POUR LE CENTENAIRE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE D’OCTOBRE 1917

Il y a quelques mois, un rassemblement a été organisé en banlieue lyonnaise par des groupes oppositionnels à la ligne de la direction du Parti « communiste » français. Un camarade est intervenu dans le débat sur le bilan de la révolution d’Octobre 1917, pour y apporter un point de vue maoïste. Si notre organisation était présente, c’est parce que nous connaissons la sincérité des jeunes militant-e-s qui cherchent à impulser la lutte à l’intérieur du P « c »F pour rendre ce parti révolutionnaire à nouveau. Certain-e-s d’entre nous y ont cru par le passé, et ont mené leurs premiers combats au sein du P « c »F, avant de se dire qu’il était idéaliste de vouloir ressusciter ce qui était mort et qu’il valait mieux consacrer leur énergie à construire le nouveau parti communiste dont la classe ouvrière a besoin. Nous avions autre chose à faire de nos vingt ans que de servir de force d’appoint à une fraction opportuniste contre une autre, sous prétexte du moindre mal. Nous ne voulons pas que l’énergie des camarades qui se fixent aujourd’hui les mêmes objectifs que nous nous fixions il y a quinze ans, soient détournés de leur but révolutionnaire et conduit dans les ornières de l’opportunisme.

De plus en plus de militant-e-s qui se réclament du marxisme-léninisme s’inspirent des textes du professeur de philosophie italien Domenico Losurdo. La théorie de Losurdo est simple et tordue en même temps : il est entendu que les communistes du monde entier, et spécialement celles et ceux des métropoles impérialistes, doivent se solidariser sans conditions avec les luttes de libération des peuples (c’est-à-dire accepter la lutte « par tous les moyens nécessaires » comme disait Malcom X, prendre parti pour la violence révolutionnaire des opprimé-e-s même si des soldats français doivent mourir en face, ne pas prétendre leur dicter notre propre agenda). Or, pour Losurdo cette solidarité sans conditions doit concerner non seulement la lutte révolutionnaire mais aussi les compromis et les retours en arrière, dictés eux aussi par les cruelles nécessités du réel. Losurdo parle à des militant-e-s qui veulent défendre les révolutions russes et chinoises. Il les flatte dans le sens du poil en leur disant : si vous voulez défendre Lénine et Staline vous devez défendre aussi Brejnev et Andropov (il ne va pas jusqu’à défendre Khrouchtchev, mais le considère comme un ami du socialisme qui se trompe, et non comme un ennemi  qui se cache), si vous voulez défendre Mao, vous devez aussi défendre Deng Xiaoping, Jiang Zemin, Hu Jintao et Xi Jinping (un auteur de la même tendance néo-révisionniste, le belge Ludo Martens allait même jusqu’à dire : si vous voulez défendre la révolution burkinabé de Thomas Sankara, vous devez défendre son assassin Blaise Compaoré). Cette théorie n’est pas matérialiste : Brejnev, Deng Xiaoping et Compaoré ne représentent pas le retour au réel après les « utopies » et/ou les « erreurs » de Lénine-Staline, Mao ou Sankara. Ils représentent la contre-révolution, la restauration du capitalisme par une nouvelle bourgeoisie (et dans le cas de Compaoré, une bourgeoisie compradore au service de l’impérialisme français). Ils sont socialistes en parole, mais capitalistes en réalité. Si nous voulons avancer dans le bilan des expériences socialistes, nous devons saisir cette réalité.

Une critique plus poussée des écrits de Losurdo est à faire. Dans ses derniers écrits, cet infatigable professeur d’inconséquence s’intéresse aux luttes antisexistes et antiracistes, pour en proposer une version aussi inconséquente que sa vision de la construction du socialisme. Nous devons au contraire aider tous les camarades qui veulent défendre l’héritage de Lénine-Staline à ne pas s’arrêter au milieu du chemin, mais à faire la critique du révisionnisme qui a sapé les bases du socialisme en URSS.

Intervention pour le débat de la « Fête Populaire » à l’occasion du centenaire de la révolution d’Octobre

La grande révolution socialiste d’octobre a eu le mérite d’avoir constitué la première expérience de dictature du prolétariat et de transition vers le communisme après les 73 jours de la commune de Paris. Cette expérience a eu lieu dans des conditions extraordinairement difficiles et avec des erreurs inévitables dans un contexte d’encerclement capitaliste. Les démocraties populaires nées de la lutte antifasciste, n’auraient pas été possibles sans les enseignements d’octobre et la victoire soviétique de 1945. Les camarades chinoi-se-s se sont inspiré-e-s des leçons de la Révolution d’octobre, de ses victoires comme de son échec final, pour essayer d’aller plus loin, mais là aussi le capitalisme a été restauré après le coup d’Etat de 1976.

Le camarade Lénine nous enseigne que la transition au communisme est une période où s’affrontent le vieux mode de production capitaliste et le mode de production socialiste à naître.

1991 est la dernière étape de destruction de l’URSS. Mais ce coup d’état de l’intérieur avait été initié déjà depuis Khroutchev et sa politique de renoncement à la lutte révolutionnaire. Ce coup d’Etat avait une base matérielle constituée non seulement d’éléments des anciennes couches bourgeoises, mais aussi de couches bourgeoises nouvelles produites par l’organisation de la production (c’est un élément intéressant du livre de Robert Linhart, Lénine, les paysans, Taylor). Les classes sociales se développent sur une base matérielle préexistante, elles ne peuvent naître spontanément, comme des souris qui sortent du chapeau d’un magicien.

L’introduction d’éléments de marché privé dans les kolkhozes comme dans les usines a renforcé la base des éléments bourgeois des différentes républiques, qui ont fini par se marcher sur les pieds et par se sauter à la gorge dès avant la chute du mur de Berlin. Les bourgeoisies des différentes républiques ont pu mobiliser les masses pour leurs intérêts, en ravivant un chauvinisme et un racisme qui n’avaient jamais totalement disparu, comme en témoignent les pogroms d’Arménien-ne-s à Soumgaït (1988) et Bakou (1990), organisés par la bourgeoisie azérie.

Être fidèle à Lénine et aux combattant-e-s d’Octobre, c’est lutter contre le dogmatisme et le culte des icônes pour faire le bilan matérialiste qui nous permettra d’avancer vers de nouvelles victoires. Et pour commencer étudier la base sociale du révisionnisme, et étudier la lutte contre le révisionnisme en Chine et en Albanie (qui n’a pas empêché la restauration du capitalisme dans ces pays).

Les enseignements de la révolution d’Octobre doivent devenir accessibles aux masses et servir à préparer les luttes d’aujourd’hui contre le Capital, comme la lutte contre la loi Travail en ce moment même. Cela fait depuis 2010 que la classe ouvrière se mobilise à chaque attaque, à chaque projet de loi, renforçant l’oppression de la bourgeoisie par l’exploitation. L’élan est déjà là, mais il manque la stratégie de combat, élaborée à la lumière d’une théorie révolutionnaire. Il faut s’intéresser à la Révolution d’Octobre pour réfléchir au présent que l’on veut construire et arracher maintenant, et non pas seulement pour rendre hommage et glorifier le passé.

Vive la révolution socialiste d’Octobre, passons des luttes sociales à la révolution !

 

Source: http://futur-rouge.overblog.com/2017/11/pour-le-centenaire-de-la-revolution-socialiste-d-octobre-1917.html

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Être communiste au Québec après la révolution russe de 1917

Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Grande Révolution Bolchevique d’Octobre 1917, le journal centenaire (1910) Le Devoir publie un texte sur le vécu québécois de la célèbre révolution russe.

 

 

Nous sommes en 1917. À Moscou, le tsar est tombé. Lénine et les siens, des internationalistes, risquent-ils d’organiser une révolution mondiale ? Les chancelleries du monde, affolées de ce changement de cap qui pourrait les toucher, décident de se mêler de cette guerre civile dans l’espoir de contribuer à rétablir l’ordre ancien. Des contingents des États-Unis, de France, du Royaume-Uni, de Serbie, de Finlande, de Roumanie, de Turquie, de Grèce, du Japon et du Canada se portent à la défense des Russes blancs, les fidèles du tsar.

Parmi les Canadiens partis batailler en Russie, on trouve Antoine Rivard, futur ministre et solliciteur général du gouvernement anticommuniste de Maurice Duplessis. Il débarque à Vladivostok avec le 259e Bataillon canadien, arme à la main. L’échec de cet engagement militaire l’a fait oublier, affirme l’historien Benjamin Isitt.

Lorsqu’au printemps 1917, le révolutionnaire Léon Trotski tente, depuis New York, de regagner la Russie en passant par le Canada, il y est arrêté et emprisonné.

En raison de la répression institutionnelle dont est l’objet un tel mouvement, plusieurs informations manquent. Si bien que les historiens éprouvent du mal à retrouver, au Québec et au Canada, les traces de l’adhésion au communisme après la Révolution de 1917.

Il existe déjà au Québec, avant la guerre de 1914, plusieurs groupes socialistes. Ils ne sont pas étrangers au rayonnement des enseignements de Marx au sujet de l’exploitation ouvrière. En 1871, les moins de 16 ans forment 40 % de la main-d’oeuvre au Québec. Ce n’est qu’en 1907 que le gouvernement du Québec interdit le travail aux moins de 14 ans. En 1941 encore, près de la moitié des jeunes du Canada qui ne fréquentent pas l’école viennent du Québec.

Devant des conditions de travail pitoyables, les ouvriers s’organisent comme ils peuvent. Ce n’est qu’en 1921 qu’un Parti communiste canadien voit le jour. Son succès demeure faible. À la différence des États-Unis ou du reste du Canada, la pénétration du mouvement communiste au Québec après apparaît plus lente. L’Église, notamment, fait paravent. Aussi le mouvement communiste attire-t-il à lui beaucoup d’immigrants épris de solidarité envers des travailleurs issus d’un même horizon de misère.

Il faut attendre 1926 pour qu’un premier militant communiste au Québec se porte candidat aux élections. Ce sera Michael Buhay, dans la circonscription de Cartier, au coeur de Montréal, là même où, en 1943, à la faveur d’une élection partielle, Fred Rose sera le premier communiste élu à Ottawa. Rose, un électricien, sera à nouveau élu lors de l’élection générale de 1945, avant qu’on lui fasse un procès pour espionnage dont les contours restent à ce jour nébuleux.

Au nombre des jeunes militants politiques à l’époque sympathiques à Fred Rose, on trouve Jacques Parizeau (ancien premier ministre indépendantiste du Québec qui a présidé au référendum sur la souveraineté en 1995). Dans Fred Rose, un Canadien errant, un film signé en 2002 par Francine Pelletier, Parizeau dit : « J’ai travaillé pour ceux qui travaillaient pour ceux qui travaillaient pour Fred Rose. » Jacques Parizeau explique qu’une figure aussi improbable que lui, un bourgeois de naissance, n’était pas la bienvenue chez les communistes.

Au début des années 1920, le mouvement communiste au Québec mise beaucoup sur l’éducation populaire. Il parle des réalités de l’exploitation aux ouvriers. À Montréal, on trouve le Labor College, une sorte de club ouvrier comme on en trouve en Europe et où se réunit un Comité d’aide à l’URSS, ce nouveau pays dont le nom ne renvoie pas exactement à un territoire, mais à une nouvelle conception du monde.

Au Labor College, deux femmes jouent un rôle majeur : Annie Buller et Bella Gauld. Ces deux militantes d’institutions de charité ont abandonné l’univers libéral dans lequel elles baignaient pour adhérer à un idéal communiste, plus susceptible selon elles de changer vraiment la société. Et les voilà qui offrent des cours d’économie, d’histoire et de culture générale, dans une perspective de luttes des classes.

Quelle place jouent les femmes dans la constitution initiale de ce mouvement au Québec ? En Abitibi, en 1933, Jeanne Corbin, une militante communiste, soutient la grève de bûcherons. Dans leurs cabanes de bois, véritables repères des poux et de la misère, les autorités qui procèdent à des arrestations trouvent des portraits de Karl Marx. Jeanne Corbin sera condamnée à trois mois de prison. L’historienne Andrée Lévesque lui a consacré un livre. Il en faudrait sans doute un aussi pour mieux comprendre le parcours de Léa Roback : en 1937, cette communiste structure une grève de milliers de femmes pour améliorer leurs conditions. Elles travaillent jusqu’à 80 heures par semaine dans les usines de couture de Montréal pour des salaires qui ne dépassent pas 12,50 $.

Le plus célèbre des militants communistes au Québec reste Norman Bethune. Inventeur d’instruments de chirurgie encore utilisés aujourd’hui, ce médecin exerce son action pour les plus démunis. Il va notamment plaider auprès du gouvernement du Québec pour la mise en place d’un système de soins de santé pour tous.

Dans l’Espagne déchirée par la guerre civile, Bethune organise une unité mobile de transfusion sanguine. L’Espagne de Franco qu’il combat fait corps avec le régime d’Hitler. Quand en juin 1937 Bethune tient à Montréal une assemblée publique ouvertement favorable aux communistes espagnols, quelque 9000 personnes répondent à son appel et l’applaudissent.

En avril 1937, l’écrivain André Malraux fera lui aussi une brève visite à Montréal pour plaider en faveur de ses camarades espagnols. Malraux souligne à cette occasion l’importance de Bethune. Le poing fermé, il salue la foule. De son souvenir à Montréal, l’écrivain conserve celui d’un vieil ouvrier canadien-français qui, s’avançant vers lui à la fin de la soirée, lui donna sa montre en or, pour ainsi dire sa seule richesse, afin d’aider les camarades espagnols.

En 1937 toujours, Duplessis fait adopter sa loi dite du cadenas. Elle permet d’interdire toute activité de gauche jugée subversive. Mais durant la Seconde Guerre mondiale, le ton à l’égard des communistes va s’adoucir : le Canada est alors l’allié de l’URSS. À Montréal, les usines fabriquent même des tanks destinés à ce Staline dont les crimes ne sont pas encore largement dénoncés.

Quel espace tient alors le communisme dans les consciences ? La question reste complexe. En entrevue devant la caméra de Francine Pelletier, l’ex-premier ministre Jacques Parizeau résumait : « J’aurais volontiers rejoint le Parti communiste. Si vous aviez une conscience sociale, vous vouliez être du côté des communistes. »

 

Source : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/511190/communisme-etre-communiste-au-quebec-apres-la-revolution-de-1917?utm_campaign=Autopost&utm_medium=Social&utm_source=Facebook

Défendre la vie du président Gonzalo, c’est défendre le maoïsme !

Article du Parti Communiste Maoïste (PCM) en réponse à l' »attaque » de l’OCML-VP contre le président Gonzalo et le Parti Communiste du Pérou (PCP) !

Le jour du 25e anniversaire de l’arrestation du président Gonzalo du Parti Communiste du Pérou, dirigeant la Guerre Populaire Prolongée au Pérou, l’OCML-VP a décidé de publier un long communiqué présentant le président Gonzalo comme un liquidateur. Cet article est intitulé «  A propos de la Guerre Populaire au Pérou, la trahison de la direction du PCP et la capitulation du Président Gonzalo », le nom annonce la couleur.

L’essence de ce communiqué est la suivante :

– Après son arrestation, le président Gonzalo aurait capitulé et collaboré avec l’ennemi plus ou moins directement pour mettre fin à la Guerre Populaire et arriver à des accords de paix.

– Le président Gonzalo est en pleine collaboration avec la Ligne Opportuniste de Droite (LOD) représentée par le MOVADEF

– La Guerre Populaire au Pérou aurait échoué à cause d’un « culte de la personnalité » autour du président Gonzalo

Nous allons voir en quoi ce communiqué, loin d’être une critique du Parti Communiste du Pérou et de son expérience, s’affiche au contraire comme une attaque complète sur toute la ligne contre le maoïsme. Ce communiqué est le résultat d’une ligne idéologique et politique fondamentalement erronée reposant sur une large déformation du maoïsme, le résultat en est que l’OCML-VP en vient à prendre position pour les lignes opportunistes de droite et de « gauche » au Pérou, une position internationale qui bien sûr se reflète dans leur pratique localement.

Critique ou attaque ?

La Guerre Populaire Prolongée (GPP) a été déclenchée au Pérou en 1980 par le Parti Communiste du Pérou dirigé par le président Gonzalo. Au moment où celle-ci a été initiée le mouvement communiste international était affaibli et en recul : en 1976 a eu lieu le coup d’État et la contre-révolution en Chine mettant fin au dernier bastion socialiste, dans les années 1980 la Guerre Populaire en Inde était affaiblie par la répression et la division géographique et organisationnelle du mouvement, aux Philippines la Guerre Populaire essuyait successivement des échecs suite à des erreurs stratégiques importantes qui seront rectifiées dans les années 90 avec la Seconde Campagne de Rectification qui réaffirme le maoïsme et la stratégie de la GPP. Ainsi le déclenchement de la Guerre Populaire au Pérou fut une initiative d’une importance majeure pour le mouvement communiste international et il fut pour cette raison immédiatement la cible de l’impérialisme qui chercha à l’écraser par tous les moyens à sa disposition.

Malgré la répression brutale et les massacres, y compris au sein des prisons comme en juin 1986, la Guerre Populaire se développa rapidement allant jusqu’à toucher la grande majorité du territoire et y compris la capitale Lima. Elle atteindra le plus haut développement qu’ait connu les Guerres Populaires après la contre-révolution de 1976 en Chine. Même après la capture du président Gonzalo en septembre 1992 et alors que celui-ci se retrouvait entre les mains de l’ennemi, la Guerre Populaire perdura tout au long des années 1990 avant de diminuer en intensité.

Lors de cette Guerre Populaire des conquêtes importantes ont été réalisées par le mouvement communiste international contre l’impérialisme. Des conquêtes qui ont notamment une importance essentielle dans la compréhension du maoïsme que nous avons aujourd’hui. Ce sont contre ces conquêtes que l’OCML-VP a rédigé son attaque contre le mouvement communiste du Pérou.

Pourquoi parlons-nous d’attaque et non de critique concernant ce communiqué ? Au sein du mouvement communiste la critique est non seulement permise mais même encouragée, le processus de critique-autocritique est indispensable pour rectifier nos erreurs et avancer. Ce qui distingue la critique de l’attaque est son caractère non constructif mais destructeur. Dans le cas de l’OCML-VP il ne s’agit pas d’une critique idéologique et politique du mouvement communiste du Pérou sur des erreurs que celui-ci aurait commis mais il s’agit de reprendre sans encombre les mensonges et les calomnies diffusés par l’ennemi et les liquidateurs pour attaquer unilatéralement le Parti Communiste du Pérou et son dirigeant, le président Gonzalo.

L’attaque de l’OCML-VP se base sur le fait que le président Gonzalo aurait trahi la Guerre Populaire en agissant comme un liquidateur après son arrestation par l’ennemi. Selon l’OCML-VP, il aurait été un liquidateur plus ou moins conscient mais dans tous les cas se prêtant au jeu que les impérialistes veulent lui faire jouer. Sur quoi se base cette allégation aussi grave, une allégation qui a toujours été rejetée par le mouvement maoïste et dont les seuls soutiens sont le gouvernement et les opportunistes de droite et de « gauche » ?

Cette théorie de Gonzalo comme liquidateur est la thèse présentée par l’État péruvien, une thèse élaborée de toute pièce par le SIN (les services secret péruviens) avec la complicité de la CIA. Voilà d’où proviennent toutes les sources de l’OCML-VP qui l’admet elle-même dans son article. Admettant elle même que les lettres des accords de paix ainsi que les « interviews » vidéos seraient fausses, comment l’OCML-VP peut-elle tout de même affirmer que le président Gonzalo aurait trahi ? Elle fait cela en prétendant que celui-ci se serait prêté au jeu, en acceptant d’être filmé par exemple ou en ne levant pas le poing lors de son dernier procès !

Ainsi l’OCML-VP détiendrait une vérité que tout le mouvement maoïste n’a pas, car elle aurait remarqué que Gonzalo n’a pas levé le poing lors de son dernier procès.

Il est évident que cela ne fait aucun sens. Le président Gonzalo est maintenu dans l’isolement le plus total depuis 25 ans, l’État péruvien essaye de le faire mourir d’une mort lente car son élimination directe n’aurait fait qu’intensifier la Guerre Populaire. Le président Gonzalo n’a jamais pu réaliser aucun entretien devant la presse internationale hormis lors de son discours de la cage du 24 septembre 1992 où il appelle à poursuivre la Guerre Populaire en affirmant que son arrestation ne constitue qu’un détour sur la route. Le président Gonzalo n’a aucun contact avec le monde extérieur.

Et justement qu’est-ce que le MOVADEF dont l’OCML-VP reprend les calomnies ? Le « Mouvement pour l’Amnistie Générale et la Réconciliation Nationale » (MOVADEF) est une organisation mise en place par la ligne opportuniste de droite (LOD). La LOD est composée d’anciens membres du PCP qui ont rejeté la Guerre Populaire Prolongée et ont appelé à déposer les armes, ce sont les liquidateurs de la Guerre Populaire. Cette LOD s’est constituée en MOVADEF grâce au travail et à l’appui du SIN. Le MOVADEF est aujourd’hui l’organisme qui a à sa tête le seul avocat en lien avec le président Gonzalo. Le MOVADEF est directement un outil monté et mis en place par les impérialistes dans leur programme de contre-insurrection.

Un an après l’arrestation du président Gonzalo en 1992. En 1993, le président du Pérou, Alberto Fujimori (aujourd’hui emprisonné pour crime contre l’humanité, responsable d’une politique génocidaire contre le mouvement révolutionnaire et notamment de la stérilisation forcée de milliers de femmes indigènes accusées de pro-créer des communistes!) présente des fausses lettres de paix attribuées à Gonzalo et peu de temps après des vidéos truquées (cela était évident pour tous les communistes et cela sera révélé plus tard par les services secrets). L’ensemble du mouvement maoïste international a mené une intense campagne pour la libération du président Gonzalo après son arrestation. Toutes les demandes de visites du président Gonzalo par des personnalités progressistes ont été rejetées.

Les seules à croire que le Président Gonzalo aurait appelé à signer des accords de paix sont des anciens dirigeants du PCP devenus des liquidateurs, les opportunistes de droite, ainsi qu’une ligne militariste, opportuniste de « gauche », qui ont exigé que Gonzalo soit relâché pour être jugé par leur soin. Ainsi l’OCML-VP reprend sans encombre à son compte des calomnies émanent directement des impérialistes et de leurs laquais locaux qui ne sont soutenus que par les opportunistes de droite et de « gauche ». Une fois de plus l’OCML-VP navigue à vue entre l’opportunisme de droite et de « gauche ».

Aucun révolutionnaire conséquent n’accorde du crédit et de l’importance à des propos d’un dirigeant révolutionnaire emprisonné, aux mains de l’ennemi et qui ne peut s’exprimer directement à son Parti. Admettre les calomnies de l’ennemi et les reprendre à son compte, c’est se faire la courroie de transmission des impérialistes dans le mouvement maoïste.

Si l’OCML-VP se couvre de honte en reprenant de telles allégations, c’est car elle sous-estime et ne comprend à aucun moment les tactiques et techniques de contre-insurrection menées par l’ennemi. L’OCML-VP a toujours envisagé la révolution dans un avenir lointain et ne s’y est par conséquent jamais préparée sérieusement, elle n’étudie pas à fond les questions de la clandestinité et de la répression en cas de Guerre Populaire. L’histoire montre pourtant à quel point l’ennemi investie massivement et se perfectionne dans la guerre psychologique et dans la contre-insurrection. Cela s’est particulièrement vue lorsque l’impérialisme français a mené une lutte acharnée contre le mouvement national algérien, c’est à ce moment là que de nombreux outils de contre-insurrection vont être développés et ensuite exportés en Amérique du Sud par des militaires français directement employés par les dictatures militaires d’Amérique du Sud. Parmi ces méthodes, l’une d’entre elle consiste à faire croire à la trahison de dirigeants pour que ceux-ci soient éliminé par le mouvement lui-même ainsi que pour démobiliser les masses.

La Guerre Populaire au Pérou représentait dans les années 80 et 90 le seul mouvement communiste à aller contre-courant dans une période de restauration totale du capitalisme et d’offensive généralisée de la bourgeoisie sur le communisme présenté comme appartenant désormais au passé. Le Parti Communiste du Pérou constituait donc une cible d’une importance toute particulière pour l’impérialisme, en particulier l’impérialisme yankee. Pour s’en apercevoir il suffit de faire quelques recherches sur le nombre impressionnant d’études réalisées par l’armée américaine et ses écoles, des organisations stratégiques américaines et les services secrets le concernant pour établir des stratégies de contre-insurrection. Beaucoup de ses études en arrivaient à la conclusion que la victoire de la Guerre Populaire au Pérou serait presque inévitable. Il a donc fallu des moyens immenses à l’État péruvien et ses services secrets grâce à la collaboration des Etats-Unis pour mettre fin brutalement à cette Guerre Populaire, d’une part par les massacres et d’autre part par une intensive guerre psychologique.

En définitif, l’OCML-VP oublie une des leçons essentielles de la lutte révolutionnaire : l’ennemi est fort tactiquement mais faible stratégiquement. Fort tactiquement car il dispose de moyens militaires immenses, d’une expertise et d’un savoir-faire brutal et perfectionné en matière de contre-insurrection et de guerre de basse intensité ; faible stratégiquement car l’ennemi n’a pas le soutien du peuple, il représente une minorité, une oppression, il est dans le camps de l’injustice et il sera donc nécessairement renversé. L’OCML-VP sous-estime et oublie entièrement la force tactique de l’ennemi et se prend à son jeu.

Aujourd’hui, nous réaffirmons, comme cela a toujours été affirmé par le mouvement maoïste international, que les dernières consignes du Président Gonzalo valables concernant la Guerre Populaire au Pérou sont celles données dans le discours de la cage, le 24 septembre 1992. Dans ce discours magistral (voir discours en intégrale sous-titré en anglais), celui-ci affirme la nécessité de continuer et d’intensifier la Guerre Populaire, il affirme que son arrestation ne constitue pas un point d’arrêt mais juste un détour sur la route.

Öcalan, Gonzalo : même combat ?

Dans son communiqué, l’OCML-VP s’aventure à comparer le président Gonzalo à Öcalan, le pilier du PKK emprisonné depuis maintenant plus de 18 ans.

Il part du postulat que tous deux seraient des capitulards et qu’on devrait donc les défendre de manière similaire.

Tout d’abord, il existe des différences fondamentales entre le président Gonzalo et Öcalan. Le président Gonzalo est un des dirigeants marxistes les plus important, la Guerre Populaire qu’il a dirigé avec le PCP au Pérou avait une valeur profondément internationale et a notamment servi d’exemple pour le déclenchement de la Guerre Populaire au Népal en 1996. D’un autre côté, Öcalan est le dirigeant du mouvement national kurde qui s’oppose à l’État réactionnaire turc, un Etat sous domination de l’impérialisme américain ; d’un point de vue de classe, Öcalan est le représentant de la bourgeoisie nationale kurde. Ce sont donc deux ennemis de valeur très différentes pour l’impérialisme.

De même et par conséquent, contrairement à l’isolement total que subit le président Gonzalo, Öcalan lui dispose de moyens de publication et communication reconnus par le mouvement national kurde.

L’OCML-VP affirme qu’un prisonnier politique même s’il devient un liquidateur et se met au service de l’ennemi, doit être défendu et que nous devons exiger sa libération. Cette position montre en tout point leur opportunisme et est à l’exact opposé de la pratique du mouvement révolutionnaire. S’il est parfaitement avéré qu’un camarade arrêté, une fois aux mains de l’ennemi se met à collaborer, à donner des informations à l’ennemi, s’il devient un liquidateur et donc un traître, le mouvement révolutionnaire n’a plus aucun devoir de le défendre. Cet individu, quelqu’ait pu être son passé dans le mouvement, tombe dans l’oubli et la seule chose que le mouvement attend de lui est sa libération pour lui infliger sa sentence pour trahison. Si nous défendons les prisonniers qui collaborent avec l’ennemi et qui liquident notre mouvement, nous encourageons alors tous les camarades arrêtés à en faire de même, cela est inacceptable.

La position révolutionnaire consiste à ne pas croire les propos d’un camarade enfermé et dans les mains de l’ennemi car il n’est pas possible d’en vérifier l’authenticité ni de savoir ce qui est subit par le camarade. Si un camarade est avéré être un traître au mouvement, celui-ci doit être jugé en conséquence par le Parti.

La position de l’OCML-VP sur les prisonniers politiques en général se retrouvent donc être complètement erronée et à l’opposé de l’expérience du mouvement communiste international.

Sur le « culte de la personnalité »

L’OCML-VP affirme qu’une des raisons principales de l’échec de la Guerre Populaire au Pérou serait la pratique d’un « culte du chef » par le PCP. L’OCML-VP aurait déjà remarqué ce problème dans un de ses documents de 1990.

Les accusations de « culte de la personnalité » contre le mouvement communiste ne sont pas nouvelles. Elles ont été utilisées aussi bien contre Lénine, Staline ou Mao. L’exemple le plus flagrant est celle faite contre Staline par Khrouchtchev lors du XXe Congrès du PCUS : cette attaque contre le soit-disant « culte de la personnalité » autour de Staline n’était qu’un prétexte pour liquider le socialisme en URSS et entamer la restauration du capitalisme.

Regardons ce que dit le président Gonzalo concernant l’accusation de « culte de la personnalité » dans L’Interview pour El Diario réalisée en 1988 :

« Khrouchtchev souleva le problème du culte de la personnalité pour combattre le camarade Staline, mais nous savons tous que ce ne fut qu’un prétexte en fait, pour combattre la dictature du prolétariat. Aujourd’hui, même Gorbatchev brandit à nouveau le culte de la personnalité comme le firent aussi les révisionnistes chinois Liou Chao-chi [Liu Shaoqi] et Teng Siao-ping [Deng Xiaoping]. Par conséquent, c’est une thèse révisionniste qui vise en essence la dictature du prolétariat et les grands dirigeants et chefs du processus révolutionnaire général dans le but de les décapiter. Dans notre cas, que viserait-elle concrètement ? Décapiter la guerre populaire. Nous n’avons pas encore de dictature du prolétariat mais un Nouveau Pouvoir qui se développe selon des normes de démocratie nouvelle ou de dictature conjointe d’ouvriers, de paysans et de progressistes. En ce qui nous concerne, cette thèse a donc pour but principal de décapiter la direction. Et la réaction et ses laquais savent très bien pourquoi ils le font : parce que ce n’est pas facile d’engendrer des chefs et un grand dirigeant. Et une guerre populaire telle qu’elle se développe dans le pays, a besoin de chefs et d’un grand dirigeant, de quelqu’un qui la représente, la dirige et d’un groupe capable de la commander inflexiblement. En résumé le culte de la personnalité est une sinistre thèse révisionniste qui n’a rien à voir avec notre conception sur les chefs, laquelle s’en tient au léninisme. »

A la lumière des propos du président Gonzalo, on comprend parfaitement le but derrière l’accusation de « culte de la personnalité » à l’encontre du président Gonzalo faite par l’OCML-VP.

L’OCML-VP affirme que la pensée gonzalo fut un des principales facteurs de l’échec de la Guerre Populaire au Pérou car celle-ci contribuerait à « dépolitiser les masses » et laisserait penser que ce sont les grands hommes qui font l’histoire. Tout d’abord voyons ce que dit le président Gonzalo lui même sur la pensée gonzalo :

« El Diario: Puisque nous parlons d’idéologie, pourquoi la Pensée Gonzalo?

Président Gonzalo : Le marxisme nous a toujours enseigné que le problème réside dans l’application de la vérité universelle. Le Président Mao Tsétoung insistait énormément sur ce point ; si le marxisme-léninisme-maoïsme ne s’applique pas à une réalité concrète, on ne peut pas diriger une révolution, on ne peut pas transformer le vieil ordre, ni le détruire, ni en créer un nouveau. C’est l’application du marxisme-léninisme-maoïsme à la révolution péruvienne qui a engendré la pensée gonzalo, dans la lutte de classes de notre peuple, principalement du prolétariat, les luttes incessantes de la paysannerie et dans le contexte bouleversant de la révolution mondiale. C’est au milieu de tout ce fracas, en appliquant le plus fidèlement possible la vérité universelle aux conditions concrètes de notre pays, que s’est matérialisée la pensée gonzalo. Auparavant on l’appelait la pensée guide ; et si aujourd’hui le Parti a sanctionné lors du Congrès la pensée gonzalo, c’est parce qu’il s’est produit un bond dans cette pensée guide, précisément au cours du développement de la Guerre Populaire. En synthèse la pensée gonzalo n’est que l’application du marxisme-léninisme-maoïsme à notre réalité concrète ; ceci nous amène à voir qu’elle est spécifiquement capitale pour notre Parti, pour la guerre populaire et pour la révolution dans notre pays, j’insiste, spécifiquement capitale. Mais pour nous, si nous considérons l’idéologie au plan universel, le principal est le maoïsme, je le répète une fois de plus. »

Ainsi la pensée gonzalo loin d’être un quelconque « culte du chef » ou de dépolitiser les masses, s’est formé au contraire du fait de la lutte des masses et dans la lutte des masses, elle s’est formée dans le feu de la Guerre Populaire.

Affirmer que les masses auraient été dépolitisées à cause de la pensée gonzalo constitue une négation totale du haut niveau idéologique et politique des masses péruviennes durant la Guerre Populaire au Pérou, un niveau idéologique rarement atteint qui se manifestait dans tous les domaines. Le reportage traduit par la Cause du Peuple « People’s of the shining path » permet en partie d’en rendre compte. Le PCP a toujours placé au cœur de sa formation, la formation idéologique, c’est ce qu’il y avait de plus central et de plus essentiel pour les militantes et militants du PCP et les masses du Pérou.

Affirmer que la constitution d’une pensée guide s’accompagnerait d’une dépolitisation des masses est simplement anti-historique et va à l’encontre même de l’histoire du maoïsme. C’est pendant la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine que s’est affirmée plus que jamais la pensée mao tsetoung, l’OCML-VP affirmerait donc que pendant cette période les masses populaires en Chine se sont dépolitisées ? Cela n’a évidemment aucun sens, la période de la Révolution Culturelle est le moment où les masses se sont le plus politisées !

Si l’OCML-VP s’en prend avec tant de vigueur au président Gonzalo, au PCP et à la pensée gonzalo, c’est car elle en rejette fondamentalement tous les apports.

Les apports du Parti Communiste du Pérou et du Président Gonzalo

Ainsi l’OCML-VP ne s’est jamais revendiqué du marxisme-léninisme-maoïsme. Elle préfère proposer une version éclectique du « maoïsme » qu’elle nomme « marxisme-léninisme et maoïsme ». A première vue cela pourrait sembler proche : ne serait-ce qu’une différence de forme ? Un vulgaire débat sur les mots plutôt que sur le fond ?

Loin de là, malgré la proximité des appellations, le fait est que l’OCML-VP rejette des conceptions essentielles du maoïsme, ces conceptions ont notamment été affirmées par le Parti Communiste du Pérou à travers une intensive lutte de lignes sur le plan international. Ce sont des enjeux idéologiques qui ont bien sûr des implications pratiques.

Tout d’abord le PCP a affirmé que le maoïsme forme le troisième jalon du marxisme, qu’il est la troisième, nouvelle et supérieure étape du marxisme. Il s’agissait d’une démarcation nécessaire avec ceux qui ne voyaient dans la pensée Mao Zedong que quelques apports en plus par rapport au marxisme-léninisme et que cela était principalement valide pour les pays semi-coloniaux semi-féodaux mais pas les pays impérialistes. En affirmant que le maoïsme est une nouvelle étape cela signifie qu’il a développé le marxisme dans ses trois composantes essentielles : le matérialisme dialectique et historique, l’économie politique marxiste et le socialisme scientifique. Dans ces trois domaines un bond qualitatif a été effectué.

Mais l’OCML-VP ne peut reconnaître l’ensemble de ces apports du maoïsme au marxisme et c’est pour ça que jusqu’aujourd’hui elle refuse de s’identifier comme marxiste-léniniste-maoïste.

Un des apports essentiels du maoïsme que rejette l’OCML-VP est la Guerre Populaire Prolongée. Le PCP a affirmé que la Guerre Populaire est une composante essentielle et universelle – c’est-à-dire applicable partout – du maoïsme.

