait d’accord avec Boukharine, mais ce n’est là qu’une ruse, et une ruse bon marché. En réalité, il fait ce que prêchait Boukharine et contre quoi s’élevait Lénine. Le camarade Iarochenko marche sur les traces de Boukharine.

Poursuivons. Le camarade Iarochenko ramène les problèmes de l’économie politique du socialisme aux problèmes de l’organisation rationnelle des forces productives, aux problèmes de la planification de l’économie nationale, etc. Mais il se trompe gravement. Les problèmes de l’organisation rationnelle des forces productives, de la planification de l’économie nationale, etc. sont l’objet non pas de l’économie politique, mais de la politique économique des organismes dirigeants. Ce sont deux domaines différents qu’on ne doit pas confondre. Le camarade Iarochenko a brouillé ces deux choses différentes, et le voilà en bien fâcheuse posture ! L’économie politique étudie les lois du développement des rapports de production entre les hommes. La politique économique en tire des conclusions pratiques, les concrétise et s’en inspire dans son activité quotidienne. Encombrer l’économie politique des problèmes de la politique économique, c’est la tuer en tant que science.

L’objet de l’économie politique, ce sont les rapports de production, les rapports économiques, entre les hommes. Ils englobent : a) les formes que revêt la propriété des moyens de production ; b) la situation des différents groupes sociaux dans la production et leurs relations réciproques ou, pour reprendre l’expression de Marx, « l’échange de leurs activités »18, qui découlent de ces formes ; c) les formes de répartition de produits, qui en dépendent entièrement. C’est tout cela qui, dans son ensemble, est l’objet de l’économie politique.

Le mot « échange », qui figure dans la définition d’Engels, manque dans cette définition. Cela, parce que beaucoup entendent d’ordinaire par « échange ». l’échange de marchandises, qui est le propre non pas de toutes les formations sociales, mais seulement de certaines d’entre elles, d’où parfois un malentendu, bien que par le mot « échange » Engels n’entende pas uniquement l’échange de marchandises. Or, on voit que ce qu’Engels entendait par le mot « échange » a trouvé place dans la définition précitée dont il est partie intégrante. Il s’ensuit que par son contenu cette définition de l’objet de l’économie politique coïncide entièrement avec celle d’Engels.

  1. Quand on parle de la loi économique fondamentale de telle ou telle formation sociale, on sousentend habituellement que cette dernière ne peut avoir plusieurs lois économiques fondamentales, qu’elle ne saurait avoir qu’une loi économique fondamentale, précisément parce qu’elle est fondamentale. Sinon, nous aurions plusieurs lois économiques fondamentales pour chaque formation sociale, ce qui est en contradiction avec la notion même de loi fondamentale. Pourtant, le camarade Iarochenko est d’un autre avis. Il estime qu’il peut exister non pas une, mais plusieurs lois économiques fondamentales du socialisme. C’est incroyable, mais c’est un fait. Dans son discours à la séance plénière de la discussion, il dit :

« Le volume des fonds matériels de la production et de la reproduction sociales, et la relation qui existe entre eux, sont déterminés par la quantité et la perspective d’accroissement de la force de travail entraînée dans la production sociale. C’est la loi économique fondamentale de la société socialiste, qui conditionne la structure de la production et de la reproduction sociales sous le socialisme. »

C’est la première loi économique fondamentale du socialisme.

Dans ce même discours, le camarade Iarochenko déclare :

« La relation qui existe entre les sections I et II est conditionnée dans la société socialiste par le besoin de produire des moyens de production dans les proportions nécessaires pour entraîner dans la production sociale toute la population apte au travail. C’est la loi économique fondamentale du socialisme, en même temps qu’une stipulation de notre Constitution, qui découle du droit au travail des citoyens soviétiques. »

C’est, pour ainsi dire, la seconde loi économique fondamentale du socialisme.

Enfin, dans sa lettre aux membres du Bureau politique, le camarade Iarochenko déclare :

« Partant de là, on pourrait, ce me semble, formuler à peu près comme suit les traits et les exigences essentiels de la loi économique fondamentale du socialisme: accroître et perfectionner constamment la production des conditions de vie matérielles et culturelles de la société. »

C’est déjà là une troisième loi économique fondamentale du socialisme.

Toutes ces lois sont-elles des lois économiques fondamentales du socialisme, ou seulement l’une d’entre elles ; et si c’est seulement l’une d’entre elles, laquelle exactement ? A ces questions le camarade Iarochenko ne donne aucune réponse dans sa dernière lettre aux membres du Bureau politique. Quand il formulait dans sa lettre aux membres du Bureau politique la loi économique fondamentale du socialisme, il avait sans doute « oublié » que dans son discours à la séance plénière de la discussion, trois mois auparavant, il avait déjà formulé deux autres lois économiques fondamentales du socialisme, croyant apparemment que cette combinaison plus que douteuse passerait inaperçue. Mais, on le voit, cet espoir ne s’est pas justifié.

Admettons que les deux premières lois économiques fondamentales du socialisme formulées par le camarade Iarochenko ne soient plus valables, que désormais celui-ci considère comme loi économique fondamentale du socialisme la troisième formule, qu’il a exposée dans sa lettre aux membres du Bureau politique. Consultons la lettre du camarade Iarochenko.

Le camarade Iarochenko y dit qu’il n’est pas d’accord avec la définition de la loi économique fondamentale du socialisme donnée dans les « Remarques» du camarade Staline. Il déclare :

« Le principal, dans cette définition, c’est (assurer au maximum la satisfaction des besoins… de toute la société). La production est présentée ici comme un moyen d’atteindre ce but principal : satisfaire les besoins. Cette définition donne tout lieu de croire que la loi économique fondamentale du socialisme formulée par vous part non du primat de la production, mais du primat de la consommation. »

Il est évident que le camarade Iarochenko n’a rien compris au fond du problème, et qu’il ne voit pas que ses propos sur le primat de la consommation ou de la production n’ont absolument rien à voir ici. Quand on parle du primat de tel ou tel processus social sur un autre processus, on sous-entend d’ordinaire que ces deux processus sont plus ou moins de même nature. On peut et on doit parler du primat de la production des moyens de production sur la production des moyens de consommation, car dans les deux cas il s’agit de production, donc de choses qui sont plus ou moins de même nature. Mais on ne saurait parler, et il serait faux de parler, du primat de la consommation sur la production, ou de la production sur la consommation, car la production et la consommation sont deux domaines tout à fait distincts, liés entre eux il est vrai, mais cependant distincts. Le camarade Iarochenko ne comprend évidemment pas qu’il s’agit ici non du primat de la consommation ou de la production, mais du but que pose la société devant la production sociale, de la tâche à laquelle elle subordonne la production sociale, par exemple, sous le socialisme. Le camarade Iarochenko sort donc, une fois de plus, tout à fait du sujet quand il dit que « la base de la vie de la société socialiste, comme de toute autre société, c’est la production ». Il oublie que les hommes produisent non pour produire, mais pour satisfaire leurs besoins. Il oublie que si la production s’écarte des besoins de la société, elle s’étiole et meurt.

Peut-on, d’une façon générale, parler du but que poursuit la production capitaliste ou socialiste, des tâches auxquelles est subordonnée la production capitaliste ou socialiste ? J’estime qu’on le peut et qu’on le doit.

Marx dit :

« Le but immédiat de la production capitaliste n’est pas la production des marchandises, mais de la plus-value ou du profit sous sa forme développée ; non pas du produit, mais du produit net. De ce point de vue, le travail lui-même n’est productif qu’autant qu’il crée le profit ou le produit net pour le capital. Si l’ouvrier ne le crée pas, son travail est improductif. La masse du travail productif employé n’intéresse donc le capital que dans la mesure où grâce à elle, — ou en relation avec elle, — croît la quantité du surtravail ; pour autant est nécessaire ce que nous avons appelé temps de travail nécessaire. Si le travail ne donne pas ce résultat, il est superflu et doit être arrêté.

Le but de la production capitaliste consiste toujours à créer le maximum de plus-value ou le maximum de produit net avec un minimum de capital avancé; si ce résultat n’est pas atteint par un travail excessif des ouvriers, le capital a tendance à produire ce produit avec le minimum de frais possible, à économiser la force de travail et les dépenses…

Les ouvriers eux-mêmes se présentent ainsi, tels qu’ils sont dans la production capitaliste : uniquement des moyens de production et non un but en soi ni le but de la production »19.

Ces paroles de Marx sont remarquables non seulement parce qu’elles définissent brièvement et exactement le but de la production capitaliste, mais encore parce qu’elles indiquent le but fondamental, la tâche principale qui doit être posée devant la production socialiste.

Donc, le but de la production capitaliste, c’est le profit. Quant à la consommation, elle n’est nécessaire au capitalisme qu’autant qu’elle assure le profit. Hors de là, la question de la consommation n’intéresse pas le capitalisme. Celui-ci perd de vue l’homme et ses besoins.

Quel est donc le but de la production socialiste, quelle est la tâche principale, à l’exécution de laquelle doit être subordonnée la production sociale sous le socialisme ?

Le but de la production socialiste n’est pas le profit, mais l’homme et ses besoins, c’est-à-dire la satisfaction de ses besoins matériels et culturels. Le but de la production socialiste, ainsi qu’il est dit dans les « Remarques » du camarade Staline, est d’« assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de toute la société »20.

Le camarade Iarochenko pense qu’il s’agit ici du « primat » de la consommation sur la production. C’est là, bien entendu, un manque de réflexion de sa part. En réalité, il s’agit ici non du primat de la consommation, mais de la subordination de la production socialiste à son but fondamental : assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de toute la société.

Donc, assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de toute la société, voilà le but de la production socialiste ; accroître et perfectionner constamment la production socialiste sur la base d’une technique supérieure, voilà le moyen d’atteindre ce but.

Telle est la loi économique fondamentale du socialisme.

Voulant conserver le « primat » de la production sur la consommation, le camarade Iarochenko affirme que la « loi économique fondamentale du socialisme » s’énonce comme suit : « accroître et perfectionner constamment la production des conditions matérielles et culturelles de la société ». Cela est tout à fait faux. Le camarade Iarochenko mutile grossièrement et gâche la formule exposée dans les « Remarques » du camarade Staline. Chez lui, la production, de moyen qu’elle était, devient le but, et il n’est plus question d’assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de la société. On a donc un accroissement de la production pour l’accroissement de la production, la production comme but en soi, et le camarade Iarochenko perd de vue l’homme et ses besoins.

Aussi, rien d’étonnant si, en même temps que l’homme considéré comme but de la production socialiste, disparaissent dans la « conception » du camarade Iarochenko les derniers vestiges de marxisme.

Par conséquent, ce qu’on trouve en définitive chez le camarade Iarochenko, ce n’est pas le «primat » de la production sur la consommation, mais quelque chose comme le « primat » de l’idéologie bourgeoise sur l’idéologie marxiste.

  1. Une question se pose à part : celle de la théorie de la reproduction de Marx. Le camarade Iarochenko affirme que la théorie de la reproduction de Marx n’est applicable qu’à la reproduction capitaliste, qu’elle ne renferme rien qui soit valable pour les autres formations sociales, la formation sociale socialiste y compris. Il dit :

« Transporter dans la production sociale socialiste le schéma de la reproduction que Marx a élaboré pour l’économie capitaliste, c’est se faire une conception dogmatique de la doctrine de Marx et se mettre en contradiction avec l’essence de sa doctrine21

Il affirme ensuite que « le schéma de la reproduction de Marx ne correspond pas aux lois économiques de la société socialiste et ne peut servir de base à l’étude de la reproduction socialiste22

Parlant de la théorie de la reproduction simple de Marx, qui établit une relation définie entre la production des moyens de production (section I) et celle des moyens de consommation (section II), le camarade Iarochenko dit :

«La relation existant entre les sections I et II n’est pas conditionnée, en société socialiste, par la formule de Marx v + pl de la section I et c de la section II23. Dans les conditions du socialisme, il ne doit pas y avoir ce rapport d’interdépendance dans le développement entre les sections I et II24

Il affirme que « la théorie, élaborée par Marx, de la relation existant entre les sections I et II est inacceptable dans nos conditions socialistes, car la théorie de Marx a pour base l’économie capitaliste et ses lois25

C’est ainsi que le camarade Iarochenko gâche la théorie de la reproduction de Marx.

Certes, la théorie de la reproduction que Marx a élaborée, après avoir étudié les lois de la production capitaliste, reflète les traits spécifiques de la production capitaliste et revêt naturellement la forme des rapports de valeur propres à la production marchande capitaliste. Il ne pouvait en être autrement. Mais ne voir dans la théorie de la reproduction de Marx que cette forme, et ne pas apercevoir sa base, ne pas apercevoir son contenu fondamental, qui n’est pas valable uniquement pour la formation sociale capitaliste, c’est ne rien comprendre à cette théorie. Si le camarade Iarochenko comprenait quoi que ce soit en la matière, il aurait aussi compris cette vérité évidente que les schémas de la reproduction de Marx ne se bornent nullement à refléter les traits spécifiques de la reproduction capitaliste, qu’ils renferment aussi nombre de thèses fondamentales relatives à la reproduction, qui restent valables pour toutes les formations sociales, y compris et notamment la formation sociale socialiste. Des thèses fondamentales de la théorie de la reproduction de Marx, comme celle de la division de la production sociale en production des moyens de production et en production des moyens de consommation ; celle de la priorité donnée à la production des moyens de production lors de la reproduction élargie ; celle de la relation existant entre les sections I et II ; celle du produit net considéré comme source unique de l’accumulation ; celle de la formation et du rôle des fonds sociaux ; celle de l’accumulation considérée comme source unique de la reproduction élargie, — toutes ces thèses fondamentales de la théorie de la reproduction de Marx ne sont pas valables seulement pour la formation capitaliste, et aucune société socialiste ne peut s’abstenir de les appliquer pour planifier l’économie nationale. Fait significatif: le camarade Iarochenko, qui le prend de si haut avec les « schémas de la reproduction » de Marx, est luimême obligé d’y recourir à tout moment lorsqu’il traite des problèmes de la reproduction socialiste.

Mais qu’en pensaient Lénine et Marx ?

Chacun connaît les remarques critiques de Lénine sur le livre de Boukharine : L’Economie de la période de transition. Dans ces remarques, on le sait, Lénine reconnaissait que la formule donnée par Marx de la relation existant entre les sections I et II, contre laquelle le camarade Iarochenko part en guerre, reste valable et pour le socialisme, et pour le « communisme pur », c’est-à-dire pour la seconde phase du communisme.

Quant à Marx, on le sait, il n’aimait pas à se distraire de l’étude des lois de la production capitaliste, et il ne s’est pas préoccupé, dans son Capital, de savoir si ses schémas de la reproduction seraient ou non applicables au socialisme. Pourtant, au chapitre 20 du second tome du Capital, dans la rubrique « Le capital constant de la section I », où il traite de l’échange des produits de la section I à l’intérieur de cette section, Marx note, pour ainsi dire en passant, que l’échange des produits dans cette section se déroulerait sous le socialisme de façon aussi constante que sous le régime de la production capitaliste. Il dit :

« Si la production était sociale, au lieu d’être capitaliste, il est clair que ces produits de la section I n’en seraient pas moins continuellement distribués de nouveau comme moyens de production entre les branches de production de cette section en vue de la reproduction; une partie resterait directement dans la sphère de production où elle est née comme produit, une autre partie passerait dans d’autres centres de production, et ainsi se produirait un va-et-vient continuel entre les divers centres de production de cette section26. »

Il s’ensuit que Marx ne pensait nullement que sa théorie de la reproduction n’était valable que pour la production capitaliste, bien qu’il s’occupât alors de l’étude des lois de la production capitaliste. On voit qu’au contraire il estimait sa théorie de la reproduction également valable pour la production socialiste.

Notons que Marx, analysant dans sa Critique du programme de Gotha l’économie du socialisme et de la période de transition au communisme, s’appuie sur les thèses fondamentales de sa théorie de la reproduction, qu’il considère manifestement comme indispensables pour un régime communiste.

Notons aussi que dans son Anti-Dühring Engels, critiquant le « système socialitaire » de Dühring et définissant l’économie du régime socialiste, s’appuie, lui aussi, sur les thèses fondamentales de la théorie de la reproduction de Marx qu’il considère comme indispensable pour un régime communiste.

Tels sont les faits.

Il s’ensuit que là encore, dans la question de la reproduction, le camarade Iarochenko, malgré son ton dégagé à l’égard des « schémas » de Marx, s’est retrouvé sur un banc de sable.

  1. Le camarade Iarochenko termine sa lettre aux membres du Bureau politique en proposant qu’on le charge d’écrire l’« Economie politique du socialisme ». Il déclare :

« Partant de la définition, — exposée par moi à la séance plénière de la discussion, à la commission de travail de la séance plénière de la discussion et dans la présente lettre, — de l’objet de cette science qu’est l’économie politique du socialisme, et appliquant la méthode dialectique marxiste, je puis en un an, dix-huit mois au plus, et avec l’aide de deux assistants, élaborer les solutions théoriques des problèmes fondamentaux de l’économie politique du socialisme, exposer la théorie marxiste, léniniste-stalinienne de l’économie politique du socialisme, théorie qui fera de cette science une arme efficace dans la lutte du peuple pour le communisme. »

Il faut avouer que le camarade Iarochenko ne souffre pas d’un excès de modestie. Bien plus : on pourrait dire, pour user du style de certains hommes de lettres, que c’est « même juste le contraire ».

Nous avons déjà dit que le camarade Iarochenko confond l’économie politique du socialisme avec la politique économique des organismes dirigeants. Ce qu’il considère comme l’objet de l’économie politique du socialisme — organisation rationnelle des forces productives, planification de l’économie nationale, constitution de fonds sociaux, etc. — regarde non l’économie politique du socialisme, mais la politique économique des organismes dirigeants.

Cela, sans préjudice du fait que les graves erreurs commises par le camarade Iarochenko et son « point de vue » non marxiste n’engagent guère à confier pareille tâche au camarade Iarochenko.

Conclusions :

  • 1) Les doléances du camarade Iarochenko à l’adresse des dirigeants de la discussion sont sans objet, car les dirigeants de la discussion, qui étaient des marxistes, ne pouvaient refléter, dans les documents qui font le point de la discussion, le « point de vue » non marxiste du camarade Iarochenko.
  • 2) La demande du camarade Iarochenko d’être chargé d’écrire l’Economie politique du socialisme ne peut être prise au sérieux, ne serait-ce que pour la raison qu’elle sent son Khlestakov27 à plein nez.
  1. STALINE

22 mai 1952.

RÉPONSE AUX CAMARADES A. V. SANINA ET V. G. VENGER

J’ai reçu vos lettres. Les auteurs de ces lettres, on le voit, étudient à fond et sérieusement les problèmes économiques de notre pays. Ces lettres renferment bon nombre de formules justes et d’idées intéressantes. Cependant, on y trouve aussi de graves erreurs théoriques. Dans ma réponse, je tiens à m’arrêter précisément sur ces erreurs.

1. DU CARACTÈRE DES LOIS ÉCONOMIQUES DU SOCIALISME

Les camarades Sanina et Venger affirment que « c’est seulement grâce à l’activité consciente des hommes soviétiques, occupés à la production matérielle, que surgissent les lois économiques du socialisme ». Cette thèse est absolument fausse.

Les lois du développement économique existent-elles objectivement, en dehors de nous, indépendamment de la volonté et de la conscience des hommes ? Le marxisme répond à cette question par l’affirmative. Le marxisme estime que les lois de l’économie politique du socialisme sont le reflet, dans les cerveaux des hommes, des lois objectives, existant en dehors de nous. Or, la formule des camarades Sanina et Venger donne une réponse négative à cette question. C’est donc que ces camarades se placent au point de vue d’une théorie fausse qui prétend que les lois du développement économique sous le socialisme sont « créées », « transformées » par les organismes dirigeants de la société. Autrement dit, ils rompent avec le marxisme et s’engagent dans la voie d’un idéalisme subjectif.

Sans doute, les hommes peuvent découvrir ces lois objectives, les connaître et, en se basant sur elles, les utiliser dans l’intérêt de la société. Mais ils ne peuvent ni les « créer », ni les « transformer ».

Admettons un instant que nous nous soyons placés au point de vue de la théorie fausse qui nie l’existence des lois objectives dans la vie économique sous le socialisme et proclame la possibilité de « créer » et de « transformer » les lois économiques. Qu’en résulterait-il ? Il en résulterait que nous serions plongés dans le chaos et les éventualités ; nous serions les esclaves de ces éventualités, nous n’aurions plus la possibilité non seulement de comprendre, mais simplement de démêler ce chaos d’éventualités.

Il en résulterait que nous supprimerions l’économie politique comme science, car la science ne peut exister ni se développer sans reconnaître les lois objectives, sans les étudier. Or, la science une fois supprimée, nous n’aurions plus la possibilité de prévoir le cours des événements dans la vie économique du pays, c’est-à-dire que nous n’aurions plus la possibilité d’organiser la direction économique même la plus élémentaire.

En fin de compte, nous nous trouverions soumis à l’arbitraire d’aventuriers « économiques », prêts à « supprimer » les lois du développement économique et à « créer » de nouvelles lois, sans comprendre les lois objectives, ni en faire état.

Tout le monde connaît la formule classique de la position marxiste dans cette question, donnée par Engels dans l’Anti-Dühring.

« Les forces actives de la société agissent tout à fait comme les forces de la nature: aveugles, violentes et destructrices tant que nous ne les connaissons pas et que nous ne comptons pas avec elles. Mais une fois que nous les avons reconnues, que nous en avons saisi l’activité, la direction, les effets, il ne dépend plus que de nous de les soumettre de plus en plus à notre volonté et d’atteindre nos buts grâce à elles. Et cela est particulièrement vrai des puissantes forces productives d’aujourd’hui. Tant que nous nous refusons obstinément à en comprendre la nature et le caractère, — et c’est contre cette compréhension que regimbent le mode de production capitaliste et ses défenseurs, — ces forces agissent malgré nous, contre nous, et elles nous dominent, comme nous l’avons exposé dans le détail. Mais une fois saisies dans leur nature, elles peuvent, dans les mains des producteurs associés, se transformer de maîtresses démoniaques en servantes dociles. C’est là la différence qu’il y a entre la force destructrice de l’électricité dans l’éclair de l’orage et l’électricité domptée du télégraphe et de l’arc électrique, la différence entre l’incendie et le feu agissant au service de l’homme. En traitant de la même façon les forces productives actuelles après avoir enfin reconnu leur nature, on voit l’anarchie sociale de la production remplacée par une réglementation socialement planifiée de la production, selon les besoins de la communauté comme de chaque individu ; ainsi, le mode capitaliste d’appropriation, dans lequel le produit asservit d’abord le producteur, puis l’appropriateur lui-même, est remplacé par le mode d’appropriation des produits fondé sur la nature des moyens modernes de production eux-mêmes : d’une part appropriation sociale directe comme moyen d’entretenir et de développer la production, d’autre part appropriation individuelle directe comme moyen d’existence et de jouissance28. »

2. DES MESURES A PRENDRE POUR ÉLEVER LA PROPRIÉTÉ KOLKHOZIENNE AU NIVEAU DE PROPRIÉTÉ DU PEUPLE ENTIER

Quelles mesures sont nécessaires pour élever la propriété kolkhozienne, qui n’est évidemment pas une propriété de tout le peuple, au niveau de propriété du peuple entier (« nationale ») ?

Certains camarades pensent qu’il faut simplement nationaliser la propriété kolkhozienne, la proclamer propriété du peuple entier, comme on l’a fait, en son temps, pour la propriété capitaliste. Cette proposition est tout à fait erronée et absolument inacceptable. La propriété kolkhozienne est une propriété socialiste, et nous ne pouvons en aucune façon en user avec elle comme avec la propriété capitaliste. Du fait que la propriété kolkhozienne n’est pas la propriété de tout le peuple, il ne s’en suit pas du tout que la propriété kolkhozienne n’est pas une propriété socialiste.

Ces camarades supposent que la remise de la propriété d’individus et de groupes d’individus en propre à l’Etat est l’unique ou, en tout cas, la meilleure forme de nationalisation. C’est faux. En réalité, la remise en propre à l’Etat n’est pas l’unique ni même la meilleure forme de nationalisation, mais la forme initiale de nationalisation, comme Engels le dit très justement dans l’Anti-Dühring. Il est évident qu’aussi longtemps que l’Etat existe, la remise en propre à l’Etat est la forme initiale de nationalisation la plus compréhensible. Mais l’Etat n’existera pas éternellement. Avec l’extension de la sphère d’action du socialisme dans la plupart des pays du monde, l’Etat dépérira, et il est évident que, par suite, la question de la remise des biens des individus et des groupes d’individus en propre à l’Etat ne se posera plus. L’Etat disparaîtra, mais la société restera. Par conséquent, l’héritier de la propriété du peuple entier sera non plus l’Etat, qui aura disparu, mais la société elle-même, en la personne de son organisme économique dirigeant, central.

Que faut-il donc entreprendre, en ce cas, pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier.

Les camarades Sanina et Venger proposent, comme mesure essentielle, de vendre en propre aux kolkhoz les principaux instruments de production concentrés dans les stations de machines et de tracteurs ; de décharger par ce moyen l’Etat de ses investissements en grands travaux dans l’agriculture et de faire assumer aux kolkhoz la responsabilité de l’entretien et du développement des stations de machines et de tracteurs. Ils disent :

« Il serait faux de croire que les investissements kolkhoziens doivent être principalement affectés aux besoins culturels de la campagne kolkhozienne, tandis que l’Etat doit fournir, comme précédemment, la masse essentielle des investissements pour les besoins de la production agricole. Ne serait-il pas plus juste d’exonérer l’Etat de ces charges, puisque les kolkhoz sont parfaitement à même de les assumer ? Il y aura suffisamment d’entreprises où l’Etat pourra investir ses ressources, afin de créer dans le pays une abondance d’objets de consommation. »

Pour justifier leur proposition, les auteurs avancent plusieurs arguments.

Premièrement. Se référant aux paroles de Staline disant que les moyens de production ne doivent pas être vendus même aux kolkhoz, les auteurs de la proposition mettent en doute cette thèse de Staline et déclarent que l’Etat vend cependant aux kolkhoz des moyens de production, tels que le petit outillage comme faux et faucilles, petits moteurs, etc. Ils estiment que si l’Etat vend aux kolkhoz ces moyens de production, il pourrait également leur vendre tous les autres moyens de production, par exemple, les machines des S. M. T.

Cet argument ne tient pas. Certes, l’Etat vend aux kolkhoz le petit outillage, comme cela se doit d’après les Statuts de l’artel agricole et la Constitution. Mais peut-on mettre sur le même plan le petit outillage et ces moyens essentiels de la production agricole que sont les machines des S. M. T. ou, mettons, la terre qui, elle aussi, est un des moyens essentiels de la production dans l’agriculture. Il est clair que non. On ne peut pas le faire, le petit outillage ne décidant en aucune mesure du sort de la production kolkhozienne, tandis que les moyens de production tels que les machines des S. M. T. et la terre décident pleinement du sort de l’agriculture dans nos conditions actuelles.

Il est aisé de comprendre que lorsque Staline dit que les moyens de production ne doivent pas être vendus aux kolkhoz, il ne pense pas au petit outillage, mais aux moyens essentiels de la production agricole : les machines des S. M. T., la terre. Les auteurs jouent sur les mots « moyens de production » et confondent deux choses différentes, sans s’apercevoir qu’ils font fausse route.

Deuxièmement. Les camarades Sanina et Venger se réfèrent ensuite au fait qu’au début du mouvement kolkhozien de masse — fin de 1929 et début de 1930 — le Comité central du P. C. (b) de l’U.R.S.S. était lui-même partisan de la remise des stations de machines et de tracteurs en propre aux kolkhoz, ceux-ci devant rembourser la valeur des S. M. T. dans un délai de trois ans. Ils considèrent que, bien que cette initiative ait alors échoué, « en raison de la pauvreté » des kolkhoz, maintenant que les kolkhoz sont riches, on pourrait revenir à cette politique, à la vente des S. M. T. aux kolkhoz.

Cet argument ne tient pas non plus. Le Comité central du P. C. (b) de l’U.R.S.S. avait effectivement pris une décision relative à la vente des S. M. T. aux kolkhoz, au début de 1930. Cette décision avait été prise sur la proposition d’un groupe de kolkhoziens de choc, à titre d’expérience, à titre d’essai, pour revenir, à bref délai, sur cette question et l’examiner à nouveau. Or, la première vérification a montré le caractère irrationnel de cette décision, et, au bout de quelques mois, c’est-à-dire à la fin de 1930, cette décision fut rapportée.

L’extension du mouvement kolkhozien et le développement de l’édification des kolkhoz ont définitivement convaincu les kolkhoziens de même que les travailleurs dirigeants que la concentration des principaux instruments de la production agricole entre les mains de l’Etat, dans les stations de machines et de tracteurs, est l’unique moyen d’assurer des rythmes élevés d’accroissement de la production dans les kolkhoz.

Nous nous réjouissons tous de l’accroissement intense de la production agricole dans notre pays, de la production accrue des céréales, du coton, du lin, de la betterave, etc. Où est la source de cet accroissement ? Elle est dans la technique moderne, dans les nombreuses machines perfectionnées qui desservent toutes ces branches de production. Il ne s’agit pas seulement de la technique en général ; il s’agit que la technique ne peut pas rester immobile, qu’elle doit constamment s’améliorer ; la technique ancienne doit être mise hors de service et remplacée par une technique nouvelle qui, à son tour, cédera le pas à une technique encore plus récente. Sinon le progrès de notre agriculture socialiste serait inconcevable, inconcevables aussi les grandes récoltes, l’abondance des produits agricoles. Mais que signifie mettre hors de service des centaines de milliers de tracteurs à roues et les remplacer par des tracteurs à chenilles, remplacer des dizaines de milliers de moissonneuses-batteuses périmées par de nouvelles, créer de nouvelles machines, par exemple, pour les cultures industrielles ? Cela signifie engager des dépenses se chiffrant par des milliards et qui ne pourront être récupérées que dans 6 ou 8 ans. Nos kolkhoz, même s’ils sont des kolkhoz-millionnaires, peuvent-ils assumer ces dépenses ? Non, ils ne le peuvent pas, car ils ne sont pas à même de dépenser des milliards qui ne pourront être récupérés que dans 6 ou 8 ans. L’Etat seul peut se charger de ces dépenses, lui seul étant capable de supporter les pertes entraînées par la mise hors de service des vieilles machines et leur remplacement par de nouvelles, lui seul étant capable de supporter ces pertes pendant 6 ou 8 ans, et d’attendre l’expiration de ce délai pour récupérer ses dépenses.

Que signifie, après tout cela, exiger que les S. M. T. soient vendues en propre aux kolkhoz ? Cela signifie faire subir aux kolkhoz des pertes énormes, les ruiner, compromettre la mécanisation de l’agriculture, ralentir la cadence de la production kolkhozienne.

D’où la conclusion : en proposant de vendre en propre les S. M. T. aux kolkhoz, les camarades Sanina et Venger font un pas en arrière et essaient de faire tourner à rebours la roue de l’histoire.

Admettons un instant que nous ayons accepté la proposition des camarades Sanina et Venger, et commencé à vendre en propre aux kolkhoz les principaux instruments de production, les stations de machines et de tracteurs. Qu’en résulterait-il ?

Il en résulterait, premièrement, que les kolkhoz deviendraient propriétaires des principaux instruments de production, c’est-à-dire qu’ils se trouveraient placés dans une situation exceptionnelle qui n’est celle d’aucune entreprise dans notre pays, car, on le sait, les entreprises nationalisées elles-mêmes ne sont pas chez nous propriétaires des instruments de production. Comment pourrait-on justifier cette situation exceptionnelle des kolkhoz, par quelles considérations de progrès, de marche en avant ? Peuton dire que cette situation contribuerait à élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier, qu’elle hâterait le passage de notre société du socialisme au communisme ? Ne serait-il pas plus juste de dire que cette situation ne pourrait qu’éloigner la propriété kolkhozienne de la propriété du peuple entier et aboutirait à nous éloigner du communisme, au lieu de nous en rapprocher.

Il en résulterait, deuxièmement, un élargissement de la sphère d’action de la circulation des marchandises qui entraînerait dans son orbite une quantité énorme d’instruments de production agricole. Qu’en pensent les camarades Sanina et Venger ? L’élargissement de la sphère de la circulation des marchandises peut-il contribuer à notre avance vers le communisme ? Ne sera-t-il pas plus juste de dire qu’il ne peut que freiner notre avance vers le communisme ?

L’erreur essentielle des camarades Sanina et Venger, c’est qu’ils ne comprennent pas le rôle et l’importance de la circulation des marchandises en régime socialiste; ils ne comprennent pas que la circulation des marchandises est incompatible avec la perspective de passer du socialisme au communisme. Ils pensent sans doute que l’on peut, même sous le régime de la circulation des marchandises, passer du socialisme au communisme, que la circulation des marchandises ne peut en l’occurrence constituer un obstacle. C’est une grave erreur, qui part d’une incompréhension du marxisme.

En critiquant la « commune économique » de Dühring, fonctionnant dans les conditions de la circulation des marchandises, Engels a montré, de façon probante, dans son Anti-Dühring, que l’existence de la circulation des marchandises doit amener inévitablement les « communes économiques » de Dühring à la renaissance du capitalisme. Evidemment, les camarades Sanina et Venger ne sont pas de cet avis. Tant pis pour eux. Mais nous, marxistes, nous partons de la thèse marxiste bien connue, selon laquelle le passage du socialisme au communisme et le principe communiste de la répartition des produits selon les besoins excluent tout échange de marchandises et, par suite, la transformation des produits en marchandises et, en même temps, leur transformation en valeur.

Voilà ce qu’il en est de la proposition et des arguments des camarades Sanina et Venger.

Que faut-il donc entreprendre, en fin de compte, pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier ?

Le kolkhoz est une entreprise d’un genre particulier. Il travaille sur la terre et cultive la terre qui, depuis longtemps, n’est plus une propriété kolkhozienne, mais est une propriété du peuple entier. Par conséquent, le kolkhoz ne possède pas en propre la terre qu’il cultive.

Poursuivons. Le kolkhoz travaille à l’aide d’instruments essentiels de production, qui ne sont pas propriété kolkhozienne, mais sont propriété du peuple entier. Par conséquent, le kolkhoz ne possède pas en propre les principaux instruments de production.

Ensuite, le kolkhoz est une entreprise coopérative, il utilise le travail de ses membres et répartit les revenus parmi ses membres d’après les journées-travail fournies ; en outre, il possède des réserves de semences qui sont renouvelées chaque année et employées dans la production.

On se demande alors : Qu’est ce que le kolkhoz possède en propre ? Où est la propriété kolkhozienne dont il peut disposer en toute liberté, comme il l’entend ? Cette propriété, c’est la production du kolkhoz, le fruit de la production kolkhozienne : céréales, viande, beurre, légumes, coton, betterave, lin, etc., sans compter les bâtiments et les exploitations personnelles des kolkhoziens dans leurs enclos. Le fait est qu’une partie considérable de cette production, les excédents de la production kolkhozienne, arrive sur le marché et s’intègre de cette façon au système de la circulation des marchandises. C’est ce qui empêche actuellement d’élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier. C’est donc de ce côté-là qu’il faut activer le travail pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier.

Pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier, il faut que les excédents de la production kolkhozienne soient éliminés de la circulation des marchandises et intégrés au système d’échange de produits entre l’industrie d’Etat et les kolkhoz. Là est l’essentiel.

Nous n’avons pas encore de système développé d’échange de produits, mais il existe des embryons de cet échange sous forme de « payement en marchandises » pour les produits agricoles. On sait que pour les produits des kolkhoz tels que le coton, le lin et la betterave, on pratique depuis longtemps le « payement en marchandises ». Il est vrai que cela ne se fait pas en totalité, mais seulement partiellement; cependant, il s’agit tout de même d’un « payement en marchandises ». Remarquons en passant que les termes « payement en marchandises » ne sont pas heureux, qu’il faudrait les remplacer par l’« échange de produits ». La tâche est d’organiser dans toutes les branches de l’agriculture ces embryons d’échange de produits et de les développer pour en faire un vaste système d’échange, de façon que les kolkhoz reçoivent pour leur production de l’argent, mais surtout les produits manufacturés dont ils ont besoin. Ce système nécessitera un accroissement considérable de la production livrée par la ville à la campagne ; il faudra donc l’introduire sans trop de précipitation à mesure que s’accumulent des articles produits par la ville. Mais il faut l’introduire méthodiquement et sans hésitation, en restreignant pas à pas la sphère de la circulation des marchandises et en élargissant la sphère des échanges de produits.

Ce système, en restreignant la sphère de la circulation des marchandises, aidera à passer du socialisme au communisme. En outre, il permettra d’inclure la propriété essentielle des kolkhoz, la production kolkhozienne, dans le système d’ensemble de la planification nationale.

Ceci sera un moyen réel et décisif pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété du peuple entier, dans nos conditions actuelles.

Ce système est-il avantageux pour la paysannerie kolkhozienne ? Il l’est incontestablement. Avantageux, parce que la paysannerie kolkhozienne recevra de l’Etat des produits en quantité beaucoup plus grande et à meilleur marché qu’avec le système de circulation des marchandises. Tout le monde sait que les kolkhoz qui ont passé des contrats avec le gouvernement pour des échanges de produits («payement en marchandises») bénéficient d’avantages infiniment plus grands que les kolkhoz qui n’en ont pas conclu. Si l’on étend le système d’échange de produits à tous les kolkhoz du pays, toute notre paysannerie kolkhozienne bénéficiera de ces avantages.

  1. STALINE

28 septembre 1952.

NOTES

1

  1. Engels : «Anti-Dühring», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 20.

2

Ibidem.

3

  1. Lénine : «L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme», Œuvres, tome 22.

4

Voir p. 4 de la présente brochure.

5

  1. Marx : «Le Capital», livre premier, chapitre V, I, Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 23.

6

Lettre du camarade Iarochenko au Bureau politique du Comité central.

7

Discours du camarade Iarochenko à la séance plénière de la discussion.

8

Discours du camarade Iarochenko à la commission de travail de la séance plénière de la discussion.

9

Discours du camarade Iarochenko à la séance plénière de la discussion.

10

  1. Marx : «Travail salarié et capital», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 6.

11

  1. Marx : «Préface à la «Critique de l’économie politique»), Œuvres Complètes de K. Marx et F. Engels, tome 13.

12

  1. Lénine : «Notre situation extérieure et intérieure et les tâches du Parti», Œuvres, tome 31.

l3

  1. Marx : «Critique du programme de Gotha», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 19.

14

  1. Engels : «Anti-Dühring», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 20.

15 Ibidem.

16

  1. Lénine : Remarques critiques sur «L’Economie de la période de transition» de Boukharine, édition russe.

17

  1. Engels : «Anti-Dühring», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 20.

18

  1. Marx : «Travail salarié et capital», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 6.

19

  1. Marx : «Théorie de la plus-value», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 26.

20

Voir p. 19 de la présente brochure.

21

Discours du camarade Iarochenko à la séance plénière de la discussion.

22 Ibidem.

23

Ici, v signifie capital variable, pl, plus-value, et c, capital constant. Voir la formule dans Le Capital de K. Marx, livre deuxième chapitre XX

24

Discours du camarade Iarochenko à la séance plénière de la discussion.

25

Lettre du camarade Iarochenko aux membres du Bureau politique du Comité central.

26

  1. Marx : «Le Capital», livre deuxième, chapitre XX, section VI

25

Personnage de la pièce de Nicolas Gogol : Le Revizor, le type de l’imposteur et du fanfaron.

28

  1. Engels : «Anti-Dühring», Œuvres complètes de K. Marx et F. Engels, tome 20.

 

 

SOURCE: http://www.communisme-bolchevisme.net/download/Staline_Les_problemes_economiques_du_socialisme_en_URSS.pdf

Qui est coupable, Lénine ou Staline ? Peu importe, si le prolétariat l’emporte

n75825905065_4138026_3597[1]

 

Le scripteur idéaliste, dogmatique et sectaire, suscite des querelles qui n’intéressent que ses coreligionnaires. L’intellectuel idéaliste regarde le monde à l’envers, cul par-dessus tête. Au lieu d’observer la réalité telle qu’elle se présente, puis de la synthétiser afin de l’expliquer et de la faire comprendre, l’intellectuel dogmatique amorce son investigation en lisant les « saintes Écritures marxistes », et les écrits bolchéviques, et d’autres sources littéraires ayant reçu « l’imprimatur » de sa clique sectaire, et il tente ensuite d’en trouver les concordances dans le monde en mouvance.

 

Il faut noter que les bolchéviques n’ont pas agi de la sorte. Étant donné qu’en 1917, ils étaient à la direction d’une révolution, à la tête d’un gouvernement au pouvoir, ils ont été contraints de prendre des décisions pratiques et d’appliquer ces décisions. Ensuite, les bolchéviques ont cherché à justifier théoriquement leurs décisions, quitte à falsifier, ou à réinterpréter, les « saintes Écritures marxistes ». C’est ainsi que les bolchéviques ont prouvé, une fois de plus, que le mouvement précède la conscience et jamais l’inverse.

 

De nos jours, quel intérêt y a-t-il pour un ouvrier d’usine à débattre de la culpabilité de Lénine, de Staline, de Boukharine, de Trotski, ou des autres bolchéviques à propos de la primauté de l’industrie lourde – productrice des moyens de production – sur l’industrie légère, productrice des biens de consommation ?  Pour la classe ouvrière révolutionnaire, ce procès d’intention n’a aucun intérêt. Ils sont tous coupables sans exception. Cependant, leur culpabilité n’est pas d’avoir fausser les « saintes Écritures marxistes ». Marx n’a rien écrit à propos du drame russo-bolchévique en Union Soviétique. Leur culpabilité est d’avoir pensé, puis laissé entendre, que la société tsariste arriérée, féodale, paysanne, rurale, chauvine, pouvait accoucher de la société prolétarienne moderne, urbaine, industrialisée, hautement mécanisée, informatisée, internationaliste, communiste et sans classes sociales, en esquivant l’étape nécessaire de la société capitaliste, industrielle, urbaine et bourgeoise, incontournable en Russie comme dans tout autre pays.

 

La conscience succède au mouvement, et Marx n’ayant nullement vécu le mouvement révolutionnaire anti-tsariste n’a pas pu l’interpréter. Ce que Marx, le scientifique, a été capable de décrypter ce sont les indices, les mouvements, déjà présents au sein du mode de production capitaliste de l’Angleterre du XIXe siècle, qui préfiguraient ce que serait le mode de production capitaliste à son apogée, au moment où il engloberait la Terre tout entière. Ce n’est pas une mince prouesse que d’avoir réussi à déchiffrer les indices économiques, politiques et financiers pour en dégager la vision complète et achevée du mode de production capitaliste exposée dans « Das Kapital ». Cependant, Marx n’a pas pu traiter de la question de la révolution sociale-démocrate – « prolétarienne » – dans un pays féodal, agraire, paysan, analphabète, au prolétariat anémique.

 

Aujourd’hui, ce qui est essentiel pour la classe prolétarienne moderne c’est de reconnaitre que le passage direct du mode de production féodale au mode de production communiste est impossible et que la Révolution bolchévique, la révolution de Démocratie nouvelle en Chine et toutes les autres révolutions du XXe siècle ont été des révolutions bourgeoises pour l’accession de ces sociétés féodales, ou quasi féodales, au mode de production capitaliste industriel urbain (MPC) et qu’il ne pouvait en être autrement.

 

Pour revenir à la question de la primauté de l’industrie lourde (secteur 1), il est indubitable que l’accumulation capitaliste nécessite le développement prioritaire de ce secteur industriel afin de développer ensuite le secteur 2, le secteur de la production des biens et des services de consommation courants. Staline, en habile tacticien, a mis ce principe en pratique et en 20 ans à peine, le Parti bolchévique a préparé la Russie soviétique capitaliste à affronter l’impérialisme allemand. Staline, à la tête du parti bolchévique, partant de la féodalité tsariste menant à la modernité capitaliste industrielle a dirigé l’édification du capitalisme monopoliste d’État soviétique. Est-ce que cette prouesse d’économie politique tient d’abord à l’intuition de Lénine, de Boukharine et au groupe des bolchéviques que Staline a su diriger mieux que Trotski ? Je laisse le soin aux historiens de débattre de cette « énigme ».

 

staline

Pour l’heure, le seul point qui importe pour la classe prolétarienne, c’est de profiter des conditions créer par la guerre de classe sur le front économique, de la crise systémique qui est en train de faire imploser le mode de production capitaliste, pour réaliser une première véritable révolution prolétarienne communiste.

 

À lire : Manifeste du Parti Ouvrier (2014) Éditions Publibook. Paris.   http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520


(English Version)

The idealist, dogmatic and sectarian writer arouses quarrels that interest only his coreligionists. The idealist intellectual looks at the world upside down, head over heels. Instead of observing the reality such as it appears, then to synthesize in order to explain and make understand it, the dogmatic intellectual begins his investigation by reading the « Marxist holy Scriptures » and the Bolshevik writings and other literary sources that have received the « imprimatur » of his sectarian clique, and then he tries to find the matches in the fast changing world.

 

It is necessary to note that the Bolsheviks did not act that way. Given that in 1917, they were leading a revolution at the head of a government in power, they were forced to make practical decisions and implement these decisions. Then, the Bolsheviks sought to justify theoretically their decisions, even if it means falsifyng or reinterpreting the « Marxist holy Scriptures ». Thus the Bolsheviks proved, once again, that the movement precedes the consciousness and never the contrary.

 

Nowadays, what interest there is for a factory worker to discuss the guilt of Lenin, Stalin, Bukharin, Trotsky, or other Bolsheviks about the primacy of heavy industry – producer of the means of production – on light industry, producer of consumer goods? For the revolutionary working class, this unfounded accusation has no interest. They are all guilty without exception. However, their guilt is not to have distorted the « Marxist holy Scriptures » Marx wrote nothing about the Russian-Bolshevik drama in Soviet Union. Their guilty is to have thought, then to have suggested that the czarist, backward, feudal, peasant, rural, chauvinistic society could give birth to the modern, urban, industrialized proletarian society, highly mechanized, computerized, internationalist, communist and without social classes, by dodging the necessary stage of capitalist, industrial, urban and bourgeois society, inescapable in Russia as in any other country.

 

The consciousness succeeds the movement, and Marx, having not absolutely experienced the anti-tsarist revolutionary movement, was not able to interpret it. What Marx, the scientist, was able of deciphering are the signs, movements, already present within the capitalist mode of production of England in the nineteenth century, which prefigured what would be the capitalist mode of production at its peak, when it would include the whole Earth. It’s not a small feat to have been able to decipher the economic, political and financial indices to clear the full and complete vision of the capitalist mode of production exposed in « Das Kapital ». However, Marx was not able to deal with the issue of the social-democratic –“proletarian » revolution – in a feudal, agrarian, peasant, illiterate country, to the anemic proletariat.

 

Today for the modern proletarian class is essential to recognize that the direct passage from the feudal mode of production to the communist mode of production is impossible and that the Bolshevik Revolution, the New Democracy revolution in China and all other revolutions of the twentieth century were bourgeois revolutions for the accession of these feudal societies, or almost feudal, to the urban, industrial capitalist mode of production (MPC) and that it could not be otherwise.

 

To return to the question of the primacy of heavy industry (sector 1), there is no doubt that the capitalist accumulation requires the priority development of this industrial branch in order to develop then the sector 2, the sector of the production of goods and common consumer services. Stalin, a clever tactician, put this principle into practice and in only just 20 years, the Bolshevik Party has prepared the capitalist Soviet Russia to face the German imperialism. Stalin, at the head of the Bolshevik Party, starting from Czarist feudalism, leading to the industrial capitalist modernity, has managed the building of the monopolistic capitalism of Soviet State. Is this feat of political economy depend primarily the intuition of Lenin, Bukharin and to the Bolshevik group that Stalin was able to manage better than Trotsky? I leave it to historians to debate this « enigma ».

 

staline

 

For now, the only thing that matters to the proletarian class is to enjoy the conditions created by the class war on the economic front, the systemic crisis that is about to implode the capitalist mode of production, to realize a first real communist proletarian revolution.

 

Read: Manifesto of the Workers’ Party (2014) Publibook Editions. Paris. 

Http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

 

SOURCE : http://www.les7duquebec.com/7-au-front/qui-est-coupable-lenine-ou-staline-peu-importe-si-le-proletariat-lemporte/

Georgi Dimitrov : L’unité de la classe ouvrière dans la lutte contre le fascisme – 1935

VIIe Congrès de l’Internationale communiste – Rapport prononcé à la séance du 2 août 1935

dimitrov4-673f5

Camarades !

Déjà le VIe Congrès de l’Internationale Communiste avertissait le prolétariat international de la maturation d’une nouvelle offensive fasciste et appelait à la lutte contre elle.

Le Congrès indiquait que « des tendances fascistes et des germes du mouvement fasciste existent presque partout, sous une forme plus ou moins développée ».

Dans les conditions de la crise économique extrêmement profonde, de l’aggravation marquée de la crise générale du capitalisme, du développement de l’esprit révolutionnaire dans les masses travailleuses, le fascisme est passé à une vaste offensive.

La bourgeoisie dominante cherche de plus en plus le salut dans le fascisme, afin de prendre contre les travailleurs des mesures extraordinaires de spoliation, de préparer une guerre de brigandage impérialiste, une agression contre l’Union Soviétique, l’asservissement et le partage de la Chine et sur la base de tout cela de conjurer la révolution.

Les milieux impérialistes tentent de faire retomber tout le poids de la crise sur les épaules des travailleurs. C’est pour cela qu’ils ont besoin du fascisme.

Ils s’efforcent de résoudre le problème des marchés par l’asservissement des peuples faibles, par l’aggravation du joug colonial et par un nouveau partage du monde au moyen de la guerre.

C’est pour cela qu’ils ont besoin du fascisme.

Ils s’efforcent de devancer la montée des forces de la révolution en écrasant le mouvement révolutionnaire des ouvriers et des paysans et en lançant une agression militaire contre l’Union Soviétique, rempart du prolétariat mondial.

C’est pour cela qu’ils ont besoin du fascisme.

Dans une série de pays, notamment en Allemagne, ces milieux impérialistes ont réussi, avant le tournant décisif des masses vers la révolution, à infliger une défaite au prolétariat et à instaurer la dictature fasciste.

Mais ce qui est caractéristique pour la victoire du fascisme, c’est précisément la circonstance que cette victoire, d’une part, atteste la faiblesse du prolétariat, désorganisé et paralysé par la politique social-démocrate scissionniste de collaboration de classe avec la bourgeoisie, et, d’autre part, exprime la faiblesse de la bourgeoisie elle-même, qui est prise de peur devant la réalisation de l’unité de lutte de la classe ouvrière, prise de peur devant la révolution et n’est plus en état de maintenir sa dictature sur les masses par les vieilles méthodes de démocratie bourgeoise et de parlementarisme.

Le caractère de classe du fascisme

Le fascisme au pouvoir est, comme l’a caractérisé avec raison la XIIIe Séance Plénière du Comité exécutif de l’Internationale Communiste, la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier.

La variété la plus réactionnaire du fascisme, c’est le fascisme du type allemand, il s’intitule impudemment national-socialisme sans avoir rien de commun avec le socialisme allemand.

Le fascisme allemand ce n’est pas seulement un nationalisme bourgeois, c’est un chauvinisme bestial. C’est un système gouvernemental de banditisme politique, un système de provocation et de tortures à l’égard de la classe ouvrière et des éléments révolutionnaires de la paysannerie, de la petite bourgeoisie et des intellectuels.

C’est la barbarie médiévale et la sauvagerie.

C’est une agression effrénée à l’égard des autres peuples et des autres pays.

Le fascisme allemand apparaît comme la troupe de choc de la contre-révolution internationale, comme le principal fomentateur de la guerre impérialiste, comme l’instigateur de la croisade contre l’Union Soviétique, la grande patrie des travailleurs du monde entier.

Le fascisme, ce n’est pas une forme du pouvoir d’Etat qui, prétendument, « se place au-dessus des deux classes, du prolétariat et de la bourgeoisie », ainsi que l’affirmait, par exemple, Otto Bauer.

Ce n’est pas « la petite bourgeoisie en révolte qui s’est emparée de la machine d’Etat », comme le déclarait le socialiste anglais Brailsford.

Non.

Le fascisme, ce n’est pas un pouvoir au-dessus des classes, ni le pouvoir de la petite bourgeoisie ou des éléments déclassées du prolétariat sur le capital financier.

Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même.

C’est l’organisation de la répression terroriste contre la classe ouvrière et la partie révolutionnaire de la paysannerie et des intellectuels.

Le fascisme en politique extérieure, c’est le chauvinisme sous sa forme la plus grossière, cultivant une haine bestiale contre les autres peuples.

Il est nécessaire de souligner avec une vigueur particulière ce véritable caractère du fascisme parce que le masque de la démagogie sociale a permis au fascisme d’entraîner à sa suite, dans une série de pays, les masses de la petite bourgeoisie désaxée par la crise, et même certaines parties des couches les plus arriérées du prolétariat, qui n’auraient jamais suivi le fascisme si elles avaient compris son caractère de classe réel, sa véritable nature.

Le développement du fascisme et la dictature fasciste elle-même, revêtent dans les différents pays des formes diverses, selon les conditions historiques sociales et économiques, selon les particularités nationales et la situation internationale du pays donné.

Dans certains pays, principalement là où le fascisme n’a pas de large base dans les masses et où la lutte des différents groupements dans le camp de la bourgeoisie fasciste elle-même est assez forte, le fascisme ne se résout pas du premier coup à liquider le Parlement et laisse aux autres partis bourgeois, de même qu’à la social-démocratie, une certaine légalité.

Dans d’autres pays, où la bourgeoisie dominante appréhende la proche explosion de la révolution, le fascisme établit son monopole politique illimité ou bien du premier coup, ou bien en renforçant de plus en plus la terreur et la répression à l’égard de tous les partis et groupements concurrents.

Ce fait n’exclut pas, de la part du fascisme, au moment d’une aggravation particulière de sa situation, les tentatives d’élargir sa base et, sans changer d’essence de classe, de combiner la dictature terroriste ouverte avec une falsification grossière du parlementarisme.

L’arrivée du fascisme au pouvoir, ce n’est pas la substitution ordinaire d’un gouvernement bourgeois à un autre, mais le remplacement d’une forme étatique de la domination de classe de la bourgeoisie – la démocratie bourgeoise – par une autre forme de cette domination, la dictature terroriste déclarée.

Méconnaître cette distinction serait une faute grave, qui empêcherait le prolétariat révolutionnaire de mobiliser les couches laborieuses les plus étendues de la ville et de la campagne pour la lutte contre la menace de la prise du pouvoir par les fascistes, et d’utiliser les contradictions existant dans le camp de la bourgeoisie elle-même.

Mais c’est une faute non moins grave et non moins dangereuse de sous-estimer l’importance que revêtent, pour l’instauration de la dictature fasciste, les mesures réactionnaires de la bourgeoisie, qui s’aggravent aujourd’hui dans les pays de démocratie bourgeoise, et qui écrasent les libertés démocratiques des travailleurs, falsifient et rognent les droits du Parlement, accentuent la répression contre le mouvement révolutionnaire.

Camarades, on ne saurait se faire de l’arrivée du fascisme au pouvoir l’idée simpliste et unie qu’un comité quelconque du capital financier déciderait d’instaurer à telle date la dictature fasciste.

En réalité, le fascisme arrive ordinairement au pouvoir dans une lutte réciproque, parfois aiguë, avec les vieux partis bourgeois ou une portion déterminée d’entre eux, dans une lutte qui se mène même à l’intérieur du camp fasciste et qui en arrive parfois à des collisions armées, comme nous l’avons vu en Allemagne, en Autriche, et dans d’autres pays.

Tout cela sans affaiblir cependant l’importance du fait qu’avant l’instauration de la dictature fasciste, les gouvernements bourgeois passent ordinairement par une série d’étapes préparatoires et prennent une série de mesures réactionnaires contribuant à l’avènement direct du fascisme.

Quiconque ne lutte pas, au cours de ces étapes préparatoires, contre les mesures réactionnaires de la bourgeoisie et le fascisme grandissant, n’est pas en état d’entraver la victoire du fascisme, mais au contraire la facilite.

Les chefs de la social-démocratie estompaient et cachaient aux masses le vrai caractère de classe du fascisme, ils n’appelaient pas à la lutte contre les mesures réactionnaires de plus en plus fortes de la bourgeoisie.

Ils portent la grande responsabilité historique du fait qu’au moment décisif de l’offensive fasciste, une partie considérable des masses travailleuses, en Allemagne et dans une série d’autres pays fascistes, n’a pas reconnu dans le fascisme le rapace financier sanguinaire, leur pire ennemi, et du fait que ces masses n’ont pas été prêtes à la riposte.

Quelle est donc la source de l’influence du fascisme sur les masses ?

Le fascisme réussit à attirer les masses parce qu’il en appelle, de façon démagogique, aux plus sensibles de leurs besoins et de leurs aspirations.

Le fascisme ne se borne pas à attiser les préjugés profondément enracinés dans les masses ; il joue aussi sur les meilleurs sentiments des masses, sur leur sentiment de justice et parfois même sur leurs traditions révolutionnaires.

Pourquoi les fascistes allemands, ces laquais de la grande bourgeoisie et ces ennemis mortels du socialisme, se font-ils passer devant les masses pour des « socialistes » et représentent-ils leur avènement au pouvoir comme une « révolution » ?

Parce qu’ils visent à exploiter la foi dans la révolution, l’élan vers le socialisme, qui vivent au cœur des grandes masses travailleuses d’Allemagne.

Le fascisme agit dans l’intérêt des ultra-impérialistes, mais il se montre aux masses sous le masque de défenseur de la nation lésée et en appelle au sentiment national blessé, comme, par exemple, le fascisme allemand qui entraîna les masses derrière lui avec le mot d’ordre  » Contre Versailles !  »

Le fascisme vise à l’exploitation la plus effrénée des masses, mais il aborde celles-ci avec une habile démagogie anticapitaliste, en exploitant la haine profonde des travailleurs pour la bourgeoisie rapace, les banques, les trusts et les magnats financiers, et en formulant les mots d’ordre les plus tentants au moment donné pour les masses politiquement frustes.

En Allemagne : « l’intérêt général prime l’intérêt privé » ; en Italie : « notre Etat n’est pas, un Etat capitaliste, mais corporatif » ; au Japon : « pour un Japon sans exploitation » ; aux Etats-Unis :  » pour le partage de la richesse », etc.

Le fascisme livre le peuple à la merci des éléments vénaux les plus corrompus, mais se présente devant lui en revendiquant un « pouvoir honnête et incorruptible ».

En spéculant sur la profonde déception des masses à l’égard des gouvernements de démocratie bourgeoise, le fascisme s’indigne hypocritement contre la corruption (par exemple, les affaires Barmat et Sklarek en Allemagne, l’affaire Staviski en France, et une série d’autres)

Le fascisme capte, dans l’intérêt des cercles les plus réactionnaires de la bourgeoisie, les masses déçues qui abandonnent les vieux partis bourgeois.

Mais il en impose à ces masses par la violence de ses attaques contre les gouvernements bourgeois, par son attitude intransigeante à l’égard des vieux partis de la bourgeoisie.

Dépassant en cynisme et en hypocrisie toutes les autres variétés de la réaction bourgeoise, le fascisme adapte sa démagogie aux particularités nationales de chaque pays et même aux particularités des différentes couches sociales dans un seul et même pays.

Et les masses de la petite bourgeoisie, voire une partie des ouvriers, poussés au désespoir par la misère, le chômage et la précarité de leur existence, deviennent victimes de la démagogie sociale et chauvine du fascisme.

Le fascisme arrive au pouvoir comme le parti de choc contre le mouvement révolutionnaire du prolétariat, contre les masses populaires en fermentation, mais il présente son avènement au pouvoir comme un mouvement « révolutionnaire » contre la bourgeoisie au nom de « toute la nation » et pour le « salut » de la nation. (Rappelons-nous la « marche » de Mussolini sur Rome, la « marche » de Pilsudski sur Varsovie, la « révolution » nationale-socialiste de Hitler en Allemagne, etc.)

Mais quel que soit le masque dont le fascisme s’affuble, sous quelque forme qu’il apparaisse, quelle que soit la voie qu’il emprunte pour arriver au pouvoir :

Le fascisme est l’offensive la plus féroce du Capital contre les masses travailleuses.

Le fascisme, c’est le chauvinisme effréné et la guerre de conquête.

Le fascisme, c’est la réaction forcenée et la contre révolution.

Le fascisme, c’est le pire ennemi de la classe ouvrière et de tous les travailleurs !

Qu’est-ce que le fascisme vainqueur apporte aux masses ?

Le fascisme avait promis aux ouvriers un « juste salaire », mais, en fait, il leur a apporté un niveau de vie encore plus bas, un niveau de vie misérable.

Il avait promis du travail aux chômeurs, mais, en fait, il leur a apporté des tortures de la faim encore plus pénibles, un travail forcé, un travail servile.

En fait, il transforme les ouvriers et les chômeurs en parias de la société capitaliste sans aucun droit ; il détruit leurs syndicats ; il les prive du droit de faire grève et les empêche d’éditer la presse ouvrière ; il les embrigade de force dans les organisations fascistes ; il dilapide les fonds de leurs assurances sociales ; quant aux fabriques et aux usines, il en fait des casernes où règne l’arbitraire effréné des capitalistes.

Le fascisme avait promis à la jeunesse travailleuse de lui ouvrir largement la voie d’un brillant avenir.

En fait, il a apporté les licenciements en masse de la jeunesse des entre prises, les camps de travail et le dressage militaire sans répit pour la guerre de conquête.

Le fascisme avait promis aux employés, aux petits fonctionnaires, aux intellectuels d’assurer leur subsistance, d’abolir la toute-puissance des trusts et la spéculation du capital bancaire.

En fait, il leur a apporté une incertitude du lendemain et un désespoir plus grand encore ; il les soumet à une nouvelle bureaucratie composée de ses partisans les plus dévoués.

Il établit une dictature insupportable des trusts ; il sème dans des proportions inouïes la corruption, la décomposition.

Le fascisme avait promis à la paysannerie ruinée, tombée dans la misère, de liquider le joug des dettes, d’abolir les fermages et même d’aliéner sans compensation les terres des propriétaires fonciers au profit des paysans sans terre et en train de se ruiner.

En fait, il établit un asservissement inouï de la paysannerie laborieuse aux trusts et à l’appareil d’Etat fasciste, il pousse jusqu’aux dernières limites l’exploitation de la masse fondamentale de la paysannerie par les gros propriétaires fonciers, les banques et les usuriers.

« L’Allemagne sera un pays agricole, ou elle ne sera pas », déclarait solennellement Hitler.

Eh bien ! qu’est-ce que les paysans ont reçu en Allemagne, sous Hitler ?

Le moratotium déjà annulé ?

Ou la loi sur l’héritage de la ferme paysanne qui pousse à évincer des campagnes des millions de fils et de filles de paysans et à en faire des mendiants ?

Les salariés agricoles sont convertis en demi-serfs, privés même du droit élémentaire de libre déplacement.

La paysannerie laborieuse est privée de la possibilité de vendre sur le marché les produits de son exploitation.

Et en Pologne ?


« Le paysan polonais, écrit le journal polonais Czas, use de procédés et de troyens employés, peut-être, seulement à l’époque du Moyen Age ; il fait couver le feu dans son poêle et le prête à son voisin, il divise les allumettes en plusieurs fragments, il emprunte de petits morceaux de savon noir, il fait bouillir des tonneaux à harengs pour obtenir de l’eau salée.

Ce n’est pas là une fable, mais la situation réelle de la campagne, et chacun peut s’en convaincre. »

Or, ce ne sont pas les communistes qui écrivent ces choses, camarades, mais un journal réactionnaire polonais !

Encore n’est-ce pas tout, loin de là.

Chaque jour, dans les camps de concentration de l’Allemagne fasciste, dans les sous-sols de la Gestapo, dans les cachots polonais, dans les Sûretés générales bulgare et finlandaise, dans la Glavniatch de Belgrade, dans la Sigouranza roumaine, dans les îles d’Italie, on fait subir aux meilleurs fils de la classe ouvrière, aux paysans révolutionnaires, aux champions d’un radieux avenir de l’humanité, des violences et des brimades si répugnantes qu’elles font pâlir les agissements les plus infâmes de l’Okhrana tzariste.

Le fascisme scélérat d’Allemagne transforme en une bouillie sanglante le corps des maris en présence de leurs femmes ; aux mères, il envoie par colis postal les cendres de leurs fils assassinés.

La stérilisation est transformée en un instrument de lutte politique.

Dans les salles de tortures, on injecte de force, aux antifascistes prisonniers, des substances toxiques, on leur brise les mains, on leur crève les yeux, on les suspend, on les gorge d’eau, on leur découpe le signe fasciste dans la chair.

J’ai sous les yeux le relevé statistique du S.R.I. – Secours Rouge International, – concernant les hommes assassinés, blessés, arrêtés, estropiés et torturés en Allemagne, Pologne, Italie, Autriche, Bulgarie, Yougoslavie.

Dans la seule Allemagne, depuis l’accession des national-socialistes au pouvoir, il a été tué plus de 4200 personnes, on en a arrêté 317.800, blessés et soumis à de pénibles tortures 218.600 ouvriers, paysans, employés, intellectuels antifascistes, communistes, social-démocrates, membres des organisations chrétiennes de l’opposition.

En Autriche, le gouvernement fasciste « chrétien », depuis les combats de février de l’année dernière, a assassiné 1900 ouvriers révolutionnaires, en a blessé et mutilé 10.000, arrêté 40.000. Et ce relevé est loin d’être complet !

Il m’est difficile de trouver les mots capables d’exprimer toute l’indignation qui s’empare de nous à l’idée des tourments que les travailleurs subissent aujourd’hui dans les pays fascistes.

Les chiffres et les faits que nous citons, ne reflètent même pas la centième partie du tableau véritable de l’exploitation et des tortures de la terreur blanche, dont est pleine la vie quotidienne de la classe ouvrière dans les différents pays capitalistes.

Il n’est point de livres, si nombreux soient-ils, qui puissent donner une idée claire des férocités innombrables exercées par le fascisme sur les travailleurs.

C’est avec une émotion profonde et un sentiment de haine à l’égard des bourreaux fascistes que nous inclinons les drapeaux de l’Internationale Communiste devant la mémoire inoubliable de John Scheer, Fiete Schultz, Luttgens en Allemagne ; Koloman Wallisch et Munchreiter en Autriche ; Challay et Furst en Hongrie ; Kofardjiev, Lutibrodski et Voïkov en Bulgarie ; devant la mémoire des milliers et des milliers d’ouvriers, de paysans, de représentants des intellectuels progressistes, communistes, social-démocrates et sans-parti, qui ont donné leur vie dans la lutte contre le fascisme.

Nous saluons de cette tribune le chef du prolétariat allemand et président d’honneur de notre congrès, le camarade Thaelmann. Nous saluons les camarades Rakosi, Gramsci, Antikaïnen. Nous saluons Thomas Mooney qui, depuis dix-huit ans déjà languit en prison, et les milliers d’autres prisonniers du Capital et du fascisme et nous leur disons : « Frères de lutte, frères d’armes, vous n’êtes pas oubliés. Nous sommes avec vous. Chaque heure de notre vie, chaque goutte de notre sang, nous le donnerons pour vous affranchir et affranchir tous les travailleurs du honteux régime fasciste. »

Camarades !

Lénine nous avertissait déjà que la bourgeoisie réussirait peut-être à frapper d’une terreur féroce les travailleurs et à repousser pour un temps plus ou moins bref les forces croissantes de la révolution, mais que, de toute façon, elle ne réussirait pas à échapper à sa perte.


« La vie – écrivait Lénine, – l’emportera.

La bourgeoisie a beau se démener, s’exaspérer à en perdre la raison, dépasser toutes les bornes, commettre sottise sur sottise, se venger d’avance des bolchéviks et s’efforcer de massacrer une fois de plus comme aux Indes, en Hongrie, en Allemagne et ailleurs des centaines de milliers de bolchéviks jeunes et vieux.

Elle fait en agissant ainsi ce qu’ont toujours fait les classes condamnées par l’histoire.

Les communistes doivent savoir que l’avenir leur appartient, quoi qu’il arrive.

C’est pourquoi nous pouvons et nous devons unir dans la grande lutte révolutionnaire l’ardeur la plus passionnée su sang-froid le plus grand et à l’estimation la plus froide des agitations forcenées de la bourgeoisie. » V.I. Lénine, Œuvres, t. XXXI, p. 81.

Oui, si nous-mêmes et le prolétariat du monde entier marchons d’un pas ferme dans la voie que nous indique Lénine, la bourgeoisie périra quoi qu’elle fasse.

La victoire du fascisme est-elle inévitable ?

Pourquoi et de quelle façon le fascisme a-t-il pu vaincre ?

Le fascisme est le pire ennemi de la classe ouvrière et des travailleurs.

Le fascisme est l’ennemi des neuf dixièmes du peuple allemand, des neuf dixièmes du peuple autrichien, des neuf dixièmes des autres peuples des pays fascistes.

Comment, de quelle manière, ce pire ennemi a-t-il pu vaincre ?

Le fascisme a pu accéder au pouvoir avant tout parce que la classe ouvrière, par suite de la politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie que pratiquaient les chefs de la social-démocratie, s’est trouvée scindée, désarmée au point de vue politique et au point de vue de l’organisation, face à l’agression de la bourgeoisie.

Quant aux Partis communistes, ils étaient insuffisamment forts pour soulever les masses, sans et contre la social-démocratie, et les conduire ainsi à la bataille décisive contre le fascisme.

En effet ! Que les millions d’ouvriers social-démocrates, qui, aujourd’hui, tout comme leurs frères communistes, éprouvent par eux-mêmes les horreurs de la barbarie fasciste, réfléchissent sérieusement : si, en 1918 au moment où éclata la révolution en Allemagne et en Autriche, le prolétariat autrichien et allemand n’avait pas suivi la direction social-démocrate d’Otto Bauer, de Friedrich Adler et de Renner en Autriche, d’Ebert et de Scheidemann en Allemagne, mais avait suivi la voie des bolchéviks russes, la voie de Lénine, le fascisme n’existerait aujourd’hui ni en Autriche, ni en Allemagne, ni en Italie, ni en Hongrie, ni en Pologne, ni dans les Balkans.

Ce n’est pas la bourgeoisie, mais la classe ouvrière qui serait depuis longtemps déjà maîtresse de la situation en Europe.

Prenons, par exemple, la social-démocratie autrichienne.

La révolution de 1918 l’avait portée à une hauteur considérable.

Elle détenait le pouvoir. Elle occupait de fortes positions dans l’armée, dans l’appareil d’Etat.

En s’appuyant sur ses positions, elle pouvait tuer dans l’œuf le fascisme naissant.

Mais elle a livré sans résistance les positions de la classe ouvrière l’une après l’autre.

Elle a permis à la bourgeoisie de rendre son pouvoir plus fort, d’annuler la Constitution, d’épurer l’appareil d’Etat, l’armée et la police des militants social-démocrates, de retirer l’arsenal aux ouvriers.

Elle a permis aux bandits fascistes d’assassiner impunément les ouvriers social-démocrates ; elle a accepté les conditions du pacte de Hüttenberg qui ouvrait la porte des entreprises aux éléments fascistes.

En même temps, les chefs de la social-démocratie bourraient le crâne aux ouvriers, à l’aide du programme de Lintz qui prévoyait le recours éventuel à la violence armée contre la bourgeoisie et l’instauration de la dictature du prolétariat, en les assurant que le Parti répondrait par l’appel à la grève générale et à la lutte armée si les classes dirigeantes usaient de violence à l’égard de la classe ouvrière.

Comme si toute la politique de préparation de l’agression fasciste contre la classe ouvrière n’était pas une succession de violences, exercées contre elle, sous le voile des formes constitutionnelles.

Même à la veille des batailles de février et pendant ces batailles, la direction de la social-démocratie autrichienne a laissé le Schutzbund, qui luttait héroïquement, isolé des grandes masses et elle a voué le prolétariat autrichien à la défaite.

Le victoire du fascisme était-elle inévitable en Allemagne ?

Non, la classe ouvrière allemande pouvait la conjurer.

Mais, pour cela, elle aurait dû parvenir à réaliser le front unique prolétarien antifasciste, elle aurait dû obliger les chefs de la social-démocratie à cesser leur campagne contre les communistes et à accepter les propositions répétées du Parti Communiste sur l’unité d’action contre le fascisme.

Lors de l’offensive du fascisme et de la liquidation graduelle par la bourgeoisie des libertés démocratiques bourgeoises, elle n’aurait pas dû se contenter des résolutions verbales de la social-démocratie, mais répondre par une véritable lutte de masse, qui eût entravé les plans fascistes de la bourgeoisie allemande.

Elle aurait dû empêcher l’interdiction, par le gouvernement Braun-Severing, de l’Association de combattants rouges, établir entre cette association et la Reichsbanner, qui comptait près d’un million de membres, une liaison de combat et obliger Braun et Severing à armer l’une et l’autre pour riposter aux bandes fascistes et les écraser.

Elle aurait dû contraindre les leaders social-démocrates placés à la tête du gouvernement prussien à prendre des mesures de défense contre le fascisme, à arrêter les chefs fascistes, à interdire leur presse, à confisquer leurs ressources matérielles et les ressources des capitalistes qui finançaient le mouvement fasciste, à dissoudre les organisations fascistes, à leur enlever leurs armes, etc.

Puis, elle aurait dû obtenir le rétablissement et l’extension de toutes les formes d’assistance sociale et l’établissement d’un moratoire et de secours pour les paysans, en train de se ruiner sous l’effet des crises, en imposant les banques et-les trusts, afin de s’assurer de cette façon le soutien de la paysannerie travailleuse.

Cela n’a pas été fait par la faute de la social-démocratie d’Allemagne, et c’est pourquoi le fascisme a su vaincre.

La bourgeoisie et les nobles devaient-ils inévitablement triompher en Espagne, pays où se combinent si avantageusement les forces de l’insurrection prolétarienne et de la guerre paysanne ?

Les socialistes espagnols étaient au gouvernement dès les premiers jours de la révolution.

Ont-ils établi une liaison de combat entre les organisations ouvrières de toutes les tendances politiques, y compris communistes, et anarchistes, ont-ils soudé la classe ouvrière en une organisation syndicale unique ?

Ont-ils exigé la confiscation de toutes les terres des propriétaires fonciers, de l’Eglise, des couvents au profit des paysans, pour gagner ces derniers à la révolution ?

Ont-ils tenté de lutter pour le droit des Catalans et des Basques à disposer d’eux-mêmes, pour l’affranchissement du Maroc ?

Ont-ils procédé dans l’armée à l’épuration des éléments monarchistes et fascistes, pour préparer son passage du côté des ouvriers et des paysans ?

Ont-ils dissous la garde civile, exécrée du peuple et bourreau de tous les mouvements populaires ?

Ont-ils frappé le parti fasciste de Gil Robles, ont-ils porté des coups à l’Eglise catholique pour abattre sa puissance ?

Non, ils n’ont rien fait de tout cela. Ils ont repoussé les propositions répétées des communistes sur l’unité d’action contre l’offensive de la bourgeoisie, des propriétaires fonciers et du fascisme.

Ils ont voté des lois électorales qui ont permis à la réaction de conquérir la majorité des Cortès, des lois réprimant les mouvements populaires, des lois en vertu desquelles on juge actuellement les héroïques mineurs des Asturies.

Ils ont fait fusiller par la garde civile les paysans en lutte pour la terre, etc.

C’est ainsi que la social-démocratie a frayé au fascisme la route du pouvoir et en Allemagne et en Autriche et en Espagne, en désorganisant et en divisant les rangs de la classe ouvrière.

Camarades ! Le fascisme a vaincu aussi parce que le prolétariat s’est trouvé coupé de ses alliés naturels.

Le fascisme a vaincu parce qu’il a réussi à entraîner à sa suite les grandes masses de la paysannerie, du fait que la social-démocratie pratiquait au nom de la. classe ouvrière une politique en réalité antipaysanne. Le paysan avait vu se succéder au pouvoir une série de gouvernements social-démocrates qui, à ses yeux, personnifiaient le pouvoir de la classe ouvrière mais pas un d’entre eux n’avait résolu le problème de la misère paysanne, pas un d’entre eux n’avait donné la terre à la paysannerie. La social-démocratie d’Allemagne n’avait pas touché aux propriétaires fonciers : elle entravait les grèves des ouvriers agricoles. Le résultat, c’est que ceux-ci, en Allemagne, bien avant l’accession de Hitler au pouvoir, abandonnèrent les syndicats réformistes et, dans la plupart des cas, passèrent aux Casques d’acier et aux national-socialistes. Le fascisme a vaincu encore parce qu’il a réussi à pénétrer dans les rangs de la Jeunesse, du moment que la social-démocratie détournait la jeunesse ouvrière de la lutte de classe, que le prolétariat révolutionnaire n’avait pas déployé parmi les jeunes le travail éducatif nécessaire et n’avait pas réservé une attention suffisante à la lutte pour ses intérêts et ses aspirations spécifiques.

Le fascisme a su saisir le besoin d’activité combative, particulièrement vif chez les jeunes et il a entraîné une partie considérable d’entre eux dans ses détachements de combat.

La nouvelle génération de la jeunesse masculine et féminine n’a pas passé par les horreurs de la guerre.

Elle sent peser sur ses épaules tout le fardeau de la crise économique, du chômage et de l’effondrement de la démocratie bourgeoise. Faute de perspectives d’avenir, des couches considérables de jeunes se sont avérées particulièrement sensibles à la démagogie fasciste, qui leur dessinait un avenir tentant lors de la victoire du fascisme.

Dans cet ordre d’idées, nous ne pouvons omettre une série de fautes commises par les Partis communistes, fautes qui ont freiné notre lutte contre le fascisme.

Il y avait dans nos rangs une sous-estimation inadmissible du danger fasciste, sous-estimation, qui jusqu’à présent, n’est pas liquidée partout.

Il y avait autrefois dans nos Partis des points de vue du genre de  » l’Allemagne n’est pas l’Italie  » ; autrement dit : le fascisme a pu vaincre en Italie, mais sa victoire est impossible en Allemagne. Ce pays étant un pays hautement développé sous le rapport de l’industrie, hautement cultivé, riche des traditions de quarante années de mouvement ouvrier, où le fascisme est impossible.

Il y avait aussi des points de vue qui existent encore aujourd’hui, du genre de celui-ci : dans les pays de démocratie bourgeoise « classique », il n’y a pas de terrain pour le fascisme.

Ces points de vue ont pu et peuvent contribuer à diminuer là vigilance à l’égard du danger fasciste et entraver la mobilisation du prolétariat dans la lutte contre le fascisme.

On peut citer également de nombreux cas où les communistes ont été pris au dépourvu par le coup d’État fasciste.

Souvenez-vous de la Bulgarie, où la direction de notre Parti a pris une position « neutre » et, au fond, opportuniste à l’égard du coup d’État du 9 juin 1923 ; de la Pologne où, en mai 1926, la direction du Parti Communiste, ayant apprécié d’une façon erronée les forces motrices de la révolution polonaise, n’a pas su distinguer le caractère fasciste du coup d’État de Pilsudski et s’est traînée à la queue des événements ; de la Finlande où notre Parti, se basant sur une idée fausse de la fascisation lente, graduelle, a laissé passer le coup d’État fasciste préparé par un groupe dirigeant de la bourgeoisie, coup d’État qui a pris le Parti et la classe ouvrière au dépourvu.

