Avec l’échec de Le Pen, rien ne change pour l’antiracisme et l’antifascisme de classe

COMBATTRE LE FASCISME,

ABATTRE LE CAPITALISME!

 

Ouf, elle n’est pas passée… c’est le sentiment autour de nous. Mais en 2002, le père n’était pas passé non plus et cela n’a pas freiné le développement du FN.

Le racisme est toujours là, s’est même renforcé autour de nous.

Il y a le racisme d’Etat, qu’il s’agisse de la recherche d’emploi, des discours islamophobes dans les médias ou des violences policières dans les quartiers. Le poison patriotique et nationaliste se répand dans tous les partis, la préférence nationale devient une banalité, le contrôle de l’immigration se renforce toujours plus, et ce sont tous les immigrés, avec ou sans papiers, tous les jeunes (et maintenant moins jeunes…) nés en France avec une couleur, un nom, une religion minoritaires ou minorisés qui trinquent.

Il y a aussi le poison du racisme individuel, issu de l’histoire coloniale de la France (et son actualité comme aux Antilles, à Mayotte, en Guyane ou en Kanaky) cette mentalité abjecte de petit-blanc qui ne supporte pas de voir des anciens colonisés revendiquer l’égalité des droits. Sentiment des Pieds Noirs, des racistes avérés, entretenu et développé par le FN et cie, sentiment confus de la concurrence entre travailleurs dans la crise capitaliste, il se heurte heureusement aux solidarités du combat social mené en commun, dans les entreprises ou dans les quartiers…

Ces deux formes de racisme se sont renforcées et s’appuient l’une sur l’autre, et les attentats ont attisé la flamme. C’est la confusion qui règne, très rares ont été celles et ceux qui ont dénoncé les interventions à l’étranger (Mali, Libye, Syrie, Afghanistan…) et ont qualifié les auteurs de fascistes. Le racisme d’Etat, les intellectuels à la botte ont préféré renforcer les contradictions en critiquant les musulmans ou ceux supposés l’être…

Le combat antiraciste se mène dans le combat commun, sur des positions antiracistes et de classe, au service des ouvriers et des prolétaires. Pour le combat commun contre la sous-traitance, la pénibilité dans les entreprises. Pour l’égalité des droits et la régularisation des sans-papiers, contre les violences policières dans les quartiers, contre les interventions à l’étranger, contre toutes les lois et mesures racistes, quelles qu’en soient les cibles. Toujours en dénonçant notre propre gouvernement, son Etat et le capitalisme qui en est le socle. Tout ne se réglera pas du jour au lendemain, mais c’est la seule voie pour construire une unité de combat, de classe, qui permettra de surmonter les appréhensions et les différences sur lesquelles s’appuient les racistes pour répandre leur venin.

Il se mène aussi dans nos rangs, parmi nos collègues et voisins, en remettant en cause les préjugés, en luttant sans concession contre les attitudes et les paroles chauvines et xénophobes, en exposant la manière dont l’impérialisme place la fraction immigrée de la classe ouvrière, les habitants des quartiers, dans une position subordonnée et discriminée. La lutte se mène aussi dans les rangs de notre classe et de nos organisations !

C’est pareil pour le combat antifasciste. Dans le sillage du FN se développent des groupuscules et organisations fascistes, racistes, homophobes et sexistes. Dans certaines villes, comme à Lyon ou Lille, ils ont pignon sur rue et prétendent annexer des quartiers entiers. Ils ont tué Clément Méric à Paris, Hervé Rybarczyk à Lille, ils font la chasse aux migrants à Calais, ils veulent imposer la terreur.

Avec la complaisance de la police et de la justice, c’est le moins qu’on puisse dire, et ce sont surtout les militants qui refusent de leur laisser le terrain qui sont attaqués.
Alors, on ne les laisse pas faire, on ne fait pas confiance à la justice et à la police (rappelons que pour celle-ci, on dit que 50% des flics votent FN !), et on s’organise, on manifeste pour interdire par nous-mêmes l’expression de ces noyaux fascisants !

 

Source:  http://ocml-vp.org/article1808.html

Le témoignage de Rolland, ouvrier dans l’automobile et délégué CGT. Partie 2

Aliénation à PSA Poissy : « Tout est fait pour que les ouvriers ne puissent pas se parler »

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Nous publions ici le deuxième volet du témoignage de Rolland Ruiz, ouvrier à l’usine Peugeot-Citroën de Poissy, après avoir travaillé 24 ans à PSA Aulnay et lutté contre sa fermeture lors de la grève de 2013. Dans la première partie de l’interview, Rolland revenait sur la précarité toujours plus grande imposée aux travailleurs par ce géant français de l’automobile. Ici, celui-ci dévoile les méthodes odieuses de PSA pour éviter que les ouvriers mettent sur pied les résistances à même de mettre un frein à cette dictature patronale. Il explique notamment les différences flagrantes entre les conditions de travail à Poissy, où l’aliénation atteint des sommets dignes des Temps modernes, par rapport à l’usine d’Aulnay, où la longue tradition de lutte avait permis aux travailleurs d’imposer un certain rapport de force face au patronat.

Propos recueillis par Flora Carpentier et Dam Morrison

« Les gens ne se connaissent plus, tout est fait pour que les ouvriers ne puissent pas se parler »

Entre Aulnay et Poissy, bien qu’il s’agisse de deux usines PSA, on a l’impression que ce sont deux entreprises différentes. A Poissy, les horaires ne sont pas du tout les mêmes, et c’est plus loin de Paris donc plus compliqué au niveau des transports. Quand on est de l’équipe du matin, pour qu’on puisse commencer à 5h30, PSA met en place un transport par des cars privés. Mais pour certaines lignes de car, le retour n’est pas assuré, donc on est obligés de prendre les transports en commun. Pour d’autres secteurs, il n’y a carrément plus de transport en car, donc chacun doit se débrouiller comme il peut. Pour PSA, il n’y a pas de petite économie ! Mais pour nous, ça change beaucoup de choses quand on doit galérer dans les transports. En plus, les cars c’est un endroit où les ouvriers peuvent discuter entre eux, ils cherchent aussi à éviter ça.

Par rapport à ce qu’était Aulnay, à PSA Poissy l’organisation d’usine est faite pour que les employés ne se voient jamais, aussi bien dans les relais d’équipes, dans les transports que dans le self de l’usine. Il y a plein d’exemples comme ça, sur la stratégie de PSA pour éviter que les travailleurs se parlent et s’organisent. Par exemple à Poissy, l’usine fonctionne avec une équipe de nuit fixe, qui travaille de 22h à 5h30. Mais il y a un creux de 2 heures entre l’équipe du soir, qui finit à 20 heures, et l’équipe de nuit. Donc pour militer auprès de l’équipe de nuit en tant que délégué syndical, il faut être de l’équipe du soir et rester à la pause, attendre pour pouvoir les voir. Autant dire qu’il faut être motivé ! Mais c’est important parce qu’il y a peu de syndiqués dans l’équipe de nuit.

L’autre chose c’est qu’on n’a pas de pause repas, vu que le matin commence très tôt et que la relève est à 13h. Donc les gens déjeunent avant ou après le boulot, en dehors des horaires de travail. On enchaîne 7 heures d’affilée avec 2 pauses de moins de 10 minutes. On dirait que tout est fait pour qu’on ne se voie pas. Pour voir les copains des autres équipes, il faut déborder sur son horaire, mais pour ça il faut avoir un mandat syndical, sinon on n’a pas le droit de rester dans une autre équipe, ça peut engendrer des sanctions.

En plus, on a intérêt à être ponctuels à la prise de poste : avec le travail à la chaine, si ça sonne et que la ligne de montage part, il faut être au poste, sinon des voitures passent et ne sont pas traitées, et là ça peut entrainer très vite des sanctions.

Avec toute cette stratégie pour éviter qu’on s’organise, on voit bien que tout est fait pour éviter qu’il y ait un côté militant aussi fort qu’à Aulnay. Là-bas, on mangeait 3 fois par jour, ça sociabilise. Après 24 ans passés à Aulnay, le choc pour moi en arrivant à Poissy, ça a été de croiser pas mal d’ouvriers qui avaient 20 à 25 ans d’ancienneté et qui ne se connaissaient pas entre eux. Des gens de la même équipe ! Alors qu’à Aulnay tout le monde se connaissait.

« PSA, ce sont des champions de la sous-traitance. Ça divise les ouvriers entre eux »

PSA ce sont des champions de la sous-traitance. Il y en a pour tout, il y a au moins une centaine de sous-traitants : ceux qui font les pots d’échappements, ceux qui font les réservoirs d’essence… beaucoup d’entre eux sont directement intégrés à l’usine. Vers 98-99, peu avant les accords sur les 35 heures, c’était la folie de la sous-traitance à PSA. Je me souviens d’un responsable à Aulnay, qui avait dit en réunion « L’avenir de Citroën, c’est la sous-traitance ». Après ils ont vendu l’emboutissage et développé la sous-traitance. Ca change beaucoup de choses parce que les conventions de métier peuvent être différentes. Par exemple ceux qui fabriquent les pneus, ils ne dépendent plus de la métallurgie mais de la chimie donc ils ont des droits différents en ce qui concerne les salaires, les primes d’ancienneté, etc. Ça limite considérablement le nombre de salariés de la boite principale et ça divise les ouvriers entre eux.

« Il y a un mois, ils ont licencié Jérôme, un délégué CGT. Ces attaques sont faites pour empêcher que les salariés passent à l’action »

Jérôme, un délégué CGT qui travaille à l’emboutissage, a reçu sa lettre de licenciement il y a un mois. Soi-disant, il aurait mal positionné un outil de presse, un truc qui pèse 10 tonnes. Ils lui reprochent aussi une intervention sur un meuble qui était bancal et risquait de tomber sur des salariés. Donc les copains sont intervenus, dont Jérôme, pour reculer le meuble à la main et isoler le danger. Tous les copains qui sont intervenus ont eu des sanctions, des journées de mise à pied. D’après la direction, il ne fallait pas intervenir comme ça, ça a dérangé PSA. Pour Jérôme, ils ont cumulé les deux problèmes pour prétexter son licenciement. Mais en réalité, c’est parce qu’il était délégué CGT. Avec les élections syndicales qui approchent, en mars 2017, on sent qu’il y a une sérieuse attaque de la direction. Dès qu’il y a la moindre erreur, on reçoit automatiquement un courrier recommandé dans les heures qui suivent. Alors pour Jérôme, on va faire toutes les démarches auprès du tribunal, mais le problème c’est que ça peut prendre des années, et d’ici là il est licencié. Pourtant, l’inspection du travail a refusé le licenciement, mais PSA persiste. Ils sont complètement hors la loi. On a débrayé à plus d’une centaine, 120-130, pour le soutenir. On a aussi fait signer une pétition à l’usine, on a eu énormément de signatures, dans les 1300. Et on l’a aussi fait signer en dehors de l’usine. Mais on sait bien que le seul moyen d’annuler le licenciement, c’est d’arrêter l’usine, de se mettre en grève.

Ce témoignage montre bien comment PSA a tiré les leçons des luttes ouvrières à Aulnay et ailleurs. Ce fleuron de l’industrie française, grand groupe aux bénéfices colossaux, applique donc des stratégies de management qui aliènent toujours plus les ouvriers, afin de les empêcher de s’organiser. Ce sont ces méthodes qui précarisent chaque fois plus, avec des conditions de travail toujours plus dures, qui ont des conséquences néfastes sur la santé et le moral des travailleurs. C’est contre cette aliénation que nous devons lutter, à travers la solidarité entre les travailleurs et les exploités de tous secteurs, afin de recréer le rapport de force qui permettra de redonner confiance et de peser dans les luttes contre les attaques du patronat.

 

Source: http://www.revolutionpermanente.fr/Alienation-a-PSA-Poissy-Tout-est-fait-pour-que-les-ouvriers-ne-puissent-pas-se-parler

THE TPP AND ITS IMPACT ON LABOUR IN CANADA

By Nino Pagliccia

 

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            Recently the leader of the Communist Party of Canada, Liz Rowley, spoke at a public forum in Vancouver on the Trans-Pacific Partnership (TPP). She summarized it very succinctly: “there is nothing acceptable about the TPP.”

            The TPP is a proposed agreement drawn in secrecy involving 12 Pacific-Rim countries: Australia, Brunei, Canada, Chile, Japan, Malaysia, Mexico, New Zealand, Peru, Singapore, U.S. and Vietnam. Each country will have to ratify the agreement, or not, in less than 2 years before it becomes binding law. No changes or amendments are allowed at this stage. Considering that this is the largest agreement ever (it covers nearly 800 million people with a combined GDP of $28.5 trillion), and nearly 6,000 pages long, mostly in dense legalese, only two years for consultations makes the issue very urgent. [1]

            On its website, the Canadian government promises to be “transparent, open and consultative with Canadians on the TPP.” [2] But what is the point of “consultations” when the agreement cannot be amended and the only outcome is ‘ratify’ or ‘not ratify’? In fact so far, the consultations have consisted mostly of presentations by Parliamentary Secretary David Lametti or Minister Chrystia Freeland, to groups of entrepreneurs, business people, politicians and other interest groups.

            The TPP has been discussed in total secrecy representing the interests of corporations to the exclusion of labour representatives. Liz Rowley called this agreement a “global corporate constitution”, and outlined ten reasons why the TPP should not be ratified. [3] There is no doubt that corporations will have great profits for their shareholders and speculators since the deal will force more neoliberal policies and evermore reduced government regulations. While the selling point is trade, Canada’s trade deficits with past agreements are growing faster with free-trade partners than other countries. So this begs the questions, “How good is this deal for Canadian workers?” “Does this ‘constitution’ also guarantee workers rights?”

            Is the deal good for workers?

            It is not encouraging that the standard practice in all trade agreements is to leave workers out of the discussion table. In addition, in spite of all the agreements that Canada has signed, the unemployment rate is still above 7%. Considering this figure, Canada cannot afford to take away more jobs from Canadians. The government optimism that the proposed TPP agreement will create more jobs for Canadians is unfounded and it relies on the old mantra that if investors are doing well, jobs are created. The reality is that when investors do well there is more concentration of wealth for the rich and more hardship for the working class.

            According to a recent Angus Reid Institute poll, Canadians expressed “fears that the TPP will result in Canada shedding of tens of thousands of manufacturing jobs.” The same poll reports that 47% of Canadians believe that the TPP will have a negative or no impact on employment, versus 21% who think the impact will be positive. A large 32% still don’t know what the TPP is about. [4]

            Another analysis concludes “accepting the TPP will have long-term detrimental impacts on the prospects for full employment, economic prosperity, and the ability of Canadians to sustainably manage their economy.” [5] The rationale is that the TPP will force Canada to divert its trade from the manufacturing sector to the extractives sector.

            As a response to other trade deals, Canada’s exports of manufactured goods has steadily declined since 2000 while increasing exports of raw materials. However, “an estimated 580 direct jobs can be attached to each $1 billion in exports from the extractives sector whereas the same amount of trade in manufactured goods produces 2,300 jobs – four times the jobs creating power of extractive industries.” [5] Canadians’ legitimate demands for a $15 minimum wage will further push for job losses to countries with low-paying jobs.

            The claimed relative advantage that Canada may have in the service sector (finance, business service, etc.) is not a sufficient reason to accept the TPP since this sector usually demands very high salaries but for fewer jobs, not precisely favouring most workers. [6]

            Canada’s autoworkers must be concerned. In the auto sector alone economist Jim Stanford predicts a possible loss of 20,000 jobs. [7] It should also serve us as a strong hint that in the U.S. the Ford Motor Company is urging U.S. Congress to oppose the TPP.

            What about workers’ rights?

            There seems to be more information on labour “rights” than labour gains in the TPP agreement. Fifteen articles in 15 pages (out of 6000 pages) of chapter 19 (out of 30 chapters) of the full text of the TPP deal with labour. But that’s all, more information but not more rights.

            Article 19.3 and its subsections basically states that the TPP members will “follow[ing] rights as stated in the ILO Declaration” of 1998. That may not be a problem in general, except for the limitation that establishes “that labour standards should not be used for protectionist trade purposes”, which leaves the door open to corporate interpretations of “protectionist” actions in regards to labour.

            Similarly, what seems disturbing is the statement about what constitutes a violation of those rights. Textually, “To establish a violation of an obligation under Article 19.3.1 (Labour Rights)…, a Party must demonstrate that the other Party has failed to adopt or maintain a statute, regulation or practice in a manner affecting trade or investment between the Parties.” I emphasize, “in a manner affecting trade or investment”; never mind workers. This seems to be a nice self-serving use of the ILO Declaration.

            One ridiculous sounding article establishes the extent of “Corporate Social Responsibility.” Article 19.7 says, “Each Party shall endeavour to encourage enterprises to voluntarily adopt corporate social responsibility initiatives on labour issues that have been endorsed or are supported by that Party.” This amounts to saying, “we will shoot ourselves in the foot if we feel like.”

            The remaining articles of this chapter deal with how to enforce corporate cooperation (with a token mention of job creation), labour regulations, and procedures for reclamations strictly “on matters related to this chapter”. Interestingly, the TPP proposes so-called “Labour Councils composed of senior governmental representatives at the ministerial” with no workers’ participation whatsoever!