« La guerre populaire est la théorie militaire du prolétariat international dans laquelle, pour la première fois, se résume de façon systématisée et complète l’expérience théorique et pratique des luttes, des actions militaires et des guerres que le prolétariat a livré, la longue expérience de la lutte armée populaire et spécialement des guerres paysannes de la Chine. C’est avec le Président Mao que la classe sera dotée de sa propre théorie militaire; pourtant il règne à ce sujet une grande confusion et beaucoup d’incompréhension. Cette incompréhension commence par la vision que l’on a de la guerre populaire en Chine; en général on la considère comme étant réduite et, dédaigneusement comme une simple guerre de guérillas. Cela révèle déjà l’incompréhension de fait, qu’avec le Président Mao, la guerre de guérillas acquiert un caractère stratégique. De plus, on ne comprend pas le développement de la guerre de guérillas et comment, à partir de sa fluidité essentielle, elle développe sa mobilité, devient guerre de mouvement, de positions, développant de vastes plans d’offensive stratégique, conquérant des villes petites, moyennes et grandes avec des millions d’habitants, combinant l’attaque du dehors avec l’insurrection à l’intérieur. En conclusion, les quatre étapes de la révolution chinoise et principalement à partir de la guerre agraire à la guerre de libération populaire, en tenant compte qu’entre les deux il y eut la guerre anti-japonaise, nous montrent les diverses facettes et la complexité de la guerre révolutionnaire qui se livra durant vingt années au sein d’une population gigantesque et d’une immense mobilisation et participation des masses. Dans cette guerre on trouve des exemples de tout genre et, le principal, c’est que ses principes, ses lois, ses stratégies, ses normes etc. ont été étudiés à fond et magistralement établis. C’est donc dans ce creuset fabuleux et sur la base de ce que le marxisme-léninisme avait établi, que le Président Mao élabora la théorie militaire du prolétariat, la guerre populaire.

[…]

L’une des questions clé et décisive est celle de la compréhension de la validité universelle de la guerre populaire et de son application conséquente, en tenant compte des différents types de révolution et des conditions spécifiques de chacune d’entre elles. A propos de cette question clé il est intéressant de constater qu’une insurrection comme celle de Pétrograd, la résistance anti-fasciste et les guérillas européennes de la IIème Guerre mondiale ne se sont pas répétées, ni les luttes armées qui se livrent en Europe actuellement. Il faut aussi considérer que la Révolution d’Octobre ne fut pas seulement une insurrection, mais une guerre révolutionnaire qui dura plusieurs années. Par conséquent, dans les pays impérialistes la révolution ne peut se concevoir que comme guerre révolutionnaire et celle-ci, actuellement, est simplement une guerre populaire. »

  • Sur le marxisme-léninisme-maoïsme, Parti Communiste du Pérou, 1988

Pour plus de détail sur les apports du PCP dans l’affirmation du maoïsme nous vous renvoyons à la déclaration internationale faite pour le 30e anniversaire de la Journée de l’Héroïsme récemment traduite en français.

On comprend donc que ce n’est pas pour rien que l’OCML-VP reprend les calomnies des réactionnaires contre le président Gonzalo et le PCP à son compte. Derrière cette attaque contre le président Gonzalo et le PCP, il s’agit en fait bien d’une attaque même contre le maoïsme et tout ce que le PCP a pu faire pour synthétiser, défendre et appliquer le maoïsme. Il s’agit d’un rejet affirmé du marxisme-léninisme-maoïsme, de la Guerre Populaire Prolongée, fait non au moyen de la lutte idéologique mais de la manière la plus lâche en reprenant les larges mensonges diffusés par l’ennemi. Il s’agit évidemment d’une pratique profondément opposée à l’essence même du marxisme et qui devrait révolter tout révolutionnaire.

A celles et ceux qui avaient encore quelques doutes sur la nature de l’OCML-VP, la lecture de leur communiqué devrait balayer ces doutes définitivement !

Défendre, appliquer et développer le maoïsme !

Combattre le révisionnisme et l’opportunisme !

Défendons la vie du Président Gonzalo !

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/defendre-la-vie-du-president-gonzalo-cest-defendre-le-maoisme/

Sur la situation en Catalogne

 

Que se passe-t-il en Catalogne ? Cette nation présente sur plusieurs territoires de culture catalane (Valence, Baléares, Andorre,…), située principalement dans l’Etat espagnol, et en partie dans l’Etat français, a une situation politique qui évolue rapidement : une crise politique sans précédent s’est déclarée. Le gouvernement de la Generalitat (l’organisation politique détenant les pouvoirs exécutifs et législatifs régionaux de cette « communauté autonome », intégré il y a plusieurs siècles dans l’Etat espagnol) a promis depuis 2015 d’avancer vers la voie de l’indépendance. Pour cela, la Generalitat a convoqué un référendum pour le 1er octobre 2017.

Le gouvernement espagnol conservateur de Mariano Rajoy (dirigeant du Partido Popular, représentant la droite issue du franquisme) semble prêt à utiliser tous les moyens à sa disposition pour empêcher la tenue du référendum, que la Cour constitutionnelle a jugé illégal. Il faut rappeler que la police a quand même mené des perquisitions au siège du gouvernement régional catalan et a saisi les 19 et 20 septembre près de 10 millions de bulletins de vote, que 14 hauts responsables du gouvernement régional ont été arrêtés et le 21 septembre, que la justice a cité à comparaître plus de 700 maires catalans, que des entreprises privées ayant contribué à la propagande indépendantiste ont été perquisitionnées, que la Cour constitutionnelle a annoncé infliger des amendes de 6000 à 12 000€ tous les jours à 24 organisateurs du référendum jusqu’à ce qu’ils se plient aux résolutions de la « Justice ». 60 sites faisant la promotion du référendum ont été fermés, la campagne électorale est illégale et donc le collage d’affiches pour l’indépendance se fait dans l’illégalité, et Madrid a mis sous tutelle les finances de la région pour empêcher les financement illégaux.

La constitution considère en effet que l’Espagne est une et indivisible : malgré l’existence de différentes nations en son sein (Catalogne, Pays Basque, mais également Asturies, Galice, Andalousie…), l’héritage de l’empire et du franquisme reste profondément marqué dans l’organisation de l’Etat. La bourgeoisie continue de célébrer le « jour de l’hispanité », et le principal parti de droite, le PP, est l’héritier directe de la bureaucratie franquiste. Mais dans les faits, la bourgeoisie espagnole est une classe écartelée entre son caractère impérialiste et la réalité d’une centralisation incomplète. Si le pays s’est construit sur l’or provenu de la colonisation de l’Amérique latine, il a connu un important retard industriel par la suite. De plus l’Espagne n’a pas achevé son processus de centralisation comme l’a fait la France, qui a écrasé ses minorités nationales bien plus efficacement avec la diffusion d’une idéologie républicaine jacobine. Seuls quelques régions du nord de l’Espagne ont véritablement connu la révolution industrielle au XIXème siècle comme le Pays Basque (Euskal Herria), la Catalogne (Catalunya), ou encore la Galice.

Ces contradictions ont engendré une grande misère dans les campagnes, des inégalités économiques criantes, des revendications nationales centrifuges, et une instabilité politique profonde. La bourgeoisie dans sa majorité est très liée à l’église catholique, elle méprise ouvertement le peuple et ne cherche pas de vernis progressiste. Face à cela, le mouvement ouvrier s’est développé principalement sur une base anarcho-syndicaliste et anarchiste. Les contradictions de la société espagnole ont notamment été à l’origine du soulèvement réactionnaire puis de la guerre civile de 1936-1939, qui ont aussi vu l’intervention des puissances fascistes, du Mexique et de l’URSS. Basques et Catalans se sont mobilisés aux côtés de la troisième république, espérant obtenir l’indépendance nationale, ou au moins un statut et des libertés publiques.

La défaite de la République a fait taire temporairement les aspirations nationales. Le mouvement anarcho-syndicaliste et anarchiste a été balayé, les communistes ont été plongés dans la clandestinité, et la bourgeoisie a durement écrasé le prolétariat. La transition démocratique entamée après la mort de Franco en 1975 n’a fait que repeindre la façade du vieil état autoritaire et nationaliste : malgré la forme parlementaire de l’état, l’Espagne a un ensemble de lois parmi les plus répressives d’Europe. La torture des militantes et militants révolutionnaires et indépendantistes est courante, et il n’est toujours pas possible de critiquer ouvertement la monarchie.

Mais revenons à la situation actuelle. Qui mène le mouvement indépendantiste en Catalogne ? La direction du mouvement est clairement dans les mains de la bourgeoisie catalane. En termes de classes, une partie du prolétariat, de la bourgeoisie, et la majorité de la petite-bourgeoisie sont de culture catalane. Au contraire « les très riches et les très pauvres sont espagnols » : la grande bourgeoisie, tout comme les prolétaires les plus précaires venus tenter leur chance à Barcelone et dans les zones industrielles, sont plus proches de la culture espagnole.

La dernière Diada, la fête nationale transformée en manifestation pour l’indépendance, a réuni un million de personnes. Depuis une décennie, le développement économique rapide de la Catalogne pousse la petite et la moyenne bourgeoisie catalane à appuyer ouvertement le mouvement indépendantiste. Pour simplifier, disons cela ainsi : pour les bourgeois, il est plus avantageux de garder l’intégralité des impôts au niveau de la Catalogne que de les reverser à Madrid. La Catalogne représente tout de même 20% du PIB de l’Espagne, 30% de ses exportations et 50% de l’activité à forte valeur ajoutée ! Il y a une idée réactionnaire comme quoi « les Catalans » n’ont pas à se sacrifier pour le reste de la population en Espagne. Le mouvement catalan est-il cependant à rejeter dans son ensemble ? Non. Il s’agit d’une lutte nationale portant une caractéristique progressiste (l’indépendance vis-à-vis d’un Etat impérialiste). Mais cette lutte n’est pas révolutionnaire. L’oppression nationale vise le peuple, mais aussi la nation tout entière.

Pour les révolutionnaires de l’Etat français, la situation doit être suivie de prêt. Elle est potentiellement explosive en Espagne, et pourrait avoir des conséquences très importantes au niveau européen, entraînant un effet domino au Pays Basque et ailleurs, par exemple en Ecosse et en Irlande du Nord. Il est clair que Madrid n’envisageait pas que la situation s’envenime à ce point. Pour les conservateurs, il s’agissait d’un simple marchandage économique avec la bourgeoisie catalane, qui faisait son spectacle pour peser dans la balance et mobiliser sa base électorale.

Mais les bourgeois espagnols, qu’ils soient conservateurs ou socialistes, ont négligé un facteur : poussée par sa base, déçue des reculs subis par la Generalitat face aux conservateurs, la bourgeoisie catalane est allée plus loin que prévu. Elle peut encore renoncer au projet indépendantiste et s’en tirer à bon compte, en faisant ce que les politiciens bourgeois savent faire le mieux, c’est à dire en jouant la comédie. Ils peuvent prétexter que les menaces (un général espagnol avait laissé entendre qu’il défendrait l’ordre constitutionnel « par tous les moyens ») et la répression les empêchent de tenir le référendum, notamment la saisie des bulletins et des convocations, la fermeture des sites internet, les procès et la mise sous tutelle des finances de la Generalitat.
Mais Madrid joue un jeu très dangereux. La désobéissance civile est massive en Catalogne, il y a eu de grandes manifestations d’étudiants ces derniers jours, de nombreuses écoles sont occupées et des syndicats ont déposé un préavis de grève générale à compter du 1er octobre au cas où le référendum serait empêché. Si les forces de police locales, les Mossos, obéissent encore à Madrid, l’administration désobéit ouvertement. Les perquisitions de bâtiments publics ont choqué l’opinion. Et les procès des dirigeants catalans peut pousser les masses à tenter le tout pour le tout. Nous voici donc face à une situation de quitte ou double : ou bien le gouvernement écrase temporairement le mouvement indépendantiste, ou bien il le radicalise, et perd ses moyens face à la pression populaire.

Quoi qu’il en soit, les prochaines semaines seront déterminantes. Notre Parti se positionne donc ainsi :

Nous reconnaissons la définition d’une nation comme une communauté humaine, stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et formation psychique qui se traduit dans une communauté de culture.

L’Etat espagnol a usé et use de la force contre la nation catalane pour l’empêcher de faire sécession. Nous soutenons le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Si la nation catalane juge bon de faire sécession et donc de créer un Etat indépendant, c’est qu’elle se se sent opprimée par l’Etat espagnol. Nous devons soutenir son droit à l’autodétermination.

Le Camarade Lénine nous enseigne que « le principe de la nationalité est historiquement inéluctable dans la société bourgeoise, et compte tenu de cette société, le marxiste reconnaît pleinement la légitimité historique des mouvements nationaux. Mais pour que cette reconnaissance ne tourne pas à l’apologie du nationalisme, elle doit se borner très strictement à ce qu’il y a de progressiste dans ces mouvements, afin que cette reconnaissance ne conduise pas à obscurcir la conscience prolétarienne par l’idéologie bourgeoise. » (Notes critiques sur la question nationale, 1913)

Le nationalisme bourgeois de toute nation opprimée possède un contenu démocratique qui est dirigé contre l’oppression, c’est celui-là que nous soutenons. En revanche nous ne soutenons pas le contenu qui vise à renforcer le nationalisme et les privilèges de la bourgeoisie nationale et qui casse la conscience de classe du prolétariat en effaçant les distinctions de classes entre bourgeois, petits-bourgeois et prolétaires.

« Sous prétexte que ses demandes sont « pratiques », la bourgeoisie des nations opprimées va appeler le prolétariat à soutenir ses aspirations sans condition… Le prolétariat est opposé à une telle pratique. Tout en reconnaissant l’égalité des droits à un Etat national, il valorise surtout et avant tout l’alliance des prolétaires de tous les pays, et évalue toute demande nationale, toute séparation nationale, sous l’angle de la lutte de classe des travailleurs. Pour les travailleurs, la chose importante est de distinguer les principes des deux tendances. Dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée combat l’oppresseur, nous sommes toujours, dans tous les cas, et plus fortement que quiconque en sa faveur, car nous sommes les ennemis les plus constants et les plus fervents de l’oppression. Mais dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée est favorable à son propre nationalisme bourgeois nous somme contre. » (Lénine, cité par Ibrahim Kaypakkaya dans La Question Nationale en Turquie, 1971)

Nous soutenons donc le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Et nous soutenons l’unité du prolétariat catalan et espagnol contre les intérêts de la bourgeoisie et des propriétaires.

 

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/sur-la-situation-en-catalogne/

Le président américain promet «le fer et le feu» à l’ONU pendant que Trudeau se pose en grand espoir blanc du monde

Des questions importantes de guerre et de paix

 

Le débat général de la 72e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York a débuté cette semaine, le 19 septembre, et se poursuit jusqu’au 25 septembre. Les chefs d’État et de gouvernement ou leurs représentants s’adressent aux Nations unies pour énoncer les priorités qu’ils se fixent pour eux-mêmes, pour le monde et pour l’ONU.

À la toute première journée, le monde a eu droit à une manifestation de la crise profonde dans laquelle s’enlisent les États-Unis avec la prestation du président Donald Trump. Son discours hargneux dans lequel il promet d’utiliser le fer et le feu contre tous les non-croyants en la démocratie américaine montre à quel point les États-Unis désespèrent de ne pouvoir ordonner au monde de régler leur crise économique et multilatérale. Plus ils proclament qu’ils sont la nation indispensable, plus le reste du monde prend conscience de la nécessité de ne pas être marginalisé.

Bien que les États-Unis et l’échec de leur démocratie soient coupables de l’anarchie et de la violence dans le monde aujourd’hui, Trump a dit que la menace à laquelle le monde fait face est que « les pouvoirs autoritaires cherchent à faire effondrer les valeurs, les systèmes et les alliances qui ont empêché les conflits et ont promu la liberté depuis la Deuxième Guerre mondiale. »

Faisant fi de l’échec des institutions américaines à résoudre les contradictions au sein des cercles dirigeants ou quelque problème que ce soit dans le monde, Trump cite la Constitution des États-Unis comme un document intemporel et universel qui s’étend au monde entier. « Nous célébrons le 230e anniversaire de notre constitution bien-aimée, la plus ancienne constitution encore utilisée dans le monde d’aujourd’hui, a dit Donald Trump. Ce document intemporel a été le fondement de la paix, de la prospérité et de la liberté pour les Américains et pour d’innombrables millions de personnes dans le monde dont les pays ont trouvé l’inspiration dans son respect de la nature humaine, de la dignité humaine et de la règle de droit. »

« En Amérique, affirme-t-il, le peuple gouverne, le peuple est au pouvoir et le peuple est souverain. J’ai été élu non pas pour prendre le pouvoir, mais pour donner le pouvoir au peuple américain à qui il appartient. »

Donald Trump propose une conception irrationnelle de la souveraineté dans laquelle les États-Unis ont le droit souverain de décider de ce qui est dans leur meilleur intérêt et dans le meilleur intérêt du monde :

« Nous devons remplir nos devoirs souverains envers les personnes que nous représentons fidèlement. Nous devons protéger nos nations, leurs intérêts et leur avenir. Nous devons rejeter les menaces à la souveraineté depuis l’Ukraine jusqu’à la mer du sud de la Chine. Nous devons respecter la loi, respecter les frontières et respecter la culture, et l’engagement pacifique que cela permet. »

Puis il a directement menacé le peuple coréen : « Les États-Unis ont une grande force et une grande patience, mais si nous sommes forcés de nous défendre ou de défendre nos alliés, nous n’aurons d’autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord. […] Les États-Unis sont prêts, disposés et capables, mais j’espère que cela ne sera pas nécessaire. C’est la raison d’être de l’ONU. C’est à cela que les Nations unies servent. Voyons ce que l’ONU va faire. »

Puis il a attaqué l’Iran et menacé d’annuler l’accord négocié en 2015 entre l’Iran, tous les membres du Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Union européenne qui limite le programme d’énergie nucléaire de l’Iran à des fins pacifiques en échange de l’abandon des sanctions. « Nous ne pouvons pas laisser un régime meurtrier continuer ces activités déstabilisantes tout en construisant des missiles dangereux et nous ne pouvons pas respecter un accord s’il contribue à la construction éventuelle d’un programme nucléaire. L’accord de l’Iran est l’une des transactions les pires et les plus unilatérales auxquelles les États-Unis aient jamais participé. Franchement, cet accord est embarrassant pour les États-Unis, et je ne pense pas que vous ayez entendu le dernier mot à ce sujet. Croyez-moi. »

Donald Trump a ensuite menacé de soumettre le monde entier à la guerre de terreur des États-Unis : « Désormais, ce sont nos intérêts de sécurité qui dicteront la longueur et la portée de l’opération militaire, et non pas les repères arbitraires et échéances fixés par des politiciens. J’ai également changé complètement les règles d’engagement dans notre lutte contre les talibans et d’autres groupes terroristes. »

« L’Amérique se tient avec toutes les personnes vivant dans un régime brutal. Notre respect de la souveraineté est également un appel à l’action. Toutes les personnes méritent un gouvernement qui s’occupe de leur sécurité, de leurs intérêts et de leur bien-être, y compris de leur prospérité. »

 

Pour sa part, le gouvernement du Canada s’est servi de son intervention à l’Assemblée générale de l’ONU pour présenter une image d’un premier ministre Justin Trudeau comme le grand espoir blanc qui promet de réussir là où ceux qui promettent le fer et le feu échouent.

La peur, voire la terreur que cherche à provoquer le président américain avec ses propos sur le fer et le feu ne doit pas détourner l’attention du fait que la version plus douce et plus gentille offerte par le grand espoir blanc sert les mêmes intérêts privés que les deux pays représentent.

Le premier ministre Justin Trudeau est resté silencieux au sujet de la menace de Trump de « détruire totalement » la République populaire démocratique de Corée et s’est joint à lui pour blâmer la RPDC en disant en conférence de presse : « Je partage les préoccupations de tous sur le comportement imprudent du régime nord-coréen et je continue de croire que la meilleure façon de calmer la situation est de travailler avec nos partenaires et alliés dans la région et dans le monde. » Ainsi, pour lui il est préférable de menacer la RPDC avec les alliés et partenaires plutôt que de laisser les États-Unis le faire seuls.

Pour montrer le sens de ses propos, il a aussi ouvert la porte à l’adhésion officielle du Canada au bouclier antimissile des États-Unis, qui fait partie de l’arsenal américain de frappe préventive contre d’autres pays. « Nous continuons d’examiner la situation, a-t-il dit. Notre position n’a pas changé sur le bouclier pour l’instant, mais nous continuons d’examiner les choses et de nous assurer que nous faisons tout ce que nous pouvons et devons faire pour protéger la sécurité des Canadiens. »

Lors d’un gala qui a eu lieu avant le débat général sur un porte-avion désaffecté, durant lequel il a reçu le prix Global Citizen Awards 2017 du Conseil atlantique de l’OTAN, Justin Trudeau a livré un discours que le Conseil décrit comme « un cri de ralliement pour sauver l’ordre mondial ». En fait, il a tenu des propos presque identiques à ceux tenus par Donald Trump le même jour.

« Les alliances qui ont soutenu la sécurité et la prospérité mondiales depuis 1945 sont mises à l’épreuve et l’urgence des défis que nous avons en commun — changements climatiques et sécheresse, inégalité du revenu, extrémisme violent, guerre civile et migrations massives qui en résultent — continuent de grandir », a-t-il ajouté avant de poursuivre :

« Partout dans le monde, l’ordre international établi depuis longtemps est mis à l’épreuve. Avec l’annexion illégale de la Crimée par la Russie et l’empiètement en Ukraine, nous avons été témoins de la première prise de territoire en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.

« Ce n’est pas le temps de se désister. C’est le temps où les démocraties atlantiques doivent renouveler notre engagement envers des standards universels de droits et libertés, imposés par un ordre multilatéral basé sur des règles qui ont favorisé la paix et la stabilité et qui ont passé l’épreuve du temps. »

Cet ordre multilatéral basé sur des règles et imposé par l’ONU, l’OTAN, NORAD et l’Organisation mondiale du commerce comprend « le pouvoir doux et le pouvoir dur » et c’est pourquoi, dit-il, le Canada augmente de façon significative ses dépenses pour la défense.

Tout en faisant écho aux menaces de Trump contre le peuple coréen, Trudeau lance un appel hypocrite à « combattre les fléaux du racisme, du sexisme, de l’homophobie, de la transphobie, du fanatisme ethnique et religieux, du néofascisme, du néonazisme et de l’extrémisme violent de Daesh auxquels nous sommes confrontés en 2017 ».

« Nous ne devons pas hésiter. Il serait inadmissible de faire un seul pas en arrière dans la défense des standards de décence de la sororité et de la fraternité de la famille humaine sortie victorieuse des luttes les plus douloureuses du derniersiècle », a dit Trudeau.

L’ONU est devenue une instance désuète qui n’est plus capable de défendre la primauté du droit international adoptée durant l’après-Deuxième Guerre mondiale. La domination du monde par les pouvoirs policiers aux mains d’oligopoles et d’intérêts privés qui ne s’arrêteront devant rien pour s’enrichir signifie qu’il faut un nouvel équilibre du pouvoir capable de mettre les forces destructives en échec. Il est illusoire de croire que cet équilibre est possible dans le contexte du système impérialiste d’États. Il doit être créé par une humanité unie dans l’action à la défense de ses propres intérêts.

 

Le temps d’agir est maintenant !
Faisons du Canada une zone pour la paix !
Défendons les droits qui appartiennent à tous du fait d’être humains !
Une humanité, une lutte !

 

Source: http://cpcml.ca/francais/Lmlq2017/Q47038.HTM#1

UNE EXPÉRIENCE DE DÉFAITE DU SCISSIONNISME NÉO-RÉVISIONNISTE                                          

Nous présentons ici un document exceptionnel qui servira, nous l’espérons, d’exemple pour les camarades, face aux problèmes du fractionnisme qui sévit dans beaucoup d’organisations communistes à travers le monde, qui pourront s’en inspirer dans leurs propres expériences pour résoudre les contradictions inévitables et le fractionnement qui surgissent dans les mouvements communistes en cours de développement.

 

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Union des Communistes (Marxistes-Léninistes) de Belgique : Bulletin Marxiste-Léniniste N°5 – juillet 1973

 

 

INTRODUCTION

Nous rapportons ici la lutte qui s’est livrée dans l’UC(ML)B sur le terrain du centralisme démocratique et de l’esprit de parti prolétarien.

En septembre 1972, au moment où fut lancée dans l’organisation une campagne de bolchevisation visant à doter l’UC(ML)B de statuts, les cadres chargés de mener la campagne, au lieu de lutter pour le renforcement du centralisme démocratique, constituèrent une faction et lancèrent une attaque contre la direction et la ligne politique.

Cette fraction fut immédiatement dissoute par la direction, et la critique amena la plupart des fractionnels ainsi que ceux qui les avaient un moment soutenus, à reconnaître qu’ils avaient cédé à l’anarchisme petit-bourgeois.

Cependant un cadre fractionnel, qui s’était soustrait à la lutte et à la critique, repartit à l’attaque, formant une nouvelle fraction avec d’autres membres de l’organisation. Cette seconde attaque fut condamnée par toute l’UC(ML)B. Persistant dans leur refus de reconnaître et d’appliquer les principes du centralisme démocratique, les fractionnels se mirent en contradiction radicale avec l’organisation et avec le mouvement marxiste-léniniste : l’un d’eux fut exclu en janvier 1973, les deux autres se retirèrent d’eux-mêmes. Leurs positions et leur pratique scissionnistes les ont placés dans le camp du néo-révisionnisme.

La lutte pour le centralisme démocratique contre le fractionnisme et le scissionnisme est une lutte d’une importance primordiale pour la construction du Parti. Dans un mouvement jeune et encore divisé, cette question mobilise l’avant-garde qui met en œuvre toutes ses forces pour s’unir aux communistes et à la classe ouvrière. Au contraire, attenter à l’unité, rejeter le centralisme démocratique est le fait de l’opportunisme soumis à l’idéologie petite-bourgeoise ; persister dans cette voie, c’est renforcer par une aide directe l’action de nos ennemis, c’est se faire l’allié objectif du néo-révisionnisme et du révisionnisme moderne.

Les communistes mènent une lutte idéologique conséquente afin d’unir tout ce qui peut être uni ; ils condamnent tout esprit fractionnel et scissionniste et ils prennent toutes les mesures pour le réduire à néant.

 I. SITUATION POLITIQUE, IDÉOLOGIQUE ET ORGANISATIONNELLE DE l’UC(ML)B EN AOÛT-SEPTEMBRE 1972

§ 1. BASE POLITIQUE ET IDÉOLOGIQUE DE TOUT LE POUVOIR AUX TRAVAILLEURS (TPT) – UNION DES COMMUNISTES (MARXISTES-LÉNINISTES) DE BELGIQUE (l’UC(ML)B)

Le bulletin marxiste-léniniste 1 (janvier 1972) met pour la première fois en évidence dans le mouvement que la tâche principale des marxistes-léninistes est de faire leur unité, et il dénonce le néo-révisionnisme comme l’ennemi principal à l’intérieur du mouvement. Dès que notre unité sera réalisée, notre tâche principale sera de construire le programme communiste, tout en participant aux luttes de la classe ouvrière.

En défendant ces positions, TPT se plaçait résolument dans le camp marxiste-léniniste et sortait de l’opportunisme ; en même temps, sa définition correcte des tâches principales actuelles le portait à l’avant du mouvement et de la lutte pour l’unité.

A l’intérieur de l’organisation

La direction nouvellement élue – le Noyau dirigeant national (NDN) – devait à ce moment mener la lutte contre l’opportunisme pour faire triompher les positions fondamentales du bulletin marxiste-léniniste 1. La minorité tendait vers une unité sans démarcation préalable avec Alle Macht aan de Arbeiders (AMADA), sous-estimant gravement l’importance et l’ampleur de nos tâches théoriques. Elle inclinait également à la conciliation avec le néo-révisionnisme, en particulier avec l’Exploité. L’idéologie de ce courant était l’esprit de capitulation devant le « risque d’isolement » du TPT, et menait au néo-révisionnisme.

La lutte idéologique livrée avec l’opportunisme éleva le niveau de conscience de l’organisation sur ses tâches principales et l’esprit de dévouement dans l’accomplissement du travail révolutionnaire. Le centralisme démocratique, principe d’organisation communiste, qui avait été étudié et défendu pendant la campagne intérieure sur le Parti (novembre-décembre 1971), fut reconnu explicitement dans le bulletin marxiste-léniniste 1, et il fut aussitôt mis en application (voir § 2).

Le bulletin marxiste-léniniste 1 était cependant trop abstrait et trop général pour éclairer de façon suffisante les contours politiques de toutes les questions discutées (le néo-révisionnisme, les tâches théoriques, le centralisme démocratique), pour guider toute l’activité pratique (les tâches de travail de masse) et pour déterminer entièrement les contradictions existant dans le mouvement. C’est ainsi, par exemple, que le courant opportuniste de TPT pouvait entretenir l’illusion qu’il était capable de diriger correctement l’accomplissement des tâches pratiques, comme si celles-ci n’étaient en rien liées à la contradiction principale. De même, l’éducation et l’emploi des cadres étaient limités, parce que les perspectives de construction du programme étaient encore imprécises, comme aussi les besoins de propagande, qui doit lier les tâches principales du mouvement aux problèmes actuels des larges masses prolétariennes ; pourtant les cadres constituent le chaînon vital entre le NDN et la base, le lien entre la construction de la ligne et son application. C’est pourquoi TPT approfondit l’analyse de l’ennemi principal (bulletin marxiste-léniniste 2, mai 1972), mena une lutte systématique pour l’unité, tout en définissant la ligne de démarcation dans le mouvement et critiquant AMADA et le Groupe de Libération de la Classe Ouvrière (GLCO), en établissant une plate-forme cohérente explicitant l’ensemble de nos tâches actuelles, leur ordre d’importance et leurs rapports mutuels (bulletin marxiste-léniniste 3, juin 1972). Il fallait aussi consolider l’idéologie marxiste-léniniste et l’attachement aux principes (bulletin marxiste-léniniste 4, juillet 1972).

A l’échelle du mouvement

Le bulletin marxiste-léniniste 3 propose la plate-forme de la construction du Parti en sa première étape. C’est une grande victoire de la ligne marxiste-léniniste qui redresse la tête après des années de domination totale du révisionnisme moderne et du néo-révisionnisme. La plate-forme définit les deux lignes dans le mouvement et place la lutte pour l’unité contre le néo-révisionnisme sur des bases politiques solides. Aujourd’hui, on ne discute plus si l’unité des organisations marxistes-léninistes est nécessaire, mais sur les moyens de la réaliser (pour le courant marxiste-léniniste) ou de la freiner (pour le courant sectaire opportuniste). Le néo-révisionnisme se débat comme une bête blessée à mort.

TPT prend le nom d’UC(ML)B pour signifier que sa tâche principale et immédiate est d’unir les marxistes-léninistes et de construire le l’UC(ML)B, et pour marquer son opposition irréductible au « PCMLB » néo-révisionniste et au « PCBML » néo-révisionniste.

§ 2. BASE ORGANISATIONNELLE DE TPT-UC(ML)B. RÉSOLUTION SUR L’UNITÉ DES MARXISTES-LÉNINISTES

Dès janvier 1971, le principe du centralisme démocratique, et la nécessité de son application dans TPT, étaient pleinement reconnus :

« Au point de vue de l’organisation, le noyau dirigeant établit un fonctionnement du centralisme démocratique correspondant à notre degré de développement. Le centralisme démocratique ne sera appliqué dans toute son ampleur que lorsque nous serons un Parti. Mais nous pouvons et devons actuellement pratiquer ses principes en conformité avec notre situation, définir le point de vue centraliste et l’apport du noyau dirigeant, le point de vue démocratique et l’apport de la base, ainsi que la position de la contradiction qui unit ces deux pôles ». (Bulletin marxiste-léniniste 1, p. 13-14).

Le principe du centralisme démocratique fut aussitôt mis en application. La centralisation de l’autorité et la division des tâches se concrétisèrent par l’élection du NDN et des cadres et par la désignation des responsables. Ce NDN était issu de l’ancienne direction qui, après la scission avec les spontanéités, avait entrepris la lutte pour le centralisme démocratique contre les tenants de la « théorie » selon laquelle « chacun doit tout faire, chacun doit tout savoir ». Cette première direction s’était ensuite divisée en élaborant les positions sur le centre et contre le néo-révisionnisme : une avant-garde se dégagea (qui devint le NDN), ainsi qu’un courant opportuniste et un centre.

Le centralisme démocratique commença donc à fonctionner, mais il se fondait essentiellement sur la confiance politique et idéologique, et il n’était pas encore consolidé par des mesures organisationnelles strictes. C’était le règne de l’autorité des idées, pas encore celui de l’autorité du pouvoir.

Dans le mouvement, le centralisme démocratique commença à être expliqué consciemment.

L’unification du TPT et d’Unité Rouge (UR) (avril 1972) montrait la voie correcte pour la construction du Parti.

La période novembre 1971-juin 1972, fut une période d’éclaircissement des idées. Dans l’organisation, l’opportunisme était affaibli par la lutte idéologique et par la grande unité du courant de gauche. Parce qu’il avait perdu la partie dans les questions politiques et idéologiques, l’opportunisme tenta un coup d’essai dans le domaine de l’organisation interne de TPT.

En avril, tous les cadres d’alors (B, C, E, G) composèrent à l’insu du NDN un texte acerbe de critique contre lui. Ce texte accusait le NDN de s’être complètement coupé des cadres, de négliger totalement les tâches secondaires, d’agir comme « théoricien bourgeois », de prendre les décisions (unification TPT-UR, préparation du bulletin marxiste-léniniste 4, discussion avec AMADA) bureaucratiquement, de négliger délibérément l’éducation des cadres et de refuser toute critique. Les cadres exprimaient une forte tendance « antiautoritaire » et une grande méfiance à l’égard du NDN, qui, à les en croire, rejetait toutes les carences de l’organisation sur leur dos.

Le NDN répliqua en dénonçant le fractionnisme des cadres qui avaient élaboré leurs attaques en l’absence concertée des membres du NDN. Sur le fond de la critique, le NDN expliqua quelle était à ce moment sa tâche de direction principale, en se fondant sur le principe selon lequel il faut « savoir employer les cadres » :

« Le devoir d’un dirigeant se ramène essentiellement à trouver les idées et à employer les cadres. Elaborer un plan, prendre une décision, lancer un ordre, donner une directive, etc. c’est « trouver les idées ». Pour faire passer les idées dans la pratique, il faut unir les cadres et les inviter à l’action : cela s’appelle « employer les cadres » (Mao Tsétoung, Le rôle du Parti communiste chinois dans la guerre nationale, t. 2, p. 218-219).

A ce moment, la tâche principale était de « trouver les idées » et non d’« employer les cadres », parce que sans plate-forme, l’emploi des cadres reste nécessairement restreint. Le NDN ajouta qu’il avait d’ailleurs conscience de cette lacune grave dans le fonctionnement de l’organisation et qu’il la corrigerait dès l’achèvement du bulletin marxiste-léniniste 3.

Les exigences des cadres étaient fondées, et ils mirent le doigt sur une déviation bureaucratique du NDN. Mais ils eurent le tort d’exacerber la contradiction en menant une attaque fractionnelle au lieu de critiquer dans un esprit positif, et ils se trompaient en faisant de leurs exigences la question principale du moment, négligeant l’obligation primordiale du NDN qui étaient encore à ce moment de « trouver les idées ».

Les cadres firent rapidement leur autocritique et reconnurent d’autant plus facilement leurs erreurs que l’unification avec UR et les progrès de l’élaboration de la ligne prouvaient la justesse des positions du NDN.

Cependant, subjectivement, le NDN sous-estima la gravité de l’attaque des cadres contre le centralisme démocratique. Il retint surtout l’aspect positif, quoique secondaire, du texte des cadres : le désir des camarades de participer plus activement à l’élaboration de la ligne politique. Le NDN ne comprenait pas encore que la phase suivante de l’édification de TPT serait la consolidation et le développement du centralisme démocratique. Pour cette raison, il ne vit pas clairement le danger que faisait courir de tels agissements fractionnels quant à l’amélioration du fonctionnement de l’organisation et quant aux problèmes idéologiques que la nécessité de ce progrès soulèverait.

