Le point de vue maoïste sur la GPP dans les pays impérialistes

Pour nous maoïstes, le processus révolutionnaire n’est pas spontané. C’est un aspect essentiel de la question de la révolution. Le mouvement de mai/juin 1968 a montré quelles sont les conséquences de l’absence d’une organisation maoïste dirigeant le mouvement de masses.

Les masses ont ébranlé le système, mais elles ne l’ont pas renversé. La contre-révolution a pu ainsi reprendre le dessus, au fur et à mesure et en profitant des idéologies social-démocrate et gaulliste.

Mais un autre aspect non moins essentiel est que la révolution communiste est la révolution des masses populaires. Les maoïstes sont une avant-garde au sens où leur objectif est que les masses suivent le chemin de la révolution.

Ce sont les masses qui font l’ histoire ; comme le dit Mao Zedong,  » le peuple, le peuple seul est la force motrice, le créateur de l’histoire universelle « .

Le concept de guerre populaire correspond à ce principe maoïste. La guerre populaire est la guerre des masses populaires ; elle seule fraie le chemin au socialisme, au communisme. Il n’y a de processus réellement révolutionnaire que s’il y a une guerre populaire.

Celle-ci peut prendre plusieurs formes ; cela dépend des pays, des conditions concrètes. Le concept de guerre populaire est un concept scientifique, valable universellement, dont l’application dépend de son champ d’application.

Le camarade Gonzalo a résumé cette position ainsi :  » Pour nous, le président Mao Zedong, en établissant les principes de la guerre populaire, a doté le prolétariat de sa ligne militaire, de sa théorie et de sa pratique militaire, de valeur universelle, donc applicable partout, selon les conditions concrètes « .

Cette position est la seule scientifique, elle seule permet aux révolutionnaires de trouver suffisamment de créativité pour avancer dans le processus révolutionnaire. Cette position permet de ne pas tomber dans l’erreur révisionniste opposant les révolutions russe et chinoise.

La révolution russe est le fruit du long travail d’agitation de propagande des Bolchéviks, de leur organisation de l’insurrection d’Octobre 1917, puis de l’armée rouge dans la lutte contre les troupes contre-révolutionnaires et ses soutiens impérialistes.

La révolution chinoise est le fruit du long développement de l’armée rouge et des conquêtes de zones libérées, jusqu’à la libération de tout le pays.

Lénine, Staline et la troisième Internationale ont eu raison d’affirmer le caractère universel de la révolution russe, c’est-à-dire de la dictature du prolétariat. Mais la troisième Internationale a souvent compris cela de manière mécanique, et donné à la révolution russe un caractère de modèle universel.

Après la révolution chinoise, d’autres dogmatiques considéreront qu’il s’agit là aussi d’un modèle universel.
Ces positions sont erronées, car elle nie le caractère particulier de la révolution dans chaque pays.

C’est pourquoi le Parti Communiste du Pérou a souligné la nécessité pour les communistes de chaque pays de développer une  » pensée  » spécifique. Au Pérou l’idéologie est ainsi le marxisme-léninisme-maoïsme pensée Gonzalo ; de même dans chaque pays les communistes doivent comprendre comment la guerre populaire peut et doit se développer.

Ceux et Celles qui raisonnent de manière schématique sont condamnés à échouer.

Rosa Luxembourg et Che Guevara ont tenté d’appliquer schématiquement un modèle de révolution, sans étudier les conditions concrètes. L’échec en a été la conséquence. Inversement, là où les communistes appliquent la guerre populaire prolongée aux conditions concrètes, celle-ci devient indestructible, comme c’est le cas au Pérou, ou encore au Népal.

La guerre populaire prolongée est la guerre des masses populaires ; la situation des masses populaires étant différente selon les pays, le mode d’action change. Dans le fameux interview du camarade Gonzalo, celui-ci dit ainsi : « L’Amérique latine, par exemple, compte des villes proportionnellement plus grandes que celles des autres continents.

C’est une réalité de l’Amérique Latine qu’on ne peut ignorer. Il suffit de voir la capitale du Pérou, qui a un taux de population élevé. Ainsi, pour nous, la ville ne pouvait être laissée de côté et la guerre devait s’y dérouler aussi, toutefois la lutte se livre principalement à la campagne, celle de la ville restant le complément nécessaire « .

La guerre populaire en Amérique latine possède donc des caractéristiques différentes de celles des autres continents. Pour pouvoir mener une guerre populaire correcte, il faut connaître dans tous les cas l’histoire du pays, l’histoire du développement économique, l’histoire des masses et de leurs luttes, la géographie, les tâches historiques des communistes.

En ce qui concerne la France par exemple, on voit bien que le schéma opposant  » révolution des villes  » et  » révolution des campagnes  » est absurde. Car dans les pays impérialistes, une grande partie de la population est rurbaine.

Elle n’habite pas dans une ville au sens classique du terme, et elle n’a pas de rapports avec la production agricole. En France, environ 20 millions de personnes vivent dans des zones rurbaines.

Cette population ne vit plus la grande concentration urbaine propre aux zones ouvrières. C’est pourtant dans cette zone que la classe ouvrière y est la plus nombreuse. La classe ouvrière fait ainsi 35% de la population active française, mais elle est beaucoup plus présente dans les zones rurbaines que dans les villes.

L’Etat impérialiste français a ainsi soutenu le développement culturel de la petite-bourgeoisie dans ces zones rurbaines, où les pavillons s’opposent ainsi aux HLM (qui comptent plus de 3,5 millions d’appartements).

Ce sont ainsi les classes dominantes et la petite-bourgeoisie qui dominent culturellement le prolétariat, jusque dans ses bastions. Le phénomène de la  » banlieue rouge « , apparue avec le développement du Parti Communiste en France, disparaît un peu plus à chaque élection municipale depuis que le révisionnisme prédomine dans ce parti.

Peut-on ainsi dire que la révolution russe est un  » modèle  » pour la révolution en France ? Non, on ne le peut pas. Ce que nous pouvons dire c’est que, au fond et comme Lénine l’a fait remarqué, la révolution consistera en la dictature du prolétariat, comme en Russie.

Nous pouvons par conséquent dire que cette révolution sera une guerre populaire, comme l’a fait remarqué le camarade Gonzalo, avec trois outils donc : le Parti, l’Armée, le Front.
Pas de révolution sans les  » trois épées magiques  » !

L’histoire de la révolution socialiste dans les pays impérialistes est justement un échec en raison de la non utilisation de ces trois outils, décrit par Mao Zedong comme les  » trois épées magiques « .

Les révolutionnaires d’Allemagne avaient, dans les années 1930, un très bon Parti Communiste, ainsi qu’un Front de grande dimension (allant des combattants antifascistes à l’organisation de courses de motos). Mais l’absence d’une armée en tant que telle leur fera subir une défaite totale.

Les révolutionnaires d’Italie avaient, dans les années 1970, organisé un grand embryon d’armée. Mais les Brigades Rouges repoussèrent la structuration d’un véritable Parti Communiste et nièrent l’importance du Front. La conséquence sera une déviation militariste accompagné d’un isolement croissant, formant une spirale infernale.

Si aujourd’hui nous pouvons avoir cette grille d’analyse, c’est grâce à l’expérience accumulée par le mouvement ouvrier et communiste en Europe occidentale. La réflexion sur la révolution dans les pays capitalistes ne s’est jamais arrêtée depuis la révolution russe.

Initialement, les communistes d’Europe occidentale pensaient qu’il fallait utiliser le modèle soviétique. Cette position a amené de nombreuses dérives gauchistes. Le Parti Communiste d’Autriche appelait ainsi chaque semaine à la Révolution socialiste, sans se soucier d’organiser les masses populaires. Il y a également et bien sûr eu la tentative des Spartakistes de Rosa Luxembourg de renverser la bourgeoisie, tentative écrasée dans le sang.

Par la suite s’est développée au sein de l’Internationale Communiste la thèse du front populaire. L’utilisation du front pour organiser les larges masses visait à rassembler contre le fascisme, mais également pour la révolution.

Tel ne fut pas le cas en Europe. Les communistes de France se soumirent, comme ceux/celles d’Espagne ou même d’Italie, à la social-démocratie. En 1936, le fascisme fut vaincu en France, mais le Parti Communiste devint  » Français  » et réhabilita le patriotisme, la Marseillaise, la révolution bourgeoise de 1789.

Cette attitude ne se modifia pas pendant la Résistance armée des années de guerre impérialiste (1939-1945).

Et les révisionnistes dominèrent même idéologiquement les révolutionnaires par l’intermédiaire de ce concept de  » front », qui devint la quête des  » 51%  » aux élections. Des années 1950 à aujourd’hui, tout l’histoire du  » Parti Communiste Français  » est ainsi la recherche d’un  » front  » des forces  » progressistes « ,  » démocratiques « , etc.

Le Front Populaire devait permettre l’organisation à la base, il devint un prétexte pour une recherche d’alliances électorales. Le trotskysme, liquidé, put renaître grâce à l’opportunisme de cette thèse, s’affirmant comme les seuls vrais  » révolutionnaires « .

Or, à l’opposé des trotskystes, nous communistes ne pensons pas que la thèse du Front Populaire soit fausse ; c’est son application en Europe qui a été erroné.

En Chine, les communistes ont très bien appliqué ce concept du front. Ils/Elles ne se sont pas soumisEs à la petite-bourgeoisie ni à la bourgeoisie nationale. Les communistes ont conservé leur indépendance, et ont dirigé le mouvement.

Ainsi, en Europe occidentale, l’opportunisme en ce qui concerne la question du Front a abouti à la cessation de l’analyse révolutionnaire conséquente. Il a fallu attendre les années 1970 pour que des tentatives de réponse à cette question révolutionnaire soit posée.

Apprendre des succès comme des échecs ! Le philosophe allemand Hegel a affirmé que  » Tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est rationnel est réel « . Les communistes ne nient pas les phénomènes historiques , même si cela ne leur  » plaît  » pas ; au contraire ils/elles en étudient les aspects positifs comme négatifs.

Si nous relisons l’interview du camarade Gonzalo, nous pouvons ainsi y lire le paragraphe suivant :

 » Quant à l’Europe, nous voyons s’y développer de longues luttes armées ; elles sont l’expression d’une réalité objective. Par conséquent, il ne s’agit pas de condamner, mais de comprendre, d’étudier et d’analyser, et de voir comment elles expriment le fait qu’une situation révolutionnaire existe aussi dans la vieille Europe.

Plus encore, il y a des hommes [et des femmes] qui prennent les armes en comprenant que c’est la seule façon de conquérir le pouvoir ; c’est un coup dur pour le révisionnisme, parce qu’en Europe même, considérée comme un de ses bastions, le révisionnisme commence à être abandonné. Quels que soient le niveau atteint et les problèmes en suspens, c’est incontestablement une avancée importante.

Dans certains cas, il s’agit de questions nationales, comme en Irlande. Dans d’autres, ils se posent le problème de comment faire la révolution. Nous pensons que ces luttes doivent être sérieusement étudiées : la question est de voir quelle est leur idéologie, quelle politique les guide, quelles classes elles servent, comment elles font face au problème des superpuissances.

Nous pensons qu’elles méritent beaucoup d’attention de notre part, surtout quand il y a des organisations qui se posent la question du retour à Mao Zedong, ou qui commencent à se poser la question de la nécessité du Parti, ou de l’insuffisance de la seule lutte armée.

Alors, nous devons voir ceci comme un nouvel éveil, et comprendre que de nombreuses erreurs peuvent être commises ; finalement, qui n’en commet pas ?

Mais ce sont elles-mêmes qui tireront les leçons de leurs erreurs, comme elles sont déjà en train de le faire, et elles avanceront, s’empareront du marxisme-léninisme-maoïsme, construiront leurs Partis et feront leurs guerres populaires, selon le caractère socialiste de leur révolution et selon leurs conditions concrètes.

En synthèse, c’est un exemple, je le répète, qu’en Europe aussi il y a une situation révolutionnaire de développement inégal, qu’il y a des hommes dégoûtés du révisionnisme pourri qui, dans des conditions si difficiles, au sein des entrailles impérialistes où la lutte est complexe et dure, prennent les fusils pour changer le monde, comme c’est d’ailleurs la seule façon de le faire.

