Défendre la vie du président Gonzalo, c’est défendre le maoïsme !

Article du Parti Communiste Maoïste (PCM) en réponse à l' »attaque » de l’OCML-VP contre le président Gonzalo et le Parti Communiste du Pérou (PCP) !

Le jour du 25e anniversaire de l’arrestation du président Gonzalo du Parti Communiste du Pérou, dirigeant la Guerre Populaire Prolongée au Pérou, l’OCML-VP a décidé de publier un long communiqué présentant le président Gonzalo comme un liquidateur. Cet article est intitulé «  A propos de la Guerre Populaire au Pérou, la trahison de la direction du PCP et la capitulation du Président Gonzalo », le nom annonce la couleur.

L’essence de ce communiqué est la suivante :

– Après son arrestation, le président Gonzalo aurait capitulé et collaboré avec l’ennemi plus ou moins directement pour mettre fin à la Guerre Populaire et arriver à des accords de paix.

– Le président Gonzalo est en pleine collaboration avec la Ligne Opportuniste de Droite (LOD) représentée par le MOVADEF

– La Guerre Populaire au Pérou aurait échoué à cause d’un « culte de la personnalité » autour du président Gonzalo

Nous allons voir en quoi ce communiqué, loin d’être une critique du Parti Communiste du Pérou et de son expérience, s’affiche au contraire comme une attaque complète sur toute la ligne contre le maoïsme. Ce communiqué est le résultat d’une ligne idéologique et politique fondamentalement erronée reposant sur une large déformation du maoïsme, le résultat en est que l’OCML-VP en vient à prendre position pour les lignes opportunistes de droite et de « gauche » au Pérou, une position internationale qui bien sûr se reflète dans leur pratique localement.

Critique ou attaque ?

La Guerre Populaire Prolongée (GPP) a été déclenchée au Pérou en 1980 par le Parti Communiste du Pérou dirigé par le président Gonzalo. Au moment où celle-ci a été initiée le mouvement communiste international était affaibli et en recul : en 1976 a eu lieu le coup d’État et la contre-révolution en Chine mettant fin au dernier bastion socialiste, dans les années 1980 la Guerre Populaire en Inde était affaiblie par la répression et la division géographique et organisationnelle du mouvement, aux Philippines la Guerre Populaire essuyait successivement des échecs suite à des erreurs stratégiques importantes qui seront rectifiées dans les années 90 avec la Seconde Campagne de Rectification qui réaffirme le maoïsme et la stratégie de la GPP. Ainsi le déclenchement de la Guerre Populaire au Pérou fut une initiative d’une importance majeure pour le mouvement communiste international et il fut pour cette raison immédiatement la cible de l’impérialisme qui chercha à l’écraser par tous les moyens à sa disposition.

Malgré la répression brutale et les massacres, y compris au sein des prisons comme en juin 1986, la Guerre Populaire se développa rapidement allant jusqu’à toucher la grande majorité du territoire et y compris la capitale Lima. Elle atteindra le plus haut développement qu’ait connu les Guerres Populaires après la contre-révolution de 1976 en Chine. Même après la capture du président Gonzalo en septembre 1992 et alors que celui-ci se retrouvait entre les mains de l’ennemi, la Guerre Populaire perdura tout au long des années 1990 avant de diminuer en intensité.

Lors de cette Guerre Populaire des conquêtes importantes ont été réalisées par le mouvement communiste international contre l’impérialisme. Des conquêtes qui ont notamment une importance essentielle dans la compréhension du maoïsme que nous avons aujourd’hui. Ce sont contre ces conquêtes que l’OCML-VP a rédigé son attaque contre le mouvement communiste du Pérou.

Pourquoi parlons-nous d’attaque et non de critique concernant ce communiqué ? Au sein du mouvement communiste la critique est non seulement permise mais même encouragée, le processus de critique-autocritique est indispensable pour rectifier nos erreurs et avancer. Ce qui distingue la critique de l’attaque est son caractère non constructif mais destructeur. Dans le cas de l’OCML-VP il ne s’agit pas d’une critique idéologique et politique du mouvement communiste du Pérou sur des erreurs que celui-ci aurait commis mais il s’agit de reprendre sans encombre les mensonges et les calomnies diffusés par l’ennemi et les liquidateurs pour attaquer unilatéralement le Parti Communiste du Pérou et son dirigeant, le président Gonzalo.

L’attaque de l’OCML-VP se base sur le fait que le président Gonzalo aurait trahi la Guerre Populaire en agissant comme un liquidateur après son arrestation par l’ennemi. Selon l’OCML-VP, il aurait été un liquidateur plus ou moins conscient mais dans tous les cas se prêtant au jeu que les impérialistes veulent lui faire jouer. Sur quoi se base cette allégation aussi grave, une allégation qui a toujours été rejetée par le mouvement maoïste et dont les seuls soutiens sont le gouvernement et les opportunistes de droite et de « gauche » ?

Cette théorie de Gonzalo comme liquidateur est la thèse présentée par l’État péruvien, une thèse élaborée de toute pièce par le SIN (les services secret péruviens) avec la complicité de la CIA. Voilà d’où proviennent toutes les sources de l’OCML-VP qui l’admet elle-même dans son article. Admettant elle même que les lettres des accords de paix ainsi que les « interviews » vidéos seraient fausses, comment l’OCML-VP peut-elle tout de même affirmer que le président Gonzalo aurait trahi ? Elle fait cela en prétendant que celui-ci se serait prêté au jeu, en acceptant d’être filmé par exemple ou en ne levant pas le poing lors de son dernier procès !

Ainsi l’OCML-VP détiendrait une vérité que tout le mouvement maoïste n’a pas, car elle aurait remarqué que Gonzalo n’a pas levé le poing lors de son dernier procès.

Il est évident que cela ne fait aucun sens. Le président Gonzalo est maintenu dans l’isolement le plus total depuis 25 ans, l’État péruvien essaye de le faire mourir d’une mort lente car son élimination directe n’aurait fait qu’intensifier la Guerre Populaire. Le président Gonzalo n’a jamais pu réaliser aucun entretien devant la presse internationale hormis lors de son discours de la cage du 24 septembre 1992 où il appelle à poursuivre la Guerre Populaire en affirmant que son arrestation ne constitue qu’un détour sur la route. Le président Gonzalo n’a aucun contact avec le monde extérieur.

Et justement qu’est-ce que le MOVADEF dont l’OCML-VP reprend les calomnies ? Le « Mouvement pour l’Amnistie Générale et la Réconciliation Nationale » (MOVADEF) est une organisation mise en place par la ligne opportuniste de droite (LOD). La LOD est composée d’anciens membres du PCP qui ont rejeté la Guerre Populaire Prolongée et ont appelé à déposer les armes, ce sont les liquidateurs de la Guerre Populaire. Cette LOD s’est constituée en MOVADEF grâce au travail et à l’appui du SIN. Le MOVADEF est aujourd’hui l’organisme qui a à sa tête le seul avocat en lien avec le président Gonzalo. Le MOVADEF est directement un outil monté et mis en place par les impérialistes dans leur programme de contre-insurrection.

Un an après l’arrestation du président Gonzalo en 1992. En 1993, le président du Pérou, Alberto Fujimori (aujourd’hui emprisonné pour crime contre l’humanité, responsable d’une politique génocidaire contre le mouvement révolutionnaire et notamment de la stérilisation forcée de milliers de femmes indigènes accusées de pro-créer des communistes!) présente des fausses lettres de paix attribuées à Gonzalo et peu de temps après des vidéos truquées (cela était évident pour tous les communistes et cela sera révélé plus tard par les services secrets). L’ensemble du mouvement maoïste international a mené une intense campagne pour la libération du président Gonzalo après son arrestation. Toutes les demandes de visites du président Gonzalo par des personnalités progressistes ont été rejetées.

Les seules à croire que le Président Gonzalo aurait appelé à signer des accords de paix sont des anciens dirigeants du PCP devenus des liquidateurs, les opportunistes de droite, ainsi qu’une ligne militariste, opportuniste de « gauche », qui ont exigé que Gonzalo soit relâché pour être jugé par leur soin. Ainsi l’OCML-VP reprend sans encombre à son compte des calomnies émanent directement des impérialistes et de leurs laquais locaux qui ne sont soutenus que par les opportunistes de droite et de « gauche ». Une fois de plus l’OCML-VP navigue à vue entre l’opportunisme de droite et de « gauche ».

Aucun révolutionnaire conséquent n’accorde du crédit et de l’importance à des propos d’un dirigeant révolutionnaire emprisonné, aux mains de l’ennemi et qui ne peut s’exprimer directement à son Parti. Admettre les calomnies de l’ennemi et les reprendre à son compte, c’est se faire la courroie de transmission des impérialistes dans le mouvement maoïste.

Si l’OCML-VP se couvre de honte en reprenant de telles allégations, c’est car elle sous-estime et ne comprend à aucun moment les tactiques et techniques de contre-insurrection menées par l’ennemi. L’OCML-VP a toujours envisagé la révolution dans un avenir lointain et ne s’y est par conséquent jamais préparée sérieusement, elle n’étudie pas à fond les questions de la clandestinité et de la répression en cas de Guerre Populaire. L’histoire montre pourtant à quel point l’ennemi investie massivement et se perfectionne dans la guerre psychologique et dans la contre-insurrection. Cela s’est particulièrement vue lorsque l’impérialisme français a mené une lutte acharnée contre le mouvement national algérien, c’est à ce moment là que de nombreux outils de contre-insurrection vont être développés et ensuite exportés en Amérique du Sud par des militaires français directement employés par les dictatures militaires d’Amérique du Sud. Parmi ces méthodes, l’une d’entre elle consiste à faire croire à la trahison de dirigeants pour que ceux-ci soient éliminé par le mouvement lui-même ainsi que pour démobiliser les masses.

La Guerre Populaire au Pérou représentait dans les années 80 et 90 le seul mouvement communiste à aller contre-courant dans une période de restauration totale du capitalisme et d’offensive généralisée de la bourgeoisie sur le communisme présenté comme appartenant désormais au passé. Le Parti Communiste du Pérou constituait donc une cible d’une importance toute particulière pour l’impérialisme, en particulier l’impérialisme yankee. Pour s’en apercevoir il suffit de faire quelques recherches sur le nombre impressionnant d’études réalisées par l’armée américaine et ses écoles, des organisations stratégiques américaines et les services secrets le concernant pour établir des stratégies de contre-insurrection. Beaucoup de ses études en arrivaient à la conclusion que la victoire de la Guerre Populaire au Pérou serait presque inévitable. Il a donc fallu des moyens immenses à l’État péruvien et ses services secrets grâce à la collaboration des Etats-Unis pour mettre fin brutalement à cette Guerre Populaire, d’une part par les massacres et d’autre part par une intensive guerre psychologique.

En définitif, l’OCML-VP oublie une des leçons essentielles de la lutte révolutionnaire : l’ennemi est fort tactiquement mais faible stratégiquement. Fort tactiquement car il dispose de moyens militaires immenses, d’une expertise et d’un savoir-faire brutal et perfectionné en matière de contre-insurrection et de guerre de basse intensité ; faible stratégiquement car l’ennemi n’a pas le soutien du peuple, il représente une minorité, une oppression, il est dans le camps de l’injustice et il sera donc nécessairement renversé. L’OCML-VP sous-estime et oublie entièrement la force tactique de l’ennemi et se prend à son jeu.

Aujourd’hui, nous réaffirmons, comme cela a toujours été affirmé par le mouvement maoïste international, que les dernières consignes du Président Gonzalo valables concernant la Guerre Populaire au Pérou sont celles données dans le discours de la cage, le 24 septembre 1992. Dans ce discours magistral (voir discours en intégrale sous-titré en anglais), celui-ci affirme la nécessité de continuer et d’intensifier la Guerre Populaire, il affirme que son arrestation ne constitue pas un point d’arrêt mais juste un détour sur la route.

Öcalan, Gonzalo : même combat ?

Dans son communiqué, l’OCML-VP s’aventure à comparer le président Gonzalo à Öcalan, le pilier du PKK emprisonné depuis maintenant plus de 18 ans.

Il part du postulat que tous deux seraient des capitulards et qu’on devrait donc les défendre de manière similaire.

Tout d’abord, il existe des différences fondamentales entre le président Gonzalo et Öcalan. Le président Gonzalo est un des dirigeants marxistes les plus important, la Guerre Populaire qu’il a dirigé avec le PCP au Pérou avait une valeur profondément internationale et a notamment servi d’exemple pour le déclenchement de la Guerre Populaire au Népal en 1996. D’un autre côté, Öcalan est le dirigeant du mouvement national kurde qui s’oppose à l’État réactionnaire turc, un Etat sous domination de l’impérialisme américain ; d’un point de vue de classe, Öcalan est le représentant de la bourgeoisie nationale kurde. Ce sont donc deux ennemis de valeur très différentes pour l’impérialisme.

De même et par conséquent, contrairement à l’isolement total que subit le président Gonzalo, Öcalan lui dispose de moyens de publication et communication reconnus par le mouvement national kurde.

L’OCML-VP affirme qu’un prisonnier politique même s’il devient un liquidateur et se met au service de l’ennemi, doit être défendu et que nous devons exiger sa libération. Cette position montre en tout point leur opportunisme et est à l’exact opposé de la pratique du mouvement révolutionnaire. S’il est parfaitement avéré qu’un camarade arrêté, une fois aux mains de l’ennemi se met à collaborer, à donner des informations à l’ennemi, s’il devient un liquidateur et donc un traître, le mouvement révolutionnaire n’a plus aucun devoir de le défendre. Cet individu, quelqu’ait pu être son passé dans le mouvement, tombe dans l’oubli et la seule chose que le mouvement attend de lui est sa libération pour lui infliger sa sentence pour trahison. Si nous défendons les prisonniers qui collaborent avec l’ennemi et qui liquident notre mouvement, nous encourageons alors tous les camarades arrêtés à en faire de même, cela est inacceptable.

La position révolutionnaire consiste à ne pas croire les propos d’un camarade enfermé et dans les mains de l’ennemi car il n’est pas possible d’en vérifier l’authenticité ni de savoir ce qui est subit par le camarade. Si un camarade est avéré être un traître au mouvement, celui-ci doit être jugé en conséquence par le Parti.

La position de l’OCML-VP sur les prisonniers politiques en général se retrouvent donc être complètement erronée et à l’opposé de l’expérience du mouvement communiste international.

Sur le « culte de la personnalité »

L’OCML-VP affirme qu’une des raisons principales de l’échec de la Guerre Populaire au Pérou serait la pratique d’un « culte du chef » par le PCP. L’OCML-VP aurait déjà remarqué ce problème dans un de ses documents de 1990.

Les accusations de « culte de la personnalité » contre le mouvement communiste ne sont pas nouvelles. Elles ont été utilisées aussi bien contre Lénine, Staline ou Mao. L’exemple le plus flagrant est celle faite contre Staline par Khrouchtchev lors du XXe Congrès du PCUS : cette attaque contre le soit-disant « culte de la personnalité » autour de Staline n’était qu’un prétexte pour liquider le socialisme en URSS et entamer la restauration du capitalisme.

Regardons ce que dit le président Gonzalo concernant l’accusation de « culte de la personnalité » dans L’Interview pour El Diario réalisée en 1988 :

« Khrouchtchev souleva le problème du culte de la personnalité pour combattre le camarade Staline, mais nous savons tous que ce ne fut qu’un prétexte en fait, pour combattre la dictature du prolétariat. Aujourd’hui, même Gorbatchev brandit à nouveau le culte de la personnalité comme le firent aussi les révisionnistes chinois Liou Chao-chi [Liu Shaoqi] et Teng Siao-ping [Deng Xiaoping]. Par conséquent, c’est une thèse révisionniste qui vise en essence la dictature du prolétariat et les grands dirigeants et chefs du processus révolutionnaire général dans le but de les décapiter. Dans notre cas, que viserait-elle concrètement ? Décapiter la guerre populaire. Nous n’avons pas encore de dictature du prolétariat mais un Nouveau Pouvoir qui se développe selon des normes de démocratie nouvelle ou de dictature conjointe d’ouvriers, de paysans et de progressistes. En ce qui nous concerne, cette thèse a donc pour but principal de décapiter la direction. Et la réaction et ses laquais savent très bien pourquoi ils le font : parce que ce n’est pas facile d’engendrer des chefs et un grand dirigeant. Et une guerre populaire telle qu’elle se développe dans le pays, a besoin de chefs et d’un grand dirigeant, de quelqu’un qui la représente, la dirige et d’un groupe capable de la commander inflexiblement. En résumé le culte de la personnalité est une sinistre thèse révisionniste qui n’a rien à voir avec notre conception sur les chefs, laquelle s’en tient au léninisme. »

A la lumière des propos du président Gonzalo, on comprend parfaitement le but derrière l’accusation de « culte de la personnalité » à l’encontre du président Gonzalo faite par l’OCML-VP.

L’OCML-VP affirme que la pensée gonzalo fut un des principales facteurs de l’échec de la Guerre Populaire au Pérou car celle-ci contribuerait à « dépolitiser les masses » et laisserait penser que ce sont les grands hommes qui font l’histoire. Tout d’abord voyons ce que dit le président Gonzalo lui même sur la pensée gonzalo :

« El Diario: Puisque nous parlons d’idéologie, pourquoi la Pensée Gonzalo?

Président Gonzalo : Le marxisme nous a toujours enseigné que le problème réside dans l’application de la vérité universelle. Le Président Mao Tsétoung insistait énormément sur ce point ; si le marxisme-léninisme-maoïsme ne s’applique pas à une réalité concrète, on ne peut pas diriger une révolution, on ne peut pas transformer le vieil ordre, ni le détruire, ni en créer un nouveau. C’est l’application du marxisme-léninisme-maoïsme à la révolution péruvienne qui a engendré la pensée gonzalo, dans la lutte de classes de notre peuple, principalement du prolétariat, les luttes incessantes de la paysannerie et dans le contexte bouleversant de la révolution mondiale. C’est au milieu de tout ce fracas, en appliquant le plus fidèlement possible la vérité universelle aux conditions concrètes de notre pays, que s’est matérialisée la pensée gonzalo. Auparavant on l’appelait la pensée guide ; et si aujourd’hui le Parti a sanctionné lors du Congrès la pensée gonzalo, c’est parce qu’il s’est produit un bond dans cette pensée guide, précisément au cours du développement de la Guerre Populaire. En synthèse la pensée gonzalo n’est que l’application du marxisme-léninisme-maoïsme à notre réalité concrète ; ceci nous amène à voir qu’elle est spécifiquement capitale pour notre Parti, pour la guerre populaire et pour la révolution dans notre pays, j’insiste, spécifiquement capitale. Mais pour nous, si nous considérons l’idéologie au plan universel, le principal est le maoïsme, je le répète une fois de plus. »

Ainsi la pensée gonzalo loin d’être un quelconque « culte du chef » ou de dépolitiser les masses, s’est formé au contraire du fait de la lutte des masses et dans la lutte des masses, elle s’est formée dans le feu de la Guerre Populaire.