            Canadians should be suspicious of a deal made behind their backs and should reject the TPP, which seeks to control resources and cheap labour, and to curtail working class power. For workers, Canada’s free trade experience is one of job insecurity, stagnating wages, increasing income inequality, and relatively higher levels of unemployment. The TPP does not promise anything different.

            It is possible to defeat the TPP, starting with spreading the information and prompting our City Councils and MPs. There is already a success story from Nanaimo, BC: “Nanaimo Mayor and Council express its opposition to the Trans-Pacific Partnership Trade Agreement and communicate this to Prime Minister Trudeau, Cabinet Ministers and every Member of Parliament. »[8]

            The Canadian government website on the TPP invites comments via email: TPP-PTP.consultations@international.gc.ca. [9]

            A campaign endorsed by concerned organizations also allows people to send an online message to decision-makers from the website http://letstalktpp.ca, hosted by OpenMedia, SumOfUs, Council of Canadians, and Stand.

[1] Full text of agreement: www.mfat.govt.nz/en/about-us/who-we-are/treaty-making-process/trans-pacific-partnership-tpp/text-of-the-trans-pacific-partnership/

[2]  www.international.gc.ca/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/tpp-ptp/index.aspx?lang=eng

[3]  http://communist-party.ca/statement/2084

[4] http://ipolitics.ca/2016/01/29/the-angus-reid-poll-canadians-anxious-about-tpps-effect-on-jobs/

[5] http://behindthenumbers.ca/2015/10/09/the-trans-pacific-partnership-agreement-a-dead-end-for-jobs/

[6] www.canadianbusiness.com/lists-and-rankings/best-jobs/2015-highest-paid-jobs/

[7] www.progressive-economics.ca/2015/09/22/tpp-renegotiating-nafta-by-the-back-door/

[8] www.manlymedia.com/news/investor-state-and-tpp/

[9] http://international.gc.ca/trade-commerce/trade-agreements-accords-commerciaux/agr-acc/tpp-ptp/consultations.aspx?lang=eng&utm_source=tpp&utm_campaign=tpp-consult

 

Source: http://www.peoplesvoice.ca/Pv16ma16.html#BTHETPP

Les anarchistes et l’expérience de la révolution russe

« L’expérience de la révolution sociale en Russie nous amène donc, dans la vieille question, si débattue entre socialistes et anarchistes, de l’éta­tisme, à une double conclusion : nécessité de prendre d’abord en main l’Etat, formidable appareil de coercition, et nécessité ensuite de se défen­dre contre lui, de poursuivre avec acharnement, peut-être au prix d’une longue et pénible lutte, sa destruction. »

Victor Serge

juillet-août 1920

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Préface

L’étude – par trop sommaire et schématique – qu’on va lire a été rapidement jetée sur le papier en 1920, après de longues et vives discussions avec les militants venus en Russie à l’occasion du deuxième Congrès de l’Internationale communiste, et notamment avec les camarades Lepetit, Vergeat, Pestana, Armando Borghi. Il me semble bien que tous ces camarades s’accordèrent à peu près avec moi sur l’ensemble des idées exprimées dans ces pages. Depuis, d’autres libertaires français et espagnols, moins connus, venus en Russie rouge, ont eu l’occasion de me donner leur approbation. Si bien que cela me paraît aujourd’hui un fait général : les anarchistes étrangers qui viennent en Russie, et surtout ceux qui participent au mouvement ouvrier de leur pays d’origine, souscrivent tout de suite au principe de la dictature révolutionnaire et acceptent ses conséquences.

Pour ce qui est des anarchistes russes, plusieurs militants connus y ont à ma connaissance nettement souscrit : ce sont notamment les camarades Grossman-Rotschin du « Goloss Trouda » [La Voix du Travail], syndicaliste anarchiste ; Gordin, anarchiste universaliste ; Perkus, anarchiste russe rapatrié d’Amérique. Point n’est évidemment besoin de mentionner ici ceux qui ont adhéré au Parti communiste russe.

Depuis que ces pages ont été écrites, l’immense expérience de la première révolution sociale des temps modernes a continué de se développer avec une logique inflexible. Nous voyons aujourd’hui, chose tragique, une révolution sociale, contenue – par suite de l’inertie des peuples de l’Europe en présence d’une réaction intelligente et bien armée – dans des frontières nationales où elle étouffe et réduite à temporiser avec l’ennemi extérieur et intérieur. Nous avons vu se commettre bien des fautes, se révéler des erreurs, s’attester des vérités précieuses au point de vue libertaire. Il me semble que de cette nouvelle expérience d’un an la pensée libertaire sort à nouveau fortifiée – à la condition que la révision des idées traditionnelles faite, l’on veuille bien se placer au point de vue du réalisme1 historique – tenir compte des besoins des masses et des grands facteurs de la vie économique et psychologique internationale, dont le cours dépend des événements bien plus que de nos aspirations et de nos rêves.

Car telle est, en définitive, la réforme de l’anarchisme que je me permets de préconiser : au lieu d’être une doctrine subjective, trop absolue et d’ailleurs largement utopique, qu’il soit ramené – sans rien perdre pour cela (bien au contraire !) de sa valeur éthique et philosophique pour l’individu comme pour le mouvement social à la réalité de la lutte des classes, à ses nécessités pratiques. Qu’il cesse d’être le privilège de minuscules groupements sectaires pour ajouter à l’ampleur et à la richesse du vaste mouvement ouvrier appelé à réaliser la transformation sociale en passant par l’étape nécessaire du communisme.

Après un an d’expérience nouvelle, il faudrait ajouter bien des choses à ce trop court et trop sommaire travail. Je l’adresse pourtant – faute de le pouvoir compléter – tel quel aux camarades : car dans ses lignes il me semble être aujourd’hui plus vrai, plus exact encore que l’an dernier, car il est d’autant plus actuel que, dans plusieurs pays. nombre de militants anarchistes croient devoir adopter à l’égard de la dictature prolétarienne de Russie une attitude nettement hostile qui révèle le plus souvent une inexpérience et un traditionalisme gros de dangers. Les vérités élémentaires ici résumées sont donc bonnes à répéter : il s’agit de faire naître le nouvel anarchisme qui dans les prochaines luttes révolutionnaires, au lieu de compliquer les situations et d’aggraver les convulsions intérieures de la révolution contribuera à élever, à ennoblir, à éclairer l’esprit du communisme de demain.

Il s’agit d’éviter au mouvement libertaire de l’étranger le désastre de l’anarchisme russe, totalement dépassé par les événements, à la hauteur desquels il n’a pas su se hausser, malgré les belles forces dont il disposait.

Il s’agit enfin de demander à tous les anarchistes de bien vouloir discu­ter avec calme, sans parti pris, sans dogmatisme, l’expérience de la Révo­lution russe. Et de ne pas reprendre à leur compte les malveillantes « critiques » (si l’on peut dire ! ) que la presse bourgeoise des deux mondes n’a pas cessé d’adresser aux fauteurs de la première révolution sociale. Et de ne pas oublier que la défaite d’une Révolution, pour le salut de laquelle des hommes (qui ne sont assurément, comme tous les hommes, ni exempts d’erreurs ni exempts de reproches) ont fait tout ce qu’il était humainement possible de tenter serait pour l’humanité entière un effroyable désastre dont la responsabilité retomberait dans une large mesure sur les révolutionnaires qui, par leur sectarisme étroit, auraient contribué à diviser et démoraliser aux heures les plus graves les élites ouvrières.

V. S.

Petrograd, 5 juin 1921.

1. Nécessité de réviser nos conceptions

Après l’expérience de la guerre et de la révolution, l’idéologie révolutionnaire, socialiste, syndicaliste ou anarchiste ne peut pas plus s’en tenir aux anciennes formules qu’on ne peut, dans la phase des grandes luttes où nous sommes entrés, s’en tenir aux anciennes méthodes de propagande et d’action. Faillite des intellectuels et des pacifistes ; faillite des partis socialistes parlementaires ; faillite du syndicalisme bureaucratique, et faillite aussi de l’action anarchiste – qui fut en somme à peu près nulle, tandis que certains militants perdaient eux aussi leur claire vision des choses : tel est le bilan de la guerre, au point de vue révolutionnaire. Et pourtant la guerre vérifiait, confirmait tragiquement toutes nos prévisions. Nous n’avions pas besoin de voir le monde étreint par la grande folie pour savoir à quels désastres la vieille société fondée sur le Capital et l’Autorité conduisait ses foules esclaves. Ainsi, de la débâcle où tant d’hommmes et de groupes ont sombré, les idées essentielles sortent fortifiées. D’autant plus que la révolution sociale, victorieuse en Russie, momentanément étouffée dans l’Europe centrale, sur le point d’embraser le midi de l’Europe – Espagne, Italie, Balkans – proclame depuis trois ans la puissance réelle des idées qui n’étaient hier encore que des idées…

Ainsi, pas une des notions, pas un des mots dont nous nous servions avant la guerre et la révolution n’ont cessé de nous être nécessaires : au contraire, nombre de ceux qui n’étaient alors que des mots signifient désormais des réalités : mais il n’en est pas un que l’on puisse employer absolument comme auparavant. Tous les mots, nous le sentons, toutes les notions, ont quelque peu un sens nouveau… C’est l’évidence. Que l’on considère un instant les idées d’action directe, de grève générale, de communisme en 1914 et 1920 – et l’on verra comme elles ont vécu !

Et l’on sera surpris de constater ensuite combien les hommes, les militants, ceux qui vont pourtant à l’avant-garde des peuples, se rendent difficilement compte de cette chose si évidente. Par esprit de tradition, par routine, par intérêt, par inertie, par inaptitude à distinguer le mot (le vieux mot) et la chose, par un manque désolant du sens des réalités, il en est qui reviennent aux conceptions de jadis et se bornent à les répéter. Il est des révolutionnaires qui, au cours de ces années terribles et grandes, n’ont rien oublié, rien appris. Le terrible, c’est qu’ils ne peuvent dans ces condi­tions rien de plus que par le passé…

Pour sortir du marasme où le mouvement révolutionnaire se débat dans divers pays, pour en tirer toutes les forces agissantes qu’il recèle, pour comprendre l’heure présente et pour y faire sa tâche, il me semble qu’un devoir s’impose a la conscience de tout militant :

Il faut, après l’expérience de la guerre et de la révolution procéder à une révision complète et méthodique de nos idées. Ne pas craindre de porter une main sacrilège sur de vieux dogmes très respectés. Ne pas craindre de s’écarter des bonnes voies qui paraissaient si sûres – et nous ont conduits à de sinistres impasses. Mais sachant bien ce que nous voulons et ce que nous sommes, nous placer en face de la réalité, l’exami­ner avec calme et résolution, pour la comprendre, conclure et agir.

2. Le fait nouveau dans l’histoire

Le fait nouveau dans l’histoire sociale de ce temps, c’est qu’en 1917 la première révolution sociale socialiste s’est accomplie en Russie. La classe possédante a été expropriée par la classe non possédante des exploités. L’État bourgeois a été brisé. Les anciennes hiérarchies sociales se sont effondrées. Un ordre nouveau a commencé de naître, dont les prin­cipes sont : propriété collective des moyens de production, obligation du travail pour tous les citoyens, élimination de la concurrence industrielle au sein de la société.

C’est là un nouveau point de départ dans l’histoire du monde. A dater du moment où la victoire de la révolution d’Octobre dans les rues de Petrograd et de Moscou fonde (dans la misère et la douleur, il est vrai ; par la violence, il est vrai, mais nul n’y peut rien) la société nouvelle, tous les événements vont avoir une signification et une orientation nouvelles, car la révolution sociale n’est pas locale. La victoire des Soviets à Petrograd et à Moscou ébranle le sol à Washington, à Paris, à Tokyo, dans toutes les métropoles du monde D’innombrables liens économiques, idéologiques, moraux, relient les hommes d’un bout du monde à l’autre : et l’appel parti de Russie, aux intérêts les plus profonds, aux intérêts de classe des pauvres, ne peut pas ne pas avoir un écho redoutable. La vague révolutionnaire déferle d’ailleurs de Vladivostok à Berlin, où meurt Liebknecht ; à Munich, où meurent Landauer et Leviné, à Budapest, à la Ruhr, à Cologne, à Florence, à Turin, à Milan ! Peut-elle s’arrêter aux bords du Rhin ? Il serait fou de le croire. Les révolutions n’ont jamais respecté les frontières. Seulement, elles ont le temps : si l’on peut être sûr qu’elles ne s’arrêteront pas avant d’avoir fait le tour du globe on ne peut prévoir le nombre d’années ou de générations qu’elles consacreront à leur œuvre La grande révolution qui achève le Moyen Age et ouvre les Temps modernes, la Réforme – affirmation de la liberté de conscience religieuse contre le dogme catholique corrompu et ossifié – dévaste l’Europe pendant plus d’un siècle et entraîne par un de ses lointains contre-coups la fondation des États-Unis d’Amérique2. La Révolution française met un demi-siècle à vaincre dans les cerveaux – après avoir vaincu l’Europe par les armes – et se rallume dès 1848 avec le socialisme égalitaire, libertaire et fraternel.

La victoire de la révolution sociale en Russie ouvre sans doute de même un siècle révolutionnaire. Étant donné l’interdépendance de tous les pays civilisés, il n’est pas possible que subsistent côte à côte, dans des pays voisins, deux organisations sociales différentes, l’une fondée sur la propriété privée, l’autre fondée sur la propriété collective des moyens de production. L’impérialisme capitaliste et le communisme ne peuvent pas coexister. L’un doit tuer l’autre. Mais arrivée au terme absurde de son évolution, aboutissant par suite de ses contradictions internes à la guerre et à la ruine, la société capitaliste porte en elle les forces qui doive l’abattre ; et, débilitée par la grande tuerie qui, précisément, a fait surgir la révolution, elle est condamnée. On peut dire avec sécurité que la transformation sociale n’est plus dans les pays d’Europe et d’Amérique qu’une question d’années ou, tout au plus, de décades. L’existence d’une République révolutionnaire crée d’ailleurs partout des conditions psychique extrêmement favorables à la révolte des masses. Par la légende dont elle s’auréole déjà par l’enthousiasme qu’elle suscite, par l’exemple de son héroïsme et de son stoïcisme, la Russie est un foyer inépuisable d’energies révolutionnaires. Elle incarne l’avenir ; et le passé n’a rien à opposer ; car les canons ne suffisent visiblement plus à tuer l’immense idéalisme qui est né dans le monde.

Ceux qui se sont battus dans les rues de Moscou, de Petrograd, laroslav et de Vladivostok, ceux qui se battent aujourd’hui sur les divers fronts de la Russie des Soviets, ceux qui font les humbles, les tristes, les dangereuses – et parfois les mauvaises – besognes de la révolution, ceux qui s’y sacrifient, travaillent ainsi pour tous les hommes et pour tout l’avenir. Et c’est du sort de l’humanité qu’il est question quand il est question d’eux.

La Révolution russe ouvre une ère nouvelle. Elle n’est que le premier épisode de la grande révolution qui doit transformer le monde civilisé. Ses répercussions se prolongeront pendant des dizaines d’années, parce qu’elle tend à transformer radicalement les conditions économiques et morales de la vie des peuples.

C’est là une vérité d’importance essentielle qui paraît aujourd’hui indiscutablement acquise.

3. Une définition du bolchevisme

Telle qu’elle est, la révolution sociale en Russie – et partout ailleurs où elle a commencé – est en grande partie l’œuvre du bolchevisme.

Comme toutes les conclusions historiques, celle-ci comporte quelque injustice. On semble, en la formulant, méconnaître les immenses, les magnifiques efforts de tous ceux qui, avant l’heure du bolchevisme, ont fait la révolution : propagandistes et terroristes socialiste-révolutionnaires dont la vaillance se prodigua ; anarchistes, mencheviks, que n’arrêta aucune persécution. Il faudra plus tard, en refaisant l’histoire de ces époques troublées, rendre justice à tous. En attendant, la vie ne récompense que ceux qui ont vaincu. Survivre et vaincre, c’est le grand mérite. Or, tous les autres ont défailli ou se sont trompés au dernier moment ; les bolcheviks, eux, ont osé. Tout est là.

On sait que le terme russe bolchevik veut simplement dire « majoritai­re ». Les bolcheviks étaient, au sein du parti social-démocrate marxiste, qui comprenait Plekhanov et Martov, les majoritaires, partisans de l’in­transigeance révolutionnaire. Jusqu’à la Révolution russe, ils demeurè­rent dans une obscurité relative. C’est après la chute du tsarisme qu’ils apparurent et que leurs mots d’ordre enthousiasmèrent les masses.

A la vérité, ce mouvement était nouveau, bien qu’il ait eu depuis de longues années ses pionniers opiniâtres. C’était le résultat de l’évolution à gauche du socialisme. Elle s’était accusée à Zimmerwald et à Kienthal. Avili et trahi par l’opportunisme, le parlementarisme, le modérantisme, le socialisme, traduisant les aspirations conscientes d’une élite de mili­tants et – vagues encore – des masses, devenait insurrectionnel, agis­sant, impatient, impérieux ; et il se mettait à parler comme seuls avaient parlé jusqu’alors les anarchistes.