Ceci donne plus d’espoir et permet de voir que la tendance principale c’est la révolution, et que l’Europe, elle aussi, s’oriente vers la révolution.

Voyons même qu’après avoir été pionniers, ils sont en train d’ouvrir des brèches et en fin de compte d’offrir plus d’espoir ; ils méritent plus de compréhension de notre part, d’autant qu’on voit que quelques uns se préoccupent déjà du Parti et du retour à Mao Zedong, c’est-à-dire du retour au marxisme, pou s’en saisir dans son ensemble : le marxisme-léninisme-maoïsme.

En Europe aussi se mènent ces luttes, avec également des limites et des erreurs, comme dans toute lutte, mais nous devons les voir comme une expression de la marche irrépressible de la révolution, et de comment à chaque fois plus de pays et de peuples s’expriment en prenant les fusils pour renverser l’ordre existant.

Ils acquièrent de l’expérience et font route vers le Parti et l’idéologie du prolétariat, le marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme.

Pour moi c’est un motif de joie que de voir qu’en Europe la révolution commence à se frayer un chemin, et quels que soient les accrochages, les faux pas qui puissent avoir lieu, il faut avoir confiance dans les masses et les peuples, confiance dans le fait que, de la même façon qu’ailleurs, la révolution a lieu les armes à la main, en suivant le marxisme, en Europe elle se fera aussi, nous devons y penser.

J’insiste sur le fait que nous devrions voir une dimension historique, voir à plus longue échéance, étudier sérieusement ces mouvements et encourager tout ce qui conduit au marxisme-léninisme-maoïsme, à forger un Parti et à développer la guerre populaire « .

Pour résumer, nous pouvons dire que la situation des années 1970-1980, résumée par le camarade Gonzalo, est l’exacte inverse de celle des années 1920-1950.

Il y a des armées ou des armées en construction, mais ni le Parti, ni le Front. Puisque de plus pour, nous maoïstes, le Parti dirige l’armée, on peut s’attendre à des déviations militaristes, ainsi qu’au fait que le Front  » oublié  » permet une très forte mainmise des révisionnistes et des sociaux-démocrates sur les organisations des masses.

De fait, telle a été la situation.
Les années 1970, expériences complémentaires de celles des années 1920-1940
Lorsque dans les années 1950-1960 les révisionnistes prennent définitivement le pouvoir dans les Partis Communistes des pays capitalistes européens, la situation est très difficile pour les véritables communistes.

Les sources du révisionnisme sont profondes. Les chefs du révisionnisme français et italien, Thorez et Togliatti, sont depuis longtemps aux commandes des Parti de France et d’Italie ; de plus leurs positions ouvertement révisionnistes sont progressives. Thorez prétendra ainsi encore défendre Staline.

Deux positions vont ainsi se développer chez les communistes. La première considère que la source principale du révisionnisme est extérieure aux Partis Communistes des pays européens. Il s’agit par conséquent de refonder le plus vite possible un Parti Communiste défendant une ligne correcte.

La seconde affirme au contraire que les sources du révisionnisme sont principalement internes aux Partis Communistes. Il faut donc se fondre dans les masses, et à partir de là reconstruire le Parti Communiste.

La première position a produit une énorme vague de ce qu’on appelé les  » groupes ML « . Ces groupes, que l’on peut compter par centaines, se prétendaient chacun le véritable parti communiste.

Aucun n’a connu de développement réel et durable, et tous ont disparu à la fin des années 1970.
La seconde position a produit peu de groupes, mais ceux-ci ont une influence très profonde dans leurs pays respectifs, ainsi qu’un fort ancrage dans les masses. Leur principale caractéristique est la mise en avant de la violence révolutionnaire, la défense de la guerre de guérilla pour prendre le pouvoir.

Il serait évidemment erroné de penser que les communistes refusant le schématisme formel de la construction fictive d’un  » Parti Communiste  » de papier, aient tous/toutes possédé la même position dans tous les domaines. Mais il existe de nombreux dénominateurs commun :

§ L’affirmation de la nécessité de partir des positions de Mao Zedong ;
§ La centralité de la classe ouvrière dans le processus révolutionnaire ;
§ L’internationalisme prolétarien comme identité ;
§ La nécessité de refuser la domination du révisionnisme sur les organisations de masse et d’organiser l’autonomie de celles-ci vis-à-vis de l’Etat impérialiste ;
§ Le primat de la pratique.

La Fraction Armée Rouge affirme ainsi dans son Manifeste que:  » Il n’y aura pas de rôle dirigeant des marxistes-léninistes dans les futurs luttes de classes si l’avant-garde ne tient pas elle-même la bannière rouge de l’internationalisme prolétarien et si l’avant-garde ne répond pas elle-même à la question de savoir comment sera érigé la dictature du prolétariat, comment le pouvoir politique du prolétariat doit être exigé, comment le pouvoir de la bourgeoisie doit être brisé, si elle n’est pas prête avec une pratique à y répondre.

L’analyse de classe dont nous avons besoin n’est pas à faire sans pratique révolutionnaire, sans initiative révolutionnaire »
.
Ce texte se termine d’ailleurs par le slogan  » Victoire dans la Guerre Populaire! ».

Cette position est commune aux partisanEs de la position authentiquement révolutionnaire. Les développements seront très différents selon les pays.

En France, la Gauche Prolétarienne (1969-1972), dont les militantEs se définissent comme  » maoïstes « , réussissent à avoir un écho retentissant dans les masses populaires. La  » GP  » mènera des luttes très dures dans beaucoup de domaines de lutte, organisant les masses sur le terrain de la violence révolutionnaire et principalement la classe ouvrière.

Les principales usines redeviennent les symboles de la révolution, et l’ensemble des intellectuels soutient le mouvement maoïste, notamment Jean-Paul Sartre.

Mais la GP n’a pas crée le Parti, et ses tentatives de construction d’un front ont échoué.

Par conséquent, les activités du bras armé de la GP, la Nouvelle Résistance Prolétarienne (NRP), prend le dessus. La direction prend peur et fait se dissoudre le mouvement, qui n’arrive pas à se relancer.

En Allemagne, les communistes n’arrivent pas réellement à s’implanter dans les masses populaires, à l’opposé d’en France. De plus, le poids du révisionnisme est très grand, et c’est la position de Che Guevara qui prédomine : l’URSS est comprise comme un soutien  » passif  » au processus révolutionnaire, principalement en raison de l’existence de la R.D.A..

Le mouvement se transforme donc très vite en mouvement  » anti « , principalement contre l’impérialisme US et la guerre impérialiste. Au début des années 1980 ce mouvement est de masse et a une grande résonance.

Il n’est pas un jour sans une action armée contre des établissements militaires ou des bâtiments étatiques. De grands mouvements de masse se développent, comme à Berlin où des centaines de maisons sont occupées par les révolutionnaires.

La référence principale est la Fraction Armée Rouge (1970-1998), qui a notamment fait sauter l’ordinateur central coordonnant les bombardements au Nord-Vietnam.

Mais l’ensemble de ses dirigeants se font  » suicider  » en prison. Les générations suivantes frapperont les cadres des organes étatiques, comme en 1991 le responsable de l’intégration économique de l’Allemagne de l’Est dans la RFA.

Au départ la RAF se revendiquait de Mao Zedong, mais très vite ce fut la position guévariste militariste qui domina, position se retrouvant même dans son autocritique finale, pourtant consciente de ses limites :  » Dans aucune phase de notre histoire, il n’y a eu de réalisation d’organisation politique partant de la lutte politico-militaire. Le concept de RAF ne connaissait en dernier lieu que la lutte armée, avec l’attaque politico-militaire dans le centre.

Dans les communiqués fondamentaux de la RAF jusqu’au milieu des année 1970, cette question importante n’était pas encore résolue, ce qui pouvait difficilement être autrement. Il n’y avait dans la métropole quasiment pas et en R.F.A. pas du tout d’expérience de guérilla urbaine.

Il était nécessaire de d’abord trouver beaucoup de choses et de les laisser se vérifier en pratique comme vraies ou fausses.

Malgré cela il y avait une direction pour la question décisive de savoir si le projet de libération pouvait être satisfait par une organisation illégale pour la lutte armée, ou si la construction de la guérilla allait main dans la main avec la construction de structures politiques qui grandiraient dans le processus à la base.

Nos camarades prisonnierEs écrivaient à ce sujet en janvier 1976 que la lutte armée à partir de l’illégalité était la seule possibilité d’activité pratique critique dans l’impérialisme « .
La dernière organisation principale partant de cette position a elle eu un écho fondamental dans son pays, l’Italie. Il s’agit des Brigades Rouges.

Les Brigades Rouges (BR) ont été un mouvement ouvrier. Les bases étaient les usines, les militantEs étaient ouvierEs, les sympathisants faisaient partie de la classe ouvrière.

Ce mouvement est d’ailleurs né dans les usines ; il s’est développé en même temps que les énormes luttes des masses italiennes.

Idéologiquement, les BR sont marxistes-léninistes. Elles se revendiquent des classiques (Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao Zedong) et rejettent très clairement le social-impérialisme russe.

Dans ce cas également, ce mouvement n’a créé ni Parti ni Front, il rejette cette division attribuée à la Troisième Internationale et l’objectif était ainsi la formation d’un  » Parti Communiste Combattant « .

Cette position a eu une conséquence catastrophique puisque les BR possédaient une forte reconnaissance par les masses en Italie. En considérant que les communistes ne devaient travailler qu’à partir de l’illégalité, les BR se sont privées de tout champ d’action à ce niveau.

La conséquence en a été la continuation de la main mise organisationnelle du  » Parti Communiste Italien  » sur les masses populaires, et le développement très fort de courants petits-bourgeois dans la sphère révolutionnaire légale.

Les BR ont  » découvert  » que seule la guérilla pouvait désarticuler l’Etat impérialiste et briser les liens corporatiste entre les classes dirigeantes et les organisations de masse. Elles mirent ainsi en avant le concept d’attaque au cœur de l’Etat : les communistes doivent frapper de telle manière à faire avancer l’autonomie ouvrière vis-à-vis de l’Etat impérialiste et de ses appareils de domination.

Cette conception de l’attaque au cœur de l’Etat distingue les BR des très nombreuses autres organisations armées italiennes des années 1970 (en 1979 il y a par exemple 2366 actions armées révolutionnaires).

Les BR subiront leur principale défaite en 1982 ; depuis un groupe nommé Brigades Rouges pour la construction du Parti Communiste Combattant mène quelques actions, mais sans remettre en question le schéma original tout en adoptant des positions de plus en plus similaires à celles de la RAF .
[Note: Il a bien sûr existé et il existe d’autres organisations armées en Europe. Mais aucune de ces autres organisations n’a été aussi proche du maoïsme.

Par contre, force est de noter qu’elles ont à chaque fois représenté les éléments les plus avancés de l’époque.
Si l’on prend ainsi l’Espagne, on peut voir que le Parti Communiste d’Espagne (reconstitué), qui soutient la guérilla des GRAPO depuis une vingtaine d’années, a une ligne révisionniste armée.

Mais le PCE[r] a été le seul parti à comprendre que la « transition démocratique  » ayant lieu en Espagne ne servait qu’à masquer le fascisme, et c’est pour cela que les GRAPO ont réussi à s’implanter dans l’histoire des classes ouvrières d’Espagne.

Le groupe français Action Directe a été un rassemblement idéologiquement éclectique, allant d’anarchistes à des communistes plus ou moins léninistes. Mais il a consisté en la frange la plus radicale d’un mouvement plus large de solidarité internationaliste et de révolution sociale refusant le trotskysme et la social-démocratie.

Les Cellules Communistes Combattantes belges ont été un groupe encore plus petit se revendiquant ouvertement de groupes militaristes gauchistes de Turquie. Leur « marxisme-léninisme  » a des lacunes très profondes (par exemple sur la question de Staline, où leur positon est quasiment troskyste).