Affirmer que les masses auraient été dépolitisées à cause de la pensée gonzalo constitue une négation totale du haut niveau idéologique et politique des masses péruviennes durant la Guerre Populaire au Pérou, un niveau idéologique rarement atteint qui se manifestait dans tous les domaines. Le reportage traduit par la Cause du Peuple « People’s of the shining path » permet en partie d’en rendre compte. Le PCP a toujours placé au cœur de sa formation, la formation idéologique, c’est ce qu’il y avait de plus central et de plus essentiel pour les militantes et militants du PCP et les masses du Pérou.

Affirmer que la constitution d’une pensée guide s’accompagnerait d’une dépolitisation des masses est simplement anti-historique et va à l’encontre même de l’histoire du maoïsme. C’est pendant la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine que s’est affirmée plus que jamais la pensée mao tsetoung, l’OCML-VP affirmerait donc que pendant cette période les masses populaires en Chine se sont dépolitisées ? Cela n’a évidemment aucun sens, la période de la Révolution Culturelle est le moment où les masses se sont le plus politisées !

Si l’OCML-VP s’en prend avec tant de vigueur au président Gonzalo, au PCP et à la pensée gonzalo, c’est car elle en rejette fondamentalement tous les apports.

Les apports du Parti Communiste du Pérou et du Président Gonzalo

Ainsi l’OCML-VP ne s’est jamais revendiqué du marxisme-léninisme-maoïsme. Elle préfère proposer une version éclectique du « maoïsme » qu’elle nomme « marxisme-léninisme et maoïsme ». A première vue cela pourrait sembler proche : ne serait-ce qu’une différence de forme ? Un vulgaire débat sur les mots plutôt que sur le fond ?

Loin de là, malgré la proximité des appellations, le fait est que l’OCML-VP rejette des conceptions essentielles du maoïsme, ces conceptions ont notamment été affirmées par le Parti Communiste du Pérou à travers une intensive lutte de lignes sur le plan international. Ce sont des enjeux idéologiques qui ont bien sûr des implications pratiques.

Tout d’abord le PCP a affirmé que le maoïsme forme le troisième jalon du marxisme, qu’il est la troisième, nouvelle et supérieure étape du marxisme. Il s’agissait d’une démarcation nécessaire avec ceux qui ne voyaient dans la pensée Mao Zedong que quelques apports en plus par rapport au marxisme-léninisme et que cela était principalement valide pour les pays semi-coloniaux semi-féodaux mais pas les pays impérialistes. En affirmant que le maoïsme est une nouvelle étape cela signifie qu’il a développé le marxisme dans ses trois composantes essentielles : le matérialisme dialectique et historique, l’économie politique marxiste et le socialisme scientifique. Dans ces trois domaines un bond qualitatif a été effectué.

Mais l’OCML-VP ne peut reconnaître l’ensemble de ces apports du maoïsme au marxisme et c’est pour ça que jusqu’aujourd’hui elle refuse de s’identifier comme marxiste-léniniste-maoïste.

Un des apports essentiels du maoïsme que rejette l’OCML-VP est la Guerre Populaire Prolongée. Le PCP a affirmé que la Guerre Populaire est une composante essentielle et universelle – c’est-à-dire applicable partout – du maoïsme.

« La guerre populaire est la théorie militaire du prolétariat international dans laquelle, pour la première fois, se résume de façon systématisée et complète l’expérience théorique et pratique des luttes, des actions militaires et des guerres que le prolétariat a livré, la longue expérience de la lutte armée populaire et spécialement des guerres paysannes de la Chine. C’est avec le Président Mao que la classe sera dotée de sa propre théorie militaire; pourtant il règne à ce sujet une grande confusion et beaucoup d’incompréhension. Cette incompréhension commence par la vision que l’on a de la guerre populaire en Chine; en général on la considère comme étant réduite et, dédaigneusement comme une simple guerre de guérillas. Cela révèle déjà l’incompréhension de fait, qu’avec le Président Mao, la guerre de guérillas acquiert un caractère stratégique. De plus, on ne comprend pas le développement de la guerre de guérillas et comment, à partir de sa fluidité essentielle, elle développe sa mobilité, devient guerre de mouvement, de positions, développant de vastes plans d’offensive stratégique, conquérant des villes petites, moyennes et grandes avec des millions d’habitants, combinant l’attaque du dehors avec l’insurrection à l’intérieur. En conclusion, les quatre étapes de la révolution chinoise et principalement à partir de la guerre agraire à la guerre de libération populaire, en tenant compte qu’entre les deux il y eut la guerre anti-japonaise, nous montrent les diverses facettes et la complexité de la guerre révolutionnaire qui se livra durant vingt années au sein d’une population gigantesque et d’une immense mobilisation et participation des masses. Dans cette guerre on trouve des exemples de tout genre et, le principal, c’est que ses principes, ses lois, ses stratégies, ses normes etc. ont été étudiés à fond et magistralement établis. C’est donc dans ce creuset fabuleux et sur la base de ce que le marxisme-léninisme avait établi, que le Président Mao élabora la théorie militaire du prolétariat, la guerre populaire.

[…]

L’une des questions clé et décisive est celle de la compréhension de la validité universelle de la guerre populaire et de son application conséquente, en tenant compte des différents types de révolution et des conditions spécifiques de chacune d’entre elles. A propos de cette question clé il est intéressant de constater qu’une insurrection comme celle de Pétrograd, la résistance anti-fasciste et les guérillas européennes de la IIème Guerre mondiale ne se sont pas répétées, ni les luttes armées qui se livrent en Europe actuellement. Il faut aussi considérer que la Révolution d’Octobre ne fut pas seulement une insurrection, mais une guerre révolutionnaire qui dura plusieurs années. Par conséquent, dans les pays impérialistes la révolution ne peut se concevoir que comme guerre révolutionnaire et celle-ci, actuellement, est simplement une guerre populaire. »

  • Sur le marxisme-léninisme-maoïsme, Parti Communiste du Pérou, 1988

Pour plus de détail sur les apports du PCP dans l’affirmation du maoïsme nous vous renvoyons à la déclaration internationale faite pour le 30e anniversaire de la Journée de l’Héroïsme récemment traduite en français.

On comprend donc que ce n’est pas pour rien que l’OCML-VP reprend les calomnies des réactionnaires contre le président Gonzalo et le PCP à son compte. Derrière cette attaque contre le président Gonzalo et le PCP, il s’agit en fait bien d’une attaque même contre le maoïsme et tout ce que le PCP a pu faire pour synthétiser, défendre et appliquer le maoïsme. Il s’agit d’un rejet affirmé du marxisme-léninisme-maoïsme, de la Guerre Populaire Prolongée, fait non au moyen de la lutte idéologique mais de la manière la plus lâche en reprenant les larges mensonges diffusés par l’ennemi. Il s’agit évidemment d’une pratique profondément opposée à l’essence même du marxisme et qui devrait révolter tout révolutionnaire.

A celles et ceux qui avaient encore quelques doutes sur la nature de l’OCML-VP, la lecture de leur communiqué devrait balayer ces doutes définitivement !

Défendre, appliquer et développer le maoïsme !

Combattre le révisionnisme et l’opportunisme !

Défendons la vie du Président Gonzalo !

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/defendre-la-vie-du-president-gonzalo-cest-defendre-le-maoisme/

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Sur la situation en Catalogne

 

Que se passe-t-il en Catalogne ? Cette nation présente sur plusieurs territoires de culture catalane (Valence, Baléares, Andorre,…), située principalement dans l’Etat espagnol, et en partie dans l’Etat français, a une situation politique qui évolue rapidement : une crise politique sans précédent s’est déclarée. Le gouvernement de la Generalitat (l’organisation politique détenant les pouvoirs exécutifs et législatifs régionaux de cette « communauté autonome », intégré il y a plusieurs siècles dans l’Etat espagnol) a promis depuis 2015 d’avancer vers la voie de l’indépendance. Pour cela, la Generalitat a convoqué un référendum pour le 1er octobre 2017.

Le gouvernement espagnol conservateur de Mariano Rajoy (dirigeant du Partido Popular, représentant la droite issue du franquisme) semble prêt à utiliser tous les moyens à sa disposition pour empêcher la tenue du référendum, que la Cour constitutionnelle a jugé illégal. Il faut rappeler que la police a quand même mené des perquisitions au siège du gouvernement régional catalan et a saisi les 19 et 20 septembre près de 10 millions de bulletins de vote, que 14 hauts responsables du gouvernement régional ont été arrêtés et le 21 septembre, que la justice a cité à comparaître plus de 700 maires catalans, que des entreprises privées ayant contribué à la propagande indépendantiste ont été perquisitionnées, que la Cour constitutionnelle a annoncé infliger des amendes de 6000 à 12 000€ tous les jours à 24 organisateurs du référendum jusqu’à ce qu’ils se plient aux résolutions de la « Justice ». 60 sites faisant la promotion du référendum ont été fermés, la campagne électorale est illégale et donc le collage d’affiches pour l’indépendance se fait dans l’illégalité, et Madrid a mis sous tutelle les finances de la région pour empêcher les financement illégaux.

La constitution considère en effet que l’Espagne est une et indivisible : malgré l’existence de différentes nations en son sein (Catalogne, Pays Basque, mais également Asturies, Galice, Andalousie…), l’héritage de l’empire et du franquisme reste profondément marqué dans l’organisation de l’Etat. La bourgeoisie continue de célébrer le « jour de l’hispanité », et le principal parti de droite, le PP, est l’héritier directe de la bureaucratie franquiste. Mais dans les faits, la bourgeoisie espagnole est une classe écartelée entre son caractère impérialiste et la réalité d’une centralisation incomplète. Si le pays s’est construit sur l’or provenu de la colonisation de l’Amérique latine, il a connu un important retard industriel par la suite. De plus l’Espagne n’a pas achevé son processus de centralisation comme l’a fait la France, qui a écrasé ses minorités nationales bien plus efficacement avec la diffusion d’une idéologie républicaine jacobine. Seuls quelques régions du nord de l’Espagne ont véritablement connu la révolution industrielle au XIXème siècle comme le Pays Basque (Euskal Herria), la Catalogne (Catalunya), ou encore la Galice.

Ces contradictions ont engendré une grande misère dans les campagnes, des inégalités économiques criantes, des revendications nationales centrifuges, et une instabilité politique profonde. La bourgeoisie dans sa majorité est très liée à l’église catholique, elle méprise ouvertement le peuple et ne cherche pas de vernis progressiste. Face à cela, le mouvement ouvrier s’est développé principalement sur une base anarcho-syndicaliste et anarchiste. Les contradictions de la société espagnole ont notamment été à l’origine du soulèvement réactionnaire puis de la guerre civile de 1936-1939, qui ont aussi vu l’intervention des puissances fascistes, du Mexique et de l’URSS. Basques et Catalans se sont mobilisés aux côtés de la troisième république, espérant obtenir l’indépendance nationale, ou au moins un statut et des libertés publiques.

La défaite de la République a fait taire temporairement les aspirations nationales. Le mouvement anarcho-syndicaliste et anarchiste a été balayé, les communistes ont été plongés dans la clandestinité, et la bourgeoisie a durement écrasé le prolétariat. La transition démocratique entamée après la mort de Franco en 1975 n’a fait que repeindre la façade du vieil état autoritaire et nationaliste : malgré la forme parlementaire de l’état, l’Espagne a un ensemble de lois parmi les plus répressives d’Europe. La torture des militantes et militants révolutionnaires et indépendantistes est courante, et il n’est toujours pas possible de critiquer ouvertement la monarchie.

Mais revenons à la situation actuelle. Qui mène le mouvement indépendantiste en Catalogne ? La direction du mouvement est clairement dans les mains de la bourgeoisie catalane. En termes de classes, une partie du prolétariat, de la bourgeoisie, et la majorité de la petite-bourgeoisie sont de culture catalane. Au contraire « les très riches et les très pauvres sont espagnols » : la grande bourgeoisie, tout comme les prolétaires les plus précaires venus tenter leur chance à Barcelone et dans les zones industrielles, sont plus proches de la culture espagnole.

La dernière Diada, la fête nationale transformée en manifestation pour l’indépendance, a réuni un million de personnes. Depuis une décennie, le développement économique rapide de la Catalogne pousse la petite et la moyenne bourgeoisie catalane à appuyer ouvertement le mouvement indépendantiste. Pour simplifier, disons cela ainsi : pour les bourgeois, il est plus avantageux de garder l’intégralité des impôts au niveau de la Catalogne que de les reverser à Madrid. La Catalogne représente tout de même 20% du PIB de l’Espagne, 30% de ses exportations et 50% de l’activité à forte valeur ajoutée ! Il y a une idée réactionnaire comme quoi « les Catalans » n’ont pas à se sacrifier pour le reste de la population en Espagne. Le mouvement catalan est-il cependant à rejeter dans son ensemble ? Non. Il s’agit d’une lutte nationale portant une caractéristique progressiste (l’indépendance vis-à-vis d’un Etat impérialiste). Mais cette lutte n’est pas révolutionnaire. L’oppression nationale vise le peuple, mais aussi la nation tout entière.

Pour les révolutionnaires de l’Etat français, la situation doit être suivie de prêt. Elle est potentiellement explosive en Espagne, et pourrait avoir des conséquences très importantes au niveau européen, entraînant un effet domino au Pays Basque et ailleurs, par exemple en Ecosse et en Irlande du Nord. Il est clair que Madrid n’envisageait pas que la situation s’envenime à ce point. Pour les conservateurs, il s’agissait d’un simple marchandage économique avec la bourgeoisie catalane, qui faisait son spectacle pour peser dans la balance et mobiliser sa base électorale.

Mais les bourgeois espagnols, qu’ils soient conservateurs ou socialistes, ont négligé un facteur : poussée par sa base, déçue des reculs subis par la Generalitat face aux conservateurs, la bourgeoisie catalane est allée plus loin que prévu. Elle peut encore renoncer au projet indépendantiste et s’en tirer à bon compte, en faisant ce que les politiciens bourgeois savent faire le mieux, c’est à dire en jouant la comédie. Ils peuvent prétexter que les menaces (un général espagnol avait laissé entendre qu’il défendrait l’ordre constitutionnel « par tous les moyens ») et la répression les empêchent de tenir le référendum, notamment la saisie des bulletins et des convocations, la fermeture des sites internet, les procès et la mise sous tutelle des finances de la Generalitat.
Mais Madrid joue un jeu très dangereux. La désobéissance civile est massive en Catalogne, il y a eu de grandes manifestations d’étudiants ces derniers jours, de nombreuses écoles sont occupées et des syndicats ont déposé un préavis de grève générale à compter du 1er octobre au cas où le référendum serait empêché. Si les forces de police locales, les Mossos, obéissent encore à Madrid, l’administration désobéit ouvertement. Les perquisitions de bâtiments publics ont choqué l’opinion. Et les procès des dirigeants catalans peut pousser les masses à tenter le tout pour le tout. Nous voici donc face à une situation de quitte ou double : ou bien le gouvernement écrase temporairement le mouvement indépendantiste, ou bien il le radicalise, et perd ses moyens face à la pression populaire.

Quoi qu’il en soit, les prochaines semaines seront déterminantes. Notre Parti se positionne donc ainsi :

Nous reconnaissons la définition d’une nation comme une communauté humaine, stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et formation psychique qui se traduit dans une communauté de culture.

L’Etat espagnol a usé et use de la force contre la nation catalane pour l’empêcher de faire sécession. Nous soutenons le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Si la nation catalane juge bon de faire sécession et donc de créer un Etat indépendant, c’est qu’elle se se sent opprimée par l’Etat espagnol. Nous devons soutenir son droit à l’autodétermination.

Le Camarade Lénine nous enseigne que « le principe de la nationalité est historiquement inéluctable dans la société bourgeoise, et compte tenu de cette société, le marxiste reconnaît pleinement la légitimité historique des mouvements nationaux. Mais pour que cette reconnaissance ne tourne pas à l’apologie du nationalisme, elle doit se borner très strictement à ce qu’il y a de progressiste dans ces mouvements, afin que cette reconnaissance ne conduise pas à obscurcir la conscience prolétarienne par l’idéologie bourgeoise. » (Notes critiques sur la question nationale, 1913)

Le nationalisme bourgeois de toute nation opprimée possède un contenu démocratique qui est dirigé contre l’oppression, c’est celui-là que nous soutenons. En revanche nous ne soutenons pas le contenu qui vise à renforcer le nationalisme et les privilèges de la bourgeoisie nationale et qui casse la conscience de classe du prolétariat en effaçant les distinctions de classes entre bourgeois, petits-bourgeois et prolétaires.

« Sous prétexte que ses demandes sont « pratiques », la bourgeoisie des nations opprimées va appeler le prolétariat à soutenir ses aspirations sans condition… Le prolétariat est opposé à une telle pratique. Tout en reconnaissant l’égalité des droits à un Etat national, il valorise surtout et avant tout l’alliance des prolétaires de tous les pays, et évalue toute demande nationale, toute séparation nationale, sous l’angle de la lutte de classe des travailleurs. Pour les travailleurs, la chose importante est de distinguer les principes des deux tendances. Dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée combat l’oppresseur, nous sommes toujours, dans tous les cas, et plus fortement que quiconque en sa faveur, car nous sommes les ennemis les plus constants et les plus fervents de l’oppression. Mais dans la mesure où la bourgeoisie de la nation opprimée est favorable à son propre nationalisme bourgeois nous somme contre. » (Lénine, cité par Ibrahim Kaypakkaya dans La Question Nationale en Turquie, 1971)

Nous soutenons donc le droit à l’autodétermination de la nation catalane. Et nous soutenons l’unité du prolétariat catalan et espagnol contre les intérêts de la bourgeoisie et des propriétaires.

 

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/sur-la-situation-en-catalogne/

Avec l’échec de Le Pen, rien ne change pour l’antiracisme et l’antifascisme de classe

COMBATTRE LE FASCISME,

ABATTRE LE CAPITALISME!

 

Ouf, elle n’est pas passée… c’est le sentiment autour de nous. Mais en 2002, le père n’était pas passé non plus et cela n’a pas freiné le développement du FN.

Le racisme est toujours là, s’est même renforcé autour de nous.

Il y a le racisme d’Etat, qu’il s’agisse de la recherche d’emploi, des discours islamophobes dans les médias ou des violences policières dans les quartiers. Le poison patriotique et nationaliste se répand dans tous les partis, la préférence nationale devient une banalité, le contrôle de l’immigration se renforce toujours plus, et ce sont tous les immigrés, avec ou sans papiers, tous les jeunes (et maintenant moins jeunes…) nés en France avec une couleur, un nom, une religion minoritaires ou minorisés qui trinquent.