Car il n’est pas mauvais de le rappeler. Jusqu’à la révolution d’Octobre et quelque temps après, seuls les anarchistes s’appelaient communistes et s’affirmaient nettement anti-étatistes. Jamais les propagandistes officiels du socialisme ne rappelaient les passages de Marx et d’Engels qui ont trait a la nocivité et à la disparition de l’État. Lénine, Zinoviev, Boukharine, en proclamant incompatibles les idées de communisme et d’État, ont renoué la tradition révolutionnaire du socialisme que, seules, avant l’éclatant succès de leur propagande, continuaient les diverses tendances anarchis­tes. Seuls avant le bolchevisme, les anarchistes étaient anti-démocrates et anti-patriotes. Seuls, ils préconisaient la révolution, c’est-à-dire l’expro­priation immédiate de la classe possédante (voir La Conquête du pain, de Kropotkine). Seuls, ils acceptaient hautement le recours aux méthodes de violence et le principe du terrorisme3, et ce n’est pas sans raison que de février à octobre 1917, dans l’intervalle des deux révolutions, bolcheviks et anarchistes russes collaborèrent fraternellement. Pendant les journées décisives de juillet et d’octobre l’initiative de l’action leur appartint également.

Pour la première fois, lors de la révolution d’Octobre, l’accord se réalisa entre l’acte et la parole. On fit ce dont on avait tant parlé. L’accord entre la pensée et l’action fit la force initale du bolchevisme que l’on peut, sans entrer dans des considérations de doctrine, définir comme un mouvement à gauche du socialisme – qui le rapprocha de l’anarchisme – inspiré par la volonté de réaliser immédiatement la révolution. Volonté de révolution : l’essentiel du bolchevisme se résume dans ces trois mots.

4. Enseignements de la Révolution

Il était jusqu’à présent permis d’idéaliser la révolution ou, ce qui est pis, d’en parler sans y croire. Ce n’est plus possible. Elle s’accomplit sous nos yeux dans une moitié de l’Europe, elle est imminente dans l’autre. Sous peine de n’être que des rêveurs ou des métaphysiciens, les militants doivent désormais l’envisager telle qu’elle est. La leçon est grande. En un siècle on avait à peu près réussi à oublier les enseignements de la Révolution française. La Révolution russe nous les remémore en les complétant vigoureusement. Qu’est-ce donc qu’une révolution et quelle loi nouvelle nous apporte-t-elle ?

D’abord ce n’est pas, ce n’est jamais la fête épique que des historiens, plus poètes qu’historiens, nous avaient promise. C’est une tempête où nul n’est épargné, qui déracine les plus forts, où triomphe l’imprévu. Du point de vue de ceux qui la font, c’est une rude et dangereuse besogne, parfois une sale besogne, à laquelle il faut se mettre botté jusqu’aux genoux, les manches retroussées, sans craindre les haut-le-cœur. Il s’agit de nettoyer la terre de la pourriture du vieux monde. Il faudra remuer la boue à pleines pelletées : et dans cette boue il y aura beaucoup de sang. Tout le fond d’égoïsme, de servilité, de lâcheté, d’imbécillité de la bête humaine va se trouver à nu, à certaines heures. Et nulle gloire de sacrifice, nulle beauté de victoire, nul idéalisme stoïque, au cœur des meilleurs, ne pourra effacer dans les yeux des témoins cet étalage des indigences de la vieille humanité.

La révolution est implacable. Implacable par les privations et les épreuves qu’elle impose à tous, c’est-à-dire en premier lieu aux plus faibles. La première conséquence inévitable de la guerre civile, c’est toujours la désorganisation de la production. La main-d’oeuvre détournée des labeurs paisibles se dépense sur les champs de bataille. Dans les ateliers, les chan­tiers, les usines, où l’ancienne discipline du travail salarié n’est plus, où la mentalité nouvelle n’est pas encore, un profond désarroi moral doit sévir. A cela s’ajoutent la désorganisation du transport, les méfaits de la spéculation, les excès des pêcheurs en eau trouble. Implacable envers les vaincus qui sont de deux sortes : défenseurs de l’ancien régime que seule la Terreur peut abattre définitivement – et révolutionnaires égarés, incer­tains et sentimentaux. Ceux-ci, par étroit esprit de parti bien souvent, par incapacité de se plier aux nécessités effrayantes de l’heure, par scrupules moraux devant telles exigences impérieuses de la lutte, se voient parfois rejetés hors de l’action, heureux encore quand le sort ironique ne les transforme pas, libérateurs d’hier, en contre-révolutionnaires d’aujourd’ hui.

Cette notion de la révolution-réalité, dur et implacable labeur, opposée à la révolution-légende, est, pour le militant, la première et l’une des plus importantes acquisitions psychologiques des années qui viennent de s’écouler. C’est telle qu’elle est, avec toutes ses conséquences redouta­bles, avec tous les risques qu’elle comporte et les sacrifices qu’elle impose qu’il faut vouloir la révolution parce qu’elle est inévitable et nécessaire ; parce qu’elle est la condition du développement ultérieur de l’humanité – de la grande renaissance des hommes.

L’acquis théorique des expériences révolutionnaires contemporaines nous impose plusieurs autres notions :

1) Celle de la dictature du prolétariat. – Qui dit révolution dit vio­lence. Toute violence est dictatoriale. Toute violence impose une volonté en brisant les résistances. Puisqu’il s’agit d’exproprier la classe possé­dante, la violence révolutionnaire qui doit remplir cette tâche ne peut être que celle de la classe non possédante, c’est-à-dire de la minorité la plus avancée du prolétariat.

Grandi et trempé dans les creusets révolutionnaires des grands centres industriels, aguerri par de persévérantes luttes économiques, victime des crises et du chômage, témoin de l’iniquité qui fait voisiner dans les mêmes cités les palais des oisifs et les taudis des travailleurs, le proléta­riat, dont l’élite a pris nettement conscience de ses tâches et de ses devoirs est bien, par antinomie au paysan conservateur, borné, étroite­ment intéressé, souvent religieux, la classe révolutionnaire – et partant celle dont la violence seule peut provoquer le dénouement de la guerre sociale

J’avoue ne pas concevoir que l’on puisse être révolutionnaire (autre­ment que d’une façon purement individualiste) sans reconnaître la néces­sité de la dictature du prolétariat.

Il n’y a jamais eu, dans l’histoire, de révolution sans dictature révolutionnaire. Jamais. L’Angleterre de Cromwell avait la dictature des Têtes rondes. La France de 1789-1793 eut celle de la Commune de Paris, puis celle des jacobins. Du jour où les militants ouvriers de toutes les tendances entraînant les masses auront jeté bas le pouvoir de la bourgeoisie, il faudra bien, fussent-ils tous libertaires, qu’ils organisent sur-le-champ le ravitaillement des grandes villes, la défense intérieure et extérieure contre la contre-révolution, bref, tous les rouages compliqués de la société moderne. Et ils ne pourront compter ni sur la conscience, ni sur la bonne volonté, ni sur la volonté de tous ceux auxquels ils auront affaire : car les masses qui les suivront ou les entoureront seront perverties par l’ancien régime, relativement incultes, souvent inconscientes, tiraillées par les sentiments et les instincts du passé.

Sous peine de mort, c’est-à-dire sous peine d’être immédiatement mis à mort par la victoire d’une dictature réactionnaire, il faudra que les révolutionnaires assument immédiatement la dictature.

2) Celle des Soviets ou Conseils d’ouvriers. – Le mot d’ailleurs importe peu. Les Soviets en Russie se sont formés spontanément pendant les premiers jours de la révolution de février-mars. Ailleurs ils se formeront peut-être autrement. Mais il n’en demeure pas moins vrai que, dès les premières heures de la guerre sociale, les conseils librement formés par les représentants des travailleurs révolutionnaires auront seuls l’autorité morale et matérielle nécessaire pour diriger la production et prendre la responsabilité de l’action.

Ceci est d’autant plus vrai que la révolution ne peut que se faire contre le parlement bourgeois, auquel on ne peut pratiquement opposer que le principe des Conseils ouvriers où n’entrent que les représentants d’une classe.

3) Celle de la Terreur. Il n’y a jamais eu de révolution sans terreur. Dans les deux grandes expériences que nous connaissons. nous pouvons voir naître et croître les causes mêmes qui rendent la terreur nécessaire. Dans la France de 1791-1792, c’est la conspiration incessante des nobles, des prêtres, des spéculateurs et des fourbes de l’intérieur : c’est la Vendée, ce sont les révoltes de Lyon, de Toulon, de Marseille, de Mende ; ce sont les émigrés organisant à Coblence et à Londres l’intervention étrangère : ce sont les armées des monarchies coalisées franchissant les frontières de la jeune République. Ces causes déterminent un état d’esprit panique chez les uns, résolu, impitoyable, exaspéré chez les autres. Et l’on jette à l’Europe la tête d’un roi, l’on dresse la guillotine sur la place de la Révolution, l’on arrête par milliers les suspects, l’on fait les journées atroces de septembre… Nul n’avait voulu cet enchaînement de causes et d’effets : nul n’aurait pu s’y soustraire.

En 1917-1919, en Russie rouge, les mêmes causes – la similitude est absolue – ne peuvent pas ne pas produire les mêmes effets. C’est qu’il s’agit sans doute d’une loi générale du développement des révolutions. Qu’on se rappelle les circonstances, la Russie révolutionnaire a reculé devant la nécessité de verser le sang tant qu’il a été possible de reculer. Mais quand la conspiration incessante à l’intérieur se traduisit par la révolte de Iaroslav, par l’assassinat d’Ouritski à Petrograd, par l’attentat contre Lénine à Moscou, quand l’Oural occupé par les Tchécoslovaques qui marchaient sur la Volga devint une Vendée, quand les émigrés de la contre-révolution russe se mirent à organiser à Paris et à Londres l’inter­vention année, tandis que leurs bandes dévastaient le Don ; quand la Fin­lande blanche eut assassiné onze mille communistes vaincus, il fallut recourir à la terreur rouge.

Il le fallut, sous peine de mort. Car une faiblesse eût peut-être amené la défaite. Et la défaite c’était la terreur blanche, cent fois plus atroce que la terreur rouge. En deux semaines, les Versaillais ont fait à Paris, en 1871, trois fois plus de victimes que la terreur rouge n’en a fait dans l’im­mense Russie en trois ans de révolution. En Finlande, en Bavière, en Hongrie, la réaction vient de montrer qu’elle ne s’arrête, elle, devant rien.

4) Celle de l’inéluctabilité de la guerre de défense révolutionnaire. – Les différences de mœurs, d’évolution économique, de situation finan­cière, etc., rendent peu probable une révolution tout à fait simultanée dans plusieurs grands pays voisins. La révolution qui éclate et vainc dans un pays se trouve donc immédiatement en présence d’une coalition qui groupe tous les États voisins où l’ancien régime se maintient. De même que l’Europe des nobles et des monarques s’était liguée contre la Républi­que française, l’Europe capitaliste (à laquelle, progrès sensible, les États-Unis et le Japon se sont joints) s’est coalisée contre la Russie des Soviets communistes. M. Clemenceau a su reprendre avec brio le rôle de Pitt.

A cette nécessité de défense révolutionnaire, il faut répondre, comme à celle de la terreur et de la dictature, sous peine de mort. Car c’est le sérieux des révolutions que les demi-mesures et les demi-défaites n’y sont pas possibles, et que vaincre y signifie vivre ; être vaincu, périr.

5) Celle de la nécessité de puissantes organisations révolutionnaires. – C’est grâce à l’organisation remarquable des clubs jacobins que la France révolutionnaire résista victorieusement aux monarques coalisés. Comme en Russie, pour le parti communiste, les nécessités de la révolu­tion avaient fait surgir, à Paris et dans les départements, des clubs, qui, avec une organisation plus parfaite, eussent sans doute pu tenir en échec la réaction militaire et bourgeoise. Au reste, prétendre vaincre l’État capi­taliste sans des organisations de combat, souples et fortes, sans tout un appareil de lutte – presse, action économique, action illégale, terrorisme, etc. – serait plus que naïf. L’énergie révolutionnaire, multiple et variée par sa nature, doit être dans la bataille organisée, concentrée, cohérente, consciente.

5. Les anarchistes et l’expérience de la Révolution

Tels sont. me semble-t-il, dans l’ensemble, les enseignements de la Révolution russe. Tels sont les problèmes que les anarchistes se doivent d’envisager avec une pleine liberté d’esprit. Ou bien dans les événements qui se déroulent, ils ne joueront en tant qu’anarchistes aucun rôle appréciable ; et ce sera de leur part un piètre renoncement.

Question importante. Car elle n’intéresse pas que ceux qui s’intitulent « anarchistes ». Elle intéresse tous les révolutionnaires épris de liberté, imbus de l’esprit de libre critique et de libre recherche qui est la caractéristique même de la psychologie anarchiste : tous ceux qui ne sont pas dogmatiques, tous ceux qui croient à la nécessité d’avoir une conviction personnelle, de se conformer dans la lutte à sa conscience et de ne se fier qu’à elle ; tous ceux qui pensent que le but final de tout effort révolutionnaire ne peut être que la réalisation d’une société de libres travailleurs où l’individualité humaine pourrait enfin se développer pleinement… Car ceux qui pensent et sentent confusément ainsi sont, quelle que soit l’appellation qu’ils adoptent, des anarchistes qui s’ignorent.

Eh bien ! il me semble que nous devons, nous, anarchistes, accepter ou répudier en bloc toutes les conditions nécessaires de la révolution sociale : dictature du prolétariat, principe des soviets, terrorisme, défense de la révolution, fortes organisations.

De ce bloc on ne peut rien ôter sans que tout s’écroule. La révolution est telle. C’est le fait. Elle n’est pas ce qu’on la rêvait, ni ce que nous voudrions qu’elle fût. La voici. Êtes-vous contre elle – ou avec elle ? Ainsi se pose brutalement la question.

Pour ceux qui ne se fient qu’à l’œuvre d’éducation, à l’évolution des masses, et qui s’imaginent que cette éducation, cette évolution est possible en régime capitaliste dans un sens libertaire, la question est tranchée. Ils n’ont rien à attendre de la violence, ils sont contre la révolution. C’est-à-dire qu’elle les emportera malgré eux – sans qu’ils veuillent la comprendre. Je sais pourtant qu’on peut défendre cette opinion. Mais l’erreur sur laquelle elle repose me paraît trop évidente pour qu’il soit besoin de s’attarder à sa réfutation, et cet abstentionnisme en présence des plus grands événements de l’histoire ne séduira jamais ni les masses, ni les individualités énergiques.

Donc, bon gré mal gré, les anarchistes seront pour la plupart avec la révolution. Ils seront même partout, comme ils le furent en Russie, les premiers au danger. Mais une chose est de se battre, une autre de penser, d’exercer une influence, d’éclairer les esprits. A cette dernière tâche ils feront défaut s’ils n’acceptent pas consciemment, sans renoncer à leur idéalisme propre, toutes les nécessités de la révolution.

Préconisant depuis de longues années la guerre des classes, l’action directe. le recours à la violence, les anarchistes n’ont aucune raison logique de repousser la dictature du prolétariat, expression décisive de la lutte des classes, de l’action directe, du recours à la violence ; il leur appartient au contraire, de la vivifier en la pénétrant de leur esprit, d’em­pêcher qu’on n’abuse des mots au détriment de la chose, d’affirmer, par exemple qu’il ne peut y avoir de dictature prolétarienne sans le contrôle effectif et permanent des masses, sur les institutions et sur les hommes. Les communistes, tous, le savent sans doute ; mais leur esprit de disci­pline et leur habitude de la centralisation rendent ceux d’entre eux qui ne sont pas libertaires moins aptes à préconiser, voire à appliquer ce contrôle.

Au principe soviétiste, je ne vois pas que l’on puisse, du point de vue anarchiste le plus intransigeant, faire des objections majeures. Il réalise bien le minimum de délégation de pouvoirs, le membre du Soviet conti­nuant à demeurer parmi ses camarades de travail, n’étant élu que pour une période très courte et pouvant d’ailleurs se voir retirer à tout moment son mandat. Et les Soviets, en définitive, seront ce que vous les ferez, cama­rades !

Nombre d’anarchistes russes ont sévèrement blâmé la terreur que, per­sonne, du reste, n’acceptait de gaieté de cœur… Il n’en demeure pas moins vrai qu’ils ont souvent eu recours au terrorisme individuel. Peut-on accep­ter le terrorisme individuel en temps de relative (très relative, il est vrai) paix sociale et répudier, en temps de guerre civile, le terrorisme des masses ? Peut-on, quelle que soit notre répugnance à y recourir, en éviter l’organisation, et la systématisation ? Certes, non.

