Interview du président Gonzalo par le journal « El Diario » Partie III

Nous republions une nouvelle traduction, revue et corrigée, de l’interview donnée par le Président Gonzalo au journal El Diario après 8 années de Guerre Populaire au Pérou. Cette interview est un texte didactique et très utile pour comprendre ce qu’est l’idéologie scientifique du prolétariat, le marxisme-léninisme-maoïsme. Nous republierons les lundis une partie de ce texte sur notre site. Nous continuons avec la Guerre Populaire. Le texte complet est également disponible sur la Bibliothèque Marxiste. 

 

Interview du président Gonzalo par le journal « El Diario »

3. GUERRE POPULAIRE

El Diario : Monsieur le Président, parlons maintenant de la guerre populaire. Que signifie la violence pour le Président Gonzalo ?

Président Gonzalo : En ce qui concerne la violence, nous partons d’un principe établi par le Président Mao Tsétoung : la violence est une loi universelle, sans aucune exception, je veux dire : la violence révolutionnaire ; c’est cette violence qui nous permet de résoudre les contradictions fondamentales, avec une armée, et à travers la guerre populaire. Pourquoi partons-nous de la thèse du Président Mao ? Parce que nous croyons qu’avec lui, le marxisme s’est réaffirmé et a réussi à établir qu’il n’y a aucune exception. Marx, déjà, nous parlait de la violence accoucheuse de l’histoire, ce qui reste pleinement valable et grandiose. Lénine, à propos de la violence, nous parlait du panégyrique de la violence révolutionnaire, fait par Engels. Mais ce fut le Président Mao qui nous dit que c’est une loi universelle sans aucune exception. C’est pour cela que nous nous basons sur cette thèse. C’est une question essentielle du marxisme parce que sans violence révolutionnaire, une classe ne peut pas renverser un vieil ordre pour en créer un nouveau, en l’occurrence aujourd’hui un nouvel ordre dirigé par le prolétariat au moyen de partis communistes.

Le problème de la violence révolutionnaire est une question qui revient de plus en plus sur le tapis. C’est pourquoi nous, les communistes et les révolutionnaires, devons nous réaffirmer dans nos principes. Le problème de la violence révolutionnaire est dans la concrétisation de la guerre populaire. Pour nous, le Président Mao Tsétoung, en établissant les principes de la guerre populaire, a doté le prolétariat de sa ligne militaire, de sa théorie et de sa pratique militaire, de valeur universelle, donc applicable partout, selon les conditions concrètes.

Le problème de la guerre, nous le voyons ainsi : la guerre a deux aspects ; l’un de destruction, l’autre de construction, l’aspect de construction étant le principal. Et ne pas voir les choses ainsi, c’est saper la révolution, c’est l’affaiblir. D’un autre côté, dès que le peuple prend les armes pour renverser le vieil ordre, la réaction cherche à l’écraser, à le détruire, à l’anéantir ; et elle utilise tous les moyens à sa disposition, allant jusqu’au génocide. Dans notre pays nous l’avons vu, nous sommes en train de le voir et nous le verrons plus encore, jusqu’à ce que nous ayons démoli l’État Péruvien caduc.

En ce qui concerne la soi-disant guerre sale, je préfère simplement dire qu’on nous impute le fait que la force armée réactionnaire ait appris de nous cette guerre sale. Cette accusation est l’expression claire de l’incompréhension de ce qu’est une révolution, de ce qu’est une guerre populaire. La réaction applique, au moyen de ses forces armées et de ses forces répressives en général, sa volonté de nous balayer et de nous faire disparaître. Et pour quelle raison ? Parce que nous voulons la même chose pour elle : la balayer et la faire disparaître en tant que classe. Mariatégui disait déjà qu’on ne peut engendrer un nouvel ordre social qu’en détruisant, qu’en démolissant le vieil ordre. Nous jugeons, finalement, ces problèmes à la lumière du principe essentiel de la guerre, établi par le Président Mao : l’anéantissement des forces de l’ennemi et la préservation des siennes. Et nous savons très bien que la réaction a appliqué, applique et appliquera le génocide. Sur ce point nous sommes extrêmement clairs. Et, en conséquence, se pose pour nous le problème du prix à payer : pour anéantir l’ennemi, préserver nos propres forces et plus encore pour les développer, il faut payer le coût de la guerre, payer de notre sang. Le sacrifice d’une partie est nécessaire au triomphe de la guerre populaire.

En ce qui concerne le terrorisme. On nous qualifie de terroristes. Je veux seulement répondre de cette manière pour que tous, nous réfléchissions. N’est-ce pas l’impérialisme yankee, et particulièrement Reagan, qui a accusé de terrorisme tout mouvement révolutionnaire ? Oui ou non ? C’est ainsi qu’ils cherchent à discréditer et à isoler pour mieux écraser ; c’est ce dont ils rêvent. Mais ce n’est pas seulement l’impérialisme yankee et les autres puissances impérialistes qui combattent le soi-disant terrorisme. C’est aussi le social-impérialisme, le révisionnisme. Aujourd’hui, Gorbatchev lui-même propose de s’unir pour lutter contre le terrorisme. Et ce n’est pas une simple coïncidence si lors du VIIIème Congrès du Parti du Travail d’Albanie, Ramiz Alia s’est engagé lui aussi à le combattre.

Mais il serait très utile de nous rappeler ce que Lénine écrivait : « Vive les initiateurs de l’Armée Populaire Révolutionnaire ! Ce n’est plus un complot contre un quelconque personnage haï, ce n’est pas un acte de vengeance, ce n’est pas une sortie poussée par le désespoir, ce n’est pas un simple acte d’intimidation, non : ceci est le commencement bien médité et préparé, calculé du rapport de forces, c’est le commencement des actions des détachements de l’armée révolutionnaire ». « Heureusement, les temps sont révolus où, par manque d’un peuple révolutionnaire, la révolution ‘était faite’ par des terroristes révolutionnaires isolés. La bombe a cessé d’être l’arme du ‘poseur’ individuel et est devenue l’élément nécessaire de l’armement du peuple ».

Déjà Lénine nous enseignait que les temps avaient changé, que la bombe était devenue l’arme de combat de la classe, du peuple, qu’elle n’était plus une conjuration, une action individuelle isolée, mais l’action d’un Parti, avec un plan, avec un système, avec une armée. Les choses étant ce qu’elles sont, où est le soi-disant terrorisme ? Ce n’est que pure infamie.

En fait, on doit avoir très présent à l’esprit que, dans la guerre contemporaine en particulier, c’est précisément la réaction qui utilise le terrorisme comme un de ses moyens de lutte, et comme cela a été prouvé mille fois c’est une forme de lutte quotidienne des forces armées de l’État Péruvien. Au vu de ce qui précède, nous pouvons conclure que ceux qui jugent la situation avec désespoir parce que la terre tremble sous leurs pieds, crient au terrorisme dans le but de cacher la guerre populaire. Mais c’est un tel choc qu’eux-mêmes reconnaissent sa dimension nationale et reconnaissent que c’est devenu le problème principal qu’affronte l’État Péruvien. Et quel terrorisme agit ainsi ? Aucun ; et pire encore, ils ne peuvent plus nier qu’un Parti Communiste dirige la guerre populaire. Mais en ce moment certains commencent à réfléchir. Il ne faut condamner personne d’avance, il y a ceux qui peuvent progresser. D’autres, comme Del Prado, n’avanceront jamais.

El Diario : Quelles sont les particularités de la guerre populaire au Pérou, en quoi se différencie-t-elle d’autres luttes dans le monde, en Amérique Latine et de celle menée par le M.R.T.A. ?

Président Gonzalo : C’est une bonne question. Je vous remercie parce qu’elle servira à aborder une fois de plus le soi-disant « dogmatisme ». Certains vont jusqu’à dire que nous appliquons mal la pensée du Président Mao, à une époque qui n’est plus la sienne. Finalement, ils papotent tant, qu’il faut se demander s’ils savent de quoi ils parlent, entre autres, le sénateur décoré, spécialistes de la violence.

La Guerre Populaire s’applique universellement, selon le caractère de la révolution, et acquiert un caractère spécifique à chaque pays, il ne peut pas en être autrement. Dans notre cas, les particularités sont claires. C’est une lutte qui se livre à la campagne et à la ville comme cela fut établi dès 1968, dans les grandes lignes pour la guerre populaire. Voici déjà une différence, une particularité : c’est à la campagne et à la ville. Nous croyons que cela est lié à nos situations spécifiques. L’Amérique Latine, par exemple, compte des villes proportionnellement plus grandes que celles des autres continents. C’est une réalité de l’Amérique Latine qu’on ne peut ignorer. Il suffit de voir la capitale du Pérou, qui a un taux de population élevé. Ainsi, pour nous, la ville ne pouvait être laissée de côté et la guerre devait s’y dérouler aussi, toutefois la lutte se livre principalement à la campagne, celle de la ville restant le complément nécessaire. Voilà, nous avons déjà une particularité. Il y en a une autre.

La réalité est la suivante : en entrant dans la guerre populaire, nous allons affronter les forces de police, et ce n’est qu’en décembre 1982, que les forces armées font leur entrée ; ceci ne voulait pas dire qu’avant, elles n’avaient pas, bien sûr, un rôle de soutient, sans compter l’étude du processus de notre développement. C’est une particularité, parce que produisant un vide à la campagne, nous avons dû créer un Nouveau Pouvoir sans avoir mis en déroute de grandes forces armées puisqu’elles n’étaient pas encore entrées. Et si elles l’ont fait, si elles sont entrées, c’est parce que nous avions créé un Pouvoir Populaire. Telle était la situation politique concrète qui existait dans le pays. Si nous n’avions pas agi ainsi, en appliquant point par point ce que le Président Mao Tsétoung a dit, nous serions encore assis à attendre l’entrée des forces armées. Nous nous serions enlisés. Une autre particularité, c’était la conformation de l’armée, je m’y suis déjà référé.

Toutes sont des particularités, nous avons déjà parlé de la campagne et de la ville, de comment faire la guerre, de l’armée, de comment s’établit le Nouveau Pouvoir. Que le Parti lui-même soit militarisé est une autre particularité. Ce sont des situations spécifiques qui correspondent à notre réalité, à l’application du marxisme-léninisme-maoïsme, de la théorie du Président Mao sur la guerre populaire aux conditions de notre pays. Bien sûr, cela nous différencie des autres luttes.

Pourquoi nous différencions-nous des autres ? Parce que nous faisons une guerre populaire ; cela nous différencie d’autres luttes d’Amérique Latine. A Cuba il n’y a pas eu de guerre populaire, mais leur lutte a eu aussi ses particularités, qu’ils ont oubliées intentionnellement ; avant ils disaient que c’était un cas exceptionnel, la non-ingérence de l’impérialisme nord-américain -dixit Guevara- et puis ils l’oublièrent. En dehors du fait qu’il n’y a pas eu de Parti Communiste pour diriger, ce sont des questions du cubanisme et ses cinq caractéristiques : différenciation des classes insuffisante, ce qui entraînait le besoin de rédempteurs pour racheter les opprimés, révolution socialiste ou caricature de révolution, front uni mais sans bourgeoisie nationale, pas de nécessité de base d’appui, et celle déjà mentionnée : l’absence de nécessité d’un Parti. Ce que nous voyons aujourd’hui en Amérique Latine n’est qu’un développement de ces mêmes positions, mais chaque fois plus au service du social-impérialisme et son conflit avec l’impérialisme yankee pour l’hégémonie mondiale. L’Amérique Centrale le montre avec évidence. Le M.R.T.A., du peu que nous en savons, est en accord avec ces critères.

En fin de compte, un autre point qui nous différencie, excusez-moi d’insister, c’est l’indépendance, l’autonomie de décision, le fait que nous nous appuyons sur nos propres forces. Les autres ne possèdent pas ces caractéristiques et sont des pions de l’échiquier ; nous, non. Encore une différence très importante ; nous nous assujettissons au marxisme-léninisme-maoïsme, les autres non. En synthèse, la grande différence, la différence fondamentale, se trouve au point de départ, dans l’idéologie dont nous partons, le marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme, appliqué aux conditions spécifiques de notre pays, et j’insiste encore une fois de plus, appliqué avec des particularités bien claires qui démontrent la fausseté du soi-disant dogmatisme qu’ils nous imputent, qui n’est d’ailleurs que la réponse aux ordres de leurs maîtres.

El Diario : Monsieur le Président, le M.R.T.A. serait donc en train de jouer un rôle contre-révolutionnaire dans le pays ?

Président Gonzalo : Le M.R.T.A. a des positions qui doivent faire réfléchir. Il y a eu, par exemple, la trêve accordée à l’Apra, selon ses dires, jusqu’à ce que le peuple soit frappé. Mais nous savons que le jour même où García Perez devint président, il réprima les masses dans la capitale même de la république. En octobre 1985, génocide à Lurigancho. Le peuple était-il frappé oui ou non ? Et combien de temps ont-ils attendu pour mettre fin à leur trêve ? Ce sont des choses sur lesquelles chacun doit s’interroger.

El Diario : Vu l’importance de la Base d’Appui : comment se construit-elle dans le pays ? Que pensez-vous de l’insurrection ?Comment y préparez-vous les villes ?

Président Gonzalo : La base d’appui est l’épine dorsale de la guerre populaire. Sans elle, elle ne peut se développer. J’ai fait mention, auparavant, de circonstances particulières qui se sont présentées à nous au cours de la seconde moitié de 1982. Nous avons développé la partie finale de la campagne de déploiement, visant à détruire les relations semi-féodales d’exploitation, visant à en finir avec le caciquisme qui est la base du pouvoir de l’État, et le sera jusqu’à ce que nous le balayions. Nous continuons à frapper et à infliger des défaites écrasantes et humiliantes aux forces policières ; et ce n’est pas moi qui le dis, mais des journalistes de l’Expreso par exemple, qu’on ne peut, je crois, soupçonner de position révolutionnaire. Nous avons donc créé un vide de Pouvoir à la campagne. Le problème s’est alors posé : Que faire ? Nous avons décidé de créer des comités populaires, c’est-à-dire des dictatures conjointes, un Nouveau Pouvoir. Nous avons décidé qu’ils devaient être clandestins, parce qu’ensuite interviendraient nécessairement les forces armées, nous le savions bien. Ces Comités Populaires se sont multipliés par cent, les Comités d’une zone formant une base d’appui et l’ensemble de celles-ci, la République Populaire de Démocratie Nouvelle en formation. C’est de cette manière qu’ont surgi les comités, les bases, et que la R.P.D.N. est en formation.

Quand les forces armées sont entrées, nous avons dû développer une dure lutte : elles ont appliqué le rétablissement du vieux pouvoir, nous avons appliqué le contre-rétablissement pour relever le Nouveau Pouvoir.

Un génocide très cruel et sans miséricorde a eu lieu. Nous avons dû nous battre de toutes nos forces. La réaction, et les forces armées en réalité, ont cru en 1984 nous avoir déjà mis en déroute : Je fais référence à des documents qu’ils connaissent très bien puisque ce sont les leurs, où on lisait même que nous n’étions plus un danger, que le danger était le M.R.T.A. Mais quel fut le résultat ? Les comités populaires et les bases d’appui se sont multipliés, et cela nous a amenés ensuite à développer les bases. C’est ce plan de développement qui se poursuit aujourd’hui.

En ce qui concerne l’insurrection, je crois que ce problème revêt une importance capitale. Dans le cas d’un pays comme le nôtre, la situation révolutionnaire en développement a permis de commencer la guerre populaire, avec déjà un Parti reconstitué et une idéologie claire. Le développement même des bases, le développement de l’Armée Populaire de Guérilla, et celui de la guerre populaire impulsent et développent plus encore la situation révolutionnaire.

Ainsi, tout cela mène à ce que le Président Mao appelle essor, ce qui, chez Lénine, est appelé crise révolutionnaire. Parvenus à ce moment, se produira l’insurrection. C’est ça la théorie de la guerre populaire dans laquelle nous sommes inscrits et avançons. Notre processus de la guerre populaire nous mène donc à l’essor. En conséquence nous devons préparer l’insurrection qui est, en synthèse la prise des villes. Nous pensons et préparons l’insurrection, parce que c’est une nécessité, sinon nous ne pourrions pas triompher dans tout le pays.

Quel problème nous pose la ville ? Nous avons développé un travail dans les villes et à la campagne ; oui, depuis plusieurs années, nous l’avons fait. Il y a eu un tournant et un changement avec la guerre populaire, c’est sûr. Maintenant, notre situation nous amène à voir comment préparer la ville ou les villes pour généraliser la guerre populaire. Tout cela est lié au développement du travail de masses, mais pour et dans la guerre populaire, ce que nous avons fait et continuons à faire ; le fait est que nous avons commencé à le développer davantage. Nous pensons que notre action dans les villes est indispensable et qu’elle doit être impulsée chaque fois plus loin, parce que dans les villes se trouve concentré le prolétariat et parce que nous ne devons le laisser aux mains ni du révisionnisme ni de l’opportunisme.

Dans les villes, existent les quartiers populaires, les immenses masses populaires. Depuis 1976, nous avons une ligne directrice pour le travail dans les villes. Prendre les quartiers populaires et les bidonvilles comme base et le prolétariat comme dirigeant, c’est notre ligne directrice et nous continuerons à la mettre en pratique, aujourd’hui, dans des conditions de guerre populaire.

On voit clairement vers quelles masses nous nous dirigeons. Dans ce qui a été dit auparavant, découle nettement que les immenses masses des quartiers populaires et des bidonvilles sont comme des ceintures de fer qui vont encercler l’ennemi et qui retiennent les forces réactionnaires.

Nous devons gagner de plus en plus la classe ouvrière jusqu’à ce que celle-ci et le peuple nous reconnaissent. Nous comprenons bien qu’il faut du temps et des faits répétés pour que la classe voie, comprenne, et soit sûre de son avant-garde, et que le peuple réalise qu’il a un centre qui le dirige. Ils en ont le droit. Combien de fois les masses, le prolétariat, les habitants des quartiers populaires, la petite bourgeoisie, les intellectuels, ont ils été abusés ! Tant d’espoirs frustrés ! Il faut savoir qu’ils ont tout à fait le droit d’exiger ; nous avons l’obligation de travailler, de leur montrer et de leur démontrer que nous sommes leur avant-garde afin qu’ils la reconnaissent.

Nous faisons la différence entre être avant-garde et être avant-garde reconnue. La classe a ce droit et personne ne peut le lui refuser, le peuple a ce droit et personne ne peut le lui refuser ; nous pensons ainsi. Nous ne croyons pas que du jour au lendemain, le prolétariat et le peuple vont nous reconnaître comme leur avant-garde et leur centre unique ; en effet nous devons l’être pour pouvoir accomplir la révolution comme il se doit. Par conséquent, nous devons travailler avec opiniâtreté et imprimer au travail de masses des formes différentes, des formes variées, pour que les masses apprennent de la guerre populaire même, qu’elles apprennent la valeur de l’arme, l’importance du fusil. Le Président Mao nous dit que la paysannerie doit apprendre l’importance du fusil, c’est une réalité ; nous travaillons donc de cette façon, nous instaurons de nouvelles formes et nous développons le travail de masses, dans et pour la guerre populaire.

Tout cela a un rapport avec cette autre circonstance, avec cette autre situation, avec le Mouvement Révolutionnaire de Défense du Peuple, puisque le Centre de Résistance est l’essentiel du M.R.D.P., nous le disons clairement ; la guerre populaire a besoin d’emprunter d’autres formes organiques, d’autres formes de lutte, qui ne peuvent être en aucune manière les formes usuelles. Elles sont différentes, c’est un fait concret. Nous développons par conséquent le Parti, l’Armée Populaire de Guérilla et le Mouvement Révolutionnaire de Défense du Peuple, ainsi que d’autres organismes créés pour les divers fronts de travail.

Nous avons besoin de stimuler la combativité, nous avons besoin que s’exprime la potentialité de la masse, la potentialité de la classe. Voyons une question : il y a aujourd’hui de fortes hausses de prix, alors pourquoi n’y a-t-il pas de contestation populaire ? Qui immobilise les masses ? Lénine nous disait que la marche fait trembler la réaction, que quand la classe marche dans les rues, la réaction tremble ; c’est cela que nous cherchons à appliquer, c’est ce que nous enseigne le marxisme-léninisme-maoïsme. La classe naît et se développe en combattant ; le peuple aussi. Ce dont nous avons besoin c’est de faire la synthèse des expériences propres à la masse, au peuple, d’établir ses formes organiques, ses formes de lutte, pour qu’ils se saisissent de formes de lutte de plus en plus développées qui s’accroissent à la ville. C’est ainsi qu’elles se forment.

Que pensons-nous ? La chose est claire. Le centre est la campagne mais pour l’insurrection, le centre se déplace et devient la ville. Pour cela on procède de la même manière qu’au commencement, où les combattantes et les communistes se déplaçaient des villes vers la campagne ; maintenant ils se déplacent de la campagne vers la ville, cela se fait aussi. Nous déplaçons aussi nos forces et nous préparons l’insurrection. Nous devons étudier les conditions qui permettent la convergence de l’action de l’Armée Populaire de Guérilla avec l’insurrection dans une ou plusieurs villes. C’est ce dont nous avons besoin.

L’insurrection vise à s’emparer des villes pour faire culminer la guerre populaire dans tout le pays ; mais elle doit chercher aussi à préserver les moyens de production que la réaction tentera de détruire ; à protéger les révolutionnaires prisonniers de guerre, ou les révolutionnaires connus, que la réaction voudra anéantir, et d’autre part capturer les ennemis pour les mettre en lieu sûr. C’est ce qu’on nous a enseigné et c’est cela une insurrection. Lénine nous a enseigné comment organiser une insurrection et le Président Mao nous a enseigné comment se présente l’insurrection dans la guerre populaire. C’est ainsi que nous la voyons et la préparons. C’est la voie que nous devons suivre et que, d’ailleurs, nous sommes en train de suivre.

Une chose doit être bien claire : l’insurrection n’est pas une simple explosion spontanée. Non, ce serait dangereux. Mais cela peut arriver, et c’est pour cette raison que nous devons nous soucier dès aujourd’hui de l’insurrection, et nous le faisons. Nous pensons que certains chercheront à utiliser la guerre populaire à leur profit. Dans une réunion du Comité Central, il y a un bon moment de cela, nous avons déjà analysé certaines possibilités. Et l’une d’elles est que le révisionnisme, ou d’autres, provoquent des « insurrections » soit pour faire avorter le processus de développement, soit pour gagner des positions et servir leur maître social-impérialiste ou tout autre puissance qui les commande, car plusieurs centres de la réaction mondiale chercheront à nous utiliser.

El Diario : Monsieur le Président, que ferait le Parti dans de pareilles circonstances ?

Président Gonzalo : Dans ces circonstances nous ferons ce que Lénine fit, nous expliquerons aux masses que ce n’est pas le moment ; mais si les masses vont au combat, nous nous battrons avec elles pour pouvoir effectuer ensemble un repli mesuré et pour qu’elles souffrent le moins possible. Et si nous mourons avec elles, nous fusionnerons davantage nos sangs. C’est ce que Lénine nous a enseigné lors des fameuses luttes de juillet 1917. Nous ne pouvons pas dire aux masses qu’elles se trompent et que les faits le leur feront comprendre ; non, nous ne pouvons pas leur dire cela. La masse est la masse, la classe est la classe, et si les masses ne sont pas bien orientées, si les conditions les poussent au désespoir, à de telles situations sans compter ceux qui les poussent volontairement alors nous devons rester avec les masses pour leur montrer l’inopportunité du moment et tout en combattant avec elles, les aider à se replier le mieux possible. Alors elles verront bien que nous sommes avec elles pour le meilleur et pour le pire et ce sera le meilleur moyen de leur faire comprendre et de les convaincre davantage que nous sommes leur Parti. Telle sera notre attitude.

El Diario : Monsieur le Président, une question: lorsque vous parlez de lutte dans la ville, quel rôle assignez-vous aux syndicats ?

Président Gonzalo : Celui que Marx avait assigné dans « Passé, présent et avenir des syndicats ». Marx nous avait dit, dès le siècle dernier, que les syndicats n’étaient au départ que de simples corporations visant une défense économique ; c’est leur passé. Leur présent est de s’organiser davantage et de se développer politiquement, et leur avenir, de servir à la conquête du Pouvoir. Marx nous avait déjà parlé de cela. Le problème est de savoir combiner les deux luttes ; la lutte pour des revendications, qui est une guerre de guérillas comme nous l’avait dit Marx lui-même : la lutte pour le salaire, le temps de travail, les conditions de travail et d’autres droits que développent la classe, le prolétariat et le peuple qui se mettent alors en grève ; c’est une guerre de guérillas qui n’est pas seulement une lutte pour une question concrète, économique ou politique, mais aussi d’intérêt général car elle est une préparation aux grands événements à venir. C’est son essence historique fondamentale, et notre problème est donc de lier la lutte revendicative à la lutte pour la conquête du Pouvoir, ce que nous appelons développer le travail de masses dans et pour la guerre populaire.

El Diario : Monsieur le Président, puisque vous avez parlé de crise révolutionnaire, pensez-vous que cette situation soit envisageable à court terme ?

Président Gonzalo : La question c’est le triomphe de la guerre populaire et elle est liée principalement au fait de lutter plus et mieux. L’insurrection, comme je l’ai déjà dit, c’est l’achèvement que nous devons préparer, et nous le faisons résolument aujourd’hui en prévoyant la possibilité que d’autres veuillent trafiquer avec l’insurrection. C’est une chose à laquelle nous devons songer, mais le problème principal est l’opportunité de l’insurrection ; c’est de calculer le moment opportun.

El Diario : Pourquoi le Parti Communiste du Pérou a-t-il commencé la guerre populaire en 1980 ? Quelle est l’explication militaire et historique de ce fait ? Quelle fut l’analyse sociale, économique, et politique du P.C.P. pour commencer cette guerre ?

Président Gonzalo : Nous avons fait des recherches sur le pays et nous l’avons étudié particulièrement à partir de la IIème guerre mondiale. Nous avons vu que le processus de la société péruvienne entrait dans des situations complexes. Les propres analyses de l’État montraient que les années 1980 comportaient des questions critiques. Au Pérou on voit que tous les 10 ans se présente une crise vers la deuxième moitié de la décennie, et que chaque crise est pire que la précédente. Ensuite nous avons analysé le capitalisme bureaucratique qui fait mûrir la révolution, les conditions pour la révolution. En 1980 le pays devait se donner un nouveau gouvernement par le biais d’élections, et ce gouvernement allait avoir besoin d’un an et demi à deux ans pour mettre en marche l’appareil d’État. C’est pour cela que nous avions conclu que le capitalisme bureaucratique avait fait mûrir la révolution, que les années 1980 s’annonçaient difficiles du fait de la crise, d’un gouvernement issu des élections, etc. et tout cela permettait une conjoncture très favorable au commencement de la guerre populaire. Cela démentait le critère qui dit qu’on ne peut pas commencer la lutte armée, dans notre cas la guerre populaire, quand il y a un nouveau gouvernement. Les faits ont démontré la fausseté de cette position. Nous avons évalué tout cela, ainsi que la situation dans laquelle entrait le nouveau gouvernement. Situation où les militaires s’en allaient après douze ans et par conséquent, ils ne pourraient pas assumer immédiatement une lutte contre nous ni reprendre les rênes de l’État car ils était usés politiquement et avaient perdu tout prestige. C’étaient des faits concrets, une réalité.

Nous avions déjà établi depuis longtemps que la participation à l’Assemblée Constituante était incorrecte, que la seule chose à faire était de la boycotter car, participer à la Constituante, servirait simplement à la restructuration de l’État Péruvien et à établir une constitution comme celle que nous avons. Et tout cela était prévisible, il n’y avait rien dans ce cas qui ne puisse être prévu ; c’est pourquoi nous avons décidé de jeter les bases du commencement pour démarrer avant la mise en place du nouveau gouvernement. Et c’est ainsi que nous avons agi, puisque nous avons commencé le 17 mai, un jour avant les élections.

Comme nous l’avons mis en pratique, nous avions évalué que dans ces conditions nous pouvions développer notre action, parvenir à la déployer et avancer le plus possible avec l’idée que pendant la deuxième moitié de la décennie une crise plus grave encore que la précédente devait éclater et qu’il y aurait par conséquent de meilleures conditions pour avancer. C’est sur ces données qui s’est planifié le commencement de la guerre populaire. Mais certains disent que nous n’avons pas réfléchi et que nous avons agi dogmatiquement. En quoi ? Ceux qui parlent de dogme sont prêts à prendre des vessies pour des lanternes.

C’est pour cela que nous avons choisi ce moment, et les faits nous ont donné raison ; il était évident que Belaunde, nous l’avons observé aussi, craindrait un coup d’État et que pour cela, il chercherait à restreindre le poids des forces armées. Était-ce difficile à prévoir ? Non, et cela grâce à son expérience de 1968 ; c’étaient des choses prévisibles et on nous a appris à calculer, à analyser, à mesurer ; c’est ce que nous a enseigné le Président, qui était très exigeant sur ces questions, surtout en ce qui concerne le travail de préparation. Nous pensons que les faits l’ont confirmé : les forces armées n’ont pas pu intervenir pendant deux ans. En fut-il ainsi ou non ? Aujourd’hui ils nous disent qu’ils avaient détruit les informations de leurs services secrets ; le nouveau gouvernement allait avoir du mal à s’organiser du fait de son administration ; les faits nous l’ont prouvé. Ensuite s’est produite la crise ; les militaires sont intervenus, avec des contingents chaque fois plus nombreux ; il y a plusieurs années que nous les combattons et nous sommes toujours énergiques, vigoureux. Nos forces se développent. Telles ont été les raisons pour commencer en 1980 et les faits nous montrent que nous ne nous sommes pas trompés, au moins nous ne nous sommes pas trompés dans les grandes lignes ; et c’est là qu’il ne faut pas se tromper.

El Diario : En tenant compte que dans la guerre deux stratégies s’affrontent, pourriez-vous expliquer comment le processus de développement de vos plans militaires, et de vos réussites, est spécifique, et quels problèmes avez-vous rencontrés ?

Président Gonzalo : Nous partons d’une situation. Chaque classe génère sa forme de guerre spécifique et en conséquence, sa stratégie. Le prolétariat a crée la sienne : la guerre populaire et c’est une stratégie supérieure. La bourgeoisie ne pourra jamais avoir une stratégie supérieure à celle-là, qui plus est, il n’y aura pas de stratégie plus développé que celle du prolétariat. C’est un problème de constatation du processus militaire dans le monde. Chaque classe a toujours généré sa façon de faire la guerre et sa stratégie, et c’est toujours la stratégie supérieure qui a vaincu l’inférieure. La nouvelle classe a toujours la stratégie supérieure. Il en est ainsi de la guerre populaire. Les faits nous le prouvent. Il y a des auteurs de traités militaires qui disent ceci : les communistes, quand ils ont appliqué leurs principes, n’ont jamais perdu une guerre, ils l’ont perdue seulement quand ils n’ont pas appliqué leurs principes.

Donc, en partant de cela, du fait que nous avons une stratégie supérieure, théorie prouvée universellement, le problème était de la faire nôtre car il y a une marge d’erreur. La première chose que nous décidons, est de ne pas appliquer mécaniquement la guerre populaire parce que le Président Mao Tsétoung nous a prévenu que l’application mécanique mène à l’opportunisme et à l’échec. En 1980, quand nous décidons de commencer la guerre populaire, nous nous mettons d’accord au Comité Central du Parti pour faire attention à l’application spécifique ; non au dogmatisme, non au mécanisme, tels furent les accords desquels nous sommes partis. Et ici nous pouvons soulever le premier problème que nous avons rencontré : le premier problème que nous avons eu, fut la lutte antagonique contre une ligne opportuniste de droite qui s’opposait au commencement de la guerre populaire. Nous avons liquidé sa partie principale au cours de la IXème réunion plénière et lors de celle de février 1980, nous avons balayé complètement le reste. Ce fut notre premier problème, et c’est à cette époque qu’eut lieu cette épuration dont nous avons parlé précédemment. Nous avons dû élaguer fortement le Comité Central lui-même, mais c’est ainsi que nous nous sommes fortifiés et que nous sommes parvenus à commencer la guerre. Nous avions déjà les grandes lignes pour livrer une guerre à la campagne et à la ville.

Le premier plan que nous allons nous imposer, est celui du Commencement. Le Bureau Politique fut chargé de définir comment développer les action armées. Ce fut cet organisme qui présenta le plan sur la base de détachements en ce qui concerne la forme militaire. Ce plan, nous l’avons accompli en 1980 ; mais ce que nous devons dire, c’est que deux semaines après le commencement, il y eut une réunion du Bureau Politique élargi pour analyser comment nous avions commencé et nous avons conclu que le nouveau était né et que le nouveau était la guerre populaire. C’étaient les actions armées, c’étaient les détachements. Après ce plan nous avons développé le Plan de Déployer ; ce plan fut plus long, il engloba deux années mais se réalisa au moyen de nombreuses campagnes et c’est à son terme que se concrétisèrent les nouvelles formes du pouvoir, que surgirent les Comités Populaires.

Fin 1982, interviennent les forces armées ; avec plus d’un an d’anticipation, le Comité Central avait étudié l’entrée des forces armées et avait défini que cela se ferait progressivement jusqu’à substitution des forces policières qui passeraient au second plan ; et cela s’est passé ainsi ; il ne pouvait en être autrement dans une telle situation. Nous nous y étions préparés et pourtant, nous allions avoir un deuxième problème ; l’entrée de la force armée ne fut pas sans conséquences. Elles entrèrent en appliquant le génocide dès le début, formant des milices de ferme et utilisant les masses sous la pression pour les mettre en avant comme un bouclier. Cela doit être dit clairement. Ici on voit non seulement la politique réactionnaire déjà vue par Marx, mais aussi l’utilisation lâche des masses, en les mettant au devant d’elles. Les forces armées n’ont pas de quoi se glorifier, et c’est pour cela, et à juste titre, que nous avons dit d’elles qu’elles sont expertes en défaites, adroites pour s’acharner sur les masses désarmées. Telles sont les forces armées au Pérou. Face à cela nous avons tenu une session élargie du Comité Central, élargie pour ce qui fut de la participation et de la durée, une des plus longues. C’est là que nous avons établi le Plan de Conquérir des Bases ; c’est à cette occasion que fut créé l’Armée Populaire de Guérilla, pour répondre à une force qui visiblement était d’un niveau supérieur à celui de la police ; c’est là aussi que nous nous sommes posés le problème du Front-Etat, entre autres.

Ainsi surgit un deuxième problème, le problème d’affronter le génocide, c’est-à-dire le génocide des années 1983-84. Il est décrit dans les documents du Parti, cela n’est pas nécessaire d’en rajouter. Mais par contre nous voulons relever que ce fut un génocide barbare et sans miséricorde ; ils crurent que de cette façon, « ils allaient nous rayer de la carte » ; à tel point que fin 1984 ils commencèrent à distribuer, parmi leurs officiers, les documents sur l’anéantissement. La lutte fut intense et dure, il y eut des moments complexes et difficiles.

Face à l’utilisation des milices de ferme et à l’action militaire réactionnaire, nous répondîmes par une action frappante : Lucanamarca, ni eux, ni nous, ne l’oublierons, bien sûr, parce que là, ils ont vu une réponse à laquelle ils ne s’attendaient pas. Ici plus de 80 d’entre eux furent anéantis. Voilà la réalité. Et nous le disons, là il y eut un excès que nous analyserons en 1983. Mais toute chose dans la vie a deux aspects : notre problème était de frapper fort pour les freiner, pour leur faire comprendre que les choses n’étaient pas si faciles. Dans certaines occasions, comme celle-ci, ce fut la Direction Centrale elle-même qui planifia l’action et mit les choses en place. Il en fut ainsi. Le principal est de les avoir frappés fort et de les avoir freinés ; ils ont compris qu’ils étaient face à un autre type de combattants du peuple, que nous n’étions pas de ceux qu’ils avaient combattus auparavant ; c’est cela qu’ils comprirent. L’excès est l’aspect négatif. En comprenant la guerre et en nous basant sur ce qui dit Lénine ; quand il fait référence à Clausewitz, la masse, dans la guerre, dans le combat, peut déborder et manifester toute sa haine, le profond sentiment de haine de classe, de rejet, de condamnation qu’elle porte en elle, voilà ce qui fut à l’origine de cette action. Ce fut expliqué par Lénine, bien clairement expliqué. Des excès peuvent être commis, le problème est de parvenir à un point et de ne pas le dépasser, parce que si tu le dépasses, tu dévies, c’est comme un angle qui a un certain degré d’ouverture, pas plus. Si nous donnons aux masses un ensemble de restrictions, d’exigences et d’interdits, au fond nous ne voulons pas que les eaux débordent. Ce dont nous avions besoin, c’était que les eaux débordent, qu’un torrent se déchaîne, sûrs qu’à son passage il provoque des ravages, mais qu’ensuite il reprend son cours. Je répète que ceci est parfaitement expliqué par Lénine et c’est ainsi que nous comprenons cet excès. Mais, j’insiste, ici le primordial était de leur faire comprendre que nous étions un os dur à ronger, et que nous étions prêts à tout, à tout !

Marx nous a enseigné ceci : on ne joue pas à l’insurrection, on ne joue pas à la révolution ; mais quand quelqu’un arbore l’insurrection, quand quelqu’un prend les armes, il ne baisse pas le drapeau, il le maintient victorieux jusqu’au triomphe, sans jamais le laisser tomber ; c’est cela qu’il nous a enseigné, peu importe le prix à payer ! Marx nous a donc armés, ainsi que Lénine et principalement le Président Mao Tsétoung, qui nous enseigne ce qui signifie le prix à payer, anéantir pour préserver, tenir le drapeau bien haut quoi qu’il arrive ; et nous disons que c’est ainsi, avec cette détermination, que nous avons surpassé ce sinistre, vil, lâche et barbare génocide ; parce qu’il y a quelqu’un, celui qui se fait passer pour le président, qui parle de barbarie sans rougir, alors qu’il est un aspirant Attila qui joue avec le sang des autres.

Nous avons passé des moments difficiles ? Oui, mais que nous a montré la réalité ? Que si on persévère et on maintient la politique au poste de commandement, si on s’en tient à la stratégie politique, si on s’en tient à la stratégie militaire, qu’on a un plan clair et défini, alors on avance, et on est capable d’affronter n’importe quel bain de sang (pour ce qui est du bain de sang nous avons commencé à nous y préparer dès l’année 1981, parce qu’il devait arriver : nous nous y étions donc déjà préparés idéologiquement. C’est cela l’essentiel). Tout cela a entraîné l’accroissement de nos forces, et leur multiplication. Ce fut le résultat, ce que le Président dit s’accomplit : la réaction rêve quand elle veut noyer dans le sang la révolution ; qu’elle sache qu’elle l’arrose, c’est une loi inexorable. Alors, cela-même nous confirme que nous devons être chaque fois plus fidèles, fermes et résolus dans les principes, et avoir toujours cette confiance inaltérable dans les masses.

Ainsi, nous sortons fortifiés avec une Armée plus grande, avec plus de Comités Populaires et de Bases d’Appui et avec un Parti plus fort ; tout le contraire de ce qu’ils avaient imaginé. Nous avons déjà parlé, je crois, des rêves de sang de la réaction ; en effet ce ne sont rien d’autres que des rêves de sang, qui en fin de compte finissent en cauchemars. Mais j’insiste, c’est en persévérant dans les principes et en combattant avec l’appui des masses, principalement de la paysannerie pauvre, que nous avons pu affronter cette situation ; c’est ici que s’est exprimé cet héroïsme dont j’ai parlé auparavant, cet héroïsme massif.

Ensuite nous allons mettre en œuvre un nouveau plan : le Plan de Développer des Bases, Plan dans lequel nous sommes. Que peut-on dire ? Si nous envisageons d’autres problèmes, je crois que nous devons tenir compte d’une leçon : tout plan doit être approuvé, appliqué, son bilan fait dans la lutte de deux lignes et cette lutte est plus intense quand il s’agit d’approuver un nouveau plan ; c’est une réalité. C’est une leçon dont nous tenons énormément compte, et qui nous a endoctrinés, et enseigné beaucoup, il en est ainsi. En fin de compte, la guerre populaire génère un très haut degré d’unité, mais au milieu d’une lutte intense, oui, parce que malgré l’affrontement des problèmes, des situations complexes et difficiles, malgré les reflets de l’extérieur, la dynamique idéologique, ceux qui sont engagés dans la guerre populaire, ont leur vie vouée à la révolution. Et la vie d’un communiste est dédiée au communisme, même s’il ne le verra pas, parce que réellement nous n’allons pas le voir ; au moins, moi je ne le verrai pas. Mais là n’est pas le problème. Ne pas voir le but pour lequel nous luttons, ne nous mène qu’à une réflexion, prendre pour modèle ces grandioses exemples que nous a donnés le marxisme ; à son époque Marx savait qu’il ne verrait rien du triomphe de la révolution et à quoi cela l’a-t-il conduit ? à intensifier ses efforts pour l’avance de la révolution ; ce sont les leçons que nous avons tirées et ces grandioses exemples qui nous ont guidés. J’insiste une fois de plus : cela ne veut pas dire se comparer à eux, cela implique de suivre toujours la voie des étoiles polaires.

Bon, si nous pensons à la lutte armée, à la guerre populaire, nous pouvons dire du Commencement qu’il nous a permis de développer la guérilla parce qu’il nous a permis de passer du stade de détachement à celui de peloton et ainsi nous avons ouvert les guérillas ; le plan de Déployer nous a donné les Comités Populaires ; celui de Conquérir des Bases nous a donné des Bases d’Appui et nous a permis de couvrir un large territoire. Il est bon de se rappeler : Nous avons pris les Andes, la sierra de notre patrie, comme colonne vertébrale pour développer la guerre et conquérir le Pouvoir dans tout le pays et nous avons couvert un territoire qui va d’une frontière à l’autre, de l’Equateur à la Bolivie et au Chili. Mais nous avons aussi développé le travail en bordure de forêt amazonienne, sur les contreforts de la côte et en même temps dans les villes. Aujourd’hui nous pouvons dire que nous avons des centaines de Comités Populaires et de multiples Bases, avec bien sûr une base principale, et une aussi dans chaque zone.

Finalement, au sujet des plans, il faudrait dire ceci : nous avons appris comment diriger la guerre avec un plan stratégique unique en appliquant le principe de la centralisation stratégique et de la décentralisation tactique. Nous dirigeons la guerre avec un plan unique, fait d’étapes, de campagnes, de plans stratégico-opérationnels, de plans tactiques et de plans concrets pour chaque action ; mais la clef de tout cela est le plan stratégique unique, c’est lui qui permet de diriger la guerre comme une unité et c’est capital dans la direction de la guerre populaire. Voilà ce que je peux dire.

El Diario : Monsieur le Président, au cours de ces huit années de guerre populaire, quel a été le résultat obtenu par la stratégie antisubversive et quels sont les problèmes actuellement ?

Président Gonzalo : C’est une question à laquelle je préfère répondre de cette manière : en synthèse, la réaction elle-même dit qu’elle est en train d’échouer et qu’elle continue dans cette direction. Cela, elle le sait très bien. «  Face à l’aveu, nul n’est besoin de preuve », pour utiliser un langage d’avocat.

El Diario : Quand croyez-vous que l’Armée Populaire de Guérilla sera en mesure de développer une guerre conventionnelle, de défense de positions territoriales et d’affrontement ouvert avec les forces armées ? Ce type de lutte figure-t-il dans les plans du P.C.P. ?

Président Gonzalo : Nous avons réfléchi, discuté et établi les grandes lignes au niveau du Parti sur ces problèmes. Nous nous occupons de cela depuis 1981. Nous l’avons également fait en d’autres occasions. Nous sommes partis de la conception du Président Mao Tsétoung sur la guerre populaire à partir de la contradiction. Il y a deux aspects qui s’affrontent : une partie faible et une autre provisoirement forte. Il doit s’écouler une période de défense stratégique, une deuxième de stabilisation stratégique et une troisième d’offensive stratégique. Nous évoluons encore en période de défense stratégique, et dans ces conditions, la guerre de guérillas continue d’être notre forme principale, une guerre de guérillas largement généralisée tant à la campagne qu’à la ville, la campagne principale et la ville complémentaire, et nous combattons presque dans tout le pays. Voilà pour la période dans laquelle nous sommes en ce moment.

En ce qui concerne la guerre de mouvement, suivant les principes du Président Mao Tsétoung, nous la développons et la développerons davantage, au fur et à mesure que la réaction sera dans l’obligation d’appliquer nécessairement une guerre contre-subversive plus intense ; mais, même dans ce cas, nous devons continuer de livrer principalement la guerre de guérillas, et de façon complémentaire une guerre de mouvement. Celle-ci comprenant déjà certaines modalités spécifiques de la guerre de positions, comme c’est écrit dans « De la guerre prolongée ». Nous pensons que la guerre populaire, en devenant plus puissante, provoquera forcément l’intensification de la guerre contre-subversive, centrée sur le génocide. Ceci nous mènera dans le futur à la stabilisation stratégique. Ce qui implique, bien entendu, que nous devons persister dans une ligne idéologique et politique juste et correcte et avoir en conséquence une ligne militaire juste et correcte, ce que nous avons d’ailleurs. Donc, si nous persistons dans ce sens, et si la réaction persiste dans les sinistres plans qu’elle est en train d’élaborer et qui conduiront au génocide, dans lesquels, se sentant impuissante, elle veut entraîner le peuple péruvien, peuple qui ne pourra les suivre, ne pouvant aller contre ses intérêts de classe, cela va alors entraîner la stabilisation stratégique. J’insiste sur la compréhension du maintien de la correction et de la justesse dans les domaines idéologique, politique et militaire et tout ce qui en découle. C’est là que nous devons nous poser le problème du déroulement de la guerre populaire en vue de la prise des villes et de la préparation de la partie qui concerne l’offensive stratégique. Pour aujourd’hui nous ne pouvons en dire davantage.

El Diario : Pour renforcer la guerre, ce dont vous avez parlé, est-il nécessaire de renforcer l’armement de l’Armée Populaire de Guérilla ? Comment pensez-vous résoudre cela ?

Président Gonzalo : Oui, c’est un élément important. Permettez-nous de commencer par cette question. Nous avons toujours l’habitude et nous persistons dans le fait, de partir de nos principes et c’est ainsi qu’à leur lumière nous pouvons résoudre nos problèmes concrets. Le Président Mao Tsétoung nous dit que le principal c’est l’homme, et que l’arme est l’outil ; notre préoccupation vise donc principalement l’homme, son renforcement idéologique et politique, la construction idéologico-politique de l’armée dans ce cas mais aussi sa construction militaire. C’est cela notre point de départ.

En ce qui concerne les armes, le Président nous disait que l’ennemi a les armes, en conséquence le problème c’est de les lui arracher, c’est le principal ; les armes modernes sont nécessaires mais elles fonctionnent selon l’idéologie de l’homme qui les utilise, Lénine nous l’avait déjà enseigné. Nous pouvons affirmer que nous sommes en train de développer les embuscades et les forces armées réactionnaires savent très bien comment cela se passe et les coups durs qu’elles ont soufferts. Ici je fais seulement référence à celle qui se rapporte à Cayara, à l’embuscade d’Erusco, où nous avons anéanti vingt cinq soldats, un seul s’étant sauvé bien que blessé. C’est pour cela qu’ils ont répondu avec ce génocide barbare. Les faits ne sont pas comme ils les dépeignent, qu’il soit entendu que malgré la mobilisation de grandes forces, ils ne sont pas parvenus à nous attraper, qu’il soit entendu aussi que nous sommes repartis avec les armes ; et ils le savent parfaitement bien. De plus nous n’avons pas fait sauter une voiture mais deux, puisque la route était minée sur un kilomètre. Ils n’avaient aucune échappatoire possible. Ce que nous a montré à la télévision et dans les journaux celui qui se fait passer pour le président et ceux qui font partie de la soi-disant « Commission » ne sont,  comme on dit, que « des petites poupées dans l’air », « des dessins dans l’eau ». En conséquence, il y a longtemps déjà qu’a commencé le transfert accru de leurs armes vers nos rangs, et ils sont obligés de nous les donner. Ils sont obligés de nous les apporter là où nous sommes et il faut reconnaître qu’ils commencent à le faire. Pourquoi parlons-nous de cette manière ? Parce que nous les avons dispersés ; nous avons fait des brèches dans leurs lignes en plusieurs points et nous les avons fait stationner passivement. Ils sont comme un éléphant enlisé dans la boue, donc plus faciles à frapper. L’armée et les forces armées en général doivent y penser sérieusement.