Il y a aussi le poison du racisme individuel, issu de l’histoire coloniale de la France (et son actualité comme aux Antilles, à Mayotte, en Guyane ou en Kanaky) cette mentalité abjecte de petit-blanc qui ne supporte pas de voir des anciens colonisés revendiquer l’égalité des droits. Sentiment des Pieds Noirs, des racistes avérés, entretenu et développé par le FN et cie, sentiment confus de la concurrence entre travailleurs dans la crise capitaliste, il se heurte heureusement aux solidarités du combat social mené en commun, dans les entreprises ou dans les quartiers…

Ces deux formes de racisme se sont renforcées et s’appuient l’une sur l’autre, et les attentats ont attisé la flamme. C’est la confusion qui règne, très rares ont été celles et ceux qui ont dénoncé les interventions à l’étranger (Mali, Libye, Syrie, Afghanistan…) et ont qualifié les auteurs de fascistes. Le racisme d’Etat, les intellectuels à la botte ont préféré renforcer les contradictions en critiquant les musulmans ou ceux supposés l’être…

Le combat antiraciste se mène dans le combat commun, sur des positions antiracistes et de classe, au service des ouvriers et des prolétaires. Pour le combat commun contre la sous-traitance, la pénibilité dans les entreprises. Pour l’égalité des droits et la régularisation des sans-papiers, contre les violences policières dans les quartiers, contre les interventions à l’étranger, contre toutes les lois et mesures racistes, quelles qu’en soient les cibles. Toujours en dénonçant notre propre gouvernement, son Etat et le capitalisme qui en est le socle. Tout ne se réglera pas du jour au lendemain, mais c’est la seule voie pour construire une unité de combat, de classe, qui permettra de surmonter les appréhensions et les différences sur lesquelles s’appuient les racistes pour répandre leur venin.

Il se mène aussi dans nos rangs, parmi nos collègues et voisins, en remettant en cause les préjugés, en luttant sans concession contre les attitudes et les paroles chauvines et xénophobes, en exposant la manière dont l’impérialisme place la fraction immigrée de la classe ouvrière, les habitants des quartiers, dans une position subordonnée et discriminée. La lutte se mène aussi dans les rangs de notre classe et de nos organisations !

C’est pareil pour le combat antifasciste. Dans le sillage du FN se développent des groupuscules et organisations fascistes, racistes, homophobes et sexistes. Dans certaines villes, comme à Lyon ou Lille, ils ont pignon sur rue et prétendent annexer des quartiers entiers. Ils ont tué Clément Méric à Paris, Hervé Rybarczyk à Lille, ils font la chasse aux migrants à Calais, ils veulent imposer la terreur.

Avec la complaisance de la police et de la justice, c’est le moins qu’on puisse dire, et ce sont surtout les militants qui refusent de leur laisser le terrain qui sont attaqués.
Alors, on ne les laisse pas faire, on ne fait pas confiance à la justice et à la police (rappelons que pour celle-ci, on dit que 50% des flics votent FN !), et on s’organise, on manifeste pour interdire par nous-mêmes l’expression de ces noyaux fascisants !

 

Source:  http://ocml-vp.org/article1808.html

Le témoignage de Rolland, ouvrier dans l’automobile et délégué CGT. Partie 2

Aliénation à PSA Poissy : « Tout est fait pour que les ouvriers ne puissent pas se parler »

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Nous publions ici le deuxième volet du témoignage de Rolland Ruiz, ouvrier à l’usine Peugeot-Citroën de Poissy, après avoir travaillé 24 ans à PSA Aulnay et lutté contre sa fermeture lors de la grève de 2013. Dans la première partie de l’interview, Rolland revenait sur la précarité toujours plus grande imposée aux travailleurs par ce géant français de l’automobile. Ici, celui-ci dévoile les méthodes odieuses de PSA pour éviter que les ouvriers mettent sur pied les résistances à même de mettre un frein à cette dictature patronale. Il explique notamment les différences flagrantes entre les conditions de travail à Poissy, où l’aliénation atteint des sommets dignes des Temps modernes, par rapport à l’usine d’Aulnay, où la longue tradition de lutte avait permis aux travailleurs d’imposer un certain rapport de force face au patronat.

Propos recueillis par Flora Carpentier et Dam Morrison

« Les gens ne se connaissent plus, tout est fait pour que les ouvriers ne puissent pas se parler »

Entre Aulnay et Poissy, bien qu’il s’agisse de deux usines PSA, on a l’impression que ce sont deux entreprises différentes. A Poissy, les horaires ne sont pas du tout les mêmes, et c’est plus loin de Paris donc plus compliqué au niveau des transports. Quand on est de l’équipe du matin, pour qu’on puisse commencer à 5h30, PSA met en place un transport par des cars privés. Mais pour certaines lignes de car, le retour n’est pas assuré, donc on est obligés de prendre les transports en commun. Pour d’autres secteurs, il n’y a carrément plus de transport en car, donc chacun doit se débrouiller comme il peut. Pour PSA, il n’y a pas de petite économie ! Mais pour nous, ça change beaucoup de choses quand on doit galérer dans les transports. En plus, les cars c’est un endroit où les ouvriers peuvent discuter entre eux, ils cherchent aussi à éviter ça.

Par rapport à ce qu’était Aulnay, à PSA Poissy l’organisation d’usine est faite pour que les employés ne se voient jamais, aussi bien dans les relais d’équipes, dans les transports que dans le self de l’usine. Il y a plein d’exemples comme ça, sur la stratégie de PSA pour éviter que les travailleurs se parlent et s’organisent. Par exemple à Poissy, l’usine fonctionne avec une équipe de nuit fixe, qui travaille de 22h à 5h30. Mais il y a un creux de 2 heures entre l’équipe du soir, qui finit à 20 heures, et l’équipe de nuit. Donc pour militer auprès de l’équipe de nuit en tant que délégué syndical, il faut être de l’équipe du soir et rester à la pause, attendre pour pouvoir les voir. Autant dire qu’il faut être motivé ! Mais c’est important parce qu’il y a peu de syndiqués dans l’équipe de nuit.

L’autre chose c’est qu’on n’a pas de pause repas, vu que le matin commence très tôt et que la relève est à 13h. Donc les gens déjeunent avant ou après le boulot, en dehors des horaires de travail. On enchaîne 7 heures d’affilée avec 2 pauses de moins de 10 minutes. On dirait que tout est fait pour qu’on ne se voie pas. Pour voir les copains des autres équipes, il faut déborder sur son horaire, mais pour ça il faut avoir un mandat syndical, sinon on n’a pas le droit de rester dans une autre équipe, ça peut engendrer des sanctions.

En plus, on a intérêt à être ponctuels à la prise de poste : avec le travail à la chaine, si ça sonne et que la ligne de montage part, il faut être au poste, sinon des voitures passent et ne sont pas traitées, et là ça peut entrainer très vite des sanctions.

Avec toute cette stratégie pour éviter qu’on s’organise, on voit bien que tout est fait pour éviter qu’il y ait un côté militant aussi fort qu’à Aulnay. Là-bas, on mangeait 3 fois par jour, ça sociabilise. Après 24 ans passés à Aulnay, le choc pour moi en arrivant à Poissy, ça a été de croiser pas mal d’ouvriers qui avaient 20 à 25 ans d’ancienneté et qui ne se connaissaient pas entre eux. Des gens de la même équipe ! Alors qu’à Aulnay tout le monde se connaissait.

« PSA, ce sont des champions de la sous-traitance. Ça divise les ouvriers entre eux »

PSA ce sont des champions de la sous-traitance. Il y en a pour tout, il y a au moins une centaine de sous-traitants : ceux qui font les pots d’échappements, ceux qui font les réservoirs d’essence… beaucoup d’entre eux sont directement intégrés à l’usine. Vers 98-99, peu avant les accords sur les 35 heures, c’était la folie de la sous-traitance à PSA. Je me souviens d’un responsable à Aulnay, qui avait dit en réunion « L’avenir de Citroën, c’est la sous-traitance ». Après ils ont vendu l’emboutissage et développé la sous-traitance. Ca change beaucoup de choses parce que les conventions de métier peuvent être différentes. Par exemple ceux qui fabriquent les pneus, ils ne dépendent plus de la métallurgie mais de la chimie donc ils ont des droits différents en ce qui concerne les salaires, les primes d’ancienneté, etc. Ça limite considérablement le nombre de salariés de la boite principale et ça divise les ouvriers entre eux.

« Il y a un mois, ils ont licencié Jérôme, un délégué CGT. Ces attaques sont faites pour empêcher que les salariés passent à l’action »

Jérôme, un délégué CGT qui travaille à l’emboutissage, a reçu sa lettre de licenciement il y a un mois. Soi-disant, il aurait mal positionné un outil de presse, un truc qui pèse 10 tonnes. Ils lui reprochent aussi une intervention sur un meuble qui était bancal et risquait de tomber sur des salariés. Donc les copains sont intervenus, dont Jérôme, pour reculer le meuble à la main et isoler le danger. Tous les copains qui sont intervenus ont eu des sanctions, des journées de mise à pied. D’après la direction, il ne fallait pas intervenir comme ça, ça a dérangé PSA. Pour Jérôme, ils ont cumulé les deux problèmes pour prétexter son licenciement. Mais en réalité, c’est parce qu’il était délégué CGT. Avec les élections syndicales qui approchent, en mars 2017, on sent qu’il y a une sérieuse attaque de la direction. Dès qu’il y a la moindre erreur, on reçoit automatiquement un courrier recommandé dans les heures qui suivent. Alors pour Jérôme, on va faire toutes les démarches auprès du tribunal, mais le problème c’est que ça peut prendre des années, et d’ici là il est licencié. Pourtant, l’inspection du travail a refusé le licenciement, mais PSA persiste. Ils sont complètement hors la loi. On a débrayé à plus d’une centaine, 120-130, pour le soutenir. On a aussi fait signer une pétition à l’usine, on a eu énormément de signatures, dans les 1300. Et on l’a aussi fait signer en dehors de l’usine. Mais on sait bien que le seul moyen d’annuler le licenciement, c’est d’arrêter l’usine, de se mettre en grève.

Ce témoignage montre bien comment PSA a tiré les leçons des luttes ouvrières à Aulnay et ailleurs. Ce fleuron de l’industrie française, grand groupe aux bénéfices colossaux, applique donc des stratégies de management qui aliènent toujours plus les ouvriers, afin de les empêcher de s’organiser. Ce sont ces méthodes qui précarisent chaque fois plus, avec des conditions de travail toujours plus dures, qui ont des conséquences néfastes sur la santé et le moral des travailleurs. C’est contre cette aliénation que nous devons lutter, à travers la solidarité entre les travailleurs et les exploités de tous secteurs, afin de recréer le rapport de force qui permettra de redonner confiance et de peser dans les luttes contre les attaques du patronat.

 

Source: http://www.revolutionpermanente.fr/Alienation-a-PSA-Poissy-Tout-est-fait-pour-que-les-ouvriers-ne-puissent-pas-se-parler

THE TPP AND ITS IMPACT ON LABOUR IN CANADA

By Nino Pagliccia

 

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            Recently the leader of the Communist Party of Canada, Liz Rowley, spoke at a public forum in Vancouver on the Trans-Pacific Partnership (TPP). She summarized it very succinctly: “there is nothing acceptable about the TPP.”

            The TPP is a proposed agreement drawn in secrecy involving 12 Pacific-Rim countries: Australia, Brunei, Canada, Chile, Japan, Malaysia, Mexico, New Zealand, Peru, Singapore, U.S. and Vietnam. Each country will have to ratify the agreement, or not, in less than 2 years before it becomes binding law. No changes or amendments are allowed at this stage. Considering that this is the largest agreement ever (it covers nearly 800 million people with a combined GDP of $28.5 trillion), and nearly 6,000 pages long, mostly in dense legalese, only two years for consultations makes the issue very urgent. [1]

            On its website, the Canadian government promises to be “transparent, open and consultative with Canadians on the TPP.” [2] But what is the point of “consultations” when the agreement cannot be amended and the only outcome is ‘ratify’ or ‘not ratify’? In fact so far, the consultations have consisted mostly of presentations by Parliamentary Secretary David Lametti or Minister Chrystia Freeland, to groups of entrepreneurs, business people, politicians and other interest groups.

            The TPP has been discussed in total secrecy representing the interests of corporations to the exclusion of labour representatives. Liz Rowley called this agreement a “global corporate constitution”, and outlined ten reasons why the TPP should not be ratified. [3] There is no doubt that corporations will have great profits for their shareholders and speculators since the deal will force more neoliberal policies and evermore reduced government regulations. While the selling point is trade, Canada’s trade deficits with past agreements are growing faster with free-trade partners than other countries. So this begs the questions, “How good is this deal for Canadian workers?” “Does this ‘constitution’ also guarantee workers rights?”

            Is the deal good for workers?

            It is not encouraging that the standard practice in all trade agreements is to leave workers out of the discussion table. In addition, in spite of all the agreements that Canada has signed, the unemployment rate is still above 7%. Considering this figure, Canada cannot afford to take away more jobs from Canadians. The government optimism that the proposed TPP agreement will create more jobs for Canadians is unfounded and it relies on the old mantra that if investors are doing well, jobs are created. The reality is that when investors do well there is more concentration of wealth for the rich and more hardship for the working class.

            According to a recent Angus Reid Institute poll, Canadians expressed “fears that the TPP will result in Canada shedding of tens of thousands of manufacturing jobs.” The same poll reports that 47% of Canadians believe that the TPP will have a negative or no impact on employment, versus 21% who think the impact will be positive. A large 32% still don’t know what the TPP is about. [4]

            Another analysis concludes “accepting the TPP will have long-term detrimental impacts on the prospects for full employment, economic prosperity, and the ability of Canadians to sustainably manage their economy.” [5] The rationale is that the TPP will force Canada to divert its trade from the manufacturing sector to the extractives sector.

            As a response to other trade deals, Canada’s exports of manufactured goods has steadily declined since 2000 while increasing exports of raw materials. However, “an estimated 580 direct jobs can be attached to each $1 billion in exports from the extractives sector whereas the same amount of trade in manufactured goods produces 2,300 jobs – four times the jobs creating power of extractive industries.” [5] Canadians’ legitimate demands for a $15 minimum wage will further push for job losses to countries with low-paying jobs.

            The claimed relative advantage that Canada may have in the service sector (finance, business service, etc.) is not a sufficient reason to accept the TPP since this sector usually demands very high salaries but for fewer jobs, not precisely favouring most workers. [6]

            Canada’s autoworkers must be concerned. In the auto sector alone economist Jim Stanford predicts a possible loss of 20,000 jobs. [7] It should also serve us as a strong hint that in the U.S. the Ford Motor Company is urging U.S. Congress to oppose the TPP.

            What about workers’ rights?

            There seems to be more information on labour “rights” than labour gains in the TPP agreement. Fifteen articles in 15 pages (out of 6000 pages) of chapter 19 (out of 30 chapters) of the full text of the TPP deal with labour. But that’s all, more information but not more rights.

            Article 19.3 and its subsections basically states that the TPP members will “follow[ing] rights as stated in the ILO Declaration” of 1998. That may not be a problem in general, except for the limitation that establishes “that labour standards should not be used for protectionist trade purposes”, which leaves the door open to corporate interpretations of “protectionist” actions in regards to labour.

            Similarly, what seems disturbing is the statement about what constitutes a violation of those rights. Textually, “To establish a violation of an obligation under Article 19.3.1 (Labour Rights)…, a Party must demonstrate that the other Party has failed to adopt or maintain a statute, regulation or practice in a manner affecting trade or investment between the Parties.” I emphasize, “in a manner affecting trade or investment”; never mind workers. This seems to be a nice self-serving use of the ILO Declaration.

            One ridiculous sounding article establishes the extent of “Corporate Social Responsibility.” Article 19.7 says, “Each Party shall endeavour to encourage enterprises to voluntarily adopt corporate social responsibility initiatives on labour issues that have been endorsed or are supported by that Party.” This amounts to saying, “we will shoot ourselves in the foot if we feel like.”

            The remaining articles of this chapter deal with how to enforce corporate cooperation (with a token mention of job creation), labour regulations, and procedures for reclamations strictly “on matters related to this chapter”. Interestingly, the TPP proposes so-called “Labour Councils composed of senior governmental representatives at the ministerial” with no workers’ participation whatsoever!

            Canadians should be suspicious of a deal made behind their backs and should reject the TPP, which seeks to control resources and cheap labour, and to curtail working class power. For workers, Canada’s free trade experience is one of job insecurity, stagnating wages, increasing income inequality, and relatively higher levels of unemployment. The TPP does not promise anything different.

            It is possible to defeat the TPP, starting with spreading the information and prompting our City Councils and MPs. There is already a success story from Nanaimo, BC: “Nanaimo Mayor and Council express its opposition to the Trans-Pacific Partnership Trade Agreement and communicate this to Prime Minister Trudeau, Cabinet Ministers and every Member of Parliament. »[8]

            The Canadian government website on the TPP invites comments via email: TPP-PTP.consultations@international.gc.ca. [9]

            A campaign endorsed by concerned organizations also allows people to send an online message to decision-makers from the website http://letstalktpp.ca, hosted by OpenMedia, SumOfUs, Council of Canadians, and Stand.

[1] Full text of agreement: www.mfat.govt.nz/en/about-us/who-we-are/treaty-making-process/trans-pacific-partnership-tpp/text-of-the-trans-pacific-partnership/

[2]  www.international.gc.ca/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/tpp-ptp/index.aspx?lang=eng

[3]  http://communist-party.ca/statement/2084

[4] http://ipolitics.ca/2016/01/29/the-angus-reid-poll-canadians-anxious-about-tpps-effect-on-jobs/

[5] http://behindthenumbers.ca/2015/10/09/the-trans-pacific-partnership-agreement-a-dead-end-for-jobs/

[6] www.canadianbusiness.com/lists-and-rankings/best-jobs/2015-highest-paid-jobs/

[7] www.progressive-economics.ca/2015/09/22/tpp-renegotiating-nafta-by-the-back-door/

[8] www.manlymedia.com/news/investor-state-and-tpp/

[9] http://international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/tpp-ptp/consultations.aspx?lang=eng&utm_source=tpp&utm_campaign=tpp-consult

 

Source: http://www.peoplesvoice.ca/Pv16ma16.html#BTHETPP

Les anarchistes et l’expérience de la révolution russe

« L’expérience de la révolution sociale en Russie nous amène donc, dans la vieille question, si débattue entre socialistes et anarchistes, de l’éta­tisme, à une double conclusion : nécessité de prendre d’abord en main l’Etat, formidable appareil de coercition, et nécessité ensuite de se défen­dre contre lui, de poursuivre avec acharnement, peut-être au prix d’une longue et pénible lutte, sa destruction. »

Victor Serge

juillet-août 1920

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Préface

L’étude – par trop sommaire et schématique – qu’on va lire a été rapidement jetée sur le papier en 1920, après de longues et vives discussions avec les militants venus en Russie à l’occasion du deuxième Congrès de l’Internationale communiste, et notamment avec les camarades Lepetit, Vergeat, Pestana, Armando Borghi. Il me semble bien que tous ces camarades s’accordèrent à peu près avec moi sur l’ensemble des idées exprimées dans ces pages. Depuis, d’autres libertaires français et espagnols, moins connus, venus en Russie rouge, ont eu l’occasion de me donner leur approbation. Si bien que cela me paraît aujourd’hui un fait général : les anarchistes étrangers qui viennent en Russie, et surtout ceux qui participent au mouvement ouvrier de leur pays d’origine, souscrivent tout de suite au principe de la dictature révolutionnaire et acceptent ses conséquences.