A cette époque, le centralisme démocratique, appliqué depuis décembre 1971, fut cependant consolidé par des mesures organisationnelles, principalement par le renforcement de l’autorité du NDN (le NDN, à l’exclusion des cadres, a seul pouvoir de décision).

La question des statuts fut explicitement posée à partir d’avril-mai et, en attendant d’élaborer les siens, l’organisation se référa à ceux du IXe Congrès du parti communiste chinois. Un texte de cellule défendant le centralisme démocratique fut reconnu par le NDN, sans que celui-ci prêtât encore réellement attention au mauvais fonctionnement de l’organisation. Cependant l’opportunisme en matière d’organisation recula rapidement et laissa au NDN un délai avant de porter le coup suivant.

A partir de juin-juillet, dès l’achèvement des bulletins marxistes-léninistes 3 et 4, les bases politiques et idéologiques de l’UC(ML)B étaient posées. L’UC(ML)B possédait dès lors une plate-forme ordonnant l’ensemble de nos tâches : l’unification des marxistes-léninistes, la construction du programme, les tâches de la pratique de masse, l’établissement d’un centralisme démocratique interne correct. L’unité de l’UC(ML)B était devenue beaucoup plus grande. Il devenait dès lors primordial de faire progresser l’édification organisationnelle, d’élaborer des statuts, afin de doter l’UC(ML)B de structures solides et de lui assurer un fonctionnement correct. Avant tout, il fallait mieux implanter la morale communiste : le dévouement des militants doit se développer en vue des luttes du prolétariat contre le Capital et de la construction du Parti communiste. Pour assurer l’exécution correcte des tâches envers les masses, il est nécessaire de combattre systématiquement le révisionnisme ; il fallait aussi corriger le caractère dogmatique de notre propagande antirévisionniste. Il fallait surtout organiser l’intégration des ouvriers dans l’organisation et faire progresser la construction des cellules.

Objectivement, le maillon à saisir était la question du centralisme démocratique. L’application de la ligne et son approfondissement nécessitent l’appui et la participation active des cadres, des responsables et des militants de la base. Sa construction requiert la collaboration des cadres et de l’ensemble des membres (plan de critique du révisionnisme moderne, formation philosophique, politique et économique). Il était également indispensable d’élever le niveau de conscience de toute l’UC(ML)B pour qu’elle accomplisse résolument ses tâches révolutionnaires et pour que les déviations organisationnelles puissent être corrigées.

L’établissement d’un centralisme démocratique correct et l’éducation sur le centralisme démocratique pour faire pièce aux déviations petites-bourgeoises étaient – et sont – donc bien les tâches principales internes à l’heure actuelle. Il s’agit de mener la lutte idéologique et un travail d’éducation pour que les principes du centralisme démocratique soient effectivement assimilés par toute l’organisation, afin que les nouvelles structures que nous adopterons permettent de mieux accomplir l’ensemble de nos tâches.

Subjectivement, le NDN se trompa de maillon. A l’époque du texte fractionnel des cadres (avril), l’erreur que le NDN avait commise en sous-estimant la gravité de l’infraction était une erreur secondaire, parce que la tâche principale était encore de construire la ligne. Mais dès juin-juillet, dès la fin de la discussion de la ligne par les cadres, ce qui était été secondaire devint principal, et l’erreur du NDN, si elle n’était pas rapidement corrigée, risquait donc d’avoir des effets graves. Déjà la lutte idéologique avait pour l’essentiel pris fin dans l’organisation, et la « grande unité » semblait régner partout. L’ensemble des tâches se réalisait de façon chaotique, sans que le NDN, les cadres et les responsables ne réagissent vigoureusement.

A ce moment, que fit le NDN ?

a) Il entreprit l’éducation des cadres sur le révisionnisme moderne. La critique du révisionnisme moderne est indispensable à un double point de vue : elle déterminera la justesse du travail théorique et elle permettra de gagner au communisme les ouvriers d’avant-garde, qui sont le plus influencés par le courant révisionniste (le NDN commença une autocritique sur la façon dogmatique dont cette tâche a été assurée jusqu’à présent, dans le journal). La dénonciation du révisionnisme et l’éducation sur cette question permettraient aussi d’associer de plus près les cadres à l’activité politique du NDN. Le NDN prouvait ainsi son désir d’améliorer le travail de masse et d’assurer une meilleure collaboration des cadres.

b) Il fit l’autocritique sur le scissionnisme envers le Parti du Travail l’Albanie. En soutenant l’idée d’une conférence des Partis et Organisations communistes (marxistes-léninistes) d’Europe tenue en dehors du PTA, l’organisation avait commis une erreur « ultra-gauche ». Cette grave sous-estimation du rôle d’avant-garde qui revient au PCC et au PTA dans le mouvement communiste (marxiste-léniniste) international – et la présomption que cela suppose de notre part – amenèrent le NDN à faire son autocritique et à mettre la question sur le tapis devant les organisations belges et étrangères qui avaient participé à la réunion d’octobre 1971.

c) Il décida d’établir des statuts. La question n’était pas encore abordée de front. Toute l’organisation avait conscience des carences structurelles. La proposition faite par un cadre de mettre sur pied un comité exécutif fut immédiatement acceptée par le NDN. Deux cadres furent chargés en juillet de préparer un projet de statuts.

Le NDN s’occupait donc de plusieurs fronts à la fois, sans avoir une connaissance rationnelle du maillon principal. Cependant les autocritiques sur la question du révisionnisme moderne et sur la « conférence internationale », ainsi que le début d’éducation des cadres, montraient sa volonté de corriger toutes les déviations. Au mois d’août, deux faits graves indiquèrent que la situation se dégradait.

En organisant les vacances, le NDN permit par son libéralisme la liquidation complète de toute l’activité pendant près de deux mois. Les cadres ne réagirent pas, indiquant ainsi combien la faiblesse idéologique de l’organisation était encore grande. Renoncer à la cause du prolétariat, ne fût-ce qu’une heure, est un pas vers la trahison révisionniste. L’organisation en entier déserta pendant plusieurs semaines pour satisfaire l’égoïsme et l’individualisme de ses membres. Le NDN, les cadres et les responsables avaient le devoir impératif de faire une autocritique intransigeante pour abandon de la lutte des classes.

Juste avant les vacances, le GU (Groupe des responsables des cellules d’usine) avait remis au NDN un rapport sur l’établissement en usine qui développait une conception révisionniste de nos tâches envers les masses et qui s’opposait à l’orientation générale de l’organisation, définie pendant l’éducation sur le Parti et dans les bulletins marxistes-léninistes 1, 2 et 3. Ce texte liou chaochiste de « perfectionnement individuel », au lieu de partir des besoins de la classe ouvrière et de nos tâches envers les masses, mettait l’accent sur les avantages idéologiques que les membres de l’organisation retireraient de leur établissement. Dans l’estimation de la conscience politique ouvrière, il manifestait un mépris certain pour les « masses arriérées ». Enfin, en systématisant la définition de nos tâches dans la formule « le plus possible de militants à l’usine, tous les cadres en dehors de l’usine », il dénotait une conception mécaniste du rapport entre tâches internes et tâches de la pratique de masse. La tendance de gauche dans la discussion avait été largement et facilement étouffée par l’opportunisme. Le NDN comprit immédiatement le danger de ce texte. Si la critique n’était pas acceptée par le GU, cela signifiait que la majorité des cadres choisissaient la voie révisionniste. Mais les cadres concernés reconnurent rapidement leurs erreurs et firent leur autocritique. Le texte du GU avait, à son tour, mis en évidence la faiblesse idéologique de l’organisation et, dans ce cas-ci, de certains cadres qui avaient été submergés pendant un temps par le révisionnisme. Il apparaissait aussi clairement que l’absence d’un contrôle par le haut de l’activité du GU, avait permis que les idées révisionnistes se développent chez certains cadres.

Des défaillances individuelles à différentes échelons manifestèrent à leur tour les insuffisances idéologiques de l’UC(ML)B. En même temps, des autocritiques communistes de militants montraient que les membres comptaient sur l’organisation, le NDN, les cadres et les responsables pour attaquer l’opportunisme dans ses retranchements.

Conclusion.

Dans le mouvement, la lutte pour l’unité se poursuit, et l’opportunisme se manifeste dans la direction de certaines organisations marxistes-léninistes. A l’aile gauche se situe l’UC(ML)B, à l’aile droite Lutte communiste (LC) et AMADA. AMADA sous-estime encore gravement l’importance de l’unité et se montre relativement sectaire ; sa ligne empiriste atteste qu’il subit encore l’influence du néo-révisionnisme. LC manifeste un sectarisme exacerbé et une forte tendance à l’intellectualisme révisionniste.

Cependant le désir de l’unité doit primer tout (bulletin marxiste-léniniste 1) et les divergences existantes (bulletin marxiste-léniniste 3) ne peuvent en aucun cas empêcher l’unité de se faire. Au contraire, la lutte idéologique dans le mouvement a pour but de se démarquer pour une meilleure unité.

La solution des contradictions pourra se faire au sein d’une organisation unifiée fonctionnant selon le principe du centralisme démocratique. C’est ce que réaffirme la Résolution sur l’Unité des Organisations marxistes-léninistes (Unité rouge, 18).

Au sein de l’UC(ML)B, le NDN prit deux mois pour déterminer exactement la tâche centrale interne. Pendant ce temps, l’opportunisme apparut dans différents faits graves dont se rendirent responsables principalement le NDN et les cadres. Cependant seul un opportuniste notoire et des éléments faibles persistèrent dans leurs erreurs ou préférèrent quitter l’organisation.

Au mois d’août, le NDN décida une campagne de bolchévisation qui atteindra tous les membres de l’organisation dans les survivances qu’ils conservent de l’idéologie petite-bourgeoise, et qui conduira à l’adoption des statuts de l’UC(ML)B.

 II. LA CAMPAGNE DE BOLCHEVISATION : BUTS ET MÉTHODES

§1. LA CONTRADICTION PRINCIPALE DANS l’UC(ML)B

Dans le texte « Base de la campagne de bolchévisation », soumis par le NDN aux réunions des cadres du 16 au 18 août, la juste appréciation de la situation dans l’UC(ML)B est rétablie. La carence principale – les défauts de structure et de fonctionnement de l’organisation – et son remède- l’établissement de statuts permettant la réalisation d’un centralisme démocratique correct – sont indiqués :

« La rectification entreprise en février 1971 a permis de déterminer notre orientation politique et idéologique. Nous avons défini clairement la tâche centrale de la construction du Parti et du programme, les caractéristiques de l’étape à laquelle nous nous trouvons et les tâches politiques essentielles qui en découlent. Nous avons commencé à remplir cette tâche centrale en mettant correctement l’accent sur la nécessité primordiale de l’unité des marxistes-léninistes de Belgique ; la lutte idéologique sur cette question a été entamée avec les autres organisations. Aucun communiste ne peut ignorer encore la question de l’unité, et nous continuerons à défendre les positions marxistes-léninistes, à les développer et à les approfondir jusqu’à ce que le mouvement en son entier apporte une juste solution aux questions fondamentales de notre activité actuelle.

La critique systématique du révisionnisme en Belgique a été entreprise. C’est, en premier lieu, au néo-révisionnisme qu’il a fallu s’attaquer : il est l’ennemi principal dont la présence frauduleuse dans le mouvement marxiste-léniniste, aussi longtemps qu’elle n’était pas correctement dénoncée, empêchait la clarification idéologique et politique de se faire pour tous les communistes authentiques.

Les principes de l’agitation et de la propagande communistes et de l’organisation des ouvriers avancés sur la base des cellules, ont été affirmés dans la victoire remportée sur l’économisme.

Sur ce fondement, l’unité politique de l’UC(ML)B, résultat de l’unification de TPT et d’UR, est devenue une réalité. Elle devra se renforcer dans la pratique de la lutte des classes et par l’étude du matérialisme dialectique.

Le bilan de la rectification, en son état actuel, est positif.

Cependant, en insistant à juste titre sur les positions politiques afin de doter l’UC(ML)B d’un embryon de ligne (bulletins marxistes-léninistes 1, 2 et 3), d’autres aspects très importants de la construction idéologique et organisationnelle du Parti ont jusqu’à présent été gravement négligés. Notre conception du monde, telle qu’elle apparaît dans les structures et le fonctionnement de notre organisation et dans notre style de travail, est encore pour une large part marquée par les idées et les pratiques petites-bourgeoises.

C’est sur ces questions que la rectification doit à présent se poursuivre activement.
(…)

En posant devant l’UC(ML)B les principes communistes dans les questions d’organisation et de style de travail, et en les mettant en application, nous nous armerons efficacement pour remplir tous nos devoirs.

Ce n’est pas tout, en effet, d’avoir des positions corrections ; il importe surtout de les mettre en pratique. A cet égard, la situation présente montre que nos moyens sont encore insuffisants.

La question de l’organisation apparaît actuellement au premier plan dans la vie de l’UC(ML)B.

Nous devons créer des structures et un fonctionnement qui permettent d’appliquer correctement la ligne, de l’approfondir et de la vérifier.
(…)

La question de l’organisation occupe le centre de la campagne que le NDN lance aujourd’hui dans l’UC(ML)B. Le NDN, conscient de son retard dans l‘accomplissement de ses tâches internes d’organisation et constatant, avec un grand nombre de militants, les résultats négatifs de ce retard, a pour objectif de bolchéviser l’UC(ML)B, c’est-à-dire de renforcer de façon décisive l’idéologie prolétarienne de tous les membres et d’instaurer des structures et un fonctionnement véritablement communistes. Le NDN doit faire le bilan des structures et du fonctionnement actuels de l’organisation, et critiquer l’idéologie petite-bourgeoise dont ils procèdent et qu’ils entretiennent ; éduquer l’UC(ML)B dans les questions du centralisme démocratique ; après lutte idéologique et consultation de la base, doter l’organisation de statuts communistes et veiller à leur application fidèle par tous les membres ».

Le texte « Base de la campagne de bolchevisation » qualifiait ensuite les principales déviations organisationnelles de l’UC(ML)B :

« La situation actuelle de l’organisation est caractérisée par l’ultra-démocratisme dans les structures et le fonctionnement et l’ultra-centralisme dans la construction de la ligne. Ces déviations produisent des effets négatifs dans tous les domaines de notre activité »

Le NDN indiquait les principaux de ces effets. L’ultra-démocratisme des structures et du fonctionnement a eu pour conséquences :

a) un mauvais emploi des cadres, dû à l’insuffisance de leur éducation politique et aux carences graves du NDN dans la direction pratique de l’organisation (faiblesse de la centralisation, manque de directives) ;

b) les déviations qui ont affecté notre activité dans le masses, tant dans le travail d’organisation des cellules que dans le travail de propagande ; cette faiblesse se manifeste le plus dans la question de l’intégration des ouvriers d’avant-garde dans l’UC(ML)B ;

c) la faiblesse de la lutte idéologique, due au fait que le sens des responsabilités et l’esprit d’initiative ne peuvent pas s’exercer librement selon des directives précises, à l’absence de rapports scientifiques, au mauvais contrôle de l’exécution des tâches : dans de telles conditions les deux lignes ne peuvent pas se dégager ou ne se dégagent que confusément ;

d) le maintien de l’idéologie ultra-démocratique et libérale : à cet égard, le texte insiste sur la nécessité du centralisme et de la discipline, qui n’est pas encore suffisamment reconnue dans l’organisation ;

e) la faiblesse de la morale communiste face à la mentalité petite-bourgeoise (défaillances individuelles, question de vacances) ;

f) mépris des règles de sécurité.

L’ultra-centrisme dans la construction de la ligne s’est manifesté dans le fait que les cadres n’ont pas assez participé à l’activité politique du NDN, notamment à cause de l’insuffisance de leur éducation théorique et politique.

§ 2. OBJECTIFS ET PLAN DE LA CAMPAGNE DE BOLCHÉVISATION

Le texte « Base de la campagne de bolchevisation » définit le but de la campagne, qui est l’adoption consciente des statuts par l’organisation, et il en indique le plan :

a) éducation sur la question du centralisme démocratique et de la morale communiste ;

b) rapports des unités de base et bilans des organes dirigeants, dans le but de mieux connaître les conditions concrètes de notre activité pour y adapter les règles des statuts ;

c) éducation sur les statuts ;

d) diffusion dans l’ensemble de l’organisation du projet de statuts élaboré par le NDN en vue de la discussion et de la critique ;

e) conférence de l’UC(ML)B qui entendra les rapports d’activité, adoptera la plate-forme et les statuts et élira les organes dirigeants centraux ;

f) vérification des cartes, élection des responsables et des directions locales ;

g) publication des documents de la conférence dans un bulletin marxiste-léniniste à l’adresse du mouvement.

Aux réunions NDN-cadres des 16 et 18 août furent successivement discutés : la question des vacances liquidatrices, le texte du GU « Rapport d’établissement » et le projet « Base de la campagne de bolchévisation ».

Sur la question de l’organisation, le NDN chercha l’appui des cadres en montrant idéologiquement et politiquement la nécessité de corriger le fonctionnement du centralisme démocratique et le style de travail, pour élever le niveau de l’organisation. Le NDN fit d’abord une autocritique de l’erreur dont il est responsable et critiqua ensuite les cadres. Il gagna leur accord sur l’orientation de la campagne. A seul y objecta. Ce cadre avait participé à la préparation de la campagne avec le NDN et, pour la première fois, fit des critiques contre elle. Il réclama un bilan avant de commencer la campagne, s’opposa à la préparation idéologique qui devait la précéder, ainsi qu’à l’éducation sur le centralisme démocratique. Il rejeta même le terme de « bolchevisation » pour des raisons « historiques ». Au moment de cette intervention, le NDN ignorait encore si les cadres auteurs du rapport révisionniste du GU rectifieraient leur erreur. Le danger principal était encore la position du GU sur les tâches envers les masses. Pour cette raison, le NDN considéra l’intervention (d’ailleurs fort confuse) de A comme une diversion.

Un comité de trois cadres, A, B et C, placé sous la responsabilité de A, fut désigné par le NDN et chargé de la direction pratique de la campagne. Ce comité devait appliquer les directives politiques du NDN, en prenant en main le travail d’éducation sur le centralisme démocratique et en veillant à la bonne marche des rapports et des bilans. Il recevait la compétence de réunir les cadres et les responsables, et il pouvait intervenir directement dans les cellules lorsque le responsable n’était pas à la hauteur de sa tâche ou s’il réclamait son assistance. Le premier devoir du comité était de préparer les responsables pour commencer la campagne.

Le 21 août, un membre du NDN réunit le comité des trois (CDT) pour confirmer et détailler ces directives. Il leur remit en même temps un texte de formation sur le principe du centralisme démocratique et des instructions écrites pour l’établissement des rapports et des bilans. Il réaffirma devant A la nécessité de commencer la rectification par une campagne idéologique. Enfin, sur une question du CDT, il précisa que l’opportunisme dont le NDN s’était rendu coupable en ce qui concerne l’intégration des ouvriers, rejoignait la théorie spontanéiste de l’« organisation-processus ». Dans les faits, le NDN ne s’était pas inquiété d’élaborer complètement le centralisme démocratique sous prétexte que l’intégration des ouvriers dans l’organisation n’était pas encore avancée ; alors qu’en vertu de « l’organisation-plan » léniniste, c’est précisément en organisant correctement le centralisme démocratique que cette intégration pourra progresser au mieux.

 III. LA SUBVERSION BOURGEOISE DANS l’UC(ML)B

§ 1. COMPTE RENDU DU TRAVAIL FRACTIONNEL DE L’EX-CDT

Du 22 août au 2 septembre, le CDT va refuser d’appliquer les directives et s’abstenir complètement d’engager la campagne, ainsi qu’il était de son devoir de le faire. Il « justifie » cette indiscipline en alléguant qu’il ne « voit pas clair » dans la question de l’erreur organisationnelle commise par l’UC(ML)B. Il revient, en effet, à plusieurs reprises, sur ce point auprès d’un membre du NDN, dont il reçoit chaque fois la même explication.

Rejetant le plan de la campagne fixé par le NDN, le CDT lance alors sa propre « campagne », en établissant un « questionnaire » et en préparant un plan d’intervention systématique dans toutes les cellules, qu’il commence à mettre effectivement en pratique.

Le « plan » du CDT s’opposait en tous points à la campagne de bolchévisation qu’il avait pour tâche de mener. Il rejetait la nécessité de la préparation idéologique et politique sur les raisons et sur les buts de la campagne. Le CDT lança bureaucratiquement une « enquête » dans les unités de base, en passant par-dessus la tête des responsables. C’est le »plan » qu’avait déjà annoncé l’intervention confusionniste de A le 16, et dont le véritable objectif politique sera critiqué plus loin.

Le 31 août, le CDT, par l’intermédiaire de C, informe un membre du NDN qu’ « à présent il y a « évidemment » des contradictions entre le NDN et le CDT sur la conception de la campagne ». Pressé d’expliquer la nature de ces contradictions, le membre du CDT refuse de répondre, prétendant que la question doit être discutée avec l’ensemble du Comité.

Le NDN convoque pour le 3 septembre une réunion afin que le CDT lui rende compte de son comportement. Ce jour-là, le CDT remet au NDN un texte qui est une attaque ouverte contre la direction et la ligne de l’UC(ML)B (Annexe 1). Le NDN en prend immédiatement connaissance, puis se voit sommé par A, le responsable du Comité, d’exprimer à l’instant sa position sur le texte. L’attitude de A est désavouée par C, qui critique son « terrorisme ». Le NDN refuse évidemment de reconnaître ce « tribunal » improvisé et remet la discussion au lendemain.

Les positions politiques exprimées par le CDT après quinze jours de discussion interne sont en fait une plate-forme d’opposition au NDN et la ligne de l’organisation. D’après ce texte, la ligne de droite de l’organisation serait représentée par le NDN. Le NDN n’aurait pas fait l’analyse correcte de ses erreurs, refuserait de faire son autocritique et imputerait tous les torts à la base :

« Le fond du problème… c’est que le NDN n’ pas pris conscience de ses erreurs et qu’il ne les a pas caractérisées correctement et complètement ».

« Dans l’analyse des erreurs, le NDN a pris la voie bourgeoise et a construit une « théorie » qui fait porter tout le poids des erreurs sur la base. Cela a conduit le NDN à des positions défaitistes et extrêmement méprisantes, qui ne correspondent pas à la réalité ».

Le NDN aurait pour méthode de direction le « centralisme bureaucratique » et pour style de travail le « théoricisme » :

Le NDN aurait « rejeté la structure communiste » et se serait « ôté la possibilité de diriger correctement la pratique de l’organisation ». Le NDN n’aurait pas appliqué le centralisme démocratique, mais « son contraire, le centralisme bureaucratique ».

Ceci signifie que le NDN s’opposerait délibérément, dans une lutte contre une imaginaire « ligne » rouge, à l’application du centralisme démocratique et que le mauvais fonctionnement de l’organisation manifesterait le fait que le NDN suivrait sciemment dans ses méthodes de direction la ligne du centralisme bureaucratique, qui est caractéristique du révisionnisme. De la même façon, dans la question du style de travail le NDN serait complètement coupé des masses, de la base et de la pratique, et ferait du « théoricisme » :

« … le NDN affirme très justement que ce « n’est pas tout d’avoir des positions correctes, il importe surtout de les mettre en pratique », mais nous montrons qu’il ne comprend pas cette affirmation et qu’il ne sait pas l’appliquer ».

Il est clair qu’une telle attaque portée contre la direction vise également la ligne politique. Le centralisme bureaucratique ne peut élaborer qu’une ligne révisionniste. C’est d’ailleurs ce que le texte du CDT laisse entendre : « La ligne politique de l’UC(ML)B n’est pas liée au travail pratique dans la classe et vers les masses… ». Ayant lancé ses boulets contre le NDN et la ligne, le CDT se met ensuite en avant et se désigne comme le véritable tenant du « centralisme démocratique » dans l’UC(ML)B.

« Ce qui nous garantit la justesse de la critique, c’est qu’elle est un produit des aspirations et des revendications de l’ensemble des militants de l’organisation, confrontés à la pratique de masse, et donc une aspiration (non consciente) de la classe ouvrière et des masses.

Pour construire cette critique, nous avons appliqué le centralisme démocratique … »

Le texte du CDT se donne donc pour une mise en accusation du NDN ; il en ressort que « le problème principal (est) la responsabilité de la direction dans les erreurs ». Contre tous les « maux » qu’il dénonce, le CDT demande une « prise de conscience » du NDN et son autocritique. Le texte va plus loin encore dans l’attaque en déclarant que le NDN « est tout à fait dépourvu de moyens pour centraliser la riposte aux erreurs », sans cependant tirer explicitement aucune conclusion politique de ce « fait ».

§ 2. DISSOLUTION DE LA FRACTION ET PREMIER AFFRONTEMENT DES DEUX LIGNES

Le NDN, en raison du danger politique que les positions et les agissements fractionnels du CDT faisaient courir à l’UC(ML)B, décida immédiatement sa dissolution, dès le 3 septembre, pour entreprendre aussitôt ensuite la lutte idéologique avec les trois cadres, afin de les faire rentrer dans la légalité de l’organisation et de la rallier aux positions marxistes-léninistes de l’UC(ML)B.

Dans cette lutte idéologique, le premier devoir était de rétablir la vérité. Le NDN, sur la foi de ses textes et de sa pratique, pouvait aisément démontrer l’inanité des « critiques » lancées contre lui par le CDT au sujet de son « inconscience », de son prétendu « refus de l’autocritique » et de son « mépris de la base ».

L’erreur principale qui a entravé l’activité de l’UC(ML)B a été une erreur dans le domaine de l’organisation, et le NDN est le principal responsable de cette erreur : cela était clairement affirmé dans le trois textes remis par la direction aux cadres quinze jours auparavant :

« Le NDN, conscient de son retard dans l’accomplissement de ses tâches d’organisation et constatant, avec un grand nombre de militants, les résultats négatifs de ce retard, a pour objectif de bolcheviser l’UC(ML)B, c’est-à-dire de renforcer de façon décisive l’idéologie prolétarienne de tous les membres et d’instaurer des structures et un fonctionnement véritablement communistes ». (Base de la campagne de bolchevisation).

« Le NDN est le principal responsable de cette situation scandaleuse … il a permis, encouragé la liquidation par son libéralisme, son opportunisme. Il n’a pas systématisé les critiques qu’il avait déjà à faire l’année passée et il a manqué de vigilance cette année-ci. Il est indispensable de signaler aussi l’absence d’une structure (Comité exécutif) normalement chargée de pareilles questions. Voilà un résultat probant de l’absence de fonctionnement bolcheviste » (Autocritique-critique sur les vacances liquidatrices).

« Ce travail (de critique) occupera une place importante dans la campagne de bolchevisation qui redressera l’opportunisme en matière d’organisation dont s’est rendu coupable le NDN et qui élèvera le niveau idéologique, politique et théorique des cadres et des responsables ». (Base de la critique du rapport d’établissement du GU)

Il est tout aussi clair que la persistance de l’idéologie ultra-démocratique et libérale critiquée dans le texte « Base de la campagne de bolchévisation » est un des effets, une des conséquences négatives (d’ailleurs citées en fin de liste) attribuées par le NDN aux déficiences organisationnelles : « les structures et le fonctionnement encourageant (son) maintien ».

Toutes les prétendues « critiques » du CDT devaient en fait étayer l’attaque sans principe contre la direction et la ligne. Le « rejet » par le NDN du centralisme démocratique, l’application délibérée du « centralisme bureaucratique », le « refus de l’autocritique » et une autocritique qui n’est qu’un « sophisme », le rejet de « toutes » les responsabilités sur les cadres et la base, enfin, le « théoricisme » de la direction responsable d’une « ligne coupée de la pratique » composent un bilan négatif du NDN, tant de son idéologie que de sa pratique.

Contre de pareilles menées il était nécessaire de réaffirmer les aspects positifs (principaux) et les aspects négatifs (secondaires) de notre bilan. En niant cette position fondamentale, le CDT s’était engagé dans un processus visant à saper l’autorité du NDN en tentant de faire croire qu’il suivait une « voie bourgeoise ». Lui-même, tout en affirmant bien haut que le centralisme doit être actuellement l’aspect principal du centralisme démocratique, s’était livré à des pratiques anarchistes, en refusant la discipline communiste qui l’obligeait à accomplir les tâches confiées par la direction, en se lançant dans un travail fractionnel, en élaborant un texte d’opposition sans faire entre temps la moindre critique au NDN et en se gardant de faire un rapport sur les problèmes qu’il posait. Tous ces faits prouvent que les agissements du CDT visaient à instaurer l’anarchie, la désorganisation complète, qui se prépare toujours par un travail de sape contre les dirigeants qualifiés pour la cause de « bureaucrates ». En même temps, le comité avait commencé sa propre « campagne », à l’encontre des instructions du NDN, de façon bureaucratique en ne s’appuyant pas sur les responsables mais en allant « poser des questions » dans les unités, sans explication et sans préparation idéologique et politique, alors qu’il avait reçu des directives précises à propos de l’éducation à donner sur le centralisme démocratique et à propos de l’établissement à tous les niveaux des rapports et des bilans.

Après avoir affirmé que le NDN « suit une voie bourgeoise », le CDT poussait à son terme l’inversion du vrai et du faux en se félicitant de son « centralisme démocratique ». Cette affirmation prétentieuse était, de plus, complètement absurde. Sans travail de centralisation, sans même une enquête systématique, le CDT se prenait pour un quartier général prolétarien capable de centraliser les « revendications des militants et l’aspiration non consciente des masses » !

§ 3. PRISES DE POSITION DES CADRES DE L’EX-CDT ET DES AUTRES CADRES

La discussion entre le NDN et les fractionnels s’engagea dès le 4 septembre. Le DCT accepta la décision de sa dissolution par discipline, mais il ne rendit les armes sur aucune de ses positions opportunistes ni sur la qualification que NDN donnait de ses agissements. Au contraire, il poussa plus loin encore ses accusations, en particulier par la bouche de A, qui s’en prit tant à la ligne qu’à la direction. Il lança : « La ligne est-elle inattaquable ? », et, comme le NDN lui demandait des explications là-dessus et qu’il mette ses problèmes sur le tapis, il refusa de répondre, en se retranchant derrière la « nécessité » d’achever « le processus de sa connaissance » et arguant qu’« il faut d’abord détruire pour construire ». Il poussa plus loin encore la provocation contre le NDN en lui demandant si c’était une « directive » qu’il développe ses positions. A tritura les bulletins marxistes-léninistes pour leur faire dire le contraire de ce qu’ils disent et pour insinuer que le NDN veut empêcher la base de participer à la construction de la ligne sous prétexte que le travail de masse est actuellement second par rapport aux tâches internes. A précisa son attaque contre le NDN en l’accusant de se comporter « comme Grippa » qui affirmait toujours qu’en l’attaquant on attaquait la ligne du Parti. Il est pourtant évident qu’en s’en prenant à la direction on s’en prend nécessairement en même temps à la ligne politique de l’organisation, et tout le sophisme de A consistait à passer sous silence la nature politique de la ligne de la « Voix du Peuple » néo-révisionniste et celle de la ligne marxiste de l’UC(ML)B. L’attaque de A n’avait de sens qu’à condition de mettre l’une et l’autre ligne dans le même sac, et c’était bien ce qu’il était occupé à faire. Dans cette entreprise de destruction, les rapports que le CDT avait, sous la direction de A, sollicités de la base étaient employés comme munition contre le NDN : il s’agissait de « prouver » par ce moyen le bien-fondé des attaques fractionnelles. La raison qu’avait eue le CDT de rejeter les méthodes préconisées par la direction et de lancer son « enquête » apparaît ainsi clairement.

Lors de la même discussion, l’ex-CDT trahit sa nature de façon directe, en couvrant le révisionnisme par l’imputation de l’entière responsabilité du NDN de toutes les erreurs commises dans l’UC(ML)B depuis le début de son existence. Dans son texte fractionnel, l’ex-CDT avait affirmé :

« … le GU est condamné à marcher à l’aveuglette et il n’a devant lui que deux possibilités : soit il avance et alors nécessairement il s’écrase sur des obstacles que l’absence de directives justes ne lui permet pas d’éviter et que ses faiblesses propres ne lui signalent pas (« idéologie révisionniste »), soit il reste sur place et piétine (« attentisme » et « passivité »).

Contrairement à cette brillante « analyse », le révisionnisme prend sa source dans l’idéologie bourgeoise (il est la forme que prend l’idéologie bourgeoise dans le mouvement communiste), et non dans les erreurs des marxistes-léninistes. Celles-ci peuvent en permettre le développement dans le Parti, à cause du manque de vigilance. C’est pourquoi, prétendre que le révisionnisme qui empreint le texte du GU était « nécessairement » imputable au NDN seul, revenait une fois de plus à mettre en cause la nature marxiste-léniniste de la direction. On se demande comment la critique-autocritique de ce texte dirigée par le NDN, a pu alors avoir lieu. C’est précisément pour sortir de cette contradiction que A affirmait maintenant qu’à tout prendre le texte du GU « n’était pas révisionniste », mais « petit-bourgeois » et qu’« il lui fallait encore réfléchir pour en définir l’idéologie de plus près » !

La dissolution du CDT fut annoncée par une circulaire aux cadres, exposant la contradiction survenue entre le NDN et les fractionnistes et expliquant les raisons politiques de la décision.

Tous les cadres – ceux de l’ex-CDT et les autres, – prirent chacun position sur la lutte, par écrit, en prévision de la réunion NDN-cadres convoquée pour le 8 septembre.

Voici la substance de ces prises de position :

A : Dans son texte intitulé « Construire le Parti, c’est résoudre les contradictions. Scissionnisme ou lutte idéologique ? », il confirmait l’attaque de l’ex-CDT et tentait de justifier la pratique de la fraction. Sur la question des positions politiques prises par la fraction, A se montrait plus confus : à la fois il prêtait de solennels serments d’allégeance au NDN, et il continuait à lui attribuer une méthode de direction révisionniste :

« Je réaffirme mon entière confiance aux dirigeants communistes de l’UC(ML)B… Je réaffirme mon entière confiance dans la ligne politique de l’UC(ML)B… »

« Le Comité des trois, en ayant qualifié de centralisme bureaucratique le type d’organisation actuel, en ayant montré que le NDN tenait la base pour principale responsable de la carence organisationnelle, a-t-il commis une erreur ? De forme ou de fond ? Devons-nous parler de l’existence d’un certain centralisme fort qui aurait tendance à l’hypercentralisme, tout en restant malgré tout démocratique, parce que nous sommes une organisation marxiste-léniniste ? J’estime cette vue absolutiste, donc idéaliste. »

C’est donc sur le point même où il prenait une position métaphysique de « tout ou rien » que A accusait la direction de l’erreur qu’il commettait lui-même. En même temps, il essayait d’atténuer la force du coup, mais il ne réussissait qu’à révéler l’absence complète de principe de sa pensée :

« Je réaffirme que l’UC(ML)B, ayant avancé sans se donner les moyens organisationnels du centralisme fort en pratique, s’est ôté la possibilité de faire progresser la pratique dans la classe ouvrière. »

Il faut donc comprendre que le NDN appliquait ,le marxisme-léninisme dans les tâches internes et le révisionnisme dans les tâches envers la classe ouvrière.

A, qui niait le caractère fractionnel de l’ex-CDT, fournissait en même temps de nouveaux éléments qui contribuent à l’établir :

« Le comité des trois (avait) engagé une lutte idéologique interne (nous soulignons) pour déterminer la nature des tâches qui lui (avaient été confiées).

