Sur la situation en Catalogne

 

Que se passe-t-il en Catalogne ? Cette nation présente sur plusieurs territoires de culture catalane (Valence, Baléares, Andorre,…), située principalement dans l’Etat espagnol, et en partie dans l’Etat français, a une situation politique qui évolue rapidement : une crise politique sans précédent s’est déclarée. Le gouvernement de la Generalitat (l’organisation politique détenant les pouvoirs exécutifs et législatifs régionaux de cette « communauté autonome », intégré il y a plusieurs siècles dans l’Etat espagnol) a promis depuis 2015 d’avancer vers la voie de l’indépendance. Pour cela, la Generalitat a convoqué un référendum pour le 1er octobre 2017.

Le gouvernement espagnol conservateur de Mariano Rajoy (dirigeant du Partido Popular, représentant la droite issue du franquisme) semble prêt à utiliser tous les moyens à sa disposition pour empêcher la tenue du référendum, que la Cour constitutionnelle a jugé illégal. Il faut rappeler que la police a quand même mené des perquisitions au siège du gouvernement régional catalan et a saisi les 19 et 20 septembre près de 10 millions de bulletins de vote, que 14 hauts responsables du gouvernement régional ont été arrêtés et le 21 septembre, que la justice a cité à comparaître plus de 700 maires catalans, que des entreprises privées ayant contribué à la propagande indépendantiste ont été perquisitionnées, que la Cour constitutionnelle a annoncé infliger des amendes de 6000 à 12 000€ tous les jours à 24 organisateurs du référendum jusqu’à ce qu’ils se plient aux résolutions de la « Justice ». 60 sites faisant la promotion du référendum ont été fermés, la campagne électorale est illégale et donc le collage d’affiches pour l’indépendance se fait dans l’illégalité, et Madrid a mis sous tutelle les finances de la région pour empêcher les financement illégaux.

La constitution considère en effet que l’Espagne est une et indivisible : malgré l’existence de différentes nations en son sein (Catalogne, Pays Basque, mais également Asturies, Galice, Andalousie…), l’héritage de l’empire et du franquisme reste profondément marqué dans l’organisation de l’Etat. La bourgeoisie continue de célébrer le « jour de l’hispanité », et le principal parti de droite, le PP, est l’héritier directe de la bureaucratie franquiste. Mais dans les faits, la bourgeoisie espagnole est une classe écartelée entre son caractère impérialiste et la réalité d’une centralisation incomplète. Si le pays s’est construit sur l’or provenu de la colonisation de l’Amérique latine, il a connu un important retard industriel par la suite. De plus l’Espagne n’a pas achevé son processus de centralisation comme l’a fait la France, qui a écrasé ses minorités nationales bien plus efficacement avec la diffusion d’une idéologie républicaine jacobine. Seuls quelques régions du nord de l’Espagne ont véritablement connu la révolution industrielle au XIXème siècle comme le Pays Basque (Euskal Herria), la Catalogne (Catalunya), ou encore la Galice.

Ces contradictions ont engendré une grande misère dans les campagnes, des inégalités économiques criantes, des revendications nationales centrifuges, et une instabilité politique profonde. La bourgeoisie dans sa majorité est très liée à l’église catholique, elle méprise ouvertement le peuple et ne cherche pas de vernis progressiste. Face à cela, le mouvement ouvrier s’est développé principalement sur une base anarcho-syndicaliste et anarchiste. Les contradictions de la société espagnole ont notamment été à l’origine du soulèvement réactionnaire puis de la guerre civile de 1936-1939, qui ont aussi vu l’intervention des puissances fascistes, du Mexique et de l’URSS. Basques et Catalans se sont mobilisés aux côtés de la troisième république, espérant obtenir l’indépendance nationale, ou au moins un statut et des libertés publiques.

La défaite de la République a fait taire temporairement les aspirations nationales. Le mouvement anarcho-syndicaliste et anarchiste a été balayé, les communistes ont été plongés dans la clandestinité, et la bourgeoisie a durement écrasé le prolétariat. La transition démocratique entamée après la mort de Franco en 1975 n’a fait que repeindre la façade du vieil état autoritaire et nationaliste : malgré la forme parlementaire de l’état, l’Espagne a un ensemble de lois parmi les plus répressives d’Europe. La torture des militantes et militants révolutionnaires et indépendantistes est courante, et il n’est toujours pas possible de critiquer ouvertement la monarchie.

Mais revenons à la situation actuelle. Qui mène le mouvement indépendantiste en Catalogne ? La direction du mouvement est clairement dans les mains de la bourgeoisie catalane. En termes de classes, une partie du prolétariat, de la bourgeoisie, et la majorité de la petite-bourgeoisie sont de culture catalane. Au contraire « les très riches et les très pauvres sont espagnols » : la grande bourgeoisie, tout comme les prolétaires les plus précaires venus tenter leur chance à Barcelone et dans les zones industrielles, sont plus proches de la culture espagnole.

La dernière Diada, la fête nationale transformée en manifestation pour l’indépendance, a réuni un million de personnes. Depuis une décennie, le développement économique rapide de la Catalogne pousse la petite et la moyenne bourgeoisie catalane à appuyer ouvertement le mouvement indépendantiste. Pour simplifier, disons cela ainsi : pour les bourgeois, il est plus avantageux de garder l’intégralité des impôts au niveau de la Catalogne que de les reverser à Madrid. La Catalogne représente tout de même 20% du PIB de l’Espagne, 30% de ses exportations et 50% de l’activité à forte valeur ajoutée ! Il y a une idée réactionnaire comme quoi « les Catalans » n’ont pas à se sacrifier pour le reste de la population en Espagne. Le mouvement catalan est-il cependant à rejeter dans son ensemble ? Non. Il s’agit d’une lutte nationale portant une caractéristique progressiste (l’indépendance vis-à-vis d’un Etat impérialiste). Mais cette lutte n’est pas révolutionnaire. L’oppression nationale vise le peuple, mais aussi la nation tout entière.

Pour les révolutionnaires de l’Etat français, la situation doit être suivie de prêt. Elle est potentiellement explosive en Espagne, et pourrait avoir des conséquences très importantes au niveau européen, entraînant un effet domino au Pays Basque et ailleurs, par exemple en Ecosse et en Irlande du Nord. Il est clair que Madrid n’envisageait pas que la situation s’envenime à ce point. Pour les conservateurs, il s’agissait d’un simple marchandage économique avec la bourgeoisie catalane, qui faisait son spectacle pour peser dans la balance et mobiliser sa base électorale.

Mais les bourgeois espagnols, qu’ils soient conservateurs ou socialistes, ont négligé un facteur : poussée par sa base, déçue des reculs subis par la Generalitat face aux conservateurs, la bourgeoisie catalane est allée plus loin que prévu. Elle peut encore renoncer au projet indépendantiste et s’en tirer à bon compte, en faisant ce que les politiciens bourgeois savent faire le mieux, c’est à dire en jouant la comédie. Ils peuvent prétexter que les menaces (un général espagnol avait laissé entendre qu’il défendrait l’ordre constitutionnel « par tous les moyens ») et la répression les empêchent de tenir le référendum, notamment la saisie des bulletins et des convocations, la fermeture des sites internet, les procès et la mise sous tutelle des finances de la Generalitat.
Mais Madrid joue un jeu très dangereux. La désobéissance civile est massive en Catalogne, il y a eu de grandes manifestations d’étudiants ces derniers jours, de nombreuses écoles sont occupées et des syndicats ont déposé un préavis de grève générale à compter du 1er octobre au cas où le référendum serait empêché. Si les forces de police locales, les Mossos, obéissent encore à Madrid, l’administration désobéit ouvertement. Les perquisitions de bâtiments publics ont choqué l’opinion. Et les procès des dirigeants catalans peut pousser les masses à tenter le tout pour le tout. Nous voici donc face à une situation de quitte ou double : ou bien le gouvernement écrase temporairement le mouvement indépendantiste, ou bien il le radicalise, et perd ses moyens face à la pression populaire.

Quoi qu’il en soit, les prochaines semaines seront déterminantes. Notre Parti se positionne donc ainsi :

Nous reconnaissons la définition d’une nation comme une communauté humaine, stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et formation psychique qui se traduit dans une communauté de culture.

L’Etat espagnol a usé et use de la force contre la nation catalane pour l’empêcher de faire sécession. Nous soutenons le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Si la nation catalane juge bon de faire sécession et donc de créer un Etat indépendant, c’est qu’elle se se sent opprimée par l’Etat espagnol. Nous devons soutenir son droit à l’autodétermination.

Le Camarade Lénine nous enseigne que « le principe de la nationalité est historiquement inéluctable dans la société bourgeoise, et compte tenu de cette société, le marxiste reconnaît pleinement la légitimité historique des mouvements nationaux. Mais pour que cette reconnaissance ne tourne pas à l’apologie du nationalisme, elle doit se borner très strictement à ce qu’il y a de progressiste dans ces mouvements, afin que cette reconnaissance ne conduise pas à obscurcir la conscience prolétarienne par l’idéologie bourgeoise. » (Notes critiques sur la question nationale, 1913)

Le nationalisme bourgeois de toute nation opprimée possède un contenu démocratique qui est dirigé contre l’oppression, c’est celui-là que nous soutenons. En revanche nous ne soutenons pas le contenu qui vise à renforcer le nationalisme et les privilèges de la bourgeoisie nationale et qui casse la conscience de classe du prolétariat en effaçant les distinctions de classes entre bourgeois, petits-bourgeois et prolétaires.

« Sous prétexte que ses demandes sont « pratiques », la bourgeoisie des nations opprimées va appeler le prolétariat à soutenir ses aspirations sans condition… Le prolétariat est opposé à une telle pratique. Tout en reconnaissant l’égalité des droits à un Etat national, il valorise surtout et avant tout l’alliance des prolétaires de tous les pays, et évalue toute demande nationale, toute séparation nationale, sous l’angle de la lutte de classe des travailleurs. Pour les travailleurs, la chose importante est de distinguer les principes des deux tendances. Dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée combat l’oppresseur, nous sommes toujours, dans tous les cas, et plus fortement que quiconque en sa faveur, car nous sommes les ennemis les plus constants et les plus fervents de l’oppression. Mais dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée est favorable à son propre nationalisme bourgeois nous somme contre. » (Lénine, cité par Ibrahim Kaypakkaya dans La Question Nationale en Turquie, 1971)

Nous soutenons donc le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Et nous soutenons l’unité du prolétariat catalan et espagnol contre les intérêts de la bourgeoisie et des propriétaires.

 

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/sur-la-situation-en-catalogne/

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Avec l’échec de Le Pen, rien ne change pour l’antiracisme et l’antifascisme de classe

COMBATTRE LE FASCISME,

ABATTRE LE CAPITALISME!

 

Ouf, elle n’est pas passée… c’est le sentiment autour de nous. Mais en 2002, le père n’était pas passé non plus et cela n’a pas freiné le développement du FN.

Le racisme est toujours là, s’est même renforcé autour de nous.

Il y a le racisme d’Etat, qu’il s’agisse de la recherche d’emploi, des discours islamophobes dans les médias ou des violences policières dans les quartiers. Le poison patriotique et nationaliste se répand dans tous les partis, la préférence nationale devient une banalité, le contrôle de l’immigration se renforce toujours plus, et ce sont tous les immigrés, avec ou sans papiers, tous les jeunes (et maintenant moins jeunes…) nés en France avec une couleur, un nom, une religion minoritaires ou minorisés qui trinquent.

Il y a aussi le poison du racisme individuel, issu de l’histoire coloniale de la France (et son actualité comme aux Antilles, à Mayotte, en Guyane ou en Kanaky) cette mentalité abjecte de petit-blanc qui ne supporte pas de voir des anciens colonisés revendiquer l’égalité des droits. Sentiment des Pieds Noirs, des racistes avérés, entretenu et développé par le FN et cie, sentiment confus de la concurrence entre travailleurs dans la crise capitaliste, il se heurte heureusement aux solidarités du combat social mené en commun, dans les entreprises ou dans les quartiers…

Ces deux formes de racisme se sont renforcées et s’appuient l’une sur l’autre, et les attentats ont attisé la flamme. C’est la confusion qui règne, très rares ont été celles et ceux qui ont dénoncé les interventions à l’étranger (Mali, Libye, Syrie, Afghanistan…) et ont qualifié les auteurs de fascistes. Le racisme d’Etat, les intellectuels à la botte ont préféré renforcer les contradictions en critiquant les musulmans ou ceux supposés l’être…

Le combat antiraciste se mène dans le combat commun, sur des positions antiracistes et de classe, au service des ouvriers et des prolétaires. Pour le combat commun contre la sous-traitance, la pénibilité dans les entreprises. Pour l’égalité des droits et la régularisation des sans-papiers, contre les violences policières dans les quartiers, contre les interventions à l’étranger, contre toutes les lois et mesures racistes, quelles qu’en soient les cibles. Toujours en dénonçant notre propre gouvernement, son Etat et le capitalisme qui en est le socle. Tout ne se réglera pas du jour au lendemain, mais c’est la seule voie pour construire une unité de combat, de classe, qui permettra de surmonter les appréhensions et les différences sur lesquelles s’appuient les racistes pour répandre leur venin.

Il se mène aussi dans nos rangs, parmi nos collègues et voisins, en remettant en cause les préjugés, en luttant sans concession contre les attitudes et les paroles chauvines et xénophobes, en exposant la manière dont l’impérialisme place la fraction immigrée de la classe ouvrière, les habitants des quartiers, dans une position subordonnée et discriminée. La lutte se mène aussi dans les rangs de notre classe et de nos organisations !

C’est pareil pour le combat antifasciste. Dans le sillage du FN se développent des groupuscules et organisations fascistes, racistes, homophobes et sexistes. Dans certaines villes, comme à Lyon ou Lille, ils ont pignon sur rue et prétendent annexer des quartiers entiers. Ils ont tué Clément Méric à Paris, Hervé Rybarczyk à Lille, ils font la chasse aux migrants à Calais, ils veulent imposer la terreur.

Avec la complaisance de la police et de la justice, c’est le moins qu’on puisse dire, et ce sont surtout les militants qui refusent de leur laisser le terrain qui sont attaqués.
Alors, on ne les laisse pas faire, on ne fait pas confiance à la justice et à la police (rappelons que pour celle-ci, on dit que 50% des flics votent FN !), et on s’organise, on manifeste pour interdire par nous-mêmes l’expression de ces noyaux fascisants !

 

Source:  http://ocml-vp.org/article1808.html

BÂTISSONS DES COALITIONS, LUTTONS POUR CRÉER UN FRONT COMMUN

Nous présentons ici la Déclaration que le Parti communiste du Canada section Québec (PCQ) a produit à l’occasion du 1er Mai 2016 avec un peu de retard, mais avec solidarité envers le parti communiste historique dont les Canadiens-ennes se sont serviEs au cours de leur lutte contre le Capital depuis sa fondation, le 29 Mai 1921 où une délégation du Komintern rencontre un groupe de marxiste canadiens dans une grange en Ontario pour créer le « Communist Party of Canada » .Déclaré immédiatement illégal par le Gouvernement du Canada avec la Loi des mesures de guerre, le PCC fût contraint d’adopter le nom de Worker’s Party of Canada avant de reprendre le nom original de parti communiste en 1922.  Le seul membre du Parti communiste du Canada qui fut élu député à la Chambre des Communes en 1943 et ensuite réélu en 1945 fut accusé d’espionnage avant d’être contraint à l’exil. Les accusations qui furent portées contre Fred Rose et la chasse aux sorcières contre les communistes qui a suivi a déstabilisé la lutte de classes et le mouvement ouvrier fut discrédité, ce dont le Parti communiste ne s’est pas encore remis.  La plupart de ces premiers membres, principalement des syndicalistes et des militants contre la guerre proviennent de groupes tel que le Parti socialiste du Canada, la One Big Union, le Parti ouvrier socialiste d’Amérique, la Industrial Workers of the World (IWW) et autres groupes, organisations et partis socialistes, marxistes et travaillistes. Ces premiers membres sont influencés par la révolution d’octobre en Russie et sont radicalisés par les conséquences de la Première Guerre mondiale et la lutte pour améliorer les conditions de travail et de vie. Le Komintern en Russie accepte la création du parti le 28 décembre 1921 ; le parti adopte la structure dicté par la IIIe Internationale communiste.

UN APPEL POUR UN FRONT UNI!

Bannière

Le 1er mai 2016 survient dans un environnement où l’impérialisme stagnant cherche à prolonger son existence par la guerre, le nationalisme, le militarisme, le fondamentalisme religieux et le racisme, pour poursuivre son exploitation de la planète et de ses peuples. Les rivalités inter-impérialistes pour la domination du monde aggravent les dangers de guerre et de destruction écologique, au point où la survie de notre espèce est une question concrète et immédiate. L’alternative socialiste, d’abord réalisée dans un État par la victoire de la grande révolution prolétarienne de 1917, n’est plus une question de choix, mais l’essence de la lutte pour l’existence. Les États socialistes qui existent, ou là où se développent des formes de transition vers le socialisme, sont annonciateurs de l’avenir, les ingrédients du salut. Ce sont les paramètres de la lutte mondiale pour la vie, pour la continuité de notre espèce. Au Canada, notre lutte contre un programme d’extrême droite a récemment donné lieu à une défaite électorale des Conservateurs d’Harper. Les Libéraux, un parti capitaliste de droite, ont pu bénéficier de la colère populaire en faisant campagne à gauche contre les Conservateurs qui s’étaient positionnés en tant que le parti d’extrême droite de la guerre, de la destruction de l’environnement, des politiques anti-ouvrières, de l’espionnage de la police, et du sectarisme. Le NPD a aidé les Libéraux en se déplaçant vers la droite et s’aliénant beaucoup d’électrices-eurs qui voulaient du changement.

Qu’est ce qui motive cette volonté de changement? En dépit des rapports presque quotidiens de la création d’emplois, le taux de chômage officiel est à près de 8%. Quatre-vingt pour cent des emplois créés sont à temps partiel et précaires, et le cinquième de l’ensemble des travailleuses-eurs sont dans des emplois précaires temporaires. Soixante pour cent des chômeuses-eurs ne sont pas admissibles aux prestations d’assurance-emploi qu’ils ont payées, et les femmes gagnent encore environ 30% de moins que les hommes. Pour les travailleuses-eurs, la possibilité d’éducation post-secondaire pour leurs enfants est en train de disparaître. Les salaires ont stagné depuis les années 1970, la tarification est en expansion, et les normes du travail sont largement inappliquées. Sur les 100 communautés les plus pauvres du Canada, 96 sont autochtones. Le désespoir, la faim, l’isolement social et l’inhumanité qui sont actuellement exposés à Attawapiskat ont fait partie de l’existence quotidienne de la majorité des populations autochtones depuis la colonisation. Est-il étonnant que, pour certaines et certains, le suicide semble préférable à être contraint à une vie sans espoir?

Des sections de la classe dirigeante se sont convaincues qu’elles devaient modérer la répression, en raison de leur peur de voir se développer la radicalisation, surtout à gauche, au fur et à mesure que grandit le mécontentement. La baisse du niveau de vie, le racisme institutionnalisé, l’homophobie, la répression de l’État, l’extraction destructrice des ressources sur les territoires autochtones, et une dégradation générale de la démocratie, alimentent le mécontentement et la résistance politique. Ces sections de la classe dirigeante cherchent à contrer et à neutraliser ce mécontentement à travers le nouveau programme libéral, pour créer une nouvelle hégémonie en répondant au désir de changement, du moins en paroles. Elles offrent quelques concessions pour tenter de gagner la coopération des mouvements syndicaux et de justice sociale en faveur de leurs accords commerciaux comme le PTP et l’AECG, pour leurs ventes d’armes, en faveur de leur agenda militaire en conformité avec l’OTAN, et leur soutien secret pour les crimes des sociétés minières canadiennes commis à l’étranger. Cette situation est dangereuse, car elle pourrait entraîner le mouvement ouvrier dans sa propre chute en tant qu’agent du programme de la bourgeoisie.

Cette volonté de conquérir une nouvelle hégémonie explique les actions du gouvernement libéral telles que nommer plus de femmes au Cabinet fédéral, tenir une enquête sur les milliers de femmes autochtones disparues et assassinées, et engager des négociations de nation à nation. Il y a aussi la promesse d’investissements massifs dans des projets d’infrastructures pour créer des emplois, le retrait de certaines lois anti-syndicales au niveau fédéral, et un assouplissement général des tactiques de répression. Ces décisions sont motivées par la campagne et la pression du public, et en tant que telles, elles devraient être considérées comme des victoires et non des cadeaux. Mais gardez à l’esprit que l’engagement de négocier n’est pas un engagement à résoudre, et la reconnaissance de situation n’est pas un engagement à la corriger. Le poing d’acier de l’État bourgeois peut être couvert d’un gant de velours, mais il est toujours là.

Afin de consolider les gains, les mouvements syndicaux et populaires doivent prendre note de l’exemple du mouvement ouvrier au Québec et déplacer la lutte vers les lieux de travail et dans la rue. Le Front commun du Québec et ses alliés avaient gagné le soutien de la majorité de la population, et faisaient pression sur le gouvernement libéral Couillard avec des protestations massives. Une mobilisation du même ordre est nécessaire partout au Canada, organisée dans une alliance démocratique en front commun des mouvements de justice sociale et autochtones, avec le mouvement ouvrier comme catalyseur. Ces mobilisations permettraient à la classe ouvrière et à ses alliés d’aller au-delà des limites de la social-démocratie et de construire des mouvements de masse pour un changement réel. L’exemple donné par les travailleuses-eurs et les mouvements nationaux démocratiques en Amérique latine, bien qu’attaqués par l’impérialisme, montrent comment les masses populaires unies peuvent résister et faire des gains. Partout dans le monde, en Europe, en Afrique et en Asie, des millions de personnes résistent.

Les travailleuses-eurs canadiens, et celles et ceux autour de la classe ouvrière (toutes celles et ceux qui ne possèdent pas de richesse et n’exploitent les autres pour leur existence), leurs organisations démocratiques et sociales, leurs syndicats, leurs mouvements de justice sociale et autochtones, les organisations de femmes, d’étudiantes et d’étudiants, et LGBTIQ, doivent se tourner vers la création de coalitions et lutter pour créer un front commun. Les mouvements populaires vont gagner en substance et en direction une fois saisis de la possibilité d’une alternative réelle, réalisable et nécessaire. L’objectif ultime de cette alternative est le socialisme, dédié aux besoins de la population et façonné selon les intérêts de classe qui le crée. Un parti du socialisme est également nécessaire, et c’est le Parti communiste du Canada. Le PCC est dédié à travailler avec toutes les personnes et tous les mouvements qui veulent se battre pour des réformes et construire la riposte, nous menant toujours plus près de l’émancipation complète.

En cette journée du 1er mai, nous honorons les luttes de la classe ouvrière de tous les pays, et nous nous engageons pour un avenir socialiste d’émancipation, de paix, de prospérité et de justice environnementale.

 

Source: http://particommunisteduquebec.ca/2016/04/27/front-commun/#more-214

Georgi Dimitrov : L’unité de la classe ouvrière dans la lutte contre le fascisme – 1935

VIIe Congrès de l’Internationale communiste – Rapport prononcé à la séance du 2 août 1935

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Camarades !

Déjà le VIe Congrès de l’Internationale Communiste avertissait le prolétariat international de la maturation d’une nouvelle offensive fasciste et appelait à la lutte contre elle.

Le Congrès indiquait que « des tendances fascistes et des germes du mouvement fasciste existent presque partout, sous une forme plus ou moins développée ».

Dans les conditions de la crise économique extrêmement profonde, de l’aggravation marquée de la crise générale du capitalisme, du développement de l’esprit révolutionnaire dans les masses travailleuses, le fascisme est passé à une vaste offensive.

La bourgeoisie dominante cherche de plus en plus le salut dans le fascisme, afin de prendre contre les travailleurs des mesures extraordinaires de spoliation, de préparer une guerre de brigandage impérialiste, une agression contre l’Union Soviétique, l’asservissement et le partage de la Chine et sur la base de tout cela de conjurer la révolution.

Les milieux impérialistes tentent de faire retomber tout le poids de la crise sur les épaules des travailleurs. C’est pour cela qu’ils ont besoin du fascisme.

Ils s’efforcent de résoudre le problème des marchés par l’asservissement des peuples faibles, par l’aggravation du joug colonial et par un nouveau partage du monde au moyen de la guerre.

C’est pour cela qu’ils ont besoin du fascisme.

Ils s’efforcent de devancer la montée des forces de la révolution en écrasant le mouvement révolutionnaire des ouvriers et des paysans et en lançant une agression militaire contre l’Union Soviétique, rempart du prolétariat mondial.

C’est pour cela qu’ils ont besoin du fascisme.

Dans une série de pays, notamment en Allemagne, ces milieux impérialistes ont réussi, avant le tournant décisif des masses vers la révolution, à infliger une défaite au prolétariat et à instaurer la dictature fasciste.

Mais ce qui est caractéristique pour la victoire du fascisme, c’est précisément la circonstance que cette victoire, d’une part, atteste la faiblesse du prolétariat, désorganisé et paralysé par la politique social-démocrate scissionniste de collaboration de classe avec la bourgeoisie, et, d’autre part, exprime la faiblesse de la bourgeoisie elle-même, qui est prise de peur devant la réalisation de l’unité de lutte de la classe ouvrière, prise de peur devant la révolution et n’est plus en état de maintenir sa dictature sur les masses par les vieilles méthodes de démocratie bourgeoise et de parlementarisme.

Le caractère de classe du fascisme

Le fascisme au pouvoir est, comme l’a caractérisé avec raison la XIIIe Séance Plénière du Comité exécutif de l’Internationale Communiste, la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier.

La variété la plus réactionnaire du fascisme, c’est le fascisme du type allemand, il s’intitule impudemment national-socialisme sans avoir rien de commun avec le socialisme allemand.

Le fascisme allemand ce n’est pas seulement un nationalisme bourgeois, c’est un chauvinisme bestial. C’est un système gouvernemental de banditisme politique, un système de provocation et de tortures à l’égard de la classe ouvrière et des éléments révolutionnaires de la paysannerie, de la petite bourgeoisie et des intellectuels.

C’est la barbarie médiévale et la sauvagerie.

C’est une agression effrénée à l’égard des autres peuples et des autres pays.

Le fascisme allemand apparaît comme la troupe de choc de la contre-révolution internationale, comme le principal fomentateur de la guerre impérialiste, comme l’instigateur de la croisade contre l’Union Soviétique, la grande patrie des travailleurs du monde entier.

Le fascisme, ce n’est pas une forme du pouvoir d’Etat qui, prétendument, « se place au-dessus des deux classes, du prolétariat et de la bourgeoisie », ainsi que l’affirmait, par exemple, Otto Bauer.

Ce n’est pas « la petite bourgeoisie en révolte qui s’est emparée de la machine d’Etat », comme le déclarait le socialiste anglais Brailsford.

Non.

Le fascisme, ce n’est pas un pouvoir au-dessus des classes, ni le pouvoir de la petite bourgeoisie ou des éléments déclassées du prolétariat sur le capital financier.

Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même.

C’est l’organisation de la répression terroriste contre la classe ouvrière et la partie révolutionnaire de la paysannerie et des intellectuels.

Le fascisme en politique extérieure, c’est le chauvinisme sous sa forme la plus grossière, cultivant une haine bestiale contre les autres peuples.

Il est nécessaire de souligner avec une vigueur particulière ce véritable caractère du fascisme parce que le masque de la démagogie sociale a permis au fascisme d’entraîner à sa suite, dans une série de pays, les masses de la petite bourgeoisie désaxée par la crise, et même certaines parties des couches les plus arriérées du prolétariat, qui n’auraient jamais suivi le fascisme si elles avaient compris son caractère de classe réel, sa véritable nature.

Le développement du fascisme et la dictature fasciste elle-même, revêtent dans les différents pays des formes diverses, selon les conditions historiques sociales et économiques, selon les particularités nationales et la situation internationale du pays donné.

Dans certains pays, principalement là où le fascisme n’a pas de large base dans les masses et où la lutte des différents groupements dans le camp de la bourgeoisie fasciste elle-même est assez forte, le fascisme ne se résout pas du premier coup à liquider le Parlement et laisse aux autres partis bourgeois, de même qu’à la social-démocratie, une certaine légalité.

Dans d’autres pays, où la bourgeoisie dominante appréhende la proche explosion de la révolution, le fascisme établit son monopole politique illimité ou bien du premier coup, ou bien en renforçant de plus en plus la terreur et la répression à l’égard de tous les partis et groupements concurrents.

Ce fait n’exclut pas, de la part du fascisme, au moment d’une aggravation particulière de sa situation, les tentatives d’élargir sa base et, sans changer d’essence de classe, de combiner la dictature terroriste ouverte avec une falsification grossière du parlementarisme.

L’arrivée du fascisme au pouvoir, ce n’est pas la substitution ordinaire d’un gouvernement bourgeois à un autre, mais le remplacement d’une forme étatique de la domination de classe de la bourgeoisie – la démocratie bourgeoise – par une autre forme de cette domination, la dictature terroriste déclarée.

Méconnaître cette distinction serait une faute grave, qui empêcherait le prolétariat révolutionnaire de mobiliser les couches laborieuses les plus étendues de la ville et de la campagne pour la lutte contre la menace de la prise du pouvoir par les fascistes, et d’utiliser les contradictions existant dans le camp de la bourgeoisie elle-même.

Mais c’est une faute non moins grave et non moins dangereuse de sous-estimer l’importance que revêtent, pour l’instauration de la dictature fasciste, les mesures réactionnaires de la bourgeoisie, qui s’aggravent aujourd’hui dans les pays de démocratie bourgeoise, et qui écrasent les libertés démocratiques des travailleurs, falsifient et rognent les droits du Parlement, accentuent la répression contre le mouvement révolutionnaire.

Camarades, on ne saurait se faire de l’arrivée du fascisme au pouvoir l’idée simpliste et unie qu’un comité quelconque du capital financier déciderait d’instaurer à telle date la dictature fasciste.

En réalité, le fascisme arrive ordinairement au pouvoir dans une lutte réciproque, parfois aiguë, avec les vieux partis bourgeois ou une portion déterminée d’entre eux, dans une lutte qui se mène même à l’intérieur du camp fasciste et qui en arrive parfois à des collisions armées, comme nous l’avons vu en Allemagne, en Autriche, et dans d’autres pays.

Tout cela sans affaiblir cependant l’importance du fait qu’avant l’instauration de la dictature fasciste, les gouvernements bourgeois passent ordinairement par une série d’étapes préparatoires et prennent une série de mesures réactionnaires contribuant à l’avènement direct du fascisme.

Quiconque ne lutte pas, au cours de ces étapes préparatoires, contre les mesures réactionnaires de la bourgeoisie et le fascisme grandissant, n’est pas en état d’entraver la victoire du fascisme, mais au contraire la facilite.

Les chefs de la social-démocratie estompaient et cachaient aux masses le vrai caractère de classe du fascisme, ils n’appelaient pas à la lutte contre les mesures réactionnaires de plus en plus fortes de la bourgeoisie.

Ils portent la grande responsabilité historique du fait qu’au moment décisif de l’offensive fasciste, une partie considérable des masses travailleuses, en Allemagne et dans une série d’autres pays fascistes, n’a pas reconnu dans le fascisme le rapace financier sanguinaire, leur pire ennemi, et du fait que ces masses n’ont pas été prêtes à la riposte.

Quelle est donc la source de l’influence du fascisme sur les masses ?

Le fascisme réussit à attirer les masses parce qu’il en appelle, de façon démagogique, aux plus sensibles de leurs besoins et de leurs aspirations.

Le fascisme ne se borne pas à attiser les préjugés profondément enracinés dans les masses ; il joue aussi sur les meilleurs sentiments des masses, sur leur sentiment de justice et parfois même sur leurs traditions révolutionnaires.

Pourquoi les fascistes allemands, ces laquais de la grande bourgeoisie et ces ennemis mortels du socialisme, se font-ils passer devant les masses pour des « socialistes » et représentent-ils leur avènement au pouvoir comme une « révolution » ?

Parce qu’ils visent à exploiter la foi dans la révolution, l’élan vers le socialisme, qui vivent au cœur des grandes masses travailleuses d’Allemagne.

Le fascisme agit dans l’intérêt des ultra-impérialistes, mais il se montre aux masses sous le masque de défenseur de la nation lésée et en appelle au sentiment national blessé, comme, par exemple, le fascisme allemand qui entraîna les masses derrière lui avec le mot d’ordre  » Contre Versailles !  »

Le fascisme vise à l’exploitation la plus effrénée des masses, mais il aborde celles-ci avec une habile démagogie anticapitaliste, en exploitant la haine profonde des travailleurs pour la bourgeoisie rapace, les banques, les trusts et les magnats financiers, et en formulant les mots d’ordre les plus tentants au moment donné pour les masses politiquement frustes.

En Allemagne : « l’intérêt général prime l’intérêt privé » ; en Italie : « notre Etat n’est pas, un Etat capitaliste, mais corporatif » ; au Japon : « pour un Japon sans exploitation » ; aux Etats-Unis :  » pour le partage de la richesse », etc.

Le fascisme livre le peuple à la merci des éléments vénaux les plus corrompus, mais se présente devant lui en revendiquant un « pouvoir honnête et incorruptible ».

En spéculant sur la profonde déception des masses à l’égard des gouvernements de démocratie bourgeoise, le fascisme s’indigne hypocritement contre la corruption (par exemple, les affaires Barmat et Sklarek en Allemagne, l’affaire Staviski en France, et une série d’autres)

Le fascisme capte, dans l’intérêt des cercles les plus réactionnaires de la bourgeoisie, les masses déçues qui abandonnent les vieux partis bourgeois.

Mais il en impose à ces masses par la violence de ses attaques contre les gouvernements bourgeois, par son attitude intransigeante à l’égard des vieux partis de la bourgeoisie.

Dépassant en cynisme et en hypocrisie toutes les autres variétés de la réaction bourgeoise, le fascisme adapte sa démagogie aux particularités nationales de chaque pays et même aux particularités des différentes couches sociales dans un seul et même pays.

Et les masses de la petite bourgeoisie, voire une partie des ouvriers, poussés au désespoir par la misère, le chômage et la précarité de leur existence, deviennent victimes de la démagogie sociale et chauvine du fascisme.

Le fascisme arrive au pouvoir comme le parti de choc contre le mouvement révolutionnaire du prolétariat, contre les masses populaires en fermentation, mais il présente son avènement au pouvoir comme un mouvement « révolutionnaire » contre la bourgeoisie au nom de « toute la nation » et pour le « salut » de la nation. (Rappelons-nous la « marche » de Mussolini sur Rome, la « marche » de Pilsudski sur Varsovie, la « révolution » nationale-socialiste de Hitler en Allemagne, etc.)

Mais quel que soit le masque dont le fascisme s’affuble, sous quelque forme qu’il apparaisse, quelle que soit la voie qu’il emprunte pour arriver au pouvoir :

Le fascisme est l’offensive la plus féroce du Capital contre les masses travailleuses.

Le fascisme, c’est le chauvinisme effréné et la guerre de conquête.

Le fascisme, c’est la réaction forcenée et la contre révolution.

Le fascisme, c’est le pire ennemi de la classe ouvrière et de tous les travailleurs !

Qu’est-ce que le fascisme vainqueur apporte aux masses ?

Le fascisme avait promis aux ouvriers un « juste salaire », mais, en fait, il leur a apporté un niveau de vie encore plus bas, un niveau de vie misérable.

Il avait promis du travail aux chômeurs, mais, en fait, il leur a apporté des tortures de la faim encore plus pénibles, un travail forcé, un travail servile.

En fait, il transforme les ouvriers et les chômeurs en parias de la société capitaliste sans aucun droit ; il détruit leurs syndicats ; il les prive du droit de faire grève et les empêche d’éditer la presse ouvrière ; il les embrigade de force dans les organisations fascistes ; il dilapide les fonds de leurs assurances sociales ; quant aux fabriques et aux usines, il en fait des casernes où règne l’arbitraire effréné des capitalistes.

Le fascisme avait promis à la jeunesse travailleuse de lui ouvrir largement la voie d’un brillant avenir.

En fait, il a apporté les licenciements en masse de la jeunesse des entre prises, les camps de travail et le dressage militaire sans répit pour la guerre de conquête.

Le fascisme avait promis aux employés, aux petits fonctionnaires, aux intellectuels d’assurer leur subsistance, d’abolir la toute-puissance des trusts et la spéculation du capital bancaire.

En fait, il leur a apporté une incertitude du lendemain et un désespoir plus grand encore ; il les soumet à une nouvelle bureaucratie composée de ses partisans les plus dévoués.

Il établit une dictature insupportable des trusts ; il sème dans des proportions inouïes la corruption, la décomposition.

Le fascisme avait promis à la paysannerie ruinée, tombée dans la misère, de liquider le joug des dettes, d’abolir les fermages et même d’aliéner sans compensation les terres des propriétaires fonciers au profit des paysans sans terre et en train de se ruiner.

En fait, il établit un asservissement inouï de la paysannerie laborieuse aux trusts et à l’appareil d’Etat fasciste, il pousse jusqu’aux dernières limites l’exploitation de la masse fondamentale de la paysannerie par les gros propriétaires fonciers, les banques et les usuriers.

« L’Allemagne sera un pays agricole, ou elle ne sera pas », déclarait solennellement Hitler.

Eh bien ! qu’est-ce que les paysans ont reçu en Allemagne, sous Hitler ?

Le moratotium déjà annulé ?

Ou la loi sur l’héritage de la ferme paysanne qui pousse à évincer des campagnes des millions de fils et de filles de paysans et à en faire des mendiants ?

Les salariés agricoles sont convertis en demi-serfs, privés même du droit élémentaire de libre déplacement.

La paysannerie laborieuse est privée de la possibilité de vendre sur le marché les produits de son exploitation.

Et en Pologne ?


« Le paysan polonais, écrit le journal polonais Czas, use de procédés et de troyens employés, peut-être, seulement à l’époque du Moyen Age ; il fait couver le feu dans son poêle et le prête à son voisin, il divise les allumettes en plusieurs fragments, il emprunte de petits morceaux de savon noir, il fait bouillir des tonneaux à harengs pour obtenir de l’eau salée.

Ce n’est pas là une fable, mais la situation réelle de la campagne, et chacun peut s’en convaincre. »

Or, ce ne sont pas les communistes qui écrivent ces choses, camarades, mais un journal réactionnaire polonais !

Encore n’est-ce pas tout, loin de là.

Chaque jour, dans les camps de concentration de l’Allemagne fasciste, dans les sous-sols de la Gestapo, dans les cachots polonais, dans les Sûretés générales bulgare et finlandaise, dans la Glavniatch de Belgrade, dans la Sigouranza roumaine, dans les îles d’Italie, on fait subir aux meilleurs fils de la classe ouvrière, aux paysans révolutionnaires, aux champions d’un radieux avenir de l’humanité, des violences et des brimades si répugnantes qu’elles font pâlir les agissements les plus infâmes de l’Okhrana tzariste.

Le fascisme scélérat d’Allemagne transforme en une bouillie sanglante le corps des maris en présence de leurs femmes ; aux mères, il envoie par colis postal les cendres de leurs fils assassinés.

La stérilisation est transformée en un instrument de lutte politique.

Dans les salles de tortures, on injecte de force, aux antifascistes prisonniers, des substances toxiques, on leur brise les mains, on leur crève les yeux, on les suspend, on les gorge d’eau, on leur découpe le signe fasciste dans la chair.

J’ai sous les yeux le relevé statistique du S.R.I. – Secours Rouge International, – concernant les hommes assassinés, blessés, arrêtés, estropiés et torturés en Allemagne, Pologne, Italie, Autriche, Bulgarie, Yougoslavie.

Dans la seule Allemagne, depuis l’accession des national-socialistes au pouvoir, il a été tué plus de 4200 personnes, on en a arrêté 317.800, blessés et soumis à de pénibles tortures 218.600 ouvriers, paysans, employés, intellectuels antifascistes, communistes, social-démocrates, membres des organisations chrétiennes de l’opposition.

En Autriche, le gouvernement fasciste « chrétien », depuis les combats de février de l’année dernière, a assassiné 1900 ouvriers révolutionnaires, en a blessé et mutilé 10.000, arrêté 40.000. Et ce relevé est loin d’être complet !

Il m’est difficile de trouver les mots capables d’exprimer toute l’indignation qui s’empare de nous à l’idée des tourments que les travailleurs subissent aujourd’hui dans les pays fascistes.

Les chiffres et les faits que nous citons, ne reflètent même pas la centième partie du tableau véritable de l’exploitation et des tortures de la terreur blanche, dont est pleine la vie quotidienne de la classe ouvrière dans les différents pays capitalistes.

Il n’est point de livres, si nombreux soient-ils, qui puissent donner une idée claire des férocités innombrables exercées par le fascisme sur les travailleurs.

C’est avec une émotion profonde et un sentiment de haine à l’égard des bourreaux fascistes que nous inclinons les drapeaux de l’Internationale Communiste devant la mémoire inoubliable de John Scheer, Fiete Schultz, Luttgens en Allemagne ; Koloman Wallisch et Munchreiter en Autriche ; Challay et Furst en Hongrie ; Kofardjiev, Lutibrodski et Voïkov en Bulgarie ; devant la mémoire des milliers et des milliers d’ouvriers, de paysans, de représentants des intellectuels progressistes, communistes, social-démocrates et sans-parti, qui ont donné leur vie dans la lutte contre le fascisme.

Nous saluons de cette tribune le chef du prolétariat allemand et président d’honneur de notre congrès, le camarade Thaelmann. Nous saluons les camarades Rakosi, Gramsci, Antikaïnen. Nous saluons Thomas Mooney qui, depuis dix-huit ans déjà languit en prison, et les milliers d’autres prisonniers du Capital et du fascisme et nous leur disons : « Frères de lutte, frères d’armes, vous n’êtes pas oubliés. Nous sommes avec vous. Chaque heure de notre vie, chaque goutte de notre sang, nous le donnerons pour vous affranchir et affranchir tous les travailleurs du honteux régime fasciste. »

Camarades !

Lénine nous avertissait déjà que la bourgeoisie réussirait peut-être à frapper d’une terreur féroce les travailleurs et à repousser pour un temps plus ou moins bref les forces croissantes de la révolution, mais que, de toute façon, elle ne réussirait pas à échapper à sa perte.


« La vie – écrivait Lénine, – l’emportera.

La bourgeoisie a beau se démener, s’exaspérer à en perdre la raison, dépasser toutes les bornes, commettre sottise sur sottise, se venger d’avance des bolchéviks et s’efforcer de massacrer une fois de plus comme aux Indes, en Hongrie, en Allemagne et ailleurs des centaines de milliers de bolchéviks jeunes et vieux.

Elle fait en agissant ainsi ce qu’ont toujours fait les classes condamnées par l’histoire.

Les communistes doivent savoir que l’avenir leur appartient, quoi qu’il arrive.

C’est pourquoi nous pouvons et nous devons unir dans la grande lutte révolutionnaire l’ardeur la plus passionnée su sang-froid le plus grand et à l’estimation la plus froide des agitations forcenées de la bourgeoisie. » V.I. Lénine, Œuvres, t. XXXI, p. 81.

Oui, si nous-mêmes et le prolétariat du monde entier marchons d’un pas ferme dans la voie que nous indique Lénine, la bourgeoisie périra quoi qu’elle fasse.

La victoire du fascisme est-elle inévitable ?

Pourquoi et de quelle façon le fascisme a-t-il pu vaincre ?

Le fascisme est le pire ennemi de la classe ouvrière et des travailleurs.

Le fascisme est l’ennemi des neuf dixièmes du peuple allemand, des neuf dixièmes du peuple autrichien, des neuf dixièmes des autres peuples des pays fascistes.

Comment, de quelle manière, ce pire ennemi a-t-il pu vaincre ?

Le fascisme a pu accéder au pouvoir avant tout parce que la classe ouvrière, par suite de la politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie que pratiquaient les chefs de la social-démocratie, s’est trouvée scindée, désarmée au point de vue politique et au point de vue de l’organisation, face à l’agression de la bourgeoisie.

Quant aux Partis communistes, ils étaient insuffisamment forts pour soulever les masses, sans et contre la social-démocratie, et les conduire ainsi à la bataille décisive contre le fascisme.

En effet ! Que les millions d’ouvriers social-démocrates, qui, aujourd’hui, tout comme leurs frères communistes, éprouvent par eux-mêmes les horreurs de la barbarie fasciste, réfléchissent sérieusement : si, en 1918 au moment où éclata la révolution en Allemagne et en Autriche, le prolétariat autrichien et allemand n’avait pas suivi la direction social-démocrate d’Otto Bauer, de Friedrich Adler et de Renner en Autriche, d’Ebert et de Scheidemann en Allemagne, mais avait suivi la voie des bolchéviks russes, la voie de Lénine, le fascisme n’existerait aujourd’hui ni en Autriche, ni en Allemagne, ni en Italie, ni en Hongrie, ni en Pologne, ni dans les Balkans.

Ce n’est pas la bourgeoisie, mais la classe ouvrière qui serait depuis longtemps déjà maîtresse de la situation en Europe.

Prenons, par exemple, la social-démocratie autrichienne.

La révolution de 1918 l’avait portée à une hauteur considérable.

Elle détenait le pouvoir. Elle occupait de fortes positions dans l’armée, dans l’appareil d’Etat.

En s’appuyant sur ses positions, elle pouvait tuer dans l’œuf le fascisme naissant.

Mais elle a livré sans résistance les positions de la classe ouvrière l’une après l’autre.

Elle a permis à la bourgeoisie de rendre son pouvoir plus fort, d’annuler la Constitution, d’épurer l’appareil d’Etat, l’armée et la police des militants social-démocrates, de retirer l’arsenal aux ouvriers.

Elle a permis aux bandits fascistes d’assassiner impunément les ouvriers social-démocrates ; elle a accepté les conditions du pacte de Hüttenberg qui ouvrait la porte des entreprises aux éléments fascistes.

En même temps, les chefs de la social-démocratie bourraient le crâne aux ouvriers, à l’aide du programme de Lintz qui prévoyait le recours éventuel à la violence armée contre la bourgeoisie et l’instauration de la dictature du prolétariat, en les assurant que le Parti répondrait par l’appel à la grève générale et à la lutte armée si les classes dirigeantes usaient de violence à l’égard de la classe ouvrière.

Comme si toute la politique de préparation de l’agression fasciste contre la classe ouvrière n’était pas une succession de violences, exercées contre elle, sous le voile des formes constitutionnelles.

Même à la veille des batailles de février et pendant ces batailles, la direction de la social-démocratie autrichienne a laissé le Schutzbund, qui luttait héroïquement, isolé des grandes masses et elle a voué le prolétariat autrichien à la défaite.

Le victoire du fascisme était-elle inévitable en Allemagne ?

Non, la classe ouvrière allemande pouvait la conjurer.

Mais, pour cela, elle aurait dû parvenir à réaliser le front unique prolétarien antifasciste, elle aurait dû obliger les chefs de la social-démocratie à cesser leur campagne contre les communistes et à accepter les propositions répétées du Parti Communiste sur l’unité d’action contre le fascisme.