Posons maintenant la question de la défense révolutionnaire. Partout, les anarchistes russes, très divisés à cet égard, en théorie, l’ont pratique­ment résolue en prenant les armes, dans les gardes rouges d’abord, dans l’Armée rouge ensuite. En formant des bandes de partisans, ils se sont battus contre Denikine ; ils ont contribué à la défense de Petrograd contre Youdenitch ; ils ont versé leur sang sur tous les fronts de la République des Soviets. En théorie pourtant, la plupart d’entre eux n’admettent que la guerre des partisans ou l’armée volontaire. Position équivoque. Qui se bat veut vaincre. Peut-on vaincre les armées de l’impérialisme moderne avec des bandes de partisans armés, de volontaires ? A priori, on peut répondre par la négative. L’expérience, du reste, est concluante. Les nécessités de la lutte ont successivement – et victorieusement – trans­formé les gardes rouges en armée de volontaires puis en Armée rouge, fondée sur le principe du service obligatoire. Les bandes anarchistes de Makhno n’ont pu que tenir en Ukraine pendant toutes les invasions qu’elles n’avaient pu empêcher, et ce n’a pas été sans avoir recours, elles aussi, à la contrainte, pour recruter des combattants.

La question d’organisation révolutionnaire est probablement celle qui offrirait aux anarchistes le plus de bonnes raisons de se différencier. Cen­tralisation ou fédéralisme ? Comment assurer la cohésion dans l’action, la méthode, l’ensemble en vue d’un but parfois fois assez éloigné, et stimuler à la fois I’initiative des groupes et des individus, et se prémunir contre la bureaucratie, contre les pontificats, contre la manie dictatoriale des comités, contre l’arrivisme ? Comment créer une discipline qui ne soit pas passivité ? Autant de questions que nul n’a encore résolues. Elles se rattachent au surplus à d’importantes questions de tactique et de principe. La formule bolchevik : « Un parti fortement centralisé » prête à bien des critiques. Mais si l’on n’y voit que l’expression d’un fait inévitable et nécessaire, lui aussi, dans le cours de la révolution, toutes les objections faites à la théorie paraîtront désormais très vaines… Et c’est le cas. J’y reviendrai donc un instant.

6. Attitude des anarchistes russes

Quelle a été devant ces faits l’attitude des anarchistes russes ?

Elle varie, selon les tendances, d’un extrême à l’autre.

II y a eu en Russie des anarchistes, ennemis mortels du parti bolchevik – loyaux à son égard (avec pourtant une pointe d’hostilité) ou alliés souvent au point d’adhérer au parti.

Pendant la lutte contre le régime finissant de Kerenski, anarchistes et bolcheviks poursuivirent fraternellement une action parallèle. Les anarchistes participèrent également aux émeutes de juillet et aux batailles décisives d’octobre. Après octobre et pendant assez longtemps ils gardèrent dans les grandes villes une autonomie redoutable : ils constituèrent en somme, au sein de la grande république en formation, une république armée, mal organisée mais très turbulente. A Petrograd et à Moscou, ils eurent, dans les palais dont ils s’étaient emparés, des quartiers généraux et de véritables forteresses hérissées de mitrailleuses. Leurs états-majors perquisitionnaient, arrêtaient, réquisitionnaient sans contrôle et sans qu’il fût possible de bien discerner où finissait l’acte révolutionnaire, où commençait le banditisme : de même que l’absence d’une organisation formelle empêchait de distinguer l’anarchiste du pêcheur en eau trouble qui jugeait opportun de se qualifier tel. La Presse anarchiste était à ce moment puissante. Elle avait ses quotidiens à Petrograd à Moscou (Bourevestnik et Anarkhia) et ailleurs, comme à Cronstadt, où les anarchistes dirigèrent pendant un certain temps le soviet dont l’organe fut véritablement leur organe. Malgré les fautes nombreuses, malgré l’absence d’un programme précis – chose terrible à l’heure où l’action s’impose et se définit chaque jour -, ils rencontrèrent dans la population ouvrière une immense sympathie. Ils n’en surent pas tirer parti pour fonder un mouvement sérieux dont le commencement eût dû être l’élaboration d’un programme pratique. Et leur vaste agitation s’éteignit faute d’une idéologie nette, faute d’organisation, et par suite des excès qui avaient indisposé contre les « Noirs » une grande partie de la population. Cela finit par un conflit armé avec les bolcheviks, qui recoururent à la force pour procéder au désarmement des citadelles anarchistes.

C’est là, pour tous ceux qui savent quels trésors d’énergie recèle le mouvement anarchiste, une page bien amère dans l’histoire de la Révolu­tion russe. Mais je ne puis m’empêcher de me demander si l’existence clans les capitales d’une révolution assaillie par deux impérialismes, d’une force armée qui n’était soumise à aucun contrôle, à aucune disci­pline même morale, qui n’obéissait qu’à ses propres impulsions et à laquelle venaient infailliblement s’agréger des éléments douteux à tous égards, n’eût pas, en se prolongeant, constitué pour la révolution même le pire danger. En pareil cas, les anarchistes mêmes eussent dû désarmer – et s’il le fallait, par la force – d’autres anarchistes menaçant de la sorte leur œuvre et leur vie.

Ce conflit porta un coup très grave au mouvement. II le discrédita, lui coupa les ressources et creusa un fossé entre le grand nombre des anar­chistes et le parti communiste. Depuis, le mouvement n’a fait que végéter, excepté en Ukraine où son expérience a été à la fois épique et navrante4.

A l’heure actuelle, il n’a ni presse ni organisation, bien qu’il y ait dans presque toutes les villes et toutes les unités militaires des militants anar­chistes. Les divergences de vues entre eux et l’absence d’un programme d’action pratique, plus que toutes les autres causes politiques, les rejettent en dehors de l’action. Car, où ils sont contre le parti communiste, ce qui les rapproche des contre-révolutionnaires et les réduit comme eux à l’im­puissance ou ils sont avec lui, et alors, n’ayant pas de solutions propres à proposer, force leur est de se mettre à sa remorque ou d’y entrer. On peut pourtant distinguer parmi eux trois tendances :

1) Les « anarchistes clandestins » ou « souterrains », ennemis mortels de la dictature communiste à laquelle ils reprochent ses abus, les excès d’autorité de ses agents, sa centralisation et les misères subies par la popu­lation du fait de la révolution. Ils ont préconisé la lutte à main armée contre le pouvoir des Soviets, et commis, en réponse d’ailleurs aux mesures de répression prises en Ukraine, l’attentat du 25 septembre 1919, contre le Comité central du Parti communiste de Moscou, attentat qui fit trente-six victimes dont dix morts et suscita parmi l’immense majorité des anarchistes une réprobation unanime. L’organisation qui l’avait commis semble bien avoir péri tout entière dans la lutte qu’elle soutint ensuite contre la Commission extraordinaire de répression.

2) Ceux que j’appellerai le Centre parce qu’ils occupent une position intermédiaire entre les anarchistes anticommunistes et communistes (au sens bolchevik du mot). C’est la très grande majorité. La dictature, l’absence de liberté, les excès de toutes sortes les choquent souvent et souvent les aigrissent. En théorie, ils reprochent au parti communiste ses procédés d’autorité, ses principes de centralisation absolue, son étatisme, son intolérance. A première vue, leurs critiques sont très fortes ; mais sitôt qu’on les approfondit, elles apparaissent vaines, n’étant pas complétées par l’indication des remèdes.

La déclaration de principe de l’Union des anarchistes de Moscou (déc. 1919) contient par exemple ces simples lignes, pour tout programme politique : « En politique »,

Nous luttons pour l’émancipation totale de l’homme. non pour le remplacement de la domination d’une classe par une autre, mais pour détruire toute autorité, tout droit coercitif, toute législation basée sur la contrainte ; nous les voulons remplacer par l’ordre spontané qui se fonde sur les contrats librement consentis.
L’État actuel régi par une classe – association forcée des individus et des groupements – doit être remplacé par la libre association des individualités. Nous luttons pour l’anéantissement des frontières et des limites d’Etat. Nous proclamons : « La Terre entière à tous les hommes et à tous les peuples ! »

Voilà certes une belle déclaration et qui résume très clairement l’idéal de tous les communistes (y compris ceux qui ne se sont jamais appelés autrement que bolcheviks). Mais comment atteindre à cet idéal, comment se mettre à l’œuvre tout de suite, en 1920, en présence des événements actuels ? Se borner ainsi à l’évoquer, c’est baser la propagande sur l’utopisme. Je suis bien forcé de convenir que Boukharine a fait mieux – avec moins de poésie – dans son ABC du communisme, où il esquisse la théorie du dépérissement de l’État et de toute autorité par le fonctionnement normal des institutions économiques communistes.

Cette position critique et utopiste, rendue très faible du fait que ceux qui la défendent ne préconisent maintenant aucune action pratique. celle de la Fédération de la jeunesse anarchiste, de l’Union de Moscou et de la plupart des petits groupes.

La Confédération anarchiste ukrainienne du Nabat (c’est-à-dire « Tocsin ») se situe aussi au centre, avec plus d’esprit pratique et une théorie beaucoup plus forte, due à un militant de grande valeur, Voline (Eichenbaum). Nombre de camarades du Nabat admettent la dictature du travail, nient la nécessité d’une période de transition définie entre le capitalisme et le communisme. La révolution ne peut pas s’arrêter ; elle doit continuer jusqu’à l’établissement du communisme intégral qui ne peut être que libertaire. Tout essai de fonder un « État communiste » intermédiaire entre l’ancien régime et la société nouvelle est à leurs yeux nuisible. La révolution doit être mondiale. Les forces créatrice des masses y jouent le rôle essentiel. Tout vient des masses auxquelles il suffit d’adres­ser un constant appel. Les masses s’organisent elles-mêmes en soviets locaux qui se fédèrent spontanément et forment des milices ou plus exac­tement des groupes d’insurgés (je traduis ainsi le mot russe povstantsi) susceptibles de se transformer en armée de volontaires. C’est dire que le Nabat est irréductiblement hostile à toute centralisation par en haut et au service militaire imposé par une autorité centrale. Cette idéologie a rencontré en Ukraine un grand succès. Si elle ne s’était heurtée au communisme marxiste des Grands-Russiens, il semble bien, d’après des témoins bien informés, qu’elle aurait pu donner des résultats positifs, c’est-à-dire une orientation originale, à la révolution sociale en Ukraine. La confédération du Nabat jouit encore dans la Russie entière, parmi les anarchistes, d’un certain prestige dû aux aspects épiques de la lutte en Ukraine. À la vérité, elle n’a cependant qu’une signification et une valeur locales.

3) Les anarchistes « soviétistes », qui se croient un devoir de travailler à l’heure actuelle avec le parti communiste bolchevik, voire s’y rallier complètement. Nombreux sont, en effet, les camarades qui y sont entrés, pensant que l’heure n’était pas aux réserves philosophiques et que son programme était le seul applicable, le seul pratique pour assurer les conquêtes de la révolution d’Octobre. Sans adhérer au Parti, les camara­des du groupe anarchiste-syndicaliste « Goloss Trouda » (Moscou et Petrograd) se sont pratiquement solidarisés avec lui, jusqu’à approuver la militarisation du travail (Grossman-Rotschin, fin 1919).

Ils admettent, en termes assez confus il est vrai, la dictature révolution­naire en période de transition, mais non d’un parti politique.

En même temps que ce groupe, il convient de nommer celui des anar­chistes-universalistes, récemment fondé à Moscou, qui, en période révo­lutionnaire, acceptent la centralisation avec toutes les conséquences. « Sur toutes les questions de tactique, me disait en 1920 un de ses mili­tants, nous sommes d’accord avec les bolcheviks5. »

En résumé, la nullité de l’influence anarchiste, malgré le rôle joué par les militants dans toutes les batailles révolutionnaires, est frappante, en Russie si l’on en excepte l’Ukraine. Cela tient, à mon avis, aux causes suivantes :

D’abord à ce que le bolchevisme, dans ses premières phases tout au moins — de destruction et de combat -, travaille pour l’anarchie future dont il s’est assimilé les principes actuellement applicables ; ensuite, à ce que le bolchevisme n’est dans une large mesure autre chose que le résultat (et inévitable) de l’action des lois qui président au développement de toute révolution (et qu’il ne laisse, par conséquent, pas place à d’autres méthodes) ; enfin, dans une mesure bien moindre, à l’esprit traditionaliste des anarchistes qui n’ont pas su envisager pratiquement les événements. En Russie même, la plupart d’entre eux n’ont pas encore pris nettement position en présence de la dictature du prolétariat.

7. La centralisation et le jacobinisme

Ainsi la révolution se développe en vertu de lois rigoureuses dont nous n’avons pas à discuter les conséquences. Nous avons à y obvier, à les modifier selon nos forces, et notre critique peut utilement s’exercer dans ce sens. Mais elle ne doit pas nous faire perdre de vue que nous sommes souvent en présence de nécessités inéluctables, – qu’il s’agit de la logique interne de toute révolution et qu’il serait, partant, absurde d’imputer tels ou tels faits – souvent déplorables – à la volonté d’un groupe d’hommes, à une doctrine, à un parti. Bien plus qu’elle n’est façonnée par les hommes, les doctrines et les partis, la révolution les façonne. Elle donne l’apparence d’une supériorité sur les événements qu’à ceux qui plient à ses nécessités ; les autres, elle les écarte ou les brise. C’est sans doute pourquoi les anarchistes, inhabiles à s’adapter aux circonstances nouvelles, ont le plus souvent été emportés par la tourmente – et sacrifiés ; alors que réalistes plus avisés, les marxistes se conformaient courageusement aux nécessités de l’heure. Et leur immense mérite, ce faisant, ç’a été de ne jamais perdre de vue le but.

Suppression des libertés dites démocratiques ; dictature appuyée au besoin par la Terreur ; création d’une armée ; centralisation pour la guerre, de l’industrie, du ravitaillement, de l’administration (d’où étatisme et bureaucratie) ; enfin, dictature d’un parti… Il n’est, dans ce redoutable enchaînement de nécessités, pas un anneau que l’on puisse ôter, pas un anneau qui ne soit rigoureusement conditionné par celui qui le précède et qui ne conditionne celui qui le suit.

En 1917-1920, telles sont en Russie, comme en 1789-1797 en France, les suites de la lutte à outrance d’une minorité révolutionnaire contre une minorité réactionnaire, – de la désagrégation de la vieille société, – de la crise de l’industrie, de la disette, de la rupture des ressorts moraux qui contenaient les égoïsmes individuels, du heurt des exaltations et des fanatismes, – bref de la guerre des classes, intérieure et extérieure, tranformant tout un pays en camp retranché où, finalement, il n’est plus de loi que la loi martiale.

Dans un article intitulé « La critique anarchiste et les nécessités de révolution », j’examine assez longuement les principaux aspects de la question. Ne croyant pas indispensable de développer davantage une argumentation dont les traits essentiels sont déjà suffisamment indiqués, je me bornerai à quelques observations sur la centralisation et l’action du parti communiste.

La tradition anarchiste est, avec raison, décentralisatrice. Elle combat la centralisation au nom de l’initiative individuelle. Elle lui oppose le fédéralisme. Bien. Mais pouvons-nous nous en tenir aujourd’hui aux tra­ditions de la fédération jurassienne ? Ne faut-il pas plutôt distinguer, approfondir, préciser ? Si – et ce n’est peut-être pas très difficile. La centralisation nocive, celle qui tue les initiatives, c’est la centralisation autoritaire. Car il va de soi que même dans la société communiste la plus libertaire, certaines industries tout au moins (soit dit à titre d’exemple) devront être gérées sur un plan unique, d’après des vues d’ensemble, des statistiques exactes, etc. Il est même beaucoup plus exact de dire que l’in­dustrie tout entière devra avoir, au-dessus des millions de cerveaux qui la feront vivre, un cerveau. Mais la fonction de ce centre sera de diriger par la science non par l’autorité ; il s’imposera parce qu’il sera le résultat bienfaisant des efforts de tous les organismes de la production et non parce qu’on le craindra : il stimulera, éclairera, coordonnera, utilisera les libres initiatives des groupes autonomes et des individus qu’il ne préten­dra pas régenter par la coercition. – Bref, ce qu’il y a de nocif dans le principe de la centralisation tel qu’on le comprend aujourd’hui, c’est l’es­prit d’autorité. Cet esprit écarté, il ne reste plus que la coordination. L’avenir éliminera sans doute, non sans de grandes luttes, l’esprit d’auto­rité, dernier vestige de l’esprit d’exploitation. Pour y tendre, dans les périodes révolutionnaires, les anarchistes ne peuvent plus nier la nécessité d’une certaine centralisation et ont cependant leur mot à dire, un mot que seuls ils peuvent dire. Et c’est :

Centralisation, soit. Mais pas autoritaire. A cette dernière nous pouvons avoir recours par nécessité, jamais par principe. – La seule forme d’organisation révolutionnaire c’est : libre association, fédération, coordination. Elle n’exclut pas la centralisation des compétences et des renseignements : elle n’exclut que celle des pouvoirs, c’est-à-dire de l’ar­bitraire, de la coercition, des abus. Elle doit émaner des masses et non descendre vers les masses pour les gouverner.