Alors que le national-socialisme était déjà devenu en Allemagne un mouvement de masse menaçant, il y avait des camarades, pour qui le gouvernement de Brüning était déjà celui de la dictature fasciste, et qui déclaraient avec morgue :  » Si le « Troisième Reich » de Hitler arrive un jour, ce ne sera qu’à un mètre et demi sous terre, avec, au-dessus de lui, le pouvoir ouvrier vainqueur. »

Les communistes d’Allemagne ont longtemps sous-estimé la blessure du sentiment national et l’indignation des masses contre Versailles ; ils prenaient une attitude dédaigneuse à l’égard des flottements de la paysannerie et de la petite bourgeoisie ; ils tardaient à établir un programme d’émancipation sociale et nationale, et lorsqu’ils l’eurent formulé, ils n’ont pas su l’adapter aux besoins concrets et au niveau des masses ; ils n’ont pas même su le populariser largement dans les masses.

Dans plusieurs pays, on substituait à la nécessité de déployer la lutte de masse contre le fascisme des raisonnements stériles sur le caractère du fascisme  » en général » et une étroitesse sectaire en ce qui concernait la manière de poser et de résoudre les tâches politiques d’actualité du Parti.

Camarades, si nous parlons des causes de la victoire du fascisme, si nous signalons la responsabilité historique de la social-démocratie pour la défaite de la classe ouvrière, si nous notons aussi nos propres erreurs dans la lutte contre le fascisme, ce n’est pas simplement parce que nous voulons fouiller le passé. Nous ne sommes pas des historiens détachés de la vie, nous sommes des combattants de la classe ouvrière, tenus de répondre à la question qui tourmente des millions d’ouvriers : Peut-on, et par quel moyen, prévenir la victoire du fascisme ?

Et nous répondons à ces millions d’ouvriers : Oui, il est possible de barrer la route au fascisme.

C’est parfaitement possible. Cela dépend de nous-mêmes, des ouvriers, des paysans, de tous les travailleurs.

La possibilité de prévenir la victoire du fascisme dépend avant tout de l’activité combative de la classe ouvrière elle-même, de l’union de ses forces en une armée combative unique luttant contre l’offensive du Capital et du fascisme.

Le prolétariat en réalisant son unité de combat, paralyserait l’action du fascisme sur la paysannerie, la petite bourgeoisie des villes, la jeunesse et les intellectuels ; il saurait en neutraliser une partie et attirer l’autre à ses côtés.

Deuxièmement, cela dépend de l’existence d’un fort parti révolutionnaire, dirigeant de façon juste la lutte des travailleurs contre le fascisme. Un parti qui appelle systématiquement les ouvriers à reculer devant le fascisme et permet à la bourgeoisie fasciste de renforcer ses positions, un tel parti mènera inévitablement les ouvriers à la défaite.

Troisièmement, cela dépend de la juste politique de la classe ouvrière à l’égard de la paysannerie et des masses petites-bourgeoises de la ville.

Ces masses, il faut les prendre telles qu’elles sont, et non pas telles que nous voudrions les voir.

C’est seulement dans le cours de la lutte qu’elles surmonteront leurs doutes et leurs hésitations ; c’est seulement si nous prenons une attitude de patience à l’égard de leurs inévitables hésitations et si le prolétariat leur accorde son appui politique qu’elles s’élèveront à un degré supérieur de conscience révolutionnaire et d’activité.

Quatrièmement, cela dépend de la vigilance et de l’action du prolétariat révolutionnaire au bon moment.

Ne pas permettre au fascisme de nous prendre au dépourvu, ne pas lui abandonner l’initiative, lui porter des coups décisifs, alors qu’il n’a pas encore su rassembler ses forces, ne pas lui permettre de se consolider, lui riposter à chaque pas là où il se manifeste, ne pas lui permettre de conquérir des positions nouvelles, comme tente de le faire avec succès le prolétariat français.

Voilà les principales conditions pour prévenir le progrès du fascisme et son accession au pouvoir.

Le fascisme est un pouvoir féroce mais précaire

La dictature fasciste de la bourgeoisie, c’est un pouvoir féroce, mais précaire.

Quelles sont les causes essentielles de la précarité de la dictature fasciste ?

Le fascisme qui s’apprêtait à surmonter les divergences et les contradictions du camp de la bourgeoisie, aggrave encore davantage ces contradictions.

Le fascisme s’efforce d’établir son monopole politique en détruisant par la violence les autres partis politiques.

Mais la présence du système capitaliste, l’existence des classes différentes et l’aggravation des contradictions de classe amènent inévitablement le monopole politique du fascisme à s’ébranler et à éclater.

Ce n’est pas là le pays soviétique, où la dictature du prolétariat se réalise également à l’aide d’un parti sans concurrent, mais où ce monopole politique répond aux intérêts des millions de travailleurs et s’appuie de plus en plus sur l’édification d’une société sans classes.

Dans un pays fasciste, le parti des fascistes ne peut conserver longtemps son monopole, parce qu’il n’est pas en mesure de s’assigner pour tâche l’abolition des classes et des antagonismes de classe.

Il anéantit l’existence égale des partis bourgeois, mais une série d’entre eux continuent à exister illégalement. Quant au Parti Communiste, même dans les conditions de l’illégalité, il va de l’avant, il se trempe et guide la lutte du prolétariat contre la dictature fasciste. De cette façon, le monopole politique du fascisme doit éclater sous les coups des antagonismes de classe. Une autre cause de la précarité de la dictature fasciste consiste en ceci que le contraste entre la démagogie anticapitaliste du fascisme et la politique d’enrichissement de la bourgeoisie monopoliste par la pire des spoliations, permet de dénoncer plus facilement la nature de classe du fascisme et conduit à l’ébranlement et au rétrécissement de sa base de masse.

En outre, la victoire du fascisme provoque la haine profonde et l’indignation des masses, contribue au développement de l’esprit révolutionnaire dans leur sein et donne une puissante impulsion au front unique du prolétariat contre le fascisme.

En faisant une politique de nationalisme économique (autarcie) et en accaparant la plus grande partie du revenu national pour préparer la guerre, le fascisme mine toute l’économie du pays et aggrave la guerre économique entre les Etats capitalistes.

Il confère aux conflits qui éclatent au sein de la bourgeoisie le caractère de collisions violentes et fréquemment sanglantes, ce qui sape la stabilité du pouvoir d’Etat fasciste aux yeux du peuple.

Un pouvoir qui assassine ses propres partisans, comme on l’a vu le 30 juin de l’année dernière en Allemagne, un pouvoir fasciste contre lequel une autre partie de la bourgeoisie fasciste lutte les armes à la main (putsch national-socialiste en Autriche, interventions violentes de divers groupes fascistes contre le gouvernement fasciste en Pologne, en Bulgarie, en Finlande et dans d’autres pays), un tel pouvoir ne peut garder longtemps son autorité aux yeux des grandes masses petites bourgeoises.

La classe ouvrière doit savoir utiliser les contradictions et les conflits dans le camp de la bourgeoisie, mais elle ne doit pas nourrir l’illusion que le fascisme s’épuisera de lui-même.

Le fascisme ne s’écroulera pas automatiquement. Seule, l’activité révolutionnaire de la classe ouvrière aidera à utiliser les conflits qui surgissent inévitablement dans le camp de la bourgeoisie, pour miner la dictature fasciste et la renverser.

En liquidant les restes de démocratie bourgeoise, en érigeant la violence déclarée en un système de gouvernement, le fascisme sape les illusions démocratiques et le prestige de la légalité aux yeux des masses travailleuses.

Et cela à plus forte raison dans le pays où, comme par exemple en Autriche et en Espagne, les ouvriers ont lutté les armes à la main contre le fascisme.

En Autriche, la lutte héroïque du Schutzbund et des communistes, en dépit de la défaite, a ébranlé dès le début la solidité de la dictature fasciste.

En Espagne, la bourgeoisie n’a pas réussi à passer aux travailleurs la muselière fasciste.

Les combats armés d’Autriche et d’Espagne ont eu pour résultat que des masses de plus en plus grandes de la classe ouvrière prennent conscience de la nécessité d’une lutte de classe révolutionnaire.

Seuls les philistins monstrueux, des laquais de la bourgeoisie comme le plus ancien théoricien de la IIe Internationale, Karl Kautsky, peuvent reprocher aux ouvriers d’avoir pris, voyez-vous, les armes en Autriche et en Espagne. Quel aspect aurait aujourd’hui le mouvement ouvrier d’Autriche et d’Espagne, si la classe ouvrière de ces pays s’était inspirée des conseils de trahison des Kautsky ?

La classe ouvrière éprouverait dans ses rangs une profonde démoralisation.


« L’école de la guerre civile, dit Lénine, n’est pas vaine pour les peuples.

C’est une dure école et son cours complet renferme inévitablement des victoires de la contre-révolution, le déchaînement des réactionnaires en furie, la répression sauvage du pouvoir ancien contre les insurgés, etc.

Mais seuls les pédants invétérés et les esprits momifiés peuvent se lamenter à propos de l’entrée des peuples dans cette pénible école ; cette école enseigne aux classes opprimées la conduite de la guerre civile, elle leur enseigne la révolution victorieuse, elle concentre dans la masse des esclaves modernes cette haine que les esclaves abêtis, abrutis, ignorants, recèlent en eux éternellement, et qui aboutit aux admirables prouesses historiques des esclaves parvenus à la conscience de l’opprobre de leur esclavage.  » V.I.Lénine, Œuvres, t. XV, p. 160.

La victoire du fascisme en Allemagne, on le sait, a entraîné une nouvelle vague de l’offensive fasciste qui a abouti en Autriche à la provocation de Dollfuss, en Espagne à de nouvelles offensives de la contre-révolution visant les conquêtes révolutionnaires des masses, en Pologne à la réforme fasciste de la Constitution, et, en France, a stimulé les détachements armés des fascistes à faire une tentative de coup d’Etat en février 1934.

Mais cette victoire et la frénésie de la dictature fasciste ont provoqué le réflexe du front unique prolétarien contre le fascisme à l’échelle internationale.

L’incendie du Reichstag, qui fut le signal de l’offensive générale du fascisme contre la classe ouvrière, la mainmise sur les syndicats et les autres organisations ouvrières, et le pillage de ces organisations, les gémissements des antifascistes tourmentés sans répit qui nous parviennent des sous-sols des casernes et des camps de concentration fascistes, montrent aux masses avec la force de l’évidence à quoi a abouti le rôle scissionniste réactionnaire des chefs de la social-démocratie allemande, qui avaient repoussé les propositions communistes de lutte en commun contre le fascisme agressif, et démontrent la nécessité d’unir toutes les forces de la classe ouvrière pour renverser le fascisme.

La victoire de Hitler a donné aussi une impulsion décisive à la réalisation du front unique de la classe ouvrière contre le fascisme en France.

La victoire de Hitler n’a pas seulement éveillé chez les ouvriers la peur de partager le sort des ouvriers allemands ; elle n’a pas seulement attisé en eux la haine des bourreaux de leurs frères de classe allemande, mais elle a encore affermi en eux la résolution de ne permettre en aucun cas dans leur pays ce qui est arrivé à la classe ouvrière d’Allemagne.

L’aspiration puissante au front unique dans tous les pays capitalistes montre que les leçons de la défaite ne sont pas perdues.

La classe ouvrière commence à agir d’une façon nouvelle.

L’initiative des Partis communistes pour organiser le front unique et l’abnégation sans réserve des communistes et des ouvriers révolutionnaires, dans la lutte contre le fascisme, ont eu pour conséquence de porter à un degré sans précédent l’autorité de l’Internationale Communiste.

Dans le même temps, se développe la crise profonde de la IIe Internationale, qui s’est manifestée et accentuée avec un éclat particulier depuis la banqueroute de la social-démocratie allemande.

Les ouvriers social-démocrates peuvent se convaincre avec de plus en plus d’évidence que l’Allemagne fasciste, avec toutes ses horreurs et sa barbarie, c’est, en fin de compte, le résultat de la politique social-démocrate de collaboration de classe avec la bourgeoisie.

Ces masses se rendent compte de plus en plus nettement que la voie où les chefs de la social-démocratie allemande ont mené le prolétariat, ne doit pas être reprise.

Jamais encore il n’y a eu dans le camp de la IIe Internationale un aussi grand désarroi idéologique qu’à l’heure actuelle.

La différenciation s’opère à l’intérieur de tous les Partis social-démocrates. Dans leurs rangs se forment deux camps principaux : à côté du camp des éléments réactionnaires, qui s’efforcent par tous les moyens de maintenir le bloc de la social-démocratie avec la bourgeoisie et repoussent avec rage le front unique avec les communistes, commence à se former un camp d’éléments révolutionnaires, doutant de la justesse de la politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie, partisans de la réalisation du front unique avec les communistes et commençant, dans une mesure de plus en plus grande, à passer sur les positions de la lutte de classe révolutionnaire.

Ainsi, le fascisme qui est apparu comme le fruit de la décadence du système capitaliste, a agi en dernière analyse comme un facteur de décomposition ultérieure de ce système.

Ainsi le fascisme qui s’est chargé d’enterrer le marxisme et le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière, conduit lui-même, en conséquence de la dialectique de la vie et de la lutte de classe, au développement ultérieur des forces qui doivent creuser sa fosse, la fosse du capitalisme.

II. Le Front unique de la classe ouvrière contre le fascisme Retour à la table des matières

Camarades !

Les millions d’ouvriers et de travailleurs des pays capitalistes posent la question de savoir comment empêcher la venue du fascisme au pouvoir et comment renverser le fascisme victorieux.

L’Internationale Communiste répond : La première chose qu’il faut faire, par laquelle il est nécessaire de commencer, c’est de réaliser le front unique, d’établir l’unité d’action des ouvriers dans chaque entreprise, dans chaque rayon, dans chaque région, dans chaque pays, dans le monde entier. L’unité d’action du prolétariat à l’échelle nationale et internationale, voilà l’armé puissante qui rend la classe ouvrière capable non seulement de se défendre avec succès mais aussi de passer avec succès à la contre-offensive contre le fascisme, contre l’ennemi de classe.

L’importance du front unique

N’est-il pas clair que l’action commune des adhérents des partis et organisations des deux Internationales – de l’Internationale Communiste et de la IIe Internationale – faciliterait la riposte des masses à la poussée fasciste et augmenterait le poids politique de la classe ouvrière ?

L’action commune des partis des deux Internationales contre le fascisme ne se bornerait pourtant pas à influencer leurs partisans actuels, les communistes et les social-démocrates ; elle influerait puissamment sur les rangs des ouvriers catholiques, anarchistes et inorganisés, même sur ceux qui sont devenus momentanément victimes de la démagogie fasciste.

Bien plus, le puissant front unique du prolétariat exercerait une influence énorme sur toutes lés autres couches du peuple travailleur, sur la paysannerie, sur la petite bourgeoisie urbaine, sur les intellectuels.

Le front unique inspirerait aux couches hésitantes la foi dans la force de la classe ouvrière.

Mais ce n’est pas encore tout.

Le prolétariat des pays impérialistes a des alliés possibles non seulement dans la personne des travailleurs de son propre pays, mais aussi dans les nations opprimées des colonies et des semi-colonies.

Pour autant que le prolétariat est scindé à l’échelle nationale et internationale ; pour autant qu’une de ses parties soutient la politique de collaboration avec la bourgeoisie et, en particulier, son régime d’oppression dans les colonies et les semi-colonies, cette circonstance écarte de la classe ouvrière les peuples opprimés des colonies et des semi-colonies et affaiblit le front anti-impérialiste mondial.

Chaque pas fait dans la voie de l’unité d’action, visant au soutien de la lutte émancipatrice des peuples coloniaux par le prolétariat des métropoles impérialistes, signifie la transformation des colonies et des semi-colonies en une des principales réserves du prolétariat mondial.

Si, enfin, nous tenons compte du fait que l’unité d’action internationale du prolétariat s’appuie sur la force sans cesse accrue de l’Etat prolétarien, du pays du socialisme – l’Union Soviétique, nous verrons quelles vastes perspectives ouvre la réalisation de l’unité d’action du prolétariat à l’échelle nationale et internationale.

L’établissement de l’unité d’action de tous les détachements de la classe ouvrière, indépendamment du parti ou de l’organisation auxquels ils appartiennent, est nécessaire avant même que la majorité de la classe ouvrière s’unisse dans la lutte pour le renversement du capitalisme et la victoire de la révolution prolétarienne.

Est-il possible de réaliser cette unité d’action du prolétariat dans les différents pays et dans le monde entier ?

Oui, c’est possible. Et tout de suite.

L’Internationale Communiste ne pose à l’unité d’action aucune condition, à l’exception d’une seule, qui est élémentaire, acceptable pour tous les ouvriers.

A savoir : que l’unité d’action soit dirigée contre le fascisme, contre l’offensive du Capital, contre la menace de guerre, contre l’ennemi de classe.

Voilà notre condition.

Les principaux arguments des adversaires du front unique

Que peuvent objecter et qu’objectent les adversaires du front uni ?

« Pour les communistes, le mot d’ordre du front unique n’est qu’une manœuvre », disent les uns.

Mais si c’était une manœuvre, répondrons-nous, pourquoi, précisément, ne démasqueriez-vous pas la « manœuvre communiste » en participant honnêtement au front unique ?

Nous le déclarons ouvertement : nous voulons l’unité d’action de la classe ouvrière pour que le prolétariat devienne plus fort dans sa lutte contre la bourgeoisie, pour qu’en défendant aujourd’hui ses intérêts quotidiens contre le Capital agressif, contre le fascisme, il soit en mesure demain de réaliser les prémisses de son affranchissement définitif.

 » Les communistes nous attaquent », disent les autres. Eh bien ! écoutez, nous l’avons déjà déclaré maintes fois : nous n’attaquons personne, ni les individus, ni les organisations, ni les partis qui sont pour le front unique de la classe ouvrière contre l’ennemi de classe.

Mais, en même temps, nous sommes tenus, – dans l’intérêt du prolétariat et de sa cause, – de critiquer les individus, les organisations et les partis qui entravent l’unité d’action des ouvriers.

« Nous ne pouvons faire le front unique avec les communistes étant donné qu’ils ont un autre programme », disent les troisièmes.

Mais n’affirmez-vous pas que votre programme est différent du programme des partis bourgeois ?

Or, cela ne vous a pas empêchés et ne vous empêche pas d’entrer en coalition avec ces partis.

« Les partis démocratiques bourgeois sont de meilleurs alliés que les communistes » dans la lutte, contre le fascisme, disent les adversaires du front unique et les défenseurs de la coalition avec la bourgeoisie.

Mais que nous dit l’expérience d’Allemagne ? Les social-démocrates n’ont-ils pas fait bloc avec ces « meilleurs » alliés ? Et quels sont les résultats ?

« Si nous établissons le front unique avec les communistes, les petits bourgeois auront peur du « péril rouge » et passeront aux fascistes », entendons-nous dire souvent.

Mais le front unique menace-t-il les paysans, les petits commerçants, les artisans, les intellectuels travailleurs ?

Non, le front unique menace la grande bourgeoisie, les magnats de la finance, les hobereaux et les autres exploiteurs, dont le règne entraîne la ruine complète de toutes ces couches sociales.

« La social-démocratie est pour la démocratie, tandis que les communistes sont pour la dictature ; c’est pourquoi nous ne pouvons établir le front unique avec les communistes », disent certains leaders de la social-démocratie.

Mais est-ce qu’actuellement nous vous proposons le front unique pour proclamer la dictature du prolétariat ?

Vous savez bien que nous ne vous le proposons pas pour l’instant.

« Que les communistes reconnaissent la démocratie, qu’ils prennent sa défense, et alors nous sommes prêts à faire le front unique. »

A cela nous répondons : nous sommes partisans de la démocratie soviétique, de la démocratie des travailleurs, de la démocratie la plus conséquente du monde. Mais nous défendons et défendrons pied à pied, dans les pays capitalistes, les libertés démocratiques bourgeoises auxquelles attentent le fascisme et la réaction bourgeoise, parce que cette attitude est dictée par les intérêts de la lutte de classe du prolétariat.

« Mais les petits Partis communistes n’ajouteront rien, par leur participation au front unique que réalise le Parti travailliste », disent, par exemple, les chefs travaillistes d’Angleterre.

Rappelez-vous cependant : les chefs social-démocrates autrichiens en disaient autant du petit Parti Communiste Autrichien.

Et qu’est-ce que les événements ont montré ? Ce n’est pas la social-démocratie autrichienne avec Otto Bauer et Renner en tête, qui s’est trouvée avoir raison, mais le petit Parti Communiste Autrichien qui avait signalé en temps opportun le danger fasciste en Autriche et appelait les ouvriers à la lutte.

Toute l’expérience du mouvement ouvrier n’a-t-elle pas montré que les communistes même avec leur petit nombre relatif, sont le moteur de l’activité combative du prolétariat ?

En outre, il ne faut pas oublier que les Partis Communistes d’Autriche ou d’Angleterre, ce ne sont pas seulement les dizaines de milliers d’ouvriers qui sont pour le Parti, il s’agit de détachements du mouvement communiste mondial, il s’agit de sections de l’Internationale Communiste, dont le parti dirigeant est celui du prolétariat qui a déjà vaincu et règne sur un sixième du globe.

 » Mais le front unique n’a pas empêché la victoire du fascisme dans la Sarre « , telle est l’objection que formulent les adversaires du front unique. Etrange, logique que celle de ces messieurs ! D’abord, ils font tout pour assurer la victoire du fascisme, et, ensuite, ils ricanent parce que le front unique, qu’ils ont accepté au tout dernier moment n’a pas entraîné la victoire des ouvriers.

 » Si nous constituons le front unique avec les communistes, nous devons sortir de la coalition, et ce sont les partis réactionnaires et fascistes qui entreront au gouvernement », disent les chefs social-démocrates installés dans les gouvernements des différents pays.

Bien.

La social-démocratie allemande faisait-elle partie du gouvernement de coalition ?

Oui.

La social-démocratie autrichienne était-elle au gouvernement ?

Elle y était aussi.

Les socialistes espagnols étaient-ils dans le même gouvernement que la bourgeoisie ?

Oui, ils y étaient aussi.

La participation de la social-démocratie aux gouvernements de coalition bourgeoise a-t-elle empêché dans ces pays le fascisme d’attaquer le prolétariat ?

Non, elle ne l’en a pas empêché. Donc, il est clair comme le jour que la participation des ministres social-démocrates au gouvernement bourgeois n’est pas une barrière contre le fascisme.

 » Les communistes agissent en dictateurs, ils veulent constamment nous commander et nous dicter des ordres.  »

Non.

Nous ne commandons rien et ne dictons rien. Nous apportons simplement nos propositions, et nous sommes convaincus que leur application répond aux intérêts du peuple travailleur.

Ce n’est pas seulement le droit, mais c’est encore le devoir de tous ceux qui parlent au nom des ouvriers.

Vous craignez la « dictature » des communistes ? Présentons en commun, si vous le voulez bien, toutes les propositions aux ouvriers, les vôtres et les nôtres ; étudions-les en commun avec tous les ouvriers et choisissons les propositions qui sont les plus utiles à la cause de la classe ouvrière.

Ainsi, tous ces arguments contre le front unique ne résistent pas à la moindre critique.

Ce sont plutôt des échappatoires pour les chefs réactionnaires de la social-démocratie, qui préfèrent leur front unique avec la bourgeoisie au front unique du prolétariat.

Non, ces échappatoires ne prendront pas !

Le prolétariat international a trop souffert des conséquences de la scission du mouvement ouvrier et il acquiert de plus en plus la conviction que le front unique, l’unité d’action du prolétariat à l’échelle nationale et internationale sont nécessaires et parfaitement possibles.

Le contenu et les formes du front unique

Quel est et quel doit être le contenu essentiel du front unique à l’étape donnée ?

La défense des intérêts économiques et politiques immédiats de la classe ouvrière, la défense de cette classe contre le fascisme doit être le point de départ et constituer le contenu essentiel du front unique dans tous les pays capitalistes.

Nous ne devons pas nous borner simplement à des appels sans lendemain en faveur de la lutte pour la dictature du prolétariat, mais trouver et formuler des mots d’ordre et des formes de lutte découlant des nécessités vitales des masses, du niveau de leur combativité à l’étape donnée du développement.

Nous devons indiquer aux masses ce qu’elles ont à faire aujourd’hui pour se défendre contre le pillage capitaliste et la barbarie fasciste.

Nous devons travailler à établir le plus vaste front unique au moyen d’actions communes des organisations ouvrières de différentes tendances pour défendre les intérêts vitaux des masses travailleuses.

Cela signifie :

Premièrement, lutter en commun pour faire réellement retomber les effets de la crise sur les épaules des classes dominantes, sur les épaules des capitalistes, des propriétaires fonciers, en un mot sur les épaules des riches.

Deuxièmement, lutter en commun contre toutes les formes de l’offensive fasciste, pour la défense des conquêtes et des droits des travailleurs, contre la liquidation des libertés démocratiques bourgeoises.

Troisièmement, lutter en commun contre le danger imminent d’une guerre impérialiste, lutter de façon à en entraver la préparation.

Nous devons préparer inlassablement la classe ouvrière à changer rapidement de formes et de méthodes de lutte lorsque la situation change.

A mesure que le mouvement se développe et que l’unité de la classe ouvrière se renforce, nous devons aller plus loin, – préparer le passage de la défensive à l’offensive contre le Capital, en nous orientant vers l’organisation de la grève politique de masse.

Et la condition absolue d’une telle grève doit être la participation à celle-ci des principaux syndicats de chaque pays donné.

Les communistes, évidemment, ne peuvent pas et ne doivent pas, une seule minute, renoncer à leur travail indépendant en matière d’éducation communiste, d’organisation et de mobilisation des masses.

Toutefois, afin d’ouvrir sûrement aux ouvriers la voie de l’unité d’action, il est nécessaire, en même temps, de travailler à réaliser des accords de brève durée comme aussi de longue durée sur les actions à engager en commun avec les Partis social-démocrates, les syndicats réformistes et les autres organisations de travailleurs contre les ennemis de classe du prolétariat.

Ce faisant, il faudra surtout fixer son attention sur le développement des actions de masse à la base, réalisées par les organisations de base, a l’aide d’accords conclus sur place.

En remplissant loyalement les conditions de tous les accords conclus avec eux nous dénoncerons sans merci tout sabotage de l’action commune par les individus et les organisations participant au front unique.

A toutes les tentatives de faire échec aux accords – et il est possible que de telles tentatives aient lieu, – nous répondrons en en appelant aux masses, en continuant notre lutte inlassable pour rétablir l’unité d’action violée.

Il va de soi que la réalisation concrète du front unique dans les divers pays se fera différemment, qu’elle prendra différentes formes selon l’état et le caractère des organisations ouvrières, selon leur niveau politique, la situation concrète du pays donné, les changements intervenus dans le mouvement ouvrier international, etc.

Ces formes peuvent être, par exemple : l’action commune et concertée des ouvriers à telle ou telle occasion, pour des motifs concrets, pour des revendications isolées ou sur la base d’une plate-forme générale ; l’action concertée dans diverses entreprises ou par branches de production ; l’action concertée à l’échelle locale, régionale, nationale ou internationale ; l’action concertée en vue d’organiser la lutte économique des ouvriers, de réaliser des actions politiques de masses, d’organiser l’autodéfense commune contre les attaques fascistes ; l’action concertée en vue de porter secours aux détenus et à leur familles ; de lutter contre la réaction sociale ; l’action concertée pour la défense des intérêts de la jeunesse et des femmes ; dans le domaine de la coopération, de la culture, des sports, etc.

Il serait insuffisant de se contenter simplement de conclure un pacte d’action commune et de créer des commissions de contact composées des partis et organisations participant au front unique , c’est-à-dire semblable à ce que nous a ce que nous avons par exemple, en France.

Ce n’est a que le premier pas.

Le pacte est un moyen auxiliaire de réaliser des actions communes, mais, par lui-même, il n’est pas encore le front unique.

La commission de contact entre les directions respectives des Partis communiste et socialiste est nécessaire pour faciliter la réalisation d’actions communes, mais, par elle-même, elle est loin d’être suffisante pour déployer réellement le front unique, pour entraîner les plus grandes masses à la lutte contre le fascisme.

Les communistes et tous les ouvriers révolutionnaires doivent travailler à la création d’organismes de classe hors parti du front unique dans les entreprises, parmi les chômeurs, dans les quartiers ouvriers, parmi les petites gens des villes et dans les villages organismes élus (et, dans les pays de dictature fasciste, choisis parmi les membres, les plus autorisés du mouvement du front unique).

Seuls, des organismes de cette sorte pourront englober aussi dans le mouvement de front unique l’énorme masse inorganisée des travailleurs, contribuer au développement de l’initiative des masses dans la lutte contre l’offensive du Capital, contre le fascisme et la réaction, et, sur cette base, à la création du vaste cadre de militants ouvriers du front unique qui est indispensable pour la formation de centaines et de milliers de bolchéviks sans parti dans les pays capitalistes.

L’action commune des ouvriers organisés, tel est le début, telle est la base.

Mais nous ne devons pas perdre de vue le fait que les masses inorganisées constituent la majorité écrasante des ouvriers.

C’est ainsi qu’en France le nombre des ouvriers organisés, – communistes, socialistes, membres des syndicats de différentes tendances – n’atteint au total qu’un million environ, tandis que le nombre total des ouvriers est de 11 millions.

En Angleterre les syndicats et les partis de toutes tendances comptent environ 5 millions d’adhérents.

Or, le nombre total des ouvriers est évalué à 14 millions. Aux Etats-Unis d’Amérique, il y a environ 5 millions d’ouvriers organisés, tandis que le nombre total des ouvriers y est de 38 millions.

Le même rapport se retrouve à peu près dans plusieurs autres pays. En temps « normal », cette masse reste, dans son ensemble, en dehors de la vie politique.

Mais, maintenant, cette masse gigantesque entre de plus en plus en mouvement, elle est entraînée et elle intervient dans la vie et sur l’arène politique.

La création d’organismes de classe en dehors des partis est la meilleure forme pour réaliser, élargir et consolider le front unique au plus profond des grandes masses. Ces organismes seront aussi le meilleur rempart contre toutes les tentatives des adversaires du front unique de violer l’unité d’action qui s’établit au sein de la classe ouvrière.

Le Front populaire antifasciste

Dans l’œuvre de mobilisation des masses travailleuses pour la lutte contre le fascisme, une tâche particulièrement importante consiste à créer un vaste front populaire antifasciste sur la base du front unique prolétarien.

Le succès de toute la lutte du prolétariat est étroitement rattaché à l’établissement d’une alliance de combat avec la paysannerie laborieuse et la masse fondamentale de la petite bourgeoisie urbaine, qui forment la majorité de la population même dans les pays d’industrie développée.

Dans sa propagande, le fascisme, désireux de gagner ces masses à ces côtés, tente d’opposer les masses travailleuses de la ville et de la campagne au prolétariat révolutionnaire, de terrifier la petite bourgeoisie avec l’épouvantail du  » péril rouge ».

Il nous appartient de retourner la pointe et de montrer aux paysans laborieux, aux artisans et aux intellectuels travailleurs, d’où vient le danger réel qui les menace : de leur montrer de façon concrète qui fait peser sur le paysan le fardeau des impôts et des taxes, qui lui extorque des intérêts usuraires ; qui donc, possédant la meilleure terre et toutes les richesses, chasse le paysan et sa famille de sa parcelle et le voue au chômage et à la misère.

Il faut expliquer concrètement, expliquer avec patience et persévérance, qui ruine les artisans par les impôts, les taxes, les baux élevés et une concurrence qu’ils ne peuvent supporter, qui jette à la rue et prive de travail les grandes masses d’intellectuels travailleurs.

Mais cela ne suffit pas.

Le principal, le plus décisif pour établir le front populaire antifasciste, c’est l’action résolue du prolétariat révolutionnaire pour la défense des revendications de ces couches sociales et ; en particulier, de la paysannerie laborieuse, revendications qui sont en concordance avec les intérêts fondamentaux du prolétariat et qu’il importe de coordonner dans le cours de la lutte avec les revendications delà classe ouvrière.

Lors de la création du front populaire antifasciste, il est d’une grande importance d’aborder de manière juste les organisations, et les partis auxquels adhèrent en nombre considérable la paysannerie travailleuse et les masses fondamentales de la petite bourgeoisie urbaine.

Dans les pays capitalistes, la majorité de ces partis et de ces organisations, tant politiques qu’économiques, se trouvent encore sous l’influence de la bourgeoisie et continuent à la suivre.

La composition sociale de ces partis et de ces organisations, n’est pas homogène.

On y trouve des Koulaks de taille à côté de paysans sans terre, de grands brasseurs d’affaires à côté de petits boutiquiers, mais la direction y appartient aux premiers, aux agents du grand Capital.

Cela nous oblige à aborder d’une façon différente ces organisations, en tenant compte du fait que, bien souvent, la masse des adhérents ne connaît pas la physionomie politique réelle de sa direction.

Dans des circonstances déterminées, nous pouvons et nous devons orienter nos efforts pour attirer, en dépit de leur direction bourgeoise, ces partis et ces organisations, ou certaines de leurs parties, aux côtés du front populaire antifasciste.

Telle est, par exemple, la situation actuelle en France, avec le Parti Radical ; aux Etats-Unis, avec diverses organisations paysannes ; en Pologne, avec le Stronitstvo Ludové ; en Yougoslavie, avec le Parti paysan croate ; en Bulgarie, avec l’Union Agrarienne ; en Grèce avec les agrariens, etc.

Mais, indépendamment de la question de savoir s’il existe des chances d’attirer de tels partis et de telles organisations aux côtés du front populaire, notre tactique, dans toutes les conditions, doit être orientée de façon à entraîner les petits paysans, les artisans, etc., qui en font partie au front populaire antifasciste.

Vous voyez donc qu’ici, sur toute la ligne, il faut en finir avec le dédain, l’attitude d’indifférence qui s’observent fréquemment dans notre pratique à l’égard des divers partis et des diverses organisations des paysans, des artisans et des masses petites-bourgeoises de la ville.

Les questions cruciales du front unique dans les différents pays

Dans chaque pays, il existe des questions cruciales qui agitent, à l’étape donnée, les plus grandes masses et autour desquelles doit se déployer la lutte pour l’établissement du front unique. Mettre le doigt sur ces points cruciaux, sur ces questions cruciales, c’est garantir et accélérer l’établissement du front unique.

a) Etats-Unis d’Amérique

Prenons, par exemple, un pays du monde capitaliste aussi important que les Etats-Unis d’Amérique.

Ici, la crise a mis en mouvement des masses innombrables. Le programme d’assainissement du capitalisme s’est effondré. Des masses énormes commencent à s’écarter des partis bourgeois, et sont aujourd’hui indécises sur la voie à prendre.

Le fascisme américain naissant s’efforce d’orienter la déception et le mécontentement de ces masses vers le sillage de la réaction fasciste.

En outre, la particularité du développement du fascisme américain consiste en ceci qu’au stade actuel il s’affirme principalement sous la forme d’une opposition au fascisme, en tant que courant  » non américain  » importé de l’étranger.

A la différence du fascisme allemand formulant des mots d’ordre anticonstitutionnels, le fascisme américain tente de se camper dans le rôle de champion de la Constitution et de la  » démocratie américaine ».

Il ne représente pas encore une force constituant une menace directe.

Mais s’il réussit à pénétrer dans les grandes masses déçues par les vieux partis bourgeois, il peut devenir une menace sérieuse dans le plus proche avenir.

Or que signifierait la victoire du fascisme aux Etats-Unis ? Pour les masses travailleuses, elle signifierait, on le conçoit bien, un renforcement effréné du régime d’exploitation et l’écrasement du mouvement ouvrier.

Et quelle serait la portée internationale de cette victoire du fascisme ? Les Etats-Unis, comme on le sait, ce n’est pas la Hongrie, ni la Finlande, ni la Bulgarie ou la Lettonie.

La victoire du fascisme aux Etats-Unis modifierait très notablement toute la situation internationale.

Dans ces conditions, le prolétariat américain peut-il se contenter d’organiser seulement son avant-garde consciente, qui est prête à marcher dans la voie révolutionnaire ?

Non.

Il est tout à fait évident que l’intérêt du prolétariat américain exige que toutes ses forces se délimitent, sans retard, des partis capitalistes.

Il lui est indispensable de trouver les voies et les formes adéquates pour empêcher à temps le fascisme de s’emparer des grandes masses de travailleurs mécontents.

Et ici, nous devons dire que la création d’un parti de masse des travailleurs, d’un  » Parti ouvrier et paysan  » pourrait être cette forme adéquate dans les conditions américaines. Un tel parti serait une forme spécifique du front populaire de masse en Amérique à opposer aux partis des trusts et des banques de même qu’au fascisme grandissant.

Un tel parti ne sera, évidemment, ni socialiste, ni communiste.

Mais il doit être antifasciste et ne doit pas être un parti anticommuniste.

Le programme de ce parti doit être dirigé contre les banques, les trusts et les monopoles, contre les principaux ennemis du peuple qui spéculent sur ses malheurs.

Un tel parti ne peut répondre à sa destination que s’il défend les revendications quotidiennes de la classe ouvrière, s’il lutte pour une véritable législation sociale, pour l’assurance contre le chômage ; s’il lutte pour la terre aux fermiers blancs et noirs, et pour leur libération du fardeau des dettes, s’il s’applique à faire annuler les dettes des fermiers, s’il combat pour l’égalité des Nègres, pour la défense des revendications des anciens combattants, pour la défense des intérêts des représentants des professions libérales, des petits commerçants et artisans.

Et ainsi de suite. Il va de soi qu’un tel parti militera pour faire entrer ses représentants dans les municipalités, dans les organismes représentatifs, des différents Etats, ainsi qu’au Congrès et au Sénat.

Nos camarades des Etats-Unis ont agi de façon juste, en faisant preuve d’initiative.

Pour la création d’un tel parti.

Mais ils auront encore à prendre des mesures effectives pour que la création de ce parti devienne l’œuvre des masses elles-mêmes.

Le problème de l’organisation d’un  » Parti ouvrier-paysan  » et son programme, doit être étudié dans des réunions populaires de masse.

Il est nécessaire de déployer un très vaste mouvement autour de la création de ce parti, et d’en prendre la tête.

En aucun cas, il ne faut permettre que l’initiative dans le travail d’organisation du Parti passe aux mains des éléments qui veulent utiliser le mécontentement des masses innombrables déçues par les deux partis bourgeois, démocratique et républicain, pour créer un « troisième » parti aux Etats-Unis, comme parti anticommuniste, comme parti dirigé contre le mouvement révolutionnaire.

b) Angleterre

En Angleterre, par suite des manifestations de masse des ouvriers anglais, l’organisation fasciste de Mosley a été momentanément refoulée à l’arrière-plan. Mais nous ne devons pas perdre de vue que le  » gouvernement national  » prend contre la classe ouvrière une série de mesures réactionnaires à l’aide desquelles il se crée en Angleterre aussi, des conditions qui faciliteraient à la bourgeoisie, en cas de besoin, le passage au régime fasciste.

Combattre le danger fasciste en Angleterre à l’étape donnée, c’est lutter avant tout contre le  » gouvernement national « , contre ses mesures réactionnaires, contre l’offensive du Capital, pour la défense des revendications des chômeurs, contre la baisse des salaires, pour l’abolition de toutes les lois à l’aide desquelles la bourgeoisie anglaise abaisse le niveau de vie des masses.

Mais la haine croissante de la classe ouvrière contre le  » gouvernement national  » unit des masses de plus en plus considérables, sous le mot d’ordre de formation, en Angleterre, d’un nouveau gouvernement travailliste.

Les communistes peuvent-ils dédaigner cet état d’esprit des grandes masses qui gardent encore leur foi dans un gouvernement travailliste ?

Non, camardes ! Nous devons trouver la voie qui conduit à ces masses.

Nous leur disons ouvertement, ainsi que l’a fait le XIIIe Congrès du Parti Communiste Anglais : nous communistes, sommes partisans du pouvoir soviétique, seul pouvoir capable d’affranchir les ouvriers du joug du Capital.

Mais vous voulez un gouvernement travailliste ?

Soit.

Nous avons lutté et luttons avec vous, la main dans la main, pour la défaite du  » gouvernement national « .

Nous sommes prêts à soutenir votre lutte pour la formation d’un nouveau gouvernement travailliste, encore que les deux gouvernements travaillistes précédents n’aient pas tenu les promesses faites à la classe ouvrière par le Parti travailliste.

Nous n’attendons pas de ce gouvernement la réalisation de mesures socialistes.

Mais au nom de millions d’ouvriers, nous exigeons de lui qu’il défende les intérêts économiques et politiques les plus urgents de la classe ouvrière et de tous les travailleurs.

Etudions donc ensemble le programme commun de ces revendications et réalisons l’unité d’action indispensable au prolétariat pour riposter à l’offensive réactionnaire du  » gouvernement national « , à l’offensive du Capital et du fascisme, à la préparation d’une nouvelle guerre.

Sur cette base, les communistes anglais sont prêts à se présenter en commun avec les organisations du Parti travailliste aux prochaines élections parlementaires contre le  » gouvernement national « , ainsi que contre Lloyd George qui tente à sa manière d’entraîner les masses derrière lui contre la cause de la classe ouvrière, dans l’intérêt de la bourgeoisie anglaise.

Cette position des communistes anglais est juste.

Elle leur facilitera l’établissement du front unique de lutte avec les millions de travailleurs des syndicats et du Parti travailliste. Tout en restant constamment dans les premiers rangs du prolétariat en lutte, tout en indiquant aux masses la seule voie juste, – la voie de la lutte pour le renversement révolutionnaire de la domination de la bourgeoisie et l’instauration du pouvoir des Soviets, – les communistes, lorsqu’ils définissent leurs tâches politiques actuelles, ne doivent pas chercher à brûler les étapes nécessaires du mouvement de .masse, dans le cours duquel les masses ouvrières se dégagent de leurs illusions par leur propre expérience et passent aux côtés du communisme.

c) France

La France est le pays où, comme on le sait, la classe ouvrière donne à tout le prolétariat international un exemple de la façon dont il faut combattre le fascisme.

Le Parti Communiste Français fournit à toutes les sections de l’Internationale Communiste un exemple de la façon dont il faut réaliser la tactique du front unique ; les ouvriers socialistes y fournissent un exemple de ce que les ouvriers social-démocrates des autres pays capitalistes doivent faire aujourd’hui dans la lutte contre le fascisme.

La manifestation antifasciste, avec un demi-million de participants, qui s’est déroulée le 14 juillet de cette année à Paris et les nombreuses manifestations des autres villes de France ont eu une portée énorme.

Ce n’est plus seulement un mouvement de front unique ouvrier, c’est le début d’un vaste front populaire contre le fascisme en France.

Ce mouvement de front unique augmente la foi de la classe ouvrière dans ses forces, affermit en elle la conscience de son rôle dirigeant à l’égard de la paysannerie, de la petite bourgeoisie des villes, des intellectuels ; il élargit l’influence du Parti Communiste dans les masses ouvrières, et, partant, rend le prolétariat plus fort dans la lutte contre le fascisme.

Il mobilise en temps opportun la vigilance des masses à l’égard du danger fasciste.

Et il servira d’exemple contagieux pour le déploiement de la lutte antifasciste dans les autres pays capitalistes ; il exercera une action réconfortante sur les prolétaires d’Allemagne écrasés par la dictature fasciste.

La victoire est grande, en effet, mais elle ne décide pas encore de l’issue de la lutte antifasciste.

La majorité écrasante du peuple français est incontestablement contre le fascisme.

Mais la bourgeoisie sait, à l’aide de ses forces armées, violenter la volonté des peuples.

Le mouvement fasciste continue à se développer en toute liberté avec le soutien actif du capital monopoliste, de l’appareil d’État de la bourgeoisie, de l’état-major de l’armée française et des dirigeants réactionnaires de l’Église catholique, qui sont le rempart de toute réaction.

La plus forte organisation fasciste, les Croix de feu, dispose aujourd’hui de 300 000 hommes armés, dont le noyau est formé par 60 000 officiers de réserve.

Elle détient de solides positions dans la police, dans la gendarmerie, dans l’armée et l’aviation, dans tout l’appareil d’État.

Le dernières élections municipales montrent qu’en France grandissent non seulement les forces révolutionnaires, mais aussi les forces du fascisme.

Si le fascisme réussit à pénétrer profondément dans la paysannerie et à s’assurer le soutien d’une partie de l’armée, l’autre restant neutre, les masses laborieuses de France ne pourront empêcher l’accession des fascistes au pouvoir.

N’oubliez pas que la faiblesse d’organisation du mouvement ouvrier français facilite le succès de l’offensive fasciste.

Il n’y a aucune raison, ni pour la classe ouvrière, ni pour tous les antifascistes dé France, de se rassurer à la vue des résultats obtenus.

Quelles tâches se posent devant la classe ouvrière de France ?

Premièrement, obtenir la réalisation du front unique non seulement dans le domaine politique, mais aussi dans le domaine économique pour organiser la lutte contre l’offensive du Capital, briser par son élan la résistance opposée au front unique par les chefs de la Confédération du Travail réformiste.

Deuxièmement obtenir la réalisation dé l’unité syndicale en France : syndicats uniques sur la base de la lutte de classe.

Troisièmement, entraîner dans le mouvement antifasciste les grandes masses paysannes, les masses de la petite bourgeoisie, en réservant à leurs revendications urgentes. une place spéciale dans le programme du front populaire antifasciste.

Quatrièmement, consolider au point de vue de l’organisation et élargir encore le mouvement antifasciste existant déjà par la création en masse d’organismes électifs sans-parti du Front populaire antifasciste, étendant leur influence à des masses plus considérables que les partis et que les organisations de travailleurs existant actuellement en France.

Cinquièmement, faire pression pour la dissolution et le désarmement des organisations fascistes, en tant qu’organisations d’individus qui conspirent contre la République et qui sont les agents de Hitler en France.

Sixièmement, faire en sorte que l’appareil d’Etat, l’armée, la police soient épurés des conspirateurs qui préparent un coup d’Etat fasciste.

Septièmement, développer la lutter contre les dirigeants des cliques réactionnaires de l’Eglise catholique, un des principaux remparts du fascisme français.

Huitièmement, lier l’armée au mouvement antifasciste en créant, dans son sein, des comités de défense de la République et de la Constitution contre ceux qui veulent se servir de l’armée pour un coup d’Etat anticonstitutionnel, ne pas permettre aux forces réactionnaires de France de faire échec à l’accord franco-soviétique qui défend la causé de la paix contre l’agression du fascisme allemand.

Et si, en France, le mouvement antifasciste aboutit à la création d’un gouvernement qui applique une lutte véritable – non pas en paroles, mais en fait – contre le fascisme français, qui fasse passer dans la réalité le programme de revendications du front populaire antifasciste, les communistes tout en restant les ennemis irréconciliables de tout gouvernement bourgeois et les partisans du pouvoir des Soviets, seront prêts, néanmoins, en face du danger fasciste grandissant, à soutenir un tel gouvernement.

Le front unique et les organisations fascistes de masse

La lutte pour la réalisation du front unique dans les pays où les fascistes sont au pouvoir est, peut-être, le problème le plus important qui s’offre à nous. Là-bas, cette lutte, on le conçoit, se déroule dans des conditions beaucoup plus pénibles que dans les pays à mouvement ouvrier légal.

Et cependant, dans les pays fascistes, toutes les conditions sont réunies pour déployer un véritable front populaire antifasciste dans la lutte contre la dictature fasciste étant donné que les ouvriers social-démocrates, catholiques et autres, en Allemagne par exemple, peuvent prendre plus directement conscience de la nécessité de mener la lutte en commun avec les communistes contre la dictature fasciste. Les grandes masses de la petite bourgeoisie et de la paysannerie, qui ont déjà goûté aux fruits amers de la domination fasciste, éprouvent un mécontentement et une déception toujours plus grands, ce qui facilite leur adhésion au front populaire antifasciste. Ainsi, la tâche essentielle dans les pays fascistes, particulièrement en Allemagne et en Italie, où le fascisme a su s’assurer une base de masse et a embrigadé de force les ouvriers et les autres travailleurs dans ses organisations, consiste à combiner judicieusement la lutte contre la dictature fasciste de l’extérieur avec le travail de sape exécuté contre elle de l’intérieur, dans les organisations et organismes fascistes de masse.

Il est nécessaire d’étudier, de s’assimiler et d’appliquer, suivant les conditions concrètes de ces pays, les méthodes et moyens particuliers qui contribuent à la désagrégation la plus rapide de la base de masse du fascisme et préparent le renversement de la dictature fasciste. Voilà ce qu’il faut étudier, s’assimiler et appliquer, au lieu de crier simplement :  » A bas Hitler !  » et  » A bas Mussolini !  »

Oui, étudier, assimiler et appliquer !

C’est là une tâche difficile et compliquée. D’autant plus difficile que notre expérience d’une lutte couronnée de succès contre la dictature fasciste est extrêmement limitée.

Nos camarades italiens, par exemple, luttent depuis treize ans environ dans les conditions de la dictature fasciste.

Et, cependant, ils n’ont pas encore réussi à déployer une véritable lutte de masse contre le fascisme ; c’est pourquoi, malheureusement, ils n’ont guère pu, sous ce rapport, aider, par une expérience positive, les autres Partis communistes des pays fascistes.

Les communistes allemands et italiens et les communistes des autres pays fascistes, de même que les jeunesses communistes, ont accompli des prodiges d’héroïsme ; ils ont consenti et consentent chaque jour des sacrifices énormes.

Nous nous inclinons tous devant cet héroïsme et ces sacrifices.

Mais l’héroïsme seul ne suffit pas.

Cet héroïsme, il est nécessaire de le coordonner avec un travail quotidien dans les masses, avec une lutte concrète contre le fascisme, telle qu’elle nous permette d’obtenir ici les résultats les plus tangibles.

Dans notre lutte contre la dictature fasciste, il est particulièrement dangereux de prendre nos désirs pour des réalités, il faut partir des faits, de la situation concrète, réelle.

Or, quelle est aujourd’hui la réalité, par exemple, en Allemagne ?

Dans les masses grandissent le mécontentement et la déception contre la politique de la dictature fasciste, revêtant même la forme de grèves partielles et d’autres manifestations. Malgré tous ses efforts, le fascisme n’a pas réussi à gagner politiquement la masse fondamentale des ouvriers ; il perd et perdra de plus en plus jusqu’à ses anciens partisans.

Néanmoins, nous devons nous rendre compte du fait que les ouvriers, convaincus de la possibilité de renverser la dictature fasciste et prêts dès aujourd’hui à lutter activement pour atteindre ce but, sont encore pour le moment en minorité ; c’est nous, les communistes, et la partie révolutionnaire des ouvriers social-démocrates.

Quant à la majorité des travailleurs, elle n’a pas encore pris conscience des possibilités réelles et concrètes, ni des voies qui conduisent au renversement de cette dictature ; elle reste encore dans l’expectative.

Il faut tenir compte de ce fait lorsque nous fixons nos tâches dans la lutte contre le fascisme en Allemagne et que nous nous disposons à chercher, à étudier et à appliquer les procédés spéciaux propres à ébranler et à renverser la dictature fasciste en Allemagne.

Pour porter un coup sensible à la dictature fasciste, nous devons connaître son point le plus vulnérable.

Où se trouve le talon d’Achille de la dictature fasciste ?

Dans sa base sociale.

Cette dernière est extrêmement hétérogène. Elle englobe diverses classes et diverses couches de la société.

Le fascisme s’est proclamé l’unique représentant de toutes les classes et couches de la population : du fabricant et de l’ouvrier, du millionnaire et du chômeur, du junker et du petit paysan, du grand capitaliste et de l’artisan. Il fait semblant de défendre les intérêts de toutes ces couches, les intérêts de la nation.

Mais, étant la dictature de la grande bourgeoisie, le fascisme doit inévitablement entrer en conflit avec sa base sociale de masse, d’autant plus que c’est précisément sous la dictature fasciste qu’apparaissent avec le plus de relief les contradictions de classe entre le ramassis des magnats de la finance et la majorité écrasante du peuple.

Amener les masses à la lutte résolue pour le renversement de la dictature fasciste, nous ne le pouvons qu’en entraînant les ouvriers embrigadés de force ou entrés par inconscience dans les organisations fascistes, aux mouvements les plus élémentaires pour la défense de leurs intérêts économiques, politiques et culturels.

C’est précisément pour cette raison que les communistes doivent travailler dans ces organisations comme les meilleurs défenseurs des intérêts quotidiens de la masse des adhérents, en tenant compte du fait que, à mesure que les ouvriers adhérents à ces organisations se mettent de plus en plus souvent à revendiquer leurs droits et à défendre leurs intérêts, ils se heurtent inévitablement à la dictature fasciste.

Sur le terrain de la défense des intérêts vitaux et, au début, des intérêts les plus élémentaires, des masses travailleuses de la ville et de la campagne, il est relativement plus facile de trouver un langage commun non seulement avec les antifascistes conscients, mais aussi avec ceux des travailleurs qui sont encore partisans du fascisme, et qui, pourtant, déçus et mécontents de sa politique, murmurent et cherchent une occasion d’exprimer leur mécontentement.

En général, nous devons nous rendre compte que toute notre tactique dans les pays de dictature fasciste doit revêtir un caractère qu’il n’écarte pas de nous les simples partisans du fascisme, qu’il ne les rejette pas dans ses bras, mais approfondisse l’abîme entre le sommet fasciste et la masse des simples partisans déçus du fascisme, qui sortent des couches travailleuses.

Il n’y a pas de quoi perdre contenance s’il arrive que les gens mobilisés autour de ces intérêts quotidiens se considèrent ou bien comme des indifférents en politique, ou bien même comme des partisans du fascisme.

Ce qui importe pour nous, c’est de les entraîner à un mouvement qui, tout en ne s’affirmant pas ouvertement au début sous des mots d’ordre de lutte contre le fascisme, n’en est pas moins déjà, objectivement, un mouvement antifasciste, puisqu’il oppose ces masses à la dictature fasciste.

L’expérience nous enseigne que c’est un point de vue nuisible et erroné que de croire que dans les pays de dictature fasciste, il est prétendument impossible en général d’agir légalement ou semi-légalement.

Insister sur un point de vue de ce genre, c’est tomber dans la passivité, c’est renoncer en général à tout travail de masse réel.

Il est vrai que trouver dans les conditions de la dictature fasciste les formes et les méthodes d’une action légale ou semi-légale, est une tâche difficile, compliquée.

Mais, comme dans beaucoup d’autres questions, la voie nous est indiquée par la vie elle-même et par l’initiative des masses elles-mêmes qui ont déjà fourni une série d’exemples que nous devons généraliser, appliquer d’une façon organisée et judicieuse.

Il est nécessaire de mettre un terme de la façon la plus résolue à la sous-estimation du travail dans les organisations fascistes de masse. En Italie comme en Allemagne et dans plusieurs autres pays fascistes, les communistes ont couvert leur passivité et souvent même leur refus direct, dans la pratique, de travailler au sein des organisations fascistes de masse en opposant le travail dans les entreprises au travail dans les organisations fascistes de masse. En réalité, cette opposition schématique a justement abouti à ceci que le travail était mené avec une mollesse extrême et parfois même n’était pas mené du tout ni dans les organisations fascistes de masse ni dans les entreprises. Or, dans les pays fascistes, il est particulièrement important pour les communistes d’être partout où sont les masses.

Le fascisme a supprimé aux ouvriers leurs organisations légales propres.

Il leur a imposé les organisations fascistes et c’est là que se trouvent les masses, de force où, en partie, volontairement.

Ces organisations fascistes de masse peuvent et doivent être notre champ d’action légal ou semi-légal, le champ où nous serons en rapport avec les masses.

Elles peuvent et doivent devenir pour nous le point de départ légal ou semi-légal de la défense des intérêts quotidiens des masses.

En vue d’utiliser ces possibilités, les communistes doivent travailler à obtenir des postes électifs dans les organisations fascistes de masse dans le but d’assurer la liaison avec la masse, et s’affranchir une fois pour toutes du préjugé d’après lequel un tel genre d’activité ne sied pas à un ouvrier révolutionnaire, est indigne de lui.

En Allemagne, par exemple, il existe un système de  » délégués d’usine « . Où donc est-il dit que nous devions laisser aux fascistes le monopole de ces organisations ? Est-ce que nous ne pouvons pas tenter d’unir dans l’entreprise les ouvriers communistes, social-démocrates, catholiques et autres ouvriers antifascistes pour que, au moment du vote sur la liste des « délégués d’usine », ils rayent les agents manifestes du patron et y portent d’autres candidats, jouissant de la confiance des ouvriers ? La pratique a déjà prouvé que la chose est possible. Est-ce que la pratique ne nous dit pas aussi qu’il est possible, en commun avec les ouvriers social-démocrates et les autres ouvriers mécontents, d’exiger des « délégués d’usine » qu’ils défendent réellement les intérêts des ouvriers ? Prenez le Front du travail en Allemagne ou les syndicats fascistes en Italie. N’est-il pas possible d’exiger l’élection, au lieu de la nomination, des fonctionnaires du Front du travail, d’insister pour que les organismes dirigeants des groupes locaux rendent compte de leur activité aux assemblées des membres des organisations, de présenter sur décision du groupe ces revendications au patron, à « l’inspecteur du travail », aux organismes supérieurs du Front du travail ? C’est possible, à condition que les ouvriers révolutionnaires travaillent réellement dans le Front du travail et cherchent à y obtenir des postes. Des méthodes de travail analogues sont possibles et nécessaires aussi dans les autres organisations fascistes de masse, – dans l’union hitlérienne des jeunesses, dans les organisations sportives, dans l’organisation Kraft durch Freude en Allemagne, Dopo lavoro en Italie, dans les coopératives, etc.

Vous vous souvenez de l’antique légende de la prise de Troie.

Troie, pour se mettre à l’abri de l’armée qui l’attaquait, s’était entourée de murailles inabordables.

Et l’armée attaquante, après avoir perdu nombre de victimes, ne put remporter la victoire tant qu’elle n’eut pas pénétré à l’aide du fameux cheval de Troie, à l’intérieur, au cœur même de la place ennemie.

Il me semble que nous, ouvriers révolutionnaires, ne devons pas nous sentir gênés à l’idée d’appliquer la même tactique à l’égard de notre ennemi fasciste, qui recourt pour se défendre contre le peuple au mur vivant de ses égorgeurs.

Quiconque ne comprend pas la nécessité d’appliquer une telle tactique à l’égard du fascisme, quiconque tient cette façon d’agir pour « humiliante », peut être excellent camarade, mais permettez-moi de vous le dire que c’est un bavard et non un révolutionnaire, et qu’il ne saura pas conduire les masses au renversement de la dictature fasciste.

Le mouvement de masse du front unique, qui prend naissance à l’extérieur et à l’intérieur des organisations fascistes d’Allemagne, d’Italie et des autres pays où le fascisme possède une base de masse – en partant de la défense des besoins les plus élémentaires, en changeant ses formes et ses mots d’ordre de lutte au fur et à mesure de l’extension et de la montée de cette lutte, – sera le bélier qui détruira la forteresse de la dictature fasciste tenue aujourd’hui par beaucoup de gens pour inexpugnable.

Le front unique dans les pays ou les social-démocrates sont au gouvernement

La lutte pour l’établissement du front unique soulève encore un autre problème très important, celui du front unique dans les pays où il y a au pouvoir des gouvernements social-démocrates ou des gouvernements de coalition avec participation socialiste, comme, par exemple, au Danemark, en Norvège, en Suède, en Tchécoslovaquie et en Belgique.

On connaît notre attitude absolument négative à l’égard des gouvernements social-démocrates qui sont des gouvernements de conciliation avec la bourgeoisie. Néanmoins, nous ne considérons pas la présence d’un gouvernement social-démocrate ou d’une coalition gouvernementale du Parti Social-démocrate avec les partis bourgeois comme un obstacle insurmontable à l’établissement du front unique avec les social-démocrates sur des questions déterminées : Nous estimons que, dans ce cas également, le front unique est parfaitement possible et indispensable pour la défense des intérêts quotidiens du peuple travailleur et dans la lutte contre le fascisme.

Il va de soi que dans les pays où les représentants des partis social-démocrates participent au gouvernement, la direction social-démocrate oppose la plus forte résistance au front unique prolétarien.

Cela est tout à fait compréhensible ; ne veulent-ils pas montrer à la bourgeoisie que ce sont eux qui, précisément savent mieux et plus habilement que tous les autres tenir en bride les masses ouvrières mécontentes et les protéger de l’influence du communisme ? Cependant, le fait que les ministres social-démocrates ont une attitude négative à l’égard du front unique prolétarien ne saurait justifier le moins du monde l’état de choses où les communistes ne font rien pour créer le front unique du prolétariat.

Nos camarades des pays scandinaves suivent souvent la voie du moindre effort, en se bornant à dénoncer dans leur propagande le gouvernement social-démocrate.

C’est une faute.

Au Danemark, par exemple, voilà dix ans que les chefs social-démocrates sont installés au gouvernement, et voilà dix ans que, de jour en jour, les communistes répètent que c’est un gouvernement bourgeois, capitaliste.

Il faut supposer que cette propagande est connue des ouvriers danois.

Le fait qu’une majorité considérable donne quand même ses suffrages au Parti Social-démocrate gouvernemental, ne montre qu’une chose : c’est qu’il ne suffit pas pour les communistes de dénoncer le gouvernement dans leur propagande ; cependant, cela ne montre pas que ces centaines de milliers d’ouvriers soient contents de toutes les mesures gouvernementales des ministres social-démocrates.

Non, ils sont mécontents du fait que le gouvernement social-démocrate, par son « accord de crise », vient en aide aux grands capitalistes et aux propriétaires fonciers, et non pas aux ouvriers et à la paysannerie pauvre ; que par son décret de janvier 1933, il a retiré aux ouvriers le droit de grève ; que la direction social-démocrate projette une dangereuse réforme électorale antidémocratique (avec une réduction considérable du nombre des députés). Je ne me tromperai guère en affirmant que 99% des ouvriers du Danemark n’approuvent pas de telles démarches politiques de la part des chefs et des ministres social-démocrates.

Les communistes ne peuvent-ils pas appeler les syndicats et les organisations social-démocrates du Danemark à étudier telle ou telle question d’actualité ; à formuler leur opinion et à intervenir en commun pour le front unique prolétarien dans le but de faire aboutir les revendications ouvrières ?

Au mois d’octobre de l’an dernier, lorsque nos camarades danois firent appel aux syndicats pour engager l’action contre la réduction des secours de chômage et pour les droits démocratiques des syndicats, près de cent organisations syndicales locales ont adhéré au front unique.

En Suède, c’est la troisième fois que le gouvernement social-démocrate se trouve au pouvoir ; mais les communistes suédois se sont longtemps refusés, dans la pratique, à appliquer la tactique du front unique.

Pourquoi ?

Etaient-ils donc contre le front unique ? Non, évidemment, ils étaient en principe pour le front unique, pour le front unique en général, mais ils n’avaient pas compris à quel propos, dans quelles questions, pour la défense de quelles revendications il serait possible de ’mettre sur pied avec succès le front unique prolétarien, à quoi et comment s’accrocher. Quelques mois avant la constitution du gouvernement social-démocrate, le Parti Social-démocrate avait formulé, pendant la lutte électorale, une plate-forme renfermant une série de revendications qui auraient justement pu être comprises dans la plate-forme du front unique prolétarien.

Par exemple, les mots d’ordre :

« Contre les droits de douane ».

« Contre la militarisation « .

« En finir avec les atermoiements dans la question des assurances contre le chômage ».

« Assurer aux vieillards une pension suffisante pour vivre ».

 » Ne pas tolérer l’existence d’organisations telles que Munch – Korps  » (organisation fasciste) .

 » A bas la législation antisyndicale de classe réclamée par les partis bourgeois « .

Plus d’un million de travailleurs de Suède ont voté en 1932 pour ces revendications formulées par la social-démocratie, et ont salué en 1933 la formation du gouvernement social-démocrate, dans l’espoir que, maintenant, ces revendications allaient être réalisées.

Quoi de plus naturel dans cette situation et quel moyen de répondre à un plus haut degré aux désirs des masses ouvrières, qu’un message du Parti communiste à toutes les organisations social-démocrates et syndicales, avec la proposition d’entreprendre des actions communes en vue de réaliser ces revendications formulées par le Parti Social-Démocrate ?

Si, aux fins de réalisation des revendications formulées par les social-démocrates eux-mêmes, on avait réussi à mobiliser réellement les grandes masses, à souder les organisations ouvrières social-démocrates et communistes dans un front unique, il n’est pas douteux que la classe ouvrière de Suède y aurait gagné.

Les ministres social-démocrates de Suède, évidemment, ne s’en serait pas trop réjouis.

Car, dans ce cas, le gouvernement aurait été contraint de satisfaire ne fût-ce que quelques revendications.

En tout cas, il ne se serait pas produit ce qui est arrivé maintenant, à savoir que le gouvernement, au lieu de supprimer les droits de douane a majoré certaines taxes ; au lieu de limiter le militarisme, a augmenté le budget de la Guerre et, au lieu de repousser toute législation dirigée contre les syndicats, a lui-même présenté au Parlement un projet de loi de ce genre.

Il est vrai qu’en rapport avec cette dernière question, le Parti Communiste Suédois a réalisé une bonne campagne de masse dans le sens du front unique prolétarien, et a obtenu, en fin de compte, que même la fraction social-démocrate du Parlement se sente obligée de voter contre le projet de loi gouvernemental, si bien que celui-ci, pour l’instant, a avorté.

Les communistes norvégiens ont agi de façon juste en appelant lors du Premier Mai les organisations du Parti Ouvrier à manifester en commun, et en formulant une série de revendications qui, dans le fond, coïncidaient avec les revendications de la plate-forme électorale du Parti Ouvrier Norvégien.

Bien que cette démarche en faveur du front unique eût été faiblement préparée et que la direction du Parti Ouvrier Norvégien y eût été opposée, des manifestations de front unique ont eu lieu dans trente localités.

Les communistes étaient nombreux autrefois à craindre que ce fût une manifestation d’opportunisme de leur part que de s’abstenir d’opposer à n’importe quelle revendication partielle des social-démocrates des revendications à eux, deux fois plus radicales.

C’était là une faute naïve. Si les social-démocrates revendiquent, par exemple, la dissolution des organisations fascistes, point n’est besoin pour nous d’ajouter « et la dissolution de la police d’Etat » (pour la raison qu’il serait opportun de formuler cette revendication dans une autre situation), mais nous devons dire aux ouvriers social-démocrates : nous sommes prêt à accepter ces revendications de votre Parti comme revendications du front unique prolétarien et à lutter jusqu’au bout pour la réalisation de ce dernier.

Engageons la lutte en commun.

En Tchécoslovaquie également, on peut et on doit utiliser, pour établir le front unique de la classe ouvrière des revendications déterminées, formulées par la social-démocratie tchèque et allemande et les syndicats réformistes. Lorsque la social-démocratie revendique, par exemple, du travail pour les chômeurs ou l’abolition, – comme elle le demande depuis 1927, – des lois limitant l’autonomie des municipalités, il faut, à la base et dans chaque département concrétiser ces revendications et, d’un commun accord avec les organisations social-démocrates, lutter pour obtenir réellement satisfaction.

Ou bien, lorsque les Partis social-démocrates fulminent « en général » contre les agents du fascisme dans l’appareil d’Etat, il convient à chaque département de tirer au grand jour les porte-parole du fascisme en chair et en os et d’exiger en commun avec les ouvriers social-démocrates leur renvoi des institutions d’Etat. En Belgique ; les chefs du Parti Socialiste avec Emile Vandervelde en tête, sont entrés dans le gouvernement de coalition.

Ils ont remporté ce « succès grâce à leur longue et vaste campagne pour deux revendications essentielles : 1) annulation des décrets-lois et 2) réalisation du plan De Man.

La première question est très importante. L’ancien gouvernement avait promulgué 150 décrets-lois réactionnaires, qui font peser un fardeau extrêmement lourd sur le peuple travailleur.

On se proposait de les annuler aussitôt.

Le Parti Socialiste l’exigeait.

Eh bien !

Y a-t-il beaucoup de décrets-lois annulés par le nouveau gouvernement ?

Celui-ci n’en a aboli aucun ; il a simplement atténué un peu quelques lois d’exception, afin de payer une sorte de rançon « symbolique » pour les nombreuses promesses faites par les chefs socialistes de Belgique (à l’instar du « dollar symbolique » que certaines puissances européennes proposaient à l’Amérique en paiement des dettes de guerre qu’elles avaient contractées par millions). En ce qui concerne la réalisation du plan prometteur De Man, les choses ont pris un tour tout à fait inattendu pour les masses social-démocrates : les ministres socialistes ont déclaré qu’il fallait d’abord surmonter la crise économique et n’appliquer que celles des parties du plan De Man qui améliorent la situation des capitalistes industriels et des banques, – et ce n’est qu’après qu’il sera possible d’appliquer les mesures visant à alléger la situation des ouvriers.

Mais combien de temps les ouvriers devront-ils attendre leur part de « prospérité », que leur promet le plan De Man ?

Une véritable pluie d’or s’est déjà répandue sur les banquiers belges.

On a déjà réalisé la dévaluation du franc belge à 28 % ; grâce à cette manipulation les banquiers ont pu s’approprier en guise de trophée quatre milliards et demi de francs, aux frais des salariés et des petits épargnants.

Comment donc cela s’accorde-t-il avec le contenu du plan De Man ? Car, à croire le plan à la lettre, il promet de  » poursuivre les excès monopolistes et les manœuvres spéculatrices « .

En vertu du plan De Man, le gouvernement a nommé une commission chargée de contrôler les banques, mais elle est composée de banquiers qui aujourd’hui, joyeux et insouciants, se contrôlent eux-mêmes !

Le plan De Man promet encore d’autres bonnes choses :  » réduction du temps de travail « ,  » normalisation du salaire « ,  » minimum de salaire « ,  » organisation d’un système universel d’assurances sociales », « extension des commodités de la vie grâce à de nouvelles constructions d’habitations  » etc.

Autant de revendications que nous, communistes, pouvons soutenir.

Nous devons nous-adresser aux organisations ouvrières de Belgique et leur dire : les capitalistes ont déjà suffisamment touché, et même beaucoup trop.

Exigeons des ministres social-démocrates qu’ils tiennent les promesses qu’ils ont faites aux ouvriers.

Groupons-nous en un front unique pour le succès de la défense de nos intérêts.

Ministre Vandervelde, nous soutenons les revendications en faveur des ouvriers contenues dans votre plate-forme, mais nous le déclarons ouvertement : ces revendications, nous les prenons au sérieux, nous voulons des actes et non des paroles vaines, et c’est pourquoi nous groupons des centaines de milliers d’ouvriers dans la lutte pour qu’elles soient satisfaites !

Ainsi, dans les pays à gouvernement social-démocrate, les communistes, utilisant telles revendications correspondantes qui sont contenues dans les plate-formes des partis social-démocrates eux-mêmes, et les promesses faites lors des élections par les ministres social-démocrates, comme point de départ pour réaliser l’action commune avec les partis et organisations social-démocrates, pourront ensuite plus aisément déployer la campagne pour l’établissement du front unique, cette fois sur la base d’une série d’autres revendications des masses en lutte contre l’offensive du Capital, contre le fascisme et la menace de guerre.

En outre, il ne faut pas perdre de vue que si, d’une façon générale, l’action commune avec les partis et les organisations social-démocrates, exige des communistes qu’ils fassent une critique sérieuse et fondée de la social-démocratie en tant qu’idéologie et pratique de la collaboration de classe avec la bourgeoisie, et qu’ils éclairent fraternellement, inlassablement les ouvriers social-démocrates sur le programme et les mots d’ordre du communisme, cette tâche est particulièrement importante dans la lutte pour le front unique dans les pays où existent justement des gouvernements social-démocrates.

La lutte pour l’unité syndicale

La réalisation de l’unité syndicale â l’échelle nationale et internationale doit devenir l’étape essentielle dans l’affermissement du front unique. Comme on le sait, c’est dans les syndicats que la tactique scissionniste des chefs réformistes a été appliquée avec le plus d’acuité.

Et cela se conçoit : c’est là que leur politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie trouvait son couronnement pratique, directement à l’entreprise, aux dépens des intérêts vitaux des masses ouvrières.

Cela a provoqué bien entendu, une critique violente et une riposte à cette pratique de la part des ouvriers révolutionnaires guidés par les communistes.

Voilà pourquoi c’est dans le domaine syndical que la lutte la plus vigoureuse s’est engagée entre le communisme et le réformisme.

Plus la situation du capitalisme devenait pénible et compliquée, et plus la politique des chefs des syndicats d’Amsterdam devenait réactionnaire, plus agressives leurs mesures à l’égard de tous les éléments d’opposition à l’intérieur des syndicats.

Même l’instauration de la dictature fasciste en Allemagne et l’offensive renforcée du Capital dans tous les pays capitalistes n’ont pas diminué cette agressivité.

N’est-ce pas un fait caractéristique que dans la seule année 1933 en Angleterre, en Hollande, en Belgique, en Suède, des circulaires infâmes aient été lancées dans le but d’exclure des syndicats les communistes et les ouvriers révolutionnaires ?

En Angleterre, en 1933, paraît une circulaire interdisant aux sections syndicales locales d’adhérer aux organisations anti-guerre et autres organisations révolutionnaires.

C’était le prélude de la fameuse  » circulaire noire » du Conseil général des Trade-unions qui proclamait hors la loi tout conseil syndical

qui admettrait dans son sein des délégués  » liés d’une façon ou d’une autre aux organisations communistes « .

Que dire encore de la direction des syndicats allemands usant de moyens de répression inouïs contre les éléments révolutionnaires des syndicats !

Mais notre tactique doit se fonder non pas sur la conduite des différents chefs des syndicats d’Amsterdam quelques difficultés que cette conduite crée à la lutte de classe, mais, avant tout, sur la question de savoir où se trouvent les masses ouvrières.

Et, ici, nous devons le déclarer ouvertement : le travail dans les syndicats est la question la plus brûlante pour tous Partis communistes.

Nous devons obtenir un tournant réel dans le travail syndical, en plaçant au centre le problème de la lutte pour l’unité syndicale.

Méconnaissant l’attraction que les syndicats exercent sur les ouvriers et placés devant les difficultés du travail à mener à l’intérieur des syndicats d’Amsterdam, beaucoup de nos camarades ont décidé de passer outre à cette tâche compliquée. Ils parlaient invariablement de la crise d’organisation des syndicats d’Amsterdam, de l’abandon précipité des syndicats par les ouvriers, et ils ont perdu de vue qu’après une certaine chute des syndicats au début de la crise économique mondiale, ceux-ci ont ensuite recommencé à grandir.

La particularité du mouvement syndical consistait précisément en ce que l’offensive de la bourgeoisie contre les droits syndicaux, la tentative faite dans plusieurs pays pour unifier les syndicats (Pologne, Hongrie, etc.) , la compression des assurances sociales, le vol des salaires, malgré l’absence de résistance de la part des chefs syndicaux réformistes, obligeaient les ouvriers à se grouper encore plus étroitement autour des syndicats, car les ouvriers voulaient et veulent voir dans le syndicat le défenseur combatif de leurs intérêts de classe les plus urgents.

Voilà ce qui explique que la plupart des syndicats d’Amsterdam, – en France, en Tchécoslovaquie, en Belgique, en Suède, en Hollande, en Suisse, etc., – se soient développés numériquement dans ces dernières années.

La Fédération américaine du travail a aussi considérablement augmenté le nombre de ses adhérents depuis deux ans.

Si les camarades allemands avaient mieux compris leur tâche syndicale dont le camarde Thaelmann leur a parlé maintes fois, nous aurions certainement eu dans les syndicats une situation meilleure que celle qui existait en fait au moment de l’avènement de la dictature fasciste.

Vers la fin de 1932, environ dix pour cent seulement des membres du Parti adhéraient aux syndicats libres.

Et cela, bien que les communistes, après le Congrès de l’Internationale Communiste, se fussent placés à la tête de toute une série de grèves. Dans la presse, nos camarades parlaient de la nécessité de réserver 90% de nos forces au travail dans les syndicats : mais en pratique, tout se concentrait autour de l’oposition syndicale révolutionnaire qui visait en fait, à remplacer les syndicats.

Et après la prise du pouvoir par Hitler ?

Depuis deux ans, beaucoup de nos camarades ont résisté, avec ténacité et d’une façon systématique au mot d’ordre juste de lutte pour le rétablissement des syndicats libres.

Je pourrais citer des exemples analogues pour presque tous les autres pays capitalistes.

Mais déjà nous avons aussi le premier succès sérieux dans la lutte pour l’unité du mouvement syndical dans les pays européens. J’ai en vue la petite Autriche, où sur l’initiative du Parti Communiste, une base a été créée pour le mouvement syndical illégal. Après les batailles de Février, les social-démocrates, avec Otto Bauer en tête, ont lancé le mot d’ordre :  » Les syndicats libres ne peuvent être rétablis qu’après la chute du fascisme « .

Les communistes se sont mis à travailler au rétablissement des syndicats.

Chaque phase de ce travail a été un fragment du front unique vivant du prolétariat autrichien.

Le succès du rétablissement des syndicats libres illégaux fut une défaite sérieuse du fascisme. Les social-démocrates hésitaient sur le chemin à prendre.

Une partie d’entre eux tentèrent d’engager des pourparlers avec le gouvernement.

L’autre partie, voyant nos succès, créa parallèlement ses propres syndicats illégaux.

Mais il ne pouvait y avoir qu’un seul chemin : ou bien capituler devant le fascisme, ou bien lutter en commun contre le fascisme, dans le sens de l’unité syndicale.

Sous la pression des masses, la direction hésitante des syndicats parallèles qui avaient été créés par les anciens chefs syndicaux, a résolu d’accepter l’union. La base de cette union est la lutte irréconciliable contre l’offensive du Capital et du fascisme et la garantie de la démocratie syndicale.

Nous saluons ce fait d’unification syndicale qui est le premier depuis la scission formelle du mouvement syndical après la guerre et qui, pour cette raison, a une importance internationale.

Le front unique en France a donné sans aucun doute une impulsion gigantesque à la réalisation de l’unité syndicale : les dirigeants de la Confédération générale du Travail ont freiné et freinent par tous les moyens la réalisation de l’unité, en opposant à la question fondamentale relative à la politique de classe des syndicats des questions ayant une importance subordonnée et secondaire ou formelle.

Ça a été un succès indubitable de la lutte pour l’unité syndicale que la création de syndicats uniques à l’échelle locale, qui englobent, par exemple, chez les cheminots près des trois quarts des effectifs des deux syndicats.

Nous nous affirmons résolument pour le rétablissement de l’unité syndicale dans chaque pays et à l’échelle internationale.

Nous sommes pour le syndicat unique dans chaque industrie.

Nous sommes pour l’unification syndicale dans chaque pays.

Nous sommes pour l’unification syndicale internationale par industrie.

Nous sommes pour une Internationale syndicale unique sur la base de la lutte de classe.

Nous sommes pour les syndicats de classe uniques, comme étant l’un des principaux remparts de la classe ouvrière contre l’offensive du Capital et du fascisme. Ceci, posé, nous ne mettons qu’une condition à l’unification des organisations syndicales : la lutte contre le Capital ; la lutte contre le fascisme et en faveur de la démocratie à l’intérieur des syndicats.

Le temps presse.

Pour nous, le problème de l’unité du mouvement syndical, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale, est un problème de la grande cause d’unification de notre classe dans de puissantes organisations syndicales uniques contre l’ennemi de classe.

Nous saluons le message adressé, par l’Internationale Syndicale Rouge à l’Internationale d’Amsterdam, – à la veille du Premier Mai de cette année, – pour lui proposer d’étudier en commun les conditions, les méthodes et les formes d’unification du mouvement syndical mondial.

Les chefs de l’Internationale d’Amsterdam ont repoussé cette proposition, en prenant pour prétexte cet argument rebattu que l’unité du mouvement syndical n’est possible que dans les rangs de l’Internationale d’Amsterdam, laquelle, soit dit en passant, ne groupe guère que les organisations syndicales d’une partie des pays européens.

Les communistes qui travaillent dans les syndicats, doivent poursuivre sans se lasser la lutte pour l’unité du mouvement syndical.