Lors de l’offensive du fascisme et de la liquidation graduelle par la bourgeoisie des libertés démocratiques bourgeoises, elle n’aurait pas dû se contenter des résolutions verbales de la social-démocratie, mais répondre par une véritable lutte de masse, qui eût entravé les plans fascistes de la bourgeoisie allemande.

Elle aurait dû empêcher l’interdiction, par le gouvernement Braun-Severing, de l’Association de combattants rouges, établir entre cette association et la Reichsbanner, qui comptait près d’un million de membres, une liaison de combat et obliger Braun et Severing à armer l’une et l’autre pour riposter aux bandes fascistes et les écraser.

Elle aurait dû contraindre les leaders social-démocrates placés à la tête du gouvernement prussien à prendre des mesures de défense contre le fascisme, à arrêter les chefs fascistes, à interdire leur presse, à confisquer leurs ressources matérielles et les ressources des capitalistes qui finançaient le mouvement fasciste, à dissoudre les organisations fascistes, à leur enlever leurs armes, etc.

Puis, elle aurait dû obtenir le rétablissement et l’extension de toutes les formes d’assistance sociale et l’établissement d’un moratoire et de secours pour les paysans, en train de se ruiner sous l’effet des crises, en imposant les banques et-les trusts, afin de s’assurer de cette façon le soutien de la paysannerie travailleuse.

Cela n’a pas été fait par la faute de la social-démocratie d’Allemagne, et c’est pourquoi le fascisme a su vaincre.

La bourgeoisie et les nobles devaient-ils inévitablement triompher en Espagne, pays où se combinent si avantageusement les forces de l’insurrection prolétarienne et de la guerre paysanne ?

Les socialistes espagnols étaient au gouvernement dès les premiers jours de la révolution.

Ont-ils établi une liaison de combat entre les organisations ouvrières de toutes les tendances politiques, y compris communistes, et anarchistes, ont-ils soudé la classe ouvrière en une organisation syndicale unique ?

Ont-ils exigé la confiscation de toutes les terres des propriétaires fonciers, de l’Eglise, des couvents au profit des paysans, pour gagner ces derniers à la révolution ?

Ont-ils tenté de lutter pour le droit des Catalans et des Basques à disposer d’eux-mêmes, pour l’affranchissement du Maroc ?

Ont-ils procédé dans l’armée à l’épuration des éléments monarchistes et fascistes, pour préparer son passage du côté des ouvriers et des paysans ?

Ont-ils dissous la garde civile, exécrée du peuple et bourreau de tous les mouvements populaires ?

Ont-ils frappé le parti fasciste de Gil Robles, ont-ils porté des coups à l’Eglise catholique pour abattre sa puissance ?

Non, ils n’ont rien fait de tout cela. Ils ont repoussé les propositions répétées des communistes sur l’unité d’action contre l’offensive de la bourgeoisie, des propriétaires fonciers et du fascisme.

Ils ont voté des lois électorales qui ont permis à la réaction de conquérir la majorité des Cortès, des lois réprimant les mouvements populaires, des lois en vertu desquelles on juge actuellement les héroïques mineurs des Asturies.

Ils ont fait fusiller par la garde civile les paysans en lutte pour la terre, etc.

C’est ainsi que la social-démocratie a frayé au fascisme la route du pouvoir et en Allemagne et en Autriche et en Espagne, en désorganisant et en divisant les rangs de la classe ouvrière.

Camarades ! Le fascisme a vaincu aussi parce que le prolétariat s’est trouvé coupé de ses alliés naturels.

Le fascisme a vaincu parce qu’il a réussi à entraîner à sa suite les grandes masses de la paysannerie, du fait que la social-démocratie pratiquait au nom de la. classe ouvrière une politique en réalité antipaysanne. Le paysan avait vu se succéder au pouvoir une série de gouvernements social-démocrates qui, à ses yeux, personnifiaient le pouvoir de la classe ouvrière mais pas un d’entre eux n’avait résolu le problème de la misère paysanne, pas un d’entre eux n’avait donné la terre à la paysannerie. La social-démocratie d’Allemagne n’avait pas touché aux propriétaires fonciers : elle entravait les grèves des ouvriers agricoles. Le résultat, c’est que ceux-ci, en Allemagne, bien avant l’accession de Hitler au pouvoir, abandonnèrent les syndicats réformistes et, dans la plupart des cas, passèrent aux Casques d’acier et aux national-socialistes. Le fascisme a vaincu encore parce qu’il a réussi à pénétrer dans les rangs de la Jeunesse, du moment que la social-démocratie détournait la jeunesse ouvrière de la lutte de classe, que le prolétariat révolutionnaire n’avait pas déployé parmi les jeunes le travail éducatif nécessaire et n’avait pas réservé une attention suffisante à la lutte pour ses intérêts et ses aspirations spécifiques.

Le fascisme a su saisir le besoin d’activité combative, particulièrement vif chez les jeunes et il a entraîné une partie considérable d’entre eux dans ses détachements de combat.

La nouvelle génération de la jeunesse masculine et féminine n’a pas passé par les horreurs de la guerre.

Elle sent peser sur ses épaules tout le fardeau de la crise économique, du chômage et de l’effondrement de la démocratie bourgeoise. Faute de perspectives d’avenir, des couches considérables de jeunes se sont avérées particulièrement sensibles à la démagogie fasciste, qui leur dessinait un avenir tentant lors de la victoire du fascisme.

Dans cet ordre d’idées, nous ne pouvons omettre une série de fautes commises par les Partis communistes, fautes qui ont freiné notre lutte contre le fascisme.

Il y avait dans nos rangs une sous-estimation inadmissible du danger fasciste, sous-estimation, qui jusqu’à présent, n’est pas liquidée partout.

Il y avait autrefois dans nos Partis des points de vue du genre de  » l’Allemagne n’est pas l’Italie  » ; autrement dit : le fascisme a pu vaincre en Italie, mais sa victoire est impossible en Allemagne. Ce pays étant un pays hautement développé sous le rapport de l’industrie, hautement cultivé, riche des traditions de quarante années de mouvement ouvrier, où le fascisme est impossible.

Il y avait aussi des points de vue qui existent encore aujourd’hui, du genre de celui-ci : dans les pays de démocratie bourgeoise « classique », il n’y a pas de terrain pour le fascisme.

Ces points de vue ont pu et peuvent contribuer à diminuer là vigilance à l’égard du danger fasciste et entraver la mobilisation du prolétariat dans la lutte contre le fascisme.

On peut citer également de nombreux cas où les communistes ont été pris au dépourvu par le coup d’État fasciste.

Souvenez-vous de la Bulgarie, où la direction de notre Parti a pris une position « neutre » et, au fond, opportuniste à l’égard du coup d’État du 9 juin 1923 ; de la Pologne où, en mai 1926, la direction du Parti Communiste, ayant apprécié d’une façon erronée les forces motrices de la révolution polonaise, n’a pas su distinguer le caractère fasciste du coup d’État de Pilsudski et s’est traînée à la queue des événements ; de la Finlande où notre Parti, se basant sur une idée fausse de la fascisation lente, graduelle, a laissé passer le coup d’État fasciste préparé par un groupe dirigeant de la bourgeoisie, coup d’État qui a pris le Parti et la classe ouvrière au dépourvu.

Alors que le national-socialisme était déjà devenu en Allemagne un mouvement de masse menaçant, il y avait des camarades, pour qui le gouvernement de Brüning était déjà celui de la dictature fasciste, et qui déclaraient avec morgue :  » Si le « Troisième Reich » de Hitler arrive un jour, ce ne sera qu’à un mètre et demi sous terre, avec, au-dessus de lui, le pouvoir ouvrier vainqueur. »

Les communistes d’Allemagne ont longtemps sous-estimé la blessure du sentiment national et l’indignation des masses contre Versailles ; ils prenaient une attitude dédaigneuse à l’égard des flottements de la paysannerie et de la petite bourgeoisie ; ils tardaient à établir un programme d’émancipation sociale et nationale, et lorsqu’ils l’eurent formulé, ils n’ont pas su l’adapter aux besoins concrets et au niveau des masses ; ils n’ont pas même su le populariser largement dans les masses.

Dans plusieurs pays, on substituait à la nécessité de déployer la lutte de masse contre le fascisme des raisonnements stériles sur le caractère du fascisme  » en général » et une étroitesse sectaire en ce qui concernait la manière de poser et de résoudre les tâches politiques d’actualité du Parti.

Camarades, si nous parlons des causes de la victoire du fascisme, si nous signalons la responsabilité historique de la social-démocratie pour la défaite de la classe ouvrière, si nous notons aussi nos propres erreurs dans la lutte contre le fascisme, ce n’est pas simplement parce que nous voulons fouiller le passé. Nous ne sommes pas des historiens détachés de la vie, nous sommes des combattants de la classe ouvrière, tenus de répondre à la question qui tourmente des millions d’ouvriers : Peut-on, et par quel moyen, prévenir la victoire du fascisme ?

Et nous répondons à ces millions d’ouvriers : Oui, il est possible de barrer la route au fascisme.

C’est parfaitement possible. Cela dépend de nous-mêmes, des ouvriers, des paysans, de tous les travailleurs.

La possibilité de prévenir la victoire du fascisme dépend avant tout de l’activité combative de la classe ouvrière elle-même, de l’union de ses forces en une armée combative unique luttant contre l’offensive du Capital et du fascisme.

Le prolétariat en réalisant son unité de combat, paralyserait l’action du fascisme sur la paysannerie, la petite bourgeoisie des villes, la jeunesse et les intellectuels ; il saurait en neutraliser une partie et attirer l’autre à ses côtés.

Deuxièmement, cela dépend de l’existence d’un fort parti révolutionnaire, dirigeant de façon juste la lutte des travailleurs contre le fascisme. Un parti qui appelle systématiquement les ouvriers à reculer devant le fascisme et permet à la bourgeoisie fasciste de renforcer ses positions, un tel parti mènera inévitablement les ouvriers à la défaite.

Troisièmement, cela dépend de la juste politique de la classe ouvrière à l’égard de la paysannerie et des masses petites-bourgeoises de la ville.

Ces masses, il faut les prendre telles qu’elles sont, et non pas telles que nous voudrions les voir.

C’est seulement dans le cours de la lutte qu’elles surmonteront leurs doutes et leurs hésitations ; c’est seulement si nous prenons une attitude de patience à l’égard de leurs inévitables hésitations et si le prolétariat leur accorde son appui politique qu’elles s’élèveront à un degré supérieur de conscience révolutionnaire et d’activité.

Quatrièmement, cela dépend de la vigilance et de l’action du prolétariat révolutionnaire au bon moment.

Ne pas permettre au fascisme de nous prendre au dépourvu, ne pas lui abandonner l’initiative, lui porter des coups décisifs, alors qu’il n’a pas encore su rassembler ses forces, ne pas lui permettre de se consolider, lui riposter à chaque pas là où il se manifeste, ne pas lui permettre de conquérir des positions nouvelles, comme tente de le faire avec succès le prolétariat français.

Voilà les principales conditions pour prévenir le progrès du fascisme et son accession au pouvoir.

Le fascisme est un pouvoir féroce mais précaire

La dictature fasciste de la bourgeoisie, c’est un pouvoir féroce, mais précaire.

Quelles sont les causes essentielles de la précarité de la dictature fasciste ?

Le fascisme qui s’apprêtait à surmonter les divergences et les contradictions du camp de la bourgeoisie, aggrave encore davantage ces contradictions.

Le fascisme s’efforce d’établir son monopole politique en détruisant par la violence les autres partis politiques.

Mais la présence du système capitaliste, l’existence des classes différentes et l’aggravation des contradictions de classe amènent inévitablement le monopole politique du fascisme à s’ébranler et à éclater.

Ce n’est pas là le pays soviétique, où la dictature du prolétariat se réalise également à l’aide d’un parti sans concurrent, mais où ce monopole politique répond aux intérêts des millions de travailleurs et s’appuie de plus en plus sur l’édification d’une société sans classes.

Dans un pays fasciste, le parti des fascistes ne peut conserver longtemps son monopole, parce qu’il n’est pas en mesure de s’assigner pour tâche l’abolition des classes et des antagonismes de classe.

Il anéantit l’existence égale des partis bourgeois, mais une série d’entre eux continuent à exister illégalement. Quant au Parti Communiste, même dans les conditions de l’illégalité, il va de l’avant, il se trempe et guide la lutte du prolétariat contre la dictature fasciste. De cette façon, le monopole politique du fascisme doit éclater sous les coups des antagonismes de classe. Une autre cause de la précarité de la dictature fasciste consiste en ceci que le contraste entre la démagogie anticapitaliste du fascisme et la politique d’enrichissement de la bourgeoisie monopoliste par la pire des spoliations, permet de dénoncer plus facilement la nature de classe du fascisme et conduit à l’ébranlement et au rétrécissement de sa base de masse.

En outre, la victoire du fascisme provoque la haine profonde et l’indignation des masses, contribue au développement de l’esprit révolutionnaire dans leur sein et donne une puissante impulsion au front unique du prolétariat contre le fascisme.

En faisant une politique de nationalisme économique (autarcie) et en accaparant la plus grande partie du revenu national pour préparer la guerre, le fascisme mine toute l’économie du pays et aggrave la guerre économique entre les Etats capitalistes.

Il confère aux conflits qui éclatent au sein de la bourgeoisie le caractère de collisions violentes et fréquemment sanglantes, ce qui sape la stabilité du pouvoir d’Etat fasciste aux yeux du peuple.

Un pouvoir qui assassine ses propres partisans, comme on l’a vu le 30 juin de l’année dernière en Allemagne, un pouvoir fasciste contre lequel une autre partie de la bourgeoisie fasciste lutte les armes à la main (putsch national-socialiste en Autriche, interventions violentes de divers groupes fascistes contre le gouvernement fasciste en Pologne, en Bulgarie, en Finlande et dans d’autres pays), un tel pouvoir ne peut garder longtemps son autorité aux yeux des grandes masses petites bourgeoises.

La classe ouvrière doit savoir utiliser les contradictions et les conflits dans le camp de la bourgeoisie, mais elle ne doit pas nourrir l’illusion que le fascisme s’épuisera de lui-même.

Le fascisme ne s’écroulera pas automatiquement. Seule, l’activité révolutionnaire de la classe ouvrière aidera à utiliser les conflits qui surgissent inévitablement dans le camp de la bourgeoisie, pour miner la dictature fasciste et la renverser.

En liquidant les restes de démocratie bourgeoise, en érigeant la violence déclarée en un système de gouvernement, le fascisme sape les illusions démocratiques et le prestige de la légalité aux yeux des masses travailleuses.

Et cela à plus forte raison dans le pays où, comme par exemple en Autriche et en Espagne, les ouvriers ont lutté les armes à la main contre le fascisme.

En Autriche, la lutte héroïque du Schutzbund et des communistes, en dépit de la défaite, a ébranlé dès le début la solidité de la dictature fasciste.

En Espagne, la bourgeoisie n’a pas réussi à passer aux travailleurs la muselière fasciste.

Les combats armés d’Autriche et d’Espagne ont eu pour résultat que des masses de plus en plus grandes de la classe ouvrière prennent conscience de la nécessité d’une lutte de classe révolutionnaire.

Seuls les philistins monstrueux, des laquais de la bourgeoisie comme le plus ancien théoricien de la IIe Internationale, Karl Kautsky, peuvent reprocher aux ouvriers d’avoir pris, voyez-vous, les armes en Autriche et en Espagne. Quel aspect aurait aujourd’hui le mouvement ouvrier d’Autriche et d’Espagne, si la classe ouvrière de ces pays s’était inspirée des conseils de trahison des Kautsky ?

La classe ouvrière éprouverait dans ses rangs une profonde démoralisation.


« L’école de la guerre civile, dit Lénine, n’est pas vaine pour les peuples.

C’est une dure école et son cours complet renferme inévitablement des victoires de la contre-révolution, le déchaînement des réactionnaires en furie, la répression sauvage du pouvoir ancien contre les insurgés, etc.

Mais seuls les pédants invétérés et les esprits momifiés peuvent se lamenter à propos de l’entrée des peuples dans cette pénible école ; cette école enseigne aux classes opprimées la conduite de la guerre civile, elle leur enseigne la révolution victorieuse, elle concentre dans la masse des esclaves modernes cette haine que les esclaves abêtis, abrutis, ignorants, recèlent en eux éternellement, et qui aboutit aux admirables prouesses historiques des esclaves parvenus à la conscience de l’opprobre de leur esclavage.  » V.I.Lénine, Œuvres, t. XV, p. 160.

La victoire du fascisme en Allemagne, on le sait, a entraîné une nouvelle vague de l’offensive fasciste qui a abouti en Autriche à la provocation de Dollfuss, en Espagne à de nouvelles offensives de la contre-révolution visant les conquêtes révolutionnaires des masses, en Pologne à la réforme fasciste de la Constitution, et, en France, a stimulé les détachements armés des fascistes à faire une tentative de coup d’Etat en février 1934.

Mais cette victoire et la frénésie de la dictature fasciste ont provoqué le réflexe du front unique prolétarien contre le fascisme à l’échelle internationale.

L’incendie du Reichstag, qui fut le signal de l’offensive générale du fascisme contre la classe ouvrière, la mainmise sur les syndicats et les autres organisations ouvrières, et le pillage de ces organisations, les gémissements des antifascistes tourmentés sans répit qui nous parviennent des sous-sols des casernes et des camps de concentration fascistes, montrent aux masses avec la force de l’évidence à quoi a abouti le rôle scissionniste réactionnaire des chefs de la social-démocratie allemande, qui avaient repoussé les propositions communistes de lutte en commun contre le fascisme agressif, et démontrent la nécessité d’unir toutes les forces de la classe ouvrière pour renverser le fascisme.

La victoire de Hitler a donné aussi une impulsion décisive à la réalisation du front unique de la classe ouvrière contre le fascisme en France.

La victoire de Hitler n’a pas seulement éveillé chez les ouvriers la peur de partager le sort des ouvriers allemands ; elle n’a pas seulement attisé en eux la haine des bourreaux de leurs frères de classe allemande, mais elle a encore affermi en eux la résolution de ne permettre en aucun cas dans leur pays ce qui est arrivé à la classe ouvrière d’Allemagne.

L’aspiration puissante au front unique dans tous les pays capitalistes montre que les leçons de la défaite ne sont pas perdues.

La classe ouvrière commence à agir d’une façon nouvelle.

L’initiative des Partis communistes pour organiser le front unique et l’abnégation sans réserve des communistes et des ouvriers révolutionnaires, dans la lutte contre le fascisme, ont eu pour conséquence de porter à un degré sans précédent l’autorité de l’Internationale Communiste.

Dans le même temps, se développe la crise profonde de la IIe Internationale, qui s’est manifestée et accentuée avec un éclat particulier depuis la banqueroute de la social-démocratie allemande.

Les ouvriers social-démocrates peuvent se convaincre avec de plus en plus d’évidence que l’Allemagne fasciste, avec toutes ses horreurs et sa barbarie, c’est, en fin de compte, le résultat de la politique social-démocrate de collaboration de classe avec la bourgeoisie.

Ces masses se rendent compte de plus en plus nettement que la voie où les chefs de la social-démocratie allemande ont mené le prolétariat, ne doit pas être reprise.

Jamais encore il n’y a eu dans le camp de la IIe Internationale un aussi grand désarroi idéologique qu’à l’heure actuelle.

La différenciation s’opère à l’intérieur de tous les Partis social-démocrates. Dans leurs rangs se forment deux camps principaux : à côté du camp des éléments réactionnaires, qui s’efforcent par tous les moyens de maintenir le bloc de la social-démocratie avec la bourgeoisie et repoussent avec rage le front unique avec les communistes, commence à se former un camp d’éléments révolutionnaires, doutant de la justesse de la politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie, partisans de la réalisation du front unique avec les communistes et commençant, dans une mesure de plus en plus grande, à passer sur les positions de la lutte de classe révolutionnaire.

Ainsi, le fascisme qui est apparu comme le fruit de la décadence du système capitaliste, a agi en dernière analyse comme un facteur de décomposition ultérieure de ce système.

Ainsi le fascisme qui s’est chargé d’enterrer le marxisme et le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière, conduit lui-même, en conséquence de la dialectique de la vie et de la lutte de classe, au développement ultérieur des forces qui doivent creuser sa fosse, la fosse du capitalisme.

II. Le Front unique de la classe ouvrière contre le fascisme Retour à la table des matières

Camarades !

Les millions d’ouvriers et de travailleurs des pays capitalistes posent la question de savoir comment empêcher la venue du fascisme au pouvoir et comment renverser le fascisme victorieux.

L’Internationale Communiste répond : La première chose qu’il faut faire, par laquelle il est nécessaire de commencer, c’est de réaliser le front unique, d’établir l’unité d’action des ouvriers dans chaque entreprise, dans chaque rayon, dans chaque région, dans chaque pays, dans le monde entier. L’unité d’action du prolétariat à l’échelle nationale et internationale, voilà l’armé puissante qui rend la classe ouvrière capable non seulement de se défendre avec succès mais aussi de passer avec succès à la contre-offensive contre le fascisme, contre l’ennemi de classe.

L’importance du front unique

N’est-il pas clair que l’action commune des adhérents des partis et organisations des deux Internationales – de l’Internationale Communiste et de la IIe Internationale – faciliterait la riposte des masses à la poussée fasciste et augmenterait le poids politique de la classe ouvrière ?

L’action commune des partis des deux Internationales contre le fascisme ne se bornerait pourtant pas à influencer leurs partisans actuels, les communistes et les social-démocrates ; elle influerait puissamment sur les rangs des ouvriers catholiques, anarchistes et inorganisés, même sur ceux qui sont devenus momentanément victimes de la démagogie fasciste.

Bien plus, le puissant front unique du prolétariat exercerait une influence énorme sur toutes lés autres couches du peuple travailleur, sur la paysannerie, sur la petite bourgeoisie urbaine, sur les intellectuels.

Le front unique inspirerait aux couches hésitantes la foi dans la force de la classe ouvrière.

Mais ce n’est pas encore tout.

Le prolétariat des pays impérialistes a des alliés possibles non seulement dans la personne des travailleurs de son propre pays, mais aussi dans les nations opprimées des colonies et des semi-colonies.

Pour autant que le prolétariat est scindé à l’échelle nationale et internationale ; pour autant qu’une de ses parties soutient la politique de collaboration avec la bourgeoisie et, en particulier, son régime d’oppression dans les colonies et les semi-colonies, cette circonstance écarte de la classe ouvrière les peuples opprimés des colonies et des semi-colonies et affaiblit le front anti-impérialiste mondial.

Chaque pas fait dans la voie de l’unité d’action, visant au soutien de la lutte émancipatrice des peuples coloniaux par le prolétariat des métropoles impérialistes, signifie la transformation des colonies et des semi-colonies en une des principales réserves du prolétariat mondial.

Si, enfin, nous tenons compte du fait que l’unité d’action internationale du prolétariat s’appuie sur la force sans cesse accrue de l’Etat prolétarien, du pays du socialisme – l’Union Soviétique, nous verrons quelles vastes perspectives ouvre la réalisation de l’unité d’action du prolétariat à l’échelle nationale et internationale.

L’établissement de l’unité d’action de tous les détachements de la classe ouvrière, indépendamment du parti ou de l’organisation auxquels ils appartiennent, est nécessaire avant même que la majorité de la classe ouvrière s’unisse dans la lutte pour le renversement du capitalisme et la victoire de la révolution prolétarienne.

Est-il possible de réaliser cette unité d’action du prolétariat dans les différents pays et dans le monde entier ?

Oui, c’est possible. Et tout de suite.

L’Internationale Communiste ne pose à l’unité d’action aucune condition, à l’exception d’une seule, qui est élémentaire, acceptable pour tous les ouvriers.

A savoir : que l’unité d’action soit dirigée contre le fascisme, contre l’offensive du Capital, contre la menace de guerre, contre l’ennemi de classe.

Voilà notre condition.

Les principaux arguments des adversaires du front unique

Que peuvent objecter et qu’objectent les adversaires du front uni ?

« Pour les communistes, le mot d’ordre du front unique n’est qu’une manœuvre », disent les uns.

Mais si c’était une manœuvre, répondrons-nous, pourquoi, précisément, ne démasqueriez-vous pas la « manœuvre communiste » en participant honnêtement au front unique ?

Nous le déclarons ouvertement : nous voulons l’unité d’action de la classe ouvrière pour que le prolétariat devienne plus fort dans sa lutte contre la bourgeoisie, pour qu’en défendant aujourd’hui ses intérêts quotidiens contre le Capital agressif, contre le fascisme, il soit en mesure demain de réaliser les prémisses de son affranchissement définitif.

 » Les communistes nous attaquent », disent les autres. Eh bien ! écoutez, nous l’avons déjà déclaré maintes fois : nous n’attaquons personne, ni les individus, ni les organisations, ni les partis qui sont pour le front unique de la classe ouvrière contre l’ennemi de classe.

Mais, en même temps, nous sommes tenus, – dans l’intérêt du prolétariat et de sa cause, – de critiquer les individus, les organisations et les partis qui entravent l’unité d’action des ouvriers.

« Nous ne pouvons faire le front unique avec les communistes étant donné qu’ils ont un autre programme », disent les troisièmes.

Mais n’affirmez-vous pas que votre programme est différent du programme des partis bourgeois ?

Or, cela ne vous a pas empêchés et ne vous empêche pas d’entrer en coalition avec ces partis.

« Les partis démocratiques bourgeois sont de meilleurs alliés que les communistes » dans la lutte, contre le fascisme, disent les adversaires du front unique et les défenseurs de la coalition avec la bourgeoisie.

Mais que nous dit l’expérience d’Allemagne ? Les social-démocrates n’ont-ils pas fait bloc avec ces « meilleurs » alliés ? Et quels sont les résultats ?

« Si nous établissons le front unique avec les communistes, les petits bourgeois auront peur du « péril rouge » et passeront aux fascistes », entendons-nous dire souvent.

Mais le front unique menace-t-il les paysans, les petits commerçants, les artisans, les intellectuels travailleurs ?

Non, le front unique menace la grande bourgeoisie, les magnats de la finance, les hobereaux et les autres exploiteurs, dont le règne entraîne la ruine complète de toutes ces couches sociales.

« La social-démocratie est pour la démocratie, tandis que les communistes sont pour la dictature ; c’est pourquoi nous ne pouvons établir le front unique avec les communistes », disent certains leaders de la social-démocratie.

Mais est-ce qu’actuellement nous vous proposons le front unique pour proclamer la dictature du prolétariat ?

Vous savez bien que nous ne vous le proposons pas pour l’instant.

« Que les communistes reconnaissent la démocratie, qu’ils prennent sa défense, et alors nous sommes prêts à faire le front unique. »

A cela nous répondons : nous sommes partisans de la démocratie soviétique, de la démocratie des travailleurs, de la démocratie la plus conséquente du monde. Mais nous défendons et défendrons pied à pied, dans les pays capitalistes, les libertés démocratiques bourgeoises auxquelles attentent le fascisme et la réaction bourgeoise, parce que cette attitude est dictée par les intérêts de la lutte de classe du prolétariat.

« Mais les petits Partis communistes n’ajouteront rien, par leur participation au front unique que réalise le Parti travailliste », disent, par exemple, les chefs travaillistes d’Angleterre.

Rappelez-vous cependant : les chefs social-démocrates autrichiens en disaient autant du petit Parti Communiste Autrichien.

Et qu’est-ce que les événements ont montré ? Ce n’est pas la social-démocratie autrichienne avec Otto Bauer et Renner en tête, qui s’est trouvée avoir raison, mais le petit Parti Communiste Autrichien qui avait signalé en temps opportun le danger fasciste en Autriche et appelait les ouvriers à la lutte.

Toute l’expérience du mouvement ouvrier n’a-t-elle pas montré que les communistes même avec leur petit nombre relatif, sont le moteur de l’activité combative du prolétariat ?

En outre, il ne faut pas oublier que les Partis Communistes d’Autriche ou d’Angleterre, ce ne sont pas seulement les dizaines de milliers d’ouvriers qui sont pour le Parti, il s’agit de détachements du mouvement communiste mondial, il s’agit de sections de l’Internationale Communiste, dont le parti dirigeant est celui du prolétariat qui a déjà vaincu et règne sur un sixième du globe.

 » Mais le front unique n’a pas empêché la victoire du fascisme dans la Sarre « , telle est l’objection que formulent les adversaires du front unique. Etrange, logique que celle de ces messieurs ! D’abord, ils font tout pour assurer la victoire du fascisme, et, ensuite, ils ricanent parce que le front unique, qu’ils ont accepté au tout dernier moment n’a pas entraîné la victoire des ouvriers.

 » Si nous constituons le front unique avec les communistes, nous devons sortir de la coalition, et ce sont les partis réactionnaires et fascistes qui entreront au gouvernement », disent les chefs social-démocrates installés dans les gouvernements des différents pays.

Bien.

La social-démocratie allemande faisait-elle partie du gouvernement de coalition ?

Oui.

La social-démocratie autrichienne était-elle au gouvernement ?

Elle y était aussi.

Les socialistes espagnols étaient-ils dans le même gouvernement que la bourgeoisie ?

Oui, ils y étaient aussi.

La participation de la social-démocratie aux gouvernements de coalition bourgeoise a-t-elle empêché dans ces pays le fascisme d’attaquer le prolétariat ?

Non, elle ne l’en a pas empêché. Donc, il est clair comme le jour que la participation des ministres social-démocrates au gouvernement bourgeois n’est pas une barrière contre le fascisme.

 » Les communistes agissent en dictateurs, ils veulent constamment nous commander et nous dicter des ordres.  »

Non.

Nous ne commandons rien et ne dictons rien. Nous apportons simplement nos propositions, et nous sommes convaincus que leur application répond aux intérêts du peuple travailleur.

Ce n’est pas seulement le droit, mais c’est encore le devoir de tous ceux qui parlent au nom des ouvriers.

Vous craignez la « dictature » des communistes ? Présentons en commun, si vous le voulez bien, toutes les propositions aux ouvriers, les vôtres et les nôtres ; étudions-les en commun avec tous les ouvriers et choisissons les propositions qui sont les plus utiles à la cause de la classe ouvrière.

Ainsi, tous ces arguments contre le front unique ne résistent pas à la moindre critique.

Ce sont plutôt des échappatoires pour les chefs réactionnaires de la social-démocratie, qui préfèrent leur front unique avec la bourgeoisie au front unique du prolétariat.

Non, ces échappatoires ne prendront pas !

Le prolétariat international a trop souffert des conséquences de la scission du mouvement ouvrier et il acquiert de plus en plus la conviction que le front unique, l’unité d’action du prolétariat à l’échelle nationale et internationale sont nécessaires et parfaitement possibles.

Le contenu et les formes du front unique

Quel est et quel doit être le contenu essentiel du front unique à l’étape donnée ?

La défense des intérêts économiques et politiques immédiats de la classe ouvrière, la défense de cette classe contre le fascisme doit être le point de départ et constituer le contenu essentiel du front unique dans tous les pays capitalistes.

Nous ne devons pas nous borner simplement à des appels sans lendemain en faveur de la lutte pour la dictature du prolétariat, mais trouver et formuler des mots d’ordre et des formes de lutte découlant des nécessités vitales des masses, du niveau de leur combativité à l’étape donnée du développement.

Nous devons indiquer aux masses ce qu’elles ont à faire aujourd’hui pour se défendre contre le pillage capitaliste et la barbarie fasciste.

Nous devons travailler à établir le plus vaste front unique au moyen d’actions communes des organisations ouvrières de différentes tendances pour défendre les intérêts vitaux des masses travailleuses.

Cela signifie :

Premièrement, lutter en commun pour faire réellement retomber les effets de la crise sur les épaules des classes dominantes, sur les épaules des capitalistes, des propriétaires fonciers, en un mot sur les épaules des riches.

Deuxièmement, lutter en commun contre toutes les formes de l’offensive fasciste, pour la défense des conquêtes et des droits des travailleurs, contre la liquidation des libertés démocratiques bourgeoises.

Troisièmement, lutter en commun contre le danger imminent d’une guerre impérialiste, lutter de façon à en entraver la préparation.

Nous devons préparer inlassablement la classe ouvrière à changer rapidement de formes et de méthodes de lutte lorsque la situation change.

A mesure que le mouvement se développe et que l’unité de la classe ouvrière se renforce, nous devons aller plus loin, – préparer le passage de la défensive à l’offensive contre le Capital, en nous orientant vers l’organisation de la grève politique de masse.

Et la condition absolue d’une telle grève doit être la participation à celle-ci des principaux syndicats de chaque pays donné.

Les communistes, évidemment, ne peuvent pas et ne doivent pas, une seule minute, renoncer à leur travail indépendant en matière d’éducation communiste, d’organisation et de mobilisation des masses.

Toutefois, afin d’ouvrir sûrement aux ouvriers la voie de l’unité d’action, il est nécessaire, en même temps, de travailler à réaliser des accords de brève durée comme aussi de longue durée sur les actions à engager en commun avec les Partis social-démocrates, les syndicats réformistes et les autres organisations de travailleurs contre les ennemis de classe du prolétariat.

Ce faisant, il faudra surtout fixer son attention sur le développement des actions de masse à la base, réalisées par les organisations de base, a l’aide d’accords conclus sur place.

En remplissant loyalement les conditions de tous les accords conclus avec eux nous dénoncerons sans merci tout sabotage de l’action commune par les individus et les organisations participant au front unique.

A toutes les tentatives de faire échec aux accords – et il est possible que de telles tentatives aient lieu, – nous répondrons en en appelant aux masses, en continuant notre lutte inlassable pour rétablir l’unité d’action violée.

Il va de soi que la réalisation concrète du front unique dans les divers pays se fera différemment, qu’elle prendra différentes formes selon l’état et le caractère des organisations ouvrières, selon leur niveau politique, la situation concrète du pays donné, les changements intervenus dans le mouvement ouvrier international, etc.

Ces formes peuvent être, par exemple : l’action commune et concertée des ouvriers à telle ou telle occasion, pour des motifs concrets, pour des revendications isolées ou sur la base d’une plate-forme générale ; l’action concertée dans diverses entreprises ou par branches de production ; l’action concertée à l’échelle locale, régionale, nationale ou internationale ; l’action concertée en vue d’organiser la lutte économique des ouvriers, de réaliser des actions politiques de masses, d’organiser l’autodéfense commune contre les attaques fascistes ; l’action concertée en vue de porter secours aux détenus et à leur familles ; de lutter contre la réaction sociale ; l’action concertée pour la défense des intérêts de la jeunesse et des femmes ; dans le domaine de la coopération, de la culture, des sports, etc.

Il serait insuffisant de se contenter simplement de conclure un pacte d’action commune et de créer des commissions de contact composées des partis et organisations participant au front unique , c’est-à-dire semblable à ce que nous a ce que nous avons par exemple, en France.

Ce n’est a que le premier pas.

Le pacte est un moyen auxiliaire de réaliser des actions communes, mais, par lui-même, il n’est pas encore le front unique.

La commission de contact entre les directions respectives des Partis communiste et socialiste est nécessaire pour faciliter la réalisation d’actions communes, mais, par elle-même, elle est loin d’être suffisante pour déployer réellement le front unique, pour entraîner les plus grandes masses à la lutte contre le fascisme.

Les communistes et tous les ouvriers révolutionnaires doivent travailler à la création d’organismes de classe hors parti du front unique dans les entreprises, parmi les chômeurs, dans les quartiers ouvriers, parmi les petites gens des villes et dans les villages organismes élus (et, dans les pays de dictature fasciste, choisis parmi les membres, les plus autorisés du mouvement du front unique).

Seuls, des organismes de cette sorte pourront englober aussi dans le mouvement de front unique l’énorme masse inorganisée des travailleurs, contribuer au développement de l’initiative des masses dans la lutte contre l’offensive du Capital, contre le fascisme et la réaction, et, sur cette base, à la création du vaste cadre de militants ouvriers du front unique qui est indispensable pour la formation de centaines et de milliers de bolchéviks sans parti dans les pays capitalistes.

L’action commune des ouvriers organisés, tel est le début, telle est la base.

Mais nous ne devons pas perdre de vue le fait que les masses inorganisées constituent la majorité écrasante des ouvriers.

C’est ainsi qu’en France le nombre des ouvriers organisés, – communistes, socialistes, membres des syndicats de différentes tendances – n’atteint au total qu’un million environ, tandis que le nombre total des ouvriers est de 11 millions.

En Angleterre les syndicats et les partis de toutes tendances comptent environ 5 millions d’adhérents.

Or, le nombre total des ouvriers est évalué à 14 millions. Aux Etats-Unis d’Amérique, il y a environ 5 millions d’ouvriers organisés, tandis que le nombre total des ouvriers y est de 38 millions.

Le même rapport se retrouve à peu près dans plusieurs autres pays. En temps « normal », cette masse reste, dans son ensemble, en dehors de la vie politique.

Mais, maintenant, cette masse gigantesque entre de plus en plus en mouvement, elle est entraînée et elle intervient dans la vie et sur l’arène politique.

La création d’organismes de classe en dehors des partis est la meilleure forme pour réaliser, élargir et consolider le front unique au plus profond des grandes masses. Ces organismes seront aussi le meilleur rempart contre toutes les tentatives des adversaires du front unique de violer l’unité d’action qui s’établit au sein de la classe ouvrière.

Le Front populaire antifasciste

Dans l’œuvre de mobilisation des masses travailleuses pour la lutte contre le fascisme, une tâche particulièrement importante consiste à créer un vaste front populaire antifasciste sur la base du front unique prolétarien.

Le succès de toute la lutte du prolétariat est étroitement rattaché à l’établissement d’une alliance de combat avec la paysannerie laborieuse et la masse fondamentale de la petite bourgeoisie urbaine, qui forment la majorité de la population même dans les pays d’industrie développée.

Dans sa propagande, le fascisme, désireux de gagner ces masses à ces côtés, tente d’opposer les masses travailleuses de la ville et de la campagne au prolétariat révolutionnaire, de terrifier la petite bourgeoisie avec l’épouvantail du  » péril rouge ».

Il nous appartient de retourner la pointe et de montrer aux paysans laborieux, aux artisans et aux intellectuels travailleurs, d’où vient le danger réel qui les menace : de leur montrer de façon concrète qui fait peser sur le paysan le fardeau des impôts et des taxes, qui lui extorque des intérêts usuraires ; qui donc, possédant la meilleure terre et toutes les richesses, chasse le paysan et sa famille de sa parcelle et le voue au chômage et à la misère.

Il faut expliquer concrètement, expliquer avec patience et persévérance, qui ruine les artisans par les impôts, les taxes, les baux élevés et une concurrence qu’ils ne peuvent supporter, qui jette à la rue et prive de travail les grandes masses d’intellectuels travailleurs.

Mais cela ne suffit pas.

Le principal, le plus décisif pour établir le front populaire antifasciste, c’est l’action résolue du prolétariat révolutionnaire pour la défense des revendications de ces couches sociales et ; en particulier, de la paysannerie laborieuse, revendications qui sont en concordance avec les intérêts fondamentaux du prolétariat et qu’il importe de coordonner dans le cours de la lutte avec les revendications delà classe ouvrière.

Lors de la création du front populaire antifasciste, il est d’une grande importance d’aborder de manière juste les organisations, et les partis auxquels adhèrent en nombre considérable la paysannerie travailleuse et les masses fondamentales de la petite bourgeoisie urbaine.

Dans les pays capitalistes, la majorité de ces partis et de ces organisations, tant politiques qu’économiques, se trouvent encore sous l’influence de la bourgeoisie et continuent à la suivre.

La composition sociale de ces partis et de ces organisations, n’est pas homogène.

On y trouve des Koulaks de taille à côté de paysans sans terre, de grands brasseurs d’affaires à côté de petits boutiquiers, mais la direction y appartient aux premiers, aux agents du grand Capital.

Cela nous oblige à aborder d’une façon différente ces organisations, en tenant compte du fait que, bien souvent, la masse des adhérents ne connaît pas la physionomie politique réelle de sa direction.

Dans des circonstances déterminées, nous pouvons et nous devons orienter nos efforts pour attirer, en dépit de leur direction bourgeoise, ces partis et ces organisations, ou certaines de leurs parties, aux côtés du front populaire antifasciste.

Telle est, par exemple, la situation actuelle en France, avec le Parti Radical ; aux Etats-Unis, avec diverses organisations paysannes ; en Pologne, avec le Stronitstvo Ludové ; en Yougoslavie, avec le Parti paysan croate ; en Bulgarie, avec l’Union Agrarienne ; en Grèce avec les agrariens, etc.

Mais, indépendamment de la question de savoir s’il existe des chances d’attirer de tels partis et de telles organisations aux côtés du front populaire, notre tactique, dans toutes les conditions, doit être orientée de façon à entraîner les petits paysans, les artisans, etc., qui en font partie au front populaire antifasciste.

Vous voyez donc qu’ici, sur toute la ligne, il faut en finir avec le dédain, l’attitude d’indifférence qui s’observent fréquemment dans notre pratique à l’égard des divers partis et des diverses organisations des paysans, des artisans et des masses petites-bourgeoises de la ville.

Les questions cruciales du front unique dans les différents pays

Dans chaque pays, il existe des questions cruciales qui agitent, à l’étape donnée, les plus grandes masses et autour desquelles doit se déployer la lutte pour l’établissement du front unique. Mettre le doigt sur ces points cruciaux, sur ces questions cruciales, c’est garantir et accélérer l’établissement du front unique.

a) Etats-Unis d’Amérique

Prenons, par exemple, un pays du monde capitaliste aussi important que les Etats-Unis d’Amérique.

Ici, la crise a mis en mouvement des masses innombrables. Le programme d’assainissement du capitalisme s’est effondré. Des masses énormes commencent à s’écarter des partis bourgeois, et sont aujourd’hui indécises sur la voie à prendre.

Le fascisme américain naissant s’efforce d’orienter la déception et le mécontentement de ces masses vers le sillage de la réaction fasciste.

En outre, la particularité du développement du fascisme américain consiste en ceci qu’au stade actuel il s’affirme principalement sous la forme d’une opposition au fascisme, en tant que courant  » non américain  » importé de l’étranger.

A la différence du fascisme allemand formulant des mots d’ordre anticonstitutionnels, le fascisme américain tente de se camper dans le rôle de champion de la Constitution et de la  » démocratie américaine ».

Il ne représente pas encore une force constituant une menace directe.

Mais s’il réussit à pénétrer dans les grandes masses déçues par les vieux partis bourgeois, il peut devenir une menace sérieuse dans le plus proche avenir.

Or que signifierait la victoire du fascisme aux Etats-Unis ? Pour les masses travailleuses, elle signifierait, on le conçoit bien, un renforcement effréné du régime d’exploitation et l’écrasement du mouvement ouvrier.

Et quelle serait la portée internationale de cette victoire du fascisme ? Les Etats-Unis, comme on le sait, ce n’est pas la Hongrie, ni la Finlande, ni la Bulgarie ou la Lettonie.

La victoire du fascisme aux Etats-Unis modifierait très notablement toute la situation internationale.

Dans ces conditions, le prolétariat américain peut-il se contenter d’organiser seulement son avant-garde consciente, qui est prête à marcher dans la voie révolutionnaire ?

Non.

Il est tout à fait évident que l’intérêt du prolétariat américain exige que toutes ses forces se délimitent, sans retard, des partis capitalistes.

Il lui est indispensable de trouver les voies et les formes adéquates pour empêcher à temps le fascisme de s’emparer des grandes masses de travailleurs mécontents.

Et ici, nous devons dire que la création d’un parti de masse des travailleurs, d’un  » Parti ouvrier et paysan  » pourrait être cette forme adéquate dans les conditions américaines. Un tel parti serait une forme spécifique du front populaire de masse en Amérique à opposer aux partis des trusts et des banques de même qu’au fascisme grandissant.

Un tel parti ne sera, évidemment, ni socialiste, ni communiste.

Mais il doit être antifasciste et ne doit pas être un parti anticommuniste.

Le programme de ce parti doit être dirigé contre les banques, les trusts et les monopoles, contre les principaux ennemis du peuple qui spéculent sur ses malheurs.

Un tel parti ne peut répondre à sa destination que s’il défend les revendications quotidiennes de la classe ouvrière, s’il lutte pour une véritable législation sociale, pour l’assurance contre le chômage ; s’il lutte pour la terre aux fermiers blancs et noirs, et pour leur libération du fardeau des dettes, s’il s’applique à faire annuler les dettes des fermiers, s’il combat pour l’égalité des Nègres, pour la défense des revendications des anciens combattants, pour la défense des intérêts des représentants des professions libérales, des petits commerçants et artisans.

Et ainsi de suite. Il va de soi qu’un tel parti militera pour faire entrer ses représentants dans les municipalités, dans les organismes représentatifs, des différents Etats, ainsi qu’au Congrès et au Sénat.

Nos camarades des Etats-Unis ont agi de façon juste, en faisant preuve d’initiative.

Pour la création d’un tel parti.

Mais ils auront encore à prendre des mesures effectives pour que la création de ce parti devienne l’œuvre des masses elles-mêmes.

Le problème de l’organisation d’un  » Parti ouvrier-paysan  » et son programme, doit être étudié dans des réunions populaires de masse.

Il est nécessaire de déployer un très vaste mouvement autour de la création de ce parti, et d’en prendre la tête.

En aucun cas, il ne faut permettre que l’initiative dans le travail d’organisation du Parti passe aux mains des éléments qui veulent utiliser le mécontentement des masses innombrables déçues par les deux partis bourgeois, démocratique et républicain, pour créer un « troisième » parti aux Etats-Unis, comme parti anticommuniste, comme parti dirigé contre le mouvement révolutionnaire.

b) Angleterre

En Angleterre, par suite des manifestations de masse des ouvriers anglais, l’organisation fasciste de Mosley a été momentanément refoulée à l’arrière-plan. Mais nous ne devons pas perdre de vue que le  » gouvernement national  » prend contre la classe ouvrière une série de mesures réactionnaires à l’aide desquelles il se crée en Angleterre aussi, des conditions qui faciliteraient à la bourgeoisie, en cas de besoin, le passage au régime fasciste.

Combattre le danger fasciste en Angleterre à l’étape donnée, c’est lutter avant tout contre le  » gouvernement national « , contre ses mesures réactionnaires, contre l’offensive du Capital, pour la défense des revendications des chômeurs, contre la baisse des salaires, pour l’abolition de toutes les lois à l’aide desquelles la bourgeoisie anglaise abaisse le niveau de vie des masses.

Mais la haine croissante de la classe ouvrière contre le  » gouvernement national  » unit des masses de plus en plus considérables, sous le mot d’ordre de formation, en Angleterre, d’un nouveau gouvernement travailliste.

Les communistes peuvent-ils dédaigner cet état d’esprit des grandes masses qui gardent encore leur foi dans un gouvernement travailliste ?

Non, camardes ! Nous devons trouver la voie qui conduit à ces masses.

Nous leur disons ouvertement, ainsi que l’a fait le XIIIe Congrès du Parti Communiste Anglais : nous communistes, sommes partisans du pouvoir soviétique, seul pouvoir capable d’affranchir les ouvriers du joug du Capital.

Mais vous voulez un gouvernement travailliste ?

Soit.

Nous avons lutté et luttons avec vous, la main dans la main, pour la défaite du  » gouvernement national « .

Nous sommes prêts à soutenir votre lutte pour la formation d’un nouveau gouvernement travailliste, encore que les deux gouvernements travaillistes précédents n’aient pas tenu les promesses faites à la classe ouvrière par le Parti travailliste.