A cet égard, il faut espérer que dans des pays plus cultivés, où les masses ont davantage l’habitude de l’organisation et de la self-discipline, les expériences amères de la Russie ne seront pas répétées. La dictature du prolétariat a dû appliquer en Russie une centralisation autoritaire de plus en plus complète. On peut, on doit le déplorer. Je ne crois malheureu­sement pas qu’on eût pu l’éviter. Le manque d’organisation, l’inculture générale du peuple russe, le petit nombre d’hommes, le grand nombre des erreurs et des excès, l’immensité du danger contraignirent la révolution à monopoliser progressivement le pouvoir entre les mains de ses guides les plus éprouvés. Cette expérience, nous l’avons vue se poursuivre sous nos yeux. Les « pouvoirs autonomes locaux » commettaient tant de fautes – et quelquefois pis – que le passage de l’autorité à la capitale provoquait un soupir de soulagement.

A cette question se rattache de très près celle de l’organisation révolutionnaire avant et pendant la période des luttes décisives. Les considérations ci-dessus y trouvent leur application. Mais l’expérience historique et le raisonnement nous amènent ici à deux conclusions sur le jacobinisme inévitable. D’excellents révolutionnaires affirment que « la dictature prolétariat ne doit pas être celle d’un parti » et il est difficile de ne pas leur donner raison tout d’abord si l’on a en vue ce qui doit, c’est-à-dire ce qui devrait être… Peut-être, en d’autres conjonctures historiques. diverses tendances idéologiques du mouvement révolutionnaire réaliseront-elles un certain équilibre, infiniment souhaitable à coup sûr pour l’évolution ultérieure de la société nouvelle. Mais cela paraît douteux semble bien que par la force des choses un groupe soit contraint de s’imposer aux autres et de les dépasser, en les brisant au besoin, pour exercer ensuite une dictature exclusive. Telle est l’expérience des montagnards jacobins écrasant d’abord la Gironde et ensuite la Commune. Telle celle des bolcheviks, contraints de réduire tour à tour les mencheviks socialistes-révolutionnaires et les anarchistes. Toute autre organisation – fût-elle libertaire – en eût fait autant, à leur place. Car, à de pareils moments, l’opposition quelle qu’elle soit devient l’alliée de fait de la contre-révolution extérieure ; car l’intolérance est portée à son comble par le développement même de la psychologie révolutionnaire. Dans certains pays, les syndicats – et par conséquent la minorité syndicaliste révolutionnaire – semblent devoir jouer au cours des prochaines crises révolutionnaires un rôle tout à fait décisif. S’ils s’emparent quelque jour de la production, il faudra qu’ils brisent la résistance des éléments réformistes ; et il faudra que la minorité d’initiative, la minorité conscient qui en aura la direction s’organise pour exercer sur les syndicats même un contrôle moral, pour les épurer, pour y déjouer les intrigues : par exemple si la minorité en question est libertaire, force lui sera de combattre (par des moyens dont elle n’aura pas toujours le choix) les intrigues des autoritaires ! ! ! Les communistes russes ont reculé devant la nécessité d’accepter le pouvoir exclusif jusqu’au jour où la tentative des socialistes-révolutionnaires de gauche de prendre la dictature par la force (l’émeute de Moscou des 7-8 juillet 1918) les y obligea. Jusqu’à ce moment, les deux partis détenaient le pouvoir. Le 7 juillet 1918, les socialistes-révolutionnaires s’insurgèrent, s’emparèrent des postes et télégraphes pour faire savoir au pays qu’ils « gouvernaient seuls dorénavant » et tirèrent au canon sur le Kremlin, où résidaient les commissaires du peuple. Ils furent vaincus ; et ce furent les bolcheviks qui gouvernèrent seuls. Il est vraiment douteux que les partis et les groupements des autres pays puissent en de pareilles circonstances résister davantage à la tentation de diriger seuls les événements et se conduire avec plus de modération. Car quel est celui qui n’est capable de tout risquer pour réaliser entièrement son idéal ? La formation d’un parti jacobin et l’exclusivisme de la dictature ne paraissent donc pas inévitables ; et tout dépend désormais des idées qui l’inspirent, des hommes qui appliquent ces idées, et de la réalité du contrôle des masses…

La logique impitoyable de l’histoire semble jusqu’à présent ne laisser que bien peu de possibilités à l’esprit libertaire dans les révolutions. C’est que la liberté humaine, qui est le fruit de la culture, de l’élévation des consciences, du bien-être, ne se fonde pas par la violence : la révolution est précisément indispensable pour conquérir – de haute lutte – sur le vieux monde d’oppression et d’exploitation la possibilité d’une évolution pacifique – espérons-le – , qui nous conduira à l’ordre spontané, à la libre association des libres travailleurs, à l’anarchie.

Il n’en est que plus important, à travers toutes ces luttes, de conserver l’esprit libertaire. Au reste, de grands espoirs sont permis. Les pays qui entreront maintenant les premiers dans la voie de la révolution n’auront plus à à redouter les si longues épreuves de la Révolution russe, l’assaut, pendant des années, de deux impérialismes, le blocus et toutes ses miséres ; ils auront dès la première heure une puissante alliée en la Révolution russe qui a fait pour eux tous les premiers pas, les plus difficiles…

8) La Révolution est un sacrifice à l’avenir

Voilà bien des « dures vérités ». Mais telle est la réalité des révolutions. Il est vraiment trop facile de se qualifier révolutionnaire sans prendre la peine d’étudier l’expérience historique vieille de plus d’un siècle. Aux yeux de l’anarchiste surtout, le spectacle des révolutions n’a désormais rien d’idyllique.

A tout ce qu’il y a de terrible dans ces mots : guerre civile, dictature, intolérance, terreur, que l’on ajoute le déchaînement des instincts antiso­ciaux, l’arrêt presque total de la production scientifique et artistique, la régression apparente des mœurs, les abus de toutes sortes ; que l’on songe aux victimes, aux victimes impossibles à dénombrer…

Mais d’autres l’ont dit avant nous : plus la tempête sera violente et plus elle sera brève. Combien fait-elle de victimes, la paix sociale du régime capitaliste ? Par la misère, par les maladies sociales (tuberculose, syphilis, alcoolisme, criminalité, prostitution), par les crises économiques et morales, combien de vies sacrifie-t-elle (insensiblement – parce que nous sommes tellement habitués à vivre dans son atmosphère empoisonnée) tous les jours à la domination des riches ! Et les guerres, conséquences inévitables du régime capitaliste, combien de victimes font-elles ? Telles journées de la ggrande tuerie d’hier ont peut-être coûté plus de vies à l’humanité que trois années de révolution dans un pays peuplé de 140 millions d’âmes.

Toute révolution est un sacrifice du présent à l’avenir. Ce qui est en jeu, c’est l’avenir de l’humanité. Nécessité par l’évolution économique et psychologique antécédente, ce sacrifice conditionne le progrès futur. Et il serait rigoureusement exact de dire qu’il n’ajoute pas au nombre des y victimes de ce qu’on appelle l’ordre, de ce qui est en réalité la domination hypocrite et violente à la fois des puissances conservatrices. Car nul de ceux qui tombent sur le chemin de la révolution – nul, sauf quelques privilégiés qui appartiennent à la classe dominante – n’eût été épargné par la misère, par la guerre, par les calamités du régime capitaliste.

9. Danger du socialisme d’État

De ce qui précède, une conclusion se dégage. La révolution nous amène irrésistiblement au socialisme (au capitalisme) d’État.

Anti-étatistes résolument, les communistes bolcheviks russes ont pourtant pris leur parti de cette situation. Ils fondent un État. Ils ont une armée, une police, une justice, une diplomatie, des ambassadeurs. Et ils étudient le procédé le plus sûr pour détruire l’État. Le plan communiste en prévoit ledépérissement rapide. Cette claire conscience du but, conservée à travers les adaptations les plus variées aux divers aspects de la lutte, dénote une force etune volonté.

Mais elle fait poser la question la plus importante. L’État peut-il mourir de mort naturelle, remplacé par les libres associations de producteurs ? Lénine l’affirme (L’Etat et la Révolution) : Boukharine (L’ABC du communisme) s’efforce à le prouver en montrant comment le fonctionnement normal du régime des Soviets abolit peu à peu, en faisant appel à l’énergie des masses, le vieil appareil de contrainte qui s’appelle l’État. La réalisation intégrale du programme communiste bolchevik nous amènerait au communisme libertaire, à l’anarchie.

Le danger du communisme d’État – même conçu et réalisé avec un tel programme – c’est que l’État peut s’obstiner à durer. Si l’on s’en tient à la méthode historique, cela semble même probable. Jamais on n’a vu une autorité consentir à disparaître. L’État socialiste, devenu tout-puissant par la réunion du pouvoir politique et du pouvoir économique – servi par une bureaucratie qui ne manquera pas de s’attribuer des privilèges et de les défendre, ne disparaîtra pas de lui-même. Les intérêts groupés autour de lui seront trop grands. Les communistes mêmes auront peut-être besoin de recourir, pour le déraciner et le détruire, à une action profondément révolutionnaire, longue et difficile. Tout gouvernement révolutionnaire est, de par sa nature même, conservateur et par conséquent rétrograde. Le pouvoir exerce sur ceux qui le détiennent une influence néfaste, qui se traduit souvent par de déplorables déformations professionnelles.

Il attire invinciblement les profiteurs, les politiciens, les auto­ritaires de race (variété psychologique de l’exploiteur), les malins. Cette foule composée d’éléments essentiellement contre-révolutionnaires, écarte automatiquement du pouvoir les esprits libres, les caractères fiers et simples, les hommes que dégoûtent l’intrigue et l’arrivisme. On a pu observer cette gangrène du pouvoir en France sous le Directoire et sous le Consulat. Les militants russes savent combien il est difficile de la combattre.

Elle constitue en somme le grand danger intérieur de la révolution. Le communisme d’État, qui présente sur le chaos de la production capitaliste d’indiscutables avantages, risquerait ainsi de se cristalliser, si les communistes n’y veillaient. Or, parmi les communistes, quelques-uns par tempé­rament sont enclins à méconnaître le danger : d’autres se laissent séduire par les avantages du pouvoir ; ce sera le rôle des communistes libertaires de rappeler par leur critique et par leur action qu’il faut à tout prix empê­cher la cristallisation de l’État ouvrier…

L’important est que l’État communiste, au lendemain de la révolution, remplisse sa tâche, qui est d’assurer à l’ensemble des citoyens le maximum de bien-être et de loisir. En supprimant l’oisiveté et le parasi­tisme des riches, en réorganisant rationnellement la production et la répar­tition des produits – celle-ci sous un contrôle particulièrement sévère des masses -, il lui sera relativement facile d’arriver à ce résultat. Or, le bien-être et le loisir conditionnent la liberté et l’éducation libertaire. C’est ainsi que le communisme d’État, même s’il dévie de son orientation révo­lutionnaire et progressive, aura néanmoins réalisé les conditions nécessai­res à l’évolution ultérieure qui permettra de le détruire et d’instituer le communisme sans État, la libre association des producteurs.

10. L’Etat et la production

L’expérience de la révolution sociale en Russie nous amène donc, dans la vieille question, si débattue entre socialistes et anarchistes, de l’éta­tisme, à une double conclusion : nécessité de prendre d’abord en main l’Etat, formidable appareil de coercition, et nécessité ensuite de se défen­dre contre lui, de poursuivre avec acharnement, peut-être au prix d’une longue et pénible lutte, sa destruction.

Quatre années se sont déjà écoulées depuis la grande révolution des temps modernes. Il me semble possible de formuler aujourd’hui, au moins par approximation, une conclusion nouvelle sur le rôle et la mission de l’État, instrument de dictature révolutionnaire, en période de transition.

Ce serait une erreur d’imputer la formation en Russie de l’État ouvrier et paysan à la volonté consciente de jacobins marxistes – encore que les conceptions marxistes de la centralisation et l’esprit jacobin formé dans la lutte des partis n’y soient certes pas étrangers. Mais il me paraît tout à fait évident que toute autre tendance ou groupement révolutionnaire eût, dans la même conjoncture historique, agi à très peu de choses près de même que les bolcheviks russes. Formation de l’Armée rouge, passage du volontariat au service obligatoire, tribunaux, centralisation des administrations, autant d’expédients déplorables et inévitables pour faire la guerre contre l’ennemi extérieur et intérieur (ce dernier multiplié : car la faim, l’ignorance, l’erreur sont aussi des ennemis intérieurs), fût-on libertaire – à des armées modernes sans une armée moderne. La fonction crée l’organe : l’armée est le produit de la guerre. Discipline, commandement centralisé, voire unique sur divers fronts. centralisation de l’immense appareil de ravitaillement. de secours et de transports de l’arrière, – puis étatisation. militarisation des industries de guerre, c’est-à-dire dans la guerre moderne de presque toutes les industries, tout s’enchaîne et se nécessite rigoureusement dans cet ordre d’idées Par ailleurs, contre l’ennemi intérieur, l’appareil de contrôle, de coercition et de terreur, au faîte duquel se place toujours qu’on le veuille ou non le Tribunal révolutionnaire et l’exécuteur des basses œuvres de la justice de classe (la nôtre, révolutionnaire, n’est pas, après tout. plus belle que la leur !) – voici bien le double aspect de l’État révolutionnaire, instrument de domination d’une classe sur une autre retourné en l’occurrence contre la classe bourgeoise et pour la détruire en tant que classe.

En tout cela le rôle de l’Etat est bien net : tuer. Tuer l’ennemi extérieur : faire la guerre. – Tuer l’ennemi intérieur : réprimer, condamner, faire la terreur. L’État est une arme, un instrument de mort, une machine à tuer.

D’où son incapacité à régir la production. Pour tuer et obliger les hommes à se faire tuer, il faut la contrainte, la dureté, la violence qui broie les masses et les individus, la violence qui abolit les consciences. Pour produire – et surtout pour produire dans les grandes crises, dans les périodes de trouble moral, de privations et de dangers, il faut au contraire l’intérêt, l’initiative, le dévouement (ou tout au moins la bonne volonté), la discipline consentie du producteur. L’application des méthodes de contrainte à la production, les essais de militarisation du travail, en Russie (1919-1920) ont, je crois, suffisamment montré qu’on pouvait peut-être s’en servir comme d’un expédient dans les moments les plus difficiles, mais qu’elles ne peuvent en aucun ras contribuer au rétablissement durable de la production.

Un des malheurs de la Russie rouge, ç’a été précisément qu’elle n pas su éviter l’étatisation à peu près complète de la production. Le programme du parti communiste bolchevik prévoit la transmission de la production aux syndicats. Mais à l’époque de la révolution d’Octobre. il n avait guère de syndicalistes en Russie, et il n’y avait pas d’organisations de productcurs pour la production. Par la force des choses, l’État qui défendait par les armes la révolution dut mettre la main sur l’industrie, – non sans invoquer une foule de bonnes raisons. Toute une idéologie assez particulière devait découler de cette circonstance dont la production a grandement souffert. Aussi comprendra-t-on que la Russie communiste entière se soit, au cours de l’automne et de l’hiver de 1920, passionnée pour le débat sur le rôle des syndicats dans la production. Toutes les ten­dances et tous les chefs de la révolution s’accordaient du reste pour vouloir ce rôle essentiel : mais l’état embryonnaire des syndicats, le manque de militants dans un prolétariat complètement épuisé par la guerre civile et dont le parti a absorbé presque toutes les forces vives, ne permettaient pas d’apporter à la question une solution décisive…

La confusion entre la défense intérieure et extérieure de la révolution et l’organisation de la production, résultat de la subordination de l’appareil créateur (l’industrie) à l’appareil destructeur et meurtrier (l’État) me paraît aujourd’hui aussi grave dans le domaine des idées que dans celui des faits.

Elle n’est pas entièrement évitable. En période de révolution, il est à certaines heures beaucoup plus important de tuer que de produire. On produit à toutes les époques, pour vivre. Quand on fait une révolution, on cesse plus ou moins de produire pour se battre. Il est donc dans la logique même des faits que l’État révolutionnaire tende fortement à tout se subor­donner. L’idéal serait pourtant que l’organisme de la production arraché aux classes possédantes, pris en main par les producteurs, fût le seul centre de gravité et se subordonnât l’appareil de défense et le réduisît à obéir. Or, la réalité sera toujours un compromis entre l’idéal et le néces­saire.

Ailleurs qu’en Russie, dans des pays de formation industrielle déjà ancienne pourvus d’un prolétariat qualifié nombreux, puissamment orga­nisé et qui aura été préparé par de longues luttes industrielles à l’expro­priation des classes riches, les organisations de producteurs, les syndicats auront sans doute à jouer un rôle capital dans la révolution. S’ils ne l’exer­cent tout à fait, ils participeront en tout cas longuement à la dictature du prolétariat. La seule conclusion théorique que l’on doive, me semble-t-il, formuler dès aujourd’hui à cet égard, c’est qu’il faudra, sous peine de commettre les erreurs les plus douloureuses et les plus dangereuses, se faire une idée bien nette de la mission historique de l’État et ne pas confondre ces deux choses absolument différentes, bien qu’étroitement connexes à certains moments, la guerre et la production. Les producteurs peuvent faire la guerre et c’est là ce qui se produit dans la guerre sociale : les armées, les polices et les bureaucraties qu’elles entretiennent ne peuvent ni produire, ni bien faire produire.