Pour ce qui est des anarchistes russes, plusieurs militants connus y ont à ma connaissance nettement souscrit : ce sont notamment les camarades Grossman-Rotschin du « Goloss Trouda » [La Voix du Travail], syndicaliste anarchiste ; Gordin, anarchiste universaliste ; Perkus, anarchiste russe rapatrié d’Amérique. Point n’est évidemment besoin de mentionner ici ceux qui ont adhéré au Parti communiste russe.

Depuis que ces pages ont été écrites, l’immense expérience de la première révolution sociale des temps modernes a continué de se développer avec une logique inflexible. Nous voyons aujourd’hui, chose tragique, une révolution sociale, contenue – par suite de l’inertie des peuples de l’Europe en présence d’une réaction intelligente et bien armée – dans des frontières nationales où elle étouffe et réduite à temporiser avec l’ennemi extérieur et intérieur. Nous avons vu se commettre bien des fautes, se révéler des erreurs, s’attester des vérités précieuses au point de vue libertaire. Il me semble que de cette nouvelle expérience d’un an la pensée libertaire sort à nouveau fortifiée – à la condition que la révision des idées traditionnelles faite, l’on veuille bien se placer au point de vue du réalisme1 historique – tenir compte des besoins des masses et des grands facteurs de la vie économique et psychologique internationale, dont le cours dépend des événements bien plus que de nos aspirations et de nos rêves.

Car telle est, en définitive, la réforme de l’anarchisme que je me permets de préconiser : au lieu d’être une doctrine subjective, trop absolue et d’ailleurs largement utopique, qu’il soit ramené – sans rien perdre pour cela (bien au contraire !) de sa valeur éthique et philosophique pour l’individu comme pour le mouvement social à la réalité de la lutte des classes, à ses nécessités pratiques. Qu’il cesse d’être le privilège de minuscules groupements sectaires pour ajouter à l’ampleur et à la richesse du vaste mouvement ouvrier appelé à réaliser la transformation sociale en passant par l’étape nécessaire du communisme.

Après un an d’expérience nouvelle, il faudrait ajouter bien des choses à ce trop court et trop sommaire travail. Je l’adresse pourtant – faute de le pouvoir compléter – tel quel aux camarades : car dans ses lignes il me semble être aujourd’hui plus vrai, plus exact encore que l’an dernier, car il est d’autant plus actuel que, dans plusieurs pays. nombre de militants anarchistes croient devoir adopter à l’égard de la dictature prolétarienne de Russie une attitude nettement hostile qui révèle le plus souvent une inexpérience et un traditionalisme gros de dangers. Les vérités élémentaires ici résumées sont donc bonnes à répéter : il s’agit de faire naître le nouvel anarchisme qui dans les prochaines luttes révolutionnaires, au lieu de compliquer les situations et d’aggraver les convulsions intérieures de la révolution contribuera à élever, à ennoblir, à éclairer l’esprit du communisme de demain.

Il s’agit d’éviter au mouvement libertaire de l’étranger le désastre de l’anarchisme russe, totalement dépassé par les événements, à la hauteur desquels il n’a pas su se hausser, malgré les belles forces dont il disposait.

Il s’agit enfin de demander à tous les anarchistes de bien vouloir discu­ter avec calme, sans parti pris, sans dogmatisme, l’expérience de la Révo­lution russe. Et de ne pas reprendre à leur compte les malveillantes « critiques » (si l’on peut dire ! ) que la presse bourgeoise des deux mondes n’a pas cessé d’adresser aux fauteurs de la première révolution sociale. Et de ne pas oublier que la défaite d’une Révolution, pour le salut de laquelle des hommes (qui ne sont assurément, comme tous les hommes, ni exempts d’erreurs ni exempts de reproches) ont fait tout ce qu’il était humainement possible de tenter serait pour l’humanité entière un effroyable désastre dont la responsabilité retomberait dans une large mesure sur les révolutionnaires qui, par leur sectarisme étroit, auraient contribué à diviser et démoraliser aux heures les plus graves les élites ouvrières.

V. S.

Petrograd, 5 juin 1921.

1. Nécessité de réviser nos conceptions

Après l’expérience de la guerre et de la révolution, l’idéologie révolutionnaire, socialiste, syndicaliste ou anarchiste ne peut pas plus s’en tenir aux anciennes formules qu’on ne peut, dans la phase des grandes luttes où nous sommes entrés, s’en tenir aux anciennes méthodes de propagande et d’action. Faillite des intellectuels et des pacifistes ; faillite des partis socialistes parlementaires ; faillite du syndicalisme bureaucratique, et faillite aussi de l’action anarchiste – qui fut en somme à peu près nulle, tandis que certains militants perdaient eux aussi leur claire vision des choses : tel est le bilan de la guerre, au point de vue révolutionnaire. Et pourtant la guerre vérifiait, confirmait tragiquement toutes nos prévisions. Nous n’avions pas besoin de voir le monde étreint par la grande folie pour savoir à quels désastres la vieille société fondée sur le Capital et l’Autorité conduisait ses foules esclaves. Ainsi, de la débâcle où tant d’hommmes et de groupes ont sombré, les idées essentielles sortent fortifiées. D’autant plus que la révolution sociale, victorieuse en Russie, momentanément étouffée dans l’Europe centrale, sur le point d’embraser le midi de l’Europe – Espagne, Italie, Balkans – proclame depuis trois ans la puissance réelle des idées qui n’étaient hier encore que des idées…

Ainsi, pas une des notions, pas un des mots dont nous nous servions avant la guerre et la révolution n’ont cessé de nous être nécessaires : au contraire, nombre de ceux qui n’étaient alors que des mots signifient désormais des réalités : mais il n’en est pas un que l’on puisse employer absolument comme auparavant. Tous les mots, nous le sentons, toutes les notions, ont quelque peu un sens nouveau… C’est l’évidence. Que l’on considère un instant les idées d’action directe, de grève générale, de communisme en 1914 et 1920 – et l’on verra comme elles ont vécu !

Et l’on sera surpris de constater ensuite combien les hommes, les militants, ceux qui vont pourtant à l’avant-garde des peuples, se rendent difficilement compte de cette chose si évidente. Par esprit de tradition, par routine, par intérêt, par inertie, par inaptitude à distinguer le mot (le vieux mot) et la chose, par un manque désolant du sens des réalités, il en est qui reviennent aux conceptions de jadis et se bornent à les répéter. Il est des révolutionnaires qui, au cours de ces années terribles et grandes, n’ont rien oublié, rien appris. Le terrible, c’est qu’ils ne peuvent dans ces condi­tions rien de plus que par le passé…

Pour sortir du marasme où le mouvement révolutionnaire se débat dans divers pays, pour en tirer toutes les forces agissantes qu’il recèle, pour comprendre l’heure présente et pour y faire sa tâche, il me semble qu’un devoir s’impose a la conscience de tout militant :

Il faut, après l’expérience de la guerre et de la révolution procéder à une révision complète et méthodique de nos idées. Ne pas craindre de porter une main sacrilège sur de vieux dogmes très respectés. Ne pas craindre de s’écarter des bonnes voies qui paraissaient si sûres – et nous ont conduits à de sinistres impasses. Mais sachant bien ce que nous voulons et ce que nous sommes, nous placer en face de la réalité, l’exami­ner avec calme et résolution, pour la comprendre, conclure et agir.

2. Le fait nouveau dans l’histoire

Le fait nouveau dans l’histoire sociale de ce temps, c’est qu’en 1917 la première révolution sociale socialiste s’est accomplie en Russie. La classe possédante a été expropriée par la classe non possédante des exploités. L’État bourgeois a été brisé. Les anciennes hiérarchies sociales se sont effondrées. Un ordre nouveau a commencé de naître, dont les prin­cipes sont : propriété collective des moyens de production, obligation du travail pour tous les citoyens, élimination de la concurrence industrielle au sein de la société.

C’est là un nouveau point de départ dans l’histoire du monde. A dater du moment où la victoire de la révolution d’Octobre dans les rues de Petrograd et de Moscou fonde (dans la misère et la douleur, il est vrai ; par la violence, il est vrai, mais nul n’y peut rien) la société nouvelle, tous les événements vont avoir une signification et une orientation nouvelles, car la révolution sociale n’est pas locale. La victoire des Soviets à Petrograd et à Moscou ébranle le sol à Washington, à Paris, à Tokyo, dans toutes les métropoles du monde D’innombrables liens économiques, idéologiques, moraux, relient les hommes d’un bout du monde à l’autre : et l’appel parti de Russie, aux intérêts les plus profonds, aux intérêts de classe des pauvres, ne peut pas ne pas avoir un écho redoutable. La vague révolutionnaire déferle d’ailleurs de Vladivostok à Berlin, où meurt Liebknecht ; à Munich, où meurent Landauer et Leviné, à Budapest, à la Ruhr, à Cologne, à Florence, à Turin, à Milan ! Peut-elle s’arrêter aux bords du Rhin ? Il serait fou de le croire. Les révolutions n’ont jamais respecté les frontières. Seulement, elles ont le temps : si l’on peut être sûr qu’elles ne s’arrêteront pas avant d’avoir fait le tour du globe on ne peut prévoir le nombre d’années ou de générations qu’elles consacreront à leur œuvre La grande révolution qui achève le Moyen Age et ouvre les Temps modernes, la Réforme – affirmation de la liberté de conscience religieuse contre le dogme catholique corrompu et ossifié – dévaste l’Europe pendant plus d’un siècle et entraîne par un de ses lointains contre-coups la fondation des États-Unis d’Amérique2. La Révolution française met un demi-siècle à vaincre dans les cerveaux – après avoir vaincu l’Europe par les armes – et se rallume dès 1848 avec le socialisme égalitaire, libertaire et fraternel.

La victoire de la révolution sociale en Russie ouvre sans doute de même un siècle révolutionnaire. Étant donné l’interdépendance de tous les pays civilisés, il n’est pas possible que subsistent côte à côte, dans des pays voisins, deux organisations sociales différentes, l’une fondée sur la propriété privée, l’autre fondée sur la propriété collective des moyens de production. L’impérialisme capitaliste et le communisme ne peuvent pas coexister. L’un doit tuer l’autre. Mais arrivée au terme absurde de son évolution, aboutissant par suite de ses contradictions internes à la guerre et à la ruine, la société capitaliste porte en elle les forces qui doive l’abattre ; et, débilitée par la grande tuerie qui, précisément, a fait surgir la révolution, elle est condamnée. On peut dire avec sécurité que la transformation sociale n’est plus dans les pays d’Europe et d’Amérique qu’une question d’années ou, tout au plus, de décades. L’existence d’une République révolutionnaire crée d’ailleurs partout des conditions psychique extrêmement favorables à la révolte des masses. Par la légende dont elle s’auréole déjà par l’enthousiasme qu’elle suscite, par l’exemple de son héroïsme et de son stoïcisme, la Russie est un foyer inépuisable d’energies révolutionnaires. Elle incarne l’avenir ; et le passé n’a rien à opposer ; car les canons ne suffisent visiblement plus à tuer l’immense idéalisme qui est né dans le monde.

Ceux qui se sont battus dans les rues de Moscou, de Petrograd, laroslav et de Vladivostok, ceux qui se battent aujourd’hui sur les divers fronts de la Russie des Soviets, ceux qui font les humbles, les tristes, les dangereuses – et parfois les mauvaises – besognes de la révolution, ceux qui s’y sacrifient, travaillent ainsi pour tous les hommes et pour tout l’avenir. Et c’est du sort de l’humanité qu’il est question quand il est question d’eux.

La Révolution russe ouvre une ère nouvelle. Elle n’est que le premier épisode de la grande révolution qui doit transformer le monde civilisé. Ses répercussions se prolongeront pendant des dizaines d’années, parce qu’elle tend à transformer radicalement les conditions économiques et morales de la vie des peuples.

C’est là une vérité d’importance essentielle qui paraît aujourd’hui indiscutablement acquise.

3. Une définition du bolchevisme

Telle qu’elle est, la révolution sociale en Russie – et partout ailleurs où elle a commencé – est en grande partie l’œuvre du bolchevisme.

Comme toutes les conclusions historiques, celle-ci comporte quelque injustice. On semble, en la formulant, méconnaître les immenses, les magnifiques efforts de tous ceux qui, avant l’heure du bolchevisme, ont fait la révolution : propagandistes et terroristes socialiste-révolutionnaires dont la vaillance se prodigua ; anarchistes, mencheviks, que n’arrêta aucune persécution. Il faudra plus tard, en refaisant l’histoire de ces époques troublées, rendre justice à tous. En attendant, la vie ne récompense que ceux qui ont vaincu. Survivre et vaincre, c’est le grand mérite. Or, tous les autres ont défailli ou se sont trompés au dernier moment ; les bolcheviks, eux, ont osé. Tout est là.

On sait que le terme russe bolchevik veut simplement dire « majoritai­re ». Les bolcheviks étaient, au sein du parti social-démocrate marxiste, qui comprenait Plekhanov et Martov, les majoritaires, partisans de l’in­transigeance révolutionnaire. Jusqu’à la Révolution russe, ils demeurè­rent dans une obscurité relative. C’est après la chute du tsarisme qu’ils apparurent et que leurs mots d’ordre enthousiasmèrent les masses.

A la vérité, ce mouvement était nouveau, bien qu’il ait eu depuis de longues années ses pionniers opiniâtres. C’était le résultat de l’évolution à gauche du socialisme. Elle s’était accusée à Zimmerwald et à Kienthal. Avili et trahi par l’opportunisme, le parlementarisme, le modérantisme, le socialisme, traduisant les aspirations conscientes d’une élite de mili­tants et – vagues encore – des masses, devenait insurrectionnel, agis­sant, impatient, impérieux ; et il se mettait à parler comme seuls avaient parlé jusqu’alors les anarchistes.

Car il n’est pas mauvais de le rappeler. Jusqu’à la révolution d’Octobre et quelque temps après, seuls les anarchistes s’appelaient communistes et s’affirmaient nettement anti-étatistes. Jamais les propagandistes officiels du socialisme ne rappelaient les passages de Marx et d’Engels qui ont trait a la nocivité et à la disparition de l’État. Lénine, Zinoviev, Boukharine, en proclamant incompatibles les idées de communisme et d’État, ont renoué la tradition révolutionnaire du socialisme que, seules, avant l’éclatant succès de leur propagande, continuaient les diverses tendances anarchis­tes. Seuls avant le bolchevisme, les anarchistes étaient anti-démocrates et anti-patriotes. Seuls, ils préconisaient la révolution, c’est-à-dire l’expro­priation immédiate de la classe possédante (voir La Conquête du pain, de Kropotkine). Seuls, ils acceptaient hautement le recours aux méthodes de violence et le principe du terrorisme3, et ce n’est pas sans raison que de février à octobre 1917, dans l’intervalle des deux révolutions, bolcheviks et anarchistes russes collaborèrent fraternellement. Pendant les journées décisives de juillet et d’octobre l’initiative de l’action leur appartint également.

Pour la première fois, lors de la révolution d’Octobre, l’accord se réalisa entre l’acte et la parole. On fit ce dont on avait tant parlé. L’accord entre la pensée et l’action fit la force initale du bolchevisme que l’on peut, sans entrer dans des considérations de doctrine, définir comme un mouvement à gauche du socialisme – qui le rapprocha de l’anarchisme – inspiré par la volonté de réaliser immédiatement la révolution. Volonté de révolution : l’essentiel du bolchevisme se résume dans ces trois mots.

4. Enseignements de la Révolution

Il était jusqu’à présent permis d’idéaliser la révolution ou, ce qui est pis, d’en parler sans y croire. Ce n’est plus possible. Elle s’accomplit sous nos yeux dans une moitié de l’Europe, elle est imminente dans l’autre. Sous peine de n’être que des rêveurs ou des métaphysiciens, les militants doivent désormais l’envisager telle qu’elle est. La leçon est grande. En un siècle on avait à peu près réussi à oublier les enseignements de la Révolution française. La Révolution russe nous les remémore en les complétant vigoureusement. Qu’est-ce donc qu’une révolution et quelle loi nouvelle nous apporte-t-elle ?

D’abord ce n’est pas, ce n’est jamais la fête épique que des historiens, plus poètes qu’historiens, nous avaient promise. C’est une tempête où nul n’est épargné, qui déracine les plus forts, où triomphe l’imprévu. Du point de vue de ceux qui la font, c’est une rude et dangereuse besogne, parfois une sale besogne, à laquelle il faut se mettre botté jusqu’aux genoux, les manches retroussées, sans craindre les haut-le-cœur. Il s’agit de nettoyer la terre de la pourriture du vieux monde. Il faudra remuer la boue à pleines pelletées : et dans cette boue il y aura beaucoup de sang. Tout le fond d’égoïsme, de servilité, de lâcheté, d’imbécillité de la bête humaine va se trouver à nu, à certaines heures. Et nulle gloire de sacrifice, nulle beauté de victoire, nul idéalisme stoïque, au cœur des meilleurs, ne pourra effacer dans les yeux des témoins cet étalage des indigences de la vieille humanité.

La révolution est implacable. Implacable par les privations et les épreuves qu’elle impose à tous, c’est-à-dire en premier lieu aux plus faibles. La première conséquence inévitable de la guerre civile, c’est toujours la désorganisation de la production. La main-d’oeuvre détournée des labeurs paisibles se dépense sur les champs de bataille. Dans les ateliers, les chan­tiers, les usines, où l’ancienne discipline du travail salarié n’est plus, où la mentalité nouvelle n’est pas encore, un profond désarroi moral doit sévir. A cela s’ajoutent la désorganisation du transport, les méfaits de la spéculation, les excès des pêcheurs en eau trouble. Implacable envers les vaincus qui sont de deux sortes : défenseurs de l’ancien régime que seule la Terreur peut abattre définitivement – et révolutionnaires égarés, incer­tains et sentimentaux. Ceux-ci, par étroit esprit de parti bien souvent, par incapacité de se plier aux nécessités effrayantes de l’heure, par scrupules moraux devant telles exigences impérieuses de la lutte, se voient parfois rejetés hors de l’action, heureux encore quand le sort ironique ne les transforme pas, libérateurs d’hier, en contre-révolutionnaires d’aujourd’ hui.