La tâche des syndicats rouges et de l’Internationale Syndicale Rouge est de faire tout ce qui dépend d’eux pour que vienne au plus vite l’heure de la réalisation de la lutte commune de tous les syndicats contre l’offensive du Capital et du fascisme, pour réaliser l’unité du mouvement syndical en dépit de l’opposition obstinée des chefs réactionnaires de l’Internationale d’Amsterdam.

Les syndicats rouges et l’I.S.R. doivent recevoir en ce sens notre aide pleine et entière.

Nous recommandons, dans les pays où existent de petits syndicats rouges, de travailler à leur affiliation aux grands syndicats réformistes, en revendiquant la liberté de défendre leurs opinions et la réintégration des exclus, et dans les pays où existent parallèlement de grands syndicats rouges et réformistes, de convoquer un congrès d’unification sur la base d’une plate-forme de lutte contre l’offensive du Capital et de la garantie de la démocratie syndicale.

Nous devons déclarer de la façon la plus catégorique que l’ouvrier communiste, l’ouvrier révolutionnaire qui n’adhère pas au syndicat de masse de sa profession, qui ne lutte pas pour transformer le syndicat réformiste en une véritable organisation syndicale de classe, qui ne lutte pas pour l’unité du mouvement syndical sur la base de la lutte de classe, cet ouvrier communiste, cet ouvrier révolutionnaire, ne s’acquitte pas de son premier devoir prolétarien.

Le front unique et les jeunes

J’ai déjà indiqué le rôle qu’a joué pour la victoire du fascisme l’intégration des jeunes aux organisations fascistes.

Parlant des jeunes, nous devons le déclarer ouvertement : nous avons dédaigné la tâche qui nous incombait d’entraîner les masses de la jeunesse travailleuse dans la lutte contre l’offensive du Capital, contre le fascisme et la menace de guerre ; nous avons dédaigné ces tâches dans plusieurs pays.

Nous avons sous-estimé l’importance énorme de la jeunesse dans la lutte contre le fascisme. Nous n’avons pas toujours tenu compte des intérêts particuliers, économiques, politiques et culturels de la jeunesse. Nous n’avons pas, non plus, prêté l’attention voulue à l’éducation révolutionnaire des jeunes.

Tout cela, le fascisme l’a utilisé fort habilement, en attirant dans certains pays, notamment en Allemagne, d’importants contingents de jeunes sur une voie opposée à celle du prolétariat. Il faut tenir compte du fait que le fascisme n’attire pas seulement la jeunesse par le romantisme militaire.

De-ci de-là il donne à manger, il distribue des effets aux membres de ses formations, il donne du travail à tel ou tel, il fonde même des institutions dites culturelles à l’usage de la jeunesse, pour lui faire croire qu’il veut et peut réellement nourrir, habiller, instruire et faire travailler la masse de la jeunesse laborieuse.

Nos Fédérations communistes de jeunes, dans une série de pays capitalistes, sont encore maintenant des organisations éminemment sectaires, détachées des masses. Leur faiblesse fondamentale consiste en ce qu’elles s’efforcent encore de copier les Partis communistes, leurs formes et leurs méthodes de travail, oubliant que la jeunesse communiste n’est pas le Parti Communiste de la jeunesse. Elles ne tiennent pas suffisamment compte du fait qu’il s’agit d’une organisation avec ses tâches particulières bien à elle. Ses méthodes et ses formes de travail, d’éducation et de lutte doivent être adaptées au niveau concret et aux aspirations de la jeunesse.

Nos jeunes communistes ont donné des exemples inoubliables d’héroïsme dans la lutte contre les violences fascistes et la réaction bourgeoise.

Mais ce qui leur manque encore, c’est la capacité d’arracher concrètement et obstinément les masses de jeunes à l’influence ennemie.

On le voit à la résistance, insurmontée jusqu’à présent, que rencontre le travail à faire dans les organisations fascistes de masse, à la façon pas toujours juste d’aborder la jeunesse socialiste ou les autres jeunes non communistes.

En tout cela, une grande responsabilité incombe aussi, bien entendu, aux Partis communistes, qui doivent guider et soutenir les jeunesses communistes dans leur travail.

Car le problème de la jeunesse n’est pas seulement le problème des jeunesses communistes.

C’est le problème du mouvement communiste tout entier.

Dans le domaine de la lutte pour la jeunesse, il est nécessaire que les Partis communistes et les organisations de jeunesses communistes opèrent effectivement un tournant décisif.

La tâche principale du mouvement communiste de la jeunesse dans les pays capitalistes est de marcher hardiment à la réalisation du front unique, à l’organisation de l’union de la jeune génération travailleuse. Les exemples de la France et des Etats-Unis dans ces derniers temps montrent l’influence énorme qu’exercent sur le mouvement révolutionnaire de la jeunesse même les premiers pas qu’on fait dans cette voie.

Dans ces pays, il a suffi de procéder à la réalisation du front unique pour enregistrer aussitôt des succès considérables.

Sous ce rapport, notre attention est légitimement retenue dans le domaine du front unique international par l’initiative couronnée de succès du comité parisien de lutte contre la guerre et le fascisme en vue de réaliser la collaboration internationale de toutes les organisations non fascistes de la jeunesse. Ces démarches heureuses faites depuis quelque temps dans le mouvement du front unique des jeunes montrent aussi que les formes du front unique des jeunes ne doivent pas suivre un modèle stéréotypé ; elles ne doivent pas être nécessairement les mêmes que celles qui sont pratiquées par les Partis communistes.

Les Fédérations de Jeunesses communistes. doivent tendre par tous les moyens à l’union des forces de toutes les organisations de masse non fascistes de la jeunesse, en allant jusqu’à créer des organisations communes de toute sorte pour la lutte contre le fascisme, contre la privation inouïe de droits dont souffre la jeunesse et contre sa militarisation, pour les droits économiques et culturels de la jeune génération, pour le ralliement au front antifasciste de cette jeunesse où qu’elle soit : dans les entreprises, dans les camps de travail forcé, dans les Bourses du travail, dans les casernes et la flotte, dans les écoles ou les diverses organisations sportives, culturelles et autres.

En développant et en renforçant les jeunesses communistes, nos jeunes communistes doivent travailler à la création d’associations antifascistes entre les Fédérations communistes et socialistes de jeunes sur la plate-forme de la lutte de classe.

Le front unique et le femmes

Tout autant que dans les cas des jeunes, on a sous-estimé le travail parmi les femmes laborieuses, parmi les ouvrières, les chômeuses, les paysannes et les ménagères. Et cependant, si le fascisme frustre les jeunes plus que tous les autres, il asservit la femme d’une façon particulièrement impitoyable et cynique, en se jouant des sentiments les plus douloureux de la mère, de la ménagère, de l’ouvrière seule dans la vie, qui vivent dans l’incertitude du lendemain.

Le fascisme, jouant le rôle de bienfaiteur, jette de misérables aumônes à la famille affamée, pour chercher à étouffer ainsi l’amertume que provoque, surtout chez les femmes laborieuses, l’esclavage inouï que leur apporte le fascisme.

Il chasse les ouvrières de la production. Il expédie de force les jeunes filles nécessiteuses à la campagne, en les condamnant à devenir des domestiques sans salaire chez les koulaks et les propriétaires fonciers.

Tout en promettent à la femme un foyer familial heureux, il la pousse, plus qu’aucun autre régime capitaliste, sur la voie de la prostitution.

Les communistes et, avant tout, nos femmes communistes, ne doivent pas oublier qu’il ne peut y avoir de lutte victorieuse contre le fascisme et contre la guerre sans l’intégration dans la lutte des grandes masses féminines.

Or, pour arriver à cela, la propagande seule ne suffit pas. En tenant compte de toute situation concrète, nous devons trouver la possibilité de mobiliser la masse des femmes travailleuses autour de leurs intérêts quotidiens et de leurs revendications, dans la lutte contre la vie chère, pour le relèvement des salaires sur la base du principe  » à travail égal salaire égal « , contre les licenciements en masse, contre toute manifestation de l’inégalité des femmes et de leur asservissement au fascisme.

Tout en visant à entraîner les femmes travailleuses dans le mouvement révolutionnaire, nous ne devons pas craindre dans ce but, là où il sera nécessaire, de créer aussi des organisations féminines distinctes.

Le préjugé d’après lequel il est nécessaire de liquider dans les pays capitalistes les organisations féminines placées sous la direction des Partis communistes au nom de la lutte contre le  » séparatisme féminin  » dans le mouvement ouvrier, ce préjugé a bien souvent causé un grand préjudice.

Il importe de trouver les formes les plus simples, les plus souples, qui permettent d’établir le contact et la lutte commune des organisations féminines anti-guerre et antifascistes, révolutionnaires, social-démocrates et progressistes.

Nous devons coûte que coûte faire en sorte que les ouvrières et les femmes travailleuses luttent coude à coude avec leurs frères de classe dans les rangs du front unique de la classe ouvrière et du front populaire antifasciste.

Le front unique et l’anti-impérialisme

Du fait de la situation internationale et intérieure modifiée, le problème du front unique anti-impérialiste acquiert une importance exceptionnelle dans tous les pays coloniaux et semi-coloniaux.

En formant un vaste front unique anti-impérialiste de lutte dans les colonies et les semi-colonies,

il est avant tout nécessaire de tenir compte de la variété des conditions où se déroule la lutte anti-impérialiste des masses, du degré variable de maturité du mouvement de libération nationale, du rôle qu’y joue le prolétariat et de l’influence du Parti Communiste sur les grandes masses.

La question se pose au Brésil d’une autre façon qu’aux Indes et en Chine, etc.

Au Brésil, le Parti Communiste, qui a débuté justement dans le développement du front unique anti-impérialiste en créant l’Alliance13 de l’émancipation nationale doit consacrer tous ses efforts à élargir encore ce front, en y attirant, en premier lieu, les millions de paysans, en orientant les choses vers la création d’unités de l’armée révolutionnaire populaire dévouées jusqu’au bout à la révolution, et vers l’établissement du pouvoir de l’Alliance de l’émancipation nationale.

Aux Indes, les communistes doivent participer à toutes les actions anti-impérialistes de masse sans en excepter celles qui sont guidées par les nationaux-réformistes, les soutenir et les amplifier.

Tout en gardant leur indépendance en matière politique et d’organisation, ils doivent faire un travail actif à l’intérieur des organisations qui prennent part au Congrès national de l’Inde, en contribuant à la cristallisation dans leur sein de l’aile nationale révolutionnaire, en vue de déployer dans la suite le mouvement de libération nationale des peuples de l’Inde contre l’impérialisme britannique.

En Chine, où le mouvement populaire a déjà abouti à la création de régions soviétiques sur une vaste étendue du pays et à l’organisation d’une puissante Armée Rouge, l’attaque de brigandage lancée par l’impérialisme japonais et la trahison du gouvernement de Nankin ont mis en péril l’existence nationale du grand peuple chinois.

Seuls les Soviets chinois peuvent intervenir comme centre unificateur dans la lutte contre l’asservissement et le partage de la Chine par les impérialistes, comme centre unificateur destiné à rassembler toutes les forces anti-impérialistes pour la lutte nationale du peuple chinois.

C’est pourquoi nous approuvons l’initiative de notre courageux Parti Communiste frère de Chine dans son travail pour réaliser le plus vaste front unique anti-impérialiste contre l’impérialisme japonais et ses agents chinois avec toutes les forces organisées qui existent sur le territoire de la Chine et qui sont prêtes à mener réellement la lutte, pour le salut de leur pays et de leur peuple.

Je suis certain d’exprimer le sentiment et la pensée de tout notre Congrès en déclarant : nous adressons un salut fraternel ardent, au nom du prolétariat révolutionnaire du monde entier, à tous les Soviets de Chine, au peuple révolutionnaire chinois. Nous adressons un salut fraternel ardent à l’héroïque Armée Rouge de Chine, éprouvée dans des milliers de batailles. Et nous assurons le peuple chinois de notre ferme résolution de soutenir sa lutte pour son affranchissement total de tous les rapaces impérialistes et de leurs agents chinois.

Le gouvernement de front unique

Camarades ! Nous nous orientons résolument, hardiment vers le front unique de la classe ouvrière, et nous sommes prêts à le mettre en pratique avec tout l’esprit de suite nécessaire.

A la question de savoir si, sur le terrain du front unique, nous, communistes, nous préconisons seulement la lutte pour les revendications partielles, ou si nous sommes prêts à partager les responsabilités même au moment où il s’agira de former un gouvernement sur la base du front unique, nous répondrons, pleinement conscients de nos responsabilités : oui, nous envisageons l’éventualité d’une situation telle que la formation d’un gouvernement de front unique prolétarien ou de front populaire antifasciste devienne non seulement possible, mais indispensable dans l’intérêt du prolétariat.

Et, dans ce cas, nous interviendrons sans -aucune hésitation pour la formation d’un tel gouvernement.

Je ne parle pas ici du gouvernement qui peut être formé après la victoire de la révolution prolétarienne.

Evidemment, la possibilité n’est pas exclue que, dans un pays quelconque, aussitôt après le renversement révolutionnaire de la bourgeoisie, un gouvernement soviétique puisse être formé sur la base d’un bloc gouvernemental du Parti Communiste avec tel autre parti (ou son aile gauche) qui participe à la révolution.

On sait qu’après la Révolution d’Octobre, le Parti des bolchéviks russes vainqueur a fait aussi entrer dans la composition du gouvernement soviétique les représentants des socialistes révolutionnaires de gauche.

Telle fut la particularité du premier gouvernement soviétique constitué après la victoire de la Révolution d’Octobre.

Il ne s’agit pas d’un cas de ce genre, mais de la formation possible d’un gouvernement de front unique à la veille de la victoire de la révolution soviétique et avant cette victoire.

Qu’est-ce que ce gouvernement ?

Et dans quelle situation peut-il en être question ?

C’est avant tout un gouvernement de lutte contre le fascisme et la réaction.

Ce doit être un gouvernement qui prend naissance comme fruit du mouvement de front unique et ne limite en aucune manière l’activité du Parti Communiste et des organisations de masse de la classe ouvrière, mais, au contraire, prend des mesures résolues contre les magnats contre-révolutionnaires de la finance et leurs agents fascistes.

Au moment propice, en s’appuyant sur le mouvement grandissant de front unique, le Parti Communiste du pays donné interviendra pour la formation d’un tel gouvernement sur la base d’une plate-forme antifasciste déterminée.

Dans quelles conditions objectives la formation d’un tel gouvernement sera-t-elle possible ?

A cette question, on peut répondre sous la forme la plus générale : dans les conditions d’une crise politique le jour où les classes dominantes ne sont plus en état de maîtriser le puissant essor du mouvement antifasciste de masse.

Mais ce n’est là que la perspective générale sans laquelle il ne sera guère possible en pratique de former un gouvernement de front unique.

Seule, la présence de conditions particulières déterminées peut inscrire à l’ordre du jour la question de former ce gouvernement comme une tâche politiquement indispensable.

Il me semble qu’en l’occurrence les conditions suivantes méritent la plus grande attention : Premièrement, que l’appareil d’Etat de la bourgeoisie soit suffisamment désorganisé et paralysé, en sorte que la bourgeoisie ne puisse empêcher la formation d’un gouvernement de lutte contre la réaction et le fascisme.

Deuxièmement, que les grandes masses de travailleurs, et particulièrement les syndicats de masse, se dressent impétueusement contre le fascisme et la réaction, mais sans être encore prêtes à ce soulever pour lutter sous la direction du Parti Communiste pour la conquête du pouvoir soviétique.

Troisièmement, que la différenciation et l’évolution à gauche dans les rangs de la social-démocratie et des autres partis participant au front unique aient déjà abouti à ce résultat qu’une partie considérable d’entre eux exigent des mesures implacables contre les fascistes et les autres réactionnaires, luttent en commun avec les communistes contre le fascisme et interviennent ouvertement contre les éléments réactionnaires de leur propre Parti hostiles au communisme.

Quand et dans quel pays interviendra en fait une situation de ce genre, avec ces conditions données dans une mesure suffisante, c’est ce qu’on ne saurait dire à l’avance, mais une telle possibilité n’étant exclue dans aucun des pays capitalistes, nous devons en tenir compte, et non seulement nous orienter nous-mêmes vers elle et nous y préparer, mais orienter aussi en conséquence la classe ouvrière.

Si, d’un façon générale, nous mettons aujourd’hui cette question à l’étude, c’est évidemment en rapport avec notre appréciation de la situation et de la perspective de développement immédiat, comme avec le développement réel du mouvement de front unique dans une série de pays ces derniers temps.

Pendant plus de dix années, la situation dans les pays capitalistes a été telle que l’Internationale Communiste n’avait pas à examiner des problèmes de ce genre.

Vous vous rappelez, qu’à notre IVe Congrès, en 1922 et encore au Ve Congrès de 1924, nous avons étudié le mot d’ordre du gouvernement ouvrier ou ouvrier et paysan.

En cela, il s’agissait primitivement, au fond, d’une question presque analogue à celle que nous posons aujourd’hui.

Les débats qui s’engagèrent alors dans l’Internationale Communiste autour de cette question et surtout, les fautes politiques commises dans ce domaine ont maintenant encore de l’importance pour accentuer notre vigilance contre le danger de dévier à droite ou à « gauche » de la ligne bolchévique dans cette question. C’est pourquoi je signalerai brièvement certaines de ces fautes, afin d’en tirer les enseignements nécessaires pour la politique actuelle de nos Partis.

La première série de fautes résultait précisément du fait que la question du gouvernement ouvrier n’était pas rattachée clairement et fermement à l’existence d’une crise politique.

Grâce à cette circonstance, les opportunistes de droite pouvaient interpréter les choses de façon à faire croire qu’il convient de viser à la formation d’un gouvernement ouvrier soutenu par le Parti Communiste dans n’importe quelle situation, comme on dit : dans une situation « normale ».

Les ultra gauches, au contraire, ne reconnaissaient que le gouvernement ouvrier susceptible d’être créé uniquement par le moyen de l’insurrection armée, après le renversement de la bourgeoisie.

L’un et l’autre points de vue étaient faux et c’est pourquoi, afin d’éviter la répétition de pareilles erreurs, nous mettons aujourd’hui si fortement l’accent sur le décompte exact des conditions concrètes particulières de la crise politique et de l’essor du mouvement de masse dans lesquelles la création d’un gouvernement de front unique peut s’avérer possible et politiquement indispensable.

La deuxième série de fautes résultait du fait que la question du gouvernement ouvrier n’était pas liée au développement d’un vaste mouvement combatif de front unique du prolétariat.

C’est pourquoi les opportunistes de droite avaient la possibilité de déformer la question en la ramenant à une tactique sans principe de blocage avec les Partis social-démocrates sur la base de combinaisons purement parlementaires : Les ultra gauches, au contraire, criaient :  » Aucune coalition avec la social-démocratie contre-révolutionnaire !  » en considérant, par essence, tous les social-démocrates comme des contre-révolutionnaires.

L’un et l’autre point de vue étaient faux ; et maintenant nous soulignons, d’une part, que nous ne voulons pas le moins du monde d’un  » gouvernement ouvrier  » qui soit purement et simplement un gouvernement social-démocrate élargi.

Nous préférons même renoncer à la dénomination de « gouvernement ouvrier  » et nous parlons d’un gouvernement de front unique qui, par son caractère politique, est tout à fait différent, différent en principe, de tous les gouvernements social-démocrates qui ont coutume de s’intituler  » gouvernement ouvrier « .

Alors que le gouvernement social-démocrate représente une arme de la collaboration de classe avec la bourgeoisie dans l’intérêt de la conservation du régime capitaliste, le gouvernement de front unique est un organisme de collaboration de l’avant-garde révolutionnaire du prolétariat avec les autres partis antifascistes dans l’intérêt du peuple travailleur tout entier, un gouvernement de lutte contre le fascisme et la réaction.

Il est clair que ce sont là deux choses foncièrement différentes.

D’un autre côté, nous soulignons la nécessité de voir la différence qu’il y a entre les deux camps distincts de la social-démocratie. Comme je l’ai déjà indiqué, il existe un camp réactionnaire de la social-démocratie, mais, en mêmes temps, il existe et grandit un camp de social-démocrates de gauche (sans guillemets) , d’ouvriers en train de devenir révolutionnaires.

La différence décisive qu’il y a entre eux réside pratiquement dans leur attitude à l’égard du front unique de la classe ouvrière.

Les social-démocrates réactionnaires sont contre le front unique, ils calomnient le mouvement de front unique, ils le sabotent et le désagrègent parce qu’il fait échec à leur politique de conciliation avec la bourgeoisie.

Les social-démocrates de gauche sont pour le front unique ; ils défendent, développent et renforcent le mouvement de front unique.

Ce mouvement de front unique étant un mouvement de combat contre le fascisme et la réaction, constituera une force motrice permanente poussant le gouvernement de front unique à la lutte contre la bourgeoisie réactionnaire.

Plus ce mouvement de masse se développera puissamment, et plus grande sera la force qu’il pourra mettre à la disposition du gouvernement pour combattre les réactionnaires.

Mieux ce mouvement de masse sera organisé à la base, plus vaste sera le réseau des organismes de classe hors-parti du front unique dans les entreprises, parmi les chômeurs, dans les quartiers ouvriers, parmi les petites gens de la ville et de la campagne, et plus on aura de garantie contre la dégénérescence possible de la politique du gouvernement de front unique.

La troisième série de points de vue erronés qui est apparue dans les débats précédents, concernait précisément la politique pratique du  » gouvernement ouvrier « .

Les opportunistes de droite estimaient que le « gouvernement ouvrier  » doit se tenir  » dans le cadre de la démocratie bourgeoise  » ; que par conséquent, il ne doit entreprendre aucune démarche débordant de ce cadre.

Les ultra gauches, au contraire, se refusaient en fait à toute tentative de former un gouvernement de front unique.

En Saxe et en Thuringe, on a pu voir, en 1923, un tableau très édifiant de la pratique opportuniste de droite du  » gouvernement ouvrier « .

L’entrée des communistes dans le gouvernement de Saxe avec les social-démocrates de gauche (groupe de Zeigner) n’était pas une faute par elle-même ; au contraire, la situation révolutionnaire de l’Allemagne justifiait pleinement cette démarche.

Mais, faisant partie du gouvernement, les communistes auraient dû utiliser leurs positions avant tout pour armer le prolétariat.

Ils ne l’ont pas fait.

Ils n’ont pas même réquisitionné un seul des appartements des riches, bien que la pénurie de logements chez les ouvriers fût si grande que beaucoup d’entre eux, avec leurs enfants et leurs femmes, restaient sans abri.

Ils n’ont rien entrepris non plus pour organiser le mouvement révolutionnaire des masses ouvrières.

Ils se conduisaient en général comme de vulgaires ministres parlementaires  » dans le cadre de la démocratie bourgeoise « . C’est là le fruit, comme on le sait, de la politique opportuniste de Brandler et de ses partisans.

Il en est résulté une telle banqueroute que, maintenant encore, nous nous voyons obligés de nous référer au gouvernement de Saxe comme à un exemple classique de la façon dont les révolutionnaires ne doivent pas se conduire au gouvernement.

Camarades ! Nous exigeons de chaque gouvernement de front unique une toute autre politique.

Nous exigeons de lui qu’il réalise des revendications révolutionnaires radicales, déterminées, répondant à la situation. Par exemple, le contrôle de la production, le contrôle des banques, la dissolution de la police, son remplacement par la milice ouvrière armée, etc. Il y a quinze ans, Lénine nous appelait à concentrer toute notre attention sur la  » recherche des formes de transitions ou de rapprochement conduisant à la révolution prolétarienne « .

Le gouvernement de front unique s’avérera peut-être, dans une série de pays, une des principales formes de transition.

Les doctrinaires « de gauche » ont toujours passé outre à cette indication de Lénine ; tels des propagandistes bornés, ils ne parlaient que du « but », sans jamais se préoccuper des « formes de transition « .

Quant aux opportunistes de droite, ils tendaient à établir un certain  » stade intermédiaire démocratique  » entre la dictature de la bourgeoisie et la dictature du prolétariat, pour inculquer aux ouvriers l’illusion d’une paisible promenade parlementaire d’une dictature à une autre.

Ce  » stade intermédiaire  » fictif, ils l’intitulaient aussi  » forme transitoire « , et ils se référaient même à Lénine !

Mais il n’était pas difficile de dévoiler cette filouterie ; car Lénine parlait d’une forme de transition et de rapprochement conduisant à la  » révolution prolétarienne « , c’est-à-dire au renversement de la dictature bourgeoise, et non pas d’on ne sait quelle forme de transition entre la dictature bourgeoise et la dictature prolétarienne.

Pourquoi Lénine attribuait-il une importance aussi considérable à la forme de transition conduisant à la révolution prolétarienne ?

Parce ce qu’il avait en vue la  » loi fondamentale de toutes les grandes révolutions « , la loi d’après laquelle la propagande et l’agitation seules ne peuvent remplacer pour les masses leur propre expérience politique lorsqu’il s’agit de faire ranger véritablement les grandes masses de travailleurs aux cotés de l’avant-garde révolutionnaire, sans quoi la lutte victorieuse est impossible.

La faute ordinaire d’acabit gauchiste, c’est l’idée que, dès que surgit une crise politique (ou révolutionnaire), il suffit à la direction communiste de lancer le mot d’ordre de l’insurrection révolutionnaire pour que les grandes masses le suivent.

Non, même quand il s’agit d’une crise de ce genre, les masses sont loin d’y être toujours préparées.

Nous l’avons vu par l’exemple de l’Espagne. Aider les masses innombrables à comprendre le plus vite possible, par leur propre expérience, ce qu’il leur faut faire, où trouver l’issue décisive, quel parti mérite leur confiance – voilà pourquoi sont nécessaires entre autres les mots d’ordre transitoires, ainsi que les  » formes « particulières » de transition ou de rapprochement conduisant à la révolution prolétarienne ». Sinon, les grandes masses populaires, soumises à l’influence des illusions et des traditions demi petites bourgeoises, peuvent, même en présence d’une situation révolutionnaire, hésiter, temporiser et errer sans trouver la voie de la révolution, – pour tomber ensuite sous les coups des bourreaux fascistes.

C’est pourquoi nous envisageons la possibilité de former dans les conditions d’une crise politique, un gouvernement de front unique antifasciste.

Dans la mesure où ce gouvernement engagera réellement la lutte contre les ennemis du peuple, accordera la liberté d’action à la classe ouvrière et au Parti Communiste, nous, communistes, nous, le soutiendrons par tous les moyens et, en soldats de la révolution, nous nous battrons en première ligne.

Mais nous le disons ouvertement aux masses : ce gouvernement-là ne peut pas apporter le salut définitif.

Il n’est pas en mesure de renverser la domination de classe des exploiteurs, et c’est pourquoi il ne peut pas non plus écarter définitivement le danger de la contre-révolution fasciste.

En conséquence, il est nécessaire de se préparer pour la révolution socialiste. Le salut ne viendra que du pouvoir soviétique, de lui seul ! En appréciant le développement actuel de la situation mondiale, nous voyons qu’une crise politique mûrit dans tout un ensemble de pays. Et c’est là ce qui détermine la haute actualité et la haute importance de la ferme résolution prise par notre Congrès sur la question du gouvernement de front unique.

Si nos Partis savent utiliser, à la manière bolchevique ; la possibilité de former un gouvernement de front unique, la lutte autour de sa formation, de même que l’exercice du, pouvoir par un tel gouvernement, pour la préparation révolutionnaire des masses, on aura là, également, la meilleure justification politique de notre orientation vers la création d’un gouvernement de front unique.

La lutte idéologique contre le fascisme

Un des côtés les plus faibles de la lutte antifasciste de nos Partis consiste en ce qu’ils ne réagissent pas suffisamment et en temps opportun à la démagogie du fascisme et continuent jusqu’à présent à considérer avec dédain les questions de la lutte contre l’idéologie fasciste.

Beaucoup de camarades ne croyaient pas qu’une variété de l’idéologie aussi réactionnaire que l’idéologie du fascisme, arrivant dans son absurdité bien souvent jusqu’à la démence, fût, en général, capable de conquérir une influence de masse.

Ce fut une grande faute.

La décomposition très avancée du capitalisme pénètre jusqu’au cœur même de son idéologie et de sa culture, et la situation désespérée des grandes masses populaires rend certaines de leurs couches sujettes à la contagion des déchets idéologiques de cette décomposition.

Cette force de contagion idéologique que possède le fascisme nous ne devons en aucun cas la sous-estimer.

Nous devons, au contraire pour notre part, déployer une ample lutte idéologique sur la base d’une argumentation claire, populaire et d’une attitude juste et bien réfléchie à l’égard de la psychologie nationale particulière des masses populaires.

Les fascistes fouillent dans toute l’histoire de chaque peuple pour se présenter comme les héritiers et les continuateurs de tout ce qu`il y a eu de sublime et d’héroïque dans son passé, tout ce qu’il y a eu d’humiliant et d’injurieux pour les sentiments nationaux du peuple, ils s’en servent comme d’une arme contre les ennemis du fascisme.

En Allemagne, on édite des centaines de livres n’ayant qu’un seul but : falsifier à la manière fasciste l’histoire du peuple allemand.

Les historiens national-socialistes frais émoulus s’efforcent de représenter l’histoire de l’Allemagne de façon à faire croire que, en vertu d’on ne sait quelle  » continuité historique », on voit courir tout au long de deux mille années, comme un fil rouge, une ligne de développement qui a abouti à l’apparition sur la scène historique du « sauveur » national, du  » Messie » du peuple allemand, le  » Caporal  » bien connu d’origine autrichienne !

Dans ces livres on représente les plus grandes personnalités du peuple allemand, dans le passé, comme fascistes, et les grands mouvements paysans comme les précurseurs directs du mouvement fasciste.

Mussolini s’applique de toutes ses forces à se constituer un capital politique avec la figure héroïque de Garibaldi.

Les fascistes français mettent en avant Jeanne d’Arc comme leur héroïne.

Les fascistes américains en appellent aux traditions des guerres américaines de l’indépendance, aux traditions de Washington, de Lincoln. Les fascistes bulgares utilisent le mouvement d’émancipation nationale de 1870-1880 et ses héros populaires favoris Vassil Levski, Stéfan Karadja, etc.

Les communistes, qui estiment que tout cela n’intéresse pas la cause de la classe ouvrière, qui ne font rien pour éclairer de façon juste, au point de vue historique, dans le véritable sens marxiste, léniniste-marxiste, les masses travailleuses sur le passé de leur propre peuple, pour rattacher sa lutte actuelle à ses traditions et à son passé révolutionnaire, ces communistes abandonnent volontairement aux falsificateurs fascistes tout ce qu’il y a de précieux dans le passé historique de la nation, pour berner les masses populaires.

Non Camarades ! Nous sommes intéressés dans chaque question importante, non seulement du présent et de l’avenir, mais aussi du passé de notre propre peuple.

Car nous, communistes, n’appliquons pas une politique étroite faite des intérêts corporatifs des ouvriers.

Nous ne sommes pas les hommes bornés des trade-unions ou les dirigeants de guildes médiévales d’artisans et de compagnons.

Nous sommes les représentants des intérêts de classe de la classe la plus importante, la plus grande de la société moderne, de la classe ouvrière appelée à affranchir l’humanité des tortures du régime capitaliste, de la classe qui, sur un sixième du globe, a déjà renversé le joug du capitalisme, et est la classe régnante. Nous défendons les intérêts vitaux de toutes les couches travailleuses exploitées, c’est-à-dire de la majorité écrasante du peuple dans n’importe quel pays capitaliste.

Nous, communistes, nous sommes les irréconciliables adversaires de principe du nationalisme bourgeois sous toutes ses formes.

Mais nous ne sommes pas les partisans du nihilisme national, et ne devons jamais nous affirmer comme tels.

Le problème de l’éducation des ouvriers et de tous les travailleurs dans l’esprit de l’internationalisme prolétarien est une des tâches fondamentales de tout Parti Communiste.

Mais quiconque pense que cela lui permet de cracher, et même l’oblige à cracher sur tous les sentiments nationaux des grandes masses travailleuses, est loin du bolchévisme authentique, il n’a rien compris à la doctrine de Lénine dans la question nationale.

Lénine qui a toujours combattu, résolument et avec esprit de suite, le nationalisme bourgeois, nous a donné un exemple de la façon juste dont il convient d’aborder le problème des sentiments nationaux, dans son article :  » De la fierté nationale des Grand-Russes « , écrit en 1914. Voici ce qu’il écrivait :


 » Le sentiment de fierté nationale nous est-il étranger, à nous, prolétaires grand-russes conscients ??

Evidemment non ! Nous aimons notre langue et notre patrie ; ce à quoi nous travaillons le plus c’est à élever ses masses laborieuses (c’est-à-dire les 9/10 de sa population) à la vie consciente de démocrates et de socialistes.

Le plus pénible pour nous, c’est de voir et de sentir quelles violences, quelle oppression et quelles vexations les bourreaux tsaristes, les nobles et les capitalistes font subir à notre belle patrie.

Nous sommes fiers que ces violences aient provoqué des résistances dans notre milieu, dans le milieu des Grand-Russes ; que ce milieu ait produit Radichtchev, les décembristes, les révolutionnaires roturiers de 1870-1880 ; que la classe ouvrière grand-russe ait créé en 1905 un puissant parti révolutionnaire de masse…

Nous sommes pénétrés d’un sentiment de fierté nationale : la nation grand-russe a créé, elle aussi, une classe révolutionnaire elle aussi a prouvé qu’elle est capable de fournir à l’humanité de grands exemples de lutte pour la liberté et pour le socialisme, et pas simplement de rands pogroms, des rangées de potences, des cachots, de grandes mines et une grande servilité devant les popes, les tsars, les propriétaires fonciers et les capitalistes.

Nous sommes tout pénétrés d’un sentiment de fierté nationale, et c’est pourquoi nous haïssons tant notre passé d’esclaves… et notre présent d’esclaves, quand ces mêmes propriétaires, secondés par les capitalistes nous mènent à la guerre pour étrangler la Pologne et l’Ukraine, écraser le mouvement démocratique en Perse et en Chine, renforcer la clique des Romanov, des Bobrinski, des Pourichkévitch, qui déshonorent notre dignité nationale de Grand-Russes. » V.I.Lénine, Œuvres complètes, t. XXI, pages 85-86.

Voilà ce que Lénine écrivait à propos de la fierté nationale.

Je pense, camarades, ne pas avoir agi incorrectement au procès de Leipzig lorsque les fascistes ayant tenté de calomnier le peuple bulgare en le traitant de peuple barbare, j’ai pris la défense de l’honneur national des masses travailleuses de ce peuple qui lutte avec abnégation contre les usurpateurs fascistes, ces véritables barbares et sauvages et lorsque j’ai déclaré que je n’ai aucune raison d’avoir honte d’être Bulgare et qu’au contraire je suis fier d’être le fils de l’héroïque classe ouvrière bulgare. Camarades ! L’internationalisme prolétarien doit, pour ainsi dire « s’acclimater » dans chaque pays pour prendre profondément racine en terre natale.

Les formes nationales de la lutte prolétarienne de classe et du mouvement ouvrier des différents pays ne contredisent pas l’internationalisme prolétarien ; au contraire, c’est justement sous ces formes que l’on peut défendre avec succès les intérêts internationaux du prolétariat.

Il va de soi qu’il est nécessaire, toujours et partout, de dénoncer et de prouver concrètement aux masses que, sous prétexte de défendre les intérêts de la nation en général, la bourgeoisie fasciste réalise sa politique égoïste d’oppression et d’exploitation de son propre peuple, de même que sa politique de pillage et d’asservissement des autres peuples. Mais on ne saurait s’en tenir là.

Il est nécessaire, en même temps, par la lutte même de la classe ouvrière et les interventions des Partis communistes, de montrer que le prolétariat, qui s’insurge contre tout genre d’asservissement et d’oppression nationale, est le véritable et l’unique champion de la liberté nationale et de l’indépendance du peuple.

Les intérêts de la lutte de classe du prolétariat contre les exploiteurs et les oppresseurs à l’intérieur du pays ne contredisent pas-les intérêts de l’avenir libre et heureux de la nation.

Au contraire : la révolution socialiste signifiera le salut de la nation et lui ouvrira la voie d’un plus grand essor. Du fait que la classe ouvrière édifie actuellement ses organisations de classe et fortifie ses positions, qu’elle défend contre le fascisme les droits démocratiques et la liberté, qu’elle lutte pour le renversement du capitalisme, de ce fait même elle lutte pour cet avenir de la nation. Le prolétariat révolutionnaire lutte pour la sauvegarde de la culture du peuple pour la libérer des chaînes du Capital monopoliste en décomposition, du fascisme barbare qui lui fait violence.

Seule la révolution prolétarienne peut conjurer la mort de la culture, l’élever à un épanouissement supérieur en tant que culture populaire véritable, nationale par sa forme et socialiste par son contenu, ce que nous voyons se réaliser sous nos propres yeux dans l’Union des Républiques soviétiques socialistes. L’internationalisme prolétarien non seulement ne contredit pas cette lutte des travailleurs des différents pays pour la liberté nationale, sociale et culturelle, mais encore il garantit, grâce à la solidarité prolétarienne internationale et à l’unité de combat, le soutien nécessaire pour la victoire dans cette lutte. C’est seulement en union étroite avec le prolétariat vainqueur de la grande Union Soviétique que la classe ouvrière des pays capitalistes peut vaincre.

C’est seulement en luttant la main dans la main avec le prolétariat des pays impérialistes que les peuples coloniaux et les minorités nationales opprimées peuvent obtenir leur affranchissement.

C’est seulement par l’union révolutionnaire de la classe ouvrière des pays impérialistes avec le mouvement d’émancipation nationale des colonies et de pays dépendants que passe le chemin de la victoire de la révolution prolétarienne dans les pays impérialistes, car, selon l’enseignement de Marx,  » un peuple qui en opprime d’autres, ne saurait être libre « .

Les communistes appartenant à une nation opprimée, dépendante, ne sauraient se dresser avec succès contre le chauvinisme dans les rangs de leur nation, s’ils ne montrent pas en même temps, dans la pratique du mouvement de masse, qu’ils luttent en fait pour l’affranchissement de leur nation du joug étranger.

D’autre part, les communistes de la nation qui opprime ne peuvent faire le nécessaire pour éduquer les masses travailleuses de leur nation dans l’esprit de l’internationalisme, sans mener une lutte résolue contre la politique d’oppression de leur « propre » bourgeoisie, pour le droit des nations, asservies par elle, à disposer entièrement de leur sort.

S’ils ne le font pas, ils n’aideront pas les travailleurs de la nation opprimée à surmonter leurs préjugés nationalistes.

C’est seulement si nous agissons dans ce sens, c’est seulement si dans tout notre travail de masse nous montrons de façon convaincante que nous sommes affranchis du nihilisme national aussi bien que du nationalisme bourgeois, que nous pourrons mener réellement et avec succès la lutte contre la démagogie chauvine des fascistes.

Voilà pourquoi l’application juste et concrète de la politique nationale léniniste est importante.

Il y a là une condition absolument indispensable du succès de la lutte contre le chauvinisme, principal instrument de l’action idéologique des fascistes sur les masses.

III. Le renforcement des Partis communistes et la lutte pour l’unité politique du prolétariat Retour à la table des matières

Camarades !

Dans la lutte pour l’établissement du front unique, l’importance du rôle dirigeant du Parti Communiste s’accroît dans une mesure extraordinaire.

Dans le fond, seul le Parti Communiste est l’initiateur, l’organisateur, la force motrice du front unique de la classe ouvrière.

Les Partis communistes ne peuvent assurer la mobilisation des grandes masses de travailleurs pour la lutte commune contre le fascisme et l’offensive du Capital qu’à la condition de renforcer dans tous les domaines leurs propres rangs, de développer leur initiative, d’appliquer la politique marxiste-léniniste et la tactique juste, souple, qui tient compte de la situation concrète et de la répartition des forces de classe.

Le renforcement des Partis communistes

Dans la période comprise entre le VIe et le VIIe Congrès, nos Partis, dans les pays capitalistes, se sont incontestablement accrus et considérablement trempés.

Mais ce serait une dangereuse erreur que de s’en tenir là.

Plus le front unique de la classe ouvrière s’élargira, et plus nombreuses seront les tâches nouvelles, compliquées, qui se poseront à nous, plus il nous faudra travailler au renforcement politique et organique de nos Partis.

Le front unique du prolétariat pousse en avant une armée d’ouvriers qui pourra s’acquitter de sa mission à condition qu’à la tête de cette armée, il y ait une force dirigeante, lui montrant les buts et les voies.

Cette force dirigeante ne peut être qu’un solide parti révolutionnaire prolétarien.

Lorsque, nous communistes, nous faisons tous nos efforts pour établir le front unique, nous ne le faisons pas du point de vue étroit du recrutement de nouveaux adhérents aux Partis communistes.

Mais nous devons renforcer les Partis communistes dans tous les domaines de leur activité et augmenter leurs effectifs précisément parce que nous désirons sérieusement renforcer le front unique.

Le renforcement des Partis communistes ne représente pas un étroit intérêt de parti, mais l’intérêt de la classe ouvrière tout entière.

L’unité, la cohésion révolutionnaire et la combativité des Partis communistes, c’est un capital des plus précieux qui n’appartient pas à nous seulement, mais à toute la classe ouvrière.

Notre empressement à marcher en commun avec les Partis et les organisations social-démocrates dans la lutte contre le fascisme, nous l’avons combiné et le combinerons avec une lutte irréconciliable contre le social-démocratisme en tant qu’idéologie et pratique de conciliation avec la bourgeoisie, et, partant, contre toute pénétration de cette idéologie dans nos propres rangs.

En réalisant avec courage et décision la politique de front unique, nous rencontrons dans nos propres rangs des obstacles qu’il nous est nécessaire d’écarter coûte que coûte dans le plus bref délai possible.

Après le VIe Congrès de l’Internationale Communiste, une lutte a été réalisée avec succès dans tous les Partis communistes des pays capitalistes contre les tendances à l’adaptation opportuniste aux conditions de la stabilisation capitaliste et contre la contagion des illusions réformistes et légalistes.

Nos Partis ont épuré leurs rangs des opportunistes de droite de tout genre renforçant ainsi leur unité bolchévique et leur combativité.

La lutte contre le sectarisme fut menée avec moins de succès et fréquemment elle ne le fut pas du tout.

Le sectarisme se manifestait non plus dans les formes primitives, déclarées, comme aux premières années d’existence de l’Internationale Communiste, mais c’est en se masquant de la reconnaissance formelle des thèses bolchéviques qu’il freinait le déploiement de la politique bolchévique de masse. A notre époque, bien souvent, ce n’est plus une « maladie infantile », comme écrivait Lénine, mais un vice enraciné ; sans se débarrasser de ce vice, il est impossible de résoudre le problème de la réalisation du front unique du prolétariat et de faire passer les masses des positions du réformisme au côté de la révolution.

Dans la situation actuelle, c’est le sectarisme, le sectarisme plein de suffisance, comme nous le qualifions dans le projet de résolution, qui entrave avant tout notre lutte pour la réalisation du front unique – le sectarisme satisfait de son esprit doctrinaire borné, de son isolement de la vie réelle des masses, content de ses méthodes simplifiées de solution des problèmes les plus complexes du mouvement ouvrier sur la base de schémas stéréotypés,- le sectarisme qui prétend à l’omniscience et estime superflu de se mettre à l’école des masses, de s’assimiler les leçons du mouvement ouvrier.

En un mot le sectarisme qui comme on dit, ne doute de rien.

Le sectarisme plein de suffisance ne veut ni ne peut comprendre que la direction de la classe ouvrière par le Parti Communiste ne s’obtient pas automatiquement.

Le rôle dirigeant du Parti Communiste dans les batailles de la classe ouvrière doit être conquis.

Pour cela, il ne s’agit pas de déclamer sur le rôle dirigeant des communistes, mais par un travail de masse quotidien et par une juste politique, de mériter, de conquérir la confiance des masses ouvrières.

Cela n’est possible que si nous, communistes, tenons sérieusement compte dans notre travail politique du niveau, réel de la conscience de classe des masses, de leur degré de maturation révolutionnaire ; si nous apprécions sainement la situation concrète non pas sur la base de nos désirs, mais sur la base de ce qui est en réalité.

Nous devons patiemment, pas à pas, faciliter aux grandes masses leur passage sur les positions du communisme.

Nous ne devons jamais oublier les paroles de Lénine, quand il nous avertissait avec toute l’énergie voulue, qu’il s’agit « précisément de ne pas croire que ce qui a fait son temps pour nous, a fait son temps pour toute une classe, pour les masses ». V.I.Lénine, Œuvres, t. XXXI, p. 40

Camarades ! Sont-ils aujourd’hui peu nombreux dans nos rangs, les éléments doctrinaires qui, dans la politique de front unique, ne flairent partout et toujours que des dangers ?

Pour ces camarades, tout le front unique n’est que danger.

Mais cet « esprit de principe » sectaire n’est rien autre que de l’impuissance politique devant les difficultés de la direction immédiate de la lutte des masses.

Le sectarisme s’exprime en particulier par la surestimation de la maturation révolutionnaire des masses, par la surestimation du rythme sur lequel elles abandonnent les positions du réformisme, par les tentatives de brûler les étapes difficiles et de passer outre aux tâches compliquées du mouvement.

Les méthodes de direction des masses étaient fréquemment remplacées, dans la pratique, par les méthodes de direction d’un étroit groupe de Parti.

On sous-estimait la force de liaison traditionnelle des masses avec leurs organisations et leurs directions : et lorsque les masses ne rompaient pas brusquement ces liaisons, on adoptait à leur égard une attitude aussi tranchée qu’à l’égard de leurs dirigeants réactionnaires. On standardisait la tactique et les mots d’ordre pour tous les pays ; on ne tenait pas compte des particularités de la situation concrète dans chaque pays pris à part.

On méconnaissait la nécessité de mener une lutte opiniâtre au plus profond des masses pour en conquérir la confiance ; on dédaignait la lutte pour les revendications partielles des ouvriers ainsi que le travail dans les syndicats réformistes et les organisations fascistes de masse.

A la politique de front unique, on substituait fréquemment des appels sans lendemain et une propagande abstraite.

Les façons sectaires de poser les questions ne gênaient pas moins le choix judicieux des hommes, l’éducation et la formation de cadres liés aux masses et jouissant de leur confiance, de cadres fermes au point de vue révolutionnaire et éprouvés dans les batailles de classe, sachant combiner l’expérience pratique du travail de masse avec la fermeté de principe d’un bolchévik.

Ainsi, le sectarisme ralentissait dans une notable mesure la croissance des Partis communistes, entravait la réalisation d’une véritable politique de masse, empêchait d’utiliser les difficultés de l’ennemi de classe pour renforcer les positions du mouvement révolutionnaire, gênait les efforts pour faire passer les grandes masses prolétariennes aux côtés des Partis communistes.

En luttant de la façon la plus résolue pour déraciner et surmonter les derniers restes du sectarisme plein de suffisance, nous devons renforcer par tous les moyens notre vigilance et notre lutte à l’égard de l’opportunisme de droite et contre toutes ses manifestations concrètes, sans perdre de vue que le danger qu’il représente s’accroîtra au fur et à mesure du déploiement d’un vaste front unique.

Il existe déjà des tendances consistant à rabaisser le rôle du Parti Communiste dans les rangs du front unique et à se réconcilier avec l’idéologie social-démocrate.

Il ne faut pas perdre de vue que la tactique du front unique est une méthode qui consiste à persuader pratiquement les ouvriers social-démocrates de la justesse de la politique communiste et de la fausseté de la politique réformiste, et non pas à se réconcilier avec l’idéologie et la pratique social-démocrates.

Le succès de la lutte pour l’établissement du front unique exige de toute nécessité une lutte constante dans nos rangs contre la tendance à ravaler le rôle du parti, contre les illusions légalistes, contre l’orientation vers la spontanéité et l’automatisme tant en ce qui concerne la liquidation du fascisme qu’en ce qui concerne la réalisation du front unique, contre les moindres hésitations au moment de l’action résolue.

L’unité politique de la classe ouvrière

Camarades ! Le développement du front unique de lutte commune des ouvriers communistes et social-démocrates contre le fascisme et l’offensive du Capital pose également le problème de l’unité politique, du parti politique de masse unique de la classe ouvrière.

Les ouvriers social-démocrates se convainquent de plus en plus par leur expérience que la lutte contre l’ennemi de classe exige une direction politique unique, car la dualité en matière de direction entrave le développement ultérieur et le renforcement de la lutte unique de la classe ouvrière.

Les intérêts de la lutte de classe du prolétariat et le succès de la révolution prolétarienne dictent la nécessité d’avoir dans chaque pays un parti unique du prolétariat. Y parvenir, évidemment, n’est pas si facile, ni si simple. Cela exigera un travail et une lutte opiniâtres et cela constituera nécessairement un processus plus ou moins prolongé. Les Partis communistes doivent, en s’appuyant sur la tendance grandissante des ouvriers à l’unification avec les Partis communistes des Partis social-démocrates ou d’organisations isolées, prendre avec fermeté et assurance l’initiative de cette oeuvre d’unification.

L’unification des forces de la classe ouvrière en un parti prolétarien révolutionnaire unique au moment où le mouvement ouvrier international entre dans la période de liquidation de la scission, c’est notre oeuvre, c’est l’œuvre de l’Internationale Communiste.

Mais si, pour établir le front unique des Partis communistes et social-démocrates, il suffit d’un accord sur la lutte contre le fascisme, l’offensive du Capital et la guerre, la réalisation de l’unité politique n’est possible que sur la base d’une série de conditions déterminées ayant un caractère de principe.

Cette unification n’est possible, premièrement qu’à la condition d’une complète indépendance à l’égard de la bourgeoisie et d’une rupture totale du bloc de la social-démocratie avec la bourgeoisie.

Deuxièmement, à la condition que l’unité d’action soit réalisée au préalable.

Troisièmement, à la condition que soit reconnue la nécessité du renversement révolutionnaire de la bourgeoisie et de l’instauration de la dictature du prolétariat sous forme de Soviets.

Quatrièmement, à la condition de refuser de soutenir la bourgeoisie dans la guerre impérialiste.

Cinquièmement, à la condition de construire le Parti sur la base du centralisme démocratique, garantissant l’unité de volonté et d’action, et vérifié par l’expérience des bolcheviks russes.

Nous devons expliquer aux ouvriers social-démocrates, patiemment et en toute camaraderie, pourquoi, à défaut de ces conditions, l’unité politique de la classe ouvrière est impossible.

Nous devons, en commun avec eux, étudier la signification et l’importance de ces conditions.

Pourquoi la complète indépendance à l’égard de la bourgeoisie et la rupture du bloc de la social-démocratie avec la bourgeoisie sont-elles nécessaires à la réalisation de l’unité politique du prolétariat ?

Parce que toute l’expérience du mouvement ouvrier et, notamment, l’expérience des quinze années de politique de coalition en Allemagne, ont montré que la politique de collaboration de classes, la politique de dépendance à l’égard de la bourgeoisie conduit à la défaite de la classe ouvrière et à la victoire du fascisme.

Et, seule, la voie de la lutte de classe irréconciliable contre la bourgeoisie, la voie des bolchéviks est la voie sûre de la victoire.

Pourquoi l’établissement de l’unité d’action doit-il être la condition préalable de l’unité politique ?

Parce que l’unité d’action pour repousser l’offensive du Capital et du fascisme est possible et nécessaire avant même que la majorité des ouvriers s’unisse sur la plate-forme politique commune de renversement du capitalisme, et parce que l’élaboration de l’unité d’opinions sur les voies fondamentales et les buts de la lutte du prolétariat, sans laquelle l’unification des Partis est impossible, exige un temps plus ou moins prolongé.

Or, l’unité d’opinions s’élabore au mieux dans la lutte commune contre l’ennemi de classe, dès aujourd’hui.

Proposer au lieu du front unique l’unification immédiate, c’est mettre la charrue avant les bœufs et croire que la charrue ira de l’avant.

C’est précisément parce que la question de l’unité politique n’est pas une manœuvre pour nous, comme elle l’est pour beaucoup de chefs social-démocrates, que nous insistons sur la réalisation de l’unité d’action, comme une des étapes essentielles dans la lutte pour l’unité politique.

Pourquoi est-il nécessaire de reconnaître le renversement révolutionnaire de la bourgeoisie et l’établissement de la dictature du prolétariat sous la forme du pouvoir des Soviets ?

Parce que l’expérience de la victoire de la grande Révolution socialiste d’Octobre, d’une part, et, de l’autre, les amères leçons d’Allemagne, d’Autriche et d’Espagne pour toute la période d’après-guerre ont confirmé une fois de plus que la victoire du prolétariat n’est possible que par le renversement révolutionnaire de la bourgeoisie, et que celle-ci noiera le mouvement ouvrier dans une mer de sang plutôt que de permettre au prolétariat d’instaurer le socialisme par la voie pacifique.

L’expérience de la Révolution d’Octobre a montré de toute évidence que le contenu fondamental de la révolution prolétarienne est le problème de la dictature du prolétariat, appelée à écraser la résistance des exploiteurs une fois qu’ils sont renversés, à armer la révolution pour la lutte contre l’impérialisme et à conduire la révolution jusqu’à la victoire complète du socialisme.

Pour réaliser la dictature du prolétariat, comme dictature exercée par la majorité écrasante sur une infime minorité, sur les exploiteurs, – et elle ne peut être réalisée que comme telle, il est nécessaire d’avoir des Soviets englobant toutes les couches de la classe ouvrière, les masses fondamentales de la paysannerie et des autres travailleurs, dont l’éveil, dont l’intégration au front de la lutte révolutionnaire sont indispensables pour la consolidation de la victoire du prolétariat.

Pourquoi le refus de soutenir la bourgeoisie dans la guerre impérialiste est-il une condition de l’unité politique ?

Parce que la bourgeoisie fait la guerre impérialiste dans ses buts de spoliation, contre les intérêts de la majorité écrasante des peuples, sous quelque prétexte que cette guerre soit faite.

Parce que tous les impérialistes combinent avec la préparation fiévreuse de la guerre un renforcement extrême de l’exploitation et de l’oppression des travailleurs à l’intérieur du pays.

Soutenir la bourgeoisie dans une telle guerre, c’est trahir les intérêts du pays et la classe ouvrière internationale.

Pourquoi, enfin, la construction du Parti sur la base du centralisme démocratique est-elle une condition de l’unité ?

Parce que, seul, un parti construit sur la base du centralisme démocratique peut garantir l’unité de volonté et d’action, peut conduire le prolétariat à la victoire sur la bourgeoisie, qui dispose d’une arme aussi puissante que l’appareil d’Etat centralisé.

L’application du principe du centralisme démocratique a subi une brillante épreuve historique dans l’expérience du Parti bolchévique russe, du Parti de Lénine.

Oui, camarades, nous sommes pour un parti politique de masse unique de la classe ouvrière.

Mais de là la nécessité, comme dit Staline :


« … d’un parti combatif, d’un parti révolutionnaire assez courageux pour mener les prolétaires à la lutte pour le pouvoir, assez expérimenté pour se reconnaître dans les conditions complexes d’une situation révolutionnaire, et assez souple pour contourner les écueils de toutes sortes sur le chemin conduisant au but ».

Voilà pourquoi il est nécessaire de prendre pour base les conditions ci-dessus dans nos efforts pour réaliser l’unité politique.

Nous sommes pour l’unité politique de la classe ouvrière !

Et c’est pourquoi nous sommes prêts à collaborer de la façon la plus étroite avec tous les social-démocrates qui s’affirment pour le front unique et soutiennent sincèrement l’unification sur les bases indiquées.

Mais justement parce que nous sommes pour l’unification, nous lutterons résolument contre les démagogues  » de gauche » qui tentent d’utiliser la déception des ouvriers social-démocrates pour créer de nouveaux Partis socialistes ou de nouvelles Internationales qui sont dirigés contre le mouvement communiste et ainsi approfondissent la scission de la classe ouvrière.

Nous saluons la tendance au front unique avec les communistes, qui grandit parmi les ouvriers social-démocrates. Nous y voyons le développement de leur conscience révolutionnaire et le début de la liquidation de la scission de la classe ouvrière. Estimant que l’unité d’action est une nécessité impérieuse et qu’elle est le chemin le plus sûr pour réaliser l’unité politique du prolétariat, nous déclarons que l’Internationale Communiste et ses sections sont prêtes à entrer en pourparlers avec la IIe Internationale et ses sections en vue d’établir l’unité de la classe ouvrière dans la lutte contre l’offensive du Capital, contre le fascisme et la menace d’une guerre impérialiste.

Conclusion

Camarades !

Je termine mon rapport.

Comme vous voyez, en tenant compte des changements intervenus dans la situation depuis le VIe Congrès et des leçons de notre lutte et en nous appuyant sur le degré de consolidation déjà atteint par nos Partis, nous posons aujourd’hui d’une manière nouvelle une série de questions, et, en premier lieu, la question du front unique et de la façon d’aborder la social-démocratie, les syndicats réformistes et les autres organisations de masse.

Il est des sages qui croient entrevoir dans tout cela un recul de nos positions de principe, un certain tournant à droite par rapport à la ligne du bolchévisme.

Que voulez-vous !

Chez nous, en Bulgarie, on dit qu’une poule affamée rêve toujours de millet.

Laissons les poules politiques penser ce qu’il leur plaît. Cela nous intéresse fort peu.

Ce qui est important pour nous c’est que nos propres Partis et les grandes masses du monde entier comprennent de façon juste ce que nous voulons obtenir.

Nous ne serions pas des marxistes révolutionnaires, des léninistes, de dignes disciples de Marx-Engels-Lénine, si en fonction d’une situation modifiée et des déploiements opérés dans le mouvement ouvrier mondial, nous ne remaniions pas de façon appropriée, notre politique et notre tactique.

Nous ne serions pas de véritables révolutionnaires, si nous ne nous instruisions pas par notre propre expérience et par l’expérience des masses.

Nous voulons que nos Partis, dans les pays capitalistes, interviennent et agissent comme de véritables partis politiques de la classe ouvrière ; qu’ils jouent effectivement le rôle de facteur politique dans la vie de leur pays ; qu’ils appliquent toujours une politique bolchévique active de masse, au lieu de se borner à la seule propagande, à la critique et aux seuls appels à la lutte pour la dictature du prolétariat.

Nous sommes les ennemis de tout schématisme. Nous voulons tenir compte de la situation concrète à chaque moment et dans chaque endroit donné, ne pas agir partout et toujours d’après un cliché arrêté, et ne pas oublier que dans des conditions différentes la position des communistes ne peut être identique.

Nous voulons tenir compte à tête reposée de toutes les étapes dans le déploiement de la lutte de classe et dans le développement de la conscience de classe des masses elles-mêmes, savoir trouver et résoudre à chaque étape les tâches concrètes du mouvement révolutionnaire qui correspondent à cette étape.

Nous voulons trouver une langue commune avec les plus grandes masses en vue de la lutte contre l’ennemi de classe ; trouver les voies et moyens de surmonter définitivement l’isolement de l’avant-garde révolutionnaire par rapport aux masses du prolétariat et de tous les travailleurs, comme de surmonter l’isolement fatal de la classe ouvrière elle-même par rapport à ses alliés naturels dans la lutte contre la bourgeoisie, contre le fascisme.

Nous voulons entraîner des masses toujours plus considérables dans la lutte de classe révolutionnaire et les conduire à la révolution prolétarienne, en partant de leurs intérêts et de leurs besoins urgents et sur la base de leur propre expérience.

Nous voulons, à l’exemple de nos glorieux bolchéviks russes, à l’exemple du Parti dirigeant de l’Internationale Communiste, du Parti Communiste de l’Union Soviétique, combiner l’héroïsme révolutionnaire des communistes allemands, espagnols, autrichiens et autres avec un réalisme révolutionnaire authentique, et en finir avec les derniers restes du remue-ménage scolastique autour des graves problèmes politiques.

Nous voulons armer nos Partis dans tous les domaines en vue de la solution des tâches politiques complexes qui sont posées devant eux.

A cet effet, il faut élever toujours plus haut leur niveau théorique, les éduquer dans l’esprit d’un marxisme-léninisme vivant, et non d’un doctrinarisme mort.

Nous voulons déraciner de nos rangs le sectarisme plein de suffisance qui, en premier lieu, nous barre la route des masses et empêche la réalisation d’une authentique politique bolchévique de masse.

Nous voulons renforcer par tous les moyens la lutte contre toutes les manifestations concrètes de l’opportunisme de droite en tenant compte du fait que, de ce côté, le danger grandira justement au cours de la réalisation pratique de notre politique et de notre lutte de masse.

Nous voulons que, dans chaque pays, les communistes tirent en temps opportun et utilisent tous les enseignements de leur propre expérience, en tant qu’avant-garde révolutionnaire du prolétariat.

Nous voulons qu’ils apprennent au plus vite à nager dans les eaux impétueuses de la lutte des classes, au lieu de rester sur le bord, en observateurs, à enregistrer les vagues qui accourent, dans l’attente du beau temps.

Voilà ce que nous voulons !

Et nous voulons tout cela parce que c’est seulement ainsi que la classe ouvrière, à la tête de tous les travailleurs, soudée en une armée révolutionnaire forte de millions d’hommes, guidée par l’Internationale Communiste, pourra s’acquitter à coup sûr de sa mission historique : balayer de la face de la terre le fascisme et avec lui, le capitalisme !

Source: http://www.centremlm.be/Georgi-Dimitrov-L-unite-de-la

 

Internationale Communiste : Comment résoudre le problème palestinien – 1937

publié dans La Correspondance Internationale, organe de l’Internationale Communiste, n°44, 16 octobre 1937

vive_l_internationale_communiste--6403c

 

Salim Aboud

Lorsque fut publiée la déclaration Balfour, en 1917, l’impérialisme britannique était parfaitement au courant de toutes les difficultés qu’elle allait susciter.

La Grande-Bretagne avait besoin d’un allié fidèle qui l’aiderait à faire obstacle au mouvement croissant de libération nationale du peuple arabe, à raffermir sa position impérialiste dans les pays arabes et à protéger sa route des Indes. Ce fut le sionisme qui s’avéra être cet allié.

La Grande-Bretagne dénonça ses promesses antérieures d’indépendance et d’autonomie des Arabes, et publia la déclaration Balfour à l’adresse des chefs sionistes.

Par cette manifestation, l’Angleterre se chargeait de créer en Palestine les conditions nécessaires à l’établissement d’un « Foyer national juif ».

Depuis vingt ans que dure cette institution du « Foyer national juif », imposé par la contrainte, les dirigeants sionistes, malgré leur démagogie et l’aide bienveillante de la Grande-Bretagne, ne purent arracher aux Arabes plus de 1 250 000 dounam de terres, c’est-à-dire environ un huitième des terres cultivées ou un tiers de toutes les terres fertiles du pays.

5% seulement de la population juive de Palestine furent établis en colons sur ces terres. Dans la question de l’immigration, le succès fut tout aussi relatif.

Malgré l’exploitation par des chefs sionistes de toutes les circonstances qu’ils pensaient propres à favoriser l’immigration juive en Palestine, y compris la brutale persécution des juifs en Allemagne, 300 000 personnes seulement vinrent s’établir à demeure en Palestine pendant ces vingt années. Beaucoup de ces nouveaux immigrés gardent d’ailleurs leur ancienne nationalité.

Le côté le plus sombre de ce « Foyer national juif », création de la Grande-Bretagne et des sionistes, c’est son résultat pour le peuple arabe.

Plus de 60 000 paysans et fermiers arabes furent chassés de leurs terres occupées par les Juifs. Cet état de chose provoqua quatre émeutes arabes contre la domination anglaise et le sionisme. La plus importante eut lieu en avril 1936.

Cette émeute coïncidant avec de graves événements dans les pays arabes voisins, et dont les fascistes allemands et italiens cherchèrent à profiter, convainquit, par sa durée et ses proportions, la Grande-Bretagne qu’il est impossible de continuer à gouverner le pays par les vieilles méthodes.

Une commission royale fut nommée, avec mission d’enquêter sur les causes de l’émeute et d’élaborer un projet de solution de la question palestinienne.

Voici donc ce qu’elle propose : le partage du minuscule pays de Palestine en trois parties : l’une pour les Arabes, l’autre pour les Juifs, la troisième, comprenant Jérusalem, pour la Grande-Bretagne, c’est-à-dire lui restant sous forme de territoire sous mandat, étant bien entendu d’ailleurs que la Grande-Bretagne aurait aussi voix au chapitre dans les deux petits Etats-fantômes juif et arabe.

Le peuple arabe de Palestine repousse le plan de morcellement. Le monde arabe tout entier se solidarise à cet égard avec lui.

Les Arabes ne voient pas autre chose dans ce projet qu’une réorganisation, sur de nouvelles bases, de l’impérialisme britannique en Palestine et dans le monde arabe, une recrudescence de vie du sionisme et de nouveaux obstacles dressés contre leur mouvement de libération nationale.

Le projet dépouille le peuple arabe des meilleures terres de Palestine, en particulier celles de la côte, pour y ériger l’Etat juif, condamnant la population de cette région au nomadisme et à l’émigration vers les régions infertiles et montagneuses du centre. Chose étrange pour quiconque sait que les Arabes forment la majorité dans ces territoires.

Non seulement le projet ne diminue en rien l’hostilité actuelle entre Juifs et Arabes en Palestine, mais il la renforce et fournit de nouveaux éléments de désaccord entre l’impérialisme britannique et la nation arabe en Palestine et hors de Palestine, ainsi que l’ont fait voir les derniers événements du monde arabe.

De même, il ne pourra que renforcer les intrigues et les complots de l’Allemagne hitlérienne et de l’Italie fasciste.

Ces Etats s’empresseront d’exploiter le mécontentement des Arabes, pour faire de la Palestine et des pays arabes voisins le théâtre de désordres pouvant causer le plus grand préjudice à la Grande-Bretagne, aux Arabes et aux Juifs, et mettre la paix du monde en danger. Tout en rejetant le projet de partage, les Arabes présentent des contre-projets constructifs.

Ils demandent qu’on mette un terme à la politique impérialiste et coloniale ; que la population palestinienne, aussi bien juive qu’arabe, reçoive les droits démocratiques qu’on lui refuse ; qu’un parlement composé des représentants du peuple soit formé pour légiférer démocratiquement et sans entraves aussi bien au sujet de la répartition des terres et de l’immigration, qu’en toute autre matière, dans l’intérêt de tous les habitants de la Palestine.

La question n’est pas davantage pour les Arabes que pour les Juifs de savoir « quelle nation dominera l’autre », bien que la commission royale se soit efforcée de le démontrer, mais « comment les deux nations pourront être amenées à collaborer ».

Le chemin que les impérialistes et les sionistes ont négligé, c’est celui de la démocratie. Un autre projet arabe remarquable, c’est celui du prince Mohammed Ali, régent d’Egypte.

Soutenu par tous les nationalistes du monde arabe, ce projet, analogue à ceux de deux personnalités influentes et lucides du monde juif, le chef du parti libéral de Grande-Bretagne, Sir Herbert Samuel, premier haut-commissaire britannique en Palestine, et le Dr Magness, ancien recteur de l’Université hébraïque de Jérusalem, prévoit la jonction de la Palestine, de la Syrie et de la TransJordanie sous un gouvernement démocratique unifié.

Les Juifs y feront figure de minorité nationale à droits égaux à ceux des autres. La politique des sionistes ne serait pas reconnue.

Un des mérites de ce plan est non seulement de garantir la collaboration et l’amitié entre Juifs et Arabes, mais – on ne saurait trop le reconnaître – d’amoindrir le danger d’une guerre en Méditerrannée orientale, de proposer un nouvel Etat favorable à la cause de la paix et de la sécurité mondiale, un nouvel allié des nations démocratiques, France et Angleterre en particulier, dans la lutte contre la guerre et le fascisme.

La Grande-Bretagne n’a accordé nulle attention à ces projets, elle s’est refusée à les prendre sérieusement en considération.

Il semble même qu’elle persiste à vouloir réaliser son projet de morcellement, bien que persuadée elle-même que seul l’emploi de la force permettra de le faire.

Les récents événements de Palestine démontrent que les Arabes ont commencé à résister sérieusement au projet britannique.

Une fois de plus, la Grande-Bretagne vient de montrer qu’au lieu d’agir dans l’intérêt des Arabes et des Juifs, ainsi que de leur collaboration, qu’au lieu de travailler pour la cause de la paix et pour préserver la vie de la jeunesse anglaise, elle ne songe qu’à ses intérêts impérialistes et coloniaux.

Le Congrès de Zurich vient de dévoiler les véritables intentions des dirigeants sionistes. Les éléments représentant véritablement les masses laborieuses juives y ont été réduits au silence. Quant aux opinions qu’il fut permis d’énoncer, elles peuvent se diviser en deux groupes.

Le premier acceptait le partage, à condition que l’Etat juif fut agrandi aux dépens des Arabes.

Le deuxième repoussait le partage, non pour collaborer à l’action de libération nationale arabe, mais en vue de réaliser le programme maximum du sionisme, à savoir l’occupation de la Palestine et de la TransJordanie.

Les projets arabes sont pratiques et réalisables. Si les chefs sionistes tiennent vraiment à une entente avec les Arabes, comme ils le prétendent, on peut dire avec certitude qu’ils passeront plus tôt qu’il ne semble dans le domaine des réalités.

Le devoir des masses laborieuses juives et des libéraux juifs, notamment en Palestine, est de secouer le joug des dirigeants sionistes, agents de l’impérialisme britannique et d’en venir à une entente directe avec le peuple arabe, à l’unification de la lutte politique du peuple juif avec la lutte du peuple travailleur arabe et le mouvement de libération nationale arabe, sur la base du front populaire, de la démocratie, du parlementarisme, de la liberté syndicale et du pain assuré pour tous.

De la sorte, ils contribueront d’ailleurs à la cause du progrès parmi les masses arabes, ils aideront le peuple arabe de Palestine et d’ailleurs à combattre leurs traîtres et réactionnaires, et enfin, ils travailleront pour la sauvegarde de la paix en Palestine, dans les pays arabes et dans le monde entier.

Les travailleurs, les amis de la paix et du progrès, en Grande-Bretagne et dans le reste du monde, ont eux aussi le devoir de soutenir ces projets arabes qui résoudront la question palestinienne dans l’intérêt des masses laborieuses juives et arabes en vue de leur collaboration amicale et serviront la lutte contre le fascisme juif et arabe en Palestine, ainsi que la cause de la paix au Proche-Orient et dans le monde entier.

 

Source : http://www.centremlm.be/Internationale-Communiste-Comment

Sur la nécessité de former un Front uni contre le fascisme et la guerre

reichstag-300x170

 

COMMENTAIRES DE RECONSTRUCTION COMMUNISTE CANADA :

Le gouvernement turc, après avoir envoyé son armée envahir la Syrie, vient d’envahir l’Irak.

L’Irak dénonce cette violation du droit international et demande le retrait des troupes turques de son territoire.
Le gouvernement turc affirme qu’il n’est pas question de retirer ses troupes d’Irak.

L’Irak a demande à l’OTAN de forcer la Turquie a retirer ses armées.
L’Irak a demandé aussi à l’ONU d’agir.

La Ligue arabe exige également le retrait des troupes turques de l’Irak.

Quelques faits sur la Turquie et les États-Unis :

1) Les terroristes du soi-disant État islamique sont une création plusieurs puissances (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Arabie saoudite, Koweit, Katar, etc.);

2) Ce soi-disant État islamique, totalement illégal, a été construit par l’invasion de plusieurs pays avec l’appui du bloc impérialiste États-Unis / Union européenne au moyen du terrorisme, de la guerre, de massacres de population comme l’ont fait les régimes fascistes italien, allemand et japonais au cours des années 1920, 30 et 40;

3) Les États-Unis, depuis 4 ans, appuient les troupes du soi-disant l’État islamique;

4) La Russie est le premier État à combattre véritablement les troupes terroristes-fascistes du soi-disant État islamique. En quelques jours, la Russie a commencé à mettre ces forces en déroute.

5) La Turquie a descendu un avion russe;

6) En vérité la Turquie appuie les terroristes-fascistes :
a) militairement en ne les combattant pas et, au contraire, en attaquant militairement la Russie;
b) économiquement en renforçant l’État islamique en lui achetant du pétrole volé de pays;
c) politiquement divisant le monde en deux blocs politiques antagonistes, sachant que les États-Unis les appuient.

Nous assistons à une polarisation des forces économiques, politiques et militaires dans le monde, et à une course aux armements comme celles qui ont précédé:
– la Première Guerre mondiale (1914-1918) (mort de 17 millions de personnes et destructions incalculables)
– la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) (mort de 56 millions de personnes et destructions incalculables).

Le mouvement anti-impérialiste et anti-guerre doit dénoncer les gouvernements, les partis politiques, les politiciens, les médias qui appuient la Turquie.

Antonio Artuso

Reconstruction communiste Canada – Pour la création d’un front uni contre le fascisme et la guerre (1935) et d’un Front populaire au Canada (France et Espagne en 1936).

CONTRE-OFFENSIVE IDEOLOGIQUE par Vincent Gouysse

Symbole du communisme avec une planète en feu(1)

CONTRE-OFFENSIVE IDEOLOGIQUE

 VINCENT GOUYSSE

 

1ère édition, octobre 2014

WWW.MARXISME.FR

 

       

Copyright Vincent Gouysse, octobre 2014. Diffusion libre de l’édition numérique : reproduction totale ou partielle du texte autorisée pour tous les pays sous réserve d’indiquer la source. Pour la traduction, s’adresser à l’auteur.

 

 

─────────────────────────

 

 

Légende des illustrations de la couverture :

En 1937, l’exposition universelle de Paris voit l’aigle du Reich surplombant le pavillon de l’Allemagne nazie faire face à la statue de l’ouvrier et de la kolkhozienne coiffant le pavillon de l’Union Soviétique. Œuvre de la sculptrice Vera Ignatievna Moukhina, la sculpture principale haute de 25 mètres et pesant 80 tonnes représentent le pouvoir des travailleurs et a été réalisée en acier inoxydable. De part et d’autre du pavillon soviétique se trouvent deux blocs sculptés de Joseph Tchaïkov représentant les habitants des différentes républiques soviétiques. A l’inverse, la pavillon et la sculpture nazie glorifient le « surhomme » aryen, le prédateur fasciste féroce cherchant à asservir les peuples. La symbolique de cette opposition idéologique irréductible est particulièrement forte au moment où la Guerre d’Espagne fait rage : alors que l’URSS incarne la seule et véritable opposition au fascisme, ce face à face annonce la guerre d’extermination que les pays impérialistes « démocratiques » rêvent alors de voir éclater entre les deux protagonistes… pendant qu’eux-mêmes se verraient bien cantonnés au rôle de « spectateurs » ou « d’arbitres ». En 1937, Paris, Londres et Washington soutiennent en effet Franco dans la coulisse (financièrement et commercialement) et sacrifieront bientôt l’Autriche, la Tchécoslovaquie et la Pologne à Hitler pour l’encourager à poursuivre la conquête de son « espace vital » vers l’Est soviétique… Les impérialistes anglo-franco-américains comptent alors sur l’impérialisme allemand pour détruire le berceau de la révolution communiste internationale, l’embryon d’un monde nouveau qui émerge alors même que le monde bourgeois, confronté à une profonde crise économique, croule sous le poids de ses propres contradictions.

 

 

──────────────────────────────────────── 

 

 

ISBN 978-1-326-06214-9

                 

SOMMAIRE :

Avant-propos (p. 5)

  • Contre-culture : Le réalisme socialiste dans la chanson soviétique (p. 7)
  • Ce que sont les « Amis de l’URSS » et comment ils luttent contre les marxistes-léninistes… (p. 157)

—————————————————————————————————–

Autres documents écrits pour l’OCF

  • Capitalisme et crise économique (p. 186)
  • Les enseignements de « l’affaire Dieudonné » (p. 191)
  • De la « liberté de la presse » sur le front de la « guerre des classes » … (p. 196)
  • De la réaction politique sous l’impérialisme (p. 198)
  • Le matérialisme dialectique : une méthode scientifique (p. 201)
  • De la source et du rôle des préjugés religieux (p. 204)
  • Sionisme et antisémitisme : les deux faces de la même médaille (p. 207)
  • Une année 2013 très contrastée pour la sidérurgie mondiale (p. 209)
  • Salariat, crise économique et socialisme : constat et perspectives (p. 211)
  • La fin de l’Histoire ? Non, celle de la préhistoire de l’humanité ! (p. 216)
  • Un autre monde est possible… et nécessaire ! (p. 218)
  • La question nationale sous le capitalisme et le socialisme (p. 220)
  • FN vs « Front de gauche » : victoire par KO ! ─ Et les travailleurs dans tout ça ? (p. 224)
  • Célébrations du 6 juin 1944 : entre mémoire sélective et culture de l’oubli… (p. 227)
  • Les dessous du bras de fer russo-occidental en Ukraine (p. 237)
  • Prime de naissance, congé parental : les dessous de la fin programmée de la politique nataliste… (p. 239)

—————————————————————————————————–

Annexes

A ─ Extraits de Que faire ? ─ Journal communiste d’information ─ Organe de l’OCF

 

N°1 – Février 2014 :

  • « Je ne sais pas ce qu’est un homme, je ne connais que son prix ». (p. 244)
  • Mais qui sont-ils ? (p. 246)
  • On va dans le mur… (p. 248)

N°2 – Avril 2014 :

  • 85 = 3 500 000 000 (p. 250)
  • Abstention : la véritable percée ! (p. 252)
  • Le camarade Pascal Lamy (p. 253)

 

N°3 – Juillet 2014 :

  • Ce que tout gréviste doit savoir. (p. 254)
  • France-Inter : départ à la retraite. (p. 256)
  • Mais pourquoi ne le diraient-ils pas tout haut ? (p. 257)
  • I.B. (p. 258)
  • Un ministre des finances… Prudent. (p. 260)

 

N°4 – Octobre 2014 :

  • Réformes ? (p. 261)
  • « L’exemple » allemand ? (p. 263)
  • Les gens qu’on ne voit pas… Laurence Boone. (p. 264)
  • Bouygues en correctionnelle. (p. 265)
  • C’est l’automne, les promenades peuvent reprendre… (p. 266)
  • La guerre est-elle à l’ordre du jour ? (p. 269)

 

B ─ Autres documents :

  • Capitalisme : régimes et système (p. 271)
  • Comprendre l’exploitation capitaliste de façon simple. (p. 280)
  • Nous voulons vivre dignement ! (p. 284)
  • Ce que pensent d’autres camarades de la mouvance URCF-PRCF… (p. 288)
  • Adam Smith : Méfiez-vous des capitalistes ! (p. 292)

—————————————————————————————————–

Notes (p. 296)

—————————————————————————————————–

 

                 

Avant-propos

Lorsque le camarade Vincent nous a demandé d’écrire une introduction à son nouveau livre intitulé Contre-offensive idéologique, nous nous sommes sentis très honorés de la confiance mise en nous.

À une époque où le système capitaliste-impérialiste mondial est sur le point de s’effondrer, quand la crise inévitable qui touche la société bourgeoise affiche sa nature perverse, exploiteuse et réactionnaire, l’offensive idéologique par les classes oppressives devient plus sévère que jamais. En utilisant le canal idéologique comme le dernier instrument pour perpétuer un peu plus sa domination de classe déjà condamnée, la bourgeoisie n’hésite pas à recourir à toutes les sortes possibles de médias pour diffuser son idéologie moribonde : de la radio à la télévision et au cinéma, sans oublier l’Internet.

Face à cela, nous, communistes, avons le devoir de préparer notre propre contre-offensive idéologique pour paralyser les attaques et les pressions idéologiques impérialistes-capitalistes-révisionnistes. La révolution socialiste mondiale est de toute façon inévitable, mais un travail idéologique anti-bourgeois efficace de notre part contre nos ennemis de classe peut certainement contribuer à accélérer son éclosion en renforçant le facteur déterminant révolutionnaire subjectif, par l’éveil de la conscience des travailleurs du monde.