Mais dans ce pays c’est le  » Parti des Travailleurs de Belgique « , néo-révisionniste, qui prédomine totalement parmi les courants révolutionnaires. Les CCC, malgré tout leur gauchisme, ont été une expression avancée du refus de l’opportunisme.

Il est donc clair que c’est l’approche du camarade Gonzalo qui aurait dû être privilégiée dans les années 1970-1990.]

La révolution dans les pays impérialistes
L’organisation des masses populaires dans les pays impérialistes passe de fait par deux aspects majeurs : l’entreprise et le lieu d’habitation.

C’est à ces deux niveaux que le Parti doit agir et développer l’organisation.
Au niveau de l’habitation, on s’aperçoit que dans les « cités » la violence est grande, que tout ce qui se rapporte aux institutions est attaqué par la jeunesse masculine.

La tâche des communistes est de créer les organisations de masses capable de combattre les structures capitalistes, racistes, sexistes.

La violence révolutionnaire a ici un aspect essentiel pour la conquête des droits face aux forces de répression, et passe par une compréhension féministe du monde. Il s’agit de liquider l’appareil de coercition sur les lieux d’habitation populaires, de détruire les institutions culturelles perpétuant l’idéologie contre-révolutionnaire, de développer les droits des masses.

Dans les entreprises, il est erroné de concevoir les syndicats comme force principale. L’écrasante majorité des masses populaires n’est pas active au sein des syndicats, voire même syndiquée (pour un pays comme la France par exemple).

La révolte contre le capitalisme s’exprime de manière autre que syndicale : absentéisme, sabotage, refus des hiérarchies, « cassage » des cadences de travail… Cette violence révolutionnaire est une expression de la recherche de libération des oppriméEs. Elle doit être développée et généralisée.

Le point culminant de la guerre populaire dans les pays impérialistes est la prise du pouvoir dans tout le pays. Cela signifie en clair la destruction définitive du cœur de l’appareil d’Etat impérialiste et des forces de répression.

En pratique, cela consiste en la prise par la violence des différents bâtiments administratifs de l’Etat et le renversement de leur administration, au profit du pouvoir populaire.

Ce pouvoir populaire ne naît pas le jour de l’insurrection. Il s’est développé au fur et à mesure, dans l’agitation, la propagande, la lutte de classes passant par la violence révolutionnaire. La guerre populaire est le développement du pouvoir populaire, qui se fonde sur le Parti, l’Armée et le Front (compris comme alliance des masses populaires sous la direction de la classe ouvrière).

Sans armée le peuple n’a rien, et le pouvoir populaire ne peut pas se développer, se défendre. C’est parce que l’armée n’avait pas été organisée que le Parti Communiste d’Allemagne a vu les très importantes structures de pouvoir populaire qu’il avait construit anéanties par les nazis.

C’est en disposant ce que Mao Zedong avait appelé  » les trois épées magiques  » que les communistes des métropoles impérialistes pourront organiser les masses populaires pour vaincre l’Etat bourgeois et construire le socialisme, pour le communisme.

 

Source: http://www.lesmaterialistes.com/veritable-point-vue-maoiste-guerre-populaire-prolongee-pays-imperialistes

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Sur les Procès de Moscou

Dans le dixième Congrès du parti, Lénine avait proposé une interdiction sur les groupements de factions à l’intérieur du parti alors qu’ils allaient à l’encontre des principes d’organisation du bolchevisme, le centralisme démocratique. Le centralisme démocratique signifie que, dans un sujet donné, tout le monde a la liberté d’expression pour exprimer son opinion, mais une fois qu’une décision est atteinte, tout le monde doit respecter la règle de la majorité. Si après avoir perdu le débat sur une question donnée, un groupement de factions continuait à insister sur sa propre politique, malgré la majorité du parti qui décidait contre elle, ils seraient probablement expulsés du parti. Soit accepter les principes du parti ou être expulsé.

«Dans la lutte pratique contre le factionalisme, toute organisation du parti doit prendre des mesures strictes pour empêcher toutes les actions de factions… d’assurer une discipline stricte au sein du parti et dans tous les travaux soviétiques et de garantir l’unanimité maximale dans l’élimination de tous les factionalism…  »

– Lénine, « Summing-up discours sur l’unité du parti et la déviation anarcho-syndicaliste »

L’interdiction de Lénine sur les factions a conduit à la suppression de divers types d’activités de faction des syndicalistes, des trotskistes et du parti communiste gauche dirigé par Bukharin et d’autres groupes. Ces groupements ont été forcés d’accepter le centralisme démocratique et la discipline de parti s’ils voulaient rester dans le parti.

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(O.V.)

In the 10th Party Congress Lenin had proposed a ban on factional groupings inside the party as they went against the organizing principles of Bolshevism, Democratic Centralism. Democratic Centralism means that in any given topic everyone has freedom of speech to express their opinion, but once a decision is reached everyone must uphold the rule of the majority. If after having lost the debate on a given issue a factional grouping still continued to insist on their own policy despite the party majority deciding against it they would probably be expelled from the party. Either accept the Party’s principles or be expelled.

“In the practical struggle against factionalism, every organisation of the Party must take strict measures to prevent all factional actions… ensure strict discipline within the Party and in all Soviet work and to secure the maximum unanimity in eliminating all factionalism…”

–Lenin, “Summing-Up Speech On Party Unity And The Anarcho-Syndicalist Deviation”

Lenin’s ban on factions led to the suppression of various kinds of factional activities from the Syndicalists, Trotskyists and the Left-Communist Faction led by Bukharin and other groups. These groupings were forced to accept Democratic Centralism & party discipline if they wanted to stay in the party.

Source: https://mltheory.wordpress.com/2017/07/11/the-moscow-trials-part-1-the-investigation/ 

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Les procès de Moscou – Les investigations (Première partie)

LES PROCÈS DE MOSCOU – PROCÉDURES JUDICIAIRES (Deuxième partie)

Les Grandes Purges – Le Massacre de STALINE?

Maoïsme ou Trotskysme? par J. Moufawad-Paul

La question « Maoïsme ou Trotskisme ? » pourrait sembler absurde à poser maintenant, après une décennie passée dans le XXIème siècle, car un tel débat idéologique pourrait, à première vue, sembler appartenir à une période de lutte précédent l’effondrement du socialisme. Après tout, le dernier souffle du marxisme-léninisme « anti-révisionniste » dans les années 1960 et 1970 a été marqué par une polémique soutenue contre le trotskisme ainsi que par la contre-polémique des organisations trotskistes. D’innombrables brochures et livres posaient la question « Léninisme ou Trotskisme ? » ou tentaient de prouver que le trotskisme était le léninisme et que tout le reste était simplement une variante du « stalinisme ». Et les organisations communistes qui tentaient de mener une lutte idéologique contre le trotskisme et le révisionnisme de l’Union soviétique étaient souvent des organisations qui se présentaient comme « maoïstes » parce qu’elles s’identifiaient à la « voie chinoise » plutôt qu’à la « voie soviétique ».

Nous vivons maintenant dans une période où l’Union Soviétique s’est depuis  longtemps effondrée et où la Chine s’est elle-même engagée dans une voie révisionniste – une période qui a condamné le marxisme-léninisme anti-révisionniste qui avait placé ses espoirs en Chine en tant que centre de la révolution mondiale dans la période impérialiste de la guerre froide, en un mouvement qui était voué à l’échec parce qu’il était incapable à cet époque de systématiser les succès et les échecs de la deuxième révolution historique socialiste mondiale. C’est une période où le capitalisme a proclamé son triomphe, clamé « la fin de l’histoire » pour lui-seul et d’innombrables mouvements communistes se sont décomposés. C’est aussi une période marquée par la montée de l’anarchisme, du postmodernisme et des mouvements « communistes de gauche » qui désavouent ouvertement le marxisme-léninisme et tout type de communisme qui se fonde sur un « parti d’avant-garde » organisé pour instaurer la dictature du prolétariat.

Et pourtant c’est une période où le trotskisme et le maoïsme existent encore, parfois prospère, prétendant tous deux représenter authentiquement et même supplanter la tradition marxiste-léniniste qui était censée être morte dans les années 1980. C’est aussi une période où les courants gauchistes anti-léninistes commencent à atteindre l’impasse qui était toujours présente dans leur idéologie, menant à la désaffection et à un regain d’intérêt pour la tradition communiste censée être morte lorsque le capitalisme se déclara victorieux du communisme.

En outre, le trotskisme n’a jamais disparu et malgré les divisions sectaires et les débuts de critiques, il a maintenu une influence constante dans les centres du monde capitaliste, surtout parmi les intellectuels marxistes vivant en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne, même s’il ne se proclame pas « trotskiste ». On peut ici parler des groupes « post-trotskistes » (comme ceux influencés par Hal Draper ou Raya Dunayevskaya) qui pourraient davantage ressembler à des anarchistes dans la pratique mais qui déclarent encore un certain degré de fidélité au trotskisme, dans leur compréhension de l’histoire et des moments clés de leur théorie. Nous pouvons également examiner le renouveau des vieux trotskysmes tels que la Tendance Marxiste Internationale qui, indépendamment de leur approche moribonde de l’action politique, semblent toujours attirer de jeunes gauchistes qui en ont marre du « mouvementisme » post-moderne qui a maintenant révélé son manque d’objectifs révolutionnaires. Dans ce contexte, le trotskisme  a réussi à mener une lutte idéologique quelque peu fructueuse au sein des universités dans les centres impérialistes et à exercer ainsi un contrôle significatif sur le discours de l’intelligentsia sur le marxisme.

Dans le même temps cependant, le maoïsme n’a émergé qu’en tant que maoïsme à la fin des années 1980 et au début des années 1990, lorsque le capitalisme déclarait la fin du communisme : d’abord avec la guerre populaire menée par le Parti Communiste du Pérou (PCP) puis par l’émergence du Mouvement Révolutionnaire Internationaliste (MRI) avec sa déclaration de 1993 Vive le Marxisme-Léninisme-Maoïsme ! C’est dans ce contexte que l’expérience de la Révolution Chinoise – ses succès et ses échecs – a été systématiquement examinée et que le « maoïsme » a été proclamé comme la troisième étape de la science révolutionnaire. Pour la première fois, le « maoïsme » a été théorisé comme une réelle idéologie plutôt que comme une « pensée » qui avait remplacé la pensée de Staline en tant qu’interlocuteur du marxisme-léninisme ; le PCP et le MRI soutenaient le Maoïsme-qua-Maoïsme plutôt que Maoïsme-qua-Pensée Mao Zedong, affirmant que ce qu’ils appelaient le « maoïsme » était un développement théorique du communisme scientifique, une continuité et une rupture d’avec le marxisme-léninisme, parce qu’il possédait des principes qui étaient universellement applicables. Par conséquent, le MRI soutenait que le maoïsme était la dernière encapsulation du marxisme et du léninisme, et que le marxisme-léninisme tel qu’il était n’est plus suffisant.1

La naissance du maoïsme signifierait une explosion du développement révolutionnaire et des guerres populaires dans les périphéries du capitalisme mondial (au Népal, en Inde, en Afghanistan, etc.) – ce que Mao appelait « les centres des tempêtes » et Lénine les « maillons faibles » – là où le trotskisme était généralement considéré comme une idéologie « étrangère ». Mais le fait que le trotskisme ait historiquement, à d’honorables exceptions, été traité comme une idéologie » étrangère » dans le soi-disant « Tiers-Monde » ne signifie pas nécessairement qu’il est théoriquement en faillite. En effet, il ne suffit pas de souligner qu’une théorie a échoué à faire des progrès dans certaines régions pour reléguer le trotskisme dans les « poubelles de l’histoire » : divers nationalismes culturels, dont certains sont plutôt réactionnaires, ont souvent éclipsé le maoïsme dans les périphéries mondiales et pourtant nous ne dirions pas que cela les rend proprement anticapitalistes et antiimpérialistes ; et l’incapacité du maoïsme à revendiquer l’hégémonie idéologique parmi les marxistes des centres capitalistes, sans tenir compte de quelques transformations significatives ici et là, ne devrait pas  comme certains le prétendent (y compris certains qui s’imaginent eux-mêmes « maoïstes » !), signifier que le maoïsme ne serait uniquement applicable que dans les révolutions du Tiers-Monde.