Je me rends compte de l’insuffisance de cet aperçu, parmi bien d’au­tres. Quand on fera la somme des enseignements de la Révolution russe, on examinera longuement, j’en suis persuadé, le problème des rapports entre l’État et la production – et ce ne sera guère pour conclure en faveur de l’étatisation de la production. Le mot d’ordre révolutionnaire de l’avenir me paraît plutôt devoir être : la production aux producteurs, c’est-à dire aux syndicats.

Sous un autre aspect, d’ailleurs nous nous retrouverons même dans ce cas en présence de l’étatisme au sein des organisations de la production. Une CGT peut très bien, avec ses habitudes bureaucratiques et administratives, avec ses cadres de fonctionnaires et sa jurisprudence propre, devenir elle-même une sorte d’État véritable. Le problème est complexe Mais. même avec cette terrible déformation, une confédération industrielle serait plus qualifiée pour organiser la production que le mécanisme politique et militaire de la bourgeoisie, arraché à celle-ci et retourné contre elle.

11. Les grandes confirmations de l’anarchisme

Sitôt qu’il sera possible aux révolutionnaires de jeter un coup d’oeil sur le chemin parcouru et de dresser le bilan de l’action, certaines conclusions familières aux anarchistes s’imposeront désormais à tous les esprits critiques. D’ores et déjà il en est de très importantes qui paraissent bien hors de doute. Et c’est :

La nocivité redoutable de l’autorité.

La nocivité de l’étatisme et de la centralisation autoritaire.

(D’où des maux inévitables sans doute et nécessaires, en période de transformation sociale : des maux que nous devons apprendre à accepter dans une assez large mesure, mais qui n’en sont pas moins des maux, ce qu’il importe de ne pas oublier.)

On remarquera que c’est là, tout bonnement, la condamnation expérimentale des principes d’autorité, c’est-à-dire un des postulats essentiels de la philosophie anarchiste.

Il n’est pas pour le mouvement révolutionnaire d’épreuve plus grave que la prise du pouvoir. Dès le lendemain du jour où elle s’est effectuée, nul ne peut plus, parmi ceux qui voient les choses d’assez près, nier que l’exercice de l’autorité soit pour les partis, pour les groupes comme pour les individus, la pire cause de corruption économique et psychologique

Économique : la possession du pouvoir, étant un privilège, crée immédiatement de nombreuses catégories de privilégiés. Elle induit à sacrifier aux considérations politiques (celles de la conservation et de l’affermissement du pouvoir) les considérations économiques, ce qui peut entraîner les conséquences les plus fâcheuses.

Psychologique : l’autorité entraîne chez celui qui l’exerce une déformation professionnelle d’autant plus rapide et plus accentuée qu’il s’agit d’un caractère moins trempé, d’une mentalité moins cultivée, moins libertaire. Chez celui qui commande, elle suscite l’arrogance le dédain de personnalité d’autrui, et, en temps de guerre sociale, le mépris de la vie humaine en général, la brutalité ; chez celui qui obéit, à la servilité, l’hy­pocrisie, la ruse ou, dans le meilleur des cas – en somme ! – l’automa­tisme. L’autorité corrompt ainsi. J’ose dire que presque personne n’échappe à son action démoralisante. C’est pourquoi il me semble for­muler un axiome en disant que l’exercice de l’autorité est une des formes les plus pernicieuses de l’exploitation de l’homme par l’homme. Car celui qui accomplit la volonté d’autrui est exploité par autrui. – Or, en cette matière l’us est inséparable de l’abus. On ne sait où finit l’un, où commence l’autre Dans la pratique quotidienne d’une révolution, l’autorité est le plus souvent l’arbitraire et les abus, petits et grands, deviennent si nombreux qu’il serait puéril de les vouloir considérer isolément. – Et c’est une chose effrayante et navrante que de voir comment l’exercice d’un pouvoir, fût-il momentané, fût-il minime, peut transformer le premier venu en tyranneau… La manie de commander, de prescrire, de décréter, d’arrêter et de brimer, surtout quand elle gagne les masses incul­tes, a été une des plus grandes causes des cruautés – et des erreurs – de la Révolution russe. Très vieille expérience d’ailleurs. Qu’on relise l’his­toire de la dictature jacobine. Elle est en ce sens autrement édifiante que celle de la révolution actuelle. Il suffirait pour le prouver de nommer quelques-uns des proconsuls de la Convention…

Ce n’est pas l’heure de faire la critique trop facile du socialisme d’État et de la centralisation autoritaire qui, en paralysant les initiatives, gâche une quantité énorme d’énergies et crée le marasme. L’expérience actuelle de fa Russie révolutionnaire nous montre une minorité énergique et nova­trice obligée de suppléer, par la contrainte, à l’éducation des masses attar­dées. Dans cette situation, nulle autre minorité, nulle minorité guidée par d’autres principes n’eût sans doute fait autre chose et, en tout cas, n’eût fait mieux. Mais de ses immenses efforts une conclusion se dégage déjà : que ceux qui exercent le pouvoir ne peuvent en réalité que peu de choses par le pouvoir. Dans les succès de la Russie, des Soviets (victoires militai­res, victoires morales et relatives victoires économiques, puisqu’elle vit en dépit de tout) peu de mérite revient à l’autorité. Bien des choses ont été faites malgré elle et presque toutes ne se font, même quand la contrainte y concourt, que grâce à l’idéalisme révolutionnaire, grâce à l’action des intérêts nouveaux et d’une foule de facteurs sociaux où la coercition n’entre guère en ligne de compte. Celle-ci, au contraire, se révèle parfois à peu près impuissante. La peine de mort employée à combattre le bandi­tisme n’en est pas venue à bout jusqu’à ce jour. Et ce n’est pas par son appareil de contrainte que l’État soviétiste se maintient, mais par son appareil d’agitation et de propagande, surtout parce qu’il est l’expression la plus profonde des intérêts prolétaires.

La violence nous apparaît nécessaire pour dénouer les situations histo­riques, achever une évolution entravée par de vieilles institutions. Elle vient détruire les forces nuisibles du passé qui se survivaient. Elle tue. Elle ouvre ainsi à la vie de vastes possibilités nouvelles. Mais elle ne crée rien ; elle est impuissante à engendrer une idée ou une œuvre. Et ce qui est dangereux c’est qu’elle engendre par contre une grande illusion. Les hommes étant enclins à se faire illusion sur leurs propres moyens et croire qu’ils peuvent avec la même audace victorieuse bâtir comme ils ont détruit…

II n’en est pourtant pas ainsi. La société nouvelle ne peut être édifiée que par le savoir, l’esprit d’organisation. la conscience sans cesse plus développée des masses et des individus. Les canons et les baïonnettes de l’Armée rouge, les décrets et les mesures de contrainte de la dictature prolétarienne, après avoir tué l’ancien régime et défendu la nouvelle société communiste contre toutes les tentatives d’assassinat, devront céder la place à l’éducation, à la propagande, à l’initiative des masses et à l’esprit organisateur des élites.

12. Le rôle des anarchistes dans le mouvement communiste

Dans le mouvement révolutionnaire, les anarchistes représentent l’esprit de liberté, l’esprit critique, l’individualisme, l’éternelle recherche, en un mot, un tempérament et une conception de la vie.

Révolutionnaires, ils le sont.

Peuvent-ils, en présence de l’expérience d’une révolution contemporaine, conserver les positions de l’ancien utopisme ? Peuvent-ils encore se borner à pousser jusqu’à leurs extrêmes conclusions logiques les idées libérales admises d’ailleurs hypocritement par la bourgeoisie ?

Non.

Et ce « non » n’exprime pas ici une opinion individuelle. A ces questions, l’expérience des dernières années répond aussi :

Si les anarchistes n’adoptent pas en présence de la révolution, c’est-à-dire de toutes les nécessités de la révolution, une attitude claire et nette ; s’ils ne sont pas indubitablement et partout avec la révolution quelque sacrifice qu’elle leur impose (et je n’ignore pas que les concessions de principe faites à la dure réalité sont de biens grands sacrifices) ils seront nuls. Ils ne joueront aucun rôle. Les uns se borneront à suivre, de plus ou moins loin, les communistes plus décidés. Les autres, hélas ! se trouveront parfois – telle est l’ironie du sort – à la remorque de la réaction6.

Ils ne pourront remplir leur tâche, exercer une influence que si, révolutionnaires, ils acceptent de l’être sans rien se dissimuler des conséquences de leur attitude.

Ils seront alors des communistes qui, dans les grandes circonstances de la lutte révolutionnaire, agiront par la force des choses comme tous les communistes véritables et de concert avec eux. A la différence de nom­breux autres, ils s’efforceront à travers toutes les circonstances de conserver l’esprit de liberté, ce qui leur donnera plus d’esprit critique et une plus nette conscience des buts ultimes. Leur lucidité en fera dans un mouve­ment communiste les ennemis les plus redoutables des ambitieux, des politiciens et des commissaires en herbe, des formalistes, des pontifes et des intrigants. C’est dire que par le seul fait de leur présence dans les organisations, ils peuvent largement contribuer à en éloigner les profiteurs…

Dans les questions de tactique et de doctrine, leur rôle sera de combat­tre les illusions du pouvoir de prévoir et de prévenir la cristallisation de l’État ouvrier issu de la guerre et de la révolution, de solliciter toujours et partout l’initiative des individus et des masses, de rappeler à ceux qui pourraient l’oublier que la dictature est une arme, un moyen, un expé­dient, un mal nécessaire – mais n’est jamais un but ni un point d’arrivée.

La force de réaction, qui est probablement la plus à redouter après une révolution victorieuse, c’est la réaction dans les mœurs, qui se traduit presque insensiblement par une sorte d’embourgeoisement de quelques militants, que séduit décidément le pouvoir, par un retour instinctif à d’anciennes routines et notamment, à celles de la vie privée. La philoso­phie anarchiste, en faisant appel à l’individu, lui impose des attitudes dans la vie privée et dans la vie intérieure, lui suggère une morale, ce que ne fait pas autant le marxisme, doctrine de lutte de classes. Armés du libre examen mieux libérés que quiconque des préjugés bourgeois sur la famille, l’honneur, l’honnêteté, l’amour, le « qu’en dira-t-on ? » et le « comme il faut », les militants qui conçoivent l’anarchisme comme « une vie et une activité individuelle », selon l’heureuse formule de certains camarades français , opposeront à la réaction dans les mœurs leur bon sens et la vaillance de leur exemple. Tandis que d’autres deviendront des offi­ciers, des fonctionnaires, des juges, parfois des privilégiés, ils resteront, eux simplement des hommes, de libres travailleurs sachant faire stoïquement toutes les besognes qu’il faut pour labourer la vieille terre, mais que ne grisent ni les phrases, ni les succès, ni l’attrait des fructueuses car­rières…

Entreront-ils dans les organisations communistes ou s’organiseront-ils eux-mêmes à côté d’elles, pour d’ailleurs collaborer fraternellement avec elles contre l’ennemi commun ? Je n’ai pas posé la question qui me paraît bien secondaire. Les circonstances en décideront. Dans la pratique, la seule chose qui puisse empêcher l’entente de tous les révolutionnaires pour une action commune, c’est l’étroitesse d’esprit de ceux pour qui toute pensée différente de la leur est nuisible. L’essentiel pour les anar­chistes c’est qu’ils ne soient pas de ceux-là.

13. Demain

La révolution victorieuse, le pays pacifié, la dictature et L’État disparaîtraient Iraient et, au fur et à mesure que la société s’organiserait plus consciemment, d’aucuns se sentiraient peut-être satisfaits. II faudrait pourtant aller plus avant, sans cesse, toujours. Vers quoi ?

« Vers plus de bien-être », répondront les foules, non sans raison. Mais le rôle à ce moment-là des anarchistes sera décisif. Dans tous le domaines de l’activité sociale il leur appartiendra d’apporter à cette question leur réponse.

« Vers plus de liberté. Vers le développement le plus complet de la personnalité. »

Les tendances conservatrices ou rétrogrades se manifesteront alors aussi. Alors, comme maintenant, le mufle sera légion ; la bêtise, l’égoïsme médiocre, la vanité poursuivront leur jeu éternel. L’autorité s’acharnera à vivre, c’est-à-dire à barrer le chemin de la vie.

Il faudra donc des anarchistes pour aller de l’avant, stimuler la perpétuelle recherche des meilleurs et des plus vaillants, assurer la défense de l’individu contre certaines collectivités intolérantes ou tyranniques, poursuivre, dans les mœurs et dans la pensée l’éternelle action révolutionnaire génératrice de tout progrès.

Victor Serge

Petrograd, juillet-août 1920.

 

Source:  https://www.marxists.org/francais/serge/works/1920/08/exprevrusse.htm

Centre MLM [B], PCF(mlm) : Les assassins ont frappé à Bruxelles

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Les assassins ont frappé à Bruxelles, en Belgique, avec l’intention de terroriser et de tuer. Ils ont visé les masses, en attaquant l’aéroport de Zaventem ainsi qu’une rame de métro à la station Maelbeek, tuant 34 personnes, en blessant 200 autres.

L’État islamique, qui a revendiqué l’action, a expliqué avoir mené des « frappes précises » afin de « jeter la crainte et l’effroi dans le coeur des croisés ».

Tel est le cynisme anti-populaire, telle est la logique anticapitaliste romantique de l’État Islamique, qui prétend revenir au Moyen-Âge et réactiver les modèles idéologiques et culturels qui existaient alors. Le passé médiéval islamique est idéalisé et présenté comme un contre-modèle à la décadence des sociétés capitalistes.

Mais le romantisme qui se tourne vers le passé n’est que le produit de l’idéologie féodale qui existe uniquement encore dans la majorité des pays du monde parce que l’impérialisme l’a établi solidement dans le cadre de la formation de pays semi-coloniaux.

Au colonialisme a succédé historiquement une forme nouvelle, où les pays impérialistes exploitent des semi-colonies, caractérisées par un capitalisme bureaucratique et par l’existence de grands propriétaires terriens formant un féodalisme capable de se moderniser.

Les grands propriétaires terriens du Pérou, les familles royales des pétro-monarchies, les capitalistes bureaucratiques d’Inde, etc., tous connaissent les universités des pays impérialistes, tous ont modernisé leur pays tout en maintenant un strict cadre idéologique féodal, où domine ici les traditions islamiques, là-bas le système des castes, ici le culte des anciens, là-bas le catholicisme le plus rétrograde.

Le judaïsme, le christianisme, l’Islam, l’hindouisme, les bouddhismes, toutes les religions jouent ici un rôle particulièrement pernicieux, diffusant le pessimisme et le relativisme, une critique romantique du capitalisme, promouvant le communautarisme sur une base « traditionnelle ».

Toutes les forces féodales prétendent représenter les traditions, le maintien des valeurs anciennes, tout en profitant de la modernité.

Cela est le reflet du fait que le féodalisme d’aujourd’hui n’est nullement le prolongement du féodalisme médiéval, mais un féodalisme issu du colonialisme, du semi-colonialisme, des idéologies post-modernes.

Al-Qaïda et l’État islamique sont des entités politico-militaires ayant pris au sérieux ce romantisme féodal qui n’était en réalité que le masque de l’intégration de type monopoliste dans les rapports économiques mondiaux.

Al-Qaïda et l’État islamique sont les rejetons idéalistes des pétro-monarchies organisées par l’impérialisme.

L’État islamique n’est ainsi nullement révolutionnaire ou anti-impérialiste, ni même anti-« occidental », il est simplement le fruit de la fuite en avant du féodalisme tentant de devenir « autonome » et par conséquent ayant une prétention mondiale, condition à son maintien « indépendant ».

C’est pour cette raison que, depuis le début de l’année, en trois mois, les attaques armées islamistes se sont multipliées dans de nombreux pays dans le monde, dont l’Afghanistan, le Nigeria, l’Indonésie, le Tchad, le Burkina Faso, la Somalie, la Côte d’Ivoire, la Libye, la Turquie, sans oublier l’Irak et la Syrie.

C’est une tentative idéaliste d’aller en arrière dans le cours de l’histoire, de former un califat mondial, de revenir aux conditions médiévales où il n’y avait pas d’impérialisme. C’est une démarche qui vise à éviter l’impérialisme au lieu de le liquider, tout cela parce que les islamistes sont eux-mêmes le produit d’idéologies nouvelles, apparues ces cent dernières années, de manière liée à l’impérialisme, produit par des intellectuels passés par les universités de l’impérialisme.

Cette tentative allant à contre-cours de l’histoire, elle ne peut que basculer dans l’horreur de l’inculte, le fanatisme de l’assassin, l’esprit morbide. L’État islamique célèbre dans ses vidéos les meurtres commis de la manière la plus sanglante, la plus barbare.

Les crimes commis à Bruxelles le 22 mars 2016 par les assassins de l’État islamique ne peuvent que heurter très profondément les sentiments des masses, qui en plus de la répulsion et de la souffrance ressenties, ne peuvent que considérer comme absurde une telle volonté de faire tourner à l’envers la roue de l’histoire.