Ce que je viens de dire n’est que l’application de ce que le Président Mao nous a enseigné quand il a dit qu’à la fin de la guerre il fallait donner un prix à Tchiang Kaï-chek pour avoir agi en bon fourrier, en bon porteur d’armes. Donc le transfert a déjà commencé et les forces armées le savent très bien. Le plan qu’elles trament, tout ce qu’elles machinent, la grande offensive qu’elles veulent mener, qu’elle soit la bienvenue, car elles n’empêcheront pas le transfert d’armes et elles échoueront parce qu’elles ne réussiront pas à mobiliser le peuple péruvien contre ses propres intérêts et parce qu’elles sont la réaction, la plus noire et pourrie qu’il puisse y avoir, dirigée par ce gouvernement de l’Apra, fasciste et corporatiste, avec à sa tête, un boucher vil et misérable. Le peuple péruvien, l’histoire l’a démontré, ne suit pas le fascisme et ne se laisse pas assimiler par le corporatisme. Ceci a déjà été établi. Au Pérou, le problème ne date pas d’aujourd’hui, il remonte à des dizaines d’années. Alors, les armes de l’ennemi, il faut les lui arracher, c’est notre principale source.

L’humble dynamite continuera d’ailleurs à jouer un rôle important car les mines sont les armes du peuple et par principe nous cherchons les armes les plus simples que toute la masse puisse manipuler, puisque notre guerre est une guerre massive. Autrement elle ne serait pas populaire et la nôtre l’est. Et alors ceci nous entraîne vers une deuxième question, la fabrication de matériel. Nous faisons des efforts pour avancer dans la réalisation du matériel et ils sont très au courant des avertissements envoyés directement au Palais Gouvernemental avec des mortiers faits de nos propres mains, des mains du peuple. Ils ne font pas de commentaires mais nous le savons bien.

L’autre moyen usuel est l’achat, puisqu’il y a trois façons de se procurer des armes : la principale, les arracher à l’ennemi ; la deuxième, les fabriquer et la troisième, les acheter. Pour cela nous rencontrons des problèmes, à cause du coût élevé des armes. Nous menons en avant la guerre populaire la plus économique de la terre, effectivement, parce que nous avons peu de moyens, seulement ce que les masses nous procurent. Et j’insiste une fois de plus là-dessus, comment résoudre ce problème ? Lénine disait qu’il faut se procurer des armes en grande quantité quel qu’en soit le prix et j’ai déjà signalé ce que le Président Mao nous a enseigné. C’est ce que nous mettons en pratique.

El Diario : Prévoyez-vous qu’avec le triomphe et l’avance de la révolution que vous dirigez, une invasion militaire nord-américaine sera déclenchée ? Que fera alors le P.C.P. ?

Président Gonzalo : Même si l’impérialisme yankee intervient déjà concrètement, sur cette question voilà ce que nous pouvons dire. Les États-Unis peuvent mobiliser des pays limitrophes, nous n’oublions pas qu’en plus il y a des revendications territoriales en suspens et des problèmes frontaliers, malgré le silence, j’insiste là-dessus. Nous savons bien le rôle qui est assigné au Brésil ; les États-Unis peuvent à leur tour intervenir directement avec leurs propres troupes et ils ont déjà ici des gens qui s’entraînent.

Il y a quelque temps au Comité Central, nous avons décidé que quelque soit l’ennemi qui vienne souiller notre sol, nous l’affronterons et nous le mettrons en échec. Dans ces circonstances, la contradiction changera et la contradiction nation-impérialisme commencera à se développer comme contradiction principale, ce qui nous donnera une marge plus grande pour rassembler notre peuple.

El Diario : La réaction, le révisionnisme et l’opportunisme de la Gauche Unie disent que vous êtes isolés des masses. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

Président Gonzalo : Je crois que de tout ce que nous sommes en train de dire, on voit que nous avons l’appui des masses. A ceux qui disent de telles choses, ces révisionnistes et ces opportunistes, nous posons une question : sans le soutien des masses, comment expliquer l’existence d’un mouvement qui mène une guerre populaire depuis huit ans, sans aide internationale ?

El Diario : Pendant huit ans les groupes et partis de droite et du révisionnisme, de l’opportunisme et de toute la réaction ont dit et crié sur tous les toits que le P.C.P. est une organisation « démentielle », « messianique », « sanguinaire », « polpotienne », « dogmatique »« sectaire », « narcoterroriste », et le Parti Unifié Mariatéguiste ajoute que vous placez les paysans entre deux feux, que vous êtes des « militaristes » et dernièrement Villanueva a dit que vous êtes des « terroristes génocides » et vous a attribué bien d’autres qualificatifs. Que dites-vous de toutes ces accusations ? Et quel but cherchent-elles a atteindre ?

Président Gonzalo : Pour moi, elles sont sans fondement et montrent l’incapacité à comprendre une guerre populaire. Pour moi il est évident que les ennemis de la révolution ne pourront jamais la comprendre. Sur le fait que nous plaçons les paysans entre deux feux, c’est une pure élucubration, parce que ce sont précisément les paysans qui forment l’immense majorité de l’Armée Populaire de Guérilla. Le problème est de comprendre que l’État Péruvien avec ses forces armées répressives veulent noyer dans le sang la révolution. Voilà comment nous comprenons le problème et nous conseillons à ces messieurs d’étudier un peu la guerre en général, la guerre révolutionnaire et principalement la guerre populaire et le maoïsme, même si je doute qu’ils comprennent parce que pour cela, il faut avoir une position de classe.

En ce qui concerne les accusations de « terroristes génocides » de M. Villanueva, j’ai l’impression qu’il s’agit d’une vulgaire imitation et d’un plagiat. Ils veulent nous coller le terme de bouchers, qui leur va comme un gant. Aux yeux du pays et du monde entier, il est clair que ce sont eux les génocides, que c’est le gouvernement de l’Apra qui dirige cet État réactionnaire, que ce sont les forces armées réactionnaires, les forces de répression. Ce sont eux les vils bouchers. Les beaux discours ne changeront jamais les faits, l’histoire est déjà écrite. Demain elle sera confirmée. Outre cela, combien de temps va durer Villanueva ? Et quel sera son avenir ? Il ferait mieux d’y réfléchir.

El Diario : Quels changements dans la politique péruvienne, les structures économiques de la société et parmi les masses, sont, d’après vous, la conséquence de huit années de guerre populaire ?

Président Gonzalo : La première chose qui s’est produite est le développement d’une guerre populaire qui avance irrépressiblement, ce qui implique que la révolution démocratique a réellement lieu et cela pour la première fois dans ce pays. Cela a changé toutes les données de la politique péruvienne. C’est pour cela que la réaction elle-même et tous ses complices, en commençant par les révisionnistes et ceux qui les soutiennent à tour de rôle et quels qu’ils soient, ont conclut que le premier et principal problème de l’État Péruvien est la guerre populaire. Ainsi, nous sommes en train de changer le monde dans ce pays et de là découle notre plus importante et principale réussite : la naissance et le développement d’un Nouveau Pouvoir en marche, qui finira par s’étendre à tout le pays.

Sur les structures économiques, dans le Nouveau Pouvoir, nous sommes en train d’établir de nouveaux rapports de production : une preuve concrète est la façon dont nous appliquons la politique de la terre, en utilisant le travail collectif et l’organisation de la vie sociale avec une nouvelle réalité, avec une dictature conjointe où, pour la première fois, commandent des ouvriers, des paysans et des progressistes, nous entendons par là, ceux qui veulent vraiment transformer ce pays de la seule façon possible, par la guerre populaire.

En ce qui concerne les réactionnaires, sans leur rappeler le gouffre économique qu’implique la guerre populaire et le fait de la combattre, nous sommes en train de faire sombrer le capitalisme bureaucratique et de saper depuis longtemps la base cacique des relations semi-féodales qui supportent tout cet échafaudage, tout en assénant des coups à l’impérialisme.

Pour la première fois, les masses de notre peuple, ces masses héroïques, principalement le prolétariat, classes dirigeante que nous reconnaîtrons toujours, assument le Pouvoir et ont commencé à porter le miel à leurs lèvres. Elles n’en resteront pas là, elles voudront tout et elles l’auront.

El Diario : Comment voyez-vous la situation actuelle et les perspectives de la Guerre Populaire au Pérou ? Quel destin aura le peuple péruvien si la révolution que vous dirigez, depuis plus de huit ans, ne triomphe pas à court terme ? Croyez-vous que ce gouvernement ou un autre ait une quelconque issue à cette grave crise ? Le P.C.P. dans le document « Bases de discussion », a signalé que nous entrons dans des années décisives, dans lesquelles l’Apra continue sans plan stratégique ;sommes-nous aux portes du triomphe de la révolution et de la prise du Pouvoir par le P.C.P. ?

Président Gonzalo : Chaque jour le peuple péruvien se mobilise davantage, et la lutte de classes s’intensifie. Ceci est directement lié à la guerre populaire parce que nous ne sommes que la continuation de la lutte de classes, les armes à la main. Quel sera son destin ? Je crois que le destin héroïque de détruire le vieil État et celui glorieux de commencer à construire une nouvelle société, sera un effort grandiose ; ce seront des temps de sacrifices et de difficultés, mais le peuple en sortira victorieux et en fin compte, il suffira de se rappeler : est-ce que, sans la guerre populaire, soixante mille enfants auraient cessé de mourir avant l’âge d’un an, comme c’est le cas aujourd’hui au Pérou ? Non. Par conséquent le peuple continuera à mettre toute sa force et traversera des difficultés mais, chaque jour plus conscient, il paiera le prix nécessaire, puisqu’il sait qu’il vaincra.

L’issue de la réaction ? Nous pensons qu’elle n’en n’a pas. Notre interprétation du processus de la société péruvienne contemporaine signale qu’à partir de 1980, le capitalisme bureaucratique est entré dans sa phase de destruction et par conséquent tout le système s’effondre et il n’y a pas d’issue pour lui. Si nous regardons les faits, il y a une crise grave car, deux crises, celle des années 80 et celle des années 90, se sont accumulées, toutes deux critiques ; ce qui explique qu’elle n’a aucune issue.

Quant aux années décisives, nous entendons comme telles, une tempête plus forte entre la guerre populaire et la guerre contre-révolutionnaire : nous croyons, et je le répète, que de cela surgira la stabilisation stratégique.

En ce qui concerne le temps, le président Mao disait : il faut moins de temps si nous combattons plus et mieux. C’est notre obligation de le faire. Nous le faisons et nous le ferons, car nous avons des conditions objectives extraordinaires. Les conditions de crise générale dans laquelle est entré le système caduc de la société péruvienne, nous indiquent que ces années décisives peuvent accélérer, et de fait, vont accélérer puissamment les conditions et développer la situation révolutionnaire.

Quel est notre problème aujourd’hui. En synthèse, plus de guerre populaire, plus de Nouveau Pouvoir, plus d’Armée, plus d’incorporation des masses. Ainsi nous croyons que la victoire en perspective nous appartient.

El Diario : Pour en finir avec ce thème, pouvez-vous développer votre position sur la guerre populaire mondiale ? Dans le cas d’une guerre mondiale entre les deux superpuissances, quelles seraient les conséquences pour l’humanité ?

Président Gonzalo : Une guerre mondiale est possible ? oui, elle l’est. Tant que nous n’éliminerons pas son origine, les conditions existeront. Les superpuissances préparent la guerre et élaborent de grands plans, c’est évident. Mais nous croyons que les communistes et les révolutionnaires, les masses, le peuple, les hommes qui ne peuvent pas permettre tant d’iniquités dans le monde, ne doivent pas focaliser leur attention sur la guerre entre les superpuissances car ce ne sera pas d’elle que découlera notre libération. Cette guerre ne serait qu’une guerre de rapine pour un nouveau partage du monde. La guerre mondiale des puissances ne vise que l’hégémonie, rien de plus. Que pouvons-nous attendre de celle-ci ? De grandes massacres, de grands génocides, des centaines de milliers de morts, mais sans aucun doute, l’immense majorité de l’humanité survivra. Nous ne pouvons pas accepter les sinistres idées qui vantent aujourd’hui les armes atomiques et toutes les armes sophistiquées qu’on nous exhibe, pas plus que nous ne pouvons accepter que les armes deviennent un chantage pour nous paralyser. Souvent, dans le monde, les réactionnaires ont fait référence aux armes décisives et définitives, à la disparition de l’humanité, mais cela a toujours été fait dans le but d’apaiser, de contenir, pour maintenir leur vieille domination. C’est pour cela que nous pensons que le problème est de centrer notre attention, nos efforts, notre passion, notre volonté sur le développement de la guerre populaire parce que c’est d’elle que naîtra l’affranchissement du peuple et du prolétariat, qui est l’émancipation définitive et véritable. Nous croyons qu’une guerre populaire mondiale est la réponse à une guerre mondiale impérialiste, nous pensons que le problème est de la préparer et nous pensons que ceux, qui sont déjà en guerre populaire, doivent la développer, que ceux qui n’ont pas commencé, commencent à la développer, et c’est ainsi que nous démolirons la domination impérialiste, la domination de la réaction. C’est ainsi que nous les balayerons de la surface de la terre.

Nous ne concevons pas la guerre populaire mondiale comme un fait qui se déclenche simultanément en un jour et à une heure précise, mais nous la concevons en tant que projection en perspective, sur cinquante à cent années, comme l’a établi le Président Mao Tsétoung. Nous la concevons comme de grandes vagues de guerre populaire qui finiront pour converger comme les légions de fer d’une grande armée rouge mondiale, ainsi l’avait dit Lénine lui-même. C’est ainsi que nous la concevons ; nous croyons qu’elle constitue l’unique voie à suivre ; le problème, j’insiste sur ce point, est que la guerre mondiale est un risque : elle sera une immense tuerie et d’elle ne pourra surgir que misère, injustice, douleur et mort. Voilà qui donne encore plus de raisons d’en finir avec eux, et par conséquent, la seule solution, c’est la guerre populaire qui, conçue par vagues, mènera à la guerre populaire mondiale et à cette convergence de légions de fer du prolétariat international et des peuples. Et, en fin de compte, nous accomplirons la mission historique qui, par bonheur, nous incombe : celle de vivre ces décennies qui verront l’impérialisme et la réaction balayés, parce que ce qu’avait prévu le Président Mao s’accomplira. si nous ne le voyons pas, ceux qui suivront le verront, car les légions grossissent de plus en plus.

Le problème, où sera-t-il ? Quelle sera la clé ? Mettre au poste de commandement le marxisme-léninisme-maoïsme et avec le maoïsme principalement, assumer la guerre populaire applicable universellement, tout en tenant compte du caractère de chaque révolution et des conditions spécifiques à chaque pays.

 

Source: https://www.pcmaoiste.org/actuinter/interview-du-president-gonzalo-par-le-journal-el-diario-partie-iii/

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Le point de vue maoïste sur la GPP dans les pays impérialistes

Pour nous maoïstes, le processus révolutionnaire n’est pas spontané. C’est un aspect essentiel de la question de la révolution. Le mouvement de mai/juin 1968 a montré quelles sont les conséquences de l’absence d’une organisation maoïste dirigeant le mouvement de masses.

Les masses ont ébranlé le système, mais elles ne l’ont pas renversé. La contre-révolution a pu ainsi reprendre le dessus, au fur et à mesure et en profitant des idéologies social-démocrate et gaulliste.

Mais un autre aspect non moins essentiel est que la révolution communiste est la révolution des masses populaires. Les maoïstes sont une avant-garde au sens où leur objectif est que les masses suivent le chemin de la révolution.

Ce sont les masses qui font l’ histoire ; comme le dit Mao Zedong,  » le peuple, le peuple seul est la force motrice, le créateur de l’histoire universelle « .

Le concept de guerre populaire correspond à ce principe maoïste. La guerre populaire est la guerre des masses populaires ; elle seule fraie le chemin au socialisme, au communisme. Il n’y a de processus réellement révolutionnaire que s’il y a une guerre populaire.

Celle-ci peut prendre plusieurs formes ; cela dépend des pays, des conditions concrètes. Le concept de guerre populaire est un concept scientifique, valable universellement, dont l’application dépend de son champ d’application.

Le camarade Gonzalo a résumé cette position ainsi :  » Pour nous, le président Mao Zedong, en établissant les principes de la guerre populaire, a doté le prolétariat de sa ligne militaire, de sa théorie et de sa pratique militaire, de valeur universelle, donc applicable partout, selon les conditions concrètes « .

Cette position est la seule scientifique, elle seule permet aux révolutionnaires de trouver suffisamment de créativité pour avancer dans le processus révolutionnaire. Cette position permet de ne pas tomber dans l’erreur révisionniste opposant les révolutions russe et chinoise.

La révolution russe est le fruit du long travail d’agitation de propagande des Bolchéviks, de leur organisation de l’insurrection d’Octobre 1917, puis de l’armée rouge dans la lutte contre les troupes contre-révolutionnaires et ses soutiens impérialistes.

La révolution chinoise est le fruit du long développement de l’armée rouge et des conquêtes de zones libérées, jusqu’à la libération de tout le pays.

Lénine, Staline et la troisième Internationale ont eu raison d’affirmer le caractère universel de la révolution russe, c’est-à-dire de la dictature du prolétariat. Mais la troisième Internationale a souvent compris cela de manière mécanique, et donné à la révolution russe un caractère de modèle universel.

Après la révolution chinoise, d’autres dogmatiques considéreront qu’il s’agit là aussi d’un modèle universel.
Ces positions sont erronées, car elle nie le caractère particulier de la révolution dans chaque pays.

C’est pourquoi le Parti Communiste du Pérou a souligné la nécessité pour les communistes de chaque pays de développer une  » pensée  » spécifique. Au Pérou l’idéologie est ainsi le marxisme-léninisme-maoïsme pensée Gonzalo ; de même dans chaque pays les communistes doivent comprendre comment la guerre populaire peut et doit se développer.

Ceux et Celles qui raisonnent de manière schématique sont condamnés à échouer.

Rosa Luxembourg et Che Guevara ont tenté d’appliquer schématiquement un modèle de révolution, sans étudier les conditions concrètes. L’échec en a été la conséquence. Inversement, là où les communistes appliquent la guerre populaire prolongée aux conditions concrètes, celle-ci devient indestructible, comme c’est le cas au Pérou, ou encore au Népal.

La guerre populaire prolongée est la guerre des masses populaires ; la situation des masses populaires étant différente selon les pays, le mode d’action change. Dans le fameux interview du camarade Gonzalo, celui-ci dit ainsi : « L’Amérique latine, par exemple, compte des villes proportionnellement plus grandes que celles des autres continents.

C’est une réalité de l’Amérique Latine qu’on ne peut ignorer. Il suffit de voir la capitale du Pérou, qui a un taux de population élevé. Ainsi, pour nous, la ville ne pouvait être laissée de côté et la guerre devait s’y dérouler aussi, toutefois la lutte se livre principalement à la campagne, celle de la ville restant le complément nécessaire « .

La guerre populaire en Amérique latine possède donc des caractéristiques différentes de celles des autres continents. Pour pouvoir mener une guerre populaire correcte, il faut connaître dans tous les cas l’histoire du pays, l’histoire du développement économique, l’histoire des masses et de leurs luttes, la géographie, les tâches historiques des communistes.

En ce qui concerne la France par exemple, on voit bien que le schéma opposant  » révolution des villes  » et  » révolution des campagnes  » est absurde. Car dans les pays impérialistes, une grande partie de la population est rurbaine.

Elle n’habite pas dans une ville au sens classique du terme, et elle n’a pas de rapports avec la production agricole. En France, environ 20 millions de personnes vivent dans des zones rurbaines.

Cette population ne vit plus la grande concentration urbaine propre aux zones ouvrières. C’est pourtant dans cette zone que la classe ouvrière y est la plus nombreuse. La classe ouvrière fait ainsi 35% de la population active française, mais elle est beaucoup plus présente dans les zones rurbaines que dans les villes.

L’Etat impérialiste français a ainsi soutenu le développement culturel de la petite-bourgeoisie dans ces zones rurbaines, où les pavillons s’opposent ainsi aux HLM (qui comptent plus de 3,5 millions d’appartements).

Ce sont ainsi les classes dominantes et la petite-bourgeoisie qui dominent culturellement le prolétariat, jusque dans ses bastions. Le phénomène de la  » banlieue rouge « , apparue avec le développement du Parti Communiste en France, disparaît un peu plus à chaque élection municipale depuis que le révisionnisme prédomine dans ce parti.

Peut-on ainsi dire que la révolution russe est un  » modèle  » pour la révolution en France ? Non, on ne le peut pas. Ce que nous pouvons dire c’est que, au fond et comme Lénine l’a fait remarqué, la révolution consistera en la dictature du prolétariat, comme en Russie.

Nous pouvons par conséquent dire que cette révolution sera une guerre populaire, comme l’a fait remarqué le camarade Gonzalo, avec trois outils donc : le Parti, l’Armée, le Front.
Pas de révolution sans les  » trois épées magiques  » !

L’histoire de la révolution socialiste dans les pays impérialistes est justement un échec en raison de la non utilisation de ces trois outils, décrit par Mao Zedong comme les  » trois épées magiques « .

Les révolutionnaires d’Allemagne avaient, dans les années 1930, un très bon Parti Communiste, ainsi qu’un Front de grande dimension (allant des combattants antifascistes à l’organisation de courses de motos). Mais l’absence d’une armée en tant que telle leur fera subir une défaite totale.

Les révolutionnaires d’Italie avaient, dans les années 1970, organisé un grand embryon d’armée. Mais les Brigades Rouges repoussèrent la structuration d’un véritable Parti Communiste et nièrent l’importance du Front. La conséquence sera une déviation militariste accompagné d’un isolement croissant, formant une spirale infernale.

Si aujourd’hui nous pouvons avoir cette grille d’analyse, c’est grâce à l’expérience accumulée par le mouvement ouvrier et communiste en Europe occidentale. La réflexion sur la révolution dans les pays capitalistes ne s’est jamais arrêtée depuis la révolution russe.

Initialement, les communistes d’Europe occidentale pensaient qu’il fallait utiliser le modèle soviétique. Cette position a amené de nombreuses dérives gauchistes. Le Parti Communiste d’Autriche appelait ainsi chaque semaine à la Révolution socialiste, sans se soucier d’organiser les masses populaires. Il y a également et bien sûr eu la tentative des Spartakistes de Rosa Luxembourg de renverser la bourgeoisie, tentative écrasée dans le sang.

Par la suite s’est développée au sein de l’Internationale Communiste la thèse du front populaire. L’utilisation du front pour organiser les larges masses visait à rassembler contre le fascisme, mais également pour la révolution.

Tel ne fut pas le cas en Europe. Les communistes de France se soumirent, comme ceux/celles d’Espagne ou même d’Italie, à la social-démocratie. En 1936, le fascisme fut vaincu en France, mais le Parti Communiste devint  » Français  » et réhabilita le patriotisme, la Marseillaise, la révolution bourgeoise de 1789.

Cette attitude ne se modifia pas pendant la Résistance armée des années de guerre impérialiste (1939-1945).

Et les révisionnistes dominèrent même idéologiquement les révolutionnaires par l’intermédiaire de ce concept de  » front », qui devint la quête des  » 51%  » aux élections. Des années 1950 à aujourd’hui, tout l’histoire du  » Parti Communiste Français  » est ainsi la recherche d’un  » front  » des forces  » progressistes « ,  » démocratiques « , etc.

Le Front Populaire devait permettre l’organisation à la base, il devint un prétexte pour une recherche d’alliances électorales. Le trotskysme, liquidé, put renaître grâce à l’opportunisme de cette thèse, s’affirmant comme les seuls vrais  » révolutionnaires « .

Or, à l’opposé des trotskystes, nous communistes ne pensons pas que la thèse du Front Populaire soit fausse ; c’est son application en Europe qui a été erroné.

En Chine, les communistes ont très bien appliqué ce concept du front. Ils/Elles ne se sont pas soumisEs à la petite-bourgeoisie ni à la bourgeoisie nationale. Les communistes ont conservé leur indépendance, et ont dirigé le mouvement.

Ainsi, en Europe occidentale, l’opportunisme en ce qui concerne la question du Front a abouti à la cessation de l’analyse révolutionnaire conséquente. Il a fallu attendre les années 1970 pour que des tentatives de réponse à cette question révolutionnaire soit posée.

Apprendre des succès comme des échecs ! Le philosophe allemand Hegel a affirmé que  » Tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel est réel « . Les communistes ne nient pas les phénomènes historiques , même si cela ne leur  » plaît  » pas ; au contraire ils/elles en étudient les aspects positifs comme négatifs.

Si nous relisons l’interview du camarade Gonzalo, nous pouvons ainsi y lire le paragraphe suivant :

 » Quant à l’Europe, nous voyons s’y développer de longues luttes armées ; elles sont l’expression d’une réalité objective. Par conséquent, il ne s’agit pas de condamner, mais de comprendre, d’étudier et d’analyser, et de voir comment elles expriment le fait qu’une situation révolutionnaire existe aussi dans la vieille Europe.

Plus encore, il y a des hommes [et des femmes] qui prennent les armes en comprenant que c’est la seule façon de conquérir le pouvoir ; c’est un coup dur pour le révisionnisme, parce qu’en Europe même, considérée comme un de ses bastions, le révisionnisme commence à être abandonné. Quels que soient le niveau atteint et les problèmes en suspens, c’est incontestablement une avancée importante.

Dans certains cas, il s’agit de questions nationales, comme en Irlande. Dans d’autres, ils se posent le problème de comment faire la révolution. Nous pensons que ces luttes doivent être sérieusement étudiées : la question est de voir quelle est leur idéologie, quelle politique les guide, quelles classes elles servent, comment elles font face au problème des superpuissances.

Nous pensons qu’elles méritent beaucoup d’attention de notre part, surtout quand il y a des organisations qui se posent la question du retour à Mao Zedong, ou qui commencent à se poser la question de la nécessité du Parti, ou de l’insuffisance de la seule lutte armée.

Alors, nous devons voir ceci comme un nouvel éveil, et comprendre que de nombreuses erreurs peuvent être commises ; finalement, qui n’en commet pas ?

Mais ce sont elles-mêmes qui tireront les leçons de leurs erreurs, comme elles sont déjà en train de le faire, et elles avanceront, s’empareront du marxisme-léninisme-maoïsme, construiront leurs Partis et feront leurs guerres populaires, selon le caractère socialiste de leur révolution et selon leurs conditions concrètes.

En synthèse, c’est un exemple, je le répète, qu’en Europe aussi il y a une situation révolutionnaire de développement inégal, qu’il y a des hommes dégoûtés du révisionnisme pourri qui, dans des conditions si difficiles, au sein des entrailles impérialistes où la lutte est complexe et dure, prennent les fusils pour changer le monde, comme c’est d’ailleurs la seule façon de le faire.

Ceci donne plus d’espoir et permet de voir que la tendance principale c’est la révolution, et que l’Europe, elle aussi, s’oriente vers la révolution.

Voyons même qu’après avoir été pionniers, ils sont en train d’ouvrir des brèches et en fin de compte d’offrir plus d’espoir ; ils méritent plus de compréhension de notre part, d’autant qu’on voit que quelques uns se préoccupent déjà du Parti et du retour à Mao Zedong, c’est-à-dire du retour au marxisme, pou s’en saisir dans son ensemble : le marxisme-léninisme-maoïsme.

En Europe aussi se mènent ces luttes, avec également des limites et des erreurs, comme dans toute lutte, mais nous devons les voir comme une expression de la marche irrépressible de la révolution, et de comment à chaque fois plus de pays et de peuples s’expriment en prenant les fusils pour renverser l’ordre existant.

Ils acquièrent de l’expérience et font route vers le Parti et l’idéologie du prolétariat, le marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme.

Pour moi c’est un motif de joie que de voir qu’en Europe la révolution commence à se frayer un chemin, et quels que soient les accrochages, les faux pas qui puissent avoir lieu, il faut avoir confiance dans les masses et les peuples, confiance dans le fait que, de la même façon qu’ailleurs, la révolution a lieu les armes à la main, en suivant le marxisme, en Europe elle se fera aussi, nous devons y penser.

J’insiste sur le fait que nous devrions voir une dimension historique, voir à plus longue échéance, étudier sérieusement ces mouvements et encourager tout ce qui conduit au marxisme-léninisme-maoïsme, à forger un Parti et à développer la guerre populaire « .

Pour résumer, nous pouvons dire que la situation des années 1970-1980, résumée par le camarade Gonzalo, est l’exacte inverse de celle des années 1920-1950.

Il y a des armées ou des armées en construction, mais ni le Parti, ni le Front. Puisque de plus pour, nous maoïstes, le Parti dirige l’armée, on peut s’attendre à des déviations militaristes, ainsi qu’au fait que le Front  » oublié  » permet une très forte mainmise des révisionnistes et des sociaux-démocrates sur les organisations des masses.

De fait, telle a été la situation.
Les années 1970, expériences complémentaires de celles des années 1920-1940
Lorsque dans les années 1950-1960 les révisionnistes prennent définitivement le pouvoir dans les Partis Communistes des pays capitalistes européens, la situation est très difficile pour les véritables communistes.

Les sources du révisionnisme sont profondes. Les chefs du révisionnisme français et italien, Thorez et Togliatti, sont depuis longtemps aux commandes des Parti de France et d’Italie ; de plus leurs positions ouvertement révisionnistes sont progressives. Thorez prétendra ainsi encore défendre Staline.

Deux positions vont ainsi se développer chez les communistes. La première considère que la source principale du révisionnisme est extérieure aux Partis Communistes des pays européens. Il s’agit par conséquent de refonder le plus vite possible un Parti Communiste défendant une ligne correcte.

La seconde affirme au contraire que les sources du révisionnisme sont principalement internes aux Partis Communistes. Il faut donc se fondre dans les masses, et à partir de là reconstruire le Parti Communiste.

La première position a produit une énorme vague de ce qu’on appelé les  » groupes ML « . Ces groupes, que l’on peut compter par centaines, se prétendaient chacun le véritable parti communiste.

Aucun n’a connu de développement réel et durable, et tous ont disparu à la fin des années 1970.
La seconde position a produit peu de groupes, mais ceux-ci ont une influence très profonde dans leurs pays respectifs, ainsi qu’un fort ancrage dans les masses. Leur principale caractéristique est la mise en avant de la violence révolutionnaire, la défense de la guerre de guérilla pour prendre le pouvoir.

Il serait évidemment erroné de penser que les communistes refusant le schématisme formel de la construction fictive d’un  » Parti Communiste  » de papier, aient tous/toutes possédé la même position dans tous les domaines. Mais il existe de nombreux dénominateurs commun :

§ L’affirmation de la nécessité de partir des positions de Mao Zedong ;
§ La centralité de la classe ouvrière dans le processus révolutionnaire ;
§ L’internationalisme prolétarien comme identité ;
§ La nécessité de refuser la domination du révisionnisme sur les organisations de masse et d’organiser l’autonomie de celles-ci vis-à-vis de l’Etat impérialiste ;
§ Le primat de la pratique.

La Fraction Armée Rouge affirme ainsi dans son Manifeste que:  » Il n’y aura pas de rôle dirigeant des marxistes-léninistes dans les futurs luttes de classes si l’avant-garde ne tient pas elle-même la bannière rouge de l’internationalisme prolétarien et si l’avant-garde ne répond pas elle-même à la question de savoir comment sera érigé la dictature du prolétariat, comment le pouvoir politique du prolétariat doit être exigé, comment le pouvoir de la bourgeoisie doit être brisé, si elle n’est pas prête avec une pratique à y répondre.

L’analyse de classe dont nous avons besoin n’est pas à faire sans pratique révolutionnaire, sans initiative révolutionnaire »
.
Ce texte se termine d’ailleurs par le slogan  » Victoire dans la Guerre Populaire! ».

Cette position est commune aux partisanEs de la position authentiquement révolutionnaire. Les développements seront très différents selon les pays.

En France, la Gauche Prolétarienne (1969-1972), dont les militantEs se définissent comme  » maoïstes « , réussissent à avoir un écho retentissant dans les masses populaires. La  » GP  » mènera des luttes très dures dans beaucoup de domaines de lutte, organisant les masses sur le terrain de la violence révolutionnaire et principalement la classe ouvrière.

Les principales usines redeviennent les symboles de la révolution, et l’ensemble des intellectuels soutient le mouvement maoïste, notamment Jean-Paul Sartre.

Mais la GP n’a pas crée le Parti, et ses tentatives de construction d’un front ont échoué.

Par conséquent, les activités du bras armé de la GP, la Nouvelle Résistance Prolétarienne (NRP), prend le dessus. La direction prend peur et fait se dissoudre le mouvement, qui n’arrive pas à se relancer.

En Allemagne, les communistes n’arrivent pas réellement à s’implanter dans les masses populaires, à l’opposé d’en France. De plus, le poids du révisionnisme est très grand, et c’est la position de Che Guevara qui prédomine : l’URSS est comprise comme un soutien  » passif  » au processus révolutionnaire, principalement en raison de l’existence de la R.D.A..

Le mouvement se transforme donc très vite en mouvement  » anti « , principalement contre l’impérialisme US et la guerre impérialiste. Au début des années 1980 ce mouvement est de masse et a une grande résonance.

Il n’est pas un jour sans une action armée contre des établissements militaires ou des bâtiments étatiques. De grands mouvements de masse se développent, comme à Berlin où des centaines de maisons sont occupées par les révolutionnaires.

La référence principale est la Fraction Armée Rouge (1970-1998), qui a notamment fait sauter l’ordinateur central coordonnant les bombardements au Nord-Vietnam.

Mais l’ensemble de ses dirigeants se font  » suicider  » en prison. Les générations suivantes frapperont les cadres des organes étatiques, comme en 1991 le responsable de l’intégration économique de l’Allemagne de l’Est dans la RFA.

Au départ la RAF se revendiquait de Mao Zedong, mais très vite ce fut la position guévariste militariste qui domina, position se retrouvant même dans son autocritique finale, pourtant consciente de ses limites :  » Dans aucune phase de notre histoire, il n’y a eu de réalisation d’organisation politique partant de la lutte politico-militaire. Le concept de RAF ne connaissait en dernier lieu que la lutte armée, avec l’attaque politico-militaire dans le centre.

Dans les communiqués fondamentaux de la RAF jusqu’au milieu des année 1970, cette question importante n’était pas encore résolue, ce qui pouvait difficilement être autrement. Il n’y avait dans la métropole quasiment pas et en R.F.A. pas du tout d’expérience de guérilla urbaine.

Il était nécessaire de d’abord trouver beaucoup de choses et de les laisser se vérifier en pratique comme vraies ou fausses.

Malgré cela il y avait une direction pour la question décisive de savoir si le projet de libération pouvait être satisfait par une organisation illégale pour la lutte armée, ou si la construction de la guérilla allait main dans la main avec la construction de structures politiques qui grandiraient dans le processus à la base.

Nos camarades prisonnierEs écrivaient à ce sujet en janvier 1976 que la lutte armée à partir de l’illégalité était la seule possibilité d’activité pratique critique dans l’impérialisme « .
La dernière organisation principale partant de cette position a elle eu un écho fondamental dans son pays, l’Italie. Il s’agit des Brigades Rouges.

Les Brigades Rouges (BR) ont été un mouvement ouvrier. Les bases étaient les usines, les militantEs étaient ouvierEs, les sympathisants faisaient partie de la classe ouvrière.

Ce mouvement est d’ailleurs né dans les usines ; il s’est développé en même temps que les énormes luttes des masses italiennes.

Idéologiquement, les BR sont marxistes-léninistes. Elles se revendiquent des classiques (Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao Zedong) et rejettent très clairement le social-impérialisme russe.

Dans ce cas également, ce mouvement n’a créé ni Parti ni Front, il rejette cette division attribuée à la Troisième Internationale et l’objectif était ainsi la formation d’un  » Parti Communiste Combattant « .

Cette position a eu une conséquence catastrophique puisque les BR possédaient une forte reconnaissance par les masses en Italie. En considérant que les communistes ne devaient travailler qu’à partir de l’illégalité, les BR se sont privées de tout champ d’action à ce niveau.

La conséquence en a été la continuation de la main mise organisationnelle du  » Parti Communiste Italien  » sur les masses populaires, et le développement très fort de courants petits-bourgeois dans la sphère révolutionnaire légale.

Les BR ont  » découvert  » que seule la guérilla pouvait désarticuler l’Etat impérialiste et briser les liens corporatiste entre les classes dirigeantes et les organisations de masse. Elles mirent ainsi en avant le concept d’attaque au cœur de l’Etat : les communistes doivent frapper de telle manière à faire avancer l’autonomie ouvrière vis-à-vis de l’Etat impérialiste et de ses appareils de domination.

Cette conception de l’attaque au cœur de l’Etat distingue les BR des très nombreuses autres organisations armées italiennes des années 1970 (en 1979 il y a par exemple 2366 actions armées révolutionnaires).

Les BR subiront leur principale défaite en 1982 ; depuis un groupe nommé Brigades Rouges pour la construction du Parti Communiste Combattant mène quelques actions, mais sans remettre en question le schéma original tout en adoptant des positions de plus en plus similaires à celles de la RAF .
[Note: Il a bien sûr existé et il existe d’autres organisations armées en Europe. Mais aucune de ces autres organisations n’a été aussi proche du maoïsme.

Par contre, force est de noter qu’elles ont à chaque fois représenté les éléments les plus avancés de l’époque.
Si l’on prend ainsi l’Espagne, on peut voir que le Parti Communiste d’Espagne (reconstitué), qui soutient la guérilla des GRAPO depuis une vingtaine d’années, a une ligne révisionniste armée.

Mais le PCE[r] a été le seul parti à comprendre que la « transition démocratique  » ayant lieu en Espagne ne servait qu’à masquer le fascisme, et c’est pour cela que les GRAPO ont réussi à s’implanter dans l’histoire des classes ouvrières d’Espagne.

Le groupe français Action Directe a été un rassemblement idéologiquement éclectique, allant d’anarchistes à des communistes plus ou moins léninistes. Mais il a consisté en la frange la plus radicale d’un mouvement plus large de solidarité internationaliste et de révolution sociale refusant le trotskysme et la social-démocratie.

Les Cellules Communistes Combattantes belges ont été un groupe encore plus petit se revendiquant ouvertement de groupes militaristes gauchistes de Turquie. Leur « marxisme-léninisme  » a des lacunes très profondes (par exemple sur la question de Staline, où leur positon est quasiment troskyste).

Mais dans ce pays c’est le  » Parti des Travailleurs de Belgique « , néo-révisionniste, qui prédomine totalement parmi les courants révolutionnaires. Les CCC, malgré tout leur gauchisme, ont été une expression avancée du refus de l’opportunisme.

Il est donc clair que c’est l’approche du camarade Gonzalo qui aurait dû être privilégiée dans les années 1970-1990.]

La révolution dans les pays impérialistes
L’organisation des masses populaires dans les pays impérialistes passe de fait par deux aspects majeurs : l’entreprise et le lieu d’habitation.

C’est à ces deux niveaux que le Parti doit agir et développer l’organisation.
Au niveau de l’habitation, on s’aperçoit que dans les « cités » la violence est grande, que tout ce qui se rapporte aux institutions est attaqué par la jeunesse masculine.

La tâche des communistes est de créer les organisations de masses capable de combattre les structures capitalistes, racistes, sexistes.

La violence révolutionnaire a ici un aspect essentiel pour la conquête des droits face aux forces de répression, et passe par une compréhension féministe du monde. Il s’agit de liquider l’appareil de coercition sur les lieux d’habitation populaires, de détruire les institutions culturelles perpétuant l’idéologie contre-révolutionnaire, de développer les droits des masses.

Dans les entreprises, il est erroné de concevoir les syndicats comme force principale. L’écrasante majorité des masses populaires n’est pas active au sein des syndicats, voire même syndiquée (pour un pays comme la France par exemple).

La révolte contre le capitalisme s’exprime de manière autre que syndicale : absentéisme, sabotage, refus des hiérarchies, « cassage » des cadences de travail… Cette violence révolutionnaire est une expression de la recherche de libération des oppriméEs. Elle doit être développée et généralisée.

Le point culminant de la guerre populaire dans les pays impérialistes est la prise du pouvoir dans tout le pays. Cela signifie en clair la destruction définitive du cœur de l’appareil d’Etat impérialiste et des forces de répression.

En pratique, cela consiste en la prise par la violence des différents bâtiments administratifs de l’Etat et le renversement de leur administration, au profit du pouvoir populaire.

Ce pouvoir populaire ne naît pas le jour de l’insurrection. Il s’est développé au fur et à mesure, dans l’agitation, la propagande, la lutte de classes passant par la violence révolutionnaire. La guerre populaire est le développement du pouvoir populaire, qui se fonde sur le Parti, l’Armée et le Front (compris comme alliance des masses populaires sous la direction de la classe ouvrière).

Sans armée le peuple n’a rien, et le pouvoir populaire ne peut pas se développer, se défendre. C’est parce que l’armée n’avait pas été organisée que le Parti Communiste d’Allemagne a vu les très importantes structures de pouvoir populaire qu’il avait construit anéanties par les nazis.

C’est en disposant ce que Mao Zedong avait appelé  » les trois épées magiques  » que les communistes des métropoles impérialistes pourront organiser les masses populaires pour vaincre l’Etat bourgeois et construire le socialisme, pour le communisme.

 

Source: http://www.lesmaterialistes.com/veritable-point-vue-maoiste-guerre-populaire-prolongee-pays-imperialistes

Déclaration de la rédaction #2 – La reconstruction du parti

Il y a quelques semaines, le Parti communiste révolutionnaire (PCR) a célébré son douzième anniversaire. Cet événement est, à chaque année, l’occasion pour notre organisation de rassembler ses forces avant de les lancer à nouveau dans la lutte pour les prochains mois. Cette année, nous avons lancé le mot d’ordre de fracasser les plafonds du passé et de gravir les paliers historiques. Ce mot d’ordre est d’une importance capitale pour notre organisation : il fixe un objectif dont l’atteinte marquera la conclusion de la période d’activité intense, de réorganisation et de clarification politique dans laquelle le PCR s’est inévitablement engagé lorsqu’il a scissionné des opportunistes canadiensil y a deux ans.

En effet, depuis 2017, nous sommes engagés dans un processus que nous appelons la reconstructionde notre Parti. Nous parlons bien de reconstruction du PCR, car la scission avec les opportunistes canadiens a fait perdre au Parti des effectifs et du territoire. Sur bien des aspects, la scission que nous avons connue nous a forcé à faire un pas de côté Elle nous a obligés à accepter comme un fait objectif la lutte politique traversant désormais le mouvement maoïste canadien, lutte rendant possibles une multitude de transformations pouvant nous permettre de rebondir et de regagner le chemin perdu. Cette lutte politique a ouvert une voie qui autrement aurait été inaccessible. Aussi, le fait d’accepter de mener la lutte est venu avec l’obligation, à terme, de revenir plus forts que nous l’avons été dans le passé.

L’idée de reconstruction d’un parti communiste est liée à une conception véritable reposant sur des expériences concrètes et précieuses de l’histoire de notre mouvement. Récemment, ce terme a d’ailleurs pris une importance renouvelée dans le mouvement international. Cela est normal car le mot d’ordre de la reconstruction est inspirant : il représente l’objectif et l’espoir largement partagésde revoir un essaim de partis communistes bouleverser le monde comme nous l’avons vu au 20esiècle. Il s’agit d’une sorte de cri de ralliement convoquant tous ceux et toutes celles qui ont choisi de continuer la lutte malgré tous les dangers et tous les défis. Reconstruisons! Unissons-nous sous ce mot d’ordre en nous rappelant qu’il n’y a aucun obstacle infranchissable, peu importe l’état de destruction dans lequel le camp de la révolution peut momentanément se trouver! Rangeons-nous derrière cet appel pour traverser les périodes difficiles avec patience et assurance, qualités que seul le fait de lutter pour une cause juste peut conférer!

La reconstruction dans l’histoire : continuer ou abandonner la lutte lors des moments décisifs

La notion de reconstruction est un aspect de la théorie ayant des assises variées dans l’histoire du prolétariat révolutionnaire. L’expérience qui en a fourni les bases fondamentales est sans contredit celle de la lutte contre le révisionnisme moderne. Après la Seconde Guerre mondiale, de larges fractions des partis communistes, qui ont été mis sur pied dans la foulée de la Révolution bolchévique et de la création de l’Internationale communiste, dévient lentement de la voie révolutionnaire. La lutte contre cette déviation révisionniste ouvre une période complexe pendant laquelle ont lieu de nombreuses scissions et de nombreuses expulsions dans les différents partis. À ce moment, les communistes doivent faire le choix entre nier la lutte de lignes avec la droite de leur parti ou bien l’assumer et la mener à terme. Il n’est pas rare que ceux et celles qui font ce choix difficile sont largement minoritaires. Décider de mener le combat implique donc de perdre une quantité souvent considérable d’effectifs et de gains organisationnels pour préserver les forces révolutionnaires de la liquidation de la révolution. Il s’agit parfois d’une perte monumentale. Les révolutionnaires doivent alors reprendre l’initiative et rebâtir l’organisation. La période suivant ces moments de rupture est alors habituellement qualifiée de période de reconstruction ou encore de réorganisation.

Une des expériences les plus significatives – et dont nous nous inspirons grandement dans la reconstruction de notre propre parti – est le processus de reconstruction du Parti communiste au Pérou. Dans le cas des camarades péruviens, la rupture avec la direction révisionniste du parti a lieu en 1964 (le Parti a été fondé en 1927). Elle est suivie d’une longue période de reconstruction, de réorganisation, de transformation et de préparation politique. C’est cette période, avec la vitalité et la force politique qu’elle produit, qui amène le mouvement révolutionnaire péruvien jusqu’au déclenchement de la guerre populaire en 1980. Le fait de rompre avec le révisionnisme et de se reconstruire méthodiquement sur des bases révolutionnaires est ce qui permet au Parti communiste du Pérou d’être la seule organisation qui parvient, dans la période de reflux de la révolution mondiale à la fin des années 1970, à prendre l’initiative et à ouvrir par elle-même une nouvelle voie pour les exploités.

Ainsi, dans la conception que nous tirons de ces expériences, la reconstruction du parti implique une étape de difficultés et de défis. C’est une période dans laquelle on continue la lutte, malgré la perte de gains et d’effectifs, et qui permet un retour en force, avec la possibilité d’atteindre une conjoncture plus forte et plus importante qu’au départ si le combat est bien mené. La reconstruction est une sorte de conséquence des reflux, des difficultés, des échecs relatifs et des obstaclesrencontrés dans la lutte des classes. Pensons aux camarades qui essaient de réorganiser le camp de la révolution au Népal. Pensons aussi aux exemples historiques classiques où l’on n’a pas forcément employé le terme de reconstruction mais où c’est le même processus qui s’est opéré. Certains des moments politiques les plus forts dans l’histoire du mouvement communiste ont suivi les périodes les plus difficiles lors desquelles il a fallu rebâtir ce que l’on venait à peine de construire.

Par exemple, les Bolcheviks, après la grande montée révolutionnaire de 1905-1906 en Russie, doivent traverser une période de reflux très difficile alors que le mouvement de masse s’estompe et que s’abat sur eux la sanglante réaction stolypienne. Dans les années qui suivent, une lutte farouche se développe au sein de la direction des Bolcheviks. Lénine et ses partisans doivent entre autreslutter contre le groupe de Bogdanov et ses alliés qui rejette ouvertement le matérialisme dialectique au profit de conceptions idéalistes. Ils doivent aussi lutter contre la nouvelle position liquidatrice, dominante chez les Mencheviks, selon laquelle l’organisation en parti est devenue encombrante, dangereuse et inutile. Pour donner une idée des conséquences de cette lutte, il n’y a pas, dans les faits, de réunion de Comité central pendant presque deux ans au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). La Conférence de Prague en 1912, qui marque pour de bon la rupture avec les Mencheviks et les courants idéalistes, rassemble de peine et de misère des délégués des organisations locales (comités de ville) de Russie. Sans adopter le terme de reconstruction, cette conférence lance un vaste travail de reconstruction du parti (relance de ses capacités de base, remplacement de sa structure organisationnelle, développement de nouveaux rayons, redéploiementdes cellules, lancement d’un nouveau journal quotidien – la Pravda –, reprise en charge d’une action révolutionnaire parmi les masses coordonnée) pour épouser le mouvement de masse qui se développe et le nouveau flux révolutionnaire. Cependant, les Bolcheviks ne sont pas au bout de leurs peines puisque deux ans plus tard, soit en 1914, a lieu le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le parti est alors encore grandement affaibli sur le plan organisationnel (conscription de membres du parti, intensification de la répression, contexte général difficile, destruction presque complète de certains comités, arrestations préventives de dirigeants locaux, etc.) Cette période est aussi celle de l’isolement politique des Bolcheviks, alors que la quasi-totalité des partis et organisations social-démocrates se rangent du côté de leur bourgeoisie nationale. Il n’en reste pas moins que c’est le travail de reconstruction pendant toutes ces années d’adversité qui constitue la précieuse école qui permettra aux Bolcheviks d’affronter la tempête de février à octobre 1917 et les premières années du pouvoir des Soviets.