De plus, la question « Maoïsme ou Trotskisme ? » ne doit pas être confondue comme c’est parfois le cas, avec l’ancienne question  « Léninisme ou Trotskisme ? », posée par les anti-révisionnistes ou les staliniens orthodoxes. Cette dernière est souvent une question posée avec mauvaise foi parce qu’elle suppose que, fidèle au récit stalinien de l’expulsion de Trotski de l’Union Soviétique, Trotski était un anti-léniniste espiègle, un « saboteur » et peut-être même un agent des réactionnaires impérialistes. La réponse trotskiste de base à cette question polémique est simplement de se fondre  elle-même dans la matrice de Lénine et, sans utiliser la terminologie précise, se déclarer elle-même Marxiste-Léniniste-Trotskiste. Que les trotskystes aient ou non théorisé correctement le « léninisme » pourrait être une question importante – et que nous examinerons de tangentiellement en détail ci-dessous mais l’accusation selon laquelle le trotskisme est l’ennemi manifeste du marxisme-léninisme est le plus souvent une position rhétorique et un jeu sémantique : puisque Staline a théorisé le « léninisme », l’argument va de soi, le trotskisme doit être anti-léniniste et donc anti-Lénine puisqu’il est aussi anti-Staline.

Par conséquent, pour poser la question « Maoïsme ou Trotskisme ? » en temps que maoïste il nous faut essayer d’enquêter sur le trotskisme comme un courant idéologique concurrent et d’effectuer cette enquête en n’ayant pas un point de vue sectaire en raison d’une adhésion religieux au signifiant « maoïste » mais dans le but de montrer pourquoi le maoïsme plutôt que le trotskisme est théoriquement nécessaire comme point de ralliement si nous voulons faire la révolution. En effet, si le trotskisme était capable de démontrer qu’il était ce point de ralliement, qu’il donnerait le coup d’envoi à des insurrections de style bolchevique dans le monde entier alors cela, même dans leurs échecs, fournirait un défi communiste significatif au capitalisme et nous devrions questionner la validité du maoïsme. Puisque tout est possible, peut-être que cela arrivera dans le futur – et si cela se produit nous devrions tous devenir trotskystes et l’accepter comme la bonne voie vers la révolution mais peut-être qu’aussi l’approche post-moderne « mouvementiste » va prouver son efficacité, ou peut-être que le capitalisme est vraiment la fin de l’histoire, et donc ces multiples possibilités ne suffisent pas à empêcher une implication idéologique avec une tradition théorique qui s’est jusqu’à présent révélée incapable d’être une science révolutionnaire. Car si nous apprenons de l’histoire et que nous sommes communistes, alors nous devons aussi reconnaître que la seule façon de comprendre scientifiquement l’histoire est de théoriser systématiquement les leçons tirées du moteur de l’histoire, la révolution de classe. Et puisque les idéologies sont historiquement des médiatrices, nous devons également examiner si elles sont viables ou non en relation avec la révolution de classe.

Nous ne pouvons pas non plus nous rabattre sur le vieil adage de l’anti-trotskisme qui a marqué les marxisme-léninisme anti-révisionnistes d’antan. A cette époque, il suffisait d’appeler les trotskystes « révisionnistes » – ou pire, des « sociaux-fascistes » et des « saboteurs » – et ensuite de les ignorer… Sauf quand les plus orthodoxes de leurs adhérents se présentaient à un événement qu’ils n’avaient pas aidé à organiser pour pouvoir châtier tout le monde d’être de faux communistes. Oui, il est tentant d’appeler quelqu’un qui vous appelle un « faux communiste » du même nom, mais ce n’est qu’un flot d’injures. Par conséquent, il est également important de reconnaître que le trotskisme n’est pas simplement un « révisionnisme »2, que Trotski n’était pas un renégat anticommuniste comme pourraient le faire croire des chercheurs comme Grover Furr, ou que les trotskistes ne sont pas des « saboteurs » camouflés qui avaient l’intention de ruiner le communisme. Plus important encore, il est nécessaire de reconnaître que Trotski fut un révolutionnaire de grande importance pendant la Révolution Russe et que certains théoriciens trotskistes ont même contribué au canon théorique marxiste. En effet, le fait que les intellectuels trotskistes aient pu mener une lutte idéologique quelque peu fructueuse dans la sphère académique impérialiste est une cause à célébrer : c’est en grande partie grâce à leurs efforts que Marx et le marxisme restent des recherches académiques valables. En tout cas, l’effondrement de la guerre populaire au Népal prouve que les maoïstes peuvent aussi être révisionnistes. Le comportement ultérieur d’un RCP-USA dégénéré dans le MRI prouve que les maoïstes peuvent aussi être des saboteurs. Ce sont des accusations qui peuvent être faites à des communistes de toutes les traditions marxistes ; il n’y a pas de péché originel attribuable seulement au trotskisme. Si nous devons poser correctement la question « Maoïsme ou Trotskisme? » nous devons sortir de ce marécage rhétorique.

Nous devons également nous demander honnêtement « Maoïsme ou Trotskisme? » en tant que maoïstes, plutôt que d’ignorer complètement cette question et de poursuivre notre travail, car les trotskistes posent la même question. Depuis l’émergence du Marxisme-Léninisme-Maoïsme et des guerres populaires qui ont fleuri dans les zones de tempêtes de l’impérialisme – depuis lors des organisations vitales dans les centres capitalistes ont commencé à graviter, parfois lentement et parfois rapidement, vers cette forme cohérente de Maoïsme – les idéologues trotskistes et les intellectuels influencés par la tradition trotskiste ont entrepris un combat avec le maoïsme.

Généralement, ces combats théoriques ont été assez pauvres. Les Notes pour une Critique du Maoïsme de Loren Goldner sont un exemple récent de ces tentatives de combattre le maoïsme à partir d’une tradition communiste qui, d’une certaine manière, exprime un certain niveau de fidélité au trotskisme. Les critiques de Jairus Banaji sur le maoïsme indien ou le rejet du maoïsme par Chris Cutrone sont d’autres exemples saillants. Ces critiques vénèrent et placent Trotski au-dessus de Mao, dénigrent le maoïsme en le qualifiant de « stalinisme » et démontrent la même compréhension du maoïsme que les groupes trotskistes les plus orthodoxes tels que la Ligue Spartaciste et la

Tendance Bolchevik Internationale : le maoïsme est simplement une « révolution bourgeoise avec des drapeaux rouges » parce que la théorie Mao de la Nouvelle Démocratie (que chaque trotskiste suppose, n’ayant apparemment jamais lu la déclaration du MRI ou aucune des expressions théoriques du Marxisme-Léninisme-Maoïsme, être la première définition du maoïsme) est comprise à tort comme une « collaboration de classe ». Dans aucune de ces critiques il n’y a la moindre reconnaissance que le Maoïsme-qua-Maoïsmes’est finalement cristallisé en tant que théorie révolutionnaire seulement en 1993 et qu’un combat soutenu avec les « maoïsmes » des années 1960 et 1970 est hors de propos.3

Voir ici la réponse à l’article de Goldner et les hypothèses qu’il partage avec les critiques trotskistes du maoïsme sur

MLM Mayhem! [http://moufawad-paul.blogspot.ca/2012/10/message-to-insurgent-notesplease.html]

Ces combats théoriques extrêmement imparfaits démontrent cependant la nécessité de poser la question « Maoïsme ou Trotskisme » dans une perspective maoïste. D’une part, ils montrent que certains trotskistes et/ou post-trotskistes prennent le maoïsme au sérieux (en effet, ils ne peuvent nier que c’est actuellement la seule variante du communisme mobilisant avec succès les masses dans les zones de tempêtes de l’impérialisme) ; d’autre part, cela montre un certain niveau de panique parmi les trotskistes orthodoxes (qui, comme tous les communistes orthodoxes, sont fâchés que les gens choisissent un communisme autre que le leur), et parmi les trotskistes et les post-trotskistes non orthodoxes qui sont confus par un communisme qui, à première vue, ne ressemble pas au communisme qu’ils croyaient être le communisme adéquat.

Plus important encore, ces combats théoriques avec le maoïsme démontrent l’émergence d’une lutte de ligne idéologique où ceux qui sont attachés à un communisme influencé par le trotskisme, à quelque degré que ce soit, tentent d’empêcher les gens qui gravitent autour du communisme de commettre ce qu’ils interprètent comme une erreur idéologique. Ils veulent que les jeunes communistes se détournent de la tentation du maoïsme, adhèrent à une tradition marxiste plus respectable, et ils le veulent parce qu’ils croient que leur tradition est la seule tradition capable d’engendrer le communisme. Et puisque nous maoïstes, croyons la même chose, nous devrions au moins reconnaître que cette attitude est louable. Le problème, cependant, est que nous faisons l’affirmation inverse.

Le point ici est que le trotskisme et le communisme inspiré par le trotskisme ne peuvent pas être considérés comme du « révisionnisme », mais plutôt comme une impasse théorique. Après tout, l’histoire a beaucoup de culs-de-sac et d’impasses, et nous soutenons que le trotskisme est en fin de compte un autre anachronisme théorique incapable de développer un chemin vers la révolution ; il lui manque les outils théoriques nécessaires pour donner une unité idéologique et pratique à un mouvement révolutionnaire. Ainsi dans ce combat, nous démontrerons cet échec du trotskisme en examinant : a) sa théorie de la « révolution permanente » qui est la théorie qui définit le trotskisme ; b) ses complaintes concernant le « stalinisme » et l’échec du socialisme réel ; c) son incapacité à être autre chose qu’une impasse quand il s’agit réellement de faire la révolution.

La Révolution Permanente

Si le trotskisme peut être ramené à une théorie clé, c’est la théorie de la « révolution permanente », bien illustrée dans La Révolution Permanente (1931) mais aussi exprimée sous forme de germe dans des écrits antérieurs tels que Bilans & Perspectives (1906). C’est cette théorie qui détermine le combat théorique du trotskisme avec le maoïsme ; cela explique même pourquoi le trotskisme choisit de méconnaître le maoïsme. Toutes les organisations trotskistes déclarent fidélité à cette théorie, même si elles passent beaucoup de temps à argumenter sur ce qu’elle signifie ou à tenter de la moderniser sur le volet théorique (Tony Cliff du Socialist Workers Party a tenté de le faire et s’est fait taxer de « révisionniste » par les trotskistes orthodoxes), elle reste leur pivot théorique.

Pour donner du crédit là où il est dû, la théorie de la révolution permanente est en réalité le résultat d’une question correcte de Trotski : comment soutenir et faire avancer une révolution dans un pays qui n’a pas connu une révolution bourgeoise ? Comment le socialisme peut-il être construit aux périphéries mondiales là où le contexte politique et les forces productives produites par une révolution bourgeoise sont absents ? Il est clair que Trotski posait cette question suite à son expérience de la révolution Russe et du fait incontestable que la Russie semblait manquer des éléments nécessaires, directement après la prise du pouvoir par les bolcheviks, pour le socialisme : la persistance des masses paysannes elles-mêmes stratifiées et surpassant en nombre la classe ouvrière censée être la « fossoyeuse du capitalisme » ; l’absence de forces productives qui auraient permis la prédominance de la classe ouvrière et les bases de la socialisation, une absence qui a conduit à  de nombreux plans économiques de la part de Lénine et de la direction bolchevique ; et, peut-être le plus important pour ce qui allait devenir la théorie de la révolution permanente, le manque d’une infrastructure nécessaire pour empêcher le socialisme de dégénérer car il serait toujours attaqué par les nations capitalistes les plus avancées économiquement. D’ailleurs comme Trotski fut un important participant de la Révolution Russe, il voulait argumenter de manière correcte en opposition à un fort courant marxiste révisionniste de l’époque, en prenant en compte que les révolutionnaires des pays sous-développés (comme la Russie) n’avaient pas à attendre l’apparition d’une classe bourgeoise structurée dans ces pays et passer directement à la révolution.