Les instructions du NDN étaient précises et s’il subsistait malgré tout des doutes, pourquoi n’en avoir pas référé immédiatement au NDN lui-même ? Plus loin, A déclare :

« En essayant d’expliquer (les prétendues erreurs d’analyse du NDN), j’ai (lors de la réunion NDN-ex-CDT) dépassé le cadre de discussion que le comité des trois avait décidé de limiter (nous soulignons) à des points concrets déterminés, afin que le NDN prenne conscience par lui-même de l’aspect erroné de la ligne, et que la campagne soit le plus rapidement engagée dans la voie juste. Par cet écart de ma part (nous soulignons) – fausse explication –, le NDN dans sa logique erronée sur ce sujet y a vu l’indice de conviction que c’est un plan de liquidation de la ligne. »

Le texte de A continue donc à défendre la ligne fractionnelle, dût-il puiser les arguments dans la tactique mise au point par le CDT pour attaquer le NDN sous couvert de considérations « pédagogiques » que des cadres devraient entretenir à l’égard de leur direction ; en même temps – et c’est sa principale raison d’être – il essaie d’estomper la gravité de la contradiction, tout en essayant de faire croire au sectarisme du NDN. L’essentiel est d’accréditer la thèse que le NDN a, par ses méthodes erronées, rendu antagonique une contradiction au sein du peuple :

« Je n’expliquerai pas ici le fond de la question. La lutte idéologique sur la partie de la ligne relative à la pratique dans la classe ouvrière, ne peut être entamée – cela m’est interdit par le NDN – (!!!). Le comité des trois a été qualifié de scissionniste par le NDN, déchargé de ses fonctions et interdit de la continuité dans les enquêtes. Le NDN a placé la contradiction sur un terrain antagonique. Il est dès lors impossible de mener une lutte politique-idéologique A FOND sur les points que nous avons soulevés, sans qu’elle soit réduite en rafales de balles vers la direction … (Le NDN) nous identifie à l’ennemi. Et l’ennemi peut-il mener une lutte idéologique pour faire progresser l’unité révolutionnaire ? Non ! L’ennemi de classe doit être écrasé…

La réunion (du 8) devra viser à déterminer si le prestige des idées et du pouvoir, quant aux positions du comité des trois, sont en concordance avec les décisions prises à l’égard de ce comité de trois. Y a-t-il fractionnisme ou non ? Voilà le terrain qu’il est obligatoire de déblayer ! Voilà l’hypothèse qu’il faut lever ! »

Dans les discussions individuelles que A croira bon d’avoir, avant la réunion, avec les autres cadres, il expliquera qu’il faut poser « comme question préalable » la réalité du fractionnisme, et en ces termes : « Les trois sont-ils ou non des contre-révolutionnaires ? Si oui, la lutte idéologique avec eux est sans objet ; sinon, la dissolution pour fractionnisme est erronée » !

Le texte B est le manifeste de la petite-bourgeoisie rejetant avec horreur le centralisme et la discipline.

La discipline « tue » la conscience communiste des militants et « tue » la lutte idéologique : suivre une orientation avec laquelle on se trouve en désaccord, c’est du « servilisme ».

« Devions-nous courir au NDN dès qu’une difficulté surgissait pour lui demander de penser à notre place, par crainte de nous foutre dedans en réfléchissant tout seuls ? »

« (Ayant vu une contradiction dans les positions du NDN), pour suivre la légalité, nous aurions dû être le souffleur du NDN… nous aurions été l’étouffoir de la lutte idéologique ».

La position est résumée dans le point de vue selon lequel

« la discipline n’est exigée que lorsque la lutte idéologique a été menée et a abouti à un accord conscient … Malheur à la lutte idéologique qui s’éveille quand est passée l’heure.. car on se retrouve scissionniste ».

En conclusion, B persifle le NDN en se déclarant « d’accord pour un jour d’indiscipline » et estime que la dissolution du CDT est un « matraquage ».

Le texte C commence par une défense du fractionnisme sous la couleur de sauvegarder les droits de la « lutte idéologique ».

Le NDN de serait pas parti des faits (la recherche honnête de la vérité par le CDT), mais du concept du fractionnisme : il ne se préoccupe pas de chercher « le vrai du faux » dans les « critiques » de l’ex-comité, mais seulement de « détruire ce quartier-général bourgeois ». Pour C, à ce moment-là, le problème de fond est la question de la responsabilité principale de la situation organisationnelle de l’UC(ML)B : la faiblesse des structures est-elle imputable à une carence du NDN ou à l’idéologie petite-bourgeoise des militants : selon lui, le NDN éluderait cette question. La façon dont il a traité le CDT serait un exemple de plus de son attitude erronée.

C termine en constatant que

« la position du comité est évidemment indéfendable et absurde : d’une part, la ligne de l’UC(ML)B est marxiste-léniniste ; d’autre part, la méthode d’élaboration de la ligne est le centralisme bureaucratique. La contradiction est évidente ».

Cependant il nie que cette position mette l’ex-CDT en contradiction avec la ligne : au contraire, si le NDN estime que tel est bien le cas, c’est parce qu’il parle « à la légère » et qu’il confond le camp de la bourgeoisie et le camp du peuple, ainsi que les deux sortes de contradictions. Il n’en est pas moins vrai, selon C, que l’ex-CDT a fait preuve d’indiscipline, et que « le NDN a raison de caractériser cette attitude comme de l’anarchisme ». Dans le dernier paragraphe de son texte, C révèle qu’il avait soulevé « des positions justes sur le scissionnisme » au sein de l’ex-CDT, mais que « ces positions n’avaient pu se frayer un chemin faute de structures adéquates qui auraient permis un soutien effectif au NDN ».

Les trois cadres extérieurs à l’ex-CDT avaient également mis par écrit leur position avant la réunion NDN-Cadres. D se résume ainsi :

« (Mon) texte ne répond pas à la contradiction et aux divergences apparues entre le NDN et le CDT, mais aux méthodes employées pour les résoudre. Il prend position sur les questions du fractionnisme … et de la dissolution du CDT ».

La position est que le ND a eu tort de déclarer la guerre à des cadres qui ont le mérite d’avoir « osé penser » et de « mettre les problèmes sur le tapis ».

De même E, reprenant à son compte le titre de A « Construire le Parti, c’est résoudre les contradictions », se range résolument sous son drapeau :

« A mon avis, en me basant tant sur les textes que A a été autorisé à faire connaître que sur les déclarations orales des camarades du CDT et sur l’esprit de leur texte, les accusations graves du NDN ne sont pas fondées. Le CDT ne s’est pas mis en dehors de la légalité communiste, il n’a fait que « mettre les problèmes sur le tapis » , comme c’est le devoir de tout militant communiste ».

Tout le texte s’emploie à défendre la thèse que la contradiction entre le NDN et le CDT est une contradiction au sein du peuple et que le NDN s’est trompé en voulant la résoudre comme une contradiction antagonique, en qualifiant le fractionnaire et en décidant de dissoudre le Comité. Le NDN pousse même la barbarie aussi loin que de dénier au CDT le « droit » de faire des « enquêtes » dans les unités de base.

« Je voudrais relever une incohérence très grave dans l’attitude du NDN. D’une part, développant une attitude antagonique, il nous dépeint le CDT comme un élément ennemi dans l’organisation » : « Plate-forme d’opposition », « pratiques anarchistes » etc. … Puis, brusquement, le texte s’adoucit, et les membres du CDT deviennent des « camarades » que la lutte idéologique sur le centralisme démocratique devra « convaincre » de leurs erreurs…

Le NDN, par son texte à double caractère, s’est ménagé l’occasion de ne pas se prononcer ouvertement sur le caractère antagonique ou non-antagonique de la contradiction. Mais, à l’exception des deux dernières lignes, tout le texte est empreint d’une attitude antagoniste, et la dissolution pour fractionnisme le confirme ».

D’autre part, le fait pour E, de ne pas se prononcer sur

« la contradiction principale actuelle dans l’UC(ML)B et la méthode pour la résoudre », ne l’empêche pas, un peu plus loin, de soutenir les avis de A sur la façon de mener la campagne (avant de faire l’éducation sur le centralisme démocratique, il faudrait faire une enquête sur les unités).

Le texte de F prend le contrepied de toutes ces positions et soutient la décision du NDN :

« … le CDT a développé une politique fractionniste ; la contradiction entre NDN et CDT est celle entre marxisme-léninisme et révisionnisme, elle est antagoniste. C’était le devoir du NDN de dissoudre le CDT ».

F motive son soutien en qualifiant les positions et les actes du CDT sur la base des principes.

IV. LE DÉMANTÈLEMENT DE L’IDÉOLOGIE FRACTIONNISTE

§ 1. LES DEUX LIGNES : CENTRALISME DÉMOCRATIQUE MARXISTE-LÉNINISTE OU FRACTIONNISME BOURGEOIS

Lors de la première réunion NDN-cadres du 8 septembre, tous les cadres, à l’exception d’un seul, avaient donc rejoint le camp de l’opportunisme et se dressaient contre les positions marxistes-léninistes du NDN et contre le NDN lui-même.

L’ex-CDT maintenait ses positions pour l’essentiel. Il continuait à défendre son fractionnisme en plaidant pour sa conception du « droit de critique et de lutte idéologique » et le bien-fondé de ses positions, avec, chez C, des contradictions qui rendaient son texte, plus encore que ceux des autres, objectivement insoutenable. B, par sa déclaration de foi anarchiste, et A, sous une forme plus « politique », manifestaient clairement la volonté de poursuivre leur attaque et de rallier les cadres à leurs vues. D et E étaient complètement tombés dans le piège de la « question préalable » posée par le texte de A : le CDT n’est pas le groupe fractionnel que le NDN veut voir en lui ; au contraire, il faut le louer d’avoir « osé penser ». A droite se trouvaient donc à ce moment A et B, avec le ferme soutien de E ; le centre était occupé par C et D ; à gauche, le NDN et F.

Le NDN a dirigé la lutte entre les deux lignes en commençant par déloger l’opportunisme d’une série de retranchements ; lorsqu’il eut rallié B, C, D et E aux positions marxistes et gagné leur appui, la lutte continua, dans une seconde phase, avec A.

Les « arguments » dont l’opportunisme se servit comme d’autant de retranchements qu’il a fallu détruire l’un après l’autre, se résument en ces quatre points : a) la confusion de la contradiction entre les positions et de la contradiction entre les personnes, érigée en « question préalable » ; b) la dénégation de l’existence du fractionnisme ; c) la nature antagoniste de la contradiction entre les positions du CDT et la ligne de l’UC(ML)B ; d) la question dite du « partage des responsabilités ».

§ 2. LA « QUESTION PREALABLE »

La « question préalable » est une invention de A, soutenue par D et E. Elle se présente comme une alternative :

« Ou bien le CDT a servi les intérêt de l’UC(ML)B : en ce cas le NDN doit vider son désaccord avec lui par la lutte idéologique (et il n’est pas fondé à le sanctionner ni à traiter son activité de travail de sape, d’agissements fractionnels, etc.) ; ou bien c’est un ennemi de l’organisation, et le NDN aurait déjà dû l’’exclure de l’UC(ML)B, car en ce cas la lutte idéologique est déplacée et sans objet ».

Cette façon de poser la question est contraire aux méthodes que les communistes suivent pour résoudre les contradictions.

Pour traiter correctement les contradictions, et pour les résoudre dans l’intérêt du peuple, il faut 1) connaître leur nature : s’agit-il de contradictions antagonistes ou de contradictions non antagonistes ; 2) lorsqu’il s’agit d’une contradiction antagoniste, il faut distinguer entre la ligne et les personnes.

D et E ne concevaient pas que le fait seul du fractionnisme crée déjà l’antagonisme avec l’organisation communiste.

Lénine définit le fractionnisme par l’existence de

« groupes présentant un programme particulier, tendant à se replier jusqu’à un certain point sur eux-mêmes et à créer leur propre discipline de groupe ». (Avant-projet de résolution du Xe congrès du Parti communiste de Russie sur l’unité du parti, t. 32, p. 252).

La fraction, c’est la désorganisation du Parti. Lui laisser libre cours, accepter qu’elle définisse les contradictions et qu’elle organise la discussion au sein du Parti, c’est permettre que le Parti se désagrège, c’est liquider le Parti.

Ceci avait amené le NDN à décider la dissolution immédiate de la fraction.

Que, de plus, la contradiction entre la ligne défendue par le CDT et la ligne de l’UC(ML)B était, elle aussi, antagoniste, est une question qui sera discutée plus loin (car elle fera l’objet d’une autre diversion opportuniste, cfr. § 4). Ce que A, D et E ont soutenu en premier lieu, c’est que, « abstraction faite » de la nature de cette contradiction, le NDN a cherché la guerre là où la simple discussion suffisait à éclairer les idées.

La première des règles citées ci-dessus fut donc délibérément écartée ; la seconde rejetée en conséquence.

Chaque militant communiste connaît pourtant bien le principe qu’il faut « guérir la maladie pour sauver l’homme » et doit voir que ce concept est, par définition, une unité de contraires appelant dans la pratique des solutions également contradictoires : à l’antagonisme des actes et des positions répond, dans le cas présent, la mesure disciplinaire de dissolution du CDT nécessaire pour mettre un terme à des menées subversives : quand le centre découvre une fraction, il est évident que son premier devoir est de la dissoudre ; à la contradiction opposant entre eux des communistes correspond la lutte idéologique visant à éclaircir les idées et à rallier les camarades qui se trompent aux positions marxistes, par un travail de persuasion mené selon le processus critique-autocritique-unité. A tout moment, depuis le début de la lutte, A, B et C furent traités en camarades ; la qualification de leur erreur par le NDN fut en fait très modérée (« idéologie petite-bourgeoise ») et leur statut de cadres ne fut même pas mis en question.

Chaque militant communiste « connaît » le principe « guérir la maladie pour sauver l’homme », mais il est bien évident que l’opportunisme en lutte a un intérêt particulier à obscurcir cette connaissance.

De la part de A, qui mit en avant la « question préalable », il s’agissait d’une manœuvre « de gauche » destinée à entraîner le centre à la révolte et à provoquer la direction par le chantage : « Ou bien nous sommes d’honnêtes communistes, et le NDN mène contre nous une lutte à outrance ; ou bien nous sommes des anticommunistes et qu’attend le NDN pour nous expulser comme des traîtres à la classe ouvrière ? »

D et E purent tomber dans un piège aussi grossier, parce qu’ils s’y étaient eux-mêmes fortement poussés par leur individualisme petit-bourgeois.

A la lecture de la circulaire portant dissolution du CDT fractionnel, et dans les discussions entre cadres qui suivirent immédiatement sa réception, l’attention de D et de E fut absorbée par la mesure disciplinaire au point qu’ils y virent une barrière mise par le NDN à toute discussion. Ces camardes se posèrent dès lors comme les défenseurs de la « lutte idéologique ».

Ce qui sous-tend cette position, c’est, outre le rejet du centralisme démocratique, le refus qu’un organe dirigeant prenne une mesure contraignante, sans « lutte idéologique » préalable.

Le texte « Base de la campagne de bolchevisation » avait pourtant, comme par avance, répondu à cette objection petite-bourgeoise qui tend à confondre la sphère de la discipline et la sphère de la lutte idéologique :

« … (certains) camarades ont tendance à penser que tout sujet peut à tout moment et entre n’importe quels niveaux hiérarchiques, être question à débattre dans la lutte idéologique. Ce n’est pas le cas. La lutte idéologique a) se mène activement, librement et dans toute son ampleur à l‘intérieur de l’organisation sur toute question politique et d’organisation que l’organisme dirigeant compétent n’a pas encore tranchée par une décision ; b) accompagne les directives et mesures adoptées par la direction. Mais ces directives et mesures lient immédiatement l’organisation et chaque membre, quelle que soit l’appréciation que tel ou tel camarade puisse poser sur elles. Dire que la discipline communiste est librement consentie par tous les membres de l’organisation, signifie que le principe du centralisme démocratique et les impératifs de la morale communiste sont acceptés par tout, sur la base de la compréhension des tâches de la révolution, et qu’en conséquence chaque décision des organismes dirigeants oblige les membres, sans qu’elle doive pour autant faire au préalable l’objet d’une « lutte idéologique » pour être applicable ».

Les termes employés par le NDN dans sa circulaire pour qualifier la fraction et que D-E citaient pour les rejeter :

D : « attaque systématique et sans principe contre le NDN », « plate-forme d’opposition », « menées », « couvrir le révisionnisme », « revient à mettre la nature marxiste-léniniste de la direction en cause », « attaquer la ligne », « saper la liaison du NDN à la base », « inversion du vrai et du faux » ; E : « plate-forme d’opposition », « attaques systématiques contre le NDN et la ligne de l’UC(ML)B », « menées », « couverture (consciente) du révisionnisme », « isoler le NDN de la base », « déclarations démagogiques », « pratiques anarchistes », « travail de sape », « amener la désorganisation complète dans l’UC(ML)B », etc. – tous ces termes qualifiant correctement une manœuvre fractionnelle, leur apparurent comme autant de terribles coups de matraque. Que ces termes du NDN ainsi que la dissolution du CDT qu’ils motivent, aient frappé une erreur très grave et de nature à mettre en danger l’unité et la ligne de l’organisation, a passé littéralement inaperçu, tant était grand l’effroi petit-bourgeois devant le « bureaucratisme » qui empêche « le libre processus de la lutte idéologique ». Que le NDN avait pour premier devoir de défendre l’unité et la ligne, est une considération qui disparaît complètement devant les sacro-saints « droits » des individus, comme si la démocratie était une fin en soi et comme si les communistes devaient (pouvaient) permettre à des fractionnistes de mener leurs attaques toujours plus loin et impunément contre la ligne marxiste-léniniste. Plutôt une lutte sans principe, avec toutes ces conséquences possibles, qu’une mesure de contrainte qui n’a pas d’abord été discutée par tous les cadres : telle est la devise de ceux qui veulent mettre le « moi » de chaque individu avant la défense du communisme.

§ 3. DÉNÉGATION DU FRACTIONNISME

Une deuxième chicane de l’opportunisme soutenue en particulier par A et B, devait être que le CDT n’a pu être fractionnel étant donné que les actes dont le NDN l’accuse – en particulier, le fait qu’il écrivit un texte et qu’il entreprit une enquête dans les cellules – étaient connu du NDN et que celui-ci ne les avait pas désapprouvés. Cette « position » était agrémentée par A d’un commentaire selon lequel, de toute façon, l’enquête à la base « n’avait pas été le véhicule de la ligne du CDT » et par B d’une attaque contre la direction, à savoir que si l’enquête avait été erronée, c’était au NDN le premier à s’en rendre compte et que le NDN était donc mal venu de reprocher aujourd’hui au CDT de « ne pas lui avoir donné la bouillie ».

L’opposition se réfugiait cette fois dans le formalisme.

Il est exact qu’un membre du NDN avait laissé la latitude au CDT de former par écrit les difficultés qu’il éprouvait à cerner les erreurs organisationnelles commises par l’UC(ML)B, et il est également exact que ce membre du NDN avait connaissance de l’enquête menée par le CDT pour avoir reçu de celui-ci communication de son questionnaire. Mais le CDT jouait sur les mots en voulant se baser sur ces faits pour « prouver » l’inexistence du fractionnisme.

Avant la discussion NDN-Cadres du 8 septembre, A remit à tous les cadres (excepté F) un papier intitulé « Chronologie des faits et gestes du comité des trois du 18 au 31 août ». Ce papier reprend, en effet, certains « faits et gestes, du CDT et il comporte une note d’avertissement où il est dit que les circonstances mentionnées laveront le CDT de l’accusation de fractionnisme, « au niveau des faits, indépendamment de la nature politique de (son) texte ».

Une telle façon de monter les faits et gestes en épingle n’a, bien entendu, rien à voir avec une analyse marxiste de la réalité.

La faculté laissée au CDT de rédiger « un » texte (sur un sujet bien précis) et la confection d’une plate-forme d’opposition contre l’organisation n’ont évidemment que ceci en commun qu’il s’agit dans les deux cas de mettre des mots par écrit. De même, se prévaloir de la connaissance qu’avait le NDN du fait de l’enquête, en faisant abstraction des positions sous-tendant cette enquête et des rapports fractionnels qu’entretenaient à cette époque les enquêteurs, n’est pas précisément un exemple d’honnêteté. Selon que cette enquête se menait de bonne foi ou dans le cadre d’une attaque en règle, on a affaire à une erreur bureaucratique, qui peut être secondaire, ou à un acte offensif. La partie reçoit son sens véritable de la totalité. Un morceau du puzzle revêt une signification différente selon qu’il est isolé ou replacé dans l’ensemble. L’orientation politique des faits et leur portée sont pour une grande part fonction de la ligne dans laquelle elles s’inscrivent. C’est à l’intérieur de cette ligne, dont elles n’auraient jamais pu être abstraites, que nous les envisagerons désormais.

Prétendre, en outre, que l’enquête était « neutre », c’était ériger en principe le formalisme qui imprègne toutes ces conceptions. Aucun rapport social n’est « neutre », et moins que tout autre les rapports politiques. Il est clair que le travail entrepris par des fractionnistes envers la base n’est et ne peut être que le prolongement et le complément des rapports qu’ils instaurent envers la direction. Tout acte posé par un fractionniste obéit nécessairement à ses visées politiques particulières. Cela va de soi. Et dire, comme le faisait B, que le NDN n’avait qu’à comprendre les erreurs qui étaient en train de se commettre (« si vous n’avez rien remarqué, tant pis pour vous !) » dénote, outre la mauvaise foi de cette provocation, une conception bourgeoise de la répartition des tâches et des responsabilités, comme si le NDN et les cadres avaient des droits, des intérêts spécifiques, voire antagonistes, et définis de façon administrative préservant la sphère d’autonomie de chacun.

Enfin, certains faits étaient simplement passés sous silence, parce qu’ils desservaient directement la thèse de la « bonne foi » des fractionnistes. Ainsi, A se garda de dire que lors de la réunion du CDT avec un membre du NDN, tenue le 21, le CDT reçut des instructions précises et des textes préparant l’éducation sur le centralisme démocratique et les rapports des cellules ; il omit aussi de dire que lui-même fut à ce moment mis en garde contre l’individualisme, à propos de la diversion qu’il avait faite lors de la réunion des cadres du 16 août. Il est clair que le mensonge par omission relève du système formaliste lui-même adopté pour abstraire certains « faits et gestes ».

Les communistes rejettent complètement une telle façon d’« argumenter », qui consiste à détacher les faits de leur signification politique. Nous allons donc les reprendre et les analyser à la lumière du comportement général et des positions du CDT.

En réalité, le fractionnisme alla très loin, en un bref espace de temps. Regroupons l’ensemble des faits.

Le CDT refusa les directives ; au lieu de mener la campagne de bolchevisation, comme il était de son devoir de le faire, il tint pendant quinze jours des réunions de discussion interne sur des sujets qu’il n’était pas de sa compétence de traiter, décidant enfin d’élaborer des positions à lui, et qu’il savait contraires à la direction et à la ligne. Au lieu de renforcer le centralisme démocratique dans l’UC(ML)B, il refusa et combattit le centralisme démocratique.

Ce travail était assuré organisationnellement par une discipline de groupe, contraire à la discipline de l’UC(ML)B. Cela ressort du texte même de A lorsqu’il parle de la « lutte idéologique interne (au CDT) pour déterminer la nature des tâches qui lui (avaient) été confiées » et quand il révèle le « cadre de discussion que le CDT avait décidé (!) de limiter à des points concrets déterminés, afin que le NDN prenne conscience par lui-même de l’aspect erroné de la ligne… ».

La discipline de groupe se manifesta également lorsque C, interrogé par un membre du NDN sur les contradictions soulevées par le CDT (c’était avant la remise du texte), refusa de répondre, sous prétexte que « cela devait se discuter avec tous les membres du CDT assemblés ».

Le CDT, lançant son offensive contre le NDN, prétendait que lui-même pratiquait le centralisme démocratique, en dehors du NDN et contre lui. Une telle chose n’est « possible » qu’à condition de fonctionner comme un Etat dans l’Etat. Et cette contradiction elle-même ne peut être « résolue » que par une lutte victorieuse pour la direction dans l’organisation. Il est clair que si le NDN a des méthodes de direction révisionnistes et que si le CDT applique le centralisme démocratique, celui-ci doit lutter pour le pouvoir, renverser le NDN et se substituer à lui.

C’est bien ce qu’il avait commencé à faire, en s’érigeant en organe dirigeant de fait à l’égard de la base et en allant demander à celle-ci (soi-disant au nom du NDN !) quelles critiques elle avait à adresser à la direction.

C’est la question de l’enquête. Enquête prétendument « neutre ».

Voyons cela de plus près. Qui attaque la direction, doit s’assurer le soutien de la base. Il s’agissait, pour le CDT, de se faire connaître comme le « défenseur » des militants « opprimés » par un NDN bureaucratique. Les questions 2, 3 et 7 en témoignent clairement.

2 :

« Est-ce que la ligne politique a été comprise et traduite en directives concrètes par la pratique de la cellule ? »

3 :

« Y a-t-il eu lutte idéologique pour appliquer le centralisme démocratique dans le fonctionnement de la cellule ? Y a-t-il deux lignes sur cette question ? Quels sont leurs aspects principaux ? »

7 :

« Quelles sont les critiques portées aux organes dirigeants par la cellule ? Par le responsable ? »

Il y a eu de la part des dirigeants et des cadres des carences graves dans les méthodes de direction. La pratique en a souffert. Les militants ont donc nécessairement des critiques à faire aux organes dirigeants. Ces critiques ont un rôle important à jouer au cours de la campagne, pour le redressement de l’organisation. Tel avait été et tel restait le point de vue du NDN.

Mais le CDT, ayant ses buts particuliers, s’y prit tout autrement. En commençant son « enquête » sans aucune explication sur l’objet de la campagne, sans aucune éducation sur les règles du centralisme démocratique, le CDT, eu égard à ses positions politiques de départ, entreprenait un travail de sape envers la base et une provocation envers la direction. Son but était de transformer les critiques justes de la base en révolte contre la direction. S’il choisit cette procédure spontanéiste, c’est parce qu’il en attendait un débordement aveugle en retour. Les critiques doivent être portées à la lumière des principes et dans un cadre politique qui permet de distinguer le principal du secondaire et le vrai du faux.

Le commentaire du CDT selon lequel il aurait « traduit et transformé les revendications et critiques des militants », explicite bien les intentions réelles de l’enquête « neutre ». Considérer que les militants ont des « revendications » à faire valoir contre la direction revient à dire qu’il y a contradiction d’intérêts entre la base et le sommet. C’est une thèse anarchiste. Il n’y a rien de tel dans un Parti communiste. Dans un parti communiste, il y a, de haut en bas, vigilance de classe, lutte idéologique à tous les niveaux et unité révolutionnaire de tous les militants. Parler de « revendications » de la base, c’est vouloir délibérément soulever les militants contre la direction. Cette démagogie est la porte ouverte au scissionnisme.

L’usage fait dans la discussion par le CDT des premiers matériaux qu’il recueillit dans son « enquête », montre bien que tel était son projet. Des réponses partielles et tronquées il essaya de faire autant de projectiles contre la direction, en les lançant selon les besoins de son attaque générale : il tenait la « preuve » que le NDN était « inconscient de ses responsabilités, que la base était « justement révoltée », etc. Le CDT, en utilisant ainsi les fonctions importantes dont il avait été chargé par la direction, les détourna à ses fins propres et tenta d’empoisonner l’idéologique de la base. Le CDT projetait d’étendre son attaque aux camarades ouvriers : ceux-ci « seront associés pleinement à cette campagne et à ce questionnaire d’enquête », annonçait-il. Mais le NDN l’avait mis hors d’état de nuire avant qu’il ait pu mettre ce plan de sabotage à exécution.

Vis-à-vis des autres cadres, l’ex-CDT mena une offensive ouverte à compter du jour de sa dissolution jusqu’au jour de la première réunion NDN-Cadres : du 3 au 8 septembre, l’ex-CDT (et en particulier A qui se prévalut faussement de l’« autorisation donnée par le NDN de défendre son point de vue ») chambra les cadres et put les rallier, à l’exception d’un seul, sur la base de sentiments antiautoritaires. Un seul cadre, D, jugea utile de chercher la discussion avec le NDN. B reconnut par la suite que la rapide victoire obtenue par l’ex-CDT auprès de D et E, lui fit renoncer au début d’autocritique qu’il comptait faire à la réunion et l’encouragea à poursuivre l’attaque. F. qui ne cessa de se tenir sur des positions justes, fut considéré par certains comme « un opportuniste servile irrécupérable », avec lequel il n’était pas intéressant de discuter.

§ 4. LA NATURE ANTAGONISTE DE LA CONTRADICTION ENTRE LES POSITIONS DU CDT ET LA LIGNE DE L’UC(ML)B

Le texte du CDT est une attaque de front contre la direction et contre la ligne. En le résumant (III, § 1), nous avons déjà indiqué le contenu de cette attaque ; nous devons à présent en mesurer exactement la portée.

Le « fer de lance » par lequel le CDT a essayé d’abattre le NDN est la déclaration selon laquelle le NDN aurait appliqué le « centralisme bureaucratique ».

Le principe d’organisation du Parti communiste est le centralisme démocratique. TPT- UC(ML)B y adhéra consciemment et commença à l’appliquer dès le début 1972, lors de l’élection du NDN. TPT-UC(ML)B appliqua ce principe, tout en commettant de graves erreurs dont les principales furent de laisser la base sans directives quant aux méthodes de travail et sans contrôle de sa pratique par le NDN. Ces erreurs constituent une déviation ultra-démocratique et prouvent que la direction (et les cadres) restaient, en matière d’organisation, sous l’emprise d’idées spontanéistes.

Il y a une différence fondamentale entre la reconnaissance et l’application du centralisme démocratique, celle-ci fut-elle déviée de son juste cours, et l’application de la ligne du « centralisme bureaucratique ». C’est la différence opposant la prolétariat à la bourgeoisie, le marxisme-léninisme au révisionnisme.

Que le CDT l’ait bien entendu de cette façon est clairement exprimé dans son texte : le NDN n’a pas appliqué le centralisme démocratique, mais il a « mis en pratique son contraire (nous soulignons), le centralisme bureaucratique ; « il est exclu que le centralisme démocratique ait pu fonctionner «  ; il n’y a eu dans le GU aucun centralisme (nous soulignons), il ne peut y avoir de démocratie ». Si le NDN a appliqué le centralisme démocratique (fût-ce avec une déviation) les idées qu’il a centralisées sont des idées justes, et la pratique qu’il a dirigée est une pratique révolutionnaire (même s’il doit être fait de sévères critiques à sa méthode de direction). Au contraire, s’il a appliqué le « centralisme bureaucratique », il n’a pu centraliser que des idées bourgeoises, et la pratique de l’UC(ML)B est contre-révolutionnaire.

Dans le premier cas, les bulletins marxistes-léninistes et le journal Unité rouge sont fondamentalement sur des positions justes ; dans le second, notre orientation toute entière est erronée. Dans le premier cas, la ligne générale de notre pratique dans la classe ouvrière est correcte ; dans le second, elle est bourgeoise. Dans le premier cas, le NDN est un organe dirigeant marxiste-léniniste, dans le second, il est la tête de pont de la bourgeoisie dans l’UC(ML)B.

Le CDT a très bien saisi cette logique : il pose effectivement ces trois questions, et il y répond chaque fois dans le même sens. Il ouvre son attaque en déclarant que « la ligne politique de l’UC(ML)B n’est pas liée au travail pratique dans la classe et vers les masses » (souligné par CDT).

Une « ligne politique non liée au travail pratique » est une ligne révisionniste, et cette pratique ne peut servir que la bourgeoisie. Le fait que cette attaque du CDT tourne court faute qu’il ait essayé de l’argumenter le moins du monde, n’enlève rien à sa virulence. Au contraire, il éclaire d’autant plus crûment l’absence complète de principes du CDT. La cible principale de l’attaque a été le NDN lui-même. A en croire le CDT, toutes les erreurs commises par tous les membres de l’UC(ML)B reposeraient sur le NDN, mais celui-ci refuserait de le reconnaître et il rejetterait systématiquement toutes les responsabilités sur les cadres et la base : le NDN

« s’attribue tous les mérites des progrès de l’UC(ML)B et rejette tout le négatif sur la base et les cadres » ; « l’idéologie dominante de la base est une idéologie pourrie ; déclare le NDN » ; « dans l’analyse des erreurs, le NDN a pris la voie bourgeoise et a construit une « théorie » qui fait porter tout le poids des erreurs sur la base ».

Le NDN n’aurait donc pas pris conscience de ses erreurs : c’est là le « fond du problème » et le seul point au programme du CDT, c’est que le NDN fasse avec une « honnêteté révolutionnaire » l’auto-critique de son « centralisme bureaucratique ».

Le contraire spécifique du NDN serait le CDT : lui applique déjà le centralisme démocratique, lui continue la prétendue ligne route qui aurait lutté avec le NDN sur les questions d’organisation. Cette « ligne rouge » se serait manifestée par « la critique scissionniste des cadres » (en avril), le texte « centralisme démocratique » d’une unité, et les questions et critiques d’un cadre sur la nature et les structures de l’organisation et sur le travail pratique.

Voir dans la critique scissionniste des cadres (le CDT reconnaît ce terme et le reprend à son compte !) un élément d’une ligne « rouge » qui se serait opposée au NDN en matière de centralisme démocratique, est vraiment le comble de l’impudence. Le fait qu’il y ait eu, dans cette critique scissionniste, des remarques justes sur des points secondaires (remarques que le texte du NDN « Base sur la campagne de bolchévisation » a d’ailleurs recueillies), n’ôte évidemment rien à ce qui le caractérise principalement, l’esprit fractionnel, l’indiscipline et l’impatience petites-bourgeoises. Les deux autres éléments qui constitueraient également cette prétendue ligne, le texte « centralisme démocratique » d’une unité et les remarques et critiques des cadres, loin de s’y opposer, le NDN les a immédiatement approuvés et soutenus. En fait, le texte en question reprend littéralement les positions sur le centralisme démocratique mises en avant par le bulletin marxiste-léniniste 1, et les « critiques et questions » du cadre n’ont jamais été le monopole de celui-ci : le NDN se les adressait au moins autant, et il avait d’ailleurs chargé ce cadre de préparer un premier projet de statuts. Le point est que ce cadre se trouva aussi à la tête du CDT et qu’il était surtout préoccupé de se mettre en avant en nouant d’un fil « rouge » d’anciennes préoccupations positives à ses attaques actuelles, dût-il pour cela endosser un texte scissionniste.

§ 5. LA QUESTION DITE DU « PARTAGE DES RESPONSABILITÉS »

La lutte idéologique amena les cadres, à l’exception de A, à se convaincre de la justesse des arguments marxistes-léninistes. L’une après l’autre, les trois objections soulevées – « le NDN a mal résolu la contradiction avec le CDT », « il n’y a pas eu fractionnisme », « les contradictions entre les positions du CDT et la ligne de l’UC(ML)B ne sont pas antagonistes » – furent réfutées, et ceux des cadres qui avaient défendu ces vues commencèrent à reconnaître leurs erreurs. Mais certains tenaient en réserve un « argument » destiné à faire plier le NDN sous le poids des responsabilités mises abusivement à sa charge, pour compenser ainsi la gravité de leurs propres erreurs et échapper à l’autocritique. A la limite, des cadres – en particulier A et B – allèrent jusqu’à imputer directement au NDN tous les aspects négatifs existant dans la vie de l’organisation : la défaillance idéologique de tel cadre, la démission de tel militant, etc. A alla jusqu’à soutenir un moment que la direction est toujours la principale responsable de tout le négatif : ainsi, dit-il, c’est Unité Rouge (dont A avait été dirigeant) qui porte la responsabilité principale du départ de certains de ses membres et de leur ralliement au révisionnisme !

En même temps, A continuait à maintenir sa nouvelle position selon laquelle le texte du GU (Rapport d’établissement) n’est pas révisionniste. Une telle thèse, tout à fait inattendue dans la bouche de A, qui avait été un des plus ardents à combattre ce texte liou chao-chiste, s’explique de la même façon que l’argument relatif aux « responsabilités ». Dans les deux cas, il s’agit de décharger des cadres de leurs responsabilités : dans le premier en chargeant abusivement le NDN, dans l’autre en dénaturant la critique marxiste et en couvrant ouvertement la droite dans l’organisation. Dans le cas du GU, il y a eu révisionnisme, et ce révisionnisme est évidemment en premier lieu imputable aux auteurs du texte. (« Seigneur Dieu ! quelles vérités élémentaires on est obligé de rabâcher, en ce temps où toutes les notions sont confondues », s’exclamait Lénine en défendant le centralisme démocratique contre les menchéviks !).

Reprenons donc ce point de façon systématique.

Le NDN a estimé que l’idéologie petite-bourgeoise a été la cause principale des erreurs récentes et actuelles.

Ce qui s’oppose à l’application stricte du centralisme démocratique, c’est avant tout l’idéologie individualiste. L’individualisme petit-bourgeois incite à l’anarchisme, à l’indiscipline d’une part, au bureaucratisme et au servilisme d’autre part.

Les manquements à la morale communiste et au style de travail communiste se marquent par le relâchement idéologique, le manque de dévouement, le refus des responsabilités.