Cette notion de la révolution-réalité, dur et implacable labeur, opposée à la révolution-légende, est, pour le militant, la première et l’une des plus importantes acquisitions psychologiques des années qui viennent de s’écouler. C’est telle qu’elle est, avec toutes ses conséquences redouta­bles, avec tous les risques qu’elle comporte et les sacrifices qu’elle impose qu’il faut vouloir la révolution parce qu’elle est inévitable et nécessaire ; parce qu’elle est la condition du développement ultérieur de l’humanité – de la grande renaissance des hommes.

L’acquis théorique des expériences révolutionnaires contemporaines nous impose plusieurs autres notions :

1) Celle de la dictature du prolétariat. – Qui dit révolution dit vio­lence. Toute violence est dictatoriale. Toute violence impose une volonté en brisant les résistances. Puisqu’il s’agit d’exproprier la classe possé­dante, la violence révolutionnaire qui doit remplir cette tâche ne peut être que celle de la classe non possédante, c’est-à-dire de la minorité la plus avancée du prolétariat.

Grandi et trempé dans les creusets révolutionnaires des grands centres industriels, aguerri par de persévérantes luttes économiques, victime des crises et du chômage, témoin de l’iniquité qui fait voisiner dans les mêmes cités les palais des oisifs et les taudis des travailleurs, le proléta­riat, dont l’élite a pris nettement conscience de ses tâches et de ses devoirs est bien, par antinomie au paysan conservateur, borné, étroite­ment intéressé, souvent religieux, la classe révolutionnaire – et partant celle dont la violence seule peut provoquer le dénouement de la guerre sociale

J’avoue ne pas concevoir que l’on puisse être révolutionnaire (autre­ment que d’une façon purement individualiste) sans reconnaître la néces­sité de la dictature du prolétariat.

Il n’y a jamais eu, dans l’histoire, de révolution sans dictature révolutionnaire. Jamais. L’Angleterre de Cromwell avait la dictature des Têtes rondes. La France de 1789-1793 eut celle de la Commune de Paris, puis celle des jacobins. Du jour où les militants ouvriers de toutes les tendances entraînant les masses auront jeté bas le pouvoir de la bourgeoisie, il faudra bien, fussent-ils tous libertaires, qu’ils organisent sur-le-champ le ravitaillement des grandes villes, la défense intérieure et extérieure contre la contre-révolution, bref, tous les rouages compliqués de la société moderne. Et ils ne pourront compter ni sur la conscience, ni sur la bonne volonté, ni sur la volonté de tous ceux auxquels ils auront affaire : car les masses qui les suivront ou les entoureront seront perverties par l’ancien régime, relativement incultes, souvent inconscientes, tiraillées par les sentiments et les instincts du passé.

Sous peine de mort, c’est-à-dire sous peine d’être immédiatement mis à mort par la victoire d’une dictature réactionnaire, il faudra que les révolutionnaires assument immédiatement la dictature.

2) Celle des Soviets ou Conseils d’ouvriers. – Le mot d’ailleurs importe peu. Les Soviets en Russie se sont formés spontanément pendant les premiers jours de la révolution de février-mars. Ailleurs ils se formeront peut-être autrement. Mais il n’en demeure pas moins vrai que, dès les premières heures de la guerre sociale, les conseils librement formés par les représentants des travailleurs révolutionnaires auront seuls l’autorité morale et matérielle nécessaire pour diriger la production et prendre la responsabilité de l’action.

Ceci est d’autant plus vrai que la révolution ne peut que se faire contre le parlement bourgeois, auquel on ne peut pratiquement opposer que le principe des Conseils ouvriers où n’entrent que les représentants d’une classe.

3) Celle de la Terreur. Il n’y a jamais eu de révolution sans terreur. Dans les deux grandes expériences que nous connaissons. nous pouvons voir naître et croître les causes mêmes qui rendent la terreur nécessaire. Dans la France de 1791-1792, c’est la conspiration incessante des nobles, des prêtres, des spéculateurs et des fourbes de l’intérieur : c’est la Vendée, ce sont les révoltes de Lyon, de Toulon, de Marseille, de Mende ; ce sont les émigrés organisant à Coblence et à Londres l’intervention étrangère : ce sont les armées des monarchies coalisées franchissant les frontières de la jeune République. Ces causes déterminent un état d’esprit panique chez les uns, résolu, impitoyable, exaspéré chez les autres. Et l’on jette à l’Europe la tête d’un roi, l’on dresse la guillotine sur la place de la Révolution, l’on arrête par milliers les suspects, l’on fait les journées atroces de septembre… Nul n’avait voulu cet enchaînement de causes et d’effets : nul n’aurait pu s’y soustraire.

En 1917-1919, en Russie rouge, les mêmes causes – la similitude est absolue – ne peuvent pas ne pas produire les mêmes effets. C’est qu’il s’agit sans doute d’une loi générale du développement des révolutions. Qu’on se rappelle les circonstances, la Russie révolutionnaire a reculé devant la nécessité de verser le sang tant qu’il a été possible de reculer. Mais quand la conspiration incessante à l’intérieur se traduisit par la révolte de Iaroslav, par l’assassinat d’Ouritski à Petrograd, par l’attentat contre Lénine à Moscou, quand l’Oural occupé par les Tchécoslovaques qui marchaient sur la Volga devint une Vendée, quand les émigrés de la contre-révolution russe se mirent à organiser à Paris et à Londres l’inter­vention année, tandis que leurs bandes dévastaient le Don ; quand la Fin­lande blanche eut assassiné onze mille communistes vaincus, il fallut recourir à la terreur rouge.

Il le fallut, sous peine de mort. Car une faiblesse eût peut-être amené la défaite. Et la défaite c’était la terreur blanche, cent fois plus atroce que la terreur rouge. En deux semaines, les Versaillais ont fait à Paris, en 1871, trois fois plus de victimes que la terreur rouge n’en a fait dans l’im­mense Russie en trois ans de révolution. En Finlande, en Bavière, en Hongrie, la réaction vient de montrer qu’elle ne s’arrête, elle, devant rien.

4) Celle de l’inéluctabilité de la guerre de défense révolutionnaire. – Les différences de mœurs, d’évolution économique, de situation finan­cière, etc., rendent peu probable une révolution tout à fait simultanée dans plusieurs grands pays voisins. La révolution qui éclate et vainc dans un pays se trouve donc immédiatement en présence d’une coalition qui groupe tous les États voisins où l’ancien régime se maintient. De même que l’Europe des nobles et des monarques s’était liguée contre la Républi­que française, l’Europe capitaliste (à laquelle, progrès sensible, les États-Unis et le Japon se sont joints) s’est coalisée contre la Russie des Soviets communistes. M. Clemenceau a su reprendre avec brio le rôle de Pitt.

A cette nécessité de défense révolutionnaire, il faut répondre, comme à celle de la terreur et de la dictature, sous peine de mort. Car c’est le sérieux des révolutions que les demi-mesures et les demi-défaites n’y sont pas possibles, et que vaincre y signifie vivre ; être vaincu, périr.

5) Celle de la nécessité de puissantes organisations révolutionnaires. – C’est grâce à l’organisation remarquable des clubs jacobins que la France révolutionnaire résista victorieusement aux monarques coalisés. Comme en Russie, pour le parti communiste, les nécessités de la révolu­tion avaient fait surgir, à Paris et dans les départements, des clubs, qui, avec une organisation plus parfaite, eussent sans doute pu tenir en échec la réaction militaire et bourgeoise. Au reste, prétendre vaincre l’État capi­taliste sans des organisations de combat, souples et fortes, sans tout un appareil de lutte – presse, action économique, action illégale, terrorisme, etc. – serait plus que naïf. L’énergie révolutionnaire, multiple et variée par sa nature, doit être dans la bataille organisée, concentrée, cohérente, consciente.

5. Les anarchistes et l’expérience de la Révolution

Tels sont. me semble-t-il, dans l’ensemble, les enseignements de la Révolution russe. Tels sont les problèmes que les anarchistes se doivent d’envisager avec une pleine liberté d’esprit. Ou bien dans les événements qui se déroulent, ils ne joueront en tant qu’anarchistes aucun rôle appréciable ; et ce sera de leur part un piètre renoncement.

Question importante. Car elle n’intéresse pas que ceux qui s’intitulent « anarchistes ». Elle intéresse tous les révolutionnaires épris de liberté, imbus de l’esprit de libre critique et de libre recherche qui est la caractéristique même de la psychologie anarchiste : tous ceux qui ne sont pas dogmatiques, tous ceux qui croient à la nécessité d’avoir une conviction personnelle, de se conformer dans la lutte à sa conscience et de ne se fier qu’à elle ; tous ceux qui pensent que le but final de tout effort révolutionnaire ne peut être que la réalisation d’une société de libres travailleurs où l’individualité humaine pourrait enfin se développer pleinement… Car ceux qui pensent et sentent confusément ainsi sont, quelle que soit l’appellation qu’ils adoptent, des anarchistes qui s’ignorent.

Eh bien ! il me semble que nous devons, nous, anarchistes, accepter ou répudier en bloc toutes les conditions nécessaires de la révolution sociale : dictature du prolétariat, principe des soviets, terrorisme, défense de la révolution, fortes organisations.

De ce bloc on ne peut rien ôter sans que tout s’écroule. La révolution est telle. C’est le fait. Elle n’est pas ce qu’on la rêvait, ni ce que nous voudrions qu’elle fût. La voici. Êtes-vous contre elle – ou avec elle ? Ainsi se pose brutalement la question.

Pour ceux qui ne se fient qu’à l’œuvre d’éducation, à l’évolution des masses, et qui s’imaginent que cette éducation, cette évolution est possible en régime capitaliste dans un sens libertaire, la question est tranchée. Ils n’ont rien à attendre de la violence, ils sont contre la révolution. C’est-à-dire qu’elle les emportera malgré eux – sans qu’ils veuillent la comprendre. Je sais pourtant qu’on peut défendre cette opinion. Mais l’erreur sur laquelle elle repose me paraît trop évidente pour qu’il soit besoin de s’attarder à sa réfutation, et cet abstentionnisme en présence des plus grands événements de l’histoire ne séduira jamais ni les masses, ni les individualités énergiques.

Donc, bon gré mal gré, les anarchistes seront pour la plupart avec la révolution. Ils seront même partout, comme ils le furent en Russie, les premiers au danger. Mais une chose est de se battre, une autre de penser, d’exercer une influence, d’éclairer les esprits. A cette dernière tâche ils feront défaut s’ils n’acceptent pas consciemment, sans renoncer à leur idéalisme propre, toutes les nécessités de la révolution.

Préconisant depuis de longues années la guerre des classes, l’action directe. le recours à la violence, les anarchistes n’ont aucune raison logique de repousser la dictature du prolétariat, expression décisive de la lutte des classes, de l’action directe, du recours à la violence ; il leur appartient au contraire, de la vivifier en la pénétrant de leur esprit, d’em­pêcher qu’on n’abuse des mots au détriment de la chose, d’affirmer, par exemple qu’il ne peut y avoir de dictature prolétarienne sans le contrôle effectif et permanent des masses, sur les institutions et sur les hommes. Les communistes, tous, le savent sans doute ; mais leur esprit de disci­pline et leur habitude de la centralisation rendent ceux d’entre eux qui ne sont pas libertaires moins aptes à préconiser, voire à appliquer ce contrôle.

Au principe soviétiste, je ne vois pas que l’on puisse, du point de vue anarchiste le plus intransigeant, faire des objections majeures. Il réalise bien le minimum de délégation de pouvoirs, le membre du Soviet conti­nuant à demeurer parmi ses camarades de travail, n’étant élu que pour une période très courte et pouvant d’ailleurs se voir retirer à tout moment son mandat. Et les Soviets, en définitive, seront ce que vous les ferez, cama­rades !

Nombre d’anarchistes russes ont sévèrement blâmé la terreur que, per­sonne, du reste, n’acceptait de gaieté de cœur… Il n’en demeure pas moins vrai qu’ils ont souvent eu recours au terrorisme individuel. Peut-on accep­ter le terrorisme individuel en temps de relative (très relative, il est vrai) paix sociale et répudier, en temps de guerre civile, le terrorisme des masses ? Peut-on, quelle que soit notre répugnance à y recourir, en éviter l’organisation, et la systématisation ? Certes, non.

Posons maintenant la question de la défense révolutionnaire. Partout, les anarchistes russes, très divisés à cet égard, en théorie, l’ont pratique­ment résolue en prenant les armes, dans les gardes rouges d’abord, dans l’Armée rouge ensuite. En formant des bandes de partisans, ils se sont battus contre Denikine ; ils ont contribué à la défense de Petrograd contre Youdenitch ; ils ont versé leur sang sur tous les fronts de la République des Soviets. En théorie pourtant, la plupart d’entre eux n’admettent que la guerre des partisans ou l’armée volontaire. Position équivoque. Qui se bat veut vaincre. Peut-on vaincre les armées de l’impérialisme moderne avec des bandes de partisans armés, de volontaires ? A priori, on peut répondre par la négative. L’expérience, du reste, est concluante. Les nécessités de la lutte ont successivement – et victorieusement – trans­formé les gardes rouges en armée de volontaires puis en Armée rouge, fondée sur le principe du service obligatoire. Les bandes anarchistes de Makhno n’ont pu que tenir en Ukraine pendant toutes les invasions qu’elles n’avaient pu empêcher, et ce n’a pas été sans avoir recours, elles aussi, à la contrainte, pour recruter des combattants.

La question d’organisation révolutionnaire est probablement celle qui offrirait aux anarchistes le plus de bonnes raisons de se différencier. Cen­tralisation ou fédéralisme ? Comment assurer la cohésion dans l’action, la méthode, l’ensemble en vue d’un but parfois fois assez éloigné, et stimuler à la fois I’initiative des groupes et des individus, et se prémunir contre la bureaucratie, contre les pontificats, contre la manie dictatoriale des comités, contre l’arrivisme ? Comment créer une discipline qui ne soit pas passivité ? Autant de questions que nul n’a encore résolues. Elles se rattachent au surplus à d’importantes questions de tactique et de principe. La formule bolchevik : « Un parti fortement centralisé » prête à bien des critiques. Mais si l’on n’y voit que l’expression d’un fait inévitable et nécessaire, lui aussi, dans le cours de la révolution, toutes les objections faites à la théorie paraîtront désormais très vaines… Et c’est le cas. J’y reviendrai donc un instant.

6. Attitude des anarchistes russes

Quelle a été devant ces faits l’attitude des anarchistes russes ?

Elle varie, selon les tendances, d’un extrême à l’autre.

II y a eu en Russie des anarchistes, ennemis mortels du parti bolchevik – loyaux à son égard (avec pourtant une pointe d’hostilité) ou alliés souvent au point d’adhérer au parti.

Pendant la lutte contre le régime finissant de Kerenski, anarchistes et bolcheviks poursuivirent fraternellement une action parallèle. Les anarchistes participèrent également aux émeutes de juillet et aux batailles décisives d’octobre. Après octobre et pendant assez longtemps ils gardèrent dans les grandes villes une autonomie redoutable : ils constituèrent en somme, au sein de la grande république en formation, une république armée, mal organisée mais très turbulente. A Petrograd et à Moscou, ils eurent, dans les palais dont ils s’étaient emparés, des quartiers généraux et de véritables forteresses hérissées de mitrailleuses. Leurs états-majors perquisitionnaient, arrêtaient, réquisitionnaient sans contrôle et sans qu’il fût possible de bien discerner où finissait l’acte révolutionnaire, où commençait le banditisme : de même que l’absence d’une organisation formelle empêchait de distinguer l’anarchiste du pêcheur en eau trouble qui jugeait opportun de se qualifier tel. La Presse anarchiste était à ce moment puissante. Elle avait ses quotidiens à Petrograd à Moscou (Bourevestnik et Anarkhia) et ailleurs, comme à Cronstadt, où les anarchistes dirigèrent pendant un certain temps le soviet dont l’organe fut véritablement leur organe. Malgré les fautes nombreuses, malgré l’absence d’un programme précis – chose terrible à l’heure où l’action s’impose et se définit chaque jour -, ils rencontrèrent dans la population ouvrière une immense sympathie. Ils n’en surent pas tirer parti pour fonder un mouvement sérieux dont le commencement eût dû être l’élaboration d’un programme pratique. Et leur vaste agitation s’éteignit faute d’une idéologie nette, faute d’organisation, et par suite des excès qui avaient indisposé contre les « Noirs » une grande partie de la population. Cela finit par un conflit armé avec les bolcheviks, qui recoururent à la force pour procéder au désarmement des citadelles anarchistes.

C’est là, pour tous ceux qui savent quels trésors d’énergie recèle le mouvement anarchiste, une page bien amère dans l’histoire de la Révolu­tion russe. Mais je ne puis m’empêcher de me demander si l’existence clans les capitales d’une révolution assaillie par deux impérialismes, d’une force armée qui n’était soumise à aucun contrôle, à aucune disci­pline même morale, qui n’obéissait qu’à ses propres impulsions et à laquelle venaient infailliblement s’agréger des éléments douteux à tous égards, n’eût pas, en se prolongeant, constitué pour la révolution même le pire danger. En pareil cas, les anarchistes mêmes eussent dû désarmer – et s’il le fallait, par la force – d’autres anarchistes menaçant de la sorte leur œuvre et leur vie.

Ce conflit porta un coup très grave au mouvement. II le discrédita, lui coupa les ressources et creusa un fossé entre le grand nombre des anar­chistes et le parti communiste. Depuis, le mouvement n’a fait que végéter, excepté en Ukraine où son expérience a été à la fois épique et navrante4.

A l’heure actuelle, il n’a ni presse ni organisation, bien qu’il y ait dans presque toutes les villes et toutes les unités militaires des militants anar­chistes. Les divergences de vues entre eux et l’absence d’un programme d’action pratique, plus que toutes les autres causes politiques, les rejettent en dehors de l’action. Car, où ils sont contre le parti communiste, ce qui les rapproche des contre-révolutionnaires et les réduit comme eux à l’im­puissance ou ils sont avec lui, et alors, n’ayant pas de solutions propres à proposer, force leur est de se mettre à sa remorque ou d’y entrer. On peut pourtant distinguer parmi eux trois tendances :

1) Les « anarchistes clandestins » ou « souterrains », ennemis mortels de la dictature communiste à laquelle ils reprochent ses abus, les excès d’autorité de ses agents, sa centralisation et les misères subies par la popu­lation du fait de la révolution. Ils ont préconisé la lutte à main armée contre le pouvoir des Soviets, et commis, en réponse d’ailleurs aux mesures de répression prises en Ukraine, l’attentat du 25 septembre 1919, contre le Comité central du Parti communiste de Moscou, attentat qui fit trente-six victimes dont dix morts et suscita parmi l’immense majorité des anarchistes une réprobation unanime. L’organisation qui l’avait commis semble bien avoir péri tout entière dans la lutte qu’elle soutint ensuite contre la Commission extraordinaire de répression.