Empruntant la terme « révolution permanente » à Marx et Engels, Trotski a essayé de donner un sens aux problèmes auxquels étaient confrontés la révolution en Russie et a résumé sa vision de la manière suivante :

   « La perspective de la révolution permanente peut se résumer ainsi : la victoire complète de la révolution démocratique en Russie n’est concevable que sous la forme de la dictature du prolétariat s’appuyant sur la paysannerie. La dictature du prolétariat, qui mettra infailliblement à l’ordre du jour, non seulement les tâches démocratiques, mais aussi les tâches socialistes, donnera en même temps une forte impulsion à la révolution socialiste internationale. Seule la victoire du prolétariat en Occident préservera la Russie de la restauration bourgeoise et lui assurera la possibilité de mener l’édification socialiste jusqu’au bout. »4

Jusqu’ici rien à dire : certains trotskistes seraient surpris de découvrir que les maoïstes sont en accord avec l’essentiel de cette affirmation. Là où nous divergeons cependant, c’est dans la manière dont Trotski théorise pleinement sa perspective de la révolution permanente, le problème étant contenu dans la dernière phrase de cette synthèse où la responsabilité finale de la victoire socialiste coïncide avec le prolétariat des centres du monde capitaliste (à l’époque de Trotski, c’était le sens de « occidental » qui signifiait « l’ouest de la Russie » – l’Europe centrale, essentiellement la Grande-Bretagne et l’Allemagne). Nous y reviendrons plus tard.

Par ailleurs, la partie principale de la stratégie révolutionnaire de Trotski dans le contexte des pays périphériques est consacrée à une analyse très spécifique de la paysannerie qui la distingue de la compréhension maoïste. Comme indiqué plus haut, Trotski prétend que la dictature du prolétariat doit s’appuyer sur la paysannerie, mais ce qu’il entend par là n’est pas que la paysannerie des pays périphériques pourrait être une classe révolutionnaire mais plutôt qu’ils doivent être soumis à la discipline de la classe prolétarienne, plus avancée mais minoritaire. En effet, dans La Révolution Permanente, Trotski accuse Lénine de « surestimer le rôle indépendant de la paysannerie » et que Lénine l’accusait de « sous-estimer le rôle révolutionnaire de la paysannerie ».5 Ainsi il peut donc parler de la façon dont la paysannerie ne possède pas une conscience révolutionnaire, qu’elle serait de fait contre-révolutionnaire (suivant l’analyse de la paysannerie française par Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte), et que le prolétariat entrerait nécessairement en « collision » avec la paysannerie en consolidant la dictature du prolétariat.

Ainsi, l’affirmation de Trotski selon laquelle la dictature du prolétariat doit s’appuyer sur la paysannerie semble être rhétorique ; il est plutôt confus par la paysannerie et sa position au sein d’une révolution qui émerge dans un contexte semi-féodal. D’une part, il veut penser au-delà de « l’étapisme » grossier (une accusation que les trotskistes appliqueront plus tard à toute théorie de la révolution qui tente de répondre à la même question sans être la théorie de la révolution permanente) inhérent aux marxismes révisionnistes toujours concentré sur le développement premier d’une révolution bourgeoise ; d’autre part il est toujours enferré dans les mêmes catégories positivistes qui, à la suite de lectures très dogmatiques de Marx, veulent que le prolétariat doive ressembler au prolétariat d’Europe occidentale et que la paysannerie doive toujours et finalement être comme la paysannerie de la France du 18 Brumaire. Il y a ici une tension entre le désir de rompre avec les applications dogmatiques du matérialisme historique et la réaction viscérale de rester dans le territoire sûr d’un « marxisme pur ».

En fin de compte, l’engagement de Trotski à l’égard de l’orthodoxie marxiste vaincra son désir de créativité marxiste, la forme du marxisme écrasant son essence méthodologique.  Autrement dit, Trotski se montrerait incapable à concrétiser l’universalité du marxisme dans un contexte social donné : il comprenait l’importance de la paysannerie dans les pays semi-féodaux mais la considérait également en dernière instance comme une force contre-révolutionnaire, croyant comme nous le verrons plus loin, que la classe ouvrière naissante de ces pays avaient besoin d’organiser la révolution en permanence et de discipliner une paysannerie très probablement réactionnaire.

D’une manière générale, Trotski pensait que la paysannerie soutiendrait une révolution démocratique dirigée par le prolétariat mais, à cause de sa conscience féodale, cesserait de soutenir cette révolution quand elle deviendrait socialiste. D’où sa raison de présumer de la possibilité d’une « guerre civile » entre la paysannerie et la classe ouvrière industrielle dans La Révolution Permanente, une guerre civile qui ne pouvait être évitée que s’il y avait une révolution internationale menée par les classes ouvrières dans les régions plus développées du capitalisme mondial – encore une fois nous sommes amenés à mettre l’accent sur la « victoire du prolétariat en Occident » comme le mécanisme nécessaire pour empêcher la restauration bourgeoise.

Mais avant d’entrer dans cette dimension internationale de la théorie, nous devrions examiner comment les vues de Trotski sur la paysannerie se sont articulées dans le contexte semi-féodal qui a donné naissance au maoïsme – la Révolution Chinoise. Dans ce contexte en 1925, le courant trotskiste initial dans le Parti Communiste Chinois (PCC) représenté par Chen Duxiu s’opposa aux arguments de Mao, qui après une enquête sociale rigoureuse, déclara que le parti devait s’ancrer dans une paysannerie déjà engagée dans l’action révolutionnaire. Chen ne pensait pas que le parti devait s’ancrer dans la paysannerie parce qu’il pensait, suivant la ligne de Trotski, que la paysannerie finirait par être une force réactionnaire quand il s’agirait de lutter pour le socialisme ; il préconisait plutôt de rester dans les rangs du Guomindang et d’essayer de gagner la classe ouvrière afin que le parti ait les forces de classe nécessaires pour commander la paysannerie déjà révoltée. Ici, il est intéressant de noter que le représentant de Staline dans le PCC initial Li Lisan, a plaidé pour  une pratique identique mais pour des raisons différentes (l’argument erroné de Li était que le Guomindang était une force révolutionnaire bourgeoise) et ainsi au final, les lignes idéologiques trotskistes et staliniennes ont abouti à la même impasse pratique : Mao s’est sépare de cette conception du PCC et a relancé l’activité du parti dans la paysannerie révolutionnaire et ceux qui sont restés fidèles aux lignes politiques de Chen et Li ont été liquidés par le Guomindang sous la direction de Chang Kaï-chek en 1927.

En outre, il suffit d’avoir une conversation avec un trotskiste orthodoxe sur les révolutions en dehors des centres impérialistes pour comprendre ce que signifie l’adhésion presque religieuse à la théorie de la révolution permanente pour la compréhension de la paysannerie. Ils vous diront que les paysans ont une conscience réactionnaire ou « petite-bourgeoise » parce qu’ils sont pleinement intégrés dans la féodalité et que toute révolution qui se fonde sur cette paysannerie – même s’ils sont la classe la plus nombreuse avec rien à perdre – n’est pas correctement « marxiste ». La classe ouvrière industrielle est la seule classe capable d’être la colonne vertébrale d’une révolution, l’argument est lâché, et si cette classe n’existe pas – et parfois ne peut exister en tant que classe révolutionnaire dans une formation capitaliste qui restera sous-développée sous l’oppression impérialiste – alors il ne sert à rien de faire autre chose que de maintenant la révolution en permanence et d’attendre que les classes ouvrières plus développées des centres capitalistes dirigent la révolution mondiale.

C’est parce que Trotski, à certains égards s’entrecoupant avec Lénine, comprenait que si les mouvements révolutionnaires se produisaient aux maillons les plus faibles de l’impérialisme mondial, le fait était que les centres du capitalisme mondial possédaient encore le pouvoir économique pour écraser ces révolutions périphériques était quelque chose qui devait être compris. Malheureusement, plutôt que d’essayer de donner un sens dialectique à la relation entre centre et périphérie, Trotski a placé le fardeau de la responsabilité révolutionnaire sur les épaules du prolétariat des centres du capitalisme mondial. Après tout, un véritable prolétariat se doit d’avoir une conscience prolétarienne appropriée. Comme il le fait valoir dans Bilan & Perspectives :

   « Sans le soutien étatique direct du prolétariat européen, la classe ouvrière russe ne pourra rester au pouvoir et transformer sa domination temporaire en dictature socialiste durable. A ce sujet, aucun doute n’est permis. Mais il n’y a non plus aucun doute qu’une révolution socialiste à l’Ouest nous rendra directement capables de transformer la domination temporaire de la classe ouvrière en une dictature socialiste ».6

Dans les faits, Trotski continue à citer l’affirmation de Kautsky selon laquelle « la société dans sa totalité ne peut sauter artificiellement aucune des étapes de son développement, mais certaines de ses parties constituantes peuvent accélérer leur développement retardataire en imitant les pays avancés et, ainsi, parvenir même en tête du développement, parce qu’elles n’ont pas à supporter le fardeau de traditions que les pays plus anciens traînent avec eux… »7 Tout cela pour que Trotski esquive « l’étapisme » : à la place de la possibilité de révolutions socialistes dans le monde périphérique, il ne peut y avoir au mieux que des institutions socialistes « artificielles »8 qui peuvent influencer les nations les plus avancées pour prendre la tête de la production d’un socialisme mondial authentique. On doit donc se demander ce qui rend un socialisme « artificiel » par opposition à un autre « authentique » quand selon Lénine, le socialisme est un processus, un stade transitoire où la bourgeoisie est placée sous la dictature du prolétariat, et donc aussi hétérogène que la période du capitalisme mercantile, où diverses tentatives de placer l’aristocratie sous la dictature bourgeoise ont précédé l’émergence du capitalisme. Mais nous reviendrons sur ce point à propos de la conception trotskiste du socialisme dans la section suivante.

La théorie de Trotski du « développement inégal et combiné » est fondamentale pour sa compréhension de la théorie de la révolution permanente et sa signification internationale. Nous avons ici une théorie qui laisse entendre que le capitalisme est un mode de production global qui se développe d’une manière inégale et combinée, au lieu de la théorie (comme celle influencés par l’argumentation de ce qui sera la tradition maoïste) d’un système capitaliste mondial où les modes de productions capitalistes forment les centres du capitalisme, et imposent/contrôlent un capitalisme mondial à travers l’impérialisme où les formations sociales capitalistes à la périphérie sont encore économiquement définies, intérieurement, comme des modes de production pré-capitalistes.9

Si le monde est un mode de production unique, alors il est logique qu’il y ait une seule révolution socialiste mondiale déterminée en dernière instance, évidemment, par ceux qui se trouvent au bon point de production international, c’est-à-dire le prolétariat industriel des centres impérialistes. Car si le capitalisme est un mode de production international, alors son point de production doit aussi être international et il est logique de parler d’une classe prolétarienne internationale plutôt que de diverses classes prolétariennes dans divers contextes sociaux qui pourraient ne pas avoir idéologiquement une nation mais quand même exister substantiellement dans un cadre économique national.  Dans ce contexte, la classe ouvrière industrielle naissante dans les régions économiquement « arriérées » doit non seulement placer la paysannerie la plus probablement contrerévolutionnaire sous sa discipline avancée, mais aussi, en raison de l’incapacité de construire le socialisme dans une région sans révolution mondiale, maintenir la révolution en permanence et attendre le leadership de leurs homologues plus avancés dans les parties les plus économiquement « avancées » du mode de production mondial – un peu comme les travailleurs d’une petite usine dans une petite ville en attente des travailleurs dans de grosses usines dans les grandes villes pour avoir une grève générale et commencer l’insurrection.