Un autre exemple important est celui du Parti communiste chinois (PCC), qui, alors qu’il est en plein essor, subit la trahison du Kuomintang (KMT) et de la bourgeoisie nationale en 1927. Les deux organisations se sont, jusque-là, alliées dans le premier front uni afin de libérer la Chine de son état de semi-colonie et d’unifier le pays à travers l’expédition du Nord et le combat contre les seigneurs de guerre. Après la mort de son fondateur Sun Yat-Sen, le KMT, sous la nouvelle direction de Tchang Kai-chek, attaque le PCC alors que ce-dernier n’y est pas du tout préparé. Les communistes subissent alors un véritable massacre. Les choix de la direction du PCC, qui décide de tenter des insurrections perdues d’avance dans les villes, empirent la situation. Les communistes sous la direction de Mao se redéploient au Kiang-si avec l’Armée rouge. C’est ce qui leur permet d’accumuler quelques années d’expérience concrète de guerre populaire et de construction de bases d’appui, jusqu’à la cinquième campagne d’encerclement et d’anéantissement menée par le KMT en 1934. La droite oblige alors le PCC à déroger de ses pratiques militaires habituelles, ce qui entraîne une défaite monumentale. Les communistes sont obligés de faire une manœuvre excentrique (La Longue Marche) et d’abandonner leur position dans le Kiang-si, avec tous les gains qu’ils y avaient faits (les premiers pas de la république soviétique, l’expérience de transformation sociale dans la paysannerie et l’agriculture, etc.) pour se réfugier au Yenan. À ce moment, ils viennent de perdre plus de 60% de leurs forces. C’est ensuite à travers le Front uni antijaponais que les communisteslancent un habile et audacieux travail de reconstruction. Grâce à ce travail, ils parviennent à remonter la pente pour lancer ce qui deviendra le plus grand assaut que la bourgeoisie et les classes sociales exploiteuses ont eu à encaisser dans l’histoire.

Ce qu’il y a de commun dans ces deux exemples, c’est que face à des défis incroyables, les communistes ont eu le choix d’abandonner ou de continuer une expérience. Ce qui était en jeu, c’était la continuité ou la fin d’une expérience révolutionnaire. C’est cet enjeu qui constitue l’essence de la reconstruction. Des exemples comme ceux-là, il y en a partout dans l’histoire. Par exemple, l’unification des socialistes autour de la consolidation politique du marxisme après la défaite des révolutions de 1848-1850 en Europe, l’expérience combattante héroïque du KPD en Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale après la destruction presque complète du parti par les nazis, ou encore le déclenchement de la Révolution culturelle en Chine alors que la droite du PCC tente d’arrêter la progression de l’expérience socialiste et d’isoler la gauche révolutionnaire. À chacun de ces moments, les révolutionnaires ont choisi de continuer la lutte. À une plus grande échelle, c’est le même type de processus qui s’opère après la mort de Mao et la restauration du capitalisme en Chine. Un rassemblement de petits groupes ML entame alors un travail de reconstruction du mouvement communiste international. Ces petits groupes s’unifient en adoptant le maoïsme, ouvrant un nouveau cycle de combats et d’affrontements.

L’essence de la reconstruction du parti : préserver le fil conducteur de l’expérience révolutionnaire

Pour bien comprendre l’enjeu de la reconstruction (continuer ou arrêter l’expérience révolutionnaire), il faut regarder dans l’histoire et se pencher sur les conséquences découlant du fait de s’arrêter, ne serait-ce que momentanément. L’un des exemples les plus proches du PCR est celui de la fin du mouvement ML au Québec. N’ayant pas de conception stratégique ferme et refusant d’initier une tentative de montée vers le pouvoir pendant une période de reflux de la révolution mondiale, les ML ont accepté de liquider leurs organisations. Lorsque les organisations communistes (En lutte, PCO) se sont dissoutes, il aurait été possible pour un groupe de se réorganiser. Il aurait certes fallu traverser une certaine période (1 ans, 2 ans, 3 ans, etc.) comportantun grand nombre de défis et sans garantie de succès, mais en jouant bien ses cartes, il aurait étépossible pour ce groupe de préserver une grande partie des gains politiques accumulés. Le début du travail politique d’Action socialiste (l’ancêtre politique du PCR), remonte à l’année 1986. La fin des organisations ML a lieu en 1982-1983. 1986, ce n’est quand même que 3-4 ans plus tard, mais pourtant, il y a un fossé entre les deux. Lorsque l’expérience s’arrête complètement, il n’est plus possible de revenir aussi facilement où on était.

D’ailleurs, ce qui fait la force dirigeante des avant-gardes, c’est la persistance de leur action et de leur expérience révolutionnaire et la transmission de cette expérience. Dans notre cas, il est possible d’imaginer un monde dans lequel les camarades plus jeunes de notre Parti auraient été coupés de l’expérience accumulée par les camarades plus âgés pendant la période d’Action socialiste et pendant celle de la mise sur pied du PCR : ils formeraient alors un simple comité ou encore des cercles épars sur le territoire! Ce serait une réalité politique complètement différente. Ce qui fait que nous sommes encore ce que nous sommes (un parti communiste en reconstruction), dans une période d’adversité, c’est que nous avons continué l’expérience révolutionnaire et en avons préservé le fil conducteur. C’est avec ce fil conducteur que se construit le mouvement révolutionnaire et c’est lui qui permet de ne pas revenir sans arrêt à la case départ.

La reconstruction doit d’abord servir à préserver ce fil conducteur. Il ne s’agit pas de tout recommencer à zéro, mais au contraire de préserver les gains politiques d’un parti et d’une expérience même s’ils ont été diminués quantitativement. Cette perte quantitative est d’ailleurs inévitable dans bien des situations. Dans le cas d’une scission, l’amputation d’une partie de l’organisation est plus souvent qu’autrement le seul moyen de préserver les forces révolutionnaires accumulées. Le pari que font alors les communistes est le suivant : s’ils réussissent l’opération, en misant sur la marge de manœuvre et la force politique qu’ils ont gagnées en rompant avec l’opportunisme, il est possible pour eux de revenir encore plus forts qu’au moment précédent la scission. À chaque fois que les révolutionnaires se butent à de grands obstacles et choisissent malgré tout de poursuivre la lutte, le même phénomène se produit et cela est historiquement démontré. Au début, il y a une période d’adversité à affronter et à la fin, on se retrouve avec un potentiel politiqueincroyable car on est parvenu à préserver et à propulser encore plus loin les éléments fondamentaux d’une expérience. On n’a qu’à se pencher sur l’exemple des Bolcheviks et sur celui des communistes chinois pour s’en convaincre : l’histoire parle d’elle-même.

Dans le cas de notre Parti, le PCR, nous avons scissionné avec les opportunistes canadiens pour préserver le fil conducteur de notre expérience révolutionnaire. C’est ce même genre de fil conducteur qui a été préservé par la conférence de Prague des Bolcheviks et par la Longue marche des communistes chinois. C’est également pour se saisir à nouveau de ce fil conducteur que les révolutionnaires péruviens ont lutté avec acharnement pour revenir au sentier lumineux de Mariategui, le fondateur de leur parti. Il s’agissait à chaque fois d’une question de vie ou de mort. Reconstruire le parti au Canada, c’est avant tout préserver le fil conducteur de l’expérience de ceux et celles qui ont refusé l’attentisme de la période de reflux de la révolution mondiale. Aujourd’hui, dans bien des endroits, c’est ce fil qui a été brisé. C’est ce qui rend si difficile le travail révolutionnaire. Reconstruire, pour beaucoup de camarades, c’est reconstruire des partis qui sont tombés il y a longtemps. Partout, il s’agit d’une lutte pour remplacer les chaînons historiques manquants : rebâtir le parti historique du pays et assimiler le fil conducteur de l’expérience internationale (le maoïsme). Dans le cas du Canada, il s’agissait de revenir aux conceptions fondamentales du parti (la Guerre populaire prolongée, le Parti communiste complet, la centralité ouvrière, les quatre formes objectives d’action révolutionnaire, l’initiative de l’avant-garde) et de laisser parler les actions découlant de l’application de ces conceptions.

Finalement, si nous parlons de la reconstruction du parti pour préserver ce fil conducteur, c’est parce que c’est le parti qui est le cadre de l’expérience révolutionnaire. C’est lui qui permet qu’il y ait suffisamment de continuité dans le temps et dans l’espace pour que l’on puisse parler de la même expérience. Même si plusieurs années s’écoulent ou si des centaines de kilomètres séparent lesdifférents combats, le parti permet de préserver l’expérience et de la transmettre. C’est ce qui s’est produit en Russie : dans ce cas, le fil conducteur reliant le moment de la prise du pouvoir à l’époque antérieure où les militants commençaient à apprendre l’ABC de l’agitation politique a été préservépar le Parti bolchévik. En assurant la continuité et la persistance de l’expérience, les bolchéviks ont réussi à faire progresser le mouvement révolutionnaire de la naissance des premiers cercles social-démocrates jusqu’à la fondation de la république soviétique!

L’objectif de la reconstruction : fracasser les plafonds du passé et gravir les paliers historiques

Vers quoi doit mener la reconstruction? Dans notre cas, nous considérons qu’elle doit amener notre Parti à devenir un véritable parti de révolutionnaires professionnels. Cette expression, il ne faut surtout pas la prendre à la légère. Son emploi exige au contraire que l’on en assume toutes les implications pratiques. L’objectif de la professionnalisation n’en est pas simplement un parmi d’autres, fixé sans grande réflexion. Il s’agit d’un objectif décisif pour les avant-gardes contemporaines. La conscience de la nécessité, plus grande que jamais, de réussir cette opération (la professionnalisation) est un précieux enseignement de la lutte des dernières années au Canada. Les chaînons historiques manquants, ici comme ailleurs, font en sorte que cet objectif est plus important encore que par le passé. C’est donc dans la lutte politique pour réaliser cet objectif que s’est engagé notre Parti.

Bien que nous venons de souligner à grands traits l’importance de se baser sur l’expérience historique du mouvement communiste, la conception que nous défendons est un enseignement de la pratique récente, plus encore qu’un enseignement du passé. En effet, la pratique révolutionnaire actuelle ne fait que confirmer avec plus de netteté tout ce que les victoires et les défaites du passé nous ont appris sur le centralisme, sur la discipline et sur la nécessité d’un parti de révolutionnairesprofessionnels. L’objectif de la professionnalisation est ce qu’exige la pratique actuelle, commune, des différentes avant-gardes révolutionnaires et de celles des pays impérialistes en particulier. La raison en est que depuis les années 1970, au sein des pays impérialistes, s’est développé un palier historique que les révolutionnaires ont du mal à gravir, un plafond objectif à abattre sous peine de ne plus jamais parvenir à relancer des tentatives de montée vers le pouvoir. Les communistes doivent prendre conscience du défi concret consistant à franchir ce palier et leurs réflexions doivent servir à surmonter cette difficulté. Cette prise de conscience est d’autant plus nécessaire que c’est cette difficulté à laquelle se butent toutes les vagues révolutionnaires récentes qui produit et encourage les conceptions opportunistes proposant des détours stratégiques liquidateurs, comme celles que nous avant rencontrées au Canada.

D’ailleurs, c’est pour faire face à ce grand défi que les différentes organisations s’influencent, s’émulent et espèrent voir un parti frère avancer. Une fois le plafond brisé, tous devront s’engouffrer dans la brèche qui viendra d’être ouverte. Chaque organisation devra, à sa façon, trouver le moyen de développer, dans le combat, la force politique et l’expérience nécessaires pour se transformer en une authentique organisation de révolutionnaires professionnels, à la hauteur des tâches qui sont devant elle. Face à la difficulté de notre époque et à l’état de faiblesse relative du mouvement communiste, nous n’avons surtout pas besoin de davantage de laisser-aller et de mollesse; nous avons au contraire besoin du plus haut niveau politique et organisationnel. La lutte politique pour la professionnalisation, c’est la lutte contre tous les courants opportunistes, contre toute la confusion et contre toutes les conceptions erronées qui engendrent et renforcent le relâchement, l’indiscipline et l’absence de méthode. Cette lutte politique ne fait que commencer!

Vive la reconstruction du Parti communiste révolutionnaire!

Luttons partout pour continuer, préserver et renforcer l’expérience révolutionnaire!

Le marxisme-léninisme-maoïsme et la guerre populaire prolongée sont le fil conducteur de notre mouvement!

Fracassons les plafonds du passés et gravissons les paliers historiques!

Les défis de l’époque exigent des révolutionnaires professionnels!

Source:

https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2019/03/26/declaration-de-la-redaction-2-la-reconstruction-du-parti/

Vive le socialisme et le pouvoir ouvrier!

L’objectif premier que nous, prolétaires, poursuivons, c’est de renverser la bourgeoisie canadienne et de conquérir le pouvoir d’État. À partir de là commencera une nouvelle étape : la construction d’une nouvelle société, une société socialiste, qui sera elle-même le prélude au communisme qui se caractérise notamment par la disparition de l’État (qui n’est jamais autre chose que l’instrument de la domination d’une classe sur une autre), du parti, du droit bourgeois, des classes sociales, des rapports marchands et de l’argent pour faire place à la libre coopération entre tous les individus. La société sera alors administrée collectivement par tous ceux et celles qui en font partie.

L’étape du socialisme, il faut la voir comme étant une période de transition qui servira à la fois à détruire tous les vestiges du vieux mode de production capitaliste – vestiges qui ne manqueront pas de subsister – et à prévenir la restauration du capitalisme ; mais aussi à préparer l’avènement du communisme. Le passage à la société communiste impliquera en effet une préparation matérielle considérable, c.-à-d. qu’il faudra développer et transformer les forces productives et établir les conditions qui permettront de satisfaire pleinement les besoins de tous et de toutes. Plus encore, ce passage impliquera surtout une préparation politique et idéologique : les rapports sociaux devront avoir été complètement transformés, l’idéologie prolétarienne devra avoir triomphé de l’idéologie bourgeoise, les êtres humains devront avoir appris à gérer leur vie et à inscrire leur propre épanouissement dans le cadre de l’épanouissement général de toute la collectivité.

Lénine a bien résumé la conception qui doit nous guider dans l’établissement et la consolidation du nouveau pouvoir :

«Notre but est de faire participer tous les pauvres sans exception au gouvernement du pays ; et toutes les mesures prises dans ce sens – plus elles seront variées, mieux cela vaudra – doivent être soigneusement enregistrées, étudiées, systématisées, mises à l’épreuve d’une expérience plus vaste, et recevoir force de loi. Notre but est de faire remplir gratuitement les fonctions d’État par tous les travailleurs […] : il est particulièrement difficile d’y arriver, mais là seulement est la garantie de la consolidation définitive du socialisme.»

Dès l’effondrement du régime bourgeois, le prolétariat révolutionnaire établira un nouvel État, qui sera l’instrument de sa dictature sur la bourgeoisie et de la consolidation de son nouveau pouvoir. Cet État sera basé sur les conseils révolutionnaires, dont certains auront déjà été mis sur pied à travers le développement de la révolution, dans la grande tradition communiste des Soviets établie en Russie. Cette forme d’expression et d’organisation par excellence du pouvoir prolétarien devra conséquemment être étendue et généralisée d’un bout à l’autre du pays, à l’échelle locale comme à l’échelle nationale. Les conseils révolutionnaires détermineront et implanteront toutes les mesures nécessaires à l’établissement et au développement du socialisme ; ils deviendront ainsi les principaux organes de pouvoir autour desquels s’exercera la dictature du prolétariat. De plus en plus, ce sont véritablement les masses prolétariennes à la base qui dirigeront la société. Il s’agira de permettre à chacun et à chacune de développer sa capacité à diriger, et pas seulement au niveau d’une usine ou d’un quartier, mais surtout au niveau de la société tout entière, de la planification et la direction générale qu’elle prendra.

Pour qu’une telle participation soit possible, et surtout pour qu’elle soit autre chose que toutes les consultations fantoches que les capitalistes et leurs gouvernements organisent uniquement pour nous donner l’impression que nous avons notre mot à dire sur l’administration de la société (alors qu’en fait, ce sont eux et eux seuls qui prennent toutes les décisions, et ils le font uniquement dans leurs propres intérêts), l’État doit se transformer lui-même, et surtout développer de nouveaux organes dirigeants basés sur la participation des masses.

Voici certaines des mesures et des tâches que le prolétariat révolutionnaire devra mettre en place et réaliser après avoir conquis le pouvoir politique. Il ne s’agit pas, ici, de «promesses électorales» bidon comme en font les partis politiques bourgeois en période électorale, mais d’une liste, ni complète ni exclusive, de mesures qui indiquent quel type de transformations devront être entreprises pour que la période historique du socialisme se déroule avec succès.

La justesse des mesures qui seront mises en place aux différentes étapes de la construction du socialisme sera jugée ainsi : selon qu’elles contribueront ou pas à éliminer les vestiges du capitalisme, à empêcher sa restauration, à faire naître et à consolider de nouveaux rapports sociaux. Il y aura nécessairement des avancées et des reculs. Parfois, le prolétariat révolutionnaire sera contraint d’opérer quelquesreplis tactiques. Mais toujours, il faudra s’assurer que la direction générale de la société aille dans le sens du communisme. Sinon, ce sera inévitablement le retour en arrière et la restauration du capitalisme, comme on l’a vu en URSS et en Chine. Bref, ce sera une bataille constante pour réellement renverser la pyramide sociale, et faire en sorte qu’ultimement, «ceux d’en bas» (c.-à-d. le prolétariat et ses alliéEs) deviennent les véritables maîtres de la société.

Mesures d’ordre économique :

  • Expropriation sans indemnisation de la grande bourgeoisie, notamment des banques, des grandes industries et des réseaux de communication ; nationalisation des richesses immobilières et mobilières, de la terre, du sous-sol et des eaux ; développement de la propriété sociale et collective des principaux moyens de production ; constitution, dans toutes les unités de production, d’une direction qui agira dans l’intérêt général du prolétariat, c.-à-d. dans le but de satisfaire les besoins collectifs et de servir la révolution mondiale ; gestion des entreprises selon un plan national et des plans locaux qui assignent les tâches à accomplir, allouent les ressources et déterminent la destination des produits.

  • Annulation des prêts, des hypothèques et de toutes les dettes envers les banques, l’État et la bourgeoisie impérialiste. Annulation des dettes et crédits contractés auprès d’autres pays. Transformation du patrimoine financier des travailleurs et travailleuses ainsi que de la petite et moyenne bourgeoisie en épargne ne produisant pas d’intérêts, que les titulaires pourront utiliser comme revenu complémentaire ou différé, à pouvoir d’achat constant ; dissolution immédiate des fonds d’investissement et de capital de risque, y compris les anciens fonds gérés par des syndicats ; protection de l’épargne, des pensions et de tout autre moyen de subsistance acquis par les travailleurs et travailleuses.

  • Réalisation du devoir pour tous et toutes d’effectuer un travail socialement utile, sauf ceux et celles reconnuEs inaptes en raison de l’âge, de la maladie ou de l’invalidité ; reconnaissance, collectivisation du travail domestique (cantines, buanderies, entretien domestique, etc.) ; détermination du revenu individuel par le collectif de travailleurs et de travailleuses, en fonction de la quantité et la qualité du travail effectué ; octroi d’une allocation universelle suffisante pour tous ceux et celles qui ne peuvent effectuer un travail socialement utile (enfants, étudiantEs, personnes âgées, inaptes), qui permet notamment aux femmes de s’émanciper des hommes et aux jeunes de ne plus dépendre de leurs parents.

  • Réduction constante et progressive des écarts salariaux jusqu’à leur complète élimination, entre travailleurs et travailleuses manuelLEs et intellectuelLEs, hommes et femmes, dirigeantEs et dirigéEs, entre ceux et celles qui possèdent plus de connaissances ou de qualifications et les autres qui en ont moins, entre villes et campagnes.

  • Rétribution des directeurs, des directrices et de toute personne chargée d’une fonction publique à qui telle responsabilité a été déléguée sur la base du salaire ouvrier moyen, que nous appelons aussi le «maximum communiste» – les locaux, moyens de transport et autres fournitures nécessaires à l’accomplissement des tâches qui ont été confiées demeurant propriété collective.

  • Protection de la propriété individuelle des travailleurs et travailleuses autonomes tout en gardant la propriété collective comme objectif ; soutien à l’application des technologies les plus avancées, les plus sûres, les plus propres et les plus productives ; commandes et fournitures planifiées et assurance des débouchés ; transformation graduelle et volontaire des entreprises individuelles et familiales en coopératives de production et de distribution, puis transformation de ces coopératives en propriété collective.

Mesures d’ordre politique :

  • Participation de tous les dirigeantEs, y compris les dirigeantEs à l’intérieur du parti, aux tâches de base.

  • Formation à la gestion des différents milieux de travail des travailleuses et des travailleurs afin d’assurer le remplacement périodique des dirigeantEs et retour obligatoire de ces dernières et derniers aux tâches de base afin d’éviter le renouvellement de la bourgeoisie via la formation d’expertEs.

  • Formation à la vie politique des éléments les plus avancés parmi les masses afin d’assurer le remplacement périodique des dirigeantEs du parti et retour obligatoire de ces dernières et derniers aux tâches de base afin d’éviter le renouvellement de la bourgeoisie à l’intérieur même du parti.

  • Développement d’échanges économiques avec les autres pays sur la base de l’intérêt réciproque et du respect de l’indépendance mutuelle ; fin immédiate de l’occupation des territoires autochtones ; développement de relations fraternelles avec les autres pays socialistes.

  • Dissolution de l’armée, de la police et de tous les organes répressifs du vieil État bourgeois ; expulsion du territoire canadien des forces armées étrangères, de la police et des espions ; armement général des masses et constitution de milices prolétariennes qui verront à développer leur capacité à assurer elles-mêmes la défense du nouveau pouvoir ; maintien d’une armée rouge permanente chargée d’empêcher la contre-révolution et de défendre le pays contre toute menace étrangère.

  • Annulation de tous les traités militaires, politiques et commerciaux signés par l’ancien régime, y compris ceux qui maintiennent l’oppression des nations autochtones ; expulsion des diplomates, représentantEs officielLEs et agentEs d’autres États qui ne respectent pas les dispositions prises par les autorités révolutionnaires, qui cherchent à influencer les masses et/ou dont la présence n’est plus nécessaire ; soutien actif, politique et matériel, aux organisations révolutionnaires du prolétariat et aux mouvements de libération qui luttent contre la domination impérialiste.

  • Dissolution des organes de l’administration publique de la bourgeoisie (gouvernements fédéral et provinciaux, conseils de bande autochtones, conseils municipaux, organismes chargés de gérer les écoles et le système de santé, etc.).

  • À tous les niveaux (central, national, provincial, régional, local…), remise du pouvoir aux mains d’un conseil révolutionnaire unique composé de déléguéEs éluEs et révocables en tout temps par ceux et celles qui les ont éluEs et assurant une représentation équitable entre hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, militantEs avec et sans parti, etc ; ont le droit de vote les prolétaires ainsi que tous ceux et celles qui participent à la construction du socialisme.

  • Dissolution des associations professionnelles et des organisations de la bourgeoisie (chambres de commerce, Conseil du patronat, etc.) ; abolition des droits politiques et civils des membres de la grande bourgeoisie impérialiste ; obligation pour tous les autres bourgeois de se soumettre au collectif des travailleurs et des travailleuses sous peine de se voir retirer tels droits ; répression de toute tentative de la bourgeoisie de restaurer son pouvoir et ses privilèges, d’user de son autorité morale et de ses moyens pour influencer les masses et la vie sociale.

  • Élection et révocabilité des officières et officiers de justice, des fonctionnaires de l’administration publique, des dirigeantEs des forces armées et des milices.

  • Égalité absolue des langues et des nations ; reconnaissance du droit à l’autodétermination pour les nations opprimées ; interdiction de toute discrimination basée sur la langue parlée, la connaissance d’une langue, l’appartenance nationale ou l’origine ethnique ; respect des droits des minorités nationales et des groupes minoritaires, y compris le droit à l’éducation et la préservation de leur culture.

Mesures d’ordre social :

  • Réduction et limitation de la durée de la journée de travail ; interdiction du temps supplémentaire obligatoire et du travail de nuit contraint, sauf dans les cas où cela est absolument indispensable ; limitation de la période pendant laquelle une personne pourra être employée à des travaux nocifs et difficiles, et rotation des tâches planifiée en conséquence.

  • Valorisation du travail volontaire, au-delà du travail obligatoire ; au fur et à mesure que la production croît et que la situation le permet, implantation et généralisation, autant que possible, de la répartition «à chacunE selon ses besoins» plutôt que selon son travail ; transformation progressive de toute activité sociale en travail volontaire permettant la libre expression de la créativité et l’émancipation de chaque individuE ; réduction du travail obligatoire jusqu’à sa complète élimination.

  • Reconnaissance du droit de grève et de s’organiser, de la liberté de manifester pour les couches prolétariennes, comme moyen privilégié d’affirmer leur dissidence.

  • Nationalisation du patrimoine immobilier urbain appartenant aux capitalistes ; attribution collective du logement pour répondre aux besoins des masses prolétariennes ; amélioration collective de la salubrité et de la qualité du logement ; utilisation sécuritaire et gratuite des réseaux domestiques (électricité, gaz, aqueducs) ; mise à la disposition de l’espace et du patrimoine immobilier pour les activités sociales et communautaires.

  • Organisation générale des masses et prise en charge directe par leurs organisations des tâches de gestion d’un nombre croissant d’aspects de la vie : économie, culture, santé, éducation, administration de la justice, ordre public, défense du territoire, lutte contre la contre-révolution, organisation des milices prolétariennes, etc.

  • Généralisation des congés parentaux et des congés payés pour le soin des enfants ; protection physique et morale des femmes enceintes pendant toute la durée de la grossesse et la période qui suit l’accouchement ; droit à l’avortement et à la contraception libres et gratuits ; mise en place de garderies gratuites dans toutes les entreprises et les quartiers.

  • Reconnaissance et éducation quant au fait que le soin et l’éducation des enfants sont la responsabilité de toute la collectivité et qu’ils concernent donc également les unités de travail, l’administration publique et les organisations de masse ; mise en place de mesures qui aideront les jeunes à rompre leur dépendance par rapport à leur famille immédiate et qui favoriseront leur plein épanouissement ainsi que leur sécurité affective ; participation des jeunes au travail productif, dans la mesure de leurs capacités, afin de les aider à acquérir l’expérience, la connaissance et les relations sociales qui leur permettront de s’émanciper.

  • Mobilisation de masse pour lutter contre l’exploitation et la violence faites aux femmes et aux enfants et contre la soumission des femmes envers les hommes ; lancement de campagnes politiques fréquentes et généralisées contre les valeurs sexistes traditionnelles et pour valoriser la participation des femmes à tous les aspects de la vie sociale ; neutralisation des éléments réactionnaires qui agissent à l’encontre de la pleine émancipation des femmes ; rééducation et punition des violeurs, des incestueux, des pédophiles, des exploiteurs sexuels et des récidivistes.

  • Abolition et interdiction de toute forme de discrimination raciale : au travail, dans le logement, dans l’accès aux services publics, etc. ; octroi de droits égaux à tousTES les travailleursSES ; dissolution des organisations racistes et suprémacistes ; valorisation des échanges culturels entre prolétaires de différentes nationalités ; ouverture des frontières aux travailleurs et travailleuses venuEs de l’étranger.

  • Lutte conséquente contre l’homophobie et contre toute forme de discrimination à l’endroit des gais et lesbiennes.

  • Reconnaissance du droit pour tous et toutes à la santé et aux services sociaux ; accès gratuit aux hôpitaux, aux centres de santé et aux soins reconnus ; instruction sanitaire universelle et développement de la lutte contre la propriété privée de la médecine.

  • Nomination d’inspecteurs et inspectrices du travail éluEs et révocables ayant l’autorité d’intervenir et de prendre toute mesure nécessaire à la protection de l’hygiène, de la sécurité du travail et de l’environnement.

  • Création de bureaux de placement chargés de distribuer la main-d’œuvre de manière rationnelle ; développement de la formation professionnelle dans l’optique de réduire les divisions entre travail manuel et travail intellectuel, entre direction et exécution ; généralisation d’échanges d’expériences inter-entreprises.

  • Répartition équilibrée du développement industriel sur l’ensemble du territoire pour combattre la tendance du capitalisme à la création de mégapoles ; protection du patrimoine naturel ; développement de rapports politiques et économiques égalitaires entre villes et campagnes.

  • Reconnaissance du droit à une vie digne aux personnes âgées, incluant la possibilité de mettre leur expérience au service de la révolution et de la société en général, notamment auprès des jeunes générations.

  • Séparation totale et complète de l’Église et de l’État ; liberté de pratiquer une religion, et propagation par l’État révolutionnaire de la science et de l’athéisme.

  • Disponibilité et liberté d’accès aux services publics, incluant le téléphone, la poste, la radio, l’Internet, les transports publics (y compris les transports interurbains), les musées, etc.

  • Développement du contrôle collectif sur l’environnement et les ressources ; préservation et protection de tout ce qui est nécessaire à la satisfaction des besoins collectifs et à l’avancement vers une société sans classes et la réalisation du communisme sur toute la planète.

  • Mise en place de banques d’outils et de biens collectifs pouvant être utilisés de façon communautaire.

Mesures d’ordre culturel :

  • Instruction générale polytechnique et scientifique gratuite, obligatoire et de base pour touTEs les jeunes ; développement d’un lien étroit entre l’éducation et le travail productif ; démantèlement des universités bourgeoises qui seront transformées en centres de recherche et de développement au service de la révolution, dont l’accès sera gratuit et se fera sur la base de l’origine de classe et de la disposition à servir le peuple et la révolution ; obligation pour les étudiantEs de niveau supérieur de participer au travail productif ; ouverture des écoles aux jeunes en provenance des pays opprimés par l’impérialisme et aux représentantEs des mouvements de libération ; direction des écoles par les conseils révolutionnaires, qui nomment les administrateurs et administratrices et qui peuvent les révoquer.

  • Développement d’une vie culturelle complète et variée qui aide les masses populaires et prolétariennes à comprendre leurs problèmes et le monde dans lequel elles vivent, à trouver des solutions appropriées et à aller de l’avant dans la lutte pour le transformer ; établissement d’un climat qui permette la liberté d’expression et la lutte contre les idées réactionnaires et pour la consolidation du pouvoir prolétarien : «que Cent fleurs s’épanouissent, que Cent écoles rivalisent» ; libre accès à la presse, à la radio, à la télé, aux réseaux informatiques, aux locaux et à tous les moyens nécessaires au développement de la démocratie ouvrière.

  • Valorisation du travail intellectuel au service des masses et de la révolution ; utilisation des connaissances et du patrimoine scientifiques pour améliorer les conditions matérielles, morales et culturelles de chacunE ; abolition de la propriété intellectuelle, des brevets, des droits d’auteur et de la propriété artistique.

Le Parti communiste révolutionnaire mène présentement une large initiative politique de propagande et d’action révolutionnaire parmi les masses appelée «Luttons pour le socialisme et nos revendications». L’objectif est d’introduire massivement dans le prolétariat la conception selon laquelle le socialisme est ce qui totalise l’ensemble des revendications du peuple et que c’est la lutte révolutionnaire pour le pouvoir politique qui permettra ultimement de répondre aux besoins de tous et toutes. La présente série d’articles met en lumière divers aspects du socialisme tel qu’il a existé dans l’histoire et tel qu’il existera au Canada et vise à donner un aperçu de la façon dont le pouvoir des gens ordinairestransformera le monde.

Nous appelons touTEs les révolutionnaires et touTEs les prolétaires en accord avec nos perspectives à entreprendre un processus d’unification avec nous et à se déployer dans l’action afin de mener une grande offensive politique le 1er mai 2019. Cette date doit marquer la commémoration politique du 100e anniversaire de la grève générale de Winnipeg et l’ouverture d’une nouvelle séquence de combats et d’affrontements pour la classe ouvrière !

Source: https://www.iskra-pcr-rcp.ca/2018/08/09/socialisme-et-pouvoir-ouvrier/

Les formes objectives d’action révolutionnaire

Une introduction à ce que nous entendons par formes objectives d’action révolutionnaire

La notion de formes objectives d’action révolutionnaire découle d’une appréciation matérialiste et politique de l’expérience accumulée historiquement par le mouvement communiste international. La lutte des classes a produit une quantité impressionnante d’expériences militantes, de formes de lutte et de moyens de combattre. En effet, il existe une série de moyens d’action distincts tels que l’agitation, les tracts, les journaux, les graffitis, les noyaux communistes, le sabotage, la lutte de partisans, l’établissement en milieu ouvrier, les grèves, les séquestrations, les insurrections, les barricades, les revues, les conférences, les manifestations, le travail clandestin en tout genre, la lutte armée, la prise du pouvoir, l’armement des masses, ou encore l’organisation du pouvoir politique. Ces différentes formes de lutte composent ce que nous appelons le spectre de l’action révolutionnaire. Elles ont en commun d’être apparues concrètement dans l’histoire de la lutte des classes et de pouvoir être mises en pratique à nouveau dans les conditions qui prévalent aujourd’hui. Autrement dit, elles n’ont pas été inventées abstraitement et ne sont pas figées dans le passé.

Les organisations aspirant à diriger la révolution prolétarienne doivent impérativement chercher à s’approprier cette vaste accumulation d’expérience. Pour ce faire, elles doivent faire l’évaluation politique de chacune de ces formes de lutte et cerner ce qui les rassemble et ce qui les distingue. C’est ainsi que notre organisation en est arrivée à considérer que toutes ces formes de lutte pouvaient être rangées dans quatre grandes catégories (les formes objectives d’action révolutionnaire): la propagande classique, l’action révolutionnaire parmi les masses (ARM), la propagande armée et la guerre populaire prolongée (GPP). C’est aussi de cette manière que notre organisation a adopté son programme et a fixé ses objectifs, lesquels consistent à mettre tout en pratique pour parvenir à renverser la bourgeoisie impérialiste canadienne et son État réactionnaire au moyen de la guerre populaire prolongée. Cet affrontement prolongé doit être précédé d’une période de préparation politique et stratégique permettant de déployer l’ensemble des moyens et des dispositifs nécessaires pour mettre en œuvre des formes d’action révolutionnaire de plus en plus abouties. C’est cette conception organique et totalisante du processus révolutionnaire au Canada ainsi que ses implications pratiques qui ont été au cœur de notre lutte de lignes avec les opportunistes canadiens. Nous dénonçons leur négation de l’ARM au profit d’un travail réformiste et économiste, leur volonté de construire des organisations intermédiaires anti-parti plutôt que des dispositifs adéquats, leur négation du principe selon lequel le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire du parti et non une réaction défensive, leur abandon de notre conception de l’accumulation des forces (résumée dans le slogan «combattre et affronter l’ennemi») au profit d’une orientation révisionniste sur la ligne de masse, ainsi que leur refus de donner au parti les moyens de prendre en charge toutes les formes d’action révolutionnaire. Ces perspectives erronées ont servi à préserver les gains organisationnels opportunistes du parti qui avaient été faits à l’extérieur du Québec et plus particulièrement en Ontario de 2011 à 2017. La progression quantitative de notre parti a inévitablement posé des questions pratiques qui ont été la cause de sa scission en une fraction révolutionnaire et une autre révisionniste. Le mérite de notre conception des formes objectives d’action révolutionnaire et du parti qui se construit en les assumant est d’obliger les opportunistes à se prononcer contre leur prise en charge et ainsi à se démasquer. Les camps se démarquent ainsi: continuer ou s’arrêter en chemin, se préparer à payer le prix de la révolution ou se réfugier dans la légalité bourgeoise et se cacher derrière les formes de pratique qu’elle permet.

La naissance du marxisme et l’action communiste réelle

C’est avec la naissance du marxisme qu’apparaît ce que nous appelons aujourd’hui l’action révolutionnaire. Les nombreux combats politiques de Marx et Engels permettent la fondation du matérialisme historique et du matérialisme dialectique. Leur lutte aboutit aux grandes révélations politiques sur le mode de production capitaliste et aux premières analyses historiques et matérialistes des enjeux de la lutte des classes: l’État et le pouvoir de classe, la lutte politique et les escarmouches économiques, le mouvement associatif et l’action des communistes dans les syndicats, le mouvement ouvrier et les mouvements nationaux, etc. Les combats politiques majeurs liés à l’émergence du marxisme permettent la victoire du socialisme scientifique sur le socialisme utopique, la naissance du mouvement social-démocrate sous le mot d’ordre de la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier, ainsi que les premières grandes percées internationales de la révolution (la Ligue des communistes, l’Association internationale des travailleurs (AIT), la Commune de Paris, la traduction des ouvrages phares en plusieurs langues, etc.).

Lorsqu’on regarde le parcours de Marx et Engels, on constate que c’est dans l’action que le marxisme se constitue. La base matérielle de leur génie est de participer concrètement au mouvement réel contre le capitalisme, de contribuer aux luttes révolutionnaires de leur époque et de s’attaquer aux tâches immédiates qui en découlent. C’est à travers les polémiques qu’ils engagent dans la Gazette Rhénane et dans les Annales franco-allemandes qu’ils s’illustrent pour la première fois grâce à leur clarté de vue. Les années 1840 sont un grand laboratoire politique et philosophique dans lequel se développe le marxisme. À cette époque, les tenantEs du marxisme mènent les premières batailles contre les idéalistes et contre les partisanEs du socialisme utopique. Leurs éclaircissements politiques sont contenus dans le Manifeste du Parti communiste. Cet ouvrage voit le jour à l’occasion d’une des premières tentatives de regroupement politique du prolétariat international. Il est adopté comme document central de la Ligue des communistes, venant conclure du même souffle une série de victoires contre les conceptions utopiques des premiers courants socialistes, lesquelles perdent de l’influence dans les années qui suivent.

À une époque où la consolidation du capitalisme en Europe est encore récente, ce sont les courants utopiques qui représentent les positions dominantes dans le mouvement révolutionnaire. Ce qui caractérise ces premières tendances socialistes est l’adoption d’une position de classe étrangère au prolétariat. En effet, les propositions théoriques des socialistes utopiques reflètent leur propre situation de classe. Ils ne font pas partie du prolétariat (étant artisans, petits-bourgeois, etc.), mais ils entrent tout de même matériellement en confrontation, à des degrés divers, avec les nouveaux rapports de production capitalistes. Les socialistes utopiques formulent et proposent des projets idéaux (coopératives, mutualisme, multiplication de la petite propriété, retour anhistorique à un féodalisme bâtard, etc.) promettant une amélioration de leurs propres conditions matérielles d’existence, mais constituant un cul-de-sac politique pour le prolétariat dont ils nient le rôle central. Le socialisme utopique partage avec un grand nombre de mouvements (politiques, philosophiques, économiques, etc.) et de théories bourgeoises à la mode un grave problème: l’idéalisme. En effet, toutes ces théories refusent, chacune à leur manière, d’appréhender la réalité matérielle et sa transformation. L’idéalisme des courants socialistes utopiques se résume à inventer des mondes imaginaires, coupés de l’expérience et des classes sociales. Le développement des catégories scientifiques du matérialisme historique (mode de production, classes sociales, plus-value, rapports de production, force de travail, infrastructure, superstructure, etc.) est le produit de cette lutte contre l’idéalisme gangrenant le mouvement socialiste de l’époque. Le centre de gravité de ce processus est de comprendre comment réaliser l’acte de transformation de la réalité matérielle. C’est dans cette optique que sont produites les grandes analyses politiques et économiques des années subséquentes.

Il est frappant de constater à quel point les notions de passage à l’acte, d’action réelle et de pratique révolutionnaire sont au cœur des travaux de Marx et Engels dans les années 1840. Dans leur lutte contre les conceptions petites-bourgeoises du socialisme utopique, Marx et Engels défendent que le communisme n’est pas une création abstraite, sur papier, mais repose bien au contraire sur le développement historique de la société et de ses contradictions matérielles: «Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel.» (L’idéologie allemande) C’est dans les conditions existantes que se trouvent les prémisses de la révolution et ses objectifs. Ce faisant, Marx et Engels n’en restent pas à un simple postulat contemplatif et déphasé de l’existence réelle des classes, de leurs luttes et de leur action. Hostiles à tout mécanisme et à tout spontanéisme, ils se prononcent sur la nécessité et sur l’importance de l’action des communistes: «En réalité, pour le matérialiste pratique, c’est-à-dire pour le communiste, il s’agit de révolutionner le monde existant, d’attaquer et de transformer l’état de choses qu’il a trouvé.» C’est en luttant pour développer, conquérir et dominer par l’action subjective le mouvement objectif du développement social qu’on parvient à révolutionner le monde existant. Les révolutionnaires doivent comprendre et maîtriser les moyens d’action permettant d’agir au sein de ce mouvement réel plutôt que d’en rester éloignéEs et spectatrices ou spectateurs.

Critiquant les limites du matérialisme métaphysique pré-marxiste, Marx et Engels situent les sujets politiques (les classes sociales) dans le monde objectif et démontrent que la bourgeoisie et le prolétariat sont en fait des composantes interdépendantes de la même réalité matérielle. «Le principal défaut, jusqu’ici, du matérialisme de tous les philosophes – y compris celui de Feuerbach est que l’objet, la réalité, le monde sensible n’y sont saisis que sous la forme d’objet ou d’intuition, mais non en tant qu’activité humaine concrète, en tant que pratique, de façon non subjective.» (Thèse #1 sur Feuerbach) Selon les matérialistes mécaniques, la réalité objective est un objet fixe et immuable. Au contraire, selon Marx et Engels, elle est constamment en mouvement et se transforme sous les flux et les reflux de la lutte des classes. Les métaphysiciens, quant à eux, ne conçoivent pas qu’il est possible de modifier cette réalité objective.Aussi, ils nient l’importance stratégique de l’action humaine dans le mouvement réel, c’est-à-dire l’importance d’un parti communiste et de son action révolutionnaire pour diriger le processus de transformation sociale.

Développant une théorie de la connaissance, le marxisme naissant postule que c’est la pratique qui constitue le critère de la vérité. «La question de savoir s’il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n’est pas une question théorique, mais une question pratique. C’est dans la pratique qu’il faut que l’homme prouve la vérité, c’est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps.» (Thèse #2 sur Feuerbach) Il est anti-matérialiste de percevoir la connaissance de la réalité en dehors de l’acte de transformation. C’est par la maîtrise scientifique de l’action révolutionnaire déployée pour transformer la société qu’on valide les analyses de la réalité. C’est en cela qu’on peut dire que le marxisme est une science de la révolution. «Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer.» (Thèse #11 sur Feuerbach)

Si l’important est de transformer le monde et non seulement de l’interpréter, encore faut-il rompre avec une autre forme d’idéalisme. On ne transforme pas la réalité avec des idées, des spéculations intellectuelles et des projets imaginaires: on la transforme avec l’action communiste réelle. Afin de déterminer comment mener cette action, Marx et Engels développent leur compréhension des éléments constitutifs de la lutte des classes: le prolétariat comme sujet révolutionnaire, l’importance de saisir le pouvoir pour transformer la société, les objectifs politiques du mouvement ouvrier, etc. «Pour abolir l’idée de la propriété privée, le communisme pensé suffit entièrement. Pour abolir la propriété privée réelle, il faut une action communiste réelle.» (Manuscrits de 1844)

Les formes objectives d’action révolutionnaire regroupent l’ensemble des formes de lutte produites par l’histoire

Faire la révolution est un processus conscient et scientifique

La révolution est une lutte entre la préparation et le hasard, entre le contrôle et le chaos. La révolution prolétarienne est la révolution la plus consciente d’elle-même, celle qui doit laisser le moins de place à l’aléatoire. En tant que maoïstes visant à déployer une action communiste réelle, nous accordons une grande importance aux notions de maîtrise, de conscience, d’acquisition de capacités, de reproductibilité, d’accumulation d’expérience et de progression scientifiquement contrôlée.

Le marxisme est avant tout une science de la révolution: il vise à accumuler des connaissances sur les lois objectives du développement des révolutions et donc à développer une juste compréhension de la manière dont l’action révolutionnaire doit être menée. En ce sens, les communistes cherchent à maîtriser leur propre expérience en acquérant la capacité à évaluer politiquement et scientifiquement de quelle manière intervenir dans la classe ouvrière, disposer leurs forces, se développer et construire un parti révolutionnaire d’avant-garde apte à formuler une stratégie, à élaborer des tactiques et à les mettre en œuvre. Le marxisme, en tant que science de la révolution, vise à maîtriser l’acte de transformation matérielle de la société.

L’action révolutionnaire est l’élément central de l’expérience révolutionnaire qu’un parti communiste tend à scientifiquement maîtriser. Trop souvent, le caractère scientifique du marxisme est réduit à une simple et banale analyse de la réalité objective. Par exemple, les phénomènes sociaux sont quantifiés et qualifiés, et ce, comme s’il était possible d’y parvenir tout en étant coupéEs de la pratique sociale. Une rupture entre la théorie et la pratique s’opère lorsque le marxisme est confiné dans une approche purement contemplative et intellectuelle. Pourtant, l’ensemble des analyses de la réalité matérielle doivent servir à comprendre les objectifs concrets d’une révolution, à se repérer, à faire des choix, à déterminer comment agir pour transformer la société, à progresser consciemment et à parvenir à la guerre populaire. Tout l’arsenal pratique et toute la richesse théorique du maoïsme disparaissent dès qu’ils sont séparés de l’action révolutionnaire. Il ne s’agit pas de réduire l’importance de l’économie politique ou des grandes analyses, mais de les situer correctement dans leur rapport à la pratique révolutionnaire.

Dans l’ouvrage Que faire? de Lénine et dans la progression politique vers le deuxième congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) se trouve quelque chose d’éminemment révolutionnaire, quelque chose de maîtrisé scientifiquement. Les thèses avancées dans ce livre ne sont pas simplement des analyses de la situation politique (l’histoire des grèves en Russie, la notion historique de fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier, les conditions d’existence matérielle du prolétariat et leur impact sur sa conscience de classe, le localisme artisanal et l’esprit de cercle des social-démocrates russes). Surtout, elles tiennent compte de ces éléments d’analyse pour définir la manière d’agir en tant que parti révolutionnaire. C’est parce qu’elles reposent sur une méthode scientifique qu’elles sont justes. La lutte contre les économistes découle d’une appréciation politique et scientifique de la façon d’intervenir dans la lutte des masses afin de progresser vers la prise du pouvoir. De la même façon, l’évaluation scientifique de l’ensemble des caractéristiques et des limitations du mouvement révolutionnaire russe conduit au lancement d’un journal politique bolchévique pour toute la Russie. S’en dégagent les notions d’organisateur collectif et de direction idéologique, notions dont nous nous servons encore aujourd’hui. Une telle maîtrise consciente de l’action révolutionnaire implique de nommer les formes embryonnaires de travail politique, de se doter d’un langage commun: tactique, agitation, propagande, tract, meeting, cercle, antenne, ou encore, parti, front uni, soviet, armée rouge, prise du pouvoir, dictature du prolétariat. Ces mots réfèrent à des réalités objectives que les communistes doivent comprendre pour réussir à maîtriser scientifiquement et totaliser l’expérience indirecte du prolétariat international.