Et c’est précisément ce que ce magnifique livre du camarade Vincent vise à faire. Doté d’une gamme impressionnante de musiques révolutionnaires, paroles et commentaires respectifs, mais aussi de photos, images, affiches, liens, etc., ce livre est un témoignage précieux et compact de la culture et de la vie socialistes.

Il est également un bel hommage à l’Union Soviétique bolchévique des camarades Lénine et Staline, à ses héroïques travailleurs multinationaux qui ont osé prendre en mains leur propre destin et leur avenir, contre tous les exploiteurs et les oppresseurs qui voulaient et veulent toujours garder l’humanité dans sa préhistoire. Leurs victoires inoubliables contre le fascisme et la réaction résonnent encore de nos jours, en dépit des tentatives des anti-communistes de tous types ─ depuis les « classiques » à ceux des genres révisionnistes et néo-révisionnistes, trotskistes, maoïstes, titistes, khrouchtchéviens, eurocommunistes, castristes-guevaristes, etc. ─, pour les effacer.

En lisant ce livre, faites savoir aux travailleurs du monde que le système bourgeois-capitaliste-impérialiste et la vie et la culture décadentes qui lui sont inhérents ne sont pas inévitables !

En outre, le grand livre du camarade de Vincent comprend également des articles et des témoignages dénonçant et démasquant à juste titre les révisionnistes et sociaux-fascistes des « Amis de l’URSS » ainsi que du « PRCF » et de « l’URCF », deux organisations anti-communistes françaises qui, tout comme leurs « jumelles » idéologiques d’autres pays, ont pour seul but de détacher les ouvriers du chemin du véritable socialisme et de les maintenir dans la servitude bourgeoise-capitaliste-impérialiste.

Mais nous, communistes, sommes ici pour veiller à qu’ils ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs.

C’est à nous, et non aux révisionnistes et aux anti-communistes de toutes sortes, que l’avenir appartient. Nous citerons notre bien-aimé camarade Enver Hoxha, dont le PTA et l’Albanie socialiste étaient les héritiers louables et persévérants de l’Union Soviétique de Lénine et Staline et du PCUS (B) :

« Le marxisme-léninisme est l’idéologie triomphante. Qui l’embrasse, la défend et la développe, fait partie de la glorieuse armée de la révolution, de cette grande armée invincible des communistes authentiques, qui dirigent le prolétariat et tous les opprimés dans la lutte pour la transformation du monde, la destruction du capitalisme et l’édification du monde nouveau, le monde socialiste ». (Enver Hoxha, L’Impérialisme et la Révolution, 1979, in : Enver Hoxha, Œuvres Choisis, Tome V, 1985, Tirana, édition numérique en langue Française)

Ce fût un plaisir pour nous d’écrire cette courte introduction et nous espérons sincèrement que notre coopération avec le camarade Vincent se poursuivra à l’avenir.

 

Vive Marx, Engels, Lénine, Staline et Enver Hoxha !

Vive la révolution socialiste prolétarienne mondiale et la dictature du prolétariat !

Vive le socialisme mondial et le communisme mondial !

 

La Section Portugaise du Komintern (SH), octobre 2014

 

Contre-culture : Le réalisme socialiste dans la chanson soviétique

A une époque où les médias bourgeois diffusent une culture faite de torrents de chansons toutes plus vides et ineptes que les autres faisant l’apologie des « valeurs » véhiculées par des sociétés bourgeoises décadentes plongées dans un état de décomposition de plus en plus avancé, à une époque où même les aspirations des chansons d’amour contrastent avec les mauvaises conditions économiques et sociales réelles mettant chaque jour la grande masse des couples à rude épreuve, il est nécessaire de rappeler qu’une autre culture fût et reste possible, une fois l’espèce humaine évidemment placée dans d’autres conditions économiques et sociales…

Contrairement aux chansons quotidiennement diffusées par les médias bourgeois pour lesquels la forme (rythme et mélodies) est souvent plus importante que le contenu ─ au point que les paroles de beaucoup d’entre elles ne sont même pas comprises par la majorité de ceux qui les écoutent ─, les chansons que nous allons présenter ici possèdent un riche contenu, ce qui n’empêche cependant pas « la forme » d’être également au rendez-vous.

C’est dans cette optique de découverte d’une culture radicalement différente ─ dans sa forme comme dans son contenu ─, ainsi qu’afin de combattre l’indigence et de remplir le vide « cultivés » par la culture bourgeoise, que nous présentons ici une sélection de quelques-unes des plus remarquables chansons soviétiques illustrant l’attachement des grandes masses ouvrières et paysannes soviétiques au socialisme qui leur apportait chaque jour une vie meilleure, témoignant de leur profonde reconnaissance à l’égard du PCUS (b) et de ses chefs, et enfin démontrant leur capacité à endurer les plus cruels sacrifices au nom de la défense des acquis du socialisme et de ses idéaux.

Cette sélection ne constitue pourtant qu’un petit échantillon du vaste héritage qui nous a été légué par la chanson soviétique : de nombreuses autres chansons datant de la même période auraient mérité d’être intégrées à ce dossier. La plupart des chansons présentées ici sont pour la première fois traduites en français, ce qui explique cette limitation. Après chacune d’entre-elles, nous donnons un synopsis permettant d’en comprendre la portée ainsi que le contexte historique dans lequel elles s’inscrivent.

Nombreuses sont ces chansons qui ont vu leurs textes expurgés par les khrouchtchéviens ou, quand c’était trop difficile, qui ont simplement été bannies des médias aux mains de la néo-bourgeoisie nomenclaturiste à laquelle les références à Staline rappelaient de bien douloureux souvenirs…

Il fallait en effet rayer de l’Histoire l’œuvre de celui qui avait guidé trois décennies de transformations radicales qui ébranlèrent de fond en comble un monde bourgeois alors en bien mauvaise posture, l’œuvre de celui qui dénnonçait implacablement les voies de trahison anciennes comme nouvelles menaçant l’avenir de la Révolution communiste internationale. Depuis cette époque, ces chansons furent ainsi soit dénaturées, soit condamnées à l’oubli.

Nous donnons donc évidemment les chansons dans leur version originale, non expurgée par ceux qui ont confisqué le pouvoir aux travailleurs soviétiques à la mort du camarade Staline.

Notons au passage que beaucoup de chansons de l’époque socialiste ─ qui fût caractérisée par une véritable explosion créatrice ─, restent aujourd’hui populaires en ex-URSS. Nous donnons à ce sujet dans l’annexe intitulée post-soviet era quelques interprétations, notamment contemporaines, en témoignant.

L’impérialisme russe en particulier n’hésite pas à les remettre au goût du jour dans leurs versions expurgées afin de cultiver une certaine nostalgie, garante d’un semblant de stabilité sociale et d’unité nationale : comme s’il restait encore quelque chose de l’époque socialiste et de la grandeur passée de l’URSS stalinienne dans la Russie d’aujourd’hui… Et comme si l’Armée russe d’aujourd’hui, qui invoque rituellement les symboles de la Grande Guerre patriotique, avait encore quelque chose à voir avec l’Armée Rouge qui, il y a six décennies, sous la direction du camarade Staline et en lien étroit avec son peuple multi-ethnique déterminé à défendre les acquis du socialisme, résista, refoula et écrasa la Wehrmacht, le plus puissant détachement de choc de la réaction impérialiste mondiale. Comme si enfin un pays bourgeois quel qu’il soit confronté à une situation aussi dramatique serait aujourd’hui capable de rééditer une résistance populaire aussi vaste et profonde…

Après tout, ces mystifications ont assez bien fonctionné pendant près de quatre décennies en ce qui concerne le social-impérialisme soviétique qui avait su conserver les éléments hérités de la culture socialiste susceptibles de servir ses intérêts ─ et notamment de justifier le rôle directeur de son complexe militaroindustriel, instrument de ses ambitions internationales qu’il camoufla parfois sous les habits de la lutte « anti-coloniale » dans la sphère d’influence de ses concurrents ─, tout en lui permettant de faire croire aux masses exploitées indigènes comme étrangères que rien n’avait fondamentalement changé en dépit de la déstalinisation…

Au contraire, pour nous, ces chansons de l’ère stalinienne sont un vibrant appel lancé aux peuples et aux communistes de l’ex-URSS à ne pas se laisser mystifier par leur bourgeoisie, à se réapproprier le sens et le contexte de ces chansons, en d’autres termes à renouer avec leur passé révolutionnaire, seule façon de redonner vie à ce brillant héritage, un héritage qui ne leur appartient pas seulement, mais qui appartient également à tous les travailleurs et peuples opprimés du monde !

Nous profiterons enfin de cette « plongée profonde » au pays des Soviets pour démontrer l’actualité de la méthode matérialiste-dialectique, laquelle, comme Karl

Marx le soulignait lui-même si justement,

« … est un scandale et une abomination pour les classes dirigeantes, et leurs idéologues doctrinaires, parce que dans la conception positive des choses existantes, elle inclut du même coup l’intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire ; parce (…) qu’elle est essentiellement critique et révolutionnaire ».1

Vincent Gouysse, pour l’OCF, le 24/09/2014 ──────────────────────────────────

Avant d’entamer la lecture de ce dossier, veuillez télécharger l’archive comprenant l’ensemble des fichiers audio des chansons traduites sur la page http://marxisme.fr/realisme_socialiste_chanson_sovietique.htm

Toutes les chansons d’époque ainsi que leurs textes en langue russe proviennent du site Soviet Music. Pour chaque chanson, nous donnons une ou deux dates : une seule quand l’année de l’interprétation que nous donnons en téléchargement coïncide avec celle de la conception de la chanson, et deux dates, quand celles-ci diffèrent. ● Nous tenons en premier lieu à remercier un camarade qui se reconnaîtra pour sa contribution majeure à la traduction des chants présentés dans ce dossier depuis la langue russe. Sans son précieux travail, l’envergure et la précision de ce dossier se seraient trouvées amoindries. Ce camarade a d’abord révisé nos traductions depuis l’anglais en les confrontant au texte russe original pour les chansons suivantes : L’Armée Blanche et le Baron Noir (1920) ; Par les vallées et les montagnes (1922) ; Hymne du Komintern (1929) ; Plaine, ma plaine (1934) ; La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse (1936) ; Chant de la mère-patrie (1936) ; Chanson sur Staline (1937) ; Si demain apporte la guerre (1938) ; Trois tankistes (1938) ; Katioucha (1938) ; Hymne du Parti Bolchévik (1939) ; Marche des tankistes soviétiques (1939) ; La Guerre sacrée (1941) ; Marche des défenseurs de Moscou (1942) ; Marche de l’artillerie (1943) ; Invincible et légendaire (1943) ; Les rossignols (1944) ; Hymne de l’URSS (1944) ; Un avenir radieux s’ouvre à nous (1949). Il a ensuite traduit depuis le russe les chants suivants pour lesquels nous n’avions pas pu trouver de traduction anglaise sur laquelle nous appuyer : Chanson de la flotte Rouge (1936) ; Tout le pays chante avec nous (1936) ; Oh, chevaux d’acier (1937) ; Ne nous touche pas (1938). Nous tenons également à remercier le camarade N. A. et sa femme qui sont venus en renfort, corrigeant quelques traductions et traduisant depuis le russe les chants suivants : Chanson sur Stalingrad (1943) ; Marche de la cavalerie rouge (1936). Nous tenons enfin à remercier le camarade P.-A. Rey2 qui a également participé à ce travail en traduisant pour nous depuis le russe les chants suivants : Chanson des cosaques (1937) ; Au combat pour la mère-patrie (1939) ; Chanson des jeunes mitchouriniens (1949) ● Tous les chants référencés dans ce dossier sont disponibles sur notre site en téléchargement sous forme de fichiers de haute qualité au format .mp4. Chaque fois que nous avons pu les identifier, nous avons signalé par le code * (apposé à côté du texte russe), les vers, strophes et couplets expurgés par les khrouchtchéviens. Nous avons naturellement, dans la mesure du possible, privilégié les interprétations originales.

 

Белая армия, чёрный барон (1920) L’Armée Blanche et le Baron Noir (1920)
Белая армия, чёрный барон

Снова готовят нам царский трон, Но от тайги до британских морей Красная Армия всех сильней.

 

Припев :

 

Так пусть же Красная

Сжимает властно

Свой штык мозолистой рукой,

И все должны мы

Неудержимо

Идти в последний смертный бой ! (бис)

 

Красная Армия, марш вперёд !

Реввоенсовет нас в бой зовёт. Ведь от тайги до британских морей Красная Армия всех сильней !

 

Припев. (бис)

 

Мы раздуваем пожар мировой,

Церкви и тюрьмы сравняем с землёй. Ведь от тайги до британских морей Красная Армия всех сильней !

 

Припев. (бис)

L’Armée Blanche et le Baron Noir

Nous préparent de nouveau le trône du Tsar, Mais de la taïga aux mers britanniques, L’Armée Rouge est la plus forte.

 

Refrain :

 

Alors laissez cette [Armée] Rouge

Agripper avec force

Ses baïonnettes de ses mains calleuses,

Et nous devons tous 

Irrépressiblement

Aller nous battre jusqu’à la mort. (bis)

 

Armée Rouge, en avant, marche !

Le Soviet révolutionnaire appelle à la guerre, Car de la taïga aux mers britanniques, L’Armée Rouge est la plus forte !

 

Refrain (bis)

 

Nous alimentons un incendie mondial, Nous raserons les églises et les prisons. Car de la taïga aux mers britanniques, L’Armée Rouge est la plus forte !

 

Refrain (bis)

Nous donnons ici cette chanson dans sa version remaniée de 1927, sans la référence à Trotski qui vient d’être exclu du PCUS (b) pour son opposition récurrente à la stratégie d’édification du socialisme et pour activités fractionnistes, après un vote de défiance humiliant du PCUS (b) dont seulement 0,5 % des 728 000 membres soutiennent alors la ligne de Trotski.

Sur le rôle de précieux auxiliaire de la bourgeoisie internationale joué par Trotski, nous renvoyons à notre dossier sur le trotskisme.3

Ceci étant dit, cette première chanson décrit l’enjeu fondamental des années de la Guerre civile (1918-1922) qui fût (comme nous allons le voir ensuite plus en détails), en grande partie alimentée par les puissances impérialistes coalisées soutenant les armées Blanches. Déterminées à abattre le pouvoir soviétique qui venait de naître, elles forcèrent le PCUS (b) à instaurer le communisme de guerre.

Le Baron noir dont il est question ici était l’amiral Piotr Nikolaïevitch Wrangel qui opérait dans le Caucase. Sous son commandement, les Armée blanches conquirent notamment Tsaritsyne au cours de l’hiver 1918-1919, ville qui fût renommée Stalingrad en 1925.

Mais à l’automne 1920, il fût forcé de battre en retraite devant l’Armée Rouge, laquelle, dans la région se trouvait alors sous le commandement de Staline, Vorochilov et du Maréchal Boudienny.4

 

 

Ci-dessus : « Wrangel avance ! Aux armes, prolétaires ! » (1920)

Comme la plupart des fonctionnaires et généraux tsaristes hostiles au pouvoir des Soviets, Wrangel opta pour l’exil afin de continuer le combat contre lui depuis l’étranger. Il importe de souligner qu’une partie du « mérite » de l’évacuation de ses troupes revînt à l’impérialisme français qui dépêcha notamment le croiseur-cuirassé Waldeck-Rousseau à cet effet.

 

По долинам и по взгорьям (1922) Par les vallées et les montagnes (1922)
По долинам и по взгорьям

Шла дивизия вперед,

Чтобы с бою взять Приморье Белой армии оплот.

 

Наливалися знамена

Кумачом последних ран,  Шли лихие эскадроны  Приамурских партизан.

 

Этих лет не смолкнет слава,

Не померкнет никогда,  Партизанские отряды  Занимали города.

 

И останутся как в сказке,

Как манящие огни,

Штурмовые ночи Спасска,  Волочаевские дни.

 

Разгромили атаманов,

Разогнали воевод,  И на Тихом океане

Свой закончили поход.

Par les vallées et les montagnes

La division allait de l’avant,

En vue de la bataille pour reprendre Primorye Bastion de l’Armée Blanche.

 

Les drapeaux étaient tachés

Ensanglantés par les derniers blessés, Alors qu’arrivaient fièrement les escadrons Des partisans de [la région] Amour.

 

La gloire de ces jours ne s’estompera jamais,

Ne disparaîtra jamais, Les groupes de partisans Occupaient la ville.

 

Ils resteront dans la légende,

Comme les feux brillants,

[Des combats] de l’assaut nocturne de Spassk,

Au cours des journées de [la bataille] de Volochaevsk.

 

Les Atamans furent écrasés,

Le [général] Voivod déguerpit,

Et sur [les rivages] de l’Océan Pacifique Leur campagne prit fin.

Cet autre chant datant également des années de la Guerre civile fait référence à la bataille de Primorye, qui eût lieu dans l’Extrême-Orient soviétique (située dans la région de Vladivostok) en février 1922. Cette bataille sonna le glas de l’intervention étrangère en Sibérie, alors essentiellement soutenue par l’Armée impériale japonaise qui engagea dans la région au total 70 000 hommes, contre 12 000 soldats américano-canadiens et 5 000 soldats français, anglais et italiens.

 

Ci-dessus : Parade militaire des troupes d’intervention étrangères à Vladivostok en 1918.

Parmi les raisons qui poussèrent les impérialistes étrangers à soutenir activement les débris du tsarisme contre le jeune URSS ne figuraient pas seulement leur haine « naturelle » pour le communisme, mais également le souci, pour le Capital financier international, de recouvrer la juteuse manne financière des emprunts russes répudiés par le décret soviétique du 29 décembre 1917.

A lui seul, l’impérialisme français détenait la moitié de l’encours de ces emprunts dotés d’un (longtemps) confortable rendement de 5 %, mais qui devinrent du jour au lendemain des bouts de papier sans la moindre valeur. A la veille de la première guerre mondiale impérialiste, c’est un stock de 15 milliards de francs or, qui avait été investit dans les emprunts russes. Il faut dire que plusieurs décennies durant, les banques françaises avaient encouragé les petits porteurs à les acquérir et ce sont alors 1,5 million d’épargnants français qui en possèdent. Juste avant la guerre, les emprunts russes contribuaient à hauteur de près du tiers à l’épargne individuelle des français, et également à près du tiers des profits d’une banque comme le Crédit Lyonnais !…5

Avant la Révolution d’Octobre, le régime tsariste était de type bourgeois-compradore, car étroitement lié au capital financier anglo-français qui contrôlait les branches clefs de l’économie russe.

« Les intérêts anglo-français ne contrôlaient pas moins de 72 % du charbon, du fer et de l’acier, et 50 % du pétrole russe. Chaque année, plusieurs centaines de millions de livres sterling et de francs, sous forme de dividendes, de profits et d’intérêts, étaient tirés du travail des ouvriers et des paysans russes pour des intérêts étrangers alliés au tzar ».6

Refusant de perdre la main sur ces richesses, les impérialistes étrangers étaient déterminés à faire tout ce qui était en leur pouvoir pour abattre la jeune URSS. Les troupes Blanches de l’amiral Koltchak reçurent ainsi des Alliés, et en particulièrement des Anglais, une quantité colossale d’armement ainsi que des fonds.

« Nous avons envoyé en Sibérie, raconta fièrement le général Knox, des centaines de milliers de fusils, des centaines de millions de cartouches, des centaines de milliers d’uniformes et de cartouchières, etc. Toutes les balles qui ont été tirées cette année sur les Bolchéviks par les soldats russes ont été fabriquées en Grande-Bretagne, par des ouvriers britanniques, avec des matières premières britanniques et transportées à Vladivostok sur des bateaux britanniques ».7

A la fin de l’année 1919, l’impérialisme britannique avait à lui seul fourni aux armées blanches pour 100 millions de £ de fournitures, soit environ 3,6 milliards € d’aujourd’hui… Ce sont finalement les victoires militaires majeures remportées par l’Armée Rouge ainsi que l’opposition grandissante à la Guerre contre la Russie des Soviets au sein de leur opinion publique, qui détermineront finalement les impérialistes coalisés à renoncer (pour un temps) à chercher à l’étrangler. Au printemps 1919, la flotte de guerre de l’impérialisme français qui opère alors en mer Noire ─ laquelle constitue alors un point d’appui stratégique pour le contrôle des gisements pétroliers du Caucase ─, est victime de vastes mutineries dont le camarade André Marty sera l’un des éléments moteur.

 

Ci-dessus : Du 26 au 28 avril, le croiseur-cuirassé français Waldeck-Rousseau, alors stationné devant Odessa, fût secoué par deux jours de mutinerie. Pour l’équipage de ce navire, le transfert sur un autre bâtiment d’André Marty, alors mis aux fers pour son rôle dans la mutinerie dont venait d’être victime le torpilleur Protet, fût la goutte d’eau qui fit déborder le vase… Alors officier-mécanicien, André Marty sera condamné à 20 ans de travaux forcés et ne sera libéré en 1923 que suite à une vaste campagne politique menée par le PCF dont il deviendra membre du Comité Central en 1926. Anti-impérialiste convaincu ─ ce qui lui vaudra d’être de nouveau incarcéré ─, il intégra les Brigades Internationales au cours de la guerre d’Espagne. Il jouera en outre un rôle actif éminemment positif au sein de la section française de l’Internationale Communiste dont il fût le secrétaire de 1935 à 1943. Tout au long de cette période, ainsi que dans les années de l’immédiate après-guerre, André Marty sera l’une des bêtes noires des social-chauvins infiltrés à la direction du PCF, direction qui parviendra cependant à la marginaliser dès 1947. A la fin de l’année 1952, les khrouchtchéviens français profiteront du durcissement de la lutte de classe interne qui traverse alors l’URSS ainsi que le mouvement communiste international, pour l’exclure du PCF en portant contre lui les accusations les plus ignobles.

Comme on le voit, ce que l’on appelle assez improprement la Guerre civile russe fût en fait avant tout une agression militaire étrangère qui infligea à l’URSS naissante des destructions matérielles d’un montant colossal estimé à 60 milliards de dollars de l’époque et coûta la vie de pas moins de 9 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, morts dans les combats ou des suites des conséquences induites par cette guerre.

En 1921-1923, la jeune URSS victime des puissances impérialistes coalisées connaît la guerre, la famine, les épidémies, la ruine, le chaos économique ainsi qu’une vague de banditisme. Dans les années 1930, les nazis utiliseront les photographies de cette cruelle époque afin de « prouver » la « famine artificielle » soi-disant provoquée par Staline en Ukraine en 1932-1933 pour mater les paysans réfractaires à la collectivisation… Après plus de huit décennies, la bourgeoisie internationale continue de colporter les mensonges de la propagande nazie et les a même élevé au rang de « vérité historique ». Une preuve de la remarquable capacité qu’a la bourgeoisie d’utiliser les preuves de ses propres crimes pour essayer de prouver les « crimes » de ses adversaires communistes !

 

En 1923, les bolchéviks héritaient ainsi d’un pays agraire misérable, dont une grande partie de l’industrie avait été détruite ─ en 1920 la production sidérurgique soviétique était ainsi tombée à moins de 200 000 tonnes d’acier, soit à peine 5 % de son niveau de 1913 ! ─, et qui pouvait être à tout moment victime d’une autre agression militaire impérialiste…

Alors à la veille de sa mort, Lénine résumait la situation dans laquelle se trouvait la jeune URSS de la façon suivante :

« Les puissances capitalistes de l’Europe occidentale, partie sciemment, partie spontanément, ont fait tout leur possible pour nous rejeter en arrière, pour profiter de la guerre civile en Russie en vue de ruiner au maximum notre pays. Précisément une telle issue à la guerre impérialiste leur apparaissait, bien entendu, comme offrant des avantages sensibles ; si nous ne renversons pas le régime révolutionnaire en Russie, nous entraverons du moins son évolution vers le socialisme, voilà à peu près comment ces puissances raisonnaient, et de leur point de vue, elles ne pouvaient raisonner autrement. En fin de compte elles ont accompli leur tâche à moitié. Elles n’ont pas renversé le nouveau régime instauré par la révolution, mais elles ne lui ont pas permis non plus de faire aussitôt un pas en avant tel qu’il eût justifié les prévisions des socialistes, qui leur eût permis de développer à une cadence extrêmement rapide les forces productives ; de développer toutes les possibilités dont l’ensemble eût formé le socialisme ; de montrer à tous et à chacun nettement, de toute évidence, que le socialisme implique des forces immenses et que l’humanité est passée maintenant à un stade de développement nouveau, qui comporte des perspectives extraordinairement brillantes ».8

Гимн Коминтерна (1929) Hymne au Komintern (1929)
Заводы, вставайте ! Шеренги смыкайте !

На битву шагайте, шагайте, шагайте !

Проверьте прицел, заряжайте ружье.

На бой, пролетарий, за дело свое !

На бой, пролетарий, за дело свое !

 

Товарищи в тюрьмах, в застенках холодных,

Вы с нами, вы с нами, хоть нет вас в колоннах,

Не страшен нам белый фашистский террор,  Все страны охватит восстанья костёр !

Все страны охватит восстанья костёр !

 

На зов коммунистов стальными рядами  Под знамя Советов, под красное знамя !  Мы красного фронта отряд боевой,  И мы не отступим с пути своего !

И мы не отступим с пути своего !

 

Огонь ленинизма наш путь освещает,  На штурм капитала весь мир поднимает !  Два класса столкнулись в последнем бою ;  Товарищ, борись за свободу свою !

Товарищ, борись за свободу свою !

 

Заводы, вставайте ! Шеренги смыкайте !

На битву шагайте, шагайте, шагайте !

Проверьте прицел, заряжайте ружье.

На бой, пролетарий, за дело свое !

На бой, пролетарий, за дело свое !

Usines, dressez-vous ! Serrez les rangs !

Marchez à la bataille, marchez, marchez !

Vérifiez les viseurs et chargez les armes.

Au combat, prolétaires, pour votre cause !

Au combat, prolétaires, pour votre cause !

 

Camarades emprisonnés, dans les froides chambres de torture, Vous êtes avec nous [bis], même si vous êtes absents de nos bataillons,

La terreur fasciste blanche ne nous effraie pas,

Tous les pays seront couverts du feu de l’insurrection ! Tous les pays seront couverts du feu de l’insurrection !

 

A l’appel des communistes, en rangs d’acier,

Sous la bannière des soviets, sous la bannière rouge !

Bataillon rouge, en avant au combat,

Nous ne nous écarterons pas de notre chemin !

Nous ne nous écarterons pas de notre chemin !

 

Le feu du léninisme illumine notre route,

Le monde entier nous porte à l’assaut du Capital !

Deux classes se sont heurtées dans une dernière bataille ; Camarade, bats-toi pour ta liberté !

Camarade, bats-toi pour ta liberté !

 

Surgissez des usines ! Serrez les rangs !

Marchez à la bataille, marchez, marchez !

Vérifiez les viseurs et chargez les armes.

Au combat, prolétaires, pour votre cause !

Au combat, prolétaires, pour votre cause !

Cette chanson fût écrite et composée par les allemands Eysler et Frenkel à l’occasion du dixième anniversaire de la fondation de la IIIème Internationale. Elle en devint à cette occasion l’hymne officiel.

C’est sous l’impulsion de la révolution d’Octobre que l’Internationale communiste fût fondée sous la bannière du léninisme, en complète rupture avec la IIème Internationale réformiste et social-chauvine.

L’existence du premier Etat socialiste permit d’agir comme un catalyseur, et aida à faire le tri dans le mouvement ouvrier international. Ceux qui prenaient ouvertement partie contre l’URSS ne pouvaient en effet apparaître que comme des traîtres à la révolution communiste et des alliés objectifs de la bourgeoisie internationale.

L’URSS elle-même était bien consciente de jouer le rôle de stimulant majeur de la croissance du mouvement ouvrier international révolutionnaire, quoiqu’en disent les trotskistes. Pour ces derniers, la thèse léniniste de rupture de la chaîne impérialiste à son maillon le plus faible et l’édification du socialisme dans un seul pays représentait un abandon de l’internationalisme prolétarien.

Ils lui opposaient la théorie idéaliste petite-bourgeoise de la « révolution permanente » qui derrière sa phraséologie « de gauche » pseudo-radicale ne faisait abstraction que d’une seule chose : la marche réelle du développement du capitalisme qui avait une fâcheuse tendance à renforcer l’opportunisme au sein du mouvement ouvrier des pays impérialistes dominants…

A cette théorie capitulatrice de la « désespérance permanente » dont la bourgeoisie internationale comprit tout de suite l’intérêt et qu’elle se mit à promouvoir activement dans les pays impérialistes comme dépendants, Staline opposa la possibilité d’édifier le socialisme en URSS en dépit des conditions hostiles induites par l’encerclement capitaliste, et définissait cette tâche comme le commencement et un ferment majeur de la révolution communiste internationale.

Au début de l’année 1931, Staline soulignait ainsi que le PCUS(b) avait de multiples obligations à remplir, non seulement à l’égard des travailleurs soviétiques, mais également à l’égard du prolétariat international. Voilà comment il synthétisait ces obligations internationales qu’il jugeait comme « plus graves et plus importantes » encore que ses obligations « nationales » :

« La classe ouvrière de l’U.R.S.S. est une partie de la classe ouvrière mondiale. Nous avons vaincu, non seulement par les efforts de la classe ouvrière de l’U.R.S.S., mais aussi grâce à l’appui de la classe ouvrière mondiale. Sans cet appui l’on nous aurait depuis longtemps déchiquetés. On dit que notre pays est la brigade de choc du prolétariat de tous les pays. C’est bien dit. Mais cela nous impose les obligations les plus sérieuses. Au nom de quoi le prolétariat international nous soutient-il ? Qu’estce qui nous a valu ce soutien ? C’est que nous nous sommes jetés les premiers dans la bataille contre le capitalisme ; que nous avons les premiers instauré le pouvoir ouvrier ; que nous nous sommes mis les premiers à bâtir le socialisme. C’est que nous travaillons à une oeuvre qui, en cas de succès, retournera le monde entier et affranchira toute la classe ouvrière. Et que faut-il pour réussir ? Liquider notre retard, développer des rythmes élevés, bolchéviks, de construction. Nous devons marcher de l’avant de façon que la classe ouvrière du monde entier, en nous regardant, puisse dire : Le voilà mon détachement d’avant-garde, la voilà ma brigade de choc, le voilà mon pouvoir ouvrier, la voilà ma patrie ; ils travaillent à leur œuvre, à notre œuvre à nous, et ils y travaillent bien ; soutenons-les contre les capitalistes et attisons la flamme de la révolution mondiale ».9

Par conséquent, plus la marche en avant de l’URSS s’accentuait, plus la différenciation du mouvement ouvrier international s’approfondissait, plus les éléments social-démocrates et social-chauvins se démasquaient aux yeux de leur propre prolétariat et plus le mouvement communiste international se renforçait.

L’Histoire révèle pourtant que la bolchévisation de nombreux Partis communistes d’Europe de l’Ouest a souvent été davantage de façade que réelle ─ du fait que si nombre de leaders social-réformistes et social-chauvins camouflés tels M. Thorez et P. Togliatti souscriront en paroles à ses statuts et assurèrent vouloir suivre la voie tracée par la révolution d’Octobre ─, ils le firent sans jamais y joindre les actes et dans le but évident de ne pas se démasquer aux yeux des éléments révolutionnaires de leurs Partis communistes.10

 

Ci-dessus : Rassemblement de dizaines de milliers de communistes du Front Rouge à Berlin en mai 1928. A la veille de l’arrivée des nazis au pouvoir, le KPD est devenu un puissant Parti Communiste de type bolchévique, à l’inverse du PCF qui ne parviendra jamais à s’affranchir de ses préjugés démocratiques-bourgeois et social-chauvins exacerbés par le carractère rentier de l’impérialisme français. En 1929, l’organisation de défense paramilitaire du KPD dirigée par Ernst Thälmann et Willy Leow, la Roten Frontkämpferbund, compte 130 000 membres répartis dans plus de 1 600 sections locales. La moitié d’entre-eux sont membres du KPD. En 1932, le KPD compte plus de 250 000 membres qui s’attirent les sympathies de millions de travailleurs allemands. Pour l’impérialisme allemand, le maintien des libertés démocratiquesbourgeoises est devenu trop dangereux, il est devenu grand temps de jeter bas ce masque et de réduire au silence la voix des esclaves salariés au moyen de la dictature terroriste ouverte du Capital et de la répression du mouvement communiste ! Et pourquoi ne pas essayer d’en finir au passage avec l’URSS, la source de la « maladie » qu’est le bolchévisme (Winston Churchill) ?!

En dépit de ces limites, l’Internationale Communiste a joué un grand rôle dans la diffusion du léninisme et dans l’union des éléments révolutionnaires du prolétariat du monde entier.

C’est par exemple en s’inspirant de son esprit que les communistes albanais parvinrent à transformer leur lutte de libération nationale anti-fasciste en une vaste lutte contre les éléments féodaux et bourgeois-compradore indigènes liés à l’occupant, une lutte dirigée par le PCA qui déboucha sur l’enchainement immédiat de la révolution socialiste dès la libération du pays de l’occupant, à la fin de l’année 1944. Selon les conceptions trotskistes, l’édification socialiste à partir d’une Albanie féodale arriérée est tout bonnement impensable. Quatre décennies durant, les communistes albanais démontrèrent pourtant que cela était parfaitement réalisable… Après 1953, la RPSA allait devenir le dernier bastion de la révolution communiste internationale, le dernier pays socialiste.

Полюшко-поле (1934) Plaine, ma plaine (1934)
Полюшко-поле,

Полюшко, широко поле,

Eдут по полю герои,

Эх, да красной армии герои !

 

Девушки плачут,

Девушкам сегодня грустно,

Милый надолго уехал,

Эх, да милый в армию уехал !

 

Девушки, гляньте,

Гляньте на дорогу нашу, Вьётся дальняя дорога, Эх, да развесёлая дорога !

 

Только мы видим,

Видим мы седую тучу,

Вражья злоба из-за леса,

Эх, да вражья злоба, словно туча.

 

Эх, девушки, гляньте,

Мы врага принять готовы,

Наши кони быстроноги,

Эх, да наши танки быстроходны !

 

Эх, пусть же в колхозе

Дружная кипит работа, Мы дозорные сегодня,

Эх, да мы сегодня часовые !

Plaine, ma plaine,

Ma vaste plaine,

Des héros marchent à travers la plaine, Ah, ce sont les héros de l’Armée Rouge !

 

Les jeunes filles pleurent,

Aujourd’hui, les jeunes filles sont tristes,

Leurs amants sont partis pour longtemps, Ah, leurs amants sont partis à l’armée !

 

Jeunes filles, regardez,

Regardez notre route,

La route serpente au loin, Ah, la joyeuse route !

 

Cependant, nous voyons,

Nous voyons un nuage sombre,

L’hostilité de l’ennemi derrière la forêt,

Ah, l’hostilité de l’ennemi est comme un nuage.

 

Eh, jeunes filles, regardez,

Nous sommes prêts à recevoir l’ennemi, Nos chevaux ont les sabots légers, Et nos chars sont rapides !

 

Que, dans les kolkhozes,

Tous travaillent fraternellement avec ardeur, Nous sommes de patrouille aujourd’hui,

Ah, aujourd’hui, nous montons la garde !

Après avoir consacré en 1923-1927 ses premiers efforts à panser les blessures de près d’une décennie de guerres ─ d’abord de la guerre mondiale inter-impérialiste (1914-1917), puis celle qui lui fût imposée par les débris du tsarisme et les impérialismes étrangers coalisés (1918-1922) ─, après s’être débarrassée des capitulards de « gauche » (au premier chef des trotskistes) qui ne voyaient point d’autre salut pour la révolution d’Octobre que dans la victoire de la révolution communiste en Europe de l’Ouest ─ victoire hypothétique qui tarda à venir soit du fait de la prédominance du réformisme, soit du fait de la féroce répression fasciste ─, la jeune URSS se lança en 1928 dans une tâche nouvelle grandiose : démontrer aux peuples du monde la supériorité du nouveau système sur le capitalisme, démontrer que les travailleurs ne sont pas seulement capables de détruire l’esclavage salarié, mais de construire une société nouvelle et prospère débarrassée de toute forme d’exploitation.

En URSS, les années 1928-1932 furent ainsi marquées par la construction de la base matérielle du socialisme (à la ville comme à la campagne), par la liquidation des dernières classes exploiteuses (koulaks), ainsi que par la conquête d’une totale indépendance nationale sur le plan économique.

Au cours du premier plan quinquennal, l’URSS mena en grande partie à bien ces tâches capitales pour l’avenir du premier Etat socialiste. Pour les ouvriers et les paysans soviétiques, ce développement économique fulgurant fût déjà synonyme d’une amélioration considérable de leurs conditions d’existence.

Pourtant, dans les conditions d’un environnement international marqué par la crise économique et la victoire du fascisme en Allemagne, la menace d’une nouvelle guerre impérialiste contre l’URSS se faisait déjà de nouveau sentir avec force.

C’est ainsi que parallèlement aux chants populaires qui célèbrent de plus en plus les joies de la vie nouvelle et des acquis croissants du socialisme, on voit monter le danger pour l’URSS d’être à nouveau victime de rapaces impérialistes.

Les chants ci-après témoignent de la dualité de ces années, faites à la fois de joie et de gravité, de confiance et de crainte : joie et confiance des peuples composant l’Union Soviétique dans le socialisme ; gravité et crainte face aux dangers d’un monde extérieur en proie à une profonde crise économique qui le rend de plus en plus hostile.

Ci-dessus : Moscou, 1934 ─ parade militaire.

 

 

 

 

 

 

 

Конармейский марш (1936) Marche de la cavalerie rouge (1936)
По военной дороге

Мы пошли по тревоге,

Как в былой восемнадцатый год.

 

Были сборы недолги, ─

От Кубани и Волги

Мы коней оседлали в поход. (бис)

***

Среди зноя и пыли,

Где с Буденным ходили

На рысях на большие дела,

 

По курганам горбатым,

По речным перекатам,

Снова конница наша пошла. (бис)

***

На Дону и в Замостье

Тлеют белые кости,

Над костями шумят ветерки.

 

Помнят псы-атаманы,

Помнят польские паны

Конармейские наши клинки. (бис)

***

Если в край наш спокойный

Хлынут новые войны

Проливным пулеметным дождем, ─

 

По дорогам знакомым

За любимым наркомом

Мы коней боевых поведем ! (бис)

Sur le chemin de la guerre Nous sommes partis alarmés, Comme en l’an dix-huit [1918].

 

Le rassemblement ne fut pas long, ─

Depuis le Kouban et la Volga

Nous sellâmes nos chevaux pour la campagne [militaire]. (bis)

***

Dans la chaleur et la poussière,

Là où nous étions passés avec Boudienny

Au trot pour de grands évènements,

 

Sur les kourganes,

Sur les bancs fluviaux,

De nouveau notre cavalerie est en route. (bis)

*** Sur le Don et à Zamosc

Se décomposent des os blancs,

Au dessus des os bruissent les brises légères.

 

Ils s’en rappellent les chiens ottomans,

Ils s’en rappellent les hobereaux polonais,  De nos sabres de cavalerie. (bis)

*** Si dans notre pays tranquille

Jaillissent de nouvelles guerres

Faite d’une pluie torrentielle de mitraille, ─

 

Sur les routes familières

Pour notre cher commissaire au peuple

Nous mènerons les chevaux de combat ! (bis)

Cette chanson fait en premier lieu référence aux années de la Guerre Civile, mais évoque également le nouveau conflit qui se profile pour l’URSS dans un avenir proche. Au cours de la Guerre Civile ainsi que dans les années qui suivirent, l’Armée Rouge était dépourvue d’Arme blindée : en 1928, elle ne comptait que 200 automobiles blindées et chars légers. La cavalerie constituait alors l’Arme mobile par excellence.

La situation changea profondément avec l’exécution victorieuse du premier plan quinquennal. En 1933, l’Armée Rouge possédait désormais 5 000 blindés. Cette mutation imposait une redéfinition du rôle de la cavalerie et l’élaboration d’une doctrine de la guerre mécanisée. Dès 1932, soit trois ans avant la création de la première Panzerdivision, l’URSS créa ses deux premiers corps mécanisés. Au même moment, les officiers de cavalerie (comme Joukov) furent invités à suivre des cours pour se familiariser avec l’emploi des unités blindées.

 

 

Ci-contre : Charge de la cavalerie soviétique (Basin, 1943). Au début du conflit, l’Armée Rouge disposait de 1,2 million de chevaux, mais bien davantage encore furent utilisés comme moyen logistique : 3,5 millions, soit à peine plus que la Wehrmacht confrontée à une pénurie logistique structurelle et qui en utilisa près de 2,8 millions.

Жить стало лучше, жить стало веселей (1936) La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse (1936)
Звонки как птицы, одна за другой, Песни летят над советской страной.

Весел напев городов и полей –

Жить стало лучше, жить стало веселей !

 

Дружно страна и растет и поет, С песнею новое счастье кует.

Глянешь на солнце – и солнце светлей.

Жить стало лучше, жить стало веселей !

 

Знай, Ворошилов, мы все начеку, Пяди земли не уступим врагу.

Силушка есть у отцов и детей.

Жить стало лучше, жить стало веселей !

 

Хочется всей необъятной страной

Сталину крикнуть « Спасибо, Родной ! »

Весел напев городов и полей –

Жить стало лучше, жить стало веселей !

 

Звонки как птицы, однв за другой, Песни летят над советской страной.

Весел напев городов и полей –

Жить стало лучше, жить стало веселей !

Joyeuses comme les oiseaux, les unes après les autres, Les chansons volent au-dessus de l’Etat Soviétique.

La chanson des villes et des campagnes est joyeuse – La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse !

 

A l’unisson, le pays se développe et chante, Il forge un nouveau bonheur en chanson.

Même quand vous regardez le soleil, il semble plus brillant. La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse !

 

Sois certain, Vorochilov, que nous sommes tous sur le qui-vive, Nous ne cèderons pas un pouce de notre terre à l’ennemi.

Nos pères et nos fils sont vigoureux.

La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse !

 

L’immense pays tout entier veut

Crier à Staline « Merci, père ! »

La chanson des villes et des campagnes est joyeuse – La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse !

 

Joyeuses comme les oiseaux, les unes après les autres, Les chansons volent au-dessus de l’Etat Soviétique.

La chanson des villes et des campagnes est joyeuse – La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse !

Le titre de cette chanson est en fait une reprise d’un des passages du discours prononcé par le camarade Staline à la première conférence des stakhanovistes, le 17 novembre 1935. Pour Staline, ce qui permettait la naissance et l’essor du mouvement  des travailleurs de choc était en premier lieu « l’amélioration radicale de la situation matérielle des ouvriers » :

« … quand on a de la joie à vivre, le travail va bon train. D’où les normes de rendement élevées. D’où les héros et héroïnes du travail. Là se trouve avant tout la racine du mouvement stakhanoviste. S’il y avait la crise chez nous, s’il y avait le chômage, ce fléau de la classe ouvrière, si nous vivions mal, sans beauté, sans joie, nous n’aurions point de mouvement stakhanoviste ».11

Surtout, Staline soulignait qu’un autre facteur essentiel qui permettait l’essor d’une nouvelle attitude des ouvriers face au travail était l’abolition de l’esclavage salarié, c’est-à-dire le fait « que l’exploitation n’existe pas chez nous » :

« Chez nous les gens ne travaillent pas pour les exploiteurs, pour enrichir les parasites, mais pour eux-mêmes, pour leur classe, pour leur société à eux, la société soviétique, où l’élite de la classe ouvrière est au pouvoir. Et c’est pourquoi le travail chez nous a une portée sociale — il est une affaire de dignité et de gloire. En régime capitaliste, le travail revêt un caractère privé, personnel. Si tu as produit davantage, reçois davantage et vis comme tu l’entends. Personne ne te connaît et ne veut te connaître. Tu travailles pour les capitalistes, tu les enrichis ? Mais peut-il en être autrement ? Si on t’a embauché, c’est justement pour que tu enrichisses les exploiteurs. Tu n’es pas d’accord ? — va-t-en rejoindre les chômeurs et reste à végéter comme bon te semble — nous en trouverons d’autres, plus accommodants. Et c’est pour cela précisément que le travail des hommes n’est pas haut coté en régime capitaliste. On conçoit que dans ces conditions il ne puisse y avoir place pour un mouvement stakhanoviste. Il en va tout autrement en régime soviétique. Ici, l’homme qui travaille est à l’honneur. Il ne travaille pas pour les exploiteurs, mais pour lui-même, pour sa classe, pour la société. Ici, l’homme qui travaille ne se sent pas abandonné et solitaire. Au contraire, l’homme qui travaille se sent chez nous citoyen libre de son pays, un homme public en son genre. S’il travaille bien et donne à la société ce qu’il peut donner, c’est un héros du travail, il est environné de gloire. Il est évident que c’est seulement dans ces conditions que le mouvement stakhanoviste a pu naître ».12

Cette situation de la classe ouvrière soviétique émancipée occupée à construire sa société nouvelle offre déjà un contraste saisissant avec celle que le prolétariat « vit » (ou disons plus justement subit) aujourd’hui quotidiennement. Mais dans les années 1930, cette situation était encore bien plus périlleuse pour les élites bourgeoises-impérialistes, à un moment où le capitalisme en crise était de plus en plus tenté de renouer avec les méthodes de l’esclavage…

 

Ci-dessus : « La vie est devenue meilleure, la vie est devenue joyeuse ! » Ce à quoi le Führer répond : « Je suis triste parce que vous êtes joyeux… » (Efimov-Joffe, 1936)

Comme en témoigne l’affiche soviétique ci-avant ─ contemporaine du fameux discours de Joseph Staline ─, l’URSS était bien consciente de ce frappant contraste qui faisait de plus en plus enrager une bourgeoisie internationale aux abois, confrontée à une supériorité de plus en plus manifeste du nouvel ordre social socialiste…

C’est dans ce contexte d’essor du bien-être général des travailleurs de l’URSS, alors que l’instauration des rapports de production socialistes dans toute l’économie permet au premier Etat socialiste de rattraper à grandes enjambées son retard séculaire sur les pays capitalistes avancés, qu’au sein des peuples qui la composent, et plus encore ceux des provinces reculées les plus arriérées ─ à l’instar des anciennes nationalités opprimées par le tsarisme auxquelles le pouvoir soviétique accorde tout son concours moral et matériel ─, naît ce que les ennemis du socialisme appellent « le culte de la personnalité ». Entourant le Parti communiste et les dirigeants soviétiques en général, ainsi que leur chef en particulier, ce culte manifeste l’infinie reconnaissance des masses populaires à l’égard de ceux sous la direction desquels elles se sont brusquement arrachées à une arriération économique et culturelle séculaires.11

 

Ci-dessus : Moscou, 1936 ─ parade des athlètes dans une URSS qui respire le bonheur…

Comme le reconnaissait lui-même André Gide en 1936 dans la préface de son livre petit-bourgeois Retour de l’URSS :

« L’autorité de Staline a grandi organiquement avec les succès de la construction économique. Le peuple est reconnaissant à Staline du pain, de la viande, de l’ordre, de l’éducation et de la création de l’armée, qui assurent son bien-être. Le peuple doit avoir quelqu’un à qui exprimer sa reconnaissance de l’amélioration incontestable de ses conditions de vie, et pour cela, il choisit non pas des notions abstraites, non pas le communisme abstrait, mais un homme concret, Staline ».

Loin d’avoir été le promoteur de ce culte populaire spontané, Staline a au contraire sans relâche tenté de le combattre. A l’occasion d’un discours prononcé le 19 février 1933 au 1er Congrès des kolkhoziens de choc, Staline rectifia ainsi devant son auditoire une erreur contenue dans une lettre adressée par d’excellents kolkhoziens.

Quelle était donc cette erreur ? Simplement en ce que ces camarades considéraient « leur travail au kolkhoz comme un travail modeste et presque insignifiant, et celui des orateurs et des chefs qui prononcent parfois des discours interminables, comme une œuvre importante et créatrice ». Pour Staline, cette erreur peut-être « commise par modestie », n’en restait « pas moins une erreur » :

« Les temps ne sont plus où les chefs étaient regardés comme les seuls créateurs de l’histoire, tandis que les ouvriers et les paysans ne comptaient pas. Ce ne sont plus seulement les chefs, mais d’abord et surtout les millions de travailleurs qui décident maintenant du sort des peuples et des Etats. Les ouvriers et les paysans qui construisent, sans bruit ni fracas, usines et fabriques, mines et chemins de fer, kolkhoz et sovkhoz, qui créent tous les biens de la vie, qui nourrissent et habillent le monde entier, voilà les véritables héros et créateurs de la vie nouvelle. C’est ce que nos camarades de Bézentchouk semblent avoir oublié. Quand les gens surestiment leurs forces et commencent à tirer vanité de leurs mérites, c’est mal. Cela mène à la vantardise ; or la vantardise est une mauvaise chose. Mais c’est encore pis quand les gens commencent à sous-estimer leurs forces et ne voient pas que leur travail « modeste » et « obscur » est, en réalité, une grande œuvre créatrice, qui décide du sort de l’histoire. Je voudrais que les camarades de Bézentchouk approuvent ma petite rectification à leur lettre ».13

Voilà comment Staline, le soi-disant « dictateur », définissait l’action créatrice des masses travailleuses sous le socialisme. Qu’on mette en regard cette conception avec celle de la bourgeoisie qui s’attribue d’ordinaire à elle-même tous les mérites… tout en considérant les véritables producteurs de la richesse dans le « meilleur des cas » comme des « auxiliaires » secondaires… mais le plus souvent comme des « soushommes » dont « l’entretien » devient d’ailleurs de plus en plus un « luxe » hors de prix dans les conditions de la crise de déclassement des puissances impérialistes d’Occident et de l’exacerbation des rivalités inter-impérialistes ! On comprendra alors sans mal pourquoi Staline était aussi profondément aimé des larges masses travailleuses soviétiques… et comment son souci de lutter comme il le pouvait contre les manifestations négatives potentielles de ce culte populaire… contribuaient en fait paradoxalement à le renforcer !

La bourgeoisie aime beaucoup tourner en dérision les surnoms affectifs qui furent donnée à Staline dans ce cadre historique ─ à l’instar de celui de « Petit père des peuples » auquel il est d’ailleurs ici fait allusion ─, en les opposant à l’image repoussante qu’elle a fabriqué de lui et qu’elle s’obstine à vouloir faire passer pour la « vérité historique »… Il faut dire que l’ordre esclavagiste bourgeois a tout intérêt à calomnier l’ordre socialiste et ce qui l’incarne. En effet, pour la bourgeoisie, cet attachement démontre la dangereuse proximité du pouvoir stalinien des masses travailleuses qu’il représentait véritablement, … en bref tout le contraire de la réalité bourgeoise où le pouvoir politique apparaît de plus en plus comme complètement détaché des préoccupations des masses populaires et hostile à la défense de leurs intérêts fondamentaux même les plus élémentaires…

Les manifestations lyriques populaires de reconnaissance ainsi que les témoignages du profond attachement des travailleurs soviétiques à l’égard de Staline, le chef dévoué à leur cause, se retrouvent ainsi aussi bien dans le chant simple mais authentique et spontané des kolkhoziens du Kazakhstan, que dans de majestueuses odes mélodieuses et sophistiquées qui empliront et résonneront dans l’enceinte du Théâtre Bolchoï.14 Comme on le voit, il n’est pas bien difficile de comprendre le fondement matériel qui engendra la naissance et l’essor d’un culte populaire d’une ampleur et d’une profondeur inédites dans l’Histoire.

 

Ci-dessus : « Le capitaine de l’URSS nous conduit de victoire en victoire ! » (Efimov, 1933)

Notons au passage qu’on ne peut nier sur ce point que les successeurs de Staline ─ c’est-à-dire les représentants de la néo-bourgeoisie monopoliste d’Etat ─, aient remporté d’importants « succès » dans la lutte contre ce « culte » du peuple pour ses chefs dévoués à leur cause… En effet, hier comme aujourd’hui, en dépit de la continuelle publicité (bourgeoise) qui est faite aux Khrouchtchev, Brejnev et Gorbatchev, pas le moindre « culte populaire » autour d’eux ! Il faut dire que leurs échecs et leurs faillites économiques aidant, ces derniers n’ont apporté que déceptions et désillusions aux masses populaires de l’ex-URSS ! En effet, sous le capitalisme – qu’il soit  »traditionnel » (comme le nôtre) ou  »restauré » (comme dans l’URSS post-stalinienne) –, l’existence de chants populaires glorifiant les actions des pantins politiques du Capital est tout bonnement inconcevable. Un tel culte apparaîtrait en effet immédiatement aux masses populaires comme complètement artificiel et intégralement crée d’en haut, et risquerait ainsi d’agir comme un redoutable facteur de contestation et d’instabilité sociales.

Imagine-t-on par exemple un seul instant les larges masses du peuple de France entonner des chants de reconnaissance à l’égard des politiciens au pouvoir censés les représenter, à l’instar de leur « arracheur de dents » de président ?… Sur quelle base matérielle populaire un tel culte pourrait-il émerger ? Aucune naturellement !

Au contraire, ré-émergent aujourd’hui continuellement des manifestations du « culte » de celui que les capitalistes cherchent inlassablement à faire passer pour le « frère jumeau » d’Hitler… afin d’essayer de dégoûter les travailleurs du communisme et de leur boucher la seule perspective révolutionnaire existante.15

 

En ex-URSS, les commémorations de la victoire contre le fascisme sont toujours fréquemment associées à la figure de Staline…

 

Ci-dessus : Commémorations du 130ème anniversaire de la naissance de Joseph Staline (Moscou, 2009). Aussi longtemps que les communistes n’auront pas les idées claires sur les causes et les conséquences de la contre-révolution révisionniste-bourgeoise qui détruisit de l’intérieur l’URSS en 1953 et la transforma en une nouvelle puissance impérialiste, le mouvement communiste restera prisonnier de ces nostalgies stériles tolérées par la bourgeoisie et ses alliés néo-révisionnistes parfois maquillés en « staliniens ». Ce n’est que lorsque cette conscience aura été acquise, que les communistes parviendront à renouer véritablement avec l’essence du marxisme-léninisme et que la bannière du stalinisme redeviendra l’étendard de la lutte pour l’affranchissement des travailleurs du joug de l’esclavage salarié !

Il est par ailleurs aujourd’hui ridicule de voir la bourgeoisie s’obstiner à stigmatiser le « culte de la personnalité » de Staline ─ qui avait au moins un profond fondement matériel et moral populaire ─, alors que les médias bourgeois intoxiquent quotidiennement les esclaves salariés gémissant sous leur joug en créant un culte de la personnalité auréolant les individus bourgeois ─ stars de l’écran, de la chanson, sportifs, etc. ─, tous plus médiocres et superficiels les uns que les autres.

 

 

Песня о Родине (1936) Chant de la mère-patrie (1936)
Припев :

 

Широка страна моя родная, Много в ней лесов, полей и рек!

 

Я другой такой страны не знаю,

Где так вольно дышит человек. (бис)

 

От Москвы до самых до окраин,

С южных гор до северных морей Человек проходит, как хозяин Необъятной Родины своей.

 

Всюду жизнь и вольно и широко, Точно Волга полная, течет. Молодым везде у нас дорога, Старикам везде у нас почет.

 

Припев.

 

За столом никто у нас не лишний,

По заслугам каждый награжден, Золотыми буквами мы пишем Всенародный Сталинский закон.

 

Этих слов величие и славу Никакие годы не сотрут :

Человек всегда имеет право

На ученье, отдых и на труд.*

 

Припев.

 

Над страной весенний ветер веет.

С каждым днем все радостнее жить, И никто на свете не умеет Лучше нас смеяться и любить.

 

Но сурово брови мы насупим,

Если враг захочет нас сломать,

Как невесту, Родину мы любим, Бережем, как ласковую мать.

 

Припев.

Refrain :

 

Ma mère-patrie est vaste,

De ses nombreuses forêts, plaines et rivières !

 

Je ne connais aucun autre pays, 

Où l’homme puisse respirer aussi librement. (bis)

 

De Moscou aux plus lointaines provinces,

Des montagnes du Sud aux mers du Nord L’homme se dresse comme le maître De son immense patrie.

 

Tout au long de sa vie, libre et profonde,  Comme [les flots] du fleuve Volga.

Tous les chemins sont ouverts à la jeunesse,  Tandis que les anciens sont toujours honorés.

 

Refrain.

 

A notre table, personne n’est exclu,

Chacun est récompensé selon ses mérites, En lettres d’or nous écrivons La loi stalinienne du pays.

 

Ces mots de grandeur et de gloire

Ne pourront s’effacer au cours du temps : Chacun doit toujours pouvoir  étudier, se reposer et travailler.

 

Refrain.

 

Au-dessus du pays, souffle la brise du printemps.

Chaque jour, la vie devient plus joyeuse, Et personne d’autre dans ce monde ne peut Mieux que nous rire et aimer.

 

Mais nos sourcils se fronceront sévèrement,

Si un ennemi cherche à nous briser,

Nous chérissons notre mère-patrie comme une jeune mariée, Et nous la protégerons comme une mère aimante.

 

Refrain.

Cette chanson fût pour la première fois interprétée dans le film soviétique Le cirque, dont voici la trame : aux USA, l’artiste de cirque américaine Marion Dixon est contrainte de prendre la fuite sous les jets de pierre, prise à partie par la foule venue regarder le spectacle, après que la presse jaune ait révélé qu’elle avait un fils métis issu d’une liaison avec un homme noir. Marion est ainsi contrainte de prendre la fuite.

Le premier plan du film est celui où l’on assiste à cette course-poursuite auprès d’une boutique dédiée à la vente de souvenirs provenant des colonies. Marion quitte donc les USA où sa carrière est brisée, et arrive en URSS, dans un cirque moscovite, où elle commence à refaire sa vie. Mais alors qu’elle est en train d’y parvenir, quelle se crée des amitiés et commence même à tomber sous le charme d’un artiste du cirque, les choses se compliquent : son imprésario, de nationalité allemande, lui-même désireux d’obtenir les faveurs de Marion, voit d’un très mauvais œil cette liaison naissante. Aux vaines menaces et à la violence ne tardent pas à se succéder les actes : il veut désormais briser de nouveau sa vie et la contraindre à un nouvel exil pour mieux la garder sous sa coupe.

Il profite ainsi d’une représentation du cirque, pour révéler au public soviétique qu’elle cache un enfant noir, « qu’elle a été la maitresse d’un nègre » et que c’est « une créature abjecte ». La réaction populaire ne se fait alors pas attendre : mais elle est aux antipodes de celle attendue par notre imprésario ─ dont les traits du visage rappellent étrangement ceux d’Hitler ─, car le public réagit en lui riant au nez ! « Elle a donné naissance à un enfant noir, et alors ? »

Et quand l’imprésario insiste avec véhémence ─ « C’est un crime racial, elle doit être bannie de la société civilisée, qui appartient uniquement aux blancs ! » ─, et veut remettre la main sur l’enfant en pleurs, c’est le public qui le soustrait à lui et prend sa défense avant qu’un groupe de soldats soviétiques venus assister au spectacle ne s’interpose et le contraigne à reculer.

Finalement, ce n’est pas Marion, mais lui, qui est invité à s’éclipser sous la huée populaire… qui lui épargne cependant les jets de pierres qui auraient été pour le coup amplement mérités !

 

Ci-dessus, un panorama composé de quelques images du film dans sa version colorisée.

Il faut dire qu’en URSS, l’idée-même de préjugé racial est absurde, le socialisme ayant instauré la collaboration et l’amitié entre les différentes minorités nationales, au contraire du capitalisme qui excite les peuples les uns contre les autres et sème la discorde entre eux pour le plus grand profit des exploiteurs. Cette sortie remarquée de l’imprésario ne tarde pas à céder la place à une berceuse destinée à réconforter l’enfant traumatisé, une berceuse au cours de laquelle l’enfant désormais apaisé passe de bras en bras (ici ceux de membres de la minorité juive soviétique).

Pendant ce temps, Marion qui était partie s’effondrer en pleurs à la révélation de son imprésario et qui croyait que les huées populaires s’adressaient à elle, est rejointe par son amant venu la rassurer. Celle-ci comprend alors qu’elle a trouvé dans l’URSS le pays qui la rendra heureuse. Le film s’achève par la réunion de cette nouvelle famille et la participation des artistes du cirque à un grand défilé populaire sur la place Rouge sur l’air de notre chant.

Comme on le voit, ce film a une immense portée politique dans le contexte de flambée de la réaction fasciste dans les pays bourgeois plongés dans la crise économique. Notons au passage que la chanson du film fût interprétée par l’exemplaire chanteur noir-américain engagé Paul Robeson. A ses détracteurs bourgeois qui l’enjoignaient à aller vivre en URSS où il était chaleureusement reçu et pour laquelle il prenait fait et cause en plein Maccarthysme, il répondait qu’étant fils d’esclave et que ses ancêtres ayant contribué à créer la prospérité américaine au prix de leur sueur et de leur sang, il se battrait pour conquérir les droits qui lui étaient alors déniés sur le sol américain…16 Parlant une vingtaine de langues, Paul Robeson était un intellectuel polymathe. Après de brillantes études de droit aux USA et en Angleterre ainsi qu’un parcours athlétique universitaire de haut niveau, il se lança dans le cinéma au Royaume-Uni. Avec la victoire du fascisme en Allemagne, il commença à s’intéresser de très près au communisme et à l’URSS. En décembre 1934, il découvre de ses yeux l’URSS sur l’invitation de Sergei Eisenstein. Il y rencontre également des afro-américains ayant émigré en URSS. Ce premier contact est pour lui autant un choc qu’une révélation. Au retour de ce premier voyage, il déclarera au Daily Worker :

« Je n’étais pas préparé à la joie que j’ai vu sur chaque visage à Moscou. (…) Je savais qu’il n’y avait pas de famine ici, mais je n’étais pas préparé à la vie jaillissante, aux sentiments de sécurité, d’abondance et de liberté que je trouve ici, partout où je me tourne ».

Et de poursuivre en opposant ce tableau à celui ─ véritablement macabre ─, de Berlin par laquelle il venait de transiter. Quant à la question de savoir s’il existait une question de race en URSS, il répondit en souriant « seulement qui soit à mon avantage »… Paul Robeson démontra surtout très vite qu’il s’était parfaitement assimilé les principes de l’internationalisme prolétarien et l’essence de la dictature du prolétariat. Commentant la condamnation à mort qui venait d’être prononcée contre quatorze terroristes contre-révolutionnaires directement impliqués dans le meurtre de Sergueï Kirov, Paul Robeson déclara ainsi que

« De ce que j’ai déjà vu des travaux du gouvernement soviétique, je peux seulement dire que quiconque qui lève la main contre lui devrait être exécuté ! C’est le devoir de ce gouvernement de réprimer d’une main ferme n’importe quelle opposition à cette société véritablement libre et j’espère qu’ils le feront toujours. En ce qui me concerne, je me sens déjà chez moi ici. C’est ma maison. Je sens plus de parenté visà-vis du peuple russe sous leur nouvelle société que je n’en ai jamais ressenti partout ailleurs. Il est évident qu’il n’y a aucune terreur ici, que toutes les masses de chaque race sont contentées et soutiennent leur gouvernement ».17

 

En 1938, Paul Robeson se rendit en Espagne pour y chanter devant les troupes Républicaines et les Brigades Internationales.

 

Dix ans plus tard, en janvier 1949, Paul Robeson et ses partisans manifestent devant la Maison Blanche pour l’abolition des lois ségrégationnistes… 

Pour l’impérialisme américain, il n’est alors pas exagéré de dire que la coupe était pleine ! Il faut dire que Paul Robeson avait compris que les combats contre le racisme et le fascisme ainsi que pour la paix et la liberté véritables étaient indissociables de la lutte des peuples pour la destruction du capitalisme et pour l’avènement du socialisme. Les positions défendues par Robeson représentaient une attaque directe contre les intérêts de l’impérialisme américain et de la bourgeoisie internationale. C’est ainsi qu’un peu plus d’une décennie après la sortie du film soviétique dont est issu notre chanson, toujours aux USA, la réalité rattrapa et dépassa la fiction.

La scène débuta le 27 août 1949 à Peeskill dans l’Etat de New York. Quelques heures avant un concert caritatif en plein air donné par les artistes de la gauche syndicaliste et communiste américaine au profit du Congrès des Droits Civils (parmi lesquels figuraient les artistes Paul Robeson, Pete Seeger et Woodie Guthrie), des émeutiers blancs racistes et anti-communistes attaquèrent à coup de battes de baseball et de jets de pierre les spectateurs venus assister au concert. Assez « étrangement », la police n’arrivera que plusieurs heures après l’attaque… Avant cette parodie d’intervention, les émeutiers auront eu le temps de blesser gravement 13 spectateurs. Le concert fût ainsi reporté au 4 septembre. Y assistèrent 20 000 spectateurs. Ce jour là, la télévision américaine était présente (CBS News). Une chaîne humaine formée par les partisans du concert en protégeait les accès. Mais une fois le concert terminé, les émeutiers récidivèrent devant les caméras et les photographes. Ils attaquèrent de nouveau à coup de pierres et de battes les « nègres blancs » qu’ils « invitèrent » à « retourner en Russie »… Des voitures et des bus furent caillassés et près de 150 spectateurs blessés. Quant aux forces de l’ordre présentes, elles laisseront bienveillamment faire les émeutiers… et certains de ses membres iront même jusqu’à leur prêter main forte pour tabasser Robeson ainsi que ses partisans…18

Fort « étrangement », aucune des poursuites pénales initiées par les partisans de Robeson n’aboutiront et les autorités américaines accuseront même « les communistes » d’être responsables de ces violences ─ de la même façon que ceux qui manifestent aujourd’hui contre les exactions de l’Etat sioniste à l’égard d’un peuple palestinien martyr sont jugés responsables des violences commises par les éléments provocateurs sionistes…

 

Ci-dessus : Paul Robeson en haut de l’estrade tandis que ses partisans protègent les abords du concert. ─ Alors que les représentants des « forces de l’ordre » arborant des mines bien joviales « contiennent » les émeutiers, ceux-ci passent des insultes… au caillassage ! Puis vient le temps pour eux de prendre la pose devant leurs forfaits : fascistes et fiers de l’être ! ─ Non, ce n’est pas un émeutier qui est matraqué par les « forces de l’ordre »… mais Paul Robeson lui-même ! ─ Et si on se faisait une petite « flambée nocturne » pour « fêter » tout ça ?… un autodafé de livres et de disques « rouges », histoire de réchauffer les cœurs ! De « l’american dream » à « l’american nightmare »… De la « démocratie » « made in USA »… au fascisme « made in USA » !

 

« Le fascisme ─ Ennemi de la culture ». (Prorokov, 1939) Quel que soit la masque qu’il arbore ─ ancien ou « moderne », barbare ou « civilisé » ─, le fascisme se nourrit de l’ignorance léguée par la culture bourgeoise et les préjugés social-réformistes ainsi que des préjugés racistes et social-chauvins les plus réactionnaires pour maintenir par tous les moyens possibles les masses populaires exploitées sous l’influence et donc sous la domination de la bourgeoisie.

Quelques mois plus tard, le passeport du chanteur ─ désormais complètement blacklisté des médias US ─, lui sera confisqué conformément au Mc Carran Internal Security Act.

Pour l’impérialisme américain, les raisons ne manquaient pas, qu’il s’agisse de son fort engagement anti-impérialiste ─ il chanta ainsi Les quatre généraux (Guerre d’Espagne), la Marche des Volontaires (en soutien à la Révolution chinoise), le Chant des déportés et la Chanson du ghetto de Varsovie ─, de sa critique récurrente de la condition des noirs aux USA et enfin de ses sympathies communistes symbolisées par ses fréquents voyages en URSS…

Les récentes émeutes qui ont sécoué Ferguson au mois d’août 2014, ont d’ailleurs démontré que la question de la condition du prolétariat noir, quotidiennement victime d’une ségrégégation économique, sociale et spatiale, était toujours très aigüe aux USA…

Désormais interdit de quitter le territoire américain ─ la bourgeoisie US préférant le garder « sous la main » plutôt que de lui permettre de poursuivre sa carrière internationale d’artiste engagé ─, Paul Robeson n’en recevra pas moins le prix Staline international pour la paix en 1952.

Encore une preuve que sous le capitalisme, il est souvent très difficile de distinguer la frontière entre une « démocratie » toujours tronquée et illusoire, et les méthodes de répression fascistes à l’égard de ceux qui osent résister…19

Notons pour finir que le brillant artiste afro-américain sera profondément affecté par la répression Mac Carthyste combinée aux traumatismes de la déstalinisation et de la rupture sino-soviétique. Sa santé commencera à en souffrir gravement dès la fin des années 1950. A partir de 1961 et jusqu’à sa mort en 1976, son état dépressif et sa santé fragile le contraindront à se retirer de la vie publique et politique. Stalinien convaincu, il ne répudia pourtant jamais son passé d’artiste-militant révolutionnaire, passé synthétisé par sa lettre d’adieux au camarade Staline publiée en avril 1953 dans la New World Review, lettre qu’il concluait ainsi :

« A toi, bien-aimé camarade, nous faisons le serment solennel que le combat continuera encore et encore. Repose paisiblement, bien-aimé camarade, notre travail ne fait que commencer. Le combat continuera jusqu’à ce que nous gagnions ».20

С нами поёт вся страна (1936) Tout le pays chante avec nous (1936)
Эй веселей запевайте вы, соколы  Армии славной сыны.

Пусть долетает до солнца высокого  Песня Советской Страны.

 

Припев :

 

Нигде на свете нет силы,

Чтобы сломила 

Молодость нашей страны. 

Смело шагайте вперед, наши соколы Армии Красной сыны !

 

Родина наша руками могучими

Наши ряды создала,

Нам приказала быть самыми лучшими, В сердце отвагу влила.

 

Припев.

 

Солнце нас било горячими стрелами,  Град пулеметом строчил.

Буря и холод нас крепкими сделали, Ветер нас петь научил.

 

Припев.

 

Наша страна, как и вы, быстроногая

Приступом с боя берет

Небо высокое, море глубокое,  Топи лесов и болот.

 

Припев.

 

Радостно видеть дороги просторные, Помощь и дружбу вокруг.

Весело слышать нам песни задорные Наших друзей и подруг.

 

Припев.

 

С нами поют пионеры – отличники, Мать, и отец, и жена.

С нами герои поют пограничники, С нами поет вся страна !

 

Припев. (бис)

Vous chantez joyeusement, héros Glorieux fils de l’armée.

Puisses tu voler aussi haut que le soleil, Chanson des pays soviétiques.

 

Refrain :

 

Aucune force dans ce monde

Ne peut briser 

La jeunesse de notre pays.  Avancez fièrement, nos héros Fils de l’Armée Rouge ! 

 

Notre patrie a de vaillants soldats,

Nos bataillons sont formés,

Nous avons reçu l’ordre d’être les meilleurs,  Ensembles nous nous donnons du courage.

 

Refrain.

 

Le soleil nous frappait de ses rayons chauds,  La grêle nous mitraillait de pics.

Par la tempête et le froid, nous avons été vigoureux,  Le vent nous a appris à chanter.

 

Refrain.

 

Notre pays, tout comme vous, est rapide

Charge au combat pendant la bataille

Dans les hauteurs du ciel, les profondeurs de la mer,  Dans les forêts et les marais.

 

Refrain.

 

On aperçoit la vaste route avec joie,  Du réconfort et de l’amitié tout autour.

Nos amis et amies.

Ecoutent avec plaisir nos chants joyeux.

 

Refrain.

 

C’est un honneur de chanter avec nos héros,  Avec nos mères, nos pères et nos femmes.  Avec nos héros chantent les gardes-frontières,  Tout le pays chante avec nous !

 

Refrain. (Bis)

A l’instar du précédent, ce chant célèbre la vie nouvelle qui s’édifie à mesure que l’URSS réalise victorieusement ses plans quinquennaux.

Dans son ouvrage Dreiser Looks at Russia (1928), rédigé après avoir visité l’URSS en 1927, l’écrivain américain Théodore Dreiser se disait déjà impressionné par « l’enthousiasme jamais vu du peuple soviétique ». En 1931, à son retour d’une visite en URSS où il rencontra notamment Staline, l’écrivain irlandais George Bernard Shaw ne dira pas autre chose. A son retour au Royaume-Uni, il déclare : « Je reviens de l’avenir pour me plonger dans le passé »…21

 

Ci-dessus : Une décennie après la mort de Lénine, la jeunesse en haillons a cédé la place à une jeunesse épanouie, qui s’ouvre à la culture scientifique, nouveau visage d’une URSS en plein essor.              

Ой, вы кони стальные (1937) Oh, chevaux d’acier (1937)
Ой, вы кони, вы кони стальные,

Боевые друзья-трактора,

Веселее гудите, родные, –  Нам в поход отправляться пора.

 

Припев :

 

Мы с чудесным конём 

Все поля обойдём, 

Соберём, и посеем, и вспашем. 

Наша поступь тверда, 

И врагу никогда 

Не гулять по республикам нашим !   

 

Наша сила везде поспевает,

И, когда запоёт молодёжь,

Вся пшеница в полях поспевает, Поспевает высокая рожь.

 

Припев.

Широко ты, колхозное поле…

Кто сумеет тебя обскакать ?

Ой ты, волюшка, вольная воля,  В целом мире такой не сыскать !

 

Припев.

 

Ну-ка, братцы, нас лучше не трогай,

Не балуйся у наших ворот, А не то встанет грозно и строго Наш хозяин – Советский Народ !

 

Припев.

Oh, vous les chevaux, vous les chevaux d’acier,

Le tracteur est l’ami du soldat, Il gronde mieux que les parents – Nous fait faire des promenades.

 

Refrain :

 

Nous avons un cheval merveilleux 

Qui passe au-dessus de tous les champs,  Il peut cueillir, semer, et labourer. 

Nos pas sont fermes, 

Et jamais l’ennemi 

Ne mettra les pieds dans nos républiques !

 

Partout, nos efforts sont en rythme,

Et quand les jeunes commencent à chanter,

Des champs de blé tout entiers [se balancent] en rythme,  Les hauts [champs de] seigle [se balancent] en rythme.

 

Refrain.

 

Vous, les grandes fermes des kolkhozes, Qui est en mesure de vous surpasser ?

Oh, peu d’êtres, peu de personnes libres [comme vous],  Dans le monde entier on ne pourrait trouver.

 

Refrain.

 

Allons, frères, mieux vaut ne pas nous toucher,

Ne fais pas le malin à nos portes, Sinon se dressera terrible et sévère Notre maître : le peuple soviétique !

 

Refrain.

En lui donnant d’abord le droit de jouissance du sol dès le début de la Révolution, puis en l’aidant à s’affranchir définitivement du joug usurier des paysans riches (koulaks) en lui apportant une aide matérielle de premier plan visant à l’intégrer aux rapports de production socialistes tout en lui permettant de voir ses conditions de vie s’améliorer rapidement, la paysannerie pauvre et moyenne devint la plus fidèle alliée de la classe ouvrière soviétique. En 1927, à la veille du début du mouvement de collectivisation, la paysannerie soviétique comptait une proportion de moins de 4 % de paysans riches, les koulaks. Ces usuriers de la campagne engageaient des ouvriers agricoles ou louaient des moyens de production, en bref, exploitaient le travail de l’immense majorité des paysans pauvres. A la fin de l’année 1927, le relèvement tout juste achevé de l’industrie soviétique qui venait de dépasser son niveau d’avant-guerre (1913), commençait à offrir  les « conditions favorables à la liquidation des éléments capitalistes, à la restriction et à la liquidation des éléments koulaks » au moyen de « l’organisation des paysans travailleurs dans des sociétés de production, [financées] par l’Etat », les kolkhozes.22

Ceux-ci permettraient la mise en commun des parcelles individuelles ainsi que l’organisation rationnelle des cultures sur la base d’une technique nouvelle induite par la mécanisation des travaux agricoles. Enfin, ils assuraient à la classe ouvrière soviétique des récoltes abondantes et ainsi un bien meilleur approvisionnement de l’industrie, tout en renforçant son alliance fondamentale avec la paysannerie laborieuse. Très vite, avec la constitution des premiers kolkhozes et l’arrivée des premiers tracteurs, les koulaks cessent de se moquer d’eux et comprennent qu’ils signifient leur fin en tant que classe. Une partie significative des koulaks préfèrera alors abattre son bétail plutôt que d’avoir à le céder, ou aura recours au sabotage et employa les méthodes de lutte les plus désespérées contre les leaders locaux du mouvement de collectivisation, qu’ils appartiennent ou pas ou PCUS(b). Comme le rapporta Guido Miglioli dans son remarquable ouvrage sur la collectivisation socialiste,

« Pendant mon séjour dans les villages soviétiques en été 1930, j’apprenais directement des paysans collectivistes combien le koulak avait été féroce et agressif contre eux, lorsque, en groupes, même les paysans moyens se dirigeaient, enthousiastes, vers la collectivisation. Il brûla leurs maisons ; il empoisonna les eaux pour tuer le bétail ; il attaqua les dirigeants du mouvement collectiviste, allant jusqu’à l’assassinat ».23

L’illustration ci-dessus synthétise magistralement la façon dont l’historiographie bourgeoise traite l’histoire de l’URSS. Cet encadré est extrait du dossier des Chroniques de l’histoire consacré à Joseph Staline.24 Pour la bourgeoisie, qui aime à se représenter les fermes collectives soviétiques comme des décors en carton-pâte cachant la soi-disant misère persistante la paysannerie soviétique, la « propagande communiste » mise en œuvre par Staline n’aurait fait que « promettre » des machines agricoles à la paysannerie, afin de lui faire avaler la pilule dans le cadre de la « collectivisation forcée des terres » ! Il faut dire que selon la bourgeoisie, c’est la grande masse de la paysannerie soviétique qui se serait opposée à la collectivisation. Pour les capitalistes qui cherchent à présenter aux travailleurs leur domination comme un horizon indépassable, la falsification délibérée et la révision éhontée des faits historiques réels n’est pas l’exception, mais la règle… Cela démontre le « sérieux » et « l’objectivité » des « investigations » bourgeoises faites soi-disant en vue de « découvrir la vérité sur l’URSS de Staline » ! On comprendra donc sans mal que sur la photographie les paysans brandissent une bannière sur laquelle est écrit non pas « leur refus des méthodes de la collectivisation », mais : « Nous, kolkhoziens, nous sommes pour la collectivisation. Nous liquidons la classe des koulaks » ! Ainsi une photo prouvant la volonté de la paysannerie travailleuse d’en finir avec les koulaks — que Lénine qualifiait de « vampires » et de « pires exploiteurs  » —, se change (miraculeusement) dans les mains (alchimistes) de la bourgeoisie, en une photographie censée démontrer précisément le contraire, c’est-à-dire « l’opposition de la paysannerie toute entière aux méthodes de la collectivisation » ! Il faut dire que la bourgeoisie peut compter sur la méconnaissance de la langue russe par l’immense majorité des travailleurs qui ne seront soit ni tentés, soit pas en mesure de vérifier l’authenticité de la traduction. Pourquoi se priverait-elle donc ─ fidèle en cela au célèbre adage de Joseph Goebbels ─, d’une falsification aussi grossière et donc apparemment aussi « irréfutable » ?

Au début de l’année 1930, devant l’essor très rapide du mouvement spontané des paysans pauvres pour créer des kolkhozes et s’affranchir de la domination des paysans riches ─ un mouvement dépassant d’ailleurs les capacités de production de la jeune industrie soviétique des tracteurs ─, 250 000 communistes des villes furent dépêchés dans les campagnes afin d’encadrer et d’apporter leur concours au vaste mouvement de collectivisation.