La Belgique est un pays qui est né historiquement de la contradiction entre le capitalisme et la féodalité, avec l’affrontement entre les Pays-Bas et l’Espagne. Il a pu s’extraire du féodalisme et assumer par la suite son propre parcours en toute indépendance, donnant naissance à une nation avec un haut niveau culturel.

Les masses comptent en profiter et continuer d’aller de l’avant, en se débarrassant du capitalisme. Elles ne ressentent nullement le besoin de revenir au moyen-âge, bien au contraire.

L’État bourgeois belge prétendra, bien entendu, être ici un véritable rempart, un obstacle ferme face à la barbarie féodale des assassins de l’État islamique. En réalité, il est impuissant, car il est seulement l’homme de main de la bourgeoisie, le policier veillant à ce que la propriété privée soit respectée, à ce que les monopoles puissent continuer de se renforcer.

L’État bourgeois belge est dépassé, car il ne comprend pas les enjeux de l’époque, qu’il est entièrement coupé des masses populaires, qu’il est une administration parasitaire au service de classes sociales exploiteuses.

Seul un État socialiste peut effacer l’ignorance, généraliser l’éducation, assumer le meilleur des Lumières, à savoir l’esprit de vie en collectivité, l’exigence de l’épanouissement personnel, l’athéisme, la quête de connaissances, la puissance de la raison, l’égalité hommes-femmes.

Féodalisme et capitalisme impérialiste sont les deux aspects de la même face à l’échelle mondiale !

Les valeurs de soumission, communes au féodalisme et aux monopoles, doivent être rejetées !

Le drapeau de l’humanisme et des Lumières, abandonné par la bourgeoisie devenue décadente, doit être repris par le prolétariat !

Les masses populaires doivent rentrer en guerre pour construire leur État, dépassant les contradiction entre travail intellectuel et travail manuel, villes et campagnes !

Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste [Belgique]
Parti Communiste de France (marxiste-léniniste-maoïste)
Le 22 Mars 2016

SOURCE: http://lesmaterialistes.com/centre-mlm-b-pcfmlm-assassins-frappe-bruxelles

SYRIE : HONTE A HOLLANDE, A FABIUS ET AUX MEDIAS FRANÇAIS !

 

Depuis cinq ans, les médias français se sont fait une spécialité de nous « vendre » la guerre civile en Syrie, d’appeler à l’ingérence dans les affaires internes de ce pays souverain QUI NE NOUS A RIEN FAIT DE MAL, voire de décider quel président pouvait ou ne pouvait pas siéger à Damas.

Peu importait à nos « libérateurs » de papier, qui avaient déjà aidé Sarkozy et BHL à déstabiliser la Libye et une partie de l’Afrique, que les ennemis du gouvernement syrien fussent en réalité à 95% des fanatiques religieux armés par la CIA et par les régimes esclavagistes d’Arabie saoudite et du Qatar, ces grands amis du MEDEF et des gouvernants français successifs.

Peu leur importe que le monstrueux « Etat islamique » qui ravage l’Irak (détruit par Bush) et la Syrie ne puisse notoirement se maintenir 24 heures sans la complicité d’Ankara (qui terrorise les Kurdes sur son territoire), et qu’il ne puisse évidemment pas se financer sans le secours de sociétés pétrolières qui achètent au rabais le pétrole volé par l’E.I. aux peuples irakien et syrien. Peu leur importe car l’essentiel pour l’impérialisme français, de plus en plus vassal de l’Oncle Sam et de l’OTAN au détriment de l’intérêt du peuple français, est de refaire main basse sur la Syrie, ex-colonie française placée « sous mandat français » en 1918 en collusion avec la riche bourgeoisie bancaire libanaise, d’isoler la Russie et l’Iran, et cela sans crainte d’appuyer une opposition syrienne notoirement liée à Al Qaida.

Mais comment un « socialiste » comme Laurent Fabius, qui soutient à Kiev un régime infesté de néonazis, pourrait-il résister à la tentation d’appuyer des fanatiques dont les homologues afghans – les sanglants talibans – ont jadis aidé l’Occident, aidé par la social-démocratie européenne, à renverser le régime laïque au pouvoir à Kaboul, allié à l’URSS ?

Le résultat de tout cela, c’est que des millions de Syriens, de Libyens, d’Irakiens, crèvent dans des camps de réfugiés, que certains risquent la mort en traversant la Méditerranée et que leur arrivée en Europe dans les pires conditions ne fait que nourrir partout, et pour commencer, en France, la xénophobie de l’extrême droite sous les surenchères de l’indécent Sarkozy.

Pour sa part, le PRCF n’a jamais idéalisé Assad et il a toujours soutenu le PC syrien qui, tout en critiquant ce qu’il y avait lieu de critiquer dans son pays, a toujours aussi défendu les acquis du peuple syrien (laïcité, relative mixité, nationalisation du pétrole) et a toujours combattu l’ingérence étrangère.

En tout cas, alors que la Russie semble aujourd’hui, et de très loin, la force la plus déterminée à combattre les monstres de l’Etat islamique, il est honteux de voir à nouveau notre « libre presse pluraliste », de Libé au Figaro, taper à bras raccourcis sur l’intervention russe, regretter les frappes justifiées contre les bandes anti-Assad d’Al Qaida et du Front « Al nostra », soutenir de fait le sanglant Erdogan dans sa traque anti-Kurde (à la veille de l’énorme attentat anti-kurde d’Ankara, Erdogan a pu appeler à la haine sur notre sol en tenant meeting à Strasbourg !), bref, choisir systématiquement la politique du pire au Proche-Orient, comme c’est aussi le cas en Ukraine.

La véritable solidarité avec les malheureux migrants ne consiste pas à verser sur eux des larmes de crocodile, ni à se pourlécher les babines, comme le font indécemment et à la fois le patronat allemand et Bernard Guetta sur France Inter, en déclarant que cet afflux massif de main-d’œuvre qualifiée et « parlant anglais » est une aubaine pour nos économies empannées par l’euro-austérité.

La véritable solidarité, outre l’accueil digne de ceux qui fuient la mort semée par NOS gouvernants irresponsables, c’est que les forces populaires, antifascistes, patriotiques et anti-impérialistes de France AGISSENT ensemble contre les ingérences impérialistes, pour le droit de TOUS les peuples à disposer d’eux-mêmes, pour le droit de chaque individu à vivre, à travailler et à décider dans son propre pays en coopérant avec les autres peuples.

La propagande de guerre par Michel COLLON

Source: http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/syrie-honte-a-hollande-a-fabius-aux-medias-francais/

HORREUR À PARIS – communiqué du PRCF

communiqué du PRCF

 

HORREUR A PARIS.

Les attentats terroristes qui viennent de frapper aveuglement la jeunesse parisienne appellent à la fois une totale solidarité avec les victimes et une condamnation catégorique des assassins. Honte aux médias dominants qui depuis des années présentent les fanatiques comme des combattants de la liberté dans le but néocolonial de renverser l’état souverain et laïque de Syrie, si critiquables qu’en soient les dirigeants. L’état d’urgence décidé par hollande sera-t-il utilisé pour combattre le terrorisme ou servira t il à réduire à nouveau les libertés individuelles et syndicales en détournant les travailleurs des attaques incessantes qu’ils subissent de la part de Valls-MEDEF? Sans faire montre de la moindre faiblesse à l’égard des assassins, le PRCF appelle les progressistes à dénoncer toute récupération des événements par l’extrême droite raciste, à tenir ferme le terrain des luttes sociales et démocratiques et à exiger que le gouvernement français cesse de se confronter aux forces qui combattent réellement Daesh. Dans l’intérêt de son peuple, la France doit rompre ses relations dangereuses et indécentes avec les pétromonarchies intégristes, fourriers du terrorisme fanatique.

 

communiqué prcf - horreur à paris

 

Horror in Paris

 

November 13th 2015

The terror attacks which have just struck blindly the Parisian youth need both a entire solidarity with the victims and an absolute condemnation of the murderers.

Shame to the mainstream medias which for years have been presenting the fanatics as freedom fighters in order to overthrow the sovereign and secular state of Syria as open to criticism the Syrian leaders may be.

Will the emergency state ordered by President François Hollande be used to fight terrorism or will it be used to reduce the individual and trade union freedoms, while diverting the workers from the relentless attacks on their social rights from Prime Minister Valls and the employer federation MEDEF ?

Without any weakness at all towards the murderers, the Pole of Communist Rebirth in France (PRCF) is calling all the humanists to condemn any attempt from the extreme right to hijack these events, to stay firm on the democratic and social struggles and to stop the french government from trying to topple the forces which are really fighting against Daesh. In the interest of its people, France must stop all its dangerous and shameful  cooperations with the religious fundamentalist petromonarchies, harbingers of fundamentali

Situation insurrectionnelle qui fait rage dans l’État turc

Situation insurrectionnelle en Turquie et au Kurdistan

Nous rebloguons le texte de Servir Le Peuple dans son intégralité.

 

 

Nous revenons encore une fois sur la situation insurrectionnelle qui fait actuellement rage dans l’État turc et en particulier dans ses « provinces » kurdes.

Le « sultan » et nouveau Jeune-Turc Erdoğan est bel et bien pris à son propre piège, puisque sa volonté hégémoniste régionale de renverser le régime syrien de Bachar el-Assad a transformé la légitime révolte populaire de ce pays en guerre fratricide et que de cette guerre fratricide a jailli l’expérience révolutionnaire lumineuse des Kurdes de Rojava, qui « déborde » désormais sur son territoire alors que des centaines de révolutionnaires turcs ont rejoint la lutte contre les hordes takfiristes là-bas et sont prêts à leur retour à en finir avec le régime sanguinaire d’Ankara, en place depuis près d’un siècle.

L’affrontement se concentre en ce moment tout particulièrement sur la ville de Cizre, dans la province kurde de Şırnak :

Turquie: la ville de Cizre croule sous un déluge de feu (site Solidarité Ouvrière)

Chape de plomb répressive et militariste en Turquie

Cizre ne se rendra pas ! (Nouvelle Turquie)

À Cizre le peuple est abandonné face à la mort !

Kurdistan : Des milliers de manifestants affluent à Cizre pour secourir la population (Secours Rouge APAPC)

Kurdistan : Le couvre-feu contre Cizré est levé, la grève de la faim des prisonniers se poursuit

La situation révolutionnaire en développement atteint un niveau jamais vu depuis (au moins) la lutte armée du PKK dans les années 1980-90 :

La Guerre, la Jeunesse et l’Autogestion

Mais la lutte touche aussi le reste de l’État, et en particulier la capitale économique Istanbul :

Affrontements à Istanbul, guérilla au Kurdistan et rassemblement à Bruxelles

Pour se tenir informé-e-s en temps réel, les meilleures sources sont le site Nouvelle Turquie, le site du Secours Rouge section « Turquie-Kurdistan » et le site de Solidarité Ouvrière tag « Kurdistan ».

Par ailleurs, les maoïstes hexagonaux du Bloc Rouge ont réalisé une interview de l’organisation révolutionnaire DHF (Demokratik Haklar Federasyonu, Fédération démocratique du Peuple), qui sera publiée prochainement dans leur journal et probablement sur leurs médias en ligne. Cette interview reviendra avec un point de vue maoïste sur la situation dans ce pays.

 

Source: Encore des nouvelles de Turquie & Kurdistan du Nord

Position Paper of the PCMLE for the 19th International Seminar

Version anglaise du document du Parti communiste marxiste-léniniste d’Équateur, émis au 19ème Séminaire international des partis et organisations marxistes-léninistes (Quito, juillet 2015), qui présente la situation internationale et montre que la Chine n’a plus rien à voir avec le socialisme.

Position Paper of the PCMLE for the 19th International Seminar

Introduction

In the current world scenario, the promises made by the ideological and political circles of imperialism after the temporary defeat of socialism have been shattered by international reality. The most prominent ringleaders of the world’s great powers were exultant at the « death of communism » and spoke about the establishment for the third millennium of a « new world order » unlike anything humanity had ever experienced.

They claimed that globalization of the economy was the model of the « new relations » between States and countries; that supposedly international « free competition » would be the basis for the construction of the global economy in which, according to its apologists, capitalism would have lost its oppressive and exploitative character.

This « new order, » proclaimed by the ringleaders of imperialism and reaction, would mean the end of economic crises, a revival and rebirth of social, economic and political rights; supposedly there would be no more aggressions and military offensives against the backward and dependent countries, local wars would be eliminated, etc., etc.

The workers, youth and peoples of the world are coming to understand that this has been nothing but a vain pipe dream, an illusion skillfully created and sold to the working masses and all the peoples. There has been a gradual awakening to the perverse and bloody deception that these lies meant and that they were only intended to mask the oppressive and exploitative character of the capitalist system of the monopolies and the great powers that dominate the international scene.

We, the revolutionary left, the Marxist-Leninists, have managed to assimilate and cope with the blows that finance capitalism and imperialism have dealt the revolution, the workers and peoples owing to the counter-revolutionary wave experienced after the collapse of socialism. In difficult circumstances we confronted and resisted the reactionary onslaught and pointed out that this « new world, » promised to humanity by its natural enemies, was part of the reactionary ideological and political arsenal, aimed at deceiving the working masses to misdirect or quell the fights of the oppressed to achieve substantial changes in their way of life, as well as to seek the profound structural changes that would resolve the main problems that affect society.

In short, if one looks at world events and if one analyzes reality objectively, we can agree that the essential oppressive, predatory and anti-human characteristics of capitalism in its current phase, imperialism, remain fully valid, and in some cases aggravated.

The economic plunder and political oppression by a group of « advanced » powers against countries that suffer from dependence on these very nations and that cause them to remain backward, precisely due to those chains of domination by the monopolies, trusts and financial groups; due to the oppression and force of the reactionary imperialist governments and the political and military circles that support that dominance.

The permanent threats, if not open military interventions to ensure the zones of domination of one or another imperialism; the advance of the arms race; the blackmail, pressures and economic boycotts that do away with the principles of non-intervention in the internal affairs and the free determination of the peoples, seriously violating the independence and national sovereignty. Local wars to ensure the presence or impact of this or that imperialism on the world stage.

The world is developing amidst deep contradictions

Internationally, it is clear that the capitalist world is embroiled in complex and profound contradictions that mark the course in all forms of the economic, political, social, military, diplomatic and cultural life of the system. These contradictions, in the first place include primarily those confronting the world of labor with capital, the working class with their employers, the bourgeoisie and the monopolies. On the ideological and political plane, there is also evident the contradiction between the historical antagonists of the period, socialism and capitalism.

The peoples, the dependent and backward countries are facing to varying degrees and extent the designs of imperialist oppression, regardless of what these countries call themselves or their location, in the defense of their interests and needs; it is the monopolies which are plundering their main wealth, which are establishing their hegemony in the markets, taking advantage of and super-exploiting the labor power of millions of workers around the world.

Particularly, the ambitions of the monopoly groups of the international bourgeoisie and of the world powers, the material interests and the pursuit of geopolitical, regional and world hegemony, lead to confrontations among the imperialist countries, who are contending worldwide; they both collude and quarrel in their competition and rivalry, gravely jeopardizing world peace, the sovereignty and independence of the peoples and nations, the environment, the natural wealth, the existence and welfare of the workers and peoples, the survival of ancestral cultures.

The fundamental features of imperialism are still valid

To the Marxist Leninist doctrine belongs the credit for having studied in depth the economic bases of modern capitalism. Lenin in particular, one of the classics of scientific socialism, pointed out that the emergence of monopolies is the economic essence of imperialism, precisely as a consequence of free competition.

One of the aspects of imperialist expansion, of the need for its unequal and anarchic development, is the export of capital ranging from industrial, banking and financial centers of the large cities to the farthest reaches of the planet; in this way the urgency is created for the powers and monopolies to carry out a new division of the world, which is already basically divided up. The reconquest of the world by imperialism cannot but lead to the emergence of a knot of contradictions and the competition among the powers and monopolies themselves that impose the real « law of the jungle » in order to assert their interests and ambitions.

Therefore, we revolutionaries have understood that the features of reactionary violence, of violation of the independence and sovereignty of the countries, national oppression and plunder, the persistent tendency to occupation and even annexation of territories, the blackmail and threats and even military interventions, the perverse secret and open diplomacy, the espionage and elimination of liberties, are the essential characteristics of imperialist domination that we can now see in different regions of the earth, with a dangerous tendency to become generalized and deepened in their most dangerous expressions.

At present, a new correlation of forces is taking shape among the world powers and imperialist blocs, of the various monopolies, banks and financial groups that control the economic and political life of society as a whole. They are contending over different regions of the world; they are developing the work of penetration and extending their tentacles to the farthest reaches of the earth.

U.S. imperialism is losing its hegemony

The U.S. power, which undoubtedly remains the leading world power, having been the starting point of the crisis of 2007 and 2008 of the « mortgage bubble, » has managed to gradually recover from the severe recession, which has taken several years.

This, as a result of the various measures taken, has yielded favorable results overall. A technological recovery is taking place in various branches of the industrial process such as the production of electrical and electronic machinery, chemicals, aerospace and pharmaceutical industry, production of shale oil and gas, in which it has taken the lead globally, all of which amounts to 21% of its GDP.