Responsabilité des erreurs.

Pour les erreurs concernant l’ensemble de l’organisation, sa structure, son style de travail, son dévouement à la révolution, le NDN est le principal responsable, puis les cadres, qui ont tous partagé ces erreurs. Le NDN a déjà affirmé à plusieurs reprises qu’il avait retardé l’application correcte du centralisme démocratique, sous l’influence de l’idéologie petite-bourgeoise. Cette question, secondaire jusqu’en juin 1972, est devenue principale ensuite. Le NDN a fait preuve de libéralisme, d’opportunisme en n’appliquant pas les principes complètement. Une autocritique approfondie sera faite à la lumière des rapports et des bilans. Toute l’organisation a partagé ces erreurs. Donc chacun sera amené à les reconnaître au cours de la campagne de bolchévisation, le NDN d’abord, ensuite les cadres, puis les responsables. Ceux qui s’y refuseront après de multiples explications sombreront nécessairement dans l’opportunisme.

Conséquences de l’erreur.

Conséquences directes : des faits graves se sont produits.

- Vacances : le NDN est le principal responsable, mais toute l’organisation doit faire l’autocritique, puisque tous les membres, à des degrés divers, ont suivi l’erreur liquidatrice du NDN.

- Texte GU : les cadres du GU sont les principaux responsables, à différents degrés. Ce texte est radicalement opposé à la ligne de l’UC(ML)B, dont le NDN et d’autres se sont servis pour rectifier le cours erroné du GU. Jamais le NDN n’acceptera d’être tenu comme responsable d’un texte opposé à ses idées, à ses actes et qu’il a réfuté aussitôt qu’il en eut connaissance.

- Fraction CDT : trois cadres ont commis des actes fractionnels et se sont opposés de façon antagonique au NDN et à la ligne de l’organisation. Ils ont été poussés par de l’anarchisme petit-bourgeois exacerbé et se sont opposés ouvertement à l’UC(ML)B. De ce fait, ils avaient répudié la légalité de l’organisation et ils ont dû reconnaître la dissolution du comité. Ils sont évidemment les principaux responsables de leurs positions et actes irrémédiablement opposés à la ligne et au centralisme démocratique. Faire état de la faiblesse des structures pour y chercher une « justification », c’est ramener l’organisation au niveau où l’on se trouve soi-même afin d’accuser le NDN et de se laver les mains de ses propres erreurs. Il y a entre l’organisation et l’idéologie interaction, rapport dialectique, dans lequel l’idéologie domine (la question fondamentale est : « quelle classe servons-nous ? » ; « quelle ligne politique avons-nous ? »).

Les faits dont nous venons de parler sont le produit des déviations petites-bourgeoises de ceux qui les ont commis. La faiblesse des structures a permis, facilité, favorisé même ces faits. Mais les structures ne produisent pas des erreurs politiques et idéologiques, parce qu’elles-mêmes se fondent sur l’idéologie et la politique. Une meilleure structure aurait peut-être permis de déceler plus rapidement l’erreur des membres du GU, mais les idées fausses dans l’esprit des cadres auraient quand même existé et auraient quand même dû être combattues.

Un fonctionnement plus solide de l’organisation aurait peut-être entravé les agissements fractionnels du CDT, mais l’idéologie du fractionnisme n’en aurait pas moins existé chez les trois cadres et devait en tout cas être extirpée par la critique et l’autocritique.

L’erreur théorique de ceux qui voulurent établir le « partage des responsabilités », en fonction de la structure d’une organisation et non de la conscience de classe de chaque militant, a été de croire à la prééminence de la cause externe sur la cause interne. Une erreur politique provient d’une déviation idéologique, non d’un mauvais fonctionnement organisationnel.

La cause idéologique de cette interprétation erronée, c’est le refus des responsabilités, la peur de la critique. Plutôt que de faire l’autocritique, on préfère accabler le NDN de reproches et défendre des positions démagogiques envers la base.

Dans toute cette question, il apparaît d’ailleurs bien comme la conception même de la responsabilité est étriquée, individualiste chez ces camarades.

Pour un communiste, être responsable, c’est avant tout avoir à cœur de corriger tout ce qui n’est pas satisfaisant, c’est ensuite examiner si l’on n’est pas soi-même la cause de la carence ou de l’erreur, c’est enfin chercher les moyens de remédier aux manques. Pour l’opportuniste, être responsable se limite à être « coupable ». La seule question est « qui est en faute ? », et il compte par-dessus tout que ce ne sera pas lui …

B, à cet égard, fut tout à fait clair en disant :

« Il fallait toujours se critiquer pour un tas d’erreurs, toujours battre sa coulpe, mais maintenant que j’ai compris que c’est le NDN qui est en faute, c’est bien fini ! »

Les conséquences politiques d’une pareille attitude peuvent être extrêmement lourdes. En cas d‘erreurs graves de la direction communiste, et surtout en période de revers politiques, elle mène directement à la désertion des militants. Les opportunistes « trouveront » toutes les « raisons » de ne plus suivre cette direction et « justifieront » la liquidation.

§ 6. L’AUTOCRITIQUE DE B ET C, ET DE D ET E

B et C, comme D et E, après une dure lutte idéologique, convinrent de bonne foi de leurs erreurs et firent une autocritique idéologique et politique sincère (voir annexes 2 et 3).

Les trois membres du CDT ont partagé la même erreur politique fondamentale d’inversion de la gauche et de la droite dans l’UC(ML)B. Mais leurs responsabilités à tous trois ne sont pas égales. Nous nous en tiendrons d’abord à la participation personnelle prise par B et C dans le travail fractionnel. B a mis en évidence que toute critique, fondée ou non, qu’il fait à la direction, se transforme très vite en attaque. De cet antagonisme qu’il provoque ainsi, il ne s’inquiète guère. Il ne se soucie pas fort non plus de savoir si sa critique est juste ou non : le NDN fera la part des choses. Enfin, ses critiques elles-mêmes portent le plus souvent sur les difficultés que B lui-même éprouve dans son travail, à son niveau, et ses problèmes deviennent à ses yeux la question principale de l’organisation. L’anarchisme s’empare de la première occasion venue (souvent, une erreur de la direction) pour se révolter contre l’autorité ; l’unité, la cohésion de l’organisation ont pour lui peu de poids à côté de ses « revendications » et de ses difficultés particulières.

C s’est cantonné dans une position centriste. Il participe pleinement à la fraction, mais à un certain moment, il objecta à l’insurrection, tout en se laissant facilement convaincre de son « bien-fondé ». Au point de vue théorique, le processus de la connaissance est obscurci chez C par une déviation intellectualiste, qui l’amène à contempler les contradictions, plus qu’à les résoudre. Les marxistes n’ont pas pour tâche de connaître le monde, mais de le transformer.

D et E reconnurent que la défense qu’ils avaient faite de la « liberté de lutte idéologique et de critique » contre le centralisme démocratique, avait été une erreur anarchiste et un soutien direct à la fraction contre la direction et l’organisation.

 V. L’ATTAQUE DE A CONTRE L’UC(ML)B

§ 1. LE REFUS DE LA LUTTE IDÉOLOGIQUE ET DE LA CRITIQUE

Dès le début de la lutte idéologique avec le CDT il fut clair que A poussait le plus loin et de la façon la plus « conséquente » la tactique dilatoire des opportunistes. Pour empêcher que la vérité ne se fasse jour, A s’ingénia systématiquement à disjoindre les actes fractionnels, les positions du CDT et les motivations de A, B et C, essayant de poser entre ces trois domaines des cloisons étanches.

Après avoir été battu sur la position « il n’y a pas eu de fraction : voyez les faits (détachés de la politique) ; le NDN traite mal la contradiction », A soutint que l’opposition CDT- UC(ML)B n’était pas de nature antagoniste. Mais il dut revenir aussi sur ce point, à la suite des autres cadres. Il le fit sous forme d’« autocritique » en parlant de son subjectivisme, ce qui entraînait le fait de l’antagonisme, mais pas encore du fractionnisme :

« Il y a eu subjectivisme du CDT dans la qualification de l’erreur principale attribuée au NDN : centralisme bureaucratique. Cette qualification pose l’antagonisme entre le CDT et le NDN. Le NDN en conclut au fractionnisme. La position vraie du CDT sur le « centralisme bureaucratique » qualifiait la direction de la pratique. Il s’agissait d’erreurs de type bureaucratique. Il n’y a pas assez d’éléments pour faire une autre autocritique ». (10 septembre).

Cette déclaration fut rejetée comme une « autocritique » opportuniste par le NDN et plusieurs cadres. La suite des discussions et l’attitude correcte des autres cadres ne permirent plus longtemps à A de nier le fractionnisme. Il fit donc une seconde « autocritique ». Mais rien n’était dit sur les buts du travail fractionnel :

« J’ai mis à profit l’absence des structures organisées et la présence d’erreurs politiques et idéologiques (normales) dans l’organisation. Mis à profit : au lieu de corriger par l’application des principes à la situation objective, j’ai développé dans le CDT (première structure où j’avais une responsabilité) une ligne d’attaque basée sur une certaine estimation des erreurs et qui visait, par la force des choses, par le développement objectif, la ligne, attaque de caractère fractionniste Je me suis exclu des principes dans cette pratique critique ; j’ai donc suivi les principes bourgeois.

La base idéologique de l’erreur est l’individualisme, caractérisé par sa forme la plus dangereuse dans une organisation naissante : l’anarchisme, l’exaltation du jugement et du raisonnement particuliers conte le jugement et le raisonnement collectifs.
Tout le processus de critique a eu pour cause une appréciation individuelle du degré de conscience du NDN, que j’ai sous-estimé en le traitant de subjectiviste.

J’ai mis cette appréciation en ligne, en matière, sans passer par la lutte idéologique. Je suis passé de l’idée à la pratique, sans la transformer par la lutte idéologique et des directives, en dehors du cadre de la discipline. Comment la lumière est-elle apparue ? Par les textes du NDN qui font un bilan général et grâce aux méthodes correctes de lutte idéologique employées par le NDN. Les dirigeants ont agi en communistes. Je suis le principal responsable du fractionnisme ; j’ai orienté les camarades dans cette voie ; j’ai jeté la confusion dans l’esprit des autres cadres, sur la ligne politique de l’organisation et la nature du NDN » (16 septembre).

Puis vint une troisième « autocritique » (23 septembre), écrite (annexe 4), plus explicite sur les points déjà évoqués, parlant de « travail de sape envers le NDN », de la tentative objective de « liquider le marxisme-léninisme de la direction » et d’« individualisme qui se transforma en antagonisme » mais se taisant toujours encore sur l’essence du fractionnisme : la lutte sans principe pour le pouvoir.

§ 2. LE FRACTIONNISME DE A FUT UNE LUTTE DÉLIBÉRÉE ET SANS PRINCIPE POUR LE POUVOIR

Tout en convenant du rôle principal qu’il avait joué dans la fraction, A refusa constamment de quitter le terrain des vérités générales applicables au CDT dans son ensemble. La lutte idéologique s’était d’abord limitée à réfuter les positions et les activités fractionnelles du CDT, ainsi que l’idéologie – l’individualisme, l’anarchisme – qui les avait sous-tendues, et elle avait donc visé la part commune prise par les trois cadres du CDT. Elle avait suffi à circonscrire complètement les erreurs de B et de C. Mais la question de A était plus grave. Elle devait être approfondie dans ses aspects politiques et idéologiques. Il était nécessaire de définir les visées politiques de la fraction que A a commandée et la déviation idéologique qui est à la source de ces visées.

Dans sa troisième « autocritique », A parlait donc de son « travail de sape contre le NDN » et de « liquidation du marxisme-léninisme de la direction ». Ces termes, tout en levant un coin du voile, cachaient cependant l’essentiel. Il n’était pas conforme à la vérité de parler de « travail de sape à l’égard du NDN » ; il fallait dire : lutte sans principe pour le pouvoir ». Le texte faisait aussi état « d’individualisme qui s’est transformé en action antagoniste vis-à-vis du NDN et de la ligne » et « d’appréciation du degré de conscience du NDN » (lors de la seconde autocritique, A avait reconnu une « sous-estimation du NDN » de sa part). Là aussi, A faisait semblant d’aller à la rencontre des positions marxistes, mais en réalité, il ne « découvrait » une vérité superficielle que pour mieux cacher le fond de la réalité. Il ne suffit pas de noter un « individualisme qui se transforme en action antagonique «  ; il importe surtout d’éclairer la cause d’une pareille « transformation », qui ne va pas du tout de soi. A la « sous-estimation du NDN » correspondait nécessairement chez A la « surestimation de lui-même » dont il ne parlait jamais et qui était pourtant l’aspect principal de la contradiction, la source idéologique de toutes ses erreurs. L’« individualisme » de A, c’est l’orgueil, la volonté bourgeoise de mettre sa personne au-dessus du Parti et de la classe ouvrière, le désir de prendre le pouvoir parce que c’est en soi qu’on a le plus confiance, même si cette confiance n’est pas objectivement fondée.

Ce que A appelait « autocritique » se bornait à reprendre une partie des éléments que le NDN lui-même avait mis en avant dans sa critique (une partie seulement, car A restait très discret, surtout dans ses « conclusions » sur les positions politiques prises par la fraction) et qui s’appliquait à l’ensemble du CDT. Cette « autocritique » cachait la contradiction principale qui opposait A à l’UC(ML)B, à savoir qu’il avait lutté pour le pouvoir dans une organisation communiste (et reconnue comme telle par lui) sur des positions bourgeoises.

§ 3. LA FUITE EN AVANT VERS LE RÉVISIONNISME ET LE SCISSIONNISME

Le NDN ni les cadres ne jugeant que les « autocritiques » successives de A étaient véritables et sincères, et A refusant d’en dire plus long sur son idéologie, il lui fallut renoncer à ses camouflages et s’engager dans son opportunisme plus ouvertement encore. Il mit au point une version révisionniste inédite de l’autocritique : la « théorie de l’autocritique différée ». Pour faire une autocritique plus complète, dit A, je dois d’abord faire des critiques, et pour faire des critiques, il me faut un point de vue central. Pour cette raison, je ne parlerai qu’après la campagne de bolchévisation » !

Cette nouvelle position, en mettant l’accent sur les « critiques » par rapport à l’autocritique, en privilégiant les « positions politiques » de A et en mettant dans l’ombre toute la question de la fraction (exactement comme si elle n’avait jamais eu lieu), faisait sous-entendre que ces fameuses « positions » tenues secrètes (parce « qu’incomplètes » !) pouvaient bien être les positions « marxistes-léninistes », en d’autres termes que la fraction aurait été une insurrection « légitime » des éléments « communistes » contre les éléments « révisionnistes ». L’inversion du vrai et du faux, du prolétariat et de la bourgeoisie, inaugurée par le CDT, recevait là un nouvel accoutrement. La déclaration selon laquelle il fallait attendre la fin de la campagne avant que A ne consente à faire connaître ses « critiques » au NDN et aux cadres, constituait une provocation cynique contre l’UC(ML)B toute entière. A osa déclarer ouvertement qu’il ne désarmait pas et qu’il comptait attaquer au moment qu’il jugerait le plus favorable à ses menées. Pour faire passer sa camelote révisionniste, il se prévalait de la faculté qu’a tout membre du Parti de « réserver son opinion » !

A, subitement, « oubliait » tous les principes et ne voyait apparemment plus la différence entre les droits reconnus à la minorité après lutte idéologique sur ses positions et le « droit » qu’il s’arrogeait de lancer de grossières attaques contre notre organisation. S’engageant plus encore dans ce chemin dangereux, A manœuvra avec de plus en plus d’insistance pour faire accepter une « discussion » sur les « contradictions » existant entre lui et l’organisation, afin de faire oublier ses agissements et d’ôter sa raison d’être à l’autocritique qu’il devait faire. Mais l’autocritique de A sur ses menées fractionnelles devait précéder toutes les critiques qu’il pouvait avoir à faire à l’organisation. La façon dont cette question serait tranchée nous ferait voir si nous avions affaire avec un communiste ou avec un bourgeois. A alléguait maintenant des contradictions secondaires soulevées lors de l’unification TPT-UR, mais il s’appuyait surtout sur des « contradictions » qu’il inventait de toutes pièces pour les besoins de la cause et qu’il invoquait maintenant pour la première fois ! C’est ainsi que A souleva des « contradictions à propos du type de travail à mener dans la classe ouvrière », « contradictions » qui selon lui auraient existé depuis l’unification (avril) et dont il parlait en réalité pour la première fois ce 30 septembre ! Le 5 octobre, A se mit à prétendre que l’UC(ML)B a, dans son journal, lancé aux marxistes-léninistes un appel à l’unité sans principe. Le 7 octobre, ne reculant devant aucune absurdité, il prétendit qu’à l’UC(ML)B « il n’existe pas de volonté consciente de recruter des ouvriers » !

Celui qui lâche le maillon court droit à la dégénérescence idéologique. Sur cette pente, il n’y a plus d’« arguments » que dans les manœuvres dilatoires et le dénigrement.

Poursuivant son travail de sape, A trouva ensuite l’occasion de s’immiscer dans une réunion de cellule pour y défendre ses « vues » sur l’unité du mouvement, ou plutôt sur sa désunion. Mais les arguments des camarades de la base le réfutèrent, et le NDN le rappela une nouvelle fois à l’ordre.

A refusait de se critiquer devant l’organisation, parce qu’il décidait qu’il fallait faire confiance à sa personne plutôt qu’à la ligne de l’UC(ML)B élaborée par le NDN avec l’appui des cadres et le soutien de l’organisation entière. Pour « justifier » ce refus, il devait attaquer notre ligne, notre pratique, notre organisation. S’il persistait dans son attitude, il devrait bientôt chercher à les liquider complètement. Telle est la logique objective de l’opportunisme : c’est ce que le NDN exposa devant lui en réunion de cadres, l’avertissant qu’il mettait en danger son existence même de militant communiste. A fuyait en avant vers le révisionnisme et le scissionnisme.

Le NDN et les cadres n’obtenant pas de A qu’il mène une lutte idéologique correcte et qu’il manifeste une volonté d’unité, le Noyau dirigeant local (NDL) vota le 15 octobre à l’unanimité contre la voix de A, la suspension de ses fonctions de cadre, jusqu’à la vérification des cartes.

(…)

Pour lire la suite: http://www.centremlm.be/Union-des-Communistes-Marxistes-Leninistes-de-Belgique-Bulletin-Marxiste-1778

Qu’est-ce que la guerre populaire? Les thèses fondamentalement erronées du PCR(co) du Canada au vu de la révolte populaire en France

Nous sommes tombéEs sur cette critique du groupe lesmaterialiste.com concernant le programme « erronée » du PCR (co) et sa vision de la GPP (Guerre Populaire Prolongée). Compte tenu des récents développements au sein du PCR-RCP du Canada, nous avons pensé qu’il était de l’intérêt général de re-publier ce texte.

 

La révolte en France montre que les thèses maoïstes sur la guerre populaire dans les pays impérialistes sont correctes.

Les pays impérialistes ne restent pas « stables » jusqu’au jour mythique où la révolution deviendrait possible. Il y a des crises, des avancées et des reculs qui sont marqués par la violence révolutionnaire.

Cette révolte montre en tout cas le caractère erroné de la thèse expliquant que la guerre populaire c’est la propagande armée montrant la voie à suivre, que la guerre populaire est décidée par le Parti de A à Z et non pas par les masses qui font l’histoire.

Car dans une situation comme celle aujourd’hui où la révolte est partout, où la violence révolutionnaire est partout même si c’est dans des formes plus ou moins élevées, il ne suffira certainement pas de la « propagande armée » pour se faire « reconnaître » des masses.

Soit le Parti est le Parti des masses, soit il n’est rien.

La conception du Parti Communiste Révolutionnaire du Canada (Comités d’Organisation) s’oppose pourtant à cela. La conception de la guerre populaire du PCR(co) consiste en une série de principes alignés les uns à côté des autres.

Pour le PCR(co), la guerre populaire c’est tout d’abord « le boycott de l’État »; il faut boycotter les syndicats, les institutions, etc.

« Le boycott de l’État contribuera à démarquer de plus en plus clairement les deux camps qui s’affrontent – celui de la révolution et celui de la réaction » (Programme du PCR(co)).

C’est naturellement inexact. Ce qui distingue les révolutionnaires ce n’est pas le boycott de l’Etat, mais la lutte contre l’Etat.

C’est ce qui fait la différence en ce moment en France entre l’aspect révolutionnaire de la révolte populaire – celui qui vise l’Etat – et l’aspect simplement protestataire (qui vise n’importe quoi de manière discriminée).

Rappelons justement que l’aspect révolutionnaire est l’aspect principal de la révolte populaire en France, et que les bourgeois précisément disent que l’aspect principal est la destruction aveugle.

La thèse du PCR(co), qui est une thèse anarcho-syndicaliste classique, est donc erronée : un mouvement révolutionnaire ne consiste pas en un mouvement boycottant l’Etat.

Le marxisme-léninisme-maoïsme enseigne que pour être révolutionnaire il faut affronter les institutions, non pas simplement les boycotter voire les éviter.

La première erreur du PCR(co) en amène une autre, qui elle aussi se révèle parfaitement au vu de l’expérience de la révolte en France.

Le PCR(co) dit qu’il faut soutenir militairement les mouvements boycottant l’Etat :

« Elle [l’armée révolutionnaire] pourra et devra apporter son appui au mouvement des masses qui se développe à l’initiative et éventuellement sous la direction du parti, en-dehors de la discipline imposée par l’État bourgeois.

C’est seulement ainsi qu’elle en arrivera à être reconnue par les masses et qu’elle pourra se « fondre » avec elles et compter sur leur soutien. » (Programme du PCR(co)).

Cette thèse est tout à fait fausse pour une raison simple: soit elle est du réformisme armé (un soutien armé extérieur au mouvement et cherchant à le phagocyter), soit elle n’a aucun sens comme aujourd’hui en France où le mouvement de masses utilise déjà la violence révolutionnaire (ou alors c’est directement prôner l’insurrection sans aucune analyse de la situation objective).

La thèse du PCR(co) est en fait une thèse totalement mécanique : le parti lance un mouvement et l’armée essaie de se fondre dedans en l’appuyant.

La thèse est mécanique dans la mesure où elle affirme qu’une action armée en appelle une autre, fait boule de neige, jusqu’à l’insurrection finale; elle est notamment longuement expliquée dans le document des Cellules Communistes Combattantes de Belgique « La flèche et le cible. »

Le PCR(co) ne cache d’ailleurs pas ses références : « Comme l’ont écrit les camarades des Cellules communistes combattantes de Belgique dans un texte-bilan produit en 1994, « le rôle des communistes n’est pas d’entretenir le fonctionnement démocratique bourgeois, il est d’apporter la preuve de viabilité de la voie révolutionnaire, et cela jusqu’au niveau militaire où ils doivent démontrer la possibilité d’affronter victorieusement (même à une échelle réduite), les armes à la main, la bourgeoisie et ses forces de défense ». (La Flèche et la Cible) » (Programme du PCR(co)).

Il va de soi que cette conception s’oppose à la conception de la guerre populaire, d’ailleurs les groupes défendant ce point de vue sont opposés au marxisme-léninisme-maoïsme (les CCC en Belgique, le PCEr en Espagne, et en Turquie la MLSPB, unité armée de propagande marxiste-léniniste).

Il s’agit d’une théorie de l’action exemplaire qui est étrangère à la conception du « poisson dans l’eau. » En fait, le principal protagoniste de la thèse du PCR(co) ce ne sont pas les masses, mais le Parti qui est le véritable « foyer révolutionnaire. »

C’est la thèse guévariste comme quoi le foyer révolutionnaire peut devenir le principal protagoniste de l’histoire, et non plus les masses.

Il y a ainsi deux conséquences : d’abord le prolétariat est considéré comme ne participant pas à la guerre populaire tant qu’il ne participe pas à la lutte armée du Parti, ce qui est une conception militariste.

Le programme dit explicitement à ce sujet :

« La guerre populaire prolongée suivra différentes étapes.

Au départ, l’activité légale occupera d’ailleurs sans doute une place plus importante que l’activité illégale.

Mais celle-ci sera appelée à jouer un rôle de plus en plus important, jusqu’au jour où le prolétariat sera prêt à confronter massivement le pouvoir de la bourgeoisie. » (Programme du PCR(co)).

Ensuite, en attendant le jour où les masses pratiquent la lutte armée selon le voeu du Parti, l’armée sert non pas le peuple, mais le parti lui-même.

« À la première étape, le travail et les actions menées par l’armée visent surtout à soutenir le travail du parti » (Programme du PCR(co)).

Et au cas où il y aurait une ambiguïté à ce sujet le programme précise bien :

« Ils [le travail et les actions menées par l’armée] peuvent aussi secondairement viser à affaiblir directement l’ennemi, mais ce n’est pas là l’essentiel. » (Programme du PCR(co)).

L’armée révolutionnaire ne combat donc pas l’Etat, mais sert le parti en attendant de pouvoir servir de l’extérieur un mouvement lancé par le Parti.

C’est du réformisme armé et cela n’a rien à voir avec la guerre populaire.

Si l’on veut résumer, on peut ainsi dire que pour le PCR(co) la guerre populaire n’est pas la guerre des masses, mais une propagande armée parallèle à un boycott général de l’Etat de la part des masses, le tout devant fusionner pour arriver à l’insurrection finale.

La révolte populaire en France montre le caractère artificiel de la position du PCR(co). Si l’on appliquait sa conception en France, cela reviendrait soit à refuser la révolte en l’accusant de ne pas être mature, soit à se lancer dans la lutte armée insurrectionnelle.

Alors que si l’on dit que les masses font l’histoire, on comprend qu’il faut défendre la révolte, élever son niveau de conscience, chercher à unifier les masses populaires dans leur ensemble sur cette base.

Les positions militaristes du PCR(co) ne permettent pas une telle conception, qui est pourtant le b-a-BA du léninisme.

Mais il est vrai que le PCR(co), pour assumer un « maoïsme » artificiel, a dû balancé par-dessus bord Lénine et Staline.

Le PCR(co) prétend ainsi être marxiste-léniniste-maoïste, avoir un programme politique, tout en considérant que « l’évaluation de Staline et de son rôle au sein du mouvement communiste international est une question toujours ouverte au sein du PCR[co] » !!

Comment un parti avec un programme peut-il laisser une telle question en suspens?

Ce qui est en plus inexact : le programme du PCR(co) considère clairement Staline comme un révisionniste.

Le PCR(co) défend les mêmes thèses révisionnistes que les CCC : Staline serait un accident de parcours du mouvement communiste, et cette accusation touche même l’ensemble du parti bolchevik!

Le programme défend les accusations :

-comme quoi « Staline et le Parti bolchevik ont fait preuve d’une tendance à l’hégémonie » au niveau international;

-comme quoi « globalement toutefois, Staline a été incapable de comprendre les contradictions de la société socialiste ; les conceptions erronées et les faiblesses d’alors du Parti bolchevik l’ont empêché de voir le développement d’une nouvelle bourgeoisie qui a éventuellement réussi à renverser les acquis de la Révolution d’octobre » ;

-comme quoi « les bolcheviks et Staline ont poursuivi l’expérience socialiste en Union soviétique et ont tenté de faire avancer la révolution mondiale » (sous-entendu n’y sont pas arrivés);

-comme quoi « entre la période de 1917 et celle qui a vu la trahison de la direction du Parti, l’économie soviétique comportait encore de vastes secteurs encore largement marchands, voire même capitalistes », (c’est-à-dire donc que l’URSS n’était pas vraiment un Etat socialiste.)

  • comme quoi « avec le temps, la direction du Parti communiste de l’URSS s’est engagée dans la voie du capitalisme d’État : une nouvelle bourgeoisie est apparue autour de l’appareil d’État, qui a soumis de nouveau le prolétariat à des rapports d’exploitation. » (en clair : l’URSS n’était pas socialiste);

-comme quoi « Lorsqu’une direction révisionniste a pris le pouvoir avec Khrouchtchev en 1956, différentes réformes économiques ont fait de l’URSS un pays à l’intérieur duquel la voie du capitalisme s’est accentuée. » (Staline préfigure Khrouchtchev);

Le PCR(co) essaie même de monter Mao contre Staline, en disant que « Déjà, dans les années 1930, Mao avait critiqué les insuffisances de l’expérience soviétique.

Il invoquait entre autres qu’il fallait davantage prioriser les initiatives des masses paysannes dans le processus révolutionnaire, ce que l’URSS sous Staline avait sous-estimé », etc.

Quand on voit comment Staline a été rejeté, on ne s’étonne pas des erreurs du PCR(co) concernant la question de la guerre populaire.

C’est d’ailleurs là la différence essentielle entre les partis se revendiquant du « maoïsme » et ceux qui assument véritablement le marxisme – léninisme – maoïsme.

Les premiers se considèrent comme révolutionnaires en se cachant derrières des guerres populaires dans d’autres pays ou des « boycotts », les seconds assument la lutte révolutionnaire selon les conditions concrètes de leur pays.»

Source : http://lesmaterialistes.com/contre-informations/qu-guerre-populaire-theses-fondamentalement-erronees-pcrco-canada-vu-revolte

Nous sommes les continuateur.e.s

Le PCR District du Québec nous a fait savoir par communiqué de presse ses positions et ses explications pour sa fraction avec le PCR-RCP du Canada. Vous trouverez donc l’intégralité du texte ci-après.

 

 

Le présent texte est consacré à l’épisode de crise qui a touché le Parti communiste révolutionnaire (PCR) vers la fin de l’hiver dernier. Il fait suite à notre premier communiqué publié sur notre site web (pcr-rcp.ca) dans lequel le district du Québec rétablissait les quatre camarades expulsé-es par le comité central du Parti et appelait à défendre l’intégrité du PCR et de son programme. Ici, nous avons l’intention de faire toute la lumière sur nos désaccords avec les opportunistes à l’origine de cette expulsion, mais surtout, de prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer la continuité de la pratique du PCR forgée à travers trois décennies de combat et de travail acharné pour bâtir, au Canada, un parti ouvrier véritable reposant sur une compréhension affutée du maoïsme. Aux suites de notre rupture définitive avec la frange opportuniste du parti, la politique a été remise au poste de commande. Dans cette lignée, le Parti au Québec a connu des développements importants. Nous avons été amené à prioriser notre travail d’organisation et à nous engager dans une suite d’initiatives dont le moment fort aura été, sans conteste, la première édition du «Mois de la classe ouvrière: Vers un 1er mai révolutionnaire». Cet enchaînement, additionné de notre détermination à stopper la mise à mort de la perspective de la prise du pouvoir par le prolétariat au Canada, s’est répercuté, en aval et en amont, dans une forte participation militante aux manifestions du printemps, en particulier celles du 8 mars et du 1er mai révolutionnaire.

Avant toute chose, nous devons retracer d’où provient la clique opportuniste composant aujourd’hui le comité central d’un parti qui n’a rien à voir avec le PCR et qui pourtant se réclame de manière éhontée de ce nom. Elle est constituée d’un groupe de militants et militantes qui a rallié le Parti, en 2010, dans la foulée du G20 de Toronto et du Congrès révolutionnaire canadien de la même année et s’étant déroulé dans la même ville. Ce noyau était alors regroupé dans la défunte organisation nommée «Social Revolution Party (SRP)» (sorev.wordpress.com), une tumeur qui, en moins d’une demi-décennie, s’est développée en un cancer des plus ravageurs pour le Parti qui est le nôtre. En effet, les adeptes du SRP ont fait mine d’adhérer au PCR alors qu’il n’en était rien. Nous comprenons, à notre grand dam, que très tôt dans leur courte histoire de militantisme dans le PCR, ils et elles assimilaient, et ont continué d’assimiler, la Guerre populaire prolongée (GPP) – la stratégie révolutionnaire la plus aboutie et éprouvée dans la pratique du prolétariat mondial – à un concept grotesque de leur cru, le «Popular Action Movement (PAM)», lequel a de quoi faire vomir tout révolutionnaire digne de ce nom. En fait, le PAM est un collage éclectique des pires pratiques économistes et réformistes, saupoudré d’une adhésion en paroles à une lutte armée lointaine et hypothétique. Depuis ses tout débuts dans le PCR, la clique a mis en œuvre sa mécanique opportuniste dans le but de liquider nos enlignements prolétariens et révolutionnaires. Pour ce faire, elle a utilisé publiquement le rayonnement de la combativité des militant-es du District du Québec pour gagner en crédibilité et accroître son recrutement. Parallèlement, dans ses rangs, auprès de ses recrues, elle a stigmatisé et discrédité ces mêmes militant-es.

Dans toute l’affaire, il est contingent que la fracture dans le Parti suive une division territoriale. En effet, il s’agit avant tout d’une fracture politique. Il n’en demeure pas moins que la ligne révolutionnaire dans le PCR est portée par sa fraction maoïste et prolétarienne principalement concentrée dans le District du Québec tandis que la ligne opportuniste est incarnée principalement dans la clique qui dirige le comité central, un regroupement d’universitaires très influencé par les idées postmarxistes en vogue sur les campus. L’idée ici n’est pas d’insister sur l’origine petite-bourgeoise de ces militants et militantes, mais plutôt de souligner à grands traits qu’ils et elles sont demeuré-es sur des conceptions petites-bourgeoises, une position de classe qui n’est pas digne de révolutionnaires. D’ailleurs, la clique opportuniste s’est d’abord affirmée à l’extérieur du Parti, à travers le RSM (Revolutionary Student Movement), le seul secteur d’activité politique où la clique avait l’entière liberté d’exercer son influence. Par la suite, c’est à partir du membership du RSM que la clique s’est construit une délégation pour le dernier congrès du PCR. À cet effet, à notre grande surprise, nous avions soudainement beaucoup de membres provenant de certaines régions où pourtant notre présence n’avait été que minimale ou assez récente.

Ces gens, qui croient aujourd’hui diriger le PCR, ne dirigent, dans les faits, qu’un bloc d’éléments qui n’ont rien avoir avec notre organisation, les acquis de notre histoire et le maoïsme. En s’attaquant au centre réel de l’activité théorique et militante du Parti, cette clique a cherché à «briser» le cœur révolutionnaire du PCR, là où s’est forgée, dans la lutte, la ligne fondamentale du PCR. Dans ces conditions, il était devenu impératif que la ligne maoïste révolutionnaire réponde, coup pour coup, aux calomnies répandues par les adversaires du maoïsme révolutionnaire au Canada, mais surtout, qu’elle triomphe.

Contrairement à la clique opportuniste, dont le mode d’action principal est de magouiller et de faire circuler des histoires mensongères à notre sujet, nous nous faisons le devoir d’offrir aux militants et militantes, aux sympathisants et sympathisantes, aux amis-es du Parti d’ici et d’ailleurs dans le monde, une explication honnête, simple et précise qui permettra d’y voir clair. Contrairement à la clique opportuniste, qui a fait le choix abject de mener le débat comme on le fait dans la politique bourgeoise, nous préférons demeurer avec fermeté et détermination sur le terrain des principes du MLM et sur une analyse juste de la situation.

Dans un premier temps, nous récuserons l’ensemble des accusations formulées par la clique opportuniste. Dans un deuxième temps, nous présenterons en quoi elle rejette les perspectives stratégiques et le programme du PCR, ce qui constitue la véritable raison de la scission qui a eu lieu dans notre Parti. À travers cet exercice, nous chercherons à placer la lutte contre l’opportunisme dans la période historique actuelle et dans le contexte d’un pays capitaliste avancé comme le Canada.

Mensonges et manœuvres petites-bourgeoises

Au printemps dernier, le Parti communiste révolutionnaire a connu des bouleversements importants qui ont mené à une scission entre le District du Québec et le reste de l’organisation. Toutefois, vu de l’extérieur, il était difficile d’évaluer la nature de cette crise et d’en comprendre les tenants et aboutissants. Le 4 mars 2017, des camarades ont évincé de la Maison Norman Bethune (local public du PCR à Montréal) des éléments hostiles au Parti. Nous considérons que cette éviction était pleinement justifiée. Le lendemain, en réponse à cet événement, la clique opportuniste qui siégeait sur le comité central, a pris ouvertement la défense de ces éléments hostiles et a expulsé du Parti quatre membres qui avaient procédé à l’éviction de la veille, membres reconnus-es pour leur ferme adhésion au MLM et pour leur militantisme exemplaire. Nous considérons cette expulsion comme une attaque politique de première importance contre le déploiement du PCR au Québec et dans le reste du Canada. Cette décision, des plus illégitimes, s’inscrit dans une suite de manigances politiques manœuvrée par la clique opportuniste ayant pour but d’obtenir, par tous les moyens possibles, l’entièreté de la direction du Parti. C’est dans cette lignée qu’elle s’est emparée de l’événement survenu le 4 mars dernier pour disqualifier les camarades montréalais-es.