Il faut dire que la proportion de la population rurale membre du Parti communiste bolchévik n’était alors que de 2,8 ‰. Pourtant au pouvoir depuis plus d’une décennie, le PCUS (b) ne possédait alors de cellule du Parti que dans un tiers des Soviets de village…

De toute évidence, le Parti communiste n’avait alors qu’une emprise très limitée sur ce mouvement en grande partie spontané. Il pût ainsi y avoir des excès et des erreurs « gauchistes » induites par l’inévitable esprit de revanche (voir de vengeance) qui devait animer les larges masses de paysans pauvres qui avaient subi l’exploitation séculaire de ces capitalistes de la campagne, mais leur ampleur resta très limitée au regard de cet héritage et des crimes dont se rendirent coupables les koulaks.25

En 1929, l’URSS possédait moins de 35 000 tracteurs totalisant une puissance d’un peu moins de 0,4 million de CV. En 1933, son parc de tracteurs en comptait désormais plus de 204 000 totalisant une puissance de 3,1 millions de CV. Enfin, en 1938 les sovkhozes et kolkhozes disposaient d’un parc de plus 483 000 tracteurs.

De même, au cours de la période 1933-1938, le nombre de moissonneusesbatteuses fit plus que sextupler à 153 000 unités. En 1940, l’agriculture soviétique possédait désormais 684 000 tracteurs (calculés en unités de 15 CV), soit une puissance totale de près de 10,3 millions de CV, ainsi que 182 000 moissonneusesbatteuses. En une décennie, la puissance du parc de tracteurs avait ainsi été multipliée par 25 !

En 1929, les sovkhozes et les kolkhozes ne représentaient que 5,1 % des surfaces cultivées en céréales ─ qui se montaient à une centaine de millions d’hectares ─, contre déjà pas moins de 84,1 % en 1933 !26 

Les deux premiers plans quinquennaux (1928-1937) virent ainsi les rapports de production se transformer radicalement dans les campagnes soviétiques avec la liquidation des koulaks en tant que classe, c’est-à-dire de la dernière classe exploiteuses constituée.

Ci-dessus : A l’heure de la pause dans un kolkhoze (1933).

De plus, la production agricole désormais stimulée par la victoire des rapports de production socialistes démontrait un essor impétueux, qu’il s’agisse des cultures céréalières ou industrielles. En 1937, la production céréalière soviétique atteignit un niveau record : plus de 120 millions de tonnes, un chiffre en hausse de plus de 50 % par rapport à son niveau de 1913 ! Dans le même temps, la production de fibres de lin et de coton avait été multipliée par un facteur 3 à près de 3,2 millions de tonnes. C’est dans ces conditions que la paysannerie soviétique hier encore misérable et arriérée accéda en quelques années à une vie aisée et de plus en plus cultivée.

Notons au passage que c’est ainsi sous la direction du PCUS (b) que s’opéra la plus rapide, la plus vaste et la plus profonde transformation des rapports de production agraires que l’humanité ait connu jusqu’à aujourd’hui. De quelles autres merveilles et prouesses seront capables les ouvriers et les paysans laborieux de pays comme la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Bangladesh, le Pakistan, le Mexique, le Brésil, la Turquie, l’Egypte, le Nigéria, le Congo, l’Afrique du Sud, etc., le jour où ils se débarrasseront des soi-disant représentants « démocratiquement » élus qui vivent de la conservation de l’ordre bourgeois et contribuent à perpétuer l’esclavage salarié !?

Si l’URSS pût se doter en moins d’une décennie de l’agriculture la plus avancée et la plus mécanisée du monde, c’est évidemment en premier lieu grâce au prodigieux essor de la production industrielle soviétique dont le volume quintupla presque au cours de la période 1929-1938. A titre de comparaison, la production industrielle américaine en proie à la Grande Dépression ne représentait plus que 72 % de son niveau de 1929 en 1938.27

« L’Union soviétique fut alors le seul pays qui ne connut pas les crises et les autres contradictions du capitalisme. L’industrie se développait sans discontinuer à des rythmes sans précédent. En 1938, la production industrielle de l’URSS était de 908,8 % par rapport à celle de 1913, cependant que la production industrielle des EtatsUnis n’était que de 120 % ; celle de l’Angleterre, de 113,3 % ; celle de la France, de 93,2 %. (…) De 1929 à 1937, le rythme d’accroissement annuel moyen de la production industrielle a été en URSS d’environ 20 % contre 0,3 % seulement dans les pays capitalistes durant la même période. (…) Dès la fin du second plan quinquennal, l’Union soviétique occupait la première place en Europe et la deuxième dans le monde pour le volume de la production industrielle. Elle venait au deuxième rang pour le trafic ferroviaire. La part de la grande industrie dans la production globale de la grande industrie et de l’agriculture passa de 42,1 % en 1913 à 77,4 % en 1937. En 1913, la part des moyens de production constituait 33,3 % de la production industrielle globale ; elle représentait plus de 60 % en 1940. A la veille du premier plan quinquennal, l’URSS importait environ un tiers de toutes ses machines. En 1932, elle en importait déjà moins de 13 %, et en 1937, 0,9 % seulement. (…) La grande industrie de l’Union Soviétique livrait en 1940 près de 12 fois plus de produits que l’industrie de la Russie tsariste en 1913. L’industrie des constructions mécaniques avait multiplié sa production par 50 ».28

Pour la bourgeoisie internationale, ces faits constituaient la plus éclatante démonstration de la supériorité du mode de production socialiste sur le mode de production capitaliste, alors même que le PCUS (b) n’avait hérité que d’un pays certes vaste, peuplé et riche en ressources naturelles, mais arriéré, misérable et ruiné par des années de guerre (1914-1922). Le rapide essor de l’économie soviétique constituait donc un puissant encouragement pour les larges masses ouvrières et paysannes des pays impérialistes laminés par la crise économique à imiter la voie tracée par la révolution d’Octobre. Pour les impérialistes du monde entier, l’exemple donné par l’URSS constituait un facteur d’instabilité sociale croissant et de plus en plus considérable, un danger qu’il devenait donc urgent d’éliminer…

Au fur et à mesure de la marche en avant vers le socialisme, ne cessa de se renforcer l’alliance fondamentale entre les deux classes amies que constituaient la classe ouvrière et la paysannerie soviétiques. Déjà, au cours des années de la Guerre civile, la paysannerie pauvre avait fourni le gros des conscrits de la jeune Armée Rouge.

A l’aube de l’agression de l’impérialisme allemand, la paysannerie soviétique kolkhozienne était profondément attachée à la défense des rapports de production et du régime socialistes, comme en témoigne d’ailleurs mieux que n’importe quel long discours la photographie ci-dessous :

Le 10 décembre 1941, les kolkhoziens des environs de Moscou remettent aux soldats de l’Armée Rouge des chars lourds KV-1 construits grâce à leurs dons. Sur ces chars figure l’inscription « Kolkhoziens moscovites ». Cette pratique fût très répandue pendant la guerre. Cela signifiait souvent pour les généreux donateurs ─ qui se sentaient profondément redevables envers le régime et la société qui leur avaient apporté la liberté et la prospérité ─, qu’ils s’étaient délestés de toutes leurs économies individuelles, voir d’une grande partie du menu bétail lié à leur parcelle individuelle, c’est-à-dire dans tous les cas un lourd sacrifice qui ne pouvait être consenti que parce qu’ils étaient profondément attachés à la société nouvelle, socialiste. En dépit des circonstances les plus sombres, on peut lire ici sur les visages des kolkhoziens le bonheur et la fierté de participer au prodigieux effort de guerre du peuple soviétique contre l’envahisseur fasciste.

 

Ci-dessus : « Nous ne renoncerons pas aux acquis d’Octobre ! » (Avvakumov – Scheglov, 1941) Formée d’ouvriers et de paysans coopérés, l’Armée Rouge était composée de travailleurs conscients de défendre leurs propres intérêts, et non ceux d’une clique bourgeoise les opprimant. En 1940, la paysannerie représentait 57 % de la population active soviétique. En 1942-1943, la population active agricole représentait 50 % de son niveau de 1940, contre 64 % pour les ouvriers de l’industrie manufacturière.

Dans ces conditions, la peur de l’incertitude du lendemain (naturelle et quotidienne sous le capitalisme) cédait la place à la confiance dans l’avenir, même dans les circonstances tragiques et au milieu du cortège de souffrances imposé par l’agression nazie.

                 

Казачья (1937) Chanson des cosaques (1937)
Шли по степи полки со славой громкой, Шли день и ночь со склона и на склон.

Ковыльная родимая сторонка,

Прими от красных конников поклон !

 

Эх расцветай и пой, наш Дон любимый,

Гордись своим простором золотым, Твоих лугов и пашен край родимый Мы никогда врагам не отдадим.

 

Казачью степь ведет товарищ Сталин

От нищеты, и горя, и оков,

И первый раз большое солнце встало Над молодой землей большевиков.

 

В колхозах хлеба полные амбары,

Привольно жить нам стало на Дону, Эх, проливали кровь свою недаром Мы на полях в гражданскую войну.

 

А если враг нагрянет с новой силой – Из ножен шашки снова вырвем вон. Веди нас в бой, товарищ Ворошилов Донецкий слесарь, боевой нарком.

 

Мы встанем все у пушечных лафетов,

И сколько пик поднимется в строю  За мирный труд, за вольный край Советов За молодую Родину свою !

 

А по степи опять со славой громкой Пойдут полки со склона и на склон.

Цветущая родимая сторонка,

Прими от красных конников поклон !

Ils vont par les steppes, les régiments, avec leur gloire éclatante,  Ils vont nuit et jour, par monts et par vaux.

Cher pays verdoyant,

Reçois le salut des cavaliers rouges !

 

Eh ! Epanouis-toi et chante, notre Don aimé,

Sois fier de tes campagnes dorées,

De la terre chérie de tes prés et de tes champs, Nous ne la céderons jamais à l’ennemi.

 

Le camarade Staline libère la steppe cosaque

De la misère, de la peine et des chaines,

Et pour la première fois le grand soleil s’est levé Sur la jeune terre des bolchéviques.

 

Dans les kolkhozes, il y a des greniers pleins de blé,

Nous avons commencé à vivre librement sur le Don,

Eh ! Ce n’est pas sans raison que nous avons versé notre sang Sur les champs de bataille de la guerre civile !

 

Et si l’ennemi surgit avec une nouvelle force, Nous dégainerons encore les sabres.

Conduis-nous au combat, camarade Vorochilov,

Ouvrier-métallurgiste du Donetsk, commissaire du peuple combattant.

 

Nous chargerons tous contre les affûts de canons,

Et, autant de lances se lèveront, en formation de combat,   Pour le travail pacifique, pour le pays libre des Soviets, Pour notre jeune Patrie !

 

Et de nouveau, par les steppes, avec leur gloire éclatante, Vont les régiments, par monts et par vaux.

Cher pays florissant,

Reçois le salut des cavaliers rouges !

On pourrait croire ici à une simple réédition des chants précédents. Mais il n’en est rien. Comme nous allons le voir, le contexte politique diffère sensiblement en ce qui concerne le peuple des cosaques du Don par rapport à la situation dans laquelle se trouvaient les autres minorités nationales composant l’URSS. En effet, pendant plus de trois siècles, les tsars de Russie s’attachèrent étroitement les services des cosaques du Don qu’ils approvisionnèrent et dont ils firent une cavalerie d’élite à leur service. Cette longue tradition de mercenaires du tsar détermina dans une large mesure le soutien actif que les cosaques du Don apportèrent aux impérialistes coalisés et aux débris du tsarisme au cours de la Guerre civile.

Après la victoire de la jeune Armée Rouge, cet héritage négatif devait être combattu selon la voie léniniste, c’est-à-dire par la démonstration que le socialisme apporterait aux cosaques du Don la prospérité, indépendamment du fait qu’ils avaient combattu du mauvais côté de la barricade quelques années auparavant… La marche en avant du socialisme les lierait ainsi inévitablement étroitement aux autres minorités nationales qui, longtemps opprimées par le tsarisme, avaient au contraire dès le début tourné leur regard vers le jeune pouvoir soviétique qui incarnait leurs aspirations et s’était battu pour la conquête de leurs libertés, les assurant qu’elles seraient désormais certaines d’être traitées d’égal à égal avec le peuple grand-russe.

Les cosaques du Don constituaient ainsi pour le pouvoir soviétique, la minorité nationale qui était la plus difficile à intégrer à l’œuvre d’édification des rapports de production socialistes et de leur renforcement continu. Or il se passa à peine une décennie entre le début de l’essor impétueux de l’économie soviétique et le début de la guerre.

Une décennie, c’est évidemment très court quand il faut extirper un héritage séculaire de la conscience des hommes. A peine deux décennies après la destruction du tsarisme, demeuraient ainsi inévitablement des anciens « nostalgiques » du temps « béni » d’avant les bolchéviques où les cosaques étaient grassement payés pour faire la police du Tsar… Leur influence retardait et s’opposait à l’éducation de la nouvelle génération dans l’esprit de l’attachement au socialisme. La persistance de cet héritage négatif possédait sa propre base matérielle.

En effet, l’essor du socialisme ne faisait que commencer à apporter un sensible essor des conditions de vie du peuple soviétique. Pour les larges masses populaires des campagnes soviétiques qui venaient d’être arrachées à la misère, cela suffisait à s’en faire de solides alliés, mais il n’en allait pas de même avec les cosaques du Don qui avaient bien moins souffert que les autres de l’arriération économique, grâce aux généreux subsides qui leur furent accordés par le pouvoir tsariste. Grâce à eux, la proportion des koulaks chez les cosaques du Don était de loin supérieure à ce qu’elle était dans le reste de l’URSS. La liquidation des koulaks en tant que classe exploiteuse y laissa donc des traces bien plus profondes. Malgré ces profondes blessures, le pouvoir bolchévik témoigna de sa sollicitude à l’égard des cosaques du Don et s’attacha à les considérer autant que possible comme n’importe quels citoyens soviétiques. C’est ainsi qu’en 1936, bien décidé à préparer l’URSS à l’agression nazie, Staline ordonna la création de nouveaux régiments de cavalerie cosaques et le pouvoir soviétique s’attacha à substituer le patriotisme soviétique au puissant legs du nationalisme bourgeois. Il s’agissait de faire entrevoir aux cosaques du Don que le pouvoir soviétique n’était pas leur ennemi et souhaitait leur donner une seconde chance et était prêt à leur faire confiance. La chanson ci-dessus en témoigne.

En dépit ce travail de fond ─ aussi bien matériel qu’idéologique ─, au moment de l’invasion de l’URSS, l’impérialisme allemand saura utiliser ce legs négatif ainsi que la forte persistance des sentiments hostiles aux bolchéviks en proposant aux cosaques de combattre à leur côté, avec à la clef la promesse de voir restaurée la propriété foncière… Hitler se présenta ainsi à eux en « défenseur de la nation cosaque », une nation qui avait pour héritage et fondement le mercenariat et les pogroms… Comme on le voit, Hitler et les éléments cosaques bourgeois revanchards possédaient donc un solide tronc commun…

C’est ainsi qu’une proportion significative des cosaques du Don collabora avec l’occupant fasciste et prit part à ses exactions contre le reste de la population soviétique. De même que le nationalisme des cosaques du Don apporta son concours aux débris du pouvoir tsariste bourgeois-compradore lié aux impérialistes étrangers au cours de la Guerre civile, de même les éléments cosaques demeurés nationalistes deux décennies plus tard n’hésitèrent pas longtemps avant de se lier à l’envahisseur fasciste qui se proposait pourtant rien de moins que de réduire en esclavage les peuples composant l’URSS. Le premier officier cosaque à faire défection et à rejoindre la Wehrmacht avec son régiment fût le lieutenant-colonel Ivan Nikititch Kononov. Tout au long des années 1920-1930, ce jeune officier cacha ses origines bourgeoises qui l’auraient rendu suspect et auraient inévitablement compromis sa carrière : ses parents furent exécutés en 1918 par le jeune pouvoir bolchévik qui luttait alors pour sa survie. Farouchement anti-communiste, il se gardera bien d’exprimer ses vue politiques, ce qui lui permettra d’échapper à la vague de purges des années 1937-1938. Il entrera en contact avec l’ennemi en août 1941 pour discuter des conditions de sa désertion et passera à l’acte le mois suivant…

Il serait cependant faux d’affirmer que ce fût le peuple des cosaques du Don dans son ensemble qui collabora avec l’occupant fasciste. Plusieurs corps de cavalerie cosaques du Don restèrent en effet indéfectiblement fidèles à l’URSS et combattirent héroïquement pour sa libération, à l’instar de ceux du 1er Corps de Cavalerie de la Garde qui s’illustra à plusieurs reprises, notamment à l’occasion des batailles du Dniepr (1943), de Korsun (1944) et de la marche sur Berlin, ainsi que ceux du 2nd Corps de Cavalerie de la Garde commandée par le général Lev Dovator qui s’illustra au cours de la Bataille de Moscou qui lui coûta d’ailleurs la vie le 19 décembre 1941. Ces faits prouvèrent que la juste politique de résolution de la question nationale des bolchéviks avait commencé à produire des effets sensibles même dans la région où les survivances du nationalisme bourgeois et de l’anticommunisme étaient les plus puissantes et vivaces. La collaboration d’une partie importante des cosaques du Don avec l’occupant nazi constitua cependant un recul majeur dans la politique de leur assimilation au reste de la population soviétique, ce qui détermina la situation difficile dans laquelle se trouvèrent les collabos et leurs familles au moment où l’Armée Rouge chassa l’envahisseur allemand… Les premiers furent souvent condamnés à la peine capitale, tandis que les secondes furent d’ordinaires condamnées à l’exil, loin des régions où les collabos avaient sévit.

A la vue de ces circonstances extrêmement défavorables et de l’étroitesse de la fenêtre temporelle dans laquelle il s’exerça, il n’est pas exagéré de parler du processus d’assimilation des cosaques du Don comme d’un succès relatif de la politique léniniste-stalinienne. Celui-ci est d’autant plus évident si l’on regarde l’actualité contemporaine qui a vu les impérialismes d’Occident souffler avec succès sur les braises de ces nationalismes revanchards pro-nazis en Ukraine et parvenir à les raviver six décennies après leurs dernier faits d’armes !…

Ci-dessous : Sous la direction d’officiers anti-communistes d’origine bourgeoise ayant échappé à la vague de purges des années 1937-1938, la frange réactionnaire des cosaques du Don s’enrôla avec zèle dans la Wehrmacht. (Photo de 1942)

Ci-dessus, les cavaliers cosaques du 2nd Corps de Cavalerie de la Garde du général Lev Dovator (au centre, lisant une carte) qui combattirent héroïquement sous la bannière soviétique aux heures les plus sombres de l’invasion nazie. Fils de paysan pauvre travaillant à l’usine, encore adolescent au moment de la Révolution d’octobre, Dovator devînt rapidement un communiste actif et s’engagea dans l’Armée Rouge en 1924. Il s’illustra pour la première fois au cours de l’été 1941, à la tête d’une unité de cavalerie opérant dans la région de Smolensk, en menant un raid audacieux d’infiltration au sein des lignes ennemies qui coûta à la Wehrmacht la vie de 2 500 soldats ainsi que la destruction de plus de 200 véhicules et d’une dizaine de chars.

Песня о Сталине (1937/1938) Chanson sur Staline (1937/1938)
Припев :

 

От края до края, по горным вершинам, 

Где горный орел совершает полёт, 

 

О Сталине мудром, родном и любимом, 

Прекрасную песню слагает народ. (бис) [1937-1938]

 

Летит эта песня быстрее, чем птица,  И мир угнетателей злобно дрожит.

Её не удержат посты и границы,

Её не удержат ничьи рубежи. [1937-1938]

 

Припев.

 

Её не страшат ни нагайки, ни пули,

Звучит эта песня в огне баррикад,

Поют эту песню и рикша, и кули,

Поёт эту песню китайский солдат. [1937-1938]

 

Припев.

 

И песню о нём, поднимая, как знамя

Единого фронта шагают ряды ;

Горит, разгорается грозное пламя,

Народы встают для последней борьбы.  [1937]

 

Припев.

 

И мы эту песню поём горделиво

И славим величие Сталинских лет,

О жизни поем мы, прекрастной, счастливой,

О радости наших великих побед !  [1938]

 

От края до края, по горным вершинам, 

Где свой разговор самолёты ведут, 

 

О Сталине мудром, родном и любимом 

Прекрасную песню народы поют. (бис) [1938]

Refrain :

 

D’une frontière à l’autre, sur les cimes des montagnes, Là où l’aigle des montagnes prend son envol,

 

Sur Staline le sage, le cher et bien-aimé,

Le peuple a composé une merveilleuse chanson. (bis) [1937-1938]

 

Cette chanson vole plus vite qu’un oiseau, Et ébranle le monde des oppresseurs.

Aucune frontière barbelée ni aucun avant-poste fortifié ne l’arrêtera, Elle ne sera enfermée par personne dans des frontières. [1937-1938]

 

Refrain.

 

Elle ne craint ni les fouets, ni les balles,

Elle flotte au-dessus des barricades en feu,

Les roues du pousse-pousse, les lèvres du coolie,

Et les soldats chinois chantent cette chanson. [1937-1938]

 

Refrain.

 

Et cette chanson sur [Staline], est levée comme une bannière,

Le Front uni avance en rythme ;

Au milieu des brasiers et des flammes menaçantes,

Les peuples surgissent pour la dernière bataille. [1937]

 

Refrain.

 

Et nous chantons fièrement cette chanson,

De grandeur et de gloire de l’ère stalinienne,

Nous chantons notre nouvelle vie, si splendide et heureuse, [Et] sur la joie de nos grandes victoires ! [1938]

 

D’une frontière à l’autre, sur les cimes des montagnes,

Où seuls les moteurs des avions vrombissent bruyamment,

 

Sur Staline le sage, le cher et bien-aimé,

Le peuple chante une belle chanson. (bis) [1938]

Cette chanson constitue aussi bien un hymne aux réalisations du socialisme soviétique qu’un appel lancé aux prolétaires, aux paysans pauvres et aux peuples opprimés du monde entier.

Nous sommes en 1937. L’URSS vient d’achever avant terme son second plan quinquennal. L’industrialisation de tout le pays se développe à une allure accélérée. Dans toute l’économie, les grandes transformations socialistes sont achevées et les classes exploiteuses indigènes liquidées.

Si la bourgeoisie internationale ─ « démocratique », comme fasciste ─, ainsi que ses larbins trotskistes et social-démocrates font tout pour noircir et passer sous silence les gigantesques réalisations du premier Etat socialiste, encore arriéré et misérable une décennie auparavant, le danger d’extension de la révolution socialiste mondiale n’en continue pas moins de grandir.

En Allemagne, suivie bientôt par la Tchécoslovaquie et l’Autriche, la poussée du mouvement communiste révolutionnaire décide la bourgeoisie à jeter aux orties son masque « démocratique » afin de protéger les fondements de l’esclavage salarié.

La répression féroce aidant, elle se croit désormais à l’abri. Mais en Asie, et plus particulièrement en Chine, la lutte de libération nationale dirigée par le PCC contre l’occupant japonais lié aux éléments féodaux et bourgeois-compradore indigènes, mobilise des masses de plus en plus larges de la paysannerie chinoise. Pour l’impérialisme mondial, l’avenir apparaît alors comme bien incertain…

 

Ci-dessus : « Le Grand Staline ─ Bannière de l’amitié des peuples de l’URSS ! » (Koretski, 1950)

 

Нас не трогай (1938) Ne nous touche pas (1938)
То не ветер, по полю гуляя,

По дороге пыль метёт – Это наша удалая, Удалая конница идёт.

 

Припев :

 

Нас не трогай – (и) мы не тронем.

А затронешь – спуску не дадим !

 

И в воде мы не утонем,

И в огне мы не сгорим ! (бис)

 

Наши кони, кони боевые, Закусили удила.

Бить врагов нам не впервые – Были, будут славные дела !

 

Припев.

 

Если в нашу сторону степную

Нам придётся завернуть,

Поцелуем мать родную,

И назавтра – снова в дальний путь.

 

Припев.

 

Спросит мама : « Где ты подевался,

Где изволил пропадать ? »

Я за Родину сражался,

Защищал тебя, родная мать !

 

Припев.

 

[Пропущенный куплет :]

Мы с врагами драться не устанем, Ну-ка, песельник, вперёд ! Запевай, а мы подтянем, Степь родная с нами запоёт.

 

Припев.

 

Угощали мы гостей незваных

Вострой саблей и свинцом, Били немца, били панов,

И других, коль надо, разобьём.

 

Припев.

 

[Пропущенный куплет :]

Нету силы панской и немецкой,  Чтобы нас остановить.

Не отнять земли советской,

Молодецкой силы не сломить !

Ce n’est pas le vent, qui marche à travers les champs,

Qui balaye les poussières de la route

C’est notre audace,

L’audacieuse cavalerie avance.

 

Refrain :

 

Ne nous touche pas et nous ne te toucherons pas !

Nous n’avons pas de raison d’appuyer sur la gâchette !

 

Et dans l’eau nous ne nous noierons pas,

Et dans le feu nous ne nous brûlerons pas ! (bis)

 

Nos chevaux [sont] des chevaux de combats,

Ils rongent leur frein,

Ce n’est pas la première fois que nous avons battu des ennemis Dans de glorieux combats !

 

Refrain.

 

Et si nous allons du côté des steppes,

Nous devrons nous préparer,

Embrasser notre chère mère,

Et le lendemain, [partir] à nouveau pour un long voyage.

 

Refrain.

 

Maman a demandé : « Où es-tu allé,

Où vas-tu disparaître ? »

Je me suis battu pour la mère patrie, Je t’ai défendue, chère mère !

 

Refrain.

 

[Couplet manquant :]

Nous battre avec les ennemis ne nous lasse pas, Eh bien, chansonnier, en avant !

Mets-toi à chanter et nous nous rassemblerons, La steppe natale chantera avec nous.

 

Refrain.

 

Nous avons servis à des invités indésirables

Le sabre dégaîné et le plomb,

Nous avons frappé les allemands, nous avons frappé les hobereaux polonais, Et les autres, si besoin, nous les briserons.

 

Refrain.

 

[Couplet manquant :]

Il n’y a pas de force polonaise ou allemande, Qui puisse nous arrêter.

Nul ne peut ravir la terre soviétique,

Nul ne peut briser cette force gaillarde !

Encore plus que dans les chansons précédentes, tout est résumé dans le titre. En cette fin des années 1930, l’URSS est plus que jamais une forteresse assiégée par un monde capitaliste irréductiblement hostile, qui rêve de sa destruction, à l’instar du président américain Herbert Hoover (1929-1933) qui déclarait déjà en 1919 que « le bolchévisme est pire que la guerre »…29

Cette menace croissante d’une nouvelle agression impérialiste accompagnant la montée du fascisme se reflète dans le renforcement de la Défense de l’URSS. Née au cours de la Guerre civile, l’Armée Rouge avait vu ses effectifs passer de 0,2 à 3 millions d’hommes entre avril 1918 et la fin de l’année 1919. Au plus fort de la Guerre Civile, l’Armée Rouge compta jusqu’à 5,5 millions d’hommes (à l’automne 1920). Durant les années 1925-1932, ses effectifs avoisinaient 0,6 million d’hommes. En janvier 1937, l’Armée Rouge mobilisait 1,5 million d’hommes et près de 2 millions en février 1939. Le 20 septembre de la même année, au cours de l’invasion nazie de la Pologne, elle en mobilisait désormais près de 5,3 millions.

Même au lendemain de la signature du pacte de non-agression germano-

soviétique, conclu pour une durée de dix ans, la démobilisation ne fût que partielle : l’Armée Rouge comptait ainsi près de 3,3 millions d’hommes en décembre 1939. Les années 1939-1940 virent les effectifs de l’Armée rouge fluctuer assez fortement de manière saisonnière : mobilisation accrue au cours des mois de printemps et d’été, démobilisation partielle au cours des mois d’automne et d’hiver où les risques d’agression diminuaient. L’Armée Rouge comptait ainsi 4,4 millions d’hommes en avril 1940 contre 3,4 millions en octobre de la même année.

A la veille de l’agression nazie, l’Armée Rouge comptait près de 5,1 millions d’hommes, un niveau qui prouvait que le pouvoir soviétique n’était pas dupe et ne voyait le pacte germano-soviétique autrement que comme un répit avant l’orage menaçant. Au 1er juillet 1941, au lendemain de l’agression nazie, l’Armée Rouge mobilisait désormais 10,4 millions d’hommes. Elle en mobilisera jusqu’à un peu plus de 11 millions tout au long de cette nouvelle guerre. En février 1946, alors que les impérialistes anglo-américains venaient de prendre le relais des impérialistes nippoallemands vaincus, l’Armée Rouge mobilisait encore 5,3 millions d’hommes, preuve que la tension restait forte entre les pays du jeune camp socialiste et le camp de la réaction impérialiste mondiale…

Si l’Armée Rouge alla en se renforçant quantitativement, le même processus fût poursuivi en ce qui concerne le niveau qualitatif de ses équipements. C’est en 1926 que l’URSS produisit ses premiers chars d’assaut. Durant la période 1926-1931 durent produits plus de 950 chars T-18. Ce blindé léger pesant 6 tonnes était inspiré du char Renault Ft-17. Le T-18 était cependant largement supérieur à l’original du fait d’une suspension améliorée et d’une vitesse double (17 km/h). Mais à partir de 1929, face au renforcement de la menace militaire constituée par les Etats bourgeois en proie à la crise économique, apparut la nécessité de renforcer davantage encore les forces blindées de l’Armée Rouge.

Le relèvement de l’industrie puis la réalisation victorieuse du premier plan quinquennal aidant, l’URSS entreprit ainsi la construction de nouveaux modèles de blindés. La période 1931-1933 vit d’abord la production de 3 100 tankettes T-27, un véhicule blindé rapide (40 km/h) pesant 2,5 tonnes destiné au soutien de l’infanterie et notamment armé d’une mitrailleuse lourde de 12,7 mm. Durant la période 1931-1936 furent également produits 5 800 chars légers T-26. Pesant une dizaine de tonnes, le T-26 était sensiblement plus rapide (28 km/h) et davantage blindé (6 à 22 mm) que le T-18. Les premiers T-26 furent d’abord armés de deux mitrailleuses en tourelles, puis d’un puissant canon de 45 mm. Les années 19321934 virent également la production de 600 chars légers BT-2 et 2 000 BT-5. De 1933 à 1936 furent en outre produits 3 600 chars légers amphibies T-37 et T-38. La première moitié des années 1930 vit enfin la naissance des premières forces motorisées aéroportées soviétiques. En 1935, chaque bataillon possédait une compagnie de T-27 transportée par des bombardiers TB-1 et TB-3.

Au début des années 1930, l’URSS était avec le Royaume-Uni le seul pays à produire des chars lourds fonctionnels. En 1934 débuta la production du T-35. Pesant 50 tonnes, ce char multi-tourelles était armé d’un canon de 76 mm, ainsi que de 6 mitrailleuses. Son moteur essence V12 M17T développait 500 CV pour un régime moteur inférieur à 1 800 tours/min, propulsant le char à une vitesse maximale de 30 km/h. Produit en petite quantité (une soixantaine), ce char souffrit des mêmes défauts que le char moyen multi-tourelles T-28. Produit à partir de 1933 à un total de 500 exemplaires, ce dernier pesait 28 tonnes et avait un blindage allant jusqu’à 30 mm. Doté d’un canon principal de 76 mm ainsi que de 5 mitrailleuses, il était également motorisé par le V12 M17T qui le propulsait à une vitesse maximale de 45 km/h.

 

Ci-dessus : Un T-28 de la 42e Armée en embuscade sur le Front de Léningrad, le 9 décembre 1941. Armé d’un canon L-10 long de 26 calibres doté d’une vitesse initiale de 555 m/s, ce T-28 a reçu un blindage additionnel. A l’instar des autres chars multi-tourelles, le T-28 souffrait d’un blindage relativement faible, d’une silhouette massive et d’une difficile coordination des différents armements du char.

         

Если завтра война (1938) Si demain apporte la guerre (1938)
Если завтра война, если враг нападет,

Если темная сила нагрянет,

Как один человек, весь советский народ  За свободную Родину встанет.

 

Припев :

 

На земле, в небесах и на море  Наш напев и могуч и суров : 

Если завтра война, 

Если завтра в поход, – 

Будь сегодня к походу готов ! 

 

Если завтра война, всколыхнется страна  От Кронштадта до Владивостовка.  Всколыхнется страна, велика и сильна,  И врага разобьем мы жестоко.

 

Припев.

 

Полетит самолет, застрочит пулемет,

Загрохочут могучие танки,

И линкоры пойдут, и пехота пойдет,  И помчатся лихие тачанки.

 

Припев.

 

Мы войны не хотим, но себя защитим,

Оборону крепим мы недаром,

И на вражьей земле мы врага разгромим  Малой кровью, могучим ударом !

 

Припев.

 

Подымайся народ, собирайся в поход !

Барабаны, сильней барабаньте !

Музыканты, вперед! Запевалы, вперед !

Нашу песню победную гряньте !

 

Припев.

 

В целом мире нигде нету силы такой,

Чтобы нашу страну сокрушила,

С нами Сталин родной, и железной рукой  Нас к победе ведет Ворошилов !

 

Припев.

Si demain apporte la guerre, en cas d’attaque ennemie,

Si la force sombre s’approche,

Comme un seul homme, tout le peuple soviétique,  Se dressera pour [défendre] la libre mère-patrie.

 

Refrain :

 

Sur terre, dans le ciel, sur la mer

Notre chant est puissant et sans pitié : Si demain apporte la guerre,

Si nous entrons en campagne demain, Alors soyons prêts au combat aujourd’hui !

 

Si demain apporte la guerre, le pays se lèvera De Kronstadt jusqu’à Vladivostok.

Le pays se lèvera, grand et puissant,

Et nous administrerons impitoyablement une raclée à l’ennemi.

 

Refrain.

 

Les avions s’envoleront, les mitrailleuses feront feu,

Les puissants chars vrombiront,

Et la flotte de guerre naviguera, et l’infanterie ira de l’avant, Et les véhicules blindés se mettront en mouvement.

 

Refrain.

 

Nous ne voulons pas la guerre, mais nous nous défendrons

Nous renforçons légitimement nos défenses

Et nous détruirons l’ennemi sur sa propre terre

Avec peu de pertes humaines et d’un coup puissant !

 

Refrain.

 

Peuples, levez-vous, soyez prêts pour la campagne !

Les tambours battent puissamment !

Musiciens, en avant ! Chanteurs, en avant !

Que notre chant de la victoire résonne bruyamment !

 

Refrain.

 

Il n’y a aucune force dans le monde entier,

Capable d’écraser notre pays,

Notre cher Staline est avec nous, et d’une main de fer, Vorochilov nous conduit à la victoire !

 

Refrain.

Cette chanson est extraite du film soviétique éponyme qui fût projeté sur les écrans de cinéma soviétiques au premier semestre 1938. Ce film d’anticipation, qui reçut le prix Staline en 1941, mettait en scène une invasion surprise de l’URSS par l’Allemagne nazie et décrivait la mobilisation générale et les combats visant à libérer le sol natal de l’occupant fasciste.

La trame du film peut être résumée ainsi : alors que les moscovites et les peuples de l’URSS mènent une vie prospère, paisible et joyeuse, la Wehrmacht franchit soudainement les frontières soviétiques en mobilisant toutes ses forces : infanterie, artillerie, blindés, aviation.

 

L’heure de la mobilisation générale sonne en URSS, sur la Place Rouge comme dans les régions les plus reculées du pays. Bientôt, les masses d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie, de blindés et d’avions soviétiques viendront submerger les agresseurs incrédules devant la riposte foudroyante et ce déploiement de force de grande envergure… Ci-dessous, un diaporama extrait du film.

 

Plus encore que la précédente, cette chanson offre un saisissant contraste entre d’une part l’URSS ─ dirigée par un Parti communiste dont le souci était de dire la vérité, fût elle cruelle, à son peuple ─, et d’autre part les pays bourgeois dont les élites frayaient sciemment le chemin à une nouvelle guerre mondiale tout en assurant vouloir « préserver à tout prix la paix », à l’instar de l’accord HitlerMussolini-Chamberlain-Daladier de Munich qui entérina l’annexion de la Tchécoslovaquie par l’impérialisme allemand. En 1938, le relatif optimisme soviétique à l’égard d’un conflit frontal avec l’impérialisme allemand n’était pas irraisonné : les équipements en service dans l’Armée Rouge n’avaient alors rien à envier à ceux de la Wehrmacht. A cette époque, cette dernière n’avait que des chars légers en service, à l’instar des Panzer I et II. De plus, comme l’avait notamment montré la Guerre d’Espagne, ces derniers étaient surclassés par les derniers chars légers soviétiques (BT-5 et BT-7), que ce soit en termes de blindage, d’armement, de vitesse ou de manœuvrabilité.

Quant aux Panzers III et IV, ils n’avaient pas encore fait leur apparition sur les champs de bataille. Sur un total de près de 5 700 Panzer III produits durant la période 1936-1943, seulement une soixantaine l’avaient été avant la fin de l’année 1938  (en incluant les prototypes). La production en série du char ne débuta qu’en septembre 1939 (version E). De même, sur les 8 500 Panzer IV produits durant la période 1937-1945, un peu moins de quatre-vingt avaient été produits à l’automne 1938 (versions A et B). La production en série du char ne débuta qu’en octobre 1939 (version C). Aussi, en septembre 1939, sur les 3 000 panzers allemands qui participent à la campagne de Pologne, seuls 10 % d’entre-eux sont des Panzer III et IV, le reste étant composé d’une proportion voisine de Panzer I et II. En juin 1940, au cours de la campagne de France, les Panzer III et IV représentaient désormais près de 25 % des 2 500 chars mobilisés. Jusqu’en juin 1941, l’arme blindée de la Wehrmacht poursuivit son rapide renforcement, et l’Armée Rouge dût alors affronter une armée mieux équipée que jamais, et aussi entrainée qu’expérimentée.

En 1939, les dépenses militaires de l’Allemagne représentent déjà 32 % de son PIB, contre 49 % en 1940, 56 % en 1941 et 66 % en 1942. A titre de comparaison, celles de l’URSS représentèrent 17 % de son PIB en 1940, contre 28 % en 1941 et 61 % en 1942.30 Comme on le voit, la croissance de la proportion des dépenses militaires de l’impérialisme allemand précéda celui de l’URSS d’approximativement deux années, et cela donnait déjà un avantage certain au premier en termes de préparation et de mobilisation de ses ressources, bien que l’URSS fût ensuite capable d’opérer la conversion de son industrie civile en industrie de guerre en un temps record.

En face, l’Armée Rouge n’était pas restée les bras croisés, et avait également accéléré ses efforts de modernisation de ses armements. Dès le mois d’octobre 1937, alors que la Guerre civile espagnole faisait rage, fût décidé de concevoir un successeur au char BT-7. Sous la direction de M. I. Koshkin, fut constitué un groupe d’étude regroupant une vingtaine d’ingénieurs qui avaient participé aux travaux de conception du T-35 et du BT-7.

En janvier 1940, les deux premiers prototypes du T-34 (76) entrèrent en phase de test. La production en série du char débuta au mois de septembre de la même année. La version A, produite jusqu’en juin 1941, pèse 26 tonnes. Les versions suivantes (B à E) verront leur blindage augmenté (jusqu’à 70 mm) et leur poids passer à 28-30 tonnes. A plus de 16 CV/tonne (pour la version E pesant 30,6 tonnes), la puissance massique du T-34 (76) reste très confortable. Les chars « lourds » Matilda II britanniques et B1-bis français avaient également une masse du même ordre, mais une motorisation de seulement 300-350 CV, soit une puissance massique de 9 CV/tonne. En dépit de son poids supérieur, le T-34 (76) avait une mobilité et une agilité très supérieures à celle du Panzer IV qui pesait de 20 à 26 tonnes pour les grandes séries (D à J). Animé par un moteur 67 % plus puissant tout en étant bien plus économe en carburant que celui du Panzer IV, le T-34 (76) filait à 55 km/h sur route et à 40 km/h en tout terrain. Le Panzer IV (version H) était pour sa part limité à 38 km/h sur route et à 16 km/h en tout terrain.

Notons au passage que le T-34 ─ comme d’ailleurs l’ensemble des blindés soviétiques moyens et lourds de la guerre ─, reçurent de série d’excellents moteurs diesels V12, moteurs qui avaient pour la première fois été montés sur des BT-7M en 1938. Conçus en alliage d’aluminium, ces moteurs avaient de nombreux avantages sur les moteurs à essence équipant les chars des autres armées, que ce soit en termes de fiabilité, de longévité, de consommation, d’autonomie ou de bien moindre inflammabilité. A cette époque, le choix du moteur diesel fait par les soviétiques était une innovation qui ne fût généralisée aux chars des autres armées qu’après la guerre. D’abord produits dès 1939 dans l’usine n° 75 de Kharkov, ces moteurs développaient entre 500 et 600 CV pour un régime moteur n’excédant pas 2 000 tours/minute. Les soviétiques avaient tiré les leçons des premières escarmouches qui les avaient opposés aux fascistes. En 1936, au cours de la Bataille de Tolède, les chars soviétiques avient en effet été exposés à une nouvelle menace : les troupes de Franco confrontées à la supériorité des blindés soviétiques y employèrent de bouteilles de liquide inflammable qui, lancées dans la zone de leur bloc moteur, pouvait mettre le feu à leur réservoir d’essence, aboutissant ainsi à la destruction du char…

A l’inverse, les chars allemands étaient systématiquement dotés de moteurs à essence dotés d’un régime moteur élevé, avec à la clef un échauffement supérieur et des ennuis mécaniques beaucoup plus fréquents. Le moteur de 700 CV équipant les chars Panther et Tigre devait ainsi atteindre 3 000 tours/minute pour donner toute sa puissance. La plupart des chars américains reçurent pour leur part une motorisation essence et même la fraction des Sherman qui fût dotée de moteurs diesel se montra inférieure à son homologue soviétique. Ainsi, le moteur diesel d’un Sherman M4/A2 développait 410 CV à 2 900 tours/minute et consommait 280 litres aux 100 km sur route, soit presque autant que le moteur diesel de 520 CV du T-34 (85) en tout terrain : 300 litres aux 100 km. A titre de comparaison, le moteur V12 essence de 300 CV équipant le Panzer IV, engloutissait 375 litres d’essence aux 100 km en tout terrain. Quant au Tigre II, sa consommation de carburant se chiffrait à 860 litres aux 100 km dans les mêmes conditions, soit près du double de celle du JS-

  1. La consommation de carburant titanesque des chars allemands, en particulier en mode tout terrain, faisait d’eux un véritable cauchemar logistique qui était d’autant plus handicapant pour la Wehrmacht que l’impérialisme allemand avait des disponibilités de carburant limitées et que l’URSS n’était pas un pays où les transports routiers jouaient un grand rôle…

Quant au KV-1, le premier prototype entra en phase de test en septembre 1939 et ses premiers tests opérationnels ─ couronnés de succès ─, eurent lieu quelques mois plus tard contre les fortifications de la ligne Mannerheim à l’occasion de la guerre d’Hiver soviéto-finlandaise, guerre au cours de laquelle, en pleine « Drôle de guerre » (septembre 1939 – mai 1940), les impérialistes anglo-français prirent fait et cause contre l’URSS en fournissant notamment de l’armement à ce pion de l’impérialisme allemand et en brandissant la menace d’y envoyer un corps expéditionnaire fort de plus de 130 000 hommes… dont une partie était destinée à permettre aux impérialistes anglo-français de mettre la main sur les riches mines de fer suédoises qui constituaient alors un enjeu stratégique majeur aussi bien pour eux que pour l’impérialisme allemand. Notons au passage que les troupes allemandes avaient envahi la Pologne le 1er septembre 1939, mais les impérialismes français et anglais, pourtant liés par un traité d’assistance mutuelle avec la Pologne, ne déclareront « virtuellement » la guerre à l’Allemagne que deux jours plus tard… tout en ayant aucunement l’intention de bouger ! Ils laisseront donc leur « alliée » se débrouiller seule face à la Wehrmacht jusqu’à la capitulation polonaise du 6 octobre…

Il importe ici de souligner que l’Armée Rouge ne fit pénétrer ses troupes en Pologne que le 17 septembre 1939, soit deux jours après l’expiration du délai d’intervention que prévoyait le pacte d’assistance qui liait la France à la Pologne, lorsqu’il était devenu évident pour l’URSS que la bourgeoisie française ne lèverait pas le petit doigt pour secourir son « alliée », sacrifiée en guise d’encouragement à Hitler pour qu’il continue sa lancée vers l’Est soviétique. Quand la bourgeoisie française apprit l’existence du pacte de non-agression germano-soviétique, signé à la veille de l’invasion de la Pologne, elle fulmina de rage en voyant que sa tactique avait échoué et que l’URSS bénéficierait vraisemblablement d’un précieux répit. Pendant ce temps, l’URSS se préparait activement au choc frontal qu’elle savait inévitable.

En observant les campagnes victorieuses du printemps 1940 menées à l’Ouest par la Wehrmacht, les dirigeants soviétiques eurent la confirmation que la prochaine guerre serait très hautement mécanisée et que l’arme blindée devrait être employée dans de grandes concentrations opérant comme la colonne vertébrale d’une attaque capable de réaliser l’encerclement foudroyant puis l’annihilation de groupes d’armées entiers. C’est ainsi que le 9 juillet 1940, le Haut Commandement soviétique décida de la création de 9 corps mécanisés modernes. Chacun d’entre eux devait être composé de deux divisions blindées et d’une division mécanisée.

Chaque corps mécanisé devait compter 126 KV, 420 T-34 (76) et 479 (nouveaux) chars légers, soit un total de 1 134 KV, 3 780 T-34 (76) et 4 311 chars légers pour les 9 corps mécanisés. Avec un total de près de 5 000 chars lourds et moyens, ces corps mécanisés auraient constitué une force de frappe de tout premier ordre pour l’Armée Rouge. Le 1er avril 1941, un total de 368 chars KV et 441 chars T-34 avaient été construits. A la veille de l’invasion allemande, le compte en était désormais à 637 chars KV et 1 244 chars T-34. Au rythme mensuel d’environ 100 KV et 300 T-34, il n’aurait donc pas fallu très longtemps à l’URSS pour constituer ses 9 corps mécanisés : un délai supplémentaire de l’ordre de trois trimestres aurait suffit, soit à la fin de l’hiver 1941-1942 ! Mais au 22 juin 1941, on était encore loin du compte et l’ossature de l’Arme blindée soviétique restait constituée de chars légers produits dans le courant des années 1930, pour l’essentiel des T-26, BT-5 et BT-7. Le déplacement du centre de gravité de l’ossature blindée de l’Armée Rouge depuis les chars légers vers les chars moyens fût ainsi réalisé au cours du second semestre 1941 et de l’année 1942 dans les circonstances les plus défavorables possibles : celles d’une guerre qui anéantissait chaque jour une quantité considérable de matériel ─ ancien comme nouveau ─, et qui tuait par milliers des soldats soviétiques en pleine instruction.

Dans l’urgence et afin de contenir (à court terme) l’avancée de l’ennemi, on était ainsi forcé de continuer à produire des chars légers incapables de remplir d’autres tâches que celles de la reconnaissance ou du soutien à l’infanterie ─ plus de 9 350 chars T-60 et T-70 furent ainsi produits en 1942, contre seulement 3 500 en 1943, ce qui témoignait alors d’une amélioration considérable de la situation matérielle de l’Armée Rouge. Au second semestre 1941, la production de chars légers T-60 représentait ainsi le tiers de la production soviétique de chars. En 1943, elle n’en représente plus que le sixième et en 1944 et 1945, on ne produira plus aucun char léger. Leur production se fit évidemment au détriment de celle des chars moyens et lourds plus endurants et polyvalents, mais surtout capables de réaliser de grandes percées dans les rangs de l’ennemi et ainsi de l’obliger à reculer. Comme on le voit, il fallait des efforts et des sacrifices prodigieux pour parvenir à vaincre cette force d’inertie négative considérable, puis pouvoir inverser la situation…

Au 22 juin 1941, l’URSS possédait certes quantitativement le premier parc de blindés au monde, mais qualitativement, il n’en était pas moins surclassé par celui de l’impérialisme allemand. Parmi les quelque 19 000 chars en service dans l’Armée Rouge, une proportion de moins de 10 % correspondait aux nouveaux modèles de chars moyens et lourds. A l’inverse, on comptait 50 % de T-26 ─ char léger de soutien d’infanterie complètement inadapté aux manœuvres rapides d’encerclement à cause de sa puissance massique insuffisante ─, on comptait également 35 % de chars légers BT-5 et BT-7, très rapides (72 km/h sur route et 50 km/h en tout-terrain sur chenilles) ─ du fait de leurs moteurs essence développant 400 à 500 CV ─, et relativement bien armés (avec leur canon de 45 mm), mais beaucoup plus légèrement blindés que les Panzer III et IV (13 et 22 mm), du fait de leur poids respectif de 11 et 14 tonnes. Quant aux 500 chars moyens et lourds T-28 et T-35 (près de 90 % de T-28), du fait de leur massive silhouette anguleuse combiné à un blindage devenu insuffisant, ils étaient à peine moins vulnérables que les chars légers sur le champ de bataille… Bref, l’Armée Rouge ne disposait pas encore de masses suffisantes de bons blindés moyens polyvalents à opposer aux

Panzer IV et à leurs équipages aguerris. De plus, il fallait encore corriger les défauts de jeunesse des nouveaux modèles de chars, à l’instar des premiers KV qui furent fréquemment victimes de pannes mécaniques (boîte de vitesses). Enfin, s’ajoutait le fait que les équipages n’avaient le plus souvent pas encore eu le temps de se familiariser et de s’entraîner sur ces nouveaux chars, sans même parler des tactiques offertes par leur utilisation à grande échelle et les manœuvres que cela nécessitait…

Au cours des premiers mois de l’opération Barbarossa, et en dépit de tous ces facteurs qui leur étaient éminemment favorables, les équipages de Panzers comme les généraux allemands ne gardèrent pas moins une impression très désagréable des nouveaux chars de l’Armée Rouge. En effet, ils voyaient souvent les obus tirés par leurs chars (y compris les Panzer IV alors équipés de canons courts de 75 mm) ainsi que leurs canons anti-chars PaK 38 de 50 mm ricocher sur l’épais blindage des chars KV contre lequel seul le canon anti-aérien allemand de 88 mm se révéla efficace. La première utilisation horizontale de ce dernier remontait à mai 1940. Elle permit à la Wehrmacht de réduire au silence les blindés moyens-lourds Matilda II et B1-bis dans le nord est de la France.

Conscients de leur relative invulnérabilité face aux armements conventionnels, les équipages de KV-1 et KV-2 utilisèrent ainsi leurs chars comme points d’appui sur le champ de bataille en n’hésitant pas à se lancer dans une ruée solitaire au milieu des colonnes allemandes… Il fallait souvent attendre l’intervention de l’aviation, une panne mécanique ou l’épuisement du carburant… ou des munitions pour que la « ruée sauvage » prenne fin et que le cauchemar ne cesse pour les troupes nazies environnantes ! Ainsi, dans les premières semaines de l’invasion, une contreoffensive de l’Armée Rouge menée dans la région de Rovno en Ukraine contre le Panzergruppe 1 du général Von Kleist faillit tourner à l’avantage des soviétiques. Les forces soviétiques disposaient alors au sein des 8e et 10e divisions blindées de 106 chars KV. Au cours de cette bataille, seuls 24 chars KV furent détruits par l’ennemi alors que 62 autres furent irrémédiablement perdus à la suite de pannes mécaniques.

Le 20 août 1941, un peloton de cinq KV-1 de la Ière Division de chars tendit une embuscade à une colonne de blindés allemands qui évoluait à proximité du kolkhoze de Voiskovitsy dans la région de Léningrad. Le commandant de la patrouille, le lieutenant Zinoviy Kolobanov, donna l’ordre d’ouvrir le feu, détruisit les chars de queue et de tête avant de se jeter avec son peloton en plein milieu de la colonne de blindés allemands. Au cours de la demi-heure que dura l’attaque, le Lieutenant Kolobanov et son équipage détruisirent 22 chars, et les quatre autres chars de son peloton en détruisirent 16 autres. Après le combat, on recensa plus de 130 impacts d’obus sur le char du Lieutenant qui devint à cette occasion le second as tankiste soviétique de la guerre.

Les KV-1 s’illustrèrent également au cours de la première Bataille de Smolensk qui se déroula de juillet à septembre 1941, bataille au cours de laquelle la Wehrmacht possédait une supériorité en hommes et en blindés d’un facteur de près de deux, avec 1,2 million d’hommes et 1 200 chars. Au cours de la première phase de cette bataille qui se déroula jusqu’à la fin du mois de juillet, l’intervention de chars lourds KV-1 permit d’ouvrir un corridor qui sauva de l’anéantissement une dizaine de divisions soviétiques encerclées dans la ville. Les premières contre-offensives soviétiques locales permirent de ralentir considérablement l’avancée de l’ennemi qui, après avoir avancé de 400 km sur toute la largeur du front au cours des deux premières semaines de l’offensive, n’avança plus « que » de 300 km en moyenne au cours des deux mois suivants…

 

Ci-dessus : Touché à de nombreuses reprises par l’ennemi, ce char KV-1 a finalement été « immobilisé » après avoir déchenillé, puis réduit au silence par un obus de 88 mm qui a pénétré par un de ses flancs. En dehors de ceci, ni sa tourelle, ni ce qu’on voit de sa caisse ne présentent d’autre signe de pénétration visible… malgré une vingtaine d’impacts visibles sur le seul côté gauche de sa tourelle. Pesant autour de 46 tonnes et doté d’un moteur diesel de 600 CV le propulsant à une vitesse maximale de 35 km/h sur route et de 16 km/h en toutterrain, le KV-1 était doté d’un blindage allant jusqu’à 110 mm. De juillet 1941 à octobre 1943, les usines soviétiques produisirent au total près de 4 000 KV avant qu’il ne cède la place à son sucesseur, le JS.

De toute évidence, il fait ainsi peu de doutes qu’une Armée Rouge dotée d’une quantité importante de chars de cette sorte et ayant eu le temps d’apprendre à les utiliser aurait fait bien davantage encore cauchemarder la Wehrmacht… Face à l’invasion allemande prématurée au regard de l’effort de rééquipement soviétique encore incomplet, le Haut Commandement soviétique fût forcé d’abandonner la création de ses corps mécanisés pour réorganiser ses forces blindées en brigades de chars plus faciles et rapides à former (ordre du 15 juillet 1941), ainsi qu’à ne donner que l’instruction la plus élémentaire aux équipages. Forcément incomplète, celle-ci sera le plus souvent complétée dans l’urgence et dans le feu des batailles, avec à la clef un inévitable déficit et un considérable différentiel d’expérience avec la Wehrmacht. Ce dernier ira naturellement en décroissant avec le temps. Malgré cette inévitable « impréparation » soviétique, la Wehrmacht ne se trouva pas moins en grande difficulté face aux excellents blindés moyens et lourds soviétiques.

Elle-même incapable de produire en masse des blindés les surclassant, cela fût pour elle un profond traumatisme.  La Wehrmacht mettra alors rapidement l’accent sur la production d’une nouvelle famille de blindés spécialisés : les chasseurs de chars, au point que ces derniers en vinrent même à supplanter les chars. Sous l’impulsion du général Heinz Guderian, alors inspecteur général des troupes blindées, le Haut Commandement allemand décida ainsi le 1er mars 1943, de produire davantage de chasseurs de chars que de chars d’assaut. Basé sur un châssis de Panzer III, le seul Sturmgeschütz III fût ainsi produit à plus de 10 500 exemplaires. Seulement 350 d’entre eux le furent au cours de la période s’étendant de janvier 1940 à mai 1941, alors que près de 1 200 autres furent produits de juin 1941 à décembre 1942.

Dans le domaine de l’aviation de chasse, le Polikarpov I-16 dont la production en série avait débuté en 1934, représentait les deux-tiers des appareils de l’Armée Rouge au moment de l’agression nazie. Cet appareil s’était montré à la hauteur en Espagne (où près de 500 furent engagés) et contre le Japon. Mais quelques années plus tard, la situation avait changé : le I-16 était désormais surclassé en termes de vitesse et d’armement par les chasseurs allemands les plus récents comme le Messerschmitt Bf 109 produit en série à partir de 1937. La réaction soviétique ne se fit évidemment pas attendre, mais elle donna inévitablement lieu à un retard. C’est ainsi que l’Iliouchine Il-2, l’un des meilleurs avions d’attaque au sol de toute la guerre, dont le premier prototype prit l’air en décembre 1939, fût produit en série à partir du début de l’année 1941.

 

Ci-dessus : Tableau de S. Tsvetkov ─ « IL-2 », 1944.

Surnommé « le char volant » par les soviétiques et « le broyeur de chair venu de l’enfer » par les nazis, l’IL-2 pouvait être armé avec des roquettes M-8 ou M-13 ainsi que des bombes à charge creuse, il était également capable de détruire les chars lourds allemands au moyen de tirs directs de ses deux canons de 37 mm. Plus de 35 000 furent produits pendant la guerre.

De même, le chasseur Mikoyan-Gourevitch MiG-3, réalisa son premier vol en octobre 1940 pour une production en série démarrant également au début de l’année 1941.

Par la suite, les bureaux d’études soviétiques confirmèrent qu’ils étaient capables de concevoir des appareils rivalisant avec les meilleurs appareils allemands, qu’il s’agisse des Lavochkin La-5 ou des Yakovlev Yak-9, produits respectivement à partir de juin et octobre 1942 à respectivement près de 10 000 et 15 000 exemplaires au cours du conflit.

En attaquant l’URSS le 22 juin 1941, la Wehrmacht lançait ainsi son offensive dans la fenêtre la plus favorable pour elle et la plus défavorable pour l’Armée Rouge. Alors que la Wehrmacht était désormais dotée de contingents suffisants de chars moyens modernes, surclassant désormais la grande masse des blindés légers soviétiques alors en service dans l’Armée Rouge, les préparatifs soviétiques contre l’agression nazie étaient encore inachevés.

Pire, la date tardive de l’attaque allemande ─ relativement à la fin de la raspoutitsa printanière qui rend presque impraticables les routes de terre soviétiques durant les mois de mars-avril, quand fond la couche de neige hivernale ─, combinée aux informations contradictoires véhiculées par la diplomatie occidentale ayant avertit à plusieurs reprises, plusieurs mois durant, de l’imminence de l’attaque allemande afin d’intoxiquer l’URSS et de la pousser à la faute, laissaient penser aux dirigeants soviétiques que l’agression allemande pourrait peut-être différée jusqu’au printemps 1942.

Après l’invasion par l’impérialisme allemand du Danemark, de la Norvège, des PaysBas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France au printemps 1940, l’impérialisme anglais est alors véritablement en guerre avec lui, bien qu’il s’abstienne d’envisager une guerre terrestre contre la Wehrmacht et préfère s’abritter derrière son isolement géographique garanti par la puissance de sa marine de guerre. La Bataille d’Angleterre qui se déroula de l’été 1940 au printemps 1941 fût ainsi une guerre essentiellement aérienne du fait de la nette infériorité de la flotte de guerre nazie et de l’absence de moyens logistiques suffisants pour envisager un débarquement sur les plages anglaises.

Dans ces conditions, la diplomatie anglaise avait tout intérêt à hâter l’entrée en guerre de l’URSS pour la charger de la sale besogne…

Il faut dire que l’impérialisme britannique, pourtant doté d’une longue expérience de l’Arme blindée, connût de grandes difficultés dans les premiers combats terrestres qui l’opposèrent à l’impérialisme allemand, en particulier en Afrique du Nord.

Ainsi, au cours de l’Opération Battleaxe qui se déroula à la mi-juin 1941 en Cyrénaïque et se solda par une victoire des troupes italo-allemandes, l’impérialisme britannique perdit 90 de ses chars quand l’Axe ne perdit qu’une douzaine des siens, alors que les deux camps en avaient engagé chacun autour de 190… Les troupes britanniques possédaient pourtant une assez large supériorité quantitative en hommes et les deux camps alignaient alors des forces aériennes sensiblement équivalentes. De même, lors de l’Opération Crusader, qui se déroula à la frontière lybio-égyptienne en novembre-décembre 1941, le Royaume-uni disposait de plus de 960 chars, dont 210 nouveaux chars moyens Crusader pesant une petite vingtaine de tonnes et armés d’un canon de 40 mm ─ assez comparables aux Panzer III. En face, les armées de l’Axe ne disposaient que de 390 blindés, dont moins de la moitié étaient des Panzer III et IV. Les Britanniques ne gagnèrent la bataille que parce qu’ils disposaient d’une confortable supériorité quantitative : ils perdirent en effet 800 chars quand l’Axe n’en perdit que 340…

A Moscou, on pense alors que les nazis pourraient attendre d’avoir vaincu l’Angleterre ─ au moins en Afrique du Nord afin d’assurer leur approvisionnement indépendant en pétrole ─, avant de se lancer contre l’URSS. Aux yeux des soviétiques, une guerre sur deux fronts apparaît alors comme trop risquée pour l’impérialisme allemand, et dans ces conditions, le printemps 1942 représente une hypothèse à priori plus probable que le printemps 1941 qui touche alors d’ailleurs à sa fin, réduisant ainsi à une durée de moins de quatre mois la fenêtre d’intervention disponible du fait de la raspoutitsa automnale (octobre-novembre).

 

Ci-dessus, la raspoutitsa soviétique : à l’automne 1941, les hordes fascistes motorisées d’Hitler apparaissent comme bel et bien embourbées en URSS, et ce dans tous les sens du terme… 

Le report de l’échéance au printemps 1942 aurait notamment permis à l’URSS de perfectionner la construction de ses systèmes de défense fortifiés et surtout de moderniser sa flotte de chasse et d’achever la réorganisation de ses corps blindés tout en les dotant d’une quantité significative de nouveaux chars moyens et lourds.31 L’opération Barbarossa qui prévoyait l’anéantissement de l’URSS en six semaines n’aurait alors vraisemblablement pas échoué aux yeux du monde en six mois, mais en quelques semaines…

C’est indéniablement la conjonction de multiples facteurs défavorables qui donna un avantage momentané considérable à la Wehrmacht. Le 22 juin 1941, ce sont 3,2 millions d’hommes (plus de 200 divisions, dont 159 allemandes), qui passent la frontière et foulent la terre soviétique. En face, l’URSS n’a mobilisé que partiellement ses 200 divisions d’infanterie et dispose d’environ un million d’hommes dans les zones frontalières. Ce sont donc d’abord, l’effet de surprise et la supériorité de l’ordre de 3 contre 1 de la Wehrmacht face aux troupes soviétiques stationnées près des frontières dans les principales directions de l’attaque. Ce sont ensuite les grandes masses de l’équipement militaire soviétique devenues brusquement (relativement) obsolètes durant la période 1939-1940, combinée au significatif différentiel d’expérience au combat acquise respectivement par l’Armée Rouge ─ seulement engagée dans des conflits locaux d’envergure limitée contre le Japon et la Finlande ─, et par la Wehrmacht aguerrie trois années durant dans les offensives générales de grande envergure ─ notamment en Pologne, en France, en Yougoslavie et en Grèce ─, qui détermineront dans une large mesure la situation très difficile de l’Armée Rouge au cours du second semestre 1941 et les lourdes pertes humaines et territoriales ─ grandement inévitables ─, alors essuyées par l’URSS.

Une fois les équipements industriels des zones menacées d’invasion évacués par voie ferrée, en particulier via le Transsibérien, vers les grands centres industriels situés plus à l’Est ─ comme Tcheliabinsk, Magnitogorsk, Nizhniy Tagil, Sverdlovsk, Molotov, Novossibirsk, Omsk et Kirov ─, la production soviétique d’équipements modernes remonta en flèche, permettant ainsi à l’Armée Rouge de plus en plus aguerrie et expérimentée d’inverser progressivement le rapport de forces en sa faveur puis de mener de vastes contre-offensives visant à la libération des territoires occupés, aux prix de pertes humaines et matérielles considérables. Le rapport des soldats soviétiques tués au combat contre les troupes de la Wehrmacht fût de 1,75 contre 1 sur l’ensemble du conflit.

Ci-dessous : Les ateliers de l’usine n° 183 de Nizhniy Tagil en 1942 ─ Depuis les opérations de polissage d’une tourelle jusqu’à l’expédition, en passant par la chaîne d’assemblage final. En décembre 1941, les premiers T-34 sortirent de cette usine qui utilisait les équipements évacués de l’usine n° 183 de Kharkov. Située en plein cœur de l’Oural, Nizhniy Tagil était une importante ville industrielle soviétique qui avait vu sa population passer de 38 000 à 160 000 habitants durant la période 1926-1939. En URSS, les années 1930 virent la création d’importantes bases houillères et sidérurgiques dans le bassin du Kouznetsk (en Sibérie occidentale) ainsi qu’à Magnitogorsk (située dans l’Oural à plus de 1 000 km à l’est de Stalingrad et à plus de 1 400 km de Moscou). Outre l’acier de la moitié des chars d’assaut soviétiques, Magnitogorsk produisit le tiers des munitions que l’Armée Rouge utilisa au cours de la guerre.

 

Три танкиста (1938) Trois tankistes (1938)
На границе тучи ходят хмуро,          Край суровый тишиной объят.

 

У высоких берегов Амура

Часовые родины стоят. (бис)

***

Там врагу заслон поставлен прочный,

Там стоит, отважен и силен,

 

У границ земли дальневосточной

Броневой ударный батальон. (бис)

***

Там живут — и песня в том порука –  Нерушимой, крепкою семьей.

 

Три танкиста, три веселых друга —

Экипаж машины боевой. (бис)

*** На траву легла роса густая,  Полегли туманы широки.

 

В эту ночь решили самураи

Перейти границу у реки. (бис)

***

Но разведка доложила точно —,

И пошел командою взметен,

 

По родной земле дальневосточной

Броневой ударный батальон. (бис)

***

Мчались танки, ветер подымая,

Наступала грозная броня

 

И летели наземь самураи

Под напором стали и огня. (бис) ***

И добили — песня в том порука

Всех врагов в атаке огневой

 

Три танкиста, три веселых друга

Экипаж машины боевой. (бис)

Des nuages sombres s’amoncelaient au-dessus de la frontière, La rude région était plongée dans le silence.

 

Sur les hautes rives du fleuve Amour,

Se tenaient les protecteurs de la patrie. (bis)

***

Là a été installée une solide barrière contre l’ennemi, Ils se tiennent debout, forts et courageux,

 

Aux frontières de l’Extrême-Orient [soviétique] Se trouve le bataillon de choc blindé. (bis)

***

Ils vivent là — et leurs chants témoignent — Qu’ils sont une famille forte et indestructible.

 

Trois tankistes, trois amis joyeux —

Sont l’équipage d’un véhicule de combat. (bis)

***

Quand la rosée abondante recouvrit l’herbe, Un épais brouillard tomba.

 

Cette nuit, les troupes samouraï se décidèrent  A passer la frontière par le fleuve. (bis)

***

Mais la sentinelle les signala précisément —,

Et arriva, se présentant au rapport,

 

Sur les terres natales de l’Extrême-Orient Le bataillon de choc blindé. (bis)

***

Les chars filaient, en fendant le vent,

Un redoutable blindé attaquait,

 

Et les troupes samouraï s’écroulaient au sol

Sous la pression de l’acier et de notre puissance de feu. (bis)

***

C’est ainsi que — comme en témoigne cette chanson,

Les ennemis furent détruits par la puissance de feu de l’attaque

 

[Des] trois tankistes, [des] trois amis joyeux,

[De] l’équipage du véhicule de combat. (bis)

En 1938, ce n’est pas que le bruit de bottes de l’impérialisme allemand qui se rapproche dangereusement de la patrie des travailleurs et des opprimés du monde entier. L’année 1938 est également celle des premiers graves incidents frontaliers avec le grand allié de l’impérialisme allemand : l’impérialisme japonais. En ExtrêmeOrient, la seconde guerre mondiale a déjà commencé !

C’est à ces premières confrontations militaires majeures auxquelles fait référence la chanson ci-dessus.

Au milieu de l’été 1938 se déroule d’abord la Bataille du Lac Khassan dans la région de Vladivostok, à la suite de la désertion du général soviétique Genrikh Lyushkov, responsable du NKVD dans la région, qui livra aux impérialistes japonais les détails du dispositif de défense soviétique. Mais c’est quelques mois plus tard, à 1 000 km de là, que la confrontation va prendre les proportions d’une véritable guerre.

Pour en comprendre la naissance, il faut remonter quelques années en arrière. En mars 1936, face à l’avancée de la politique colonialiste japonaise en Chine, le régime Mongol conclue un protocole d’assistance mutuelle avec l’URSS. Bien lui en prit ! Les années 1937-1938 virent en effet les excursions frontalières japonaises se multiplier, mais ce n’est qu’au printemps 1939 que ces incidents se transforment en guerre locale.

En mai, les troupes soviéto-mongoles repoussent une première offensive japonaise. Deux mois plus tard, au début du mois de juillet, l’Armée impériale lance une seconde offensive de bien plus grande envergure impliquant près de 40 000 hommes. Cette offensive est alors menée par les troupes japonaises stationnées de l’autre côté de la rivière Halha au cours de la bataille de Khalkhin Gol.

Mais entre temps, les troupes soviétiques sous le commandement du général Joukov, se sont considérablement renforcées en dépit d’immenses difficultés logistiques qui poussèrent le haut commandement militaire japonais à sous-estimer les forces soviétiques. Certain de sa victoire, l’Etat major japonais avait invité les attachés militaires italiens et allemands à assister à l’offensive. Au moment de l’offensive japonaise, l’Armée Rouge ne disposait que de moins du tiers des effectifs japonais en hommes, mais possédait une supériorité écrasante en artillerie, en blindés et en termes de logistique.

Après avoir tenu en échec cette offensive, le Haut commandement soviétique se donna quelques semaines pour préparer sa contre-offensive. Approximativement 4 000 camions furent ainsi utilisés pour acheminer les renforts et le matériel nécessaire sur les 800 km de pistes qui séparaient le champ de bataille de la voie ferrée la plus proche. Le 20 août, dans la surprise la plus totale, les soviétiques déclenchent une vaste contre-offensive mobilisant près de 60 000 hommes.

L’attaque débuta par un raid de 200 bombardiers suivie par une pluie d’obus générée par l’artillerie à longue portée : jusqu’à plus de 20 km pour les nouveaux canons de 122 et 152 mm qui viennent d’entrer en service.

Dotée d’une supériorité écrasante en artillerie (le double), en véhicules blindés (près de 900, soit le sextuple du nombre dont disposent alors les japonais), et dotée d’une puissance logistique permettant de les alimenter dans la durée, l’Armée Rouge couverte sur ses flancs par deux divisions de cavaliers mongoles réalisa l’encerclement du gros de l’Armée impériale en trois jours. Avec un soldat soviétique pour six soldats japonais, le rapport des tués au combat fût très à l’avantage de l’Armée Rouge.

Une semaine après le début de l’offensive soviétique ne subsistaient plus que des poches de résistance éparses, quoique farouches. En effet, puisant dans la tradition nationale des Samouraï et du seppuku (harakiri), les combattants furent exhortés par les officiers à sacrifier leur vie selon le code japonais de l’honneur militaire, plutôt que de se rendre. Malgré cela, le 30 août, l’Armée japonaise reçut l’ordre de préparer la fin des hostilités avec l’Union Soviétique, et deux semaines plus tard, l’ambassadeur japonais signa le cessez-le-feu que les soviétiques avaient proposé dès le 22 août.

 

Des soldats rouges fraternisant avec des bergers mongols…

 

Des soldats mongols qui couvrirent l’offensive soviétique.

Notons au passage que, comme on le voit, l’URSS n’hésita pas à risquer une confrontation militaire directe avec le Japon pour protéger son allié Mongole, au risque que l’impérialisme allemand n’en profite… Ceci fournit une preuve supplémentaire de la politique profondément internationaliste de l’URSS qui fût au même moment la seule à prendre fait et cause pour les Républicains espagnols.

Au lendemain même de la victoire électorale du Front populaire espagnol, la bourgeoisie indigène jugea que la coupe était pleine et décida qu’il était temps d’en finir avec lui. Franco sera ouvertement soutenu par les fascistes italiens et allemands ─ c’est-à-dire militairement ─, tandis que les « démocraties » occidentales adopteront une neutralité bienveillante (de façade) et aideront en fait dans la coulisse Franco à étrangler (financièrement, comme l’impérialisme français) et donc à écraser le gouvernement espagnol légitime.

Ceci étant dit, après la déculottée administrée par l’Armée Rouge à l’armée de terre de l’impérialisme japonais au cours de l’été 1939, celui-ci fût amené à reconsidérer sérieusement les différentes options qui s’offraient pour poursuivre sa stratégie d’expansion coloniale.

Dès lors, l’impérialisme japonais optera pour une stratégie expansionniste axée vers le Pacifique qui l’amènera à marcher sur les plates-bandes de l’impérialisme américain. Le conflit soviéto-nippon de 1939 vit surtout l’URSS démontrer au monde qu’elle respectait les traités d’assistance qu’elle signait, à l’inverse de l’Occident « démocratique » alors occupé à… laisser les mains libres à l’expansionnisme allemand dans son soutien militaire au fascisme en Espagne et dans l’annexion de l’Autriche puis de la Tchécoslovaquie…

Cette lourde défaite militaire japonaise démontra à Hitler que l’Armée Rouge n’avait plus rien à voir avec les armées tsaristes défaites par le Japon trois décennies auparavant. L’impérialisme allemand tira tous les enseignements de la rude leçon administrée à son allié japonais : il lui parût alors évident qu’il lui faudrait renforcer l’équipement militaire de la Wehrmacht et mettre à profit le potentiel industriel de la vielle Europe (France, Belgique, Balkans) avant de se lancer dans une guerre d’extermination contre l’URSS…

C’est pourquoi la lourde défaite à infligée à l’impérialisme japonais à Khalkhin Gol fût immédiatement suivie de la signature du pacte germano-soviétique.

Pour le Japon, les soucis avec l’URSS ne s’arrêtent pourtant pas là.

Conformément aux engagements pris à Yalta en février 1945, l’URSS apportera sa contribution à la défaite militaire de l’impérialisme japonais après l’expiration du traité de neutralité nippo-soviétique signé le 13 avril 1941 et après qu’elle en aura fini avec l’impérialisme allemand.

Cette contribution méconnue, car passée sous silence par Hollywood et Cie, est pourtant très loin d’être négligeable. Le Japon enregistra 0,8 million de soldats tués au cours de la guerre, dont 0,48 million face aux USA et 0,32 million face à l’URSS, la plupart au cours de l’opération soviétique de libération de la Mandchourie qui débuta le 8 août 1945.

Cette offensive débuta de plusieurs directions et représentait un grand péril pour l’impérialisme japonais, d’abord en libérant les colonies qu’il avait conquis, ensuite en menaçant le Japon lui-même d’une attaque terrestre ─ et non de bombardements aériens terroristes visant les populations civiles…

L’offensive de l’Armée Rouge partit de trois directions principales : 1° du sud-est de la Mongolie et de ses frontières est avec la province du Mandchoukouo ainsi que depuis les environs de Vladivostok, l’Armée Rouge perça sur les territoires occupés du Mandchoukouo et de la Corée, 2° depuis la péninsule sibérienne du Kamchatka, l’Armée Rouge lança sa flotte contre les îles Kouriles formant une ligne discontinue de terres d’une longueur de 1 200 km séparant le Kamchatka du nord-est du Japon, enfin 3° des environs de Komsomolsk-sur-Amour, l’Armée Rouge se lança à l’assaut de l’île de Sakhaline, une vaste île arrachée à la Russie tsariste au cours de la guerre russo-japonaise de 1905 et dont la pointe sud était située à moins de 50 km de la côte nord du Japon.

La supériorité militaire écrasante de l’Armée Rouge (1,8 million d’hommes contre 1,2 million), plus de quatre fois mieux dotés en artillerie, avions et chars, sans même parler de leur supériorité qualitative tout aussi écrasante, l’Armée impériale n’ayant par exemple à opposer aux grandes masses de T-34 (85) soviétiques que des chars légers de Type 97 Chi-Ha complètement dépassés, détermina la rapide liquidation des troupes d’occupation japonaises.

Sur l’ensemble de l’offensive, le rapport des soldats soviétiques tués au combat contre les troupes japonaises fût de 1 pour 16, un rapport de très loin supérieur à celui des USA confrontés au même ennemi au même moment (1 pour 2).32

La raison fondamentale en était que les équipements de l’Armée américaine étaient (à l’exception de l’aviation et en particulier en ce qui concerne les blindés), bien inférieurs à ceux de l’Armée Rouge en termes qualitatifs.

Ces rapports nous donnent une idée de la faiblesse relative des armements américains face aux meilleurs équipements de la Wehrmacht en prenant comme étalon les pertes soviétiques.

Alors qu’au début de l’année 1941, l’Armée Rouge disposait d’excellents modèles de blindés lourds et moyens, l’impérialisme américain ne venait que de lancer la production de chars légers complètement déclassés (comme le Stuart M3).

Le char moyen Lee-M3 n’améliora que très partiellement cet état des choses. Ses nombreux défauts, parmi lesquels le faible débattement de son canon principal de 75 mm long de 40 calibres ─ ce canon, au demeurant assez médiocre du fait de sa faible vélocité de 619 m/s, ainsi que sa haute silhouette combinée à un blindage et des capacités tout-terrain tout aussi médiocres, le rendirent particulièrement impopulaire au sein de l’Armée Rouge au point qu’ils lui valurent d’être surnommé « cercueil pour sept frères » par les rares tankistes soviétiques qui eurent la « chance » de l’utiliser : un millier de ces « cercueils sur chenilles » fût en effet fourni à l’URSS au titre de la loi prêt-bail au cours des années 1942-1943…

Ce n’est qu’en 1942, avec l’apparition du Sherman M-4, que l’impérialisme américain se dotera d’un char moyen digne de ce nom, quoiqu’encore nettement surclassé par le T-34 (76) notamment sur le plan de la silhouette, de la vitesse, et des capacités tout-terrain.

Cette supériorité apparaitra de manière évidente en 1950 au cours de la Guerre de Corée qui opposa les T-34 chinois et nord-coréens au Sherman.

 

Lee-M3 : produit à partir de juin 1941 à un total de plus de 5 600 exemplaires, c’est alors le meilleur char américain… bien que sa conception soit alors déjà totalement dépassée ! En outre, à l’inverse de ses homologues soviétiques et allemands qui possédaient un blindage soudé (conception adoptée par les soviétiques dès 1933 sur le T-28), ce char possédait un blindage riveté extrêmement dangereux pour son équipage. ─ M4-Sherman : produit à partir de février 1942 à plus de 41 100 exemplaires, c’est enfin un char moyen convenable, quoique toujours surclassé par le Panzer IV sur plusieurs points, sans même parler du char moyenlourd Panther et des chars lourds Tigre face auxquels il avait peu (voir aucune) chance de survie. Ainsi, sur le front Ouest européen, le général américain Patton se plaignit de devoir sacrifier jusqu’à 5 Sherman pour venir à bout d’un seul Panther. Quant au Tigre, le canon du Sherman ne pouvait pas percer son armure frontale, même à bout portant… Les angloaméricains suppléèrent ainsi à la qualité par la quantité… ─ Panzer IV : Produit à plus de 8 500 exemplaires, sa silhouette anguleuse était un handicap majeur face au blindage incliné plus épais du T-34 (76). ─ OT-34 (76) : version modifiée du char T-34 (76) équipée d’un lanceflammes au lieu de la mitrailleuse principale. Avec l’OT-34 (85), il fût produit à plus de 1 500 exemplaires à partir de 1942, c’est-à-dire dès que la production du T-34 parvint à atteindre une cadence suffisante pour qu’on commence à envisager sa spécialisation. L’Armée Rouge fût indéniablement la pionnière dans l’adaptation de lance-flammes sur des véhicules blindés. Dès 1933, fût construite en grande série une version lance-flammes du char léger T-26, l’OT-

  1. En 1935-1936, avaient même été construits 75 chars légers lance-flammes amphibies OT37. Le lance-flammes de l’OT-26 avait une portée de 40 mètres, contre 65 à 100 mètres pour celui de l’OT-34, selon le mélange utilisé. Le réservoir de liquide inflammable de ce dernier lui permettait une vingtaine de tirs consommant chacun 10 litres de mélange. Rapide, il pouvait effectuer trois tirs successifs en dix secondes et inspira la terreur à l’infanterie allemande. Opérant au sein de bataillons de chars indépendants, l’OT-34 fut utilisé avec succès contre les fortifications établies par la Wehrmacht dans les zones occupées, le mélange kérosène/savon d’aluminium ne laissant aucune chance aux occupants des bunkers : ceux qui échappaient à la mort par brûlure mourraient asphyxiés par la fumée.