2) Ceux que j’appellerai le Centre parce qu’ils occupent une position intermédiaire entre les anarchistes anticommunistes et communistes (au sens bolchevik du mot). C’est la très grande majorité. La dictature, l’absence de liberté, les excès de toutes sortes les choquent souvent et souvent les aigrissent. En théorie, ils reprochent au parti communiste ses procédés d’autorité, ses principes de centralisation absolue, son étatisme, son intolérance. A première vue, leurs critiques sont très fortes ; mais sitôt qu’on les approfondit, elles apparaissent vaines, n’étant pas complétées par l’indication des remèdes.

La déclaration de principe de l’Union des anarchistes de Moscou (déc. 1919) contient par exemple ces simples lignes, pour tout programme politique : « En politique »,

Nous luttons pour l’émancipation totale de l’homme. non pour le remplacement de la domination d’une classe par une autre, mais pour détruire toute autorité, tout droit coercitif, toute législation basée sur la contrainte ; nous les voulons remplacer par l’ordre spontané qui se fonde sur les contrats librement consentis.
L’État actuel régi par une classe – association forcée des individus et des groupements – doit être remplacé par la libre association des individualités. Nous luttons pour l’anéantissement des frontières et des limites d’Etat. Nous proclamons : « La Terre entière à tous les hommes et à tous les peuples ! »

Voilà certes une belle déclaration et qui résume très clairement l’idéal de tous les communistes (y compris ceux qui ne se sont jamais appelés autrement que bolcheviks). Mais comment atteindre à cet idéal, comment se mettre à l’œuvre tout de suite, en 1920, en présence des événements actuels ? Se borner ainsi à l’évoquer, c’est baser la propagande sur l’utopisme. Je suis bien forcé de convenir que Boukharine a fait mieux – avec moins de poésie – dans son ABC du communisme, où il esquisse la théorie du dépérissement de l’État et de toute autorité par le fonctionnement normal des institutions économiques communistes.

Cette position critique et utopiste, rendue très faible du fait que ceux qui la défendent ne préconisent maintenant aucune action pratique. celle de la Fédération de la jeunesse anarchiste, de l’Union de Moscou et de la plupart des petits groupes.

La Confédération anarchiste ukrainienne du Nabat (c’est-à-dire « Tocsin ») se situe aussi au centre, avec plus d’esprit pratique et une théorie beaucoup plus forte, due à un militant de grande valeur, Voline (Eichenbaum). Nombre de camarades du Nabat admettent la dictature du travail, nient la nécessité d’une période de transition définie entre le capitalisme et le communisme. La révolution ne peut pas s’arrêter ; elle doit continuer jusqu’à l’établissement du communisme intégral qui ne peut être que libertaire. Tout essai de fonder un « État communiste » intermédiaire entre l’ancien régime et la société nouvelle est à leurs yeux nuisible. La révolution doit être mondiale. Les forces créatrice des masses y jouent le rôle essentiel. Tout vient des masses auxquelles il suffit d’adres­ser un constant appel. Les masses s’organisent elles-mêmes en soviets locaux qui se fédèrent spontanément et forment des milices ou plus exac­tement des groupes d’insurgés (je traduis ainsi le mot russe povstantsi) susceptibles de se transformer en armée de volontaires. C’est dire que le Nabat est irréductiblement hostile à toute centralisation par en haut et au service militaire imposé par une autorité centrale. Cette idéologie a rencontré en Ukraine un grand succès. Si elle ne s’était heurtée au communisme marxiste des Grands-Russiens, il semble bien, d’après des témoins bien informés, qu’elle aurait pu donner des résultats positifs, c’est-à-dire une orientation originale, à la révolution sociale en Ukraine. La confédération du Nabat jouit encore dans la Russie entière, parmi les anarchistes, d’un certain prestige dû aux aspects épiques de la lutte en Ukraine. À la vérité, elle n’a cependant qu’une signification et une valeur locales.

3) Les anarchistes « soviétistes », qui se croient un devoir de travailler à l’heure actuelle avec le parti communiste bolchevik, voire s’y rallier complètement. Nombreux sont, en effet, les camarades qui y sont entrés, pensant que l’heure n’était pas aux réserves philosophiques et que son programme était le seul applicable, le seul pratique pour assurer les conquêtes de la révolution d’Octobre. Sans adhérer au Parti, les camara­des du groupe anarchiste-syndicaliste « Goloss Trouda » (Moscou et Petrograd) se sont pratiquement solidarisés avec lui, jusqu’à approuver la militarisation du travail (Grossman-Rotschin, fin 1919).

Ils admettent, en termes assez confus il est vrai, la dictature révolution­naire en période de transition, mais non d’un parti politique.

En même temps que ce groupe, il convient de nommer celui des anar­chistes-universalistes, récemment fondé à Moscou, qui, en période révo­lutionnaire, acceptent la centralisation avec toutes les conséquences. « Sur toutes les questions de tactique, me disait en 1920 un de ses mili­tants, nous sommes d’accord avec les bolcheviks5. »

En résumé, la nullité de l’influence anarchiste, malgré le rôle joué par les militants dans toutes les batailles révolutionnaires, est frappante, en Russie si l’on en excepte l’Ukraine. Cela tient, à mon avis, aux causes suivantes :

D’abord à ce que le bolchevisme, dans ses premières phases tout au moins — de destruction et de combat -, travaille pour l’anarchie future dont il s’est assimilé les principes actuellement applicables ; ensuite, à ce que le bolchevisme n’est dans une large mesure autre chose que le résultat (et inévitable) de l’action des lois qui président au développement de toute révolution (et qu’il ne laisse, par conséquent, pas place à d’autres méthodes) ; enfin, dans une mesure bien moindre, à l’esprit traditionaliste des anarchistes qui n’ont pas su envisager pratiquement les événements. En Russie même, la plupart d’entre eux n’ont pas encore pris nettement position en présence de la dictature du prolétariat.

7. La centralisation et le jacobinisme

Ainsi la révolution se développe en vertu de lois rigoureuses dont nous n’avons pas à discuter les conséquences. Nous avons à y obvier, à les modifier selon nos forces, et notre critique peut utilement s’exercer dans ce sens. Mais elle ne doit pas nous faire perdre de vue que nous sommes souvent en présence de nécessités inéluctables, – qu’il s’agit de la logique interne de toute révolution et qu’il serait, partant, absurde d’imputer tels ou tels faits – souvent déplorables – à la volonté d’un groupe d’hommes, à une doctrine, à un parti. Bien plus qu’elle n’est façonnée par les hommes, les doctrines et les partis, la révolution les façonne. Elle donne l’apparence d’une supériorité sur les événements qu’à ceux qui plient à ses nécessités ; les autres, elle les écarte ou les brise. C’est sans doute pourquoi les anarchistes, inhabiles à s’adapter aux circonstances nouvelles, ont le plus souvent été emportés par la tourmente – et sacrifiés ; alors que réalistes plus avisés, les marxistes se conformaient courageusement aux nécessités de l’heure. Et leur immense mérite, ce faisant, ç’a été de ne jamais perdre de vue le but.

Suppression des libertés dites démocratiques ; dictature appuyée au besoin par la Terreur ; création d’une armée ; centralisation pour la guerre, de l’industrie, du ravitaillement, de l’administration (d’où étatisme et bureaucratie) ; enfin, dictature d’un parti… Il n’est, dans ce redoutable enchaînement de nécessités, pas un anneau que l’on puisse ôter, pas un anneau qui ne soit rigoureusement conditionné par celui qui le précède et qui ne conditionne celui qui le suit.

En 1917-1920, telles sont en Russie, comme en 1789-1797 en France, les suites de la lutte à outrance d’une minorité révolutionnaire contre une minorité réactionnaire, – de la désagrégation de la vieille société, – de la crise de l’industrie, de la disette, de la rupture des ressorts moraux qui contenaient les égoïsmes individuels, du heurt des exaltations et des fanatismes, – bref de la guerre des classes, intérieure et extérieure, tranformant tout un pays en camp retranché où, finalement, il n’est plus de loi que la loi martiale.

Dans un article intitulé « La critique anarchiste et les nécessités de révolution », j’examine assez longuement les principaux aspects de la question. Ne croyant pas indispensable de développer davantage une argumentation dont les traits essentiels sont déjà suffisamment indiqués, je me bornerai à quelques observations sur la centralisation et l’action du parti communiste.

La tradition anarchiste est, avec raison, décentralisatrice. Elle combat la centralisation au nom de l’initiative individuelle. Elle lui oppose le fédéralisme. Bien. Mais pouvons-nous nous en tenir aujourd’hui aux tra­ditions de la fédération jurassienne ? Ne faut-il pas plutôt distinguer, approfondir, préciser ? Si – et ce n’est peut-être pas très difficile. La centralisation nocive, celle qui tue les initiatives, c’est la centralisation autoritaire. Car il va de soi que même dans la société communiste la plus libertaire, certaines industries tout au moins (soit dit à titre d’exemple) devront être gérées sur un plan unique, d’après des vues d’ensemble, des statistiques exactes, etc. Il est même beaucoup plus exact de dire que l’in­dustrie tout entière devra avoir, au-dessus des millions de cerveaux qui la feront vivre, un cerveau. Mais la fonction de ce centre sera de diriger par la science non par l’autorité ; il s’imposera parce qu’il sera le résultat bienfaisant des efforts de tous les organismes de la production et non parce qu’on le craindra : il stimulera, éclairera, coordonnera, utilisera les libres initiatives des groupes autonomes et des individus qu’il ne préten­dra pas régenter par la coercition. – Bref, ce qu’il y a de nocif dans le principe de la centralisation tel qu’on le comprend aujourd’hui, c’est l’es­prit d’autorité. Cet esprit écarté, il ne reste plus que la coordination. L’avenir éliminera sans doute, non sans de grandes luttes, l’esprit d’auto­rité, dernier vestige de l’esprit d’exploitation. Pour y tendre, dans les périodes révolutionnaires, les anarchistes ne peuvent plus nier la nécessité d’une certaine centralisation et ont cependant leur mot à dire, un mot que seuls ils peuvent dire. Et c’est :

Centralisation, soit. Mais pas autoritaire. A cette dernière nous pouvons avoir recours par nécessité, jamais par principe. – La seule forme d’organisation révolutionnaire c’est : libre association, fédération, coordination. Elle n’exclut pas la centralisation des compétences et des renseignements : elle n’exclut que celle des pouvoirs, c’est-à-dire de l’ar­bitraire, de la coercition, des abus. Elle doit émaner des masses et non descendre vers les masses pour les gouverner.

A cet égard, il faut espérer que dans des pays plus cultivés, où les masses ont davantage l’habitude de l’organisation et de la self-discipline, les expériences amères de la Russie ne seront pas répétées. La dictature du prolétariat a dû appliquer en Russie une centralisation autoritaire de plus en plus complète. On peut, on doit le déplorer. Je ne crois malheureu­sement pas qu’on eût pu l’éviter. Le manque d’organisation, l’inculture générale du peuple russe, le petit nombre d’hommes, le grand nombre des erreurs et des excès, l’immensité du danger contraignirent la révolution à monopoliser progressivement le pouvoir entre les mains de ses guides les plus éprouvés. Cette expérience, nous l’avons vue se poursuivre sous nos yeux. Les « pouvoirs autonomes locaux » commettaient tant de fautes – et quelquefois pis – que le passage de l’autorité à la capitale provoquait un soupir de soulagement.

A cette question se rattache de très près celle de l’organisation révolutionnaire avant et pendant la période des luttes décisives. Les considérations ci-dessus y trouvent leur application. Mais l’expérience historique et le raisonnement nous amènent ici à deux conclusions sur le jacobinisme inévitable. D’excellents révolutionnaires affirment que « la dictature prolétariat ne doit pas être celle d’un parti » et il est difficile de ne pas leur donner raison tout d’abord si l’on a en vue ce qui doit, c’est-à-dire ce qui devrait être… Peut-être, en d’autres conjonctures historiques. diverses tendances idéologiques du mouvement révolutionnaire réaliseront-elles un certain équilibre, infiniment souhaitable à coup sûr pour l’évolution ultérieure de la société nouvelle. Mais cela paraît douteux semble bien que par la force des choses un groupe soit contraint de s’imposer aux autres et de les dépasser, en les brisant au besoin, pour exercer ensuite une dictature exclusive. Telle est l’expérience des montagnards jacobins écrasant d’abord la Gironde et ensuite la Commune. Telle celle des bolcheviks, contraints de réduire tour à tour les mencheviks socialistes-révolutionnaires et les anarchistes. Toute autre organisation – fût-elle libertaire – en eût fait autant, à leur place. Car, à de pareils moments, l’opposition quelle qu’elle soit devient l’alliée de fait de la contre-révolution extérieure ; car l’intolérance est portée à son comble par le développement même de la psychologie révolutionnaire. Dans certains pays, les syndicats – et par conséquent la minorité syndicaliste révolutionnaire – semblent devoir jouer au cours des prochaines crises révolutionnaires un rôle tout à fait décisif. S’ils s’emparent quelque jour de la production, il faudra qu’ils brisent la résistance des éléments réformistes ; et il faudra que la minorité d’initiative, la minorité conscient qui en aura la direction s’organise pour exercer sur les syndicats même un contrôle moral, pour les épurer, pour y déjouer les intrigues : par exemple si la minorité en question est libertaire, force lui sera de combattre (par des moyens dont elle n’aura pas toujours le choix) les intrigues des autoritaires ! ! ! Les communistes russes ont reculé devant la nécessité d’accepter le pouvoir exclusif jusqu’au jour où la tentative des socialistes-révolutionnaires de gauche de prendre la dictature par la force (l’émeute de Moscou des 7-8 juillet 1918) les y obligea. Jusqu’à ce moment, les deux partis détenaient le pouvoir. Le 7 juillet 1918, les socialistes-révolutionnaires s’insurgèrent, s’emparèrent des postes et télégraphes pour faire savoir au pays qu’ils « gouvernaient seuls dorénavant » et tirèrent au canon sur le Kremlin, où résidaient les commissaires du peuple. Ils furent vaincus ; et ce furent les bolcheviks qui gouvernèrent seuls. Il est vraiment douteux que les partis et les groupements des autres pays puissent en de pareilles circonstances résister davantage à la tentation de diriger seuls les événements et se conduire avec plus de modération. Car quel est celui qui n’est capable de tout risquer pour réaliser entièrement son idéal ? La formation d’un parti jacobin et l’exclusivisme de la dictature ne paraissent donc pas inévitables ; et tout dépend désormais des idées qui l’inspirent, des hommes qui appliquent ces idées, et de la réalité du contrôle des masses…

La logique impitoyable de l’histoire semble jusqu’à présent ne laisser que bien peu de possibilités à l’esprit libertaire dans les révolutions. C’est que la liberté humaine, qui est le fruit de la culture, de l’élévation des consciences, du bien-être, ne se fonde pas par la violence : la révolution est précisément indispensable pour conquérir – de haute lutte – sur le vieux monde d’oppression et d’exploitation la possibilité d’une évolution pacifique – espérons-le – , qui nous conduira à l’ordre spontané, à la libre association des libres travailleurs, à l’anarchie.

Il n’en est que plus important, à travers toutes ces luttes, de conserver l’esprit libertaire. Au reste, de grands espoirs sont permis. Les pays qui entreront maintenant les premiers dans la voie de la révolution n’auront plus à à redouter les si longues épreuves de la Révolution russe, l’assaut, pendant des années, de deux impérialismes, le blocus et toutes ses miséres ; ils auront dès la première heure une puissante alliée en la Révolution russe qui a fait pour eux tous les premiers pas, les plus difficiles…

8) La Révolution est un sacrifice à l’avenir

Voilà bien des « dures vérités ». Mais telle est la réalité des révolutions. Il est vraiment trop facile de se qualifier révolutionnaire sans prendre la peine d’étudier l’expérience historique vieille de plus d’un siècle. Aux yeux de l’anarchiste surtout, le spectacle des révolutions n’a désormais rien d’idyllique.

A tout ce qu’il y a de terrible dans ces mots : guerre civile, dictature, intolérance, terreur, que l’on ajoute le déchaînement des instincts antiso­ciaux, l’arrêt presque total de la production scientifique et artistique, la régression apparente des mœurs, les abus de toutes sortes ; que l’on songe aux victimes, aux victimes impossibles à dénombrer…

Mais d’autres l’ont dit avant nous : plus la tempête sera violente et plus elle sera brève. Combien fait-elle de victimes, la paix sociale du régime capitaliste ? Par la misère, par les maladies sociales (tuberculose, syphilis, alcoolisme, criminalité, prostitution), par les crises économiques et morales, combien de vies sacrifie-t-elle (insensiblement – parce que nous sommes tellement habitués à vivre dans son atmosphère empoisonnée) tous les jours à la domination des riches ! Et les guerres, conséquences inévitables du régime capitaliste, combien de victimes font-elles ? Telles journées de la ggrande tuerie d’hier ont peut-être coûté plus de vies à l’humanité que trois années de révolution dans un pays peuplé de 140 millions d’âmes.

Toute révolution est un sacrifice du présent à l’avenir. Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de l’humanité. Nécessité par l’évolution économique et psychologique antécédente, ce sacrifice conditionne le progrès futur. Et il serait rigoureusement exact de dire qu’il n’ajoute pas au nombre des y victimes de ce qu’on appelle l’ordre, de ce qui est en réalité la domination hypocrite et violente à la fois des puissances conservatrices. Car nul de ceux qui tombent sur le chemin de la révolution – nul, sauf quelques privilégiés qui appartiennent à la classe dominante – n’eût été épargné par la misère, par la guerre, par les calamités du régime capitaliste.

9. Danger du socialisme d’État

De ce qui précède, une conclusion se dégage. La révolution nous amène irrésistiblement au socialisme (au capitalisme) d’État.

Anti-étatistes résolument, les communistes bolcheviks russes ont pourtant pris leur parti de cette situation. Ils fondent un État. Ils ont une armée, une police, une justice, une diplomatie, des ambassadeurs. Et ils étudient le procédé le plus sûr pour détruire l’État. Le plan communiste en prévoit ledépérissement rapide. Cette claire conscience du but, conservée à travers les adaptations les plus variées aux divers aspects de la lutte, dénote une force etune volonté.