Dès lors, nous avons cessé de reconnaître la légitimité du comité central du PCR – direction que nous qualifions, à juste titre, d’opportuniste. Nous avons rendu publique cette décision dans un communiqué daté du 11 mars 2017. Nous sommes donc les initiateurs et les initiatrices de la scission (cette dernière a été déguisée en expulsion de deux cellules québécoises dans le communiqué des opportunistes publié au lendemain du 1er mai 2017).

Il nous est apparu évident que les coups bas et les activités de la clique opportuniste servaient à rendre inopérant le noyau de révolutionnaires maoïstes au Canada. C’est pourquoi nous avons rompu avec elle. Depuis, notre activité n’a plus rien à voir avec celle du PCR fantoche qui se réclame d’un nom qu’il salit depuis trop longtemps déjà. Le PCR a été fondé à Montréal en 2007. Dans toute son histoire, le District du Québec s’est porté à la défense du marxisme-léninisme-maoïsme (MLM), de toutes les manières, contre le subjectivisme petit-bourgeois qui menace le mouvement communiste dans les pays impérialistes et qui s’est aussi mis à gangrener notre parti. C’est en raison de cette défense que la clique opportuniste a expulsé le District du Québec et c’est au nom de cette défense que ce dernier a tourné le dos à cette clique opportuniste.

Obnubilée par sa quête liquidatrice de la révolution, la clique opportuniste a même omis d’inclure dans son expulsion du District du Québec des cellules dont elle ne connaît guère l’existence. C’est donc dire qu’elle se désintéressait depuis longtemps du déploiement du Parti sur le territoire québécois, celui-ci étant conduit par la direction historique du PCR, et donc, ne faisant pas partie des plans révisionnistes du nouveau comité central. En somme, dans les dernières années, la clique opportuniste a mené une panoplie d’offensives à l’endroit des camarades du District du Québec. Si nous ne nous attarderons qu’au communiqué d’expulsion qu’elle a publié sur son site web (pcrrcp.wordpress.com), ce n’est pas parce qu’il est la seule injure dans sa catégorie, mais c’est parce qu’il collige la presque totalité des accusations de la clique opportuniste à notre endroit. Cela dit, il faut considérer ce communiqué comme l’ultime pièce d’un puzzle qui n’était que l’entreprise de dénigrement d’une poignée de petit-es-bourgeois-es envers l’enlignement prolétarien du PCR au Québec. Sa publication ne servait qu’à achever leur tentative d’en finir avec le communisme véritable au Canada. Sachez que cette tentative aura été vaine et qu’elle le demeurera.

La clique opportuniste, qui opère aujourd’hui le comité central du PCR fantoche, a expulsé la presque totalité du District du Québec, c’est-à-dire la très grande majorité des effectifs de la province, et incidemment plus ou moins 50 pourcents des effectifs du Parti. La clique justifie ces expulsions non pas comme découlant de la lutte de ligne ayant cours dans le parti, mais d’«infractions organisationnelles et procédurales». Le communiqué dresse une liste des soi-disant infractions qui auraient été commises par les membres du District du Québec et parmi lesquelles on retrouve 1) le défaut d’initier une campagne de rectification exigée par le CC; 2) l’usage de la violence pour résoudre des désaccords politiques; 3) un désintérêt à lutter politiquement; 4) avoir interféré dans une enquête à propos d’une allégation d’abus sexuel; 5) avoir véhiculé des idées transphobes; 6) avoir commis un vol; 7) avoir rejeté le centralisme démocratique.

Tous ceux et celles qui militent, luttent et prennent des risques pour la révolution, partout dans le monde, que ce soit en Inde, aux Philippines ou ici même au Canada, en conviendront: volontairement chercher à annihiler les forces vives d’un parti exige d’avoir, entre les mains, un minimum de sérieux motifs. Or la clique opportuniste est loin d’avoir répondu à cette exigence minimale. Toutes les allégations lancées par la clique opportuniste sont de graves distorsions de la réalité, voire pour plusieurs d’entre elles des mensonges purs et simples. En fait, ces allégations ne sont que des prétextes au déploiement d’une ligne qui entend remettre en question les acquis du maoïsme. Plus concrètement, une clique opportuniste s’appuyant sur une cohorte d’universitaires, nouvellement arrivée au maoïsme et ayant tout juste commencé à militer dans nos rangs, a pris le contrôle du comité central du PCR lors de notre dernier congrès. Même si le congrès l’a élu, ce n’est pas une faute de notre part que d’avoir rejeté ce comité central et ses supporters, mais plutôt un devoir qui s’imposait à nous. Les communistes véritables ont conscience d’émerger d’une lutte de lignes qui traverse le mouvement communiste international, une lutte contre le révisionnisme et le réformisme. C’est donc dire que le fait d’avoir raison politiquement ne nous donne pas de laisser-passer pour mener à bien la révolution prolétarienne, mais plutôt du fil à retordre.

Cette clique a donc cherché à imposer un changement dans l’orientation du Parti, notamment par une remise en question du programme et de ses perspectives qui sont pourtant des acquis d’une lutte sans concession pour établir un vrai noyau prolétarien et maoïste au Canada. Concrètement, la clique opportuniste veut remplacer la ligne révolutionnaire du PCR par son propre enlignement «pragmatico-oppportuniste». Tel est le contenu de leur rupture avec les supposées «vieilles idées». Comme nous le verrons, loin d’être des promoteurs et promotrices de «nouvelles idées», la clique opportuniste est porteuse d’une camelote bon marché, depuis longtemps éculée, et dont le contenu est une réification des travers rencontrés dans le mouvement communiste à différentes époques: conception arriérée du rôle des communistes dans les syndicats; conception arriérée du rôle du parti dans un pays capitaliste avancé; incapacité à comprendre la nature du combat politique comme élément central de la progression du communisme; etc.

Les opportunistes cherchent toujours à cacher la ligne de démarcation entre eux et les révolutionnaires sous le couvert d’une fausse unité. De fait, il est facile de dire que nous sommes tous et toutes en accord avec le programme du PCR ou avec certaines perspectives générales, mais c’est une autre chose que de le valider dans les faits. C’est d’ailleurs pourquoi la clique opportuniste a cherché à éluder délibérément les principales questions politiques derrière la scission.

La clique opportuniste allègue que les militants et militantes du District du Québec refusent d’initier une campagne de rectification. Plus encore, les opportunistes soutiennent qu’il y aurait, à Montréal, une compréhension incorrecte du MLM (sic!). Il va sans dire que cette campagne de rectification et la critique à l’endroit des conceptions portées par les camarades de Montréal ne sont qu’une tentative de museler le débat de ligne; de désunir les partisan-es; de créer un climat de délation et d’intimidation; surtout, d’humilier systématiquement les éléments prolétariens de notre organisation. Cette campagne de rectification n’est pas sans rappeler celle que les mêmes traîtres siégeant au Comité de coordination du RSM ont menée au nom de la lutte contre la soi-disant transphobie montréalaise. En définitive, elle n’était qu’une croisade contre les femmes prolétaires du PCR au Québec: inspections, enquêtes, interrogatoires et flicage ont été à l’ordre du jour pendant plusieurs mois. Bref, tout cela n’est que la matérialisation du profond mépris de classe qui habite les opportunistes que nous avons chassé-es du Parti.

Dans son communiqué d’expulsion, la clique opportuniste laisse entendre que l’activité du District du Québec stagne. Il n’en est rien. Le travail du Parti dans le District du Québec s’est grandement développé dans les deux dernières années. Plus encore, c’est le résultat du travail acharné, dans la grande région de Montréal, qui a favorisé l’expansion du Parti dans le reste du Canada. Par ailleurs, cette activité a mené à la formation d’une toute nouvelle génération d’organisateurs et d’organisatrices maoïstes capables d’assumer l’ensemble des tâches de direction. Aujourd’hui, la présence du Parti sur le territoire du District est forte et les dispositifs que sont le MRO, le MER, le FFPR et le FRJ, sous la direction locale du Parti, organisent de plus en plus de militants et militantes.

La «campagne de rectification» voulue par la clique opportuniste visait non pas à corriger le travail montréalais, mais à nous imposer un changement d’orientation, notamment en remettant en question des conceptions défendues par le District du Québec et en critiquant des militants et militantes révolutionnaires du fait que ceux-ci et celles-ci maintiennent une forte allégeance aux perspectives et plans adoptés par le Parti.

Puisqu’il ne propose rien de consistant, l’opportunisme peut se contenter d’être spectateur des événements et de critiquer les insuffisances des uns et des autres. Sa position fondamentale ne l’engage pas à innover, mais à copier ce que font les autres sans réellement comprendre ce qu’ils font. Cette absence de maîtrise de l’expérience du mouvement communiste international amène l’opportunisme à ne pas en dépasser les limites et, par conséquent, à en répéter les mêmes erreurs et en arriver aux mêmes échecs. C’est pourquoi, n’ayant pas la volonté d’assumer les conclusions qui découlent des perspectives adoptées par le PCR, la clique opportuniste préfère ériger les difficultés qui existent (et qui existeront) au niveau pratique en critique des orientations historiquement défendues par le Parti, lesquelles forment la charpente de l’initiative révolutionnaire au Canada.

La clique opportuniste allègue que les militants et militantes du Parti au Québec font usage de la violence pour résoudre les désaccords politiques. En fait, la seule violence dont fait usage le Parti est dirigée contre la bourgeoisie et les ennemis de la révolution… Les communistes conçoivent que la violence est constitutive de la lutte des classes. La critique faites aux militants et militantes du Québec n’est que l’expression de la crainte qu’inspire l’usage de la violence révolutionnaire pour combattre le capitalisme à la clique opportuniste.

Revenons sur l’épisode de «violence» qui s’est déroulé lors d’un lancement de livre à la Maison Norman Bethune, car il y a des détails importants que l’on ne retrouve pas dans le communiqué et que la clique opportuniste a volontairement choisi de cacher, comme par exemple, le fait que les évincé-es forment un groupe d’éléments hostiles au Parti et qu’ils et elles sont engagés-es depuis longtemps dans une campagne de sabotage de l’activité du PCR à Montréal. Loin d’être des supporters du Parti, malgré ce qu’en dit la clique opportuniste, ce noyau de provocateurs et de provocatrices, entre autres choses, a formulé des appels à la violence physique envers des camarades et a harcelé des membres montréalais-es. Surtout, il a fait circuler des textes calomnieux dans lesquels on s’amuse à diffamer les militants et militantes du Parti ainsi qu’à faire circuler de graves allégations contre des militants, allégations inventées de toutes pièces. Par ailleurs, il est effronté de qualifier d’abus de violence une bousculade, alors que tous les jours, partout dans le monde, les exploitées affrontent la bourgeoisie au péril de leur vie. Les éléments antiparti ont l’arrogance de ne pas reconnaître qu’ils et elles ont délibérément initié l’altercation en se présentant à notre local après toutes les bassesses qu’ils et elles nous avaient livrées dans les derniers mois. Ils et elles, secrètement, ne sont pas sans savoir qu’ils et elles s’en sont sortiEs indemnes alors que si nous avions donné libre cours à notre indignation, ils et elles auraient pu se voir infliger des coups portant réellement atteinte à leur intégrité physique.

On retrouve, dans un des textes calomnieux que l’on vient d’évoquer, une allégation grave d’abus sexuel supposément commis par un membre montréalais envers une ancienne militante du PCR au Québec. Précisons que ladite accusation n’a pas été formulée par cette ancienne camarade. L’allégation est reprise dans le communiqué de la clique opportuniste. Si on en croit cette dernière, les militants et militantes du District du Québec auraient volontairement conspiré pour entraver son enquête sur cette affaire. En fait, c’est tout le contraire qui s’est produit. La clique opportuniste, appuyée et encouragée par la cellule d’Ottawa (cellule la plus populeuse dans le camp adverse, à laquelle s’était greffé l’antiparti à l’origine de l’accusation), a laissé circuler à l’interne, dans toutes les cellules à l’exception de celles du Québec, une allégation non vérifiée. Cette situation aurait pu perdurer longtemps si ce n’était de la prompte réaction des responsables du District du Québec, qui ayant finalement eu vent du contenu dudit document, ont entrepris de faire toute la lumière sur cette histoire. Ils et elles ont fait la seule chose responsable dans les circonstances, c’est-à-dire entrer en contact avec la victime alléguée afin d’obtenir la vérité. Cette personne nous a transmis une lettre qui réfute l’allégation en énonçant qu’ «[elle] n’[a] rien à reprocher à ce camarade» et qui demande «qu’on le blanchisse de tout soupçon et que l’on cesse d’utiliser [son] nom et [sa] vie [à elle] dans des contextes sans lien logique». Elle ajoute que «cela relève de l’indécence» et que «cette relation [à laquelle l’antiparti fait référence] n’a rien à voir avec [sa] défection». Pour sa part, la clique opportuniste a préféré laisser les choses aller sachant pertinemment que cela allait contribuer à entretenir un climat d’hostilité et de suspicion envers les militants et militantes du Parti à Montréal, sa véritable intention étant de les stigmatiser et de les isoler.

Selon la clique opportuniste, les militants et militantes du Parti au Québec auraient manifesté un désintérêt à lutter politiquement. Selon elle, ce désintérêt se serait manifesté lors de notre dernier congrès du fait que les militants et militantes du Québec votaient en bloc contre toute possibilité de débat interne ou de discussion sur les questions litigieuses. Cette dernière allégation est franchement loin d’être représentative de la réalité. En effet, en préparation du congrès, les militants et militantes du Parti au Québec ont produit individuellement ou collectivement la presque totalité des documents qui ont été distribués en vue du congrès. Le contenu de la plupart de ces documents adressait des questions importantes, certaines effectivement litigieuses, notamment la question syndicale, la question du féminisme prolétarien, la question de la prostitution, etc. Toutes ces contributions ont été décentralisées dans les délais prévus afin de favoriser le débat dans le Parti. Cela dit, il apparait aujourd’hui que la même clique opportuniste, qui nous accuse de préférer les intrigues aux débats politiques, est la seule qui ait trempé dans la fomentation de complots et d’intrigues. Les militants et militantes provenant de l’extérieur du District du Québec ont eux et elles aussi voté en bloc. Plus particulièrement, et alors qu’ils n’avaient presque rien à proposer au congrès, le bloc dirigé par la clique opportuniste a rejeté toutes les perspectives amenées par les militants et militantes révolutionnaires. Les membres du comité central du moment, qui sont aussi ceux et celles qui composent le noyau de la clique opportuniste, ont été injoignables dans les semaines qui ont précédé notre congrès. Donc, au lieu d’agir en dirigeants-es pour tout le monde et de chercher à résoudre les contradictions dans le Parti, ils et elles se sont repliés-es sur les forces qu’ils et elles avaient sous leur responsabilité et, à partir de là, ils et elles ont orchestré leur sordide cabale contre le Parti. En définitive, ce sont deux partis qui sont sortis du dernier congrès. Le premier, le PCR, s’est construit dans le débat politique en unifiant les militants et militantes autour d’éclaircissements politiques. Le second, le PCR opportuniste, s’est quant à lui construit à travers une alliance opportuniste consternante entre une fraction révisionniste prêchant l’étapisme, et une fraction post-moderniste prêchant la lutte anti-oppressive. En fait, le PCR opportuniste est une combinaison douteuse de militants et militantes marxisant-es et de militants et militantes ayant embrassé, sans en avoir la pleine maîtrise, les idées post-modernes et post-politiques, idées désintéressées du prolétariat réel. Les actions de la clique opportuniste sont d’ailleurs motivées par des intérêts de classe qui ne sont pas prolétariens.

La clique opportuniste est habilement parvenue à dominer le nouveau comité central en se compromettant ouvertement avec des idées antimarxistes et en faisant rejeter de nombreuses propositions et idées que nous avons soumises au dernier congrès. Ce rejet a été minutieux et dans le détail allant jusqu’à censurer l’emploi de certains mots, «prostitution» par exemple. Donc, lorsqu’il a été voté que s’ouvrirait dans les mois à venir une période de discussion (sur le programme, notamment), il était manifeste que les dés étaient pipés d’avance. L’opportunisme veut bien discuter de tout, tant que ce sont ses propositions qui sont mises en débat et tant qu’il a la garantie qu’elles seront adoptées.

En ce qui a trait à l’accusation de transphobie, elle a été formulée parce que les militants et militantes du District du Québec défendent les perspectives qui sont présentées dans le document intitulé «Sur le FFPR et l’oppression des femmes». Pourtant, l’orientation de ce texte est juste, car elle place à distance le féminisme queer et le féminisme radical, notamment en mettant de l’avant une analyse de classe pertinente et un souci conséquent de s’appuyer sur le matérialisme dialectique et historique. Il fait la critique indispensable de conceptions non-marxistes, et non pas la critique des individus eux et elles-mêmes. Néanmoins, le congrès s’est prononcé en majorité contre les conceptions contenues dans ce texte et les opportunistes se sont permis de faire moult commentaires condescendants à l’endroit des femmes prolétaires du PCR, révélant ainsi leur mépris de classe.

Parmi toutes les accusations présentées dans le communiqué, c’est probablement l’accusation de vol qui est la plus insultante. En effet, la clique opportuniste sait très bien qu’elle n’a jamais perçu, de manière sérieuse et respectueuse de l’effort de contribution des membres du Parti au Québec, les cotisations dans les cellules sous sa responsabilité. C’est donc dire que même si les opportunistes et leurs supporters composaient un peu plus de la moitié des forces du PCR pré-scission, sur plus d’un an, ils et elles n’ont versé qu’un dixième de l’argent donné par les camarades du Québec durant la même période. Pourtant, ces dernier-es sont, pour la grande majorité, des bas salarié-es, des retraité-es et des sans revenus, alors que certain-es opportunistes sont des boursier-es payé-es pour étudier les sciences humaines à l’université. Il n’y a aucune autre raison que le laxisme impudent de la clique opportuniste pour expliquer cette disproportion d’apport monétaire. Bref, la presque totalité des montants et des ressources accumulées par le Parti a pour origine les cotisations perçues et les revenus gagnés lors des activités organisées par les membres du district du Québec au cours des années. C’est aussi dire que la presque totalité des dépenses de congrès ainsi que la totalité des dépenses effectuées par la clique opportuniste ont été payées à partir des montants accumulés par le membership québécois. Nous n’avons rien volé du tout; nous avons tout simplement repris le contrôle de nos ressources… et pour cause, car il serait criminel de financer la diffusion de la ligne opportuniste!

Nous ne contesterons pas le reproche de la clique opportuniste concernant notre refus circonstanciel de respecter le centralisme démocratique, mais nous les pointons du doigt en retour: elle est la première à l’avoir entravé pour arriver à ses fins, et ce, avant même le dernier congrès. Toutefois, les marxistes ont une compréhension des principes qui échappe aux marxisant-es: le centralisme démocratique n’est qu’un outil pour mener à bien lutte des classes et non pas un impératif abstrait. Par conséquent, lorsqu’une organisation tourne le dos au prolétariat, pour la fraction révolutionnaire restante, la lutte des classes a préséance sur le centralisme démocratique. Maintenant que nous n’obéissons plus à la clique opportuniste et que nous avons concrétisé la scission nécessaire, nous avons réinstauré, dans le PCR, un centralisme démocratique qui n’a rien à envier à celui fétichisé par les éléments liquidateurs. Au contraire, il est au service de la lutte pour le pouvoir prolétarien.

La vraie raison de la scission: un réformisme à petite queue rouge

Le District du Québec s’est séparé du reste indigne du PCR pour défendre la lutte pour le communisme contre l’extinction qui la guette au Canada. Du même souffle, nous avons pris la tâche de rebâtir le Parti à travers l’ensemble du pays sur des bases révolutionnaires nettes. L’incapacité à faire une synthèse adéquate de l’expérience historique du mouvement communiste jumelée à une pratique essentiellement réformiste débouche sur ce que l’on pourrait caractériser comme étant une forme de maoïsme-révisionniste: un maoïsme fusionnant les pires pratiques de toute l’histoire du mouvement communiste (économisme, étapisme, opportunisme, social-démocratie) avec le post-modernisme, c’est-à dire l’empêtrement dans la lutte idéologique séparée d’une pratique révolutionnaire dirigée vers le prolétariat, et faisant une grande place aux idées «post-politiques» à consonance libertaire et aux pratiques sociales petites-bourgeoises. Le lien ténu qu’entretiennent les porteur-es du maoïsme-révisionniste avec la réalité prolétarienne favorise une propension à théoriser sur la classe ouvrière à partir de ressources académiques. Cela amène aussi à exagérer l’importance du point de vue progressiste petit-bourgeois (notamment celui que fait circuler l’intelligentsia de «gauche» qui domine les réseaux sociaux). Mais plus souvent qu’autrement, il s’agit de calquer l’expérience historique des autres sans en avoir une réelle maîtrise (fusse-t-elle seulement la capacité de déterminer ce qui est d’actualité et ce qui est révolu, etc.). Or comme le soulignait à grands traits un des documents de congrès, ce que nous concevons comme étant notre manière de construire le parti «recèle une part de spécificité et d’innovation». En simplifiant, on aurait pu dire la chose suivante: la lutte pour le parti et la révolution est entièrement balisée par les impératifs de maîtriser les enseignements fondamentaux du mouvement révolutionnaire international et d’innover aux niveaux pratiques et théoriques à partir de la réalité de la lutte des classes ici même au Canada.

Le maoïsme-révisionniste favorise l’abandon des concepts fondamentaux du marxisme comme «parti», «prolétariat», «mode de production», etc. au profit de l’adoption de concepts flous tels que «machine de guerre partisane», «personnes opprimées par le genre», «systèmes d’oppression», etc. Cette perspective débouche sur une exagération de l’importance accordée à certains secteurs hyper-marginalisés de la société, lesquels sont confondus avec le noyau dur du prolétariat. On décèle chez nos détracteurs une forte tendance à camoufler l’abandon de la centralité du prolétariat dans le processus révolutionnaire en abusant du concept de «masses»: en théorie on prétend défendre l’idée selon laquelle, dans les masses, le prolétariat est la force principale, mais en pratique on nie cette centralité. Le rejet du prolétariat comme principal sujet révolutionnaire est représentatif de plusieurs organisations «maoïstes» en Amérique du Nord. Dans les pays capitalistes développés, où l’exploitation est plus diffuse que dans les pays dominés, les éléments petit-bourgeois qui sont en colère contre les injustices de la société capitaliste vont s’investir dans les organisations des exploité-es et des opprimé-e-s dans lesquelles ils et elles importent spontanément leur conception du monde, qui est une conception éclectique faite de mélange d’idées bourgeoises et prolétariennes. Il faut donc une solide direction politique prolétarienne pour contrer cette tendance à l’édulcoration du maoïsme. De plus, étant donné leurs capacités et leurs disponibilités, ils et elles en viennent rapidement à transformer fondamentalement les organisations dans lesquelles ils et elles militent. Les idées petite-bourgeoises et les méthodes d’organisations petite-bourgeoises existent objectivement, elles dominent la sphère publique et elles régissent donc spontanément l’activité de nombreux militants et nombreuses militantes. La relecture anti-oppressive et idéologique du maoïsme que font les éléments petits-bourgeois qui assiègent le mouvement communiste nord-américain traduit un délaissement de la lutte des classes pour la transformation des rapports de production. Construire le Parti et la direction révolutionnaire de celui-ci exige d’aller à contre-courant du mouvement spontané petit-bourgeois. Dans le cas de notre Parti, ne pas aller à contre-courant aurait signifié être pris-es en tenailles entre les opportunistes d’un côté et les postmodernistes de l’autre, ce qui aurait eu pour effet, à terme, de faire complètement disparaitre la direction révolutionnaire du prolétariat canadien.

En plus de l’introduction massive d’éléments dissolutifs du marxisme empruntés au post-modernisme, le maoïsme-révisionniste, véritable altération du communisme dans les pays impérialistes, se caractérise par l’édification du maoïsme comme élément de rupture avec l’histoire du mouvement communiste international. Plus encore, il met de l’avant le rejet du léninisme et du rôle dirigeant du parti, s’élevant ainsi à un niveau d’opportunisme historiquement inégalé. Nous constatons qu’il y a trop de militants et militantes opportunistes dans les pays impérialistes qui n’ont pas la volonté réelle d’orchestrer la prise du pouvoir par les travailleur-es.

Le rejet de l’action révolutionnaire

Depuis sa fondation, le PCR se construit à travers l’action révolutionnaire. Sans la persistance et le déploiement de celle-ci, le Parti n’aurait pu progresser. Par conséquent, très tôt dans l’histoire du PCR, nous savions que notre progression, imputable à l’action révolutionnaire que nous menions, allait inévitablement importer une droite dans nos rangs. Plus encore, nous avions conscience que notre volonté d’avancer et notre avancement dans le combat contre la bourgeoisie canadienne allait faire émerger une droite: de lâches militants et militantes qui tournent impunément le dos aux exploité-es. Cette mécanique de validation des forces accumulées et d’exposition des opportunistes, nous l’avions résumée dans le mot d’ordre «Combattre et affronter l’ennemi». Le PCR opportuniste est une des incarnations de cette droite dont nous avions prédit le développement.

Selon les opportunistes, le District du Québec aurait fait montre de mauvaise foi quant à l’objet de la lutte dans le Parti en avançant qu’il s’agissait d’une lutte de lignes touchant, entre autres, aux questions de l’action révolutionnaire dans un pays impérialiste, et de la stratégie de la guerre populaire prolongée. De son côté, avant de procéder à l’expulsion des cellules québécoises, la clique mettait mensongèrement de l’avant que l’ensemble du parti était unifié autour de la stratégie de la guerre populaire prolongée et que la lutte ne portait que sur des conceptions divergentes «de la ligne de masse et spécifiquement sur le sujet du féminisme prolétarien, de la libération trans, du travail du sexe et des orientations du Parti envers les syndicats».

Comme nous l’avons mentionné plus haut, depuis le début de leur pitoyable campagne de relations publiques, les opportunistes cherchent à détourner l’attention et à éviter d’aborder les questions plus fondamentales qui touchent aux conceptions stratégiques du PCR. Pour ce faire, les opportunistes se drapent dans les ragots en cherchant à ramener l’enjeu de la rupture à des questions «organisationnelles et procédurales».

Il y a présentement deux partis qui se revendiquent du même nom. Il n’y en a qu’un qui soit réellement le PCR et c’est le nôtre. Nous et les opportunistes ne pouvons plus coexister au sein de la même organisation. Nous avons l’intention avouée de mener une lutte intransigeante contre la clique opportuniste qui, bien que se réclamant du maoïsme et du PCR, n’a jamais adhéré aux conceptions que notre parti a historiquement développées. Surtout, la clique opportuniste n’a jamais mis de l’avant une activité franchement révolutionnaire qui seule permet de forger l’unité indispensable entre ce que l’on dit et ce que l’on fait. Elle a préféré adopter les formes de lutte que sont l’économisme et les pratiques sociales petites-bourgeoises.

Pour prendre le contrôle du Parti et imposer sa ligne, la clique opportuniste devait, avant tout, identifier et neutraliser la base révolutionnaire du PCR, celle qui se trouvait, en l’occurrence, au Québec. Tactiquement, pour y parvenir, la clique a dû transiger avec sa propre base, qui est essentiellement composée d’universitaires, et se compromettre avec le postmodernisme. Il s’agit d’un compromis recouvert d’un vocabulaire qui emprunte au maoïsme, lequel est complètement édulcoré et construit sur des «slogans» dont l’effet premier est justement de permettre de scinder le dire et l’agir. Ainsi débarrassé de la contrainte soulevée par la réalisation de la ligne révolutionnaire, et puisqu’on privilégie la lutte «idéologique» au détriment de la lutte politique réelle, il est possible pour l’opportunisme de faire cohabiter le radicalisme des mots avec le réformisme des actions. Soulignons que ce communisme de la «phrase», que critiquait d’ailleurs Marx en son temps, se marie bien aux idées libérales et postmodernes.

Au Québec, le PCR s’est historiquement développé en cherchant à s’émanciper de la discipline imposée par la démocratie bourgeoise. Notre Parti reconnait quatre formes d’action révolutionnaire apparues dans l’histoire de la lutte des classes et objectivées par celle-ci. Ces quatre formes d’action révolutionnaire totalisent l’expérience accumulée du prolétariat international. Il s’agit de la propagande classique, de la propagande armée, de l’action révolutionnaire parmi les masses et de la guerre populaire prolongée – cette dernière étant la forme ultime, celle qui subsume toutes les autres. Ces formes sont objectivement nécessaires à la prise du pouvoir politique par la classe ouvrière. Au contraire, quoi qu’on en pense ou qu’on en dise, les formes de lutte adoptées par les opportunistes nous éloignent de l’atteinte de ce but. C’est l’objectivité même des formes qui fixe le contenu de l’action du parti révolutionnaire, à savoir l’acquisition de l’expérience dans la lutte afin de les maîtriser. Les formes objectives de l’action révolutionnaire sont donc au centre de l’activité des partis révolutionnaires. Ce sont elles que la bourgeoisie cherchera toujours à réprimer avec le plus d’intensité. La conceptualisation des quatre formes objectives de l’action révolutionnaire est la plus grande contribution du PCR au mouvement communiste. Elle le traverse et le porte plus loin. C’est le contexte de la présente lutte politique qui nous pousse à rendre publiques ces conceptions. Retenez surtout que cette conceptualisation est le produit de notre volonté de faire la guerre populaire au Canada. Le PCR qu’est le nôtre est une organisation qui vise à désarmer militairement l’armée canadienne et, par les armes, à arracher à la bourgeoisie du pays le pouvoir qu’elle détient.

Pour être réellement prises en charge, les quatre formes objectives de l’action révolutionnaire doivent se matérialiser dans des pratiques. On aura beau prétendre lutter pour le communisme autant qu’on veut, cela ne veut strictement rien dire si on ne travaille pas à s’emparer des formes objectives d’action qui nous y mènent. Aussi, le fait d’enrober d’une phraséologie révolutionnaire une pratique qui ne se distingue pas objectivement de celle des groupes réformistes est une trahison envers le peuple. La clique opportuniste est historiquement championne dans l’art de dissocier le dire et l’agir en se cantonnant, dans ce qui est autorisé par la bourgeoisie et, inversement, en rejetant l’action révolutionnaire.

La clique opportuniste dépeint la ligne du PCR comme une ligne construite sur des «vieilles idées». En effet, pour faire passer sa camelote pour du nouveau, la clique opportuniste a qualifié la ligne révolutionnaire du PCR de ligne périmée. Cela dit, les supposées «new ideas» se sont révélées n’être que la capacité illimitée de l’opportunisme d’enligner les phrases vides et de les présenter comme une application fidèle du MLM. Les idées mises de l’avant par la clique opportuniste quittent le monde de la lutte politique concrète pour les sphères éthérées de l’idéologique. Quand l’agir révolutionnaire cède tout son terrain à la pensée révolutionnaire abstraite, le renouveau des partis communistes révolutionnaires est entravé. Le communisme, ponctué de périodes de reflux, court le risque de ne devenir qu’une spéculation théorique sur le futur tout en étant pratiquement inexistant au niveau du combat politique. Les maoïstes canadiens du PCR(co) et les fondateurs et fondatrices du PCR n’ont jamais accepté l’immobilisme et l’attentisme des périodes de reflux. Ils et elles ont formulé une conception de la lutte telle qu’elle est objectivement induite par la lutte des classes et ont rejeté les conceptions non-scientifiques et idéalistes. Ils et elles se sont lancé-es à pied d’œuvre dans la période objective de préparation politique et de grandes initiatives politiques qui va de la constitution d’un noyau du Parti jusqu’au déclenchement de la guerre populaire. Au Québec, nous pérennisons ces orientations.

À présent, exemplifions nos divergences avec la clique opportuniste sur le plan de l’action. Alors que nous privilégions la mobilité – être partout pour répandre notre programme et nos perspectives partout! –, la clique opportuniste privilégie la fixité – se concentrer dans un lieu donné pour y mener une lutte revendicative exemplaire avec un petit groupe de personnes. Ainsi, notre MRO est conçu comme un dispositif du parti servant à intervenir à l’intérieur de tout le mouvement ouvrier. Il s’est donné comme tâche de visiter le plus grand nombre possible d’usines, en privilégiant celles dont le nombre d’ouvrierEs est le plus élevé. À l’opposé, dans les débats entourant le rôle du MRO, les opportunistes ont affirmé vouloir créer un syndicat rouge pour d’abord syndiquer les employéEs de petits patrons, tirant leur inspiration de la campagne que le IWW montréalais a menée dans un restaurant Frites Alors. C’est essentiellement à ce type d’activité – qu’ils appellent travail de masse – qu’entendent se consacrer les opportunistes. Cela permettrait d’accomplir une tâche primordiale, selon eux, dans la période actuelle, celle «d’améliorer immédiatement les conditions des masses», ce qui donnerait à celles-ci «une véritable raison matérielle» de nous prendre au sérieux. Peu importe si, abstraction faite du discours qui l’accompagne, leur travail est dans les faits identique à celui des organisations réformistes cantonnées dans l’action revendicative légale, ils diront que ce n’est pas du réformisme ou de l’économisme parce qu’ils lient consciemment cela à la révolution:

«C’est seulement en liant consciemment la lutte pour une réforme à la lutte révolutionnaire plus globale et en la subordonnant ouvertement au processus révolutionnaire qu’on ne tombera pas dans l’économisme.» (L’approche communiste du travail de masse)

Ainsi, pour les opportunistes, c’est sur le plan subjectif qu’on échappe à l’économisme. En d’autres mots, peu importe la forme que prend la lutte et les moyens employés – il pourrait s’agir d’une campagne d’appels téléphoniques! –, peu importe s’il s’agit d’un type d’activité qui a le potentiel ou non d’affaiblir le régime bourgeois, ce qui compte, c’est d’y ajouter une petite queue rouge à la fin, par exemple, y ajouter les mots révolution et communisme. Selon un critère aussi large, il suffit d’y croire pour que ce soit révolutionnaire et… on pourrait même considérer qu’il y a une manière révolutionnaire de faire signer des pétitions!

Nous opposons à ce type de pratique ce que nous appelons l’action révolutionnaire parmi les masses. Il s’agit de la présence agissante des communistes à travers laquelle on amène les masses à sortir des limites de l’action revendicative légale en les entraînant à un affrontement soutenu et répété avec la bourgeoisie, favorisant ainsi l’élévation de leur conscience de classe, l’expression de leur colère et la libération de leur potentiel de destruction. L’organisation, l’agitation et la mobilisation en vue de manifestations de rue combatives, les grèves sauvages, les sabotages, et ainsi de suite, sont à ranger dans cette catégorie. L’action révolutionnaire parmi les masses permet d’organiser et de diriger l’activité des masses afin d’en faire une force matérielle ayant le potentiel d’attaquer et d’affaiblir la classe dominante.

L’action révolutionnaire parmi les masses, cette métabolisation de la capacité du Parti à diriger, représente un danger immense pour la bourgeoisie et pour l’opportunisme, car elle permet à la fois de révéler le caractère réactionnaire de la première (en affrontant la bourgeoisie le prolétariat s’unifie politiquement comme classe) et la faillite du second (parce qu’en se limitant à imiter ce que font spontanément les masses, il ne contribue en rien à la consolidation de classe du prolétariat). La seule perspective de travail révolutionnaire valable est celle selon laquelle les militants et militant-es du parti saisissent la conjoncture et l’utilisent en faveur de la révolution avec un sens aigu de l’initiative et de la lutte politique pour le pouvoir.

La bourgeoisie ne se combat pas uniquement, ni même essentiellement, sur le terrain des idées. La lutte pour le pouvoir est une lutte entre deux forces matérielles qui entrent en collision et dont l’une cherche à anéantir l’autre. C’est donc dire que la violence est au cœur de la lutte politique. Organiser la révolution, c’est organiser des forces pour affronter la bourgeoisie et les mettre régulièrement en action, c’est accumuler ces forces jusqu’à ce qu’elles soient en quantité et en qualité suffisantes pour détruire l’État bourgeois. L’organisation des forces révolutionnaires passe nécessairement par l’affrontement: ce n’est qu’avec l’expérience directe de la confrontation avec l’ennemi qu’on développe les capacités nécessaires pour le vaincre. Les forces potentielles dont les capacités ne sont pas validées dans l’action ne peuvent tout simplement pas être considérées comme des forces révolutionnaires accumulées pour la simple raison qu’on ne sait pas de quoi elles sont capables et parce qu’elles n’accumulent aucune expérience.