Nous n’attendons pas de ce gouvernement la réalisation de mesures socialistes.

Mais au nom de millions d’ouvriers, nous exigeons de lui qu’il défende les intérêts économiques et politiques les plus urgents de la classe ouvrière et de tous les travailleurs.

Etudions donc ensemble le programme commun de ces revendications et réalisons l’unité d’action indispensable au prolétariat pour riposter à l’offensive réactionnaire du  » gouvernement national « , à l’offensive du Capital et du fascisme, à la préparation d’une nouvelle guerre.

Sur cette base, les communistes anglais sont prêts à se présenter en commun avec les organisations du Parti travailliste aux prochaines élections parlementaires contre le  » gouvernement national « , ainsi que contre Lloyd George qui tente à sa manière d’entraîner les masses derrière lui contre la cause de la classe ouvrière, dans l’intérêt de la bourgeoisie anglaise.

Cette position des communistes anglais est juste.

Elle leur facilitera l’établissement du front unique de lutte avec les millions de travailleurs des syndicats et du Parti travailliste. Tout en restant constamment dans les premiers rangs du prolétariat en lutte, tout en indiquant aux masses la seule voie juste, – la voie de la lutte pour le renversement révolutionnaire de la domination de la bourgeoisie et l’instauration du pouvoir des Soviets, – les communistes, lorsqu’ils définissent leurs tâches politiques actuelles, ne doivent pas chercher à brûler les étapes nécessaires du mouvement de .masse, dans le cours duquel les masses ouvrières se dégagent de leurs illusions par leur propre expérience et passent aux côtés du communisme.

c) France

La France est le pays où, comme on le sait, la classe ouvrière donne à tout le prolétariat international un exemple de la façon dont il faut combattre le fascisme.

Le Parti Communiste Français fournit à toutes les sections de l’Internationale Communiste un exemple de la façon dont il faut réaliser la tactique du front unique ; les ouvriers socialistes y fournissent un exemple de ce que les ouvriers social-démocrates des autres pays capitalistes doivent faire aujourd’hui dans la lutte contre le fascisme.

La manifestation antifasciste, avec un demi-million de participants, qui s’est déroulée le 14 juillet de cette année à Paris et les nombreuses manifestations des autres villes de France ont eu une portée énorme.

Ce n’est plus seulement un mouvement de front unique ouvrier, c’est le début d’un vaste front populaire contre le fascisme en France.

Ce mouvement de front unique augmente la foi de la classe ouvrière dans ses forces, affermit en elle la conscience de son rôle dirigeant à l’égard de la paysannerie, de la petite bourgeoisie des villes, des intellectuels ; il élargit l’influence du Parti Communiste dans les masses ouvrières, et, partant, rend le prolétariat plus fort dans la lutte contre le fascisme.

Il mobilise en temps opportun la vigilance des masses à l’égard du danger fasciste.

Et il servira d’exemple contagieux pour le déploiement de la lutte antifasciste dans les autres pays capitalistes ; il exercera une action réconfortante sur les prolétaires d’Allemagne écrasés par la dictature fasciste.

La victoire est grande, en effet, mais elle ne décide pas encore de l’issue de la lutte antifasciste.

La majorité écrasante du peuple français est incontestablement contre le fascisme.

Mais la bourgeoisie sait, à l’aide de ses forces armées, violenter la volonté des peuples.

Le mouvement fasciste continue à se développer en toute liberté avec le soutien actif du capital monopoliste, de l’appareil d’État de la bourgeoisie, de l’état-major de l’armée française et des dirigeants réactionnaires de l’Église catholique, qui sont le rempart de toute réaction.

La plus forte organisation fasciste, les Croix de feu, dispose aujourd’hui de 300 000 hommes armés, dont le noyau est formé par 60 000 officiers de réserve.

Elle détient de solides positions dans la police, dans la gendarmerie, dans l’armée et l’aviation, dans tout l’appareil d’État.

Le dernières élections municipales montrent qu’en France grandissent non seulement les forces révolutionnaires, mais aussi les forces du fascisme.

Si le fascisme réussit à pénétrer profondément dans la paysannerie et à s’assurer le soutien d’une partie de l’armée, l’autre restant neutre, les masses laborieuses de France ne pourront empêcher l’accession des fascistes au pouvoir.

N’oubliez pas que la faiblesse d’organisation du mouvement ouvrier français facilite le succès de l’offensive fasciste.

Il n’y a aucune raison, ni pour la classe ouvrière, ni pour tous les antifascistes dé France, de se rassurer à la vue des résultats obtenus.

Quelles tâches se posent devant la classe ouvrière de France ?

Premièrement, obtenir la réalisation du front unique non seulement dans le domaine politique, mais aussi dans le domaine économique pour organiser la lutte contre l’offensive du Capital, briser par son élan la résistance opposée au front unique par les chefs de la Confédération du Travail réformiste.

Deuxièmement obtenir la réalisation dé l’unité syndicale en France : syndicats uniques sur la base de la lutte de classe.

Troisièmement, entraîner dans le mouvement antifasciste les grandes masses paysannes, les masses de la petite bourgeoisie, en réservant à leurs revendications urgentes. une place spéciale dans le programme du front populaire antifasciste.

Quatrièmement, consolider au point de vue de l’organisation et élargir encore le mouvement antifasciste existant déjà par la création en masse d’organismes électifs sans-parti du Front populaire antifasciste, étendant leur influence à des masses plus considérables que les partis et que les organisations de travailleurs existant actuellement en France.

Cinquièmement, faire pression pour la dissolution et le désarmement des organisations fascistes, en tant qu’organisations d’individus qui conspirent contre la République et qui sont les agents de Hitler en France.

Sixièmement, faire en sorte que l’appareil d’Etat, l’armée, la police soient épurés des conspirateurs qui préparent un coup d’Etat fasciste.

Septièmement, développer la lutter contre les dirigeants des cliques réactionnaires de l’Eglise catholique, un des principaux remparts du fascisme français.

Huitièmement, lier l’armée au mouvement antifasciste en créant, dans son sein, des comités de défense de la République et de la Constitution contre ceux qui veulent se servir de l’armée pour un coup d’Etat anticonstitutionnel, ne pas permettre aux forces réactionnaires de France de faire échec à l’accord franco-soviétique qui défend la causé de la paix contre l’agression du fascisme allemand.

Et si, en France, le mouvement antifasciste aboutit à la création d’un gouvernement qui applique une lutte véritable – non pas en paroles, mais en fait – contre le fascisme français, qui fasse passer dans la réalité le programme de revendications du front populaire antifasciste, les communistes tout en restant les ennemis irréconciliables de tout gouvernement bourgeois et les partisans du pouvoir des Soviets, seront prêts, néanmoins, en face du danger fasciste grandissant, à soutenir un tel gouvernement.

Le front unique et les organisations fascistes de masse

La lutte pour la réalisation du front unique dans les pays où les fascistes sont au pouvoir est, peut-être, le problème le plus important qui s’offre à nous. Là-bas, cette lutte, on le conçoit, se déroule dans des conditions beaucoup plus pénibles que dans les pays à mouvement ouvrier légal.

Et cependant, dans les pays fascistes, toutes les conditions sont réunies pour déployer un véritable front populaire antifasciste dans la lutte contre la dictature fasciste étant donné que les ouvriers social-démocrates, catholiques et autres, en Allemagne par exemple, peuvent prendre plus directement conscience de la nécessité de mener la lutte en commun avec les communistes contre la dictature fasciste. Les grandes masses de la petite bourgeoisie et de la paysannerie, qui ont déjà goûté aux fruits amers de la domination fasciste, éprouvent un mécontentement et une déception toujours plus grands, ce qui facilite leur adhésion au front populaire antifasciste. Ainsi, la tâche essentielle dans les pays fascistes, particulièrement en Allemagne et en Italie, où le fascisme a su s’assurer une base de masse et a embrigadé de force les ouvriers et les autres travailleurs dans ses organisations, consiste à combiner judicieusement la lutte contre la dictature fasciste de l’extérieur avec le travail de sape exécuté contre elle de l’intérieur, dans les organisations et organismes fascistes de masse.

Il est nécessaire d’étudier, de s’assimiler et d’appliquer, suivant les conditions concrètes de ces pays, les méthodes et moyens particuliers qui contribuent à la désagrégation la plus rapide de la base de masse du fascisme et préparent le renversement de la dictature fasciste. Voilà ce qu’il faut étudier, s’assimiler et appliquer, au lieu de crier simplement :  » A bas Hitler !  » et  » A bas Mussolini !  »

Oui, étudier, assimiler et appliquer !

C’est là une tâche difficile et compliquée. D’autant plus difficile que notre expérience d’une lutte couronnée de succès contre la dictature fasciste est extrêmement limitée.

Nos camarades italiens, par exemple, luttent depuis treize ans environ dans les conditions de la dictature fasciste.

Et, cependant, ils n’ont pas encore réussi à déployer une véritable lutte de masse contre le fascisme ; c’est pourquoi, malheureusement, ils n’ont guère pu, sous ce rapport, aider, par une expérience positive, les autres Partis communistes des pays fascistes.

Les communistes allemands et italiens et les communistes des autres pays fascistes, de même que les jeunesses communistes, ont accompli des prodiges d’héroïsme ; ils ont consenti et consentent chaque jour des sacrifices énormes.

Nous nous inclinons tous devant cet héroïsme et ces sacrifices.

Mais l’héroïsme seul ne suffit pas.

Cet héroïsme, il est nécessaire de le coordonner avec un travail quotidien dans les masses, avec une lutte concrète contre le fascisme, telle qu’elle nous permette d’obtenir ici les résultats les plus tangibles.

Dans notre lutte contre la dictature fasciste, il est particulièrement dangereux de prendre nos désirs pour des réalités, il faut partir des faits, de la situation concrète, réelle.

Or, quelle est aujourd’hui la réalité, par exemple, en Allemagne ?

Dans les masses grandissent le mécontentement et la déception contre la politique de la dictature fasciste, revêtant même la forme de grèves partielles et d’autres manifestations. Malgré tous ses efforts, le fascisme n’a pas réussi à gagner politiquement la masse fondamentale des ouvriers ; il perd et perdra de plus en plus jusqu’à ses anciens partisans.

Néanmoins, nous devons nous rendre compte du fait que les ouvriers, convaincus de la possibilité de renverser la dictature fasciste et prêts dès aujourd’hui à lutter activement pour atteindre ce but, sont encore pour le moment en minorité ; c’est nous, les communistes, et la partie révolutionnaire des ouvriers social-démocrates.

Quant à la majorité des travailleurs, elle n’a pas encore pris conscience des possibilités réelles et concrètes, ni des voies qui conduisent au renversement de cette dictature ; elle reste encore dans l’expectative.

Il faut tenir compte de ce fait lorsque nous fixons nos tâches dans la lutte contre le fascisme en Allemagne et que nous nous disposons à chercher, à étudier et à appliquer les procédés spéciaux propres à ébranler et à renverser la dictature fasciste en Allemagne.

Pour porter un coup sensible à la dictature fasciste, nous devons connaître son point le plus vulnérable.

Où se trouve le talon d’Achille de la dictature fasciste ?

Dans sa base sociale.

Cette dernière est extrêmement hétérogène. Elle englobe diverses classes et diverses couches de la société.

Le fascisme s’est proclamé l’unique représentant de toutes les classes et couches de la population : du fabricant et de l’ouvrier, du millionnaire et du chômeur, du junker et du petit paysan, du grand capitaliste et de l’artisan. Il fait semblant de défendre les intérêts de toutes ces couches, les intérêts de la nation.

Mais, étant la dictature de la grande bourgeoisie, le fascisme doit inévitablement entrer en conflit avec sa base sociale de masse, d’autant plus que c’est précisément sous la dictature fasciste qu’apparaissent avec le plus de relief les contradictions de classe entre le ramassis des magnats de la finance et la majorité écrasante du peuple.

Amener les masses à la lutte résolue pour le renversement de la dictature fasciste, nous ne le pouvons qu’en entraînant les ouvriers embrigadés de force ou entrés par inconscience dans les organisations fascistes, aux mouvements les plus élémentaires pour la défense de leurs intérêts économiques, politiques et culturels.

C’est précisément pour cette raison que les communistes doivent travailler dans ces organisations comme les meilleurs défenseurs des intérêts quotidiens de la masse des adhérents, en tenant compte du fait que, à mesure que les ouvriers adhérents à ces organisations se mettent de plus en plus souvent à revendiquer leurs droits et à défendre leurs intérêts, ils se heurtent inévitablement à la dictature fasciste.

Sur le terrain de la défense des intérêts vitaux et, au début, des intérêts les plus élémentaires, des masses travailleuses de la ville et de la campagne, il est relativement plus facile de trouver un langage commun non seulement avec les antifascistes conscients, mais aussi avec ceux des travailleurs qui sont encore partisans du fascisme, et qui, pourtant, déçus et mécontents de sa politique, murmurent et cherchent une occasion d’exprimer leur mécontentement.

En général, nous devons nous rendre compte que toute notre tactique dans les pays de dictature fasciste doit revêtir un caractère qu’il n’écarte pas de nous les simples partisans du fascisme, qu’il ne les rejette pas dans ses bras, mais approfondisse l’abîme entre le sommet fasciste et la masse des simples partisans déçus du fascisme, qui sortent des couches travailleuses.

Il n’y a pas de quoi perdre contenance s’il arrive que les gens mobilisés autour de ces intérêts quotidiens se considèrent ou bien comme des indifférents en politique, ou bien même comme des partisans du fascisme.

Ce qui importe pour nous, c’est de les entraîner à un mouvement qui, tout en ne s’affirmant pas ouvertement au début sous des mots d’ordre de lutte contre le fascisme, n’en est pas moins déjà, objectivement, un mouvement antifasciste, puisqu’il oppose ces masses à la dictature fasciste.

L’expérience nous enseigne que c’est un point de vue nuisible et erroné que de croire que dans les pays de dictature fasciste, il est prétendument impossible en général d’agir légalement ou semi-légalement.

Insister sur un point de vue de ce genre, c’est tomber dans la passivité, c’est renoncer en général à tout travail de masse réel.

Il est vrai que trouver dans les conditions de la dictature fasciste les formes et les méthodes d’une action légale ou semi-légale, est une tâche difficile, compliquée.

Mais, comme dans beaucoup d’autres questions, la voie nous est indiquée par la vie elle-même et par l’initiative des masses elles-mêmes qui ont déjà fourni une série d’exemples que nous devons généraliser, appliquer d’une façon organisée et judicieuse.

Il est nécessaire de mettre un terme de la façon la plus résolue à la sous-estimation du travail dans les organisations fascistes de masse. En Italie comme en Allemagne et dans plusieurs autres pays fascistes, les communistes ont couvert leur passivité et souvent même leur refus direct, dans la pratique, de travailler au sein des organisations fascistes de masse en opposant le travail dans les entreprises au travail dans les organisations fascistes de masse. En réalité, cette opposition schématique a justement abouti à ceci que le travail était mené avec une mollesse extrême et parfois même n’était pas mené du tout ni dans les organisations fascistes de masse ni dans les entreprises. Or, dans les pays fascistes, il est particulièrement important pour les communistes d’être partout où sont les masses.

Le fascisme a supprimé aux ouvriers leurs organisations légales propres.

Il leur a imposé les organisations fascistes et c’est là que se trouvent les masses, de force où, en partie, volontairement.

Ces organisations fascistes de masse peuvent et doivent être notre champ d’action légal ou semi-légal, le champ où nous serons en rapport avec les masses.

Elles peuvent et doivent devenir pour nous le point de départ légal ou semi-légal de la défense des intérêts quotidiens des masses.

En vue d’utiliser ces possibilités, les communistes doivent travailler à obtenir des postes électifs dans les organisations fascistes de masse dans le but d’assurer la liaison avec la masse, et s’affranchir une fois pour toutes du préjugé d’après lequel un tel genre d’activité ne sied pas à un ouvrier révolutionnaire, est indigne de lui.

En Allemagne, par exemple, il existe un système de  » délégués d’usine « . Où donc est-il dit que nous devions laisser aux fascistes le monopole de ces organisations ? Est-ce que nous ne pouvons pas tenter d’unir dans l’entreprise les ouvriers communistes, social-démocrates, catholiques et autres ouvriers antifascistes pour que, au moment du vote sur la liste des « délégués d’usine », ils rayent les agents manifestes du patron et y portent d’autres candidats, jouissant de la confiance des ouvriers ? La pratique a déjà prouvé que la chose est possible. Est-ce que la pratique ne nous dit pas aussi qu’il est possible, en commun avec les ouvriers social-démocrates et les autres ouvriers mécontents, d’exiger des « délégués d’usine » qu’ils défendent réellement les intérêts des ouvriers ? Prenez le Front du travail en Allemagne ou les syndicats fascistes en Italie. N’est-il pas possible d’exiger l’élection, au lieu de la nomination, des fonctionnaires du Front du travail, d’insister pour que les organismes dirigeants des groupes locaux rendent compte de leur activité aux assemblées des membres des organisations, de présenter sur décision du groupe ces revendications au patron, à « l’inspecteur du travail », aux organismes supérieurs du Front du travail ? C’est possible, à condition que les ouvriers révolutionnaires travaillent réellement dans le Front du travail et cherchent à y obtenir des postes. Des méthodes de travail analogues sont possibles et nécessaires aussi dans les autres organisations fascistes de masse, – dans l’union hitlérienne des jeunesses, dans les organisations sportives, dans l’organisation Kraft durch Freude en Allemagne, Dopo lavoro en Italie, dans les coopératives, etc.

Vous vous souvenez de l’antique légende de la prise de Troie.

Troie, pour se mettre à l’abri de l’armée qui l’attaquait, s’était entourée de murailles inabordables.

Et l’armée attaquante, après avoir perdu nombre de victimes, ne put remporter la victoire tant qu’elle n’eut pas pénétré à l’aide du fameux cheval de Troie, à l’intérieur, au cœur même de la place ennemie.

Il me semble que nous, ouvriers révolutionnaires, ne devons pas nous sentir gênés à l’idée d’appliquer la même tactique à l’égard de notre ennemi fasciste, qui recourt pour se défendre contre le peuple au mur vivant de ses égorgeurs.

Quiconque ne comprend pas la nécessité d’appliquer une telle tactique à l’égard du fascisme, quiconque tient cette façon d’agir pour « humiliante », peut être excellent camarade, mais permettez-moi de vous le dire que c’est un bavard et non un révolutionnaire, et qu’il ne saura pas conduire les masses au renversement de la dictature fasciste.

Le mouvement de masse du front unique, qui prend naissance à l’extérieur et à l’intérieur des organisations fascistes d’Allemagne, d’Italie et des autres pays où le fascisme possède une base de masse – en partant de la défense des besoins les plus élémentaires, en changeant ses formes et ses mots d’ordre de lutte au fur et à mesure de l’extension et de la montée de cette lutte, – sera le bélier qui détruira la forteresse de la dictature fasciste tenue aujourd’hui par beaucoup de gens pour inexpugnable.

Le front unique dans les pays ou les social-démocrates sont au gouvernement

La lutte pour l’établissement du front unique soulève encore un autre problème très important, celui du front unique dans les pays où il y a au pouvoir des gouvernements social-démocrates ou des gouvernements de coalition avec participation socialiste, comme, par exemple, au Danemark, en Norvège, en Suède, en Tchécoslovaquie et en Belgique.

On connaît notre attitude absolument négative à l’égard des gouvernements social-démocrates qui sont des gouvernements de conciliation avec la bourgeoisie. Néanmoins, nous ne considérons pas la présence d’un gouvernement social-démocrate ou d’une coalition gouvernementale du Parti Social-démocrate avec les partis bourgeois comme un obstacle insurmontable à l’établissement du front unique avec les social-démocrates sur des questions déterminées : Nous estimons que, dans ce cas également, le front unique est parfaitement possible et indispensable pour la défense des intérêts quotidiens du peuple travailleur et dans la lutte contre le fascisme.

Il va de soi que dans les pays où les représentants des partis social-démocrates participent au gouvernement, la direction social-démocrate oppose la plus forte résistance au front unique prolétarien.

Cela est tout à fait compréhensible ; ne veulent-ils pas montrer à la bourgeoisie que ce sont eux qui, précisément savent mieux et plus habilement que tous les autres tenir en bride les masses ouvrières mécontentes et les protéger de l’influence du communisme ? Cependant, le fait que les ministres social-démocrates ont une attitude négative à l’égard du front unique prolétarien ne saurait justifier le moins du monde l’état de choses où les communistes ne font rien pour créer le front unique du prolétariat.

Nos camarades des pays scandinaves suivent souvent la voie du moindre effort, en se bornant à dénoncer dans leur propagande le gouvernement social-démocrate.

C’est une faute.

Au Danemark, par exemple, voilà dix ans que les chefs social-démocrates sont installés au gouvernement, et voilà dix ans que, de jour en jour, les communistes répètent que c’est un gouvernement bourgeois, capitaliste.

Il faut supposer que cette propagande est connue des ouvriers danois.

Le fait qu’une majorité considérable donne quand même ses suffrages au Parti Social-démocrate gouvernemental, ne montre qu’une chose : c’est qu’il ne suffit pas pour les communistes de dénoncer le gouvernement dans leur propagande ; cependant, cela ne montre pas que ces centaines de milliers d’ouvriers soient contents de toutes les mesures gouvernementales des ministres social-démocrates.

Non, ils sont mécontents du fait que le gouvernement social-démocrate, par son « accord de crise », vient en aide aux grands capitalistes et aux propriétaires fonciers, et non pas aux ouvriers et à la paysannerie pauvre ; que par son décret de janvier 1933, il a retiré aux ouvriers le droit de grève ; que la direction social-démocrate projette une dangereuse réforme électorale antidémocratique (avec une réduction considérable du nombre des députés). Je ne me tromperai guère en affirmant que 99% des ouvriers du Danemark n’approuvent pas de telles démarches politiques de la part des chefs et des ministres social-démocrates.

Les communistes ne peuvent-ils pas appeler les syndicats et les organisations social-démocrates du Danemark à étudier telle ou telle question d’actualité ; à formuler leur opinion et à intervenir en commun pour le front unique prolétarien dans le but de faire aboutir les revendications ouvrières ?

Au mois d’octobre de l’an dernier, lorsque nos camarades danois firent appel aux syndicats pour engager l’action contre la réduction des secours de chômage et pour les droits démocratiques des syndicats, près de cent organisations syndicales locales ont adhéré au front unique.

En Suède, c’est la troisième fois que le gouvernement social-démocrate se trouve au pouvoir ; mais les communistes suédois se sont longtemps refusés, dans la pratique, à appliquer la tactique du front unique.

Pourquoi ?

Etaient-ils donc contre le front unique ? Non, évidemment, ils étaient en principe pour le front unique, pour le front unique en général, mais ils n’avaient pas compris à quel propos, dans quelles questions, pour la défense de quelles revendications il serait possible de ’mettre sur pied avec succès le front unique prolétarien, à quoi et comment s’accrocher. Quelques mois avant la constitution du gouvernement social-démocrate, le Parti Social-démocrate avait formulé, pendant la lutte électorale, une plate-forme renfermant une série de revendications qui auraient justement pu être comprises dans la plate-forme du front unique prolétarien.

Par exemple, les mots d’ordre :

« Contre les droits de douane ».

« Contre la militarisation « .

« En finir avec les atermoiements dans la question des assurances contre le chômage ».

« Assurer aux vieillards une pension suffisante pour vivre ».

 » Ne pas tolérer l’existence d’organisations telles que Munch – Korps  » (organisation fasciste) .

 » A bas la législation antisyndicale de classe réclamée par les partis bourgeois « .

Plus d’un million de travailleurs de Suède ont voté en 1932 pour ces revendications formulées par la social-démocratie, et ont salué en 1933 la formation du gouvernement social-démocrate, dans l’espoir que, maintenant, ces revendications allaient être réalisées.

Quoi de plus naturel dans cette situation et quel moyen de répondre à un plus haut degré aux désirs des masses ouvrières, qu’un message du Parti communiste à toutes les organisations social-démocrates et syndicales, avec la proposition d’entreprendre des actions communes en vue de réaliser ces revendications formulées par le Parti Social-Démocrate ?

Si, aux fins de réalisation des revendications formulées par les social-démocrates eux-mêmes, on avait réussi à mobiliser réellement les grandes masses, à souder les organisations ouvrières social-démocrates et communistes dans un front unique, il n’est pas douteux que la classe ouvrière de Suède y aurait gagné.

Les ministres social-démocrates de Suède, évidemment, ne s’en serait pas trop réjouis.

Car, dans ce cas, le gouvernement aurait été contraint de satisfaire ne fût-ce que quelques revendications.

En tout cas, il ne se serait pas produit ce qui est arrivé maintenant, à savoir que le gouvernement, au lieu de supprimer les droits de douane a majoré certaines taxes ; au lieu de limiter le militarisme, a augmenté le budget de la Guerre et, au lieu de repousser toute législation dirigée contre les syndicats, a lui-même présenté au Parlement un projet de loi de ce genre.

Il est vrai qu’en rapport avec cette dernière question, le Parti Communiste Suédois a réalisé une bonne campagne de masse dans le sens du front unique prolétarien, et a obtenu, en fin de compte, que même la fraction social-démocrate du Parlement se sente obligée de voter contre le projet de loi gouvernemental, si bien que celui-ci, pour l’instant, a avorté.

Les communistes norvégiens ont agi de façon juste en appelant lors du Premier Mai les organisations du Parti Ouvrier à manifester en commun, et en formulant une série de revendications qui, dans le fond, coïncidaient avec les revendications de la plate-forme électorale du Parti Ouvrier Norvégien.

Bien que cette démarche en faveur du front unique eût été faiblement préparée et que la direction du Parti Ouvrier Norvégien y eût été opposée, des manifestations de front unique ont eu lieu dans trente localités.

Les communistes étaient nombreux autrefois à craindre que ce fût une manifestation d’opportunisme de leur part que de s’abstenir d’opposer à n’importe quelle revendication partielle des social-démocrates des revendications à eux, deux fois plus radicales.

C’était là une faute naïve. Si les social-démocrates revendiquent, par exemple, la dissolution des organisations fascistes, point n’est besoin pour nous d’ajouter « et la dissolution de la police d’Etat » (pour la raison qu’il serait opportun de formuler cette revendication dans une autre situation), mais nous devons dire aux ouvriers social-démocrates : nous sommes prêt à accepter ces revendications de votre Parti comme revendications du front unique prolétarien et à lutter jusqu’au bout pour la réalisation de ce dernier.

Engageons la lutte en commun.

En Tchécoslovaquie également, on peut et on doit utiliser, pour établir le front unique de la classe ouvrière des revendications déterminées, formulées par la social-démocratie tchèque et allemande et les syndicats réformistes. Lorsque la social-démocratie revendique, par exemple, du travail pour les chômeurs ou l’abolition, – comme elle le demande depuis 1927, – des lois limitant l’autonomie des municipalités, il faut, à la base et dans chaque département concrétiser ces revendications et, d’un commun accord avec les organisations social-démocrates, lutter pour obtenir réellement satisfaction.

Ou bien, lorsque les Partis social-démocrates fulminent « en général » contre les agents du fascisme dans l’appareil d’Etat, il convient à chaque département de tirer au grand jour les porte-parole du fascisme en chair et en os et d’exiger en commun avec les ouvriers social-démocrates leur renvoi des institutions d’Etat. En Belgique ; les chefs du Parti Socialiste avec Emile Vandervelde en tête, sont entrés dans le gouvernement de coalition.

Ils ont remporté ce « succès grâce à leur longue et vaste campagne pour deux revendications essentielles : 1) annulation des décrets-lois et 2) réalisation du plan De Man.

La première question est très importante. L’ancien gouvernement avait promulgué 150 décrets-lois réactionnaires, qui font peser un fardeau extrêmement lourd sur le peuple travailleur.

On se proposait de les annuler aussitôt.

Le Parti Socialiste l’exigeait.

Eh bien !

Y a-t-il beaucoup de décrets-lois annulés par le nouveau gouvernement ?

Celui-ci n’en a aboli aucun ; il a simplement atténué un peu quelques lois d’exception, afin de payer une sorte de rançon « symbolique » pour les nombreuses promesses faites par les chefs socialistes de Belgique (à l’instar du « dollar symbolique » que certaines puissances européennes proposaient à l’Amérique en paiement des dettes de guerre qu’elles avaient contractées par millions). En ce qui concerne la réalisation du plan prometteur De Man, les choses ont pris un tour tout à fait inattendu pour les masses social-démocrates : les ministres socialistes ont déclaré qu’il fallait d’abord surmonter la crise économique et n’appliquer que celles des parties du plan De Man qui améliorent la situation des capitalistes industriels et des banques, – et ce n’est qu’après qu’il sera possible d’appliquer les mesures visant à alléger la situation des ouvriers.

Mais combien de temps les ouvriers devront-ils attendre leur part de « prospérité », que leur promet le plan De Man ?

Une véritable pluie d’or s’est déjà répandue sur les banquiers belges.

On a déjà réalisé la dévaluation du franc belge à 28 % ; grâce à cette manipulation les banquiers ont pu s’approprier en guise de trophée quatre milliards et demi de francs, aux frais des salariés et des petits épargnants.

Comment donc cela s’accorde-t-il avec le contenu du plan De Man ? Car, à croire le plan à la lettre, il promet de  » poursuivre les excès monopolistes et les manœuvres spéculatrices « .

En vertu du plan De Man, le gouvernement a nommé une commission chargée de contrôler les banques, mais elle est composée de banquiers qui aujourd’hui, joyeux et insouciants, se contrôlent eux-mêmes !

Le plan De Man promet encore d’autres bonnes choses :  » réduction du temps de travail « ,  » normalisation du salaire « ,  » minimum de salaire « ,  » organisation d’un système universel d’assurances sociales », « extension des commodités de la vie grâce à de nouvelles constructions d’habitations  » etc.

Autant de revendications que nous, communistes, pouvons soutenir.

Nous devons nous-adresser aux organisations ouvrières de Belgique et leur dire : les capitalistes ont déjà suffisamment touché, et même beaucoup trop.

Exigeons des ministres social-démocrates qu’ils tiennent les promesses qu’ils ont faites aux ouvriers.

Groupons-nous en un front unique pour le succès de la défense de nos intérêts.

Ministre Vandervelde, nous soutenons les revendications en faveur des ouvriers contenues dans votre plate-forme, mais nous le déclarons ouvertement : ces revendications, nous les prenons au sérieux, nous voulons des actes et non des paroles vaines, et c’est pourquoi nous groupons des centaines de milliers d’ouvriers dans la lutte pour qu’elles soient satisfaites !

Ainsi, dans les pays à gouvernement social-démocrate, les communistes, utilisant telles revendications correspondantes qui sont contenues dans les plate-formes des partis social-démocrates eux-mêmes, et les promesses faites lors des élections par les ministres social-démocrates, comme point de départ pour réaliser l’action commune avec les partis et organisations social-démocrates, pourront ensuite plus aisément déployer la campagne pour l’établissement du front unique, cette fois sur la base d’une série d’autres revendications des masses en lutte contre l’offensive du Capital, contre le fascisme et la menace de guerre.

En outre, il ne faut pas perdre de vue que si, d’une façon générale, l’action commune avec les partis et les organisations social-démocrates, exige des communistes qu’ils fassent une critique sérieuse et fondée de la social-démocratie en tant qu’idéologie et pratique de la collaboration de classe avec la bourgeoisie, et qu’ils éclairent fraternellement, inlassablement les ouvriers social-démocrates sur le programme et les mots d’ordre du communisme, cette tâche est particulièrement importante dans la lutte pour le front unique dans les pays où existent justement des gouvernements social-démocrates.

La lutte pour l’unité syndicale

La réalisation de l’unité syndicale â l’échelle nationale et internationale doit devenir l’étape essentielle dans l’affermissement du front unique. Comme on le sait, c’est dans les syndicats que la tactique scissionniste des chefs réformistes a été appliquée avec le plus d’acuité.

Et cela se conçoit : c’est là que leur politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie trouvait son couronnement pratique, directement à l’entreprise, aux dépens des intérêts vitaux des masses ouvrières.

Cela a provoqué bien entendu, une critique violente et une riposte à cette pratique de la part des ouvriers révolutionnaires guidés par les communistes.

Voilà pourquoi c’est dans le domaine syndical que la lutte la plus vigoureuse s’est engagée entre le communisme et le réformisme.

Plus la situation du capitalisme devenait pénible et compliquée, et plus la politique des chefs des syndicats d’Amsterdam devenait réactionnaire, plus agressives leurs mesures à l’égard de tous les éléments d’opposition à l’intérieur des syndicats.

Même l’instauration de la dictature fasciste en Allemagne et l’offensive renforcée du Capital dans tous les pays capitalistes n’ont pas diminué cette agressivité.

N’est-ce pas un fait caractéristique que dans la seule année 1933 en Angleterre, en Hollande, en Belgique, en Suède, des circulaires infâmes aient été lancées dans le but d’exclure des syndicats les communistes et les ouvriers révolutionnaires ?

En Angleterre, en 1933, paraît une circulaire interdisant aux sections syndicales locales d’adhérer aux organisations anti-guerre et autres organisations révolutionnaires.

C’était le prélude de la fameuse  » circulaire noire » du Conseil général des Trade-unions qui proclamait hors la loi tout conseil syndical

qui admettrait dans son sein des délégués  » liés d’une façon ou d’une autre aux organisations communistes « .

Que dire encore de la direction des syndicats allemands usant de moyens de répression inouïs contre les éléments révolutionnaires des syndicats !

Mais notre tactique doit se fonder non pas sur la conduite des différents chefs des syndicats d’Amsterdam quelques difficultés que cette conduite crée à la lutte de classe, mais, avant tout, sur la question de savoir où se trouvent les masses ouvrières.

Et, ici, nous devons le déclarer ouvertement : le travail dans les syndicats est la question la plus brûlante pour tous Partis communistes.

Nous devons obtenir un tournant réel dans le travail syndical, en plaçant au centre le problème de la lutte pour l’unité syndicale.

Méconnaissant l’attraction que les syndicats exercent sur les ouvriers et placés devant les difficultés du travail à mener à l’intérieur des syndicats d’Amsterdam, beaucoup de nos camarades ont décidé de passer outre à cette tâche compliquée. Ils parlaient invariablement de la crise d’organisation des syndicats d’Amsterdam, de l’abandon précipité des syndicats par les ouvriers, et ils ont perdu de vue qu’après une certaine chute des syndicats au début de la crise économique mondiale, ceux-ci ont ensuite recommencé à grandir.

La particularité du mouvement syndical consistait précisément en ce que l’offensive de la bourgeoisie contre les droits syndicaux, la tentative faite dans plusieurs pays pour unifier les syndicats (Pologne, Hongrie, etc.) , la compression des assurances sociales, le vol des salaires, malgré l’absence de résistance de la part des chefs syndicaux réformistes, obligeaient les ouvriers à se grouper encore plus étroitement autour des syndicats, car les ouvriers voulaient et veulent voir dans le syndicat le défenseur combatif de leurs intérêts de classe les plus urgents.

Voilà ce qui explique que la plupart des syndicats d’Amsterdam, – en France, en Tchécoslovaquie, en Belgique, en Suède, en Hollande, en Suisse, etc., – se soient développés numériquement dans ces dernières années.

La Fédération américaine du travail a aussi considérablement augmenté le nombre de ses adhérents depuis deux ans.

Si les camarades allemands avaient mieux compris leur tâche syndicale dont le camarde Thaelmann leur a parlé maintes fois, nous aurions certainement eu dans les syndicats une situation meilleure que celle qui existait en fait au moment de l’avènement de la dictature fasciste.

Vers la fin de 1932, environ dix pour cent seulement des membres du Parti adhéraient aux syndicats libres.

Et cela, bien que les communistes, après le Congrès de l’Internationale Communiste, se fussent placés à la tête de toute une série de grèves. Dans la presse, nos camarades parlaient de la nécessité de réserver 90% de nos forces au travail dans les syndicats : mais en pratique, tout se concentrait autour de l’oposition syndicale révolutionnaire qui visait en fait, à remplacer les syndicats.

Et après la prise du pouvoir par Hitler ?

Depuis deux ans, beaucoup de nos camarades ont résisté, avec ténacité et d’une façon systématique au mot d’ordre juste de lutte pour le rétablissement des syndicats libres.

Je pourrais citer des exemples analogues pour presque tous les autres pays capitalistes.

Mais déjà nous avons aussi le premier succès sérieux dans la lutte pour l’unité du mouvement syndical dans les pays européens. J’ai en vue la petite Autriche, où sur l’initiative du Parti Communiste, une base a été créée pour le mouvement syndical illégal. Après les batailles de Février, les social-démocrates, avec Otto Bauer en tête, ont lancé le mot d’ordre :  » Les syndicats libres ne peuvent être rétablis qu’après la chute du fascisme « .

Les communistes se sont mis à travailler au rétablissement des syndicats.

Chaque phase de ce travail a été un fragment du front unique vivant du prolétariat autrichien.

Le succès du rétablissement des syndicats libres illégaux fut une défaite sérieuse du fascisme. Les social-démocrates hésitaient sur le chemin à prendre.

Une partie d’entre eux tentèrent d’engager des pourparlers avec le gouvernement.

L’autre partie, voyant nos succès, créa parallèlement ses propres syndicats illégaux.

Mais il ne pouvait y avoir qu’un seul chemin : ou bien capituler devant le fascisme, ou bien lutter en commun contre le fascisme, dans le sens de l’unité syndicale.

Sous la pression des masses, la direction hésitante des syndicats parallèles qui avaient été créés par les anciens chefs syndicaux, a résolu d’accepter l’union. La base de cette union est la lutte irréconciliable contre l’offensive du Capital et du fascisme et la garantie de la démocratie syndicale.

Nous saluons ce fait d’unification syndicale qui est le premier depuis la scission formelle du mouvement syndical après la guerre et qui, pour cette raison, a une importance internationale.

Le front unique en France a donné sans aucun doute une impulsion gigantesque à la réalisation de l’unité syndicale : les dirigeants de la Confédération générale du Travail ont freiné et freinent par tous les moyens la réalisation de l’unité, en opposant à la question fondamentale relative à la politique de classe des syndicats des questions ayant une importance subordonnée et secondaire ou formelle.

Ça a été un succès indubitable de la lutte pour l’unité syndicale que la création de syndicats uniques à l’échelle locale, qui englobent, par exemple, chez les cheminots près des trois quarts des effectifs des deux syndicats.

Nous nous affirmons résolument pour le rétablissement de l’unité syndicale dans chaque pays et à l’échelle internationale.

Nous sommes pour le syndicat unique dans chaque industrie.

Nous sommes pour l’unification syndicale dans chaque pays.

Nous sommes pour l’unification syndicale internationale par industrie.

Nous sommes pour une Internationale syndicale unique sur la base de la lutte de classe.

Nous sommes pour les syndicats de classe uniques, comme étant l’un des principaux remparts de la classe ouvrière contre l’offensive du Capital et du fascisme. Ceci, posé, nous ne mettons qu’une condition à l’unification des organisations syndicales : la lutte contre le Capital ; la lutte contre le fascisme et en faveur de la démocratie à l’intérieur des syndicats.

Le temps presse.

Pour nous, le problème de l’unité du mouvement syndical, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale, est un problème de la grande cause d’unification de notre classe dans de puissantes organisations syndicales uniques contre l’ennemi de classe.

Nous saluons le message adressé, par l’Internationale Syndicale Rouge à l’Internationale d’Amsterdam, – à la veille du Premier Mai de cette année, – pour lui proposer d’étudier en commun les conditions, les méthodes et les formes d’unification du mouvement syndical mondial.

Les chefs de l’Internationale d’Amsterdam ont repoussé cette proposition, en prenant pour prétexte cet argument rebattu que l’unité du mouvement syndical n’est possible que dans les rangs de l’Internationale d’Amsterdam, laquelle, soit dit en passant, ne groupe guère que les organisations syndicales d’une partie des pays européens.

Les communistes qui travaillent dans les syndicats, doivent poursuivre sans se lasser la lutte pour l’unité du mouvement syndical.

La tâche des syndicats rouges et de l’Internationale Syndicale Rouge est de faire tout ce qui dépend d’eux pour que vienne au plus vite l’heure de la réalisation de la lutte commune de tous les syndicats contre l’offensive du Capital et du fascisme, pour réaliser l’unité du mouvement syndical en dépit de l’opposition obstinée des chefs réactionnaires de l’Internationale d’Amsterdam.

Les syndicats rouges et l’I.S.R. doivent recevoir en ce sens notre aide pleine et entière.

Nous recommandons, dans les pays où existent de petits syndicats rouges, de travailler à leur affiliation aux grands syndicats réformistes, en revendiquant la liberté de défendre leurs opinions et la réintégration des exclus, et dans les pays où existent parallèlement de grands syndicats rouges et réformistes, de convoquer un congrès d’unification sur la base d’une plate-forme de lutte contre l’offensive du Capital et de la garantie de la démocratie syndicale.

Nous devons déclarer de la façon la plus catégorique que l’ouvrier communiste, l’ouvrier révolutionnaire qui n’adhère pas au syndicat de masse de sa profession, qui ne lutte pas pour transformer le syndicat réformiste en une véritable organisation syndicale de classe, qui ne lutte pas pour l’unité du mouvement syndical sur la base de la lutte de classe, cet ouvrier communiste, cet ouvrier révolutionnaire, ne s’acquitte pas de son premier devoir prolétarien.

Le front unique et les jeunes

J’ai déjà indiqué le rôle qu’a joué pour la victoire du fascisme l’intégration des jeunes aux organisations fascistes.

Parlant des jeunes, nous devons le déclarer ouvertement : nous avons dédaigné la tâche qui nous incombait d’entraîner les masses de la jeunesse travailleuse dans la lutte contre l’offensive du Capital, contre le fascisme et la menace de guerre ; nous avons dédaigné ces tâches dans plusieurs pays.

Nous avons sous-estimé l’importance énorme de la jeunesse dans la lutte contre le fascisme. Nous n’avons pas toujours tenu compte des intérêts particuliers, économiques, politiques et culturels de la jeunesse. Nous n’avons pas, non plus, prêté l’attention voulue à l’éducation révolutionnaire des jeunes.

Tout cela, le fascisme l’a utilisé fort habilement, en attirant dans certains pays, notamment en Allemagne, d’importants contingents de jeunes sur une voie opposée à celle du prolétariat. Il faut tenir compte du fait que le fascisme n’attire pas seulement la jeunesse par le romantisme militaire.

De-ci de-là il donne à manger, il distribue des effets aux membres de ses formations, il donne du travail à tel ou tel, il fonde même des institutions dites culturelles à l’usage de la jeunesse, pour lui faire croire qu’il veut et peut réellement nourrir, habiller, instruire et faire travailler la masse de la jeunesse laborieuse.

Nos Fédérations communistes de jeunes, dans une série de pays capitalistes, sont encore maintenant des organisations éminemment sectaires, détachées des masses. Leur faiblesse fondamentale consiste en ce qu’elles s’efforcent encore de copier les Partis communistes, leurs formes et leurs méthodes de travail, oubliant que la jeunesse communiste n’est pas le Parti Communiste de la jeunesse. Elles ne tiennent pas suffisamment compte du fait qu’il s’agit d’une organisation avec ses tâches particulières bien à elle. Ses méthodes et ses formes de travail, d’éducation et de lutte doivent être adaptées au niveau concret et aux aspirations de la jeunesse.

Nos jeunes communistes ont donné des exemples inoubliables d’héroïsme dans la lutte contre les violences fascistes et la réaction bourgeoise.

Mais ce qui leur manque encore, c’est la capacité d’arracher concrètement et obstinément les masses de jeunes à l’influence ennemie.

On le voit à la résistance, insurmontée jusqu’à présent, que rencontre le travail à faire dans les organisations fascistes de masse, à la façon pas toujours juste d’aborder la jeunesse socialiste ou les autres jeunes non communistes.

En tout cela, une grande responsabilité incombe aussi, bien entendu, aux Partis communistes, qui doivent guider et soutenir les jeunesses communistes dans leur travail.

Car le problème de la jeunesse n’est pas seulement le problème des jeunesses communistes.

C’est le problème du mouvement communiste tout entier.

Dans le domaine de la lutte pour la jeunesse, il est nécessaire que les Partis communistes et les organisations de jeunesses communistes opèrent effectivement un tournant décisif.

La tâche principale du mouvement communiste de la jeunesse dans les pays capitalistes est de marcher hardiment à la réalisation du front unique, à l’organisation de l’union de la jeune génération travailleuse. Les exemples de la France et des Etats-Unis dans ces derniers temps montrent l’influence énorme qu’exercent sur le mouvement révolutionnaire de la jeunesse même les premiers pas qu’on fait dans cette voie.

Dans ces pays, il a suffi de procéder à la réalisation du front unique pour enregistrer aussitôt des succès considérables.

Sous ce rapport, notre attention est légitimement retenue dans le domaine du front unique international par l’initiative couronnée de succès du comité parisien de lutte contre la guerre et le fascisme en vue de réaliser la collaboration internationale de toutes les organisations non fascistes de la jeunesse. Ces démarches heureuses faites depuis quelque temps dans le mouvement du front unique des jeunes montrent aussi que les formes du front unique des jeunes ne doivent pas suivre un modèle stéréotypé ; elles ne doivent pas être nécessairement les mêmes que celles qui sont pratiquées par les Partis communistes.

Les Fédérations de Jeunesses communistes. doivent tendre par tous les moyens à l’union des forces de toutes les organisations de masse non fascistes de la jeunesse, en allant jusqu’à créer des organisations communes de toute sorte pour la lutte contre le fascisme, contre la privation inouïe de droits dont souffre la jeunesse et contre sa militarisation, pour les droits économiques et culturels de la jeune génération, pour le ralliement au front antifasciste de cette jeunesse où qu’elle soit : dans les entreprises, dans les camps de travail forcé, dans les Bourses du travail, dans les casernes et la flotte, dans les écoles ou les diverses organisations sportives, culturelles et autres.

En développant et en renforçant les jeunesses communistes, nos jeunes communistes doivent travailler à la création d’associations antifascistes entre les Fédérations communistes et socialistes de jeunes sur la plate-forme de la lutte de classe.

Le front unique et le femmes

Tout autant que dans les cas des jeunes, on a sous-estimé le travail parmi les femmes laborieuses, parmi les ouvrières, les chômeuses, les paysannes et les ménagères. Et cependant, si le fascisme frustre les jeunes plus que tous les autres, il asservit la femme d’une façon particulièrement impitoyable et cynique, en se jouant des sentiments les plus douloureux de la mère, de la ménagère, de l’ouvrière seule dans la vie, qui vivent dans l’incertitude du lendemain.

Le fascisme, jouant le rôle de bienfaiteur, jette de misérables aumônes à la famille affamée, pour chercher à étouffer ainsi l’amertume que provoque, surtout chez les femmes laborieuses, l’esclavage inouï que leur apporte le fascisme.

Il chasse les ouvrières de la production. Il expédie de force les jeunes filles nécessiteuses à la campagne, en les condamnant à devenir des domestiques sans salaire chez les koulaks et les propriétaires fonciers.

Tout en promettent à la femme un foyer familial heureux, il la pousse, plus qu’aucun autre régime capitaliste, sur la voie de la prostitution.