Mais elle fait poser la question la plus importante. L’État peut-il mourir de mort naturelle, remplacé par les libres associations de producteurs ? Lénine l’affirme (L’Etat et la Révolution) : Boukharine (L’ABC du communisme) s’efforce à le prouver en montrant comment le fonctionnement normal du régime des Soviets abolit peu à peu, en faisant appel à l’énergie des masses, le vieil appareil de contrainte qui s’appelle l’État. La réalisation intégrale du programme communiste bolchevik nous amènerait au communisme libertaire, à l’anarchie.

Le danger du communisme d’État – même conçu et réalisé avec un tel programme – c’est que l’État peut s’obstiner à durer. Si l’on s’en tient à la méthode historique, cela semble même probable. Jamais on n’a vu une autorité consentir à disparaître. L’État socialiste, devenu tout-puissant par la réunion du pouvoir politique et du pouvoir économique – servi par une bureaucratie qui ne manquera pas de s’attribuer des privilèges et de les défendre, ne disparaîtra pas de lui-même. Les intérêts groupés autour de lui seront trop grands. Les communistes mêmes auront peut-être besoin de recourir, pour le déraciner et le détruire, à une action profondément révolutionnaire, longue et difficile. Tout gouvernement révolutionnaire est, de par sa nature même, conservateur et par conséquent rétrograde. Le pouvoir exerce sur ceux qui le détiennent une influence néfaste, qui se traduit souvent par de déplorables déformations professionnelles.

Il attire invinciblement les profiteurs, les politiciens, les auto­ritaires de race (variété psychologique de l’exploiteur), les malins. Cette foule composée d’éléments essentiellement contre-révolutionnaires, écarte automatiquement du pouvoir les esprits libres, les caractères fiers et simples, les hommes que dégoûtent l’intrigue et l’arrivisme. On a pu observer cette gangrène du pouvoir en France sous le Directoire et sous le Consulat. Les militants russes savent combien il est difficile de la combattre.

Elle constitue en somme le grand danger intérieur de la révolution. Le communisme d’État, qui présente sur le chaos de la production capitaliste d’indiscutables avantages, risquerait ainsi de se cristalliser, si les communistes n’y veillaient. Or, parmi les communistes, quelques-uns par tempé­rament sont enclins à méconnaître le danger : d’autres se laissent séduire par les avantages du pouvoir ; ce sera le rôle des communistes libertaires de rappeler par leur critique et par leur action qu’il faut à tout prix empê­cher la cristallisation de l’État ouvrier…

L’important est que l’État communiste, au lendemain de la révolution, remplisse sa tâche, qui est d’assurer à l’ensemble des citoyens le maximum de bien-être et de loisir. En supprimant l’oisiveté et le parasi­tisme des riches, en réorganisant rationnellement la production et la répar­tition des produits – celle-ci sous un contrôle particulièrement sévère des masses -, il lui sera relativement facile d’arriver à ce résultat. Or, le bien-être et le loisir conditionnent la liberté et l’éducation libertaire. C’est ainsi que le communisme d’État, même s’il dévie de son orientation révo­lutionnaire et progressive, aura néanmoins réalisé les conditions nécessai­res à l’évolution ultérieure qui permettra de le détruire et d’instituer le communisme sans État, la libre association des producteurs.

10. L’Etat et la production

L’expérience de la révolution sociale en Russie nous amène donc, dans la vieille question, si débattue entre socialistes et anarchistes, de l’éta­tisme, à une double conclusion : nécessité de prendre d’abord en main l’Etat, formidable appareil de coercition, et nécessité ensuite de se défen­dre contre lui, de poursuivre avec acharnement, peut-être au prix d’une longue et pénible lutte, sa destruction.

Quatre années se sont déjà écoulées depuis la grande révolution des temps modernes. Il me semble possible de formuler aujourd’hui, au moins par approximation, une conclusion nouvelle sur le rôle et la mission de l’État, instrument de dictature révolutionnaire, en période de transition.

Ce serait une erreur d’imputer la formation en Russie de l’État ouvrier et paysan à la volonté consciente de jacobins marxistes – encore que les conceptions marxistes de la centralisation et l’esprit jacobin formé dans la lutte des partis n’y soient certes pas étrangers. Mais il me paraît tout à fait évident que toute autre tendance ou groupement révolutionnaire eût, dans la même conjoncture historique, agi à très peu de choses près de même que les bolcheviks russes. Formation de l’Armée rouge, passage du volontariat au service obligatoire, tribunaux, centralisation des administrations, autant d’expédients déplorables et inévitables pour faire la guerre contre l’ennemi extérieur et intérieur (ce dernier multiplié : car la faim, l’ignorance, l’erreur sont aussi des ennemis intérieurs), fût-on libertaire – à des armées modernes sans une armée moderne. La fonction crée l’organe : l’armée est le produit de la guerre. Discipline, commandement centralisé, voire unique sur divers fronts. centralisation de l’immense appareil de ravitaillement. de secours et de transports de l’arrière, – puis étatisation. militarisation des industries de guerre, c’est-à-dire dans la guerre moderne de presque toutes les industries, tout s’enchaîne et se nécessite rigoureusement dans cet ordre d’idées Par ailleurs, contre l’ennemi intérieur, l’appareil de contrôle, de coercition et de terreur, au faîte duquel se place toujours qu’on le veuille ou non le Tribunal révolutionnaire et l’exécuteur des basses œuvres de la justice de classe (la nôtre, révolutionnaire, n’est pas, après tout. plus belle que la leur !) – voici bien le double aspect de l’État révolutionnaire, instrument de domination d’une classe sur une autre retourné en l’occurrence contre la classe bourgeoise et pour la détruire en tant que classe.

En tout cela le rôle de l’Etat est bien net : tuer. Tuer l’ennemi extérieur : faire la guerre. – Tuer l’ennemi intérieur : réprimer, condamner, faire la terreur. L’État est une arme, un instrument de mort, une machine à tuer.

D’où son incapacité à régir la production. Pour tuer et obliger les hommes à se faire tuer, il faut la contrainte, la dureté, la violence qui broie les masses et les individus, la violence qui abolit les consciences. Pour produire – et surtout pour produire dans les grandes crises, dans les périodes de trouble moral, de privations et de dangers, il faut au contraire l’intérêt, l’initiative, le dévouement (ou tout au moins la bonne volonté), la discipline consentie du producteur. L’application des méthodes de contrainte à la production, les essais de militarisation du travail, en Russie (1919-1920) ont, je crois, suffisamment montré qu’on pouvait peut-être s’en servir comme d’un expédient dans les moments les plus difficiles, mais qu’elles ne peuvent en aucun ras contribuer au rétablissement durable de la production.

Un des malheurs de la Russie rouge, ç’a été précisément qu’elle n pas su éviter l’étatisation à peu près complète de la production. Le programme du parti communiste bolchevik prévoit la transmission de la production aux syndicats. Mais à l’époque de la révolution d’Octobre. il n avait guère de syndicalistes en Russie, et il n’y avait pas d’organisations de productcurs pour la production. Par la force des choses, l’État qui défendait par les armes la révolution dut mettre la main sur l’industrie, – non sans invoquer une foule de bonnes raisons. Toute une idéologie assez particulière devait découler de cette circonstance dont la production a grandement souffert. Aussi comprendra-t-on que la Russie communiste entière se soit, au cours de l’automne et de l’hiver de 1920, passionnée pour le débat sur le rôle des syndicats dans la production. Toutes les ten­dances et tous les chefs de la révolution s’accordaient du reste pour vouloir ce rôle essentiel : mais l’état embryonnaire des syndicats, le manque de militants dans un prolétariat complètement épuisé par la guerre civile et dont le parti a absorbé presque toutes les forces vives, ne permettaient pas d’apporter à la question une solution décisive…

La confusion entre la défense intérieure et extérieure de la révolution et l’organisation de la production, résultat de la subordination de l’appareil créateur (l’industrie) à l’appareil destructeur et meurtrier (l’État) me paraît aujourd’hui aussi grave dans le domaine des idées que dans celui des faits.

Elle n’est pas entièrement évitable. En période de révolution, il est à certaines heures beaucoup plus important de tuer que de produire. On produit à toutes les époques, pour vivre. Quand on fait une révolution, on cesse plus ou moins de produire pour se battre. Il est donc dans la logique même des faits que l’État révolutionnaire tende fortement à tout se subor­donner. L’idéal serait pourtant que l’organisme de la production arraché aux classes possédantes, pris en main par les producteurs, fût le seul centre de gravité et se subordonnât l’appareil de défense et le réduisît à obéir. Or, la réalité sera toujours un compromis entre l’idéal et le néces­saire.

Ailleurs qu’en Russie, dans des pays de formation industrielle déjà ancienne pourvus d’un prolétariat qualifié nombreux, puissamment orga­nisé et qui aura été préparé par de longues luttes industrielles à l’expro­priation des classes riches, les organisations de producteurs, les syndicats auront sans doute à jouer un rôle capital dans la révolution. S’ils ne l’exer­cent tout à fait, ils participeront en tout cas longuement à la dictature du prolétariat. La seule conclusion théorique que l’on doive, me semble-t-il, formuler dès aujourd’hui à cet égard, c’est qu’il faudra, sous peine de commettre les erreurs les plus douloureuses et les plus dangereuses, se faire une idée bien nette de la mission historique de l’État et ne pas confondre ces deux choses absolument différentes, bien qu’étroitement connexes à certains moments, la guerre et la production. Les producteurs peuvent faire la guerre et c’est là ce qui se produit dans la guerre sociale : les armées, les polices et les bureaucraties qu’elles entretiennent ne peuvent ni produire, ni bien faire produire.

Je me rends compte de l’insuffisance de cet aperçu, parmi bien d’au­tres. Quand on fera la somme des enseignements de la Révolution russe, on examinera longuement, j’en suis persuadé, le problème des rapports entre l’État et la production – et ce ne sera guère pour conclure en faveur de l’étatisation de la production. Le mot d’ordre révolutionnaire de l’avenir me paraît plutôt devoir être : la production aux producteurs, c’est-à dire aux syndicats.

Sous un autre aspect, d’ailleurs nous nous retrouverons même dans ce cas en présence de l’étatisme au sein des organisations de la production. Une CGT peut très bien, avec ses habitudes bureaucratiques et administratives, avec ses cadres de fonctionnaires et sa jurisprudence propre, devenir elle-même une sorte d’État véritable. Le problème est complexe Mais. même avec cette terrible déformation, une confédération industrielle serait plus qualifiée pour organiser la production que le mécanisme politique et militaire de la bourgeoisie, arraché à celle-ci et retourné contre elle.

11. Les grandes confirmations de l’anarchisme

Sitôt qu’il sera possible aux révolutionnaires de jeter un coup d’oeil sur le chemin parcouru et de dresser le bilan de l’action, certaines conclusions familières aux anarchistes s’imposeront désormais à tous les esprits critiques. D’ores et déjà il en est de très importantes qui paraissent bien hors de doute. Et c’est :

La nocivité redoutable de l’autorité.

La nocivité de l’étatisme et de la centralisation autoritaire.

(D’où des maux inévitables sans doute et nécessaires, en période de transformation sociale : des maux que nous devons apprendre à accepter dans une assez large mesure, mais qui n’en sont pas moins des maux, ce qu’il importe de ne pas oublier.)

On remarquera que c’est là, tout bonnement, la condamnation expérimentale des principes d’autorité, c’est-à-dire un des postulats essentiels de la philosophie anarchiste.

Il n’est pas pour le mouvement révolutionnaire d’épreuve plus grave que la prise du pouvoir. Dès le lendemain du jour où elle s’est effectuée, nul ne peut plus, parmi ceux qui voient les choses d’assez près, nier que l’exercice de l’autorité soit pour les partis, pour les groupes comme pour les individus, la pire cause de corruption économique et psychologique

Économique : la possession du pouvoir, étant un privilège, crée immédiatement de nombreuses catégories de privilégiés. Elle induit à sacrifier aux considérations politiques (celles de la conservation et de l’affermissement du pouvoir) les considérations économiques, ce qui peut entraîner les conséquences les plus fâcheuses.

Psychologique : l’autorité entraîne chez celui qui l’exerce une déformation professionnelle d’autant plus rapide et plus accentuée qu’il s’agit d’un caractère moins trempé, d’une mentalité moins cultivée, moins libertaire. Chez celui qui commande, elle suscite l’arrogance le dédain de personnalité d’autrui, et, en temps de guerre sociale, le mépris de la vie humaine en général, la brutalité ; chez celui qui obéit, à la servilité, l’hy­pocrisie, la ruse ou, dans le meilleur des cas – en somme ! – l’automa­tisme. L’autorité corrompt ainsi. J’ose dire que presque personne n’échappe à son action démoralisante. C’est pourquoi il me semble for­muler un axiome en disant que l’exercice de l’autorité est une des formes les plus pernicieuses de l’exploitation de l’homme par l’homme. Car celui qui accomplit la volonté d’autrui est exploité par autrui. – Or, en cette matière l’us est inséparable de l’abus. On ne sait où finit l’un, où commence l’autre Dans la pratique quotidienne d’une révolution, l’autorité est le plus souvent l’arbitraire et les abus, petits et grands, deviennent si nombreux qu’il serait puéril de les vouloir considérer isolément. – Et c’est une chose effrayante et navrante que de voir comment l’exercice d’un pouvoir, fût-il momentané, fût-il minime, peut transformer le premier venu en tyranneau… La manie de commander, de prescrire, de décréter, d’arrêter et de brimer, surtout quand elle gagne les masses incul­tes, a été une des plus grandes causes des cruautés – et des erreurs – de la Révolution russe. Très vieille expérience d’ailleurs. Qu’on relise l’his­toire de la dictature jacobine. Elle est en ce sens autrement édifiante que celle de la révolution actuelle. Il suffirait pour le prouver de nommer quelques-uns des proconsuls de la Convention…

Ce n’est pas l’heure de faire la critique trop facile du socialisme d’État et de la centralisation autoritaire qui, en paralysant les initiatives, gâche une quantité énorme d’énergies et crée le marasme. L’expérience actuelle de fa Russie révolutionnaire nous montre une minorité énergique et nova­trice obligée de suppléer, par la contrainte, à l’éducation des masses attar­dées. Dans cette situation, nulle autre minorité, nulle minorité guidée par d’autres principes n’eût sans doute fait autre chose et, en tout cas, n’eût fait mieux. Mais de ses immenses efforts une conclusion se dégage déjà : que ceux qui exercent le pouvoir ne peuvent en réalité que peu de choses par le pouvoir. Dans les succès de la Russie, des Soviets (victoires militai­res, victoires morales et relatives victoires économiques, puisqu’elle vit en dépit de tout) peu de mérite revient à l’autorité. Bien des choses ont été faites malgré elle et presque toutes ne se font, même quand la contrainte y concourt, que grâce à l’idéalisme révolutionnaire, grâce à l’action des intérêts nouveaux et d’une foule de facteurs sociaux où la coercition n’entre guère en ligne de compte. Celle-ci, au contraire, se révèle parfois à peu près impuissante. La peine de mort employée à combattre le bandi­tisme n’en est pas venue à bout jusqu’à ce jour. Et ce n’est pas par son appareil de contrainte que l’État soviétiste se maintient, mais par son appareil d’agitation et de propagande, surtout parce qu’il est l’expression la plus profonde des intérêts prolétaires.

La violence nous apparaît nécessaire pour dénouer les situations histo­riques, achever une évolution entravée par de vieilles institutions. Elle vient détruire les forces nuisibles du passé qui se survivaient. Elle tue. Elle ouvre ainsi à la vie de vastes possibilités nouvelles. Mais elle ne crée rien ; elle est impuissante à engendrer une idée ou une œuvre. Et ce qui est dangereux c’est qu’elle engendre par contre une grande illusion. Les hommes étant enclins à se faire illusion sur leurs propres moyens et croire qu’ils peuvent avec la même audace victorieuse bâtir comme ils ont détruit…

II n’en est pourtant pas ainsi. La société nouvelle ne peut être édifiée que par le savoir, l’esprit d’organisation. la conscience sans cesse plus développée des masses et des individus. Les canons et les baïonnettes de l’Armée rouge, les décrets et les mesures de contrainte de la dictature prolétarienne, après avoir tué l’ancien régime et défendu la nouvelle société communiste contre toutes les tentatives d’assassinat, devront céder la place à l’éducation, à la propagande, à l’initiative des masses et à l’esprit organisateur des élites.

12. Le rôle des anarchistes dans le mouvement communiste

Dans le mouvement révolutionnaire, les anarchistes représentent l’esprit de liberté, l’esprit critique, l’individualisme, l’éternelle recherche, en un mot, un tempérament et une conception de la vie.

Révolutionnaires, ils le sont.

Peuvent-ils, en présence de l’expérience d’une révolution contemporaine, conserver les positions de l’ancien utopisme ? Peuvent-ils encore se borner à pousser jusqu’à leurs extrêmes conclusions logiques les idées libérales admises d’ailleurs hypocritement par la bourgeoisie ?

Non.

Et ce « non » n’exprime pas ici une opinion individuelle. A ces questions, l’expérience des dernières années répond aussi :

Si les anarchistes n’adoptent pas en présence de la révolution, c’est-à-dire de toutes les nécessités de la révolution, une attitude claire et nette ; s’ils ne sont pas indubitablement et partout avec la révolution quelque sacrifice qu’elle leur impose (et je n’ignore pas que les concessions de principe faites à la dure réalité sont de biens grands sacrifices) ils seront nuls. Ils ne joueront aucun rôle. Les uns se borneront à suivre, de plus ou moins loin, les communistes plus décidés. Les autres, hélas ! se trouveront parfois – telle est l’ironie du sort – à la remorque de la réaction6.

Ils ne pourront remplir leur tâche, exercer une influence que si, révolutionnaires, ils acceptent de l’être sans rien se dissimuler des conséquences de leur attitude.

Ils seront alors des communistes qui, dans les grandes circonstances de la lutte révolutionnaire, agiront par la force des choses comme tous les communistes véritables et de concert avec eux. A la différence de nom­breux autres, ils s’efforceront à travers toutes les circonstances de conserver l’esprit de liberté, ce qui leur donnera plus d’esprit critique et une plus nette conscience des buts ultimes. Leur lucidité en fera dans un mouve­ment communiste les ennemis les plus redoutables des ambitieux, des politiciens et des commissaires en herbe, des formalistes, des pontifes et des intrigants. C’est dire que par le seul fait de leur présence dans les organisations, ils peuvent largement contribuer à en éloigner les profiteurs…

Dans les questions de tactique et de doctrine, leur rôle sera de combat­tre les illusions du pouvoir de prévoir et de prévenir la cristallisation de l’État ouvrier issu de la guerre et de la révolution, de solliciter toujours et partout l’initiative des individus et des masses, de rappeler à ceux qui pourraient l’oublier que la dictature est une arme, un moyen, un expé­dient, un mal nécessaire – mais n’est jamais un but ni un point d’arrivée.