Lors de notre dernier congrès, les opportunistes se targuaient d’avoir réussi à accroître considérablement le membership du Parti et brandissaient cela comme preuve de la justesse de leurs positions et de la qualité de leur «ligne de masse». Étrangement, impossible pour nous d’avoir une idée de ce que tout ce beau monde avait été en mesure de produire en termes d’action révolutionnaire; impossible de savoir quelles capacités nouvelles le Parti avait gagnées avec cet afflux de nouveaux membres. Cela ne semblait avoir aucune importance pour nos opportunistes, qui, aveuglés par leur pragmatisme, ne voyaient rien d’autre que le nombre de personnes assises dans la salle. En réalité, combien de ces nouvelles recrues étaient vraiment engagées dans le processus d’apprendre à combattre la bourgeoisie en la combattant? Combien ont déjà été confrontées, même minimalement, à la violence de la lutte politique (celle qui se déroule dans la vraie vie, pas seulement sur internet et sur les bancs d’école)? Cela ne semble guère préoccuper les opportunistes, pour qui la volonté de lutter et de se battre n’est qu’une approche parmi d’autres (!), l’important étant de faire participer le plus de gens possible autour d’une «ligne politique et organisationnelle correcte» (ce qui, une fois qu’on a décodé leur langage stéréotypé, veut dire rassembler dans une pièce le plus de gens adhérant en paroles au communisme que possible):

«Simplement, le militantisme, c’est la volonté de lutter et de se battre. Parfois, cela peut se traduire par un affrontement physique avec l’ennemi, la police ou les réactionnaires, mais ce n’est pas l’aspect le plus important. […] Le militantisme est parfois nécessaire, parfois pas: c’est une approche parmi d’autre. Dans la mesure où on applique la ligne de masse, toute tactique doit principalement viser à organiser et susciter la participation de la plus grande portion possible des masses autour d’une ligne politique et organisationnelle correctes.» (L’approche communiste du travail de masse)

On n’a qu’à observer la différence entre ce qui s’est produit cette année lors de la manifestation du 1er mai à Montréal et ce à quoi ont ressemblé les manifestations organisées par le PCR opportuniste pour réaliser à quel point un abîme nous sépare, dans l’action, des opportunistes. Il n’y a qu’ici qu’on s’organise pour générer une véritable perturbation et pour confronter physiquement la police. Ailleurs au Canada, les manifestations du 1er mai prennent la forme de parades prévisibles et insignifiantes – quand elles ne sont pas tout simplement invisibles ou inexistantes en raison de la faiblesse de l’agitation et de la mobilisation de nos anciens camarades. Quand les opportunistes ne condamnent pas ouvertement ces expériences en les qualifiant d’aventuristes, ils expliquent la différence entre notre activité et la leur en insistant sur les conditions objectives prévalant ici et là. Pour eux, la combativité ne serait pas le résultat du travail d’organisation: elle découlerait principalement de facteurs extérieurs qu’on ne contrôle pas! Ainsi, ils se dédouanent de la responsabilité de produire des résultats et justifient leur refus d’organiser l’affrontement avec la bourgeoisie et d’assumer la violence qui vient avec. Ce refus s’est aussi manifesté dans le laxisme et le libéralisme dont les opportunistes ont régulièrement fait preuve en ce qui a trait aux mesures de sécurité élémentaires qui devraient normalement être mises en œuvre au sein d’une organisation révolutionnaire: divulgation d’informations secrètes sur internet (localisation des cellules, nombre de personnes sur le CC, révélations publiques sur la structure interne du parti, etc.), réunion du CC dans un local militant connu, partage de documents internes sur internet, téléphones cellulaires apportés aux abords du lieu du dernier congrès, etc. Il faut croire que lorsqu’on ne travaille pas réellement à organiser la révolution, on craint un peu moins la répression.

Poursuivons en abordant la question de la propagande classique. Cette dernière cimente toute notre activité en lui conférant une direction idéologique et politique. Mais qu’est-ce que la propagande? C’est un travail que nous faisons dans les masses afin d’y répandre les perspectives communistes et de faire connaître l’existence d’une initiative révolutionnaire. La propagande permet ainsi d’élever la conscience de classe du prolétariat en lui transmettant, sous la forme d’idées et par des moyens journalistiques, l’expérience de la classe ouvrière internationale. Elle révèle aux prolétaires la possibilité de la révolution. C’est pour cela que nous distribuons régulièrement nos journaux et nos tracts, dont le contenu est ouvertement maoïste, aux portes des usines, dans les quartiers populaires, dans les réseaux de transport, etc. C’est pour cela que nous n’hésitons pas à diffuser notre propagande révolutionnaire le plus massivement possible, dans toutes les sections du peuple. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons récemment relancé le journal Partisan, décision qui, aussi ahurissant que cela puisse paraître, nous a été reprochée par les opportunistes dans leur communiqué d’expulsion. On peut légitimement se demander pourquoi des communistes s’opposeraient à la parution et à l’impression d’un journal communiste. Mais comme toujours, l’opportunisme laisse des traces qui sont visibles. Voici ce qu’écrivait un des leaders opportunistes, en 2010, sur le site du Social Revolution Party:

«We know the old strategy of standing on a corner hocking newspapers is bankrupt. There are enough groups doing that already, and if that were the way forward, the revolution would already have happened. The reality is that it isn’t 1917 anymore, and our base has to be built on the personal relationships we build in a sea of atomization.»

La clique opportuniste adhère visiblement encore à ces idées médiocres. Cela explique pourquoi, lors d’une tournée récente dans l’Ouest canadien, et qui était organisée par la clique opportuniste, aucune diffusion dans les masses ne fut planifiée – la tournée ayant servi exclusivement à rencontrer une poignée de contacts faits sur internet.

Les opportunistes pensent que les masses ne peuvent pas être réceptives à la propagande révolutionnaire. Dans la période actuelle, il faudrait d’abord, selon eux, les approcher en leur parlant de leurs besoins immédiats et en leur proposant des campagnes pour des réformes. C’est précisément ce qu’affirme un autre leader opportuniste dans le texte L’approche communiste du travail de masse, paru dans le dernier numéro de la revue Arsenal lorsqu’il écrit: «Les révolutionnaires ont besoin de parler aux masses là où elles sont, d’une manière qui influence directement leur vie au jour le jour et en s’adressant concrètement à leurs expériences quotidiennes; actuellement, cela prend largement la forme de réformes ou de campagnes spécifiques.»

Voilà une façon spontanéiste et économiste de comprendre le lien que nous devons entretenir avec les masses. Se cantonner dans cette politique du reflet, c’est-à-dire parler de la pauvreté aux pauvres, des mauvaises conditions de travail aux travailleur-es, du racisme aux immigrant-es, etc., c’est-à-dire s’arrêter exclusivement sur les particularités et les différences entre les secteurs des masses, est une pratique qui découle de postulats anti-oppressifs petits-bourgeois qui renforcent l’état spontané de désunion de la classe ouvrière. Or le prolétariat ne se constitue en classe qu’en luttant contre la bourgeoisie dans l’intérêt commun de ses membres. La force et l’ampleur de l’unité de classe dépend alors du contenu et du degré d’universalité de la lutte. Par conséquent, plus les objectifs de la lutte apparaitront comme ceux de la classe toute entière, plus ils apparaitront vitaux, et plus grande sera l’unité de la classe et plus forte sera l’antagonisme avec l’ennemi de classe. Il ne faut donc pas seulement se limiter au quotidien des masses: il faut introduire les perspectives du changement révolutionnaire.

C’est sa compréhension partielle du rôle des communistes et de leur propagande dans les masses qui explique pourquoi la clique opportuniste s’est opposée à ce que le Parti entreprenne en 2017 un effort de propagande intense pour souligner le 100e anniversaire de la Révolution bolchévique sous prétexte que nous n’étions pas un collectif d’historiens et que la Révolution d’Octobre n’intéressait pas les travailleurs et travailleuses. Alors que nous nous efforçons d’élever la propagande révolutionnaire, en connectant l’expérience historique du prolétariat international à l’expérience directe et actuelle du prolétariat canadien, les opportunistes préfèrent rabaisser la propagande au niveau de la réalité vécue des masses, chose que font déjà très bien les médias et organisations réformistes.

Une conception erronée du rôle du Parti

L’avant-dernier congrès du Parti – un congrès spécial qui visait principalement à corriger certaines faiblesses, notamment au niveau de la propagande et au niveau du renouvèlement d’une partie de l’équipe dirigeante – invitait tous et toutes les membres à reconnaître que le PCR se construisait dans une perspective qui est tout à fait singulière dans le contexte canadien, et probablement même dans celui du mouvement communiste en Amérique du Nord, car il tend à «se développer comme un parti révolutionnaire complet». Effectivement, notre conception du Parti, est celle du Parti complet, c’est-à-dire un organe ouvrier qui dirige la révolution prolétarienne et qui prend le pouvoir. Pour y parvenir, il doit obligatoirement occuper l’entièreté du spectre politique, idéologique et tactique. Les bases du léninisme stipulent que le Parti doit assumer toutes les formes d’action révolutionnaire. Il doit également casser tous les intermédiaires entre lui et les masses afin d’en élever la conscience révolutionnaire. Le Parti complet est, en somme, celui qui conduit le prolétariat vers la GPP de même que celui qui dirige la GPP.

Déjà, à l’époque de l’avant-dernier congrès, la clique opportuniste dédaignait les idées et les pratiques relevant de cette conception du Parti. Paradoxalement, ce sont ces mêmes idées et pratiques qui lui ont permis d’avoir un rayonnement. Aujourd’hui, elle ne fait que formuler, de manière décomplexée, son dédain pour la conception du parti communiste complet dont l’expansion du PCR dans le reste du Canada est pourtant tributaire.

Notre Parti s’est construit sur une compréhension de la dialectique entre les petits et les grands mouvements. C’est la réponse qu’il a trouvé à l’inévitable question des grands nombres: comment organiser le rapport entre un petit groupe de révolutionnaires organisé-es et le grand bassin du prolétariat, et donc, comment, un jour, faire basculer un large pan de la population dans le camp de la révolution? La dialectique entre les petits et les grands mouvements dicte une façon méthodique de se construire et d’intervenir dans les masses. Elle ne permet pas de faire des détours inutiles tels que de tenter de bâtir un mouvement ouvrier alternatif. Ce que le parti appelle ses petits-mouvements (MRO, MER, FFPR, FRJ, etc.) sont une composante majeure de cette méthode de construction. Ils participent au rayonnement et à l’influence du Parti, dans le prolétariat, qu’il doit sans cesse chercher à décupler. Dans cet ordre d’idées, il est impensable que le PCR ne dirige pas pleinement les structures qu’il met en place. Ce qu’un Parti communiste crée, il doit le diriger, et ce qu’il ne crée pas, il doit chercher à le diriger, sans quoi, il donne les armes à la bourgeoisie pour qu’elle le liquide.

L’enlignement de la clique opportuniste conduit le Parti à être le maillon faible, car selon sa conception, ce sont les organisations de masse qui dirigent le parti. Cela traduit également sa vision selon laquelle il est impossible de construire un parti communiste révolutionnaire au Canada à l’heure actuelle. À ce propos, un des principaux membres de la clique opportuniste écrivait dans la neuvième édition de l’Arsenal:

«Dans le contexte canadien, les organisations intermédiaires sont partiulièrement importantes: alors qu’il existe un certain nombre de partis qui se sont fixé la tâche de devenir l’avant-garde du prolétariat canadien, aucun parti (y compris le nôtre) n’a encore atteint cet objectif.»

Au cœur de la mise sur pied des petits-mouvements se trouve des problèmes indéniables que le Parti tente de résoudre en se construisant dans le mouvement réel (pas à côté!). D’abord, l’avant-garde communiste dans un pays comme le Canada est restreinte et faible. Il faut donc former des nouveaux et nouvelles communistes. Ensuite, une des composantes spontanées de l’avant-garde qu’étaient historiquement les intellectuel-les (p. ex., le jeune Marx ou encore le jeune Lénine) sont actuellement des forces contraires au mouvement communiste et opposées à l’idée de Parti: la démocratie bourgeoise les a domestiqué-es et intégré-es pleinement en son sein en leur octroyant toute la liberté à laquelle ils et elles aspiraient. Aussi, à l’état avancé du capitalisme, tout est mûr pour le socialisme. Les feux brûlent partout dans la classe ouvrière. Il nous faut donc sans attendre déployer le Parti et préparer la guerre populaire pour prendre le pouvoir dans un avenir rapproché. Les problèmes que nous avons énumérés sont le propre de la période qui est la nôtre. Faire la révolution au Canada aujourd’hui en tant que petit groupe révolutionnaire, c’est-à dire prendre en charge les quatre formes objectives d’action révolutionnaire, posent des défis qui sont étrangers au mouvement communiste du début du siècle dernier alors que tous les partis communistes dans le monde avaient des milliers et des milliers de personnes à leur disposition dès leur fondation.

Cette compréhension, les opportunistes la rejettent. La ligne opportuniste conçoit plutôt les petits-mouvements comme des organisations intermédiaires ou de masses, c’est-à-dire comme des organisations dont l’orientation politique et le mode de fonctionnement est plus vague que celui du Parti, mais se situant dans son orbite. Selon les opportunistes, le but de ces organisations intermédiaires est de se substituer aux organisations déjà existantes des masses.

Plus concrètement, pour les opportunistes, les petits-mouvements fonctionnent avec leur propre régime de démocratie et sont indépendants de la direction du PCR. La direction du Parti s’exercerait alors par l’entremise de l’influence de ses militants et militantes sur ces organisations, c’est-à-dire que les petits-mouvements échappent en partie ou en totalité à la direction du parti. Selon les opportunistes, viser à ce que le parti dirige les structures qu’il met en place pour se lier aux masses relèverait d’une erreur «bureaucratique», c’est-à-dire de chercher des solutions bureaucratique à des problèmes politiques.

La clique opportuniste est dans l’erreur en cherchant à substituer nos dispositifs aux organisations déjà existantes des masses. En concevant nos petits-mouvements comme des substituts aux grands mouvements (syndicat rouge pour remplacer les syndicats existants; association étudiante révolutionnaire pour remplacer les associations étudiantes existantes, etc.), on restreint l’influence directe du Parti dans les grands mouvements en ajoutant des intermédiaires, c’est-à-dire les organisations-substituts entre le parti et les masses. C’est là une conception erronée du travail de masse que doit mener une organisation révolutionnaire à une étape où toute l’activité des communistes devrait être commandée par la préoccupation d’assurer la pénétration des idées et des pratiques révolutionnaires dans la classe ouvrière et dans les masses prolétariennes. Le principal problème avec la conception des organisations qui est soutenue par la clique opportuniste, c’est qu’elle nous mène à nous séparer des masses (former des organisations-substituts) sous prétexte de nous lier avec elles: on ne saurait faire montre de plus de confusion. Depuis le Manifeste du Parti communiste, nous savons que les communistes se distinguent des masses sur deux points: ils et elles font toujours prévaloir les intérêts indépendants et communs du prolétariat et ils et elles représentent toujours les intérêts du mouvement prolétarien dans sa totalité. Par conséquent, pour réaliser la tâche révolutionnaire que Lénine décrivait avec justesse dans Que Faire?, à savoir opérer la fusion entre le socialisme scientifique et le mouvement ouvrier, les communistes engagé-es dans la lutte pour la révolution n’ont pas à prendre la place des syndicats, des associations étudiantes et des autres organisations des masses pour que les luttes deviennent plus combatives. C’est bien plutôt en intervenant sur des bases communistes dans ces luttes qu’ils et elles parviendront vraiment à ce que ces luttes soient non seulement plus combatives, mais également révolutionnaires. En construisant le MRO, le FFPR, le MER et le FRJ, nous ne demandons pas aux prolétaires, aux femmes prolétariennes et à la jeunesse de choisir entre leur syndicat, leur association étudiante, etc. et nos mouvements. Nous organisons plutôt à travers nos petits-mouvements des prolétaires, femmes et jeunes gagnées aux idées communistes pour qu’ils et elles puissent introduire les idées et pratiques communistes dans les syndicats, associations étudiantes, groupes de femmes, etcetera. Pour se lier aux masses, il faut être là où elles sont.

La conception erronée du rôle du Parti défendue par la clique opportuniste se révèle de manière particulièrement scandaleuse quand nous en venons au sujet inéluctable de la guerre populaire prolongée (GPP), et encore plus manifestement lorsqu’il est question de son déclenchement. Ce dernier est la plus grande manifestation de la direction du Parti. Il s’agit d’une initiative politico-militaire consciente qui inaugure un affrontement militaire soutenu avec la bourgeoisie. Sans déclenchement, il ne peut y avoir de GPP.

Les positions défendues par la clique opportuniste, que cela soit dans des textes, interventions ou bien déclarations faites sur internet, révèlent des conceptions contraires à celles du PCR sur la guerre populaire prolongée, dont elle remet en question certains des principes universels et fondamentaux à un tel point que les perspectives qu’elle endosse réellement correspondent, à quelques nuances près, à la stratégie insurrectionnaliste du RCP-USA.

La vision défendue dans le texte L’approche communiste du travail de masse, selon laquelle la construction du parti doit se faire à travers la mise en place d’une pléthore d’organisations de masse ou intermédiaires autonomes servant à mener des campagnes pour des réformes, est le fruit d’une conception stratégique erronée. Selon cette conception, la progression vers la révolution comporterait d’abord une longue phase de lutte économique (rappelant étrangement la longue phase de travail légal du schéma insurrectionnaliste classique), suivie d’une période plus ou moins longue de défense armée des organisations de masse contre la répression que l’État bourgeois aura commencé à faire s’abattre sur celles-ci en raison de leur accroissement et de leur succès grandissant. Cette deuxième période correspondrait à la première phase de la guerre populaire, c’est-à-dire à la défensive stratégique (le mot défensive ayant été pris au pied de la lettre!). C’est ce qu’on trouve résumé dans cet extrait éloquent:

«Au fur et à mesure que notre travail de masse obtiendra du succès et que notre parti et les organisations de masse se développeront, nous allons inévitablement subir une répression accrue de la part de l’État. La défense des organisations révolutionnaires de masse deviendra une partie essentielle de notre travail de masse, pour s’assurer de sa poursuite. Cette défense pourra donner lieu à une confrontation violente avec l’État. La défense énergique des organisations de masse et de leurs activités contre la répression de l’État peut constituer une étape de l’ouverture de la défensive stratégique en milieu urbain. Dans la mesure où les organisations de masse constituent l’embryon de ce qui deviendra les institutions du socialisme, la capacité de les défendre est au cœur de la mise en place d’un double pouvoir.»

Ainsi, selon cette vision, le déclenchement de la guerre populaire (pour autant que l’on veuille encore appeler cela guerre populaire) est tributaire de facteurs qui sont en dehors de notre contrôle: il survient au moment où l’État bourgeois décide de nous attaquer – le moment où la «confrontation violente» débute.

La conception que nous défendons est complètement à l’opposé de ce point de vue. Au cœur de la stratégie de la guerre populaire prolongée se trouve la lutte contre l’aléatoire et le contingent. L’avancement stratégique vers la prise du pouvoir doit être conditionné principalement par le développement de notre propre activité révolutionnaire, sans quoi on finit par être dominé par les circonstances extérieures. Ainsi, pour nous, le déclenchement de la guerre populaire ne peut être rien d’autre qu’une initiative politico-militaire du parti. Laisser toute l’initiative à la bourgeoisie équivaut à signer l’arrêt de mort de la révolution. Toute la période qui précède sert à accumuler les forces et à développer les capacités nécessaires pour initier la guerre populaire. L’accumulation des forces est le processus à travers lequel le Parti se construit en prenant graduellement en charge les trois premières formes objectives de l’action révolutionnaire, jusqu’à ce qu’il en ait développé une maîtrise suffisante pour passer à la quatrième forme, laquelle englobe les premières. Pendant cette période, il est important de ne pas s’en tenir au travail légal, mais d’accorder une place de plus en plus grande au travail illégal. Il est aussi primordial de contester le monopole de la violence de la bourgeoisie en intensifiant progressivement le niveau de la violence révolutionnaire. À la lecture de cet extrait du texte La guerre populaire prolongée est la seule voie révolutionnaire (Socialisme maintenant no 8) publié par le PCR(co) en 2002, on comprend que c’est la réussite de nos objectifs dans la période préparatoire qui détermine le passage à la défensive stratégique, et non pas des conditions extérieures à notre propre activité:

«On peut ainsi déterminer que la guerre populaire prolongée doit passer par une étape préparatoire: celle de la propagande armée, qui est la combinaison entre la construction du parti communiste révolutionnaire, le développement de l’embryon de l’armée rouge et la lutte des masses. Cette étape conditionne (la tactique militaire dépend du niveau de la technique militaire, c’est Engels qui a répété cette vérité) le passage à la prochaine étape – celle de la défensive stratégique, dans laquelle vont se modifier le mouvement politique et revendicatif des masses, l’activité politique révolutionnaire et l’activité combattante révolutionnaire. En synthèse, cette période est stratégiquement défensive, mais tactiquement offensive.»

On apprend aussi, dans cet extrait, que la première phase de la guerre populaire est tactiquement offensive. Il faut en comprendre que malgré son nom, la défensive stratégique est constituée presqu’exclusivement d’opérations militaires offensives. Au départ, les unités de partisan-nes opèrent dans des zones de guérilla urbaine et mènent une guerre d’usure contre les forces armées de la bourgeoisie. Il n’y a pas de territoire à défendre coûte que coûte, pas de nouveau pouvoir révolutionnaire à protéger.

Au contraire, les opportunistes voient la défensive stratégique comme une période tactiquement défensive. Pour eux, cette période serait marquée par une grande effervescence des masses. Les luttes économiques auraient désormais un aspect armé, mais les actions de l’armée rouge seraient principalement défensives, ayant pour objectif de protéger les masses en lutte: défense de grèves, d’occupations de terrains, etc. contre la répression de l’État bourgeois. Il ne s’agit pas d’une guerre de guérilla, d’un affrontement militaire soutenu où l’on cherche à désarmer progressivement la bourgeoisie et à armer le camp du peuple, à conserver nos forces et à anéantir celles de l’ennemi.

Dans l’extrait précédemment cité, on apprend également que la propagande armée est une composante incontournable de la période préparatoire au déclenchement de la GPP. Notre Parti conçoit la propagande armée comme étant l’utilisation de moyens armés, dirigés contre des biens, des instances, des appareils organisés, des moyens et dispositifs de la bourgeoisie, occasionnant leur destruction partielle ou totale, comme support ou véhicule d’un discours révolutionnaire servant fondamentalement la construction du parti. La propagande armée permet de démontrer la possibilité d’affronter victorieusement (même à une échelle réduite), les armes à la main, la bourgeoisie et ses forces de défense. C’est une forme de propagande qui permet de s’adresser à la nation entière, à la société dans sa totalité.

Dans tous les textes importants du PCR portant sur la guerre populaire prolongée (Le parti communiste doit mener la guerre révolutionnaire dans les pays impérialistes, Les bases urbaines du maoïsme, La guerre populaire prolongée est la seule voie révolutionnaire), il est affirmé que la propagande armée doit être utilisée dans toutes les phases de développement du parti et de la révolution, y compris dans la période d’accumulation des forces précédent le déclenchement de la guerre populaire. Cela ne semble pas avoir été bien assimilé par la clique opportuniste dont un porte-parole, il n’y a pas si longtemps, affirmait sur le groupe Facebook Communism 101 – son véhicule de prédilection pour la propagande – que l’aspect armé du processus révolutionnaire apparaît seulement avec le déclenchement de la guerre populaire:

«Revolution advances broadly through the following phases: gathering of forces, strategic defensive (opening of the armed aspect), strategic equilibrium (establishment of base areas, and strategic offensive (expansion of base areas).»

En fait, la clique opportuniste refuse de faire la distinction entre la propagande armée – qui est essentiellement, rappelons-le, une forme de propagande – et les opérations militaires des détachements de partisan-nes lors de la guerre populaire prolongée. Ainsi, l’emploi de moyens armés est pour eux indissociable de l’existence d’une armée du peuple et donc impensable dans la période d’accumulation des forces dans laquelle nous nous trouvons.

Le même porte-parole public de la clique opportuniste a affirmé, à plusieurs reprises, sur la même plate-forme, que le passage à l’offensive stratégique serait très rapide (une question d’heures!), et que la dernière phase de la guerre populaire serait également très courte:

«The period of dual power will be protracted (strategic defensive), the strategic equilibrium may very well last a couple of hours and will look like something akin to an insurrection, but the strategic offensive will have to be achieved quite quickly.»

Encore, ce même porte-parole, sur la même plate-forme, a aussi affirmé, à plusieurs reprises, que la constitution de bases d’appui en milieu urbain, dans le contexte d’un pays impérialiste comme le Canada, était impossible, comme on le constate dans la citation suivante où il écrit: «I don’t think urban base areas are possible in any meaningful sense, and I think that the transition from strategic defensive to strategic equilibrium will be short in imperialist countries.» Cela contredit l’expérience historique du prolétariat armé. Cela contredit le programme du PCR dans lequel on peut lire que «la construction de bases d’appui et leur utilisation pour commencer les transformations sociales avant même la prise du pouvoir» est l’un des principes universels, applicables partout, de la guerre populaire prolongée. De même, le texte Les bases urbaines du maoïsme introduit la perspective des bases d’appui tout en l’intégrant à un processus dialectique: «Au début, les unités de partisans fonctionneront probablement dans des zones de guérilla. Ce n’est qu’après la prise de centres urbains, que devraient apparaître les bases d’appui temporaires, puis les bases d’appui stables. L’expérience du mouvement communiste nous enseigne qu’il est possible de créer de telles bases. Pour ce faire, les révolutionnaires doivent s’appuyer résolument sur les masses et procéder à partir d’elles en construisant les bases politiques permettant la création de bases d’appuis stables, selon la ligne ne pas avoir/avoir, de petit/à grand, d’imparfait/à plus que parfait.»

Une guerre populaire prolongée dans laquelle on ne crée pas de bases d’appui n’en est pas une. Pour reprendre l’expression de Gonzalo, les bases d’appui constituent l’épine dorsale de la guerre populaire prolongée. En effet, au cœur de cette stratégie se trouve le principe selon lequel le nouveau pouvoir se constitue graduellement dans le temps et dans l’espace, «de petit à grand, d’imparfait à plus que parfait», comme on peut lire dans la citation précédente. Ce principe est à l’opposé du postulat insurrectionnaliste selon lequel le pouvoir révolutionnaire s’établit rapidement sur une portion significative du territoire après une offensive militaire déterminante et de grande ampleur lancée quand les conditions objectives sont jugées favorables. C’est précisément ce deuxième postulat que défend la clique opportuniste en affirmant que le passage de l’équilibre à l’offensive stratégique sera très rapide et en soutenant que la création de bases d’appui est impossible au Canada.

La conception stratégique des opportunistes conduit au même attentisme et à la même passivité qu’induit le schéma classique de l’insurrection. Pour eux, la guerre populaire est un horizon lointain plutôt que quelque chose que l’on construit dès aujourd’hui. Cela transparaît dans leur refus d’organiser dès maintenant l’affrontement avec la bourgeoisie, dans leur rejet de l’action révolutionnaire.

Une lutte pour la défense du communisme

Du SRP à la clique opportuniste: un véritable cancer pour le mouvement révolutionnaire canadien

La clique de militants et de militantes en provenance du SRP ayant faussement rallié le PCR, dans la foulée du G20 et du CRC de Toronto, s’est développée comme la gangrène au sein de notre organisation.

N’ayant jamais réellement reconnu la guerre populaire prolongée comme la stratégie révolutionnaire du Parti, cette clique a cherché, tout au long de son parcours, à en distordre les fondements pour pouvoir mettre à l’ordre du jour son propre agenda: un collage des pires pratiques opportunistes et réformistes jumelé d’un appui en paroles à une éventuelle confrontation avec l’État bourgeois. Cette éventuelle confrontation imaginée est un amusement pour dilettante, du véritable subjectivisme petit-bourgeois. C’est une construction pure et simple servant à justifier l’ensemble de ses pratiques actuelles ancrées dans la démocratie bourgeoise. Les opportunistes veulent nous faire croire que l’ensemble de leurs pratiques réformistes actuelles vit à crédit: un moment salvateur où tout prendra enfin son sens serait sensé survenir dans un avenir hypothétique. Après trente ans de marais obscènes et opportunistes, l’État bourgeois serait sensé attaquer un château de cartes. Pour les opportunistes, c’est seulement à ce moment, qu’il serait possible de poser les questions stratégiques et militaires de la révolution… et encore, seulement si elles sont posées dans la perspective d’une défense proportionnelle au niveau de la conscience de classe moyenne des masses! En attendant, toutes tentatives de le faire seraient de l’aventurisme.

Le rejet des formes objectives de l’action révolutionnaire sont autant d’initiatives laissées à l’ennemi. L’ensemble de l’œuvre de la clique opportuniste est un abandon complet du rôle dirigeant du Parti, lequel doit pourtant culminer dans sa capacité à déclencher et à diriger la guerre populaire. Un amateurisme si outrancier que celui de la clique opportuniste ne mérite pas d’attention, mais il reste que les manœuvres et les mensonges petits-bourgeois ont fait en sorte que:

  • Les militants et militantes du SRP se sont établi-es dans notre organisation en présentant systématiquement leur position révisionniste et leur version du programme du PCR à leurs recrues. Ils et elles ont créé un parti dans un parti;
  • Ils et elles se sont organisé-es et consolidé-es en utilisant à leur avantage les contributions théoriques du PCR et l’ensemble du travail pratique que le Parti a mis de l’avant dans la lutte contre la bourgeoisie, et ce, de manière à se développer beaucoup plus rapidement que s’ils et elles avaient poursuivi leur travail risible dans le SRP. Tel-les de véritables parasites, d’un côté, ils et elles ont utilisé l’aspect radical d’une adhésion en paroles à la guerre populaire pour masquer leur opportunisme et, de l’autre côté, ils et elles sont venu-es discréditer, à mesure que leur influence augmentait, le travail révolutionnaire du parti en le qualifiant d’aventuriste, et en l’accusant d’abandonner la ligne de masse et de devancer l’état de conscience général du prolétariat;
  • Ils et elles ont versé dans les manœuvres et se sont servi à profusion de mensonges petits-bourgeois pour lancer des campagnes antiparti, visant parfois même à diffamer des membres du PCR à Montréal. Ils ont utilisé l’intimidation pour diviser le camp du prolétariat et tenter de faire taire les révolutionnaires du Parti. Ils ont manœuvré et utilisé à leur guise des saboteur-es qui sont allés jusqu’à menacer de s’en prendre à l’intégrité physique de nos camarades. Ils et elles ont procédé à la stigmatisation systématique des éléments prolétariens de notre organisation, en particulier les femmes, en faisant en sorte que toute contestation d’une ligne petite-bourgeoise sur le genre et le rôle des femmes dans la révolution soit suivie d’une humiliation publique;
  • Ils ont lentement accumulé et positionné leurs pions pour pouvoir ultimement jouer leurs cartes au dernier congrès et tenter de mettre enfin à l’ordre du jour leurs propres positions, leur propre programme, leurs propres perspectives stratégiques et leur liquidation de la révolution. C’est au dernier congrès que ce mouvement antiparti a pris sa forme décomplexée. Cette cabale s’est terminée par la rupture complète et définitive entre nous et les opportunistes. La nouvelle période de reconstruction du Parti communiste révolutionnaire s’est ouverte avec l’amputation du membre gangrené qu’était la clique opportuniste;
  • La possibilité de voir ces perspectives se développer, voire se répandre, nous obligent à lutter à mort contre elles. C’est un combat pour la défense du communisme que le PCR entend mener, coup après coup, lutte après lutte, tant et aussi longtemps que l’entièreté du pays ne sera pas devenu un territoire hostile aux opportunistes.

La fusion de deux mouvements toxiques

Dans notre lutte face aux opportunistes canadiens, nous avons rencontré une manifestation directe d’une nouvelle forme de révisionnisme historique. La force que la clique d’opportunistes en provenance du SRP a réussi à mettre en branle provient de la fusion de deux mouvements toxiques:

  • D’une part, la clique opportuniste s’est regroupée autour des pires conceptions réformistes et opportunistes ayant été rejetées par le mouvement communiste international, autour de l’économisme, autour de l’intégration à la démocratie bourgeoise et à la discipline qu’elle impose, autour de la confusion stratégique et autour de l’abandon de la lutte pour la conquête du pouvoir.
  • D’autre part, les opportunistes canadien-nes ont fusionné avec les post-modernistes et leurs idées étrangères au marxisme. Cette fusion s’est produite à travers une spécialisation dans les secteurs universitaires qui a mené à l’intégration massive d’éléments petit-bourgeois. Cette fusion a aussi été facilitée par la perméabilité à l’idéologie anti-prolétarienne propre à la superstructure des pays impérialistes où le mode de production capitaliste subit une crise de longue durée. Cette fusion avec un bassin d’universitaires a été opérationnalisée par la mise en place du RSM. L’un des produits les plus toxiques qui en a résulté est le rejet du prolétariat comme sujet révolutionnaire. À ces éléments universitaires, le programme du PCR a été systématiquement présenté comme incomplet et en grande partie erroné. Du même souffle, les opportunistes ont promis à leurs recrues que le programme serait modifié dans le futur pour assurer le recrutement d’un bassin hostile au programme historique du parti.

Ils et elles ont usé de fausses accusations, de mensonges et de manœuvres petite-bourgeoises pour diriger l’attention de cette base universitaire sur des fausses accusations, mais aussi pour focaliser l’ensemble de la confusion des membres universitaires sur une critique à notre endroit, celle de ne pas avoir accepté et compris les idées et les pratiques qu’ils et elles ont mises de l’avant.

Une révision de l’histoire du mouvement communiste

Cette force politique tolérable pour la bourgeoise (et intolérable pour nous!) s’est développée en cherchant à se donner une légitimité au sein des autres forces de gauche dans les pays impérialistes. L’union des deux mouvements toxiques, telle que présentée précédemment, a cherché à se consolider sur la base de sa propre relecture de l’expérience du mouvement communiste international:

  • En trouvant des expériences à répudier pour se mettre en valeur devant d’autre forces de gauche et pour justifier l’intégration de concepts étrangers au marxisme tels que «identité de genre», «système d’oppression», etc.;
  • En revisitant, selon son subjectivisme petit-bourgeois, et avec un fétichisme de droite, des expériences anciennes pour faire valoir le maoïsme au sein des forces de gauche dans les pays impérialistes;
  • En venant systématiquement ternir le léninisme, le rôle dirigeant du parti et l’ensemble de l’époque historique de luttes contre l’économisme et l’opportunisme qui a servi de base matérielle à l’émergence du léninisme;
  • En inventant un maoïsme inexistant qu’elle place en rupture avec l’ensemble du mouvement communiste international, un maoïsme qui viendrait corriger les défauts et les erreurs de la période antérieure en permettant au mouvement communiste de recommencer à neuf; en défendant un copier-coller des pires déviations des social-démocrates, des franges de droite des partis communistes de la 3e Internationale, des points de vue insurrectionnalistes étroits, et des pires pratiques du mouvement ML;
  • En ne maîtrisant aucune question et dimension militaire; en s’embourbant dans des accusations d’aventurisme sans même maitriser l’ABC de l’expérience militaire du prolétariat international; en entretenant de l’opacité sur l’importante distinction entre la propagande armée et la lutte armée.