Quant au premier char lourd américain, le M-26 Pershing, il faudra attendre l’hiver 1944-1945 pour en voir débuter la production, bien qu’il reste là encore nettement surclassé par ses homologues alors en service dans l’Armée Rouge, sans même parler du JS-3 qui lui succéda quelques mois plus tard.

Quoique légèrement moins sous-motorisé que ses homologues britanniques et français (Churchill Mk-IV, Matilda II et B1-bis), le char américain n’en possédait pas moins une vitesse handicapante inférieure à 9 km/h en mode tout terrain, soit moins de la moitié de celle de son homologue soviétique, le JS-2. Ainsi, en dehors des sentiers battus, l’emploi des blindés lourds anglo-américains était limité au soutien de l’infanterie et excluait leur utilisation dans le cadre de tactiques d’encerclement.

 

Jagdpanther : équipé d’un puissant canon de 88 mm, c’était l’un des plus puissants chasseurs de chars de la Wehrmacht. Il ne fût produit qu’à un peu moins de 400 exemplaires à partir de janvier 1944. ─ Char moyen Panther : produit à partir de janvier 1943 à un total de près de 6 000 exemplaires, sa silhouette tout comme ses chenilles larges et une puissance massique élevée étaient grandement inspirées du T-34 (76). Premier char allemand doté d’un blindage incliné qui augmente considérablement la probabilité de voir les obus ricocher, il remplaça rapidement le Panzer IV, alors largement surclassé par les chars moyens soviétiques. ─ Chasseur de chars soviétique SU-100, avec un Tigre en flammes au second plan : armé d’un puissant canon de 100 mm doté d’une vélocité de près de 900 m/s ainsi que d’un blindage frontal de 75 mm, le SU-100 fût produit à plus de 1 550 exemplaires à partir de décembre 1944. Comme son prédécesseur, le SU-85 entré en production en juillet 1943, il était basé sur l’excellent châssis du T-34. ─ Canon automoteur JSU-152 : il fût produit à près de 2 000 exemplaires à partir de décembre 1943. En avril 1944, son canon ML-20/M1937 de 152 mm long de 28 calibres doté d’une vitesse initiale de 600 m/s fût remplacé par le canon BL-8 long de 50 calibres. D’abord conçu comme artillerie mobile à longue portée, il démontra d’excellentes capacités anti-chars. Pesant près de 49 kg, son obus perforant était doté d’une vitesse initiale considérable (pour ce calibre) de 850 m/s. Capable de pénétrer un blindage de plus de 200 mm à une distance de 2 km, ce fût un redoutable « tueur d’animaux », qu’il s’agisse des chars Panther et Tigre, des canons automoteurs lourds Hummel, ainsi que des rares chasseurs de chars lourds Elefant et Jagdtiger (moins de 90 unités chacun) qui furent construits et déployés par le Reich.

De même, quand l’URSS produisit plus de 9 600 canons automoteurs et chasseurs de chars SU-85, SU-100, SU-122, SU-152, JSU-122 et JSU-152 ─ basés sur d’excellents châssis de chars moyens T-34 ainsi que de chars lourds KV et JS ─, les USA produisirent dans le même temps presque exclusivement des « équivalents » dotés de calibres de 76 mm (M-8, M-10 et M-18 Hellcat) et de châssis parfois encore plus obsolètes, à l’instar du M-8 HMC basé sur le châssis du char Stuart M5…

 

Ci-dessus : Char lourd britannique Churchill Mk-IV. Il fût produit en série à partir de juin 1941 à un total de 7 300 exemplaires. Sa version la plus aboutie (Mk-VII), produite à partir de 1943, était armée d’un canon de 75 mm. Son moteur essence de 350 CV propulsait néanmoins toujours aussi péniblement ses 40 tonnes… avec de nombreuses pannes mécaniques à la clef.

Le meilleur chasseur de chars américain, le M-36 Jackson, produit à 1 400 exemplaires à partir d’avril 1944 était enfin doté d’un canon de 90 mm capable de détruire Panthers et Tigres à une distance respectable.

En dépit de cet armement, il n’en restait pas moins un chasseur de chars « bricolé » relativement vulnérable du fait de sa tourelle ouverte sur le dessus et d’une silhouette démesurément haute : 3,3 mètres, soit 1 mètre de plus que celle du SU100… L’URSS avait pour sa part abandonné la production de chasseurs de chars dotés d’un calibre de 76 mm depuis la mi-1943… Ses SU-76 servirent dès lors à l’accompagnement de l’infanterie.

 

Ci-dessus, une formation d’une cinquantaine de chars JS-3 dans Berlin, le 7 septembre 1945 à l’occasion de la parade finale de la victoire. Produit à partir d’avril 1945, la première apparition publique du JS-3 ─ dernier né des chars lourds soviétiques et premier char doté d’un design moderne ─, fit une très forte impression aux impérialistes anglo-américains. A cette époque, sa silhouette aussi basse que celle des chasseurs de chars ainsi que son design innovant favorisant au maximum le ricochet des obus combiné à son très lourd blindage ─ jusqu’à 220 mm contre « seulement » 180 mm pour le Tigre II ─, lui confèrent une capacité de résistance inégalée aux tirs ennemis. Il n’a alors d’équivalent dans aucune autre armée du monde. Une décennie plus tard, il était toujours considéré par les spécialistes de l’OTAN comme l’un des meilleurs chars au monde. Les premiers chars JS-3 furent envoyés combattre l’Armée Impériale japonaise, mais la rapide capitulation japonaise ne leur laissa pas le temps d’arriver… Moins d’un an plus tard, au début de l’été 1946, plus de 2 300 JS-3 avaient été produits. Il était alors évident pour les impérialistes anglo-américains qu’une confrontation militaire « classique » avec l’URSS était hors de question et que même leur puissance économique ne pourrait leur donner l’assurance d’une victoire militaire.

Ce ne fut ainsi que la faible représentation des blindés moyens et lourds allemands sur le Front ouest européen qui permit aux impérialistes anglo-américains de faire illusion face à la Wehrmacht : en 1944-1945, les derniers Panzer II qui combattaient encore dans la Wehrmacht se trouvaient sur le Front Ouest… En témoignent les difficultés qu’ils rencontrèrent à l’occasion de la contre-offensive allemande de l’hiver 1944-1945 (Bataille des Ardennes), opération dont l’échec fût grandement imputable au lancement de l’offensive d’hiver soviétique…

Le 16 décembre 1944, la Wehrmacht lança l’opération Von Rundstedt. Le front anglo-américain se trouva brisé et les troupes allemandes avancèrent jusqu’à Liège et Dinant, menaçant d’encercler une partie importante des troupes angloaméricaines. Le 6 janvier 1945, Churchill adressa un pressant appel à Staline et décrivait la situation du Front occidental comme « alarmante », l’exhortant à lancer aussi vite que possible une grande offensive afin de réduire la pression allemande en Belgique.33

L’offensive soviétique d’hiver fût avancée et débuta le 12 janvier 1945 en dépit de conditions météorologiques défavorables limitant l’emploi de l’aviation. Dotée d’une supériorité écrasante en hommes (plus de 4 fois), en chars et en canons (plus de 15 fois) sans oublier en avions (12 fois), l’Armée Rouge progressa en moins de trois semaines de 400 km en écrasant littéralement la Wehrmacht. L’Oder fût franchi le 31 janvier, amenant l’Armée Rouge à moins d’une centaine de kilomètres de la capitale allemande.

Il nous importe de souligner ici que si les impérialistes anglo-américains n’eurent jamais à se plaindre de leur allié soviétique qui fît tout ce qui était possible pour hâter la victoire commune, on ne peut pas en dire autant des soviétiques en ce qui concerne l’aide et l’attitude de ses éphémères alliés. Staline eût ainsi régulièrement à se plaindre de la qualité de l’aide matérielle fournie par ses alliés ainsi que de leur manque de motivation réelle à ouvrir un véritable second Front en Europe de l’Ouest, seul capable de soulager le fardeau longtemps supporté presque exclusivement par l’URSS. Dans un message personnel envoyé à F. Roosevelt le 18 juillet 1942, Staline souligna ainsi que les chars américains livrés à l’URSS avaient une fâcheuse tendance à s’enflammer sous le feu ennemi dès qu’ils étaient touchés dans la zone voisine du bloc moteur et conseilla au président américain de privilégier l’adoption du moteur diesel. Quelques jours plus tard, dans une lettre à W. Churchill datée du 23 juillet, Staline se plaignit de voir cesser les livraisons de matériel de guerre dans les ports septentrionaux de l’URSS sous le prétexte que les transports anglais essuyaient des pertes…

Il fallait un culot éhonté aux impérialistes anglais pour oser déplorer des pertes secondaires au moment où l’URSS toute entière souffrait le martyr ! De plus, Staline jugeait comme un manquement inacceptable à la promesse d’ouverture d’un second Front en Europe le fait d’en repouser la perspective à l’année 1943. Dix-huit mois plus tard, au lendemain de la Conférence de Téhéran qui se tînt en novembredécembre 1943, l’Opération Overlord était désormais programmée pour la mi-1944, mais cette question était devenue secondaire pour l’URSS qui avait alors pris un net ascendant sur la Wehrmacht. Staline déclara ainsi à Joukov qu’il pensait que cette fois les anglo-américains tiendraient parole et que dans le cas contraire « nous avons suffisamment de force pour achever de battre l’Allemagne ».

Cette parenthèse étant close, la vaste offensive soviétique de janvier 1945 eût immédiatement l’effet escompté par les impérialistes anglo-américains : elle contraignit la Wehrmacht à mettre un terme à son offensive sur le Front Ouest pour renforcer un Front Est où la situation lui échappait dangereusement : ce dernier se disloquait alors littéralement… La contre-offensive allemande avortée avait cependant coûté aux anglo-américains les trois-quarts du millier de chars engagés. La Wehrmacht n’avait pour sa part perdu « que » 60 % du millier des siens en dépit d’une nette supériorité aérienne anglo-américaine… On dénombrait 12 000 tués et 40 000 blessés de chaque côté. Au début de la guerre, l’armée américaine était sous-entraînée, sous-armée et était incapable de mener une guerre terrestre. Ses blindés complètement obsolètes utilisaient encore les tactiques de la Première Guerre mondiale.

De toute évidence, l’impérialisme américain ne parvint ainsi à compenser la faiblesse de ses équipements lourds que par leur nombre, sa puissance logistique, … et le recours quasi-systématique aux armes de destruction massives contre les populations ennemies, qu’il s’agisse des bombardements aériens conventionnels ou atomiques…

Notons au passage que ce n’est pas un hasard si l’URSS fut la seule puissance belligérante à ne pas employer de bombardiers lourds contre les populations civiles des pays ennemis. Et ce n’est pas faute de ne pas en avoir eu la capacité, mais par choix idéologique et stratégique délibéré : le but de l’URSS n’était pas de lancer des bombes au hasard à haute altitude sur les villes allemandes pour terroriser sa population civile, mais de briser la Wehrmacht, et pour cela, ses bombardiers légers et moyens lui suffisaient amplement !

 

Ci-dessus : L’aviatrice soviétique Mariya Ivanivna Dolina (photographie de 1944), commandante d’escadron, devant son Petlyakov Pe-2. Cet appareil bimoteur n’ayant rien à envier au Messerschmitt Bf-110 fût l’un des meilleurs bombardiers en piqué de la guerre. Il fût mis en service dans l’Armée Rouge au printemps 1941 et fût produit à plus de 11 400 exemplaires au cours de la guerre. Après avoir fréquenté un aéroclub adolescente, Mariya Dolina sort diplômée de l’école d’aviation de Kherson (Ukraine) en 1939. Elle s’engage dans l’Armée Rouge en juillet 1941. A l’âge de 22 ans, elle fait ses premières armes dans le ciel de Stalingrad. Elle combattra ensuite dans le ciel du nord-Caucase, du Kouban, à Koursk et participa enfin à la libération de la Biélorussie et des états baltes. Plusieurs fois décorée, elle reçut le titre de Héros de l’Union soviétique en août 1945. Si dans les pays bourgeois, la femme passa des fourneaux à l’usine, en URSS, la femme démontra que l’abolition de l’esclavage salarié lui avait permis de véritablement commencer à devenir dans les faits l’égale de l’homme : elles furent ainsi des centaines de milliers à prendre les armes pour défendre la patrie socialiste…

Mis en service en 1936, le Petlyakov Pe-8 fut le seul bombardier lourd soviétique de la guerre. Il fut pourtant produit à moins de 100 exemplaires de 1936 à 1944. Il fût donc très peu employé, mais pas à cause de ses mauvaises performances : ce bombardier dont le plafond pratique était de 10 km d’altitude volait à 440 Km/h et pouvait transporter 5 tonnes de bombes dans un rayon d’action de 3 700 km. Armé de 2 canons de 20 mm, de 2 mitrailleuses lourdes de 12,7 mm et d’une ou deux mitrailleuses de 7,6 mm, il pouvait se défendre contre les avions de chasse ennemis.  Ses caractéristiques étaient loin d’êtres ridicules, même face à celles des bombardiers américains entrés en service en 1941 : sa vitesse était comparable à celle du B-17 et du B-24, mais son rayon d’action était supérieur de plusieurs centaines de kilomètres pour une capacité d’emport au moins égale. Pesant près de 31 tonnes en charge, ses quatre moteurs développaient 5 800 CV (contre 25 tonnes et 4 800 CV pour le B-17 et le B-24). Le Petlyakov Pe-8 ne fut donc surpassé par les bombardiers américains qu’avec la mise en service du B-29 en 1943. Si cet avion fut peu produit, c’est parce qu’au contraire des puissances impérialistes, l’URSS n’a jamais eu de plan de « bombardements stratégiques », c’est à dire de volonté délibérée de terroriser et de détruire les populations civiles…

En Europe, ce fût sans aucun doute l’impérialisme allemand qui inaugura ces pratiques qui constituèrent le dénominateur commun de toutes les puissances impérialistes belligérantes. L’impérialisme allemand céda d’ailleurs à cette tentation bien avant d’avoir entamé son « œuvre » de destruction de l’URSS, et même avant son entrée en guerre effective contre la France et l’Angleterre ! Ainsi, alors que la Guerre civile faisait rage en Espagne, la Légion Condor de la Luftwaffe bombarda la ville de Guernica le 26 avril 1937 au moyen de bombes explosives et incendiaires. De même, du 24 au 26 septembre 1939, Varsovie fut bombardée par la Luftwaffe avec à la clef près de 20 000 victimes civiles. Pour autant, les impérialistes japonais et anglo-américains ne furent pas non plus en reste. Le Japon employait depuis plusieurs années déjà ces méthodes en Chine. Après l’annexion de la Mandchourie en 1931, l’impérialisme japonais poursuivit sa politique expansionniste plus profondément en Chine à partir de l’été 1937. Très vite confronté à un puissant mouvement de libération national ─ le Kuomintang et le PCC enterrent alors provisoirement la « hache de guerre » pour se coaliser contre le colonialisme japonais ─, l’Armée Impériale se livra à des massacres de civils chinois afin de tenter de briser le large soutien populaire apporté à la lutte de libération nationale.

L’impérialisme japonais ne se contenta pas de « sabrer au clair » ou de bombarder les civils chinois, il employa également massivement les gaz toxiques. Au cours de la seule Bataille de Wuhan (qui se déroula de juin à octobre 1938), et à laquelle participèrent une centaine de pilotes soviétiques et leurs appareils aux côtés des forces nationalistes chinoises, ces gaz furent employés à près de 400 reprises !

En dépit de la victoire militaire qu’elle remporta à Wuhan, l’Armée Impériale japonaise ne parvint pas à écraser complètement les forces armées chinoises qui purent se retirer partiellement. A cette occasion, l’impérialisme japonais eût en outre à subir de lourdes pertes témoignant de son enlisement dans la région.

 

Ci-dessus : Sur une berge de la rivière Qinhuai, un soldat de l’Armée impériale japonaise « prend la pose » devant un amas de corps. Il ne s’agit pourtant là que d’une fraction des atrocités auxquelles se livra l’impérialisme japonais au cours du tristement célèbre massacre de Nanjing qui coûta la vie à environ 300 000 civils chinois au cours de l’hiver 1937-1938. Le peuple chinois est, avec le peuple soviétique, celui qui eût le plus à souffrir de la politique coloniale fasciste des impérialistes étrangers : elle lui coûta directement et indirectement au moins 16 millions de vies, celles de civils pour plus des trois quarts… 

Ci-contre : « Salutations aux combattants contre le fascisme ». (Koretski, 1937)

 

De leur côté, les impérialismes anglais et américains « démocrates » ne tardèrent pas à imiter leurs comparses « fascistes » signataires du pacte anti-Komintern en démontrant le même mépris qu’eux pour la vie humaine de civils innocents, quoiqu’en s’attachant cependant le plus souvent à mettre un peu plus de distance entre les bourreaux et leurs victimes, grâce à leurs bombes larguées à haute altitude…

Adoptée le 21 janvier 1943 par les chefs des états-majors anglais et américains placés sous la responsabilité directe de Roosevelt et Churchill, la directive de Casablanca définissait ces opérations de bombardements comme ayant pour but « la destruction et la dislocation progressive du système militaire, industriel et économique allemand et l’ébranlement du moral de la population jusqu’au point où leur capacité de résistance armée soit affaiblie définitivement ». A l’automne 1943, ce but fût réaffirmé dans un langage encore plus équivoque par Sir Arthur Travers Harris, alors Maréchal de la Royal Air Force (RAF) et commandant (depuis février 1942) des campagnes britanniques de bombardements. Celui qui fût à juste titre surnommé le « boucher Harris » ne s’embarrassait pas du langage diplomatique employé par ses homologues à l’occasion de la Conférence de Casablanca et reconnut même que les campagnes de bombardements ne visaient en général aucune cible strictement militaire, ni même l’outil industriel de l’ennemi :

« Ce but est la destruction des villes allemandes, la mort des ouvriers allemands et l’interruption de la vie communautaire civilisée dans toute l’Allemagne. Il faut souligner que les buts acceptés et fixés de notre politique de bombardement sont les suivant : la destruction des maisons, des services publics, des transports et des vies humaines ; la création d’un problème de réfugiés à une échelle inconnue ; et la destruction du moral à la fois dans le pays et sur les fronts par peur de bombardements étendus et intensifiés. Ce ne sont pas des sous-produits de tentatives pour frapper des usines ».34

Il n’est même pas exagéré de dire que les impérialistes anglo-américains firent tout pour éviter de bombarder certaines usines du complexe militaro-industriel du Reich, en particulier celles des filiales appartenant aux firmes américaines.35 La presse bourgeoise est elle-même obligée de reconnaître ces pratiques, évidemment à demi-mot et en s’abstenant bien d’en tirer les conclusions qui s’imposent :

« « Ford a conservé des relations très confortables avec l’Allemagne nazie tout au long de la guerre, et engrangé les profits tirés du travail forcé des prisonniers de guerre et des déportés employés dans son usine de Cologne ». (…) A elles deux, les filiales de GM et de Ford détenaient plus de 70 % du marché automobile allemand à l’arrivée de Hitler au pouvoir. Elles sont devenues les principaux fournisseurs de la Wehrmacht en véhicules de transport de troupes. (…) Ford Werke A.G. ne fut jamais nationalisé. Ford en a toujours conservé 52 % des parts. (…) « Le QG de Ford à Dearborn (Michigan) est resté en contact avec sa filiale tout du long de la guerre », ce dont pourraient témoigner d’anciens cadres. (…) Un rapport des renseignements militaires américains de septembre 1945, retrouvé dans les Archives nationales, décrit Ford Werke A.G. comme « une pièce clé de l’arsenal nazi » ayant produit 60 % des transports de troupes chenillés et blindés de la Wehrmacht ».36

En Allemagne, les usines des filiales américaines étaient ainsi réputées pour être les endroits les plus sûrs au cours des bombardements aériens… Le Maréchal Joukov témoigna de ces faits dans ses mémoires :

« L’Etat-major d’Eisenhower se trouvait dans l’énorme bâtiment de la compagnie chimique I.G. Farbenindustrie qui fut préservé pendant les terribles bombardements de Francfort bien que l’aviation alliée eut transformé la ville en ruines. (…) Plus tard, on apprit que des relations d’ordre financier existaient entre ces usines et les monopoles de l’Amérique et de l’Angleterre ».37

Notons au passage que la musique ne fût pas la même pour l’impérialisme allemand sur le Front de l’Est où il fût dès le début confronté à la politique dite de la « Terre brûlée » qui consistait simplement en ce que tout ce qui ne pouvait pas être évacué… devait être détruit pour ne pas permettre à l’ennemi de s’en servir pour se renforcer.

 

Ci-dessus, le barrage hydro-électrique de Dnieprostroï, situé sur le Dniepr à 200 km au sudouest de Kharkov. Né au cours du premier plan quinquennal dont il était l’un des ouvrages majeurs, ce barrage était au moment de sa mise en service en 1932 ─ avec ses neuf turbines d’une capacité cumulée de 560 MW ─, le plus puissant barrage hydro-électrique du monde. Le 27 août 1941, le barrage sera dynamité par les soviétiques sur l’ordre de Staline. Il était en effet hors de question d’abandonner cette précieuse source d’énergie à l’ennemi, quoiqu’ait coûté sa construction qui avait mobilisé jusqu’à 60 000 ouvriers pendant cinq ans. La Wehrmacht « finira le travail » et le dynamitera de nouveau au second semestre 1943, quand elle fût forcée de battre en retraite devant l’Armée Rouge. Alors presque intégralement détruit, la reconstruction de l’ouvrage fût lancée en 1944 pour s’achever en 1949. Dès 1950, il recommença à fournir en électricité les villes et les industries environnantes.

Pour les impérialistes anglo-américains, les campagnes de bombardements aériens constituaient d’abord une « preuve » qu’ils contribuaient bel et bien à la lutte commune des alliés contre l’Allemagne hitlérienne, mais représentaient surtout une solution de facilité censée compenser la relative médiocrité des équipements de leur armée de terre, sans aucun égard aux « dommages collatéraux » que cela engendrait, même parmi les populations civiles « amies ».

Les bombardements aériens de la RAF et de l’USAAF réduisirent ainsi les villes de Caen, Saint-Lô et du Havre à l’état de ruines. En Normandie, les « libérateurs » firent ainsi plus de 50 000 victimes civiles ainsi que des centaines de milliers de sansabris… Après les bombardements anglo-américains sur le Havre, la ville était détruite aux trois quarts et un piéton pouvait désormais apercevoir la plage depuis le centre-ville !

Mais l’ampleur de ces bombardements ne fût rien à côté de ce qu’eurent à endurer les populations civiles « ennemies » de l’Allemagne et du Japon.

Au cours des 13 et 14 février 1945, plus de 770 bombardiers de la RAF et 300 B-17 de l’USAAF larguèrent un total de 3 500 tonnes de bombes sur la ville allemande de Dresde. Dans une ville réduite à l’état de ruines, on dénombra plus de 35 000 morts civils. Alors que l’Armée rouge n’était plus qu’à une centaine de kilomètres de là, ce bombardement ne pouvait avoir qu’une seule utilité : laisser à l’URSS une zone complètement détruite !

Alors que l’industrie allemande de la zone soviétique fût détruite à 45 % au cours de la guerre, celle de la zone occidentale de l’Allemagne ne fût détruite qu’à hauteur de 20 %… alors même que cette dernière représentait 70 % de la production industrielle allemande !

A des milliers de kilomètres de là, dans le Pacifique, les mêmes crimes étaient également perpétrés. Ainsi, dans la seule nuit du 9 au 10 mars 1945, un raid aérien de plus de 330 B-29 lancés sur Tokyo (1 700 tonnes de bombes) y fit plus de 100 000 morts civils et provoqua une véritable tempête de feu dans la ville.

Le 19 mars 1945, un nouveau largage de bombes incendiaires sur Tokyo par plus de 230 B-29 vola de nouveau la vie de plus de 80 000 civils japonais. A la mi-juin 1945, c’étaient ainsi quatre grandes villes japonaises qui avaient été réduites à l’état de ruines, avec pas moins de 9 millions de civils sans-abris à la clef… Quelques mois plus tard, la population japonaise recevra deux bombes atomiques…

Ces bombardements se produisaient à un moment où l’URSS ─ qui avait, trois mois auparavant, brisé une Wehrmacht autrement plus redoutable jusque dans la capitale du Reich au cours de la Bataille de Berlin qui dura « seulement » une quinzaine de jours ─, lançait une vaste offensive contre le colonialisme japonais dont l’industrie de guerre était à l’époque aussi technologiquement dépassée que moribonde.

A cet effet, il nous suffira de décrire la situation dans laquelle se trouvait l’Arme blindée japonaise. Sur les 6 450 chars produits par le Japon durant la période 19311945, les deux-tiers le furent dans les années 1940-1945. Parmi eux, on comptait un peu plus de 1 160 chars légers de Type 95 Ha-Go. Produit de 1936 à 1943, ce char pesait 7 tonnes et était armé d’un canon de 37 mm long de 36 calibres.

 

La couverture d’un Comics US datant de mars 1943. Des japonais tout juste bons à exterminer depuis le ciel comme des rats repoussants… Comme on le voit, l’idéologie raciste mise en avant à l’époque par les « libérateurs » américains avait un solide tronc commun avec celle de leurs ennemis de circonstance, les fascistes allemands et japonais !

Ce char léger était en tous points inférieur aux chars légers soviétiques BT-5 et BT-7 en service dans l’Armée Rouge à partir de 1933-1935, que ce soit en termes d’armement, de blindage, de rapidité ou de mobilité.

Quant au meilleur char japonais, le Type 97 Shinhoto Chi-Ha, il était une évolution du Type 97 Chi-Ha, produit depuis 1938. La première version du « char moyen » de Type 97, armé d’un canon court de 57 mm, pesait 15 tonnes (soit autant qu’un BT7) et était doté d’un blindage variant de 10 à 33 mm.

La Bataille de Khalkhin Gol montra que le canon à faible vélocité de ce char était totalement inadapté au combat anti-char face à la capacité de pénétration supérieure du canon long de 45 mm des chars légers soviétiques.

En 1941, fut dont introduit le Type 97 Shinhoto Chi-Ha, réarmé avec un canon long de 47 mm, basé sur des exemplaires capturés du canon long soviétique. Ces chars furent employés durant l’invasion japonaise des Philippines (décembre 1941 – janvier 1942) afin de palier à la trop faible puissance de feu des autres chars japonais, incapables de percer l’armure frontale du char léger Stuart M3, pourtant épaisse de seulement 44 mm… Le nouveau canon de 47 mm du Type 97 fut testé sur un Stuart M3 capturé : à une distance de 1 000 m, il avait 50 % de chances de percer son armure frontale, et 66 % de chances à 800 m.

Le Type 97 fut produit par Mitsubishi et Hitachi à plus de 2 120 exemplaires, et s’il représentait désormais une menace face aux chars légers soviétiques et américains, ce n’était pas le cas face au T-34 (76), ni même face au Sherman M4, plus rapides, plus blindés et mieux armés. Enfin, pour ne pas arranger les affaires de l’impérialisme japonais, il ne fût produit qu’à peine 200 blindés chasseurs de chars (de 1942 à 1944) et moins d’un quart d’entre eux étaient dotés d’un canon de calibre supérieur à 75 mm.

Du fait du manque de matières premières bien plus que des bombardements, la production japonaise de chars commença à s’effondrer dès 1943, les japonais produisant 750 chars cette année là — contre plus de 29 000 pour les USA la même année. En 1945, les japonais ne produisirent ainsi qu’un total de 130 chars complètement déclassés… En effet, si l’année 1943 vit encore la production d’un peu plus de 540 chars de Type 97, celle-ci tomba à zéro au cours des années 1944 et 1945 !

Terriblement sous-équipée, l’Armée impériale japonaise était évidemment incapable de faire face à son homologue américaine, et encore davantage à son homologue soviétique.

Comme le reconnait d’ailleurs aujourd’hui la frange la plus éclairée et honnête de la presse bourgeoise, ces exterminations massives de populations civiles avaient donc certes bel et bien eu une utilité, mais pas celle aujourd’hui couramment invoquée pour les justifier…

« L’emploi d’armes aussi barbares était devenu indispensable ─ dit-on alors officiellement ─, pour arrêter la guerre et épargner des centaines de milliers de vies. Des documents récents démentent cependant cette thèse et révèlent que ces destructions, comme celle de Dresde le 13 février 1945, avaient pour objectif d’impressionner les Soviétiques, d’arrêter leur avance, et marquaient, en fait, le début de la guerre froide. (…) Au premier coup d’œil, les photographies aériennes prises par les Mosquito de la RAF montrèrent que la destruction de la ville de Dresde n’avait aucune justification militaire. C’est seulement après le raid que les équipages des bombardiers s’en rendirent compte. Dans la grande vision churchillienne, Dresde et Hiroshima n’étaient qu’un élément de la stratégie plus globale de la guerre froide en train de naître. On aura une idée de l’état d’esprit du premier ministre britannique à la lecture du journal de lord Alanbrooke à la date du 22 juillet 1945 : selon Churchill, « nous avions désormais entre les mains quelque chose qui rétablirait l’équilibre avec les Russes. Le secret de cet explosif et la capacité de l’utiliser modifieraient complètement l’équilibre diplomatique qui était à la dérive depuis la défaite de l’Allemagne ». Et lord Alanbrooke d’ajouter laconiquement : « Churchill se voyait déjà en mesure d’éliminer tous les centres industriels soviétiques et toutes les zones à forte concentration de population. Il s’était immédiatement peint une magnifique image de lui-même comme unique détenteur de ces bombes, capable de les lancer où il le voulait, donc devenu tout-puissant et en mesure de dicter ses volontés à Staline » ».38

Comme on le voit, la bourgeoisie internationale se livra au cours de cette guerre à des exterminations de masse encore plus grandes qu’au cours de la première guerre inter-impérialiste, … laquelle peut paradoxalement apparaître dans ces conditions comme encore relativement « civilisée » du fait que les principales victimes restèrent des soldats !

Les communistes et les peuples du monde ne doivent jamais oublier de quelle barbarie est capable l’ordre bourgeois ─ fusse-t-il le plus « démocratique »─, quand il en va de sa survie ou même seulement de son intérêt…

Puisque nous sommes occupés à mettre à jour les cadavres et les mensonges sur lesquels est édifié l’ordre bourgeois, il nous apparaît fondamental de souligner un fait essentiel que se gardent bien de souligner les historiens bourgeois quand ils traitent de la dernière boucherie mondiale.

En effet, si les impérialistes anglo-français avaient accepté en 1938-1939 les propositions soviétiques réitérées de faire respecter le Droit International ─ alors faussement proclamé par la SDN pour duper les naïfs ─, en intervenant militairement conjointement au cours des annexions successives de l’Autriche en mars 1938, des Sudètes en octobre 1938 ─ annexion entérinée par le tout aussi faussement pacifique accord de Munich qui arracha à la Tchécoslovaquie ses principaux dispositifs de défense fortifiés ─, puis de la Tchécoslovaquie elle-même en mars 1939, et enfin de la Pologne en septembre 1939, l’impérialisme allemand se serait alors trouvé dans une situation militaire aussi désespérée qu’intenable.

A elles seules, les masses de blindés et d’avions en service dans l’Armée Rouge auraient vraisemblablement suffit à écraser la Wehrmacht ─ dont le plus gros de l’effort de rééquipement venait tout juste de commencer ─, et ainsi à contraindre l’impérialisme allemand à rester dans ses frontières. Mais les impérialistes anglofrançais ne voulaient pas d’une alliance militaire avec l’URSS contre le Reich qu’ils rêvaient en effet de voir se lancer contre l’URSS.

Combien de souffrances et de cadavres cette politique bourgeoise anglo-française criminelle coûta par la suite aux peuples d’Europe et de l’URSS !

Assurément, il faudra que la bourgeoisie paie un jour pour tous ses crimes, que ce soit pour les guerres coloniales passées et contemporaines… ou pour les souffrances quotidiennes infligées aux travailleurs transformés en bêtes de somme !

 

Ci-desssus : Le corps de Raghad Masoud, bébé palestinien âgé de 34 mois tué à Rafah par une frappe israélienne, a été placé dans une glacière, faute de place à la morgue. (Photo AFP) Au début du mois d’août 2014, au 28e jour de la dernière campagne de terreur fasciste des sionistes contre Gaza, l’ONU dénombrait plus de 1 800 morts et 9 000 blessés. Parmi les tués : 70 à 80 % de civils et plus de 350 enfants.39 Pas de justification militaire ? Bien sûr que si : comme toujours, essayer de briser le moral des populations civiles pour tenter de les détacher du soutien à la résistance armée au colonialisme… Et ce au milieu du concert de lamentations de médias et de politiciens bourgeois faussement indignés…

Que la bourgeoisie internationale ne se figure pas que parce-que les communistes ont subi un terrible revers temporaire au cours du dernier demi-siècle écoulé, elle en a fini avec le communisme et qu’elle pourra par conséquent continuer à perpétuer impunément et indéfiniment des crimes de ces sortes, c’est-à-dire à faire couler des flots de sang des peuples des pays dépendants qu’elle se dispute et à martyriser quotidiennement dans leur chair comme dans leur esprit les esclaves salariés qu’elle exploite !

Pour reprendre les termes que Dimitrov lança en décembre 1933 à la face du tribunal nazi qui l’accusait d’être responsable (avec les communistes allemands) de l’incendie du Reichstag, « le temps viendra où ces comptes seront réglés avec intérêts » par « le tribunal du peuple de la future dictature du prolétariat » !

« Au XVIIe siècle, le fondateur de la physique scientifique Galileo Galilée, a comparu devant le sévère tribunal de l’Inquisition qui devait le condamner, comme hérétique, à la mort, il s’est écrié avec une profonde conviction et résolution : « Et pourtant la terre tourne ! » Et ce principe scientifique est devenu plus tard le patrimoine de toute l’humanité. (…) Nous, communistes, pouvons aujourd’hui, proclamer avec non moins de résolution que le vieux Galilée : « Et pourtant elle tourne ! » La roue de l’histoire tourne, avance, vers une Europe soviétique, vers l’Union mondiale des Républiques soviétiques. Et cette roue, poussée par le prolétariat sous la direction de l’Internationale communiste, on ne parviendra à l’arrêter ni par des mesures d’extermination, ni par des condamnations aux travaux forcés, ni par des exécutions. Elle tourne et continuera à tourner jusqu’à la victoire définitive du communisme ! »40

Марш краснофлотцев (1938) Marche de la flotte Rouge (1938)
Родимое море, шуми на просторе !

Тебя охраняет наш флот.

Мы зорко свою страну храним.  На вахте и день, и ночь стоим,  Смело глядим вперёд.

 

Припев :

 

На море ближнем, на море дальнем  Вымпел Советов встаёт ! 

На море ближнем, на море дальнем –  Краснознамённый наш флот ! (1)

 

Корабли наши лучшие в мире ! 

В бой последний ударят на врагов. 

На море ближнем, на море дальнем 

Флот наш к победам готов ! (2)

 

В свободное море выходят линкоры  По бурным, широким волнам.

Ни пяди родной своей земли, ни капли родной своей воды

Не отдадим врагам !

 

Припев. (1) + 2 x (2)

Mer qui nous a mis au monde, immense [mer] tempétueuse !

Vous protégez notre flotte.

Nous préservons le pays grâce à sa vigilance.

Nous tenant debout sur la bordée de jour comme de nuit, Nous regardons fièrement vers le large.

 

Refrain :

 

Sur la mer proche, sur la mer au large, L’étendard soviétique est levé ! 

Sur la mer proche, sur la mer au large,

Flotte notre drapeau rouge ! (1)

 

Nos navires sont les meilleurs du monde !

Dans la bataille, c’est l’ennemi qui prend le dernier coup. 

Sur la mer proche, sur la mer au large,

Notre flotte est parée pour la victoire ! (2)

 

Les cuirassés avancent en mer sans encombres A travers les flots tumultueux et les larges vagues.

Et nous ne cèderons aux ennemis,

Pas même un pouce de notre terre natale, ni une goutte de notre eau.

 

Refrain. (1) + 2 x (2)

La jeune URSS née de la Révolution d’Octobre n’avait hérité de la Russie tsariste qu’un pauvre héritage dans bien des domaines. Puissance continentale, la Russie tsariste possédait une flotte hétéroclite dont les bâtiments dataient souvent d’un autre âge. Les unités de valeur qui avaient survécu à la Première Guerre mondiale impérialiste et à la guerre d’intervention furent regroupées en 1922 en deux flottes. La première stationnée en mer Baltique comptait 1 cuirassé de classe Marat, 1 croiseur, 8 destroyers et 9 submersibles. La seconde, stationnée en Mer Noire comptait un croiseur, 2 destroyers et 2 submersibles. En 1926, la remise en état de l’industrie sinistrée fut accompagnée de la remise en fonctionnement des chantiers navals. Dès lors, l’URSS put remettre en état d’anciens bâtiments et lancer la construction de nouveaux. Les forces soviétiques pouvaient compter en juin 1941 sur 3 cuirassés dreadnought de classe Marat complètement reconstruits et modernisés ainsi que 9 croiseurs, dont 6 nouveaux croiseurs lourds de classe Kirov et Maxim Gorki, dont la construction fut achevée pour trois d’entre eux entre 1940 et début juin 1941, c’est-à-dire durant le répit offert par le pacte de non-agression germano-soviétique. La marine soviétique comptait également 78 destroyers dont le Taschkent et 6 nouveaux destroyers lourds de classe Leningrad équivalents à des croiseurs légers (quatre de ces nouveaux destroyers lourds survécurent à la guerre).

Au moment de l’agression nazie, la flotte des submersibles soviétiques était la plus importante au monde, précédant même celle de l’Allemagne. Elle comportait près d’une soixantaine de submersibles océaniques, plus de 80 submersibles côtiers moyens et autant de submersibles côtiers légers, soit au total 240 submersibles. La marine soviétique  comptait enfin plus de 800 autres bâtiments légers, mais souvent puissamment armés : 44 frégates garde-côtes, 57 dragueurs de mines, 96 canonnières fluviales, 3 mouilleurs de mines, 126 chasseurs de submersibles et 400 vedettes lance-torpilles.

 

Ci-dessus : Une photographie du Molotov, un des croiseurs de classe Kirov. Mis en chantier en janvier 1937, il fut admis au service actif quatre ans plus tard, en janvier 1941. Long de 190 mètres, il était doté de 24 canons de différents diamètres (45 à 180 mm), de six tubes lancetorpilles et possédait un blindage de 70 mm au niveau de la ceinture et de 50 mm sur le pont.

Ainsi, quoiqu’en 1941 la jeune marine de guerre soviétique n’eut pas encore les mêmes effectifs que celle de puissances coloniales comme la marine américaine (17 cuirassés, 6 porte-avions, 37 croiseurs, 166 destroyers, 81 submersibles, 319 frégates garde-côte), la marine japonaise (10 cuirassés, 10 porte-avions, 45 croiseurs, 130 destroyers, 73 submersibles — en décembre 1941), la marine britannique (15 cuirassés, 6 porte-avions, 61 croiseurs, 186 destroyers, 60 submersibles), ou la marine française (8 cuirassés, 1 porte-avions, 20 croiseurs, 59 destroyers, 78 submersibles — en 1940), et quoique la marine soviétique fut forcée de répartir les navires de sa flotte entre la Mer Baltique et la Mer Noire, afin d’assurer la défense respective de Léningrad et Sébastopol, sa puissance n’était pourtant pas insignifiante face à la marine allemande (7 cuirassés, 8 croiseurs, 22 destroyers, 72 submersibles — en 1939).

Le 22 juin 1941, quand l’aviation et la marine de guerre nazies se ruèrent sur le territoire soviétique, les forces allemandes et finlandaises se heurtèrent à une résistance soviétique acharnée. Autour de Léningrad, les forces armées soviétiques, qu’elles combattent dans les airs, sur terre ou en mer, parvinrent à retenir les forces de l’Axe des mois durant sur des fronts de profondeurs très réduites (de l’ordre d’une centaine de kilomètres seulement).

Les cuirassés Marat et Oktyabrskaya Revoluciya, bombardés et endommagés à plusieurs reprises défendirent Léningrad durant toute la durée du conflit. Durement frappé par la Luftwaffe, le Marat coula sur les hauts-fonds de la rade de Kronstadt… où il n’en continua pas moins de servir comme batterie flottante !

Une fois la guerre terminée, il fut renfloué. Le cuirassé Parizhkaia Kommuna (Commune de Paris), qui servit notamment dans des bombardements côtiers durant le siège de Sébastopol, fut lui aussi gravement endommagé. 

 

Ci-dessus : le cuirassé dreadnought Marat, doté d’un blindage de 230 à 254 mm pour la ceinture.

Le prodigieux essor que la flotte de guerre soviétique connût tout au long des années 1930 ne peut être mieux illustré que par la mise en chantier de cuirassés géants au début du troisième plan quinquennal.

Longs de 269 mètres et dotés d’un déplacement de plus de 65 000 tonnes en charge ─ contre 55 000 tonnes pour son homologue allemand de classe Bismarck (2 construits) et 72 000 tonnes pour son homologue japonais de classe Yamato (également 2 construits) ─, ces cuirassés soviétiques devaient être dotés d’un armement super-lourd comprenant notamment trois batteries de trois canons de 406 mm de diamètre, ainsi que d’un blindage pouvant aller jusqu’à 495 mm (de 375 à 420 mm pour la ceinture), c’est-à-dire d’un armement et d’un blindage supérieurs à celui des cuirassés nazis de classe Bismarck.

Ces cuirassés de classe Sovetsky Soyuz devaient également opérer quatre hydravions servis par deux catapultes et dédiés à la reconnaissance aérienne et à la lutte anti-sous-marine. A titre de comparaison, un croiseur lourd de classe Kirov possédait un déplacement d’un peu plus de 9 000 tonnes et était notamment armé de trois batteries de trois canons de 180 mm. Quant aux cuirassés dreadnought de classe Marat, ils possédaient un déplacement de 28 000 tonnes ainsi que quatre batteries de trois canons de 305 mm.

Ci-dessus, le chantier de construction du Sovetskaia Ukraina au chantier naval André Marti de Nikolaeïev (ville située en Ukraine à moins de 100 km d’Odessa). Ce navire, dont la construction avait débuté à l’automne 1938, était l’un des cuirassés géants de classe Sovetsky Soyuz (Union Soviétique) en construction au moment de l’agression nazie.

 

Ci-dessus, une vue de la configuration d’un cuirassé de classe Sovetsky Soyuz.

Quand ils s’emparèrent de Nikolaïev, à la mi-août 1941, les nazis découvrirent médusés le mastodonte dont la structure avait été achevée jusqu’au niveau du pont principal… Ces derniers démantelèrent une partie du navire pour en faire des fortifications quand l’Armée Rouge s’engagea dans la reconquête de l’Ukraine.

Débutée à partir du second semestre 1938, la construction des quatre premiers navires de cette classe également surnommée « Stalin’s Republics » ne fût jamais achevée.

La construction d’un total de 16 navires avait été planifiée : un navire amiral baptisé Sovetsky Soyuz et les autres sister ships portant le nom de chacune des républiques fédérées. La construction du Sovetskaya Belorussiya fût interrompue en octobre 1940, soit moins d’un an après avoir débuté, afin de permettre la relocation des ressources visant à accélérer la construction des trois autres navires : le Sovetsky Soyuz, le Sovetskaia Ukraina et le Sovetskaya Rossiya. En vain : le tournant pris par l’agression nazie mit un terme brutal et définitif à leur construction. La construction des deux navires les plus avancés était alors achevée à environ 20 %.

Notons au passage que l’absence de porte-avions dans la marine de guerre soviétique n’était pas le fruit du hasard, mais le reflet de son système économique et social socialiste. A l’inverse des puissances impérialistes qui ont besoin d’un appui aérien mobile pour leur politique coloniale, l’URSS n’avait aucun besoin de projeter sa marine de guerre loin de son littoral. Le soutien apporté à sa marine par son aviation depuis ses bases terrestres lui suffisait à défendre le territoire soviétique.

Ce n’est qu’avec la restauration du capitalisme et l’avènement du socialimpérialisme soviétique que ce der nier cherchera à doter sa marine de forces de projection aéronavales afin de pouvoir défendre et étendre sa sphère coloniale de manière crédible face à l’impérialisme américain. En dépit du grand retard légué dans ce domaine par le régime socialiste, le social-impérialisme-soviétique mena à son terme relativement rapidement les travaux de conception (1968) et de construction de son premier porte-aéronefs. La construction du premier porteavions « soviétique » débuta en 1970. Le porte-avions « lourd » de classe Kiev fût mis en service en 1975. Il fût rapidement rejoint par trois autres navires de cette classe : le Minsk (1978), le Novorossiysk (1982) et l’Admiral Gorshkov (1987). Ces porteavions avaient cependant une capacité d’emport relativement faible d’une douzaine de chasseurs et d’une vingtaine d’hélicoptères du fait de leur déplacement de seulement 40 000 tonnes en charge. A titre de comparaison, le porte-avions américain de classe Midway dont le premier navire fût mis en service en 1945 possédait un déplacement légèrement supérieur (45 000 tonnes) pour une capacité d’emport d’une cinquantaine d’appareils modernes. Quant au premier porte-avions américain de classe Nimitz, également mis en service en 1975, il possédait un déplacement de l’ordre de 90 000 tonnes et pouvait opérer jusqu’à 90 appareils.

Alors assez largement distancé par son principal concurrent sur le plan qualitatif, le social-impérialisme soviétique lança la construction d’une nouvelle classe de porteavions. Le premier navire de cette nouvelle classe, l’Amiral Kouznetsov, fût commandé en 1981 et lancé en 1991. Doté d’un déplacement de 66 000 tonnes, il pouvait opérer une cinquantaine d’appareils. La construction de deux autres bâtiments de cette classe ne fût jamais achevée… Et l’implosion du socialimpérialisme soviétique détermina le démantèlement des forces de projection aéronavales dont hérita l’impérialisme russe brutalement ravalé au rang d’impérialisme de second ordre… pour le plus grand bénéfice de l’impérialisme chinois qui pût acquérir pour trois fois rien le sister ship de l’Amiral Kouznetsov le moins inachevé : le Varyag.

Un précieux transfert de technologies qui permet aujourd’hui à l’impérialisme chinois ascendant de pouvoir espérer se doter de forces de projection aéronavales crédibles à relativement court terme et ainsi pouvoir mettre un terme aux grossières ingérences coloniales de son concurrent américain en déclin…

 

Ci-dessus : Le Kiev, premier porte-avions « soviétique »…

 

Ci-dessus : Le Liaoning (ex-Varyag achevé et modernisé) navigue aujourd’hui sous le pavillon de l’impérialisme chinois… D’autres sister ships sont en construction et ce ne sera là qu’un premier pas dans la création des forces de projection aéronavales chinoises… Comme on le voit, l’impérialisme américain et ses alliés ont indéniablement du souci à se faire pour les décennies à venir !

                 

Катюша (1938) Katioucha (1938)
Расцветали яблони и груши, Поплыли туманы над рекой.

 

Выходила на берег Катюша,

На высокий берег на крутой. (бис)

***

Выходила, песню заводила

Про степного, сизого орла,

 

Про того, которого любила,

Про того, чьи письма берегла. (бис)

***

Он ты, песня, песенка девичья, Ты лети за ясным солнцем вслед.

 

И бойцу на дальнем пограничьe

От Катюши передай привет. (бис)

***

Пусть он вспомнит девушку простую,

Пусть услышит, как она поет,

 

Пусть он землю бережет родную,

А любовь Катюша сбережет. (бис)

***

Расцветали яблони и груши, Поплыли туманы над рекой.

 

Выходила на берег Катюша,

На высокий берег на крутой. (бис)

Les pommiers et les poiriers étaient en fleurs, La brume flottait sur la rivière.

 

Katioucha longeait la rivière,

Sur la haute berge escarpée. (bis)

***

Elle entonnait la chanson

De l’aigle gris des steppes,

 

De celui qu’elle aimait,

De celui dont elle gardait précieusement les lettres. (bis)

***

Oh toi, chanson, chansonnette de jeune fille, Envoles-toi vers le soleil scintillant.

 

Et au soldat de la lointaine frontière,

Envois le salut de la part de Katioucha. (bis)

***

Qu’il se souvienne de la jeune fille simple,

Qu’il entende comme elle chante,

 

Qu’il préserve la mère-patrie,

De la même façon que Katioucha préserve leur amour. (bis)

***

Les pommiers et les poiriers étaient en fleurs, La brume flottait sur la rivière.

 

Katioucha longeait la rivière,

Sur la haute berge escarpée. (bis)

La chanson ci-dessus, à la fois chanson d’amour et poème, s’inscrit toujours dans le contexte très lourd de menaces pour les peuples de l’URSS. Pour tous ─ ouvriers, kolkhoziens, employés ─, la guerre devient une menace de plus en plus tangible. Déjà populaire avant la guerre cette chanson le restera pendant. Pour des millions de travailleurs soviétiques mobilisés dans les rangs de l’Armée Rouge dans les combats contre la Wehrmacht, cette chanson constituait un encouragement à défendre vaillamment les foyers, les familles et le régime qui leur avait permis de prospérer. L’affectueux surnom de « Katioucha » fût également attribué par les soviétiques à l’une des armes qui compte parmi les très mauvaises surprises auxquelles eût à faire face l’impérialisme allemand quand il se lança dans sa grande croisade anti-bolchévique, les lance-roquettes multiples.

En 1933, le gouvernement soviétique appuya la création du Jet Propulsion Research Institute (RNII) qui succéda au GIRD (Groupe d’Étude de la Propulsion par Réaction) crée deux ans plus tôt à Moscou et Léningrad. Le RNII regroupait les chercheurs dont les travaux touchaient à la mise au point de fusées et de missiles de croisière. Sous la direction de Kleimenov, des chercheurs comme Korolev et Glouchko travailleront jusqu’en 1937 à la création d’engins expérimentaux. Leur attention se portera notamment sur la création de gyroscopes automatisés permettant de stabiliser le vol selon une trajectoire programmée. Malgré la condamnation de Korolev en 1938, pour avoir transmis à l’Allemagne nazie de précieuses informations, ce dernier eût la vie sauve et eût même l’occasion de se racheter en poursuivant ses travaux en prison ─ à l’instar de Tupolev et de Petliakov accusés d’avoir voulu créer un parti fasciste.

Les travaux soviétiques portant sur la mise au point des roquettes furent d’abord initiés en vue d’armer les avions d’attaque au sol et les chasseurs. Les roquettes airair de 82 mm furent employées (avec succès) pour la première fois en situation de combat sur des chasseurs I-16 qui affrontèrent des chasseurs Mitsubishi A5M au cours de la bataille de Khalkhin Gol. Les travaux soviétiques dérivèrent également vers l’utilisation de ces roquettes au sein de l’artillerie. En juin 1938, débutèrent ainsi les travaux conception de lanceurs multiples mobiles qui aboutirent à la création de lanceurs utilisant des roquettes de différents diamètres : 82 mm (BM8), 132 mm (BM-13), et enfin 300 mm (BM-31 à partir de 1942). Pouvant tirer quasisimultanément jusqu’à 24 roquettes (pour les lanceurs BM-13) et 48 roquettes (pour les lanceurs BM-8), chaque lanceur fournissait une puissante salve d’artillerie.

L’ordre de déploiement de ces lanceurs au sein de l’Armée Rouge fût donné le 21 juin 1941, c’est-à-dire à la veille même de l’agression nazie. Mais à ce moment, seule une quarantaine de lanceurs avaient été produits.

Ces lanceurs n’étaient pas destinés à fournir un feu nourri dans la durée, comme l’artillerie traditionnelle pouvait le faire, mais à déployer rapidement sur le front un puissant tir de barrage d’artillerie capable d’asséner un premier coup à l’ennemi et d’enfoncer ses premières lignes de défense par surprise.

Leur premier engagement eut lieu à la mi-juillet 1941 au cours de la bataille de Smolensk. Les unités allemandes prises sous le feu d’une batterie expérimentale de sept lanceurs furent prises de panique. Rapidement déployable, cette arme était en outre dotée d’une assez grande portée (5,9 km pour le BM-8 et 8,7 km pour le BM13). Elle inspira la terreur chez l’ennemi et le rugissement des lanceurs faisant feu leur valurent le surnom « d’orgues de Staline » au sein de la Wehrmacht. A la fin de l’année 1941, c’étaient plus de 500 lanceurs qui opéraient dans huit régiments et 35 bataillons.

 

Ci-dessus : Des BM-13 et des T-34 arrivent sur le front de Stalingrad…

A la fin de l’année 1942, plus de 3 200 lanceurs avaient été produits. L’Armée Rouge en opérait alors plus de 57 régiments. La version BM-13 représentait alors six lanceurs sur dix, contre deux lanceurs sur dix pour chacune des deux autres versions. Au total, ce sont plus de 11 000 lanceurs de toutes variantes qui furent produits au cours de la guerre. Les lanceurs BM-13 jouèrent notamment un grand rôle dans l’offensive qui permit de briser les zones de défense fortifiées édifiées au sud du lac Ladoga par les assiégeants et ainsi de rompre le blocus terrestre de Léningrad en janvier 1943.

 

Ci-dessus : Tableau d’A. Blinkov : « Fire of the Guard artillery », 1942

         

Гимн партии большевиков (1939) Hymne du Parti Bolchévik (1939)
Страны небывалой свободные дети,

Сегодня мы гордую песню поём

О партии самой могучей на свете,  О самом большом человеке своём.

 

Припев :

 

Славой овеяна, волею спаяна, 

Крепни и здравствуй во веки веков 

 

Партия Ленина, партия Сталина,

Мудрая партия большевиков ! (бис)

 

Страну Октября создала на земле ты,  Могучую Родину вольных людей.

Стоит как утёс государство Советов  Рождённое силой и правдой твоей.

 

Припев.

 

Изменников подлых гнилую породу  Ты грозно сметаешь с пути своего.  Ты гордость народа, ты мудрость народа, Ты сердце народа и совесть его.

 

Припев.

 

И Маркса и Энгельса пламенный гений  Предвидел коммуны грядущий восход.  Дорогу к свободе наметил нам Ленин  И Сталин великий по ней нас ведёт.

 

Припев.

Enfants libres d’un pays sans précédent,

Aujourd’hui nous sommes fiers de chanter cet hymne Du plus puissant Parti du monde, De son plus grand homme.

 

Refrain :

 

Couvert de gloire, forgé par notre volonté

Renforces-toi et vis pour l’éternité

 

Parti de Lénine, Parti de Staline,

Sage Parti des bolchéviks ! (bis)

 

Vous avez créé le pays d’Octobre sur la terre, La puissante patrie des hommes libres.

Notre Etat soviétique se dresse debout comme un roc Né de votre force et de votre vérité.

 

Refrain.

 

Les traîtres, les lâches, les clans pourris,

Vous balayez [ceux qui se mettent] en travers de notre route. Vous êtes la fierté du peuple, vous êtes la sagesse du peuple,  Vous êtes le cœur du peuple et sa conscience.

 

Refrain.

 

Les génies ardents Marx et Engels

Avaient prévu l’avènement de nouvelles Communes. Le chemin de la liberté nous a été tracé par Lénine Et le grand Staline nous y conduit.

 

Refrain.

Après la grandiose marche en avant du socialisme obtenue au cours des deux premier plans quinquennaux, le prestige du PCUS (b) est immense, que ce soit en URSS ou au dehors… Dans les pays capitalistes, les ouvriers et les paysans pauvres tournent de plus en plus leurs regards admiratifs et enthousiastes vers la 6ème partie du monde… et commencent à rêver à un monde bien à eux !

Dans un monde bourgeois-impérialiste tenaillé par une profonde crise économique, la paupérisation absolue et le chômage de masse, le keynésianisme est alors à la mode !

Les élites bourgeoises en difficulté feignent en effet de « copier » le développement planifié de l’URSS en nationalisant les entreprises monopolistes en difficulté et en lançant, aux frais de l’Etat bourgeois, des politiques de grands travaux destinées à suppléer à la consommation privée durement éprouvée par la crise ─ témoignage indirect éloquent de l’influence de plus en plus considérable que l’URSS exerce alors sur les masses populaires des pays bourgeois ─, mais sans évidemment jamais remettre en cause les principes de l’esclavage salarié…

A la clef, la flambée du recours au protectionnisme économique, l’exacerbation de la concurrence inter-impérialiste, et un essor de plus en plus large des préjugés populistes, racistes et social-chauvins les plus réactionnaires qui vont pousser les peuples, sous l’influence de couches petite-bourgeoises en décomposition, à s’entre-tuer une nouvelle fois… au nom de la défense des intérêts mesquins de leur propre bourgeoisie !

 

Ci-dessus : « Vive la splendide bannière invincible de Marx, Engels, Lénine et Staline ! » (Kossov, 1953)

 

Марш танкистов (1939) Marche des tankistes (1939)
Броня крепка и танки наши бы стры И наши люди мужества полны : В строю стоя т советские танкисты —- Своей великой Родины сыны.

 

Припев :

 

Гремя огнем, сверкая блеском стали,

Пойдут машины в яростный поход, Когда нас в бой пошлёт товарищ Сталин И первый маршал в бой нас поведёт !

 

Заводов труд и труд колхозных пашен

Мы защитим, страну свою храня, Ударной силой орудийных башен И быстротой, и натиском огня !

 

Припев.

 

Пусть помнит враг, укрывшийся в засаде : Мы начеку, мы за врагом следим ! Чужой земли мы не хотим ни пяди Но и своей вершка не отдадим !

 

Припев.

 

А если к нам полезет враг матёрый, Он будет бит повсюду и везде ! Тогда нажмут водители стартёры И по лесам, по сопкам, по воде…

 

Припев.

Leur blindage est fort et nos chars sont rapides

Et nos hommes débordent de courage

Les tankistes soviétiques sont prêts à l’action –  Fils de leur grande mère-patrie.

 

Refrain :

 

Tonnant de leur tir, brillant de leur acier,

Les chars entameront une dure campagne

Quand le camarade Staline nous appellera au combat

Et que le Premier maréchal [Vorochilov] nous conduira à la bataille !

 

Le travail de nos usines et de nos kolkhozes,

Nous le protègerons, pour préserver notre pays, Par la puissance des canons de nos tourelles Par notre rapidité et notre puissance de feu !

 

Refrain.

 

Prenons garde à l’ennemi, caché en embuscade :

Nous sommes sur nos gardes, nous surveillons l’ennemi !

Nous ne voulons pas un pouce de terre étrangère,

Mais nous ne céderons pas un pouce [de notre propre terre] !

 

Refrain.

 

Mais si l’ennemi imprudent nous attaque, Nous riposterons partout où qu’il soit !

Les conducteurs de chars démarreront les moteurs,

Et avanceront à travers les forêts, les montagnes et les fleuves…

 

Refrain.

Encore une fois, cette chanson issue d’un film soviétique de l’immédiate avantguerre (Les tractoristes), restera très populaire pendant celle-ci. Ici transparaît le profond attachement que portent les soviétiques au socialisme, leur confiance dans leurs chefs, leur farouche détermination à défendre énergiquement la propriété collective des moyens de production et le fruit de leur travail.

Comme nous l’avons déjà dit, les blindés très matures de l’Armée Rouge ont apporté une grande contribution à la résistance et à l’écrasement des armées d’invasion fascistes, car si l’aviation offre un précieux soutien ponctuel, ce sont les blindés qui permettent d’occuper durablement et de tenir une position sur un champ de bataille.

Avec son canon d’un diamètre inégalé de 122 mm (pour un char), sa mitrailleuse de 12,7 mm et son épais blindage, le JS-2 était très redouté des blindés comme de l’infanterie de la Wehrmacht.

A l’instar de celui du T-34, le blindage différencié du JS-2 était très intelligemment réparti, de manière à obtenir l’équivalent du Tigre pour le poids d’un Panther (46 tonnes). Produit à partir du mois de décembre 1943, il fût employé dès son entrée en service comme une unité de rupture dans les secteurs d’attaque au sein de régiments spécifiques comptant chacun 21 chars.

Quatre régiments de chars JS-2 participèrent à l’opération Bagration du début de l’été 1944, opération au cours de laquelle ils s’illustrèrent notamment par leurs très bonnes performances contre les Tigre I et II, étant capables de percer leur blindage frontal à une distance d’un kilomètre.

 

Ci-dessus, un des chars lourds JS-2 qui participa à la bataille de Berlin. En arrière-plan, le Reichstag. Tableau de V. Lobachev : « Tanks of the 7th Guard tank brigade in Berlin, 1945 ». 

Au cours de la guerre de Corée, l’URSS livra quelques dizaines de JS-2 à la Chine.

Après y avoir combattu les américains, certains de ces chars furent cédés au Vietminh qui combattait l’impérialisme français. Ce dernier mobilisa même un char Panther, mais l’affrontement avec les JS-2 indochinois n’eût jamais lieu : contrairement à ceux-ci, le Panther s’embourba dans la jungle… à l’instar de l’impérialisme français ! Il faut dire que les chars moyens et lourds soviétiques bénéficiaient de caractéristiques combinées leur conférant une mobilité inégalée : une motorisation puissante, une faible pression au sol et un rayon de braquage réduit.

Les chars soviétiques, à l’instar des chars allemands, disposaient d’un rayon de braquage réduit. Le T-34 avait en effet un rayon de braquage d’un peu plus de 7 mètres, contre 9 mètres pour le KV-1. Il était de 6 mètres pour le Panzer IV et de 10 mètres pour le Panther. A l’opposé, les chars américains avaient un rayon de braquage démesurément élevé : 13 mètres pour les chars légers Stuart M3/M5 et pas moins de 19 mètres pour le char moyen Sherman M4 !

Les chars moyens et lourds soviétiques exerçaient également des pressions au sol modérées, systématiquement les plus faibles de leur catégorie, avec respectivement 0,78 kg/cm² et 0,81 kg/cm² pour le T-34 (85) et le JS-2. A titre de comparaison, le modèle H du Panzer IV (pesant 26 tonnes) exerçaient une pression au sol de 0,92 kg/cm2, contre 0,88 kg/cm2 pour le Panther et 1,09 kg/cm2 pour le Tigre I. Les chars américains se montraient également inférieurs aux chars soviétiques sur ce point, avec des pressions au sol respectives de 0,88 kg/cm² et 0,96 kg/cm2 pour les Stuart M5 et Sherman M4.

Les chars soviétiques étaient en outre dotés de chenilles larges conçues pour affronter les pires terrains. De ce fait, leurs performances sur terrains difficiles (neige et boue) restèrent inégalées.

La conception très pointue des chars soviétiques reflétait alors l’approche dialectique qui avait guidé l’ensemble de leur processus de conception : chaque équipement de l’Armée Rouge était pensé en relation étroite et dans ses interactions constantes avec ses utilisateurs ainsi qu’avec son environnement, qu’il s’agisse de son environnement naturel ou de celui de la bataille…

 

Ci-dessus : Guerre de Corée ─ Offensive des communistes appuyée par des chars T-34/85.

                 

В бой за Родину (1939) Au combat pour la mère-patrie (1939)
Пролетают кони, да, шляхом каменистым,

В стремени привстал передовой,- И поэскадронно бойцы-кавалеристы, Подтянув поводья, вылетают в бой.

 

Припев :

 

В бой за Родину !

В бой за Сталина !

За него сумеем постоять ! Кони сытые 

Бьют копытами.

По руке нам шашки рукоять ! 

 

Всю страну прошли мы, да, в годы боевые,  Всю страну прошли во все концы. В сталинской дивизии кони золотые,  Шашки огневые, крепкие бойцы.

 

Припев.

 

Не разбил в боях нас, да, враг в былые годы, И дружны, как прежде, мы с клинком. Мчится кавалерия, и в бои-походы Танк несется вместе с боевым конем.

 

Припев.

 

Ордена недаром, да, нам страна вручила,  Помнит это каждый наш боец.

Мы готовы к бою, товарищ Ворошилов,  Мы готовы к бою, Сталин – наш отец !

 

Припев. (бис)

Passent les chevaux, oui, par le chemin pierreux,

Sur ses étriers s’est levée l’avant-garde,

Et formés en escadron les cavaliers-combattants, Resserrant les rênes, partent au combat.

 

Refrain :

 

Au combat pour la Patrie !

Au combat pour Staline !

Pour lui nous saurons résister ! Les chevaux rassasiés 

Piaffent d’impatience.

Par nos mains les sabres sont dégainés !

 

Nous avons parcouru tout le pays, oui, pendant les années de guerre,  Nous avons parcouru le pays en tous sens et aux quatre coins. Dans les divisions de Staline, sont les chevaux dorés, Les sabres de feu, les combattants vigoureux.

 

Refrain.

 

Il ne nous a pas battus dans les combats, non, l’ennemi dans les années passées, Et nous sommes unis comme autrefois, par l’épée. La cavalerie galope, et sur les chemins du combat Le tank et le cheval de guerre s’élancent ensemble.

 

Refrain.

 

Les décorations, non pas sans raison, oui, nous a remis le pays, Se rappelle chacun de nos combattants.

Nous sommes prêts au combat, camarade Vorochilov, Nous sommes prêts au combat, Staline, notre père !

 

Refrain. (bis)

Nous sommes en 1939 et ce chant symbolise l’unité nationale soviétique indestructible cimentée par deux décennies d’édification du socialisme.

« Que l’impérialisme mondial sache que nous sommes prêts à le recevoir », tel est en substance le message adressé par les ouvriers et les kolkhoziens soviétiques à ceux qui rêvent de les asservir et de les soumettre de nouveau au joug de l’esclavage salarié !

Ces derniers comprirent un peu tard qu’ « on ne saurait vaincre un peuple où la majorité des ouvriers et des paysans ont appris, vu et senti qu’ils défendent leur pouvoir à eux, le pouvoir soviétique, le pouvoir des travailleurs, qu’ils défendent une cause dont le triomphe est appelé à assurer à eux-mêmes et à leurs enfants la faculté de jouir de tous les bienfaits de la culture, de toutes les créations du travail des hommes », comme le soulignait déjà Lénine.

Ci-dessous : « Za rodinu !, Za Stalina ! » ─ « Pour la patrie !, Pour Staline ! » (Тоidze, 1941) C’est à ce cri que les soldats soviétiques avaient pour habitude de lancer leurs assauts contre l’envahisseur fasciste. C’est à ce cri qu’ils donnèrent leur vie pour la défense de leur patrie soviétique. Et les torrents de mensonges déversés par la bourgeoisie ne parviendront pas rayer ce fait de l’Histoire !

 

Священная война (1941) La Guerre sacrée (1941)
Вставай, страна огромная,

Вставай на смертный бой С фашистской силой тёмною, С проклятою ордой.

 

Припев :

 

Пусть ярость благородная Вскипает, как волна ! Идёт война народная, Священная война !

 

Дадим отпор душителям

Всех пламенных идей, Насильникам, грабителям, Мучителям людей !

 

Припев.

 

Не смеют крылья чёрные

Над Родиной летать, Поля её просторные Не смеет враг топтать !

 

Припев.

 

Гнилой фашистской нечисти

Загоним пулю в лоб, Отребью человечества Сколотим крепкий гроб !

 

Припев.

Lève-toi, pays immense,

Lève-toi, pour un combat à mort  Contre la sombre horde fasciste, Contre la horde maudite.

 

Refrain :

 

Que la noble fureur

Se déchaîne, comme une vague ! La guerre du peuple est en marche, La guerre sacrée !

 

Repoussons les oppresseurs

De toutes les idées ardentes,

Les violeurs, les pillards,

Les persécuteurs du peuple !

 

Refrain.

 

Que les ailes noires n’osent

Survoler notre mère-patrie,

Ses champs immenses,

Que l’ennemi n’ose les piétiner !

 

Refrain.

 

A la vermine fasciste putride

Nous tirerons une balle dans le front,

Aux bas-fonds de l’humanité

Nous clouerons un cercueil solide !

 

Refrain.

 

Cette chanson est sans aucun doute la plus connue de la période de la Grande Guerre patriotique qu’elle incarne.

Ecrite et composée au cours des premiers jours de l’invasion nazie, elle fût interprétée pour la première fois le 26 juin 1941 à la gare ferroviaire de Belorousskaïa (Moscou), afin d’encourager les soldats en partance pour le Front.

Nous sommes en 1941, et elle témoigne pourtant déjà de la certitude que, quelles que soient les difficultés qui se dresseront, l’Armée Rouge anéantira implacablement l’envahisseur fasciste.

Ci-contre : « Notre cause est juste, l’ennemi sera détruit ! » (1941)

 

Dotée d’une industrie relativement puissante, la Tchécoslovaquie apporta une contribution non négligeable à l’effort de guerre de l’impérialisme allemand. Ainsi, l’usine tchécoslovaque Skoda de Prague produisit plus de 1 400 Panzerkampfwagen 38(t) jusqu’en juin 1942. Ce char léger pesant 10 tonnes était armé d’un canon long de 37 mm. Les chars tchécoslovaques Panzerkampfwagen 38(t) furent utilisés pour l’invasion de la Pologne en septembre 1939, puis de l’Europe de l’Ouest au printemps 1940 (près de 230 exemplaires).

Dans sa guerre d’extermination contre l’URSS, l’impérialisme allemand mit évidemment à contribution les ressources et l’industrie des pays occupés.

Le 1er juillet 1941, près de 800 d’entre eux combattaient dans la Wehrmacht sur le Front de l’Est. La plupart des exemplaires produits jusqu’en juin 1942 furent dotés de plaques de blindage additionnelles et combattirent sur le Front de l’Est. Par la suite, l’industrie des pays occupés continua à fournir un important matériel de guerre à l’impérialisme allemand. Ainsi, ce sont près de 2 600 Jagdpanzer 38(t) qui furent produits à partir d’avril 1944 par les usines Skoda et CKD de Prague. Le Jagdpanzer 38(t) fut l’un des meilleurs chasseurs de chars moyens que la Wehrmacht déploya pendant la guerre : armé avec un canon PaK39 L/48 de 75 mm, il était doté d’un blindage frontal incliné de 60 mm et d’une silhouette aussi basse que compacte qui le rendaient difficile à détruire.

 

Ci-dessus : Un Jagdpanzer 38(t) du Groupe d’Armée Sud déployé en Hongrie le 20 août 1944.

Les réquisitions et les confiscations eurent également leur utilité. A partir de mai 1941 jusqu’en 1942, l’impérialisme allemand procéda ainsi à la conversion de plus de 520 châssis de tracteurs d’artillerie et de chars légers français (R-35, H-39) en chasseurs de chars, canons automoteurs et mortiers.

Ce sont ainsi un peu plus de 200 chasseurs de chars Marder I qui furent construits sur la base de la chenillette Lorraine 37L dont plus de 300 exemplaires avaient été saisis par la Wehrmacht après que l’impérialisme français ait fait « le choix de la défaite ».41 Armé d’un canon de 75 mm, la production de ce chasseur de chars débuta en mai 1942.

 

Ci-dessus : « Mort aux envahisseurs fascistes allemands ! » (Avvakumov, 1944)

 

Марш защитников Москвы (1942) Marche des défenseurs de Moscou (1942)
В атаку стальными рядами Мы поступью твердой идем.

Родная столица за нами,

Рубеж наш назначен Вождем.*

 

Припев :

 

Мы не дрогнем в бою за столицу свою, Нам родная Москва дорога.

 

Нерушимой стеной, обороной стальной

Разгромим, уничтожим врага! (бис)

 

На марше равняются взводы

Гудит под ногами земля, За нами – родные заводы И красные звезды Кремля.

 

Припев.

 

Для счастья своими руками Мы строили город родной.

За каждый расколотый камень

Отплатим мы страшной ценой.

 

Припев.

 

Не смять богатырскую силу, Могуч наш заслон огневой. Загоним фашистов в могилу

В туманных полях под Москвой.

 

Припев.  (бис)

A l’attaque en rangées d’acier Nous marchons d’un pas ferme.

Notre bien-aimée capitale est derrière nous, La frontière a été fixée par notre chef.

 

Refrain :

 

Nous ne faibliront pas dans le combat pour la capitale,  Pour Moscou notre chère patrie.

 

Mur indestructible, rempart d’acier

Nous abattrons et détruirons l’ennemi ! (bis)

 

Les pelotons marchent à l’unisson

Le sol tremble sous nos pas,

Derrière nous sont nos chères usines Et l’étoile rouge du Kremlin.

 

Refrain.

 

Pour le bonheur, de nos propres mains

Nous avons bâti notre chère cité,

Et pour tous les pavés brisés

Nous leur ferons payer le prix fort.

 

Refrain.

 

Rien ne peut écraser cette puissante force, Notre puissante barrière de feu.

Nous creuserons la tombe des fascistes Dans les plaines brumeuses de Moscou.

 

Refrain. (bis)

La chanson ci-dessus fait évidemment référence à la Bataille décisive de Moscou. La contre-offensive soviétique victorieuse lancée le 5 décembre 1941, c’est-à-dire à la veille de l’attaque japonaise de Pearl Harbor, témoigna de l’échec complet de la stratégie fasciste du « Blitzkrieg » qui prétendait en finir avec l’URSS en quelques semaines.

Le transfert de troupes fraîches arrivant depuis l’Extrême-Orient soviétique joua un grand rôle dans cette première contre-offensive soviétique victorieuse, alors que l’Armée Rouge faisait encore face à l’inévitable pénurie de blindés induite par la restructuration du complexe militaro-industriel soviétique.

Notons au passage que le transfert des troupes en provenance de l’Extrême-Orient soviétique fût décidé à la suite des renseignements fournis par le brillant espion soviétique Richard Sorge. Membre du KPD depuis 1920, il intégra le département international de liaison du Komintern en 1924 qui travaillait en lien avec la Guépéou. A partir de 1933, il fera la navette entre Berlin et Tokyo et s’y construira un réseau d’agents et d’informateurs. En août 1941, il informa Moscou que le Japon préparait son entrée en guerre contre l’impérialisme américain et n’attaquerait donc pas l’URSS à court terme. Découvert et arrêté à l’automne 1941 à Tokyo, il fût exécuté par pendaison trois ans plus tard.

Au cours des premiers mois de l’opération Barbarossa, la Wehrmacht perdit davantage d’hommes qu’au cours de toutes ses campagnes précédentes. Elle avait également perdu la moitié des blindés et des avions initialement engagés. Au sein de l’Etat-major allemand, la perspective tant redoutée d’une longue guerre d’usure était désormais certaine…

 

Ci-dessus : « Nous défendrons Moscou ! » (Zhukov – Klimashin, 1941)

Ce fût une bien mauvaise surprise pour ceux qui avaient cru que la propagande trotskiste anti-communiste ─ en vogue dans les pays bourgeois « démocratiques » comme fascistes tout au long des années 1930 ─, avait quelque fondement autre que l’amertume et le désir de vengeance des éléments liquidateurs hostiles au socialisme. A la veille de la guerre, ceux-ci décrivaient alors l’URSS comme étant dirigée par un gouvernement de bureaucrates constitués en classe exploiteuse et opprimant soi-disant sa population, laquelle profiterait de la moindre occasion pour le jeter bas…

L’occasion tant attendue par les trotskistes se présenta donc au début de l’été 1941, mais n’aboutit pas au résultat escompté : déterminé à défendre ses acquis au prix de la vie de ses meilleurs fils et filles, le peuple soviétique tout entier se groupa autour de son leader bien-aimé et du Parti communiste dans la lutte à mort contre l’impérialisme allemand. C’est ainsi que ceux qui avaient vomi leurs mensonges sur l’URSS se trouvèrent soudainement pris à leur propre piège.

Très vite, les impérialistes ─ « amis », comme ennemis ─, comprirent que le gouvernement soviétique était un gouvernement fort, car soutenu par son peuple. Après avoir visité Moscou au cours de l’hiver 1941-1942, William Batt, alors viceprésident du Conseil de production militaire des Etats-Unis, déclara à son retour :

« Je suis parti pour la Russie avec un sentiment d’incrédulité quant à sa capacité de résister à une guerre d’envergure. J’ai été rapidement persuadé que toute la population, jusqu’à la dernière femme et au dernier enfant, prenaient part dans la guerre. Je doutais de la technicité des Russes, et j’ai découvert qu’ils étaient maîtres dans la direction des usines et persistants dans la production des machines de guerre. Je suis reparti gêné des renseignements répandus ici, insinuant qu’il y aurait des dissensions dans le gouvernement russe, alors que j’ai trouvé un gouvernement fort, compétent et soutenu par un énorme enthousiasme général. Bref, je suis parti en Russie en me demandant si elle est un allié digne de confiance. Ma réponse est : oui ».

Ce n’est qu’après avoir jugé de la solidité de l’URSS que l’impérialisme américain se décida à la faire bénéficier véritablement de la loi prêt-bail.

Au regard de sa contribution décisive à l’écrasement militaire de l’impérialisme allemand, l’URSS ne représenta qu’une partie infime de cette aide, seulement le cinquième du montant total des 50 milliards de $ US de fournitures délivrées par l’impérialisme US à ses alliés au titre de la loi prêt-bail. Cette fourniture ne représenta ainsi que le vingtième de l’effort de guerre soviétique.

A titre de comparaison, l’impérialisme britannique représenta les trois cinquièmes du montant total des fournitures livrées au titre de la loi prêt-bail (qui compta pour un quart de ses dépenses militaires) et la Chine un dixième (soit la moitié du montant délivré à l’URSS). Notons au passage que même si l’aide américaine ─ essentiellement logistique ─, fournie au titre de la loi prêt-bail permit de soulager une petite partie des difficultés que l’impérialisme américain avait lui-même grandement contribué à créer,42 même dans ce domaine, l’URSS ne se reposa pourtant jamais sur ce facteur extérieur.

Ainsi, les USA fournirent à l’URSS un peu moins de 376 000 camions pendant la guerre, mais à eux seuls, les camions de ravitaillement soviétiques GAZ-AA et ZIS-5 furent construits à 2 millions d’exemplaires. Robustes et fiables, ils avaient en outre comme autre avantage majeur d’être beaucoup plus économes en carburant que leurs homologues américains.

Du côté des ennemis, on comprit encore plus rapidement que l’opération Barbarossa ne serait pas la « promenade de santé » tant vantée et espérée.

Dès le 16 juillet 1941, soit moins d’un mois après la début de l’offensive de la Wehrmacht, le général Doyen ─ délégué de Vichy à la commission d’armistice ─, annonçait ainsi à Pétain qu’en dépit de son apparent succès, le Blitzkrieg était en réalité mort, sinon au moins gravement menacé par une Armée Rouge redoutable combinée à une résistance populaire des plus déterminées :

« Si le IIIe Reich remporte en Russie des succès stratégiques certains, le tour pris par les opérations ne répond pas néanmoins à l’idée que s’étaient faite ses dirigeants. Ceux-ci n’avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l’envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de communications. (…) Sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flammes ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations ».43

 

Ci-dessus : « Partisans, combattez l’ennemi sans merci ! » (Koretski, 1941)

Si la témérité à toute épreuve combinée à un prodigieux esprit de sacrifice dont témoignèrent les masses populaires soviétiques fût une (bien mauvaise) surprise pour les impérialistes, ce ne pouvait en être une pour les communistes qui avaient compris les liens étoits ─ organiques ─, unissant le peuple soviétique à ses dirigeants.