Distinguer les formes objectives d’action révolutionnaire

Dans différents milieux, à différentes époques et dans différentes situations, certaines formes de lutte apparaissent et disparaissent, se répètent, se modifient, passent de secondaires à principales, atteignent des niveaux historiques jamais vus, se complètent les unes les autres et enclenchent des tentatives de montée vers le pouvoir. Elles sont mises au monde par le développement objectif de la lutte du prolétariat pour son émancipation. Elles sont constituantes de son expérience, de ses acquis et de son patrimoine. Elles représentent, un peu comme les développements techniques dans la production et dans le procès de travail de la société, des outils potentiels, maîtrisables et dont l’usage est reproductible. Elles composent aujourd’hui l’ensemble objectif de la pratique révolutionnaire historique du prolétariat international. Pensons aux premiers sabotages, aux grèves, aux négociations et à l’ensemble des combats menés par la classe ouvrière naissante. Pensons à la transformation des grèves économiques en grèves politiques, aux premières manifestations, aux barricades et aux combats de rue. Pensons aux premières formes de regroupements de partisanEs, aux vols de banques, au terrorisme politique et à la destruction d’infrastructures importantes pour la bourgeoisie. Pensons aux occupations, aux séquestrations et à la reprise en main de forces productives abandonnées par la bourgeoisie. Pensons aux graffitis, aux journaux, aux tracts illégaux, à l’agitation publique, à l’appel à la grève et à l’agitation en manifestation. Pensons à la création de faux passeports, au réseautage clandestin et à la détection de mouchards. Pensons aux premières formes de guerre civile, à l’art de l’insurrection, à la guerre de mouvement, à la guerre de guérilla et à la guerre de position. Et plus encore!

Ces formes se développent à partir de toutes les grandes expériences de notre mouvement, qu’il s’agisse des premières escarmouches du mouvement ouvrier, du mouvement associatif et des trade-unions, des révolutions européennes de 1848 à 1850, des barricades au XIXe siècle, de la Commune de Paris, des grèves économiques et politiques en Europe, de la Révolution de 1905 en Russie, de l’insurrection d’Octobre 1917, de la guerre civile en Russie, des insurrections urbaines en Allemagne, en Hongrie et en Italie, ou encore, de la construction du socialisme en URSS, du travail du Komintern, de la naissance d’un véritable essaim de partis communistes sur la Terre entière, de la lutte contre le fascisme, de la guerre populaire en Chine, des fronts unis en Amérique et en Europe, des guerres de libération nationale, de la Grande Révolution culturelle prolétarienne, des combats anti-révisionnistes et de la pratique combattante des organisations communistes dans les pays impérialistes. Et plus encore! Toutes ces expériences témoignent de l’audace et du génie contenus dans les nouvelles propositions émergeant de la lutte des masses. Ces propositions sont systématisées et dirigées par les plus grandes avant-gardes de notre classe.

Parmi toutes ces formes de lutte, certaines se distinguent grandement les unes des autres alors que d’autres sont suffisamment semblables pour qu’il soit possible de les mettre dans une seule et même catégorie. Aujourd’hui, afin de se repérer dans ce vaste ensemble, il est nécessaire de bien comprendre la conception matérialiste des catégories fondamentales. Pour les matérialistes, les catégories ne sont pas un produit de l’esprit: elles existent objectivement peu importe la façon dont elles sont appréciées subjectivement. Aussi, certaines sont plus englobantes que d’autres. Par exemple, Lénine caractérise l’histoire de toute la philosophie comme étant une lutte entre le matérialisme et l’idéalisme, les deux catégories les plus hautes et les plus totalisantes de ce domaine. L’ensemble des formes de lutte contenues dans l’expérience révolutionnaire accumulée jusqu’à maintenant se rapportent à l’une ou l’autre des catégories que nous désignons comme des formes objectives d’action révolutionnaire. Bien entendu, celles-ci se manifestent différemment selon le contexte (par exemple, la propagande des communistes en Chine n’est pas la même que celle des communistes en Russie, l’ARM de la 3e Internationale est différente de celle des bolcheviks, la GPP au Pérou est différente de celle en Inde). Elles abritent un bon nombre de sous-moyens et de sous-actions. Reliées entre elles, elles ont des objectifs communs (unir le prolétariat, prendre le pouvoir politique, transformer la réalité), mais prises séparément, elles ne partagent pas les mêmes objectifs stratégiques spécifiques.

Les quatre formes objectives d’action révolutionnaire

1 La propagande classique

La propagande est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des moyens qui propagent, synthétisent et exposent intelligiblement des idées et des perspectives. Elle provoque l’adhésion à une ligne politique, c’est-à-dire à une conception révolutionnaire du monde. Elle fait des révélations politiques aux masses sur le capitalisme et sur la révolution. La propagande permet à un parti de s’unir, de formuler un programme et de développer sa direction politique et idéologique. Elle permet, entre autres, de prendre en charge la direction des idées, de ce que l’on pense, des points de vue adoptés, des analyses défendues, du langage accepté et du regard porté sur notre propre action. Elle aide à la métabolisation des problèmes vivants et complexes de la lutte des classes, de la construction du parti, de la guerre populaire et de la prise du pouvoir. Elle génère l’action révolutionnaire, pérennise les acquis politiques, produit l’adhésion et crée le milieu politique permettant l’action unifiée. On retrouve, objectivées par les différentes expériences historiques de propagande classique, les notions d’organisateur collectif, d’organe central, de révélation politique, de démarcation, de cohésion idéologique, d’unification des forces subjectives de la révolution, de direction idéologique, de lutte théorique, d’appels généraux, de dialogue dans la lutte des classes, de transmission aux masses, d’initiative politico-idéologique et de métabolisation des questions de la lutte des classes. En bref, la propagande est le ciment politique de l’activité révolutionnaire. Elle prend différentes formes, vise à produire différents effets et reçoit différents qualificatifs au fil de l’histoire du mouvement communiste. On peut compter parmi les formes historiques qui relèvent de la propagande dite classique le journal, le programme, la polémique, le tract, le livre, le discours, l’exposé, le dessin, l’affiche, le cinéma, la chanson, etc. C’est selon l’époque dans laquelle se trouve le processus révolutionnaire qu’on détermine la manière spécifique de propager les mots d’ordre et les analyses du parti dans les masses.

Comme c’est le cas pour bon nombre d’organisations, la propagande est le premier centre de gravité de la lutte autour duquel s’est construit et continue de se construire notre parti. La capacité de la propagande à générer les autres formes objectives d’action révolutionnaire doit atteindre son point culminant avec la réalisation dans la pratique de l’initiative idéologico-politique du parti, laquelle sert à préparer et à soutenir la proposition de montée vers le pouvoir que l’avant-garde soumet au peuple avec le déclenchement de la guerre populaire. Cette initiative doit susciter une discussion permanente et rigoureuse entre l’avant-garde et le prolétariat sur les formes et les caractéristiques du nouveau pouvoir populaire en émergence. Ce grand dialogue doit viser à gagner progressivement de nouvelles couches du prolétariat pour soutenir la progression générale de la révolution.

2 L’action révolutionnaire parmi les masses

L’action révolutionnaire parmi les masses est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des moyens employés par les organisateurs et les organisatrices maoïstes agissant au sein des masses pour les entraîner à l’action. Elle vise à développer des liens révolutionnaires vivants et durables entre l’avant-garde et le prolétariat, à élever les capacités et la conscience de classe de ce dernier et à le faire participer activement à la lutte révolutionnaire. Cette présence agissante n’est pas qu’une simple présence reflet: c’est l’intervention consciente du parti dans le mouvement réel, intervention qui, à travers un discours et des actes bien démarqués, entraîne le prolétariat à participer massivement au processus révolutionnaire et à entrer en confrontation avec la bourgeoisie et son État. L’action révolutionnaire parmi les masses est l’intervention des communistes qui fait exister le parti quotidiennement dans la lutte des classes et qui transforme les luttes revendicatives en lutte politique pour le pouvoir prolétarien. En somme, l’action révolutionnaire parmi les masses vise à produire l’action révolutionnaire des masses. Nous rangeons donc dans cette catégorie l’ensemble des formes de lutte et des moyens de combat utilisés par le prolétariat international pour résister au capitalisme, qu’il s’agisse des grèves, du sabotage, des barricades, des manifestations, des occupations, etc. Ici, la tâche des révolutionnaires est de systématiser les nouvelles formes de lutte des masses, tout comme d’utiliser le patrimoine de formes de lutte déjà accumulées. C’est l’action révolutionnaire des masses qui est la source inépuisable de nouvelles formes de lutte et de nouveaux moyens de combattre.

Un parti ayant une pratique d’action révolutionnaire parmi les masses n’est pas un groupe isolé et inexistant dans la réalité politique concrète de la lutte des classes. Il est actif, omniprésent et au cœur de l’action des masses. En développant sa participation aux luttes et sa capacité à diriger les masses, il fait fusionner son expérience directe avec l’expérience directe du prolétariat dans la lutte pour le pouvoir politique, les rendant organiques et inséparables. Une organisation assumant l’ARM est une organisation qui assume son rôle d’avant-garde en introduisant en permanence dans les combats spontanés des travailleurs et des travailleuses une conception révolutionnaire du monde.

On retrouve, objectivées par les différentes expériences historiques d’ARM, les notions de liaison avec les masses, d’agitation, d’entraînement à l’action, de participation des masses, de travail du parti dans les masses, de secteurs d’intervention, de tactiques, de méthodes de travail, de liaisons permanentes, d’actions à l’intérieur du mouvement, d’actions à l’extérieur du mouvement, d’actions ponctuelles, de noyaux communistes, d’établissement en milieu ouvrier, d’actions révolutionnaires des masses, de systématisation des moyens de combats développés par les masses, de manifestations physiques du pouvoir des masses, d’affrontement de l’ennemi, de provocation de l’adhésion par l’action et de révélation politique par l’action.

L’histoire du mouvement communiste recèle de multiples façons de mener l’ARM, qu’il faut étudier et dont il faut tirer des enseignements. L’histoire nous apprend aussi qu’il n’existe pas de parti communiste qui n’ait pas une pratique généralisée d’action révolutionnaire parmi les masses.

◆ L’action révolutionnaire parmi les masses pour opérer la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier dans la deuxième moitié du XIXe siècle

Au XIXe siècle, les partisanEs du socialisme scientifique et les partis ouvriers naissants mènent une lutte implacable pour rompre avec le parallélisme qui les place à l’extérieur du mouvement ouvrier. Ils et elles luttent pour la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier. Ils et elles mènent un travail systématique et résolu pour aller à la rencontre de la classe ouvrière et pour l’organiser. En participant activement aux mouvements des ouvrières et ouvriers et en y introduisant des perspectives encore extérieures à ses objectifs immédiats, ils et elles font une des premières expériences majeures d’action révolutionnaire parmi les masses. Le mouvement ouvrier commence alors à maîtriser la question du pouvoir politique et de l’organisation en parti.

◆ La lutte contre l’économisme ainsi que les méthodes multiformes d’agitation et d’entraînement à l’action des bolcheviks

Les bolcheviks sont exemplaires dans leur capacité à entraîner les masses à l’action. Les méthodes multiformes d’agitation utilisées par le POSDR lui permettent de se lier avec les masses de diverses manières. On peut penser aux tracts illégaux, à l’agitation publique, à l’action politique spectaculaire en usine, aux actions ponctuelles dans la vie quotidienne des masses, à la direction pratique de manifestations massives et combatives, à la création de groupes de combat, à la prise en charge d’une multitude de grèves politiques, etc. Les bolcheviks sont de tous les combats et s’inscrivent organiquement dans la lutte du peuple contre le tsarisme.

La lutte contre l’économisme et l’opportunisme constitue l’une de leurs premières grandes écoles pour maîtriser les objectifs de leur action au sein des masses. Ils et elles parviennent à établir la liaison adéquate entre la lutte politique, le mouvement revendicatif spontané, l’intervention de l’avant-garde et l’entraînement à l’action. Ils et elles développent les notions de révélations politiques sur la conquête du pouvoir politique et d’entraînement des masses à l’action révolutionnaire. À l’époque de la Russie tsariste, il n’est pas possible d’agiter et d’entraîner les masses à l’action révolutionnaire sans assumer les confrontations et les contrecoups qui s’en suivent, sans payer de sa personne. Les bolcheviks n’ont d’autres choix que d’être conséquentEs, car les masses répondent activement à leurs appels (par exemple, résister au tsarisme et aux Cent-Noirs).

◆ Les noyaux communistes dans les syndicats de la 3e Internationale

Devant les défis posés par le développement la révolution mondiale, la 3e Internationale communiste élabore des thèses sur comment se lier aux masses dans la conjoncture mondiale suivant la révolution de 1917. Les conditions prévalant au début des années 1920 sont celles de la reprise en main et de la consolidation du capitalisme partout dans le monde. Le contexte des démocraties bourgeoises naissantes n’est alors plus le même que celui de la Russie autocratique où l’activité révolutionnaire des masses a connu des périodes fécondes. Les partis de la 3e Internationale adoptent une tactique spécifique d’ARM en consacrant une grande part de l’activité révolutionnaire à la création de noyaux communistes dans les organisations réelles et en particulier dans les syndicats existants. Cette méthode de travail est jugée nécessaire en raison des nouveaux centres de gravité de la lutte et de la nouvelle situation concrète. L’action s’inscrit dans la durée et à l’intérieur du mouvement ouvrier. Les révolutionnaires cherchent à se préserver plutôt qu’à entraîner immédiatement à l’action, et ce, afin de donner des assises solides et des ancrages partout dans la classe aux partis communistes naissants. Bref, on mise sur la construction d’une liaison permanente.

◆ Le travail du parti dans les masses pour construire le nouveau pouvoir durant la guerre populaire en Chine

La guerre populaire prolongée en Chine fait émerger une pratique bien précise d’ARM visant à développer le nouveau pouvoir au sein des masses. Cette pratique, caractérisée par l’idée de servir le peuple, est cruciale dans un contexte où il est particulièrement important de se démarquer politiquement étant donné que la lutte armée est aussi utilisée par des organisations réactionnaires (les seigneurs de guerre et le Kuomintang). Surtout, cette pratique est nécessaire au Parti communiste chinois (PCC) pour ravitailler et préserver les forces armées. Par ailleurs, la révolution chinoise implique la construction du nouveau pouvoir qui exige un travail minutieux et permanent de liaison avec les masses pour les amener à le reconnaître, à y participer et à mener le processus de transformation sociale.

Cette pratique historique d’ARM, dans le cadre de la guerre populaire en Chine, est généralement qualifiée de travail du parti dans les masses. Celui-ci prend des formes variées. Il permet aux militantEs du parti de comprendre la vie quotidienne des masses, d’y intervenir correctement, d’entrer en contact avec la population, d’apprendre à solutionner politiquement les problèmes vivants de la société, de cartographier un territoire, d’enquêter sur un milieu pour en comprendre les dynamiques, d’entreprendre des actions politiques offensives, d’unir les masses autour du parti et d’isoler ses ennemis. Parmi les moyens utilisés, on compte les éclaireurEs, les agitateurs et agitatrices publiques, les représentantEs, etc. L’ARM pendant la guerre populaire permet au PCC de lancer massivement la paysannerie dans l’action révolutionnaire, de développer la production et l’économie politique de la guerre populaire, de recruter durablement des forces pour l’armée rouge ainsi que de préserver les forces combattantes.

◆ Les formes d’ARM nouvelles et originales permettant de rompre en pratique avec le révisionnisme à partir des années 1960 en Europe

Dans les années 1960 en Europe, les nouvelles organisations communistes qui émergent sont placées devant la nécessité de reconstruire le camp de la révolution. C’est alors qu’un nouveau type d’ARM se développe. La forte concurrence des organisations révisionnistes, la confusion que leur propagande génère et leur trahison historique obligent les révolutionnaires à redonner confiance au prolétariat et à rompre en pratique avec le révisionnisme. En effet, de grands et forts partis communistes abandonnent dans les faits la voie révolutionnaire tout en continuant de se dire révolutionnaires. Se démarquer du révisionnisme en paroles ne suffit donc pas: il faut le démontrer dans la pratique. Dans les pays impérialistes, le travail en usine est éprouvant, la classe ouvrière est devenue massive et les luttes sont retentissantes. Plus que jamais, l’ARM doit chercher à bâtir une direction politique accueillie et reconnue par les masses. Pour y parvenir, il faut nécessairement agir en conséquence.

La pratique révolutionnaire prend alors des formes inédites, solides politiquement et offensives. Les militantEs réactualisent l’expérience des bolcheviks en payant de leur personne. Les grèves sauvages, les commandos contre les contremaîtres, les coups d’éclat dans les usines, les manifestations disciplinées et combattantes, les auto-réductions, les occupations d’usine, les séquestrations de patrons, les actions avec les masses pour soutenir les grèves ou encore les occupations prolongées de zones urbaines après des manifestations constituent autant d’exemples de ces nouvelles pratiques. Ces formes de lutte sont soutenues par un travail de liaison vivant et permanent avec la classe ouvrière. Est mise en œuvre la tactique d’établissement en usines et d’enquête ouvrière, laquelle constitue alors une nouvelle version de la tactique des noyaux communistes.

◆ L’ARM pour gagner la participation massive du peuple dans la guerre populaire au Vietnam

L’impressionnante ARM déployée pendant la guerre populaire au Vietnam permet d’organiser un pan important du peuple. L’ampleur des capacités gagnées par le camp révolutionnaire est illustrée par de nombreux exemples. Pensons à la défense héroïque de Hanoï au début de la guerre contre l’impérialisme français, aux batailles victorieuses comme celle de Diên Biên Phu – laquelle est rendue possible grâce au travail acharné des masses pour préparer et dominer l’affrontement –, à l’ingénieuse construction de la route Ho Chi Minh, ou encore, à la participation massive du peuple dans la lutte de longue durée contre l’impérialisme américain. Les communistes vietnamienNEs mettent en place des outils et des formes organisationnelles (le front uni, les milices populaires, les groupes d’auto-défense) pour faire basculer massivement le peuple dans la guerre populaire.

◆ L’ARM du Parti communiste du Pérou (PCP) et la notion d’organisateurs et d’organisatrices maoïstes et de militantEs polyvalentEs

Le PCP développe un impressionnant dispositif d’organisateurs et d’organisatrices maoïstes au sein des masses. Il les forme comme des militantEs polyvalentEs, c’est-à-dire des militantEs qui assurent une présence agissante permanente au sein du peuple péruvien tout en s’inscrivant dans le processus de construction concentrique du parti. Il cible des dirigeantEs spontanéEs et les rallie au maoïsme pour mieux faire basculer des sections importantes du peuple dans le camp de la révolution. Les organisateurs et organisatrices maoïstes péruvienNEs démontrent une capacité supérieure à créer des points de contact et à entraîner durablement les masses à l’action révolutionnaire, tout en relevant les défis de la défense territoriale et de la lutte armée. Cette pratique d’ARM permet au nouveau pouvoir de se développer à mesure que la guerre populaire progresse.

3 La propagande armée

La propagande armée est la forme objective d’action révolutionnaire qui regroupe l’ensemble des moyens armés employés avant la guerre populaire et contribuant à sa préparation politique. Elle est dirigée contre des biens, des instances, des appareils organisés, des moyens et des dispositifs de la bourgeoisie pour occasionner leur destruction partielle ou totale. Surtout, elle sert de support ou de véhicule au discours révolutionnaire dans la lutte des classes. Elle élargit la portée de la propagande révolutionnaire en s’adressant, avec une ampleur inatteignable autrement, à l’ensemble de la société, à la nation entière. Son message est compréhensible pour toutes les couches du peuple. Elle éduque toutes les classes quant aux contradictions et aux enjeux politiques dans la société. La propagande armée stimule la conscience de classe des prolétaires. Elle valide matériellement la possibilité pour le peuple de remporter des victoires. Elle a comme objectif de libérer l’expression et l’activité politiques des communistes. La propagande armée a principalement une fonction politique dans la lutte des classes. Le contenu de ce qu’elle propage est plus important que le moyen dont elle se sert. Elle est la forme supérieure et nécessaire de la propagande. Elle a le potentiel de parler aux masses mieux qu’un million de tracts. Elle révèle au grand jour où campent toutes les forces politiques. Elle donne confiance au prolétariat en même temps de redonner de la mobilité aux forces révolutionnaires dans des conjonctures où tout est figé.

On retrouve diverses expériences de propagande armée dans les pays impérialistes (Brigades rouges, Cellules communistes combattantes, Front de libération du Québec, Parti communiste espagnol [reconstitué], Fraction armée rouge, etc.) de même que dans les pays dominés (les actions servant à préparer politiquement la guerre de résistance au Vietnam, la pratique des Tupamaros en Uruguay, etc.). La propagande armée inclut également de multiples expériences embryonnaires et spontanées au sein des masses, expériences consistant à attaquer des représentations politiques de l’ennemi de classe à l’aide de moyens armés.

Aujourd’hui, dans un pays comme le Canada, dénoncer la démocratie bourgeoise doit être le but principal des actions de propagande armée. La révéler politiquement au moyen de la propagande classique est devenu insuffisant alors qu’à l’époque de l’autocratie – où les droits démocratiques étaient inexistants et où régnait la répression ouverte –, la forme journalistique pouvait suffire. Les démocraties bourgeoises de notre époque sont désormais expérimentées et éprouvées. Même si les révélations journalistiques sont encore nécessaires, elles ne peuvent plus, à elles seules, préparer politiquement le terrain de la guerre populaire et amener la lutte des classes à devenir une lutte pour renverser l’État bourgeois. Les moyens employés doivent avoir la puissance nécessaire pour forcer toute la population à se prononcer en faveur ou en défaveur de la prise du pouvoir et de la socialisation des moyens de production.

4 La guerre populaire prolongée

La guerre populaire prolongée est la forme objective d’action révolutionnaire regroupant l’ensemble des guerres du peuple dirigées par le prolétariat et son parti pour vaincre et anéantir la bourgeoisie. Elle fait la synthèse politique de toutes les autres formes d’action révolutionnaire et de toutes les initiatives d’une classe sociale et de son avant-garde. La lutte armée en est la forme d’action principale. Chaque classe fait la guerre à sa façon et donc, le prolétariat a une façon de la faire qui lui est propre. La guerre populaire est une guerre menée politiquement devant permettre d’armer le prolétariat et ses alliéEs, de construire le nouveau pouvoir et simultanément de désarmer et de détruire l’État bourgeois réactionnaire. Il est à noter que le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire amorçant une montée vers le pouvoir. C’est une déclaration consciente qui marque la première grande victoire stratégique contre le spontanéisme et l’aléatoire.

L’action communiste réelle d’aujourd’hui: la prise en charge des quatre formes objectives d’action révolutionnaire

Au XXIe siècle, les partis communistes doivent impérativement tenter de maîtriser les quatre formes objectives d’action révolutionnaire. Qu’une organisation ou qu’un parti les assume ou les nie, les prenne en charge ou les néglige, elles existent en tant que formes historiques objectivées par l’expérience du prolétariat international. Assumées et prises en charge, ce sont autant de possibilités et de capacités pour la révolution. Niées et négligées, ce sont autant de capacités d’initiative et de résistance laissées à la bourgeoisie et à ses alliés politiques. Une grande partie du succès de la construction et de la progression stratégique d’un parti révolutionnaire au XXIe siècle réside dans la capacité à proposer pour chacune de ces formes des objectifs adéquats, fondés matériellement et politiquement, ni trop téméraires ou irraisonnés, ni trop faibles ou conciliants.

Avoir une compréhension juste des formes objectives et historiques est tout spécialement important pour les communistes des pays impérialistes, car la force historique du révisionnisme et de la démocratie bourgeoise nous a renduEs aveugles devant l’expérience révolutionnaire que notre mouvement a accumulée. Il existe, même en milieux urbains, un grand nombre d’expériences d’action révolutionnaire parmi les masses combatives et de haut niveau. Elles sont pourtant outrageusement rejetées du revers de la main et décriées comme de l’aventurisme, de l’opportunisme de gauche et du volontarisme par des intellectuels petits-bourgeois. En réalité, ceux-ci ne cherchent qu’à cacher leur propre opportunisme. Plus particulièrement, ici, les opportunistes canadiens font des bilans sclérosés de l’expérience communiste. Leur incapacité à différencier l’action révolutionnaire parmi les masses du travail réformiste et à différencier la propagande armée de la guerre populaire en témoigne. Il en va de même pour les partisanEs du RCP-USA, qui, à l’époque, refusent d’envisager toutes formes d’action sortant du cadre restreint de la lutte idéologique et enferment le progrès révolutionnaire dans un étapisme métaphysique.

Les révolutionnaires doivent tirer des leçons de la pratique combattante et de la guerre de partisans chez les bolcheviks en Russie, de la guérilla urbaine des partis communistes européens durant la Seconde Guerre mondiale, de la liaison originale avec les masses et des actions offensives de l’organisation Gauche prolétarienne en France, des actions armées menées par les Brigades rouges en Italie, de la lutte armée multiforme des communistes chinois, de la propagande armée des felquistes au Québec, ou encore de la militarisation du Parti communiste du Pérou. Il est important de bien comprendre ce qui distingue ces expériences de même que ce qui les relie. Surtout, il importe de mettre en pratique, dans le contexte qui est le nôtre, leurs enseignements. En contrepartie, concevoir ces expériences historiques comme un bloc homogène et nier leurs apports positifs, c’est refuser une grande partie de l’arsenal dont nous avons besoin pour unir notre classe, pour isoler et affaiblir la bourgeoisie ainsi que pour préparer politiquement la guerre populaire. C’est aussi refuser les différentes façons de mener la lutte armée pour désarmer et détruire l’État bourgeois. En somme, c’est se cantonner dans une conception passive et attentiste de la révolution.

Au lieu de chercher à saisir et à prendre en charge les formes objectives de la pratique révolutionnaire, les opportunistes en viennent même à se demander s’il est possible ou politiquement justifié d’utiliser des moyens d’action sortant du cadre bourgeois! Une telle position conduit inévitablement à rejeter indistinctement tout ce qui sort de la légalité bourgeoise, à ne maîtriser aucun moyens illégaux, à refuser tout ce qui dépasse nos capacités immédiates et à se cacher derrière un appui en paroles à la guerre populaire. Il va sans dire qu’aucun parti communiste ne peut espérer prendre le pouvoir sans assumer l’action révolutionnaire parmi les masses et la propagande armée. De la même manière, le camp de la révolution ne peut progresser sans mettre en pratique une conception communiste de la propagande révolutionnaire.

Les distinctions politiques importantes entre le PCR et les opportunistes canadiens

Les opportunistes canadiens entretiennent énormément de confusion sur les formes objectives d’action révolutionnaire. Entre autres, ils critiquent les expériences de propagande armée du mouvement communiste, en particulier celles ayant eu lieu dans les pays impérialistes depuis les années 1970. Ils les rejettent du revers de la main, car ils les considèrent à tort comme de vaines tentatives de déclencher des guerres populaires et non pas pour ce qu’elles ont réellement été. Il s’agit pourtant d’expériences de propagande armée, et ce, même si les organisations ayant mené ces actions ne les concevaient pas forcément ainsi. Le bilan erroné défendu par les opportunistes canadiens sert objectivement à renforcer les conceptions révisionnistes suivantes:

a) L’usage de moyens armés précédant la guerre populaire et servant à la préparer politiquement est écarté;

b) La guerre irrégulière et la lutte armée multiforme au début de la guerre populaire sont effacées – ou du moins leur importance est grandement diminuée – au profit d’actions purement défensives ou d’actions de soutien à des luttes économiques, pouvant en réalité être rangées en grande partie dans l’ARM qui précède la guerre populaire;

c) La défensive stratégique représente la quasi-totalité de la guerre populaire et se trouve confinée dans une période de temps interminable pendant laquelle la lutte armée est pratiquement inexistante (une version déguisée du cul-de-sac insurrectionnel);

d) Une série de préalables stratégiques irréalisables au déclenchement de la guerre populaire est inventée sous prétexte de ne pas répéter les erreurs du passé et au nom de l’impossibilité de déclencher la guerre populaire sans avoir le soutien de la majorité – ou du moins d’une fraction numériquement très importante – du peuple.

Pour notre part, nous évaluons que le défaut principal des expériences de propagande armée des années 1970, c’est qu’elles étaient pensées, par les organisations révolutionnaires qui les ont instiguées, comme des points de rupture historique subjective. Au contraire, nous considérons la propagande armée comme étant simplement une dimension objective de la pratique existant parmi d’autres aspects de la lutte révolutionnaire. La plus grande critique à adresser aux organisations qui ont mené la propagande armée dans les pays impérialistes n’est pas d’avoir tenté ces actions, ce qui est tout à leur honneur, mais de s’être spécialisées à outrance dans une forme particulière de la pratique. Sans le vouloir nécessairement, elles ont restreint de plus en plus le spectre de leur pratique révolutionnaire à cette seule forme d’action au lieu de l’élargir à d’autres dimensions de la lutte.

Nous considérons que pour assumer durablement la propagande armée, il faut avoir la maturité politique suffisante pour la faire résonner conséquemment et quotidiennement dans les masses à l’aide d’autres formes d’action révolutionnaire. C’est l’ensemble des formes utilisées en permanence qui parvient à préparer politiquement la classe ouvrière et ses alliéEs en leur donnant de l’expérience et des forces et en produisant des révélations politiques. C’est ainsi qu’est générée l’adhésion au déclenchement d’une guerre ouverte avec l’État canadien et que sont posées les bases d’une tentative de montée de la classe ouvrière vers le pouvoir. De plus, nous considérons que si la guerre populaire et la propagande armée partagent l’aspect commun d’utiliser des moyens armés, il n’en demeure pas moins qu’elles sont bien différentes dans leurs objectifs. La guerre populaire est une forme d’action caractérisée par l’aspect militaire, devant permettre d’armer le peuple, de désarmer la bourgeoisie, de construire le Nouveau Pouvoir et de détruire l’État réactionnaire capitaliste. La propagande armée est un moyen marqué par l’aspect politique, ne comportant aucune dimension militaire et servant à propager la politique révolutionnaire à l’entièreté du peuple. Elle permet de préparer politiquement la guerre populaire en rendant limpide la réalité de la lutte des classes et en obligeant le positionnement. Elle met à l’ordre du jour la question de la révolution. Elle étend la portée des autres formes d’action révolutionnaire. Assumer politiquement la propagande armée exige d’avoir des perspectives claires et d’avoir commencé à résoudre les problèmes stratégiques et pratiques de la liaison du parti avec les masses.

L’objectif de l’ARM, dans notre conjoncture, est de créer des liens révolutionnaires avec les masses, des liens d’un type nouveau et non simplement copiés sur ceux que le mouvement spontané produit continuellement. Ces liens doivent permettre au parti d’être ancré solidement dans le mouvement ouvrier et dans le prolétariat en général. C’est leur solidité qui permet à terme de mettre en action de larges sections des masses sous les mots d’ordre du parti. Ils font résonner les autres formes d’action du parti au sein des masses. Du déclenchement de la guerre populaire jusqu’à la prise du pouvoir, c’est la force de ces liens dans les grands groupes du prolétariat qui est garante du basculement du peuple dans la guerre populaire.

Les opportunistes canadiens défendent une position contraire qui est de construire des organisations intermédiaires parallèles au mouvement de masse réel, entrant en concurrence avec lui et rajoutant un obstacle de plus entre le parti et le peuple. Pour eux, notre conception des petits mouvements (les dispositifs du parti agissant dans les grands mouvements) est une conception bureaucratique. Selon eux, le fait de dire que le parti doit avoir un contrôle organisationnel sur les dispositifs qu’il met en place équivaut à rejeter la nécessité de développer une direction politique. C’est pourquoi ils défendent l’idée que les organisations mises sur pied par le parti doivent être formellement autonomes. Pourtant, la manière dont le parti se construit doit lui permettre de savoir (au sens d’en avoir la certitude) comment les organisations déployant son ARM réagiront lorsque seront assumées de nouvelles formes d’action (la propagande armée et la guerre populaire). Nous croyons, par exemple, que le Revolutionary Student Movement (RSM) fondé par les opportunistes fera tout en son pouvoir pour se distancier publiquement de ces nouvelles formes d’action. Ainsi, les opportunistes placent devant eux un préalable stratégique supplémentaire qui est de convaincre le RSM d’agir pour supporter ces nouvelles formes d’action, alors que la tâche urgente est de convaincre les larges masses de la nécessité de la révolution.

Pour atteindre cet objectif, le parti doit disposer judicieusement ses forces au sein des grands groupes du prolétariat et des divers mouvements réels, forces sur lesquelles il doit avoir un contrôle centralisé et rapproché. Au contraire, mettre en place une organisation sur laquelle on décide soi-même de ne pas avoir de direction centralisée, c’est choisir de ne pas tenir compte des obstacles réels et concrets qui guetteront les révolutionnaires dans les prochaines années. Ainsi, les opportunistes optent consciemment pour une avenue qui les met à l’abri des problèmes induits par une pratique révolutionnaire conséquente. Les organisations qu’ils construisent sont configurées pour servir de prétexte au rejet de nouvelles formes d’action. Considérant que les simples manifestations combatives que nous menons actuellement sont décriées par les opportunistes comme aventuristes et contre-productives, nous n’osons pas imaginer comment seront qualifiées des formes de combat plus percutantes! Bien entendu, nous reconnaissons la nécessité de la direction politique et de l’influence générale des communistes sur les masses. Nous rejetons, par le fait même, les méthodes de direction bureaucratiques. Par contre, cette persuasion et cette influence générale doivent être celles du parti sur les larges masses et non sur ses propres forces! Toutes les cellules et organisations, tous les comités et dispositifs que le parti met en place doivent être soumis au plus grand centralisme dans l’action. Évidemment, cette soumission doit être consciente et volontaire. Prétendre que notre parti est incapable d’exercer une direction politique revient à dire que nos militantEs se soumettent à cette discipline sans être convaincuEs politiquement de son bien-fondé, ce qui, considérant l’ensemble des dangers que la révolution comporte, est un non-sens. De plus, il est absurde de penser que des communistes, dans un pays capitaliste avancé, au sein de démocraties bourgeoises éprouvées, peuvent parvenir à organiser, comme nous le faisons, des manifestations attaquant la bourgeoisie sans être liéEs aux masses et sans exercer une véritable direction politique.

Tenir des manifestations révolutionnaires et combatives, comme nous le faisons le 8 mars, le 1er mai et à bien d’autres occasions, est déjà en soi une façon d’exercer une direction politique sur les masses. Dans cette pratique particulière d’ARM, nous tentons de faire converger une partie des masses vers un événement politiquement marquant dans la lutte des classes. Un tel exercice requiert, au préalable, une préparation au sein des masses, une action permanente dans les quartiers populaires et dans les zones ouvrières. Une des plus grandes leçons actuelles du mouvement maoïste au Canada est qu’il est possible de tenir ce type de manifestation partout au pays, dans tous ses grands centres économiques, tant et aussi longtemps que le travail politique préparatoire est accompli et qu’on accepte de payer de sa personne.

La capacité à tenir des manifestations combatives est le résultat d’une liaison révolutionnaire permanente avec les masses. Pour justifier lâchement qu’ils ne se prêtent pas à ce type de manifestation, les opportunistes clament que la conjoncture politique au Québec est objectivement différente de celle prévalant dans le reste du Canada. À vrai dire, il n’existe pas une différence de période historique ou encore une différence dans les conditions objectives générales entre le Québec et le reste du pays. L’unique différence réside dans le travail révolutionnaire véritable et permanent de notre parti au sein des masses qui permet de réaliser ce type de manifestation! En vérité, c’est dans la rue, dans l’affrontement, qu’on valide la direction politique sur les masses acquise au fil du temps. De plus, il est important de reconnaître que ces manifestations révolutionnaires sont une forme de lutte qui donne à la direction politique du parti de la crédibilité auprès de la classe ouvrière. Par exemple, l’action menée contre le siège social de Bombardier à l’occasion du 1er mai 2017 nous a permis de gagner une direction sur les travailleuses et travailleurs qui considéraient déjà les dirigeants de cette entreprise comme des ennemis du peuple et qui revendiquaient qu’on agisse contre eux. Que cette direction soit encore émergente, que nous en soyons encore à nos premiers pas dans ce type d’actions et que nous n’ayons pas encore la capacité de les faire connaître partout et abondamment ne signifie pas que les initiatives de ce genre ne sont pas à propos!

Ces manifestations combatives ne sont qu’un moyen parmi d’autres de concrétiser une conception de l’ARM, c’est-à-dire une manière de se lier activement avec les masses et de les entraîner à l’action. À présent, il faut développer d’autres façons concrètes et systématiques de mettre en action cette conception de l’ARM et plus particulièrement de la diriger vers la classe ouvrière. La prise en charge de l’ARM doit trouver une solution pratique au cours des prochains mois et des prochaines années. Cette prise en charge ininterrompue implique des tactiques différentes pour chaque étape de notre progression. L’étape actuelle de cette progression contrôlée qu’on appelle le Mouvement révolutionnaire ouvrier (MRO), est de surmonter le premier niveau de difficulté qui confine les révolutionnaires dans une présence encore essentiellement extérieure au mouvement ouvrier. Sortir de ce confinement doit permettre d’entamer une action au niveau des industries et des syndicats. Le moment où le parti parvient à avoir un fort ensemble de noyaux communistes à l’intérieur des usines marque la dernière étape de ce processus, car c’est le niveau de liaison le plus difficile à atteindre: il est complètement à l’intérieur du mouvement et de la réalité de la classe ouvrière. Cette étape coïncide avec le déclenchement de la guerre populaire, car le parti est parvenu à maîtriser les différentes dimensions de progression de l’action au sein du mouvement ouvrier réel (de l’extérieur vers l’intérieur; des zones ouvrières aux différentes industries, syndicats et usines).

Le déclenchement de la guerre populaire est une initiative politico-militaire permettant de prendre l’initiative dans la lutte des classes et de préserver les acquis (tels que les incontournables noyaux communistes) durement gagnés au cours de nombreuses années de lutte. C’est une leçon que l’histoire nous apprend durement: il est impossible d’accumuler et de conserver des forces révolutionnaires sans les mettre en action, sans combattre et affronter l’ennemi! C’est, par exemple, cette conception qui est à l’origine de l’expérience de la militarisation du parti au Pérou. Toute autre perspective sur l’accumulation des forces revient à liquider des forces révolutionnaires grandissantes en les confinant dans des formes de lutte permises par la démocratie bourgeoise et sa légalité.

Objectivement, toutes les forces révolutionnaires au Canada sont à l’étape de sortir du confinement extérieur au mouvement ouvrier. L’arrogance des opportunistes les empêche de le reconnaître; c’est pourquoi ils se permettent de nous critiquer en disant que nous sommes isoléEs des masses (alors que dans les faits, ce sont eux qui sont complètement coupés de la classe ouvrière!). Certes, à ce jour, le PCR a réussi à rallier et à organiser des ouvrières et ouvriers, à déployer une propagande et une action révolutionnaire parmi la classe, mais la progression stratégique du MRO n’est qu’au début de son processus, ce qui est parfaitement normal pour l’étape actuelle de préparation de la guerre populaire au Canada. Ce qui est anormal, c’est de faire comme les opportunistes canadiens et de n’entreprendre aucun travail vers la classe ouvrière, et ce, tout en s’imaginant qu’adopter une perspective stratégique économiste et que créer artificiellement des liens syndicaux et réformistes avec les ouvrières et ouvriers (liens qui existent déjà par milliers dans la société bourgeoise) permettra de court-circuiter cette nécessaire progression méthodique. Dans la pratique, à maintes reprises, il a été prouvé que ce type de liens est inutile dans notre conjoncture. L’ensemble des liaisons produites par le mouvement spontané sont, et seront toujours, incapables de répondre aux tâches stratégiques que requiert le déclenchement de la guerre populaire.

Le léninisme enseigne que le parti doit parvenir à développer l’ensemble des maillons – c’est-à-dire des formes concrètes de pratique et d’organisation – de la chaîne reliant l’avant-garde au prolétariat. Dans la période historique actuelle, dans les pays impérialistes, c’est le parti communiste qui est le maillon le plus faible de cette chaîne. La démocratie bourgeoise a rapatrié vers elle une grande partie des forces politiques sur lesquelles, à une époque antérieure, les avant-gardes pouvaient compter, ce qui fait que le groupe de départ est aujourd’hui réduit en nombre, en capacités et en ressources. La démocratie bourgeoise a légalisé l’ensemble des anciens maillons historiques spontanés (syndicats, associations, etc.) organisant et reliant les prolétaires entre eux. Au contraire, la seule et unique forme que la démocratie bourgeoise ne peut jamais tolérer est la forme parti! Vouloir recopier des liens permis, dominants, réformistes et économistes en leur collant les étiquettes «rouge» ou «révolutionnaire» revient, qu’on le veuille ou non, à renforcer le mouvement historique spontané qui affaiblit le parti. La dernière chose dont ce dernier a besoin, c’est d’un nouvel intermédiaire entre lui et les masses, renforçant, par le fait même, son état d’isolement déjà produit par la démocratie bourgeoise!

Les opportunistes ne considèrent ni la période historique ayant vu naître des syndicats révolutionnaires, ni la base matérielle qui les génèrent. Pour notre part, nous considérons que c’est la guerre populaire qui, le temps venu, oblige l’ensemble des organisations existantes à se positionner face à la montée vers le pouvoir de la classe ouvrière. C’est seulement dans ce contexte qu’il est possible de parler de syndicats révolutionnaires, c’est-à-dire de l’ensemble des syndicats qui appuient la montée vers le pouvoir. Penser que les syndicats peuvent, dans la période qui précède, constituer autre chose que des outils de défense économique plus ou moins efficaces revient à leur attribuer des tâches qui sont celles du parti!

L’existence des syndicats révolutionnaires dans l’histoire a été le produit de la prise du pouvoir en Russie, prise du pouvoir qui a ouvert une nouvelle période historique et qui a lancé un vaste mouvement de montée vers le pouvoir sur la Terre entière. C’est ce mouvement qui a constitué la base matérielle sur laquelle se sont développés des syndicats révolutionnaires au début du XXe siècle. Aussi, dans l’histoire récente, le fait que des syndicats révolutionnaires aient vu le jour dans des pays comme le Pérou et le Népal a été le résultat de guerres populaires obligeant les organisations existantes à se positionner en faveur ou en défaveur de la révolution.

C’est la période historique qui détermine la combativité des organisations. C’est la puissance du mouvement révolutionnaire qui permet aux communistes d’unir l’ensemble des organisations existantes autour d’eux et elles. C’est la tâche des révolutionnaires de lutter pour le positionnement en faveur de la révolution et de construire un front uni autour du parti communiste. Cette tâche commence dès aujourd’hui en développant des séquences d’ARM permanente de plus en plus fortes au sein des masses et en développant les petits mouvements du parti au sein des grands mouvements. Le parti complet donne l’impulsion révolutionnaire et ses petits mouvements en constituent la caisse de résonance quotidienne. Vouloir organiser des syndicats révolutionnaires aujourd’hui consiste à qualifier de révolutionnaire un projet purement économiste. Dans les faits, en tentant de développer des syndicats révolutionnaires (qui n’ont de révolutionnaire que le nom), les opportunistes vont se retrouver, face aux résultats de leur pratique, devant la nécessité de choisir entre devenir sans ambiguïté un petit parti économiste, ou se transformer en un véritable syndicat.

Les formes objectives unifient l’expérience directe et indirecte du prolétariat international

Notre mouvement maoïste est actuellement faible et éclaté. C’est comme si la longue série de luttes, de transformations et d’avancées ayant marqué les deux derniers siècles n’avait jamais eu lieu. Nous subissons, malgré nous, une impression de retour à la case départ, comme si le prolétariat n’avait jamais tenu entre ses mains le pouvoir d’État, comme si les communistes n’avaient pas façonné le monde tel qu’il existe aujourd’hui en dirigeant l’ensemble de l’action historique et politique de notre classe. Pour se débarrasser de cette illusion, il faut assimiler l’expérience révolutionnaire indirecte. La profondeur et la force de ce patrimoine offrent toute la clarté nécessaire en matière de principes, de stratégie et d’action révolutionnaire. Sans cette assimilation, nous sommes condamnéEs à élaborer, comme les opportunistes canadiens, des propositions politiques métaphysiques et idéalistes ou encore à copier les idées réactionnaires de la petite-bourgeoisie postmoderne.

Une des contradictions que le mouvement communiste doit résoudre est le déphasage entre sa faiblesse actuelle et la richesse de son expérience accumulée. Il faut s’accrocher au fil reliant les débuts du marxisme et du mouvement ouvrier à aujourd’hui. C’est ce fil conducteur de la lutte des classes que le révisionnisme tente de nous faire perdre. Sans surprise, le révisionnisme rejette ce qui est au cœur de toute l’expérience communiste: la confrontation physique et armée avec la bourgeoisie. Les révisionnistes refusent de sortir de la sphère idéologique et réformiste, à l’instar des mencheviks, des sociaux-démocrates, des franges de droite des partis de la 3e Internationale et des organisations révisionnistes depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ce qui rend possible la fusion de l’expérience directe (celle qu’on acquiert soi-même en luttant pour transformer le monde) et de l’expérience indirecte (celle qui est accumulée historiquement et internationalement), c’est le fait que le communisme constitue, depuis son émergence, un seul et même mouvement tendant à transformer la réalité matérielle. C’est parce que nous luttons matériellement contre la situation qui prévaut aujourd’hui qu’il nous est possible d’assimiler, de métaboliser et de synthétiser l’expérience indirecte des révolutionnaires et du prolétariat international. C’est en participant à la révolution et en construisant le parti dans son propre pays qu’on crée la base matérielle permettant de faire fusionner l’expérience indirecte avec la pratique concrètement déployée. Voilà le premier principe de l’action communiste réelle. La base matérielle de la ligne politique du PCR a été la fusion du maoïsme avec l’état de la révolution au Canada au XXIe siècle. Autrement dit, au moment de notre fondation, nous avons anticipé les centres de gravité qui doivent se succéder dans le développement d’un parti comme le nôtre se construisant dans un bastion de la réaction impérialiste.

Les formes objectives d’action révolutionnaire au cœur de l’histoire de notre mouvement

Le rapport des différentes formes objectives entre elles

Aujourd’hui, un parti communiste révolutionnaire doit envisager l’accumulation pratique de forces en fonction de la progression stratégique vers le déclenchement de la guerre populaire. Nous examinons cette question à travers trois prismes:

a) L’unité nécessaire de toutes les formes de lutte pour porter un mouvement révolutionnaire au pouvoir;

b) La question du centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction d’un parti communiste et de la progression stratégique vers la guerre populaire;

c) La guerre populaire comme élément fondamental du maoïsme, comme défi principal de notre période historique, unifiant l’ensemble de la pratique révolutionnaire et totalisant le processus révolutionnaire.

L’unité nécessaire de toutes les formes de lutte pour porter un mouvement révolutionnaire au pouvoir

Au XXe siècle, jamais un parti prolétarien n’est parvenu à prendre le pouvoir sans prendre en charge l’ensemble des formes de lutte existant à son époque. À cet effet, la révolution d’Octobre nous apprend que la construction et le développement des outils du prolétariat révolutionnaire ne se fait pas selon une progression verticale et grâce à une disposition de forces à un seul et unique endroit. Au contraire, c’est en multipliant, complétant et unissant, à travers le temps et l’espace, les combats et les initiatives politiques qu’on parvient à renverser l’État réactionnaire. Plus encore, le léninisme nous apprend qu’un parti ouvrier n’est pas la simple addition de groupes circonscrits aux limites d’une usine ou d’une localité. La proposition révolutionnaire d’un parti ouvrier doit être propulsée très loin et propagée partout dans le peuple. C’est le gage de l’unité réelle sur laquelle se fonde une organisation luttant activement pour la révolution.

Un parti communiste est tout sauf une fédération, un ensemble mécanique et inorganique de révolutionnaires disparates. L’avant-garde fait la synthèse politique des acquis d’une classe sociale. C’est l’ensemble des combats historiques du prolétariat qui est ainsi unifié dans la construction d’un parti révolutionnaire. C’est cette synthèse qui permet de développer la force politique nécessaire au peuple pour vaincre un ennemi fort et puissant. Ainsi seulement, l’action révolutionnaire est pérennisée et le processus d’accumulation des forces n’est pas à recommencer indéfiniment. Au contraire, lorsque son expérience est fractionnée et désorganisée, le prolétariat demeure à jamais condamné à la défaite.