The U.S. has recorded a public debt of $16 trillion (million million) in 2013, equivalent to 110% of its GDP. In 2014 it achieved an economic growth of 2.2% with ups and downs,, with an overwhelming State debt in relation to (estimated) GDP of 105.1% for 2015, one of the three countries in the world with the highest debt in that regard. (IMF / World Economic Outlook Database. Latest data available.)

The real unemployment rate has risen to 11.5%; salaries have not increased enough to pay for necessities; social inequalities have increased since the 1980s and have now reached their highest point in a century; according to surveys in 2014, most people in the U.S. believe that their country is still undergoing a crisis.

According to the source quoted, there are 22.7 million unemployed, equivalent to 14.7% of the people able to work, in particular 21.8% of that total are people under 18 years old.

On the other hand, 49.6 million people are living in poverty, according to the United States Census.

It is worth noting that of the 500 largest companies in the world, 133 are based in the United States, which is twice the total of any other country in the world. Yankee investments in foreign countries total $3.3 thousand million, while companies from other countries are investing in US territory in the amount of $2.4 thousand million, placing them first in the world in this regard.

The destination of U.S. exports is mainly shared among Canada with 19.4%, Mexico 12.8%, China 7.2% and Japan 4.7%; in relation to imports, China ranks first in countries from which the United States imports with 19.5%, then Canada with 14.2%, Mexico 11.8%, Japan 6.3% and Germany 4.3%.

Some of these economic indicators allow us to analyze the economic difficulties of U.S. imperialism and the reason why it is experiencing a sustained loss of hegemony in the capitalist system. In some cases it is thought to have been surpassed by others, such as China, but this is only a perception that is not supported by figures that show the economic reality.

China: its features and penetration in Latin America

The so-called People’s Republic of China, after the open betrayal by its leadership of the principles of socialism and the revolution, has embarked on the path of the most rampant capitalism, has gone on to compete and share with the other world powers the desire for domination at the international level and particularly in contemporary Latin America.

The Communist Party is the commanding force that concentrates all the powers in that Asian country. It uses that name in an attempt to perpetrate a fraud on the people, but ideologically, politically and organizationally it has absolutely nothing to do with the principles of socialism, of Marxism-Leninism or the revolution.

In China, as the effect of the global crisis and the decline of trade has seen its economy shrink from the double digit growth of a few years ago, to 7.4% in 2014, a situation that had not occurred in the 14 previous years; according to economic experts, the growth will continue to slow through 2015, to below 7%, due to the sluggishness in the real estate market and the construction sector.

The program of reforms of the CPC until 2020 includes closing the forced labor centers, greater independence for the local justice courts, relaxation of the one-child policy; the reform of the « hukou » that prevents citizens from moving freely throughout the country and the access of citizens to public services, in order to ensure an adequate supply of labor power.

There are great differences in living standards between the cities and the countryside, between the urban areas of the East Coast and the interior and the West; between the middle classes and those forgotten by the economic growth. Poverty still affects 10% of the population (that is, over 120 million people), who live on less than $1 a day (IMF, World Economic Outlook Database, latest data available).

China’s GDP is estimated at more than $11 billion. The State debt in relation to GDP (estimated for 2015) is 41.8%, which as one can see is an important anchor for the advance of the economy.

In fact, China has now emerged as the second largest world power. In 2013 it invested globally an amount of $73,000 million (according to OECD statistics), but until early this year it noted an increase of 17% on investments compared to last year and 36 times as much as it invested 10 years ago.

Now it is the third largest country in Foreign Direct Investment, after the United States and Japan. China is no longer looking primarily to purchase raw materials and now wants to enter into investments in industrialization. It believes that countries with large agricultural production or that possess more than enough raw materials, hydrocarbons, etc. for example, have a great capacity for borrowing, independent of the reasons for their backwardness.

China is the second largest source of imports for the region, having risen to 16% of the total, and the third major destination for its exports (9% of the total), according to the sources of the Economic Commission for Latin America and the Caribbean, ECLAC, although the regional body pointed out that due to the reduction in prices of raw materials and the slowdown in the growth of the Chinese economy, this bilateral trade will no longer grow at rates as high as those that have been recorded in the last fifteen years.

Argentina and Venezuela have obtained Chinese loans from the eastern banks. China has loaned $3,500 million to Petrobras, which helped it resolve the corruption scandals that have broken out in the Brazilian energy giant (http//www.ips.noticias.net/2015/02/argentina).

During the tour by the President of [China’s] Eximbank through some Latin American countries, especially Brazil, at that time he made the offer to invest $10,000 million in the Latin American continent.

Since last May China has chosen Chile as its financial base, establishing the first clearinghouse bank for the yuan or renminbi (its currency) in Latin America, with an initial investment of $189 million. It announced a contribution of $8 thousand million dollars so that foreign institutional investors could invest directly in the stock market in that country; both countries agreed to explore the strengthening of the bilateral Free Trade Agreement that has been in force since 2006 and covers 97% of trade between Chile and China.

The penetration of Chinese imperialism into Ecuador

Since 2007 a closer relationship has developed between the Ecuadorian State and China, especially in terms of loans, oil exploitation and sales of services with the Asian giant.

According to the magazine Analisis Semanal (Weekly Analysis), published in our country, Chinese investment has generally been in projects with low risk and high returns, such as oil and mining, which China entered by acquiring shares in other companies that had already initiated projects or ensuring the establishment of secure reserves in the investment projects.

For now, in the case of Ecuador it has financed the construction of works such as hydroelectric plants, for example Coca Codo Sinclair, whose contracts ensure the participation of its enterprises and its technical and operating staff, who according to reports were given a highly precarious treatment in regard to their rights and security. In the various contracts, the pattern of risk remains with the Ecuadorian State itself.

In January 2015, the Export Import Bank of China, Eximbank, pledged an investment of $5,296 million for various projects of mobility, health and safety in a meeting with President Correa, who as we know toured the Asian giant, looking for commitments to loans and investments in that country.

Andes Petroleum and PetroOriental, subsidiaries of CNPC (China National Petroleum Corporation) took over operations of the Tarapoa blocks 14 and 17 after buying the shares of the Canadian oil firm EnCana in 2006. But China also has promoted five anticipated sales of Ecuadorian crude oil, extending a loan of $10 thousand million to Ecuador at an interest rate of 7%, which shows the voracity of oriental imperialism, but also the outrageous betrayal of the Correa government in meekly accepting these imposed conditions.

Ecuador’s foreign debt with China was $4,633 million, while the oil sales to that country surpassed 80% of total exports, while the foreign direct investment of China in Ecuador was only $88 million in 2012.

The Chinese company Tiesiju, which built part of the multi-purpose project Chone, withdrew from that project because of serious problems with the contractors, workers and the community itself, which rejected its presence.

In 2011 and 2012 Chinese companies such as Huawei and ZTE were awarded contracts worth more than $150 million for land-line, mobile and Internet phones; ZTE filed claims against the Ecuadorian State for having allegedly been harmed in the awards process.

The Chinese company CRCC-Tongguan took on the operation of the Mirador copper mining project in Zamora Chinchipe for the final phase of exploration, this time buying the rights from Canada’s Corriente Resources. In 2012, the Chinese company signed the first large-scale mining contract; meanwhile the Junefield Company acquired the Rio Blanco gold project in the province of Azuay.

By 2011 Ecuador’s Embassy in China announced that Chinese investment in the country was about $6,500 million.

On January 7, 2015 five financing agreements were signed in Beijing with banks for approximately $7,500 million: a concessional loan with Eximbank destined for social projects, mobility, irrigation and infrastructure; additionally $250 million was agreed to for the so-called change in the energy matrix relating to the provision of induction stoves.

President Correa himself and other officials of his regime have stated that Chinese industry will provide half a million induction stoves to introduce their use in what the government calls the change in the energy matrix. A lot of propaganda has been launched, although the benefits of these stoves have been questioned by large segments of the population and there are many difficulties with their introduction into Ecuadorian households.

The role of the revolutionaries together with the workers, youth and peoples

Faced with the current situation in which humanity itself is suffering from the offensive of imperialism whatever it calls itself, we have to occupy the front ranks in denouncing and confronting decisively and clearly all the crimes and reactionary designs and inequities caused by the enemies of the humanity.

We think that the fight against imperialism is inextricably linked to the fight that the workers and peoples must face against the anti-national and anti-people policies of the governments that, whatever they call themselves and with the most varied discourse, serve the interests of imperialist penetration.

In the case of Latin America, we need to understand and expose how the action of imperialism is unfolding in each of our countries and at the international level. The so-called alternative governments and the openly right-wing ones facilitate the penetration of the monopolies and the foreign banks through handing over the resources for exploitation, they open up the markets for monopoly industry and develop the policies of « flexibility, » which means the cutback or elimination of labor rights and public liberties to allow the super-exploitation of the labor power of the working class.

In this area, the Correa government is promoting a tenacious demagogy of supposed « service to the poorest » and « defense of the national interests », sometimes exhibiting anti-U.S. positions that have led to the handing over of the country’s resources to Chinese penetration in projects such as those mentioned; loans and facilities for investment, although the United States remains Ecuador’s main economic partner.

To develop actions to expose this sell-out policy; to mobilize the popular forces against these policies; to work for the left and progressive forces in Latin America to coordinate support and solidarity with our struggles; in the midst of actions we are developing a broad anti-imperialist front to oppose the plundering of our resources, assume the defense and preservation of our sovereignty and independence, of the rights and aspirations of the workers and peoples, making them play the leading role in these battles.

Marxist-Leninist Communist Party of Ecuador

Déclaration de Reconstruction communiste Canada sur les élections fédérales du 19 octobre 2015

150314-Ottawa-C51-134cr3

(English follows)

Notre groupe, Reconstruction Communiste du Canada, estime que de nombreux et nombreuses  citoyenNEs vont voter pour le NPD parce qu’ils/elles pensent que ce parti est progressiste.

Nous croyons que le NPD a beaucoup changé depuis sa création et qu’il n’est plus progressiste, pouvant même être considéré à certains égards de réactionnaire.

Voici quelques-unes des nombreuses positions réactionnaires du NPD:

  • L’expulsion honteuse par le NPD de son candidat à l’élection Wheeldon, qui a dénoncé correctement les crimes d’Israël contre les Palestiniens;
  • La position de Jack Layton sur l’OTAN et NORAD, qui a abandonné le programme original du NPD de Tommy Douglas, qui réclamait le retrait du Canada de l’OTAN, et des alliances militaire impérialiste menée par les États-Unis, dans laquelle le Canada a bombardé pendant 90 jours les hôpitaux, les chemins de fer, eau, électricité, télécommunication à Belgrade et démantelé un pays souverain, Yougoslavie, violant ainsi le droit international;
  • La position soutenant les politiques des Margareth Thatcher pour enrichir les capitalistes et exploiter sauvagement la classe ouvrière tout en détruisant les politiques sociales construites de hautes luttes.

Nous devons donc envoyer un message clair au NPD et à tous les partis pro-capitalistes qui souhaitent siéger au Parlement du Canada.

Les positions de la Reconstruction Communiste du Canada sont les suivantes:

  • Bien que nous dénonçons le NPD pour ses positions réactionnaires, nous pensons que les citoyenNEs devraient voter quand même pour le NPD dans le but de vaincre et battre Stephen Harper et les conservateurs aux élections fédérales du 19 octobre 2015;
  • Nous considérons que Harper et les conservateurs sont en train de détruire le Canada et d’autres pays dans le monde avec leurs politiques impérialistes:

Parce que :

  • Harper soutient totalement les intérêts capitalistes de l’oligarchie financière contre les intérêts de la classe ouvrière, du peuple du canadien et des autres peuples du monde:
  • Harper est un fasciste qui nous conduit à la guerre;

  • Harper est opposé à des mesures visant à protéger l’environnement;

  •  Harper est opposé à la reconnaissance des droits ancestraux des peuples aborigènes au Canada et dans le monde.

Nous proposons la création d’un Front populaire et uni pour mieux lutter dans les intérêts des travailleurs et travailleuses des peuples du Canada et non pas de la classe capitaliste canadienne:

  • le front populaire demande que nos impôts soient utilisés pour créer des emplois pour la classe ouvrière à travers des investissements dans les industries d’État au lieu d’investir, comme Harper le fait, dans les guerres d’invasion, d’agression, où l’occupation et le pillage des autres pays y sévissent, ce qui violent les lois internationales dont le Canada est signataire, faisant de notre pays, un pays criminel comme les fascistes et les nazis dans la 2ème Guerre Mondiale;
  • Le Front populaire exige la création d’entreprises d’État dans les secteurs de l’automobile, de l’informatique, de la chimie, de la pharmaceutique, de recherche et de développement;

Les membres de Reconstruction Communiste Canada  exigent que nos impôts soient donc investis à soutenir les besoins du peuple et non ceux des capitalistes:

  • Santé (universelle et publique et que la médecine se pratique avec des médicaments et des soins dans des services de santé entièrement gratuits);
  • Éducation (gratuite, universelle et publique de la pré-maternelle à l’université)

Nous préconisons la création d’un front uni ou populaire:

  • pour mettre fin aux investissements des capitalistes canadiens dans d’autres pays comme la Chine, l’Inde, le Bangladesh, où les conditions de travail et de vie sont proches de l’esclavage;
  • pour mettre fin à l’exploitation dont la classe ouvrière fait l’objet par l’État impérialiste canadien et qui est fondé sur des politiques anti-démocratique, antisyndicale, et anti-ouvrière, etc.

Reconstruction Communiste Canada propose donc de rencontrer des militantEs progressistes, dans les organisations et les partis de toute affiliation syndicale et politique, ainsi que des organisations nationales, des mouvements étudiants, travailleurs et travailleuses, les chômeurs, militantEs, intellectueLEs, artistes, en travaillant pour la création d’un Front populaire.

A bas Harper!

Pour la création du Front populaire du Canada!

Antonio Artuso Communiste Reconstruction Canada

Appuyé par Reconstruction communiste Comité Québec – courriel reconstructioncommunistequebec@gmail.com

 

 

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Communist Reconstruction Canada Statement on Federal Election, October 19th

 

Our group, Communist Reconstruction Canada, considers that many citizens are going to vote for the NDP because they think this party is a progressive one.

 

We believe the NDP has changed a lot, that it is no longer progressive and that it is now a reactionary party.

Here are some of the numerous reactionary positions of the NDP :

  • the shameful expulsion by the NDP of its election candidate Wheeldon, who correctly denounced the crimes of Israel against the Palestinians;
  • the position taken by Jack Layton to abandon the original program of the NDP which demanded the withdrawing of Canada from NATO, the imperialist military alliance led by the USA, in which Canada bombed for 90 days hospitals, railroads, water, electricity, telecommunication in Belgrade and dismantled a sovereign country, Yougoslavia, thus violating International Law;

  • the position supporting Margareth Thatcher’s policies to enrich the capitalists and exploit savagely the working class while destroying the social policies.

 

We must send a clear message to the NDP and to all the pro-capitalist parties in the Parliament of Canada.

The following the positions of Communist Reconstruction Canada:

  • Although we denounce the NPD for its reactionary positions, we think that the citizens should vote for the NDP for the only purpose of defeating Stephen Harper and the Conservatives.
  • We propose to vote for the NDP with the sole purpose of defeating Harper and the Conservatives at the Federal Elections of October 19, 2015.

  • We consider that Harper and the conservatives are destroying Canada and other countries with their policies :

  •  

    Because Harper supports totally the capitalist interests of the financial oligarchy against the interests of the working class and the people of Canada and the world:

     

     

    • Harper is for fascism and war;
  • Harper is opposed to measures to protect the environment;

  • Opposition to the recognition of the Aborigenous People thoughout the world

  •  

    We propose the formation of a People’s Front to fight of the interests of the workers and the peoples of the world and not of the capitalist class:

    • the People’s Front demands that our taxes be used to create jobs for the working class through investments in State-owned Industries instead of investing , like Harper, in wars of invasion, occupation and plunder of other countries, which violate the International Law and makes of Canada a criminal country like the fascists and the Nazis in the 2nd WW;

     

    • the People’s Front demands the creation of State-owned companies in the automobile, computer, chemical, pharmaceutical, research and development sectors;

     

    • the People’s Front demands that our taxes be invested and to support the needs of the people: (1) Health (Free, Universal and Public Health care with free drugs and services); (2) Education (Free, Universal and Public from Pre-Maternal to University);

     

    • the People’s Front demands to stop Canadian capitalists to invest in other countries like China, India, Bangladesh, were the working and living conditions are close to slavery;

     

    • the People’s Front demands to stop supporting States which are exploiting the working class and are anti-democratic, anti-union, etc.

    Communist Reconstruction Canada is proposing to meet progressive people, organizations and parties of all affiliation, trade unions, national organizations, student movements, workers, unemployed, activists, intellectuals, artists to work on the creation of a People’s Front.

     

    Down with Harper!

    For the creation of the People’s Front of Canada!

    Antonio Artuso Communist Reconstruction Canada

    e-mail: pueblo@sympatico.ca