De plus, cette internationalisation du mode de production capitaliste fait que plusieurs courants du trotskisme internationalisent aussi le parti révolutionnaire. Nous maoïstes, ne pouvons qu’être d’accord avec nos homologues trotskistes sur la nécessité de l’internationalisme, mais nous considérons comme un faux internationalisme l’établissement d’un parti communiste international. C’est parce que nous en tant que maoïstes, croyons que chaque nation a son unique et propre composition de classe10, sa propre version particulière d’un mode de production universel, et qu’on ne peut pas simplement imposer l’analyse de classe et de la lutte des classes qui a été développée en Europe occidentale ou aux États-Unis dans des régions aussi diverses que le Pakistan, le Vietnam, etc. Le plus souvent, ce type d’ « internationalisme » finit par être une ré-articulation du chauvinisme impérialiste où les éléments « plus avancés » de ces partis internationaux (c’est-à-dire les membres des partis aux USA ou en Grande-Bretagne) dictent l’analyse théorique et le comportement à leurs homologues de parti dans les pays du tiers-monde, ne réalisant pas qu’un mouvement révolutionnaire dans ces régions ne peut que procéder d’une analyse concrète d’une situation concrète plutôt que d’imposer une analyse hors-sol liée à d’autres régions.

D’où l’échec des partis trotskistes à lancer même les premiers stades d’une révolution où que ce soit, en particulier aux périphéries du capitalisme mondial ; même dans les rares cas où ils avaient une importance significative (au Vietnam avant la montée du parti de Ho Chi Minh), ils ne pouvaient pas initier un processus révolutionnaire et ont été rapidement éclipsés par des mouvements qui s’étaient organiquement développés, aussi imparfait que la théorie que ces mouvements aurait pu être, dans ces contextes particuliers.  Ainsi, si le communisme consiste au bout de compte à faire la révolution, nous devons remettre en question une théorie qui n’a réussi à lancer nulle part une lutte révolutionnaire.  Et bien qu’il soit vrai que les trotskistes prétendent que d’autres luttes révolutionnaires ont échoué parce qu’ils n’ont pas pris en compte la théorie de la révolution permanente de Trotski, ces révolutions finalement ratées ont plus de succès que tout mouvement révolutionnaire guidé par le trotskisme ; la théorie de la révolution permanente est originairement un échec – elle s’est révélée même incapable de lancer une révolution… Mais je parlerai davantage de ce problème dans la dernière partie de cette polémique.

Si je passe beaucoup de temps à essayer de décrire les tenants et les aboutissants de la théorie de la révolution permanente, c’est parce qu’une réponse maoïste à la théorie fondamentale du trotskisme exige une réponse adéquate. De plus, comme nous l’avons noté plus haut, la compréhension trotskiste du maoïsme peut être attribuée au fait que c’est la théorie fondamentale de l’idéologie antérieure ; ainsi, tout ce qui semble contredire cette théorie de la part de ce dernier doit être traité, je suppose, comme la facette la plus importante de cette théorie.

Ici, bien sûr, nous parlons de la théorie de la Nouvelle Démocratie qui est une autre façon de répondre à la même question. Depuis que la Révolution Chinoise s’est déroulée dans un contexte semi-féodal/semi-colonial, le PCC sous Mao cherchait aussi à théoriser la construction du socialisme et, à cause de cet intérêt, il y a des moments où la théorie de la Nouvelle Démocratie et de la Révolution Permanente, au moins dans cet angle, se croisent. Les divergences, cependant, sont cruciales – elles sont principalement cruciales parce que le PCC, contrairement à toute organisation trotskiste, a réussi à répondre à la question et à construire le socialisme en Chine.

La théorie de la Nouvelle Démocratie porte généralement sur la manière de construire les forces productives nécessaires pour produire le socialisme (c’est à dire l’infrastructure industrielle qui aurait normalement émergé sous le capitalisme mais qui est souvent absente dans une formation sociale semi-féodale) puisque la centralisation des forces productives qui est la marque du socialisme n’est possible que si ces forces productives existent en premier lieu. Plutôt que d’attendre qu’une révolution bourgeoise produise les fondements capitalistes pour le socialisme, la théorie de la Nouvelle Démocratie soutient que : a) une telle révolution est généralement impossible dans un pays dominé par l’impérialisme, et inutile puisque le capitalisme international signifie que le pays est en quelque sorte une formation capitaliste ; b) l’infrastructure économique nécessaire pour le socialisme sera construite sous la direction du parti communiste, ainsi les forces productives seront soumises à des relations de production socialistes et la politique sera au poste de commande ; c) sous la direction du parti communiste il peut y avoir une alliance entre les « classes révolutionnaires » durant cette période, une alliance nécessaire pour réaliser (b) qui consistera en une alliance ouvrière-paysanne avec la participation, dans une certaine mesure, de la bourgeoisie nationale qui resterait sous la direction du parti.11

Il est important de noter que les trotskistes se concentrent de manière obsessionnelle sur le point (c), tout en rejetant les autres points comme « étapistes » (ironique car la théorie de la révolution permanente a aussi ses « étapes » – des institutions socialistes artificielles dans les périphéries en premier lieu, une vraie révolution menée par le prolétariat dans les centres plus tard), parce qu’ils estiment que cela équivaut à une « collaboration de classe » et que plus que toute autre chose, prouve que le maoïsme (qu’ils réduisent seulement à cette théorie) est une théorie de « révolution bourgeoise avec des drapeaux rouges ». Ils utiliseront souvent des exemples qui n’ont rien à voir avec la Nouvelle Démocratie telle qu’elle était pratiquée en Chine, et comme les Maoïstes l’ont maintenant compris, pour prouver l’aspect de collaboration de classe de cette théorie.  En effet, les trotskistes citent souvent l’échec du communisme Indonésien au début des années 1960 comme un exemple des échecs de la Nouvelle Démocratie (et par extension du « maoïsme »), bien que la théorie de la « Démocratie Guidée » de Sukarno ne soit pas identique à la théorie de Mao sur la « Nouvelle Démocratie » qui dans tout les cas, produira le noyau théorique de la théorie maoïste – la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne – chose qui ne s’est pas produite lorsque Sukarno proposa son approche du nationalisme révolutionnaire en 1957. Le Parti Communiste Indonésien ne s’appuyait pas non plus sur la théorie de la Nouvelle Démocratie ; contrairement à la théorie de Mao ci-dessus, ce parti s’était placé dans le cadre d’une structure nationale bourgeoise, et était donc sous la direction de la bourgeoisie nationale plutôt que l’inverse. La Nouvelle Démocratie n’est donc possible que si la révolution est dirigée et établie par le parti communiste : les politiques communistes doivent être à la direction ; les rapports de production politiquement nécessaires au socialisme doivent diriger la construction des forces productives économiquement nécessaires au socialisme.12

De plus, la raison pour laquelle la théorie de la Nouvelle Démocratie prétendait que la bourgeoisie nationale dans un contexte semi-féodal et semi-colonial pouvait être une « classe révolutionnaire » (mais seulement dans une certaine mesure et toujours sous la direction du parti) était parce que cette classe, contrairement à la bourgeoisie compradore (c’est-à-dire la bourgeoisie qui représente les intérêts impérialistes), avait souvent intérêt à se débarrasser de l’ingérence impérialiste et de l’idéologie semi-féodale. Dans le cadre de la construction du socialisme dans un pays semi-féodal/semi-colonial, cette conscience était objectivement révolutionnaire. « La bourgeoisie nationale chinoise, étant une bourgeoisie de pays colonial et semi-colonial, opprimée par l’impérialisme », écrit Mao dans La Nouvelle Démocratie, « la bourgeoisie nationale chinoise peut avoir à certains moments et jusqu’à un certain point un caractère révolutionnaire […] contre l’impérialisme et contre les gouvernements des bureaucrates et des seigneurs de guerre. »13Notons que Mao qualifie ce « caractère révolutionnaire » seulement « à certains moments et jusqu’à un certain point » ; en effet, il qualifie les limites de ce caractère quelques paragraphes plus tard, ce qui démontre en quoi la théorie de la Nouvelle Démocratie n’a rien à voir avec la collaboration de classe et vise la réduction de la bourgeoisie nationale :

   « En même temps, du fait précisément que la bourgeoisie nationale chinoise est celle d’un pays colonial et semi-colonial et qu’elle est, par conséquent, extrêmement faible du point de vue économique et politique, elle possède une autre caractéristique, la disposition au compromis avec les ennemis de la révolution. Même quand elle prend part à la révolution, elle n’entend pas rompre complètement avec l’impérialisme ; au surplus, elle est étroitement liée à l’exploitation qui se pratique dans les campagnes par l’affermage des terres, de sorte qu’elle ne veut ni ne peut s’engager à fond dans la lutte pour le renversement de l’impérialisme, et moins encore des forces féodales. »14

Cela ne ressemble pas à une collaboration de classe. En fait, la façon dont Mao comprend la bourgeoisie nationale dans un contexte semi-féodal/semi-colonial (qui est une bourgeoisie, selon lui, différente de la bourgeoisie des centres du capitalisme) est similaire à la façon dont Trotski comprend la paysannerie : une force utile sur laquelle s’appuyer à un certain stade de la révolution, mais une entrave pour son développement ultérieur. D’où la raison de placer la bourgeoisie nationale sous la direction du parti pendant la période de la Nouvelle Démocratie et les complaintes, de la part même des historiens réactionnaires, de la façon dont ces pauvres bourgeois ont été amenés à collaborer avec le communisme uniquement pour se voir enlever leurs « droits » bourgeois.

En effet et ceci est extrêmement important quand il s’agit de la question « Maoïsme ou Trotskisme », la période de Nouvelle Démocratie était terminée à la fin du Grand Bond en Avant (malgré quelques échecs significatifs du GBA qui, il faut le noter, n’étaient pas aussi tragiques que prétendent les historiens réactionnaires bourgeois), et la conclusion de cette période a été ouvertement déclarée par la faction du parti uni sous Mao, et le socialisme a finalement émergé. Dans ce contexte, le problème n’était plus de savoir comment construire le contexte nécessaire à la dictature du prolétariat, mais comment maintenir la dictature du prolétariat et produire les rapports sociaux nécessaires au communisme. Il est important de noter ici qu’il y avait dans le parti une ligne politique qui ne voulait pas dépasser la Nouvelle Démocratie, qui confondait cette période avec le socialisme, et ne voulait pas poursuivre la lutte pour consolider la dictature du prolétariat.  Ainsi, au cours de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, une critique de la mauvaise théorie des « forces productives » est apparue – une théorie soutenant que nous devrions seulement nous concentrer sur la construction des forces productives nécessaires au socialisme plutôt que sur la question politique des rapports de production, et donc continuer seulement avec la Nouvelle Démocratie et confondre cette période avec le socialisme.

Les récents événements au Népal sont un bon exemple de ce problème. Le Parti Communiste du Népal (Maoïste) [PCN (Maoïste)] a lancé une guerre populaire concluante et a pu établir quelque chose qui s’apparente à une période de Nouvelle Démocratie quand il est devenu le Parti Communiste Unifié du Népal (maoïste) [UCPN (Maoïste)]. Puisque le Népal était aussi un pays semi-féodal/semi-colonial, il avait besoin d’établir la Nouvelle Démocratie pour créer le contexte nécessaire au socialisme, mais la ligne bourgeoise du parti a triomphé plus tôt qu’en Chine et même la Nouvelle Démocratie a été abandonnée, la révolution dégénérant en ce qu’on pouvait appeler exactement, mais seulement à ce moment de dégénérescence, une « révolution bourgeoise avec des drapeaux rouges ».

Cependant, puisque les maoïstes soutiennent qu’une lutte de ligne se manifestera toujours dans un contexte révolutionnaire – une lutte entre ceux qui ne veulent pas aller plus en avant sur la voie socialiste et ceux qui veulent achever la révolution – cette lutte de ligne se produira qu’il y ait ou non une révolution de Nouvelle Démocratie.  En effet, en Chine, la lutte de ligne existait avant, pendant et après la période de la Nouvelle Démocratie ; la ligne bourgeoise n’obtint la victoire qu’à la fin de la Révolution Culturelle où les forces rassemblées autour de Deng Xiaoping furent victorieuses et la restauration capitaliste – envisagée à l’origine comme un retour à la période de la Nouvelle Démocratie – commença. Ainsi, le problème de la restauration du capitalisme n’a rien à voir spécifiquement avec la théorie de la Nouvelle Démocratie ; il s’agit toujours, pour les maoïstes, d’une possibilité sous le socialisme parce que le socialisme est aussi une période de lutte de classe et c’est la composante théorique clé, universellement applicable, du Marxisme-Léninisme-Maoïsme.