La relation qu’entretiennent la propagande et l’action révolutionnaire nous permet de constater, même à petite échelle, à quel point l’unité des formes d’action produit un résultat plus grand que chacune d’elles prises isolément. Reprenons l’exemple des manifestations révolutionnaires du 1er mai. Lorsque nous développons l’ARM dans un centre économique de la bourgeoisie et que nous faisons ensuite résonner l’action au sein de la classe ouvrière, notre propagande acquière une force supérieure. En faisant connaître largement l’action, en montrant qu’elle est juste et en expliquant comment la reproduire de manière encore plus forte, nous répandons l’idée qu’il est concrètement possible, à terme, de vaincre la bourgeoisie. De la même façon, nous venons offrir un rayonnement qualitativement plus grand à notre ARM, qui, sans la propagande, resterait confinée dans la mémoire des travailleurs et des travailleuses y ayant directement participé ou y ayant assisté. Cet effet doit se décupler à mesure que les formes d’action utilisées se développent et que le nombre de prolétaires entrant en action sous les mots d’ordre du parti s’accroît.

Il est impossible de faire chuter une classe sociale et son État réactionnaire sans déployer une lutte longue, acharnée et disciplinée. Il n’existe aucun moyen d’action qui, à lui seul, est capable de vaincre la bourgeoisie, c’est-à-dire de la désarmer, de détruire progressivement son État, de l’isoler politiquement, de faire tomber les masques de la démocratie bourgeoise et de saper ses capacités d’action et d’initiative. Ce n’est que l’unité de tous les moyens disponibles qui permet au peuple de se libérer et de conquérir le pouvoir politique à travers un processus contrôlé et préparé.

La question du centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction d’un parti communiste et de la progression stratégique vers la guerre populaire

◆ L’exemple du bilan de l’insurrection de Moscou en 1905

À chaque fois que des nouvelles formes concrètes de la pratique révolutionnaire émergent dans l’histoire, elles provoquent des remous au sein du mouvement communiste et elles obligent les organisations à les assumer ou non. Les nouvelles formes de lutte qui apparaissent lors de la Révolution russe font, à l’époque, l’objet de débats qui encore aujourd’hui sont riches d’enseignements. L’insurrection de Moscou à la fin de 1905 est le point de bascule de la montée révolutionnaire. Son échec marque le début du reflux qui suit en 1906 et la défaite de la première Révolution russe. Le bilan de cette expérience conduit à un débat intense entre les bolchéviks et les mencheviks. Ce qui est en jeu, c’est le développement ou non de la lutte en guerre civile. Les bolcheviks, avec Lénine en tête, défendent l’émergence d’une nouvelle forme de lutte dans l’insurrection de Moscou, qu’ils caractérisent de lutte de partisans. Les mencheviks, quant à eux, défendent qu’il s’agit du retour aux barricades – connues en Europe quelques décennies auparavant – dans le contexte russe.

La guerre civile, telle que la conçoit Lénine, est reconnue par une partie des forces révolutionnaires depuis que Marx et Engels ont fait le bilan des révolutions bourgeoises et des révolutions défaites en Europe. Engels développe l’idée selon laquelle l’ancienne tactique des barricades est désormais révolue en tant que moyen principal pour renverser le pouvoir réactionnaire, et ce, en raison du progrès technique et militaire que connaît la société. La tactique des barricades est une forme de lutte qui n’est fonctionnelle que dans la mesure où la grande majorité du peuple affronte une infime minorité d’oppresseurs. Au contraire, toujours selon Engels, le cadre contemporain de la révolution est celui d’une guerre civile dans laquelle la lutte armée et le combat pour unir des forces autour de soi acquièrent une grande importance stratégique. Les combats armés menés par des petits regroupements de partisans lors de la Révolution russe constituent une nouvelle forme de lutte, adaptée aux nouvelles circonstances. Lénine défend que les combats de rue, lors de l’insurrection, sont constitutifs de la guerre civile entre les classes en Russie. Les mencheviks, de leur côté, nient cette expérience ou la qualifient d’improductive, soutenant qu’elle est digne des pires pratiques anarchistes. L’une des interventions les plus importantes de Lénine à ce sujet est contenue dans le texte La guerre des partisans. En voici un court extrait:

«Commençons par le commencement. Quelles exigences essentielles doit présenter un marxiste dans l’examen de la question des formes de lutte?

En premier lieu, le marxisme diffère de toutes les formes primitives du socialisme en ce qu’il ne rattache pas le mouvement à quelque forme de combat unique et déterminée. Il admet les méthodes de lutte les plus variées, et il ne les “invente” pas, il se borne à généraliser, organiser, rendre conscientes les formes de lutte des classes révolutionnaires, qui surgissent spontanément dans le cours même du mouvement.

Absolument hostile à toutes les formules abstraites, à toutes les recettes de doctrinaires, le marxisme veut que l’on considère attentivement la lutte de masse qui se déroule et qui, au fur et à mesure du développement du mouvement, des progrès de la conscience des masses, de l’aggravation des crises économiques et politiques, fait naître sans cesse de nouveaux procédés, de plus en plus variés, de défense et d’attaque.

C’est pourquoi le marxisme ne répudie d’une façon absolue aucune forme de lutte.

En aucun cas, il n’entend se limiter aux formes de lutte possibles et existantes dans un moment donné; il reconnaît qu’un changement de la conjoncture sociale entraînera inévitablement l’apparition de nouvelles formes de lutte, encore inconnues aux militants de la période donnée.

Le marxisme, sous ce rapport, s’instruit, si l’on peut dire, à l’école pratique des masses; il est loin de prétendre faire la leçon aux masses en leur proposant des formes de lutte imaginées par des “fabricants de systèmes” dans leur cabinet de travail.

Nous savons, disait par exemple Kautsky, examinant les formes de la révolution sociale, que la crise imminente nous apportera de nouvelles formes de lutte que nous ne pouvons prévoir actuellement.

En second lieu, le marxisme exige absolument que la question des formes de lutte soit envisagée sous son aspect historique.

Poser cette question en dehors des circonstances historiques, concrètes, c’est ignorer l’a b c du matérialisme dialectique.

À des moments distincts de l’évolution économique, en fonction des diverses conditions dans la situation politique, dans les cultures nationales, dans les conditions d’existence, etc., différentes formes de lutte se hissent au premier plan, deviennent les principales, et, par suite, les formes secondaires, accessoires, se modifient à leur tour.

Essayer de répondre par oui ou par non, quand la question se pose d’apprécier un moyen déterminé de lutte, sans examiner en détail les circonstances concrètes du mouvement au degré de développement qu’il a atteint, ce serait abandonner complètement le terrain marxiste.

Tels sont les deux principes théoriques essentiels qui doivent nous guider.»

Dans ce texte, Lénine nous rappelle deux principes théoriques fondamentaux. Les révolutionnaires doivent totaliser les formes de luttes (refuser le combat unique, admettre les formes les plus variées, n’en répudier aucune) et doivent les apprécier selon le centre de gravité de la lutte. L’appréciation politique des formes et des moyens de combat n’est pas abstraite. C’est une question de conjoncture et de circonstances concrètes. Le centre de gravité de la lutte est le terme depuis longtemps utilisé par les révolutionnaires pour désigner le problème prioritaire à résoudre dans la lutte des classes, celui empêchant une accumulation durable de forces révolutionnaires. C’est autour de cette question principale que tous les autres problèmes secondaires viennent graviter et s’organiser. Par exemple, la propagande a une importance prépondérante au début d’un processus révolutionnaire. Par contre, à terme, comme toutes les autres formes d’action, elle vient se réorganiser autour de la lutte armée. L’importance de la propagande ne disparaît pas au cours de la révolution, mais ses objectifs et ses conséquences se transforment à mesure que progresse la classe ouvrière vers le pouvoir.

Dans la même lignée, pendant la genèse de la Révolution bolchévique, Lénine critique la pratique du terrorisme anarchiste (une prise en charge non-reproductible, non contrôlée et isolée des masses de moyens armés). Lénine considère cette forme de lutte comme étrangère à la conjoncture qui requiert plutôt une forte action propagandiste classique. Il analyse les problèmes de la révolution en Russie pour définir le centre de gravité de celle-ci – la nécessité d’un organisateur collectif pour mener, entre autres, la lutte contre les économistes sur les questions de tactique et d’ARM –, et ce, dans le but d’unifier politiquement les révolutionnaires autour d’une action cohérente et durable. Cette analyse située dans le temps n’a pas rejeté pour l’éternité l’utilisation de moyens armés, mais l’a reportée à une étape ultérieure du développement de la révolution. À cette étape, le centre de gravité exige l’utilisation généralisée et dirigée de moyens armés – soit tout le contraire des actes anarchistes isolés, complètement extérieurs à une pratique d’action révolutionnaire parmi les masses.

◆ Le centre de gravité de la lutte dans le cadre de la construction du parti de la guerre populaire

Pour unifier aujourd’hui les dimensions objectives de la pratique et les différents moyens de combattre, il faut les replacer dans le cadre de la période historique, complexe et féconde, de préparation politique et stratégique de la guerre populaire. Il faut revenir aux deux principes léninistes qui sont de totaliser l’ensemble des formes de lutte et de maîtriser la question des centres de gravité successifs dans la progression révolutionnaire. Dans la période actuelle, le parti se construit concentriquement à travers les grandes initiatives et offensives politiques ainsi qu’à travers une prise en charge de plus en plus complète des différentes formes d’action révolutionnaire. Les centres de gravité sont les grands maillons de la chaîne reliant le moment où se constitue le premier noyau du parti au déclenchement de la guerre populaire. Ils ne sont pas déterminés par les aléas du mouvement spontané, mais plutôt par les besoins de la lutte armée.

Le prolétariat international a accumulé une expérience indirecte riche. Nous ne sommes pas à la case départ. Nous avons à notre disposition un patrimoine de moyens de combattre. Contrairement à aujourd’hui, ce patrimoine commençait tout juste à s’accumuler au début du XXe siècle; il fallait batailler pour faire des propositions nouvelles à des révolutionnaires encore frileux! Ne pas reconnaître cet héritage, c’est aller dans le sens contraire de l’histoire, c’est rejeter des acquis politiques! Les révolutionnaires n’ont pas à attendre sagement et passivement que dans la lutte des masses émergent spontanément et durablement l’ensemble des formes de luttes que nous avons déjà connues dans l’histoire avant de se permettre de les utiliser! Au contraire, la tâche des révolutionnaires est de propager le maoïsme et d’introduire l’expérience indirecte révolutionnaire au sein des masses et de leurs mouvements. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas attentifs et attentives aux nouvelles propositions qui peuvent encore émerger de la lutte des masses! Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas le devoir, en tant qu’avant-garde, de continuer d’examiner les différentes façons de combattre et de résister du prolétariat! Cela signifie que nous avons le rôle historique de reprendre le fil conducteur du mouvement communiste pour le faire fusionner avec les masses et les nouvelles pratiques qu’elles développent!

La guerre populaire totalise et unifie les formes objectives d’action révolutionnaire

La guerre populaire est l’élément fondamental du maoïsme et sa réalisation est la tâche principale de notre période historique. Toutes les autres questions sont reliées, de près ou de loin, à son déclenchement et à sa progression jusqu’à la prise du pouvoir. C’est la guerre populaire qui totalise le processus révolutionnaire actuel et l’ensemble de la pratique révolutionnaire accumulée à ce jour.

Au Canada, dans l’histoire du mouvement ouvrier, les trois premières formes objectives ont une existence spontanée. Leur émergence, même embryonnaire et confuse dans ses objectifs, nous oblige à les assumer. Par exemple, il y a quelques années au Québec, des prolétaires en grève se sont mis à saboter les câbles appartenant à leur employeur, Vidéotron. Plus récemment, lors de la grève illégale des grutiers, une grue appartenant à un capitaliste de la construction a été incendiée. Que le parti ait prévu ou non les actions des masses qui résistent spontanément au capitalisme, il doit en tenir compte, les défendre et chercher à les diriger. La propagande classique, l’action révolutionnaire des masses et la propagande armée peuvent apparaître spontanément. Par contre, la guerre populaire doit absolument être déclenchée par une avant-garde. C’est une distinction fondamentale. Aucune guerre populaire dans l’histoire n’a été le résultat spontané de la lutte des classes. Elles ont toutes été le produit de l’action révolutionnaire des avant-gardes. Elles sont difficiles à initier, car elles marquent le début de l’affrontement armé, de la montée de la classe ouvrière vers le pouvoir et de l’activité acharnée des exploitéEs pour anéantir leur adversaire. Le déclenchement de la guerre populaire au Canada ne sera pas un évènement secondaire et imperceptible. Pour y parvenir, le parti doit agir conséquemment dans la lutte des classes.

Le rôle du parti est de diriger le déclenchement de la GPP tout en persévérant dans l’action révolutionnaire. Ce n’est pas une tâche insurmontable. C’est un objectif qui ne doit pas terroriser les révolutionnaires. Par contre, sans un parti qui accumule et centralise des forces, ce processus est impossible à initier. Déclencher la guerre populaire exige du parti qu’il assume l’ensemble des moyens pouvant être utilisés subjectivement à son avantage. De la même manière, la préservation des forces révolutionnaires et la pérennisation de l’action révolutionnaire exigent l’initiation d’une guerre contre l’État bourgeois. Le déclenchement de la guerre permet de continuer d’accumuler des forces en combattant l’ennemi à un moment où les forces révolutionnaires sont encore trop faibles pour conquérir immédiatement le pouvoir d’État. La guerre populaire permet à une force politique voulant renverser la bourgeoisie de se développer en affaiblissant son adversaire. Sans assumer la guerre populaire, il est impossible de construire un parti communiste qui ne tombe pas dans l’opportunisme ou qui ne cherche pas à préserver ses forces avec des moyens tolérés par la bourgeoisie.

Assumer ou refuser l’héritage révolutionnaire

Faire la révolution est un processus vivant, complexe, marqué de flux et de reflux, de victoires et de défaites, d’essais et d’erreurs. Nous considérons que la notion de forme objective d’action révolutionnaire est un outil important pour y voir plus clair et pour maîtriser consciemment le processus révolutionnaire. Elle permet, dans une conjoncture concrète, d’évaluer notre pratique, de la nommer et de la soumettre à l’examen de l’histoire. Les formes historiques d’action révolutionnaire ne sont pas un simple vestige du passé. Elles ne sont pas des outils métaphysiques. Elles découlent de la réalité pratique de la révolution et de sa progression. Elles sont constitutives de la réalité actuelle de la lutte des classes. Chacune d’entre elles est liée à une question politique actuelle sur laquelle un parti communiste doit prendre position. Elles représentent une arme redoutable pour les révolutionnaires et un danger pour la bourgeoisie. La prise en charge des différentes formes est une question pratique de séquence et de progression et non pas de volonté subjective. Elle met en rapport la construction du parti et la vitesse avec laquelle il métabolise les différents aspects de la lutte révolutionnaire. Elle permet de solutionner concrètement les problèmes politiques et organisationnels.

La question n’est pas d’accepter ou de refuser une forme ou une autre, car cela reviendrait à accepter ou refuser l’héritage du prolétariat international. La question est de déterminer comment un petit groupe de communistes peut aujourd’hui solutionner dans la pratique l’ensemble des problèmes posés par la prise en charge de toutes les formes objectives d’action révolutionnaire afin de permettre à la classe ouvrière d’entamer une nouvelle montée vers le pouvoir.

Sur les Procès de Moscou

Dans le dixième Congrès du parti, Lénine avait proposé une interdiction sur les groupements de factions à l’intérieur du parti alors qu’ils allaient à l’encontre des principes d’organisation du bolchevisme, le centralisme démocratique. Le centralisme démocratique signifie que, dans un sujet donné, tout le monde a la liberté d’expression pour exprimer son opinion, mais une fois qu’une décision est atteinte, tout le monde doit respecter la règle de la majorité. Si après avoir perdu le débat sur une question donnée, un groupement de factions continuait à insister sur sa propre politique, malgré la majorité du parti qui décidait contre elle, ils seraient probablement expulsés du parti. Soit accepter les principes du parti ou être expulsé.

«Dans la lutte pratique contre le factionalisme, toute organisation du parti doit prendre des mesures strictes pour empêcher toutes les actions de factions… d’assurer une discipline stricte au sein du parti et dans tous les travaux soviétiques et de garantir l’unanimité maximale dans l’élimination de tous les factionalism…  »

– Lénine, « Summing-up discours sur l’unité du parti et la déviation anarcho-syndicaliste »

L’interdiction de Lénine sur les factions a conduit à la suppression de divers types d’activités de faction des syndicalistes, des trotskistes et du parti communiste gauche dirigé par Bukharin et d’autres groupes. Ces groupements ont été forcés d’accepter le centralisme démocratique et la discipline de parti s’ils voulaient rester dans le parti.

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(O.V.)

In the 10th Party Congress Lenin had proposed a ban on factional groupings inside the party as they went against the organizing principles of Bolshevism, Democratic Centralism. Democratic Centralism means that in any given topic everyone has freedom of speech to express their opinion, but once a decision is reached everyone must uphold the rule of the majority. If after having lost the debate on a given issue a factional grouping still continued to insist on their own policy despite the party majority deciding against it they would probably be expelled from the party. Either accept the Party’s principles or be expelled.

“In the practical struggle against factionalism, every organisation of the Party must take strict measures to prevent all factional actions… ensure strict discipline within the Party and in all Soviet work and to secure the maximum unanimity in eliminating all factionalism…”

–Lenin, “Summing-Up Speech On Party Unity And The Anarcho-Syndicalist Deviation”

Lenin’s ban on factions led to the suppression of various kinds of factional activities from the Syndicalists, Trotskyists and the Left-Communist Faction led by Bukharin and other groups. These groupings were forced to accept Democratic Centralism & party discipline if they wanted to stay in the party.

Source: https://mltheory.wordpress.com/2017/07/11/the-moscow-trials-part-1-the-investigation/ 

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Les procès de Moscou – Les investigations (Première partie)

LES PROCÈS DE MOSCOU – PROCÉDURES JUDICIAIRES (Deuxième partie)

Les Grandes Purges – Le Massacre de STALINE?

LA CORÉE DU NORD : DICTATURE TOTALITAIRE OU ELDORADO SOCIALISTE ?

L’objectif de la série d’articles que nous allons publier dans les temps à venir n’est pas de retracer toute l’histoire de la Corée du Nord. Il ne s’agit pas non plus de défaire un à un tous les mensonges propagandistes ou toutes les bêtises naïves à l’encontre de ce pays. L’enjeu n’est pas non plus de montrer un « bon visage » de la Corée, et encore moins de prouver qu’il s’agit du socialisme accompli.

Il s’agit davantage de poser une question : quel regard portons nous sur la République populaire démocratique de Corée ? Ce questionnement est particulièrement pertinent lorsque l’on aborde des sujets brûlants tels que le socialisme ou la lutte anti-impérialiste (deux sujets intimement liés à la Corée).

Souvent, ce regard dépend davantage du fantasme, du conditionnement, et osons le dire, de la propagande, que de l’analyse concrète d’une situation concrète. Le cas coréen est caricatural de ce biais idéologique que subissent les expériences socialistes et les pays victimes de l’impérialisme. Si le discours que les communistes tiennent en défense de ces pays peut parfois paraître brut, c’est qu’il répond, avec une volonté de « tordre le bâton dans l’autre sens », à une vision dominante malhonnête, naïve et souvent fausse.

En plus d’être un adversaire stratégique et idéologique du mode de production capitaliste, ce pays est géographiquement, culturellement et historiquement éloigné de nous. La Corée du Nord avait tout pour être le « rogue state » parfait. Il s’agirait un pays étrange, replié sur lui même et dirigé par un dictateur fou et manipulateur. Sa folie sanguinaire pourrait nous plonger dans la guerre nucléaire à tout moment. Même si ils ne le savent pas, les Coréens sont dans l’attente d’un sauveur, car personne ne pourrait rationnellement aimer vivre dans ce pays, ou pire : en être fier !

Nous allons essayer de poser un regard différent sur la République populaire démocratique de Corée. Notre but va être de savoir ce qu’est la RPDC, de comprendre pourquoi est-elle ainsi, et de proposer quelques pistes quant à la posture pratique et théorique à adopter.

Nous souhaitons commencer cette série d’articles en abordant l’une des périodes historiques les plus décisives pour comprendre la situation actuelle. Celle-ci commence avec la libération de la péninsule et aboutit à la division coréenne. Sa connaissance est essentielle pour comprendre les différents développements politique, économique, idéologique et militaire vers lesquels vont s’orienter les deux Corée.

 

L’élan populaire de la libération.

En 1905, le Japon concrétise ses ambitions impériales sur la Corée en y établissant un protectorat. La sujétion coloniale est impitoyable, et la résistance à l’envahisseur cristallise la thématique de l’indépendance nationale comme étant la préoccupation majeure des Coréens durant les décennies à venir.

À la libération, le contexte national et international est très tendu. La question du sort réservé aux Japonais, aux élites collaboratrices et aux grands propriétaires terriens occupe l’esprit des masses laborieuses coréennes. À l’inverse, les élites engraissées durant l’occupation cherchent à maintenir leur domination malgré l’élan populaire qui suit l’indépendance de la Corée.

Pour des raisons géographiques et politiques, la Corée est également confrontée aux ambitions de grandes puissances. Il s’agit notamment d’un enjeu crucial pour la puissance étasunienne, mise en difficulté par une Asie s’orientant massivement (autant pour l’ampleur du phénomène que pour son caractère de masse) vers le socialisme.

Lorsque débute l’invasion soviétique de la Mandchourie, le 9 août 1945, l’administration coloniale japonaise délaisse la Corée. Les Coréens s’organisent dans des comités populaires et locaux. Ceux-ci, principalement composés de paysans (qui représentent la grande majorité du pays), ont été le théâtre d’une ébullition émancipatrice pour les masses, les femmes et les jeunes comme la Corée n’en avait jamais connu. Les comités avaient pour points communs de vouloir épurer l’administration des Japonais et des collaborateurs. La réforme agraire et la redistribution des terres des grands propriétaires terriens comptaient parmi les préoccupations essentielles. Les comités sont aussi largement en faveur d’une politique de nationalisation de l’industrie (celle-ci s’était développée durant le protectorat japonais).

La Corée des comités populaires demeurait cependant une Corée sous occupation. Au nord, l’Armée rouge avait pulvérisé les forces japonaises et forcé la capitulation prononcée par l’empereur Hirohito le 15 août 1945. Les armées soviétiques ne descendent cependant pas au-delà du 38e parallèle, limite fixée au préalable pour définir les zones d’influence soviétique et américaine. Cette limite n’avait alors pas vocation à devenir une frontière imperméable, et encore moins une ligne de front. Décidée par les Américains et acceptée par les Soviétiques sans consultation des Coréens, cette ligne est une construction fictive et arbitraire sans aucun rapport avec la réalité coréenne.

 

L’occupation soviétique de la Corée du Nord
L’Union soviétique et la Révolution d’Octobre ont été et demeurent d’immenses sources d’inspiration pour les luttes de libération nationale. Que cela soit au Burkina Faso, en Chine, au Vietnam, en Indonésie, à Cuba, ou ailleurs, socialisme et lutte anticoloniale ont été intimement liés au XXe siècle. Les résistants voulaient l’indépendance nationale contre les intérêts impériaux, ils voulaient la terre et le grain contre les intérêts des exploiteurs. Ces aspirations populaires ont été guidées par une dévotion et une organisation communistes. Le socialisme révolutionnaire s’est présenté comme la seule voie répondant aux aspirations des masses laborieuses face à un pouvoir illégitime et failli.

Les Coréens voulaient libérer leur nation opprimée depuis des centaines d’années par le jeu des grandes puissances et des seigneurs. Différents groupes de résistants coréens nationalistes ou communistes agissent dès les années 1920 en Chine. C’est après l’invasion japonaise de la Mandchourie en 1931, à laquelle s’opposeront plus de 200.000 guérilleros, que le jeune Kim Il-sung, membre du Parti communiste chinois, émerge en tant que grande figure. Dès les années 1930, il était un leader affirmé, considéré par les Japonais comme le résistant coréen le plus efficace et le plus dangereux. Sa figure est celle qui symbolise le mieux, aujourd’hui comme hier, la résistance coréenne.

Kim Il-sung et les résistants communistes coréens jouissaient d’une immense popularité pour leur contribution à la lutte. Grâce à leur sacrifice pour la Corée et à leur dévotion pour les masses, ils avaient réussi à implanter un esprit communiste au sein des ouvriers, des paysans, des jeunes, des étudiants, et parfois des intellectuels et écrivains coréens. Ils avaient beaucoup plus d’influence que les nationalistes conservateurs dont la base sociale était bien plus maigre. De plus, les ambitions des socialistes répondaient aux attentes des masses paysannes fatiguées de la domination des propriétaires terriens (nous parlerons dans un autre article de la réforme agraire en Corée du Nord). Le projet des socialistes avait toutes les chances d’être embrassé par le peuple coréen, et Kim Il-sung avait toutes les chances d’être élu lors d’éventuelles élections.

Kim Il-sung

 

Les Soviétiques connaissaient bien Kim Il-sung et ses camarades de l’Armée de guérilla populaire. Ils avaient soutenu, approuvé et observé la guérilla en Mandchourie. Ils le considéraient comme un homme fiable. La popularité du Parti du travail de Corée de Kim Il-sung a permis à l’occupant soviétique de laisser une importante marge de manœuvre à l’administration nord-coréenne épurée des collaborateurs pro-japonais. Révolutionnaires et patriotes, les communistes coréens ont coopéré avec les Chinois et les Soviétiques sans jamais abandonner la souveraineté coréenne. Ils ont tissé des alliances stratégiques mais ne se sont jamais inféodés. Kim Il-sung n’a pas été hissé comme figure la plus influente de la RPDC par la volonté soviétique. Les commandants de la guérilla en Mandchourie (comme Kim Chaek, Choe Hyon, Kim il, Choe Yong-gon) étaient parvenus à un accord pour qu’il soit au sommet de la hiérarchie en raison de ses qualités personnelles et de sa réputation. Les comités populaires et les institutions centralisées qui suivront ont pu s’administrer librement. Les troupes soviétiques ont quitté le territoire en décembre 1948, soit trois mois après la fondation de la République populaire démocratique de Corée. L’occupant soviétique n’a pas eu besoin d’imposer son modèle social. L’orientation socialiste fut l’œuvre des masses et du Parti du travail de Corée, à un moment où seuls les communistes proposaient l’indépendance, la terre, et le pain.

Ce prestige militaire et patriotique est essentiel pour comprendre la RPDC actuelle. Aujourd’hui encore, les nord-Coréens légitiment leur doctrine et leur commandement militaire par la résistance contre les Japonais et la revendication de la souveraineté coréenne. Certains membres du commandement nord-coréen actuel sont même directement issus de la résistance en Mandchourie.

 

L’occupation américaine de la Corée du Sud

Au sud du 38e parallèle, la situation est très différente. Pendant un temps, les comités populaires organisent la vie politique et doivent gérer les soldats et policiers japonais ayant fui et ravagé le nord après l’invasion soviétique. Là aussi, les communistes exercent une influence très importante. Mais ils ne faut pas croire que l’élan qui emportait les comités fut l’œuvre d’un parti autoritaire et totalitaire (ce qui servira pourtant de légitimation à l’autoritarisme américain et pro-américain). Par exemple, le Comité pour la préparation de l’indépendance populaire de la Corée, crée par Yo Un-hyung, planifiait la création d’un gouvernement de toute la Péninsule coréenne. Le 12 septembre 1945 est alors proclamée la République populaire de Corée (qui n’a dans les faits jamais eu de réelle autorité). Yo ne pouvait cependant pas être suspecté de communisme. Il a fait partie du Gouvernement provisoire de Corée (gouvernement en exil crée en 1919) des nationalistes anticommunistes Syngman Rhee et Kim Ku. Il a aussi travaillé avec Kim Kyu-sik, qui n’était pas moins à droite que les deux autres. Chrétien, il ne croyait absolument pas dans le marxisme et dans la dialectique matérialiste. Il était surtout un populiste de gauche, un très grand orateur, un tribun favori du peuple. Il avait même été contacté par les Japonais pour organiser une transition administrative qui éviterait un destin désastreux aux soldats, policiers et collaborateurs japonais émigrés au sud. Yo Un-hyung était donc très loin du communisme. Cela n’empêchera pas les forces américaines de nier totalement la souveraineté de l’éphémère République populaire de Corée.

 

Kim Ku
Yo Un-hyong

L’armée américaine, qui n’avait pas versé une goûte du sang pour la libération de la Corée, arrive le 8 septembre, trois semaines après la capitulation japonaise, là où les forces soviétiques étaient présentes depuis 1 mois. Les Américains ne reconnaissent pas la légitimité de la République populaire de Corée de Yo Un-hyung (pourtant loin d’être une incarnation du bolchévisme), des comités populaires suspectés de communisme, ou encore du gouvernement provisoire de la République de Corée (à ne pas confondre avec l’éphémère République populaire de Corée vue précédemment) dirigé le nationaliste anticommuniste Kim Ku.

Yo Un-hyung sera assassiné par un exilé anticommuniste nord-coréen, et Kim Ku sera assassiné par la police secrète sud-coréenne pour son engagement en faveur de la réunification. L’impossible unité entre les deux Corée n’est donc pas une affaire de gauche ou de droite. Les patriotes coréens ont toujours été la cible des impérialistes. Le fait est que l’union coréenne ne pouvait être réalisée que par les masses. À l’inverse, les élites ne pouvaient se maintenir au pouvoir qu’en bénéficiant du soutien américain. Mais comme dans toute l’Asie, l’intérêt et la volonté des masses étaient absolument contradictoires avec les intérêts américains. Les États-Unis, contrairement aux Soviétiques, vont alors devoir imposer leur ordre économique et social par la force.

Le 8 septembre 1945, les Américains installent un régime d’occupation militaire similaire à celui qu’ils projetaient d’installer en France : l’United States Armed Military Government in Korea (USAMGIK). Leur dessein, résumé très brièvement, était de pardonner les Japonais pour faciliter la réintégration du capitalisme dans un Japon dévasté sous occupation américaine et susceptible de s’orienter vers le socialisme. La Corée devait alors servir d’appui pour influencer et industrialiser le Japon. Ils désiraient aussi s’assurer une voie d’accès vers la Chine, la Russie et la Corée du Nord pour contenir la propagation du socialisme et « protéger » le Pacifique. Le sud de la Corée avait donc un rôle stratégique très important.

Soldats américains dans Séoul en 1945

Les 4 grandes priorités américaines étaient de créer une armée pour « défendre » le 38e parallèle ; de faire de la police nationale coréenne la première arme pour « pacifier le sud » ; de solidifier les alliances avec les partis conservateurs ; et de supprimer les contestations politiques. Ainsi, les Américains ont choisi d’accorder les hautes fonctions administratives, policières et militaires aux collaborateurs pro-japonais.

Ce gouvernement n’avait aucune légitimité aux yeux des masses coréennes et suscita un vent de révolte durement réprimé. Les Coréens n’avaient jamais eu de sympathie particulière pour les Américains et les valeurs des « démocraties » libérales occidentales. La plupart des villageois coréens n’avaient jamais vu un Américain, qui n’avaient de liens qu’avec les élites. Très attachés à leurs traditions, les Coréens ont, plus que d’autres peuples asiatiques, souvent fait preuve d’une grande résistance face aux armées et aux éléments culturels impérialistes. Ils ne supportaient pas d’être à nouveau sous occupation et de voir les élites les opprimer encore, alors que 70 % des Coréens du Sud se prononçaient pour le socialisme.

Les Américains et les conservateurs coréens ne pouvaient pas imiter les Soviétiques et les communistes coréens dont l’autorité reposait sur la légitimité et les faveurs populaires. Ils ont dû faire preuve d’un autoritarisme sanglant, menant à la chasse systématique des suspectés de communisme et au massacre de centaines de milliers de Coréens (nous aborderons les questions de répression dans un autre épisode). Toute résistance ou critique du gouvernement militaire pouvait être considérée comme une tendance pro-soviétique. Ainsi, vouloir expulser les propriétaires terriens ou expulser les collaborateurs constituait une marque de bolchévisme. Le principal problème des Américains n’était cependant pas les bolchéviques, mais bien les Coréens eux mêmes… Dans toute l’Asie, le rapport de force populaire leur était très défavorable. Si ni les Russes et ni les Américains n’avaient été en Corée, le régime aurait très sûrement été un régime révolutionnaire et patriotique qui aurait pu avoir un destin d’intégration internationale comme la Chine ou le Vietnam. La seule issue possible pour les intérêts américains était l’instauration d’un gouvernement autoritaire et le maintien d’une présence militaire qui dure encore aujourd’hui. Quitter la péninsule aurait signifié laisser un pays de plus se faire aspirer par la vague socialiste.

 

La division de la Corée : une œuvre impérialiste

En décembre 1945, les Alliés s’étaient accordés pour que la Chine, l’URSS, la Grande-Bretagne et les États-Unis administrent la Corée pendant cinq années jusqu’à l’indépendance. Mais face à l’impossibilité d’obtenir une union gouvernementale conforme à leurs intérêts, les États-Unis ont demandé en 1947 à ce que la question de l’indépendance coréenne soit portée devant l’Organisation des Nations unies. L’ONU est à cette époque dominée par des puissances pro-américaines et défavorables à l’URSS. Elle autorisera par la suite l’intervention américaine dans la Guerre de Corée qui mènera au massacre de millions de Coréens. Sans demander l’avis des Coréens, l’ONU vote une résolution pour organiser des élections sous sa supervision dans toute la Corée. Les Soviétiques, qui comprennent bien qu’un organe de l’ONU ne pourra que leur être défavorable, boycottent le vote de la résolution (la fameuse politique de la chaise vide). L’ONU vote alors pour l’organisation d’élections dans la seule Corée du Sud, provoquant l’indignation des patriotes coréens de gauche comme de droite qui désiraient l’unification de la Corée et qui refusent de participer à ces élections.

L’organe en charge de surveiller les élections, la Commission Temporaire des Nations-unies pour la Corée, n’est pas reconnu par les Soviétiques et les Coréens du Nord. Elle est majoritairement composée d’alliés américains. Malgré tout, les délégués d’Australie, du Canada, d’Inde et de Syrie font entendre une voie dissidente. Ils constatent que les organisateurs des élections sont en majorité du Parti démocratique de Corée (parti conservateur anticommuniste proche des occupants américains et des élites) ou de proches associés de son leader Kim Song-su. Ils se plaignent de l’intimidation et du lobbying que le brigadier général John Weckerling infligeait aux délégués de l’ONU. Ils font alors part de leurs doutes concernant la possibilité d’organiser des élections en Corée du Sud dans un tel climat. Malgré les avertissements, les élections auront lieu dans un contexte de fraude, de répression, de boycott de l’opposition, et d’insatiable soif d’indépendance des Coréens.

Ces élections suscitent l’indignation en Corée du Nord et en Corée du Sud. Des personnalités conservatrice du sud comme Kim Ku ou Kim Kyu-sik protestent contre leur tenue, et se réunissent à Pyongyang sur invitation de Kim Il-sung. Les contestations populaires sont vives. Les habitants de l’île de Jeju, au sud, se soulèvent et subissent la répression de l’armée sud-coréenne qui fera plusieurs dizaines de milliers de morts, soit plus d’un dixième de la population sur cette île de 300.000 habitants, détruisant de nombreux villages et suscitant de nombreuses mutineries.

Répression du soulèvement de Jeju

 

Pour préserver leurs intérêts et leur emprise après « l’indépendance », les Américains ont trouvé l’homme parfait : Syngman Rhee.

Anticommuniste convaincu, chrétien, imprégné d’idéologie américaine, il a émigré aux États-Unis en 1904, avant que la Corée ne devienne un protectorat japonais. Rhee n’avait pas remis un pied en Corée avant d’y revenir à bord d’un avion militaire américain en octobre 1945. Il faisait partie de ces résistants gentlemen qui tentaient d’obtenir un soutien diplomatique auprès de grandes puissances. Pendant que Kim Il-sung prenait les armes, Rhee arpentait les rues de Washington pour tenter de monter les puissances impérialistes les unes contre les autres. Si les revendications d’indépendance coréenne n’intéressaient pas vraiment les Américains avant 1945, Rhee devient soudainement l’homme de la situation. Par rapport aux autres anticommunistes, il présente plusieurs avantages : il n’est pas véritablement un traître car il n’a jamais collaboré avec les Japonais, il maîtrise parfaitement le coréen et l’anglais, et surtout, il réclame l’indépendance sans cesse et sous n’importe quelle condition. Syngman Rhee, qui était contre toute union avec les communistes et contre toute discussion avec les Soviétiques, était la façade coréenne indépendantiste parfaite pour servir les intérêt américains, à l’inverse d’anticommunistes conservateurs un peu trop attachés à l’union nationale comme Kim Ku ou Kim Kyu-sik.

 

Discours de Syngman Rhee avec le général Hodge
Syngman Rhee

 

À l’issue des frauduleuses élections pour l’Assemblée constitutionnelle de Corée du sud qui ont lieu le 10 mai 1948, le parti de Syngman Rhee obtient 55 des 200 sièges. Il est soutenu par Kim Song-su et le Parti démocratique de Corée qui obtient 29 sièges. 85 indépendants dont la majeure partie sont affiliés à Syngman Rhee sont également élus. La quasi totalité des opposants avaient boycotté ces élections. Par la suite, l’élection présidentielle indirecte aboutit à la victoire de Syngman Rhee le 20 juin 1948.

La première République de Corée est proclamée le 15 août 1948. Elle se prétend souveraine sur l’ensemble de la péninsule coréenne. Trois semaines plus tard, au nord du 38e parallèle, la République populaire démocratique de Corée est proclamée. La voie vers la catastrophique Guerre de Corée était ouverte.

Syngman Rhee va rapidement montrer son vrai visage. Son gouvernement autoritaire et impopulaire causera la mort de centaines de milliers d’opposants. Rhee récupère le système politique établi dès les premiers mois de l’occupation américaine et offre les hautes fonctions à des collaborateurs pro-japonais. Dans les forces de polices, 85 % des policiers ayant servi durant l’occupation japonaise ont été réintégrées dans la nouvelle police nationale. Plus de 50 % des policiers sud-coréens ont alors collaboré avec l’envahisseur japonais. C’est cette police qui matera dans le sang les nombreux mouvements de résistance populaire que va connaître le pays.

L’histoire de la Corée du Sud est marquée par une caste dirigeante traîtresse. On peut citer le cas de Kim Suk-won, haut-gradé de l’armée impériale japonaise. Il a servi dans l’invasion de la Mandchourie par le Japon et dans la seconde guerre sino-japonaise. Sous la première république de Corée, il devient général de brigade, et Rhee souhaitait le nommer commandant de l’armée sud-coréenne. Un buste de bronze lui a été dressé en 1978 dans l’académie militaire de Seongnam.

Yi Un, « empereur » coréen, qui avait servi dans l’armée japonaise en tant que lieutenant-général, retournera en Corée du sud en 1963 pour y terminer sa vie dans un palace. Le dictateur Park Chong-hee, amateur de l’idéologie guerrière des fascistes japonais (le bushido), a rejoint l’armée impériale sous un nom japonais. Il a été officier dans l’armée sud-coréenne à partir de 1946. Il renverse le gouvernement en 1961 pour rester au pouvoir jusqu’en 1979. Sa fille Park Geun-hye fut présidente de 2013 à 2017 avant d’être chassée du pouvoir pour avoir confié des informations confidentielles à son influente confidente, la chamane Choi Soon-sil (dont le père conseillait le dictateur Park Chung-hee!). Kang Young-Hoon, vétéran de l’armée japonaise et du gouvernement militaire américain, a été le premier ministre de Roh Tae-woo…

 

Rivalité et rigidification.

Les figures politiques coréennes se détestaient au moins autant qu’elles détestaient les japonais, et cela a eu un effet certain sur l’impossibilité d’unifier la Corée. Mais la division est avant tout la conséquence de l’intervention logique d’un impérialisme protégeant ses intérêts dans la région. De cette séparation découlent deux états aux cultures politiques très différentes. L’idéologie nord-coréenne met en avant une immense légitimité historique et le sentiment de porter les intérêts  d’un peuple divisé par l’intervention militaire étrangère. Les guerres, les menaces diplomatiques et les difficultés économiques n’ont fait qu’accentuer ce phénomène.

Ainsi, l’État nord-coréen et ses ressortissants font preuve d’un intense patriotisme. Ils sont extrêmement attachés à leur histoire, à leur culture, à leurs héros et à leurs symboles. Leur système politique est directement hérité de cette période, l’armée et ses valeurs y trouvent une place essentielle. Ce sentiment patriotique est encore plus exacerbé qu’il se construit contre les valeurs portées par l’Empire américain et la « soumission traîtresse » de l’État du sud. L’idéologie officielle du parti, le Juche, fait la synthèse entre un patriotisme exacerbé, une obsession de la souveraineté et de l’autonomie, un immense respect des ancêtres hérité du confucianisme et un héritage révolutionnaire socialiste. C’est l’idéologie d’une nation née dans la guerre et qui s’est considérée en guerre totale durant toute son existence. La nation coréenne se considère comme un tout uni par la résistance passée et présente, et chaque Coréen se doit de participer à l’effort de guerre.

Il n’est pas absurde de penser que cette idéologie, qui se manifeste concrètement dans la structure politique et organisationnelle du pays, fut l’une des raisons pour lesquelles le système nord-coréen, malgré sa marginalité et son isolement, a survécu et ne semble pas près de s’effondrer. L’État nord-coréen et son idéologie sont la réponse logique à un contexte menaçant. De là découle un développement autoritaire et liberticide (mais parfois nécessaire) dont les contradictions ne sont pas sans générer de graves dérives…

(Les cérémonies officielles devant les statues de Kim Il-sung et de son fils Kim Jong-il représentent bien le culte de la personnalité et des ancêtres, l’attachement à l’histoire, le patriotisme exacerbé, et la place centrale de l’armée dans la RPDC)

Source: http://jrcf.over-blog.org/2018/10/la-coree-du-nord-dictature-totalitaire-ou-eldorado-socialiste.html 

Maoïsme ou Trotskysme? par J. Moufawad-Paul

La question « Maoïsme ou Trotskisme ? » pourrait sembler absurde à poser maintenant, après une décennie passée dans le XXIème siècle, car un tel débat idéologique pourrait, à première vue, sembler appartenir à une période de lutte précédent l’effondrement du socialisme. Après tout, le dernier souffle du marxisme-léninisme « anti-révisionniste » dans les années 1960 et 1970 a été marqué par une polémique soutenue contre le trotskisme ainsi que par la contre-polémique des organisations trotskistes. D’innombrables brochures et livres posaient la question « Léninisme ou Trotskisme ? » ou tentaient de prouver que le trotskisme était le léninisme et que tout le reste était simplement une variante du « stalinisme ». Et les organisations communistes qui tentaient de mener une lutte idéologique contre le trotskisme et le révisionnisme de l’Union soviétique étaient souvent des organisations qui se présentaient comme « maoïstes » parce qu’elles s’identifiaient à la « voie chinoise » plutôt qu’à la « voie soviétique ».

Nous vivons maintenant dans une période où l’Union Soviétique s’est depuis  longtemps effondrée et où la Chine s’est elle-même engagée dans une voie révisionniste – une période qui a condamné le marxisme-léninisme anti-révisionniste qui avait placé ses espoirs en Chine en tant que centre de la révolution mondiale dans la période impérialiste de la guerre froide, en un mouvement qui était voué à l’échec parce qu’il était incapable à cet époque de systématiser les succès et les échecs de la deuxième révolution historique socialiste mondiale. C’est une période où le capitalisme a proclamé son triomphe, clamé « la fin de l’histoire » pour lui-seul et d’innombrables mouvements communistes se sont décomposés. C’est aussi une période marquée par la montée de l’anarchisme, du postmodernisme et des mouvements « communistes de gauche » qui désavouent ouvertement le marxisme-léninisme et tout type de communisme qui se fonde sur un « parti d’avant-garde » organisé pour instaurer la dictature du prolétariat.

Et pourtant c’est une période où le trotskisme et le maoïsme existent encore, parfois prospère, prétendant tous deux représenter authentiquement et même supplanter la tradition marxiste-léniniste qui était censée être morte dans les années 1980. C’est aussi une période où les courants gauchistes anti-léninistes commencent à atteindre l’impasse qui était toujours présente dans leur idéologie, menant à la désaffection et à un regain d’intérêt pour la tradition communiste censée être morte lorsque le capitalisme se déclara victorieux du communisme.

En outre, le trotskisme n’a jamais disparu et malgré les divisions sectaires et les débuts de critiques, il a maintenu une influence constante dans les centres du monde capitaliste, surtout parmi les intellectuels marxistes vivant en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne, même s’il ne se proclame pas « trotskiste ». On peut ici parler des groupes « post-trotskistes » (comme ceux influencés par Hal Draper ou Raya Dunayevskaya) qui pourraient davantage ressembler à des anarchistes dans la pratique mais qui déclarent encore un certain degré de fidélité au trotskisme, dans leur compréhension de l’histoire et des moments clés de leur théorie. Nous pouvons également examiner le renouveau des vieux trotskysmes tels que la Tendance Marxiste Internationale qui, indépendamment de leur approche moribonde de l’action politique, semblent toujours attirer de jeunes gauchistes qui en ont marre du « mouvementisme » post-moderne qui a maintenant révélé son manque d’objectifs révolutionnaires. Dans ce contexte, le trotskisme  a réussi à mener une lutte idéologique quelque peu fructueuse au sein des universités dans les centres impérialistes et à exercer ainsi un contrôle significatif sur le discours de l’intelligentsia sur le marxisme.

Dans le même temps cependant, le maoïsme n’a émergé qu’en tant que maoïsme à la fin des années 1980 et au début des années 1990, lorsque le capitalisme déclarait la fin du communisme : d’abord avec la guerre populaire menée par le Parti Communiste du Pérou (PCP) puis par l’émergence du Mouvement Révolutionnaire Internationaliste (MRI) avec sa déclaration de 1993 Vive le Marxisme-Léninisme-Maoïsme ! C’est dans ce contexte que l’expérience de la Révolution Chinoise – ses succès et ses échecs – a été systématiquement examinée et que le « maoïsme » a été proclamé comme la troisième étape de la science révolutionnaire. Pour la première fois, le « maoïsme » a été théorisé comme une réelle idéologie plutôt que comme une « pensée » qui avait remplacé la pensée de Staline en tant qu’interlocuteur du marxisme-léninisme ; le PCP et le MRI soutenaient le Maoïsme-qua-Maoïsme plutôt que Maoïsme-qua-Pensée Mao Zedong, affirmant que ce qu’ils appelaient le « maoïsme » était un développement théorique du communisme scientifique, une continuité et une rupture d’avec le marxisme-léninisme, parce qu’il possédait des principes qui étaient universellement applicables. Par conséquent, le MRI soutenait que le maoïsme était la dernière encapsulation du marxisme et du léninisme, et que le marxisme-léninisme tel qu’il était n’est plus suffisant.1

La naissance du maoïsme signifierait une explosion du développement révolutionnaire et des guerres populaires dans les périphéries du capitalisme mondial (au Népal, en Inde, en Afghanistan, etc.) – ce que Mao appelait « les centres des tempêtes » et Lénine les « maillons faibles » – là où le trotskisme était généralement considéré comme une idéologie « étrangère ». Mais le fait que le trotskisme ait historiquement, à d’honorables exceptions, été traité comme une idéologie » étrangère » dans le soi-disant « Tiers-Monde » ne signifie pas nécessairement qu’il est théoriquement en faillite. En effet, il ne suffit pas de souligner qu’une théorie a échoué à faire des progrès dans certaines régions pour reléguer le trotskisme dans les « poubelles de l’histoire » : divers nationalismes culturels, dont certains sont plutôt réactionnaires, ont souvent éclipsé le maoïsme dans les périphéries mondiales et pourtant nous ne dirions pas que cela les rend proprement anticapitalistes et antiimpérialistes ; et l’incapacité du maoïsme à revendiquer l’hégémonie idéologique parmi les marxistes des centres capitalistes, sans tenir compte de quelques transformations significatives ici et là, ne devrait pas  comme certains le prétendent (y compris certains qui s’imaginent eux-mêmes « maoïstes » !), signifier que le maoïsme ne serait uniquement applicable que dans les révolutions du Tiers-Monde.