En 1935, dans le génial ouvrage qu’il écrivit à la veille de sa mort, le camarade Henry Barbusse insistait sur le fait que « partout, en dehors du continent soviétique, les gouvernements sont les ennemis des peuples ».

Après avoir démontré le profond attachement populaire des masses travailleuses soviétiques pour leur gouvernement, il en tirait la conclusion que :

« Si la guerre se déclare, une des grandes causes de confiance du peuple soviétique, ce sera : Staline. Vorochilov, Commissaire à la Défense, est prodigieusement aimé, mais le Chef, c’est, et ce sera Staline. Il réunira dans ses mains la direction politique et militaire, ou, plutôt, il continuera à le faire dans le déchaînement des choses, et cela est considéré par tout le monde, en U.R.S.S., comme « une assurance de victoire ». »

Surtout, il n’oubliait pas d’opposer le lumineux tableau soviétique à celui, ténébreux, des pays bourgeois :

« Tous les peuples, parqués dans les pays, prisonniers dans les camps de concentration tracés par les frontières, se valent, et ils valent le peuple soviétique. Ils sont tous grands, tous respectables. La masse vivante est sacrée. La haine qu’on a pour les gouvernants capitalistes, qui, de loin, sont des fous, et, de près, des malfaiteurs, fait partie de ce respect pour les peuples : le grand peuple allemand, le grand peuple italien, le grand peuple anglais — et tous les autres, (disons mieux : l’unique peuple tout entier). Les gouvernements qui partout, abusent du pouvoir qu’ils ne posséderaient plus si tout était sincèrement remis en question, pratiquent à l’intérieur, tantôt des procédés de tortionnaires, tantôt des procédés de rebouteux et d’hypnotiseurs, pour persuader aux pauvres qu’ils vont guérir. Et ils pratiquent vis-àvis l’un de l’autre une casuistique et un maquignonnage d’une complexité burlesque — car on ne peut faire à ciel ouvert une politique où l’accroissement de l’un dépend outrageusement de la diminution des autres ».44

 

Марш артиллеристов (1943) Marche de l’artillerie (1943)
Горит в сердцах у нас любовь к земле родимой,   Мы в смертный бой идем за честь родной страны.   Пылают города, охваченные дымом,                 Гремит в седых лесах суровый бог войны.

 

Припев:

 

Артиллеристы, Сталин дал приказ !*             Артиллеристы, зовет Отчизна нас !             

Из многих тысяч батарей                        За слезы наших матерей,                        За нашу Родину – огонь ! Огонь !                

 

Узнай, родная мать, узнай жена-подруга,

Узнай, далекий дом и вся моя семья,

Что бьет и жжет врага стальная наша вьюга,        Что волю мы несем в родимые края !

 

Припев.

 

Пробьет победы час, придет конец походам.

Но прежде чем уйти к домам своим родным,       В честь нашего Вождя, в честь нашего народа   Мы радостный салют в победный час дадим !

 

Припев. (бис)

Nos cœurs brûlent de l’amour que nous portons à notre terre natale, Nous mènerons un combat à mort pour l’honneur de notre cher pays.

Les villes enflammées sont couvertes de fumée,

Et le fracas des dieux de la guerre tonne dans l’épaisse forêt.

 

Refrain :

 

Artilleurs, Staline a donné l’ordre !

Artilleurs, la mère-patrie nous appelle ! Des milliers de batteries 

Pour les larmes versées par nos mères, Pour notre mère-patrie [font] feu ! Feu !

 

Nous savons, chères mères, femmes et petites amies,

Nous savons que nous sommes loin de nos foyers et de nos familles, Que l’ennemi soit battu et brûlé par notre tempête d’acier, Que nous reconquérions notre frontière chérie !

 

Refrain.

 

Une fois la victoire remportée, viendra la fin des campagnes,

Mais avant de retrouver la maison de nos proches,

Pour l’honneur de notre chef et pour celui de notre peuple Nous le saluons joyeusement et nous lui donnerons la victoire !

 

Refrain. (bis)

Cette marche fût entre autre interprétée dans le film soviétique Six O’Clock in the Evening after the War (1944).45 Souvent injustement éclipsée et reléguée au second plan par les blindés et l’aviation, au moins en termes de « prestige », l’artillerie n’en joua pas moins un grand rôle tout au long de la guerre au sein de l’Armée Rouge. Celle-ci employa en effet cette arme dans de très grandes concentrations telles que les troupes ennemies étaient déjà durement éprouvées avant même d’avoir pu engager le combat. L’Armée Rouge disposait d’un large panel de canons de différents calibres et dont les caractéristiques talonnaient ou dépassaient souvent celles des meilleurs canons en service dans la Wehrmacht, qu’il s’agisse de canons divisionnaires, de canons anti-chars ou de canons anti-aériens.

Au cours de la guerre, que ce soit chez ses ennemis déclarés ou chez ses alliés de circonstance, la maturité de l’artillerie soviétique était largement reconnue. La Wehrmacht utilisa ainsi systématiquement les canons soviétiques qu’elle pût capturer, et son canon anti-char PaK 40/L46 de 75 mm qui entra en service au début l’année 1942… fût conçu à partir des canons soviétiques de 76 mm qu’elle avait capturés ! De même, les britanniques impressionnés par les performances de l’excellent canon anti-char ZIS-2 de 57 mm, long de 73 calibres, qui était alors le plus puissant de sa catégorie, en commandèrent pour leur propre armée. Léger, mobile et facilement camouflable du fait de son calibre modéré, il n’en était pas moins capable de perforer jusqu’à 90 mm de blindage à une distance d’un kilomètre – contre moins de 55 mm pour un canon anti-char de 45 mm ─, grâce à la plus grande masse de son obus combinée à une vitesse initiale de 1 000 m/s. Sa conception débuta en 1940, après que les soviétiques s’aperçurent que leurs propres canons anti-chars de 45 mm étaient incapables de perforer le blindage de leurs nouveaux chars lourds KV. L’Etat-major soviétique estimait en effet que l’emploi de ces chars en Finlande n’avait pas pu échapper au Haut-commandement allemand et s’attendait alors à ce que les allemands conçoivent rapidement leurs propres chars lourds. Le ZIS-2 fût ainsi mis en service à partir de mars 1941, mais ne fût cependant largement utilisé qu’à partir du moment où apparurent en masse les chars allemands plus lourdement blindés que le Panzer IV, tels les Panther et Tigre, qui rendaient insuffisantes les performances du canon soviétique anti-char de 45 mm. Le ZIS-2 fût produit à un peu plus de 10 000 exemplaires jusqu’en 1945.

La capacité d’une munition à percer un blindage dépend d’un facteur essentiel : l’énergie cinétique avec laquelle son ogive l’atteint.

Celle-ci varie selon la relation Ec = 1/2 mv2. Cette quantité d’énergie est donc proportionnelle à la masse de l’ogive ainsi qu’au carré de sa vitesse. La masse et la vitesse constituent donc les deux variables. La munition d’un canon de 37 mm pesait 0,7 kg, contre 6,2 kg pour celle d’un canon de 76 mm et 25,0 kg pour celle d’un canon de 122 mm de diamètre. La masse de l’ogive variait dans des proportions voisines. A une vitesse constante de 800 m/s, l’ogive d’un obus de 37 mm possédait ainsi une énergie cinétique neuf fois plus faible que celle d’une ogive de 76 mm, laquelle possédait elle-même une énergie cinétique quatre fois plus faible qu’une ogive de 122 mm ! La vitesse initiale était également un paramètre clef, quoiqu’un peu plus secondaire. En effet, avec un diamètre constant de 76 mm, la quantité d’énergie cinétique d’une ogive lancée à des vitesses de 600 m/s et 800 m/s représente respectivement seulement 36 % et 64 % de l’énergie cinétique de la même ogive lancée à 1 000 m/s. Pour des vitesses de 600 à 1 000 m/s, elle varie donc d’un facteur (plus réduit) de 1 à 3.

Contrairement à la Wehrmacht, les soviétiques privilégièrent davantage l’augmentation du diamètre que celle de la vitesse initiale. Ils ne recherchèrent jamais la vitesse initiale « à tout prix ». Les test menés en octobre 1940 sur les prototypes du nouveau canon anti-char de 57 mm ─ qui incluaient un canon long de 86 calibres doté d’une vitesse initiale de 1 150 m/s ─, avaient en effet révélé une usure rapide du canon dont la durée de vie se trouvait alors réduite à une cinquantaine de coups. Le choix ne fût pas aussi net pour l’impérialisme allemand, continuellement poussé dans ses derniers retranchements par la puissance et la maturité des équipements soviétiques. Produit à plus de 23 000 exemplaires au cours de la période 1942-1945, le célèbre canon anti-char allemand Pak 40/L46 de 75 mm possédait une vitesse initiale de 792 m/s. Le canon Pak 43/L71 de 88 mm qui équipait les chars Tigre ainsi que le canon de 75 mm du Panther (également long de 71 calibres), possédaient pour leur part des vélocités plus élevées respectives de 940 et 1 000 m/s.

De plus, opter pour un canon de plus fort diamètre n’avait pas pour seul résultat d’accroître fortement la probabilité de percer un blindage plutôt que de ricocher dessus : il augmentait également considérablement son pouvoir anti-personnel, c’est-à-dire son efficacité contre l’infanterie, celle-ci étant directement proportionnelle à la masse de l’ogive. La plupart des canons soviétiques qui furent employés au cours de la guerre possédaient des vélocités voisines de 800 m/s qui semblaient être un bon compromis entre puissance et endurance.

 

Ci-dessus : Obusier soviétique de 203 mm (modèle 1931). Conçu à partir de 1926, il fût produit en série à partir de 1932 à 850 exemplaires  (dont 85 % au cours de la seule période 19391941). D’un poids de 100 kg, son obus possédait une vitesse initiale de 607 m/s pour une portée maximale de 18 km. Surnommé « le marteau de Staline » par les nazis, il fût surtout utilisé pour briser les plus lourdes fortifications ennemies du fait de sa faible cadence de tir (jusqu’à 1 toutes les 2 minutes). Il fût notamment utilisé dans les rues de Berlin pour détruire les bunkers de la Wehrmacht.

Le canon ZIS-53 de 85 mm de diamètre qui équipa les T-34 (85) construits à partir de février 1944 possédait ainsi une vélocité de 792 m/s. De même, le canon de 122 mm A-19/1937 long de 46 calibres possédait une vélocité de 800 m/s. Le canon de 100 mm qui équipait le chasseur de chars soviétiques SU-100 (produit en série à partir de septembre 1944), possédait pour sa part une vélocité un peu plus élevée de 895 m/s.

Comme preuve que la masse de l’obus était un facteur prépondérant face à celui de la vitesse initiale, il suffira de souligner que le canon de 122 mm du JS-2 doté d’une vitesse initiale de 800 m/s conférait à son ogive une énergie cinétique près de 78 % plus élevée que celle tirée par le canon de 88 mm des chars Tigre pourtant doté d’une vélocité de 1 000 m/s.

Pour conclure, ces excellentes performances des canons et de l’artillerie soviétiques doivent être mise en regard de ce qu’elles étaient dans un passé récent. Rappelons que la jeune URSS n’avait hérité de la Russie tsariste qu’une artillerie réduite et périmée.

A la fin des années 1920, l’Armée Rouge disposait d’à peine 7 000 canons qui étaient en outre en majorité des pièces de petits calibres. En 1934, elle en comptait désormais 17 000 et 56 000 en 1939.

Avec la guerre qui s’approchait, la production explosa : plus de 12 000 pièces d’artillerie en 1938 et 40 000 en 1940 ! A lui seul, l’excellent ZiS-3 (modèle 1942) de 76 mm, dont la conception débuta en 1940, fût produit à près de 50 000 exemplaires entre la fin de l’année 1941 et la fin de la guerre. De même, l’obusier de 122 mm (modèle 1938), dont la production débuta en 1940, fût produit à plus de 17 000 exemplaires jusqu’à 1945. Au cours de l’opération Bagration lancée au début de l’été 1944, l’Armée Rouge engagea environ 24 000 pièces d’artillerie. Dans le même temps, elle engagea un peu plus de 4 000 blindés et 6 000 avions.

 

Песня о Сталинграде (1943) Chanson sur Stalingrad (1943)
Ой ты, Волга, широкая Волга, Кто не любит твоих берегов ?

Ты, как море, полна,

Широка и сильна,

И грозна ты для наших врагов.

*** Над великою русской рекою Неприступный стоит часовой.

 

Это город-солдат,

Это город-герой,

Это наш Сталинград боевой ! (бис)

***

Держит город ключи золотые

От заветных путей и дорог,

И в решительный час

Воевал он не раз

И врага не пускал на порог.

***

Рвались к Волге фашистские орды,

Край родной был пожаром объят,

 

Но у волжских дверей,

Отбивая зверей,

Грозно встал богатырь Сталинград. (бис)

***

От рожденья земля не видала Ни осады, ни битвы такой.

Содрогалась земля,

И краснели поля,

Все пылало над Волгой-рекой.

***

День за днем сталинградцы сражались В небывалом кровавом бою.

В эти грозные дни

Отстояли они

И Отчизну, и Волгу свою.

***

И, собрав богатырские силы

И расправивши грудь во всю ширь,

Всех несметных врагов

У родных берегов

Разгромил Сталинград-богатырь.

***

Слава городу – дважды герою,

Слава матери всех русский рек,

 

Слава всем храбрецам – Сталинградским бойцам,

Слава Сталину, слава вовек !* (бис)

Ô toi, Volga, large Volga, Qui n’aime pas tes rives ?

Tu es, comme la mer, pleine,

Large et puissante,

Et terrible tu es pour nos ennemis.

***

Sur le grand fleuve russe

Se tient un gardien inapprochable.

 

C’est une ville soldat,

C’est une ville héroïne,

C’est notre stalingrad combattante ! (bis)

***

La ville tient les clés d’or

De nos chers chemins et routes,

Et à l’heure décisive

Elle s’est battue plus d’une fois

Et ne laissa pas l’ennemi passer son seuil.

***

Les hordes fascistes ont déferlé vers la Volga,

La terre natale était submergée par le feu,

 

Mais aux portes de la Volga,

Se battant contre ces animaux sauvages,

Terrible s’est dressé le chevalier Stalingrad. (bis)

***

Depuis sa naissance la Terre n’a vu  Ni de siège, ni de pareille bataille.

La terre s’ébranla,

Et les champs rougirent,

Tout brûlait au dessus du fleuve Volga.

***

Jour après jour les stalingradois se sont battus Dans une bataille sanglante sans précédent.

Et pendant ces jours terribles

Ils ont défendus

Et la patrie et leur Volga.

***

Et en rassemblant ses forces chevalresques,

Et en bombant son torse sur toute sa largeur,

Stalingrad le chevalier a vaincu

Tous les ennemis étrangers Sur les rives natales

***

Gloire à la ville deux fois heroïne,

Gloire à la mère de tous les fleuves russes,

 

Gloire à tous les courageux ─  Les combattants de Stalingrad !

Gloire à Staline, gloire à jamais ! (bis)

Cette chanson est donnée ici dans une interprétation postérieure à la contrerévolution bourgeoise-révisionniste, dont le dernier vers a été expurgé, aucune version antérieure n’ayant pu être trouvée.

Il est bien connu que la bataille de Stalingrad fût l’un des tournants majeurs de la Seconde Guerre mondiale, parce que la Wehrmacht et le régime nazi y reçurent un coup matériel et moral mortel.

La Wehrmacht qui prévoyait initialement d’y anéantir les soviétiques en une dizaine de jours,… s’y trouvait toujours enlisée six mois après, et dans une situation désespérée, l’Armée Rouge étant alors parvenue à réaliser et à tenir l’encerclement des troupes nazies qui avaient profondément pénétré dans la ville. Dès ce moment, le monde entier comprit ce que les généraux sensés de l’Etat-major nazi redoutaient depuis la contre-offensive soviétique victorieuse de Moscou, à savoir le fait que la Wehrmacht n’arriverait pas à vaincre une Armée Rouge qui était en train de prendre l’ascendant sur elle…

Proclamée ville-héros, à l’instar de onze autres grandes villes soviétiques, Stalingrad fût réduite à l’état de ruines au cours de cette bataille.

 

Ci-dessus : Stalingrad ravagée vue du ciel en septembre 1942 depuis un bombardier de la Luftwaffe…

Des ruines qui devinrent par la suite le tombeau des envahisseurs fascistes qui avaient osé y pénétrer !

A l’automne 1942, le Haut Commandement de la Wehrmacht jugeait que les soviétiques étaient « sérieusement affaiblis ». L’ordre des opérations du 14 octobre estimait ainsi qu’ils ne pourraient pas, au cours de l’hiver 1942-1943, « disposer des forces aussi grandes que celles dont ils disposaient au cours de l’hiver passé ».

En guise de cinglant démenti, le mois suivant, l’Armée Rouge lançait une vaste offensive qui prit en tenaille les troupes nazies occupant Stalingrad…

L’encerclement de l’occupant fût réalisé en cinq jours et ne parvînt pas à être brisé.

 

Ci-dessus : Après la victoire soviétique de février 1943, une vue d’un cimetière de blindés nazis dans les faubourgs de Stalingrad…

Le général Yodel, chef d’état-major de la Wehrmarcht, reconnaîtra plus tard que « nous n’avions absolument aucune idée de la force des Russes dans cette région. Antérieurement il n’y avait rien ici et, soudain, fut lancée une attaque d’une grande puissance, qui eut une importance décisive ».

Le 2 février 1943, les 90 000 soldats allemands survivants se sont rendus, avec à leur tête 2 500 officiers dont 24 généraux et le Feldmarschall Friedrich Paulus. Dans la ville en ruines, les soviétiques retrouveront les cadavres de 150 000 autres soldats allemands…

Si la ville de Léningrad ne fût pas à ce point matériellement détruite que celle de Stalingrad au cours des 900 jours que dura son siège, sa résistance n’en fût pour autant pas moins héroïque.

Le renforcement de la défense de Léningrad débuta en 1939 avec la Guerre d’Hiver soviéto-finlandaise. Selon l’historiographie bourgeoise, cette guerre constitue ─ avec l’occupation d’une partie de la Pologne par l’URSS en 1939 ─, la preuve des « ambitions expansionnistes » de Staline et même de sa soi-disant « collusion avec

Hitler » !

Mais la vérité historique est toute autre. Voyant que les gouvernements bourgeois anglo-français étaient des planches pourries qui avaient sacrifié tour à tour, la Tchécoslovaquie, l’Autriche et la Pologne, encourageant ainsi l’impérialisme allemand à chercher vers l’Est soviétique son « espace vital » colonial, il ne restait plus à l’URSS qu’à se préparer contre une guerre qu’elle savait inévitable. Léningrad se trouvait géographiquement particulièrement vulnérable au regard de l’histoire récente de la Finlande qui avait vu la répression fasciste féroce du mouvement communiste deux décennies auparavant. Celle-ci laissait augurer que la bourgeoisie finlandaise avait toutes les chances de prendre part à la grande croisade nazie à venir contre le bolchévisme. Et même si ce n’était pas le cas, la flotte de guerre allemande serait en mesure de menacer la ville via le Golfe de Finlande.

En octobre 1939, le gouvernement soviétique demanda ainsi à la Finlande de lui louer la péninsule de Hanko afin d’y établir une base navale protégeant l’entrée du Golfe de Finlande, de lui céder quatre petites îles situées entre Hanko et Léningrad ainsi que le territoire de l’isthme de Carélie au nord de Léningrad — un territoire de quelques dizaines de kilomètres de profondeur et large de 45 à 110 km formant une bande de terre bordée à l’est par le lac Ladoga et à l’ouest par le Golfe de Finlande —, afin de mettre à profit le répit fourni par le pacte de non-agression germanosoviétique pour renforcer la défense autour de Léningrad, alors deuxième ville et important centre industriel de l’URSS. Léningrad était située dangereusement près de deux voies d’agression possibles : elle était bordée à l’ouest par le Golfe de Finlande et ne se trouvait au nord qu’à une trentaine de kilomètres de la frontière finlandaise. Ainsi, l’Armée Rouge serait en mesure de constituer plusieurs lignes de défense terrestres et maritimes (pour sa flotte de guerre) autour de Léningrad.

En échange, l’URSS proposa à la Finlande de lui céder une grande partie de la

Carélie soviétique, un territoire deux fois plus vaste que celui demandé par l’URSS. Il n’y avait donc là aucune volonté expansionniste de la part du gouvernement soviétique, dont le seul souci était de protéger efficacement la ville de Léningrad d’une agression nazie ou germano-finlandaise. En septembre 1963, le président finlandais Urho Kekkonen ─ qu’on ne saurait accuser d’être favorable au communisme au regard de ses débuts en politique et du fait qu’il se prononça à l’époque contre cet échange ─, reconnut d’ailleurs que « … plus de 20 ans après, si nous nous mettons dans la position de l’Union soviétique, puis en considérant l’attaque allemande en 1941, alors les considérations qu’avaient, et que se devaient d’avoir les Soviétiques quant à leur sécurité à la fin des années 1930, deviennent compréhensibles ».

Face à un refus du gouvernement bourgeois finlandais qui ne cachait pas ses sympathies pour Hitler et qui exposait dangereusement la ville de Léningrad, le gouvernement soviétique fut contraint d’employer la force. Ce fut le début de la Guerre d’Hiver (30 novembre 1939 – 13 mars 1940), guerre dont les gouvernements bourgeois « démocratiques » prirent prétexte pour exclure l’URSS de la SDN, le 14 décembre 1939. Au début de l’année 1940, la Guerre d’Hiver faillit prendre la tournure d’une croisade internationale contre l’URSS. Notons au passage que le « socialiste » Léon Blum, alors chef de la SFIO, prit une part active à cette campagne internationale rageuse contre l’URSS… Malgré une résistance finlandaise acharnée, l’Armée Rouge parvint à briser les fortifications finlandaises et ainsi à « forcer la main » au gouvernement réactionnaire de Finlande…

Un an et demi plus tard, la bourgeoisie finlandaise essaierait de prendre sa revanche. Au mois de mai 1941, une délégation militaire finlandaise fut reçue à Berlin et mise au courant du plan d’invasion échafaudé par l’Allemagne. Alors que le 22 juin 1941, la Finlande proclamait encore sa neutralité, Hitler annonçait dans un discours radiophonique son alliance militaire avec la Finlande… La Finlande déclara finalement la guerre à l’URSS de 25 juin et les troupes de Mannerheim, fortes de 500 000 hommes, passèrent la frontière le 10 juillet.

Le siège de Léningrad est le plus long de l’histoire moderne. Mis en place par les armées allemandes et finlandaises, il dura 900 jours, du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944. Le siège débuta par le nord, du côté finlandais, et fût renforcé quelques semaines plus tard par l’arrivée de la Wehrmacht par le sud. Au début de l’automne 1941, Léningrad était victime d’un blocus total dont témoigne la carte ciaprès.46

Le 21 septembre 1941, le Rapport sur le blocus de Leningrad élaboré par le Quartier Général de la Wehrmacht annonçait :

« … d’abord, nous bloquons Léningrad et nous détruisons la ville par notre artillerie et notre aviation… Au printemps, nous pénètrerons dans la ville… nous déporterons tout ce qui en reste de vivant dans le fond de la Russie ou nous en ferons des prisonniers, nous raserons la ville et nous donnerons à la Finlande la zone allant vers le nord de la Néva ».

 

Le lendemain, une directive de l’État-major de la Wehrmacht précisait :

« Le Führer a décidé de réduire à néant la ville de Pétersbourg. Après la défaite de la Russie soviétique, il n’y a plus aucun intérêt en l’existence de cette grande localité ».

Mais c’était oublier que l’Armée Rouge n’était pas battue. C’était également oublier que la population soviétique, même assiégée dans Léningrad, affamée et pilonnée par les canons et les bombes des armées de l’Axe, était déterminée à résister.

Dans les conditions d’un blocus total tout au long de l’automne de l’année 1941, Léningrad étant alors encerclée et complètement coupée du reste de l’URSS, de nombreuses entreprises industrielles continuèrent pourtant à fonctionner, bien que de manière ralentie, fournissant un important matériel militaire aux combattants soviétiques qui résistaient à la pression des assiégeants.

Une fois l’hiver venu, le Haut commandement soviétique décida d’utiliser la surface gelée du Lac Ladoga qui bordait la partie Est de la ville pour rompre le blocus total dont était victime Léningrad.

La surface gelée du lac fut ainsi d’abord traversée par des traîneaux, puis par des camions quand l’épaisseur de la glace devint suffisante.

L’artillerie anti-aérienne et l’aviation soviétiques parvinrent à protéger les abords de cette « Route de la vie » tracée sur la surface gelée du lac pendant tout l’hiver 19411942.

 

Ci-dessus : Au début du mois d’avril 1942, la « Route de la vie » continue de fonctionner, alors même que l’arrivée du printemps commence à faire fondre la surface gelée du lac ! Tandis que la couche de glace va en s’amincissant, les camions soviétiques rouleront bientôt dans quarante centimètres d’eau…

La route fonctionna pendant 152 jours le premier hiver durant lequel elle permit l’acheminement de plus de 360 000 tonnes de ravitaillement à la ville assiégée, ainsi que l’évacuation des femmes, des enfants, des malades et des blessés qui fut entreprise à partir de novembre 1941. Ainsi, durant l’hiver 1941-1942, plus de 500 000 civils, 35 000 soldats blessés sans oublier l’équipement industriel de 86 usines furent évacués de la ville assiégée par cette route.

Au printemps de 1942, 300 000 volontaires civils furent mobilisés sur l’initiative du Conseil de la ville pour nettoyer les rues des décombres, des ordures et des cadavres qui s’y étaient amoncelés.

En juin 1942, Léningrad reçut les premières tonnes de pétrole acheminées par un oléoduc long de 21 km posé au fond du lac, tandis qu’à partir de septembre, elle reçut de l’électricité acheminée par un câble sous marin et produite par la centrale hydroélectrique de Volkhov distante de plus de 100 km. Dès lors, la situation des populations civiles comme des combattants soviétiques s’améliora. Pendant l’hiver suivant (1942-1943), la « Route de la vie » recommença à fonctionner : d’abord traversée par les attelages à chevaux dès le 20 décembre, les camions leur succédèrent dès le 24 décembre, alors même qu’on commençait la construction d’une voie ferrée sur la glace ! Ce second hiver différa fortement du précédent : la ville recevant pétrole et électricité, les entreprises d’armement fonctionnaient désormais à plein régime. Les tramways, les écoles, les théâtres et les bains publics fonctionnaient à nouveau.

Le blocus terrestre de Léningrad fut percé en janvier 1943 et dès le printemps, alors que les bombardements ennemis continuaient, fut adopté un décret décidant de la reconstruction des entreprises détruites ou endommagées. A la fin de l’année 1943, 85 grandes usines et fabriques avaient été remises en état de marche (contre 212 à l’été 1944). Notons au passage que l’œuvre de reconstruction commença en fait dès le début de la reconquête des territoires gémissant hier encore sous le joug hitlérien. En 1945, la production sidérurgique soviétique se monte ainsi à 12,3 millions de tonnes et représente 67,2 % de son niveau de 1940 ─ année au cours de laquelle il fût produit 18,3 millions de tonnes d’acier. Rappelons qu’en 1942, année au cours de laquelle elle avait touché son point le plus bas, elle s’était montée à 8,0 millions de tonnes, soit seulement 43,7 % de son niveau d’avant-guerre, mais tout de même le double de son niveau de 1913.

Le siège de la ville de Léningrad ne fut définitivement levé et la ville libérée de la menace des bombardements aériens et de l’artillerie à longue portée que le 27 janvier 1944, quand une grande offensive de l’Armée Rouge rejeta loin en arrière les armées de l’Axe. En mars 1944, la ligne du front Sud avait été repoussée à 250 km de Léningrad et le 19 septembre 1944, devant l’avancée de l’Armée Rouge, la Finlande signa l’armistice avec l’URSS.

Au moment de la levée du siège, Léningrad ne comptait plus que 560 000 habitants, contre 2,5 millions au moment de l’agression nazie. Plus de 100 000 bombes incendiaires et de démolition furent larguées sur la ville tandis que l’artillerie nazie à longue portée la pilonnait constamment…

Durant les années de siège 840 entreprises industrielles avaient été détruites. Plus de 16 000 civils étaient morts au cours des bombardements qui ne constituèrent pourtant qu’une toute petite partie des souffrances endurées par la population : au moins 700 000 civils moururent, victimes du froid, de la famine et des épidémies. Le siège de Léningrad opposa plus de 700 000 soldats de l’Axe à 900 000 soldats soviétiques. Il coûta 300 000 morts à l’Armée Rouge et 200 000 aux troupes des armées allemandes et finlandaises qui assiégeaient la ville.

Léningrad et Stalingrad ne furent pas les seules villes soviétiques assiégées par la Wehrmacht. Sébastopol résista ainsi à un siège de 250 jours avant que ne cesse toute résistance, faute de combattants.

Au lendemain même de l’agression nazie, l’aviation soviétique mena des campagnes de bombardement sur les raffineries roumaines qui contribuaient au ravitaillement de la Wehrmacht. A la fin du mois de juin, ce sont plus de 11 000 tonnes de pétrole roumain qui sont parties en fumée. Hitler décida alors qu’il était urgent d’en finir avec le « porte-avions » qu’est la Crimée. L’invasion de la presqu’île débuta le 24 septembre.

Le 30 octobre 1941, la Wehrmacht lança une première offensive terrestre pour prendre la citadelle de Sébastopol qui résistait toujours, désormais coupée du reste de l’URSS. Après l’échec de cette première offensive, elle instaura le siège de la ville-forteresse qui fût désormais le lieu d’intenses bombardements. Une seconde offensive terrestre lancée en décembre 1941 échoua de nouveau et ce n’est qu’en juin 1942 que la citadelle tomba. Au cours de la seule journée du 2 juin, la Wehrmacht prépara le terrain de son ultime assaut terrestre contre les fortifications de Sébastopol en déversant plus de 6 000 tonnes de bombes…

La résistance acharnée opposée par les grandes villes soviétiques au cours du premier semestre de l’invasion nazie permit de ralentir considérablement la marche en avant de la Wehrmacht tout en éprouvant ses hommes et leur équipement. Elle donna un précieux temps à l’industrie de guerre soviétique pour se remettre en ordre de marche après l’évacuation de ce qui pouvait l’être. Durant cette période cruciale, l’équipement de plus de 1 500 grandes usines fût évacué dans les grands centres industriels situés plus à l’Est. Ces opérations de d’évacuation des forces productives, d’une ampleur sans précédent dans toute l’Histoire, nécessitèrent la mobilisation de 16 millions de travailleurs et aboutirent au chargement et au déchargement de 1,5 million de wagons.

 

Несокрушимая и легендарная (1943) Invincible et légendaire (1943)
Над страною шумят как знамена Двадцать семь героических лет.

Солнцем славных боёв озарённым

Весь твой путь в наших песнях воспет.

 

Припев :

 

Несокрушимая и легендарная,

В боях познавшая радость побед ─ 

Тебе любимая, родная армия

Шлет наша Родина песню – привет.

 

Родилась ты под знаменем алым В восемнадцатом грозном году. Всех врагов ты всегда сокрушала, Победишь и фашистов орду.

 

Припев.

 

Ленинград мы в боях отстояли, Отстояли родной Сталинград. Нас ведет в наступление Сталин,* Наши танки фашистов громят !

 

Припев.

 

Победим, наша сила несметна,

Гений Сталина в бой нас ведет.* Наша армия в битвах бессмертна, Как бессмертен Советский Народ.

 

Припев.

Au dessus du pays, flotte la bannière Depuis vingt-sept années héroïques.

Illuminées par de glorieuses batailles

Tout ce chemin a été célébré dans nos chansons.

 

Refrain :

 

Invincible et légendaire,

Dans les combats tu as connu la joie de la victoire ─

A toi, ma chère armée,

Notre mère-patrie adresse son salut en chanson.

 

Tu es née sous la bannière rouge Au cours de l’orageuse année 1918.

Tu as toujours écrasé les ennemis quels qu’ils soient, Et même triomphé de la horde fasciste.

 

Refrain.

 

Nous avons protégé Léningrad dans les batailles, Et défendu notre bien-aimée Stalingrad. Le camarade Staline nous conduit à la bataille, Nos chars écrasent les fascistes !

 

Refrain.

 

Nous vaincrons, notre force est infinie, Le génie Staline nous mène aux combats.

Notre armée est immortelle dans les batailles,

Comme le peuple soviétique est lui-même immortel.

 

Refrain.

La chanson qui précède synthétise les grandes batailles qui ont parsemé le chemin tumultueux suivi jusqu’alors par le premier Etat socialiste. Elle fait évidemment référence à la première intervention impérialiste qu’eût à affronter l’Etat soviétique alors qu’il venait à peine de naître.

Cette chanson se situe à la période charnière où l’Armée Rouge commence à prendre un net ascendant sur la Wehrmacht. Y transparait toujours ce même attachement populaire au socialisme, à ses chefs, et à l’Armée Rouge, épée protectrice de la Révolution.

Ci-dessous : « La route de la victoire ! » (Koretski, 1942) Celle-ci est désignée par une boussole pointant vers l’ouest… ─ Un char T-34 équipé d’un rouleau de déminage PT-3. Ce système de déminage était capable d’endurer une dizaine de détonations avant de devoir être changé. Il fût mis au point et utilisé pour la première fois sur des chars moyens T-28 contre les fortifications de la ligne Mannerheim en Finlande. Les Sherman américains utilisèrent également des systèmes de déminage, mais leur encombrement ou le nuage de poussière généré les rendait incompatibles avec l’utilisation des systèmes d’armes du char… Les rouleaux de déminage furent largement utilisés par les soviétiques à partir de 1943 dans le cadre des opérations de libération des territoires occupés. Ils permirent à l’Armée Rouge de lancer de grandes offensives et de progresser rapidement, même dans les secteurs lourdement fortifiés par l’occupant, sans pour autant exposer inutilement ses soldats et son matériel.

A l’évidence, l’Armée Rouge était bien pourvue en armements lourds, mais pas seulement. Son infanterie possédait également en masse des équipements de qualité. L’infanterie nazie craignait ainsi le SVT-40 dont elle fit un trophée de guerre. Ce fusil semi-automatique d’une portée utile de 1,2 km fut produit plus de 1,8 million d’exemplaires.

Contrairement à ce qui est montré dans les pseudo-films « historiques » (Stalingrad, J.-J. Annaud, 2001), l’Armée Rouge n’envoyait pas combattre son infanterie avec une arme pour deux soldats, le second ramassant l’arme du premier tué… Elle avait en revanche une particularité : c’était alors la seule armée du monde à remettre en cause le rôle prépondérant du fusil et à lui préférer le pistolet-mitrailleur. L’infanterie soviétique était ainsi copieusement équipée en pistolets-mitrailleurs de qualité. Il fût ainsi produit 6,5 millions de PPSh-41 et de PPS-43 au cours de la guerre. Ces pistolets-mitrailleurs étaient appréciées tant des soldats que des généraux, au point que le PPSh-41 acquit la réputation d’arme de la Grande Guerre Patriotique. Au printemps 1942, plus de 3 000 PPSh-41 étaient produits quotidiennement.

 

Ci-dessus : Berlin, le 2 mai 1945. Un soldat soviétique armé d’un PPsh-41 ouvre la marche à une colonne de prisonniers de guerre allemands dont beaucoup, ici encore adolescents, furent les instruments dociles d’un capitalisme allemand aux abois…

D’ordinaire, l’approvisionnement des soldats d’infanterie utilisant cette arme lors d’un assaut consistait dans un premier chargeur de 71 cartouches et de 5 à 6 chargeurs de 35 cartouches. Fiable, d’une portée supérieure, plus précise et plus rapide que les pistolets-mitrailleurs équipant alors les autres armées (y compris le MP-40 allemand), la Wehrmacht en vint à adopter officiellement le PPSh-41 sous les dénominations MP-41(r) et MP-717(r) selon qu’ils étaient ou pas modifiés. L’Allemagne ne produisit pour sa part qu’un million de pistolets-mitrailleurs MP-40 dont la portée pratique était de 150 mètres (soit 50 mètres de moins que le PPSh41).

En Allemagne, la tournure de plus en plus défavorable prise par les évènements au cours de l’année 1942, et plus encore après la lourde défaite essuyée à Stalingrad en février 1943, fût porteuse d’une grande désillusion jusque dans les plus hauts cercles du pouvoir. Pour les dirigeants nazis qui pensaient en finir rapidement avec l’URSS, ce fût la douche froide ! Le 8 mai 1943, c’est-à-dire à la veille d’une nouvelle défaite cinglante à Koursk, Joseph Goebbels notait ainsi dans son journal :

« Le Führer explique encore une fois le cas Toukhatchevski et exprime l’opinion que nous étions absolument dans l’erreur à l’époque, lorsque nous croyions que Staline ruinerait ainsi l’Armée rouge. C’est le contraire qui est vrai : Staline s’est débarrassé de tous les cercles oppositionnels de l’Armée rouge et a ainsi réussi à ce qu’il n’y ait plus de courant défaitiste dans cette armée. (…) Vis-à-vis de nous, Staline a en plus l’avantage de ne pas avoir d’opposition sociale, car le bolchevisme l’a supprimée elle aussi au cours des liquidations de ces vingt dernières années. (…) Le bolchevisme a éliminé ce danger à temps et peut ainsi tourner toute sa force contre son ennemi ».47

Comme on le voit, après deux années de guerre contre l’URSS, les dirigeants nazis étaient désormais forcés de se rendre à l’évidence et de reconnaître la clairvoyance politique de Staline ainsi que l’unité indestructible existant entre le régime bolchévique et les peuples de l’URSS. Leur responsabilité dans cette mauvaise évaluation de la situation est cependant partielle.  En effet, quelques années auparavant, c’est la presse bourgeoise toute entière qui avait emboité le pas à Trotski qui prédisait que le régime bolchévique ne survivrait pas à une guerre contre l’Allemagne nazie.

« Berlin sait parfaitement jusqu’à quel degré de démoralisation la clique du Kremlin a entraîné l’armée et la population par sa lutte pour sa propre auto-préservation. (…) Staline continue à saper la force morale et la résistance du pays en général. Les carriéristes sans honneur ni conscience sur lesquels il est de plus en plus obligé de s’appuyer trahiront le pays dans les moments difficiles ».48

Ces bien piètres prophéties ont été par la suite démenties par l’Histoire, mais à quel prix ! Dans les années 1930, désormais complètement aveuglé par sa haine du régime bolchévique et déconnecté de l’analyse matérialiste-dialectique de la société soviétique, Trotski avait dégénéré au point d’être devenu un allié objectif de la réaction bourgeoise internationale en général et du fascisme en particulier, tentant de semer défaitisme et démoralisation en URSS tout en encourageant les impérialistes à se lancer dans une nouvelle croisade militaire anti-bolchévique.

On voit ainsi que le qualificatif d’hitléro-trotskistes n’était donc pas usurpé, les trotskistes ayant une très lourde part de responsabilité dans les souffrances infinies qu’infligèrent les fascistes aux peuples de l’URSS…

 

Ci-dessus : « Ils marchent à la mort ! » (Deni, 1937) Les impérialistes nippo-allemands se proposent ici de porter la « guerre » sur le territoire soviétique. « Trotski le traître », devenu leur allié objectif, les encouragent et leur indiquent le chemin…

Ceci étant dit, les dirigeants nazis reconnaissaient donc non seulement avoir sousestimé la fabuleuse capacité de résistance de l’ordre social soviétique, mais reconnaissaient également être dans une situation bien différente…

Bien que l’Allemagne nazie ne connaisse alors pas d’opposition sociale organisée suffisamment puissante pour renverser le régime nazi, une opposition communiste allemande conséquente n’en continua pas moins d’exister tout au long de la période 1933-1945 en dépit de la féroce répression dont fût constamment victime le KPD et des dizaines de milliers de ses membres qui furent les premiers envoyés croupir dans les camps de concentration nazis.

Entré dans la plus complète clandestinité en 1933, le KPD donna pour consigne à nombre de ses membres restés en Allemagne de feindre d’adhérer au Parti nazi afin d’y mener un double travail de sape et de renseignement. Dans le même temps, des dizaines de milliers de membres du KPD contraints à l’exil poursuivirent la lutte depuis l’étranger. Plus de 1 700 d’entre eux combattirent les facsistes en Espagne au sein des Brigades Internationales.

Tout au long des années 1930, le KPD mena inlassablement un intense travail de propagande dans le cadre des persécutions permanentes de la Gestapo. Rien qu’en 1936, celle-ci arrêta plus de 11 600 communistes et saisit plus de 1,6 million de journaux, tracts et brochures communistes.

En dépit de la féroce répression fasciste, la résistance communiste allemande ne cessa jamais et alla même en se renforçant. Le KPD qui comptait 3 000 membres clandestins actifs sur le sol allemand en 1939, en comptait une dizaine de milliers en 1944.

Cette résistance héroïque acharnée dirigée par des membres éprouvés du KPD qui avaient « réussi à reconstituer le Parti communiste allemand et travaillé à la désagrégation de la Wehrmacht » représentait de l’aveu même des autorités nazies « les périls les plus graves » pour le Reich.

Cette résistance communiste, aussi vaste que multiforme, embrassa toutes les formes de lutte et mobilisa depuis le travailleur forçat des camps de concentration sabotant quotidiennement la production du complexe militaro-industriel allemand jusqu’aux cadres du KPD qui avaient réussi à infiltrer le haut-fonctionnariat et les ministères du Reich et transmettaient de précieuses informations à Moscou. Selon l’amiral Canaris, chef de l’Abwehr (le service de renseignements de l’Etat-major nazi), le seul réseau Harnack/Schulze-Boysen « coûta à l’Allemagne la vie de 200 000 soldats ».

C’est grâce à de tels réseaux que les services de renseignements soviétiques apprirent au printemps 1943 que la Wehrmacht s’apprêtait à recevoir une nouvelle génération de chars lourdement blindés et mobiles : le Panther. Dès le mois de mai, le Haut Commandement soviétique donna l’ordre d’élaborer un nouveau chasseur de chars capable de lui tenir tête. Le Panther fit son apparition en juillet 1943 durant la Bataille de Koursk. Au même moment, l’URSS lançait la production en série de son nouveau chasseur de chars armé d’un puissant canon anti-aérien de 85 mm, le SU-85,  dont les premiers exemplaires furent livrés à l’Armée Rouge au mois d’août.

Cette précieuse aide internationaliste, dont le prix fût celui du sang et de la torture de dizaines de milliers de communistes allemands qui se sacrifièrent au nom de la défense de leur patrie soviétique, fût très hautement appréciée par l’URSS qui se garda bien de stigmatiser le peuple allemand comme complice dans son ensemble du fascisme. La confiance dans cet engagement et la reconnaissance de ces sacrifices était si profonde que de nombreux communistes allemands exilés en URSS furent intégrés à la brigade du Département des missions spéciales du NKVD.

Rassemblant 20 000 combattants d’élite, hommes et femmes, soviétiques et étrangers, cette brigade internationale eût notamment en charge la défense du Kremlin où Staline était demeuré, lorsque les hordes fascistes arrivèrent devant Moscou…49

On est indéniablement bien loin du tableau dépeint par la bourgeoisie qui ignore superbement ces faits et réduit la résistance allemande au nazisme à quelques actes isolés d’anti-fascistes catholiques et au complot de hauts officiers nazis déterminés à en finir avec Hitler… pour pouvoir se placer totalement sous la coupe de l’impérialisme américain et poursuivre avec lui la lutte contre le bolchévisme !

 

Ci-dessus : Des combattants anti-fascistes allemands et autrichiens intégrés à une unité de partisans soviétiques en 1944.

 

         

Соловьи (1944) Les rossignols (1944)
Припев :

 

Соловьи, соловьи,  не тревожьте солдат, 

Пусть солдаты немного поспят,  Немного пусть поспят. 

 

Пришла и к нам на фронт весна,

Солдатам стало не до сна —

Не потому, что пушки бьют,

А потому, что вновь поют,  Забыв, что здесь идут бои,  Поют шальные соловьи.

 

Припев.

 

Но что война для соловья !

У соловья ведь жизнь своя.

Не спит солдат, припомнив дом

И сад зелёный над прудом,

Где соловьи всю ночь поют,  А в доме том солдата ждут.

 

Припев.

 

А завтра снова будет бой,—

Уж так назначено судьбой,

Чтоб нам уйти, не долюбив,

От наших жён, от наших нив ;  Но с каждым шагом в том бою  Нам ближе дом в родном краю.

 

Припев.

Refrain :

 

Rossignols, ô rossignols, 

Ne dérangez pas les soldats, 

Laissez-les se reposer un instant,  Qu’ils se reposent un instant. 

 

Le printemps est revenu vers nous au front,

Et les soldats n’ont pas pu dormir —

Non pas parce que les canons faisaient feu,

Mais parce qu’à nouveau [les rossignols] chantaient,

Oubliant que la bataille fait rage,

Les rossignols ont perdu la tête et chantent.

 

Refrain.

 

Mais qu’est-ce que la guerre pour un rossignol !

Un rossignol a sa vie à lui.

Le soldat ne dort pas, il pense à sa maison,

Aux vertes prairies qui s’étendent par-delà l’étang,  Où les rossignols chantent toute la nuit,  Et où quelqu’un l’attend.

 

Refrain.

 

Cependant, le combat reprendra demain, — Tel est le devoir qui nous est destiné,

Sans avoir reçu assez d’amour,

Loin de nos bien-aimées épouses, loin de nos champs ;

Mais chaque pas dans la bataille

Nous rapproche de notre maison, de notre patrie.

 

Refrain.

Cette chanson poétique offre un contraste saisissant entre la brutalité des combats qui se déroulent alors sur les champs de bataille, et les aspirations du simple soldat, qui rêve de pouvoir retourner dans son foyer, une fois la guerre finie.

Elle symbolise la mentalité profondément pacifique du peuple soviétique, contraint par la réaction bourgeoise internationale, de lutter à mort pour la défense de sa propre terre.

Si tous les laquais masqués ou déclarés de l’ordre bourgeois s’attachent depuis des décennies à fabriquer les « preuves » de la soi-disant brutalité du régime stalinien ─ qui n’exerça une répression légitime qu’à l’égard d’une minorité d’exploiteurs et de leurs représentants ─, ils passent systématiquement très « pudiquement » sous silence les souffrances infinies ─ pour le coup bien réelles ─, que les puissances impérialistes imposèrent à deux reprises au peuple soviétique au cours des trois décennies qui suivirent la Révolution d’Octobre…

Ci-dessous : En août 1944, un Schützenpanzer incendie au lance-flammes un village soviétique. (Photographie issue des archives du Reich). Au cours de leur retraite de l’été 1944, les fascistes allemands exécuteront des centaines de milliers de civils soviétiques. D’autres plus « chanceux » seront simplement déportés en Allemagne pour y servir d’esclaves… Ces crimes à grande échelle commis tout au long de la guerre déterminèrent dans une très large mesure la résistance désespérée qu’opposèrent ensuite les responsables de crimes de guerre quand l’Armée Rouge pénétra en Allemagne, de même que leur promptitude à se livrer prisonniers aux troupes anglo-américaines…

 

 

Гимн Советского Союза (1944) Hymne de l’URSS (1944)
Союз нерушимый республик свободных Сплотила навеки Великая Русь.

Да здравствует созданный волей народов Единый, могучий Советский Союз!

 

Припев :

 

Славься, Отечество наше свободное, Дружбы народов надёжный оплот ! Знамя советское, знамя народное Пусть от победы к победе ведёт !

 

Сквозь грозы сияло нам солнце свободы, И Ленин великий нам путь озарил:

Нас вырастил Сталин — на верность народу,

На труд и на подвиги нас вдохновил !*

 

Припев.

 

Мы армию нашу растили в сраженьях.

Захватчиков подлых с дороги сметём ! Мы в битвах решаем судьбу поколений, Мы к славе Отчизну свою поведём !

 

Припев.

L’Union indestructible des républiques libres A été réunie pour toujours par la Grande Russie. Que vive, fruit de la volonté des peuples, L’unie, la puissante, Union Soviétique !

 

Refrain :

 

Sois glorieuse, notre libre Patrie, Sûr rempart de l’amitié des peuples ! Étendard soviétique, étendard populaire, Conduis-nous de victoire en victoire !

 

À travers les orages rayonnait le soleil de la liberté, Et le grand Lénine a éclairé notre chemin :

Staline nous a élevés — dans la fidélité au peuple,  Et nous a inspiré l’effort et les exploits !

 

Refrain.

 

Notre armée est sortie renforcée des combats

Nous libérerons notre pays de ses vils envahisseurs ! Nos batailles décideront de l’avenir du peuple, Nous couvrirons notre pays de gloire !

 

Refrain.

 

Reprenant la mélodie de l’hymne du Parti bolchévik, cette chanson devint le nouvel hymne national de l’URSS en 1944, l’Internationale demeurant néanmoins l’hymne de la République soviétique de Russie.

Ce chant synthétise les combats militaires, politiques et économiques qui ont émaillé près de trois décennies de socialisme. Il célèbre aussi bien l’unité nationale des peuples composant l’URSS, que la victoire ─ désormais certaine à brève échéance ─,  contre l’envahisseur fasciste.

Cette victoire prouve la solidité et la vitalité de l’ordre social soviétique qui est parvenu à résister aux coups terribles portés par la Wehrmacht au cours des premiers mois qui suivirent l’invasion. Karl Marx avait mille fois raison quand il déclarait :

« Voici le côté sublime de la guerre : elle met une nation à l’épreuve. De même que les momies se décomposent aussitôt qu’on les expose à l’atmosphère, de même la guerre prononce son verdict de mort contre toutes les institutions sociales qui ont perdu leur force vitale ».50

Même confrontée à des destructions à une vaste échelle de ses régions les plus riches, la création de puissantes bases industrielles dans l’Est soviétique au cours des deux premiers plans quinquennaux, dota l’URSS d’une industrie diversifiée incluant une puissante industrie lourde, aussi bien sidérurgique que mécanique, sans oublier une agriculture hautement mécanisée qui permit de mettre en culture des millions d’hectares de nouvelles terres plus à l’Est.

Bien que la production militaire allemande fût 2,8 fois plus élevée en 1944 qu’en

1942, la production militaire soviétique la dépassa dès la fin de l’année 1942. En 1944, la production militaire soviétique surclassait nettement celle du Reich. Cette année là, les usines soviétiques produisirent en effet deux fois plus d’avions et de blindés que le complexe militaro-industriel du Reich, ainsi que le triple de canons.

 

« Plus de métal ─ plus d’armes ! » (Avvakumov, 1941)

C’est sans aucun doute possible la politique d’industrialisation accélérée menée sous l’impulsion du PCUS (b), alors dirigé par le camarade Staline, ainsi que la solide alliance établie entre la paysannerie kolkhozienne et la classe ouvrière soviétique et enfin la coopération fraternelle entre les différentes nationalités et minorités ethniques composant l’URSS qui permirent à ses peuples de forger les armes de la victoire. En Allemagne, les plus hauts cercles dirigeants commencent alors à reconnaître ─ en privé évidemment et sans pouvoir se départir de conclusions idéalistes et métaphysiques ─, la puissance incomparable du mode de production socialiste. Dans une conversation tenue le 26 août 1942 en présence du grandamiral Erich Raeder, alors dirigeant de la Kriegsmarine, Hitler fit ainsi la réflexion suivante :

« Si Staline avait eu 10 ou 15 ans de plus, la Russie serait devenu le plus puissant pays du monde, et deux ou trois siècles auraient été nécessaires pour faire changer cela. C’est un phénomène unique ! Il a augmenté le niveau de vie — cela ne fait aucun doute. Plus personne ne meurt de faim en Russie. Ils ont construit des usines là où il y a deux ou trois ans il n’y avait que des villages inconnus — et des usines, tenez-vous bien, aussi grandes que les Hermann Göring Works. Ils ont construit des lignes de chemin de fer qui ne sont même pas encore sur nos cartes. En Allemagne, nous nous disputons sur la fixation du prix des billets avant même de commencer à construire la ligne ! J’ai lu un livre sur Staline ; je dois admettre que c’est une personnalité immense, un ascète qui a pris l’ensemble de ce pays gigantesque fermement dans sa poigne de fer ».51

Si l’URSS, à laquelle Hitler déniait ensuite le carractère de socialiste et qu’il qualifiait de « personnification du capitalisme d’Etat », avait alors pu bénéficier d’un tel répit, cela ne se serait évidemment pas traduit par une domination économique séculaire sur le reste du monde bourgeois, mais par la rapide et complète dislocation de celui-ci sous la poussée du mouvement révolutionnaire du prolétariat qui ne serait pas resté indéfiniment sous l’influence des exploiteurs… Un tel répit aurait donc signifié l’avènement de la révolution socialiste dans les principaux pays impérialistes et donc la destruction du capitalisme à l’échelle mondiale !

Au regard de l’histoire et face à tous les ennemis du socialisme, il n’est pas inutile de rappeler ces paroles particulièrement clairvoyantes que prononça le camarade

Staline le 4 février 1931, à l’occasion d’une conférence des cadres de l’industrie :

« Nous retardons de cinquante à cent ans sur les pays avancés. Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Ou nous le ferons, ou nous serons broyés. Voilà ce que nous dictent nos obligations envers les ouvriers et les paysans de l’URSS ».52

Ci-contre : le 12 octobre 1936, le cargo soviétique Komsomol débarqua dans le port de Carthagène 50 chars  légers T-26 destinés à soutenir les forces armées Républicaines.

A partir de l’accession des nazis au pouvoir en Allemagne et leur proclamation de détruire le berceau de la révolution communiste et de réduire l’URSS à l’état de colonie, la direction soviétique prît très au sérieux cette menace grandissante, sachant parfaitement qu’elle rencontrait une oreille souvent enthousiaste et toujours bienveillante au sein de la bourgeoisie internationale. D’abord signé le 25 novembre 1936 par l’Allemagne et le Japon, le pacte anti-Komintern fût en effet élargi successivement à l’Italie, à la Hongrie et à l’Espagne franquiste au cours des années 1937-1939, alors même que les dirigeants impérialistes anglo-américanofrançais sacrifiaient successivement à Hitler les territoires qui lui ouvraient la route à sa grande croisade anti-bolchévique…

Ce cargo soviétique ne fût pas le seul à convoyer une précieuse aide matérielle aux

Républicains espagnols. Le 10 août 1937, ce furent ainsi 50 BT-5 qui arrivèrent en Espagne et participèrent ensuite aux Batailles de Zaragoza et de l’Ebre. L’équipage de ces chars était le plus souvent constitué d’espagnols et de volontaires étrangers, alors que les postes de chefs de chars et de conducteurs étaient d’ordinaire occupés par des soviétiques.

Durant la période s’étendant jusqu’en mars 1938, l’URSS fournit ainsi aux républicains espagnols une importante aide militaire, en tout, pas moins de 50 BT-5 et plus de 280 T-26. Sur le champ de bataille, le blindage et l’armement de ces chars (dotés d’un canon principal de 45 mm) les mettait à l’abri des chars allemands et italiens. Seules l’aviation, les mines et l’artillerie ennemies constituaient une menace réelle pour les chars soviétiques qui surclassaient nettement leurs adversaires italiens et allemands.

Aussi internationaliste et sincère fût-elle, cette aide militaire soviétique ne permit cependant pas de renverser un rapport de forces qui évoluait de plus en plus favorablement aux franquistes 1° d’abord en raison de l’insuffisante coordination des opération militaires républicaines et 2° ensuite du fait du travail de sape du Front Uni antifasciste réalisé par certains courants anarchistes et trotskistes aveuglés par leur haine du communisme.

L’évolution du budget soviétique de la Défense témoigne de manière éloquente du souci croissant de moderniser l’Armée Rouge pour la rendre capable de faire face à une nouvelle agression militaire impérialiste d’envergure.

Fixé initialement ─ c’est-à-dire selon le second plan quinquennal 1933-1937 ─, à 1,6 milliard de roubles pour l’année 1934, le budget soviétique de la Défense fût en fait relevé à 5 milliards pour cette année. Il se monta ensuite à 14 milliards de roubles en 1936, 40 milliards en 1939 et dépassa 56 milliards en 1940, c’est-à-dire au lendemain même de la signature du pacte de non-agression avec l’impérialisme allemand. En février 1941, le budget de la Défense représentait un tiers des dépenses du budget de l’Etat soviétique qui était ainsi de facto déjà quasiment en état de guerre.

A la fin des années 1930, l’URSS était menacée par une large alliance d’Etats impérialistes déterminés à détruire le pays qui était à la fois le berceau de la révolution socialiste internationale et le centre de gravité de l’Internationale communiste. Ce front coalisé irréductiblement hostile parvint cependant à être divisé par le très habile jeu de la diplomatie soviétique combiné à ses engagements internationalistes anti-impérialistes conséquents en Chine, en Mongolie et en Espagne. Ces actions permirent à l’URSS de mettre au premier plan l’exacerbation des rivalités inter-impérialistes et ainsi de les empêcher de tous se coaliser contre elle.

Ainsi, à l’aube de l’attaque japonaise contre la base navale américaine de Pearl Harbour, les contentieux américano-japonais se multipliaient et s’apprêtaient à atteindre le point de non-retour. L’année 1940 vit d’abord l’expansionnisme japonais porté à vouloir occuper tout de suite « l’espace libre » laissé par l’impérialisme français, vaincu en Europe. Ce dernier voyait alors sa sphère d’influence asiatique se disloquer au profit du Japon et de ses alliés locaux, à l’instar de la guerre franco-thaïlandaise (octobre 1940 à mai 1941) au cours de laquelle la Thaïlande regagna des territoires qui lui avaient été précédemment arrachés par l’impérialisme français. C’est la goutte d’eau qui fit déborder le vase. C’est dans ces conditions qu’au printemps 1940, l’impérialisme américain décida de la dénonciation unilatérale du traité commercial nippo-américain. Dès juillet 1940, les exportations américaines de fer et de pétrole à destination du Japon se trouvent fortement réduites. Il s’agit alors de manière évidente pour l’impérialisme américain de montrer à l’impérialisme japonais qu’il est tenu à la gorge et qu’il doit par conséquent obéir docilement aux injonctions américaines.

Mais c’est surtout à partir du début de l’été 1941 que les choses s’envenimèrent au point d’atteindre le point de non-retour entre le Japon et les USA. Dès le début du mois de juillet 1941, les exportations américaines de fer et de pétrole à destination du Japon cessent en totalité. Confrontée à cet embargo désormais total, l’Armée Impériale est alors condamnée à vivre sur ses réserves de pétrole. L’impérialisme américain connaissait alors le risque grandissant d’une confrontation militaire directe avec le Japon dans le Pacifique.

Mais en portant à son point culminant la pression qu’elles exerçaient sur le Japon, les élites impérialistes américaines rêvaient sans aucun doute d’un autre scénario que celui d’une entrée en guerre du Japon contre les USA… En effet, alors que l’opération Barbarossa venait de débuter en Europe, il se présentait deux choix possibles pour l’impérialisme japonais :

1° Ou bien suivre les recommandations ─ aussi implicites qu’évidentes ─, de l’impérialisme américain, c’est-à-dire répudier le pacte de neutralité soviéto-nippon signé au printemps 1941 et reprendre sa stratégie expansionniste vers l’ExtrêmeOrient soviétique afin de prêter main-forte à l’Allemagne nazie dans sa guerre d’extermination contre l’URSS. Réalisée avec la bénédiction de l’impérialisme américain, cette entreprise aurait permis la levée de l’embargo américain sur les matières premières à destination du Japon.

Pour l’impérialisme américain, c’était indéniablement le scénario le plus favorable au développement de ses affaires : de l’Europe jusqu’au Pacifique, il fournirait matières premières et matériel de guerre aux belligérants occupés à s’entretuer ! La Grande Dépression ne serait alors plus qu’un bien lointain (mauvais) souvenir et se présenterait dans le même temps une occasion unique d’en finir avec l’URSS… sans même avoir besoin de lui déclarer la guerre ! Mais pour cela, la bourgeoisie japonaise devait revoir à la baisse ses propres ambitions impérialistes et accepter de transformer une partie des 72 millions de japonais en chair à canon contre l’URSS…

2° Ou bien déclarer la guerre à l’impérialisme américain lui-même afin de mettre un terme à son chantage et à son embargo, puis ensuite pouvoir poursuivre « tranquillement » sa stratégie expansionniste centrée sur le sud-est asiatique… en sachant que l’URSS, liée par un traité de neutralité et désormais occupée à se défendre contre l’invasion allemande, n’interviendrait pas… Il faut dire qu’échaudé par ses premières confrontations contre l’Armée Rouge (1938-1939), l’impérialisme japonais jugea qu’il serait vraisemblablement plus facile et réaliste de chasser la flotte Américaine du Pacifique que d’infliger une défaite à l’Armée Rouge, même contrainte de combattre simultanément sur deux fronts… Les Indes orientales néerlandaises (la future Indonésie), riches en pétrole, figuraient alors en première place sur la liste des prochaines cibles stratégiques de l’impérialisme japonais.

Très vite, il apparait que l’impérialisme japonais prend le chemin de la seconde option en dépit de l’embargo commercial US. Le 29 juillet 1941, l’administration coloniale de Vichy accepte le stationnement de 75 000 soldats japonais dans le sud de l’Indochine, ainsi que l’utilisation de plusieurs ports et aéroports par l’Armée impériale. Le 7 novembre 1941 s’ouvrirent d’ultimes négociations entre l’impérialisme américain et l’impérialisme japonais. Leur teneur, évidemment secrète, doit cependant être résumée dans le fait de savoir si l’impérialisme japonais deviendrait pour l’impérialisme américain un pion aussi docile que l’impérialisme allemand en Europe… ou pas ! Un mois durant, se déroula un dialogue de sourds, et ce fût finalement l’ambassadeur japonais qui annonça la rupture des pourparlers au département d’État américain… au moment même où l’aviation aéroportée japonaise menait l’attaque contre Pearl Harbour, la principale base navale américaine du Pacifique, le 7 décembre 1941 !

En moins de quatre heures, l’impérialisme américain perdit 2 400 hommes, deux cuirassés lourds de 30 000 tonnes de déplacement ainsi que la quasi-totalité de ses 390 avions dont 48 % furent détruits et 40 % furent endommagés. Une quinzaine d’autres navires de guerre furent endommagés à des degrés divers. Parmi eux, deux autres cuirassés lourds de même tonnage ainsi que deux destroyers furent si gravement endommagés qu’ils ne purent reprendre leur service avant 1944… En face, les japonais n’avaient perdu que 6 % des 440 avions engagés, une soixantaine d’hommes et cinq sous-marins de poche. Ainsi, comme on le voit, s’il y eût négligence en ce qui concerne la préparation à la Guerre du côté des « alliés », ce ne fût pas du côté soviétique ─ où il fût fait pour ainsi dire tout ce qui était matériellement et humainement possible ─, mais du côté américain où les élites impérialistes avaient joué à un jeu bien dangereux qui se retourna finalement contre elles… un pari manqué dont la population civile japonaise ne tarda pas à faire les frais, au Japon comme aux USA !

 

Ci-dessus : Le 3 juillet 1942, le drapeau de la « liberté » flotte au-dessus des baraquements du centre d’internement n°3 de Manzanar (Californie). C’était le principal des dix camps d’internement destinés aux ressortissants japonais et aux civils américains d’origine japonaise. Au total, ces camps « hébergèrent » plus de 120 000 personnes dont près des deux tiers étaient pourtant des nippo-américains de seconde génération ayant la nationalité américaine… Dans les années 1980, une commission spéciale d’enquête US parvînt à la conclusion que la déportation « préventive » et systématique de ces civils ne se justifiait pas par les nécessités de la Défense US, mais s’expliquait par « le préjugé racial » et « l’hystérie de guerre ».53 Le Congrès US présenta ses excuses aux survivants et versa à chacun d’entre eux 20 000 $ de dédommagement…

 

Песня юных мичуринцев (1949) Chanson des jeunes mitchouriniens (1949)
Под ветрами вешними яблони цветут.

Птицы над скворешнями весело поют.  Солнце в небе щурится с самого утра,  А у нас, мичуринцев, страдная пора.

 

Припев :

 

За работу, друзья, за работу !

Мы шагаем навстречу весне ! Мы посадим сады! Золотые плоды Мы подарим родимой стране !

 

Яблоня нарядная радует глаза,  А рядом виноградная тянется лоза.

Не сломает буря их, холод не убьёт.

Внуками Мичурина нас зовёт народ !

 

Припев.

 

Пусть в Чите и в Вологде, в Омске и в Орле, В каждом нашем городе и в любом селе  Хорошеют улицы от садов густых.

Юные мичуринцы посадили их !

 

Припев.

Sous les vents printaniers, les pommiers fleurissent.

Les oiseaux sur les nichoirs chantent gaiement.

Le soleil dans le ciel brille dès le matin,

Et pour nous, les mitchourinien, c’est le moment du travail.

 

Refrain :

 

Au travail, amis, au travail !

Nous marchons à la rencontre du printemps ! Nous plantons les jardins ! Les fruits dorés, Nous les offrons à la patrie aimée !

 

Le pommier élégant réjouit les yeux, Et à côté s’étire le cep de vigne.

L’orage ne les brise pas, le froid ne les tue pas.

Le peuple nous appelle les petits enfants de Mitchourine !

 

Refrain.

 

Que ce soit à Tchita ou à Vologda, à Omsk ou à Orël, Dans chacune de nos villes et dans tous les villages,  Les rues s’embellissent de jardins touffus.

Les jeunes mitchouriniens les ont plantés !

 

Refrain.

Comme en témoigne cette nouvelle chanson, en URSS, le « culte de la personnalité » n’était pas circonscrit à Staline. Les travailleurs et le peuple soviétique n’étaient pas uniquement reconnaissants vis-à-vis du PCUS (b), mais vis-à-vis de toute personne qui s’illustrait dans sa contribution à la marche en avant de la société nouvelle, socialiste. Les scientifiques n’étaient pas en reste, comme en témoigne cette chanson dédiée à l’éminent agronome et biologiste soviétique Ivan Mitchourine, dont les travaux (notamment autour de l’hybridation des espèces végétales) furent soutenus par le pouvoir soviétique dès sa naissance.

Au lendemain de la Grande guerre patriotique, l’URSS se plaçait incontestablement à l’avant-poste mondial du développement de la science et de la technique dans la quasi-totalité de ses branches majeures. Nous renvoyons ici à la notice d’information intitulée Les sciences en URSS rédigée par Frédéric Joliot Curie en 1944, ainsi qu’aux chapitres correspondants de l’ouvrage collectif Connaissance de l’URSS – 1917-1947 : Un bilan de 30 ans.54 Ce développement fulgurant des sciences caractérisa les années 1930 et 1940 dans leur ensemble, en dépit des conditions très hostiles qu’imposa la réaction impérialiste mondiale à l’URSS au cours de cette période. En 1953, l’URSS compte ainsi près de 200 000 scientifiques dont 80 000 sont employés dans le secteur de la recherche.

Le dynamisme de la recherche scientifique soviétique est symbolisé par la puissance et l’expertise croissantes de son secteur aéronautique dans les années de l’immédiate après-guerre. C’est ce qui posa les bases solides qui permirent au social-impérialisme soviétique de devenir le pionnier de la conquête aérospatiale à partir de la fin des années 1950. En fait, les recherches soviétiques sur les fusées débutèrent dès la fin du premier plan quinquennal. En 1931 fût formé le GIRD.

Dès sa création, ce groupe de recherche s’intéressa aux vols interplanétaires, aux déplacements des vaisseaux spatiaux dans le champ gravitationnel des planètes, au calcul des trajectoires des vols ainsi qu’à la conception des premiers moteurs-fusées, qu’ils soient basés sur des ergols liquides ou sur des propergols solides. Dès 1933 eurent lieu les premiers essais du missile GIRD-X (voir photo ci-contre) propulsé par le premier moteur-fusée O2 liquide/kérosène. La même année, la première fusée soviétique (GIRD9) sera lancée et atteindra l’altitude de 0,4 km. Plusieurs centaines de chercheurs travaillent alors déjà dans ce secteur. Deux décennies plus tard, l’URSS est toujours à la pointe de la technique : en 1949 a lieu le lancement de son premier missile balistique R-2 doté d’une portée

de 600 km.

 

Afin de rattraper son immense retard sur l’URSS dans le secteur de la propulsion à réaction et de la conception de fusées et de missiles, l’impérialisme US aura recours dans l’immédiate après-guerre aux meilleurs savants nazis : c’est la « fameuse » opération Paperclip qui lui permit de réaliser son premier « brain drain » de haut niveau et de vaste envergure : aux alentours de 1 500 scientifiques allemands issus du complexe militaro-industriel du Reich… En juillet 1945, un mémorandum confidentiel de l’Etat-major US soulignait la nécessité que « ces esprits talentueux et rares, à la productivité intellectuelle hors du commun, soient placés à notre service » en vue de l’inéluctabilité d’une « guerre totale » contre l’URSS d’ici 1952.55

La figure la plus emblématique de ces exfiltrations menées au cours de l’opération Paperclip fût sans aucun doute Wernher von Braun. Principal artisan du programme nazi portant sur la conception de missiles et de fusées, il avait été le concepteur des missiles balistiques V-2 et travaillait vers la fin de la Guerre à l’élaboration d’un prototype de missile intercontinental.

Wernher von Braun, son équipe, ainsi que leurs travaux furent rapatriés aux USA. Pour le scientifique nazi, c’était l’assurance qu’il ne serait jamais jugé pour les crimes dont il ne fût pas seulement un complice « passif », mais un artisan actif. Wernher von Braun avait en effet rejoint le Parti nazi en 1937 et il connaissait Hitler personnellement. Il fût en outre le « témoin » du large recours aux déportés du camp de concentration de Dora-Mittelbau qui fabriquèrent les V-2 sous sa direction. Ironie de l’Histoire, ces missiles firent davantage de morts parmi les déportés qui les fabriquèrent que dans les villes anglaises sur lesquelles ils furent lancés…

Après s’être rendu aux troupes US le 2 mai 1945, il arriva dans sa nouvelle « patrie » en septembre de la même année. Naturalisé américain en 1955, Wernher von

Braun fût le grand responsable de l’effort spatial américain à la NASA puisqu’il mit au point les fusées Jupiter et Explorer ainsi que la famille des lanceurs Saturne, avant d’assurer la direction du programme Apollo. Il fût ainsi le principal artisan de la conquête américaine de l’espace et de la Lune… C’est également sous sa direction que l’impérialisme US se dotera à partir de 1953 de ses premiers missiles balistiques à capacité nucléaire. Il fût en effet le concepteur des missiles Redstone, Pershing et Jupiter… 

 

Ci-dessus : A la veille de la capitulation allemande, alors que l’Armée Rouge vient de prendre Berlin, les rats quittent le navire en train de sombrer… Le 3 mai 1945, une petite photo avec sa nouvelle « famille adoptive » : l’impérialisme US ! Wehrner von Braun (au centre) en compagnie de deux de ses proches collaborateurs (Hans Lindenberg et Bernhard Tessmann).

 

Ci-dessus : La « dream team » de Werhner : plus d’une centaine de scientifiques allemands désormais hébergés à Fort Bliss au Texas (photo de 1946). Parmi eux : Ludwig Roth, Eberhard Rees et Arthur Rudolph. 

 

Ci-dessus : Vingt ans plus tard, le scientifique nazi s’est « racheté » une conduite aux USA. Ici, en mai 1964, il n’est rien de moins que le directeur du centre de vol spatial de la NASA…

 

Sur le diaporama ci-dessus : Au cours de l’été 1951, les habitants de Moscou et de ses environs se pressent pour assister au meeting aérien annuel de Touchino, d’abord prétexte à une grande fête populaire. Tandis que les dirigeants du Parti et de l’Etat arrivent à la tribune, à quelque distance de là, les parachutistes embarquent et les équipages se préparent au décollage ─ ici sur le tarmac des chasseurs à réaction Mig-15. Notons au passage que cet appareil mis en service en 1948 se révéla lors de la guerre de Corée supérieur au F-86 Sabre, le meilleur chasseur américain de l’époque, qu’il surclassait en matière d’armement, de vitesse ascensionnelle, de rayon d’action et de performances à haute altitude. Après avoir débuté par une formation aérienne d’une grosse vingtaine d’avions porte-drapeaux puis une autre formant le message « Slava Stalinu » ─ « Gloire à Staline » ─, le meeting se poursuit par un spectacle de voltige aérienne décrivant une spirale étourdissante, puis avec la revue des formations de chasseurs et bombardiers à réaction, le décollage d’une escadrille d’hélicoptères et enfin le largage des parachutistes.

Le large développement des sciences en URSS apporta un tribut majeur à la modernisation des équipements de l’Armée Rouge dans un très grand nombre de domaines tout au long de la Grande Guerre patriotique.

A titre d’exemple, nous pouvons évoquer le parcours de l’un des plus brillants opticiens et astronomes soviétiques de son époque, Dmitri Maksutov. A l’âge de 25 ans, en 1921, et après avoir construit son premier télescope à l’âge de 12 ans, Maksutov entra à l’Institut de Physique de l’université d’Odessa. En 1932, il publia le résultat de ses premiers travaux dans le domaine de l’optique. En octobre 1941, il construisit le prototype d’un nouveau télescope qui représentait une amélioration considérable du télescope de Smidt-Cassegrain. Il remplaça la coûteuse et complexe lame de Schmidt du télescope de ce télescope par une lentille sphérique concave, beaucoup plus facile à usiner avec des procédés industriels. Le télescope de Maksutov-Cassegrain était né, mais la publication de ces travaux ne sera rendue publique qu’en 1944, à cause du contexte historique de l’époque.

Cet appareil contribuera grandement, à partir des années 1950, à rendre largement accessible les télescopes catadioptrique (c’est-à-dire hybrides, combinant lentilles et miroirs). Ce type de télescope offre en effet une très bonne qualité optique avec une image nette (grâce à son obstruction réduite), dépourvue d’aberrations sphériques, chromatiques et de coma ─ tout en offrant un fort grossissement avec une collimation stable dans un tube robuste et particulièrement compact : un maksutov de 127 mm de diamètre offre aujourd’hui une focale de 1 500 mm pour un tube long de moins de 350 mm. Ce type de télescope est aujourd’hui très populaire dans le domaine de l’astronomie amateur.

Les travaux de Dmitri Maksutov et des autres spécialistes soviétiques en optique contribuèrent grandement à doter les systèmes d’armes de l’Armée Rouge (à l’instar de ses chars), en particulier à partir de 1943, de composants optiques n’ayant plus grand chose à envier à ceux de la Wehrmacht. Pour ses travaux et leur contribution au développement de la science ainsi qu’à l’effort de guerre soviétique, Maksutov reçut deux fois le prix Staline (1941 et 1946) et fût décoré de l’ordre de Lénine en 1945.

 

Для нас открыты солнечные дали (1949) Un avenir radieux s’ouvre à nous (1949)
На все века великими делами

Прославил Сталин наш родной народ. Над миром реет ленинское знамя, На путь борьбы и подвиги зовет.

 

Припев :

 

Для нас открыты солнечные дали,

Горят огни победы над страной,

 

На радость нам живет товарищ Сталин – Наш мудрый вождь, учитель дорогой. (бис)

 

В огне труда и в пламени сражений Сердца героев Сталин закалил. Как светлый луч, его могучий гений Нам в коммунизм дорогу осветил.

 

Припев.

 

Мы строим счастье волей непреклонной,

Дорога на нам указана Вождем ; Подняв высоко красные знамена, Мы в коммунизм за Сталиным идем.

 

Припев.

Au fil du temps, les grandes actions

De Staline ont été glorifiées par le peuple.

La bannière de Lénine flotte au dessus du monde,

Et appelle à suivre le chemin de la lutte et des exploits.

 

Refrain :

 

Un avenir radieux s’ouvre à nous,

Les feux de la victoire illuminent notre pays,

 

Pour [assurer] la joie dans nos vies, le camarade Staline [est] Notre sage dirigeant, [notre] cher éducateur. (bis) 

 

Dans la forge du travail et dans les flammes des batailles Staline a endurci le cœur des héros.

Comme un rayon de lumière, son puissant génie Nous éclaire la route vers le communisme.

 

Refrain.

 

Nous construisons notre bonheur en suivant la volonté inflexible,

Le chemin qui nous a été désigné par notre chef ;

Les bannières rouges levées bien haut,

Nous allons au communisme en suivant Staline.

 

Refrain.

Notons d’abord, comme l’illustre cette chanson, que si Staline jouissait déjà d’un immense prestige et d’un profond attachement populaires avant la Guerre, celle-ci ne les a fait que croître encore. Pour beaucoup de simples travailleurs, Staline est perçu comme un père bienveillant et cette image n’est pas usurpée. Nous nous contenterons de donner qu’un seul exemple révélateur de cette proximité de Staline d’avec les gens du peuple. Les trois fils de Staline, Artem (adopté), Yakov et Vassily furent mobilisés dès le premier jour de la guerre. « C’était le seul privilège que nous avons obtenu de lui comme père », dira Artem.

Le 16 juillet 1941, le fils ainé de Staline, Yakov, alors âgé de 34 ans et père de deux enfants est capturé par la Wehrmacht qui voit tout de suite dans ce lieutenant de régiment d’artillerie un prisonnier de choix et le place en isolement. En 1943, après la défaite de Stalingrad, les nazis proposeront de l’échanger contre le Feld-maréchal Friedrich von Paulus. Staline refuse, un échange ne pouvant être envisagé qu’avec un officier de grade équivalent, comme pour n’importe quel prisonnier de guerre soviétique. Devenu inutile, Yakov sera tué par ses geôliers le 13 avril 1943. Malgré la certitude de ne pas revoir son fils vivant, il était hors de question pour Staline de répondre favorablement à la proposition nazie et de se mettre au-dessus de n’importe quel citoyen soviétique. Pour Staline, la vie de son propre fils n’avait pas davantage de valeur que celle d’un fils d’ouvrier ou de kolkhozien. Molotov rapportera ainsi que Staline lui répondit que « sur le front, ils sont tous mes fils ».56 De même, à Joukov qui évoquait la captivité de Yakov, Staline répondit amer : « Quelle guerre pénible. Combien des nôtres y ont laissé leur vie. Selon toute apparence, [en URSS] nous aurons peu de familles où des proches n’auront pas péri ».57

Pour le peuple soviétique, cette guerre imposée par les pays impérialistes à l’URSS se révéla effectivement une bien cruelle et sanglante épreuve… La musique ne fût pas la même dans les pays bourgeois où les fils des dirigeants politiques et des grands capitalistes ne furent pas exposés aux tirs de l’ennemi : la bourgeoisie préféra utiliser comme chair à canon les fils de ses esclaves ─ salariés et paysans travailleurs ─, et garda ses propres fils loin des champs de bataille…

L’année 1949, marque un tournant important de l’immédiate après-guerre pour l’URSS ainsi que le mouvement communiste international. C’est en effet d’abord l’année qui voit la marche en avant du socialisme reprendre véritablement, après trois années d’efforts prodigieux ayant permis de réparer l’essentiel des lourdes séquelles matérielles de la Guerre.

1949, c’est également l’année où l’URSS fait exploser sa première bombe atomique ─ la décision de construire le premier sous-marin à propulsion nucléaire soviétique (classe K-3 « Leninsky Komsomol ») sera prise par Staline le 12 septembre 1952 et sa construction débutera en juin 1954 ─, mettant ainsi un terme à l’odieux chantage nucléaire permanent qu’exerce l’impérialisme américain depuis les massacres d’Hiroshima et Nagasaki.

Ceux-ci avaient témoigné du fait que l’impérialisme américain comptait bien profiter de son monopole sur la bombe atomique pour imposer ses vues et sa domination au monde entier, sans la moindre considération vis-à-vis des promesses passées, pourtant récentes. A Washington, en 1943, on déclarait encore ─ à l’instar de Franck Knox, alors Ministre de la Marine ─, que « nous, et nos alliés, nous devons et reconnaissons une dette de gratitude éternelle aux armées et au peuple de l’Union Soviétique ».58

Mais comme la bourgeoisie ─ il est vrai habituée à gouverner à courte vue ─, a une conception très  »particulière » de la notion de  »long terme » et que ses « principes » sont systématiquement subordonnés à la marche de ses affaires, « l’éternité » ne dura pour l’impérialisme américain (et les laquais à sa suite) que deux autres années, c’est-à-dire le temps pour les soviétiques de défaire militairement l’impérialisme allemand (en d’autres termes de faire le sale boulot…), afin de permettre à son concurrent américain de venir prendre sa place à moindre frais… et de transformer son ex-allié de circonstances en nouvel épouvantail !