Par conséquent, il est important de noter que la théorie de la Nouvelle Démocratie, même si elle est bien comprise, n’est qu’une théorie selon le maoïsme, applicable aux révolutions qui émergent aux périphéries du capitalisme mondial. Les mouvements révolutionnaires aux centres du capitalisme mondial – les mouvements qui se manifestent dans les modes de production capitalistes avancés – ne suivront pas la Nouvelle Démocratie puisque le problème que la Nouvelle Démocratie est censée résoudre n’a rien à voir avec le mode de production capitaliste où l’infrastructure économique nécessaire pour construire le socialisme existe déjà. C’est pourquoi le maoïsme, qui a été promu comme une nouvelle étape théorique du communisme révolutionnaire, n’est pas principalement défini par la théorie de la Nouvelle Démocratie, car un nouveau communisme se doit de porter des aspects universels applicables à chaque contexte particulier. La point crucial de la théorie Marxiste-Léniniste-Maoïste est ce qui a été noté ci-dessus, et ce point relie à d’autres points sur la façon dont le parti devrait fonctionner, comment la superstructure obstrue la base à des moments donnés du développement historique, comment le parti doit rendre des comptes aux masses, comment agir envers le peuple, et une foule de concepts qui tiennent compte non seulement de l’importance des révolutions du tiers monde – et corrobore avec Lénine le fait que celles-ci ont tendance à se produire plus fréquemment parce qu’elles sont dans les « maillons faibles » du système capitaliste mondial mais aussi nous apprendre des choses sur la révolution dans le premier monde et les problèmes que nous rencontrerons nécessairement. [13]

En effet, le fait qu’il n’y ait pas de paysannerie importante ou de bourgeoisie nationale avec une sorte de « caractère révolutionnaire » dans les centres capitalistes signifie que toute la possibilité de la Nouvelle Démocratie dans ces régions est manifestement absurde. Au contraire, le fait de construire le socialisme signifiera la mobilisation des masses et un possible front uni entre les communistes, les différents secteurs du prolétariat, certains éléments conscients de la petite-bourgeoisie (étudiants et intellectuels), et (dans le contexte des États-Unis et du Canada) les nationalités opprimées – ou même certains patrons de petites entreprises qui pourraient être plus enclins à la révolution que les travailleurs de l’aristocratie ouvrière – sont des choses qui méritent d’être considérés. De plus, le fait qu’un éventuel établissement du socialisme signifie aussi une lutte de classe entre ceux qui veulent faire avancer le socialisme et ceux qui veulent s’accrocher à l’idéologie bourgeoise – c’est-à-dire que la lutte de classe continue sous la dictature du prolétariat – est l’élément clé dans la compréhension du maoïsme à travers le monde. Nous examinerons ce point plus en détail dans les parties suivantes. Le Maoïsme est du Stalinisme ?

Un problème important que nous rencontrons lorsque nous débattons autour du trotskisme est l’accusation selon laquelle toute forme de communisme qui accepte les bases du léninisme mais qui n’est pas du trotskisme est, ipso facto, du « stalinisme ». Ainsi, après Lénine, il ne peut y avoir que du trotskisme ou du stalinisme et rien d’autre. Le maoïsme est alors traité comme une variante du stalinisme et les raisons pour lesquelles il s’agit d’un stalinisme sont plutôt simplistes.

Généralement, le maoïsme est du stalinisme selon les trotskistes parce qu’il est censé être conforme à la théorie stalinienne du « socialisme dans un seul pays ». Il convient de noter ici que les trotskistes sont les premiers responsables de la définition du « stalinisme » qu’ils considèrent comme la seule option idéologique en concurrence avec le trotskisme sur le terrain lu léninisme. Le fait que Staline ait soutenu qu’un seul pays pouvait construire le socialisme (mais pas nécessairement le communisme par lui-même, ce qui est important) se heurte non seulement à la théorie trotskiste de la révolution permanente [voir plus haut] mais est souvent interprété par les trotskistes les moins critiques, comme l’affirmation que Staline se souciait seulement de la révolution en Russie et pensait que c’était la seule révolution socialiste possible – le socialisme ne pouvant se produire que dans un seul pays et tant pis pour le reste du monde.

Il est vrai que la révolution chinoise sous Mao a essayé de construire le socialisme en Chine sans une révolution mondiale et donc je suppose que si tel est le qualificatif pour parler de « stalinisme », cela pourrait être à charge dans l’accusation trotskiste.  En même temps, la compréhension maoïste de la Révolution Chinoise est telle qu’elle s’accorde avec une distinction théorique très importante entre socialisme et communisme, distinction faite par Lénine dans l’État et la Révolution, mais absente des écrits de Trotski dans La Révolution Permanente. Et cette compréhension est que le socialisme, la dictature du prolétariat, est possible dans un seul pays et est la transition vers le communisme, mais que le communisme total, puisqu’il serait nécessairement apatride, exige que le monde entier soit aussi socialiste.  Mais le fait que la majeure partie du monde ne soit pas socialiste ne signifie pas qu’un seul pays ne peut pas établir une dictature du prolétariat ; plus important encore, plus les zones de tempêtes entrent dans cette phase de transition, plus le communisme mondial devient probable. [14]

Mais les trotskistes ont cet impression, à cause de la théorie de la révolution permanente et du fait que le monde est conçu comme un mode de production « inégal et combiné », que le monde entier doit avoir une révolution socialiste et que des révolutions socialistes dans des zones particulières sont impossibles. Les nations de la périphérie qui entreprennent des révolutions socialistes, selon cette interprétation, ne peuvent donc espérer qu’une révolution démocratique avec des « institutions socialistes artificielles » et finiront par se heurter à une guerre civile avec leur paysannerie à moins que la révolution ne soit commandée par le prolétariat plus développé dans les centres du capitalisme mondial.  Une fois de plus, nous avons une tension entre la créativité que le trotskisme veut exprimer et son incapacité à échapper à une adhésion dogmatique aux catégories marxistes orthodoxes.  La révolution socialiste à la périphérie doit être permanente, nous dit-on, ne doit pas se soumettre au piège de l’attente d’une révolution bourgeoise ; en même temps, cependant, cette révolution est impossible, et ne peut être qu’une révolution démocratique (une révolution bourgeoise ? – ici les catégories deviennent confuses, un acte sans importance), sans l’intervention révolutionnaire des nations les plus développées économiquement .

De même que Trotski confond les catégories du mode de production capitaliste et de système capitaliste mondial, il confond aussi les catégories du socialisme et du communisme. Sa justification pour soutenir que seule une révolution socialiste mondiale est possible, et que le socialisme ne peut pas émerger dans des pays particuliers, se trouve dans ces passages où Marx et Engels prétendent aussi que seule une révolution socialiste mondiale est possible – et les trotskistes sont enthousiastes de nous rappeler ce fait. Le problème, cependant, est que Marx et Engels ont souvent utilisé les termes de socialismeet de communisme comme synonyme et que ce n’est que lorsque Lénine a écrit l’État et la Révolution que des clartés sémantiques ont été ajoutées à ces catégories. C’est-à-dire que Lénine s’est donné beaucoup de mal pour souligner les moments dans les travaux de Marx et Engels où le concept de socialisme (un état centralisé où la bourgeoisie est placé sous la dictature du prolétariat) était considéré comme une catégorie progénitrice pour le communisme (c’est-à-dire une société sans classes). Dans la clarification et la concrétisation léninistes de ces concepts, il est donc tout à fait possible que le socialisme, ou une dictature du prolétariat, puisse exister dans des pays particuliers alors que d’autres pays restent capitalistes – bien que l’existence d’un tel socialisme soit affecté par la pression impérialiste externe. Dans le même temps Lénine argumentait, en suivant Marx et Engels mais sans la confusion sémantique, que le communisme n’était possible que globalement ; après tout, dans un sens très pragmatique, l’État doit dépérir pour que le communisme existe et, dans le contexte du système capitaliste mondial, si un État devait à jamais dépérir, il semblerait que les nations impérialistes écraseraient immédiatement ce communisme émergent. Trotski, cependant, ne semblait pas accepter ici les catégories conceptuelles de Lénine et était conduit, peut-être par la manière dont il comprenait le capitalisme mondial, à soutenir simplement que la révolution socialiste n’était possible qu’avec une révolution mondiale.

Par conséquent, il n’y a jamais eu de socialisme réellement existant selon le trotskisme, juste des états ouvriers dégénérés/déformés et des régimes bonapartistes (c’est-à-dire « staliniens »). Quand le capitalisme a été restauré dans ces cadres, la réponse trotskiste a été simplement de proclamer, et parfois joyeusement, que c’est simplement parce qu’ils n’ont jamais été socialistes ! Les maoïstes, cependant, adoptent un point de vue différent: ils affirment que ces régions étaient socialistes mais qu’elles ont échoué à mener la lutte socialiste jusqu’au communisme parce que, et ceci est une idée-clé du marxisme-léninisme-maoïsme mentionné plus haut, la lutte des classes continue sous la dictature du prolétariat. C’est-à-dire que la restauration capitaliste peut se produire parce que le socialisme est aussi une société de classe : la bourgeoisie, après tout, est tenue sous la dictature du prolétariat et peut donc toujours vaincre cette dictature et revenir au pouvoir. De manière significative, l’idéologie bourgeoise s’attarde dans la superstructure, devient une force impérieuse dans la société socialiste, et c’est parce que la plupart d’entre nous sont nés et ont grandi dans un contexte où l’idéologie bourgeoise était hégémonique – il est difficile de rompre simplement avec cela car nous arrivons, après une révolution, imprégnés de la crasse du mode de production passé et cette idéologie reste dominante même pour des personnes au sein du parti communiste.

Et pourtant, les trotskistes ont une histoire différente à raconter sur la restauration du capitalisme dans des contextes autrefois socialistes (ahem, autrefois « état ouvrier déformé »). Leur histoire est plutôt simpliste et, en tant que telle, ne peut pas expliquer beaucoup de choses : Staline et la bureaucratie qu’il a produite ont ruiné la révolution russe, principalement parce que Staline et sa bureaucratie ne reconnaissaient pas la révolution permanente. La solution à ce problème est donc d’avoir Trotski au lieu de Staline à la tête de la révolution russe après Lénine ; elle se décompose en un problème de grandes figures de l’histoire. Mais nous maoïstes affirmons que la révolution russe sous la direction de Trotski n’aurait pas rendu les choses significativement différentes : d’une part, il n’était clairement pas capable de réaliser que la lutte des classes continuait sous le socialisme et même au sein du parti (cette idée n’était possible que lors de la synthèse de la révolution russe qui s’est produite pendant la révolution chinoise, se cristallisant avec la théorie de la Révolution Culturelle où les masses se sont déchaînées sur les quartiers généraux du Parti), et sa théorie de la révolution permanente prédit son échec – comment aurait-il pu diriger une révolution socialiste mondiale depuis une Russie attaquée par les forces de la réaction, cela semble impossible à supposer. Ainsi, selon le trotskisme même, la révolution russe était vouée à l’échec avec ou sans Trotski.

Encore une fois, nous maoïstes soutenons que l’échec de toute révolution socialiste est toujours une possibilité parce que le socialisme est une étape de transition et donc encore une période de lutte de classe où une classe révolutionnaire tente de finaliser son hégémonie. Nous comprenons que les révolutions peuvent toujours échouer, même avant le socialisme, non parce que les révolutionnaires impliqués manquent d’une pure compréhension du bolchevisme et d’un parti avec les ingrédients magiques du véritablecentralisme démocratique, mais parce que la restauration capitaliste est toujours immanente pendant les révolutions socialistes. Il y a des luttes de ligne dans le parti lui-même et parfois la ligne qui représente le mieux la voie capitaliste triomphera.