Les cinq composantes des opportunistes canadiens et du maoïsme révisionniste

Nous reconnaissons au maoïsme-révisionniste, tel que nous le comprenons et le combattons aujourd’hui, cinq grandes composantes:

  1. Le positionnement du maoïsme comme élément de rupture face à l’expérience du mouvement communiste international;
  2. L’élévation à un niveau qualitativement supérieur de l’opportunisme historique dans les pays impérialistes par le rejet du léninisme et du rôle dirigeant du Parti;

  3. Le rejet du prolétariat en tant que sujet révolutionnaire et la soumission complète aux perspectives bourgeoises par l’introduction massive d’éléments dissolutif du marxisme;

  4. Le confinement de la grande majorité du maoïsme dans une version anhistorique de la révolution culturelle et l’importance d’une relecture anti-oppressive et idéologique aux dépens de la lutte des classes pour la transformation des rapports de production;

  5. Le refus de la guerre populaire comme élément totalisant du maoïsme unifiant et prolongeant l’ensemble de l’expérience internationale du prolétariat révolutionnaire.

Un parti, un programme, une stratégie et des organisations qui ne sont pas les nôtres!

  • Un parti où la clique opportuniste en lutte pour la direction du CC sabote volontairement la préparation du congrès en refusant de rencontrer les camarades révolutionnaires pour mieux préparer son offensive au congrès; où les cellules sous sa direction traduisent des textes antipartis secrets au lieu des textes de préparation au congrès; où les magouilles et les attaques anti-prolétariennes dominent!
  • Un parti où l’entièreté du programme est réécrite pour plaire à la fraction universitaire postmoderniste, pour s’assurer de gagner la direction du Parti en sacrifiant les acquis des révolutionnaires et pour s’assurer de la fusion des deux mouvements toxiques!
  • Un parti où la continuation du PAM se trouve dans une version opportuniste de la guerre populaire et où l’ensemble des pratiques opportunistes et réformistes passe inaperçu derrière une adhésion en paroles à la révolution!
  • Un parti où la clique opportuniste a mené une lutte ouverte (particulièrement durant les deux dernières années) contre chaque progrès et chaque gain dans l’avancement stratégique vers le déclenchement de la guerre populaire, et ce, en les dénonçant et les stigmatisant comme de l’aventurisme!
  • Un parti se construisant grâce au retour de la ligne opportuniste des organisations intermédiaires historiquement rejetée par le mouvement ML au Québec!
  • Un parti se construisant principalement sur une conception selon laquelle la ligne de masse équivaut à du travail réformiste sous le couvert de l’appellation «travail de masse» et selon laquelle il ne faut surtout pas brusquer la conscience du prolétariat par autre chose que les pires clichés opportunistes sur les revendications immédiates des masses!
  • Un parti où les seules capacités d’initiatives sont de copier les aléas du mouvement spontané et des autres forces de gauche et de se mettre à la remorque de celles-ci («Fuckthe150», «Opportunism Against Fascism», etc.)!
  • Un parti qui n’est pas le nôtre et qui n’a rien à voir avec le PCR!

Nous sommes les continuateur-es!

  • Que ce soit dans la lutte contre les conceptions petites-bourgeoises que Marx et Engels ont mené pour poser les bases du socialisme scientifique;
  • Que ce soit dans les luttes que Lénine et les bolchéviks ont menées contre les économistes, les opportunistes et les menchéviks;
  • Que ce soit dans la lutte de ligne épique qui a culminé à la faillite de la Deuxième Internationale et à la trahison historique de la social-démocratie et qui fut à l’origine du mouvement communiste tel que nous le connaissons;
  • Que ce soit dans la rupture que Mao et le Parti communiste chinois a opérée avec l’URSS révisionniste, lançant ainsi une véritable vague de militant-es et d’organisations antirévisionnistes à travers le monde;
  • Que ce soit dans la lutte qui a suivi la mort de Mao et la restauration du capitalisme en Chine pour continuer le combat, lutte qui fut à l’origine du Mouvement révolutionnaire internationaliste (MRI) et de la nouvelle vague de guerres populaires;

… il faut reconnaître que le fait d’avoir raison théoriquement et politiquement n’a donné, en pratique, aucun laissez-passer, aucun ticket gratuit, aucun billet de faveur aux communistes révolutionnaires pour prendre leur place et mener leur politique. La seule vérité pour eux fut le devoir de continuer la lutte peu importe les obstacles; l’obligation de continuer peu importe les trahisons, peu importe les défaites, peu importe les embuches. Et l’histoire du mouvement révolutionnaire canadien n’a jamais fait exception à cet impératif, que ce soit:

  • Lorsque nos plus vieux et vieilles camarades membres du PCR ont continué la lutte pour construire le Parti et pour ériger la défense du communisme en en refusant la mise à mort, laquelle avait été annoncée par la trahison historique de la direction du mouvement ML au Québec qui, n’ayant pas les reins suffisamment solides, avait refusé d’avancer vers la révolution en liquidant ses propres organisations;
  • Lorsque les camarades formant la direction historique du PCR ont fondé Action socialiste, première organisation canadienne à reconnaitre le maoïsme comme troisième stade supérieur de la science de la révolution, pour lutter contre la lente mort du communisme au Canada;
  • Lorsque nous avons lutté contre les tendances de droite à l’international qui refusaient l’universalité de la guerre populaire et sa possibilité dans un pays capitaliste avancé;
  • Lorsque notre organisation s’est constituée en PCR(co) pour lutter contre l’attentisme outrancier de la période de reflux et contre le réduction du communisme à une simple option théorique sur le futur;
  • Lorsque notre organisation s’est constituée en Parti en allant à contre-courant de l’ensemble de la gauche dans les pays impérialistes et qu’elle s’est mis à avancer dans une pratique réelle de préparation de la guerre populaire en misant sur la continuité et la persévérance de l’action révolutionnaire;
  • Lorsque notre organisation a rompu avec les opportunistes canadiens et le maoïsme-révisionniste pour défendre l’intégrité du parti, de son programme, de sa stratégie et de ses conceptions.

Nous avons été, nous sommes et nous serons les continuateur-es de cette lutte pour le communisme; de la lutte contre tous les liquidateurs, toutes les trahisons, tous les mensonges et toutes les manœuvres petite-bourgeoises; de la lutte contre toutes les mises à mort, toutes les révisions et toutes les tentatives d’enfermer la révolution.

Nous appelons tous les partis et toutes les organisations maoïstes dans le monde à lutter contre les déviations, les manifestations de l’opportunisme de droite et les positions liquidatrices au sein du mouvement maoïste; à lutter contre toutes les forces embryonnaires, rampantes, ou à l’état d’organisations formées comme celles des opportunistes canadien-nes; à lutter de toute leurs forces contre le révisionnisme et à tenir bien haut le drapeau rouge de la révolution malgré les attaques de ses ennemis frappant de tous les côtés!

En continuité avec toutes les luttes que les communistes ont menées contre les révisionnistes, contre les opportunistes et contre les liquidateurs ayant cherché à saboter le mouvement révolutionnaire et trahir le prolétariat mondial!

En continuité avec le programme du Parti, ses plans et ses perspectives stratégiques pour construire un centre authentiquement prolétarien apte à diriger l’ensemble du peuple canadien dans la guerre populaire contre la bourgeoisie et l’État bourgeois canadien!

Pour la défense du communisme, du Parti, du maoïsme et de la guerre populaire,

Organisons la lutte à mort contre le révisionnisme et l’opportunisme!

Reconstruisons le Parti communiste révolutionnaire libéré du révisionnisme!

Nous sommes les continuateur-es!

Source: http://www.pcr-rcp.ca/fr/4529

 

La maladie infantile du communisme, le «gauchisme» : Extraits

Il nous est apparu que, parmi l’avant-garde révolutionnaire elle-même, et à notre grand désarroi, les militantEs souffraient de l’ignorance non seulement de la théorie marxiste-léniniste dans son ensemble, mais de ces principes élémentaires les plus fondamentaux. C’est pourquoi nous publions aujourd’hui quelques extraits de la célèbre brochure «La maladie infantile du communisme, le gauchisme» qui sauront, nous l’espérons, donner une impulsion « révolutionnaire » à nos militantEs, surtout que nous sommes à la veille de Célébrer le Centenaire de la Grande Révolution Bolchevique d’Octobre de 1917.

« Marx disait que notre théorie n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action. »

 

 

«La loi fondamentale de la révolution, confirmée par toutes les révolutions et notamment par les trois révolutions russes du xxe siècle, la voici : pour que la révolution ait lieu, il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l’impossibilité de vivre comme autrefois et réclament des changements. Pour que la révolution ait lieu, il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner comme autrefois. C’est seulement lorsque « ceux d’en bas » ne veulent plus et que « ceux d’en haut » ne peuvent plus continuer de vivre à l’ancienne manière, c’est alors seulement que la révolution peut triompher. Cette vérité s’exprime autrement en ces termes : la révolution est impossible sans une crise nationale (affectant exploités et exploiteurs). Ainsi donc, pour qu’une révolution ait lieu, il faut : premièrement, obtenir que la majorité des ouvriers (ou, en tout cas, la majorité des ouvriers conscients, réfléchis, politiquement actifs) ait compris parfaitement la nécessité de la révolution et soit prête à mourir pour elle ; il faut ensuite que les classes dirigeantes traversent une crise gouvernementale qui entraîne dans la vie politique jusqu’aux masses les plus retardataires (l’indice de toute révolution véritable est une rapide élévation au décuple, ou même au centuple, du nombre des hommes aptes à la lutte politique, parmi la masse laborieuse et opprimée, jusque-là apathique), qui affaiblit le gouvernement et rend possible pour les révolutionnaires son prompt renversement.

Le capitalisme ne serait pas le capitalisme si le prolétariat « pur » n’était entouré d’une foule extrêmement bigarrée de types sociaux marquant la transition du prolétaire au semi-prolétaire (à celui qui ne tire qu’à moitié ses moyens d’existence de la vente de sa force de travail), du semi-prolétaire au petit paysan (et au petit artisan dans la ville ou à la campagne, au petit exploitant en général) ; du petit paysan au paysan moyen, etc. ; si le prolétariat lui-même ne comportait pas de divisions en catégories plus ou moins développées, groupes d’originaires, professionnels, parfois religieux, etc. D’où la nécessité, la nécessité absolue pour l’avant-garde du prolétariat, pour sa partie consciente, pour le Parti communiste, de louvoyer, de réaliser des ententes, des compromis avec les divers groupes de prolétaires, les divers partis d’ouvriers et de petits exploitants. Le tout est de savoir appliquer cette tactique de manière à élever, et non à abaisser le niveau de conscience général du prolétariat, son esprit révolutionnaire, sa capacité de lutter et de vaincre.»

 

 

«Faire la guerre pour le renversement de la bourgeoisie internationale, guerre cent fois plus difficile, plus longue, plus compliquée que la plus acharnée des guerres ordinaires entre États, et renoncer d’avance à louvoyer, à exploiter les oppositions d’intérêts (fussent-elles momentanées) qui divisent nos ennemis, à passer des accords et des compromis avec des alliés éventuels (fussent-ils temporaires, peu sûrs, chancelants, conditionnels) ; n’est-ce pas d’un ridicule achevé ? N’est-ce pas quelque chose comme de renoncer d’avance, dans l’ascension difficile d’une montagne inexplorée et inaccessible jusqu’à ce jour, à marcher parfois en zigzags, à revenir parfois sur ses pas, à renoncer à la direction une fois choisie pour essayer des directions différentes ? Et des gens manquant à ce point de conscience et d’expérience (encore si leur jeunesse en était la cause : les jeunes ne sont-ils pas faits pour débiter un certain temps des bêtises pareilles !) ont pu être soutenus – de près ou de loin, de façon franche ou déguisée, entièrement ou en partie, il n’importe ! – par certains membres du Parti communiste hollandais !

Après la première révolution socialiste du prolétariat, après le renversement de la bourgeoisie dans un pays, le prolétariat de ce pays reste encore longtemps plus faible que la bourgeoisie, d’abord simplement à cause des relations internationales étendues de cette dernière, puis à cause du renouvellement spontané et continu, de la régénération du capitalisme et de la bourgeoisie par les petits producteurs de marchandises dans le pays qui a renversé sa bourgeoisie. On ne peut triompher d’un adversaire plus puissant qu’au prix d’une extrême tension des forces et à la condition expresse d’utiliser de la façon la plus minutieuse, la plus attentive, la plus circonspecte, la plus intelligente, la moindre « fissure » entre les ennemis, les moindres oppositions d’intérêts entre les bourgeoisies des différents pays, entre les différents groupes ou catégories de la bourgeoisie à l’intérieur de chaque pays, aussi bien que la moindre possibilité de s’assurer un allié numériquement fort, fut-il un allié temporaire, chancelant, conditionnel, peu solide et peu sûr. Qui n’a pas compris cette vérité n’a compris goutte au marxisme, ni en général au socialisme scientifique contemporain. Qui n’a pas prouvé pratiquement, pendant un laps de temps assez long et en des situations politiques assez variées, qu’il sait appliquer cette vérité dans les faits, n’a pas encore appris à aider la classe révolutionnaire dans sa lutte pour affranchir des exploiteurs toute l’humanité laborieuse. Et ce qui vient d’être dit est aussi vrai pour la période qui précède et qui suit la conquête du pouvoir politique par le prolétariat.

Notre théorie n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action, ont dit Marx et Engels et la plus grave erreur, le crime le plus grave de marxistes aussi « patentés » que Karl Kautsky, Bauer et autres, c’est qu’ils n’ont pas compris, c’est qu’ils n’ont pas su appliquer cette vérité aux heures les plus décisives de la révolution prolétarienne. « L’action politique, ce n’est pas un trottoir de la perspective Nevski » (un trottoir net, large et uni de l’artère principale, absolument rectiligne, de Pétersbourg), disait déjà N. Tchernychevski, le grand socialiste russe de la période d’avant Marx.»

 

 

«Il se présente évidemment des cas isolés, exceptionnellement difficiles et complexes, où les plus grands efforts sont nécessaires pour bien déterminer le caractère véritable de tel ou tel « compromis », – de même qu’il est très difficile de décider, dans certains cas, si le meurtre était absolument légitime et même indispensable (par exemple, en cas de légitime défense), ou s’il est le résultat d’une négligence impardonnable, voire d’un plan perfide, habilement mis à exécution. Il va de soi qu’en politique, où il s’agit parfois de rapports extrêmement complexes – nationaux et internationaux – entre les classes et les partis, de nombreux cas se présenteront, infiniment plus difficiles que la question de savoir si un « compromis » conclu à l’occasion d’une grève est légitime, ou s’il est le fait d’un chef traître, d’un briseur de grève, etc. Vouloir trouver une recette, ou une règle générale (« Jamais de compromis » !) bonne pour tous les cas, est absurde. Il faut être assez compréhensif pour savoir se retrouver dans chaque cas particulier. La raison d’être de l’organisation du parti et des chefs dignes de ce nom c’est, entre autres choses, qu’ils doivent par un travail de longue haleine, opiniâtre, multiple et varié de tous les représentants conscients de la classe en question ,  acquérir les connaissances nécessaires, l’expérience nécessaire et, de plus, le flair politique nécessaire à la solution juste et prompte de questions politiques complexes.

Les gens naïfs et totalement dépourvus d’expérience s’imaginent qu’il suffit d’admettre les compromis en général pour que toute limite soit effacée entre l’opportunisme, contre lequel nous soutenons et devons soutenir une lutte intransigeante, et le marxisme révolutionnaire ou le communisme. Ces gens-là, s’ils ne savent pas encore que toutes les limites dans la nature et dans la société sont mobiles et jusqu’à un certain point conventionnelles, on ne peut leur venir en aide que moyennant une longue étude, instruction, éducation, expérience de la vie et des choses politiques. Il faut savoir discerner, dans les questions de politique pratique qui se posent à chaque moment particulier ou spécifique de l’histoire, celles où se manifestent les compromis les plus inadmissibles, les compromis de trahison, incarnant l’opportunisme funeste à la classe révolutionnaire, et consacrer tous les efforts pour les révéler et les combattre. Pendant la guerre impérialiste de 1914-1918 où s’affrontaient deux groupes de pays également pillards et rapaces, la forme principale, essentielle de l’opportunisme fut le social-chauvinisme, c’est-à-dire le soutien de la « défense nationale » qui, dans cette guerre, signifiait en réalité la défense des intérêts spoliateurs de « sa » bourgeoisie nationale. Après la guerre : la défense de la spoliatrice « Société des Nations » ; la défense des coalitions directes ou indirectes avec la bourgeoisie de son pays contre le prolétariat révolutionnaire et le mouvement « soviétique » ; la défense de la démocratie bourgeoise et du parlementarisme bourgeois contre le « pouvoir des Soviets », – telles ont été les principales manifestations de ces inadmissibles compromis de trahison qui ont toujours abouti, en fin de compte, à un opportunisme funeste au prolétariat révolutionnaire et à la cause.

 

L’avant-garde prolétarienne est conquise idéologiquement. C’est le principal. Autrement, faire même un premier pas vers la victoire serait impossible. Mais de là à la victoire, il y a encore assez loin. On ne peut vaincre avec l’avant-garde seule. Jeter l’avant-garde seule dans la bataille décisive, tant que la classe tout entière, tant que les grandes masses n’ont pas pris soit une attitude d’appui direct à l’avant-garde, soit tout au moins de neutralité bienveillante, qui les rende complètement incapables de soutenir son adversaire, ce serait une sottise, et même un crime. Or, pour que vraiment la classe tout entière, pour que vraiment les grandes masses de travailleurs et d’opprimés du Capital en arrivent à une telle position, la propagande seule, l’agitation seule ne suffisent pas. Pour cela, il faut que ces masses fassent leur propre expérience politique. Telle est la loi fondamentale de toutes les grandes révolutions, loi confirmée maintenant avec une force et un relief frappants, non seulement par la Russie, mais aussi par l’Allemagne. Ce ne sont pas seulement les masses ignorantes, souvent illettrées, de Russie, ce sont aussi les masses d’Allemagne, hautement cultivées, sans un seul analphabète, qui ont dû éprouver à leurs dépens toute la faiblesse, toute la veulerie, toute l’impuissance, toute la servilité devant la bourgeoisie, toute la lâcheté du gouvernement des paladins de la IIe Internationale, le caractère inévitable de la dictature des ultra-réactionnaires (Kornilov en Russie, Kapp et consorts en Allemagne), seule alternative en face de la dictature du prolétariat, pour se tourner résolument vers le communisme.»

«L’objectif immédiat de l’avant-garde consciente du mouvement ouvrier international, c’est-à-dire des partis, groupes et tendances communistes, c’est de savoir amener les larges masses (encore somnolentes, apathiques, routinières, inertes, engourdies, dans la plupart des cas) à cette position nouvelle ou plutôt de savoir conduire non seulement son parti, mais aussi les masses en train d’arriver, de passer à cette nouvelle position. Si le premier objectif historique (attirer l’avant-garde consciente du prolétariat aux côtés du pouvoir des Soviets et de la dictature de la classe ouvrière) ne pouvait être atteint sans une victoire complète, idéologique et politique, sur l’opportunisme et le social-chauvinisme, le second objectif qui devient d’actualité et qui consiste à savoir amener les masses à cette position nouvelle, propre à assurer la victoire de l’avant-garde dans la révolution, cet objectif actuel ne peut être atteint sans liquidation du doctrinarisme de gauche, sans réfutation décisive et élimination complète de ses erreurs.

Tant qu’il s’agissait (et dans la mesure où il s’agit encore) de rallier au communisme l’avant-garde du prolétariat, la propagande s’est située au premier plan ; même les petits cercles de propagande sont utiles et féconds en dépit des défauts qui leur sont inhérents. Mais quand il s’agit de l’action pratique des masses, de la distribution – s’il m’est permis de m’exprimer ainsi – d’armées fortes de millions d’hommes, de la répartition de toutes les forces de classe d’une société donnée en vue du combat final et décisif, on ne fera rien avec les seules méthodes de propagande, avec la seule répétition des vérités du communisme « pur ». Il ne faut pas compter ici par milliers, comme le fait en somme le propagandiste, membre d’un groupe restreint et qui n’a pas encore dirigé les masses ; il faut compter ici par millions et par dizaines de millions. Il ne suffit pas de se demander si l’on a convaincu l’avant-garde de la classe révolutionnaire ; il faut encore savoir si les forces historiquement agissantes de toutes les classes, absolument de toutes les classes sans exception, d’une société donnée, sont disposées de façon que la bataille décisive soit parfaitement à point, – de façon :

 

  1. que toutes les forces de classe qui nous sont hostiles soient suffisamment en difficulté, se soient suffisamment entre-déchirées, soient suffisamment affaiblies par une lutte au-dessus de leurs moyens ;
  2. que tous les éléments intermédiaires, hésitants, chancelants, inconstants – la petite bourgeoisie, la démocratie petite-bourgeoise par opposition à la bourgeoisie – se soient suffisamment démasqués aux yeux du peuple, suffisamment déshonorés par leur faillite pratique ; qu’au sein du prolétariat un puissant mouvement d’opinion se fasse jour en faveur de l’action la plus décisive, la plus résolument hardie et révolutionnaire contre la bourgeoisie.

    C’est alors que la révolution est mûre ; c’est alors que, si nous avons bien tenu compte de toutes les conditions indiquées, sommairement esquissées plus haut, et si nous avons bien choisi le moment, notre victoire est assurée.»

«Mais le camarade Bordiga et ses amis « gauches » tirent de leur juste critique de MM. Turati et Cie cette conclusion fausse qu’en principe toute participation au parlement est nuisible. Les « gauches » italiens ne peuvent apporter l’ombre d’un argument sérieux en faveur de cette thèse. Ils ignorent simplement (ou s’efforcent d’oublier) les exemples internationaux d’utilisation réellement révolutionnaire et communiste des parlements bourgeois, utilisation incontestablement utile à la préparation de la révolution prolétarienne. Simplement incapables de se représenter cette utilisation « nouvelle », ils clament en se répétant sans fin, contre l’utilisation « ancienne », non bolchevique, du parlementarisme.

Là est justement leur erreur foncière. Ce n’est pas seulement dans le domaine parlementaire, c’est dans tous les domaines d’activité que le communisme doit apporter (et il en sera incapable sans un travail long, persévérant, opiniâtre) un principe nouveau, qui romprait à fond avec les traditions de la IIe Internationale (tout en conservant et développant ce que cette dernière a donné de bon).

Considérons par exemple le journalisme. Les journaux, les brochures, les tracts remplissent une fonction indispensable de propagande, d’agitation et d’organisation. Dans un pays tant soit peu civilisé, aucun mouvement de masse ne saurait se passer d’un appareil journalistique. Et toutes les clameurs soulevées contre les « chefs », toutes les promesses solennelles de préserver la pureté des masses de l’influence des chefs, ne nous dispenseront pas d’employer pour ce travail des hommes issus des milieux intellectuels bourgeois, ne nous dispenseront pas de l’atmosphère, de l’ambiance « propriétaire », démocratique bourgeoise, où ce travail s’accomplit en régime capitaliste. Même deux années et demie après le renversement de la bourgeoisie, après la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, nous voyons autour de nous cette atmosphère, cette ambiance des rapports propriétaires, démocratiques bourgeois des masses (paysans, artisans).

Le parlementarisme est une forme d’action, le journalisme en est une autre. Le contenu dans les deux cas peut être communiste et doit l’être si, dans l’un comme dans l’autre domaine, les militants sont réellement communistes, réellement membres du parti prolétarien de masse. Mais dans l’une et dans l’autre sphère – et dans n’importe quelle sphère d’action, en régime capitaliste et en période de transition du capitalisme au socialisme – il est impossible d’éluder les difficultés, les tâches particulières que le prolétariat doit surmonter et réaliser pour utiliser à ses fins les hommes issus d’un milieu bourgeois, pour triompher des préjugés et des influences des intellectuels bourgeois, pour affaiblir la résistance du milieu petit-bourgeois (et puis ensuite le transformer complètement).

N’avons-nous pas vu dans tous les pays, avant la guerre de 1914-1918, d’innombrables exemples d’anarchistes, de syndicalistes et d’autres hommes d’extrême-« gauche », qui foudroyaient le parlementarisme, tournaient en dérision les socialistes parlementaires platement embourgeoisés, flétrissaient leur arrivisme, etc., etc., – et qui eux-mêmes, par le journalisme, par l’action menée dans les syndicats, fournissaient une carrière bourgeoise parfaitement identique? Les exemples des sieurs Jouhaux et Merrheim, pour ne citer que la France, ne sont-ils pas typiques à cet égard ?

« Répudier » la participation au parlementarisme a ceci de puéril que l’on s’imagine, au moyen de ce procédé « simple », « facile » et prétendument révolutionnaire, « résoudre » le difficile problème de la lutte contre les influences démocratiques bourgeoises à l’intérieur du mouvement ouvrier, alors qu’en réalité on ne fait que fuir son ombre, fermer les yeux sur la difficulté, l’éluder avec des mots. L’arrivisme le plus cynique, l’utilisation bourgeoise des sinécures parlementaires, la déformation réformiste criante de l’action parlementaire, la plate routine petite-bourgeoise, nul doute que ce ne soient là les traits caractéristiques habituels et dominants que le capitalisme engendre partout, en dehors comme au sein du mouvement ouvrier. Mais ce même capitalisme et l’atmosphère bourgeoise qu’il crée (laquelle est très lente à disparaître, même la bourgeoisie une fois renversée, puisque la paysannerie donne constamment naissance à la bourgeoisie), enfantent dans tous les domaines du travail et de la vie sans exception, un arrivisme bourgeois, un chauvinisme national, de la platitude petite-bourgeoise, etc., qui sont au fond exactement les mêmes et ne se distinguent que par d’insignifiantes variations de forme.

Vous vous imaginez vous-mêmes « terriblement révolutionnaires », chers boycottistes et antiparlementaires, mais en fait vous avez pris peur devant les difficultés, relativement peu importantes, de la lutte contre les influences bourgeoises dans le mouvement ouvrier, alors que votre victoire, c’est-à-dire le renversement de la bourgeoisie et la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, suscitera ces mêmes difficultés dans une proportion encore plus grande, infiniment plus grande. Tels des enfants, vous avez pris peur devant la petite difficulté qui se présente à vous, aujourd’hui, sans comprendre que, demain et après-demain, vous aurez à parfaire votre éducation, à apprendre à triompher de ces mêmes difficultés, en des proportions infiniment plus vastes.

Sous le pouvoir des Soviets, il s’insinuera dans votre parti et dans le nôtre, le parti du prolétariat, un nombre encore plus grand d’intellectuels bourgeois. Ils s’insinueront dans les Soviets et dans les tribunaux, et dans les administrations, car on ne peut bâtir le communisme qu’avec le matériel humain créé par le capitalisme ; il n’en existe pas d’autre. On ne peut ni bannir, ni détruire les intellectuels bourgeois, il faut les vaincre, les transformer, les refondre, les rééduquer, comme du reste il faut rééduquer au prix d’une lutte de longue haleine, sur la base de la dictature du prolétariat, les prolétaires eux-mêmes qui, eux non plus, ne se débarrassent pas de leurs préjugés petits-bourgeois subitement, par miracle, sur l’injonction de la Sainte Vierge, sur l’injonction d’un mot d’ordre, d’une résolution, d’un décret, mais seulement au prix d’une lutte de masse, longue et difficile, contre les influences des masses petites-bourgeoises. Sous le pouvoir des Soviets, ces mêmes problèmes qu’aujourd’hui l’antiparlementaire rejette loin de lui d’un seul geste de la main, si orgueilleusement, avec tant de hauteur, d’étourderie, de puérilité, renaissent au sein des Soviets, au sein des administrations soviétiques, parmi les « défenseurs » soviétiques : nous avons supprimé en Russie, et nous avons bien fait de supprimer le barreau bourgeois, mais il renaît chez nous sous le manteau des « défenseurs soviétiques » . Parmi les ingénieurs soviétiques, parmi les instituteurs soviétiques, parmi les ouvriers privilégiés, c’est-à-dire les plus qualifiés, et placés dans les meilleures conditions dans les usines soviétiques, nous voyons continuellement renaître tous, absolument tous les traits négatifs propres au parlementarisme bourgeois ; et ce n’est que par une lutte répétée, inlassable, longue et opiniâtre de l’esprit d’organisation et de discipline du prolétariat que nous triomphons – peu à peu – de ce mal.

Il est évidemment très « difficile » de vaincre, sous la domination de la bourgeoisie, les habitudes bourgeoises dans notre propre parti, c’est-à-dire dans le parti ouvrier : il est « difficile » de chasser du parti les chefs parlementaires de toujours, irrémédiablement corrompus par les préjugés bourgeois ; il est « difficile » de soumettre à la discipline prolétarienne un nombre strictement nécessaire (même très limité) d’hommes venus de la bourgeoisie ; il est « difficile » de créer dans le parlement bourgeois une fraction communiste parfaitement digne de la classe ouvrière ; il est « difficile » d’obtenir que les parlementaires communistes ne se laissent pas prendre aux hochets du parlementarisme bourgeois, mais s’emploient à un travail substantiel de propagande, d’agitation et d’organisation des masses. Tout cela est « difficile », c’est certain. Ç’a été difficile en Russie, et c’est infiniment plus difficile encore en Europe occidentale et en Amérique, où la bourgeoisie est beaucoup plus forte, plus fortes les traditions démocratiques bourgeoises et ainsi de suite.

Mais toutes ces « difficultés » ne sont vraiment qu’un jeu d’enfant à côté des problèmes, absolument de même nature, que le prolétariat aura à résoudre nécessairement pour assurer sa victoire, et pendant la révolution prolétarienne et après la prise du pouvoir par le prolétariat. A côté de ces tâches vraiment immenses, alors qu’il s’agira, sous la dictature du prolétariat, de rééduquer des millions de paysans, de petits patrons, des centaines de milliers d’employés, de fonctionnaires, d’intellectuels bourgeois, de les subordonner tous à l’État prolétarien et à la direction prolétarienne, de triompher de leurs habitudes et traditions bourgeoises, – à côté de ces tâches immenses, constituer sous la domination bourgeoise, au sein d’un parlement bourgeois, une fraction réellement communiste d’un véritable parti prolétarien, n’est plus qu’un jeu d’enfant.

Si les camarades « gauches » et les antiparlementaires n’apprennent pas dès maintenant à vaincre une aussi mince difficulté, on peut dire à coup sûr qu’ils se trouveront dans l’impossibilité de réaliser la dictature du prolétariat, de se subordonner et de transformer sur une grande échelle les intellectuels bourgeois et les institutions bourgeoises ; ou bien qu’ils seront obligés de compléter hâtivement leur instruction, et cette hâte portera un immense préjudice à la cause du prolétariat, leur fera commettre des erreurs plus qu’à l’ordinaire, tes rendra plus faibles et malhabiles au-dessus de la moyenne, etc., etc.

Tant que la bourgeoisie n’est pas renversée et, ensuite, tant que n’ont pas disparu totalement la petite exploitation et la petite production marchande, l’atmosphère bourgeoise, les habitudes propriétaires, les traditions petites-bourgeoises nuiront au travail du prolétariat tant au-dehors qu’au-dedans du mouvement ouvrier, non point dans une seule branche d’activité, l’activité parlementaire, mais nécessairement dans tous les domaines possibles de la vie sociale, dans toutes les activités culturelles et politiques sans exception. Et l’erreur la plus grave, dont nous aurons nécessairement à expier les conséquences, c’est de vouloir se dérober, tourner le dos à telle tâche « fâcheuse » ou difficulté dans un domaine quelconque. Il faut apprendre à s’assimiler tous les domaines, sans exception, du travail et de l’action, vaincre toujours et partout toutes les difficultés, toutes les habitudes, traditions et routines bourgeoises. Poser la question autrement est chose simplement peu sérieuse et puérile.»

 

Source: http://classiques.uqac.ca/classiques/lenine/maladie_infantile_du_communisme/maladie_infantile.html

 

Dix clefs pour comprendre et analyser la victoire du chavisme à la Constituante

En Occident il y a bien longtemps que la gauche n‘ose plus parler de démocratiser la propriété des médias. Les grands groupes privés imposent leur image du monde au service public et… balisent l’imaginaire de la gauche. Comme le Venezuela construit une démocratie participative et bat les records en nombre d’élections, les grands médias personnalisent le processus : «Chavez ceci», «Maduro cela», «populiste», «dictateur», «iranien». Ceci est le journal d’une révolution, aux antipodes de l’AFP ou de Reuters.

par Victor Hugo Majano

Le processus électoral qu’a vécu dimanche le Venezuela et les résultats quantitatifs du vote pour la constituante (plus de huit millions de suffrages exprimés) montrent clairement un triomphe du chavisme, avec une corrélation très forte sur les plans politique et symbolique.

La « bataille finale » ne s’est pas jouée comme le disent les boucliers des extrémistes de droite « autour du palais présidentiel de Miraflores » : elle ne s’est pas faite avec des balles mais avec des votes et n’en a que plus de force. Le chavisme dispose à présent d’une grande légitimité et de la base légale pour aller de l’avant et sans hésitations vers une transformation profonde dans le cadre constitutionnel pour assurer la paix, renforcer les institutions et rétablir l’équilibre de l’économie.

Une analyse préliminaire permet d’identifier un ensemble de points-clés:
1) On voit que l’opposition associée à la MUD (coordination des partis de droite) n’est pas majoritaire.

2) Elle n’exprime pas plus les attentes et les besoins de la majorité ou des principaux secteurs du pays. Pas même des secteurs dominants.

3) Elle ne sert pas les intérêts nationaux, mais des facteurs externes bien identifiés, qui ne tentent même pas de nuancer leurs positions ou de les dissimuler.

4) La droite a démontré un caractère violent et son irresponsabilité dans l’usage de la violence. Les dirigeants actuels sont encore ceux du coup d’État contre Chavez ou des « guarimbas » des années antérieures. Ils n’ont jamais condamné mais au contraire encouragé les actions meurtrières de 2017, appelant même à plusieurs reprises à un nouveau coup d’État des forces armées, sans autre projet politique que celui de renverse Maduro, comme ils voulaient renverser Chavez.

5) Pendant ce temps, le chavisme a montré qu’il est le seul mouvement politique actuellement porteur d’une vision, d’un projet national d’inclusion, qui intègre les principaux facteurs sociaux, institutionnels, économiques et politiques du pays et parmi lesquels ne sont pas exclus organiquement les facteurs liés à l’opposition regroupée dans le MUD.

6) La droite, en réponse, passera à la postérité pour sa conduite erratique, qui s’est transformée en menace pour l’indépendance, la paix, la stabilité institutionnelle et l’équilibre économique du Venezuela. Le bloc d’opposition n’a pas su surmonter son obsession de reprendre le pouvoir « par tous les moyens ». Au lieu d’élaborer une proposition politique d’envergue, elle s’est engluée dans une dynamique absolument destructrice.

7) L’origine et le développement des conflits qui vont s’aiguisant depuis 2012 sont d’ordre économique, déterminés par l’accès et la redistribution des revenus pétroliers. Par conséquent, le Venezuela ne peut éluder plus longtemps le débat sur le dépassement du modèle rentisme pétrolier, ainsi que sur tous les éléments symboliques dérivés. Ce qui veut dire profiter de l’avantage de pouvoir prendre des décisions radicales à travers une Constituante pour démanteler les structures productives hautement dépendantes du secteur extérieur.

8) Les conditions imposées par la violence de la rue et les menaces de la droite contre le vote ont forcé le chavisme à faire preuve d’un plus grand engagement. Paradoxalement ces conditions peuvent avoir fonctionné comme encouragement à la participation. Cela s’est produit en 2002-2003 lors de la réaction populaire au coup d’État contre Chavez ou après le sabotage pétrolier en 2004, avant le référendum révocatoire, entre autres dates. Aujourd’hui, le chavisme mécontent et certains des ni-ni (si tant est qu’existe cette catégorie), qui s’étaient abstenus lors de la victoire de la droite aux législatives de décembre 2015, sont allés voter. Alors que ce que pouvait espérer de mieux la droite, était leur indifférence.

9) Le chavisme devient le principal articulateur et promoteur du dialogue politique, mais cela l’oblige à être plus inclusif (en parlant des militants) et plus large thématiquement, tout en s’impliquant davantage dans l’aspect concret de chaque facteur social .

10) Une grande partie des obligations du chavisme implique la construction d’une cosmogonie et d’une téléologie du peuple vénézuélien qui puissent incarner une alternative aux valeurs culturelles du capital. Ce qui inclut des aspects liés à la culture populaire (dont la religiosité).

Source : http://www.albatv.org/En-claves-Que-significa-la.html
Traduction : Thierry Deronne

 

Autre source: https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/07/31/dix-clefs-pour-comprendre-et-analyser-la-victoire-du-chavisme-a-la-constituante/