De plus, la question « Maoïsme ou Trotskisme ? » ne doit pas être confondue comme c’est parfois le cas, avec l’ancienne question  « Léninisme ou Trotskisme ? », posée par les anti-révisionnistes ou les staliniens orthodoxes. Cette dernière est souvent une question posée avec mauvaise foi parce qu’elle suppose que, fidèle au récit stalinien de l’expulsion de Trotski de l’Union Soviétique, Trotski était un anti-léniniste espiègle, un « saboteur » et peut-être même un agent des réactionnaires impérialistes. La réponse trotskiste de base à cette question polémique est simplement de se fondre  elle-même dans la matrice de Lénine et, sans utiliser la terminologie précise, se déclarer elle-même Marxiste-Léniniste-Trotskiste. Que les trotskystes aient ou non théorisé correctement le « léninisme » pourrait être une question importante – et que nous examinerons de tangentiellement en détail ci-dessous mais l’accusation selon laquelle le trotskisme est l’ennemi manifeste du marxisme-léninisme est le plus souvent une position rhétorique et un jeu sémantique : puisque Staline a théorisé le « léninisme », l’argument va de soi, le trotskisme doit être anti-léniniste et donc anti-Lénine puisqu’il est aussi anti-Staline.

Par conséquent, pour poser la question « Maoïsme ou Trotskisme ? » en temps que maoïste il nous faut essayer d’enquêter sur le trotskisme comme un courant idéologique concurrent et d’effectuer cette enquête en n’ayant pas un point de vue sectaire en raison d’une adhésion religieux au signifiant « maoïste » mais dans le but de montrer pourquoi le maoïsme plutôt que le trotskisme est théoriquement nécessaire comme point de ralliement si nous voulons faire la révolution. En effet, si le trotskisme était capable de démontrer qu’il était ce point de ralliement, qu’il donnerait le coup d’envoi à des insurrections de style bolchevique dans le monde entier alors cela, même dans leurs échecs, fournirait un défi communiste significatif au capitalisme et nous devrions questionner la validité du maoïsme. Puisque tout est possible, peut-être que cela arrivera dans le futur – et si cela se produit nous devrions tous devenir trotskystes et l’accepter comme la bonne voie vers la révolution mais peut-être qu’aussi l’approche post-moderne « mouvementiste » va prouver son efficacité, ou peut-être que le capitalisme est vraiment la fin de l’histoire, et donc ces multiples possibilités ne suffisent pas à empêcher une implication idéologique avec une tradition théorique qui s’est jusqu’à présent révélée incapable d’être une science révolutionnaire. Car si nous apprenons de l’histoire et que nous sommes communistes, alors nous devons aussi reconnaître que la seule façon de comprendre scientifiquement l’histoire est de théoriser systématiquement les leçons tirées du moteur de l’histoire, la révolution de classe. Et puisque les idéologies sont historiquement des médiatrices, nous devons également examiner si elles sont viables ou non en relation avec la révolution de classe.

Nous ne pouvons pas non plus nous rabattre sur le vieil adage de l’anti-trotskisme qui a marqué les marxisme-léninisme anti-révisionnistes d’antan. A cette époque, il suffisait d’appeler les trotskystes « révisionnistes » – ou pire, des « sociaux-fascistes » et des « saboteurs » – et ensuite de les ignorer… Sauf quand les plus orthodoxes de leurs adhérents se présentaient à un événement qu’ils n’avaient pas aidé à organiser pour pouvoir châtier tout le monde d’être de faux communistes. Oui, il est tentant d’appeler quelqu’un qui vous appelle un « faux communiste » du même nom, mais ce n’est qu’un flot d’injures. Par conséquent, il est également important de reconnaître que le trotskisme n’est pas simplement un « révisionnisme »2, que Trotski n’était pas un renégat anticommuniste comme pourraient le faire croire des chercheurs comme Grover Furr, ou que les trotskistes ne sont pas des « saboteurs » camouflés qui avaient l’intention de ruiner le communisme. Plus important encore, il est nécessaire de reconnaître que Trotski fut un révolutionnaire de grande importance pendant la Révolution Russe et que certains théoriciens trotskistes ont même contribué au canon théorique marxiste. En effet, le fait que les intellectuels trotskistes aient pu mener une lutte idéologique quelque peu fructueuse dans la sphère académique impérialiste est une cause à célébrer : c’est en grande partie grâce à leurs efforts que Marx et le marxisme restent des recherches académiques valables. En tout cas, l’effondrement de la guerre populaire au Népal prouve que les maoïstes peuvent aussi être révisionnistes. Le comportement ultérieur d’un RCP-USA dégénéré dans le MRI prouve que les maoïstes peuvent aussi être des saboteurs. Ce sont des accusations qui peuvent être faites à des communistes de toutes les traditions marxistes ; il n’y a pas de péché originel attribuable seulement au trotskisme. Si nous devons poser correctement la question « Maoïsme ou Trotskisme? » nous devons sortir de ce marécage rhétorique.

Nous devons également nous demander honnêtement « Maoïsme ou Trotskisme? » en tant que maoïstes, plutôt que d’ignorer complètement cette question et de poursuivre notre travail, car les trotskistes posent la même question. Depuis l’émergence du Marxisme-Léninisme-Maoïsme et des guerres populaires qui ont fleuri dans les zones de tempêtes de l’impérialisme – depuis lors des organisations vitales dans les centres capitalistes ont commencé à graviter, parfois lentement et parfois rapidement, vers cette forme cohérente de Maoïsme – les idéologues trotskistes et les intellectuels influencés par la tradition trotskiste ont entrepris un combat avec le maoïsme.

Généralement, ces combats théoriques ont été assez pauvres. Les Notes pour une Critique du Maoïsme de Loren Goldner sont un exemple récent de ces tentatives de combattre le maoïsme à partir d’une tradition communiste qui, d’une certaine manière, exprime un certain niveau de fidélité au trotskisme. Les critiques de Jairus Banaji sur le maoïsme indien ou le rejet du maoïsme par Chris Cutrone sont d’autres exemples saillants. Ces critiques vénèrent et placent Trotski au-dessus de Mao, dénigrent le maoïsme en le qualifiant de « stalinisme » et démontrent la même compréhension du maoïsme que les groupes trotskistes les plus orthodoxes tels que la Ligue Spartaciste et la

Tendance Bolchevik Internationale : le maoïsme est simplement une « révolution bourgeoise avec des drapeaux rouges » parce que la théorie Mao de la Nouvelle Démocratie (que chaque trotskiste suppose, n’ayant apparemment jamais lu la déclaration du MRI ou aucune des expressions théoriques du Marxisme-Léninisme-Maoïsme, être la première définition du maoïsme) est comprise à tort comme une « collaboration de classe ». Dans aucune de ces critiques il n’y a la moindre reconnaissance que le Maoïsme-qua-Maoïsmes’est finalement cristallisé en tant que théorie révolutionnaire seulement en 1993 et qu’un combat soutenu avec les « maoïsmes » des années 1960 et 1970 est hors de propos.3

Voir ici la réponse à l’article de Goldner et les hypothèses qu’il partage avec les critiques trotskistes du maoïsme sur

MLM Mayhem! [http://moufawad-paul.blogspot.ca/2012/10/message-to-insurgent-notesplease.html]

Ces combats théoriques extrêmement imparfaits démontrent cependant la nécessité de poser la question « Maoïsme ou Trotskisme » dans une perspective maoïste. D’une part, ils montrent que certains trotskistes et/ou post-trotskistes prennent le maoïsme au sérieux (en effet, ils ne peuvent nier que c’est actuellement la seule variante du communisme mobilisant avec succès les masses dans les zones de tempêtes de l’impérialisme) ; d’autre part, cela montre un certain niveau de panique parmi les trotskistes orthodoxes (qui, comme tous les communistes orthodoxes, sont fâchés que les gens choisissent un communisme autre que le leur), et parmi les trotskistes et les post-trotskistes non orthodoxes qui sont confus par un communisme qui, à première vue, ne ressemble pas au communisme qu’ils croyaient être le communisme adéquat.

Plus important encore, ces combats théoriques avec le maoïsme démontrent l’émergence d’une lutte de ligne idéologique où ceux qui sont attachés à un communisme influencé par le trotskisme, à quelque degré que ce soit, tentent d’empêcher les gens qui gravitent autour du communisme de commettre ce qu’ils interprètent comme une erreur idéologique. Ils veulent que les jeunes communistes se détournent de la tentation du maoïsme, adhèrent à une tradition marxiste plus respectable, et ils le veulent parce qu’ils croient que leur tradition est la seule tradition capable d’engendrer le communisme. Et puisque nous maoïstes, croyons la même chose, nous devrions au moins reconnaître que cette attitude est louable. Le problème, cependant, est que nous faisons l’affirmation inverse.

Le point ici est que le trotskisme et le communisme inspiré par le trotskisme ne peuvent pas être considérés comme du « révisionnisme », mais plutôt comme une impasse théorique. Après tout, l’histoire a beaucoup de culs-de-sac et d’impasses, et nous soutenons que le trotskisme est en fin de compte un autre anachronisme théorique incapable de développer un chemin vers la révolution ; il lui manque les outils théoriques nécessaires pour donner une unité idéologique et pratique à un mouvement révolutionnaire. Ainsi dans ce combat, nous démontrerons cet échec du trotskisme en examinant : a) sa théorie de la « révolution permanente » qui est la théorie qui définit le trotskisme ; b) ses complaintes concernant le « stalinisme » et l’échec du socialisme réel ; c) son incapacité à être autre chose qu’une impasse quand il s’agit réellement de faire la révolution.

La Révolution Permanente

Si le trotskisme peut être ramené à une théorie clé, c’est la théorie de la « révolution permanente », bien illustrée dans La Révolution Permanente (1931) mais aussi exprimée sous forme de germe dans des écrits antérieurs tels que Bilans & Perspectives (1906). C’est cette théorie qui détermine le combat théorique du trotskisme avec le maoïsme ; cela explique même pourquoi le trotskisme choisit de méconnaître le maoïsme. Toutes les organisations trotskistes déclarent fidélité à cette théorie, même si elles passent beaucoup de temps à argumenter sur ce qu’elle signifie ou à tenter de la moderniser sur le volet théorique (Tony Cliff du Socialist Workers Party a tenté de le faire et s’est fait taxer de « révisionniste » par les trotskistes orthodoxes), elle reste leur pivot théorique.

Pour donner du crédit là où il est dû, la théorie de la révolution permanente est en réalité le résultat d’une question correcte de Trotski : comment soutenir et faire avancer une révolution dans un pays qui n’a pas connu une révolution bourgeoise ? Comment le socialisme peut-il être construit aux périphéries mondiales là où le contexte politique et les forces productives produites par une révolution bourgeoise sont absents ? Il est clair que Trotski posait cette question suite à son expérience de la révolution Russe et du fait incontestable que la Russie semblait manquer des éléments nécessaires, directement après la prise du pouvoir par les bolcheviks, pour le socialisme : la persistance des masses paysannes elles-mêmes stratifiées et surpassant en nombre la classe ouvrière censée être la « fossoyeuse du capitalisme » ; l’absence de forces productives qui auraient permis la prédominance de la classe ouvrière et les bases de la socialisation, une absence qui a conduit à  de nombreux plans économiques de la part de Lénine et de la direction bolchevique ; et, peut-être le plus important pour ce qui allait devenir la théorie de la révolution permanente, le manque d’une infrastructure nécessaire pour empêcher le socialisme de dégénérer car il serait toujours attaqué par les nations capitalistes les plus avancées économiquement. D’ailleurs comme Trotski fut un important participant de la Révolution Russe, il voulait argumenter de manière correcte en opposition à un fort courant marxiste révisionniste de l’époque, en prenant en compte que les révolutionnaires des pays sous-développés (comme la Russie) n’avaient pas à attendre l’apparition d’une classe bourgeoise structurée dans ces pays et passer directement à la révolution.

Empruntant la terme « révolution permanente » à Marx et Engels, Trotski a essayé de donner un sens aux problèmes auxquels étaient confrontés la révolution en Russie et a résumé sa vision de la manière suivante :

   « La perspective de la révolution permanente peut se résumer ainsi : la victoire complète de la révolution démocratique en Russie n’est concevable que sous la forme de la dictature du prolétariat s’appuyant sur la paysannerie. La dictature du prolétariat, qui mettra infailliblement à l’ordre du jour, non seulement les tâches démocratiques, mais aussi les tâches socialistes, donnera en même temps une forte impulsion à la révolution socialiste internationale. Seule la victoire du prolétariat en Occident préservera la Russie de la restauration bourgeoise et lui assurera la possibilité de mener l’édification socialiste jusqu’au bout. »4

Jusqu’ici rien à dire : certains trotskistes seraient surpris de découvrir que les maoïstes sont en accord avec l’essentiel de cette affirmation. Là où nous divergeons cependant, c’est dans la manière dont Trotski théorise pleinement sa perspective de la révolution permanente, le problème étant contenu dans la dernière phrase de cette synthèse où la responsabilité finale de la victoire socialiste coïncide avec le prolétariat des centres du monde capitaliste (à l’époque de Trotski, c’était le sens de « occidental » qui signifiait « l’ouest de la Russie » – l’Europe centrale, essentiellement la Grande-Bretagne et l’Allemagne). Nous y reviendrons plus tard.

Par ailleurs, la partie principale de la stratégie révolutionnaire de Trotski dans le contexte des pays périphériques est consacrée à une analyse très spécifique de la paysannerie qui la distingue de la compréhension maoïste. Comme indiqué plus haut, Trotski prétend que la dictature du prolétariat doit s’appuyer sur la paysannerie, mais ce qu’il entend par là n’est pas que la paysannerie des pays périphériques pourrait être une classe révolutionnaire mais plutôt qu’ils doivent être soumis à la discipline de la classe prolétarienne, plus avancée mais minoritaire. En effet, dans La Révolution Permanente, Trotski accuse Lénine de « surestimer le rôle indépendant de la paysannerie » et que Lénine l’accusait de « sous-estimer le rôle révolutionnaire de la paysannerie ».5 Ainsi il peut donc parler de la façon dont la paysannerie ne possède pas une conscience révolutionnaire, qu’elle serait de fait contre-révolutionnaire (suivant l’analyse de la paysannerie française par Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte), et que le prolétariat entrerait nécessairement en « collision » avec la paysannerie en consolidant la dictature du prolétariat.

Ainsi, l’affirmation de Trotski selon laquelle la dictature du prolétariat doit s’appuyer sur la paysannerie semble être rhétorique ; il est plutôt confus par la paysannerie et sa position au sein d’une révolution qui émerge dans un contexte semi-féodal. D’une part, il veut penser au-delà de « l’étapisme » grossier (une accusation que les trotskistes appliqueront plus tard à toute théorie de la révolution qui tente de répondre à la même question sans être la théorie de la révolution permanente) inhérent aux marxismes révisionnistes toujours concentré sur le développement premier d’une révolution bourgeoise ; d’autre part il est toujours enferré dans les mêmes catégories positivistes qui, à la suite de lectures très dogmatiques de Marx, veulent que le prolétariat doive ressembler au prolétariat d’Europe occidentale et que la paysannerie doive toujours et finalement être comme la paysannerie de la France du 18 Brumaire. Il y a ici une tension entre le désir de rompre avec les applications dogmatiques du matérialisme historique et la réaction viscérale de rester dans le territoire sûr d’un « marxisme pur ».

En fin de compte, l’engagement de Trotski à l’égard de l’orthodoxie marxiste vaincra son désir de créativité marxiste, la forme du marxisme écrasant son essence méthodologique.  Autrement dit, Trotski se montrerait incapable à concrétiser l’universalité du marxisme dans un contexte social donné : il comprenait l’importance de la paysannerie dans les pays semi-féodaux mais la considérait également en dernière instance comme une force contre-révolutionnaire, croyant comme nous le verrons plus loin, que la classe ouvrière naissante de ces pays avaient besoin d’organiser la révolution en permanence et de discipliner une paysannerie très probablement réactionnaire.

D’une manière générale, Trotski pensait que la paysannerie soutiendrait une révolution démocratique dirigée par le prolétariat mais, à cause de sa conscience féodale, cesserait de soutenir cette révolution quand elle deviendrait socialiste. D’où sa raison de présumer de la possibilité d’une « guerre civile » entre la paysannerie et la classe ouvrière industrielle dans La Révolution Permanente, une guerre civile qui ne pouvait être évitée que s’il y avait une révolution internationale menée par les classes ouvrières dans les régions plus développées du capitalisme mondial – encore une fois nous sommes amenés à mettre l’accent sur la « victoire du prolétariat en Occident » comme le mécanisme nécessaire pour empêcher la restauration bourgeoise.

Mais avant d’entrer dans cette dimension internationale de la théorie, nous devrions examiner comment les vues de Trotski sur la paysannerie se sont articulées dans le contexte semi-féodal qui a donné naissance au maoïsme – la Révolution Chinoise. Dans ce contexte en 1925, le courant trotskiste initial dans le Parti Communiste Chinois (PCC) représenté par Chen Duxiu s’opposa aux arguments de Mao, qui après une enquête sociale rigoureuse, déclara que le parti devait s’ancrer dans une paysannerie déjà engagée dans l’action révolutionnaire. Chen ne pensait pas que le parti devait s’ancrer dans la paysannerie parce qu’il pensait, suivant la ligne de Trotski, que la paysannerie finirait par être une force réactionnaire quand il s’agirait de lutter pour le socialisme ; il préconisait plutôt de rester dans les rangs du Guomindang et d’essayer de gagner la classe ouvrière afin que le parti ait les forces de classe nécessaires pour commander la paysannerie déjà révoltée. Ici, il est intéressant de noter que le représentant de Staline dans le PCC initial Li Lisan, a plaidé pour  une pratique identique mais pour des raisons différentes (l’argument erroné de Li était que le Guomindang était une force révolutionnaire bourgeoise) et ainsi au final, les lignes idéologiques trotskistes et staliniennes ont abouti à la même impasse pratique : Mao s’est sépare de cette conception du PCC et a relancé l’activité du parti dans la paysannerie révolutionnaire et ceux qui sont restés fidèles aux lignes politiques de Chen et Li ont été liquidés par le Guomindang sous la direction de Chang Kaï-chek en 1927.

En outre, il suffit d’avoir une conversation avec un trotskiste orthodoxe sur les révolutions en dehors des centres impérialistes pour comprendre ce que signifie l’adhésion presque religieuse à la théorie de la révolution permanente pour la compréhension de la paysannerie. Ils vous diront que les paysans ont une conscience réactionnaire ou « petite-bourgeoise » parce qu’ils sont pleinement intégrés dans la féodalité et que toute révolution qui se fonde sur cette paysannerie – même s’ils sont la classe la plus nombreuse avec rien à perdre – n’est pas correctement « marxiste ». La classe ouvrière industrielle est la seule classe capable d’être la colonne vertébrale d’une révolution, l’argument est lâché, et si cette classe n’existe pas – et parfois ne peut exister en tant que classe révolutionnaire dans une formation capitaliste qui restera sous-développée sous l’oppression impérialiste – alors il ne sert à rien de faire autre chose que de maintenant la révolution en permanence et d’attendre que les classes ouvrières plus développées des centres capitalistes dirigent la révolution mondiale.

C’est parce que Trotski, à certains égards s’entrecoupant avec Lénine, comprenait que si les mouvements révolutionnaires se produisaient aux maillons les plus faibles de l’impérialisme mondial, le fait était que les centres du capitalisme mondial possédaient encore le pouvoir économique pour écraser ces révolutions périphériques était quelque chose qui devait être compris. Malheureusement, plutôt que d’essayer de donner un sens dialectique à la relation entre centre et périphérie, Trotski a placé le fardeau de la responsabilité révolutionnaire sur les épaules du prolétariat des centres du capitalisme mondial. Après tout, un véritable prolétariat se doit d’avoir une conscience prolétarienne appropriée. Comme il le fait valoir dans Bilan & Perspectives :

   « Sans le soutien étatique direct du prolétariat européen, la classe ouvrière russe ne pourra rester au pouvoir et transformer sa domination temporaire en dictature socialiste durable. A ce sujet, aucun doute n’est permis. Mais il n’y a non plus aucun doute qu’une révolution socialiste à l’Ouest nous rendra directement capables de transformer la domination temporaire de la classe ouvrière en une dictature socialiste ».6

Dans les faits, Trotski continue à citer l’affirmation de Kautsky selon laquelle « la société dans sa totalité ne peut sauter artificiellement aucune des étapes de son développement, mais certaines de ses parties constituantes peuvent accélérer leur développement retardataire en imitant les pays avancés et, ainsi, parvenir même en tête du développement, parce qu’elles n’ont pas à supporter le fardeau de traditions que les pays plus anciens traînent avec eux… »7 Tout cela pour que Trotski esquive « l’étapisme » : à la place de la possibilité de révolutions socialistes dans le monde périphérique, il ne peut y avoir au mieux que des institutions socialistes « artificielles »8 qui peuvent influencer les nations les plus avancées pour prendre la tête de la production d’un socialisme mondial authentique. On doit donc se demander ce qui rend un socialisme « artificiel » par opposition à un autre « authentique » quand selon Lénine, le socialisme est un processus, un stade transitoire où la bourgeoisie est placée sous la dictature du prolétariat, et donc aussi hétérogène que la période du capitalisme mercantile, où diverses tentatives de placer l’aristocratie sous la dictature bourgeoise ont précédé l’émergence du capitalisme. Mais nous reviendrons sur ce point à propos de la conception trotskiste du socialisme dans la section suivante.

La théorie de Trotski du « développement inégal et combiné » est fondamentale pour sa compréhension de la théorie de la révolution permanente et sa signification internationale. Nous avons ici une théorie qui laisse entendre que le capitalisme est un mode de production global qui se développe d’une manière inégale et combinée, au lieu de la théorie (comme celle influencés par l’argumentation de ce qui sera la tradition maoïste) d’un système capitaliste mondial où les modes de productions capitalistes forment les centres du capitalisme, et imposent/contrôlent un capitalisme mondial à travers l’impérialisme où les formations sociales capitalistes à la périphérie sont encore économiquement définies, intérieurement, comme des modes de production pré-capitalistes.9

Si le monde est un mode de production unique, alors il est logique qu’il y ait une seule révolution socialiste mondiale déterminée en dernière instance, évidemment, par ceux qui se trouvent au bon point de production international, c’est-à-dire le prolétariat industriel des centres impérialistes. Car si le capitalisme est un mode de production international, alors son point de production doit aussi être international et il est logique de parler d’une classe prolétarienne internationale plutôt que de diverses classes prolétariennes dans divers contextes sociaux qui pourraient ne pas avoir idéologiquement une nation mais quand même exister substantiellement dans un cadre économique national.  Dans ce contexte, la classe ouvrière industrielle naissante dans les régions économiquement « arriérées » doit non seulement placer la paysannerie la plus probablement contrerévolutionnaire sous sa discipline avancée, mais aussi, en raison de l’incapacité de construire le socialisme dans une région sans révolution mondiale, maintenir la révolution en permanence et attendre le leadership de leurs homologues plus avancés dans les parties les plus économiquement « avancées » du mode de production mondial – un peu comme les travailleurs d’une petite usine dans une petite ville en attente des travailleurs dans de grosses usines dans les grandes villes pour avoir une grève générale et commencer l’insurrection.

De plus, cette internationalisation du mode de production capitaliste fait que plusieurs courants du trotskisme internationalisent aussi le parti révolutionnaire. Nous maoïstes, ne pouvons qu’être d’accord avec nos homologues trotskistes sur la nécessité de l’internationalisme, mais nous considérons comme un faux internationalisme l’établissement d’un parti communiste international. C’est parce que nous en tant que maoïstes, croyons que chaque nation a son unique et propre composition de classe10, sa propre version particulière d’un mode de production universel, et qu’on ne peut pas simplement imposer l’analyse de classe et de la lutte des classes qui a été développée en Europe occidentale ou aux États-Unis dans des régions aussi diverses que le Pakistan, le Vietnam, etc. Le plus souvent, ce type d’ « internationalisme » finit par être une ré-articulation du chauvinisme impérialiste où les éléments « plus avancés » de ces partis internationaux (c’est-à-dire les membres des partis aux USA ou en Grande-Bretagne) dictent l’analyse théorique et le comportement à leurs homologues de parti dans les pays du tiers-monde, ne réalisant pas qu’un mouvement révolutionnaire dans ces régions ne peut que procéder d’une analyse concrète d’une situation concrète plutôt que d’imposer une analyse hors-sol liée à d’autres régions.

D’où l’échec des partis trotskistes à lancer même les premiers stades d’une révolution où que ce soit, en particulier aux périphéries du capitalisme mondial ; même dans les rares cas où ils avaient une importance significative (au Vietnam avant la montée du parti de Ho Chi Minh), ils ne pouvaient pas initier un processus révolutionnaire et ont été rapidement éclipsés par des mouvements qui s’étaient organiquement développés, aussi imparfait que la théorie que ces mouvements aurait pu être, dans ces contextes particuliers.  Ainsi, si le communisme consiste au bout de compte à faire la révolution, nous devons remettre en question une théorie qui n’a réussi à lancer nulle part une lutte révolutionnaire.  Et bien qu’il soit vrai que les trotskistes prétendent que d’autres luttes révolutionnaires ont échoué parce qu’ils n’ont pas pris en compte la théorie de la révolution permanente de Trotski, ces révolutions finalement ratées ont plus de succès que tout mouvement révolutionnaire guidé par le trotskisme ; la théorie de la révolution permanente est originairement un échec – elle s’est révélée même incapable de lancer une révolution… Mais je parlerai davantage de ce problème dans la dernière partie de cette polémique.

Si je passe beaucoup de temps à essayer de décrire les tenants et les aboutissants de la théorie de la révolution permanente, c’est parce qu’une réponse maoïste à la théorie fondamentale du trotskisme exige une réponse adéquate. De plus, comme nous l’avons noté plus haut, la compréhension trotskiste du maoïsme peut être attribuée au fait que c’est la théorie fondamentale de l’idéologie antérieure ; ainsi, tout ce qui semble contredire cette théorie de la part de ce dernier doit être traité, je suppose, comme la facette la plus importante de cette théorie.

Ici, bien sûr, nous parlons de la théorie de la Nouvelle Démocratie qui est une autre façon de répondre à la même question. Depuis que la Révolution Chinoise s’est déroulée dans un contexte semi-féodal/semi-colonial, le PCC sous Mao cherchait aussi à théoriser la construction du socialisme et, à cause de cet intérêt, il y a des moments où la théorie de la Nouvelle Démocratie et de la Révolution Permanente, au moins dans cet angle, se croisent. Les divergences, cependant, sont cruciales – elles sont principalement cruciales parce que le PCC, contrairement à toute organisation trotskiste, a réussi à répondre à la question et à construire le socialisme en Chine.

La théorie de la Nouvelle Démocratie porte généralement sur la manière de construire les forces productives nécessaires pour produire le socialisme (c’est à dire l’infrastructure industrielle qui aurait normalement émergé sous le capitalisme mais qui est souvent absente dans une formation sociale semi-féodale) puisque la centralisation des forces productives qui est la marque du socialisme n’est possible que si ces forces productives existent en premier lieu. Plutôt que d’attendre qu’une révolution bourgeoise produise les fondements capitalistes pour le socialisme, la théorie de la Nouvelle Démocratie soutient que : a) une telle révolution est généralement impossible dans un pays dominé par l’impérialisme, et inutile puisque le capitalisme international signifie que le pays est en quelque sorte une formation capitaliste ; b) l’infrastructure économique nécessaire pour le socialisme sera construite sous la direction du parti communiste, ainsi les forces productives seront soumises à des relations de production socialistes et la politique sera au poste de commande ; c) sous la direction du parti communiste il peut y avoir une alliance entre les « classes révolutionnaires » durant cette période, une alliance nécessaire pour réaliser (b) qui consistera en une alliance ouvrière-paysanne avec la participation, dans une certaine mesure, de la bourgeoisie nationale qui resterait sous la direction du parti.11

Il est important de noter que les trotskistes se concentrent de manière obsessionnelle sur le point (c), tout en rejetant les autres points comme « étapistes » (ironique car la théorie de la révolution permanente a aussi ses « étapes » – des institutions socialistes artificielles dans les périphéries en premier lieu, une vraie révolution menée par le prolétariat dans les centres plus tard), parce qu’ils estiment que cela équivaut à une « collaboration de classe » et que plus que toute autre chose, prouve que le maoïsme (qu’ils réduisent seulement à cette théorie) est une théorie de « révolution bourgeoise avec des drapeaux rouges ». Ils utiliseront souvent des exemples qui n’ont rien à voir avec la Nouvelle Démocratie telle qu’elle était pratiquée en Chine, et comme les Maoïstes l’ont maintenant compris, pour prouver l’aspect de collaboration de classe de cette théorie.  En effet, les trotskistes citent souvent l’échec du communisme Indonésien au début des années 1960 comme un exemple des échecs de la Nouvelle Démocratie (et par extension du « maoïsme »), bien que la théorie de la « Démocratie Guidée » de Sukarno ne soit pas identique à la théorie de Mao sur la « Nouvelle Démocratie » qui dans tout les cas, produira le noyau théorique de la théorie maoïste – la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne – chose qui ne s’est pas produite lorsque Sukarno proposa son approche du nationalisme révolutionnaire en 1957. Le Parti Communiste Indonésien ne s’appuyait pas non plus sur la théorie de la Nouvelle Démocratie ; contrairement à la théorie de Mao ci-dessus, ce parti s’était placé dans le cadre d’une structure nationale bourgeoise, et était donc sous la direction de la bourgeoisie nationale plutôt que l’inverse. La Nouvelle Démocratie n’est donc possible que si la révolution est dirigée et établie par le parti communiste : les politiques communistes doivent être à la direction ; les rapports de production politiquement nécessaires au socialisme doivent diriger la construction des forces productives économiquement nécessaires au socialisme.12

De plus, la raison pour laquelle la théorie de la Nouvelle Démocratie prétendait que la bourgeoisie nationale dans un contexte semi-féodal et semi-colonial pouvait être une « classe révolutionnaire » (mais seulement dans une certaine mesure et toujours sous la direction du parti) était parce que cette classe, contrairement à la bourgeoisie compradore (c’est-à-dire la bourgeoisie qui représente les intérêts impérialistes), avait souvent intérêt à se débarrasser de l’ingérence impérialiste et de l’idéologie semi-féodale. Dans le cadre de la construction du socialisme dans un pays semi-féodal/semi-colonial, cette conscience était objectivement révolutionnaire. « La bourgeoisie nationale chinoise, étant une bourgeoisie de pays colonial et semi-colonial, opprimée par l’impérialisme », écrit Mao dans La Nouvelle Démocratie, « la bourgeoisie nationale chinoise peut avoir à certains moments et jusqu’à un certain point un caractère révolutionnaire […] contre l’impérialisme et contre les gouvernements des bureaucrates et des seigneurs de guerre. »13Notons que Mao qualifie ce « caractère révolutionnaire » seulement « à certains moments et jusqu’à un certain point » ; en effet, il qualifie les limites de ce caractère quelques paragraphes plus tard, ce qui démontre en quoi la théorie de la Nouvelle Démocratie n’a rien à voir avec la collaboration de classe et vise la réduction de la bourgeoisie nationale :

   « En même temps, du fait précisément que la bourgeoisie nationale chinoise est celle d’un pays colonial et semi-colonial et qu’elle est, par conséquent, extrêmement faible du point de vue économique et politique, elle possède une autre caractéristique, la disposition au compromis avec les ennemis de la révolution. Même quand elle prend part à la révolution, elle n’entend pas rompre complètement avec l’impérialisme ; au surplus, elle est étroitement liée à l’exploitation qui se pratique dans les campagnes par l’affermage des terres, de sorte qu’elle ne veut ni ne peut s’engager à fond dans la lutte pour le renversement de l’impérialisme, et moins encore des forces féodales. »14

Cela ne ressemble pas à une collaboration de classe. En fait, la façon dont Mao comprend la bourgeoisie nationale dans un contexte semi-féodal/semi-colonial (qui est une bourgeoisie, selon lui, différente de la bourgeoisie des centres du capitalisme) est similaire à la façon dont Trotski comprend la paysannerie : une force utile sur laquelle s’appuyer à un certain stade de la révolution, mais une entrave pour son développement ultérieur. D’où la raison de placer la bourgeoisie nationale sous la direction du parti pendant la période de la Nouvelle Démocratie et les complaintes, de la part même des historiens réactionnaires, de la façon dont ces pauvres bourgeois ont été amenés à collaborer avec le communisme uniquement pour se voir enlever leurs « droits » bourgeois.

En effet et ceci est extrêmement important quand il s’agit de la question « Maoïsme ou Trotskisme », la période de Nouvelle Démocratie était terminée à la fin du Grand Bond en Avant (malgré quelques échecs significatifs du GBA qui, il faut le noter, n’étaient pas aussi tragiques que prétendent les historiens réactionnaires bourgeois), et la conclusion de cette période a été ouvertement déclarée par la faction du parti uni sous Mao, et le socialisme a finalement émergé. Dans ce contexte, le problème n’était plus de savoir comment construire le contexte nécessaire à la dictature du prolétariat, mais comment maintenir la dictature du prolétariat et produire les rapports sociaux nécessaires au communisme. Il est important de noter ici qu’il y avait dans le parti une ligne politique qui ne voulait pas dépasser la Nouvelle Démocratie, qui confondait cette période avec le socialisme, et ne voulait pas poursuivre la lutte pour consolider la dictature du prolétariat.  Ainsi, au cours de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, une critique de la mauvaise théorie des « forces productives » est apparue – une théorie soutenant que nous devrions seulement nous concentrer sur la construction des forces productives nécessaires au socialisme plutôt que sur la question politique des rapports de production, et donc continuer seulement avec la Nouvelle Démocratie et confondre cette période avec le socialisme.

Les récents événements au Népal sont un bon exemple de ce problème. Le Parti Communiste du Népal (Maoïste) [PCN (Maoïste)] a lancé une guerre populaire concluante et a pu établir quelque chose qui s’apparente à une période de Nouvelle Démocratie quand il est devenu le Parti Communiste Unifié du Népal (maoïste) [UCPN (Maoïste)]. Puisque le Népal était aussi un pays semi-féodal/semi-colonial, il avait besoin d’établir la Nouvelle Démocratie pour créer le contexte nécessaire au socialisme, mais la ligne bourgeoise du parti a triomphé plus tôt qu’en Chine et même la Nouvelle Démocratie a été abandonnée, la révolution dégénérant en ce qu’on pouvait appeler exactement, mais seulement à ce moment de dégénérescence, une « révolution bourgeoise avec des drapeaux rouges ».

Cependant, puisque les maoïstes soutiennent qu’une lutte de ligne se manifestera toujours dans un contexte révolutionnaire – une lutte entre ceux qui ne veulent pas aller plus en avant sur la voie socialiste et ceux qui veulent achever la révolution – cette lutte de ligne se produira qu’il y ait ou non une révolution de Nouvelle Démocratie.  En effet, en Chine, la lutte de ligne existait avant, pendant et après la période de la Nouvelle Démocratie ; la ligne bourgeoise n’obtint la victoire qu’à la fin de la Révolution Culturelle où les forces rassemblées autour de Deng Xiaoping furent victorieuses et la restauration capitaliste – envisagée à l’origine comme un retour à la période de la Nouvelle Démocratie – commença. Ainsi, le problème de la restauration du capitalisme n’a rien à voir spécifiquement avec la théorie de la Nouvelle Démocratie ; il s’agit toujours, pour les maoïstes, d’une possibilité sous le socialisme parce que le socialisme est aussi une période de lutte de classe et c’est la composante théorique clé, universellement applicable, du Marxisme-Léninisme-Maoïsme.

Par conséquent, il est important de noter que la théorie de la Nouvelle Démocratie, même si elle est bien comprise, n’est qu’une théorie selon le maoïsme, applicable aux révolutions qui émergent aux périphéries du capitalisme mondial. Les mouvements révolutionnaires aux centres du capitalisme mondial – les mouvements qui se manifestent dans les modes de production capitalistes avancés – ne suivront pas la Nouvelle Démocratie puisque le problème que la Nouvelle Démocratie est censée résoudre n’a rien à voir avec le mode de production capitaliste où l’infrastructure économique nécessaire pour construire le socialisme existe déjà. C’est pourquoi le maoïsme, qui a été promu comme une nouvelle étape théorique du communisme révolutionnaire, n’est pas principalement défini par la théorie de la Nouvelle Démocratie, car un nouveau communisme se doit de porter des aspects universels applicables à chaque contexte particulier. La point crucial de la théorie Marxiste-Léniniste-Maoïste est ce qui a été noté ci-dessus, et ce point relie à d’autres points sur la façon dont le parti devrait fonctionner, comment la superstructure obstrue la base à des moments donnés du développement historique, comment le parti doit rendre des comptes aux masses, comment agir envers le peuple, et une foule de concepts qui tiennent compte non seulement de l’importance des révolutions du tiers monde – et corrobore avec Lénine le fait que celles-ci ont tendance à se produire plus fréquemment parce qu’elles sont dans les « maillons faibles » du système capitaliste mondial mais aussi nous apprendre des choses sur la révolution dans le premier monde et les problèmes que nous rencontrerons nécessairement. [13]

En effet, le fait qu’il n’y ait pas de paysannerie importante ou de bourgeoisie nationale avec une sorte de « caractère révolutionnaire » dans les centres capitalistes signifie que toute la possibilité de la Nouvelle Démocratie dans ces régions est manifestement absurde. Au contraire, le fait de construire le socialisme signifiera la mobilisation des masses et un possible front uni entre les communistes, les différents secteurs du prolétariat, certains éléments conscients de la petite-bourgeoisie (étudiants et intellectuels), et (dans le contexte des États-Unis et du Canada) les nationalités opprimées – ou même certains patrons de petites entreprises qui pourraient être plus enclins à la révolution que les travailleurs de l’aristocratie ouvrière – sont des choses qui méritent d’être considérés. De plus, le fait qu’un éventuel établissement du socialisme signifie aussi une lutte de classe entre ceux qui veulent faire avancer le socialisme et ceux qui veulent s’accrocher à l’idéologie bourgeoise – c’est-à-dire que la lutte de classe continue sous la dictature du prolétariat – est l’élément clé dans la compréhension du maoïsme à travers le monde. Nous examinerons ce point plus en détail dans les parties suivantes. Le Maoïsme est du Stalinisme ?

Un problème important que nous rencontrons lorsque nous débattons autour du trotskisme est l’accusation selon laquelle toute forme de communisme qui accepte les bases du léninisme mais qui n’est pas du trotskisme est, ipso facto, du « stalinisme ». Ainsi, après Lénine, il ne peut y avoir que du trotskisme ou du stalinisme et rien d’autre. Le maoïsme est alors traité comme une variante du stalinisme et les raisons pour lesquelles il s’agit d’un stalinisme sont plutôt simplistes.

Généralement, le maoïsme est du stalinisme selon les trotskistes parce qu’il est censé être conforme à la théorie stalinienne du « socialisme dans un seul pays ». Il convient de noter ici que les trotskistes sont les premiers responsables de la définition du « stalinisme » qu’ils considèrent comme la seule option idéologique en concurrence avec le trotskisme sur le terrain lu léninisme. Le fait que Staline ait soutenu qu’un seul pays pouvait construire le socialisme (mais pas nécessairement le communisme par lui-même, ce qui est important) se heurte non seulement à la théorie trotskiste de la révolution permanente [voir plus haut] mais est souvent interprété par les trotskistes les moins critiques, comme l’affirmation que Staline se souciait seulement de la révolution en Russie et pensait que c’était la seule révolution socialiste possible – le socialisme ne pouvant se produire que dans un seul pays et tant pis pour le reste du monde.

Il est vrai que la révolution chinoise sous Mao a essayé de construire le socialisme en Chine sans une révolution mondiale et donc je suppose que si tel est le qualificatif pour parler de « stalinisme », cela pourrait être à charge dans l’accusation trotskiste.  En même temps, la compréhension maoïste de la Révolution Chinoise est telle qu’elle s’accorde avec une distinction théorique très importante entre socialisme et communisme, distinction faite par Lénine dans l’État et la Révolution, mais absente des écrits de Trotski dans La Révolution Permanente. Et cette compréhension est que le socialisme, la dictature du prolétariat, est possible dans un seul pays et est la transition vers le communisme, mais que le communisme total, puisqu’il serait nécessairement apatride, exige que le monde entier soit aussi socialiste.  Mais le fait que la majeure partie du monde ne soit pas socialiste ne signifie pas qu’un seul pays ne peut pas établir une dictature du prolétariat ; plus important encore, plus les zones de tempêtes entrent dans cette phase de transition, plus le communisme mondial devient probable. [14]

Mais les trotskistes ont cet impression, à cause de la théorie de la révolution permanente et du fait que le monde est conçu comme un mode de production « inégal et combiné », que le monde entier doit avoir une révolution socialiste et que des révolutions socialistes dans des zones particulières sont impossibles. Les nations de la périphérie qui entreprennent des révolutions socialistes, selon cette interprétation, ne peuvent donc espérer qu’une révolution démocratique avec des « institutions socialistes artificielles » et finiront par se heurter à une guerre civile avec leur paysannerie à moins que la révolution ne soit commandée par le prolétariat plus développé dans les centres du capitalisme mondial.  Une fois de plus, nous avons une tension entre la créativité que le trotskisme veut exprimer et son incapacité à échapper à une adhésion dogmatique aux catégories marxistes orthodoxes.  La révolution socialiste à la périphérie doit être permanente, nous dit-on, ne doit pas se soumettre au piège de l’attente d’une révolution bourgeoise ; en même temps, cependant, cette révolution est impossible, et ne peut être qu’une révolution démocratique (une révolution bourgeoise ? – ici les catégories deviennent confuses, un acte sans importance), sans l’intervention révolutionnaire des nations les plus développées économiquement .

De même que Trotski confond les catégories du mode de production capitaliste et de système capitaliste mondial, il confond aussi les catégories du socialisme et du communisme. Sa justification pour soutenir que seule une révolution socialiste mondiale est possible, et que le socialisme ne peut pas émerger dans des pays particuliers, se trouve dans ces passages où Marx et Engels prétendent aussi que seule une révolution socialiste mondiale est possible – et les trotskistes sont enthousiastes de nous rappeler ce fait. Le problème, cependant, est que Marx et Engels ont souvent utilisé les termes de socialismeet de communisme comme synonyme et que ce n’est que lorsque Lénine a écrit l’État et la Révolution que des clartés sémantiques ont été ajoutées à ces catégories. C’est-à-dire que Lénine s’est donné beaucoup de mal pour souligner les moments dans les travaux de Marx et Engels où le concept de socialisme (un état centralisé où la bourgeoisie est placé sous la dictature du prolétariat) était considéré comme une catégorie progénitrice pour le communisme (c’est-à-dire une société sans classes). Dans la clarification et la concrétisation léninistes de ces concepts, il est donc tout à fait possible que le socialisme, ou une dictature du prolétariat, puisse exister dans des pays particuliers alors que d’autres pays restent capitalistes – bien que l’existence d’un tel socialisme soit affecté par la pression impérialiste externe. Dans le même temps Lénine argumentait, en suivant Marx et Engels mais sans la confusion sémantique, que le communisme n’était possible que globalement ; après tout, dans un sens très pragmatique, l’État doit dépérir pour que le communisme existe et, dans le contexte du système capitaliste mondial, si un État devait à jamais dépérir, il semblerait que les nations impérialistes écraseraient immédiatement ce communisme émergent. Trotski, cependant, ne semblait pas accepter ici les catégories conceptuelles de Lénine et était conduit, peut-être par la manière dont il comprenait le capitalisme mondial, à soutenir simplement que la révolution socialiste n’était possible qu’avec une révolution mondiale.

Par conséquent, il n’y a jamais eu de socialisme réellement existant selon le trotskisme, juste des états ouvriers dégénérés/déformés et des régimes bonapartistes (c’est-à-dire « staliniens »). Quand le capitalisme a été restauré dans ces cadres, la réponse trotskiste a été simplement de proclamer, et parfois joyeusement, que c’est simplement parce qu’ils n’ont jamais été socialistes ! Les maoïstes, cependant, adoptent un point de vue différent: ils affirment que ces régions étaient socialistes mais qu’elles ont échoué à mener la lutte socialiste jusqu’au communisme parce que, et ceci est une idée-clé du marxisme-léninisme-maoïsme mentionné plus haut, la lutte des classes continue sous la dictature du prolétariat. C’est-à-dire que la restauration capitaliste peut se produire parce que le socialisme est aussi une société de classe : la bourgeoisie, après tout, est tenue sous la dictature du prolétariat et peut donc toujours vaincre cette dictature et revenir au pouvoir. De manière significative, l’idéologie bourgeoise s’attarde dans la superstructure, devient une force impérieuse dans la société socialiste, et c’est parce que la plupart d’entre nous sont nés et ont grandi dans un contexte où l’idéologie bourgeoise était hégémonique – il est difficile de rompre simplement avec cela car nous arrivons, après une révolution, imprégnés de la crasse du mode de production passé et cette idéologie reste dominante même pour des personnes au sein du parti communiste.

Et pourtant, les trotskistes ont une histoire différente à raconter sur la restauration du capitalisme dans des contextes autrefois socialistes (ahem, autrefois « état ouvrier déformé »). Leur histoire est plutôt simpliste et, en tant que telle, ne peut pas expliquer beaucoup de choses : Staline et la bureaucratie qu’il a produite ont ruiné la révolution russe, principalement parce que Staline et sa bureaucratie ne reconnaissaient pas la révolution permanente. La solution à ce problème est donc d’avoir Trotski au lieu de Staline à la tête de la révolution russe après Lénine ; elle se décompose en un problème de grandes figures de l’histoire. Mais nous maoïstes affirmons que la révolution russe sous la direction de Trotski n’aurait pas rendu les choses significativement différentes : d’une part, il n’était clairement pas capable de réaliser que la lutte des classes continuait sous le socialisme et même au sein du parti (cette idée n’était possible que lors de la synthèse de la révolution russe qui s’est produite pendant la révolution chinoise, se cristallisant avec la théorie de la Révolution Culturelle où les masses se sont déchaînées sur les quartiers généraux du Parti), et sa théorie de la révolution permanente prédit son échec – comment aurait-il pu diriger une révolution socialiste mondiale depuis une Russie attaquée par les forces de la réaction, cela semble impossible à supposer. Ainsi, selon le trotskisme même, la révolution russe était vouée à l’échec avec ou sans Trotski.

Encore une fois, nous maoïstes soutenons que l’échec de toute révolution socialiste est toujours une possibilité parce que le socialisme est une étape de transition et donc encore une période de lutte de classe où une classe révolutionnaire tente de finaliser son hégémonie. Nous comprenons que les révolutions peuvent toujours échouer, même avant le socialisme, non parce que les révolutionnaires impliqués manquent d’une pure compréhension du bolchevisme et d’un parti avec les ingrédients magiques du véritablecentralisme démocratique, mais parce que la restauration capitaliste est toujours immanente pendant les révolutions socialistes. Il y a des luttes de ligne dans le parti lui-même et parfois la ligne qui représente le mieux la voie capitaliste triomphera.

Revenant à la question générale de Staline et du stalinisme, qui est souvent la principale préoccupation du trotskisme (puisqu’il se définit comme le seul léninisme qui ne soit pas stalinien), nous devrions au moins reconnaître qu’il est important de critiquer correctement Staline et le phénomène que les trotskistes appellent le « stalinisme ». Contrairement aux marxistes-léninistes qui déclarent une fidélité totale à Staline comme successeur de Lénine, qui soutiennent que tout mouvement révolutionnaire qui critique Staline à un degré quelconque n’est pas « marxiste-léniniste », nous, maoïstes, pensons que tout positionnement au sein du mouvement communiste (même pour Mao) devrait faire l’objet d’une critique concrète et approfondie. C’est pourquoi nous n’imaginons pas que Staline soit irréprochable, ou que critiquer Staline équivaudrait à un comportement contre-révolutionnaire comme le voudraient les quelques hoxhaistes restants.15

Cependant, se concentrer simplement sur Staline comme une sorte de dictateur diabolique qui a ruiné la révolution bolchevique pue le moralisme bourgeois et conserve certains des pires éléments de la propagande réactionnaire concernant la révolution russe. En outre, cette perspective est incapable d’expliquer ce qui est arrivé à l’Union soviétique après la période de Staline lorsque Khrouchtchev a dénoncé Staline et la période « stalinienne ». En effet, les trotskistes louaient Khrouchtchev parce qu’ils estimaient qu’il prouvait l’exactitude des théories de Trotski concernant l’Union soviétique… Mais si cela était vrai, alors le révisionnisme intentionnel embrassé par Khrouchtchev (sa théorie de la coexistence pacifique avec le capitalisme), qui était le raison de sa dénonciation de la période de Staline, devrait être considéré comme également correct.