La force de réaction, qui est probablement la plus à redouter après une révolution victorieuse, c’est la réaction dans les mœurs, qui se traduit presque insensiblement par une sorte d’embourgeoisement de quelques militants, que séduit décidément le pouvoir, par un retour instinctif à d’anciennes routines et notamment, à celles de la vie privée. La philoso­phie anarchiste, en faisant appel à l’individu, lui impose des attitudes dans la vie privée et dans la vie intérieure, lui suggère une morale, ce que ne fait pas autant le marxisme, doctrine de lutte de classes. Armés du libre examen mieux libérés que quiconque des préjugés bourgeois sur la famille, l’honneur, l’honnêteté, l’amour, le « qu’en dira-t-on ? » et le « comme il faut », les militants qui conçoivent l’anarchisme comme « une vie et une activité individuelle », selon l’heureuse formule de certains camarades français , opposeront à la réaction dans les mœurs leur bon sens et la vaillance de leur exemple. Tandis que d’autres deviendront des offi­ciers, des fonctionnaires, des juges, parfois des privilégiés, ils resteront, eux simplement des hommes, de libres travailleurs sachant faire stoïquement toutes les besognes qu’il faut pour labourer la vieille terre, mais que ne grisent ni les phrases, ni les succès, ni l’attrait des fructueuses car­rières…

Entreront-ils dans les organisations communistes ou s’organiseront-ils eux-mêmes à côté d’elles, pour d’ailleurs collaborer fraternellement avec elles contre l’ennemi commun ? Je n’ai pas posé la question qui me paraît bien secondaire. Les circonstances en décideront. Dans la pratique, la seule chose qui puisse empêcher l’entente de tous les révolutionnaires pour une action commune, c’est l’étroitesse d’esprit de ceux pour qui toute pensée différente de la leur est nuisible. L’essentiel pour les anar­chistes c’est qu’ils ne soient pas de ceux-là.

13. Demain

La révolution victorieuse, le pays pacifié, la dictature et L’État disparaîtraient Iraient et, au fur et à mesure que la société s’organiserait plus consciemment, d’aucuns se sentiraient peut-être satisfaits. II faudrait pourtant aller plus avant, sans cesse, toujours. Vers quoi ?

« Vers plus de bien-être », répondront les foules, non sans raison. Mais le rôle à ce moment-là des anarchistes sera décisif. Dans tous le domaines de l’activité sociale il leur appartiendra d’apporter à cette question leur réponse.

« Vers plus de liberté. Vers le développement le plus complet de la personnalité. »

Les tendances conservatrices ou rétrogrades se manifesteront alors aussi. Alors, comme maintenant, le mufle sera légion ; la bêtise, l’égoïsme médiocre, la vanité poursuivront leur jeu éternel. L’autorité s’acharnera à vivre, c’est-à-dire à barrer le chemin de la vie.

Il faudra donc des anarchistes pour aller de l’avant, stimuler la perpétuelle recherche des meilleurs et des plus vaillants, assurer la défense de l’individu contre certaines collectivités intolérantes ou tyranniques, poursuivre, dans les mœurs et dans la pensée l’éternelle action révolutionnaire génératrice de tout progrès.

Victor Serge

Petrograd, juillet-août 1920.

 

Source:  https://www.marxists.org/francais/serge/works/1920/08/exprevrusse.htm

Centre MLM [B], PCF(mlm) : Les assassins ont frappé à Bruxelles

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Les assassins ont frappé à Bruxelles, en Belgique, avec l’intention de terroriser et de tuer. Ils ont visé les masses, en attaquant l’aéroport de Zaventem ainsi qu’une rame de métro à la station Maelbeek, tuant 34 personnes, en blessant 200 autres.

L’État islamique, qui a revendiqué l’action, a expliqué avoir mené des « frappes précises » afin de « jeter la crainte et l’effroi dans le coeur des croisés ».

Tel est le cynisme anti-populaire, telle est la logique anticapitaliste romantique de l’État Islamique, qui prétend revenir au Moyen-Âge et réactiver les modèles idéologiques et culturels qui existaient alors. Le passé médiéval islamique est idéalisé et présenté comme un contre-modèle à la décadence des sociétés capitalistes.

Mais le romantisme qui se tourne vers le passé n’est que le produit de l’idéologie féodale qui existe uniquement encore dans la majorité des pays du monde parce que l’impérialisme l’a établi solidement dans le cadre de la formation de pays semi-coloniaux.

Au colonialisme a succédé historiquement une forme nouvelle, où les pays impérialistes exploitent des semi-colonies, caractérisées par un capitalisme bureaucratique et par l’existence de grands propriétaires terriens formant un féodalisme capable de se moderniser.

Les grands propriétaires terriens du Pérou, les familles royales des pétro-monarchies, les capitalistes bureaucratiques d’Inde, etc., tous connaissent les universités des pays impérialistes, tous ont modernisé leur pays tout en maintenant un strict cadre idéologique féodal, où domine ici les traditions islamiques, là-bas le système des castes, ici le culte des anciens, là-bas le catholicisme le plus rétrograde.

Le judaïsme, le christianisme, l’Islam, l’hindouisme, les bouddhismes, toutes les religions jouent ici un rôle particulièrement pernicieux, diffusant le pessimisme et le relativisme, une critique romantique du capitalisme, promouvant le communautarisme sur une base « traditionnelle ».

Toutes les forces féodales prétendent représenter les traditions, le maintien des valeurs anciennes, tout en profitant de la modernité.

Cela est le reflet du fait que le féodalisme d’aujourd’hui n’est nullement le prolongement du féodalisme médiéval, mais un féodalisme issu du colonialisme, du semi-colonialisme, des idéologies post-modernes.

Al-Qaïda et l’État islamique sont des entités politico-militaires ayant pris au sérieux ce romantisme féodal qui n’était en réalité que le masque de l’intégration de type monopoliste dans les rapports économiques mondiaux.

Al-Qaïda et l’État islamique sont les rejetons idéalistes des pétro-monarchies organisées par l’impérialisme.

L’État islamique n’est ainsi nullement révolutionnaire ou anti-impérialiste, ni même anti-« occidental », il est simplement le fruit de la fuite en avant du féodalisme tentant de devenir « autonome » et par conséquent ayant une prétention mondiale, condition à son maintien « indépendant ».

C’est pour cette raison que, depuis le début de l’année, en trois mois, les attaques armées islamistes se sont multipliées dans de nombreux pays dans le monde, dont l’Afghanistan, le Nigeria, l’Indonésie, le Tchad, le Burkina Faso, la Somalie, la Côte d’Ivoire, la Libye, la Turquie, sans oublier l’Irak et la Syrie.

C’est une tentative idéaliste d’aller en arrière dans le cours de l’histoire, de former un califat mondial, de revenir aux conditions médiévales où il n’y avait pas d’impérialisme. C’est une démarche qui vise à éviter l’impérialisme au lieu de le liquider, tout cela parce que les islamistes sont eux-mêmes le produit d’idéologies nouvelles, apparues ces cent dernières années, de manière liée à l’impérialisme, produit par des intellectuels passés par les universités de l’impérialisme.

Cette tentative allant à contre-cours de l’histoire, elle ne peut que basculer dans l’horreur de l’inculte, le fanatisme de l’assassin, l’esprit morbide. L’État islamique célèbre dans ses vidéos les meurtres commis de la manière la plus sanglante, la plus barbare.

Les crimes commis à Bruxelles le 22 mars 2016 par les assassins de l’État islamique ne peuvent que heurter très profondément les sentiments des masses, qui en plus de la répulsion et de la souffrance ressenties, ne peuvent que considérer comme absurde une telle volonté de faire tourner à l’envers la roue de l’histoire.

La Belgique est un pays qui est né historiquement de la contradiction entre le capitalisme et la féodalité, avec l’affrontement entre les Pays-Bas et l’Espagne. Il a pu s’extraire du féodalisme et assumer par la suite son propre parcours en toute indépendance, donnant naissance à une nation avec un haut niveau culturel.

Les masses comptent en profiter et continuer d’aller de l’avant, en se débarrassant du capitalisme. Elles ne ressentent nullement le besoin de revenir au moyen-âge, bien au contraire.

L’État bourgeois belge prétendra, bien entendu, être ici un véritable rempart, un obstacle ferme face à la barbarie féodale des assassins de l’État islamique. En réalité, il est impuissant, car il est seulement l’homme de main de la bourgeoisie, le policier veillant à ce que la propriété privée soit respectée, à ce que les monopoles puissent continuer de se renforcer.

L’État bourgeois belge est dépassé, car il ne comprend pas les enjeux de l’époque, qu’il est entièrement coupé des masses populaires, qu’il est une administration parasitaire au service de classes sociales exploiteuses.

Seul un État socialiste peut effacer l’ignorance, généraliser l’éducation, assumer le meilleur des Lumières, à savoir l’esprit de vie en collectivité, l’exigence de l’épanouissement personnel, l’athéisme, la quête de connaissances, la puissance de la raison, l’égalité hommes-femmes.

Féodalisme et capitalisme impérialiste sont les deux aspects de la même face à l’échelle mondiale !

Les valeurs de soumission, communes au féodalisme et aux monopoles, doivent être rejetées !

Le drapeau de l’humanisme et des Lumières, abandonné par la bourgeoisie devenue décadente, doit être repris par le prolétariat !

Les masses populaires doivent rentrer en guerre pour construire leur État, dépassant les contradiction entre travail intellectuel et travail manuel, villes et campagnes !

Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste [Belgique]
Parti Communiste de France (marxiste-léniniste-maoïste)
Le 22 Mars 2016

SOURCE: http://lesmaterialistes.com/centre-mlm-b-pcfmlm-assassins-frappe-bruxelles

SYRIE : HONTE A HOLLANDE, A FABIUS ET AUX MEDIAS FRANÇAIS !

 

Depuis cinq ans, les médias français se sont fait une spécialité de nous « vendre » la guerre civile en Syrie, d’appeler à l’ingérence dans les affaires internes de ce pays souverain QUI NE NOUS A RIEN FAIT DE MAL, voire de décider quel président pouvait ou ne pouvait pas siéger à Damas.

Peu importait à nos « libérateurs » de papier, qui avaient déjà aidé Sarkozy et BHL à déstabiliser la Libye et une partie de l’Afrique, que les ennemis du gouvernement syrien fussent en réalité à 95% des fanatiques religieux armés par la CIA et par les régimes esclavagistes d’Arabie saoudite et du Qatar, ces grands amis du MEDEF et des gouvernants français successifs.

Peu leur importe que le monstrueux « Etat islamique » qui ravage l’Irak (détruit par Bush) et la Syrie ne puisse notoirement se maintenir 24 heures sans la complicité d’Ankara (qui terrorise les Kurdes sur son territoire), et qu’il ne puisse évidemment pas se financer sans le secours de sociétés pétrolières qui achètent au rabais le pétrole volé par l’E.I. aux peuples irakien et syrien. Peu leur importe car l’essentiel pour l’impérialisme français, de plus en plus vassal de l’Oncle Sam et de l’OTAN au détriment de l’intérêt du peuple français, est de refaire main basse sur la Syrie, ex-colonie française placée « sous mandat français » en 1918 en collusion avec la riche bourgeoisie bancaire libanaise, d’isoler la Russie et l’Iran, et cela sans crainte d’appuyer une opposition syrienne notoirement liée à Al Qaida.

Mais comment un « socialiste » comme Laurent Fabius, qui soutient à Kiev un régime infesté de néonazis, pourrait-il résister à la tentation d’appuyer des fanatiques dont les homologues afghans – les sanglants talibans – ont jadis aidé l’Occident, aidé par la social-démocratie européenne, à renverser le régime laïque au pouvoir à Kaboul, allié à l’URSS ?

Le résultat de tout cela, c’est que des millions de Syriens, de Libyens, d’Irakiens, crèvent dans des camps de réfugiés, que certains risquent la mort en traversant la Méditerranée et que leur arrivée en Europe dans les pires conditions ne fait que nourrir partout, et pour commencer, en France, la xénophobie de l’extrême droite sous les surenchères de l’indécent Sarkozy.

Pour sa part, le PRCF n’a jamais idéalisé Assad et il a toujours soutenu le PC syrien qui, tout en critiquant ce qu’il y avait lieu de critiquer dans son pays, a toujours aussi défendu les acquis du peuple syrien (laïcité, relative mixité, nationalisation du pétrole) et a toujours combattu l’ingérence étrangère.

En tout cas, alors que la Russie semble aujourd’hui, et de très loin, la force la plus déterminée à combattre les monstres de l’Etat islamique, il est honteux de voir à nouveau notre « libre presse pluraliste », de Libé au Figaro, taper à bras raccourcis sur l’intervention russe, regretter les frappes justifiées contre les bandes anti-Assad d’Al Qaida et du Front « Al nostra », soutenir de fait le sanglant Erdogan dans sa traque anti-Kurde (à la veille de l’énorme attentat anti-kurde d’Ankara, Erdogan a pu appeler à la haine sur notre sol en tenant meeting à Strasbourg !), bref, choisir systématiquement la politique du pire au Proche-Orient, comme c’est aussi le cas en Ukraine.

La véritable solidarité avec les malheureux migrants ne consiste pas à verser sur eux des larmes de crocodile, ni à se pourlécher les babines, comme le font indécemment et à la fois le patronat allemand et Bernard Guetta sur France Inter, en déclarant que cet afflux massif de main-d’œuvre qualifiée et « parlant anglais » est une aubaine pour nos économies empannées par l’euro-austérité.

La véritable solidarité, outre l’accueil digne de ceux qui fuient la mort semée par NOS gouvernants irresponsables, c’est que les forces populaires, antifascistes, patriotiques et anti-impérialistes de France AGISSENT ensemble contre les ingérences impérialistes, pour le droit de TOUS les peuples à disposer d’eux-mêmes, pour le droit de chaque individu à vivre, à travailler et à décider dans son propre pays en coopérant avec les autres peuples.

La propagande de guerre par Michel COLLON

Source: http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/syrie-honte-a-hollande-a-fabius-aux-medias-francais/

HORREUR À PARIS – communiqué du PRCF

communiqué du PRCF

 

HORREUR A PARIS.

Les attentats terroristes qui viennent de frapper aveuglement la jeunesse parisienne appellent à la fois une totale solidarité avec les victimes et une condamnation catégorique des assassins. Honte aux médias dominants qui depuis des années présentent les fanatiques comme des combattants de la liberté dans le but néocolonial de renverser l’état souverain et laïque de Syrie, si critiquables qu’en soient les dirigeants. L’état d’urgence décidé par hollande sera-t-il utilisé pour combattre le terrorisme ou servira t il à réduire à nouveau les libertés individuelles et syndicales en détournant les travailleurs des attaques incessantes qu’ils subissent de la part de Valls-MEDEF? Sans faire montre de la moindre faiblesse à l’égard des assassins, le PRCF appelle les progressistes à dénoncer toute récupération des événements par l’extrême droite raciste, à tenir ferme le terrain des luttes sociales et démocratiques et à exiger que le gouvernement français cesse de se confronter aux forces qui combattent réellement Daesh. Dans l’intérêt de son peuple, la France doit rompre ses relations dangereuses et indécentes avec les pétromonarchies intégristes, fourriers du terrorisme fanatique.

 

communiqué prcf - horreur à paris

 

Horror in Paris

 

November 13th 2015

The terror attacks which have just struck blindly the Parisian youth need both a entire solidarity with the victims and an absolute condemnation of the murderers.

Shame to the mainstream medias which for years have been presenting the fanatics as freedom fighters in order to overthrow the sovereign and secular state of Syria as open to criticism the Syrian leaders may be.

Will the emergency state ordered by President François Hollande be used to fight terrorism or will it be used to reduce the individual and trade union freedoms, while diverting the workers from the relentless attacks on their social rights from Prime Minister Valls and the employer federation MEDEF ?

Without any weakness at all towards the murderers, the Pole of Communist Rebirth in France (PRCF) is calling all the humanists to condemn any attempt from the extreme right to hijack these events, to stay firm on the democratic and social struggles and to stop the french government from trying to topple the forces which are really fighting against Daesh. In the interest of its people, France must stop all its dangerous and shameful  cooperations with the religious fundamentalist petromonarchies, harbingers of fundamentali

Situation insurrectionnelle qui fait rage dans l’État turc

Situation insurrectionnelle en Turquie et au Kurdistan

Nous rebloguons le texte de Servir Le Peuple dans son intégralité.

 

 

Nous revenons encore une fois sur la situation insurrectionnelle qui fait actuellement rage dans l’État turc et en particulier dans ses « provinces » kurdes.

Le « sultan » et nouveau Jeune-Turc Erdoğan est bel et bien pris à son propre piège, puisque sa volonté hégémoniste régionale de renverser le régime syrien de Bachar el-Assad a transformé la légitime révolte populaire de ce pays en guerre fratricide et que de cette guerre fratricide a jailli l’expérience révolutionnaire lumineuse des Kurdes de Rojava, qui « déborde » désormais sur son territoire alors que des centaines de révolutionnaires turcs ont rejoint la lutte contre les hordes takfiristes là-bas et sont prêts à leur retour à en finir avec le régime sanguinaire d’Ankara, en place depuis près d’un siècle.

L’affrontement se concentre en ce moment tout particulièrement sur la ville de Cizre, dans la province kurde de Şırnak :

Turquie: la ville de Cizre croule sous un déluge de feu (site Solidarité Ouvrière)

Chape de plomb répressive et militariste en Turquie

Cizre ne se rendra pas ! (Nouvelle Turquie)

À Cizre le peuple est abandonné face à la mort !

Kurdistan : Des milliers de manifestants affluent à Cizre pour secourir la population (Secours Rouge APAPC)

Kurdistan : Le couvre-feu contre Cizré est levé, la grève de la faim des prisonniers se poursuit

La situation révolutionnaire en développement atteint un niveau jamais vu depuis (au moins) la lutte armée du PKK dans les années 1980-90 :

La Guerre, la Jeunesse et l’Autogestion

Mais la lutte touche aussi le reste de l’État, et en particulier la capitale économique Istanbul :

Affrontements à Istanbul, guérilla au Kurdistan et rassemblement à Bruxelles

Pour se tenir informé-e-s en temps réel, les meilleures sources sont le site Nouvelle Turquie, le site du Secours Rouge section « Turquie-Kurdistan » et le site de Solidarité Ouvrière tag « Kurdistan ».

Par ailleurs, les maoïstes hexagonaux du Bloc Rouge ont réalisé une interview de l’organisation révolutionnaire DHF (Demokratik Haklar Federasyonu, Fédération démocratique du Peuple), qui sera publiée prochainement dans leur journal et probablement sur leurs médias en ligne. Cette interview reviendra avec un point de vue maoïste sur la situation dans ce pays.

 

Source: Encore des nouvelles de Turquie & Kurdistan du Nord