Les communistes et, avant tout, nos femmes communistes, ne doivent pas oublier qu’il ne peut y avoir de lutte victorieuse contre le fascisme et contre la guerre sans l’intégration dans la lutte des grandes masses féminines.

Or, pour arriver à cela, la propagande seule ne suffit pas. En tenant compte de toute situation concrète, nous devons trouver la possibilité de mobiliser la masse des femmes travailleuses autour de leurs intérêts quotidiens et de leurs revendications, dans la lutte contre la vie chère, pour le relèvement des salaires sur la base du principe  » à travail égal salaire égal « , contre les licenciements en masse, contre toute manifestation de l’inégalité des femmes et de leur asservissement au fascisme.

Tout en visant à entraîner les femmes travailleuses dans le mouvement révolutionnaire, nous ne devons pas craindre dans ce but, là où il sera nécessaire, de créer aussi des organisations féminines distinctes.

Le préjugé d’après lequel il est nécessaire de liquider dans les pays capitalistes les organisations féminines placées sous la direction des Partis communistes au nom de la lutte contre le  » séparatisme féminin  » dans le mouvement ouvrier, ce préjugé a bien souvent causé un grand préjudice.

Il importe de trouver les formes les plus simples, les plus souples, qui permettent d’établir le contact et la lutte commune des organisations féminines anti-guerre et antifascistes, révolutionnaires, social-démocrates et progressistes.

Nous devons coûte que coûte faire en sorte que les ouvrières et les femmes travailleuses luttent coude à coude avec leurs frères de classe dans les rangs du front unique de la classe ouvrière et du front populaire antifasciste.

Le front unique et l’anti-impérialisme

Du fait de la situation internationale et intérieure modifiée, le problème du front unique anti-impérialiste acquiert une importance exceptionnelle dans tous les pays coloniaux et semi-coloniaux.

En formant un vaste front unique anti-impérialiste de lutte dans les colonies et les semi-colonies,

il est avant tout nécessaire de tenir compte de la variété des conditions où se déroule la lutte anti-impérialiste des masses, du degré variable de maturité du mouvement de libération nationale, du rôle qu’y joue le prolétariat et de l’influence du Parti Communiste sur les grandes masses.

La question se pose au Brésil d’une autre façon qu’aux Indes et en Chine, etc.

Au Brésil, le Parti Communiste, qui a débuté justement dans le développement du front unique anti-impérialiste en créant l’Alliance13 de l’émancipation nationale doit consacrer tous ses efforts à élargir encore ce front, en y attirant, en premier lieu, les millions de paysans, en orientant les choses vers la création d’unités de l’armée révolutionnaire populaire dévouées jusqu’au bout à la révolution, et vers l’établissement du pouvoir de l’Alliance de l’émancipation nationale.

Aux Indes, les communistes doivent participer à toutes les actions anti-impérialistes de masse sans en excepter celles qui sont guidées par les nationaux-réformistes, les soutenir et les amplifier.

Tout en gardant leur indépendance en matière politique et d’organisation, ils doivent faire un travail actif à l’intérieur des organisations qui prennent part au Congrès national de l’Inde, en contribuant à la cristallisation dans leur sein de l’aile nationale révolutionnaire, en vue de déployer dans la suite le mouvement de libération nationale des peuples de l’Inde contre l’impérialisme britannique.

En Chine, où le mouvement populaire a déjà abouti à la création de régions soviétiques sur une vaste étendue du pays et à l’organisation d’une puissante Armée Rouge, l’attaque de brigandage lancée par l’impérialisme japonais et la trahison du gouvernement de Nankin ont mis en péril l’existence nationale du grand peuple chinois.

Seuls les Soviets chinois peuvent intervenir comme centre unificateur dans la lutte contre l’asservissement et le partage de la Chine par les impérialistes, comme centre unificateur destiné à rassembler toutes les forces anti-impérialistes pour la lutte nationale du peuple chinois.

C’est pourquoi nous approuvons l’initiative de notre courageux Parti Communiste frère de Chine dans son travail pour réaliser le plus vaste front unique anti-impérialiste contre l’impérialisme japonais et ses agents chinois avec toutes les forces organisées qui existent sur le territoire de la Chine et qui sont prêtes à mener réellement la lutte, pour le salut de leur pays et de leur peuple.

Je suis certain d’exprimer le sentiment et la pensée de tout notre Congrès en déclarant : nous adressons un salut fraternel ardent, au nom du prolétariat révolutionnaire du monde entier, à tous les Soviets de Chine, au peuple révolutionnaire chinois. Nous adressons un salut fraternel ardent à l’héroïque Armée Rouge de Chine, éprouvée dans des milliers de batailles. Et nous assurons le peuple chinois de notre ferme résolution de soutenir sa lutte pour son affranchissement total de tous les rapaces impérialistes et de leurs agents chinois.

Le gouvernement de front unique

Camarades ! Nous nous orientons résolument, hardiment vers le front unique de la classe ouvrière, et nous sommes prêts à le mettre en pratique avec tout l’esprit de suite nécessaire.

A la question de savoir si, sur le terrain du front unique, nous, communistes, nous préconisons seulement la lutte pour les revendications partielles, ou si nous sommes prêts à partager les responsabilités même au moment où il s’agira de former un gouvernement sur la base du front unique, nous répondrons, pleinement conscients de nos responsabilités : oui, nous envisageons l’éventualité d’une situation telle que la formation d’un gouvernement de front unique prolétarien ou de front populaire antifasciste devienne non seulement possible, mais indispensable dans l’intérêt du prolétariat.

Et, dans ce cas, nous interviendrons sans -aucune hésitation pour la formation d’un tel gouvernement.

Je ne parle pas ici du gouvernement qui peut être formé après la victoire de la révolution prolétarienne.

Evidemment, la possibilité n’est pas exclue que, dans un pays quelconque, aussitôt après le renversement révolutionnaire de la bourgeoisie, un gouvernement soviétique puisse être formé sur la base d’un bloc gouvernemental du Parti Communiste avec tel autre parti (ou son aile gauche) qui participe à la révolution.

On sait qu’après la Révolution d’Octobre, le Parti des bolchéviks russes vainqueur a fait aussi entrer dans la composition du gouvernement soviétique les représentants des socialistes révolutionnaires de gauche.

Telle fut la particularité du premier gouvernement soviétique constitué après la victoire de la Révolution d’Octobre.

Il ne s’agit pas d’un cas de ce genre, mais de la formation possible d’un gouvernement de front unique à la veille de la victoire de la révolution soviétique et avant cette victoire.

Qu’est-ce que ce gouvernement ?

Et dans quelle situation peut-il en être question ?

C’est avant tout un gouvernement de lutte contre le fascisme et la réaction.

Ce doit être un gouvernement qui prend naissance comme fruit du mouvement de front unique et ne limite en aucune manière l’activité du Parti Communiste et des organisations de masse de la classe ouvrière, mais, au contraire, prend des mesures résolues contre les magnats contre-révolutionnaires de la finance et leurs agents fascistes.

Au moment propice, en s’appuyant sur le mouvement grandissant de front unique, le Parti Communiste du pays donné interviendra pour la formation d’un tel gouvernement sur la base d’une plate-forme antifasciste déterminée.

Dans quelles conditions objectives la formation d’un tel gouvernement sera-t-elle possible ?

A cette question, on peut répondre sous la forme la plus générale : dans les conditions d’une crise politique le jour où les classes dominantes ne sont plus en état de maîtriser le puissant essor du mouvement antifasciste de masse.

Mais ce n’est là que la perspective générale sans laquelle il ne sera guère possible en pratique de former un gouvernement de front unique.

Seule, la présence de conditions particulières déterminées peut inscrire à l’ordre du jour la question de former ce gouvernement comme une tâche politiquement indispensable.

Il me semble qu’en l’occurrence les conditions suivantes méritent la plus grande attention : Premièrement, que l’appareil d’Etat de la bourgeoisie soit suffisamment désorganisé et paralysé, en sorte que la bourgeoisie ne puisse empêcher la formation d’un gouvernement de lutte contre la réaction et le fascisme.

Deuxièmement, que les grandes masses de travailleurs, et particulièrement les syndicats de masse, se dressent impétueusement contre le fascisme et la réaction, mais sans être encore prêtes à ce soulever pour lutter sous la direction du Parti Communiste pour la conquête du pouvoir soviétique.

Troisièmement, que la différenciation et l’évolution à gauche dans les rangs de la social-démocratie et des autres partis participant au front unique aient déjà abouti à ce résultat qu’une partie considérable d’entre eux exigent des mesures implacables contre les fascistes et les autres réactionnaires, luttent en commun avec les communistes contre le fascisme et interviennent ouvertement contre les éléments réactionnaires de leur propre Parti hostiles au communisme.

Quand et dans quel pays interviendra en fait une situation de ce genre, avec ces conditions données dans une mesure suffisante, c’est ce qu’on ne saurait dire à l’avance, mais une telle possibilité n’étant exclue dans aucun des pays capitalistes, nous devons en tenir compte, et non seulement nous orienter nous-mêmes vers elle et nous y préparer, mais orienter aussi en conséquence la classe ouvrière.

Si, d’un façon générale, nous mettons aujourd’hui cette question à l’étude, c’est évidemment en rapport avec notre appréciation de la situation et de la perspective de développement immédiat, comme avec le développement réel du mouvement de front unique dans une série de pays ces derniers temps.

Pendant plus de dix années, la situation dans les pays capitalistes a été telle que l’Internationale Communiste n’avait pas à examiner des problèmes de ce genre.

Vous vous rappelez, qu’à notre IVe Congrès, en 1922 et encore au Ve Congrès de 1924, nous avons étudié le mot d’ordre du gouvernement ouvrier ou ouvrier et paysan.

En cela, il s’agissait primitivement, au fond, d’une question presque analogue à celle que nous posons aujourd’hui.

Les débats qui s’engagèrent alors dans l’Internationale Communiste autour de cette question et surtout, les fautes politiques commises dans ce domaine ont maintenant encore de l’importance pour accentuer notre vigilance contre le danger de dévier à droite ou à « gauche » de la ligne bolchévique dans cette question. C’est pourquoi je signalerai brièvement certaines de ces fautes, afin d’en tirer les enseignements nécessaires pour la politique actuelle de nos Partis.

La première série de fautes résultait précisément du fait que la question du gouvernement ouvrier n’était pas rattachée clairement et fermement à l’existence d’une crise politique.

Grâce à cette circonstance, les opportunistes de droite pouvaient interpréter les choses de façon à faire croire qu’il convient de viser à la formation d’un gouvernement ouvrier soutenu par le Parti Communiste dans n’importe quelle situation, comme on dit : dans une situation « normale ».

Les ultra gauches, au contraire, ne reconnaissaient que le gouvernement ouvrier susceptible d’être créé uniquement par le moyen de l’insurrection armée, après le renversement de la bourgeoisie.

L’un et l’autre points de vue étaient faux et c’est pourquoi, afin d’éviter la répétition de pareilles erreurs, nous mettons aujourd’hui si fortement l’accent sur le décompte exact des conditions concrètes particulières de la crise politique et de l’essor du mouvement de masse dans lesquelles la création d’un gouvernement de front unique peut s’avérer possible et politiquement indispensable.

La deuxième série de fautes résultait du fait que la question du gouvernement ouvrier n’était pas liée au développement d’un vaste mouvement combatif de front unique du prolétariat.

C’est pourquoi les opportunistes de droite avaient la possibilité de déformer la question en la ramenant à une tactique sans principe de blocage avec les Partis social-démocrates sur la base de combinaisons purement parlementaires : Les ultra gauches, au contraire, criaient :  » Aucune coalition avec la social-démocratie contre-révolutionnaire !  » en considérant, par essence, tous les social-démocrates comme des contre-révolutionnaires.

L’un et l’autre point de vue étaient faux ; et maintenant nous soulignons, d’une part, que nous ne voulons pas le moins du monde d’un  » gouvernement ouvrier  » qui soit purement et simplement un gouvernement social-démocrate élargi.

Nous préférons même renoncer à la dénomination de « gouvernement ouvrier  » et nous parlons d’un gouvernement de front unique qui, par son caractère politique, est tout à fait différent, différent en principe, de tous les gouvernements social-démocrates qui ont coutume de s’intituler  » gouvernement ouvrier « .

Alors que le gouvernement social-démocrate représente une arme de la collaboration de classe avec la bourgeoisie dans l’intérêt de la conservation du régime capitaliste, le gouvernement de front unique est un organisme de collaboration de l’avant-garde révolutionnaire du prolétariat avec les autres partis antifascistes dans l’intérêt du peuple travailleur tout entier, un gouvernement de lutte contre le fascisme et la réaction.

Il est clair que ce sont là deux choses foncièrement différentes.

D’un autre côté, nous soulignons la nécessité de voir la différence qu’il y a entre les deux camps distincts de la social-démocratie. Comme je l’ai déjà indiqué, il existe un camp réactionnaire de la social-démocratie, mais, en mêmes temps, il existe et grandit un camp de social-démocrates de gauche (sans guillemets) , d’ouvriers en train de devenir révolutionnaires.

La différence décisive qu’il y a entre eux réside pratiquement dans leur attitude à l’égard du front unique de la classe ouvrière.

Les social-démocrates réactionnaires sont contre le front unique, ils calomnient le mouvement de front unique, ils le sabotent et le désagrègent parce qu’il fait échec à leur politique de conciliation avec la bourgeoisie.

Les social-démocrates de gauche sont pour le front unique ; ils défendent, développent et renforcent le mouvement de front unique.

Ce mouvement de front unique étant un mouvement de combat contre le fascisme et la réaction, constituera une force motrice permanente poussant le gouvernement de front unique à la lutte contre la bourgeoisie réactionnaire.

Plus ce mouvement de masse se développera puissamment, et plus grande sera la force qu’il pourra mettre à la disposition du gouvernement pour combattre les réactionnaires.

Mieux ce mouvement de masse sera organisé à la base, plus vaste sera le réseau des organismes de classe hors-parti du front unique dans les entreprises, parmi les chômeurs, dans les quartiers ouvriers, parmi les petites gens de la ville et de la campagne, et plus on aura de garantie contre la dégénérescence possible de la politique du gouvernement de front unique.

La troisième série de points de vue erronés qui est apparue dans les débats précédents, concernait précisément la politique pratique du  » gouvernement ouvrier « .

Les opportunistes de droite estimaient que le « gouvernement ouvrier  » doit se tenir  » dans le cadre de la démocratie bourgeoise  » ; que par conséquent, il ne doit entreprendre aucune démarche débordant de ce cadre.

Les ultra gauches, au contraire, se refusaient en fait à toute tentative de former un gouvernement de front unique.

En Saxe et en Thuringe, on a pu voir, en 1923, un tableau très édifiant de la pratique opportuniste de droite du  » gouvernement ouvrier « .

L’entrée des communistes dans le gouvernement de Saxe avec les social-démocrates de gauche (groupe de Zeigner) n’était pas une faute par elle-même ; au contraire, la situation révolutionnaire de l’Allemagne justifiait pleinement cette démarche.

Mais, faisant partie du gouvernement, les communistes auraient dû utiliser leurs positions avant tout pour armer le prolétariat.

Ils ne l’ont pas fait.

Ils n’ont pas même réquisitionné un seul des appartements des riches, bien que la pénurie de logements chez les ouvriers fût si grande que beaucoup d’entre eux, avec leurs enfants et leurs femmes, restaient sans abri.

Ils n’ont rien entrepris non plus pour organiser le mouvement révolutionnaire des masses ouvrières.

Ils se conduisaient en général comme de vulgaires ministres parlementaires  » dans le cadre de la démocratie bourgeoise « . C’est là le fruit, comme on le sait, de la politique opportuniste de Brandler et de ses partisans.

Il en est résulté une telle banqueroute que, maintenant encore, nous nous voyons obligés de nous référer au gouvernement de Saxe comme à un exemple classique de la façon dont les révolutionnaires ne doivent pas se conduire au gouvernement.

Camarades ! Nous exigeons de chaque gouvernement de front unique une toute autre politique.

Nous exigeons de lui qu’il réalise des revendications révolutionnaires radicales, déterminées, répondant à la situation. Par exemple, le contrôle de la production, le contrôle des banques, la dissolution de la police, son remplacement par la milice ouvrière armée, etc. Il y a quinze ans, Lénine nous appelait à concentrer toute notre attention sur la  » recherche des formes de transitions ou de rapprochement conduisant à la révolution prolétarienne « .

Le gouvernement de front unique s’avérera peut-être, dans une série de pays, une des principales formes de transition.

Les doctrinaires « de gauche » ont toujours passé outre à cette indication de Lénine ; tels des propagandistes bornés, ils ne parlaient que du « but », sans jamais se préoccuper des « formes de transition « .

Quant aux opportunistes de droite, ils tendaient à établir un certain  » stade intermédiaire démocratique  » entre la dictature de la bourgeoisie et la dictature du prolétariat, pour inculquer aux ouvriers l’illusion d’une paisible promenade parlementaire d’une dictature à une autre.

Ce  » stade intermédiaire  » fictif, ils l’intitulaient aussi  » forme transitoire « , et ils se référaient même à Lénine !

Mais il n’était pas difficile de dévoiler cette filouterie ; car Lénine parlait d’une forme de transition et de rapprochement conduisant à la  » révolution prolétarienne « , c’est-à-dire au renversement de la dictature bourgeoise, et non pas d’on ne sait quelle forme de transition entre la dictature bourgeoise et la dictature prolétarienne.

Pourquoi Lénine attribuait-il une importance aussi considérable à la forme de transition conduisant à la révolution prolétarienne ?

Parce ce qu’il avait en vue la  » loi fondamentale de toutes les grandes révolutions « , la loi d’après laquelle la propagande et l’agitation seules ne peuvent remplacer pour les masses leur propre expérience politique lorsqu’il s’agit de faire ranger véritablement les grandes masses de travailleurs aux cotés de l’avant-garde révolutionnaire, sans quoi la lutte victorieuse est impossible.

La faute ordinaire d’acabit gauchiste, c’est l’idée que, dès que surgit une crise politique (ou révolutionnaire), il suffit à la direction communiste de lancer le mot d’ordre de l’insurrection révolutionnaire pour que les grandes masses le suivent.

Non, même quand il s’agit d’une crise de ce genre, les masses sont loin d’y être toujours préparées.

Nous l’avons vu par l’exemple de l’Espagne. Aider les masses innombrables à comprendre le plus vite possible, par leur propre expérience, ce qu’il leur faut faire, où trouver l’issue décisive, quel parti mérite leur confiance – voilà pourquoi sont nécessaires entre autres les mots d’ordre transitoires, ainsi que les  » formes « particulières » de transition ou de rapprochement conduisant à la révolution prolétarienne ». Sinon, les grandes masses populaires, soumises à l’influence des illusions et des traditions demi petites bourgeoises, peuvent, même en présence d’une situation révolutionnaire, hésiter, temporiser et errer sans trouver la voie de la révolution, – pour tomber ensuite sous les coups des bourreaux fascistes.

C’est pourquoi nous envisageons la possibilité de former dans les conditions d’une crise politique, un gouvernement de front unique antifasciste.

Dans la mesure où ce gouvernement engagera réellement la lutte contre les ennemis du peuple, accordera la liberté d’action à la classe ouvrière et au Parti Communiste, nous, communistes, nous, le soutiendrons par tous les moyens et, en soldats de la révolution, nous nous battrons en première ligne.

Mais nous le disons ouvertement aux masses : ce gouvernement-là ne peut pas apporter le salut définitif.

Il n’est pas en mesure de renverser la domination de classe des exploiteurs, et c’est pourquoi il ne peut pas non plus écarter définitivement le danger de la contre-révolution fasciste.

En conséquence, il est nécessaire de se préparer pour la révolution socialiste. Le salut ne viendra que du pouvoir soviétique, de lui seul ! En appréciant le développement actuel de la situation mondiale, nous voyons qu’une crise politique mûrit dans tout un ensemble de pays. Et c’est là ce qui détermine la haute actualité et la haute importance de la ferme résolution prise par notre Congrès sur la question du gouvernement de front unique.

Si nos Partis savent utiliser, à la manière bolchevique ; la possibilité de former un gouvernement de front unique, la lutte autour de sa formation, de même que l’exercice du, pouvoir par un tel gouvernement, pour la préparation révolutionnaire des masses, on aura là, également, la meilleure justification politique de notre orientation vers la création d’un gouvernement de front unique.

La lutte idéologique contre le fascisme

Un des côtés les plus faibles de la lutte antifasciste de nos Partis consiste en ce qu’ils ne réagissent pas suffisamment et en temps opportun à la démagogie du fascisme et continuent jusqu’à présent à considérer avec dédain les questions de la lutte contre l’idéologie fasciste.

Beaucoup de camarades ne croyaient pas qu’une variété de l’idéologie aussi réactionnaire que l’idéologie du fascisme, arrivant dans son absurdité bien souvent jusqu’à la démence, fût, en général, capable de conquérir une influence de masse.

Ce fut une grande faute.

La décomposition très avancée du capitalisme pénètre jusqu’au cœur même de son idéologie et de sa culture, et la situation désespérée des grandes masses populaires rend certaines de leurs couches sujettes à la contagion des déchets idéologiques de cette décomposition.

Cette force de contagion idéologique que possède le fascisme nous ne devons en aucun cas la sous-estimer.

Nous devons, au contraire pour notre part, déployer une ample lutte idéologique sur la base d’une argumentation claire, populaire et d’une attitude juste et bien réfléchie à l’égard de la psychologie nationale particulière des masses populaires.

Les fascistes fouillent dans toute l’histoire de chaque peuple pour se présenter comme les héritiers et les continuateurs de tout ce qu`il y a eu de sublime et d’héroïque dans son passé, tout ce qu’il y a eu d’humiliant et d’injurieux pour les sentiments nationaux du peuple, ils s’en servent comme d’une arme contre les ennemis du fascisme.

En Allemagne, on édite des centaines de livres n’ayant qu’un seul but : falsifier à la manière fasciste l’histoire du peuple allemand.

Les historiens national-socialistes frais émoulus s’efforcent de représenter l’histoire de l’Allemagne de façon à faire croire que, en vertu d’on ne sait quelle  » continuité historique », on voit courir tout au long de deux mille années, comme un fil rouge, une ligne de développement qui a abouti à l’apparition sur la scène historique du « sauveur » national, du  » Messie » du peuple allemand, le  » Caporal  » bien connu d’origine autrichienne !

Dans ces livres on représente les plus grandes personnalités du peuple allemand, dans le passé, comme fascistes, et les grands mouvements paysans comme les précurseurs directs du mouvement fasciste.

Mussolini s’applique de toutes ses forces à se constituer un capital politique avec la figure héroïque de Garibaldi.

Les fascistes français mettent en avant Jeanne d’Arc comme leur héroïne.

Les fascistes américains en appellent aux traditions des guerres américaines de l’indépendance, aux traditions de Washington, de Lincoln. Les fascistes bulgares utilisent le mouvement d’émancipation nationale de 1870-1880 et ses héros populaires favoris Vassil Levski, Stéfan Karadja, etc.

Les communistes, qui estiment que tout cela n’intéresse pas la cause de la classe ouvrière, qui ne font rien pour éclairer de façon juste, au point de vue historique, dans le véritable sens marxiste, léniniste-marxiste, les masses travailleuses sur le passé de leur propre peuple, pour rattacher sa lutte actuelle à ses traditions et à son passé révolutionnaire, ces communistes abandonnent volontairement aux falsificateurs fascistes tout ce qu’il y a de précieux dans le passé historique de la nation, pour berner les masses populaires.

Non Camarades ! Nous sommes intéressés dans chaque question importante, non seulement du présent et de l’avenir, mais aussi du passé de notre propre peuple.

Car nous, communistes, n’appliquons pas une politique étroite faite des intérêts corporatifs des ouvriers.

Nous ne sommes pas les hommes bornés des trade-unions ou les dirigeants de guildes médiévales d’artisans et de compagnons.

Nous sommes les représentants des intérêts de classe de la classe la plus importante, la plus grande de la société moderne, de la classe ouvrière appelée à affranchir l’humanité des tortures du régime capitaliste, de la classe qui, sur un sixième du globe, a déjà renversé le joug du capitalisme, et est la classe régnante. Nous défendons les intérêts vitaux de toutes les couches travailleuses exploitées, c’est-à-dire de la majorité écrasante du peuple dans n’importe quel pays capitaliste.

Nous, communistes, nous sommes les irréconciliables adversaires de principe du nationalisme bourgeois sous toutes ses formes.

Mais nous ne sommes pas les partisans du nihilisme national, et ne devons jamais nous affirmer comme tels.

Le problème de l’éducation des ouvriers et de tous les travailleurs dans l’esprit de l’internationalisme prolétarien est une des tâches fondamentales de tout Parti Communiste.

Mais quiconque pense que cela lui permet de cracher, et même l’oblige à cracher sur tous les sentiments nationaux des grandes masses travailleuses, est loin du bolchévisme authentique, il n’a rien compris à la doctrine de Lénine dans la question nationale.

Lénine qui a toujours combattu, résolument et avec esprit de suite, le nationalisme bourgeois, nous a donné un exemple de la façon juste dont il convient d’aborder le problème des sentiments nationaux, dans son article :  » De la fierté nationale des Grand-Russes « , écrit en 1914. Voici ce qu’il écrivait :


 » Le sentiment de fierté nationale nous est-il étranger, à nous, prolétaires grand-russes conscients ??

Evidemment non ! Nous aimons notre langue et notre patrie ; ce à quoi nous travaillons le plus c’est à élever ses masses laborieuses (c’est-à-dire les 9/10 de sa population) à la vie consciente de démocrates et de socialistes.

Le plus pénible pour nous, c’est de voir et de sentir quelles violences, quelle oppression et quelles vexations les bourreaux tsaristes, les nobles et les capitalistes font subir à notre belle patrie.

Nous sommes fiers que ces violences aient provoqué des résistances dans notre milieu, dans le milieu des Grand-Russes ; que ce milieu ait produit Radichtchev, les décembristes, les révolutionnaires roturiers de 1870-1880 ; que la classe ouvrière grand-russe ait créé en 1905 un puissant parti révolutionnaire de masse…

Nous sommes pénétrés d’un sentiment de fierté nationale : la nation grand-russe a créé, elle aussi, une classe révolutionnaire elle aussi a prouvé qu’elle est capable de fournir à l’humanité de grands exemples de lutte pour la liberté et pour le socialisme, et pas simplement de rands pogroms, des rangées de potences, des cachots, de grandes mines et une grande servilité devant les popes, les tsars, les propriétaires fonciers et les capitalistes.

Nous sommes tout pénétrés d’un sentiment de fierté nationale, et c’est pourquoi nous haïssons tant notre passé d’esclaves… et notre présent d’esclaves, quand ces mêmes propriétaires, secondés par les capitalistes nous mènent à la guerre pour étrangler la Pologne et l’Ukraine, écraser le mouvement démocratique en Perse et en Chine, renforcer la clique des Romanov, des Bobrinski, des Pourichkévitch, qui déshonorent notre dignité nationale de Grand-Russes. » V.I.Lénine, Œuvres complètes, t. XXI, pages 85-86.

Voilà ce que Lénine écrivait à propos de la fierté nationale.

Je pense, camarades, ne pas avoir agi incorrectement au procès de Leipzig lorsque les fascistes ayant tenté de calomnier le peuple bulgare en le traitant de peuple barbare, j’ai pris la défense de l’honneur national des masses travailleuses de ce peuple qui lutte avec abnégation contre les usurpateurs fascistes, ces véritables barbares et sauvages et lorsque j’ai déclaré que je n’ai aucune raison d’avoir honte d’être Bulgare et qu’au contraire je suis fier d’être le fils de l’héroïque classe ouvrière bulgare. Camarades ! L’internationalisme prolétarien doit, pour ainsi dire « s’acclimater » dans chaque pays pour prendre profondément racine en terre natale.

Les formes nationales de la lutte prolétarienne de classe et du mouvement ouvrier des différents pays ne contredisent pas l’internationalisme prolétarien ; au contraire, c’est justement sous ces formes que l’on peut défendre avec succès les intérêts internationaux du prolétariat.

Il va de soi qu’il est nécessaire, toujours et partout, de dénoncer et de prouver concrètement aux masses que, sous prétexte de défendre les intérêts de la nation en général, la bourgeoisie fasciste réalise sa politique égoïste d’oppression et d’exploitation de son propre peuple, de même que sa politique de pillage et d’asservissement des autres peuples. Mais on ne saurait s’en tenir là.

Il est nécessaire, en même temps, par la lutte même de la classe ouvrière et les interventions des Partis communistes, de montrer que le prolétariat, qui s’insurge contre tout genre d’asservissement et d’oppression nationale, est le véritable et l’unique champion de la liberté nationale et de l’indépendance du peuple.

Les intérêts de la lutte de classe du prolétariat contre les exploiteurs et les oppresseurs à l’intérieur du pays ne contredisent pas-les intérêts de l’avenir libre et heureux de la nation.

Au contraire : la révolution socialiste signifiera le salut de la nation et lui ouvrira la voie d’un plus grand essor. Du fait que la classe ouvrière édifie actuellement ses organisations de classe et fortifie ses positions, qu’elle défend contre le fascisme les droits démocratiques et la liberté, qu’elle lutte pour le renversement du capitalisme, de ce fait même elle lutte pour cet avenir de la nation. Le prolétariat révolutionnaire lutte pour la sauvegarde de la culture du peuple pour la libérer des chaînes du Capital monopoliste en décomposition, du fascisme barbare qui lui fait violence.

Seule la révolution prolétarienne peut conjurer la mort de la culture, l’élever à un épanouissement supérieur en tant que culture populaire véritable, nationale par sa forme et socialiste par son contenu, ce que nous voyons se réaliser sous nos propres yeux dans l’Union des Républiques soviétiques socialistes. L’internationalisme prolétarien non seulement ne contredit pas cette lutte des travailleurs des différents pays pour la liberté nationale, sociale et culturelle, mais encore il garantit, grâce à la solidarité prolétarienne internationale et à l’unité de combat, le soutien nécessaire pour la victoire dans cette lutte. C’est seulement en union étroite avec le prolétariat vainqueur de la grande Union Soviétique que la classe ouvrière des pays capitalistes peut vaincre.

C’est seulement en luttant la main dans la main avec le prolétariat des pays impérialistes que les peuples coloniaux et les minorités nationales opprimées peuvent obtenir leur affranchissement.

C’est seulement par l’union révolutionnaire de la classe ouvrière des pays impérialistes avec le mouvement d’émancipation nationale des colonies et de pays dépendants que passe le chemin de la victoire de la révolution prolétarienne dans les pays impérialistes, car, selon l’enseignement de Marx,  » un peuple qui en opprime d’autres, ne saurait être libre « .

Les communistes appartenant à une nation opprimée, dépendante, ne sauraient se dresser avec succès contre le chauvinisme dans les rangs de leur nation, s’ils ne montrent pas en même temps, dans la pratique du mouvement de masse, qu’ils luttent en fait pour l’affranchissement de leur nation du joug étranger.

D’autre part, les communistes de la nation qui opprime ne peuvent faire le nécessaire pour éduquer les masses travailleuses de leur nation dans l’esprit de l’internationalisme, sans mener une lutte résolue contre la politique d’oppression de leur « propre » bourgeoisie, pour le droit des nations, asservies par elle, à disposer entièrement de leur sort.

S’ils ne le font pas, ils n’aideront pas les travailleurs de la nation opprimée à surmonter leurs préjugés nationalistes.

C’est seulement si nous agissons dans ce sens, c’est seulement si dans tout notre travail de masse nous montrons de façon convaincante que nous sommes affranchis du nihilisme national aussi bien que du nationalisme bourgeois, que nous pourrons mener réellement et avec succès la lutte contre la démagogie chauvine des fascistes.

Voilà pourquoi l’application juste et concrète de la politique nationale léniniste est importante.

Il y a là une condition absolument indispensable du succès de la lutte contre le chauvinisme, principal instrument de l’action idéologique des fascistes sur les masses.

III. Le renforcement des Partis communistes et la lutte pour l’unité politique du prolétariat Retour à la table des matières

Camarades !

Dans la lutte pour l’établissement du front unique, l’importance du rôle dirigeant du Parti Communiste s’accroît dans une mesure extraordinaire.

Dans le fond, seul le Parti Communiste est l’initiateur, l’organisateur, la force motrice du front unique de la classe ouvrière.

Les Partis communistes ne peuvent assurer la mobilisation des grandes masses de travailleurs pour la lutte commune contre le fascisme et l’offensive du Capital qu’à la condition de renforcer dans tous les domaines leurs propres rangs, de développer leur initiative, d’appliquer la politique marxiste-léniniste et la tactique juste, souple, qui tient compte de la situation concrète et de la répartition des forces de classe.

Le renforcement des Partis communistes

Dans la période comprise entre le VIe et le VIIe Congrès, nos Partis, dans les pays capitalistes, se sont incontestablement accrus et considérablement trempés.

Mais ce serait une dangereuse erreur que de s’en tenir là.

Plus le front unique de la classe ouvrière s’élargira, et plus nombreuses seront les tâches nouvelles, compliquées, qui se poseront à nous, plus il nous faudra travailler au renforcement politique et organique de nos Partis.

Le front unique du prolétariat pousse en avant une armée d’ouvriers qui pourra s’acquitter de sa mission à condition qu’à la tête de cette armée, il y ait une force dirigeante, lui montrant les buts et les voies.

Cette force dirigeante ne peut être qu’un solide parti révolutionnaire prolétarien.

Lorsque, nous communistes, nous faisons tous nos efforts pour établir le front unique, nous ne le faisons pas du point de vue étroit du recrutement de nouveaux adhérents aux Partis communistes.

Mais nous devons renforcer les Partis communistes dans tous les domaines de leur activité et augmenter leurs effectifs précisément parce que nous désirons sérieusement renforcer le front unique.

Le renforcement des Partis communistes ne représente pas un étroit intérêt de parti, mais l’intérêt de la classe ouvrière tout entière.

L’unité, la cohésion révolutionnaire et la combativité des Partis communistes, c’est un capital des plus précieux qui n’appartient pas à nous seulement, mais à toute la classe ouvrière.

Notre empressement à marcher en commun avec les Partis et les organisations social-démocrates dans la lutte contre le fascisme, nous l’avons combiné et le combinerons avec une lutte irréconciliable contre le social-démocratisme en tant qu’idéologie et pratique de conciliation avec la bourgeoisie, et, partant, contre toute pénétration de cette idéologie dans nos propres rangs.

En réalisant avec courage et décision la politique de front unique, nous rencontrons dans nos propres rangs des obstacles qu’il nous est nécessaire d’écarter coûte que coûte dans le plus bref délai possible.

Après le VIe Congrès de l’Internationale Communiste, une lutte a été réalisée avec succès dans tous les Partis communistes des pays capitalistes contre les tendances à l’adaptation opportuniste aux conditions de la stabilisation capitaliste et contre la contagion des illusions réformistes et légalistes.

Nos Partis ont épuré leurs rangs des opportunistes de droite de tout genre renforçant ainsi leur unité bolchévique et leur combativité.

La lutte contre le sectarisme fut menée avec moins de succès et fréquemment elle ne le fut pas du tout.

Le sectarisme se manifestait non plus dans les formes primitives, déclarées, comme aux premières années d’existence de l’Internationale Communiste, mais c’est en se masquant de la reconnaissance formelle des thèses bolchéviques qu’il freinait le déploiement de la politique bolchévique de masse. A notre époque, bien souvent, ce n’est plus une « maladie infantile », comme écrivait Lénine, mais un vice enraciné ; sans se débarrasser de ce vice, il est impossible de résoudre le problème de la réalisation du front unique du prolétariat et de faire passer les masses des positions du réformisme au côté de la révolution.

Dans la situation actuelle, c’est le sectarisme, le sectarisme plein de suffisance, comme nous le qualifions dans le projet de résolution, qui entrave avant tout notre lutte pour la réalisation du front unique – le sectarisme satisfait de son esprit doctrinaire borné, de son isolement de la vie réelle des masses, content de ses méthodes simplifiées de solution des problèmes les plus complexes du mouvement ouvrier sur la base de schémas stéréotypés,- le sectarisme qui prétend à l’omniscience et estime superflu de se mettre à l’école des masses, de s’assimiler les leçons du mouvement ouvrier.

En un mot le sectarisme qui comme on dit, ne doute de rien.

Le sectarisme plein de suffisance ne veut ni ne peut comprendre que la direction de la classe ouvrière par le Parti Communiste ne s’obtient pas automatiquement.

Le rôle dirigeant du Parti Communiste dans les batailles de la classe ouvrière doit être conquis.

Pour cela, il ne s’agit pas de déclamer sur le rôle dirigeant des communistes, mais par un travail de masse quotidien et par une juste politique, de mériter, de conquérir la confiance des masses ouvrières.

Cela n’est possible que si nous, communistes, tenons sérieusement compte dans notre travail politique du niveau, réel de la conscience de classe des masses, de leur degré de maturation révolutionnaire ; si nous apprécions sainement la situation concrète non pas sur la base de nos désirs, mais sur la base de ce qui est en réalité.

Nous devons patiemment, pas à pas, faciliter aux grandes masses leur passage sur les positions du communisme.

Nous ne devons jamais oublier les paroles de Lénine, quand il nous avertissait avec toute l’énergie voulue, qu’il s’agit « précisément de ne pas croire que ce qui a fait son temps pour nous, a fait son temps pour toute une classe, pour les masses ». V.I.Lénine, Œuvres, t. XXXI, p. 40

Camarades ! Sont-ils aujourd’hui peu nombreux dans nos rangs, les éléments doctrinaires qui, dans la politique de front unique, ne flairent partout et toujours que des dangers ?

Pour ces camarades, tout le front unique n’est que danger.

Mais cet « esprit de principe » sectaire n’est rien autre que de l’impuissance politique devant les difficultés de la direction immédiate de la lutte des masses.

Le sectarisme s’exprime en particulier par la surestimation de la maturation révolutionnaire des masses, par la surestimation du rythme sur lequel elles abandonnent les positions du réformisme, par les tentatives de brûler les étapes difficiles et de passer outre aux tâches compliquées du mouvement.

Les méthodes de direction des masses étaient fréquemment remplacées, dans la pratique, par les méthodes de direction d’un étroit groupe de Parti.

On sous-estimait la force de liaison traditionnelle des masses avec leurs organisations et leurs directions : et lorsque les masses ne rompaient pas brusquement ces liaisons, on adoptait à leur égard une attitude aussi tranchée qu’à l’égard de leurs dirigeants réactionnaires. On standardisait la tactique et les mots d’ordre pour tous les pays ; on ne tenait pas compte des particularités de la situation concrète dans chaque pays pris à part.

On méconnaissait la nécessité de mener une lutte opiniâtre au plus profond des masses pour en conquérir la confiance ; on dédaignait la lutte pour les revendications partielles des ouvriers ainsi que le travail dans les syndicats réformistes et les organisations fascistes de masse.

A la politique de front unique, on substituait fréquemment des appels sans lendemain et une propagande abstraite.

Les façons sectaires de poser les questions ne gênaient pas moins le choix judicieux des hommes, l’éducation et la formation de cadres liés aux masses et jouissant de leur confiance, de cadres fermes au point de vue révolutionnaire et éprouvés dans les batailles de classe, sachant combiner l’expérience pratique du travail de masse avec la fermeté de principe d’un bolchévik.

Ainsi, le sectarisme ralentissait dans une notable mesure la croissance des Partis communistes, entravait la réalisation d’une véritable politique de masse, empêchait d’utiliser les difficultés de l’ennemi de classe pour renforcer les positions du mouvement révolutionnaire, gênait les efforts pour faire passer les grandes masses prolétariennes aux côtés des Partis communistes.

En luttant de la façon la plus résolue pour déraciner et surmonter les derniers restes du sectarisme plein de suffisance, nous devons renforcer par tous les moyens notre vigilance et notre lutte à l’égard de l’opportunisme de droite et contre toutes ses manifestations concrètes, sans perdre de vue que le danger qu’il représente s’accroîtra au fur et à mesure du déploiement d’un vaste front unique.

Il existe déjà des tendances consistant à rabaisser le rôle du Parti Communiste dans les rangs du front unique et à se réconcilier avec l’idéologie social-démocrate.

Il ne faut pas perdre de vue que la tactique du front unique est une méthode qui consiste à persuader pratiquement les ouvriers social-démocrates de la justesse de la politique communiste et de la fausseté de la politique réformiste, et non pas à se réconcilier avec l’idéologie et la pratique social-démocrates.

Le succès de la lutte pour l’établissement du front unique exige de toute nécessité une lutte constante dans nos rangs contre la tendance à ravaler le rôle du parti, contre les illusions légalistes, contre l’orientation vers la spontanéité et l’automatisme tant en ce qui concerne la liquidation du fascisme qu’en ce qui concerne la réalisation du front unique, contre les moindres hésitations au moment de l’action résolue.

L’unité politique de la classe ouvrière

Camarades ! Le développement du front unique de lutte commune des ouvriers communistes et social-démocrates contre le fascisme et l’offensive du Capital pose également le problème de l’unité politique, du parti politique de masse unique de la classe ouvrière.

Les ouvriers social-démocrates se convainquent de plus en plus par leur expérience que la lutte contre l’ennemi de classe exige une direction politique unique, car la dualité en matière de direction entrave le développement ultérieur et le renforcement de la lutte unique de la classe ouvrière.

Les intérêts de la lutte de classe du prolétariat et le succès de la révolution prolétarienne dictent la nécessité d’avoir dans chaque pays un parti unique du prolétariat. Y parvenir, évidemment, n’est pas si facile, ni si simple. Cela exigera un travail et une lutte opiniâtres et cela constituera nécessairement un processus plus ou moins prolongé. Les Partis communistes doivent, en s’appuyant sur la tendance grandissante des ouvriers à l’unification avec les Partis communistes des Partis social-démocrates ou d’organisations isolées, prendre avec fermeté et assurance l’initiative de cette oeuvre d’unification.

L’unification des forces de la classe ouvrière en un parti prolétarien révolutionnaire unique au moment où le mouvement ouvrier international entre dans la période de liquidation de la scission, c’est notre oeuvre, c’est l’œuvre de l’Internationale Communiste.

Mais si, pour établir le front unique des Partis communistes et social-démocrates, il suffit d’un accord sur la lutte contre le fascisme, l’offensive du Capital et la guerre, la réalisation de l’unité politique n’est possible que sur la base d’une série de conditions déterminées ayant un caractère de principe.

Cette unification n’est possible, premièrement qu’à la condition d’une complète indépendance à l’égard de la bourgeoisie et d’une rupture totale du bloc de la social-démocratie avec la bourgeoisie.

Deuxièmement, à la condition que l’unité d’action soit réalisée au préalable.

Troisièmement, à la condition que soit reconnue la nécessité du renversement révolutionnaire de la bourgeoisie et de l’instauration de la dictature du prolétariat sous forme de Soviets.

Quatrièmement, à la condition de refuser de soutenir la bourgeoisie dans la guerre impérialiste.

Cinquièmement, à la condition de construire le Parti sur la base du centralisme démocratique, garantissant l’unité de volonté et d’action, et vérifié par l’expérience des bolcheviks russes.

Nous devons expliquer aux ouvriers social-démocrates, patiemment et en toute camaraderie, pourquoi, à défaut de ces conditions, l’unité politique de la classe ouvrière est impossible.

Nous devons, en commun avec eux, étudier la signification et l’importance de ces conditions.

Pourquoi la complète indépendance à l’égard de la bourgeoisie et la rupture du bloc de la social-démocratie avec la bourgeoisie sont-elles nécessaires à la réalisation de l’unité politique du prolétariat ?

Parce que toute l’expérience du mouvement ouvrier et, notamment, l’expérience des quinze années de politique de coalition en Allemagne, ont montré que la politique de collaboration de classes, la politique de dépendance à l’égard de la bourgeoisie conduit à la défaite de la classe ouvrière et à la victoire du fascisme.

Et, seule, la voie de la lutte de classe irréconciliable contre la bourgeoisie, la voie des bolchéviks est la voie sûre de la victoire.

Pourquoi l’établissement de l’unité d’action doit-il être la condition préalable de l’unité politique ?

Parce que l’unité d’action pour repousser l’offensive du Capital et du fascisme est possible et nécessaire avant même que la majorité des ouvriers s’unisse sur la plate-forme politique commune de renversement du capitalisme, et parce que l’élaboration de l’unité d’opinions sur les voies fondamentales et les buts de la lutte du prolétariat, sans laquelle l’unification des Partis est impossible, exige un temps plus ou moins prolongé.

Or, l’unité d’opinions s’élabore au mieux dans la lutte commune contre l’ennemi de classe, dès aujourd’hui.

Proposer au lieu du front unique l’unification immédiate, c’est mettre la charrue avant les bœufs et croire que la charrue ira de l’avant.

C’est précisément parce que la question de l’unité politique n’est pas une manœuvre pour nous, comme elle l’est pour beaucoup de chefs social-démocrates, que nous insistons sur la réalisation de l’unité d’action, comme une des étapes essentielles dans la lutte pour l’unité politique.

Pourquoi est-il nécessaire de reconnaître le renversement révolutionnaire de la bourgeoisie et l’établissement de la dictature du prolétariat sous la forme du pouvoir des Soviets ?

Parce que l’expérience de la victoire de la grande Révolution socialiste d’Octobre, d’une part, et, de l’autre, les amères leçons d’Allemagne, d’Autriche et d’Espagne pour toute la période d’après-guerre ont confirmé une fois de plus que la victoire du prolétariat n’est possible que par le renversement révolutionnaire de la bourgeoisie, et que celle-ci noiera le mouvement ouvrier dans une mer de sang plutôt que de permettre au prolétariat d’instaurer le socialisme par la voie pacifique.

L’expérience de la Révolution d’Octobre a montré de toute évidence que le contenu fondamental de la révolution prolétarienne est le problème de la dictature du prolétariat, appelée à écraser la résistance des exploiteurs une fois qu’ils sont renversés, à armer la révolution pour la lutte contre l’impérialisme et à conduire la révolution jusqu’à la victoire complète du socialisme.

Pour réaliser la dictature du prolétariat, comme dictature exercée par la majorité écrasante sur une infime minorité, sur les exploiteurs, – et elle ne peut être réalisée que comme telle, il est nécessaire d’avoir des Soviets englobant toutes les couches de la classe ouvrière, les masses fondamentales de la paysannerie et des autres travailleurs, dont l’éveil, dont l’intégration au front de la lutte révolutionnaire sont indispensables pour la consolidation de la victoire du prolétariat.

Pourquoi le refus de soutenir la bourgeoisie dans la guerre impérialiste est-il une condition de l’unité politique ?

Parce que la bourgeoisie fait la guerre impérialiste dans ses buts de spoliation, contre les intérêts de la majorité écrasante des peuples, sous quelque prétexte que cette guerre soit faite.

Parce que tous les impérialistes combinent avec la préparation fiévreuse de la guerre un renforcement extrême de l’exploitation et de l’oppression des travailleurs à l’intérieur du pays.

Soutenir la bourgeoisie dans une telle guerre, c’est trahir les intérêts du pays et la classe ouvrière internationale.

Pourquoi, enfin, la construction du Parti sur la base du centralisme démocratique est-elle une condition de l’unité ?