Donc, si Khrouchtchev embrassait clairement le révisionnisme et n’était pas Staline, et rejetait clairement tout ce qu’on pourrait appeler du « stalinisme », alors cela ne ferait-il pas de la période de Staline autre chose qu’un simple « État ouvrier déformé/dégénéré » lorsque Khrouchtchev rompt avec la période précédente en imposant le sceau du révisionnisme (c’est-à-dire la thèse de la coexistence pacifique qui était précisément ce que défendait, dans un contexte plus restreint, Édouard Bernstein) ? Même les critiques trotskistes de Khrouchtchev sont incapables de faire des distinctions correctes entre cette période de l’Union Soviétique et la période de Staline, la voyant comme la même chose (parce qu’il y avait une bureaucratie !) et refusant de reconnaître que la rupture de Khrouchtchev de cette période était une cassure épistémique sérieuse dans la théorie et la pratique de l’Union Soviétique ; en effet, il ébranla le monde, mécontenta d’innombrables mouvements communistes dans le monde entier, conduisit au projet raté de Bandung, et ne peut pas être simplement considéré comme une autre variante du « stalinisme » ou, pire encore, un rejet révolutionnaire du « stalinisme » prouvant que Trotski avait vu juste. Tout au plus essaient-ils de prétendre que Khrouchtchev était juste un autre « stalinien », tout comme Gorbatchev et Eltsine – une homogénéisation au mieux maladroite, au pire idéaliste.16

Plutôt que d’examiner l’échec de l’Union soviétique comme le résultat d’un individu mauvais qui possédait le pouvoir de produire une bureaucratie consacrée à ses plans abominables – ce genre d’analyse appartient aux contes de fées et autres fictions fantastiques – les maoïstes essayent de donner un sens aux échecs de l’Union soviétique d’une manière historique et matérialiste.  Nous ne rejetons pas Staline comme une figure maléfique ; nous le voyons plutôt comme quelqu’un qui, à un moment donné et pour une raison quelconque, dirigeait un État révolutionnaire (si l’histoire avait été différente, et si Trotski avait pris les rênes de Révolution Russe et Staline était parti exil, nous aurions dit la même chose sur Trotski) et dans ses tentatives de direction, a commis des erreurs variées.17

Mais nous voyons l’approche de la construction du socialisme sous Staline comme l’erreur qui produisit le révisionnisme et l’échec de la révolution russe ou de toute révolution de ce fait.

Encore une fois : la théorie selon laquelle la lutte de classe se poursuit sous la dictature du prolétariat explique à la fois les échecs de la période stalinienne et le révisionnisme de la période Khrouchtchev. Staline ne comprenait pas la possibilité de la restauration capitaliste comme une part naturelle du socialisme – c’est-à-dire que le socialisme est encore une société de classe – et que les lignes politiques contre-révolutionnaires viennent de l’héritage de l’idéologie bourgeoise (voire semi-féodale), conservée dans la superstructure. Ainsi, plutôt que de voir des gens qui pourraient ou non avoir adopté des lignes politiques bourgeoises  dans le parti et la société soviétique comme quelque chose qui se produirait nécessairement sous le socialisme, les forces rassemblées autour de Staline – la soi-disant « bureaucratie stalinienne », selon les trotskistes – agissaient simplement comme si ces individus, groupes et idées étaient le résultat des interférences extérieures ou de trahisons intentionnelles. De plus, ils ne comprenaient pas que le parti lui-même serait l’hôte d’une lutte de ligne organique qui refléterait la prédominance de la lutte de classe sous le socialisme et que la direction du parti préserverait souvent l’idéologie bourgeoise. Et cette théorie, plus que toute autre chose, peut expliquer pourquoi le successeur choisi de Staline, Khrouchtchev, qui était initialement très heureux de mener des politiques de liquidations et de police politique à l’époque de Staline, pourrait aussi être un révisionniste. Non parce qu’il était un agent étranger (comme le supposerait le « stalinisme ») et non parce qu’il était un bureaucrate (comme le supposerait le trotskisme), mais parce que l’idéologie bourgeoise et donc le révisionnisme sont toujours convaincants – surtout pour des personnes dans les postes de direction dans le parti.

L’analyse trotskiste du « stalinisme » ne nous apprend cependant pas comment et pourquoi le socialisme peut échouer autrement que par « ce n’était pas le socialisme dès le départ » ou « juste parce qu’un mauvais homme dirigeait le socialisme », ou « si seulement cela n’avait pas été une froide bureaucratie alors les choses auraient été différentes. » Et aucune de ces explications ne peut expliquer comment construire correctement le socialisme, sauf peut-être tenir la révolution en permanence et d’attendre que tout le monde construise le socialisme ensemble. Mais un tel scénario empêcherait-il les « mauvais hommes » de prendre le pouvoir et de tour ruiner ou aurions-nous besoin d’une sorte de mécanisme magique de centralisme démocratique qui empêcherait à jamais de tels personnes maléfiques de gagner un pouvoir totalitaire ? La solution consiste juste à avoir un Trotski sous la main, une solution basée sur des types de personnalité. En outre, supposer qu’une bureaucratie (qui par définition, est une structure administrative organisée) n’émergerait même pas dans le contexte imaginaire d’une révolution socialiste mondiale est elle-même un fantasme : comment le socialisme serait-il développé et consolidé dans ce contexte? – spontanément et sans aucune lutte sur l’administration ? Les bureaucraties peuvent et vont émerger malgré les tentatives anti-bureaucratiques de la part des révolutionnaires. Plutôt que de prétendre qu’ils ne le seront pas à cause de certains pouvoirs anti-bureaucratiques surnaturels de la part de purs révolutionnaires, nous devrions les considérer comme des espaces de lutte de classe sous le socialisme : des structures qui émergeront mais devront être ouvertes aux masses et placées sous le contrôle des masses. Encore une fois, la théorie maoïste de la lutte des classes qui se poursuit sous la dictature du prolétariat nous dit quelque chose sur la construction du socialisme et les luttes qui vont nécessairement se produire dans cette période – et c’est la principale raison pour laquelle le maoïsme est applicable dans tous les contextes, un développement après le marxisme-léninisme, et n’est pas simplement réductible à un communisme uniquement pour les paysans du tiers-monde.

En fin de compte, il n’y a pas de « stalinisme » au-delà de ce que les trotskistes disent – et ce qu’ils disent n’a en réalité aucune signification scientifique au-delà du « socialisme dans un seul pays », une théorie que seuls les trotskistes obsèdent. Nous maoïstes, ne reconnaissons pas qu’il y a quelque chose de digne qui mérite d’être appelé « stalinisme » et que ceux qui s’identifient comme « staliniens » adoptent aussi un communisme sans issue qui n’a pas plus de pertinence scientifique que le trotskisme.

Faire la Révolution

Comme il a été noté dans la partie sur la révolution permanente, le trotskisme a été singulièrement incapable de s’engager même sur la voie révolutionnaire. Ce problème est généralement le résultat de l’échec de la stratégie révolutionnaire de cette théorie politiquement et militairement.  Sa stratégie politique a été discutée plus haut en référence à la théorie de la révolution permanente et à l’accent mis sur la révolution socialiste mondiale. Sa stratégie militaire est essentiellement la stratégie bolchevique de l’insurrection, dite « Voie d’Octobre », où une grève de masse et une insurrection armée suivront après une période de lutte légale prolongée.

Il est important de noter que toutes les tentatives de révolution suite à la stratégie insurrectionnelle ont échoué depuis la Révolution d’Octobre et c’est en grande partie pour cette raison que certains maoïstes parlent de l’universalité de la guerre populaire comme stratégie militaire pour faire la révolution. Puisque cette théorie fait encore l’objet de débats parmi le mouvement maoïste international, je ne vais pas perdre de temps à la comparer à la stratégie militaire de l’insurrection pour dire en quoi le maoïsme est supérieur au trotskisme à cet égard.  Après tout, certains maoïstes et d’autres non-trotskistes (même certains anarcho-communistes) soutiennent la théorie de l’insurrection.

Le point ici cependant, est qu’aucune de ces tentatives ratées de faire la révolution par l’insurrection n’était trotskiste ; le trotskisme s’est montré singulièrement incapable de déclencher même un moment insurrectionnel, bien qu’il aime à revendiquer d’autres moments insurrectionnels – affirmant que l’insurrection bolchevique était entièrement due à l’œuvre de Trotski et qu’il dirigeait les bolcheviks dans la Révolution d’Octobre (une affirmation qui ignore la période de guerre de guérilla qui a commencé en 1905 ou le fait que les contributions de Trotski à la révolution étaient tactiques plutôt que stratégiqueset que la stratégie révolutionnaire qui a produit la soi-disant « Voie d’Octobre » était due à Lénine), ou prenant leur nom d’après un soulèvement effectué par un groupe dont les principaux membres n’aimaient pas Trotski.18 Chaque tentative insurrectionnelle échouée a été menée par : a) des Luxembourgistes ; b) des Marxistes-Léninistes qui ont souvent déclaré leur fidélité à l’Union soviétique sous Staline; c) même des anarchistes, mais seulement une fois, dans le cas de la Révolution en Espagne.

Ainsi, il n’y a pas un seul exemple d’une tentative trotskiste de faire réellement la révolution et cela est dû, en premier lieu, à la stratégie politique générale du trotskisme, la théorie de la révolution permanente.  En effet, si une révolution socialiste ne peut espérer réussir que si elle est dirigée par la classe ouvrière avancée des centres capitalistes, et cette révolution doit finalement être une révolution globale pour être correctement appelée « socialiste », alors ce que les trotskistes préconisent vraiment, c’est tenir la révolution en permanence jusqu’à ce que tout le monde soit prêt à y aller tous ensemble,  partout dans le monde, ce qui signifie bien sûr qu’ils attendent depuis la Quatrième Internationale et n’effectuent qu’une lutte juridique longue et prolongée.19

Parfois, les trotskistes défendent leur pratique en affirmant qu’ils protègent un « vrai » marxisme et, en tenant la révolution en permanence, ils se préparent simplement au moment où la classe ouvrière se rendra compte, à travers des décennies de propagande et d’entrée dans les syndicats, que telle ou telle approche d’une secte trotskiste est correcte et, comme une soudaine étincelle qui s’enflamme, une véritable révolution trotskiste éclatera. Ici, nous avons une autre version du fatiguant refrain « Ce n’est pas le bon moment » de certains marxistes, et pas seulement les trotskistes, qu’ils aiment répéter indéfiniment. Et pourtant, cette approche du « Ce n’est pas le bon moment » est intrinsèque à la stratégie trotskiste de la révolution : car le temps n’a jamais été le même dans le monde entier en même temps. Le moment de la révolution, contrairement à l’hypothèse trotskiste, ne sera exact que si ceux qui « saisissent le bon moment » (ou qui le font advenir) dans des contextes spécifiques se lancent dans des révolutions prolongées capables de désarticuler l’impérialisme en poursuivant la voie socialiste plutôt que d’attendre que tout le monde le poursuive en une seule fois.  Ainsi, malgré la prétention trotskiste d’éviter le déterminisme économique en théorisant sa version de la révolution permanente, sa stratégie en pratique finit par réaffirmer une approche des forces productives, laissant la révolution en suspens jusqu’à ce que le mode de production global « inégal et combiné » soit à un point d’équilibre où tout le monde puisse se lancer en même temps.

Personne, cependant, ne s’intéresse vraiment aux gardiens sectaires trotskistes du « marxisme pur » parce que, bien qu’ils soient probablement les meilleurs exemples de la théorie trotskiste en raison de leur orthodoxie, la plupart des gens trouvent leur sectarisme, leur dogmatisme et leur marxisme-missionaire ennuyant, offensant et généralement sectaire. Plus important encore sont ceux qui sont influencés par la tradition trotskiste mais comprenant correctement l’approche des forces productives (ceux que nous appelons généralement les « trotskistes critiques » ou « post-trotskistes »), ne peuvent toujours pas rompre avec la théorie qui produit une stratégie incapable de faire la révolution. Ces groupes se basent souvent sur la théorie du « socialisme par en bas » de Hal Draper et finissent dans la pratique, par faire du suivisme dans les mouvements de masse. D’autres deviennent un peu plus des clubs pour les étudiants d’universités, des intellectuels et des bureaucrates syndicaux (cela malgré les critiques sans intérêts de la bureaucratie par le trotskisme). D’autres encore s’imaginent qu’entrer dans des partis bourgeois sociaux-démocrates et se lancer dans un projet réformiste, peut-être parce que leur manque de militantisme leur permet d’être des communistes respectables, permettra finalement l’émergence du socialisme. Dans tous ces cas cependant, comme dans le cas précédent, le trotskisme et les courants du marxisme fortement influencés par le trotskisme n’ont jamais vraiment abordé la révolution dans la pratique.

Puisque c’est la facette la plus importante du communisme – faire la révolution et renverser le capitalisme – il est extrêmement révélateur que la tradition trotskiste n’ait pas d’expérience révolutionnaire sur laquelle s’exprimer sauf si nous comptons la révolution bolchevique à laquelle Trotski a participé en tant que révolutionnaire.  Mais ce n’était pas une révolution « trotskiste » ; après tout, Staline participa aussi à la révolution bolchevique (et à un tel point qu’il avait autour de lui tout un appareil souterrain et cela, plus que toute autre chose, lui permit de chasser Trotski du Komintern) mais votre trotskiste moyen aurait un accès de rage si vous appeliez la révolution bolchevique « stalinienne » !

Ainsi, contrairement au maoïsme qui, avant même d’avoir été entièrement théorisé, a inspiré des guerres significatives à travers le monde, le trotskisme n’a aucune expérience révolutionnaire à faire sienne, s’est montré incapable de produire une expérience révolutionnaire propre et ne peut apprendre de ses succès et de ses échecs en matière de stratégie révolutionnaire. En fait, tout ce que le trotskisme peut faire, c’est critiquer les autres mouvements révolutionnaires d’une position venant de nulle part, d’un point de vue basé uniquement sur sa compréhension de la Révolution bolchevique et sa croyance que tout doit être exactement comme il imagine la Révolution Bolchevique bien que, en tant qu’idéologie, il n’a pas réussi à reproduire cette exemple et, plus important encore, le monde n’est pas le même spatialement ou temporellement, que la Russie en 1917. Et bien que les trotskistes aient participé à des moments insurrectionnels comme des grèves minières et des occupations d’usines dans toute l’Amérique Latine, dans tous ces cas, ils suivaient simplement un mouvement de masse plus important plutôt que d’organiser et de mener ces luttes vers un moment révolutionnaire.

Bien sûr, la façon dont le trotskisme a traditionnellement rejeté cette accusation, comme je l’ai noté dans la partie sur la révolution permanente, est que tous ces autres mouvements révolutionnaires ont échoué et qu’ils n’auraient peut-être pas échoué s’ils avaient suivi la révolution permanente. C’est une accusation facile à faire parce que les trotskistes sont capables de revendiquer un « pur marxisme » par le fait même qu’ils n’ont jamais eu une chance, parce que leur théorie les empêche d’avoir jamais cette chance, en premier lieu, de mener une révolution et ainsi rencontrer tous les désordres que les révolutions ont tendance à engendrer, ainsi que la lutte entre les deux lignes que nous maoïstes avons défini (basée sur notre expérience historique) et qui s’est finalement produite ; le trotskisme n’a fait aucune erreur parce qu’il n’a rien fait qui lui permettrait d’échouer ou de réussir. C’est un peu comme quelqu’un qui n’est jamais allé à l’école et affirme n’avoir jamais échoué à un examen : c’est une position absurde et fallacieuse mais surtout une conception idéaliste du marxisme, où un communisme pur serait comme une forme platonicienne existant en dehors de l’espace et le temps, et que tout ce que nous avons à faire est de réfléchir correctement sur son essence afin de produire une révolution parfaitement parfaite.

Mais nous maoïstes affirmons avec Marx, qu’il n’est possible de savoir quelque chose que par la pratique ; ainsi, il est seulement possible de comprendre la révolution à travers la praxis révolutionnaire, en essayant et parfois en échouant à faire la révolution. L’histoire nous sert d’enseignement, mais pas dans les circonstances que nous choisissons et nous ne pouvons résoudre les problèmes, comme Marx tenait à rappeler à ses lecteurs, qui nous sont présentés par l’histoire que si nous les résolvons tous à la fois. Le trotskisme il faut le dire, n’a même pas essayé de résoudre le problème en pratique, de la révolution : il a seulement théorisé ce problème et s’est appuyé sur une théorie qui projette la révolution loin dans le futur, échappant ainsi au dur travail de construire un véritable mouvement révolutionnaire.

En effet, le besoin obsessionnel de prétendre que le maoïsme est un pseudo-communisme semble plutôt être le produit d’une idéologie concerné par un marxisme pur (un marxisme qui existe au-delà de la lutte des classes, qui ne peut être découvert qu’en lisant les mots précis de Marx, Engels, Lénine et Trotski, comme si ces mots étaient sacrés) ainsi qu’à une idéologie qui se sent menacée lorsque d’autres marxismes, à la différence de la supposée apogée de la théorie communiste (le trotskisme), parviennent à construire des mouvements capables de lancer des révolutions.  Donc plutôt que d’examiner pourquoi ces autres communismes réussissent et ce que leurs théories disent réellement – plutôt que de questionner sa propre absence de praxis révolutionnaire – le trotskisme se contente plutôt de prétendre qu’il s’agit de fausses révolutions et ensuite, quand ces révolutions échouent (parce qu’aucune révolution n’est déterminée à réussir et le succès est extrêmement difficile), certains trotskistes rient sciemment et soutiennent que leurs théories peuvent expliquer cet échec quand la vérité est que les théories de ceux qui ont échoué font un meilleur travail, comme indiqué dans la partir précédente à donner un sens à l’échec révolutionnaire.

En fait, certains des groupes trotskistes les plus orthodoxes prétendent que ce manque d’histoire révolutionnaire est une vertu : « les luttes de factions qui ont eu lieu depuis la création de la Quatrième Internationale par Trotski il y a plus de 50 ans ont été des luttes pour la préservation de la cause du prolétariat internationale, les principes et les traditions révolutionnaires que le Parti Bolchevik de Lénine avait mis en pratique pour mener à la victoire des masses laborieuses de l’ancien empire tsariste. »20 Signifiant donc que, le devoir principal d’un révolutionnaire est de préserver les traditions du passé, glanées dans un contexte social et historique très particulier, et qu’une telle poursuite justifie un factionnalisme et un sectarisme qui n’existe que parce que le groupe trotskiste x pense que le groupe trotskiste y a une interprétation idéologique erronée des positions théoriques très spécifiques et raréfiées détenues par Trotski.

Heureusement, ces variantes ultras-orthodoxes du trotskisme sont considérées comme des caricatures ridicules du marxisme par la majorité de la gauche, y compris par la majorité des autres trotskistes et gauchistes influencés par le trotskisme, et la seule raison pour laquelle ils parviennent à persister vient des même raisons que la persistance de leur esprit sectaire. Nous mentionnons seulement cette défense trotskiste orthodoxe de la préservation de l’histoire au détriment de l’action révolutionnaire pour indiquer que certains trotskistes sont tout à fait conscients de l’incapacité du trotskisme à produire ou à diriger un mouvement révolutionnaire. En outre, ce sectarisme orthodoxe devrait nous apprendre que la seule raison de s’engager dans une lutte idéologique avec d’autres variantes du communisme n’est pas, comme certains le font, de promouvoir des sectarismes banals et des factionnalismes statiques, mais de clarifier les fondements théoriques nécessaires pour faire la révolution. Observer ces raisons théoriques sans essayer de les appliquer dans la pratique révolutionnaire – et ainsi être incapable d’apprendre à les articuler de façon créative dans un contexte socio-historique donné – est l’antithèse du communisme.

Théorie et Pratique

Ainsi, comme débattu au début de cette polémique, la question « Maoïsme ou Trotskisme ? » n’a rien à voir avec une querelle sectaire abstraite ; il est questions de circonstances concrètes, de fondements théoriques nécessaires pour faire la révolution.  De plus, c’est une question qui émerge d’une tradition du communisme qui a essayé de faire la révolution et de comprendre ce que cela signifie depuis la signifiante expérience de la Guerre Populaire au Pérou et son échec final.  Après le Pérou, le Népal est allé plus loin mais s’est heurté au problème du révisionnisme qui a émergé, comme nous le dit le maoïsme, à travers la lutte entre les deux lignes.  Après le Népal, il y a eu le renouveau de la guerre populaire en Inde, qui continue de grandir et de plonger le pays dans la guerre civile.  Et dans quelques années, les maoïstes en Afghanistan pourraient finir par lancer leur guerre populaire, prouvant que le 21ème siècle sera celui des révolutions.  Dans les centres capitalistes mondiaux, de nouvelles formations marxistes-léninistes-maoïstes émergent et tentent de comprendre comment faire la révolution dans les centres capitalistes – une question qui n’a pas été examinée de manière approfondie depuis très longtemps et qui, le plus souvent, est répondu avec des théories entristes et/ou insurrectionnelles qui n’ont jamais été couronnées de succès.21

C’est pourquoi nous ne sommes pas intéressés à répéter les refrains éculés que les anciens mouvements marxistes-léninistes ont chantonné à propos du trotskisme.  Nous pensons qu’il est possible de reconnaître le trotskisme comme une interprétation de la tradition marxiste-léniniste nous pensons même qu’il vaut la peine d’admettre qu’il y a beaucoup d’individus et de groupes trotskistes qui ont apporté une contribution utile à la théorie et qui se sont infatigablement mis du côté des masses – nous ne pensons juste pas que cette interprétation, selon ses fondements théoriques, puisse être autre chose qu’une impasse révolutionnaire.

Nous pensons aussi que les engagements trotskistes, ainsi que ceux qui acceptent sans critique le récit trotskiste (comme Goldner, qui est un « communiste de gauche » et non pas un trotskiste, qui est un bon exemple de ce problème) du maoïsme n’ont jamais réussi à donner un sens à cette trajectoire théorique.  Quand nous rencontrons des articles sur le maoïsme par des soi-disant « trotskistes critiques » qui ne voient rien de valable dans la révolution chinoise et qui ignorent tous les grands mouvements révolutionnaires aux périphéries mondiales qui ont été inspirés par cette révolution quand nous lisons des combats théoriques qui traite du  maoïsme comme étant un phénomène qui n’est apparu que dans les années 1960 et 1970 et qui ignore le fait que le Maoïsme-qua-Maoïsme ne s’est cristallisé qu’à la fin des années 1980, nous avons tendance à supposer que cette mauvaise foi de nos homologues trotskistes nous en dit plus sur leur manque de compréhension théorique que des erreurs de notre part.  En outre, quand nous voyons les grandes guerres populaires qui ont éclaté depuis l’émergence du marxisme-léninisme-maoïsme traités par d’autres communistes comme insignifiants, ou comme un « faux communisme » malgré le fait qu’elles mobilisent avec succès les masses, et les échecs de ces révolutions promu sur leur  succès, nous nous demandons si ces communistes se soucient même d’essayer de faire la révolution.  Comme l’a dit un jour un camarade maoïste, « Ces personnes ne pensent même pas que nous devrions oser lutter ! »

Mais nous devrions oser lutter et nous devrions développer notre théorie à la fois sur les succès et les échecs de nos luttes, tout comme nous l’avons fait avec les succès et les échecs de la Russie et de la Chine.  Et si nous échouons encore, cela ne signifie pas que nous avions tort d’essayer, mais que nous avons échoué à surmonter les problèmes décrits avec justesse par le marxisme-léninisme-maoïsme ou que nous avons rencontré de nouveaux problèmes qui devront être systématiquement théorisés.  Car nous sommes enseignés par les échecs et les échecs tout autant que les succès nous enseignent et nous ne pouvons rien apprendre de la théorie révolutionnaire à moins d’essayer, à travers une systématisation minutieuse matérialiste historique des mouvements révolutionnaires passés (en particulier les révolutions historiques socialistes mondiales en Russie et en Chine), de faire la révolution.  Lénine a un jour déclaré que sans une théorie révolutionnaire, il ne peut y avoir de mouvement révolutionnaire, et c’est juste.  En même temps, cependant, sans mouvements révolutionnaires et ce que nous pouvons apprendre à travers l’expérience de la révolution, il ne peut y avoir de théorie révolutionnaire.

Nous posons donc la question « Maoïsme ou Trotskisme ? » pour clarifier les raisons pour lesquelles un choix idéologique peut et doit être fait.  Si le lecteur préfère un communisme qui a réussi à rester « pur » parce qu’il est resté, par souci de pureté théorique et parce qu’il croit qu’une révolution ne peut avoir lieu que si elle est globale, alors le trotskisme est clairement le seul option viable : après tout, les trotskistes peuvent se vanter de manquer d’échecs révolutionnaires – tout en soulignant les échecs des soi-disant « stalinismes », qu’ils nous avertissent d’éviter – parce qu’ils n’ont jamais réussi à approcher le point vital de l’élan révolutionnaire où l’échec est même possible.  Mais si le lecteur est prêt à accepter que faire de la révolution est une affaire difficile, sujette aux échecs plus souvent qu’au succès, désireux de comprendre comment ces échecs et succès peuvent être systématisés, et prêt à accepter que la difficulté de faire la révolution produira souvent plus d’échecs que de réussites alors que nous trébuchons lentement mais avançons avec espoir vers prochaine révolution historique mondiale, alors le maoïsme, avec tout son désordre « impur », est la seule idéologie communiste pertinente.  Car le monde est en effet désordonné, et nous arriverons à la révolution trempée dans la saleté de l’idéologie capitaliste et toutes les erreurs qui « pèsent sur nous comme un cauchemar » ; cela peut prendre des décennies de guerres populaires successives exaltantes mais finalement ratées pour s’étendre au-delà de l’horizon socialiste suivant… Mais si nous n’essayons pas et essayons plutôt de préserver un marxisme idéal en attendant en permanence, nous serons dépassés par l’Armageddon promis par le capitalisme.

 

Source: http://www.bibliomarxiste.net/documents/canada/maoisme-ou-trotskysme/

MAOISM OR TROTSKYISM? by J. Moufawad-Paul

 