A cette époque, le Kominform (fondé en 1947) assure la continuité et la coordination du mouvement communiste international.

Le rapport d’Andreï Jdanov ─ leader bolchévik vraisemblablement liquidé en août 1948 par les khrouchtchéviens qui ne pouvaient voir en lui qu’un obstacle de tout premier ordre à leurs desseins contre-révolutionnaires ─, en constitue le document fondateur qui analyse les principales mutations des rapports de force internationaux qui résultent du leadership américain, désormais incontesté, sur l’ensemble du monde bourgeois-impérialiste, comme en témoigne le tableau suivant qui illustre le fait que l’impérialisme américain sort considérablement renforcé de la guerre.

Son territoire n’a pas subi la moindre destruction et les monopoles américains ont étendu leur emprise au monde bourgeois tout entier, transformant au passage l’Allemagne, l’Italie et le Japon en pays impérialistes vassaux, à l’instar de l’impérialisme britannique pourtant « vainqueur ». Alors que le PIB cumulé de ces pays représentait 97 % du PIB américain en 1940, il n’en représente plus que 40 % en 1945.

En milliards de 

$ US de 1985

PIB des grandes puissances belligérantes59
1940 1945 Proportions en %
     
USA 788 1 494 189,6
URSS 345 284 82,3 43,8 19,0
Royaume-Uni 237 249 105,1 30,1 16,7
Allemagne 273 216 79,1 34,6 14,5
Japon 139 68 48,9 17,6 4,6
Italie 115 65 56,5 14,6 4,4

 

Ci-contre : « Nous exigeons la paix ! » (Koretski, 1950) A la table des fauteurs de guerre : Truman, Churchill, De Gaulle, etc. Face à l’impérialisme, une seule alternative pour le prolétariat : lui imposer la paix… par la force ! Les khrouchtchéviens, eux, préfèreront aller mendier leur « coexistence pacifique » à Washington… et dans le dos des peuples !

 

 

Ci-dessus : « Des phrases et… des bases ! » (Govorkov, 1952) Le speaker crie « paix », « défense », « désarmement »…

Même l’URSS, pourtant saignée à blanc par les destructions les plus vastes qu’ait eu à endurer un pays au cours de ce conflit ─ en 1942, le PIB soviétique était ainsi tombé à moins de 66 % de son niveau de 1940 ─, a vu sa position relative se dégrader dans une mesure légèrement inférieure : son PIB ne représente plus que 19 % de celui des USA en 1945, contre près de 44 % en 1940.

En dépit de l’accroissement conséquent du différentiel USA/URSS au cours des années de guerre, cette dernière envisage la reconversion de son économie avec une totale sérénité.

Les années de l’immédiate après-guerre voient ainsi l’économie soviétique se redresser à une vitesse fulgurante pour rapidement en arriver à dépasser son plus haut niveau d’avant-guerre. En 1949, la production industrielle soviétique dépasse ainsi son niveau de 1940 de plus de 50 % et la production céréalière (123 millions de tonnes) la dépasse également. Les travailleurs soviétiques voient leurs conditions de vie s’améliorer considérablement, les revenus individuels réels des ouvriers et des employés affichent alors une hausse de 24 %, et ceux des paysans de 30 %.60

Cette croissance impétueuse se poursuivit dans les années suivantes : en 1953, les revenus individuels réels des paysans soviétiques affichaient ainsi une hausse de plus de 95 % par rapport à leur niveau de 1940 !61

L’URSS voit ainsi la reprise de l’œuvre pacifique de l’édification socialiste en dépit de conditions internationales qui lui restent fondamentalement hostiles. En effet, la reconversion de l’économie américaine est beaucoup plus problématique.

 

Ci-dessus : « Sous le socialisme, il n’y a pas de place pour le chômage ! Sous le capitalisme, il y a des millions de chômeurs ! » (Koretski, 1950) A gauche, le jeune ouvrier en formation sait qu’il y a d’ores et déjà de nombreux postes à pourvoir (en arrière-plan). A droite, le chômeur en est réduit à mendier du travail. Sur son écriteau : « Accepte de faire n’importe quel travail ! » En arrière-plan : l’opulence…

Il faut dire que le PIB de l’impérialisme américain a été gonflé par les affaires florissantes dont il a bénéficié cinq années durant. Alors qu’en 1940, les dépenses militaires représentaient 3 % du PIB américain, elles en représentent désormais la moitié en 1945 ! Le problème qui se pose donc en 1945 pour l’impérialisme américain est : comment sortir de la guerre mondiale qui s’achève sans sombrer dans une grave récession économique ?

La solution sera vitre trouvée : en transformant les pays impérialistes secondaires en pays inféodés où il pourra continuer à exporter marchandises et capitaux,… tout en utilisant sa force militaire désormais de tout premier plan ─ et clairement prépondérante vis-à-vis de celle de ses nouveaux « partenaires » impérialistes ─, pour mener ses guerres coloniales quand, où, et comme il l’entend… Il ne reste alors plus qu’à trouver la justification de la poursuite de sa politique militariste.

Celle-ci sera vite trouvée par le nouveau représentant de l’impérialisme américain, Harry S. Truman, qui transformera l’allié soviétique d’hier en son nouveau « pire » ennemi…

En dépit du renforcement apparent du camp impérialiste sous l’égide de l’impérialisme américain alors déterminé à trouver des prétextes à ses colossales dépenses d’armement sans lesquelles il sombrerait dans une nouvelle crise économique qui se fait alors déjà partiellement sentir, l’URSS se trouve alors à la tête d’un camp socialiste et anti-impérialiste de plus en plus vaste, que vient de rejoindre la République populaire de Chine à la suite de la victoire de la révolution chinoise anti-coloniale et anti-féodale.

 

Ci-dessus : « En avant, vers la victoire du communisme ! » (Affiche précédant la déstalinisation)

En 1949, s’ouvre ainsi potentiellement effectivement un avenir radieux au peuple soviétique, un avenir proche qui doit préparer les bases du passage de la société socialiste à la société communiste et achever de démontrer aux yeux des travailleurs et des peuples du monde la supériorité intrinsèque du mode de production socialiste sur le mode de production bourgeois.

C’est la victoire de la contre-révolution bourgeoise khrouchtchévienne qui enterra cette grandiose perspective, laquelle n’aurait pas manqué d’exercer une immense influence sur le développement de la révolution socialiste à l’échelle internationale et aurait ainsi pu signer l’arrêt de mort du capitalisme mondial à relativement court terme. A la place, on assistera à la restauration des mécanismes fondamentaux du capitalisme en URSS, la plongeant dans un chaos de plus en plus profond qui aboutira, après maintes convulsions, à la placer dans une dépendance économique de plus en plus étroite vis-à-vis de l’impérialisme américain, sans oublier l’exacerbation croissante des nationalismes et des séparatismes locaux qui conduiront à la liquidation physique du social-impérialisme soviétique et à la dislocation de sa sphère d’influence coloniale.

De même, la mise en veille du Kominform après la mort de Staline, puis sa dissolution en 1956 ─ au moment de la réhabilitation ouverte du titisme ─, témoigneront de la victoire des éléments révisionnistes au sein de la plupart des partis communistes, ces éléments petit-bourgeois ayant été véritablement émancipés par les khrouchtchéviens vis-à-vis des enseignements fondamentaux du marxisme-léninisme et de leur mission historique de diriger la lutte du prolétariat mondial pour l’abolition de l’esclavage salarié.

 

Ci-dessus, une affiche de la campagne idéologique anti-titiste, anti-sioniste et anticosmopolite de 1948-1953 : « La vigilance est notre arme ─ Soyez vigilants ! » (Shirokograd, 1953) Sur le serpent : « espionnage », « sabotage », « démolition provoquée ».

Ces partis réformistes social-chauvins se borneront désormais à quémander des aumônes à leur propre bourgeoisie… le prix à payer en échange de leur participation à l’entreprise de mystification permanente des esclaves salariés qui confère au Capital sa si précieuse « légitimité démocratique ».62

En 1953, les représentants d’une néo-bourgeoisie nomenklaturiste d’Etat parvinrent donc à s’emparer des positions clefs au sein de l’Etat soviétique et du PCUS (b), ainsi qu’à s’affranchir des mécanismes de contrôle populaire, avec des conséquences dramatiques pour l’avenir de la révolution socialiste mondiale et de la croissance du mouvement communiste international. Dans les pays de démocratie populaire, les khrouchtchéviens se débarrassent des dirigeants marxistes-léninistes et favorisent l’accession au pouvoir d’éléments titistes-bourgeois dont certains, notamment en Hongrie et Pologne et en Roumanie, ne tarderont pas à lorgner vers l’Ouest… La néo-bourgeoisie soviétique lança rapidement une campagne rageuse contre l’œuvre de Staline, tout autant dans le but de donner des gages de bonne volonté à ses nouveaux partenaires/concurrents impérialistes, que dans le but de laminer le riche héritage de la culture socialiste soviétique.

La néo-bourgeoisie nomenklaturiste se devait en effet de désarmer et d’anéantir idéologiquement les masses populaires soviétiques au sein desquelles Staline jouissait d’un immense prestige, même après sa mort. Pour cela, il n’y avait pas trente-six solutions : mentir et calomnier sans relâche afin d’effacer une image populaire positive très profondément enracinée. Comment ? D’abord en bannissant ses écrits et en réhabilitant les soi-disant « victimes » de ses purges afin qu’elles puissent médire librement de lui dans les médias, ensuite en expurgeant toute référence à l’ancien chef, ainsi que tout ce qui rappelait le pouvoir honni de la dictature du prolétariat.

Ce vaste autodafé combiné à une vaste amnistie des opposants de tous bords réprimés par le pouvoir bolchévique visaient à asseoir idéologiquement le pouvoir néo-bourgeois. Ces campagnes débutèrent au lendemain même de la mort de Staline et prirent les proportions d’un travail de démolition systématique à partir de 1956. Pour n’en donner qu’un seul exemple, les références à Staline furent expurgées de la marche de l’artillerie dès 1954.

Mais cela ne fût pas suffisant. Il fallut également expulser en masse du Parti les communistes qui n’acceptaient pas la répudiation de l’œuvre de Staline ─ une œuvre qui avait guidé trois décennies d’une épique et glorieuse marche en avant vers le communisme, en bref d’une époque inédite dans l’Histoire du développement de l’Humanité. Enfin, il fallut à cet Etat néo-bourgeois parfois réprimer encore plus ouvertement ─ parfois par les armes ─, les masses populaires qui osèrent se dresser contre les artisans de la répudiation de l’œuvre de Staline.

Au lendemain du 20ème Congrès du PCUS (b) qui proclama le début officiel de la déstalinisation ─ tout en cachant aux larges masses populaires soviétiques la teneur précise du « Rapport secret » de Khrouchtchev ─, celles-ci furent abasourdies. Le brutal changement de cap au sein de la direction du PCUS (b) était pour elles aussi inattendu qu’incompréhensible. Mais ce fût en Géorgie, la région natale de Joseph Staline, où le nouveau pouvoir révéla tout de suite son véritable visage. Le mécontentement populaire y fût si grand que des manifestations spontanées de masse commencèrent à secouer plusieurs villes géorgiennes, dont Tiflis, la capitale. Le 9 mai, rien qu’à Tiflis, ils étaient autour de 70 000 à manifester leur indéfectible soutien à Staline et à conspuer Khrouchtchev. Parmi eux, des responsables locaux du Parti communiste, tout aussi mécontents.

Les manifestants bloquèrent la ville et commencèrent à dresser des barricades. Dans la soirée, un appel radiophonique des autorités les « invita » à mettre fin à leurs manifestations et décréta l’instauration du couvre-feu à partir du 10 mars à minuit. Une délégation des manifestants se dirigea alors vers la station radio pour y être entendue mais fût arrêtée et retenue dans les locaux. Les manifestants décidèrent alors de prendre d’assaut le bâtiment pour aller libérer leurs camarades. L’armée ne les laissa pas passer et ouvrit le feu sur eux.

Le lendemain verra la répression des manifestants refusant de se disperser se poursuivre : le nouveau pouvoir néo-bourgeois leur envoya les chars. Il n’existe pas de rapport officiel sur le bilan de ces évènements.

 

Ci-dessus : Quelques-unes des très rares images que l’on puisse trouver de ces évènements où se mêla la commémoration du 3ème anniversaire de la mort de Staline et le refus de la répudiation de son œuvre alors même que les révisionnistes au pouvoir venaient de tenir leur 1er Congrès… Ces images témoignant de la répression fasciste mise en œuvre par la néobourgeoisie « soviétique » sont aujourd’hui utilisées par la bourgeoisie compradore indigène géorgienne pour justifier sa rupture d’avec l’impérialisme russe au profit du bloc impérialiste d’Occident…63

Selon les sources, entre 100 et 800 manifestants furent tués, ainsi que des centaines d’autres blessés et plus de 200 autres emprisonnés et vraisemblablement déportés.64

Fort « curieusement », la bourgeoisie internationale ─ pourtant d’habitude si prompte à se lancer dans des ingérences grossières au nom de la défense des « droits de l’homme » ─, se garda bien de prendre fait et cause pour ces résistants de la première heure et passa sous silence la féroce répression armée dont furent victimes ces courageux communistes…

Dans ce moment très embarrassant pour le pouvoir révisionniste néo-bourgeois qui venait d’accéder au pouvoir, elle sût ainsi mettre de côté ses rivalités secondaires avec le social-impérialisme soviétique naissant… pour faire jouer sa solidarité de classe contre l’ennemi commun !

Les évènements de Géorgie ─ qui précédèrent de six mois l’écrasement de l’aile titiste « non-alignée » (c’est-à-dire au moins partiellement pro-américaine) de la bourgeoisie compradore hongroise qui fût à l’inverse très médiatisé dans l’Occident « démocratique » ─, témoignèrent du fait que le social-impérialisme soviétique était officiellement né. Comme n’importe quel Etat bourgeois, il montrerait désormais un visage « conciliant » et « démocratique » à l’égard de ceux qui courberaient la tête et se résigneraient à accepter le joug de l’esclavage salarié restauré, … et socialfasciste à l’égard de ceux qui tenteraient de lui résister ou de lui échapper !

Et nous voilà aujourd’hui en cette année 2014, dans les conditions d’une crise économique structurelle majeure accompagnant le déclassement de pays impérialistes longtemps dominants, à (presque) tout devoir reprendre depuis le début… La tâche peut sembler immense autant sur le plan idéologique qu’organisationnel ─ et elle l’est assurément ─, mais pas forcément au point d’être insurmontable.

Avec la crise de déclassement contemporaine, une fraction croissante des esclaves du Capital en vient en effet de plus en plus à se méfier de tout ce qui émane des médias officiels. A titre d’exemple, un sondage IFOP réalisé en mai 1945 montrait qu’une large majorité de français (57 %) estimait que c’était l’URSS qui était perçue comme le principal contributeur à la défaite de l’Allemagne nazie, contre 20 % pour les USA. Après six décennies de bourrage de crâne bourgeois-atlantiste, seuls 20 % des sondés définissaient encore l’URSS comme le principal contributeur à cette victoire, contre 58 % pour les USA…

En mai 2014, un nouveau sondage IFOP a donné 49 % pour les USA et 23 % pour l’URSS, soit un début d’inversion de la lourde tendance au complet lessivage idéologique des décennies précédentes. De plus, alors que dans la tranche d’âge des 35 ans et plus, 50 % des sondés citent les USA et 20 % l’URSS, chez les 18-24 ans, ils ne sont plus désormais que 39 % à citer les USA… et 38 % à citer l’URSS !65

Une preuve que l’édifice de la propagande officielle commence à se lézarder, en particulier au sein des nouvelles générations…

Communistes du monde entier, debout ! Vous avez du pain sur la planche ! Levez bien haut la bannière du marxisme-léninisme et de la lutte pour l’abolition de l’esclavage salarié !

──────────────────────────────────────────────────────────────────── Remarque importante :

Pour ceux qui, après l’étude du dossier qui précède, désireraient accéder à une portion plus représentative de la richesse de la chanson soviétique ─ sans hélas pouvoir disposer de leur traduction en raison de l’immensité du travail à réaliser ─, nous renvoyons à une archive de fichiers audio supplémentaires comprenant 200 autres chansons. Ces chansons sont classées comme suit en fonction des grands thèmes présentés dans ce dossier. Ce classement est en partie arbitraire, certaines chansons pouvant recouper plusieurs thèmes.

  • Chansons pré-révolutionnaires et sur la Guerre civile : Ey ukhnem (1860s, 1951) ● Amurskie volni (1903, 1930s) ● Varyag (1904, 1942) ● Proshanie slavyanki (1912, 1944) ● Bolshevik leaves home (1918, 1953) ● Farewell (1920s, 1938) ● Song about Schors (1935, 1938, Pioneer) ● Eshelonnaya – Pesnya pro Voroshilova (1935, 1939)
  • Partizan Zheleznyak (1936, 1937) ● Tachanka (1937, 1938) ● Chapaev death (1938) ● Ballada o Pugacheve (1940s) ● Chernaya rat obstupila granitsi (1941)
  • Chansons internationalistes et premières escarmouches avec les fascistes :

Molodaya gvardiya (1929, 1950) ● Song about Hassan lake Battle (1938) ● Dalnevostochnaya (1938) ● Spain will be free (1936) ● Mi proydyom (1937) [Contre les ‘corbeaux’ de Franco] ● Internationale (1937) ● Braver comrades (1947) ● Smelo tovarishi v nogu (1947) ● First of may (1948)

  • Chansons de l’immédiate avant-guerre ─ Face au péril menaçant : Ahey on the road (1928, 1940s) ● Down the enemy planes (1934, 1937) ● This clouds mean storm (1935) ● To the distant pathway (1936) ● On the Far East (1937) ● Pesnya artilleristov (1937) ● Song about cossack Golota (1937) ● Arise Russian people (1938, Alexander Nevsky) ● Battle Stalinists (1938) ● Marsh Proletarskoy divizii (1938) ● Jenny’s song (1938) ● Marsh artilleristov (1939, Mikhalkov) ● Pesnya tankistov (1939) ● Dozornaya kavaleriyskaya (1939) ● Red regiments song (1939) ● About pilots (1939) ● For Motherland (1939) ● Dear City (1939) ● Rozpryagayte khloptsi koni (1939) ● Samovari samopali (1940, 1941) ● Fight (1940) ● Razvedka (1941)
  • Chansons romantiques : Chaika (1939) ● Lizaveta (1942) ● Blue handkerchief

(1942) ● Vasya Vasilyok (1942) ●  A dark night (1943, 1944) ● Lone light (1944) ●

Accordion (1947) ● Sole accordion (1947, 1951) ● In the gardens of the city (1947) ● Suliko (1948) ● On the Moscow river (1948) ● Kakim ti bil (1948, 1949)

  • Chansons sur l’attachement à la mère-patrie : A young eagle (1936, 1937) ● We are the most free country (1937) ● Kak visoko (1938) ● Capital of the world and motherland (1938) ● In our glorious country (1939) ● Our toast – Let us drink for

Motherland (1942, 1946) ● Play my accordion (1942, 1946) ● Rossiya (1947, 1951) ● Rodina (1949) ● Song about Land (1950) ● Far away (1950)

  • Chansons d’avant-guerre sur le bonheur de la vie nouvelle : Song about wind against us (1931) ● Optimists march (1934) ● Lovely wind (1936) ● Happy squad (1937, Pioneer) ● Moscow in may (1937) ● Ey gryanem silnee (1937) ● Davay tovarish poletim (1937, 1938) ● We are the most free country (1937) ● Leningrad is marching and singing (1938) ● Women work teams march (1938) ● On the lands of our happy Motherland (1938, 1940) ● Our youth (1939) ● Enthusiasts march (1940)
  • Chansons sur la prospérité des campagnes soviétiques : Along the village (1933) ● Happy farm (1937) ● Good luck (1937, 1939) ● Golden wheat (1947, 1950) ● Harvest song (1949) ● Light shine in our village (1951)
  • Chansons sur Staline : Song about Stalin – Alimov (1937) ● Cossacks song about Stalin (1937) ● Song about the first deputee (1938, pioneer) ● Pesnya o Staline

(1938, Azerbaidjan) ● Front song about Stalin (1940) ● Song about Stalin – Simonov (1942) ● Thank you Great Leader (1948) ● Kolkhoz song about Stalin (1949) ● Slava lyubimomu Stalinu (1949) ● Dear Stalin (1949) ● Stalinu slava ! (1949, 1950) ● Great name (1951)

  • Chansons de la flotte rouge : Forward Red Marines (1926, 1940s) ● Marsh vodolazov (1935, 1939) ● Across the oceans and the seas (1939) ● Boevaya krasnoflotskaya (1939) ● In the far sea (1947) ● Marsh nakhimovtsev (1949, 1951)
  • Chansons du Parti et de ses organisations de masse : Our locomotive (1922, 1940s) ● Vzveytes kostrami (1922, 1949) ● Kahovka – Three comrades (1936) ● Kids rail song (1937, Pioneer) ● Jewish comsomol song (1937) ● We well live like Lenin (1938) ● Song about military comissar (1938) ● Chekists song (1938) ● Fizkulturnaya (1938, Pioneer) ● Sacred Lenins banner (1943, 1944) ● Komsomol song (1947) ● Moscow’s Komsomol (1949, 1952)
  • Chansons du début de la Grande guerre patriotique : Good bye cities and towns (1941) ● Good bye city and house (1941, 1940s) ● Pesnya Maksima (1941) ● Song of the Brave (1941, 1947) ● Forward against the enemy (1941) ● Regiments are marching (1941) ● Gvardeyskaya (1941) ● We will fight to the victory (1941) ● Partisans battle song (1941) ● Pesnya smelikh (1941, 1947) ● Arise patriot ! (1941) ● Let us sing a loud song (1941) ● Victory, our battle goal (1941) ● We will defeat fascists (1941) ● Death to enemies (1941) ● Down the enemy planes (1941, WW2 version) ● All for Motherland (1942)
  • Marches de corps d’armées : Marsh aviatorov (1921, 1937) ● Song of Don cossacks (1937) ● Over the river (1938) ● Infantry song (1941) ● Song of 1st Red Banner tank brigade (1941, 1942) ● Dovators cossack song (1942, post 1950s) ● Marsh stalinskikh tankistov (1943s) ● Artillery song (1944)
  • Chansons sur les villes soviétiques : Aerograd city (1935) ● Song about soviet capital (1938) ● City of Lenin behind us (1942) ● Ladoga’s song (1942) [Siège de Léningrad] ● Near Kronstadt city (1942) ● Defenders of Leningrad (1943) ● Saint stone (1943, 1947) [Sébastopol] ● Rostov city (1943) ● Our city (1945) [Léningrad] ● Dream city (1947) ● Lenin mountains – Moscow (1949) ● Pesnya o Leningrade (1949, 1951) ● Samara town (1949)
  • Chansons poétiques de la guerre et de l’immédiate après-guerre : Song about

Dnepr (1941, 1946) ● Beskozirka (1941, 1942) ● Dorogi (1941, 1945) ● Dorozhenka (1941, 1949) ● Antoshas song (1942) ● In the blindage (1942) ● In the Bryansk woods (1942) ● In the woods front (1942, 1945) ● Evening in port (1942) ● Farewell rocky mountains (1942, 1945) ● Molodaya kazachya (1943) ● On sunny clearing (1943, 1946) ● Oy tumani moi rastumani (1943) ● Smuglyanka (1944) ● On the meadow near school (1944) ● A dark night (1943, 1944) ● Over the Volga (1944, 1950) ● We ve been at home long, long ago (1945) ● Oh roads (1945, 1952) ● Fascists burned dear home (1945, 1950s) ● Tayga (1947, 1951) ● The birds are flying to the south (1948) ● Igray garmon (1948) ● Po mostkam tesovim (1948) ● Two friends went (1948) ● Kolibelnaya (1949)

  • Chansons de la lutte de libération et de la Victoire : Sun will shine and that day will come (1943) ● Glory to our Country (1943, 1951) ● Kazachiy eskadron (1944) ● Borodino (1944) ● Cauldron (1944) [Et finalement les armées d’Hitler ont été prises au piège dans « le chaudron »…] ● Sadi sadochki (1944) ● Fly victory song (1944) ● Fanfarniy marsh (1944) ● Cossacks in Berlin (1945, 1946) ● Ekhal ya iz Berlina (1945, 1953) ● Front driver song (1945) ● Storonka rodnaya (1945) [Libération des pays d’Europe centrale] ● Banner of Victory (1945) ● Return to Saratov (1945) ● As I returned to my Motherland (1946) ● Lastochka kasatochka (1948) ● Sun set over mountain (1948) ● Azov partisans song (1953)
  • Chansons sur la marche en avant des sciences et du socialisme : Let the song fly over the sea (1937, 1948) [Sur les explorateurs polaires] ● Ekh khorosho (1937, Pioneer) ● Machinists song (1938) ● Graduates march (1939) ● Khoroshi vesnoy v sadu tsvetochki (1946, 1953) ● Train is moving faster (1947) ● Spring march (1947) ● Friends song (1948) ● Farewell accordionst (1948) [Sur un accordéoniste quittant son village pour entamer ses études d’ingénieur] ● Students battle march (1949) ●

Marsh suvorovtsev (1950) ● School polka (1951)

────────────────────────────────────────────────────────────────────

Nous renvoyons enfin à trois galeries d’images de haute qualité disponibles sur notre site internet : deux consacrée à l’URSS de Staline et la troisième consacrée à son héritière, la RPSA d’Enver Hoxha. 

http://www.marxisme.fr/images_urss_sous_staline.htm

http://www.marxisme.fr/images_urss_soviet_posters.htm

http://www.marxisme.fr/images_40_annees_albanie_socialiste.htm

Ce que sont les « Amis de l’URSS » et comment ils luttent contre les marxistes-léninistes…

Le texte que nous présentons ici consiste essentiellement dans une lecture critique d’un des documents fondateurs de l’association des Amis de l’URSS, association créée récemment et chapeautée par deux organisations se réclamant du marxismeléninisme : l’URCF et le PRCF. A l’instar du PRCF, l’URCF est issu de la scission qui s’est opérée en 2004 au sein de la Coordination communiste pour la continuité révolutionnaire et la renaissance léniniste du PCF, un groupe oppositionnel interne au parti révisionniste français et créé en 1991. Nous allons voir par la suite que ces racines se font très sensiblement sentir…

Dans cette critique, nous nous référerons en particulier à un article de Jean-Luc Sallé, Secrétaire général de l’URCF depuis sa création. Nous allons montrer que cet article pourtant intitulé Contribution à l’étude de la reconstitution de la classe bourgeoise en URSS, remplit en fait le but inverse que son titre prétendait pourtant fixer.66

Alors que le dirigeant de l’URCF prétend contribuer à éclaircir cette question si fondamentale pour la renaissance du mouvement communiste international, nous allons voir qu’il ne contribue en fait qu’à y donner dans le « meilleur » des cas qu’une réponse pour le moins approximative et embrouillée, mais le plus souvent fausse et mystificatrice.

Nous ne prétendons pas donner une critique exhaustive de ce document d’une trentaine de pages et nous nous concentrerons donc sur ses points les plus essentiels.

Notre « camarade » commence par introduire sa « contribution » au moyen d’une grande phrase dont on ne comprend pas très bien la portée première, bien que traitant d’une question fondamentale : celle de la caractérisation du mode de production socialiste.

« Le socialisme, dit-il, n’est pas un mode de production en soi, il constitue la première phase, phase inférieure du mode de production communiste ».67

Il aurait suffit de dire que le socialisme constituait la période de transition permettant d’arriver à une société communiste, c’est-à-dire sans classes, en partant de la société bourgeoise ou règnent les antagonismes de classes. Il n’en reste pas moins que la société socialiste ainsi que la société communiste ont une même base matérielle : la propriété commune des moyens de production. Une telle formulation aurait été infiniment plus précise… et heureuse !

Un peu plus loin, il embrouille une autre question toute aussi fondamentale : pour lui, la phase de transition au communisme se ramène à « dépasser et combattre » « l’héritage bourgeois qui existe et agit comme contre-tendance sous le socialisme » et notamment les « lois économiques héritées du capitalisme comme la loi de la valeur »,68 loi qu’il faudra d’ailleurs selon lui « abolir » quand les conditions matérielles le permettront.69

Il commet ici une lourde erreur, qui comme on le verra un peu plus loin n’est pas innocente, une erreur qu’il aurait évité s’il avait compris la critique que Staline avait adressé aux économistes soviétiques révisionnistes juste avant sa mort, à savoir que les communistes ne peuvent abolir ou créer de nouvelles lois économiques, ils peuvent seulement apprendre à les connaître afin de les utiliser dans l’intérêt de la marche en avant vers le socialisme. Pour Jean-Luc Sallé, la loi de la valeur persiste sous le socialisme ─ nous parlons ici de la période où les rapports de production socialistes sont instaurés dans l’industrie comme dans l’agriculture.

C’est à la fois vrai et faux, et notre « contributeur » se garde bien de préciser en quoi. Sous le socialisme, la loi de la valeur voit sa sphère d’action limitée à la sphère des objets de consommation. En socialisant les principaux moyens de production de l’industrie et de l’agriculture, ces moyens de production cessent de circuler comme des marchandises et se trouvent alors exclus du cercle d’action de cette loi, qui perd alors son caractère destructeur tout en permettant de fournir une mesure de la quantité de travail aussi longtemps que les rapports de production dans l’agriculture n’ont pas été élevés au niveau de la propriété d’Etat et que les produits du travail de l’industrie et de l’agriculture circulent par conséquent encore sous la forme de marchandises.

Ce n’est qu’une fois que les rapports de production agricoles auront été élevés au niveau de la propriété du peuple tout entier, que la sphère d’action de la loi de la valeur sera réduite à néant et offrira les conditions nécessaires à la suppression de l’argent, de la marchandise et du passage à la société communiste.

Si nous mettons le terme « marchandise » en italique, c’est parce sous le socialisme les marchandises vendues par les fermes collectives et l’industrie en revêtent uniquement la forme, car elles ne sont déjà plus des marchandises à proprement parler, puisqu’elles ne renferment en elles aucun travail exploité, aucun profit qui soit accaparé par une minorité exploiteuse. Il s’agit donc, comme Staline le soulignait très justement d’une autre sorte de marchandise. En effet, sous le socialisme, tout le travail effectué par l’ouvrier ou le paysan leur revient directement (salaire, paiement en nature, etc.) ou indirectement (assurances sociales, consommation sociale, extension future de la production, etc.), sans qu’une fraction de ce travail ne puisse être détournée.

De même, sous le socialisme, le prolétariat au sens propre disparaît : ne reste plus que l’ouvrier ou l’employé qui, dans les branches de l’industrie, du commerce ou des services formant le tissu de la propriété d’Etat, ne sont plus exploités par personne. Le « sur-travail » continue certes d’exister sous le socialisme, essentiellement en tant que source 1° de la consommation sociale (éducation, santé, retraites, etc.), 2° de l’amortissement des infrastructures et de l’outil de production, et 3° de la hausse de la norme d’accumulation et de l’extension de l’outil productif. Pourtant, ce sur-travail n’a plus rien à voir avec le profit, c’est-àdire avec la fraction de travail extorquée par les capitalistes à leurs esclaves…

Puisque nous traitons des embrouillages de notre « camarade », poursuivons sur le suivant : celui relatif à la NEP. Il y consacre un assez long passage.70 Mais cette longueur relative ne garantit pas qu’il soit exempt d’erreurs et d’omissions. Tout au contraire, il réussit l’exploit de passer sous silence les traits les plus essentiels de la NEP, et nous verrons un peu plus loin encore une fois que ce n’est pas innocent… Ces traits les plus essentiels de la NEP ─ dont la signification et la portée profondes ont toujours été incomprises des révisionnistes de toutes sortes qui n’ont cessé d’en prendre prétexte pour justifier leur voie de trahison ─, sont les suivants :

1° Confrontée à une situation de destructions et de pénuries induite par la guerre inter-impérialiste puis la guerre d’intervention des impérialistes coalisés (19181922), le PCUS (b) fût forcé de recourir au méthodes du communisme de guerre (réquisitions quasi-systématiques dans l’agriculture). En 1921, dans un pays dévasté, le mécontentement de la paysannerie et même d’une fraction du prolétariat vont croissant. Après la Révolte de Kronstadt, il devient évident qu’il faut d’abord parvenir à relever une économie dévastée par des années de guerre et mettre un terme aux méthodes du communisme de guerre (réquisitions). Par chance, l’intervention étrangère touche alors à sa fin. Cependant la grande industrie, elle-même dévastée, se trouve alors dans une situation alarmante et ne fournit plus qu’une fraction de son niveau – pourtant déjà misérable ─, d’avantguerre. Cette industrie socialisée est alors pour le régime socialiste naissant bien plus une source de dépenses que de recettes, car il faut alors réaliser des investissements colossaux pour pouvoir la redresser.

2° Dans ces conditions, penser à relever simultanément l’industrie légère et en particulier les petits ateliers est tout bonnement inconcevable. Lénine montre ainsi la nécessité pour l’Etat soviétique de concentrer ses forces d’accumulation alors très limitées, au relèvement de la grande industrie, laquelle permettra ensuite le relèvement et l’essor des branches de l’industrie légère. Cela nécessitait au cours de cette période de transition et d’accumulation initiale d’assigner aux petites entreprises de l’artisanat et de l’industrie légère, la tâche de fournir les objets de consommation dont avaient besoin la classe ouvrière et la paysannerie. Les petites entreprises (c’est-à-dire celles comptant au maximum de l’ordre d’une dizaine d’employés) furent ainsi dénationalisées et le travail salarié fût ainsi restauré dans ces branches.

3° Néanmoins, le capitalisme opéra déjà au cours de ces années dans une sphère d’action relativement réduite et qui alla en décroissant rapidement. Il suffira de souligner qu’en 1923-1924, le secteur socialiste représentait déjà 76 % de la production industrielle.71 En 1926-1927, à la veille du lancement du premier plan quinquennal, cette part avait grimpé à 86 %.72 Enfin, en 1929, soit à peine un an après le début du premier plan quinquennal, on peut dire que le secteur capitaliste n’existe déjà plus dans l’industrie soviétique, la part de l’industrie socialiste dépassant alors 99 %.73

Comme on le voit, même au cours des années de la NEP, la grande industrie socialisée attribuait déjà au secteur socialiste un rôle prépondérant dans l’industrie. Ce rôle directeur et ce poids croissant justifient ainsi le fait que l’Etat soviétique restait bien un Etat socialiste, même si des concessions temporaires avaient été faites aux petits capitalistes et que ces conditions engendraient inévitablement la croissance d’éléments bourgeois (NEP-mens) ─ non pas au sein de la grande industrie socialisée, mais au sein de la petite industrie qui ne l’était pas encore ─, des éléments hostiles dont le Parti devait à tout prix se préserver.

Cela justifiait donc le point de vue léniniste selon lequel « de la NEP sortira la Russie socialiste ». Voilà l’essentiel de l’aspect économique de la NEP. Nous ne nous étendrons pas sur ses aspects politiques qui sont assez bien décrits par notre « camarade ».

L’essentiel à retenir de la NEP ─ et qui est complètement passé sous silence par notre « camarade » ─, est donc : 1° l’explication matérialiste de la nécessité de la NEP ainsi que 2° l’étendue limitée de sa sphère d’action – la grande industrie restant socialisée –, permettant ainsi de préserver le rôle prépondérant et directeur de la classe ouvrière dans l’industrie prise dans son ensemble. Voilà donc les faits pourtant capitaux dont s’abstient de parler notre « camarade » qui se garde bien ici de donner des données chiffrées précises, et nous allons voir maintenant que cela converge vers un but bien précis…

Pourquoi donc notre « camarade » s’attache-t-il autant à faire semblant de nous donner une analyse « approfondie » de la NEP… tout en éludant certains de ses caractères les plus fondamentaux ?

Eh bien tout simplement par ce que ce faisant, il « démontre » la possibilité de coexistence d’éléments de capitalisme dans le socialisme. Ça n’est pas de peu d’importance, puisque cela lui permet de justifier ensuite la soi-disant « progressivité » du processus de restauration du capitalisme dans l’URSS poststalinienne, une conception qui lui permet de détacher l’existence d’un pouvoir politique révisionniste ─ qui témoigne alors selon nous de l’existence et de la victoire d’une nouvelle bourgeoisie ─, de sa base économique qui demeurerait soidisant « socialiste »… alors qu’elle ne pouvait être que capitaliste !

En un autre temps, un certain Trotski avait fait de même pour calomnier le socialisme soviétique : il condamnait ainsi résolument la domination de la « bureaucratie stalinienne », bien que l’URSS resta alors selon lui un « pays socialiste ». Comme on le voit, animé par ses concepts économiques et philosophiques aussi superficielles que confuses, notre « camarade » ne nous fait rien de moins que du trotskisme à rebours !…

Prétendre le contraire, c’est avoir une conception très « particulière » ─ idéaliste et anti-matérialiste ─, des rapports entre la structure et la superstructure : comme si un pouvoir politique pouvait émerger et régner sans avoir de base économique et sociale…

Les révisionnistes khrouchtchéviens avaient bel et bien cette base économique et sociale : ils étaient les représentants et les interprètes des éléments bourgeois hostiles anciens (bourgeois infiltrés), et nouveaux (bureaucrates arrivistes et carriéristes recherchant les privilèges), auxquels les circonstances exceptionnelles de la Guerre d’extermination livrée par l’impérialisme allemand combinées à l’affaiblissement qualitatif du PCUS (b) qui perdit au cours de celle-ci des millions de ses meilleurs éléments, avaient permis de se développer largement au point d’en arriver à constituer une masse critique qui s’avéra capable de renverser le pouvoir prolétarien de l’intérieur.

Ce constat n’est à l’évidence pas partagé par notre « camarade » qui nie l’existence d’une nouvelle classe exploiteuse constituée dans l’URSS post-stalinienne.

« Quand à l’époque de Khrouchtchev, alors que la bourgeoisie avait été liquidée en tant que classe sociale puisque règne la propriété sociale et collective des moyens de production et d’échange, proposer de s’inspirer de la NEP, c’était au contraire préparer l’offensive pour restaurer le capitalisme. Ce sera manifeste à l’époque de Gorbatchev quand la NEP deviendra le justificatif idéologique pour légaliser le commerce et les entreprises privées ».74

Ainsi, Khrouchtchev n’aurait fait que « préparer l’offensive » sur le plan idéologique, et Gorbatchev l’aurait poursuivi et exécuté dans la pratique… Mais jusqu’à la Perestroïka, en dépit des « défauts » apparus sous l’action des révisionnistes au pouvoir, l’URSS n’en serait pas moins fondamentalement restée un Etat socialiste. Telle est la théorie de notre « camarade ».

Quant à nous, nous demandons (en matérialistes) si ce n’est pas plutôt l’offensive (matérielle et économique) de la nouvelle classe bourgeoise ayant accédé au pouvoir à la mort de Staline, qui a précédé et accompagné ces deux vagues d’offensives idéologiques qui ont abouti aux évènement de 1991…

Nous demandons également si la première vague offensive ─ c’est-à-dire celle qui accompagna et suivit le 20ème Congrès du PCUS ─, fût autre chose que l’affirmation du pouvoir de la nouvelle classe exploiteuse qui s’était constituée au sein même de l’appareil du Parti et de l’Etat soviétique au gré des circonstances exceptionnelles terribles de la Grande Guerre patriotique.

Nous demandons finalement si la seconde vague offensive ─ celle de la fin des années 1980 ─, était autre chose que la victoire de l’aile bourgeoise-compradore de cette nouvelle classe exploiteuse alors confrontée à une décomposition économique de plus en plus profonde et à une dépendance économique croissante vis-à-vis de ses concurrents impérialistes d’Occident ; en bref, la victoire d’une aile bourgeoise prête à liquider des branches d’industrie entières et l’indépendance économique de son pays, à briser les dernières chaînes dorées dans lesquelles elle maintenait son propre prolétariat, et enfin à accepter la dislocation de sa sphère d’influence coloniale contre des dollars sonnants et trébuchants.

A ces trois questions fondamentales, on ne peut évidemment, que répondre par la négative, et seuls des ennemis du communisme et de l’URSS, seuls des révisionnistes cherchant à revêtir l’habit du léninisme pour continuer à tromper les masses peuvent chercher à essayer de « prouver » le contraire… tout en prétendant chercher à découvrir la vérité sur ces tragiques évènements !

Notre « camarade » ne manque certes pas ─ du moins en apparence ─, de condamner le tournant khrouchtchévien de l’URSS. Pour lui, le PCUS post-stalinien « ignora théoriquement et pratiquement les contradictions du socialisme et le caractère dialectique de son développement ».75 Il admet ainsi la « continuité de la lutte de classes sous le mode de production communiste » dans l’URSS des années 1930 ─ notre « camarade » affectionne décidemment les cafouillages autour des questions de « modes de production »… ─, et reproche à Khrouchtchev de « théoriser sur l’absence de contradictions antagoniques et l’absence de conflits dans la société soviétique ».76 Il reproche enfin aux khrouchtchéviens d’avoir proclamé « la fin de la lutte de classes » et l’avènement du « Parti du peuple entier ».77

De cela, il tire la conclusion que ces théories ont ouvert la voie à l’extension du révisionnisme et à la préparation de la restauration du capitalisme. Il dénonce ainsi les ruptures « théoriques » des révisionnistes.78 Comme on le voit, notre « camarade » détache ainsi la propagation des théories révisionnistes de la base matérielle qui les engendre, c’est-à-dire de l’existence d’une nouvelle classe exploiteuse. Pour lui, la contre-révolution dans le domaine idéologique précède et existe longtemps avant la contre-révolution victorieuse dans le domaine économique. On nous accordera que cette conception des choses, qui donne la primauté de la pensée sur la matière, n’est pas très matérialiste…

Quant à nous, nous estimons plutôt que ces théories révisionnistes relevaient d’une volonté de la nouvelle classe bourgeoise au pouvoir de mystifier le néo-prolétariat « soviétique » et de farder la nouvelle réalité sociale bourgeoise « soviétique »…

Lorsque les khrouchtchéviens proclament l’avènement de « l’Etat de tout le peuple » alors que le communisme n’est pas instauré, ils ne font rien d’autre que proclamer « l’extinction de la lutte de classes » afin de désarmer le néo-prolétariat soviétique pendant qu’eux-mêmes passent à l’offensive. La similitude est frappante avec l’Etat de notre « bon vieux » capitalisme « classique » qui, lui aussi, aime à l’occasion proclamer son caractère « démocratique pour tous » afin de faire croire au prolétariat qu’il n’a plus rien à conquérir puisqu’il a soi-disant conquis des droits politiques égaux vis-à-vis de ceux des classes exploiteuses… Quant aux droits économiques, ça, c’est une toute autre histoire !…

Décidemment, comme on le voit, notre « camarade » n’est pas plus heureux que ses prédécesseurs khrouchtchéviens : la méthode « dialectique » matérialiste qu’il invoque si souvent lui joue en effet de nombreux bien vilains tours !

La véritable dialectique matérialiste est évidemment toute autre que la caricature grossièrement idéaliste qu’en donne notre « camarade ». Nous ne nions pas qu’il faille un processus d’accumulations quantitatives préalable, avant que ne se produise le saut qualitatif ─ que ce dernier soit progressif (lorsqu’il conduit à la révolution socialiste) ou régressif (lorsqu’il mène à la contre-révolution bourgeoise) ─, mais nous ne le situons absolument pas ce processus d’accumulations quantitatives à la même époque que notre « camarade ».

Pour notre « camarade », qui aime beaucoup parler de « dialectique », celle-ci se ramène à des accumulations quantitatives et le saut qualitatif ne vient que très, très, très tardivement…

« Notre problématique a montré que, dès les années 60, la classe bourgeoise renaît et bénéficie de solides positions économiques dans le pays ce qui, dialectique oblige, affaiblit d’autant ce qui reste de socialisme ».79

Pour dire vrai, ce qu’il prend pour des « restes de socialisme » ─ son cadavre devrions-nous dire ─, ne sont pas des éléments de la structure ─ c’est-à-dire la base matérielle constituée par les rapports de production bourgeois restaurés ─, mais des éléments hérités de l’ancienne superstructure : les fameux « acquis sociaux » ! Ainsi, ce saut qualitatif (pouvoir des travailleurs → pouvoir d’une bourgeoisie monopoliste d’Etat), a déjà eu lieu et il ne l’a même pas vu ! C’est en fait le second saut qualitatif (pouvoir d’une bourgeoisie monopoliste d’Etat → pouvoir d’une bourgeoisie compradore), qu’il a pris pour le premier !

Cette méprise l’autorise à nier le fait que le saut qualitatif de la restauration capitaliste se soit produit au tournant des années 1950. Pour lui, la restauration du capitalisme est ainsi conçue comme un phénomène d’accumulations quantitatives au cours de la période s’étendant des années 1950 jusqu’aux années 1980 incluses. Il situe donc ainsi « naturellement » le saut qualitatif en 1991.80

Or, bien que notre « camarade » fournisse des éléments prouvant que l’influence et les menées négatives des révisionnistes étaient déjà considérables au tournant des années 195081 et annonçaient donc un saut qualitatif vraisemblablement imminent, il n’en affirme pas moins que « le vertige du succès et la perte de vigilance », « sources de l’apparition de phénomène négatifs et morbides pour le socialisme » ne se faisaient alors sentir qu’ « à une échelle encore très marginale ».82

Ce  qui  est  véritablement  morbide,  « camarade »  Sallé,  c’est  de  passer  sous  silence  le  fait  que  les  années s’étendant de l’immédiate après-guerre jusqu’au début des années 1950, furent le théâtre d’une très âpre lutte de classe au sein du PCUS (b) ! D’abord larvée et sous-terraine, cette lutte apparût une première fois au grand jour au lendemain même de le guerre d’extermination dont fût victime l’URSS, avec la dénonciation de la voie de trahison des titistes yougoslaves et soviétiques qui leur étaient liés, ainsi que la mort « suspecte » de plusieurs dirigeants fidèles et éprouvés du PCUS (b), et enfin la vaste campagne  antisioniste  et  anticosmopolite  qui  la  suivit  immédiatement.

Cette  lutte  culmina  avec l’offensive  des  staliniens  soviétiques  qui  parvinrent  au  tournant  de  1952-1953  à  évincer  les  éléments dégénérés de la direction à la suite d’une vaste campagne idéologique, puis s’acheva quelques mois plus tard avec la contre-offensive victorieuse de ces éléments qui, grâce à l’emploi des méthodes de conspirateurs et au soutien d’une fraction des hauts-cadres de l’Armée, parvinrent à se débarrasser dans la coulisse des  derniers « vilains gêneurs », et en particulier de celui qui avait guidé trois décennies d’une glorieuse marche en avant vers le communisme et dont le nom faisait trembler les impérialistes de tous les pays…

Le XXème Congrès du PCUS, tenu en 1956, et le processus de déstalinisation qu’il amorça, ne firent que proclamer ouvertement la victoire (qui s’avéra hélas définitive) des forces contre-révolutionnaires.

Mais d’où vient donc cet aveuglement de notre « camarade » qui ne veut pas voir que le début de la déstalinisation démontre qu’un premier saut qualitatif ─ et en fait le plus capital en ce qui concerne la question qui nous intéresse, celle de la restauration du capitalisme ─, avait déjà eu lieu ?

Il provient de ce que notre « camarade » minimise très fortement ─ pour ne pas dire passe complètement sous silence … ─, ce qui constitue en fait la principale source du danger de restauration capitaliste qui subsiste après l’instauration des rapports de production socialistes dans toute l’économie : le bureaucratisme et la recherche des privilèges. Un comble quand on prétend « découvrir » les causes de la reconstitution d’une nouvelle classe bourgeoise !

Pour Jean-Luc Sallé, le danger de restauration capitaliste est essentiellement « représenté par la liaison entre l’impérialisme international et les débris de la clase exploiteuse liquidée ».83 Le danger constitué par le bureaucratisme est pour sa part évoqué du bout des lèvres, au détour d’une phrase, et à aucun moment il n’explique son fondement matériel.

Dans un pays comme l’URSS de la fin des années 1930, le secteur socialiste d’Etat embrasse toute l’industrie, le commerce, les transports et même une partie de l’agriculture. Le socialisme conduit donc à une centralisation sans précédent des moyens de production, et dans ces conditions, la tentation est grande pour les gestionnaires et les administrateurs de cette propriété sociale qui ne se sont pas encore affranchis de toutes les survivances du capitalisme qui persistent longtemps dans la conscience des hommes, de chercher à profiter de cette position privilégiée pour détourner à leur profit personnel une fraction du produit social…

Il n’est pas difficile de comprendre que de telles méthodes d’acquisition de ce produit social sont dans leur fondement parfaitement similaires à l’extorsion capitaliste du profit. Dans les deux cas en effet, une fraction du produit social ne revient ni directement, ni indirectement à ceux qui l’ont créé, mais est détournée par une classe qui profite de sa position privilégiée au sein des organismes dirigeants pour se l’accaparer.

Comment donc se préserver de ces phénomènes négatifs et de ce danger majeur ? La réponse nous a été donnée il y a longtemps déjà par Karl Marx.

« Précisément par l’exemple de la Commune [de Paris], Marx a montré que les titulaires des fonctions publiques cessent, en régime socialiste, d’être des « bureaucrates », des « fonctionnaires » au fur et à mesure que, sans parler de leur électivité, on établit en outre leur révocabilité à tout moment, qu’on réduit en outre leur traitement à un salaire moyen d’ouvrier, et qu’en plus on remplace les organismes parlementaires par des corps « agissants », « exécutifs et législatifs à la fois ». »84

C’est en ayant en vue ces enseignements fondamentaux, qu’en 1927, dans son rapport au XVe Congrès du PCUS (b), Staline reconnut qu’une partie des militants affectés à la lutte contre la bureaucratie, « tout en luttant contre la bureaucratie, se laissent parfois contaminer eux-mêmes par ce mal et le propagent dans les organisations du Parti ».

Pour Staline, la tentation bureaucratique était étroitement liée à l’existence de l’Etat, et ce phénomène se poursuivrait donc « à un degré plus ou moins fort » jusqu’à l’avènement du communisme. Staline recommandait comme meilleur moyen d’amputer cette tendance bureaucratique permanente d’accroître

« l’activité des masses du Parti, en les faisant participer au règlement des questions de la direction du Parti et en perfectionnant systématiquement la démocratie à l’intérieur du Parti ».85

Contrôle du bas sur le haut, telle est donc la recette fondamentale des mécanismes de la lutte contre les éléments bourgeois dans les organes du pouvoir sous la dictature du prolétariat.

Staline avait encore tout ceci à l’esprit quand en 1937, à l’occasion d’un discours prononcé en tant que devant les électeurs de sa circonscription, il leur conseilla de se montrer toujours vigilants, de ne jamais laisser leurs élus devenir « libres » et « indépendants » d’eux, de ne jamais les laisser dévier impunément du droit chemin quitte à « s’empêtrer dans des machinations pas tout à fait recommandables » une fois les élections passées, comme c’est la norme dans les pays bourgeois.

C’est ainsi que Staline rappelait à ses camarades-électeurs que la constitution soviétique avait « promulgué une loi conférant aux électeurs le droit de rappeler avant terme ceux de leurs députés qui commencent à biaiser, à dévier de la bonne voie, à oublier leur dépendance vis-à-vis du peuple, vis-à-vis des électeurs ».

« Loi remarquable que celle-là, camarades. Le député doit savoir qu’il est le serviteur du peuple, son délégué envoyé au Soviet suprême, et il doit s’en tenir à la ligne qui lui a été tracée dans son mandat par le peuple. Si le député a dévié de son chemin, ses mandants ont le droit de demander de nouvelles élections et de blackbouler le député fourvoyé. (Rires, applaudissements.) Loi remarquable que celle-là. Mon conseil, conseil de candidat-député à ses électeurs, est qu’ils n’oublient pas ce droit, le droit qu’ils ont de rappeler avant terme les députés, de surveiller leurs députés, de les contrôler et, s’ils s’avisent de dévier de la bonne route, de les secouer de leurs épaules, d’exiger de nouvelles élections. Le gouvernement a le devoir de fixer de nouvelles élections. Mon conseil est de ne pas oublier cette loi et de s’en servir à l’occasion ».86

Il faut également rapprocher cet avertissement d’un autre avertissement que Staline lança à la même époque. Il suffit aujourd’hui de relire la conclusion du précis d’Histoire du PCUS (b) à l’aune de la contre-révolution bourgeoise-révisionniste victorieuse pour y voir l’avertissement permanent que Staline lançait à tous les membres du Parti :

« On peut reconnaître pour règle générale, dit le camarade Staline, qu’aussi longtemps que les bolcheviks conserveront leur liaison avec les grandes masses du peuple, ils seront invincibles. Et au contraire, il suffit que les bolcheviks se détachent des masses et rompent leur liaison avec elles, il suffit qu’ils se couvrent de la rouille bureaucratique, pour qu’ils perdent toute leur force et se transforment en une nullité ».87

Comment donc notre « camarade » ─ qui disserte en long en large et en travers à propos des discours mystificateurs des révisionnistes soviétiques afin d’y dénicher les « preuves » que le socialisme n’avait alors pas été liquidé ─, peut-il complètement passer sous silence ces enseignements capitaux livrés par les chefs du prolétariat international au sujet des conditions de la sauvegarde du caractère prolétarien du pouvoir d’Etat ? Eh bien tout simplement parce que ces avertissements répétés ne collent pas avec son interprétation très « particulière » de l’Histoire ! Nous connaissons maintenant la raison de l’aveuglement de notre « camarade » ! Reprenons donc …

En URSS, l’accumulation quantitative d’éléments bourgeois au sein des organes de l’Etat, du Parti et de l’Armée a pu longtemps être évitée grâce à une vigilance révolutionnaire de tous les instants et à une participation directe des masses populaires aux mécanismes de contrôle sur les organes du pouvoir soviétique. Des éléments hostiles parvinrent certes de manière continue à pénétrer au sein de ces organes ou a en émerger spontanément au cours des années 1920-1930, mais ils en furent alors systématiquement ponctuellement épurés et ne purent ainsi jamais atteindre une masse critique représentant un danger pour le pouvoir de la dictature du prolétariat.

Mais la guerre d’extermination livrée par l’impérialisme allemand changea fondamentalement la donne. Elle força ces organes à mettre au second plan ─ si ce n’est à suspendre complètement ─, la lutte contre les éléments bourgeois infiltrés et les bureaucrates dégénérés. Elle leur permit pendant plusieurs années de prospérer et de prendre une extension de plus en plus large au moment même où le PCUS (b) voyait disparaître brutalement et en masse de ses rangs ses meilleurs éléments, ses membres les plus fidèles et les plus dévoués à la cause du communisme. La situation exceptionnelle induite par la guerre conduisit à un affaiblissement sans précédent de la participation des larges masses populaires à l’administration du pays, et donc à un affaiblissement directement proportionnel de la lutte contre les éléments bourgeois dégénérés s’y infiltrant ou en émergeant spontanément. Cette situation conduisit donc à une accumulation quantitative accélérée de ces éléments hostiles à la dictature du prolétariat.

Dans ces conditions, la situation politique interne du PCUS (b) était grosse de dangers dans l’immédiate après-guerre. Ces éléments bureaucrates et carriéristes coupés des masses qui avaient pu prospérer librement sans être épurés, en étaient arrivés à représenter un seuil critique, et le saut qualitatif contre-révolutionnaire menaçait. A l’évidence, Staline avait pris conscience de ces dangers, de l’affaiblissement qualitatif du PCUS (b) et de la nécessité de combler rapidement ce vide en formant une nouvelle génération de bolchéviks ─ un souci dont témoignent de manière incontestable ses derniers écrits polémiques avec les théoriciens qui se faisaient les porte-paroles de ces tendances néo-bourgeoises, son implication dans la mise au point du Manuel d’économie politique, ainsi que son rôle dans la mise à l’écart des éléments révisionnistes et conciliateurs de la direction soviétique en décembre 1952.

Mais les menées et les intrigues sous-terraines de ces éléments néo-bourgeois dégénérés ne lui en laissèrent ni le temps ni la possibilité. Dans l’immédiate aprèsguerre, ces éléments avaient rapidement pris conscience que le rapport de forces avait évolué en leur faveur, et qu’ils avaient peut-être désormais la possibilité de se soustraire aux mécanismes de contrôle populaire, avec à la clef la promesse d’une vie plus paisible et la possibilité de pouvoir enfin rechercher des privilèges sans avoir à être inquiétés, sans avoir au dessus de sa tête la menace permanente du poing de la dictature du prolétariat. Telle est la base sociale fondamentale de la contre-révolution bourgeoise-khrouchtchévienne qui triompha en URSS en 1953.

Dans le domaine de l’industrie, qui est dans sa totalité directement centralisée dans les mains de l’Etat, la seule prise de pouvoir de la nouvelle bourgeoisie constitua le saut qualitatif qui transforma la propriété du peuple tout entier en propriété capitaliste monopoliste d’Etat.

Mais cela ne suffisait pas aux nouveaux exploiteurs. Pour eux, les sommes colossales dépensées par l’Etat soviétique dans l’agriculture étaient une entrave à leur accumulation. L’Etat néo-bourgeois avait en effet hérité de la période socialiste la propriété des principaux moyens de production du secteur agricole ─ les stations de machines et tracteurs (SMT) étant simplement « louées » aux kolkhozes. La « réforme » des khrouchtchéviens ayant abouti à la vente des SMT aux kolkhozes en 1957 permit donc d’alléger un fardeau jugé bien trop lourd par la nouvelle bourgeoisie « soviétique ».

Par cette « réforme », ce n’était pas seulement un recul en arrière « limité » ─ c’est-àdire pouvant certes plonger l’agriculture soviétique dans de graves difficultés, sans que cela ne remette cependant en cause son caractère « socialiste » ─, comme essaie de le faire croire notre « camarade » qui cite au passage Staline pour appuyer son argumentaire.88 Staline parlait effectivement de l’éventualité d’une telle réforme comme d’une tentative « de faire tourner à rebours la roue de l’histoire », mais sans préciser davantage sa signification profonde, car ce débat était censé être clos depuis longtemps.

Rappelons que la propriété étatique sur les SMT était inscrite dans l’article n°6 de la nouvelle constitution de l’URSS adoptée en décembre 1936. Staline ne pensait alors certainement pas que son Parti avait dégénéré au point de pouvoir mettre en œuvre une telle « réforme » quelques années plus tard…89

La vente des principaux moyens de production aux kolkhozes en 1957 ne pouvait signifier qu’une seule chose : la restauration du capitalisme dans l’agriculture sous la forme de fermes coopératives de type capitaliste, qui elles aussi possèdent en propre leur gros outillage. On peut ainsi affirmer que dès 1957, c’est la propriété socialiste dans son ensemble ─ dans l’industrie comme dans l’agriculture ─, qui avait été liquidée par la nouvelle bourgeoisie monopoliste d’Etat.

Toutes les réformes ultérieures du « socialisme du marché » ─ à l’instar de la première d’entre elles, la réforme des sovnarkhozes de 1957, puis celle de Liberman-Trapeznikov-Kossyguine en 1965 ─, ne viseront nullement à affaiblir la dictature du prolétariat (alors déjà liquidée !) et à préparer la restauration du capitalisme, comme l’affirme trompeusement notre « camarade ».90

Ces réformes viseront uniquement à rechercher les méthodes de gestions les plus efficaces, les plus capables de privilégier la croissance de la rentabilité des entreprises formant le secteur capitaliste monopoliste d’Etat, c’est-à-dire d’augmenter la masse des profit extorqués : autonomie de gestion visant à « stimuler les initiatives », recherche de la rentabilité financière immédiate maximale, abandon de la primauté de l’industrie de production des moyens de production au profit des branches de l’industrie légère à plus basse composition organique en Capital, etc.

Il est évident que ces méthodes ne sont que des formes de gestion dont l’importance est en réalité secondaire. Ces formes ne sauraient en effet éclipser leur fondement commun : un contenu bourgeois induit par l’existence d’une classe exploiteuse au sein même de l’appareil d’Etat et du Parti, c’est-à-dire une classe détenant simultanément le pouvoir économique et politique.

Evidemment, les capacités d’accumulation et plus encore la possibilité pour cette néo-bourgeoisie de « jouir » du profit qu’elle avait extorqué étaient limitées ─ relativement à celles de son homologue des pays impérialistes d’Occident.

Sa capacité à détourner à son profit le produit social était donc relativement restreinte, d’autant plus qu’elle ne pouvait s’afficher trop sensiblement dans le luxe sans avoir à craindre de se démasquer immédiatement aux yeux des masses populaires. Ce sont ces « limitations » qui détermineront l’extension de plus en plus large de la corruption et du marché noir, dont notre « camarade » fournit d’ailleurs des exemples prouvant qu’ils avaient pris de vastes proportions : « l’économie informelle » représente ainsi autour de 10 % du PIB « soviétique » à la fin des années 1960, et près du tiers du chiffre d’affaires du secteur capitaliste monopoliste d’Etat vers 1985.91

Mais ces méthodes parallèles et sous-terraines assez « artisanales » ne permettaient alors pas une accumulation individuelle assez rapide. Dans ces conditions, une fraction de cette bourgeoisie confrontée à la crise de stagnation économique des années 1970-1980 se décidera à… brader la propriété capitaliste monopoliste d’Etat afin de renouer résolument avec les profits tout en réalisant au passage une accumulation primitive foudroyante pour quelques individus bien placés… L’intelligentsia néo-bourgeoise privilégiée qui rêvait depuis longtemps d’accéder au mode de vie de la grande bourgeoisie occidentale pût alors être comblée et les chantres de la « fin de l’Histoire » en profitèrent pour se déchaîner et déclarer la mort clinique d’un « communisme » qui avait soi-disant irrémédiablement échoué…

Dans ces conditions, il est évidemment de la plus haute importance de comprendre que la répartition du produit du travail dans la société « soviétique » poststalinienne ─ c’est-à-dire du profit extorqué par la nouvelle classe exploiteuse ─, n’avait rien en commun avec le socialisme et reflétait indéniablement la restauration de l’exploitation du travail du néo-prolétariat « soviétique », en bref, de montrer que la mort de l’URSS ne signifiait pas la mort du socialisme soviétique, mais celle du social-impérialisme soviétique qui lui avait succédé près de quatre décennies auparavant.

Notre « camarade » reconnaît certes la nature « inégalitaire » de la répartition des primes d’intéressement aux bénéfices sous le pouvoir révisionniste-bourgeois ─ « le directeur et les cadres dirigeants percevaient selon les estimations, de 30 à 60 % du montant des primes » ─,92 mais il s’empresse d’en minimiser l’ampleur et d’en passer sous silence la signification profonde ! Et pourquoi donc, « camarade » Sallé, n’avoir parlé que des primes ─ encore que très superficiellement ─, et non pas également de l’échelle de base des salaires ?

Nous allons de suite répondre à cette question et combler ces lacunes de notre « camarade » ! Une étude publiée par le PTA en 1982 souligna de manière équivoque le caractère bourgeois de la répartition du produit du travail dans l’URSS poststalinienne. Selon cette étude, on pouvait déduire de sources soviétiques que le rapport entre les plus bas et les plus hauts salaires au sein des entreprises industrielles étaient de près de 1 pour 11 ! Et à cela, il fallait ajouter le fossé encore plus grand en ce qui concerne la distribution des bénéfices et le partage des primes :

« Du point de vue de la structure sociale, le personnel de l’industrie soviétique comprend 4 % d’administrateurs et 96 % d’ouvriers. Quant à la répartition des fonds des stimulants matériels dans cette branche fondamentale de l’économie, les statistiques officielles indiquent que les administrateurs capitalistes de la production s’approprient 49,3 % des gratifications, le reste, soit 50,7 %, « étant distribué aux ouvriers ». (Sovietskaia Ekonomitcheskaia Reformu : Prodvijienie, Probleme, p. 197.) Ces faits prouvent que « la part du lion » revient aux représentants de la bourgeoisie révisionniste soviétique qui, investis du pouvoir d’Etat, sont en réalité les dirigeants effectifs de la production. Selon les statistiques susmentionnées, 1 % du personnel des entreprises soviétiques, investi de fonctions d’Etat (c’est-à-dire les gestionnaires capitalistes) reçoit 12,3 % des gratifications, alors que le personnel privé de ce pouvoir, comme c’est le cas du prolétariat soviétique, n’en reçoit que 0,5 %, soit 25 fois moins. Il n’y a aucun doute que la grande bourgeoisie au pouvoir, tout comme la bourgeoisie occidentale, nourrit de ses « miettes » l’opportunisme au sein du mouvement ouvrier ».93

A la même époque, en Albanie socialiste, l’amplitude entre les plus bas et les plus hauts salaires ─ c’est à dire entre la rémunération d’un paysan coopéré et celle d’un ministre ─, variait dans un rapport de 1 à 2 !

Il n’est ainsi pas difficile de comprendre, contrairement à ce qu’affirme notre « camarade »,94 que la persistance « d’acquis sociaux » hérités de la période socialiste et même de « hausses de salaires » ponctuelles ne constituaient dans ce cadre aucunement des preuves que les rapports de production socialistes perduraient fondamentalement dans la société « soviétique » post-stalinienne.

Nous en voulons pour illustration le fait que le prolétariat chinois voit ainsi aujourd’hui sa bourgeoisie lui accorder de plus en plus volontiers des « chaînes dorées » de cette sorte, parce que cela est aujourd’hui dans l’intérêt de l’impérialisme chinois qui voit le rapport de forces inter-impérialistes se modifier rapidement en sa faveur et que sa situation économique relativement confortable (par rapport à celle de ses concurrents) le lui permet.

N’ayant rien compris à la nouvelle réalité sociale bourgeoise de l’URSS poststalinienne, notre « camarade » n’est pas plus heureux en ce qui concerne l’analyse des relations internationales qu’il expédie d’ailleurs très rapidement… Il reconnait certes que la conception khrouchtchévienne de la « coexistence pacifique » représentait une « déviation » par rapport à la conception léniniste-stalinienne de ce problème.95 Mais pas la moindre mention des premières manifestations de la politique coloniale agressive de du social-impérialisme soviétique dans sa sphère d’influence privilégié ─ répression armée des éléments bourgeois-compradore prooccidentaux en Hongrie (1956), puis en Tchécoslovaquie (1968) ─, ainsi que de l’instrumentalisation de luttes armées de libération nationale dans la sphère d’influence de ses concurrents occidentaux. De ces faits, il n’en conclue nullement que l’URSS s’était alors transformée en une nouvelle puissance impérialiste ─ un impérialisme de premier ordre, capable de rivaliser avec l’impérialisme américain ─, une puissance qui balancera désormais entre la volonté de coopérer et de rechercher des compromis visant à se mettre d’accord sur le partage des sphères d’influence, et sa rivalité avec un bloc impérialiste occidental au final assez peu disposé à de tels compromis…

Enfin, notre « camarade » n’est pas plus chanceux en ce qui concerne son « analyse » de la signification du triomphe de la ligne prônée par Gorbatchev.96 Selon lui, c’est Gorbatchev qui liquida le socialisme qui avait continué d’exister jusqu’alors en dépit du fait que toutes les tares de la société bourgeoise s’y manifestaient déjà avec force…

Notre conception du tournant gorbatchévien est toute autre. La stagnation économique servit de prétexte aux gorbatchéviens pour démanteler le socialimpérialisme soviétique au profit de son principal  concurrent ─ l’impérialisme américain ─, sous le slogan doublement mystificateur d’extension de la « démocratie » et de la « transparence », qu’il fallait alors opposer aux méthodes « bureaucratiques » et « autoritaires » de l’aile impérialiste de la néo-bourgeoisie monopoliste d’Etat. Les méthodes de cette dernière étaient alors jugées responsables de la décomposition économique de plus en plus patente, et comme ces méthodes étaient de tendance « centralisatrices » on les assimila mensongèrement à celles de la période stalinienne. Avaliser cette comparaison, c’est comme si l’on disait du keynésianisme qu’il est l’équivalent de la planification socialiste…

Si notre « camarade » s’était attardé un peu sur la très riche expérience de lutte antirévisionniste accumulée par le PTA d’Enver Hoxha ─ dont il liquide pourtant les enseignements fondamentaux en quelques lignes en les caricaturant éhontément ─, il ne se serait pas échoué sur cet écueil !97

Notre « camarade » rejette donc les analyses qui aboutissent à qualifier l’URSS poststalinienne « d’Etat social-impérialiste » et le PCUS de « parti fasciste ».98 Pour lui, « cette théorie curieusement ignore les contradictions de classes dans la société soviétique comme l’existence de résistances au révisionnisme et aux réformes » et parce que, « pas plus qu’il n’y a de mode de production socialiste (c’est seulement la première phase du communisme) il n’y a pas un mode de production spécifique social-impérialiste où une nouvelle classe serait propriétaire des moyens de production : « la bourgeoisie bureaucratique monopoliste d’Etat » qui aurait été installée par la réforme de Liberman-Trapeznikov-Kossyguine en 1965 ».99  L’argumentaire de notre « camarade » appelle plusieurs remarques :

1° Contrairement à ce qu’il affirme un peu plus haut, les analyses réalisées par le PTA sur la réalité sociale bourgeoise de l’URSS post-stalinienne ne prétendaient pas à l’exhaustivité, mais seulement à donner les traits les plus fondamentaux de la contre-révolution bourgeoise et de ses conséquences.

2° Contrairement à ce qu’il affirme, ces analyses n’ignoraient pas les contradictions de classes, puisqu’elles insistaient même sur le caractère antagoniste de celles-ci dans le cadre du capitalisme restauré. Ce qui est certain, par contre, c’est que notre « camarade » ignore les contradictions de classes qui peuvent traverser une même classe sociale, à l’instar de la bourgeoisie qui peut couramment se diviser en plusieurs ailes : impérialiste et compradore. Or c’est justement ces contradictions internes à la classe néo-bourgeoise « soviétique » qui permettent de comprendre scientifiquement les évènements de 1985-1991.

3° Les marxistes-léninistes n’ont jamais affirmé que la naissance de la bourgeoisie monopoliste d’Etat « soviétique » datait de la réforme de  1965. Ils ont au contraire toujours affirmé que sa victoire remontait à la prise de pouvoir des khrouchtchéviens. Notre « camarade » nous offre donc encore ici une falsification grossière des positions des véritables marxistes-léninistes, c’est-à-dire de ceux qui n’attendirent pas (comme lui) l’année 1991 pour se réveiller…

4° Notre « camarade » est à l’évidence fâché avec le concept de social-impérialisme qu’il falsifie encore plus grossièrement. Pour « prouver » l’inexistence du « mode du production social-impérialiste », notre « camarade » embrouille la question en mélangeant structure et superstructure. Clarifions donc les choses.

L’époque moderne est caractérisée par le passage du mode de production capitaliste au mode de production communiste. Chacun de ces modes de production possède plusieurs stades, selon son niveau de développement notamment. Le mode de production capitaliste (basé sur la propriété privée des moyens de production) comprend ainsi le stade pré-monopoliste et le stade monopoliste, c’est-à-dire impérialiste.

De même, le mode de production communiste (basé sur la propriété collective des moyens de production) compte deux stades fondamentaux : le stade inférieur socialiste, où la propriété socialiste peut ne pas encore embrasser  tout le tissu économique et où peuvent persister des couches petite-bourgeoises, et le stade supérieur, celui du communisme, où la propriété sociale a atteint son stade supérieur dans toute l’économie et où n’existent plus de classes sociales distinctes.

Sous le capitalisme, et durant la phase de transition au communisme, existe l’Etat, instrument aux mains de la classe détenant les moyens de production. Sous le capitalisme, il sert à réprimer les travailleurs et à perpétrer l’esclavage salarié. Sous le socialisme, il sert à consolider le pouvoir des travailleurs et à briser la résistance opposée par les anciennes classes exploiteuses et leurs débris.

Dans un système comme dans l’autre la démocratie revêt toujours un caractère de classe et exclut de sa sphère d’action soit les exploités (sous le capitalisme), soit les anciens exploiteurs (sous le socialisme). Ce n’est ainsi jamais une démocratie « pure », pour tous.

Contrairement à ce que notre « camarade » affirme, le social-impérialisme existe donc bel et bien. Il s’agit seulement d’un capitalisme monopoliste d’Etat « classique » maquillé d’une phraséologie pseudo-marxiste : « socialiste » en paroles, impérialiste dans les faits !

Ce social-impérialisme émerge à la suite de la constitution d’une nouvelle classe exploiteuse au sein même des organismes économiques et politiques dirigeants. A l’instar de notre capitalisme, il peut revêtir simultanément plusieurs visages : celui de la démocratie ─ notamment à l’égard de ses exploités indigènes lorsqu’ils bénéficient de « chaînes dorées » les aidant à accepter le joug de l’esclavage ─, et celui de la dictature fasciste et terroriste ouverte du Capital, quand il lui faut réprimer la résistance et les aspirations des exploités et des peuples opprimés.

Voilà qui tranche avec les positions défendues par notre « camarade »…

Pourquoi donc combat-il avec autant d’acharnement les enseignements issus de la lutte de principe inflexible menée par le PTA pour démasquer la néo-bourgeoisie « soviétique » et les conséquences de son arrivée au pouvoir ? Parce que les marxistes-léninistes albanais brisèrent sans retour la démagogie des révisionnistes soviétiques, les dénoncèrent en tant que représentants d’une nouvelle classe exploiteuse, et parce que leur contribution à la résolution de la question fondamentale des causes et des conséquences de la contre-révolution bourgeoise en URSS dépasse de très, très, très loin celle de notre « camarade »…

Pour le prouver, il nous suffira de citer quelques réflexions d’Enver Hoxha datant de janvier 1973, c’est-à-dire faites à un moment où le social-impérialisme soviétique commençait à peine à s’enfoncer dans une période durable de profonde stagnation économique.100

Après avoir rappelé les liens de plus en plus étroits que nouait alors le socialimpérialisme soviétique ─ alors confronté à une crise économique et sociale de plus en plus aigüe ─, avec son partenaire-concurrent américain et avoir décrit la dernière visite de Brejnev à Washington comme une façon d’aller y « mendier des dollars » et d’acquérir la « technologie avancée américaine », Enver Hoxha en vint à conclure que

«… l’entrée de capitaux américains en Union soviétique aura pour effet d’éliminer rapidement les moindres vestiges des victoires de la grande Révolution socialiste d’Octobre, elle aura pour effet de désagréger l’Union soviétique en tant qu’union de républiques. C’est là le but de l’impérialisme américain : démanteler l’Union soviétique en tant que dangereuse puissance capitaliste rivale. (…) L’Union soviétique a été vendue aux Etats-Unis. Demain leurs successeurs démantèleront aussi l’Union soviétique en tant qu’État ».101

Voilà le point de vue conséquent, marxiste-léniniste, sur les évènements qui survinrent pourtant près de deux décennies plus tard, en 1991 !… Et aujourd’hui, plus de deux décennies après ces évènements, il se trouve encore des « marxistesléninistes » pour combattre ce point de vue et propager leurs interprétations subjectives et idéalistes ! Et ce avec des méthodes franchement détestables ─ de toute évidence empruntées à l’arsenal bourgeois ─, celles des omissions, des falsifications et des calomnies délibérées…

Ainsi, contrairement à ce que s’imagine notre « camarade », affirmer que l’URSS poststalinienne n’avait plus rien de socialiste ─ sinon le nom ─, n’a rien à voir avec le trotskisme. Ayant échoué à rallier à ses thèses les membres du PCUS (b), Trotski prenait prétexte du danger permanent (au demeurant bien réel) du développement des éléments bureaucrates au sein des organismes dirigeants, pour faire croire que les éléments bureaucrates avaient déjà triomphé sous la direction de Staline. Or le développement économique impétueux et harmonieux de l’URSS, alors seul pays au monde à ne pas subir le contrecoup de la Grande Dépression, suffit à prouver que les rapports de production socialistes y dominaient alors et constitue donc à lui seul un cinglant démenti à la soi-disant victoire de la bureaucratie stalinienne. On ne peut évidemment en dire autant de l’URSS post-stalinienne…

Sous couvert de lutter contre le trotskisme, notre « camarade » nie donc ─ ou du moins amoindrit très fortement ─, le danger de dégénérescence bureaucratique comme principale source de danger de constitution d’une nouvelle classe exploiteuse dans un pays socialiste où n’existe plus de classe exploiteuse constituée. On voit bien que cette position aboutit en fait à jeter le discrédit sur les staliniens, et ainsi à donner des armes au trotskisme en lui permettant de se renforcer…

A la vue de ce triste constat, nous nous demandons :

S’il est si difficile à concevoir que sous le socialisme, l’Etat et le Parti communiste soient les lieux où se manifestent le plus âprement la lutte des classes une fois les classes sociales exploiteuses liquidées, et que les éléments bourgeois hostiles chercheront à s’en emparer à n’importe quel prix ─ qu’il s’agisse d’anciens débris revanchards infiltrés de l’ordre ancien ou d’éléments bureaucrates et carriéristes nouveaux aspirant à profiter de leur position privilégiée pour acquérir de nouveaux privilèges…

S’il est si difficile de concevoir le fait que dans un pays socialiste où l’industrie se trouve entièrement socialisée dans les mains de l’Etat, la constitution d’une nouvelle classe bourgeoise au sein même de l’appareil de l’Etat et du Parti ne puisse conduire à autre chose qu’au rétablissement immédiat du capitalisme sous la forme d’un capitalisme monopoliste d’Etat…

S’il est si difficile de concevoir que la forme, en apparence préservée de la propriété sociale des moyens de production ─ mais en apparence seulement ! ─, serve alors en fait aux nouveaux exploiteurs à masquer son nouveau contenu bourgeois, et que la propriété étatisée soit alors du même type que celle du secteur « public » des pays capitalistes traditionnels…

S’il est si difficile de concevoir que dès lors qu’elle accède au pouvoir et parvient à s’affranchir des mécanismes de contrôle populaire qui constituent le fondement essentiel de l’Etat de dictature du prolétariat, le pouvoir de la nouvelle bourgeoisie nomenclaturiste aboutisse à la transformation de l’Etat en un Etat bourgeois des plus classiques et que l’Etat devienne alors un instrument de mystification, d’oppression et de répression orienté contre les travailleurs et leurs intérêts…

S’il est si difficile de concevoir que la seule chose qui restait alors du « socialisme » dans l’URSS social-impérialiste se ramenait alors à des « acquis sociaux » ─ au demeurant guère plus « socialistes » que ceux qu’accordent temporairement les Etats impérialistes dominants à leur exploités « privilégiés » au cours des périodes de relative prospérité économique ─ c’est-à-dire des chaînes dorées grâce auxquelles les exploiteurs achètent la paix sociale ─, et que la nouvelle classe exploiteuse monopoliste d’Etat « soviétique » ne put maintenir qu’aussi longtemps que l’économie du pays ne connût pas de crise économique majeure…

S’il est si difficile de concevoir que ce que notre « camarade » prend pour des indices d’un processus « progressif » de restauration du capitalisme, c’est-à-dire les diverses « réformes économiques » mises en place successivement par les révisionnistes au pouvoir ─ « réformes » qu’il énumère et analyse aussi mécaniquement que superficiellement ─, n’étaient rien d’autres que des oppositions et des rivalités internes à la bourgeoisie portant sur les formes de gestion de la propriété d’Etat, c’est-à-dire sur la question de savoir de quelle façon cette nouvelle propriété bourgeoise sera administrée : par exemple soit d’une façon centralisée, soit d’une façon décentralisée…

<