Parce que, seul, un parti construit sur la base du centralisme démocratique peut garantir l’unité de volonté et d’action, peut conduire le prolétariat à la victoire sur la bourgeoisie, qui dispose d’une arme aussi puissante que l’appareil d’Etat centralisé.

L’application du principe du centralisme démocratique a subi une brillante épreuve historique dans l’expérience du Parti bolchévique russe, du Parti de Lénine.

Oui, camarades, nous sommes pour un parti politique de masse unique de la classe ouvrière.

Mais de là la nécessité, comme dit Staline :


« … d’un parti combatif, d’un parti révolutionnaire assez courageux pour mener les prolétaires à la lutte pour le pouvoir, assez expérimenté pour se reconnaître dans les conditions complexes d’une situation révolutionnaire, et assez souple pour contourner les écueils de toutes sortes sur le chemin conduisant au but ».

Voilà pourquoi il est nécessaire de prendre pour base les conditions ci-dessus dans nos efforts pour réaliser l’unité politique.

Nous sommes pour l’unité politique de la classe ouvrière !

Et c’est pourquoi nous sommes prêts à collaborer de la façon la plus étroite avec tous les social-démocrates qui s’affirment pour le front unique et soutiennent sincèrement l’unification sur les bases indiquées.

Mais justement parce que nous sommes pour l’unification, nous lutterons résolument contre les démagogues  » de gauche » qui tentent d’utiliser la déception des ouvriers social-démocrates pour créer de nouveaux Partis socialistes ou de nouvelles Internationales qui sont dirigés contre le mouvement communiste et ainsi approfondissent la scission de la classe ouvrière.

Nous saluons la tendance au front unique avec les communistes, qui grandit parmi les ouvriers social-démocrates. Nous y voyons le développement de leur conscience révolutionnaire et le début de la liquidation de la scission de la classe ouvrière. Estimant que l’unité d’action est une nécessité impérieuse et qu’elle est le chemin le plus sûr pour réaliser l’unité politique du prolétariat, nous déclarons que l’Internationale Communiste et ses sections sont prêtes à entrer en pourparlers avec la IIe Internationale et ses sections en vue d’établir l’unité de la classe ouvrière dans la lutte contre l’offensive du Capital, contre le fascisme et la menace d’une guerre impérialiste.

Conclusion

Camarades !

Je termine mon rapport.

Comme vous voyez, en tenant compte des changements intervenus dans la situation depuis le VIe Congrès et des leçons de notre lutte et en nous appuyant sur le degré de consolidation déjà atteint par nos Partis, nous posons aujourd’hui d’une manière nouvelle une série de questions, et, en premier lieu, la question du front unique et de la façon d’aborder la social-démocratie, les syndicats réformistes et les autres organisations de masse.

Il est des sages qui croient entrevoir dans tout cela un recul de nos positions de principe, un certain tournant à droite par rapport à la ligne du bolchévisme.

Que voulez-vous !

Chez nous, en Bulgarie, on dit qu’une poule affamée rêve toujours de millet.

Laissons les poules politiques penser ce qu’il leur plaît. Cela nous intéresse fort peu.

Ce qui est important pour nous c’est que nos propres Partis et les grandes masses du monde entier comprennent de façon juste ce que nous voulons obtenir.

Nous ne serions pas des marxistes révolutionnaires, des léninistes, de dignes disciples de Marx-Engels-Lénine, si en fonction d’une situation modifiée et des déploiements opérés dans le mouvement ouvrier mondial, nous ne remaniions pas de façon appropriée, notre politique et notre tactique.

Nous ne serions pas de véritables révolutionnaires, si nous ne nous instruisions pas par notre propre expérience et par l’expérience des masses.

Nous voulons que nos Partis, dans les pays capitalistes, interviennent et agissent comme de véritables partis politiques de la classe ouvrière ; qu’ils jouent effectivement le rôle de facteur politique dans la vie de leur pays ; qu’ils appliquent toujours une politique bolchévique active de masse, au lieu de se borner à la seule propagande, à la critique et aux seuls appels à la lutte pour la dictature du prolétariat.

Nous sommes les ennemis de tout schématisme. Nous voulons tenir compte de la situation concrète à chaque moment et dans chaque endroit donné, ne pas agir partout et toujours d’après un cliché arrêté, et ne pas oublier que dans des conditions différentes la position des communistes ne peut être identique.

Nous voulons tenir compte à tête reposée de toutes les étapes dans le déploiement de la lutte de classe et dans le développement de la conscience de classe des masses elles-mêmes, savoir trouver et résoudre à chaque étape les tâches concrètes du mouvement révolutionnaire qui correspondent à cette étape.

Nous voulons trouver une langue commune avec les plus grandes masses en vue de la lutte contre l’ennemi de classe ; trouver les voies et moyens de surmonter définitivement l’isolement de l’avant-garde révolutionnaire par rapport aux masses du prolétariat et de tous les travailleurs, comme de surmonter l’isolement fatal de la classe ouvrière elle-même par rapport à ses alliés naturels dans la lutte contre la bourgeoisie, contre le fascisme.

Nous voulons entraîner des masses toujours plus considérables dans la lutte de classe révolutionnaire et les conduire à la révolution prolétarienne, en partant de leurs intérêts et de leurs besoins urgents et sur la base de leur propre expérience.

Nous voulons, à l’exemple de nos glorieux bolchéviks russes, à l’exemple du Parti dirigeant de l’Internationale Communiste, du Parti Communiste de l’Union Soviétique, combiner l’héroïsme révolutionnaire des communistes allemands, espagnols, autrichiens et autres avec un réalisme révolutionnaire authentique, et en finir avec les derniers restes du remue-ménage scolastique autour des graves problèmes politiques.

Nous voulons armer nos Partis dans tous les domaines en vue de la solution des tâches politiques complexes qui sont posées devant eux.

A cet effet, il faut élever toujours plus haut leur niveau théorique, les éduquer dans l’esprit d’un marxisme-léninisme vivant, et non d’un doctrinarisme mort.

Nous voulons déraciner de nos rangs le sectarisme plein de suffisance qui, en premier lieu, nous barre la route des masses et empêche la réalisation d’une authentique politique bolchévique de masse.

Nous voulons renforcer par tous les moyens la lutte contre toutes les manifestations concrètes de l’opportunisme de droite en tenant compte du fait que, de ce côté, le danger grandira justement au cours de la réalisation pratique de notre politique et de notre lutte de masse.

Nous voulons que, dans chaque pays, les communistes tirent en temps opportun et utilisent tous les enseignements de leur propre expérience, en tant qu’avant-garde révolutionnaire du prolétariat.

Nous voulons qu’ils apprennent au plus vite à nager dans les eaux impétueuses de la lutte des classes, au lieu de rester sur le bord, en observateurs, à enregistrer les vagues qui accourent, dans l’attente du beau temps.

Voilà ce que nous voulons !

Et nous voulons tout cela parce que c’est seulement ainsi que la classe ouvrière, à la tête de tous les travailleurs, soudée en une armée révolutionnaire forte de millions d’hommes, guidée par l’Internationale Communiste, pourra s’acquitter à coup sûr de sa mission historique : balayer de la face de la terre le fascisme et avec lui, le capitalisme !

Source: http://www.centremlm.be/Georgi-Dimitrov-L-unite-de-la

 

Internationale Communiste : Comment résoudre le problème palestinien – 1937

publié dans La Correspondance Internationale, organe de l’Internationale Communiste, n°44, 16 octobre 1937

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Salim Aboud

Lorsque fut publiée la déclaration Balfour, en 1917, l’impérialisme britannique était parfaitement au courant de toutes les difficultés qu’elle allait susciter.

La Grande-Bretagne avait besoin d’un allié fidèle qui l’aiderait à faire obstacle au mouvement croissant de libération nationale du peuple arabe, à raffermir sa position impérialiste dans les pays arabes et à protéger sa route des Indes. Ce fut le sionisme qui s’avéra être cet allié.

La Grande-Bretagne dénonça ses promesses antérieures d’indépendance et d’autonomie des Arabes, et publia la déclaration Balfour à l’adresse des chefs sionistes.

Par cette manifestation, l’Angleterre se chargeait de créer en Palestine les conditions nécessaires à l’établissement d’un « Foyer national juif ».

Depuis vingt ans que dure cette institution du « Foyer national juif », imposé par la contrainte, les dirigeants sionistes, malgré leur démagogie et l’aide bienveillante de la Grande-Bretagne, ne purent arracher aux Arabes plus de 1 250 000 dounam de terres, c’est-à-dire environ un huitième des terres cultivées ou un tiers de toutes les terres fertiles du pays.

5% seulement de la population juive de Palestine furent établis en colons sur ces terres. Dans la question de l’immigration, le succès fut tout aussi relatif.

Malgré l’exploitation par des chefs sionistes de toutes les circonstances qu’ils pensaient propres à favoriser l’immigration juive en Palestine, y compris la brutale persécution des juifs en Allemagne, 300 000 personnes seulement vinrent s’établir à demeure en Palestine pendant ces vingt années. Beaucoup de ces nouveaux immigrés gardent d’ailleurs leur ancienne nationalité.

Le côté le plus sombre de ce « Foyer national juif », création de la Grande-Bretagne et des sionistes, c’est son résultat pour le peuple arabe.

Plus de 60 000 paysans et fermiers arabes furent chassés de leurs terres occupées par les Juifs. Cet état de chose provoqua quatre émeutes arabes contre la domination anglaise et le sionisme. La plus importante eut lieu en avril 1936.

Cette émeute coïncidant avec de graves événements dans les pays arabes voisins, et dont les fascistes allemands et italiens cherchèrent à profiter, convainquit, par sa durée et ses proportions, la Grande-Bretagne qu’il est impossible de continuer à gouverner le pays par les vieilles méthodes.

Une commission royale fut nommée, avec mission d’enquêter sur les causes de l’émeute et d’élaborer un projet de solution de la question palestinienne.

Voici donc ce qu’elle propose : le partage du minuscule pays de Palestine en trois parties : l’une pour les Arabes, l’autre pour les Juifs, la troisième, comprenant Jérusalem, pour la Grande-Bretagne, c’est-à-dire lui restant sous forme de territoire sous mandat, étant bien entendu d’ailleurs que la Grande-Bretagne aurait aussi voix au chapitre dans les deux petits Etats-fantômes juif et arabe.

Le peuple arabe de Palestine repousse le plan de morcellement. Le monde arabe tout entier se solidarise à cet égard avec lui.

Les Arabes ne voient pas autre chose dans ce projet qu’une réorganisation, sur de nouvelles bases, de l’impérialisme britannique en Palestine et dans le monde arabe, une recrudescence de vie du sionisme et de nouveaux obstacles dressés contre leur mouvement de libération nationale.

Le projet dépouille le peuple arabe des meilleures terres de Palestine, en particulier celles de la côte, pour y ériger l’Etat juif, condamnant la population de cette région au nomadisme et à l’émigration vers les régions infertiles et montagneuses du centre. Chose étrange pour quiconque sait que les Arabes forment la majorité dans ces territoires.

Non seulement le projet ne diminue en rien l’hostilité actuelle entre Juifs et Arabes en Palestine, mais il la renforce et fournit de nouveaux éléments de désaccord entre l’impérialisme britannique et la nation arabe en Palestine et hors de Palestine, ainsi que l’ont fait voir les derniers événements du monde arabe.

De même, il ne pourra que renforcer les intrigues et les complots de l’Allemagne hitlérienne et de l’Italie fasciste.

Ces Etats s’empresseront d’exploiter le mécontentement des Arabes, pour faire de la Palestine et des pays arabes voisins le théâtre de désordres pouvant causer le plus grand préjudice à la Grande-Bretagne, aux Arabes et aux Juifs, et mettre la paix du monde en danger. Tout en rejetant le projet de partage, les Arabes présentent des contre-projets constructifs.

Ils demandent qu’on mette un terme à la politique impérialiste et coloniale ; que la population palestinienne, aussi bien juive qu’arabe, reçoive les droits démocratiques qu’on lui refuse ; qu’un parlement composé des représentants du peuple soit formé pour légiférer démocratiquement et sans entraves aussi bien au sujet de la répartition des terres et de l’immigration, qu’en toute autre matière, dans l’intérêt de tous les habitants de la Palestine.

La question n’est pas davantage pour les Arabes que pour les Juifs de savoir « quelle nation dominera l’autre », bien que la commission royale se soit efforcée de le démontrer, mais « comment les deux nations pourront être amenées à collaborer ».

Le chemin que les impérialistes et les sionistes ont négligé, c’est celui de la démocratie. Un autre projet arabe remarquable, c’est celui du prince Mohammed Ali, régent d’Egypte.

Soutenu par tous les nationalistes du monde arabe, ce projet, analogue à ceux de deux personnalités influentes et lucides du monde juif, le chef du parti libéral de Grande-Bretagne, Sir Herbert Samuel, premier haut-commissaire britannique en Palestine, et le Dr Magness, ancien recteur de l’Université hébraïque de Jérusalem, prévoit la jonction de la Palestine, de la Syrie et de la TransJordanie sous un gouvernement démocratique unifié.

Les Juifs y feront figure de minorité nationale à droits égaux à ceux des autres. La politique des sionistes ne serait pas reconnue.

Un des mérites de ce plan est non seulement de garantir la collaboration et l’amitié entre Juifs et Arabes, mais – on ne saurait trop le reconnaître – d’amoindrir le danger d’une guerre en Méditerrannée orientale, de proposer un nouvel Etat favorable à la cause de la paix et de la sécurité mondiale, un nouvel allié des nations démocratiques, France et Angleterre en particulier, dans la lutte contre la guerre et le fascisme.

La Grande-Bretagne n’a accordé nulle attention à ces projets, elle s’est refusée à les prendre sérieusement en considération.

Il semble même qu’elle persiste à vouloir réaliser son projet de morcellement, bien que persuadée elle-même que seul l’emploi de la force permettra de le faire.

Les récents événements de Palestine démontrent que les Arabes ont commencé à résister sérieusement au projet britannique.

Une fois de plus, la Grande-Bretagne vient de montrer qu’au lieu d’agir dans l’intérêt des Arabes et des Juifs, ainsi que de leur collaboration, qu’au lieu de travailler pour la cause de la paix et pour préserver la vie de la jeunesse anglaise, elle ne songe qu’à ses intérêts impérialistes et coloniaux.

Le Congrès de Zurich vient de dévoiler les véritables intentions des dirigeants sionistes. Les éléments représentant véritablement les masses laborieuses juives y ont été réduits au silence. Quant aux opinions qu’il fut permis d’énoncer, elles peuvent se diviser en deux groupes.

Le premier acceptait le partage, à condition que l’Etat juif fut agrandi aux dépens des Arabes.

Le deuxième repoussait le partage, non pour collaborer à l’action de libération nationale arabe, mais en vue de réaliser le programme maximum du sionisme, à savoir l’occupation de la Palestine et de la TransJordanie.

Les projets arabes sont pratiques et réalisables. Si les chefs sionistes tiennent vraiment à une entente avec les Arabes, comme ils le prétendent, on peut dire avec certitude qu’ils passeront plus tôt qu’il ne semble dans le domaine des réalités.

Le devoir des masses laborieuses juives et des libéraux juifs, notamment en Palestine, est de secouer le joug des dirigeants sionistes, agents de l’impérialisme britannique et d’en venir à une entente directe avec le peuple arabe, à l’unification de la lutte politique du peuple juif avec la lutte du peuple travailleur arabe et le mouvement de libération nationale arabe, sur la base du front populaire, de la démocratie, du parlementarisme, de la liberté syndicale et du pain assuré pour tous.

De la sorte, ils contribueront d’ailleurs à la cause du progrès parmi les masses arabes, ils aideront le peuple arabe de Palestine et d’ailleurs à combattre leurs traîtres et réactionnaires, et enfin, ils travailleront pour la sauvegarde de la paix en Palestine, dans les pays arabes et dans le monde entier.

Les travailleurs, les amis de la paix et du progrès, en Grande-Bretagne et dans le reste du monde, ont eux aussi le devoir de soutenir ces projets arabes qui résoudront la question palestinienne dans l’intérêt des masses laborieuses juives et arabes en vue de leur collaboration amicale et serviront la lutte contre le fascisme juif et arabe en Palestine, ainsi que la cause de la paix au Proche-Orient et dans le monde entier.

 

Source : http://www.centremlm.be/Internationale-Communiste-Comment

Quand un référendum chez la « perfide Albion » provoque des frétillements chez les « souverainistes » tricolores

marx engels lenin stalin mao

Nous avons obtenu sur un site web bien connu du mouvement maoïste, une interprétation que nous considérons juste, du point de vue matérialiste dialectique, c’est-à-dire fondée sur les principes marxiste-léniniste qui ont initié le mouvement communiste dans la voie révolutionnaire et matérialisé la première révolution socialiste du XXe siècle, la Grande Révolution Socialiste Bolchevique d’Octobre 1917, mais qui pose encore controverse dans le « mouvement internationaliste », à savoir la question du positionnement communiste par rapport aux nationalités, en général et au nationalisme, en particulier, conception bourgeoise de la diversité des peuples et de la division internationale du travail, versus l’internationalisme prolétarien et l’abolition de toute exploitation d’une nation par une autre. Un autre aspect qui fait polémique dans le monde de la « gauche » en général est ici traité par l’auteur, mais nous y accorderons moins d’importance en raison de sa particularité nationale, sauf en ce qui a trait à sa dimension « révolutionnaire » qu’il nous faut retenir comme approche afin de comprendre qu’une « gauche bourgeoise » même si elle se prétend de « gauche » demeure un parti issue de la bourgeoisie, et partant, ennemi de la classe ouvrière et du prolétariat révolutionnaire, donc du socialisme.

Nous, nous sommes des révolutionnaires et nous ne sommes pas "européistes" ni même 
"universalistes" mais INTERNATIONALISTES (et anti-impérialistes); nous voulons la Fédération la 
plus large possible (planétaire étant l'objectif) de Républiques populaires et socialistes elles-mêmes fédérations de Communes populaires. Nous ne somme pas "anti-système" mais pour le 
renversement révolutionnaire du Capital (anticapitalistes et communistes). Nous ne sommes pas 
pour la "souveraineté nationale"/"du peuple" mais pour le Pouvoir démocratique révolutionnaire 
des travailleurs/euses - ce qui signifie aussi pour la dictature à l'encontre de leurs ennemis, 
les exploiteurs. Nous sommes pour la destruction de l'Union européenne et de la "France" comme 
(comme toutes les) constructions et appareils de domination de la bourgeoisie.

Promesse « phare » de la campagne électorale de David Cameron qui l’a conduit à une assez confortable reconduction au mois de mai, le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne devrait se tenir soit en juin soit après l’été de l’année prochaine. Notre pronostic, qui n’a pour seul mérite que d’être le nôtre (mais enfin nous ne nous sommes jamais trop trompés jusqu’ici, ni sur l’Écosse ni sur la Catalogne), est qu’une petite majorité rejettera un tel « saut en avant » et préfèrera en rester au plutôt confortable « à moitié dedans » (sans euro, sans Schengen etc.) qui a finalement toujours prévalu – le pays pourra alors, peut-être, servir de modèle aux propositions d' »Europe à la carte » qui font de plus en plus leur chemin dans tout le spectre politique des États membres. Cameron, qui s’est engagé à organiser la consultation, fera lui-même campagne pour le maintien dans l’Union tout en « bataillant » auprès de Bruxelles pour le maximum de concessions.

Mais en attendant, la perspective a bien sûr provoqué les frétillements tout excités de toutes les forces « eurosceptiques » et « souverainistes » à commencer par la plus « en vue » et « pesante » électoralement, le Front National de Marine Le Pen qui compte bien faire de la tenue d’un tel référendum ici une proposition politique cardinale ; déjà dans la campagne pour les toutes prochaines régionales :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/12/le-referendum-britannique-est-une-chance-pour-l-europe_4808215_3232.html

En ce qui concerne ce gigantesque piège à cons, les choses sont pourtant extrêmement simple et nous avons déjà eu l’occasion de les expliquer à plusieurs reprises :

  • Il y a un Grand Capital (monopoliste) bleu-blanc-rouge, selon la définition scientifique marxiste des monopoles ;
  • Ce Grand Capital bleu-blanc-rouge ne « raisonne » et n’agit toutefois pas de manière uniforme, « en bloc », monolithique ; il y a en son sein (de même qu’il y a concurrence permanente entre les entreprises capitalistes !) des conflits, des divergences d’intérêts ; ces divergences étant d’ailleurs l’une des principales sources de l’existence de plusieurs partis bourgeois ;

  • Une ligne de fracture particulièrement importante, à notre époque, est celle entre le Grand Capital bleu-blanc-rouge (pour le moment – mais de moins en moins – majoritaire) qui trouve son compte dans la dite « construction européenne » et celui (pour le moment – mais de moins en moins – minoritaire) qui ne l’y trouve pas (cette contradiction recoupe dans une certaine mesure celle entre une vision géopolitique « atlantiste » et une vision plus « multilatéraliste », tournée vers la Russie et les « émergents » etc. etc., mais pas toujours) ;

  • Chacune de ces deux « ailes » du Grand Capital sécrète sa « gauche » et sa « droite », « européiste » ou « souverainiste ».

C’est simple à comprendre, non ?

Les uns comme les autres (y compris les « souverainistes de gauche ») sont 1°/ des exploiteurs et des ennemis résolus du prolétariat et de ses résistances, 2°/ des impérialistes, 3°/ des ennemis jurés de toute affirmation des Peuples travailleurs (nationalités réelles) emprisonnés et niés dans les grands États et des colonies intérieures issues des pays impérialisés et « importées » pour leur force de travail dans la seconde moitié du 20e siècle ; même si sur ces trois fronts les « porte-paroles » petits-bourgeois et opportunistes des dominé-e-s se lient souvent à l’une ou l’autre « aile » pour « faire avancer les revendications ».

Au demeurant, l’hégémonie intellectuelle n’étant pas vraiment à la social-démocratie par les temps qui courent, ce l’on observe est une « gauche européiste » qui dérive chaque jour un peu plus vers des positions de droite « néolibérale »/ »néocon » « modérée » (encore que, sur le plan sécuritaire/policier, on se demande de plus en plus en quoi) et une « gauche souverainiste » qui végète tandis que seule a le vent en poupe la DROITE souverainiste chauvinarde-raciste la plus réactionnaire (ici le Front National, face auquel l’UMP n’a plus guère de choix que la course à l’échalote nationaliste, poujadiste et sécuritaire). Même dans des pays dominés d’Europe périphérique (Portugal, Grèce) ou des « petits impérialismes » ultra-vassaux (« Espagne », « Italie »), où la mobilisation de masse anti-austérité profite plutôt à la GAUCHE anti-UE (anti-austérité et anti-UE étant vus comme allant de pair), cette dernière faute d’assumer la révolution (logique pour des réformistes…) n’a de choix qu’entre assumer la capitulation « sociale-libérale » devant les instances communautaires (Syriza en Grèce, « Podemos » en « Espagne » étant sur le même chemin)… ou alors les appels du pied à l »alliance anti-système » avec les forces nationalistes de droite fascisantes (M5S de Beppe Grillo en « Italie », qui multiplie les « mains tendues » au mouvement néofasciste et s’est allié avec l’UKIP de Nigel Farage au Parlement européen).

Nous, nous sommes des révolutionnaires et nous ne sommes pas « européistes » ni même « universalistes » mais INTERNATIONALISTES (et anti-impérialistes) ; nous voulons la Fédération la plus large possible (planétaire étant l’objectif) de Républiques populaires et socialistes elles-mêmes fédérations de Communes populaires. Nous ne somme pas « anti-système » mais pour le renversement révolutionnaire du Capital (anticapitalistes et communistes). Nous ne sommes pas pour la « souveraineté nationale »/ »du peuple » mais pour le Pouvoir démocratique révolutionnaire des travailleurs/euses – ce qui signifie aussi pour la dictature à l’encontre de leurs ennemis, les exploiteurs. Nous sommes pour la destruction de l’Union européenne et de la « France » comme (comme toutes les) constructions et appareils de domination de la bourgeoisie.

Voilà ce que nous voulons et qui ne peut trouver son « compte » ni auprès de la « gauche » européiste la plus « progressiste » qui soit (EELV) ni auprès de la « gauche » souverainiste la plus « sociale » et « partageuse » (Mélenchon).

 

Source: http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/quand-un-referendum-chez-la-perfide-albion-provoque-des-fretillements–a119366836

SYRIE : HONTE A HOLLANDE, A FABIUS ET AUX MEDIAS FRANÇAIS !

 

Depuis cinq ans, les médias français se sont fait une spécialité de nous « vendre » la guerre civile en Syrie, d’appeler à l’ingérence dans les affaires internes de ce pays souverain QUI NE NOUS A RIEN FAIT DE MAL, voire de décider quel président pouvait ou ne pouvait pas siéger à Damas.

Peu importait à nos « libérateurs » de papier, qui avaient déjà aidé Sarkozy et BHL à déstabiliser la Libye et une partie de l’Afrique, que les ennemis du gouvernement syrien fussent en réalité à 95% des fanatiques religieux armés par la CIA et par les régimes esclavagistes d’Arabie saoudite et du Qatar, ces grands amis du MEDEF et des gouvernants français successifs.

Peu leur importe que le monstrueux « Etat islamique » qui ravage l’Irak (détruit par Bush) et la Syrie ne puisse notoirement se maintenir 24 heures sans la complicité d’Ankara (qui terrorise les Kurdes sur son territoire), et qu’il ne puisse évidemment pas se financer sans le secours de sociétés pétrolières qui achètent au rabais le pétrole volé par l’E.I. aux peuples irakien et syrien. Peu leur importe car l’essentiel pour l’impérialisme français, de plus en plus vassal de l’Oncle Sam et de l’OTAN au détriment de l’intérêt du peuple français, est de refaire main basse sur la Syrie, ex-colonie française placée « sous mandat français » en 1918 en collusion avec la riche bourgeoisie bancaire libanaise, d’isoler la Russie et l’Iran, et cela sans crainte d’appuyer une opposition syrienne notoirement liée à Al Qaida.

Mais comment un « socialiste » comme Laurent Fabius, qui soutient à Kiev un régime infesté de néonazis, pourrait-il résister à la tentation d’appuyer des fanatiques dont les homologues afghans – les sanglants talibans – ont jadis aidé l’Occident, aidé par la social-démocratie européenne, à renverser le régime laïque au pouvoir à Kaboul, allié à l’URSS ?

Le résultat de tout cela, c’est que des millions de Syriens, de Libyens, d’Irakiens, crèvent dans des camps de réfugiés, que certains risquent la mort en traversant la Méditerranée et que leur arrivée en Europe dans les pires conditions ne fait que nourrir partout, et pour commencer, en France, la xénophobie de l’extrême droite sous les surenchères de l’indécent Sarkozy.

Pour sa part, le PRCF n’a jamais idéalisé Assad et il a toujours soutenu le PC syrien qui, tout en critiquant ce qu’il y avait lieu de critiquer dans son pays, a toujours aussi défendu les acquis du peuple syrien (laïcité, relative mixité, nationalisation du pétrole) et a toujours combattu l’ingérence étrangère.

En tout cas, alors que la Russie semble aujourd’hui, et de très loin, la force la plus déterminée à combattre les monstres de l’Etat islamique, il est honteux de voir à nouveau notre « libre presse pluraliste », de Libé au Figaro, taper à bras raccourcis sur l’intervention russe, regretter les frappes justifiées contre les bandes anti-Assad d’Al Qaida et du Front « Al nostra », soutenir de fait le sanglant Erdogan dans sa traque anti-Kurde (à la veille de l’énorme attentat anti-kurde d’Ankara, Erdogan a pu appeler à la haine sur notre sol en tenant meeting à Strasbourg !), bref, choisir systématiquement la politique du pire au Proche-Orient, comme c’est aussi le cas en Ukraine.

La véritable solidarité avec les malheureux migrants ne consiste pas à verser sur eux des larmes de crocodile, ni à se pourlécher les babines, comme le font indécemment et à la fois le patronat allemand et Bernard Guetta sur France Inter, en déclarant que cet afflux massif de main-d’œuvre qualifiée et « parlant anglais » est une aubaine pour nos économies empannées par l’euro-austérité.

La véritable solidarité, outre l’accueil digne de ceux qui fuient la mort semée par NOS gouvernants irresponsables, c’est que les forces populaires, antifascistes, patriotiques et anti-impérialistes de France AGISSENT ensemble contre les ingérences impérialistes, pour le droit de TOUS les peuples à disposer d’eux-mêmes, pour le droit de chaque individu à vivre, à travailler et à décider dans son propre pays en coopérant avec les autres peuples.

La propagande de guerre par Michel COLLON

Source: http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/syrie-honte-a-hollande-a-fabius-aux-medias-francais/

To Remember History Is to Open the Future; To Forget History Is to Commit Treason

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To Remember History Is to Open the Future;
To Forget History Is to Commit Treason

Xi Jinping, President of the People’s Republic of China

On May 9th, Victory Day in the world war against fascism, at the invitation of Russia’s President Vladimir Putin, I will visit Russia and take part in the celebrations in Moscow devoted to the 70th anniversary of Victory in the Great Patriotic War. This sacred day I will celebrate together with the Russian people and the entire world.

Everyone remembers that the aggressive wars begun by the fascists and militarists inflicted unprecedented damage and suffering on the peoples of China, Russia, and the countries of Europe, Asia, and other parts of the world. The relentless struggle between justice and evil, light and darkness, freedom and slavery, was joined by the peoples of China, Russia, and more than 50 other countries, as well as by all the other peace-loving peoples of the world, who stood up as one and formed a broad international anti-fascist and anti-militarist front. All these nations fought in bloody battles against the enemy, and in so doing defeated the most evil and brutal aggressors, bringing peace to the world.

I remember, in March 2013, when I first visited Russia on a state visit, I laid a wreath at the Tomb of the Unknown Soldier near the Kremlin walls. There was a depiction of a soldier’s helmet and a red banner on the tomb, and there burned an eternal fire, symbolizing the unbroken life and unwavering fearlessness of our fallen heroes. « Your name is unknown, your deeds are immortal. » They will never be forgotten by the Russian people, the Chinese people, or anyone else.

China was the main theater of military operations in Asia during the Second World War. The Chinese people stood up before anyone else in the struggle against the Japanese militarists, waged the longest war, fought in the hardest conditions, and, like Russia, suffered the most enormous losses. The Chinese army and people fought stoically and persistently, locking down and destroying numerous contingents of the Japanese aggressors. At the cost of a huge national sacrifice — the lives of more than 35 million people — a great victory was finally won and an enormous contribution was made to victory in the world struggle against fascism. The exploits of the Chinese people in the war against the militarists, just like the exploits of the Russian people, will be immortalized forever in history and will never die.
The Chinese and Russian peoples supported each other, helped each other; they were comrades in arms in the war against fascism and militarism, and built a friendship with each other forged with blood and life. In the most difficult times of the Great Patriotic War, many of the best sons and daughters of the Chinese people decisively joined in the battle against German fascism. Mao Anying — the eldest son of Chairman Mao Zedong — fought in many battles as a political officer of a tank company of the 1st Belorussian Front, up to the storming of Berlin. The Chinese fighter pilot Tang Duo, as deputy commander of a fighter company of the Soviet Army, distinguished himself in air battles against the fascist forces. Children of the leaders of the Chinese Communist Party and descendants of the fallen heroes of the Chinese Revolution, when studying at the Ivanovo international boarding school, despite that they were still only children, nonetheless went off to dig trenches, prepared Molotov cocktails, prepared food and clothes for the fighters, chopped trees, dug out potatoes, and looked after the wounded in hospitals. Apart from that, many of them regularly donated blood — 30 millilitres once per month for the soldiers at the front. The Chinese female journalist Hu Jibang, small and weak, underwent the entire war from the first day to the last, through bullets and fire, writing about the resilience and courage of the Soviet people, the barbarous cruelty of the fascist hordes, and the joy of the Russian soldiers and people in their times of triumph. It emboldened the armies and peoples of both countries, raising their will to fight to the end, to the final victory. Alongside the above heroes there are many other representatives of the Chinese people who contributed to the Great Patriotic War while remaining unknown soldiers.

The Russian people gave the Chinese people valuable political and moral support in their war against Japanese invaders. This included large convoys of arms and war materiel. More than 2,000 Soviet fighter pilots joined the Chinese air force and helped in the air battles over China. More than 200 of them died in battles over Chinese soil. In the closing phase of the war, Red Army soldiers of the Soviet Union were sent to north-east China. Together with the Chinese army and people they fought against the Japanese militarists, which helped China tremendously in achieving final victory. The Chinese people will always remember the Russians, both soldiers and civilians, who gave their lives for the independence and liberation of the Chinese nation.

The famous Russian historian Vasily Klyuchevsky said, that, having forgotten history, our soul can get lost in the darkness. To forget history is to commit treason. The Chinese and Russian peoples stand ready, together with all peace-loving countries and peoples, and with the utmost determination and decisiveness, to oppose any actions or attempts to deny, distort, and rewrite the history of the Second World War.

This year, China and Russia will hold a series of events to mark the 70th anniversary of Victory in the Second World War. There will also be many other events conducted by the UN and other international and regional organizations. The purpose of these events and celebrations is to demonstrate our determination to defend the results of the Second World War, to protect international equality and justice, and to remind our contemporaries that it is necessary to preserve and guard the peace that was won for humanity at too high a price.

The hard lessons of the Second World War tell people that humanity’s coexistence is not subject to the laws of the jungle; that world politics is diametrically contradictory to belligerent and hegemonic power politics; and that the path of human development is not founded on the principle of « winner takes all » or in games with zero-sum outcomes. Peace — yes, war — no; cooperation — yes, confrontation — no; mutual gains are honored, while zero-sum results are not: This is what constitutes the unchanging core and essence of peace, progress, and the development of human society.

Today, mankind has unprecedentedly good opportunities for the realization of our goal — peace, development, and the formation of a system of international relations that is ever more strongly based on the spirit of cooperation and mutual benefits. « Unity — is strength, while self-isolation — is weakness. » Cooperation and the win-win principle should be adopted as the basic orientation of all countries in international affairs. We have to unite our own interests with the common interests of all countries, find and expand on the common points of interest of different parties, develop and establish a new conception of multilateral win-win, to always be ready to extend a helping hand to each other at difficult times, to partake together in rights, interests, and responsibilities, and to collectively collaborate to solve growing global problems such as climate change, energy security, cybersecurity, national disasters, and so on. In short, we are in it together on our planet Earth — the homeland of all humanity.

The Chinese people and the Russian people — they are both great peoples. In the years of grief and misery, our indestructible camaraderie was cemented with blood. Today the peoples of China and Russia will hand in hand and shoulder to shoulder defend peace, promote development, and make their contributions to lasting world peace and human progress.

(Russia Insider, May 10, 2015. Slightly edited for grammar by TML. Photos: Xinhua)

Source: http://cpcml.ca/Tmlw2015/W45020.HTM#8

Georges Politzer : Révolution et contre-révolution au XXe siècle

Reconstruction communiste publie ce document historique qui fait date, mais qui est riche en connaissance sur l’épisode nazi du XXe siècle sous lequel Georges Politzer consacra sa réponse à «Sang et Or» d’Alfred Rosenberg. La brochure «Révolution et contre-révolution au XXème siècle»  a été rédigée par Georges Politzer donc en décembre 1940, en réponse au discours sur 1789 tenu, à Paris, par l’idéologue nazi Alfred Rosenberg. Elle sera publiée clandestinement en février 1941 par le Parti communiste français. Si nous re-publions ce document historique initialement diffusé sur le blogue du Centre MLM (be), c’est en raison des événements de notre actualité contemporaine qui semble nous rappeler un autre épisode historique semblable en ce début du XXIe siècle.

 

 G.Politzer - Révolution et contre-révolution

 

 

Réponse à « Sang et Or » de M. Rosenberg

Préface
À la fin du mois de novembre dernier, Monsieur le Reichsleiter Rosenberg, «mandataire du Führer pour la haute surveillance de l’ensemble du travail de formation et d’éducation idéologique dans le Parti national-socialiste d’Allemagne», est venu en France tout exprès pour prononcer un discours.

On avait choisi, comme cadre, la salle des séances de la Chambre des députés, et l’auditoire était composé du général commandant en chef les troupes d’occupation en France, d’officiers de tous grades et de représentants diversement titrés du régime hitlérien.

On ne dit pas si les laquais Déat, Doriot, ainsi que M. de Brinon ont été admis à la solennité en se tenant debout, à la manière des laquais, derrière les fauteuils du général von Stülpnagel et de son Excellence Otto Abetz.

Le discours de M. Rosenberg a été publié par la « Deutsche Zeitung in Frankreich », sous le titre : « Règlement de comptes avec les idées de 1789 ». Un résumé officiel et atténué sur plusieurs points a été publié par la presse traduite, sous le titre :

« Sang et Or, ou l’Or vaincu par le Sang ».

La Révolution française est l’honneur historique du peuple de France. Le culte du passé glorieux qu’elle représente acquiert un contenu et un sens nouveau à l’heure où le capitalisme français livre la nation à l’oppression d’un impérialisme étranger.

Le discours de M. Rosenberg appelait donc une réponse.

Les marxistes français, c’est-à-dire les communistes la lui apportent.

Ce fait est à la fois naturel et significatif.

La lutte active contre toute cette colonisation spirituelle, dont le voyage de M. Rosenberg est le symbole, est inséparable de la lutte pour la liberté et l’indépendance de la France. Le Parti communiste français a la fierté d’être à l’avant-garde de cette lutte.

Le fait que ce sont les communistes français, et eux seuls, qui répondent à M. Rosenberg, montre, en même temps, combien il est vrai que la défaite a marqué aussi l’effondrement idéologique de tous les autres partis.

M. Rosenberg est venu à Paris pour un « règlement de comptes » avec les idées de 1789.
« Règlement de comptes » veut dire également « dernière explication ».

La « dernière » explication de M. Rosenberg avec 1789 doit se transformer en une première explication avec le nazisme.

La méthode historique de M. Rosenberg
M. Rosenberg annonce, au début de son discours, que les « nationaux-socialistes » étudient en France « les idées qui ont provoqué la chute de l’ancien régime du XVIIIe siècle ».

Les études de ce genre sont des études historiques.

Il est donc utile de savoir comment M. Rosenberg conçoit les études de ce genre.

Dans une conférence prononcée en 1934, il a donné à ce sujet des précisions qu’il a omis de reproduire dans son discours de Paris.

Dans cette conférence, intitulée : « la liberté de la science », M. Rosenberg a fait la déclaration suivante :

«  Il y a une conception catholique et une conception protestante de l’histoire…à côté des conceptions religieuses de l’histoire apparaissent les conceptions nationalement teintées… Nous croyons qu’il est temps d’annoncer une façon allemande de considérer l’histoire (M. Rosenberg, « Blut und Ehre », tome 2 ; page 210).

M. Rosenberg constate donc qu’il y a une déformation ecclésiastique et une déformation chauvine de l’histoire. Il en tire la conclusion qu’il est temps d’ajouter aux déformations déjà existantes une déformation nouvelle, la déformation « allemande », c’est-à-dire, selon lui, national-socialiste. Déformer ainsi les faits, c’est ce que M. Rosenberg appelle « la liberté national-socialiste de la science ».

Déformer l’histoire, c’est refaire l’histoire du passé selon les besoins du présent ; c’est subordonner l’histoire aux exigences d’une propagande. C’est ce que veut faire M. Rosenberg. Mais il est utile de savoir comment cette propagande est conçue.

Dans « Mein Kampf », M. Hitler établit la comparaison entre la propagande politique et la réclame.

« Que dirait-on, écrit-il, d’une affiche destinée à vanter un nouveau savon et qui dirait qu’il y a aussi d’autres bons savons ? On secouerait la tête. Il en est exactement de même en ce qui concerne la réclame politique » (Mein Kampf, édition allemande de 1935, page 200).

M. Hitler montre lui-même qu’il conçoit la propagande politique comme une réclame politique, conduite selon les principes de la publicité commerciale. Il soutient que la propagande vraie est, comme la publicité vraie, celle qui réussit, et que la propagande « n’a pas à chercher la vérité objective dans la mesure où elle est favorable à d’autres…pour l’exposer ensuite avec sincérité doctrinale aux masses » (Mein Kampf, même page).
Nous savons donc que pour M. Rosenberg l’histoire est subordonnée à la propagande ; qu’il s’agit d’une propagande qui se conçoit elle-même comme une réclame, imitant la publicité commerciale ; qu’elle n’a pas pour but de rechercher la vérité objective devant les masses.

Quel est donc son but ?

Obtenir un effet politique.

Les faits, leur interprétation, tout est subordonné à ce but.

Autrement dit : on affirme sans scrupules n’importe quoi. L’histoire devient ainsi une fable ou, selon l’expression de M. Rosenberg, un mythe. M. Rosenberg est, comme on le sait, l’auteur d’un ouvrage intitulé : « le Mythe du vingtième siècle ».

Ainsi, par exemple M. Rosenberg propose aux Allemands du XXe siècle comme modèle les anciens Germains. Il trace ensuite de ces derniers des « portraits historiques ». Il se trouve alors que les anciens Germains possédaient précisément les traits de caractère que le régime hitlérien veut inculquer à la jeunesse. La chose n’est pas difficile : pour que le national-socialiste puisse être modelé sur l’ancien Germain, M. Rosenberg commence par modeler l’ancien Germain sur le national-socialiste. C’est encore le même procédé qui lui permet de présenter M. Hitler dont l’existence, en tant que personnalité politique, suppose le développement ultime du capitalisme, comme la réincarnation du « Herzog » germanique. Il suffit pour cela de placer chez les anciens Germains du début de la féodalité les rapports sociaux qui caractérisent la fin du capitalisme.

Dès lors, quand M. Rosenberg nous annonce qu’il va étudier « les idées qui ont provoqué en France la chute de l’ancien régime du dix-huitième siècle », nous sommes fixés. Il s’agit de substituer à l’histoire réelle de la Révolution une fable destinée à la propagande, à celle-là même qui vise à asservir la France intellectuellement pour pouvoir mieux l’asservir économiquement et politiquement. Et comme M. Rosenberg a consacré une partie de son discours à l’histoire de la guerre, nous savons également qu’il s’agit de substituer à l’histoire réelle de la guerre une fable destinée à la propagande, à celle-là même qui doit transformer la France vaincue en une France soumise.

On peut citer ici quelques exemples de l’application que M. Rosenberg fait dans son discours de la liberté national-socialiste de l’histoire.

M. Rosenberg décrit avec minutie l’installation et la décoration des Loges maçonniques. Mais venu exprès à Paris pour régler des comptes avec les idées de 1789, il a passé sous silence l’existence même de tout le mouvement intellectuel qui, après avoir produit l’Encyclopédie, a abouti à la déclaration des Droits de l’Homme ; Rousseau, d’Alembert, Diderot, Condillac, Helvétius, d’Holbach, tout cela n’existe pas pour lui, pas plus que l’Encyclopédie. Tout cela est supprimé au nom de la « liberté national-socialiste de la science ».

À propos du 19e siècle, M. Rosenberg « mentionne » l’exploitation capitaliste. Et il ajoute que quelques penseurs isolés seulement ont élevé la voix pour protester, ce sont Carlyle et Dickens.

Mais Saint-Simon, Fourier et Owen ? Le socialisme utopique ? Et Karl Marx et Friedrich Engels ? Le socialisme scientifique ? Supprimés, au nom de la « liberté national-socialiste de la science ».

Seuls les auteurs cités par M. Rosenberg ont existé.

C’est ainsi que M. le Reichsleiter, mandaté pour la haute surveillance de l’ensemble du travail d’éducation et de formation idéologique dans le Parti national-socialiste, écrit l’histoire.

Le discours de M. Rosenberg doit être mis à la base de l’enseignement de l’histoire en France : le gouvernement de Vichy y travaille.

Quand M. Rosenberg « omet » l’Encyclopédie, cela veut dire qu’il sera interdit d’en parler aux enfants de France.

Quand M. Rosenberg « oublie » les noms de Rousseau et de Diderot, cela signifie que les enfants ne devront pas les connaître.

Quand M. Rosenberg escamote, non seulement le socialisme scientifique, mais encore le socialisme utopique, cela veut dire qu’il s’agit de prendre des mesures pratiques de toutes sortes, afin de ramener les travailleurs, par la force et par la ruse, deux cents ans en arrière.

Étant donné cette conception raciste de l’histoire, il faudrait un volume pour montrer dans tous ses détails ce que comporte le discours de M. Rosenberg dont chaque allusion historique est une déformation des faits.

Nous serons obligés de concentrer notre attention sur quelques points particulièrement remarquables.

Ce qu’est le conflit mondial entre le sang et l’or
Chacun sait que, dans toutes les guerres de rapine, il y a de l’or et du sang et que l’or est du côté des capitalistes qui l’encaissent et le sang du côté des peuples qui le versent.
M. Rosenberg parle, lui aussi, de sang et d’or, à propos de la guerre de 1914-1918 et de la guerre de 1939-1940. Mais ce n’est pas ainsi qu’il entend les choses.

« La grande lutte mondiale entre l’or et le sang, dit-il, avait déjà commencé d’une façon dramatique le 2 août 1914. Le conflit de 1939-1940 en est la continuation gigantesque, mais sur le plan d’une conscience plus élevée. »

Il en résulte que, pour M. Rosenberg, le conflit mondial entre le sang et l’or n’est pas celui qui opposerait les capitalistes qui encaissent l’or et les peuples qui versent le sang ; c’est celui qui oppose les pays capitalistes eux-mêmes. Selon lui, le sang, c’est l’Allemagne, en 1914 comme en 1939, et l’or, ce sont les adversaires de l’Allemagne, en 1914 comme en 1939.

Du reste l’Allemagne n’est pas appelée seulement « sang ». Elle est appelée également « force vitale créatrice profonde » ; « force raciale créatrice de l’Europe centrale ». Et M. Rosenberg nous apprend que la guerre de 1914-1918 et celle de 1939-1940, qui la continue, sont en fin de compte « une lutte pour la hiérarchie des valeurs ». C’est pour elle, pour la « hiérarchie des valeurs » que sont morts et que meurent les millions de victimes de la guerre.

M. Rosenberg explique qu’en 1918, c’était la victoire de l’or, mais en 1939, les « véritables forces vitales » se sont « révoltées contre cet odieux abaissement des vraies valeurs de la vie » et maintenant, enfin, le sang a remporté la victoire. La victoire de l’or sur le sang était provisoire ; la victoire du sang sur l’or sera, bien entendu, définitive.

Que signifie tout cela ?

Le premier avantage de cette façon très noblement symbolique de s’exprimer, c’est que tous les faits concrets qui représentent la cause des guerres, tous les actes effectifs qui en marquent la préparation secrète, toutes les tractations louches qui les précèdent et qui les entourent, disparaissent ; tout cela devient imperceptible, vu des hauteurs métaphysiques de la « hiérarchie des valeurs ».

Cependant, c’est un fait qu’à la veille de la guerre de 1914 l’Allemagne était un pays capitaliste, comme l’Angleterre, la France, les Etats-Unis, le Japon, la Russie tsariste, et, d’une manière générale, tous les pays. C’est également un fait qu’à cette époque les colonies étaient déjà partagées entre les principales puissances.