The question “Maoism or Trotskyism?” might seem absurd to ask now, over a decade into the 21st Century, since such an ideological debate might, at first glance, appear to belong to a period of struggle before the collapse of actually existing socialism. After all, the last gasp of “antirevisionist” Marxism-Leninism in the 1960s and 1970s was marked by sustained polemics against Trotskyism as well as counter-polemics by Trotskyist organizations. Innumerable tracts and books either asked the question “Leninism or Trotskyism?” or attempted to prove that Trotskyism was Leninism and that everything else was simply some variant of “Stalinism”. And those communist organizations that attempted to wage ideological struggle against both Trotskyism and the revisionism of the Soviet Union were often organizations that veiled themselves as “Maoist” because they identified with the so-called “Chinese path” rather than the “Soviet path”.
Now we are living in a period where the Soviet Union has long since collapsed and China has itself embarked on a revisionist road––a period that spelled the doom for an anti-revisionist Marxism-Leninism that had pinned its hopes on China as the centre of world revolution in the cold war period of imperialism, a movement that was doomed to fail because it was unable at the time to systematize the successes and failures of the second world historical socialist revolution. This is a period where capitalism has proclaimed its triumph, claimed “the end of history” for itself, and countless communist movements disintegrated. This is also a period marked by the rise of anarchism, post-modernism, and left-communist movements that openly disavowed Marxism-Leninism and any type of communism that bases itself on a “party of the vanguard” organized to establish the dictatorship of the proletariat.
And yet this is a period where Trotskyism and Maoism still exist, sometimes thriving, both claiming to authentically represent and even supersede the tradition of Marxism-Leninism that was supposed to have died in the 1980s. This is also a period where the anti-Leninist leftist currents are beginning to reach the impasse that was always present in their ideology, leading to disaffection and a renewed interest in the communist tradition that was supposed to have died when capitalism declared itself victorious over communism.
Furthermore, Trotskyism never went away and, despite sectarian splits and critical openings, has still maintained a consistent influence at the centres of capitalism, especially amongst marxist intellectuals living in North America and Britain, even when it was not openly proclaiming itself as “Trotskyist.” Here we can speak of the “post-Trotskyist” groups (such as those influenced by Hal Draper or Raya Dunayevskaya) who might more resemble anarchists in practice but who still declare a certain level of fidelity to Trotskyism in their understanding of history and key moments of theory. We can also examine the renewal of old Trotskyisms such as the International Marxist Tendency that, regardless of their possibly moribund approach to political action, still seem to be attracting young leftists who are fed up with the post-modern “movementism” that has now revealed its lack of revolutionary focus. In this context Trotskyism
was able to wage a somewhat successful ideological struggle within academia at the centres of imperialism and thus exert a significant level of control over the intelligentsia’s discourse of Marxism.
At the same time, however, Maoism only emerged as Maoism proper at the end of the 1980s and beginning of the 1990s when capitalism was declaring communism extinct: first with the people’s war carried out by the Communist Party of Peru (PCP), and the emergence of the Revolutionary Internationalist Movement (RIM) with its 1993 statement Long Live MarxismLeninism-Maoism!. It was in this context that the experience of the Chinese Revolution––its successes and failures––was systematically examined and “Maoism” was declared the third stage of revolutionary science. For the first time, then, “Maoism” was theorized as an actual ideology rather than just a “thought” that had replaced Stalin’s thought as the interlocuter of MarxismLeninism; the PCP and the RIM argued for Maoism-qua-Maoism rather than Maoism-qua-Mao Zedong Thought, claiming that what they called “Maoism” was a theoretical development of scientific communism, a continuity and rupture from Marxism-Leninism, because it possessed tenets that were universally applicable. Hence, the RIM would argue that Maoism is the latest encapsulation of Marxism and Leninism, and Marxism-Leninism as it was is no longer sufficient.1
The birth of Maoism would signify an explosion of revolutionary development and people’s wars in the peripheries of global capitalism (in Nepal, India, Afghanistan, etc.)––what Mao called “the storm centres” and Lenin called “the weak links”––where Trotskyism was generally seen as an alien ideology. But the fact that Trotskyism has historically, with honourable exception, been treated as an alien ideology in the so-called “third world” does not necessarily mean it is theoretically bankrupt. Indeed, it is not enough to point out that a theory has failed to make any head-way in certain regions to relegate it to Trotsky’s “dustbin of history”: various cultural nationalisms, some of which are quite reactionary, have often eclipsed Maoism in the global peripheries and yet we would not argue that this makes them properly anti-capitalist and antiimperialist; and Maoism’s failure to claim ideological hegemony amongst marxists at the centres of capitalism, regardless of some significant transformations here and there, should not mean that Maoism, as some have argued (even some who fancy themselves “Maoist”!), is only applicable to third world revolutions.
Moreover, the question “Maoism or Trotskyism?” should not be confused, as it sometimes is, with the older question of “Leninism or Trotskyism?” asked by anti-revisionists or rugged orthodox Stalinists. The latter was a question that was often asked in bad faith because it began by presupposing that, true to the Stalinist narrative of Trotsky’s expulsion from the Soviet Union, Trotsky was an arch anti-Leninist, a “wrecker”, and possibly even an agent for imperialist reactionaries. The standard Trotskyist response to this polemical question was simply to cast
1 The RIM document Long Live Marxism-Leninism-Maoism! would proclaim that all communisms that argued for a communism pre-Mao, pre-Lenin, or even pre-Marx were “revisionist”, much like arguing for a theory of physics pre-Einstein was theoretically backwards.
itself in the mould of Lenin and, without using the precise terminology, declare itself MarxistLeninist-Trotskyist. Whether or not Trotskyists theorized “Leninism” correctly might be an important issue––and one that we will examine tangentally in some detail below––but the accusation that Trotskyism was the express enemy of Marxism-Leninism was most often a rhetorical stance and semantic game: since Stalin theorized “Leninism”, the argument went, Trotskyism must be anti-Leninist and thus anti-Lenin since it is also anti-Stalin.
Therefore, to ask the question “Maoism or Trotskyism?” as a Maoist is to try to investigate Trotskyism as a competing ideological current and to perform this investigation not to make sectarian points because of some religious adherence to the signifier “Maoist” but in order to point out why Maoism rather than Trotskyism is a necessary theoretical rallying point if we want to make revolution. Indeed, if Trotskyism was able to demonstrate that it was such a rallying point, that it was kick-starting Bolshevik-style insurrections the world over that, even in their failures, were providing a significant communist challenge to capitalism, then we would have to question the validity of Maoism. Since anything is possible, maybe this will happen in the future––and if it does we should all become Trotskyists and accept that this is the correct path to revolution––but maybe also the “movementist” post-modern approach will prove itself successful, or maybe capitalism really is the end of history, and so these multiple possibilities are not enough to prevent an ideological engagement with a theoretical tradition that has so far proven itself incapable of being a revolutionary science. For if we are taught by history and are communists, then we should also recognize that the only way to understand history scientifically is to theoretically systematize the lessons gleaned from history’s motor––class revolution. And since ideologies are historically mediated, we also have to examine whether or not they are viable in connection with class revolution.
Nor can we simply fall back on the old adage of anti-Trotskyism that marked the anti-revisionist Marxism-Leninisms of yesteryear. In those days it was enough to call Trotskyists “revisionists”––or worse, “social fascists” and “wreckers”––and then attempt to ignore them… except when their more orthodox adherents showed up at an event they hadn’t helped organize to chastise everyone for being fake communists. Yes, it is tempting to call someone who is calling you a “fake communist” by the same name, but this is just a mud-slinging exchange. Therefore, it is also important to recognize that Trotskyism is not simply “revisionism”2, that Trotsky was not an anti-communist renegade, as scholars like Grover Furr might have us believe, or that Trotskyists are not dyed-in-the-wool “wreckers” who intend to ruin communism. Even more importantly, it is necessary to recognize that Trotsky was a significant revolutionary during the Russian Revolution and that some Trotskyist theorists have even contributed to the Marxist theoretical canon. Indeed, the fact that Trotskyist intellectuals were able to wage a somewhat successful ideological struggle in the imperialist academic sphere is cause for celebration: it is due in a large part to their efforts that Marx and Marxism remain as valid academic pursuits.
2 Or if it is revisionism than it is objectively revisionist in the way that the aforementioned RIM document has proclaimed that any communism pre-Maoism is a form of revisionism-in-essence.
In any case, the current demise of the people’s war in Nepal proves that Maoists also can be revisionists. The eventual behavour of a degenerated RCP-USA in the RIM proves that Maoists can also be wreckers. These are charges that can be made of communists in every Marxist tradition; they are not some original sin attributable only to Trotskyism. If we are to properly ask the question “Maoism or Trotskyism?” we have to climb out of this rhetorical swamp.
We also must honestly ask “Maoism or Trotskyism?” as Maoists, rather than ignore this question altogether and go about our work, because Trotskyists are asking the same question. Ever since the emergence of Marxism-Leninism-Maoism and the people’s wars that have blossomed in the storm centres of imperialism––ever since vital organizations at the centres of capitalism have started to gravitate, sometimes slowly and sometimes swiftly, towards this coherent form of Maoism––Trotskyist ideologues and intellectuals influenced by the tradition of Trotskyism have been writing theoretical engagements with Maoism.
Generally, these theoretical engagements have been quite poor. Loren Goldner’s Notes Towards a Critique of Maoism is a recent example of these attempts to combat Maoism from a communist tradition that in some ways expresses a certain level of fidelity to Trotskyism. Jairus Banaji’s critiques of Indian Maoism or Chris Cutrone’s dismissal of Maoism altogether are other salient examples. These critiques most ofte venerate Trotsky over Mao, denigrate Maoism as “Stalinism”, and indeed demonstrate the same understanding of Maoism possessed by the most orthodox Trotskyist groups like the Spartacist League and the International Bolshevik Tendency: that Maoism is simply “bourgeois revolution with red flags” because Mao’s theory of New Democracy (which every Trotskyist assumes, having apparently never read the RIM statement or any of the theoretical expressions of Marxism-Leninism-Maoism, is the prime definition of Maoism) is erroneously understood as “class collaboration.” In none of these critiques is there any recognition that Maoism-qua-Maoism finally crystallized as a revolutionary theory only in 1993 and that a sustained engagement with the “maoisms” of the 1960s and 1970s is off the mark.3
These extremely flawed theoretical engagements, however, demonstrate the necessity to ask the question “Maoism or Trotskyism” from a Maoist perspective. On the one hand they show that some Trotskyists and/or post-Trotskyists are taking Maoism seriously (indeed, they cannot deny that it is currently the only variant of communism successfully mobilizing the masses at the storm centres of imperialism); on the other hand, it demonstrates a certain level of panic amongst orthodox Trotskyists (who, like all orthodox communists, are angry that people are choosing a communism other than their own), and amongst non-orthodox Trotskyists and post-Trotskyists who are confused by a communism that, at first glance, does not resemble the kind of communism they believed was proper communism.
3 see here the response to Goldnerʼs article and the assumptions it shares with Trotskyist critiques of Maoism on MLM Mayhem! [http://moufawad-paul.blogspot.ca/2012/10/message-to-insurgent-notesplease.html]
Most importantly, though, these theoretical engagements with Maoism demonstrate the emergence of an ideological line struggle where those committed to a communism that, to whatever degree, is influenced by Trotskyism are trying to prevent people gravitating towards communism from committing what they see as an ideological error. They want young communists to back away from the temptation of Maoism, to adhere to a more respectable Marxist tradition, and they want this because they believe their tradition is the only tradition capable of bringing about communism. And since we Maoists believe the same, we should at least recognize that this attitude is laudable. The problem, though, is that we are making the inverse claim.
The point here is that Trotskyism and the communism inspired by Trotskyism cannot be dismissed as “revisionism” but should rather be understood as a theoretical dead-end. History has many dead-ends and blind alleys, after all, and it is our contention that Trotskyism is ultimately another theoretical anachronism that is incapable of developing a path to revolution; it lacks the theoretical tools necessary for providing ideological and practical unity to a revolutionary movement. So in this engagement we will demonstrate this failure on the part of Trotskyism by examining: a) its theory of “permanent revolution” which is the theory that defines Trotskyism; b) its complaints about “Stalinism” and the failure of actually existing socialism; c) its insability to be anything other than a dead-end when it comes to actually making revolution.
Permanent Revolution
If Trotskyism can be boiled down to a key theory then it is the theory of “permanent revolution, best exemplified in The Permanent Revolution (1931) but also expressed in germ form in earlier documents such as Results and Prospects (1906). It is this theory that determines Trotskyism’s theoretical engagement with Maoism; it even explains why Trotskyism chooses to misunderstand Maoism. All Trotskyist organizations declare fidelity to this theory, even if they spend a lot of time arguing about what it means or attempting to modernize its theoretical terrain (i.e. Tony Cliff of the Socialist Workers Party attempted to do so and was called a “revisionist” by the orthodox Trotskyists), and so it is their theoretical linch-pin.
To give credit where credit is due, the theory of permanent revolution is actually the result of Trotsky asking a correct question: how does one sustain and carry forward a revolution in a country that has not had a bourgeois revolution––how can socialism be built at the global peripheries where the political context and productive forces that are produced by a bourgeois revolution are absent? Clearly Trotsky asked this question because of his experience in the Russian Revolution and the inescapable fact that Russia seemed to lack the necessary elements, directly following the Bolshevik seizure of power, for socialism: the persistence of the peasant masses who were themselves stratified and outnumbered the working-class, the supposed “gravediggers of capitalism”; the absence of the forces of production that would have allowed for a predominant working-class and the foundations for socialization, an absence that led to
numerous economic plans on the part of Lenin and the Bolshevik leadership; and, perhaps most importantly for what would become the theory of permanent revolution, the lack of an infrastructure necessary to prevent socialism from degenerating since it would always be under attack by the more economically advanced capitalist nations. Moreover, since Trotsky was an important participant in the Russian Revolution, he wanted to argue, correctly and contrary to a very strong revisionist Marxist current at the time, that revolutionaries in underdeveloped countries (such as Russia) do not have to wait for an articulate bourgeois class to appear in these countries and have their revolution first.
Borrowing the terminology “permanent revolution” from Marx and Engels, Trotsky tried to make sense of the problems that confronted the revolution in Russia and summed up his understanding in the following manner:
“The Perspective of permanent revolution may be summarized in the following way: the complete victory of the democratic revolution in Russia is conceivable only in the form of the dictatorship of the proletariat, leaning on the peasantry. The dictatorship of the proletariat, which would inevitably place on the order of the day not only democratic but socialistic tasks as well, would at the same time give a powerful impetus to the international socialist revolution. Only the victory of the proletariat in the West could protect Russia from bourgeois resoration and assure it the possibility of rounding out the establishment of socialism.”4
So far so good: some Trotskyists would be surprised to discover that Maoists agree with most of this statement. Where we differ, however, is in how Trotsky fully theorizes his perspective on permanent revolution, the problem of which is contained in the last sentence of this summary where the final responsiblility of socialist victory is accorded to the proletariat at the centres of world capitalism (in Trotsky’s day this was the “West” meaning “West of Russia”––central Europe, predominantly Britain and Germany). We’ll return to this later.
Furthermore, the main part of Trotsky’s revolutionary strategy in the context of peripheral countries is dedicated to a very specific analysis of the peasantry that sets it apart from the Maoist understanding. As noted above, Trotsky claims that the dictatorship of the proletariat must lean on the peasantry, but what he means by this is not that the peasantry in peripheral nations might be a revolutionary class but that, rather, they must be submitted to the discipline of the more advanced but minority proletariat class. Indeed, in The Permanent Revolution Trotsky accuses Lenin of “overestimating the independent role of the peasantry” and that Lenin accused him of “underestimating the revolutionary role of the peasantry.”5 Hence he can speak of how the peasantry does not possess a revolutionary consciousness, that it will actually be counterrevolutionary (following Marx’s analysis of the French peasantry in The 18th Brumaire of Louis
4 Trotsky, The Three Conceptions of the Russian Revolution, http://www.internationalist.org/three.html 5 Trotsky, The Permanent Revolution (third chapter), http://www.marxists.org/archive/trotsky/1931/tpr/ pr03.htm
Bonaparte), and that the proletariat will necessarily come into “collision” with the peasantry when it is consolidating the dictatorship of the proletariat.
Thus, Trotsky’s claim that the dictatorship of the proletariat must lean on the peasantry seems to be rhetorical; he is rather confused by the peasantry and its position within a revolution that emerges in a semi-feudal context. On the one hand he wants to think beyond the crude “stagism” (a charge Trotskyists will later apply to any theory of revolution that tries to answer the same question but that isn’t the theory of permanent revolution) inherent in the revisionist marxisms that consistently focused on a bourgeois revolution happening first; on the other hand he is still caught within the same positivist categories of class where, following very dogmatic readings of Marx, the proletariat must look like the proletariat in western Europe and the peasantry must eventually and always be like the peasantry in the France of the 18th Brumaire. There is a tension here between the desire to break away from dogmatic applications of historical materialism and the gut reaction to stick within the safe territory of a “pure marxism”.
Ultimately Trotsky’s commitment to marxist orthodoxy would defeat his desire for marxist creativity, the form of marxism overwhelming its methodological essence. That is, Trotsky would prove incapable of particularizing the universality of marxism within a given social context: he understood the importance of the peasantry in semi-feudal countries but, by also seeing them as a counter-revolutionary force in the final instance, believed that the nascent working-classes in these countries, as we shall see below, needed to hold the revolution in permanence and discipline a most probably reactionary peasantry.
Generally Trotsky thought the peasantry would support a democratic revolution led by the proletariat but, because of their feudal consciousness, would cease supporting this revolution when it became socialist. Hence his reason for assuming the possibility of a “civil war” between the peasantry and the industrial working-class in The Permanent Revolution, a civil war that could only be avoided if there was an international revolution led by the working-classes in the more developed regions of global capitalism––again we are led to his emphasis about the “victory of the proletariat in the West” as the necessary mechanism to prevent bourgeois restoration.
But before we get into this international dimension of the theory, we should examine how Trotsky’s views of the peasantry were articulated within the semi-feudal context that gave rise to Maoism––the Chinese Revolution. Here, that in 1925 the Trotskyist current in the initial Chinese Party of China (CPC), represented by Chen Duxiu, opposed Mao’s argument, following rigorous social investigation, that the party needed to embed itself within a peasantry that was already engaged in revolutionary action. Chen did not think that the party should embed itself within the peasantry because he felt, following Trotsky’s line, that the peasantry would ultimately prove to be a reactionary force when it came to the struggle for socialism; instead he advocated remaining within the ranks of the Kuomintang and trying to win over the working class so that the party would have the necessary class forces to command the already revolting peasantry. Here, it is interesting to note that the representative of Stalin in the initial CPC, Li Lisan, advocated the
identical practice but for different reasons (the Kuomintang was a bourgeois revolutionary force was Li’s erroneous argument) and so, at the end of the day, both Trotskyist and Stalinist ideological lines resulted in the same dead-end practice: while Mao split from this configuration of the CPC and rebooted the party in the revolutionary peasantry, those loyal to the political lines of Chen and Li were liquidated by the Kuomintang under Chen Kaishek in 1927.
Furthermore, one only has to have a conversation with an orthodox Trotskyist about revolutions outside of the developed imperialist centres to understand what a nearly religious adherence to the theory of permanent revolution means for an understanding of the peasantry. They will tell you that peasants have either a reactionary or “petty-bourgeois” consciousness because they are fully embedded in feudalism and that any revolution that bases itself on this peasantry––even if they are the most numerous class with nothing to lose––is not properly “marxist”. The industrial working-class is the only class capable of being the back-bone for a revolution, is the argument, and if this class does not exist––and sometimes cannot exist as a revolutionary class in a capitalist formation that will remain underdeveloped under imperialist oppression––then there is no point in doing anything but holding the revolution in permanence and waiting for the more developed working-class at the centres of capitalism to lead the world revolution.
This is because Trotsky, in some ways intersecting with Lenin, understood that while revolutionary movements happened at the weakest links of global imperialism, the fact that the centres of world capitalism still possessed the economic power to crush these peripheral revolutions was something that needed to be understood. Unfortunately, rather than trying to make sense of the dialectic between centre and periphery, Trotsky placed the onus of revolutionary responsibility on the shoulders of the proletariat at the centres of global capitalism. This was, after all, a proper proletariat that should have a proper proletarian consciousness. As he argues in Results and Prospects:
“Without the direct State support of the European proletariat the working class of Russia cannot remain in power and convert its temporary domination into a lasting socialistic dictatorship. Of this there cannot for one moment be any doubt. But on the other hand there cannot be any doubt that a socialist revolution in the West will enable us directly to convert the temporary domination of the working class into a socialist dictatorship.”6
In fact, Trotsky goes on to approvingly cite Kautsky’s claim that “[s]ociety as a whole cannot artificially skip any stages of its development, but it is possible for constituent parts of society to hasten their retarded development by imitating the more advanced countries and, thanks to this, even to take their stand in the forefront of development.”7 So much for Trotsky’s avoidance of “stagism”: instead of it being possible for there to be socialist revolutions in the global
6 Trotsky, Results and Prospects (eighth chapter), http://www.marxists.org/archive/trotsky/1931/tpr/ rp08.htm 7 Ibid.
peripheries, at best there can only be “artificial” socialist institutions8 that can influence the more advanced nations to take the lead in producing authentic global socialism. One must wonder, then, what makes a socialism “artificial” as opposed to “authentic” when, according to Lenin, socialism is a process, a transitionary stage where the bourgeoisie is placed under the dictatorship of the proletariat, and thus as heterogeneous as the period of mercantile capitalism, where there were various attempts to place the aristocracy under bourgeois dictatorship, that preceded the emergence of capitalism. But we shall return to this point about the Trotskyist understanding of socialism in the following section.
Trotsky’s theory of “combined and uneven development” was fundamental to his understanding of the theory of permanent revolution’s international meaning. Here we have a theory that seems to imply that capitalism is a global mode of production that develops in a combined and uneven manner, rather than a theory (as those influenced by what would become the Maoist tradition have argued) of a world system of capitalism where capitalist modes of production form the centres of capitalism, and impose/control global capitalism through imperialism, and capitalist social formations on the periphery that are still economically defined, internally, as pre-capitalist modes of production.9
If the world is a single mode of production, then it makes sense for there to be a single world socialist revolution determined in the final instance, obviously, by those who are at the correct international point of production, i.e. the industrial proletariat at the centres of imperialism. For if capitalism is a global mode of production, then its point of production must also be global and it makes sense to speak of a global proletarian class rather than various proletarian classes in various social contexts which might not have a nation ideologically but still exist within a national economic framework materially. In this context the nascent industrial working-class in the economically “backward” regions must not only place the most probably counterrevolutionary peasantry under their advanced discipline but also, due to the inability of building socialism in a particular region without a world revolution, hold the revolution in permanence and wait for the lead of their more advanced counterparts in the more economically “advanced” parts of the global mode of production––much like the workers at a small factory in a small town waiting for the workers in the massive factories in the big cities to have a general strike and start the insurrection.
8 Ibid. 9 Although Trotsky doesnʼt specifically argue that the capitalist mode of production is global, his theory of “combined and uneven development” implies this understanding due to its inability to make a distinction between capitalism as a mode of production and capitalism as a world of system. Instead, for Trotsky, there is only one capitalism that is global, combined and uneven, and the unevenness is only due to the “anarchism” inherent to capitalism rather than a necessary fact of global imperialism imposed by capitalist modes of production that can only exist as modes of production at the centres of world imperialism. His most succinct definition of “combined and uneven development”, which can be found in the The Third International After Lenin, demonstrates this theoretical confusion.
Moreover, this internationalization of the capitalist mode of production causes multiple strands of Trotskyism to also internationalize the revolutionary party. While we Maoists must agree with our Trotskyist counterparts about the necessity of internationalism, we also hold that it is a false internationalism to establish an international communist party. This is because we Maoists believe that every nation has its own unique class composition10, its own particular version of a universal mode of production, and one cannot simply impose the analysis of class and class struggle that was developed in, say, Western Europe or the United States on regions as diverse as Pakistan, Vietnam, etc. Most often this type of “internationalism” ends up being a rearticulation of imperialist chauvinism where the “more advanced” elements of these international parties (i.e. the party members in the US or Britain) dictate the theoretical analysis and behaviour to their party counterparts in a third world country, failing to realize that a revolutionary movement in these regions can only proceed from a concrete analysis of a concrete situation rather than the imposition of an alien analysis connected to other regions.
Hence the failure of Trotskyist parties to launch even the beginning stages of a revolution anywhere, particularly at the peripheries of global capitalism; even in those rare instances where they had significant membership (i.e. in Vietnam before the rise of Ho Chi Minh’s party), they could not initiate a revolutionary process and were quickly eclipsed by those movements that had developed organically, however flawed the theory of these movements might have been, in these particular contexts. Thus, if communism is ultimately about making revolution, we have to question a theory that has been unsuccessful in launching a revolutionary struggle anywhere. And though it is true that Trotskyists claim that other revolutionary struggles failed because they did not take into account Trotsky’s theory of permanent revolution, the fact is that these ultimately failed revolutions were still more successful than any revolutionary movement guided by Trotskyism; the theory of permanent revolution is an originary failure––it has proved itself incapable of even launching a revolution… But I will talk more about this problem in the final section of this polemic.
If I am spending a significant amount of time trying to describe the ins-and-outs of the theory of permanent revolution, it is because a Maoist response to the core theory of Trotskyism requires an adequate summary. Moreover, as noted above, the Trotskyist understanding of Maoism can be traced to the fact that this is the foundational theory for the former ideology; thus, anything that appears to contradict this theory on the part of the latter must be treated, I would assume, as that theory’s most important facet.
Here, of course, we are speaking of the New Democratic Theory that was another way to answer the same question. Since the Chinese Revolution happened in a semi-feudal/semi-colonial context, the CPC under Mao was also interested in theorizing how socialism could be built and, because of this interest, there are moments where the theory of New Democracy and Permanent Revolution, at least in this sense, intersect. The divergences, though, are crucial––mainly they
10 And sometimes, even with a single country, different regions have different class compositions–-albeit united under a single state.
are crucial because the CPC, unlike any Trotskyist organization, actually succeeded in answering the question and building socialism in China.
The theory of New Democracy is generally about how to build the forces of production necessary to produce socialism (i.e. the industrial infrastructure that normally would have emerged under capitalism but is often largely absent in a semi-feudal social formation) since the centralization of productive forces that is the hallmark of socialism is only possible if these productive forces exist in the first place. Rather than wait for a bourgeois revolution to produce the capitalist groundwork for socialism, though, the theory of New Democracy argues that: a) such a revolution is generally impossible in a country that is dominated by imperialism, and unnecessary since global capitalism means that every country is in some sense a capitalist formation; b) the economic infrastructure necessary for socialism will be built under the direction of the communist party, thus the productive forces will be submitted to socialist productive relations and politics will be in command; c) under the direction of the communist party there can be an alliance between the “revolutionary classes” in this period, an alliance necessary to achieve (b) that will consist of a worker-peasant alliance with the participation, to a certain degree, of the national bourgeoisie that would remain under the guidance of the party.11
It is important to note that Trotskyists focus obsessively on point (c), while dismissing the other points as “stagist” (ironic because the theory of permanent revolution also has its “stages”–– artificial socialist institutions in the peripheries first, true socialist revolution led by the proletariat at the centres later), because they feel it is tantamount to “class collaboration” and that this, more than anything else, proves that Maoism (which they reduce only to this theory) is a theory of “bourgeois revolution with red flags.” They will often use examples that have nothing to do with New Democracy as it was practiced in China, and as it has been understood by Maoists now, to prove the class collaborative aspect of this theory. Indeed, Trotskyists will often cite the failure of Indonesian communism in the early 1960s as an example of the failures of New Democracy (and by extension “Maoism”) even though Sukarno’s theory of “Guided Democracy” was not identical to Mao’s theory of “New Democracy” and, in any case, what would produce the theoretical core of Maoist theory––the Great Proletarian Cultural Revolution––had not happened when Sukarno proposed his approach to revolutionary nationalism in 1957. Nor was the Indonesian Communist Party behaving according to the theory of New Democracy; contrary to Mao’s theory noted above, this party had placed itself within the framework of a national bourgeois structure, and thus was under the command of the national bourgeoisie rather than vice versa. New Democracy, therefore, is only possible if the revolution is being led and completed by the communist party: communist politics must be in command; the
11 Maoʼs On New Democracy can be found at the Marxist Internet Archive here: http://www.marxists.org/ reference/archive/mao/selected-works/volume-2/mswv2_26.htm
relations of production politically necessary for socialism must direct the building of the forces of production economically necessary for socialism.12
Moreover, the reason the theory of New Democracy claimed that the national bourgeoisie in a semi-feudal and semi-colonial context could be a “revolutionary class” (but only to a certain extent and always under the direction of the party) was because this class, unlike the comprador bourgeoisie (that is, the bourgeois who represented imperialist interests), often had a vested interest in getting rid of imperialist interference and semi-feudal ideology. In the framework of building socialism in a semi-feudal/semi-colonial, this consciousness was objectively revolutionary. “Being a bourgeoisie in a colonial and semi-colonial country and oppressed by imperialism,” writes Mao in On New Democracy, “the Chinese national bourgeoisie retains a certain revolutionary quality at certain periods and to a certain degree… in its opposition to the foreign imperialists and the domestic government of bureaucrats and warlords.”13 Note that Mao qualifies that this “revolutionary quality” is only possible “at certain periods and to a certain degree”; indeed, he would qualify the limits of this quality just a few paragraphs later which demonstrates why the theory of New Democracy has nothing to do with class collaboration and tailing the national bourgeoisie:
“At the same time, however, being a bourgeois class in a colonial and semicolonial country and so being extremely flabby economically and politically, the Chinese national bourgeoisie also has another quality, namely, a proneness to conciliation with the enemies of the revolution. Even when it takes part in the revolution, it is unwilling to break with imperialism completely and, moreover, it is closely associated with the exploitation of the rural areas through land rent; thus it is neither willing nor able to overthrow imperialism, and much less the feudal forces, in a thorough way.”14
This does not sound like class collaboration. In fact, the way Mao understands the national bourgeoisie in a semi-feudal/semi-colonial context (which is a bourgeoisie, he would argue, that is different from the bourgeoisie at the centres of capitalism) is similar to how Trotsky understands the peasantry: a useful force to draw upon at a certain stage of revolution, but a stumbling block to revolution later on. Hence the reason to place the national bourgeoisie under
12 As an aside, as a friend and comrade who helped edit this polemic pointed out, it is “important to stress that Trotskyists confuse the theory of New Democracy or People’s Democratic Revolution with the Stalinist and postStalinist theory of National Democratic Revolution. The latter practically instructs communist parties in the third world to subordinate themselves to the ‘national bourgeoisie’ [as with Li’s line in the CPC pre-Mao noted above] and hence the debacles of Indian mainstream communism, which has morphed into just contesting elections repeatedly, and the far more tragic disaster of the PKI and Tudeh. New Democracy is very clear about the independent power of the party, of the working-class and peasantry, entering into alliances with the bourgeois forces of the Kuomintang only tactically, and subordinating the the national bourgeoisie to the peasantry and working class––not subordinating the working-class and peasantry to the national bourgeoisie.” (NA) 13 Mao, On New Democracy, Peking: Foreign Languages Press, 1967, p. 14, emphasis added. 14 Ibid., p. 14-15.
the command of the party during the period of New Democracy and the complaints, on the part of reactionary historians even today, of how these poor bourgeois people were tricked into collaborating with communism only to have their bourgeois “rights” taken away.
Indeed, and this is extremely important when it comes to the question of “Maoism or Trotskyism”, the period of New Democracy was over by the end of the Great Leap Forward (despite some of the GLF’s signficant failures which, it should be noted, were not as tragic as bourgeois reactionary historians claim), and the conclusion of this period was openly declared by the faction of the party united under Mao, and socialism was finally emergent. In this context the problem was no longer how to build the context necessary for the dictatorship of the proletariat, but how to maintain the dictatorship of the proletariat and produce the social relations necessary for communism. Here it is significant to note that there was a political line in the party that did not want to go beyond New Democracy, that confused this period with socialism, and did not want to carry forth the struggle to consolidate the dictatorship of the proletariat. Thus, during the Great Proletarian Cultural Revolution, there emerged a critique of the bad theory of “productive forces”––a theory arguing that we should only concentrate on building the productive forces necessary for socialism, rather than dealing with the political question of relations of production, and thus continue only with New Democracy and mistake this period as socialism.
The recent events in Nepal are a good example of this problem. The Communist Party of Nepal (Maoist) [CPN(Maoist)] launched a successful people’s war and was able to establish something akin to a period of New Democracy when it became the United Communist Party of Nepal (Maoist) [UCPN(Maoist)]. Since Nepal was also a semi-feudal/semi-colonial country it needed to establish New Democracy in order to produce the necessary context for socialism but the bourgeois line within the party triumphed earlier than it did in China and even New Democracy was abandoned as the revolution degenerated into what could accurately be called, but only at this moment of degeneration a “bourgeois revolution with red flags.”
However, since Maoists argue that a line struggle will always manifest within a revolutionary context––a struggle between those who do not want to go further down the socialist path and those who want to complete the revolution––this line struggle will happen whether or not there is a New Democratic revolution. Indeed, in China the line struggle existed before, during, and after the period of New Democracy; the bourgeois line did not attain victory until the end of the Cultural Revolution where the forces gathered around Deng Xiaoping emerged victorious and capitalist restoration––originally envisioned as a return to the period of New Democracy–– began. Thus, the problem with the restoration of capitalism has nothing specifically to do with the theory of New Democracy; it is always, for Maoists, a possibility under socialism because socialism is also a period of class struggle––and this is the key theoretical component, that is universally applicable, of Marxism-Leninism-Maoism.
Therefore, it is important to note that the theory of New Democracy, even if understood properly, is only a theory, according to Maoism, that is applicable to revolutions that emerge at the peripheries of global capitalism. Revolutionary movements at the centres of global capitalism––
that is, movements that manifest within completed capitalist modes of production––will not pursue New Democracy since the problem New Democracy is meant to address has nothing to do with the capitalist mode of production where the economic infrastructure necessary for building socialism already exists. This is why Maoism, which has been promoted as a new theoretical stage of revolutionary communism, is not primarily defined by the theory of New Democracy since a new of communism should carry universal aspects that are applicable in every particular context. The theory of Marxism-Leninism-Maoism’s crucial point is what was noted above, and this point connects to further points about how the party should function, how the super-structure obstructs the base at given moments of historical development, how the party can be held to account by the masses, how to act towards people, and an entire host of concepts that not only take into account the important of third world revolutions––and agree along with Lenin that these tend to happen more frequently because these are the “weak links” of the capitalist world system––but also teach us something about making revolution in the first world and the problems we will necessarily encounter.15
Indeed, the fact that there is no significant peasantry or a national bourgeoisie with some sort of “revolutionary quality” at the centres of capitalism means that the entire possibility of New Democracy in these regions is patently absurd. Rather, the fact that building socialism will mean the mobilization of the masses and a possible united front between communists, various sectors of the proletariat, some conscious elements of the petty-bourgeois (i.e. students and intellectuals), and (in the context of the US and Canada) oppressed nationalities––or even some small business owners who might be more inclined towards revolution than workers in privileged unions––is something worth considering. Moreover, the fact that any possible establishment of socialism will also mean a class struggle between those who want to push socialism forward and those who want to cling to bourgeois ideology––that is, that class struggle continues under the dictatorship of the proletariat––is the key element in understanding Maoism across regions. We will examine this point in more detail in the following sections.
Maoism is Stalinism?
A significant problem we encounter when we engage with Trotskyism is the charge that any form of communism that accepts the basics of Leninism but that is not-Trotskyism is, ipso facto, “Stalinism”. Thus, after Lenin, there can only be Trotskyism or Stalinism and nothing else. Maoism, then, is treated as a variant of Stalinism and the reasons why it is a Stalinism are pretty simplistic.
15 For a more direct examination of the theory of Marxism-Leninism-Maoism, we would ask the reader to consider Shashi Prakash’s Why Maoism? and the RIM document mentioned at various points in this polemic, Long Live Marxism-Leninism-Maoism. For an articulation of Marxism-Leninism-Maoism to a particular social context in the so-called “first world”, we urge the reader to examine the Party Programme of the Parti Communiste Révolutionnaire (PCR-RCP), as well as this revolutionary party’s theoretical writings, available in french and english at pcr-rcp.ca.
Generally, Maoism is Stalinism according to Trotskyists because it supposedly accords to Stalin’s theory of “socialism in one country.” Here it is worth noting that Trotskyists are primarily responsible for defining “Stalinism” which they see as the only ideological option competing with Trotskyism in the Leninist terrain. The fact that Stalin argued that it was possible for a single country to build socialism (but not necessarily communism by itself, and this is important) not only rubs up against the Trotskyist theory of permanent revolution [see above] but is often interpreted, by the most uncritical Trotskyists, to mean that Stalin only cared about the revolution in Russia and thought that it was the only possible socialist revolution––the socialism that could only happen in a single country and damn the rest of the world.
Well it is true that the Chinese Revolution under Mao did attempt to build socialism in China without a world revolution and so I suppose this, if such is the qualification for “Stalinism”, might make them guilty of the Trotskyist charge. At the same time, though, the Maoist understanding of the Chinese Revolution is such that it accords with a very important theoretical distinction between socialism and communism, a distinction made by Lenin in State and Revolution but lacking in Trotsky’s Permanent Revolution writings. And this understanding is that socialism, the dictatorship of the proletariat, is possible in a single country and is the transition to communism, but that full communism, since it would necessarily be stateless, requires the entire world to also be socialist. But just because most of the world isn’t socialist does not mean that a single country cannot establish a dictatorship of the proletariat; most significantly, the more storm centres that enter this transitionary phase, the more likely world communism becomes.16
But Trotskyists are under the impression, because of the theory of permanent revolution and the fact that the world is conceived as a single “combined and uneven” mode of production, that the entire world must have a socialist revolution and that particular socialist revolutions are impossible. Nations in the periphery embarking on socialist revolutions, under this interpretation, can therefore hope for nothing more than a democratic revolution with “artificial socialist institutions” and will eventually run up against a civil war with their peasantry unless the revolution isn’t commanded by the more developed proletariat at the centres of global capitalism. Once again we have a tension between the creativity Trotskyism desires to express and its inability to escape a dogmatic adherence to orthodox marxist categories. The socialist revolution at the peripheries must be permanent, we are told, must not submit to the trap of waiting for a bourgeois revolution; at the same time, however, this revolution is impossible, and can only be a democratic revolution (a bourgeois revolution?––here the categories become confusing, an act of hair-splittling), without the revolutionary intervention of the more economically developed nations.
16 Samir Amin once referred to this process as “delinking”, arguing that the emergence of socialisms at the peripheries, by opting out of the global capitalist market, would negatively affect the capitalist economies at centres of imperialism since it would deprive them of global surplus.
So just as Trotsky conflates the categories of the capitalist mode of production and the capitalist world system, he also conflates the categories of socialism and communism. His justification for arguing that only a global socialist revolution is possible, and that socialism cannot just emerge in particular countries, is to be found in those passages where Marx and Engels also claim that only a world socialist revolution is possible––and Trotskyists are keen to remind us of this fact. The problem, though, is that Marx and Engels often used the terms socialism and communism synonymously and that it was not until Lenin wrote State and Revolution that further semantic clarity was added to these categories. That is, Lenin went to great lengths to point out the moments in the work of Marx and Engels where the concept of socialism (i.e. a centralized state where the bourgeois was placed under the dictatorship of the proletariat) was treated as a progenerative category for communism (i.e. a classless society). Under the Leninist clarification and concretization of these concepts, then, it is quite possible that socialism, or a dictatorship of the proletariat, can exist in particular countries while other countries remain capitalist––though, admittedly, the existence of such a socialism will be affected by external imperialist pressure. At the same time Lenin argued, following Marx and Engels but without the semantic confusion, that communism was only possible globally; after all, in a very pragmatic sense, the state has to wither away in order for communism to exist and, in the context of the capitalist world system, if a state was ever to wither away then it would seem that the imperialist nations would immediately crush this emergent communism. Trotsky, however, did not seem to accept Lenin’s conceptual categories here and was led, perhaps by the way he understood world capitalism, to simply argue that socialist revolution was possible only with a world revolution.
Therefore, there has really never been any actually existing socialism according to Trotskyism, just degenerated/deformed workers states and Bonapartist (i.e. “Stalinist”) regimes. When capitalism is restored in these contexts, then, the Trotskyist response is simply to proclaim, and sometimes gleefully, that this is simply because they were never socialist to begin with! Maoists, however, take a different tack: they claim these regions were socialist but that they failed to carry the socialist struggle through to communism because, and this is the key insight of MarxismLeninism-Maoism mentioned above, class struggle continues under the dictatorship of the proletariat. That is, capitalist restoration can happen because socialism is also a class society: the bourgeoisie, after all, is being held under the dicatatorship of the proletariat and so it can always defeat this dictatorship and return to power. Significantly, bourgeois ideology lingers in the superstructure, becomes a compelling force in socialist society, and this is because most of us were born and raised in a context where bourgeois ideology was hegemonic––it is hard to simply break from this because we arrive, after a revolution, seeped in the filth of the past mode of production––and this ideology remains compelling even for people within the communist party.
And yet Trotskyists have a different story to tell about the restoration of capitalism in formerly socialist (ahem, formerly “deformed worker state”) contexts. Their story is rather simplistic and, as such, cannot account for very much: Stalin and the bureaucracy he produced ruined the Russian Revolution, mainly because Stalin and his bureaucracy wouldn’t recognize permanent revolution. The solution to this problem, then, is to have had Trotsky instead of Stalin lead the Russian Revolution post-Lenin; it breaks down to a problem of great figures of history. But we
Maoists assert that Trotsky’s leadership of the Russian Revolution wouldn’t have made things significantly different: for one thing, he clearly wasn’t capable of realizing that class struggle continued under socialism and even within the party (this insight was only possible in the summation of the Russian Revolution that happened during the Chinese Revolution, crystallizing with the theory of Cultural Revolution where the masses were unleashed upon the party headquarters), and his theory of permanent revolution predicts his failure––how he would have been able to command a global socialist revolution from a Russia that was being attacked by the forces of reaction is rather impossible to surmise. Thus, even according to Trotskyism, the Russian Revolution was destined to fail with or without Trotsky.
Again, we Maoists argue that the failure of any socialist revolution is always a possibility because socialism is a transitionary stage and thus still a period of class struggle where a revolutionary class is attempting to complete its hegemony. We understand that revolutions can always fail, even before socialism, not because the revolutionaries involved lack some pure understanding of Bolshevism and a party with the magical ingredients of true democratic centralism, but because capitalist restoration is always immanent during socialist revolutions. There are line struggles in the party itself and sometimes the line that best represents the capitalist road will triumph.
Returning to the general question of Stalin and Stalinism, which is often the main concern of Trotskyism (since it defines itself as the only Leninism that is not-Stalinist), we should at least agree that it is important to correctly critique Stalin and the phenomenon that Trotskyists call “Stalinism”. Unlike Marxist-Leninists who declare complete fidelity to Stalin as the successor of Lenin, who argue that any revolutionary movement that critiques Stalin to any degree is not properly “Marxist-Leninist”, we Maoists think that every positionality within the communist movement (even Mao) should be subjected to a concrete and thorough critique. This is why we do not imagine that Stalin is beyond reproach, or that criticizing Stalin is tantamount to counterrevolutionary behaviour as the few remaining Hoxhaites would have us believe.17
However, simply focusing on Stalin as some sort of evil dictator who ruined the Bolshevik Revolution smacks of bourgeois moralism and retains some of the worst elements of reactionary propaganda regarding the Russian Revolution. Moreover, this perspective is unable to explain what happened to the Soviet Union following the Stalin period when Khruschev denounced Stalin and the “Stalinist” period. Indeed, Trostkyists at this time praised Khruschev because they felt he was proving the correctness of Trotsky’s theories regarding the Soviet Union… But if this was true, then the intentional revisionism embraced by Khruschev (his theory of peaceful coexistence with capitalism), which was the reason for his denunciation of the Stalin period, would have to be treated as also correct.
17 Enver Hoxha was the leader of the Albanian Revolution whose fidelity to Stalin as the pre-eminent MarxistLeninist was thoroughly dogmatic.
So, if Khruschev was clearly embracing revisionism and was not-Stalin, and clearly rejected anything that could be called “Stalinism”, then would this not make the Stalin period something more than just a “deformed/degenerated workers state” in that Khruschev’s break from this period was the hallmark of revisionism (i.e. the peaceful co-existence thesis being precisely what was argued, in a smaller context, by Eduard Bernstein)? Even Trotskyist critiques of Khruschev are unable to make correct distinctions between this period of the Soviet Union and the Stalin period, seeing it as the same thing (because there was a bureaucracy!) and refusing to recognize that Khruschev’s rupture from this period was a serious epistemic break in the Soviet Union’s theory and practice; indeed, it shook the world, disaffected innumerable communist movements worldwide, led to the failed Bandung project, and cannot simply be treated as another variant of “Stalinism” or, even worse, a revolutionary rejection of “Stalinism” that proved Trotsky correct. At the most they try to claim that Khruschev was just another “Stalinist”, as was Gorbachev and Yeltsin––a homogenization that is clumsy at best, idealist at worst.18
Rather than examine the failure of the Soviet Union as the result of an evil individual who possessed the power to produce a bureaucracy devoted to his nefarious plans––the kind of analysis that belongs in fairy tales and fantasy fiction––Maoists try to make sense of the failures of the Soviet Union in a historical materialist manner. We do not dismiss Stalin as an evil figure; rather we see him as someone who, at one point in time and for whatever reason, was leading a revolutionary state (if history had been different, and Trotsky had taken over the Russian Revolution and Stalin was in exile, we would have said the same about Trotsky) and, in attempting to lead, committed various errors.19 But we see the approach to building socialism under Stalin as the error that produces revisionism and the failure of the Russian Revolution or any revolution for that matter.
Again: the theory that class struggle continues under the dictatorship of the proletariat explains both the failures of the Stalinist period and the revisionism of the Khruschev period. Stalin did not understand the possibility of capitalist restoration as a natural part of socialism––that is, that socialism is still a class society––and that counter-revolutionary political lines come from the inheritance of bourgeois (and even semi-feudal) ideology, preserved in the super-structure. Thus, rather than seeing people who might or might not have adopted bourgeois political lines within
18 see Spartacist League, Trotskyism, What it Isn’t and What it Is!, http://www.marxists.org/history/etol/document/ icl-spartacists/1990/trotskyism.html where these ortho-Trotskyists argue this precise point. And this is a rather ludicrous point considering that Gorbachev has openly stated that he wanted to end the Soviet Union, that he was an anti-communist and despised Stalin, and has now been quite open about his love of capitalist “democracy” (he even appears in Pizza Hut commercials!)… So how does this make him a “Stalinist”? 19 Here it is important to note the CPC’s polemical exchange with the CPSU, The Great Debate, specifically “On the Question of Stalin” [which can be found online at http://www.marxists.org/subject/china/documents/polemic/ qstalin.htm] where they uphold the Stalin period of the Soviet Union against Khruschev’s revisionism but, at the same time, point out that Stalin was indeed guilty of committing “errors of principle and… errors made in the course of practical work.” Here they accused Stalin of metaphy,sical and subjectivist thinking on important questions, of being divorced from the reality of the masses, of treating contradictions between people as contradictions between communism and its enemy, of wrongly convicting people as counter-revolutionaries, of wrongly exposing the scope of suppression, and of demonstrating chauvinism within the international communist movement. But apparently to uphold the Stalin period against the Khruschev period is, for Trotskyists, tantamount to “Stalinism”.
the party and Soviet society as something that would necessarily happen under socialism, the forces assembled around Stalin––the so-called “Stalinist bureaucracy” as Trotskyists put it–– simply acted as if these individuals and groups and ideas were the result of foreign interference or intentional treason. Moreover, they failed to understand that the party itself would be host to an organic line struggle that would be a reflection of the predominance of class struggle under socialism and that the party’s leadership would often preserve bourgeois ideology. And this theory, more than anything else, can explain why Stalin’s chosen successor, Khruschev, who was initially quite happy to carry out policies of liquidation and political policing in the Stalin period, could also be a revisionist. Not because he was a foreign agent (as “Stalinism” would assume) and not because he was a bureaucrat (as Trotskyism would assume) but because bourgeois ideology and thus revisionism is always compelling––especially to people in positions of party leadership.
The Trotskyist analysis of “Stalinism”, however, tells us nothing about how and why socialism can fail other than “it wasn’t socialism to begin with”, or “just because some bad man was leading socialism”, or “if only there was not that cold bureaucracy than things would have been different.” And none of these explanations can explain how to build socialism properly except, perhaps, to hold the revolution in permanence and wait until everyone in the world builds socialism together. But would such a scenario prevent “bad men” from coming to power and ruining everything or would we need to have some sort of magical democratic centralism mechanism that would forever prevent such evil people from gaining totalitarian power? The solution is to just get a Trotsky in there, a solution based on personality types. Moreover, to assume that a bureaucracy (which, by definition, is an organized structure of administration) would not emerge in even the imaginary context of a single global socialist revolution is itself a fantasy: how would socialism be developed and consolidated in this context––spontaneously and without any struggle over administration? Bureaucracies can and will emerge despite any antibureaucratic attempts on the part of revolutionaries. Rather than pretend that they won’t because of some supernatural anti-bureaucratic powers on the part of pure revolutionaries, therefore, we should see them as spaces for class struggle under socialism: structures that will emerge but must be opened to the masses and placed under the control of the masses. Yet again, the Maoist theory of class struggle continuing under the dictatorship of the proletariat tells us something about building socialism and the struggles that will necessarily happen in this period––and this is the main reason why Maoism is applicable in every context, is a development following MarxismLeninism, and is not simply reducible to a communism only for third world peasants.
Ultimately, there is no such thing as “Stalinism” beyond what Trotskyists say it is––and what they say it is really has no scientific meaning beyond “socialism in one country”, a theory that only Trotskyists obsess about. We Maoists do not recognize that there is anything worthy of being called “Stalinism” and that those who bother identifying as “Stalinist” are also adopting a dead-end communism that is no more scientifically relevant than Trotskyism.
Making Revolution
As noted in the section about permanent revolution, Trotskyism has been singularly incapable of even embarking on the revolutionary path. This problem is generally the result of the failure of this theory’s revolutionary strategy politically and militarily. Its political strategy was discussed above in reference to the theory of permanent revolution and the focus on world socialist revolution. Its military strategy is basically the Bolshevik strategy of insurrection, the so-called “October Road”, where a mass strike and armed insurrection will follow after a period of protracted legal struggle.
It is important to note that all attempts to make revolution following the insurrectionist strategy have failed since the October Revolution and this, in large part, is why some Maoists speak of the universality of people’s war as a military strategy for making revolution. Since this theory is still a subject of debate amongst the international Maoist movement, however, I will not spend time comparing it to the military strategy of insurrection in order to say why Maoism is superior to Trotskyism in this regard. After all, some Maoists and other non-Trotskyists (even some anarcho-communists) uphold the theory of insurrection.
The point here, though, is that none of these failed attempts to make revolution through insurrection were even Trotskyist; that is, Trotskyism has proved itself singularly incapable of even sparking an insurrectionary moment, though it likes to claim other insurrectionary moments as its own––either asserting that the Bolshevik insurrection was all due to Trotsky’s work and he was leading the Bolsheviks in the October Revolution (a claim that ignores the period of guerrilla war that began in 1905 or the fact that Trotsky’s contributions to the revolution were tactical rather than strategic and that the revolutionary strategy that produced the so-called “October Road” was due to Lenin), or naming themselves after an uprising performed by a group whose leading members did not like Trotsky.20 Every failed insurrectionary attempt has been led by: a) Luxemburgists; b) Marxist-Leninists who often declared fidelity to the Soviet Union under Stalin; c) even anarchists, but only once, in the case of the Spanish Revolution.
Thus, there is not a single example of a Trotskyist attempt to actually make revolution and this is due, primarily, to the general political strategy of Trotskyism, the theory of permanent revolution. Indeed, if a socialist revolution cannot hope to succeed unless it is led by the advanced working-class at the centres of capitalism, and this revolution must ultimately be a global revolution in order to be properly called “socialist”, then what Trotskyists are really advocating is holding the revolution in permanence until everyone is ready to go at it all together,
20 I’m speaking here of the failed Spartacist insurrection in Germany and the fact that Rosa Luxemburg and Karl Leibknicht had written some pretty condemnatory things about Trotsky vis-a-vis the Russian Revolution. And yet still, despite the fact that the KPD at that time had no love for Trotsky or anything that would be considered Trotskyist, this has not stopped a notorious sectarian Trotskyist group from appropriating the name of this insurrection for themselves.
everywhere in the world, which of course means they have been waiting since the Fourth International and performing only a long and protracted legal struggle.21
Sometimes Trotskyists will defend their practice by claiming they are protecting a “true” Marxism and, in (with)holding the revolution in permanence, are simply preparing for the time when the working-class will realize, through decades of propaganda and entering trade unions, that this or that Trotskyist sect’s approach is correct and, like a sudden spark igniting, a proper Trotskyist revolution will erupt. Here we have another version of the tired “the time is not right” refrain that some Marxists, and not just Trotskyists, like to repeat ad infinitum. And yet this “time is not right” approach is intrinsic to the Trotskyist strategy of revolution: for the time has never been right across the entire world at the same time. The time for revolution, contrary to the Trotskyist assumption, will only be right if those whose “time is right” (or who make the time right) in specific contexts embark on protracted revolutions that are capable of disarticulating imperialism by pursuing the socialist path rather than waiting until everyone pursues it all at once. Thus, despite the Trotskyist claim that it is avoiding economic determinism by theorizing its version of permanent revolution, its strategy in actual practice ends up reasserting a productive forces approach, holding the revolution in abeyance until the global “combined and uneven” mode of production is at a balanced point where everyone can make a go of it altogether.
No one, however, is really gravitating towards the sectarian Trotskyist guardians of “pure Marxism” because, though they are probably the best examples of Trotskyist theory due to their orthodoxy, most people find their sectarianism, dogmatism, and missionary-Marxism annoying, offensive, and generally cultish. More importantly, then, are those influenced by the Trotskyist tradition but correctly leary of the productive forces approach (those who we generally refer to as “critical-Trotskyist” or “post-Trotskyist”), who still cannot break from the theory that produces a strategy incapable of making revolution. These groups often base themselves on Hal Draper’s “socialism from below” theory and end up, in practice, tailing mass movements. Others become little more than clubs for university students, intellectuals, and trade union bureaucrats (this despite Trotskyism’s toothless critiques of bureaucracy). Still others imagine that entering social democratic bourgeois parties and embarking on a reformist project, perhaps because its lack of militancy allows them to be respectable communists, will eventually allow socialism to emerge. In all of these cases, though, as with above, Trotskyism and those strands of Marxism highly influenced by Trotskyism have never seriously approached revolution in actual practice.
Since this is the most important facet of communism––making revolution and overthrowing capitalism––it is extremely telling that the Trotskyist tradition has no revolutionary experience to
21 Some Trotskyist groups, such as the International Marxist Tendency (IMT), have gone so far as to actually advocate revisionism by claiming that revolutionaries at the centres of capitalism can produce an insurrection by entering social democratic parliamentary parties and taking them over from the inside. It should be noted, though, that other Trotskyist and post-Trotskyist groups have critiqued the IMT for practicing revisionism, just as it should be noted that other Marxist traditions, including Maoism, have sometimes been guilty, based on a dogmatic reading of Lenin’s Leftwing Communism an Infantile Disorder, of the same entryist revisionism.
speak of unless we count the Bolshevik Revolution in which Trotsky participated as a revolutionary. But this was not a “Trotskyist” revolution; after all, Stalin also participated in the Bolshevik Revolution (and to such a degree that he had an entire underground apparatus surrounding him and this, more than anything else, allowed him to push Trotsky out of the Comintern) but your average Trotskyist would have a conniption fit if you called the Bolshevik Revolution “Stalinist”!
So, unlike Maoism which, even before it was fully theorized, has inspired significant people’s wars throughout the world, Trotskyism has no revolutionary experience to call its own, has proven itself incapable of producing a revolutionary experience of its own, and thus cannot learn from its successes and failures when it comes to revolutionary strategy. Indeed, all Trotskyism can do is critique other revolutionary movements from a position of nowhere, a stand-point based only on its understanding of the Bolshevik Revolution and its belief that everything must be precisely as it imagines the Bolshevik Revolution to have been although, as an ideology, it has failed to replicate this instance and, more importantly, the world is not the same, spatially or temporally, as Russia in 1917. And though Trotskyists have participated in insurrectionary moments like mining strikes and factory take-overs throughout Latin America, in all of these cases they were simply tailing a larger mass movement rather than organizing and leading these struggles towards a revolutionary moment.
Of course, the way Trotskyism has traditionally rejected this charge, as I noted in the section on permanent revolution, is by pointing out that all of these other revolutionary movements have failed and that maybe they wouldn’t have failed had they followed the theory of permanent revolution. This is an easy charge to make because Trotskyists are able to claim a “pure Marxism” by the very fact that they have never had a chance, due to the fact that their theory prevents them from ever having a chance in the first place, to lead a revolution and thus encounter all of the messiness revolutions tend to generate, as well as the two-line struggle we Maoists say (based on our historical experience) is bound to happen; Trotskyism has not made any mistakes because it hasn’t done anything that would allow it to fail or be successful. It’s a bit like someone who has never gone to school claiming they have never failed a test: it’s an absurd and fallacious position but most importantly it demonstrates an idealist conception of Marxism, where a pure communism is like a Platonic form, existing outside of space and time, and that all we have to do is correctly reflect on its essence in order to produce a truly perfect revolution.
But we Maoists assert, along with Marx, that it is only possible to know something through practice; thus, it is only possible to understand revolution through revolutionary praxis, through trying and sometimes failing at revolution. We are taught by history, but not in circumstances we choose, and we can only solve those questions, as Marx was keen on reminding his readers, that are presented to us by history––if we solve them at all. Trotskyism, it must be said, has not even tried to solve the problem, in practice, of how to make revolution: it has only theorized this problem and relied on a theory that projects revolution far into the future, thus escaping the hard work of building an actual revolutionary movement.
Indeed, the obsessive need to argue that Maoism is pseudo-communism seems more a product of an ideology concerned with a pure Marxism (i.e. a Marxism that exists beyond class struggle, that can be discovered only by reading the precise words of Marx, Engels, Lenin and Trotsky as if these words are sacred) as well as an ideology that feels threatened when other Marxisms, unlike the supposed apex of communist theory (Trotskyism), actually succeed in building movements capable of launching revolutions. So rather than examine why these other communisms are successful and what their theories are actually saying––rather than question its own absence of revolutionary praxis––Trotskyism instead contents itself by arguing that these are fake revolutions and then, when these revolutions fail (because no revolution is determined to succeed and success is extremely difficult), some Trotskyists chuckle knowingly and argue that their theories can explain this failure when the truth is that the theories of those who failed actually do a better job, as noted in the previous section, of making sense of revolutionary failure.
In fact, some of the more orthodox Trotskyist groups try to argue that this lack of revolutionary history is a virtue: “the faction fights that have taken place since the inception of Trotsky’s Fourth International over 50 years ago have been struggles to preserve for the cause of the proletariat internationally the principles and revolutionary traditions that were brought to bear by Lenin’s Bolshevik Party in leading the toiling masses of the former tsarist empire to victory.”22 Meaning, then, that the principle duty of a revolutionary is to preserve the traditions of the past, gleaned through a very particular social and historical context, and that such a pursuit justifies a factionalism and sectarianism that only exists because Trotskyist group x thinks that Trotskyist group y has the wrong ideological interpretation of very specific and rarified theoretical positions held by Trotsky.
Thankfully, these ultra-orthodox variants of Trotskyism are seen as ludicrous caricatures of Marxism by the majority of the left, including the majority of other Trotskyists and leftists influenced by Trotskyism, and the only reason they manage to persist is for the same reasons that cults manage to persist. We only mention this ortho-Trotskyist defense of preserving history at the expense of revolutionary action to indicate that some Trotskyists are quite aware of Trotskyism’s inability to produce or lead a revolutionary movement. Moreover, this orthodox sectarianism should teach us that the only reason to engage in ideological line struggle with other variants of communism is not, as some would have it, to promote banal sectarianisms and static factionalisms, but to clarify the theoretical grounds necessary for making revolution. Obsessing over these theoretical grounds without attempting to implement them in revolutionary practice–– and thus being unable to learn how to articulate them creatively in a given social-historical context––is the antithesis of communism.
22 Spartacist League, Trotskyism, What it Isnʼt and What it Is!, http://www.marxists.org/history/etol/ document/icl-spartacists/1990/trotskyism.html
Theory and Practice
Thus, as discussed at the outset of this polemic, the question “Maoism or Trotskyism?” has nothing to do with an abstract sectarian squabble; it is a question about concrete circumstances, about the theoretical grounds necessary to make revolution. Moreover, it is a question that emerges from a tradition of communism that has actually been attempting to make revolution and understand what this means since the significant but ultimately failed people’s war in Peru. After Peru there was Nepal that went further but still ran up against the problem of revisionism that emerged, as Maoism tells us, through the party’s two-line struggle. After Nepal there was the renewal of the people’s war in India which is still growing and throwing the country into a civil war. And in a few years the Maoists in Afghanistan might end up launching their people’s war, proving that the 21st century will be one of revolutions. In the centres of global capitalism new Marxist-Leninist-Maoist formations are emerging and trying to understand how to make revolution at the centres of capitalism––a question that has not been thoroughly examined for a very long time and that, most often, is answered with entryist and/or insurrectionist theories that have never been successful.23
This is why we are not interested in repeating the stale refrains that past Marxist-Leninist movements sang about Trotskyism. We think it is possible to recognize Trotskyism as one interpretation of the Marxist-Leninist tradition––we even think it is worth admitting that there are many Trotskyist individuals and groups who have provided useful contributions to theory and who have tirelessly sided with the masses––we just do not think that this interpretation, according to its theoretical foundations, is capable of being anything more than a revolutionary blind alley.
We also feel that Trotskyist engagements, as well as those that uncritically accept the Trotskyist narrative (i.e. Goldner, who is a “left communist” and not a Trotskyist, is a good example of this problem) of Maoism have never succeeded in making sense of this theoretical trajectory. When we encounter articles about Maoism by so-called “critical Trotskyists” that see nothing valid in the Chinese Revolution and that ignore all of the great revolutionary movements at the global peripheries that were inspired by this revolution––when we read theoretical engagements that treat Maoism as a phenomenon that happened only in the 1960s and 1970s and that ignore the fact that Maoism-qua-Maoism did not crystallize until the end of the 1980s––we tend to assume that this bad faith on the part of our Trotskyist counterparts tells us more about their lack of theoretical understanding than any mistakes on our part. Moreover, when we see the great people’s wars that have erupted since the emergence of Marxism-Leninism-Maoism treated by other communists as insignificant, or as “fake communism” despite the fact that they are successfully mobilizing the masses, and the failures of these revolutions promoted over their
23 Canada’s Parti Communiste Révolutionnaire (PCR-RCP), for example, has spent a lot of time trying to answer this question because they see it as essential to building a revolutionary movement in their social context. And the fact that this relatively new party is growing and demonstrating that it is a vital force is not only due to its militancy but to its creative and fresh application of Marxist theory to the context of Canada.
successes, we wonder whether these communists care about even trying to make revolution. As one Maoist comrade once put it, “these people don’t even think we should dare to struggle!”
But we should dare to struggle and we should develop our theory from both the successes and failures of our struggles, just as we have done with the successes and failures of Russia and China. And if we fail again this does not mean we were wrong for even trying but that we have failed to overcome the problems aptly described by Marxism-Leninism-Maoism or that we have encountered new problems that themselves will need to be systematically theorized. For we are taught by failures and setbacks just as much as we are taught by successes and we can learn nothing when it comes to revolutionary theory unless we actually attempt, through a thorough historical materialist systematization of past revolutionary movements (especially the world historical socialist revolutions of Russia and China), to make revolution. Lenin once famously argued that without a revolutionary theory there can be no revolutionary movement, and this is correct. At the same time, however, without revolutionary movements and what we can learn through the experience of revolution there can be no revolutionary theory.
So we ask the question “Maoism or Trotskyism?” to clarify the grounds in which an ideological choice can and should be made. If the reader prefers a communism that has succeeded in keeping itself “pure” because it has remained, out of concern for this theoretical purity and because of its belief that a revolution must only happen if it is global, then Trotskyism is clearly the only viable option: after all, the Trotskyists can boast a lack of revolutionary failure––as well as pointing out the failures of the so-called “Stalinisms” it warns us to avoid––because it has never succeeded in approaching the point of revolutionary momentum where failure is even possible. But if the reader is willing to accept that making revolution is a difficult business–– prone to failures more often than it is prone to success––desiring to understand how these failures and successes can be systematized, and willing to accept that the difficulty of making revolution will often produce more failures than successes as we stumble slowly but hopefully towards the next world historical revolution, then Maoism, with all of its “impure” messiness, is the only relevant communist ideology. For the world is indeed messy, and we come to revolution drenched in the filth of capitalist ideology and all of the mistakes that “weigh upon us like a nightmare”; it may take decades of inspiring but ultimately failed successive people’s wars to stretch beyond the next socialist horizon… But if we don’t try, and instead attempt to preserve an ideal Marxism as we wait in permanence, we will be overtaken by the armageddon promised by capitalism.

On the ongoing struggle against a rightist line in Serve the People

Serve the People Media has receieved this statement with a request that it will be published. This is an English translation of a statement issued earlier this week, which can be read in Norwegian here

Statement from the leadership in Serve the People – Communist League, August 2018

In the spring of 2018 the leadership of Serve the People initiated a struggle against a rightist line in the league. This line expressed itself through the relation to and views on SOS Racism, as well as in the treatment of people within and without the league.

The struggle is extensive and thorough. It takes on a long line of problems that can be grouped into two categories; methods of leadership and the political-ideological line. The struggle has led to big changes in the league’s leadership. We are sure that the struggle also will lead to great changes and progress in the time to come. This short and limited statement will not go into the details or every side to the struggle.

The purpose of this statement from the leadership is to, on behalf of the league, take public self-criticism especially towards the people who have been unfairly and badly treated. We wish also to take a more general self-criticism directed to all who have been members or friends of the league, whether in Norway or abroad.

The struggle has so far led to expulsions, suspensions and resignations, although a clear majority of the league has supported the struggle. The most important thing to note is the expulsion of a leading member, who was at the forefront of developing the line for work with SOS Racism and has been known to treat people in a deeply reprehensible manner. When communicating with the league’s contacts abroad, this person has continued to claim to speak on behalf of the league, even after their suspension and expulsion. This has been an important factor in our decision to publicize this expulsion. We urge our contacts to remain on guard for any future misuse of the league’s name.

The suspension and subsequent expulsion is a result of the regarded person’s systematic manipulation and deception of those surrounding them. The person in question has caused bad blood between the league and former members and friends, as well as several other people, by among other things reckless and uncomradely behaviour on social media. One example is how the person has behaved towards young socialists on Facebook, with pushy and disrespectful behaviour. We have a great task ahead of us, attempting to mitigate some of the damages that have been done in connection to this. We are deeply sorry to have contributed to the person in question’s activities and having given this person unearned trust. We take deep self-criticism for this matter and we promise to make efforts to learn from our mistakes.

Politically, the biggest mistake has otherwise been the politically naive and morally unjustifiable activity concerning SOS Racism. For example, we think it was fundamentally wrong to contribute to the organisation’s dependency on governmental funding, and the fact that it was very exposed to the authorities, media, police and fascists. This was a key factor to the enemy’s ability to create great damage with their attacks on the organisation, representatives and activists. We maintain that there has been a basic lack of self-critical evaluation of the work with and the process against SOS Racism. Neither SOS Racism themselves nor communist activists, have done any from of critical evaluation of their own work. The damage to the organisation has both internally and externally been depicted as a result of solely outer conditions (attacks from the outside). It is been made to look as if the choices made by leading activists and communists did not have any impact when the organisation went bankrupt and in praxis ceased to exist.

As Maoists we maintain that it is fundamentally wrong to not look at the inner contradictions when you research how one is influenced from outside. As a main rule it is the inner contradictions that are principal in the relationship between external influences and internal contradictions. We maintain that the attacks on SOS Racism could only have had the effect that they did because of the decisions that were made within the organisation. Several activists from Serve the People were also activists in SOS Racism, and some of them contributed to some erroneous and very harmful decisions. This was not only the result of personal decisions, but also because of the organisation’s line. Our league therefore has a responsibility that we must be conscious of and self-critical about.

We further maintain that as Maoists, it is principally wrong to not take self-criticism before the masses when one has made mistakes. Self-criticism is not only about learning from your own mistakes, but also contributing so that more can learn from them. Good communists do not shy away from public self-criticism, when this is in place.

The rightist line in the organisation has gradually appropriated the word “Maoism” , but it has never practiced Maoism. It has only in word, but not in action, dedicated itself in serving the people. On the contrary it has shown itself to be a manipulative opportunism and through and through revisionism. With this we declare that we have broken with this line and are in the process of correcting our own faults and developing our work in accordance with the interests of the proletariat and the proletariat’s own ideology: Maoism.

We ask friends in Norway and abroad to be on guard against the hostile misuse of the league’s name and funds. We know that misuse of resources that belongs to the league already has taken place, and there has been an attempt to render payment from others in our name. This does not surprise us, but we must ask people to carefully verify that it is actually the league they are in contact with – and not a false “representative” from us.

Serve the People – Communist League will officially communicate via Tjen Folket Media, with the website tjenfolket.no (and tjen-folket.no), the e-mail address post@tjen-folket.no and the facebook page Tjen Folket Media (facebook.com/tjenfolketmedia). If one is in contact with individuals or clandestine profiles, there is no sure way of telling if they are actually representing the league. Activists and individuals do not represent the league unless it has been formally declared. We do not have a public spokesperson and we do not have a mail address in Haugesund anymore. If one for the moment wishes to contact the league, you must do so via Tjen Folket Media per e-mail or the contact section on tjenfolket.no.

In conclusion we repeat that this statement is only in regards to a small part of the correction campaign that the league is in the midst of. We will carry on several of the good sides of our work, which has mainly been carried out by those standing on the left side of the league for quite some time. But we will persistently work to improve ourselves and especially lift the masswork to a higher level. And we encourage all the friends of the league to contribute with criticism which can develop and improve us.

Long live the struggle against the rightist opportunist line!

Apply criticism and self-criticism without fear and wage the two-line struggle further!

Forward the reconstruction of the communist party as a Maoist party!

 

Source: https://tjen-folket.no/Sentralt/view/12790