L’Allemagne, qui était arrivée plus tard que les autres rapaces mais se développait plus vite, ne pouvait satisfaire son appétit colonial qu’au détriment des possessions de la France et de l’Angleterre. Et effectivement, elle voulait les colonies françaises et anglaises.

Jamais personne n’a affirmé, pas même M. Rosenberg, que l’Allemagne capitaliste voulait des colonies pour leur rendre la liberté économique et politique. Chacun sait qu’elle les voulait pour que les capitalistes d’Allemagne puissent les exploiter à la place des capitalistes français et anglais. L’Allemagne était donc impérialiste et avait à la veille de la guerre des appétits impérialistes.

Ces appétits ne la portaient pas seulement vers les colonies ; elle voulait également annexer l’Ukraine, la Pologne et les provinces baltiques de la Russie tsariste. On se rappelle également qu’en construisant le chemin de fer de Bagdad, elle menaçait la domination de l’Angleterre dans le Proche-Orient.

Mais l’Allemagne n’était pas seule avec ses appétits d’annexion impérialiste.

L’Angleterre voulait la Mésopotamie, la Palestine, l’Égypte. Elle voulait non seulement conserver ses colonies, mais battre l’Allemagne qui était en train de l’évincer du marché mondial.

La France voulait la Sarre et l’Alsace-Lorraine annexée par l’Allemagne en 1 871.

Les intérêts des puissances capitalistes se heurtent au sujet du partage des colonies et du marché mondial, au sujet des sources de matières premières, des marchés d’exportation des marchandises et des capitaux. Les intérêts se heurtent et les puissances capitalistes préparent la guerre : en 1 907, c’est « l’Entente », l’alliance entre l’Angleterre, la France et la Russie qui se dresse en face du groupe impérialiste formé par l’Allemagne avec l’Autriche-Hongrie. Et en 1914 s’engage la guerre.

Guerre entre le sang et l’or ?

Non, mais une guerre entre puissances impérialistes.

L’enjeu de cette guerre, c’étaient les colonies, les marchés et, d’une manière générale le partage du monde, l’hégémonie dans le monde. C’est pourquoi c’était une guerre impérialiste ou comme dit Lénine, « une guerre de conquête, de pillage, de brigandage » (L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, préface aux éditions française et allemande).

La responsabilité de cette guerre incombe à toutes les puissances impérialistes qui y ont participé.

Il était question, dans cette guerre impérialiste, également d’Or.

Seulement, M. Rosenberg dit que c’est uniquement parce que l’Or a voulu soumettre le Sang, c’est-à-dire l’Allemagne.

Il dit également que 1914 était une conspiration des Bourses des démocraties mondiales contre le peuple allemand.

La vérité est qu’il était question d’Or en 1914 parce que la lutte était engagée entre les capitalistes allemands, français et anglais aussi pour la possession des mines d’Or.

La vérité est que 1914 était non une conspiration de la haute finance des démocraties mondiales contre le peuple allemand, mais une conspiration de la haute finance des démocraties anglaise et française, de l’Allemagne impériale, de la Russie tsariste etc., contre les peuples de tous ces pays, une conspiration de tous les impérialismes contre tous les peuples.

La vérité est que la guerre fut menée, comme dit Lénine, « afin de savoir lequel des groupes, allemand ou anglais, de brigands financiers doit recevoir la plus grande part du butin » (L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme).

M. Rosenberg a oublié de parler, en mentionnant la haute finance des démocraties mondiales, de la haute finance de l’Allemagne. Mais son existence, du reste notoire, est suffisamment prouvée par le fait même de la participation de l’Allemagne à la guerre.

Quelle que soit la forme du gouvernement, c’est toujours la haute finance qui est derrière les appétits impérialistes. La guerre de 1914-1918 était la première guerre mondiale pour un nouveau partage du globe entre les puissances impérialistes, après l’achèvement d’un premier partage à la fin du dix-neuvième siècle.

On comprend la commodité extrême de la fable de l’Or et du Sang.

M. Rosenberg baptise les bénéficiaires de l’ancien partage, qui sont aussi les possesseurs des principales mines d’or, « les pays de l’or ». Et l’impérialisme qui lutte pour un nouveau partage à son profit, et qui n’a pas les mines d’or, devient le pays du « sang ». La lutte impérialiste et injuste pour le nouveau partage devient la lutte idéaliste et juste du sang contre l’or.

Les puissances impérialistes sont baptisées « valeurs ».

La façon dont le partage du monde est réalisé entre elles devient « la hiérarchie des valeurs ». La lutte pour le nouveau partage du monde devient la lutte pour « la hiérarchie des valeurs ». La concurrence sordide des oligarchies financières assassinant les peuples est transportée dans l’espace suprasensible des pures idées éternelles !

Effectivement, le passage de son discours que M. Rosenberg a consacré à la guerre était d’une élévation remarquable. Sa pureté n’était souillée par aucune parole concernant les biens matériels. M. Hitler a pu dire à Berlin très clairement, le 10 décembre dernier, qu’il voulait un nouveau partage des colonies. Mais M. Rosenberg est un idéologue.

Il est chargé de faire valoir jusqu’à quels sommets peut s’élever la philosophie nazie. Il n’a donc pas dit un seul mot des sources de matières premières, des marchés d’exportation, du contrôle des voies maritimes. Il a appelé l’Allemagne « force vitale créatrice profonde », parce qu’il s’agit d’un impérialisme qui s’est développé plus rapidement que l’impérialisme anglais et français ; il l’a appelé « force raciale créatrice de l’Europe centrale », parce qu’elle organise son hégémonie en Europe. Pour chaque aspect de la guerre impérialiste M. Rosenberg a trouvé une traduction vertueuse, avec une telle conscience qu’on pourrait joindre à ce discours un dictionnaire. Mais comme ce dictionnaire n’est pas joint, M. Rosenberg pense qu’il se trouvera quand même un nombre suffisant de gens pour accepter une fois de plus de prendre une guerre injuste pour une guerre juste.

C’est, au fond, de cela qu’il s’agit.

Pour tous les impérialismes s’est posé, après la première guerre mondiale, le problème de trouver le moyen d’embarquer encore une fois les peuples dans une nouvelle guerre impérialiste, lorsque sonnera l’heure de la lutte pour un nouveau partage du monde. Le problème s’est posé avec une acuité particulière en Allemagne où le peuple a tant souffert pendant et après la guerre.

Le mythe du « Sang » représente la trouvaille.

En appelant à la guerre du Sang contre l’Or, M. Rosenberg fait croire que l’Allemagne capitaliste mène une guerre anticapitaliste. M. Hitler parle même de la guerre de « deux mondes ».

Mais est-ce que l’Allemagne a supprimé la division de la société en exploités et en exploiteurs ?

Oui, dit M. Rosenberg.

Est-ce en supprimant la propriété privée des moyens de production et l’exploitation de l’homme par l’homme ?

Non, dit M. Rosenberg, car ce serait du bolchevisme.

Le « national-socialisme » ne supprime pas les classes à la manière « mesquine » de ceux qui ne peuvent pas se détacher des réalités vulgaires. Il a supprimé les classes par l’esprit, c’est-à-dire comme l’explique l’auteur du « Mythe du vingtième siècle », en faisant prendre conscience aux hommes de « l’unité raciale », de sa « force supérieure à toutes les autres ». C’est ce qu’il appelle « le mystère du sang ».

En Union soviétique, où la société sans classes est réalisée, l’unification de la société est un fait. En Allemagne hitlérienne, elle est un « mystère », parce que comme tous les mystères, elle n’existe que dans l’imagination de ceux qu’on trompe.

Les slogans et les faits
Ce n’est pas par amour de la poésie que le nazisme fabrique des mythes. Ces mythes sont des instruments politiques, et « la lutte mondiale du Sang contre l’Or » est, comme nous l’avons vu, le slogan de l’impérialisme allemand, pour sa deuxième guerre en vue d’un nouveau partage du monde.

« En 1914, a dit M. Rosenberg dans son discours, l’Allemagne n’avait trouvé que le mot d’ordre d’une simple défense du peuple et de la patrie.  Elle n’avait pas une grande idée unificatrice, et elle n’était pas portée par la volonté d’atteindre un grand but ».

En 1939-1940-1941, l’impérialisme allemand n’a pas un mot d’ordre de « simple défense ». Il a commencé la guerre en déclarant lutter « pour la réparation de l’injustice de Versailles » et il la poursuit avec le mot d’ordre de la « lutte du Sang contre l’Or ».

L’esprit dans lequel ces mots d’ordre sont élaborés nous est révélé par le chapitre 6 de Mein Kampf, intitulé « Kriegspropaganda », « propagande de guerre ». M. Hitler y critique la propagande de l’impérialisme allemand durant la première guerre mondiale, exprime son admiration pour celle des Alliés et expose ses idées sur ce qu’il appelle les principes véritables de « l’art de la propagande ».

La propagande de guerre doit être, selon M. Hitler, unilatérale. Selon lui, « la toute première prémisse de toute activité de propagande en général », c’est « l’attitude foncièrement subjective et unilatérale à l’égard de toutes les questions traitées ».

« Il était radicalement faux de traiter de la responsabilité de la guerre en se plaçant au point de vue que l’Allemagne ne pouvait être tenue seule responsable de l’éclatement de cette catastrophe ; mais il eût été juste de rejeter sans réserve la faute sur l’adversaire, même si cela n’avait pas correspondu à la véritable situation, comme c’était cependant le cas » (Adolf Hitler, Mein Kampf, page 201).

La propagande de guerre n’a pas pour but « d’instruire ceux qui ont déjà l’expérience de la science ou qui aspirent à la culture ou à la compréhension » (Adolf Hitler, Mein Kampf, page 197).

Elle a pour but d’entraîner les masses en employant surtout deux procédés.

D’une part, au lieu d’argumenter, il faut répéter. Car  « la masse, étant donné sa lourdeur, a toujours besoin d’un certain temps avant d’être seulement disposée à prendre connaissance d’une chose, et ce n’est que la répétition mille fois renouvelée qui fixera cette chose dans sa mémoire » . (Adolf Hitler, Mein Kampf, page 203)

D’autre part il faut s’adresser non à la raison, mais aux passions.

« Le peuple a, dans son immense majorité, des dispositions et une attitude si féminines que ce n’est pas la réflexion posée, mais le sentiment passionné qui détermine sa pensée et son action ». (Adolf Hitler, Mein Kampf, page 201).

M. Hitler exprime (dans « Mein Kampf », page 201) son admiration plus particulière pour « la propagande anglaise qui, en 1914-1918, a compris tout cela de la façon la plus véritablement géniale ».

L’Allemagne fut accusée d’être seule responsable de l’éclatement de la guerre.

« Un mensonge, poursuit M. Hitler, qui tint compte de l’attitude passionnée, toujours extrême du peuple, par l’obstination unilatérale, absolue et effrontée avec laquelle il fut présenté, et il trouva audience pour cette raison ». (Adolf Hitler, Mein Kampf, page 201).

L’actuel chancelier du Reich recommandait de suivre cet exemple.

« À quels résultats formidables peut conduire une propagande bien appliquée, c’est ce que l’on a pu constater seulement pendant la guerre. Mais malheureusement, il fallait, ici encore, tout étudier de l’autre côté, car chez nous l’activité à cet égard était plus que modeste ». (Adolf Hitler, Mein Kampf, page 193).

« La lutte du Sang contre l’Or » doit représenter le bon slogan conforme à tous les « vrais principes » de l’art de la propagande telle que le conçoit le « national-socialisme ».

Ce slogan est unilatéral à souhait : l’or, c’est-à-dire le capitalisme, n’existe que chez les concurrents impérialistes ; on met en avant la ploutocratie britannique et l’on passe sous silence la ploutocratie allemande.

Un slogan comme « la lutte du Sang contre l’Or » n’a évidemment pas pour but de renseigner « ceux qui aspirent à la culture ou à la compréhension ». Loin de permettre aux grandes masses de comprendre ce qui se passe, il est précisément destiné à les en empêcher, par une invention aussi fausse qu’absurde.

Mais précisément, parce que l’invention est absurde, l’argument principal est la répétition mille fois renouvelée, dans une atmosphère de terreur.

Certes, ce slogan ne s’adresse pas à la raison. La moindre réflexion rationnelle permet de comprendre que la lutte pour les colonies entre une puissance impérialiste, comme l’Allemagne hitlérienne, et une puissance impérialiste, comme la Grande-Bretagne, ne saurait être une lutte « anti-impérialiste » ; que baptiser la lutte des capitalistes allemands pour l’or une lutte contre l’or est aussi absurde que si l’on baptisait leur lutte pour le pétrole et les sources de matières premières une lutte contre le pétrole et contre les sources de matières premières.

Quant au « sentiment », le genre de sentiment auquel la propagande de guerre hitlérienne fait appel est suffisamment caractérisé par son maniement constant de l’antisémitisme, arme de toujours de la réaction, arme en particulier du tsarisme.

L’ambition de cette propagande est de tromper les masses comme les impérialistes alliés avaient réussi à les tromper en 1914-1918, et de trouver une duperie aussi colossale que « la guerre du Droit contre la Force », un slogan aussi effrontément faux que « Civilisation contre Barbarie », et on a trouvé « Sang contre Or ».

Au début du chapitre 6 de Mein Kampf, M. Hitler affirme qu’il est très instructif d’étudier la propagande marxiste. Mais les chefs « nationaux-socialistes » ne l’ont « étudiée » que pour pouvoir faire exactement le contraire.

Les marxistes savent que le capitalisme maintient, dans les pays les plus civilisés, une grande partie de la population dans l’ignorance, très spécialement sur les questions économiques et politiques. Mais c’est pour cette raison qu’ils portent, dans les masses les plus larges et jusque dans les masses les plus arriérées, le marxisme. Le marxisme est une science, et la propagande marxiste a pour but de diffuser cette science dans les masses. Les partis communistes sont, dans le monde entier, les éducateurs du peuple. Ils lui donnent cette éducation économique et politique que le capitalisme leur refuse, et dont il veut les priver même par la terreur. Le marxisme qui, sur le plan scientifique, a une valeur propre, autonome, comme la physique et la chimie, devient ainsi la science du prolétariat, la science du peuple. Le Manifeste du parti communiste de Marx et d’Engels, voilà le premier grand écrit de propagande du marxisme.

La propagande marxiste n’a jamais reculé devant l’immensité de la tâche qui consiste à porter, non seulement l’économie politique marxiste, mais encore le matérialisme dialectique devant les ouvriers des villes, comme devant les paysans, devant le métallurgiste parisien, comme devant le coolie chinois. Car le but de la propagande marxiste est d’éclairer et d’élever les masses en vue de leur libération.

Par contre, M. Hitler dit dans Mein Kampf « propagande n’est pas science » (page 196).

« La grande masse d’un peuple n’est pas composée de diplomates, ou de professeurs de droit public, ni même de gens capables de juger d’une manière rationnelle …» (Adolf Hitler, Mein Kampf  page 200).

Le racisme n’en tire pas la conclusion qu’il faut instruire les masses. Selon lui, il ne faut pas élever la masse par une propagande qui l’éclaire. Il s’agit de l’influencer en se servant des faiblesses engendrées et savamment entretenues en elle par le capitalisme.

« Toute propagande, dit M. Hitler, doit être populaire, et elle doit régler son niveau intellectuel d’après la capacité d’absorption du plus borné parmi ceux auxquels elle a l’intention de s’adresser. C’est pourquoi son niveau intellectuel doit être d’autant plus bas que la masse qui doit la recevoir est plus grande.  Et quand il s’agit de la propagande destinée à faire supporter la guerre on ne saurait trop éviter les prémisses intellectuelles trop élevées.

Plus le lest scientifique de la propagande est modeste, plus elle fait appel exclusivement au sentiment de la masse, d’autant plus décisif est le succès. C’est celui-ci qui est la meilleure preuve de sa justesse ou de sa non justesse, et non le fait d’avoir contenté quelques savants ou jeunes esthètes ». (Adolf Hitler, Mein Kampf, page 198).

« Car la propagande, dit encore M. Hitler, n’est qu’un moyen », et en temps de guerre, un moyen de faire supporter la guerre par tous les moyens.»

Naturellement, quand M. Rosenberg a proclamé, avec solennité, du haut de la tribune de la Chambre, que l’Allemagne impérialiste menait « la lutte du Sang contre l’Or », il a complètement « oublié » de parler du chapitre 6 de Mein Kampf.

La propagande du sang et de l’or doit faire supporter au peuple allemand la guerre qui se prolonge elle doit servir, en même temps, à justifier le nouveau « diktat », le deuxième Versailles.

Le nouveau partage du monde auquel les impérialismes victorieux ont procédé à Versailles fut placé sous le signe du Droit et de la Justice.

Les vainqueurs se sont partagé les dépouilles des vaincus. Le mobile de ce partage, c’était les appétits capitalistes les plus sordides, et son instrument avait été la force. Mais les annexions et tous les actes de brigandage furent justifiés par des considérations de haute moralité.

En cas de victoire, l’impérialisme allemand et les autres puissances de l’Axe se partageraient les dépouilles des vaincus, en justifiant les annexions et tous les actes de brigandage, invariablement par la nécessité de libérer le monde des « ploutocraties de l’or ».

À Versailles, l’impérialisme franco-anglais avait organisé son hégémonie en proclamant la « primauté du Droit ». Le second Versailles organiserait l’hégémonie de l’impérialisme allemand au nom de la « suprématie du Sang ». À Versailles, l’Allemagne vaincue a été dépouillée et enchaînée au nom de la nécessité de dompter la « Force » et d’en empêcher le retour agressif. Le nouveau « diktat » dépouillerait la France et l’enchaînerait, sous prétexte qu’il est nécessaire de dompter « l’Or » et d’empêcher le retour de sa domination.

Il ne peut y avoir aucun doute sur le fait que c’est bien d’un nouveau Versailles qu’il s’agit.

C’est ce que prouve, tout d’abord, l’analyse objective du caractère de cette guerre. Mais c’est ce que prouvent également des actes déjà accomplis qui révèlent très clairement les intentions impérialistes de l’Allemagne hitlérienne.

Chacun se souvient encore des campagnes dans lesquelles M. Hitler proclamait l’injustice du « tribut », c’est-à-dire des charges financières imposées à l’Allemagne par le traité de Versailles. Cependant aujourd’hui, la France doit payer à l’Allemagne hitlérienne le « tribut » écrasant d’un demi-milliard par jour.

Avant cette guerre dans laquelle elle fut entraînée par les hommes du grand capital, la France était un pays riche.

Aujourd’hui, la France est dépouillée de tout.

Que sont devenues les ressources immenses de la France ? Que sont devenus nos stocks de matières premières ?

Le docteur Reuter, Führer de la Wehrwirtschaft, de l’économie de guerre, a déclaré fin décembre, d’après la « Deutsche Zeitung in Frankreich »  du 1er janvier 1 941, que l’approvisionnement de l’Allemagne en matières premières était meilleur qu’au début de la guerre, grâce à l’augmentation de la production et grâce aux « masses considérables de butin en matières premières réalisées en France par les troupes allemandes ».

En ce qui concerne le volume de ce butin, écrit la «Deutsche Zeitung in Frankreich» , le docteur Reuter a donné quelques exemples particuliers.

« Dans la seule ville de Bourges, 30 000 tonnes de cuivre rouge sont tombées aux mains des Allemands ; dans une seule localité de la France du sud-ouest une quantité aussi grande. D’autres disponibilités importantes furent trouvées dans les autres régions de la France. On peut citer des chiffres semblables pour le plomb et le zinc. Sont également très importantes les quantités de produits destinés au durcissement du fer et de l’acier qui sont devenues propriété allemande. Ainsi dans l’arrondissement de Dijon, 20 000 tonnes de minerai de manganèse et, dans une seule localité du Luxembourg, 125 000 tonnes de minerai de manganèse et 20 000 tonnes de ferro-manganèse sont tombées aux mains des Allemands ».

« Particulièrement important est le butin allemand en France pour le caoutchouc. De même le butin était tout à fait important pour le textile, de même pour la laine, le coton et la soie ».

Le docteur Reuter mentionne également que l’Allemagne s’est emparée des mines de fer « de réputation mondiale » de la Lorraine, du Luxembourg et de la haute Silésie, « ainsi que des entreprises sidérurgiques de ces pays ».S’emparer des stocks de cuivre, de caoutchouc, de laine et de coton, des mines et des usines, la voilà la « guerre du Sang contre l’Or » !

Les stocks qui restent encore sont entre les mains des accapareurs ; l’encaisse-or de la Banque de France a été semée aux quatre vents ; les tractations les plus ténébreuses se poursuivent entre la ploutocratie allemande et la ploutocratie française, pour livrer ce qui reste encore économiquement de la France. Le pays est dans un tel état de décomposition et de délabrement économiques et financiers que ni le gouvernement de Vichy, ni les autorités d’occupation n’osent publier de statistiques. On veut rassurer la population par des communiqués mensongers concernant l’avenir. Mais la vérité qu’aucun démenti officiel n’arrive à atténuer, c’est que le peuple français est voué à la faim, parce qu’on lui a tout volé. La façon dont les richesses de la France furent dilapidées, pendant la guerre, par les gouvernants félons, par les généraux et intendants incapables et vendus : l’avidité de gangsters avec laquelle les hommes de Vichy se sont abattus sur la France pour tout livrer, pour tout vendre, demeureront dans l’histoire comme un exemple rare de brigandage capitaliste.

C’est sur un peuple affamé qu’on prélève le « tribut » destiné à l’entretien des troupes d’occupation.

Vichy paye en faisant marcher la planche à billets.

L’inflation avouée se monte depuis juin à 50 milliards. De combien est l’inflation inavouée !

L’inflation est la méthode qui fait payer aux petites gens et aux pauvres les frais d’entretien des troupes d’occupation. Elle ne touche pas les riches qui se sont débarrassés de leurs billets français, en achetant de l’or, des propriétés, des immeubles, des valeurs américaines.

Mais, pour l’immense masse des pauvres et des petites gens, l’inflation est un impôt énorme, parce qu’elle fait baisser le franc, ce qui entraîne la hausse des prix. Ainsi, d’heure en heure, fond l’épargne, le pouvoir d’achat des salaires, des traitements, des pensions, de l’allocation de chômage, cependant que les revenus des riches augmentent proportionnellement à la baisse du franc. Et la planche à billets marche toujours, parce que c’est le moyen de faire payer les pauvres. La ploutocratie allemande a fait payer ainsi son peuple, au lendemain de la guerre, par une inflation gigantesque qui a fait porter le prix du pain à 10 marks, puis à 100, à 1000, à un million, puis à un milliard et aux multiples du milliard.

Faire payer un tribut insupportable par les couches les plus pauvres d’un peuple opprimé ; projeter l’augmentation du tribut, imposer un fardeau financier écrasant, à titre d’indemnité, voilà pour la France, le contenu du « mythe » du « Sang et de l’Or ».

Est-ce également lutter contre l’or que de dépecer la France ?

La France est coupée en deux ; la zone occupée comporte une zone interdite : le Nord, le Pas-de-Calais, les Ardennes, la Meurthe-et-Moselle, etc.

Comme au Moyen Âge, des barrières qui s’élèvent de toute part paralysent la vie économique, empêchent la circulation des gens et des marchandises, désorganisent le ravitaillement et aggravent chaque jour davantage la misère.

Quelles sont les intentions que l’on nourrit à l’égard des territoires occupés ?

L’Alsace et la Lorraine ont déjà été annexées officiellement en violation flagrante de la convention d’armistice. Et le Parti communiste français, qui a toujours affirmé le droit pour le peuple d’Alsace-Lorraine de disposer librement de lui-même, a élevé une protestation et rappelé que l’annexion a été faite sans la moindre consultation du peuple intéressé.

La zone interdite est déjà traitée, à son tour, comme territoire annexé. Des populations qui y étaient établies depuis toujours se voient chassées de leurs foyers.

À l’exploitation économique et à l’asservissement politique s’ajoute l’oppression nationale.

Dans la zone occupée, les Français n’ont pas le droit d’avoir leur presse, ni des organisations à eux. Ils n’ont même plus la liberté de l’enseignement national. Dans la zone non occupée, c’est le gouvernement fantoche de Vichy qui exécute les consignes de l’occupant. L’école française est placée, avec la collaboration de Vichy, sous le contrôle du Reich hitlérien. Dans certains lycées, des officiers allemands assistent déjà aux cours d’histoire pour surveiller les professeurs.

En vérité, on n’aperçoit partout que volonté d’exploitation et d’oppression, actes impérialistes annonciateurs d’un second Versailles.

En montant à la tribune de la Chambre, M. Rosenberg a dit :

« Dans cette maison furent prononcés, au cours des dernières dizaines d’années, les discours les plus passionnés contre le Reich allemand, et conçues les résolutions les plus graves en vue du partage et de la destruction de ce Reich et de la Nation allemande ».

Mais M. Rosenberg a omis de dire, par solidarité impérialiste, que ceux qui prononçaient les discours les plus chauvins et préconisaient les résolutions les plus féroces sont maintenant ses amis. Il a oublié de dire que, pendant que ses amis actuels prononçaient ces discours et arrêtaient ces résolutions, un parti a tenu tête dans cette Chambre, au cours des dernières dizaines d’années, à la meute impérialiste ; qu’un seul parti luttait contre l’occupation de la Ruhr et contre Laval, qui, président du Conseil, voulait continuer à faire payer le « tribut » des réparations au peuple allemand que la crise de 1 929-1 933 avait plongé dans une effroyable misère ; un seul parti, traqué alors comme maintenant par les amis actuels de M. Rosenberg : le Parti communiste français.

Pour les communistes de France et d’Allemagne, la lutte contre le « diktat » de Versailles n’était pas un « mythe », ni un moyen d’attirer les masses pour les préparer ensuite à la guerre pour un nouveau « diktat » ; ce n’était pas le début d’une nouvelle «Kriegspropaganda ».

Le Parti communiste français a lutté inlassablement, uni au Parti communiste d’Allemagne d’Ernst Thaelmann, pour la défense du peuple allemand victime des impérialismes. Il a le droit de s’élever aujourd’hui contre le nouveau « diktat », le nouveau Versailles, et de revendiquer pour la France la liberté et l’indépendance.

M. Rosenberg s’est vanté d’être, avec ses mythes, le fruit ultime de « quatre siècles de développement intellectuel allemand ».

En vérité, nous savons que le racisme n’a rien à voir avec les grandes traditions intellectuelles de l’Allemagne de Goethe, de Beethoven, de Hegel, de Karl Marx et de Friedrich Engels.

Il est clair que, par ses insultes au souvenir de la Révolution française, M. Rosenberg prouve qu’il est en lutte aussi contre l’esprit allemand, dont les plus grands représentants ont toujours professé l’admiration et l’enthousiasme pour le dix-huitième siècle français et le grand acte qui a renversé la féodalité.

M. Rosenberg et ses commanditaires prétendent être l’émanation du peuple allemand. Mais nous ne confondons pas le peuple allemand avec ceux qui, aujourd’hui, oppriment la France.

Au lendemain de la première guerre impérialiste, des travailleurs français se sont dressés contre leurs gouvernants impérialistes pour aider les travailleurs allemands dans la lutte contre l’oppression de Versailles. Repoussant avec mépris et dégoût les campagnes d’excitation chauvines et impérialistes, ils ont agi selon l’internationalisme prolétarien, sachant bien que, selon la parole de Karl Liebknecht, « l’ennemi est à l’intérieur ».

Les luttes communes que mènent les travailleurs laissent dans leur coeur des traces ineffaçables. Les luttes communes de travailleurs de France et d’Allemagne contre l’oppression ont scellé à tout jamais leur alliance prolétarienne indestructible.

Le peuple allemand est soumis lui-même à une oppression sans précédent dans l’histoire. Il sait que l’oppression des autres peuples de l’Europe ne pourrait qu’aggraver la sienne, car « un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre ». C’est pourquoi la volonté de l’impérialisme allemand de réduire l’Europe en esclavage se heurtera à la résistance de son propre peuple.

Les combattants héroïques de la révolte de Spartacus et de la commune de Munich, les ouvriers du Front rouge, le grand Thaelmann, ainsi que les héros innombrables de la lutte antifasciste dont ni la torture, ni la hache, ni les camps de concentration, ni le battage de la propagande officielle n’ont pu briser la résistance et la combativité, ont montré que les travailleurs d’Allemagne mènent, sous la direction du Parti de Thaelmann, avec une vigueur indomptable et une abnégation totale, la lutte pour leur libération. Chaque jour s’aggravent les souffrances de la guerre. Il est certain que notre lutte contre le second Versailles sera la lutte des travailleurs allemands, comme leur lutte contre le premier Versailles, comme toutes leurs lutte pour la défense de leurs libertés furent aussi les nôtres.

Ce que M. Rosenberg appelle « la révolution et la pensée du vingtième siècle »
On sait que M. Hitler et ses partisans ont l’habitude de présenter l’accession de M. Hitler au pouvoir comme une révolution. Dans son discours de Paris, après avoir représenté le mythe du Sang et de l’Or, M. Rosenberg a déclaré que l’avènement de M. Hitler au pouvoir est « l’une des plus profondes révolutions politiques et philosophiques de l’histoire non seulement allemande, mais encore européenne ».

Il avait déjà dit une fois :

« Le mouvement national-socialiste n’est pas une chose que les uns et les autres peuvent écarter, mais il est un phénomène de la nature. Il est une éruption gigantesque comme il en existe rarement d’une façon isolée dans l’histoire des peuples.

Le mieux pour le comparer, est de considérer l’apparition volcanique de nouveaux massifs de montagne dans l’histoire de la terre » (Rosenberg, Blut und Ehre, tome 2, page 214).

Habituellement, M. Rosenberg appelle le mouvement national-socialiste « la révolution du vingtième siècle » et l’idéologie raciste « la pensée du vingtième siècle ».

Connaissant les principes de la propagande, telle qu’elle est conçue ici, « l’éruption volcanique de nouveaux massifs de montagne » elle-même ne saurait nous émouvoir. Les superlatifs sont dans les habitudes de la réclame. Quant à la révolution, sa nature est bien connue.

La révolution suppose des classes dominantes et des classes opprimées ; des classes dominantes qui ont le pouvoir et des classes opprimées qui luttent pour le pouvoir.

La révolution suppose un ordre nouveau qui mûrit, ou dont les prémisses se créent, au sein de l’ordre ancien.

La révolution suppose un régime social ancien qui est gros d’un régime social nouveau.

La révolution suppose une classe ou des classes révolutionnaires qui luttent pour le régime social nouveau, contre la classe ou les classes réactionnaires qui se cramponnent au régime social ancien.

Par la révolution, les classes révolutionnaires conquièrent le pouvoir afin de renverser l’ordre ancien et de créer l’ordre nouveau.

La révolution est un acte de violence : il se produit en dehors de la légalité ancienne et crée sa propre légalité. C’est pourquoi Marx a dit que la violence est l’accoucheuse des sociétés.

En 1789, la bourgeoisie, soutenue par tout le peuple, a conquis le pouvoir contre l’aristocratie, en dehors de la légalité féodale. Elle s’est servie de ce pouvoir pour briser l’ancien régime social, la féodalité, et pour libérer le régime social nouveau, le capitalisme. Et c’est pourquoi c’était une révolution.

La société bourgeoise est, à son tour, grosse d’une révolution ; c’est celle par laquelle le prolétariat conquiert, à la tête des exploités, le pouvoir contre la bourgeoisie, se sert de ce pouvoir pour supprimer le capitalisme et pour construire le régime social nouveau : le socialisme.

C’est ce que le prolétariat de l’ancienne Russie tsariste a fait, sous la direction du Parti de Lénine et de Staline. C’est pourquoi ce fut une révolution. Et, parce qu’elle libérait la société de l’exploitation de l’homme, elle est la révolution la plus profonde de l’histoire.

En Allemagne, M. Hitler est arrivé au pouvoir. Comment ? Contre la volonté de la classe au pouvoir ? Pas du tout, puisque chacun sait que M. Hitler a été appelé au pouvoir par le maréchal-président von Hindenburg que Blum avait représenté comme le rempart contre l’hitlérisme. Et l’appel que le maréchal-président fit à M. Hitler correspondait aux vœux de la fraction dirigeante de la bourgeoisie allemande. M. Hitler obtint le pouvoir en tant que rempart de la société existante, c’est-à-dire de l’ancien ordre, contre le bolchévisme, c’est-à-dire l’ordre nouveau.

Il a dirigé tous ses feux d’abord contre la classe la plus révolutionnaire et son parti, contre le prolétariat et son parti révolutionnaire, l’héroïque Parti communiste allemand, dont il a emprisonné le chef Thælmann, pour qui avaient voté 6 millions d’Allemands. Il a pu réussir grâce au soutien de la grande bourgeoisie et parce que les agents de celle-ci, les chefs sociaux-démocrates et réformistes, avaient divisé la classe ouvrière.

Arrivé au pouvoir, M. Hitler a pris des mesures destinées à ligoter complètement la classe ouvrière, en la privant de ses organisations indépendantes ; en détruisant ses syndicats ; en exerçant la terreur, etc. Mais les trusts n’ont pas été expropriés ; la propriété privée des moyens de production n’a, évidemment, pas été supprimée.

La révolution dont la société capitaliste est grosse au vingtième siècle, c’est la révolution prolétarienne. Ce qui rattache le mouvement hitlérien au vingtième siècle, c’est qu’il est la contre-révolution du vingtième siècle.

Cette contre-révolution détruit la démocratie bourgeoise pour instaurer la dictature terroriste. Elle signifie que le capitalisme ne peut plus se maintenir par les anciennes méthodes de domination. Son instauration est un signe de faiblesse de la bourgeoisie. Cette dictature est exercée par la fraction la plus réactionnaire et la plus impérialiste de la grosse bourgeoisie. Son avènement ne marque pas le commencement d’un monde nouveau, mais l’agonie du monde ancien, du capitalisme. Elle n’est pas l’élan d’une classe nouvelle vers l’avenir, mais la résistance acharnée d’une classe ancienne.

Quant à la « révolution philosophique » que représente l’idéologie raciste, sa nature et son caractère sont suffisamment illustrés par le discours de M. Rosenberg. C’est une « révolution idéologique » comme l’accession de M. Hitler au pouvoir est une « révolution politique ».

M. Rosenberg nous dit, dans une de ses conférences, que :

« La découverte de la « Rassenseele » à notre époque est une révolution comme la découverte copernicienne, il y a 400 ans » (Rosenberg, Blut und Ehre  tome 2, page 209).

C’est là encore une application des préceptes concernant l’assimilation de la propagande à la réclame.

On dit d’une découverte scientifique qu’elle représente une révolution quand elle bouleverse les anciennes connaissances. Une révolution idéologique ou philosophique est un « bouleversement » de nos idées, mais dans la direction de la vérité. Après ce bouleversement, nos connaissances reflètent la réalité plus fidèlement qu’avant, et elles nous donnent le moyen d’agir sur elle plus efficacement. La découverte de Copernic a été appelée une révolution parce qu’elle substitue à la conception du Soleil tournant autour de la Terre celle de la Terre tournant autour du Soleil.

La « découverte » de M. Rosenberg substitue à la conscience tournée vers la vérité la Rassenseele, l’âme raciale, c’est-à-dire la conscience tournée vers l’illusion ; à la conscience tournée vers la lumière, la conscience tournée vers les ténèbres.

L’idéologie raciste représente, effectivement, un « bouleversement de la connaissance », mais en ce sens que M. Rosenberg et ses collègues veulent bouleverser, c’est-à-dire détruire la connaissance, pour développer l’illusion.

Ce que signifie pratiquement la révolution philosophique de M. Rosenberg, on a pu l’observer par le traitement réservé à la science et à l’activité intellectuelle, ainsi qu’aux intellectuels eux-mêmes, en Allemagne.

L’arrestation de Paul Langevin, les sévices contre les étudiants, la fermeture des facultés nous en donnent déjà un avant-goût chez nous.

On pourrait citer encore la révolution que représente en histoire le remplacement des classes par les races, l’explication par la lutte des races au lieu de l’explication par la lutte des classes ; en physique, la distinction entre les atomes aryens et les atomes juifs ; en mathématique, la distinction entre les théorèmes juifs et les théorèmes aryens, etc. On peut y ajouter encore la pseudo-science prétentieuse qui s’appelle « théorie des races ».

Le thème constant de M. Rosenberg est qu’il faut à l’humanité un nouveau mythe. Cela veut dire qu’il faut une nouvelle « mystique » qui mette définitivement à l’abri le capitalisme des dangers qui le menacent, tant qu’il reste dans le cerveau de l’homme la possibilité de découvrir la vérité. Cette « mystique nouvelle », c’est le racisme. M. Rosenberg l’appelle « la pensée du vingtième siècle ». Il est, en réalité, l’obscurantisme du vingtième siècle.

Le « national-socialisme » et son « idéologie » appartiennent bien au vingtième siècle, mais en ce sens qu’ils sont étroitement liés au capitalisme, tel qu’il est à notre époque, et que Lénine a appelé le capitalisme agonisant. Ils sont liés, plus particulièrement, au capitalisme tel qu’il est à l’époque où la révolution sociale a déjà triomphé sur la sixième partie du globe, et se trouve à l’ordre du jour dans le reste du monde capitaliste ; où l’exemple du socialisme, réalisé en Union soviétique, exerce une attraction chaque jour croissante sur les masses des pays capitalistes et sur les peuples opprimés ; où le marxisme révolutionnaire a gagné la conscience de millions et de millions de travailleurs manuels et intellectuels, et où les agents sociaux-démocrates du capital sont de plus en plus discrédités, alors que monte l’élan de confiance des masses vers le parti révolutionnaire de la classe ouvrière, le Parti communiste.

C’est cette situation qui explique pourquoi la contradiction, habituelle chez les ennemis du peuple, entre les paroles et les actes, atteint son paroxysme chez les chefs nazis qui tirent le monde en arrière, avec fureur, tout en proclamant, plus tapageusement que tous les démagogues du passé, qu’ils vont de l’avant. C’est cette situation qui explique pourquoi la contre-révolution la plus réactionnaire de l’histoire est contrainte de s’appeler devant les masses « une révolution sans précédent », et pourquoi l’ultime effort du grand capital pour empêcher la venue du socialisme a pris l’étiquette « socialiste ». C’est enfin elle qui explique pourquoi tout en dirigeant ses feux principalement contre le prolétariat révolutionnaire et son Parti communiste, la terreur devant un nouveau 1 917 oblige M. Rosenberg à se battre avec 1789.

L’aide de M. Rosenberg à la « Révolution nationale »
Lorsque M. Rosenberg vient en France pour un « règlement de comptes avec les idées de 1789 », il veut tout simplement apporter son aide aux laquais français qui travaillent à l’asservissement de la France, sous l’étiquette de la « Révolution nationale ».

Selon la recette raciste, on baptise « révolution » la politique qui tend à transformer la France en pays vassal.

On peut examiner cette « Révolution nationale » : elle n’a rien de révolutionnaire, ni de national.

La « Révolution nationale » est l’entreprise de trahison d’une bande de grands capitalistes, de généraux félons et de politiciens tarés, dont la dictature est imposée au pays.

Les capitalistes et leurs agents, qui ont conduit la France à la guerre et à la défaite, veulent maintenir leur domination en s’appuyant sur l’impérialisme étranger. En échange de quoi ils livrent la France corps et âme, sont prêts à accepter tous les « diktats » et à étouffer toute velléité de résistance. Tournés vers les occupants, ils leur disent « Tout ce qui est national est vôtre ». Telle est la devise de cette « Révolution nationale ».

La « Révolution nationale », c’est le règne des trusts. On annonce officiellement la dissolution du Comité des Forges, mais aussitôt se reconstituent, dans le Nord occupé, trois trusts : le « sydénor » pour la sidérurgie, le « mécanor » pour l’industrie métallurgique de transformation et « l’office central de la métallurgie du Nord ». Les trusts changent de nom, se réorganisent pour s’adapter aux conditions de l’occupation, ils se partagent la France, de connivence avec les trusts allemands, et on proclame devant le pays que les trusts sont dissous à titre de mesure « socialiste ».

La « Révolution nationale », c’est la libération des trusts de toute entrave. Il n’y a plus le moindre contrôle des trusts par l’Etat. Par contre, le contrôle de l’Etat par les trusts français liés aux trusts allemands est devenu total, absolu, sans aucun frein. Ce sont ces trusts qui mènent les campagnes contre l’« économie libérale », le « capitalisme libéral » pour justifier les mesures destinées à établir sur tous les marchés leur monopole incontesté, sur les ruines des petites et moyennes entreprises. C’est leur domination que l’on appelle « économie dirigée ».

Par contre, la dissolution de la CGT, l’interdiction des syndicats sont réelles. La « Révolution nationale », c’est la suppression de toutes les libertés, de tous les droits des travailleurs et de tous les citoyens, afin que l’entreprise de trahison puisse être poursuivie en toute tranquillité.

La « Révolution nationale », c’est la ruine économique de la France ; c’est le chômage, l’inflation, la vie chère et la famine. Ils peuvent parler de la « défense de la race », les aventuriers de Vichy, alors que, par la faim et le froid, les enfants français meurent comme des mouches, et que dans les quartiers ouvriers de Paris, on voit défiler, chaque jour, des dizaines de cercueils d’enfants. Voilà ce que M. Rosenberg appelle « le triomphe de la jeunesse dans le monde ».

La « Révolution nationale », c’est le règne des accapareurs et des affameurs. C’est le règne du pot-de-vin. Sous ce régime, ce sont, dans tous les domaines de l’économie et de la vie publique, les éléments les plus corrompus et les plus immoraux qui tiennent le haut du pavé. Démarcheurs véreux, trafiquants louches, gangsters de l’alimentation, hyènes du marché noir, tout un monde avide de profits et sans scrupules met le pays en coupe réglée, sous la haute protection du maréchal Pétain qui, gardé par sa « police spéciale » de repris de justice, préside un syndicat de pilleurs d’épaves.

La « Révolution nationale », c’est le règne des politiciens les plus réactionnaires et les plus tarés.

Cette « Révolution nationale » a trouvé son incarnation en Laval, l’homme qui représente le type le plus achevé du politicien affairiste et immoral que notre histoire connaisse. Avocat socialiste besogneux au lendemain de la guerre de 1914-1918, Laval est aujourd’hui multimillionnaire. « Cartelliste » en 1924, il devient ensuite l’ami de Tardieu et de Reynaud, l’homme à tout faire des trusts et de la Haute Finance. Grand défenseur du système de Versailles, il s’acharna, au gouvernement, à augmenter la misère du peuple allemand pour faciliter l’étranglement de la République de Weimar et l’avènement du régime hitlérien. Il conclut avec Mussolini les accords de Rome qui ont livré à ce dernier l’Abyssinie, avec la promesse de recevoir la Tunisie, la Corse, Dakar et, sans doute, d’autres possessions coloniales françaises. Après avoir travaillé ainsi au renforcement de « l’Axe » contre la France, Laval devient belliciste pendant la guerre de 1 939-1 940, afin d’empêcher la conclusion de la paix avant la catastrophe, comme le voulaient les communistes. Mais dès que l’offensive allemande de mai est déclenchée, Laval complote sans cesse avec les généraux politiciens et félons comme Weygand, administrateur de Suez, aspirant au titre de « vainqueur de l’URSS » et devenu généralissime de la défaite de la France. Il complote sans cesse en mai et en juin, pour élargir les proportions de la défaite, pour faire occuper la France depuis les Ardennes jusqu’aux Basses-Pyrénées. Il réalise, avec Pétain, un véritable complot, et c’est ce complot, tramé et réussi dans les cafés de Bordeaux et de Vichy, mais conçu en d’autres lieux, que l’on baptise pompeusement « Révolution nationale ».

L’accaparement du pouvoir par une coterie étrangère au pays qui a profité des conditions de la défaite qu’elle a voulue et préparée, afin de livrer la France, c’est cela qui fut baptisé « Révolution nationale ».

« Le plus sûr garant de la politique de collaboration », a dit son Excellence Abetz de Laval. Le plus sûr garant de la collaboration, c’est-à-dire l’agent le plus cynique de l’asservissement de la France à l’impérialisme allemand – telle est en effet la définition de Laval.

Une autre incarnation de la « Révolution nationale », c’est l’avocat corrompu qui avait trempé jusqu’au cou dans le scandale de l’Aéropostale : Flandin. Ami et coéquipier de Tardieu, grand mangeur d’Allemands et Versaillais à outrance, puis « grand ami » de la Cité de Londres, Flandin aspirait, depuis l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne hitlérienne, à devenir le Seiss-Inquart français. C’est pour diviser les Français, au moment de la mobilisation de septembre 1 938, à la veille de Munich, qu’il envoya son fameux télégramme de dévotion et de félicitations à M. Hitler.

On ne peut les citer tous, les renégats, les traîtres, les agents doubles, les laquais : les Belin, les Tixier-Vignancour, les Bergery, les Déat, les Doriot.

Ce sont tous ceux que la France connaissait déjà comme les agents appointés d’une puissance étrangère qui sont devenus les éminences de la « Révolution nationale », et c’est dans les poubelles de la Troisième République que le « nouveau régime sain » est allé ramasser son personnel politique et journalistique.

La « Révolution nationale » est un syndicat de soutien mutuel des incapables et des parasites.

Les possibilités de subsistance sont réduites en France d’une manière sans précédent. Il n’y a pas de travail et de pain pour la majorité des Français. Mais périssent les restes de la France, pourvu que l’on case les généraux qui ont livré leurs troupes et leur matériel, les intendants qui ont laissé l’armée, durant l’hiver 1939-1940, sans vareuses, sans capotes et sans couvertures, et qui ne sont bons qu’à toucher des pots de vin.  Il n’y a pas de place pour tous. Par conséquent place aux incapables ! Place aux parasites ! Place à tous ceux qui ont bien mérité de la trahison ! Voilà les mots d’ordre de la « Révolution nationale » qui, sous tous les prétextes possibles et imaginables, multiplie les révocations pour caser ses fainéants professionnels.

La « Révolution nationale » de Pétain, de Laval et de Flandin n’a pas touché aux bénéfices de guerre immenses réalisés par les capitalistes et augmentés du produit de vols innombrables. Ils ne touchent pas non plus aux bénéfices de tous les pilleurs d’épaves qui rançonnent la France. La devise de la « Révolution nationale » en matière de finances est simple : Le Français paiera ! et elle le fait payer par l’inflation.

Et si les traîtres investis des plus hautes fonctions se pavanent impunément sous la protection des mitrailleuses étrangères, les travailleurs honnêtes, ceux qui défendent les intérêts du peuple et de la nation, sont traqués impitoyablement. Les politiciens véreux sont au pouvoir, mais le Parti communiste, qui n’a jamais trempé dans aucun scandale capitaliste, est contraint à l’illégalité.

On ouvre les prisons pour libérer les cagoulards et les gangsters destinés à la garde du gouvernement de Vichy, mais 100 000 travailleurs honnêtes restent emprisonnés ou internés dans des camps infects et mortels, pour avoir défendu la cause de la paix et de la liberté. Les traîtres sont gavés d’argent et d’« honneurs », mais les Français coupables de sentiment national sont chassés de leur emploi, internés ou emprisonnés.

La « Révolution nationale », c’est la destruction de l’école française, c’est la persécution des étudiants, des instituteurs, des professeurs et des savants.

Pour maintenir la France en esclavage, on veut forger aux Français une âme d’esclave. On veut détruire non seulement la laïcité, mais encore le caractère national de l’enseignement. On veut remplacer la culture française par cet obscurantisme dont M. Rosenberg a apporté un résumé ténébreux.

Voilà l’œuvre que M. Rosenberg a voulu soutenir par son voyage et par son discours. Il a voulu apporter des « arguments » pour faire croire aux Français « qu’à proprement parler » la Révolution de 1789 n’était pas la Révolution française, que ce n’est que maintenant que la France connaît, et pour la première fois, avec Pétain, Laval, Flandin, Déat et Doriot, la seule, l’unique et la véritable révolution. Mais en vérité, il n’aura fait que souligner solennellement ce que les Français savaient déjà : que la prétendue « Révolution nationale » est une entreprise de réaction, au service et à la solde d’un impérialisme étranger.

M. Rosenberg et la Révolution française
M. Rosenberg est venu à Paris pour régler des comptes avec 1 789, et, d’une manière générale, avec la Révolution française.

Mais, pour commencer, il a adopté un ton respectueux.

« Si j’essaie aujourd’hui, a-t-il dit, d’exposer les idées essentielles de la Révolution française et de l’évolution qui a été la condition préalable du grand conflit, je ne peux le faire sans une compréhension profonde des évènements historiques, ni sans une entière estime des luttes qui se manifestent dans de semblables évènements » .

Il y a mieux :

« Nous savons très bien, a dit M. Rosenberg, qu’à la fin du dix-huitième siècle, il ne restait plus rien au peuple français que de pourrir ou de chercher encore une fois le salut dans une révolte ».

Cette révolte était légitime :

« La Révolution française était la révolte légitime du peuple français contre l’esprit de l’Inquisition cléricale et contre les phénomènes d’abâtardissement de l’époque dynastique ».

M. Rosenberg est allé jusqu’à rappeler l’exploitation des paysans sous Louis 14, leurs « révoltes exaspérées », la répression sanglante, l’« arbitraire princier » et que Louis 16 a payé pour les autres.

L’ensemble de tout cela n’a évidemment rien de génial. C’est avec quelques lieux communs très plats et très prudents (pour ne pas dire favorables aux jacobins), que M. Rosenberg a composé ses compliments, mais il avait l’habitude de parler sur un autre ton de la Révolution française.

« L’année 1 789, écrivait-il en 1921, signifie pour nous tous l’affranchissement des juifs ; c’est l’heure de la naissance de l’esprit destructeur dans la culture européenne ».

A propos des mots d’ordre de Liberté, d’Egalité, de Fraternité, il a dit :

« Ces mots, paroles incendiaires, n’ont jamais manqué d’agir sur les masses ; néanmoins, avec leur fond confus, ils ont accumulé désastre sur désastre ».

C’est, en particulier, l’Egalité qu’il méprise.

« Egalité ! Ceci n’est autre chose que l’appel à tous les sentiments grossiers des hommes ».

« La Révolution de 1 789 est morte, écrit-il dans « Le Mythe du vingtième siècle », elle n’aura été qu’une explosion sans pensée créatrice ; et c’est pourquoi nous assistons aujourd’hui à sa décomposition ».

Le 16 janvier 1 939, il écrivait encore, dans l’organe central de son parti, le Voelkischer Beobachter :

« Au mois de juin 1 939, la France va célébrer le 150è anniversaire de la Révolution française.

Nous sommes persuadés que les solennités de cette fête seront ponctuées par le glas des idées de la Révolution française ».

De même, M. Goebbels, ministre de la Propagande, proclamait la nécessité de rayer de l’histoire l’année 1789.

M. Rosenberg est, comme nous l’avons indiqué, « mandataire du Führer pour la haute surveillance de l’ensemble du travail de formation et d’éducation idéologique dans le Parti national-socialiste ».

L’atmosphère qu’entretient cette haute surveillance idéologique autour de la Révolution française apparaît dans les livres et les manuels d’histoire publiés en Allemagne hitlérienne.

Dans un livre recommandé aux universités et aux écoles, on peut lire :

« Si l’on parle de meurtres juifs, en série, il ne faut pas oublier la Révolution française qui commence, en 1 789, par la prise de la Bastille. Elle a été, en premier lieu, l’oeuvre de la franc-maçonnerie. Des experts compétents ont eu raison de qualifier la franc-maçonnerie de judaïsme artificiel. »

Et le même auteur écrit :

« Les chefs de la Révolution française étaient des francs-maçons. Entre beaucoup d’autres citons Danton, Robespierre et Marat. Ce dernier était même d’origine juive et tous ses actes étaient déterminés par ce fait. C’est ainsi que toute la révolution, sinon directement, du moins indirectement, par le truchement des francs-maçons, fut une affaire juive. »

M. Rosenberg n’a cité au cours de son « règlement de comptes avec les idées de 1 789 » que Voltaire, mais tout-à-fait en passant. Par contre, il a chaudement recommandé l’antidreyfusard Edouard Drumont.

Dans son livre, que M. Rosenberg considère comme un chef-d’oeuvre, Drumont écrit ( tome 1, p.II ) :

« Le seul auquel la Révolution ait profité est le juif. Tout vient du juif, tout revient au juif. »

Telle est aussi la thèse officielle du racisme.

Mais à Paris, il y a eu subitement une véritable « transmutation des valeurs ». L’affaire des juifs et des francs-maçons est devenue le soulèvement estimable du peuple français. M. Rosenberg parlait à Paris.Au-delà des murs du Palais-Bourbon, il y avait le peuple de France avec, dans son coeur, ce que le grand poète allemand et admirateur fervent de la Révolution, Klopstock, appelait « l’esprit terrible de la liberté ». Livré par les hommes du grand capital, bâillonné par un gouvernement de traîtres et par ses protecteurs, ce peuple a quand même obligé à la prudence le vainqueur célébrant sa victoire.

La question est de savoir comment la Révolution française peut être à la fois l’affaire des juifs et des francs-maçons et la « révolte » estimable et inévitable du peuple français ! A cette question M. Rosenberg répondra en citant un autre auteur mentionné dans son discours, celui qu’il appelle « le prophète fulgurant » de la renaissance germanique, l’écrivain anglais, naturalisé allemand, H.S.Chamberlain. Celui-ci explique, en effet, que le manque de logique et la contradiction sont les traits fondamentaux et glorieux de la pensée « aryenne ».

Cette excuse est d’autant plus nécessaire à M. Rosenberg qu’il reprend quand même, quoique d’une manière plus enveloppée, les idées fondamentales du racisme concernant la Révolution française.

« Il est impossible de concevoir, dit-il, l’histoire de la Révolution française sans la franc-maçonnerie. En effet, les mots d’ordre de cette révolution étaient répandus avant tout par les loges.

C’est des loges que sont sortis les mots d’ordre de Liberté, d’Egalité et de Fraternité. »

« Les dirigeants intellectuels du dix-huitième siècle que je ne veux pas tous nommer (il n’en nomme aucun) appartenaient presque tous à la franc-maçonnerie, tout comme les dirigeants de la Révolution elle-même. »

Il faut ajouter que si la Constituante a voté l’émancipation des juifs, c’est parce qu’elle était achetée par eux. Ainsi, tout rentre de nouveau dans l’ordre racial : le mouvement estimable du peuple français redevient une affaire de juifs et de francs-maçons.

L’explication de la Révolution française par M. Rosenberg

 

En réalité, selon M. Rosenberg, il faut distinguer dans la Révolution française deux choses. D’une part, il y a le soulèvement-en-tant-que-tel et, d’autre part, il y a les idées de 1 789. D’une part, il y a le soulèvement sans les idées, et d’autre part, les idées sans le soulèvement.

C’est considérée en soi, en tant que soulèvement pur d’hommes n’ayant aucune idée dans la tête, que la « révolte » du peuple français est « légitime » et qu’elle est une affaire du peuple français. Quant aux idées de 1 789, elles ont été inventées par des « penseurs exaltés », les « prédicateurs des soi-disant Droits de l’Homme ».

Comment se fait-il que les idées de 1 789 n’aient pas été élaborées en 789 ?  Pourquoi au dix-huitième siècle et non au huitième ? N’y avait-il pas, à cette époque aussi, suffisamment de « penseurs exaltés » ?

Ce sont des questions que M. Rosenberg évite très soigneusement.

Mais enfin, pourquoi les idées élaborées par les « penseurs exaltés » ont-elles été acceptées par les masses ? L’Eglise faisait tout ce qu’elle pouvait pour maintenir la mystique religieuse et l’idéologie féodale. Pourquoi les masses ont-elles accepté cependant les idées de 1 789 ?

M. Rosenberg trouve une réponse admirable. L’acceptation des idées de 1 789 par le peuple français a été une heure de faiblesse dans l’histoire de la France. C’était la même chose, dit-il, qu’à la fin de la guerre de 1914-1918, lorsque le peuple allemand a cru aux promesses du président Wilson !

« Il s’est révélé chez les Français, dit-il, ce que nous avons dû vivre nous-mêmes en Allemagne, à savoir qu’une heure de faiblesse dans l’histoire d’un peuple peut entraîner les conséquences les plus décisives pour des dizaines, voire des centaines d’années. »

La faiblesse a consisté, selon M. Rosenberg, dans l’acceptation des idées de 1 789 « à titre de principes politiques », en langage clair : dans l’intauration de la République démocratique.

La création de la République démocratique bourgeoise, voilà l’heure de faiblesse !  Le soulèvement en soi était, dit M. Rosenberg, le signe d’une « force vitale non encore brisée ». Mais la démocratie bourgeoise, voilà la faiblesse de la Révolution française. Et qu’est-ce qui n’aurait pas été une faiblesse ? Evidemment, si les Français n’avaient pas institué la démocratie. Mais s’ils n’avaient pas institué la démocratie, en quoi aurait consisté la Révolution ? C’est donc la Révolution elle-même qui était une heure de faiblesse. Et c’est ce que prouve la force qu’elle a montrée en écrasant l’aristocratie, en répondant au manifeste de Brunswick par la victoire de Valmy, en battant la réaction féodale à l’intérieur et sur les champs de bataille. C’est cette faiblesse qu’ont réveillée les Jacobins et aussi, évidemment Napoléon. Mais voilà l’obscurantisme : la substitution d’une fable à l’histoire réelle.

En essayant de nier ainsi le sens et la portée historique immenses de la Révolution française, M. Rosenberg s’est bien gardé de rappeler les paroles que prononça le plus grand poète de l’Allemagne, Goethe, qui a dit au soir de Valmy :

« Ici et aujourd’hui commence une ère nouvelle de l’histoire du monde, et vous pourrez dire que vous y avez été. »

Mais M. Rosenberg et ses collègues ne sont pas en guerre seulement contre les penseurs et écrivains français du dix-huitième siècle ; ils renient ou « mettent au pas » les plus grands penseurs et écrivains de l’Allemagne : Lessing et Herder ; Goethe et Schiller ; Kant, Fichte, Hegel et Heine, de même qu’ils sont en guerre contre tous les représentants de la pensée avancée de toutes les époques.

Ce que M. Rosenberg appelle « heure de faiblesse » mérite qu’on s’y attarde encore. En quoi a consisté « la faiblesse » ? La comparaison avec le président Wilson et les développements ultérieurs permettent de donner la réponse. La Révolution française a promis la société idéale et il y a eu le capitalisme. Mieux, ce sont les idées de 1 789 elles-mêmes qui sont responsables du capitalisme et de la haute finance. Car il est entendu, pour M. Rosenberg, que cette haute finance est exclusivement juive.

Or, c’est l’une des idées de tolérance qui a abouti à l’émancipation des juifs, ce qui a permis à ces derniers de devenir des financiers. D’où il résulte que c’est l’idée de tolérance qui est la cause de la haute finance .

Ces considérations caractéristiques de ce que M. Rosenberg appelle « l’une des plus profondes révolutions philosophiques de l’histoire » sont établies dans deux textes fondamentaux.

D’après le premier, « les mots d’ordre de 1789 :  « n’ont pas servi, nous en sommes convaincus, aux forces vitales fortes et bonnes, mais ont conduit les hommes à l’acceptation de représentations fantastiques étrangères à la vie, à la surestimation de constructions intellectuelles, à détacher l’individu du vieux sol natal, tel qu’il était donné et, finalement, sur la base de cette aliénation de la vie, à abandonner le sang au profit d’un peuple parasite de Palestine et à introduire le sang nègre étranger et hostile à tous les Européens. »

Ce genre de « reproche » aux idées de 1 789 ne fait que révéler le degré de civilisation de celui qui le formule.

Mais il ne faut pas s’arrêter à cette constatation. Il faut voir ce qu’il y a derrière le racisme. C’est ce que montre plus clairement une seconde série de déclarations de M. Rosenberg.

« La destruction des liens anciens et la proclamation de la liberté absolue de l’individu économique ont rendu possible cette époque capitaliste, laquelle va aujourd’hui au devant de sa fin au milieu d’une épouvantable catastrophe des peuples, cet emploi de l’or comme fondement de toute la vie politique, cette reconnaissance du profit comme mesure de la capacité sociale qui a donné son empreinte à toute la vie européenne du dix-neuvième siècle et du vingtième siècle. »

M. Rosenberg défend de remonter au delà de « l’âme raciale ». C’est, déclare-t-il, le terme ultime de la connaissance humaine. Seulement cette fois, c’est lui qui nous conduit au delà de la « Rassenseele ».

L’un des méfaits des idées de 1 789, c’est, selon lui, « la proclamation de la liberté absolue de l’individu économique ». Autrement dit, c’est la « libre concurrence ». Ainsi, la libre concurrence est un mal ! Idée bien connue. C’est la thèse officielle des grands monopoles et de leurs propriétaires qui composent les 200 familles, la ploutocratie ou l’oligarchie financière.

L’époque mauvaise que « critique » M. Rosenberg, et qu’il situe au dix-neuvième et au commencement du vingtième siècle, c’est l’époque du « capitalisme de libre concurrence ». A partir de la fin du dix-neuvième siècle, le règne de la libre concurrence est remplacé par le règne des monopoles ; le capitalisme devient le capitalisme de monopole, appelé par Lénine l’impérialisme. L’époque néfaste et pernicieuse, c’est, selon M. Rosenberg, le règne de « la liberté absolue de l’individu économique », c’est-à-dire la libre concurrence. L’époque supérieure, c’est celle des trusts. Tel est précisément le point de vue du capitalisme de monopole. Et c’est ainsi qu’apparaît, derrière le brouillard magique de la « Rassenseele », la réalité matérielle des trusts, cartels et autres formations du capital monopoliste, et derrière la mystique de M. Rosenberg la politique de l’impérialisme.

« L’impérialisme est l’époque du capital financier et des monopoles, qui portent partout leurs aspirations à la domination et non à la liberté. Réaction sur toute la ligne, quel que soit le régime politique ; extrême tension des antagonismes en présence dans ce domaine également, tel est le résultat de ces tendances (Lénine, « L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme »)

Qu’est-ce que le règlement de comptes de M. Rosenberg avec les idées de 1 789 ? L’expression de la volonté de l’oligarchie financière, de la ploutocratie, d’en finir avec la démocratie dans les institutions et les lumières dans les esprits pour exercer une dictature terroriste s’appuyant sur l’obscurantisme.

Dans quel but ?

D’une façon générale, pour sauver sa domination. En France particulièrement, pour réduire ce pays à l’état de colonie.

La portée historique de la Révolution française

 

M. Rosenberg a promis, au début de son discours, de se placer « au point de vue de la plus profonde compréhension pour les processus historiques ».

Il en est résulté qu’il s’est abstenu de parler de la féodalité. Le mot n’est même pas prononcé. M. Rosenberg parle pudiquement de « l’époque dynastique ».

Il agit ainsi pour dissimuler la portée historique de la Révolution française, dont la grandeur consiste précisément dans le fait d’avoir détruit radicalement la féodalité.

« Avant les autres nations, écrit Lénine, la France secoua le féodalisme qu’elle balaya après plusieurs années d’une révolution victorieuse et elle conduisit, contre plusieurs peuples économiquement et politiquement arriérés, une nation qui n’était fatiguée par aucune guerre, qui venait de conquérir terre et liberté, et à laquelle l’abolition du féodalisme avait insufflé des forces nouvelles. »

Mais M. Rosenberg ne peut pas parler de féodalité. Car si on parle de féodalité, il faut parler des classes de la société féodale, et en premier lieu de la bourgeoisie révolutionnaire qui a mené la lutte contre la féodalité.

« Prenez la Grande Révolution, écrit Lénine. Ce n’est pas à tort qu’elle s’appelle grande. Pour la classe pour laquelle elle a travaillé, c’est-à-dire pour la bourgeoisie, elle a fait tant que le dix-neuvième siècle, ce siècle qui a donné à l’humanité entière civilisation et culture, s’est écoulé sous le signe de la Révolution française. Dans tous les coins du monde ce siècle ne faisait que réaliser, exécuter par étapes, parachever ce que les grands révolutionnaires français avaient créé pour la bourgeoisie dont ils servaient les intérêts à l’insu d’eux-mêmes, en invoquant la Liberté, l’Egalité et la Fraternité … »

Mais M. Rosenberg ne peut pas parler de la bourgeoisie qui a entraîné le peuple à la révolution. Si l’on parle de la bourgeoisie, il faut se demander d’où elle vient et comment elle s’est développée. Mais M. Rosenberg ne peut examiner sérieusement d’où vient la bourgeoisie et comment elle s’est développée, car cela oblige à examiner les conditions de la production et des échanges sous la féodalité. Et si l’on examine ces conditions, on est obligé de constater qu’à la veille de la Révolution française, les nouvelles conditions de production et d’échange qui s’étaient développées au sein de la société féodale étaient en contradiction avec les conditions de la société féodale elle-même.

Marx et Engels écrivent dans le Manifeste du Parti communiste :

« Les moyens de production et d’échange qui servirent de base à la constitution de la bourgeoisie furent produits dans la société féodale. A un certain stade de développement de ces moyens de production et d’échange, les conditions dans lesquelles la société féodale produisait et trafiquait, l’organisation féodale de l’agriculture et de la manufacture, en un mot les conditions féodales de la propriété ne correspondaient plus aux forces productives déjà développées. Elles entravaient la production au lieu de la favoriser. Elles se transformaient en autant de chaînes. Il fallut les briser ; elles furent brisées. »

C’est le développement d’un nouveau modèle de production, au sein de la société féodale, qui est à la base de l’histoire de la Révolution française. C’est ce développement qui produit la bourgeoisie révolutionnaire et avec eux des bourgeois juifs et francs-maçons.

Ce n’est pas tout. A la base même de ces changements qui se produisent dans la production et les échanges, il y a les transformations survenues dans les instruments de production.

« Les rapports sociaux, écrit Marx dans un texte célèbre, sont intimement liés aux forces productives. En acquérant des forces productives nouvelles, les hommes changent leur mode de production, et en changeant le mode de production, la manière de gagner leur vie, ils changent tous leurs rapports sociaux. Le moulin à bras vous donnera la société avec le suzerain ; le moulin à vapeur, le capitalisme industriel » (Karl Marx, « Misère de la philosophie »).

M. Rosenberg ne peut pas parler de tout cela parce que, par ses juifs et ses francs-maçons, il cherche à substituer aux forces motrices réelles de l’histoire des forces motrices imaginaires ; aux classes, les races ; à la lutte des classes, la lutte des races ; au développement des forces productives, les convulsions de la « Rassenseele » ; à la connaissance, la fable.

Il ne peut pas voir, dans la Révolution française, la naissance d’un monde nouveau, et dans les idées de 1 789, des idées qui ont entraîné les masses parce qu’elles exprimaient les nouveaux besoins de la société. Il veut nier que la Révolution française avait une tâche historique à accomplir et qu’elle l’a accomplie.

La Révolution française a libéré le capitalisme des entraves de la féodalité. Elle a rendu possible son développement prodigieux. Mais M. Rosenberg ne représente pas le capitalisme qui aspire à se libérer de ses entraves. Il représente un capitalisme à entraves. Il ne représente pas le capitalisme de libre concurrence, mais le capitalisme de monopole. Aux entraves de la vieille féodalité que la Révolution française a arrachées, le capitalisme des monopoles substitue les entraves d’une nouvelle féodalité, précisément tout ce système de chaînes qu’il représente lui-même. Voilà pourquoi M. Rosenberg « reproche » à la Révolution française « la destruction des liens anciens », c’est-à-dire des chaînes de la féodalité.

La Révolution française a libéré le nouveau régime social. Elle a permis son développement. Mais M. Rosenberg représente l’impérialisme qui veut, au contraire, par tous les moyens, empêcher l’avènement du nouveau régime social dont est grosse la société capitaliste.

La bourgeoisie révolutionnaire a lutté à la fois contre l’aristocratie et contre son alliée l’Eglise. Elle fit la Révolution en s’appuyant sur une pensée avancée, conforme à l’état contemporain des sciences de la nature : le matérialisme philosophique.

« Au cours de toute l’histoire contemporaine de l’Europe et, surtout à la fin du dix-huitième siècle en France, où se déroulait une lutte décisive contre les vestiges accumulés du moyen âge, contre la féodalité dans les institutions et dans les idées, le matérialisme philosophique fut l’unique doctrine conséquente, fidèle à tous les principes des sciences de la nature, hostile aux superstitions, au cagotisme, etc … » (Lénine, « Karl Marx et sa doctrine » P.38).

La Révolution française n’a pas réalisé la suppression de l’antagonisme entre les classes, ce n’était pas sa tâche historique. Mais elle a accompli sa mission, en permettant le développement du dernier régime basé sur l’exploitation de l’homme par l’homme : du régime capitaliste. En libérant l’humanité de la barbarie féodale, elle a développé les conditions qui lui permettent de se libérer de toute barbarie.

La critique révolutionnaire du capitalisme c’est, sur le plan théorique, le socialisme scientifique ; sur le plan pratique, la révolution prolétarienne. Quant à M. Rosenberg, il représente la lutte du capitalisme agonisant pour le prolongement de son existence. Le capitalisme voudrait subsister en supprimant toutes les conditions qui peuvent favoriser son renversement. En vérité, il ne sait pas lui-même jusqu’où, jusqu’à quel degré de barbarie il doit remonter dans l’histoire.

Les idées de 1 789, l’oeuvre des grands penseurs qui, selon le mot d’Engels, « ont préparé les esprits à la Révolution », ont porté à la mystique religieuse des coups décisifs. Mais en combattant les superstitions héritées du moyen âge, ils ont porté des coups décisifs aussi à toutes les mystiques et à toutes les superstitions. Ils ont été, en même temps, les prédécesseurs du socialisme scientifique lui-même. Mais M. Rosenberg représente un capitalisme qui veut, à nouveau, étayer son régime chancelant par une mystique, mais qui soit assez ténébreuse pour enlever à l’homme toute chance de découvrir jamais une issue par où il puisse sortir de l’esclavage capitaliste. C’est pourquoi doit être supprimé non seulement le socialisme scientifique, mais son précurseur, le socialisme utopique ; non seulement le matérialisme dialectique de Marx et d’Engels, mais encore son précurseur, le matérialisme français du dix-huitième siècle. En vérité, M. Rosenberg ne sait pas jusqu’où il faudra remonter pour rendre les ténèbres assez épaisses.

Quand M. Rosenberg se défend d’être réactionnaire

Le national-socialisme est la contre-révolution honteuse.

« Camille Desmoulins, Danton, Robespierre, Saint-Just, Napoléon, les héros comme les partis et la masse de la vieille Révolution française réalisèrent, sous le costume romain et avec des phrases romaines, la tâche imposée par leur époque, c’est-à-dire l’affranchissement et l’établissement de la société bourgeoise moderne.  » (Marx, « Le 18 brumaire de Louis Bonaparte »).

Les chefs nazis accomplissent, sous déguisement révolutionnaire et avec des phrases révolutionnaires, les tâches de la contre-révolution de leur époque, c’est-à-dire l’étouffement de la révolution socialiste.

L’histoire, qui se répète ici encore sous forme de farce, amène une farce qui se joue dans le sang et dans le deuil des peuples.

M. Rosenberg veut, lui aussi, faire figure d’homme de progrès en parlant et en agissant pour la régression.

Dans son discours de Paris, il a dit :

« Nous, nationaux-socialistes, nous nous défendons d’avance contre le malentendu selon lequel nous aspirons, en surmontant l’idéologie de la fin du dix-neuvième siècle, à rétablir les conditions d’existence et les formes d’Etat du dix-septième siècle, voire des formes beaucoup plus anciennes. »

Mais personne n’accuse M. Rosenberg de vouloir rétablir des conditions d’existence en surmontant des idéologies, car on ne transforme pas les sociétés par des réfutations théoriques.

Quant au reste, M. Rosenberg essaie de se justifier de la manière suivante : avant la démocratie, il y a eu la royauté ; les « nationaux-socialistes » ne veulent ni de la démocratie, ni de la royauté. Ou encore : au dix-huitième et au dix-neuvième siècles il y avait le libéralisme ; auparavant, c’est l’Eglise qui régnait ; or le « national-socialisme » ne veut ni du libéralisme, ni du monopole de l’Eglise. Devant l’accusation qu’il veut le retour au moyen âge, M. Rosenberg répond : il ne s’agit pas de retour au moyen âge, car le moyen âge, c’est la domination de l’Eglise, or, nous ne voulons pas de la domination de l’Eglise.

Comme M. Rosenberg et ses supérieurs hiérarchiques travaillent au maintien du capitalisme de monopole, on ne peut pas les accuser de vouloir retourner effectivement au moyen âge, en supprimant les trusts comme il est promis dans le programme de leur parti.

Mais il est question, d’abord, d’examiner les rapports entre les hommes et le sort réservé aux hommes dans les conditions du « national-socialisme ».

Quand on accuse M. Rosenberg et ses mandataires de revenir au moyen âge, on constate un fait : les rapports entre les hommes, sous le régime de la « révolution national-socialiste », reconstituent, au vingtième siècle, des rapports barbares qui ont existé dans les périodes les plus ténébreuses du moyen âge. Et ici il ne faut plus pérorer solennellement, il faut être pratique. Quel est, par exemple, le niveau culturel que représentent les camps de concentration pour les ouvriers et les intellectuels révolutionnaires ?

Quel est le niveau culturel des traitements qu’on leur fait subir ?

Quel est le niveau culturel de l’antisémitisme et de la persécution des nègres ?

Quel est le niveau culturel de l’oppression des nations privées de leurs libertés ?

Il est clair qu’on pourrait, indéfiniment, multiplier ces questions.

La démocratie bourgeoise a été, selon l’expression de Lénine, un immense progrès par rapport au moyen âge. La destruction de cette démocratie et le passage aux méthodes terroristes de gouvernement est à son tour évidemment une régression.

Le capitalisme d’aujourd’hui, c’est-à-dire l’impérialisme, a été appelé par Lénine le capitalisme pourrissant. Condamné par l’histoire, plus que mûr pour la disparition, il ne peut subsister encore que sous cette forme, et la volonté de le maintenir se traduit nécessairement, dans tous les domaines, dans l’économie, dans la politique et dans l’idéologie, par la régression.

Toute l’idéologie raciste n’est précisément que le reflet de cette volonté acharnée du grand capital d’organiser la régression dans tous les domaines.

Si le racisme critique l’Eglise, c’est, si l’on peut dire, « de droite ».

« Le « national-socialisme », qui a écrasé le bolchévisme en Allemagne, à une époque où l’Eglise ne pouvait pas le surmonter, a fait davantage pour le christianisme que tous les autres partis allemands réunis » (M. Rosenberg, « Blut und Ehre », tome 2, page 354).

C’est le « grand argument » qu’emploie M. Rosenberg chaque fois que des personnalités catholiques manifestent des velléités de résistance.

M. le Reichsleiter se vante, évidemment, lorsqu’il déclare avoir « écrasé le bolchévisme en Allemagne ». Mais il est clair que ce qu’il reproche à l’Eglise, c’est de ne plus avoir assez d’autorité sur les masses pour les maintenir sous la domination du grand capital, et ce qu’il veut, c’est une mystique moins discréditée et moins lucide que la mystique religieuse, plus directement démagogique aussi et plus obscurantiste encore, comme précisément le racisme.

Si nous examinons, ensuite, les « considérations théoriques » de M. Rosenberg, nous y retrouvons l’effort pour revenir en arrière, de la connaissance scientifique à la fable, de la science à l’illusion.

Il a fallu des siècles pour découvrir que ce ne sont pas les idées qui représentent les forces motrices de l’histoire.

Cependant, alors que, grâce au marxisme, on sait maintenant quel est le rôle exact des idées dans l’histoire, M. Rosenberg proclame dans son discours que ce sont les « idées » qui font l’histoire.

Non, M. Rosenberg ne veut pas retourner au moyen âge. Il veut « simplement » amener le moyen âge au vingtième siècle. Mais ce n’est pas ce simple distinguo qui en fera un révolutionnaire.

Ce qu’est le racisme
Pour comprendre le racisme, il faut avoir présente à l’esprit la remarque suivante de Lénine :

« Les hommes ont toujours été, en politique, les victimes unilatérales de la tromperie et de l’illusion, et ils le seront aussi longtemps qu’ils n’auront pas appris à chercher derrière les phrases morales, religieuses, politiques et sociales, les intérêts de telle ou telle classe » (Lénine, « les trois sources et les trois éléments constitutifs du marxisme »).

Tout l’effort de la propagande du marxisme a tendu à apprendre aux masses les plus larges à déceler, derrière les phrases de toute sorte, les intérêts de classe de la bourgeoisie, afin de les mettre à l’abri, en politique, de la tromperie et de l’illusion.

En éclairant ainsi les masses, le marxisme a développé, a renouvelé l’oeuvre des grands penseurs du dix-huitième siècle.

La bourgeoisie au contraire a toujours multiplié ses efforts pour empêcher les masses de découvrir les intérêts de classe derrière ses phrases, afin que précisément, les hommes demeurent, en politique, les victimes de la tromperie et de l’illusion.

Dans ce travail, la bourgeoisie a été soutenue par toutes les Eglises.

L’Eglise catholique a même fabriqué un « socialisme chrétien », dont le « spiritualisme » était destiné à maintenir les ouvriers sous l’influence de la bourgeoisie, et dont les théories économiques confuses devaient masquer au prolétariat sa situation dans la société capitaliste.

La bourgeoisie a été soutenue par les rhéteurs libéraux, qui ont voulu faire des idées de 1789, des idées de la bourgeoisie révolutionnaire du dix-huitième siècle, des oeillères pour le prolétariat révolutionnaire du dix-neuvième et du vingtième siècles.

Elle a été soutenue, dans tout son travail d’obscurcissement de la conscience des travailleurs, très spécialement par la social-démocratie, dont les chefs fabriquaient des illusions nouvelles, chaque fois qu’une illusion ancienne venait d’être dissipée.

C’est à cette tradition que se rattachent les chefs racistes. M. Rosenberg a répété mille fois que le mouvement « national-socialiste » était aussi « un effort de rééducation du peuple allemand ». Mais rééducation en quel sens ?

Dans le sens réactionnaire : utiliser tous les procédés possibles et imaginables : l’école, la propagande et l’intimidation, pour que les masses perdent l’habitude de chercher, derrière les phrases, les intérêts de classe, et pour qu’elles ne puissent plus jamais l’acquérir.

M. Rosenberg a mentionné, en passant, qu’il avait combattu le marxisme.

La façon dont il l’a combattu pratiquement est bien connue. La façon dont il a essayé de le faire théoriquement mériterait de l’être davantage. Ses « réfutations » consistent dans des adjectifs. La seule fois où il ait essayé de s’élever au dessus de ce niveau, il en est résulté cet argument que « selon Marx, la propriété, c’est le vol » (« Blut und Ehre », tome 2, page 29).

En désespoir de cause, M. Rosenberg a prêté à Marx la formule et les idées de Proudhon.

Dans son discours de Paris, M. Rosenberg qui, en Allemagne, se proclame autant de fois qu’il en a l’occasion le grand vainqueur idéologique du marxisme, n’a rien dit de cette doctrine. Evidemment, ce marxisme que M. Rosenberg a rayé « définitivement » de l’univers, a pris corps dans l’Union soviétique. La puissance de celle-ci (le marxisme est, d’après l’auteur du « Mythe du vingtième siècle », une doctrine purement destructive) incite à la prudence. Mais tous les écrits de M. Rosenberg sont dominés par cette préoccupation : trouver le moyen de recréer, malgré l’existence du marxisme, les ténèbres dans les consciences, au moins dans celles des couches les plus arriérées de la société. Et c’est ainsi que naît le racisme, dont tous les « mythes » correspondent à un double but : combiner la force et la ruse, pour mettre dans la conscience des hommes des illusions qui les rendent soumis au capital et prêts à la guerre impérialiste. Ils se sont orientés vers l’idée de race.

Par là doit se perdre la connaissance la plus importante, celle du rôle de l’économie. Par là doit se perdre la notion fondamentale de classe. Par-là doit se perdre la connaissance que le marxisme a apportée aux travailleurs des lois de l’évolution de la société, la connaissance du moyen de sortir de la société capitaliste.

On pourrait citer de nombreux exemples qui montrent comment les chefs racistes se sont creusés la tête pour trouver, à la place de chacune des notions claires du marxisme, une notion confuse correspondante.

Ces messieurs, qui ne veulent pas passer pour réactionnaires, ont fait exactement le contraire de ce que Descartes a voulu faire. Descartes a cherché une philosophie des idées claires et distinctes. Les chefs racistes ont cherché, à l’usage des masses, une « philosophie sociale » avec des idées obscures et confuses. M. Rosenberg dit lui-même qu’ils ont opposé à l’idée de classe l’idée de « l’honneur national » (« Blut und Ehre », tome 2, pages 256-257).

La race remplaçant la classe ; le sentiment de l’unité de race remplaçant la conscience de classe, l’honneur d’être du même sang que M.Krupp faisant oublier qu’on est exploité par lui ; l’âme raciale, que l’Etat hitlérien modèle à son gré, remplaçant la raison : voilà l’idéal des chefs racistes en matière d’éducation populaire.

L’idée obscure et confuse une fois choisie, toute la propagande est mise en oeuvre, selon les principes de la publicité commerciale. Mais pas uniquement la propagande.

L’unité de la race est un mythe, comme le socialisme dans l’Etat national-socialiste. Mais les masses, explique M. Rosenberg, sont imaginatives et passionnées. En tout cas, il faut les maintenir à ce niveau ou les y amener.

Le costume et la phrase ne suffisent pas, il faut aussi des gestes symboliques. M. Rosenberg pense que l’essentiel, c’est la foi, et qu’au prix de quelques gestes symboliques, on pourra faire croire aux travailleurs qu’en plein capitalisme de monopole, ils sont en socialisme.

Parlant devant un auditoire ouvrier, M. Rosenberg a dit un jour :

« Chaque grande époque crée ses symboles. Les pyramides en Egypte montrent la volonté de domination de pharaons tyranniques. Une maison du travail allemand doit être un jour le symbole de la volonté du vingtième siècle » (Rosenberg, « Blut und Ehre », page 191).

L’exploitation de l’homme par l’homme continuera d’une manière de plus en plus féroce, mais « une maison du travail allemand » sera le symbole réel d’un socialisme qui n’existe que dans l’imagination de ceux qu’on trompe.

En même temps, l’exploitation de l’ignorance ordinaire entretenue par le capitalisme, l’appel à tous les restes barbares déposés dans la conscience humaine par l’exploitation millénaire de l’homme par l’homme.

C’est toute cette vaste entreprise qui constitue le racisme, et qui lui fait mériter la désignation : obscurantisme du vingtième siècle.

Parlant de la bourgeoisie qui, au dix-neuvième siècle déjà, cherchait un refuge dans la mystique religieuse en proclamant « il faut une religion au peuple », Engels a écrit ces paroles prophétiques :

« Et à moins d’admettre une révélation surnaturelle, nous devons admettre qu’aucun dogme religieux ne suffit pour étayer une société chancelante » (Friedrich Engels, « Socialisme utopique et socialisme scientifique »).

Les chefs du « national-socialisme » ont beau vouloir fabriquer à l’homme une âme-ersatz, une âme d’esclave : aucune mystique ne suffit pour étayer une société chancelante. Pas même la mystique raciste.

M. Rosenberg et l’étalon-or
M. Rosenberg a consacré une partie importante de son discours à la question de l’or.

Il a proclamé que l’Allemagne luttait contre l’or ; pour libérer les peuples de la domination de l’or ; que sa victoire débarrasserait la société du règne de l’or, etc .

.L’or étant le symbole du capitalisme devant les masses, ce développement était nécessaire pour étayer cette idée selon laquelle la guerre menée par l’Allemagne est anticapitaliste.

Naturellement, ici aussi, M. Rosenberg renverse le rapport véritable entre les choses. Se citant lui-même, il déclare :

« La folie de l’or, qui nous a été insufflée artificiellement, a été la condition préalable pour l’étalon-or international qui passe pour être naturel, mais qui va disparaître aussi bien que la croyance du moyen âge inquisitorial dans les sorcières a disparu, à la suite des lumières ultérieures. »

M. Rosenberg utilise ici la plus banale des illusions. Celle qui consiste à expliquer la valeur de l’or par la croyance dans sa valeur. Il utilise en même temps une autre illusion bourgeoise. A force de voir circuler du papier à la place de l’or, celle-ci imagine être libérée de l’or. Ces deux illusions, dont la deuxième se retrouve en particulier chez Proudhon, ont été mises en relief et réfutées par Marx, qui a montré que l’or doit sa valeur aux conditions de la production des marchandises ; que ce n’est pas la folie de l’or qui fait l’importance du rôle de l’or ; que c’est au contraire l’importance de son rôle qui engendre cette folie. Le développement du rôle de l’or est lié au développement du capitalisme. Le premier pas, par conséquent, en vue de la suppression de la folie de l’or, c’est le renversement du capitalisme. L’or deviendra un métal sans valeur quand toutes les autres marchandises auront perdu la leur, quand il n’y aura plus de valeur d’échange, mais des valeurs d’usage.

Autrement dit, quand il n’y aura pas d’achat et de vente. C’est ce qui se réalisera dans le système mondial du communisme. Mais le commencement, c’est le renversement du capitalisme. Dans la mesure où l’or peut symboliser le capitalisme, la seule bataille effective contre l’or, c’est celle qui a pour objet le renversement du capitalisme. La lutte des peuples de tous les pays contre les capitalistes de tous les pays, voilà la bataille contre l’or.

Avec le développement du capitalisme, les diverses formes de la monnaie de papier se sont développées d’une manière extraordinaire et fort complexe. Mais commencer par dire que l’or est le symbole du capitalisme pour déclarer ensuite, comme le fait M. Rosenberg, que l’abandon de l’étalon-or est un acte « anticapitaliste », c’est simplement se moquer du monde. C’est comme si l’on disait que l’inflation est du socialisme.

C’est du reste à cette idée que tendent les affirmations de M. Rosenberg.

Si l’on regarde de plus près le passage que M. Rosenberg a consacré à l’or, on constate que, malgré toutes les déclamations, il n’est nullement question de le « supprimer ». M. Rosenberg écrit en effet :

« L’or est un métal précieux ; il conservera sa valeur et sa signification pour des buts différents ; il pourra peut-être même être moyen de règlement pour les relations économiques entre Etats. Mais cette hypnose de la dépendance intérieure qui a dominé pendant des siècles est aujourd’hui abolie. »

M. Rosenberg conserve la valeur de l’or ; il en fait un moyen de règlement entre Etats.

Il préconise, dans un avenir radieux que seul le mouvement « national-socialiste » peut procurer, précisément ce qui existe déjà aujourd’hui, car l’or a une valeur et il sert de monnaie internationale. Mais cela prouve aussi que M. Rosenberg veut, non supprimer, mais conserver l’or et avec lui le capitalisme.

Le système allemand de la monnaie de papier est complexe. Mais ce que M. Rosenberg est arrivé à montrer, c’est que l’impérialisme allemand, qui n’en a pas, lutte aussi pour l’or. Mais la lutte pour l’or n’est pas la lutte contre l’or.

M. Rosenberg et la nouvelle Europe
M. Rosenberg reconnaît qu’il existe un lien entre les guerres de 1 939-1 940 et 1914-1918. C’est un fait qui apparaît trop clairement aux masses pour qu’il soit possible de le nier. Par contre, le Reichsleiter à l’idéologie essaie de masquer le véritable rapport qui existe entre ces deux guerres.

Reconnaître simplement que la lutte des puissances impérialistes pour un nouveau partage du monde, qui a causé tant de ruines et de deuils en 1914-1918, a recommencé en 1 939, serait trop dangereux. Les masses les plus larges en tireraient la conclusion que, s’il en est ainsi, il n’y a pas de raison pour que cette lutte sanglante ne recommence pas tous les vingt ans.

Or, c’est précisément ce sentiment si justifié, et en même temps si dangereux pour les impérialismes, que M. Rosenberg voudrait détruire. Il fait donc entrevoir la paix définitive. M. Hitler a exposé la même idée dans son discours du 10 décembre.

La guerre de 1914-1918 devait être déjà, selon la propagande des gouvernements impérialistes, la « dernière des guerres ».

Dans les écoles primaires de France, on faisait alors chanter aux enfants :

« Adieu canons, adieu mitraille Car voici la dernière bataille, Et la paix enfin revenue Des canons nous ferons des charrues… »

Les gouvernants impérialistes ne peuvent ni tenir cette promesse, ni s’en passer. Daladier disait aussi en septembre 1 939 : « Il faut en finir ». Et la propagande officielle répétait : « Il vaut mieux en finir maintenant, pour n’avoir pas à remettre ça tous les six mois ». A présent, M. Rosenberg affirme que la victoire de l’Allemagne hitlérienne aura pour résultat la paix durable.

M. Rosenberg a essayé de justifier cette affirmation dans son discours. Il a voulu expliquer que les guerres de 1914-1918 et de 1 939-1 940 sont les deux « phases » d’un conflit qui n’avait précisément que deux phases, et que, par conséquent, la victoire de l’Allemagne termine le conflit. Il n’y aura donc plus de guerre, car :

« Le centre de gravité des forces s’est déplacé de telle façon que nous apercevons déjà devant nos yeux scrutateurs la solution historique mondiale de cette lutte pour la hiérarchie des valeurs. »

M. Rosenberg veut dire, dans ce langage nébuleux propice aux mythes, que l’hégémonie de l’Allemagne en Europe et un nouveau partage du monde à son bénéfice remettront tout en « ordre », car il en résultera une situation conforme à la force de l’impérialisme allemand. Dès lors, il n’y aura plus de conflit, car le partage du monde sera conforme aux rapports des forces entre les puissances impérialistes, et c’est la paix qui règnera.

M. Rosenberg veut donc faire croire qu’un partage du monde est définitif lorsqu’il correspond au rapport qui existe entre les forces des participants au partage.

Cependant, en parlant du « déplacement du centre de gravité des forces », il s’est réfuté lui-même.

Si ce « centre de gravité » peut se déplacer, si les forces en présence peuvent se modifier, alors le partage selon la force ne peut jamais être définitif. Et il en est ainsi effectivement.

Le partage du monde entre puissances impérialistes n’a pas d’autre loi que la force :

« Car on ne saurait, dit Lénine, concevoir en régime capitaliste d’autres bases pour le partage des sphères d’influence, des intérêts, des colonies, que la force des participants au partage, force économique, financière, militaire. »

C’est d’après la force que le partage a eu lieu à Versailles ; c’est d’après la force qu’il aura lieu maintenant, si les impérialismes subsistent.

Mais pour cette raison, tout partage impérialiste renferme en lui une nouvelle guerre, parce que  « la force change différemment chez ces participants du partage, car il ne peut y avoir, en régime capitaliste, de développement égal des entreprises, des trusts, des branches d’industrie, des pays. »

Lénine ajoute :

« L’Allemagne était il y a un demi-siècle une misérable nullité, si on compare sa force capitaliste à celle de l’Angleterre d’alors ; il en était de même du Japon comparativement à la Russie. Est-il « admissible » de supposer que dans une vingtaine d’années, le rapport des forces entre les puissances impérialistes reste inchangé ? Chose absolument impossible » (Lénine, « l’impérialisme, stade suprême du capitalisme », page 129).

Lénine écrivait ces lignes en 1 916 !

Effectivement, après Versailles, le rapport des forces a changé. Mais de même que Versailles portait en lui la guerre, il ne pourra en être autrement pour un second Versailles.

Il en résulte que le « Nouvel Ordre Européen » ne donnerait nullement aux peuples de l’Europe la paix et la tranquillité. Ce qu’il leur donnerait, il n’est pas difficile de le préciser à la lumière des faits que l’on peut observer dès aujourd’hui.

Le « Nouvel Ordre Européen » consacrerait la victoire de l’impérialisme allemand, et transformerait les autres nations en nations semi-coloniales. Ce serait une vaste organisation en vue de l’exploitation et de l’oppression des peuples de l’Europe.

La nouveauté de cet « ordre nouveau » ne résiderait nullement dans le fait que des rapports nouveaux, non-impérialistes, se réaliseraient entre les peuples européens. De tels rapports ne sont pas possibles dans les cadres de l’impérialisme, « car l’impérialisme ne peut rapprocher les nations que par la voie des annexions et des conquêtes coloniales, sans lesquelles on ne saurait, d’une manière générale, le concevoir (Staline, « Les Questions du léninisme », tome 1, page 77). La « nouveauté » résiderait dans le changement des principaux bénéficiaires de l’exploitation et de l’oppression renforcée.

Lénine a montré dès 1 915 ce que signifient, en dernière analyse, les « Etats-unis d’Europe » en régime capitaliste.

« Bien entendu, il existe des possibilités d’accord temporaires entre capitalistes et entre puissances. C’est dans ce sens que l’on peut concevoir les Etats-unis d’Europe, comme une convention entre capitalistes européens, mais … une convention portant sur quoi ? Uniquement sur une politique commune pour écraser le socialisme en Europe, pour conserver les colonies dont on s’est emparé par brigandage, contre les entreprises du Japon et de l’Amérique » (Lénine, « Sur le mot d’ordre des Etats-unis d’Europe »).

En régime capitaliste, les Etats-unis d’Europe, la « Fédération européenne », ne peuvent reposer que sur des accords provisoires entre capitalistes européens ; le « nouvel ordre européen » serait donc à son tour instable, portant en lui les germes des conflits nouveaux. De plus, le but même de l’accord ne peut être que la conservation du butin et l’écrasement du socialisme en Europe. La « Fédération européenne » serait dominée par le but le plus réactionnaire et le plus aventureux que l’histoire puisse connaître.

On pouvait lire le 16 janvier, dans les journaux traduits :

« Aujourd’hui commenceront à Paris les pourparlers entre des organisations économiques allemandes et françaises de la métallurgie et du fer. La discussion portera sur toutes les questions d’intérêt commun. Elle est notamment destinée à régler l’attribution et la répartition des commandes. »

Il s’agit, comme l’indique L’Oeuvre, d’une conférence de « l’entente métallurgique franco-allemande », c’est-à-dire du supertrust qui groupe les trusts allemands et français et où se retrouvent MM. Krupp et de Wendel. Il s’agira de discuter sur « toutes les questions d’intérêt commun », sur les intérêts communs des ploutocraties qui dressent les peuples les uns contre les autres et s’entendent sur leur dos. Il s’agira de discuter de la « répartition des commandes », des moyens de mettre la France et l’Europe en coupe réglée, cependant que les histrions de la propagande continueront à pérorer solennellement sur « la lutte du Sang contre l’Or ».

Il est clair que l’idéologie et la mythologie de M. Rosenberg ne sont qu’un brouillard artificiel destiné à masquer aux peuples les réalités économiques et financières qui inspirent la politique des impérialismes. Derrière la « Rassenseele », il y a le surprofit de monopole.

M. Rosenberg a tendu la main à tous ceux qui veulent collaborer à la nouvelle Europe, c’est-à-dire à tous ceux qui veulent se soumettre. Car les rapports de collaboration au sein d’un groupement impérialiste sont des rapports impérialistes de subordination, d’exploitation et d’asservissement. Tel est le sort auquel la France est vouée par les hommes du grand capital en France et leurs protecteurs. La situation actuelle de l’Europe, les annexions de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie, l’intervention en Espagne, la situation de la Belgique, de la Norvège, de la Hollande, du Danemark, qui ont perdu l’indépendance, « l’organisation » de l’Europe centrale et balkanique, qui implique la vassalisation encore plus complète de la Roumanie et de la Hongrie, tout cela montre que l’oppression s’aggrave, que l’impérialisme colonise l’Europe, comme il a colonisé jadis l’Afrique et que la Fédération européenne, sous l’hégémonie de l’Allemagne ou de l’Angleterre, ne pourrait être qu’une vaste prison pour les peuples de l’Europe.

La victoire définitive sera celle des peuples
M. Rosenberg dit dans son discours que la deuxième guerre impérialiste vient du fait que « les vraies forces du sang se sont révoltées contre cet odieux abaissement des valeurs vitales » que représentait le premier Versailles. Mais où était cette « révolte » quand, durant les années qui ont précédé la deuxième guerre impérialiste, se déroulaient les tractations entre les représentants du « Sang » et de « l’Or » en vue d’une agression antisoviétique ? M. Rosenberg a couvert cet aspect essentiel des dessous de la guerre impérialiste de 1939-1 940-1 941 du voile d’un silence significatif.

Car c’est un fait que l’impérialisme franco-anglais voulait régler ses contradictions avec l’impérialisme allemand aux frais de l’Union soviétique.

Est-ce que M. Rosenberg a oublié l’époque où les représentants du régime hitlérien se proclamaient les Saint-Georges de la lutte contre le « dragon du bolchévisme » et les héros envoyés par la Providence tout exprès sur la terre pour défendre contre « la steppe envahissante », comme disait l’auteur du « Mythe du vingtième siècle », l’« occident » avec, comme contenu essentiel, le capitalisme ?

Pour conserver ses possessions, l’impérialisme franco-anglais « offrait » en effet des annexions en Union soviétique. C’est la raison pour laquelle on a permis à l’Allemagne hitlérienne de réarmer. C’est pour cela qu’on lui a fait concession sur concession. On lui a permis ainsi d’annexer l’Autriche et le Tchécoslovaquie. On a fait pratiquer par Blum la politique de la non-intervention. C’était, entre les représentants du « Sang » et de l’« Or », des tractations impérialistes dont on est loin de connaître tous les détails : Munich en est un exemple inoubliable.

Seulement, la « force vitale créatrice profonde », c’est-à-dire l’impérialisme allemand, a reculé devant la force immense du pays du socialisme. C’est alors que cessent les concessions de la part de l’impérialisme franco-britannique, et la lutte s’engage pour un nouveau partage du monde, non pas aux frais du pays du socialisme, mais entre les puissances impérialistes elles-mêmes.

M. Rosenberg ne dissimule pas seulement le rôle essentiel qu’ont joué les visées antisoviétiques de l’impérialisme franco-anglais dans le déclenchement de la guerre actuelle. Il dissimule également que cette politique constitue la cause fondamentale de la défaite de la France. Il sait parfaitement que la guerre antisoviétique était la préoccupation principale de l’impérialisme franco-britannique. Il sait parfaitement que c’est l’esprit de classe des hommes du grand capital qui a causé la défaite et qui a livré la France. Néanmoins, il dissimule ce fait incontestable et tente de dégager la responsabilité de la ploutocratie française en prétendant que c’est la « démocratie » qui a causé la guerre et la défaite. Autre manifestation de la solidarité impérialiste, des « intérêts communs » dont discutent en ce moment les représentants des trusts sidérurgiques de France et d’Allemagne, réunis à Paris.

M. Rosenberg a essayé de renforcer son « argumentation » en affirmant plusieurs fois, et sur les tons les plus variés, que, de toute façon, il ne nous reste pas d’autre possibilité que de nous soumettre à la domination impérialiste, parce que cette domination est définitive, voire éternelle. A quoi servirait la résistance, alors que l’avenir appartient à l’asservissement ?

Mais il n’y a là évidemment que la vantardise conforme aux principes de la publicité.

C’est ce qui apparaît dans le discours même de M. Rosenberg. Car celui qui fut le grand spécialiste des diatribes antisoviétiques, comme des diatribes antimarxistes, a observé au sujet de l’URSS un silence tellement colossal qu’il n’en a pas dit un seul mot.

Et que pouvait-il dire ? Les diatribes sont interdites.

L’homme qui a proclamé que le marxisme est « purement destructif » est contraint au silence par la force immense dont la source est le socialisme construit sous le drapeau de Marx, d’Engels, de Lénine et de Staline.

Le silence de M. Rosenberg sur l’URSS souligne le fait que le pays du socialisme est la réfutation vivante de tout son discours et de tous les discours similaires, de toutes les affirmations racistes concernant l’avenir du monde et de toutes leurs prétentions à l’éternité de l’impérialisme.

Le rêve des impérialismes de régler leur conflit aux frais de l’Union soviétique s’est évanoui grâce au génie de Staline. Les impérialismes sont engagés maintenant dans une lutte qui ne cesse de les affaiblir. Mais pour l’URSS, pour laquelle la politique extérieure stalinienne a conservé la paix, chaque heure représente un pas en avant dans la construction du monde nouveau et, par conséquent, un accroissement du bien-être des peuples qui y vivent libres, ainsi que de la puissance du pays du socialisme. C’est le monde nouveau qui se renforce, pendant que le monde ancien, auquel appartient M. Rosenberg, avec sa ploutocratie déguisée par les mythes racistes, agonise au milieu de la guerre impérialiste qui accumule les morts et les ruines.

Cette leçon est comprise chaque jour davantage par les peuples en lutte pour leur liberté et leur indépendance.

M. Rosenberg a beau chercher des mythes et des slogans destinés à semer dans les masses le découragement : l’exploitation impérialiste a créé elle-même les conditions qui permettent de mener pour son renversement la lutte efficace et, finalement, victorieuse.

Dans tous les pays belligérants, en Allemagne comme en Angleterre, en Italie comme en France, les peuples ont à régler des comptes avec leurs propres capitalistes. Dans cette lutte, ils ne sont pas seuls. Ils ont pour alliés en puissance les peuples coloniaux, ainsi que tous les peuples exploités.

Les prolétaires des pays opprimés ont pour alliés en puissance tous ceux qui luttent pour la libération nationale.

L’aggravation de l’opposition impérialiste n’est pas un processus unilatéral. En même temps qu’elle, augmente aussi le nombre des hommes qui ont un intérêt vital au renversement de l’impérialisme. C’est une armée immense dont les forces ne cessent de grandir, alors que s’affaiblissent celles de l’impérialisme ; qui est déjà suffisamment forte pour remporter la victoire et qui empêchera certainement les ploutocraties de terminer leur guerre sans que l’impérialisme soit renversé sur de nouveaux point du globe, comme il l’a été en 1 917 en Russie.

La condition fondamentale de la victoire, dans cette lutte, c’est l’union de tous les opprimés contre leurs oppresseurs.

C’est pourquoi dans la France opprimée, vouée à un avenir d’exploitation et de servitude, le Parti communiste appelle à l’union de la Nation française pour la liberté et pou l’indépendance, à l’union pour chasser la coterie des traîtres et des parasites, afin d’instaurer un vrai gouvernement du peuple qui abattra réellement la puissance du capital et qui, composé d’hommes intègres, gouvernant par le peuple, gouvernera exclusivement pour lui.

L’Union soviétique montre la voie

M. Rosenberg a terminé son discours par ces mots :

« Du chaos, de la misère et de la honte de l’idée internationale, l’idéal raciste est apparu. La victoire de l’idéal dans tous les domaines signifie la véritable révolution du vingtième siècle. »

Ces lignes furent écrites par M. Rosenberg il y a longtemps. Le monde a changé, mais le thème de propagande de l’auteur du « mythe du vingtième siècle » n’a pas changé.

Ce n’est pas le monde entier qui est plongé dans le chaos et la misère ; le chaos et la misère sont les caractéristiques de ce monde qui n’occupe plus que les cinq sixièmes du globe. C’est ce monde qui fait chaque jour la démonstration qu’il est incapable d’engendrer autre chose que le chaos et la misère, la guerre impérialiste et ses ruines. C’est bien de ce chaos et de cette misère qu’est sorti ce que M. Rosenberg appelle « l’idéal raciste ». Il en est sorti comme l’ultime tentative de prolonger la domination des parasites du capital que l’histoire condamne irrémédiablement à disparaître. Car le chaos, la misère, les guerres renouvelées pour le partage du monde sont le signe de l’agonie du monde capitaliste auquel appartient l’Allemagne hitlérienne, avec les dirigeants de la « véritable contre-révolution du vingtième siècle ».

Le monde nouveau, c’est celui qui est précisément à l’abri du chaos et de la misère, de la guerre impérialiste et de ses ruines, c’est le pays qui s’est libéré du joug de l’exploitation capitaliste.

Très prétentieusement, M. Rosenberg parle de « la honte de l’idée internationale ». Il sait bien qu’il veut dire, en réalité, « le danger de l’idée internationale » pour les impérialismes qui dressent les peuples les uns contre les autres.

Exploitant une victoire qui, comme toutes les « victoires » capitalistes, ne saurait être que provisoire, M. Rosenberg veut enterrer l’« idée internationale ». Mais, au même moment, des dizaines et des centaines de millions d’hommes martyrisés se tournent avec un espoir ardent vers le pays d’où rayonne le mot glorieux qui fut formulé d’abord en langue allemande : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

M. Rosenberg a beau proclamer l’inanité et la mort définitive du progrès et de la démocratie, du socialisme et d’une humanité fraternelle, de la science et de la raison ; il a beau vouloir décourager les hommes en piétinant leurs idéaux les plus chers : des millions et des millions d’hommes nouveaux trouvent dans le pays du socialisme la preuve grandiose que le renversement du capitalisme permet de construire une société nouvelle, dont les réalisations dépassent, dans tous les domaines, les rêves les plus audacieux conçus par les hommes au cours de leurs luttes millénaires pour l’émancipation.

M. Rosenberg a voulu enterrer  1789, c’est-à-dire la démocratie. Elle est morte, a-t-il dit, sur les champs de bataille des Flandres. Mais des millions et des millions d’hommes voient qu’au moment même où les porte-parole du capitalisme proclamaient, comme M. Rosenberg, la mort de la démocratie, l’Union soviétique adoptait la Constitution stalinienne qui réalise, pour la première fois, la véritable démocratie. C’est au moment même où les capitalismes abolissaient le suffrage universel que la Constitution soviétique réalisait le suffrage véritablement universel au scrutin direct et secret. C’est au moment même où les capitalismes les plus « démocratiques » procédaient, à leur tour, à la restriction de toutes les libertés, que la Constitution stalinienne accordait aux citoyens de l’URSS non seulement des droits politiques et sociaux inconnus dans les pays même les plus démocratiques, comme le droit au travail, mais encore la garantie de la réalisation effective de ces droits.

Il devient ainsi clair, non seulement par l’analyse théorique, mais par les faits eux-mêmes, que c’est bien le capitalisme qui est responsable du caractère étriqué et de la corruption de la démocratie bourgeoise, que le renversement du capitalisme et la construction du socialisme, la réalisation effective de la société sans classes, permettent de réaliser la démocratie véritable.

Et c’est ainsi que l’Union soviétique apparaît, dans tous les domaines, comme l’espoir des peuples.

M. Rosenberg voudrait faire croire que l’obscurantisme règnera pendant des millénaires ! Mais à la vérité, il n’y a pas de puissance au monde qui puisse faire oublier la science et la raison, sauvegardées et protégées par l’Union soviétique qui crée la civilisation exempte de barbarie, la civilisation socialiste.

Et comment voudrait-on faire croire aux peuples que la misère à laquelle ils sont voués est inscrite dans les lois de la nature et qu’ils doivent la subir avec résignation ? Ils voient bien que la misère ne règne que là où subsiste le capitalisme et qu’elle a disparu à tout jamais, comme les crises et le chômage, là où le capitalisme a été renversé. Sur la sixième partie du globe, où règne le socialisme construit sous la direction du parti de Lénine et de Staline, le renversement du capitalisme a donné aux peuples miséreux de l’ancienne Russie tsariste le bien-être croissant. Il est prouvé, pour la première fois dans l’histoire, par la vie concrète de 193 millions d’hommes, que le bonheur est bien de ce monde.

Le pays qui a réalisé le socialisme et qui, grâce à cela, est devenu la puissance économique et militaire la plus forte, était un pays battu en 1 917. Demeuré capitaliste, il eût été dépecé par les impérialismes et réduit à l’état de pays vassal. Le renversement du capitalisme a rendu possible sa libération et son essor sans précédent. Il a permis en même temps de transformer l’ancienne Russie tsariste qui fut, selon la formule de Lénine, « une prison pour les peuples », en union fraternelle où les peuples égaux collaborent dans l’esprit de l’amitié staliniste.

L’exemple de l’Union soviétique nous montre ainsi que c’est en renversant le capitalisme dans notre pays que nous pourrons reconquérir la liberté et l’indépendance de la France ; que c’est l’émancipation sociale qui nous ouvrira la voie de la libération nationale.

L’œuvre immense de la construction du socialisme fut accomplie sous la direction du continuateur génial de Lénine, sous la direction de Staline.

C’est vers lui que se tournent les travailleurs exploités et les peuples opprimés du monde entier, parce qu’ils reconnaissent en lui le guide authentique de l’humanité en marche vers sa libération, celui qui dirige les peuples en s’appuyant sur la science du marxisme-léninisme qu’il a lui-même enrichie, et qui incarne, comme Lénine, le chef des peuples d’un type nouveau, unissant la connaissance des lois de l’histoire à une aptitude sans précédent à les appliquer, dirigeant les peuples en faisant appel à la raison et au dévouement à un idéal véridique ; aimé des masses immenses qui ont appris par leur expérience à voir en lui le pilote sûr de leurs destinées.

La voie du Parti communiste français est la voie du grand Staline. C’est la voie de la victoire.

La Révolution victorieuse d’Octobre 1 917 a vengé l’héroïque Commune de Paris, noyée dans le sang par Thiers et les Versaillais qui avaient imploré et obtenu l’aide de Bismarck, en échange de quoi ils ont signé un lourd traité.

Notre lutte est celle des Communards qui avaient uni indissolublement la cause de l’émancipation des travailleurs et celle de la liberté de la patrie.

Cette lutte donnera à la France et au monde le pain, la liberté et la paix.

LA RÉVOLUTION SOCIALISTE ET LE DROIT DES NATIONS À DISPOSER D’ELLES-MÊMES

La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes est une 
œuvre magistrale dont Lénine n'était pas peu fière. Encore aujourd'hui, un siècle 
après, personne n'osera renier ses thèses sur la liberté de séparation politique 
de nations et peuples opprimés, sauf les opportunistes de tout acabit. 

En rappel, nous vous soumettons encore une fois la célèbre brochure. 

Lénine, le moqueur

LA RÉVOLUTION SOCIALISTE ET LE DROIT DES NATIONS À DISPOSER D’ELLES-MÊMES (THÈSES)

1. L’IMPERIALISME, LE SOCIALISME ET LA LIBÉRATION DES NATIONS OPPRIMÉES

L’impérialisme est le stade suprême de développement du capitalisme. Dans les pays avancés, le capital a débordé le cadre des États nationaux et substitué le monopole à la concurrence, en créant toutes les prémisses objectives pour la réalisation du socialisme. Voilà pourquoi, en Europe occidentale et aux États-Unis, s’inscrit à l’ordre du jour la lutte révolutionnaire du prolétariat pour le renversement des gouvernements capitalistes, pour l’expropriation de la bourgeoisie. L’impérialisme pousse les masses à cette lutte, en exacerbant dans de vastes proportions les contradictions de classes, en aggravant la situation de ces masses aussi bien sous le rapport économique — trusts, vie chère — que sous le rapport politique : développement du militarisme, multiplication des guerres, renforcement de la réaction, affermissement et extension du joug national et du pillage des colonies. Le socialisme victorieux doit nécessairement instaurer une démocratie intégrale et, par conséquent, non seulement instaurer une égalité totale en droits des nations, mais aussi mettre en application le droit des nations opprimées à disposer d’elles-mêmes, c’est-à-dire le droit à la libre séparation politique. Les partis socialistes qui ne prouveraient pas par toute leur activité maintenant, pendant la révolution et après sa victoire, qu’ils affranchiront les nations asservies et établiront leurs rapports avec elles sur la base d’une alliance libre — et l’alliance libre est une formule mensongère si elle n’implique pas la liberté de séparation — ces partis trahiraient le socialisme.

Certes, la démocratie est aussi une forme d’État, qui devra disparaître quand celui-ci disparaîtra lui-même, mais cela n’arrivera que lors du passage du socialisme définitivement victorieux et affermi au communisme intégral.

2. LA RÉVOLUTION SOCIALISTE ET LA LUTTE POUR LA DÉMOCRATIE

La révolution socialiste, ce n’est pas un acte unique, une bataille unique sur un seul front, c’est toute une époque de conflits de classes aigus, une longue succession de batailles sur tous les fronts, c’est-àdire sur toutes les questions d’économie et de politique, batailles qui ne peuvent finir que par l’expropriation de la bourgeoisie. Ce serait une erreur capitale de croire que la lutte pour la démocratie est susceptible de détourner le prolétariat de la révolution socialiste ou d’éclipser celle-ci, de l’estomper, etc. Au contraire, de même qu’il est impossible de concevoir un socialisme victorieux qui ne réaliserait pas la démocratie intégrale, de même le prolétariat ne peut se préparer à la victoire sur la bourgeoisie s’il ne mène pas une lutte générale, systématique et révolutionnaire pour la démocratie.

Une erreur non moins grave serait de supprimer un des paragraphes du programme démocratique, par exemple celui concernant le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, sous prétexte que ce droit serait «irréalisable» ou «illusoire» à l’époque de l’impérialisme. L’affirmation selon laquelle le droit des nations à disposer d’elles-mêmes est irréalisable dans le cadre du capitalisme peut être prise soit dans un sens absolu, économique, soit dans un sens relatif, politique.

Dans le premier cas, cette affirmation est foncièrement erronée au point de vue théorique. Premièrement, sont irréalisables dans ce sens, en régime capitaliste, par exemple la monnaie de travail ou la suppression des crises, etc. Mais il est absolument faux que le droit des nations à disposer d’ellesmêmes soit également irréalisable. Deuxièmement, l’exemple de la séparation de la Norvège d’avec la Suède, en 1905, suffit à lui seul pour réfuter ce «caractère irréalisable» compris dans ce sens. Troisièmement, il serait ridicule de nier qu’un petit changement du rapport des forces politiques et stratégiques, par exemple entre l’Allemagne et l’Angleterre, rendrait parfaitement «réalisable» aujourd’hui ou demain la formation de nouveaux Etats: polonais, indien, etc. Quatrièmement, le capital financier, dans sa tendance à l’expansion, achètera et soudoiera «librement» le gouvernement démocratique et républicain le plus libre et les fonctionnaires élus de n’importe quel pays, fût-il «indépendant». La domination du capital financier, comme celle du capital en général, ne saurait être éliminée par quelque transformation que ce soit dans le domaine de la démocratie politique ; or, l’autodétermination se rapporte entièrement et exclusivement à ce domaine. Mais cette domination du capital financier n’abolit nullement l’importance de la démocratie politique en tant que forme plus libre, plus large et plus claire de l’oppression de classe et de la lutte des classes. C’est pourquoi tous les raisonnements présentant comme «irréalisable», du point de vue économique, l’une des revendications de la démocratie politique en régime capitaliste procèdent d’une définition théoriquement fausse des rapports généraux et fondamentaux du capitalisme et de la démocratie politique en général.

Dans le second cas, cette affirmation est incomplète et inexacte. Car ce n’est pas seulement le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, mais toutes les revendications fondamentales de la démocratie politique qui, à l’époque de l’impérialisme, ne sont «réalisables» qu’incomplètement, sous un aspect tronqué et à titre tout à fait exceptionnel (par exemple, la séparation de la Norvège d’avec la Suède, en 1905). La revendication de l’affranchissement immédiat des colonies, formulée par tous les socialdémocrates révolutionnaires, est elle aussi «irréalisable» en régime capitaliste sans toute une série de révolutions. Cependant, cela n’entraîne nullement la renonciation de la social-démocratie à la lutte immédiate et la plus résolue pour toutes ces revendications — cette renonciation ferait tout simplement le jeu de la bourgeoisie et de la réaction — tout au contraire, il en découle la nécessité de formuler toutes ces revendications et de les faire aboutir non pas en réformistes, mais en révolutionnaires; non pas en restant dans le cadre de la légalité bourgeoise, mais en le brisant ; non pas en se contentant d’interventions parlementaires et de protestations verbales, mais en entraînant les masses à l’action, en élargissant et en attisant la lutte autour de chaque revendication démocratique, fondamentale jusqu’à l’assaut direct du prolétariat contre la bourgeoisie, c’est-à-dire jusqu’à la révolution socialiste qui exproprie la bourgeoisie. La révolution socialiste peut éclater non seulement à la suite d’une grande grève ou d’une manifestation de rue, ou d’une émeute de la faim, ou d’une mutinerie des troupes, ou d’une révolte coloniale, mais aussi à la suite d’une quelconque crise politique du genre de l’affaire Dreyfus1 ou de l’incident de Saverne2, ou à la faveur d’un référendum à propos de la séparation d’une nation opprimée, etc.

Le renforcement de l’oppression nationale à l’époque de l’impérialisme commande à la socialdémocratie, non pas de renoncer à la lutte «utopique», comme le prétend la bourgeoisie, pour la liberté de séparation des nations, mais, au contraire, d’utiliser au mieux les conflits qui surgissent également sur ce terrain, comme prétexte à une action de masse et à des manifestations révolutionnaires contre la bourgeoisie.

3. LA SIGNIFICATION DU DROIT DES NATIONS A DISPOSER D’ELLES-MEMES ET SON RAPPORT AVEC LA FEDERATION

Le droit des nations à disposer d’elles-mêmes signifie exclusivement leur droit à l’indépendance politique, à la libre séparation politique d’avec la nation qui les opprime. Concrètement, cette revendication de la démocratie politique signifie l’entière liberté de propagande en faveur de la séparation et la solution de ce problème par la voie d’un référendum au sein de la nation qui se sépare. Ainsi, cette revendication n’a pas du tout le même sens que celle de la séparation, du morcellement, de la formation de petits Etats. Elle n’est que l’expression conséquente de la lutte contre toute oppression nationale. Plus le régime démocratique d’un Etat est proche de l’entière liberté de séparation, plus seront rares et faibles, en pratique, les tendances à la séparation, car les avantages des grands Etats, au point de vue aussi bien du progrès économique que des intérêts de la masse, sont indubitables, et ils augmentent sans cesse avec le développement du capitalisme. Reconnaître le droit d’autodétermination n’équivaut pas à reconnaître le principe de la fédération. On peut être un adversaire résolu de ce principe et être partisan du centralisme démocratique, mais préférer la fédération à l’inégalité nationale, comme la seule voie menant au centralisme démocratique intégral. C’est précisément de ce point de vue que Marx, tout en étant centraliste, préférait même la fédération de l’Irlande avec l’Angleterre à l’assujettissement forcé de l’Irlande par les Anglais3.

Le socialisme a pour but, non seulement de mettre fin au morcellement de l’humanité en petits Etats et à tout particularisme des nations, non seulement de rapprocher les nations, mais aussi de réaliser leur fusion. Et, précisément pour atteindre ce but, nous devons, d’une part, expliquer aux masses le caractère réactionnaire de l’idée de Renner et de O. Bauer sur ce qu’ils appellent l’«autonomie nationale culturelle»4 et, d’autre part, revendiquer la libération des nations opprimées, non pas en alignant des phrases vagues et générales, des déclamations vides de sens, non pas en «ajournant» la question jusqu’à l’avènement du socialisme, mais en proposant un programme politique clairement et exactement formulé, qui tienne tout particulièrement compte de l’hypocrisie et de la lâcheté des socialistes des nations oppressives. De même que l’humanité ne peut aboutir à l’abolition des classes qu’en passant par la période de transition de la dictature de la classe opprimée, de même elle ne peut aboutir à la fusion inévitable des nations qu’en passant par la période de transition de la libération complète de toutes les nations opprimées, c’est-à-dire de la liberté pour elles de se séparer.

4. COMMENT LE PROLETARIAT REVOLUTIONNAIRE DOIT POSER LE PROBLEME DU DROIT DES NATIONS A DISPOSER D’ELLES-MEMES

Ce n’est pas seulement la revendication du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, mais tous les points de notre programme-minimum démocratique qui ont été autrefois, dès le XVIIe et le XVIIIe siècle, formulés par la petite bourgeoisie. Et la petite bourgeoisie continue à les formuler tous d’une façon utopique, sans voir la lutte des classes et son aggravation à l’époque de la démocratie, et en croyant au capitalisme «pacifique». Telle est précisément l’utopie d’une union pacifique de nations égales en droits à l’époque de l’impérialisme, utopie qui trompe le peuple et que prônent les partisans de Kautsky. A l’opposé de cette utopie petite-bourgeoise et opportuniste, le programme de la social-démocratie doit mettre au premier plan, comme un fait fondamental, essentiel et inévitable à l’époque de l’impérialisme, la division des nations en nations oppressives et nations opprimées.

Le prolétariat des nations oppressives ne peut se contenter de phrases générales, stéréotypées, rabâchées par tous les bourgeois pacifistes, contre les annexions et pour l’égalité en droits des nations en général.

Il ne peut passer sous silence le problème, particulièrement «désagréable» pour la bourgeoisie impérialiste, des frontières des Etats fondés sur l’oppression nationale. Il ne peut pas ne pas lutter contre le maintien par la force des nations opprimées dans les frontières de ces Etats ; autrement dit, il doit lutter pour le droit d’autodétermination. Il doit revendiquer la liberté de séparation politique pour les colonies et les nations opprimées par «sa» nation. Sinon, l’internationalisme du prolétariat demeure vide de sens et verbal ; ni la confiance, ni la solidarité de classe entre les ouvriers de la nation opprimée et de celle qui opprime ne sont possibles ; et l’hypocrisie des défenseurs réformistes et kautskistes de l’autodétermination, qui ne disent rien des nations opprimées par «leur propre» nation et maintenues de force au sein de «leur propre» Etat, n’est pas démasquée.

D’autre part, les socialistes des nations opprimées doivent s’attacher à promouvoir et à réaliser l’unité complète et absolue, y compris sur le plan de l’organisation, des ouvriers de la nation opprimée avec ceux de la nation oppressive. Sans cela, il est impossible de sauvegarder une politique indépendante du prolétariat et sa solidarité de classe avec le prolétariat des autres pays, devant les manœuvres de toutes sortes, les trahisons et les tripotages de la bourgeoisie. Car la bourgeoisie des nations opprimées convertit constamment les mots d’ordre de libération nationale en une mystification des ouvriers : en politique intérieure, elle exploite ces mots d’ordre pour conclure des accords réactionnaires avec la bourgeoisie des nations dominantes (voir l’exemple des Polonais en Autriche et en Russie, qui concluent des marchés avec la réaction pour opprimer les Juifs et les Ukrainiens) ; en politique extérieure, elle cherche à pactiser avec une des puissances impérialistes rivales pour réaliser ses buts de rapine (politique des petits Etats dans les Balkans, etc.).

Le fait que la lutte contre une puissance impérialiste pour la liberté nationale peut, dans certaines conditions, être exploitée par une autre «grande» puissance dans ses propres buts également impérialistes, ne peut pas plus obliger la social-démocratie à renoncer au droit des nations à disposer d’elles-mêmes, que les nombreux exemples d’utilisation par la bourgeoisie des mots d’ordre républicains dans un but de duperie politique et de pillage financier, par exemple dans les pays latins, ne peuvent obliger les social-démocrates à renier leur républicanisme. [Inutile de dire que repousser le droit d’autodétermination pour la raison qu’il en découlerait la nécessité de «défendre la patrie» serait tout à fait ridicule. C’est pour la même raison — c’est-à-dire aussi peu sérieusement — que les social-chauvins se réfèrent en 1914-1916 à n’importe quelle revendication de la démocratie (par exemple, à son républicanisme) et à n’importe quelle formule de lutte contre l’oppression nationale pour justifier la «défense de la patrie». Lorsque le marxisme déclare que la défense de la patrie se justifiait dans les guerres, par exemple, de la grande Révolution française, ou celles de Garibaldi, en Europe, et qu’elle ne se justifie pas dans la guerre impérialiste de 1914-1916, il procède de l’analyse des particularités historiques concrètes de chaque guerre en tant que telle, et nullement d’un «principe général», ni d’un paragraphe de programme.]

5. LE MARXISME ET LE PROUDHONISME DANS LA QUESTION NATIONALE

A l’opposé des démocrates petits-bourgeois, Marx voyait dans toutes les revendications démocratiques sans exception non pas un absolu, mais l’expression historique de la lutte des masses populaires, dirigées par la bourgeoisie, contre le régime féodal. Il n’est pas une seule de ces revendications qui, dans certaines circonstances, ne puisse servir et n’ait servi à la bourgeoisie à tromper les ouvriers. Il est radicalement faux, du point de vue théorique, de monter en épingle, à cet égard, l’une des revendications de la démocratie politique, à savoir le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, et de l’opposer à toutes les autres. Dans la pratique, le prolétariat ne peut conserver son indépendance qu’en subordonnant sa lutte pour toutes les revendications démocratiques, sans en excepter la république, à sa lutte révolutionnaire pour le renversement de la bourgeoisie.

D’autre part, à l’opposé des proudhoniens, qui «niaient» la question nationale «au nom de la révolution sociale», Marx mettait au premier plan, en considérant par-dessus tout les intérêts de la lutte de classe du prolétariat des pays avancés, le principe fondamental de l’internationalisme et du socialisme : un peuple qui en opprime d’autres ne saurait être libre5. C’est du point de vue des intérêts du mouvement révolutionnaire des ouvriers allemands que Marx réclamait en 1848 que la démocratie victorieuse d’Allemagne proclamât et accordât la liberté aux peuples opprimés par les Allemands6. C’est du point de vue de la lutte révolutionnaire des ouvriers anglais que Marx réclamait, en 1869, la séparation de l’Irlande d’avec l’Angleterre. Et il ajoutait : «Dût-on, après la séparation, aboutir à la fédération7.» Ce n’est qu’en formulant cette revendication que Marx éduquait véritablement les ouvriers anglais dans un esprit internationaliste. C’est ainsi seulement qu’il pouvait opposer une solution révolutionnaire de ce problème historique aux opportunistes et au réformisme bourgeois, qui, jusqu’à présent, après un demisiècle, n’a toujours pas réalisé la «réforme» irlandaise. C’est ainsi seulement qu’il pouvait, à l’encontre des apologistes du capital qui criaient à l’utopisme et à l’impossibilité de réaliser pour les petites nations le droit à la séparation, et proclamaient le caractère progressiste de la concentration non seulement économique, mais aussi politique, défendre le caractère progressiste de cette concentration opérée d’une manière non impérialiste, et défendre le rapprochement des nations basé non pas sur la violence, mais sur la libre union des prolétaires de tous les pays. C’est ainsi seulement qu’il pouvait opposer à la reconnaissance verbale, et souvent hypocrite, de l’égalité des nations et de leur droit à disposer d’elles-mêmes l’action révolutionnaire des masses également en ce qui concerne la solution des problèmes nationaux. La guerre impérialiste de 1914-1916 et les écuries d’Augias de l’hypocrisie opportuniste et kautskiste qu’elle a révélées ont nettement confirmé la justesse de cette politique de Marx, qui doit servir de modèle à tous les pays avancés, puisque chacun d’eux opprime actuellement des nations étrangères. [On dit souvent — par exemple, ces derniers temps, le chauvin allemand Lensch, dans les numéros 8 et 9 de Die Glocke8, — que l’attitude négative de Marx envers le mouvement national de certains peuples, par exemple les Tchèques en 1848, réfute du point de vue du marxisme la nécessité de reconnaître le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Mais cela est faux, car, en 1848, il y avait des raisons historiques et politiques d’établir une distinction entre les nations «réactionnaires» et les nations démocratiques révolutionnaires. Marx avait raison de condamner les premières et de défendre les secondes9. Le droit d’autodétermination est une des revendications de la démocratie, qui doit naturellement être subordonnée aux intérêts généraux de la démocratie. En 1848 et dans les années suivantes, ces intérêts généraux consistaient, au premier chef, à combattre le tsarisme.]

6. TROIS TYPES DE PAYS PAR RAPPORT AU DROIT DES NATIONS A DISPOSER D’ELLES-MEMES

Il faut, sous ce rapport, distinguer trois principaux types de pays.

Premièrement, les pays capitalistes avancés de l’Europe occidentale et les Etats-Unis. Les mouvements nationaux progressistes bourgeois y ont depuis longtemps pris fin. Chacune de ces «grandes» nations opprime d’autres nations dans les colonies et à l’intérieur de ses frontières. Les tâches du prolétariat des nations dominantes y sont précisément celles du prolétariat de l’Angleterre, au XIXe siècle, à l’égard de l’Irlande. [Dans certains petits Etats restés à l’écart de la guerre de 1914-1916, par exemple en Hollande et en Suisse, la bourgeoisie exploite énergiquement le mot d’ordre d’«autodétermination des nations» pour justifier la participation à la guerre impérialiste. C’est une des raisons qui poussent les social-démocrates de ces pays à nier le droit d’autodétermination. On défend par des arguments faux la juste politique du prolétariat, à savoir : la négation de la «défense de la patrie» dans la guerre impérialiste. Le résultat, c’est, en théorie, une altération du marxisme, et, dans la pratique, une sorte d’étroitesse de petite nation, l’oubli des centaines de millions d’hommes des nations asservies par les nations «impérialistes». Le camarade Gorter, dans son excellente brochure: L’impérialisme, la guerre et la social-démocratie, a tort de nier le principe de l’autodétermination des nations, mais l’applique de façon juste quand il revendique immédiatement l’«indépendance politique et nationale» des Indes néerlandaises et démasque les opportunistes hollandais qui refusent de formuler cette revendication et de lutter pour elle.]

Deuxièmement, l’Est de l’Europe : l’Autriche, les Balkans et surtout la Russie. C’est au XXe siècle que s’y sont particulièrement développés les mouvements nationaux démocratiques bourgeois et que la lutte nationale y a pris un caractère particulièrement aigu. Dans ces pays, les tâches du prolétariat, tant pour achever la transformation démocratique bourgeoise que pour aider la révolution socialiste dans les autres pays, ne peuvent pas être menées à bien s’il n’y défend pas le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Particulièrement difficile et particulièrement importante y est la tâche consistant à fusionner la lutte de classe des ouvriers des nations oppressives et des ouvriers des nations opprimées.

Troisièmement, les pays semi-coloniaux comme la Chine, la Perse, la Turquie, et toutes les colonies totalisent environ 1 000 millions d’habitants. Là, les mouvements démocratiques bourgeois ou bien commencent à peine, ou bien sont loin d’être à leur terme. Les socialistes ne doivent pas seulement revendiquer la libération immédiate, sans condition et sans rachat, des colonies (et cette revendication, dans son expression politique, n’est pas autre chose que la reconnaissance du droit des nations à disposer d’elles-mêmes ; les socialistes doivent soutenir de la façon la plus résolue les éléments les plus révolutionnaires des mouvements démocratiques bourgeois de libération nationale de ces pays et aider à leur insurrection (ou, le cas échéant, à leur guerre révolutionnaire) contre les puissances impérialistes qui les oppriment.

7. LE SOCIAL-CHAUVINISME ET LE DROIT DES NATIONS A DISPOSER D’ELLESMEMES

L’époque impérialiste et la guerre de 1914-1916 ont mis particulièrement en relief la nécessité de lutter contre le chauvinisme et le nationalisme dans les pays avancés. En ce qui concerne le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, il existe deux nuances principales parmi les social-chauvins, c’est-à-dire les opportunistes et les kautskistes, qui maquillent et idéalisent la guerre impérialiste, réactionnaire, en lui appliquant la notion de «défense de la patrie».

D’une part, nous voyons les serviteurs déclarés de la bourgeoisie, qui défendent les annexions sous prétexte que l’impérialisme et la concentration politique sont progressistes, et qui nient le droit d’autodétermination en le déclarant utopique, illusoire, petit-bourgeois, etc. Ce groupe comprend: Cunow, Parvus et les ultra-opportunistes en Allemagne, une partie des fabiens et des chefs des tradeunions en Angleterre, les opportunistes en Russie : Semkovski, Liebmann, Iourkévitch, etc.

D’autre part, nous voyons les kautskistes, auxquels se rattachent également Vandervelde, Renaudel et beaucoup de pacifistes d’Angleterre et de France, etc. Ils sont pour l’unité avec les premiers et, en fait, ils les rejoignent pleinement en défendant d’une façon purement verbale et hypocrite le droit d’autodétermination : ils estiment «exagérée» («zu viel verlangt» : Kautsky dans la Neue Zeit du 21 mai 1915) la revendication du droit de séparation politique ; ils n’affirment pas la nécessité d’une tactique révolutionnaire des socialistes des nations oppressives, mais estompent au contraire leurs obligations révolutionnaires, justifient leur opportunisme, les aident à mystifier le peuple, éludent comme par hasard la question des frontières des Etats qui maintiennent de force dans leur sein des nations lésées dans leurs droits, etc.

Les uns comme les autres sont des opportunistes qui prostituent le marxisme parce qu’ils ont perdu toute faculté de comprendre la portée théorique et l’importance pratique capitale de la tactique de Marx, explicitée par lui-même à propos de l’Irlande.

En ce qui concerne plus particulièrement les annexions, ce problème a acquis une actualité toute spéciale du fait de la guerre. Mais qu’est-ce qu’une annexion ? Il est aisé de se convaincre que l’opposition aux annexions se ramène à la reconnaissance du droit des nations à disposer d’ellesmêmes, ou bien elle repose sur une phraséologie pacifiste qui défend le statu quo et est hostile à toute violence, même révolutionnaire. Une telle position est foncièrement fausse et inconciliable avec le marxisme.

8. LES TACHES CONCRETES DU PROLETARIAT DANS LE PROCHE AVENIR

La révolution socialiste peut débuter dans le plus proche avenir. Dès lors, le prolétariat se trouvera placé devant les tâches immédiates que voici: conquête du pouvoir, expropriation des banques et réalisation d’autres mesures dictatoriales. La bourgeoisie — et surtout les intellectuels du type des fabiens et des kautskistes — s’efforcera à ce moment de morceler et de freiner la révolution en lui imposant des buts limités, démocratiques. Si toutes les revendications purement démocratiques sont susceptibles, dans le cas où l’assaut des prolétaires a déjà commencé contre les fondements du pouvoir de la bourgeoisie, de constituer en un sens un obstacle pour la révolution, la nécessité de proclamer et de réaliser la liberté de tous les peuples opprimés (c’est-à-dire leur droit à l’autodétermination) sera tout aussi essentielle pour la révolution socialiste qu’elle l’a été pour la victoire de la révolution démocratique bourgeoise, par exemple dans l’Allemagne de 1848 ou dans la Russie de 1905.

Il est possible, toutefois, qu’il s’écoule cinq ans, dix ans, voire davantage, avant le début de la révolution socialiste. A l’ordre du jour s’inscrira l’éducation révolutionnaire des masses dans un esprit qui rendrait impossibles l’appartenance des socialistes chauvins et opportunistes au parti ouvrier, ainsi que la répétition de leur victoire de 1914-1916. Les socialistes devront expliquer aux masses que les socialistes anglais qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour les colonies et l’Irlande, — que les socialistes allemands qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour les colonies, les Alsaciens, les Danois et les Polonais, et qui n’étendent pas la propagande révolutionnaire et l’action de masse révolutionnaire jusque dans le domaine de la lutte contre le joug national, qui n’utilisent pas les incidents comme celui de Saverne pour développer une très large propagande illégale parmi le prolétariat de la nation oppressive, pour organiser des manifestations de rue et des actions révolutionnaires de masse, — que les socialistes russes qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour la Finlande, la Pologne, l’Ukraine, etc., etc., — que ces socialistes agissent en chauvins, en laquais des monarchies impérialistes et de la bourgeoisie impérialiste qui se sont couvertes de sang et de boue.

9. L’ATTITUDE DE LA SOCIAL-DEMOCRATIE RUSSE ET POLONAISE ET DE LA IIe INTERNATIONALE ENVERS LE DROIT DES NATIONS A DISPOSER D’ELLES-MEMES

Les divergences de vue qui existent entre les social-démocrates révolutionnaires de Russie et les social-démocrates polonais en ce qui concerne l’autodétermination se sont manifestées dès 1903, au congrès qui a adopté le programme du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, et qui, malgré la protestation de la délégation des social-démocrates polonais, y a inclus le §9, qui reconnaît le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Depuis cette date, les social-démocrates polonais n’ont jamais repris, au nom de leur parti, leur proposition d’éliminer ce §9 du programme de notre Parti ou de lui substituer une autre formule quelconque.

En Russie, où 57 pour cent au moins de la population, plus de 100 millions d’habitants, appartiennent aux nations opprimées, — où ces nations peuplent principalement les régions périphériques, où une partie de ces nations est plus cultivée que les Grands-Russes, où le régime politique est particulièrement barbare et médiéval, où la révolution démocratique bourgeoise n’est pas encore achevée, — en Russie donc, la reconnaissance du droit de libre séparation d’avec la Russie des nations opprimées par le tsarisme est absolument obligatoire pour les social-démocrates, au nom de leurs objectifs démocratiques et socialistes. Notre Parti, reconstitué en janvier 1912, a adopté en 1913 une résolution10 qui confirme le droit d’autodétermination et l’explique précisément dans le sens concret indiqué plus haut. Le déchaînement du chauvinisme grand-russe en 1914-1916, tant au sein de la bourgeoisie que parmi les socialistes opportunistes (Roubanovitch, Plékhanov, Naché Diélo, etc.) nous donne une raison supplémentaire d’insister sur cette revendication et de considérer que ceux qui la rejettent soutiennent pratiquement le chauvinisme grand-russe et le tsarisme. Notre Parti déclare qu’il décline de la façon la plus résolue toute responsabilité pour cette levée de boucliers contre le droit d’autodétermination.

Telle qu’elle a été récemment formulée, la position de la social-démocratie polonaise dans la question nationale (déclaration de la social-démocratie polonaise à la conférence de Zimmerwald) renferme les idées suivantes :

Cette déclaration stigmatise les gouvernements allemand et autres qui considèrent les «régions polonaises» comme un gage dans le futur jeu des compensations, «en privant le peuple polonais de la possibilité de décider lui-même de son sort». «La social-démocratie polonaise proteste résolument et solennellement contre le découpage et le démembrement de tout un pays»… Elle flétrit les socialistes qui s’en rapportent aux Hohenzollern… pour «la libération des peuples opprimés». Elle exprime sa conviction que seule la participation à la lutte imminente du prolétariat révolutionnaire international, à la lutte pour le socialisme, «brisera les chaînes de l’oppression nationale, anéantira toutes les formes de domination étrangère, et garantira au peuple polonais la possibilité d’un libre et ample développement en qualité de membre égal de l’union des peuples». La déclaration indique que la guerre est «doublement fratricide» «pour les Polonais». (Bulletin de la Commission socialiste internationale N° 2, 27. IX. 1915, p. 15 ; traduction russe dans le recueil L’Internationale et la guerre, p. 97.)

Ces thèses ne se différencient en rien, pour l’essentiel, de la reconnaissance du droit des nations à disposer d’elles-mêmes, mais leurs formules politiques sont encore plus imprécises et plus vagues que la plupart des programmes et résolutions de la IIe Internationale. Toute tentative d’exprimer ces idées dans des formules politiques nettement définies et de préciser dans quelle mesure elles sont applicables au régime capitaliste ou seulement au régime socialiste ne pourra que faire ressortir l’erreur que commettent les social-démocrates polonais en niant le droit des nations à disposer d’elles-mêmes.

La décision du Congrès socialiste international de Londres de 1896, qui reconnaissait le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, doit être complétée sur la base des thèses exposées ci-dessus, par des indications soulignant 1) l’urgence particulière de cette revendication à l’époque de l’impérialisme ; 2) la nature politique conditionnelle et le contenu de classe de toutes les revendications de la démocratie politique, y compris celle-ci ; 3) la nécessité de distinguer entre les tâches concrètes des socialdémocrates des nations oppressives et celles des social-démocrates des nations opprimées ; 4) la reconnaissance inconséquente, purement verbale et, par cela même, hypocrite quant à sa signification politique, du droit d’autodétermination par les opportunistes et les kautskistes ; 5) le fait que la position des social-démocrates, particulièrement ceux des nations dominatrices (Grands-Russes, AngloAméricains, Allemands, Français, Italiens, Japonais, etc.), qui ne défendent pas la liberté de séparation pour les colonies et les nations opprimées par «leurs» nations, est pratiquement identique à celle des chauvins ; 6) la nécessité de subordonner la lutte pour cette revendication, comme pour toutes les revendications fondamentales de la démocratie politique, à la lutte révolutionnaire de masse directement orientée vers le renversement des gouvernements bourgeois et la réalisation du socialisme.

Reprendre le point de vue de certaines petites nations et surtout des social-démocrates polonais, que leur lutte avec la bourgeoisie polonaise dont les mots d’ordre nationalistes trompent le peuple a conduit jusqu’au rejet erroné du droit d’autodétermination, serait, pour l’Internationale, commettre une faute théorique, substituer le proudhonisme au marxisme et, en pratique, soutenir involontairement le chauvinisme et l’opportunisme hautement dangereux des nations impérialistes.

La Rédaction du «Social-démocrate», organe central du P.O.S.D.R.

Post-scriptum. Dans la Neue Zeit du 3 mars 1916, qui vient de paraître, Kautsky tend ouvertement une main chrétienne de réconciliation à Austerlitz, le représentant du plus sordide chauvinisme allemand, en refusant pour l’Autriche des Habsbourg la liberté de séparation des nations opprimées, mais en la reconnaissant pour la Pologne russe, afin de rendre un service de larbin à Hindenburg et à Guillaume II. Il serait difficile de souhaiter une meilleure auto-dénonciation du kautskisme !

Ecrit en janvier-février 1916 Publié en avril 1916 dans la revue «Vorbote» N°2 Publié en langue russe en octobre 1916, dans le «Recueil du Social-Démocrate» N° 1

Conforme au texte du «Recueil»

Source : http://www.marxisme.fr/download/Lenine_Sur_les_questions_nationale_et_coloniale.pdf