Revenant à la question générale de Staline et du stalinisme, qui est souvent la principale préoccupation du trotskisme (puisqu’il se définit comme le seul léninisme qui ne soit pas stalinien), nous devrions au moins reconnaître qu’il est important de critiquer correctement Staline et le phénomène que les trotskistes appellent le « stalinisme ». Contrairement aux marxistes-léninistes qui déclarent une fidélité totale à Staline comme successeur de Lénine, qui soutiennent que tout mouvement révolutionnaire qui critique Staline à un degré quelconque n’est pas « marxiste-léniniste », nous, maoïstes, pensons que tout positionnement au sein du mouvement communiste (même pour Mao) devrait faire l’objet d’une critique concrète et approfondie. C’est pourquoi nous n’imaginons pas que Staline soit irréprochable, ou que critiquer Staline équivaudrait à un comportement contre-révolutionnaire comme le voudraient les quelques hoxhaistes restants.15

Cependant, se concentrer simplement sur Staline comme une sorte de dictateur diabolique qui a ruiné la révolution bolchevique pue le moralisme bourgeois et conserve certains des pires éléments de la propagande réactionnaire concernant la révolution russe. En outre, cette perspective est incapable d’expliquer ce qui est arrivé à l’Union soviétique après la période de Staline lorsque Khrouchtchev a dénoncé Staline et la période « stalinienne ». En effet, les trotskistes louaient Khrouchtchev parce qu’ils estimaient qu’il prouvait l’exactitude des théories de Trotski concernant l’Union soviétique… Mais si cela était vrai, alors le révisionnisme intentionnel embrassé par Khrouchtchev (sa théorie de la coexistence pacifique avec le capitalisme), qui était le raison de sa dénonciation de la période de Staline, devrait être considéré comme également correct.

Donc, si Khrouchtchev embrassait clairement le révisionnisme et n’était pas Staline, et rejetait clairement tout ce qu’on pourrait appeler du « stalinisme », alors cela ne ferait-il pas de la période de Staline autre chose qu’un simple « État ouvrier déformé/dégénéré » lorsque Khrouchtchev rompt avec la période précédente en imposant le sceau du révisionnisme (c’est-à-dire la thèse de la coexistence pacifique qui était précisément ce que défendait, dans un contexte plus restreint, Édouard Bernstein) ? Même les critiques trotskistes de Khrouchtchev sont incapables de faire des distinctions correctes entre cette période de l’Union Soviétique et la période de Staline, la voyant comme la même chose (parce qu’il y avait une bureaucratie !) et refusant de reconnaître que la rupture de Khrouchtchev de cette période était une cassure épistémique sérieuse dans la théorie et la pratique de l’Union Soviétique ; en effet, il ébranla le monde, mécontenta d’innombrables mouvements communistes dans le monde entier, conduisit au projet raté de Bandung, et ne peut pas être simplement considéré comme une autre variante du « stalinisme » ou, pire encore, un rejet révolutionnaire du « stalinisme » prouvant que Trotski avait vu juste. Tout au plus essaient-ils de prétendre que Khrouchtchev était juste un autre « stalinien », tout comme Gorbatchev et Eltsine – une homogénéisation au mieux maladroite, au pire idéaliste.16

Plutôt que d’examiner l’échec de l’Union soviétique comme le résultat d’un individu mauvais qui possédait le pouvoir de produire une bureaucratie consacrée à ses plans abominables – ce genre d’analyse appartient aux contes de fées et autres fictions fantastiques – les maoïstes essayent de donner un sens aux échecs de l’Union soviétique d’une manière historique et matérialiste.  Nous ne rejetons pas Staline comme une figure maléfique ; nous le voyons plutôt comme quelqu’un qui, à un moment donné et pour une raison quelconque, dirigeait un État révolutionnaire (si l’histoire avait été différente, et si Trotski avait pris les rênes de Révolution Russe et Staline était parti exil, nous aurions dit la même chose sur Trotski) et dans ses tentatives de direction, a commis des erreurs variées.17

Mais nous voyons l’approche de la construction du socialisme sous Staline comme l’erreur qui produisit le révisionnisme et l’échec de la révolution russe ou de toute révolution de ce fait.

Encore une fois : la théorie selon laquelle la lutte de classe se poursuit sous la dictature du prolétariat explique à la fois les échecs de la période stalinienne et le révisionnisme de la période Khrouchtchev. Staline ne comprenait pas la possibilité de la restauration capitaliste comme une part naturelle du socialisme – c’est-à-dire que le socialisme est encore une société de classe – et que les lignes politiques contre-révolutionnaires viennent de l’héritage de l’idéologie bourgeoise (voire semi-féodale), conservée dans la superstructure. Ainsi, plutôt que de voir des gens qui pourraient ou non avoir adopté des lignes politiques bourgeoises  dans le parti et la société soviétique comme quelque chose qui se produirait nécessairement sous le socialisme, les forces rassemblées autour de Staline – la soi-disant « bureaucratie stalinienne », selon les trotskistes – agissaient simplement comme si ces individus, groupes et idées étaient le résultat des interférences extérieures ou de trahisons intentionnelles. De plus, ils ne comprenaient pas que le parti lui-même serait l’hôte d’une lutte de ligne organique qui refléterait la prédominance de la lutte de classe sous le socialisme et que la direction du parti préserverait souvent l’idéologie bourgeoise. Et cette théorie, plus que toute autre chose, peut expliquer pourquoi le successeur choisi de Staline, Khrouchtchev, qui était initialement très heureux de mener des politiques de liquidations et de police politique à l’époque de Staline, pourrait aussi être un révisionniste. Non parce qu’il était un agent étranger (comme le supposerait le « stalinisme ») et non parce qu’il était un bureaucrate (comme le supposerait le trotskisme), mais parce que l’idéologie bourgeoise et donc le révisionnisme sont toujours convaincants – surtout pour des personnes dans les postes de direction dans le parti.

L’analyse trotskiste du « stalinisme » ne nous apprend cependant pas comment et pourquoi le socialisme peut échouer autrement que par « ce n’était pas le socialisme dès le départ » ou « juste parce qu’un mauvais homme dirigeait le socialisme », ou « si seulement cela n’avait pas été une froide bureaucratie alors les choses auraient été différentes. » Et aucune de ces explications ne peut expliquer comment construire correctement le socialisme, sauf peut-être tenir la révolution en permanence et d’attendre que tout le monde construise le socialisme ensemble. Mais un tel scénario empêcherait-il les « mauvais hommes » de prendre le pouvoir et de tour ruiner ou aurions-nous besoin d’une sorte de mécanisme magique de centralisme démocratique qui empêcherait à jamais de tels personnes maléfiques de gagner un pouvoir totalitaire ? La solution consiste juste à avoir un Trotski sous la main, une solution basée sur des types de personnalité. En outre, supposer qu’une bureaucratie (qui par définition, est une structure administrative organisée) n’émergerait même pas dans le contexte imaginaire d’une révolution socialiste mondiale est elle-même un fantasme : comment le socialisme serait-il développé et consolidé dans ce contexte? – spontanément et sans aucune lutte sur l’administration ? Les bureaucraties peuvent et vont émerger malgré les tentatives anti-bureaucratiques de la part des révolutionnaires. Plutôt que de prétendre qu’ils ne le seront pas à cause de certains pouvoirs anti-bureaucratiques surnaturels de la part de purs révolutionnaires, nous devrions les considérer comme des espaces de lutte de classe sous le socialisme : des structures qui émergeront mais devront être ouvertes aux masses et placées sous le contrôle des masses. Encore une fois, la théorie maoïste de la lutte des classes qui se poursuit sous la dictature du prolétariat nous dit quelque chose sur la construction du socialisme et les luttes qui vont nécessairement se produire dans cette période – et c’est la principale raison pour laquelle le maoïsme est applicable dans tous les contextes, un développement après le marxisme-léninisme, et n’est pas simplement réductible à un communisme uniquement pour les paysans du tiers-monde.

En fin de compte, il n’y a pas de « stalinisme » au-delà de ce que les trotskistes disent – et ce qu’ils disent n’a en réalité aucune signification scientifique au-delà du « socialisme dans un seul pays », une théorie que seuls les trotskistes obsèdent. Nous maoïstes, ne reconnaissons pas qu’il y a quelque chose de digne qui mérite d’être appelé « stalinisme » et que ceux qui s’identifient comme « staliniens » adoptent aussi un communisme sans issue qui n’a pas plus de pertinence scientifique que le trotskisme.

Faire la Révolution

Comme il a été noté dans la partie sur la révolution permanente, le trotskisme a été singulièrement incapable de s’engager même sur la voie révolutionnaire. Ce problème est généralement le résultat de l’échec de la stratégie révolutionnaire de cette théorie politiquement et militairement.  Sa stratégie politique a été discutée plus haut en référence à la théorie de la révolution permanente et à l’accent mis sur la révolution socialiste mondiale. Sa stratégie militaire est essentiellement la stratégie bolchevique de l’insurrection, dite « Voie d’Octobre », où une grève de masse et une insurrection armée suivront après une période de lutte légale prolongée.

Il est important de noter que toutes les tentatives de révolution suite à la stratégie insurrectionnelle ont échoué depuis la Révolution d’Octobre et c’est en grande partie pour cette raison que certains maoïstes parlent de l’universalité de la guerre populaire comme stratégie militaire pour faire la révolution. Puisque cette théorie fait encore l’objet de débats parmi le mouvement maoïste international, je ne vais pas perdre de temps à la comparer à la stratégie militaire de l’insurrection pour dire en quoi le maoïsme est supérieur au trotskisme à cet égard.  Après tout, certains maoïstes et d’autres non-trotskistes (même certains anarcho-communistes) soutiennent la théorie de l’insurrection.

Le point ici cependant, est qu’aucune de ces tentatives ratées de faire la révolution par l’insurrection n’était trotskiste ; le trotskisme s’est montré singulièrement incapable de déclencher même un moment insurrectionnel, bien qu’il aime à revendiquer d’autres moments insurrectionnels – affirmant que l’insurrection bolchevique était entièrement due à l’œuvre de Trotski et qu’il dirigeait les bolcheviks dans la Révolution d’Octobre (une affirmation qui ignore la période de guerre de guérilla qui a commencé en 1905 ou le fait que les contributions de Trotski à la révolution étaient tactiques plutôt que stratégiqueset que la stratégie révolutionnaire qui a produit la soi-disant « Voie d’Octobre » était due à Lénine), ou prenant leur nom d’après un soulèvement effectué par un groupe dont les principaux membres n’aimaient pas Trotski.18 Chaque tentative insurrectionnelle échouée a été menée par : a) des Luxembourgistes ; b) des Marxistes-Léninistes qui ont souvent déclaré leur fidélité à l’Union soviétique sous Staline; c) même des anarchistes, mais seulement une fois, dans le cas de la Révolution en Espagne.

Ainsi, il n’y a pas un seul exemple d’une tentative trotskiste de faire réellement la révolution et cela est dû, en premier lieu, à la stratégie politique générale du trotskisme, la théorie de la révolution permanente.  En effet, si une révolution socialiste ne peut espérer réussir que si elle est dirigée par la classe ouvrière avancée des centres capitalistes, et cette révolution doit finalement être une révolution globale pour être correctement appelée « socialiste », alors ce que les trotskistes préconisent vraiment, c’est tenir la révolution en permanence jusqu’à ce que tout le monde soit prêt à y aller tous ensemble,  partout dans le monde, ce qui signifie bien sûr qu’ils attendent depuis la Quatrième Internationale et n’effectuent qu’une lutte juridique longue et prolongée.19

Parfois, les trotskistes défendent leur pratique en affirmant qu’ils protègent un « vrai » marxisme et, en tenant la révolution en permanence, ils se préparent simplement au moment où la classe ouvrière se rendra compte, à travers des décennies de propagande et d’entrée dans les syndicats, que telle ou telle approche d’une secte trotskiste est correcte et, comme une soudaine étincelle qui s’enflamme, une véritable révolution trotskiste éclatera. Ici, nous avons une autre version du fatiguant refrain « Ce n’est pas le bon moment » de certains marxistes, et pas seulement les trotskistes, qu’ils aiment répéter indéfiniment. Et pourtant, cette approche du « Ce n’est pas le bon moment » est intrinsèque à la stratégie trotskiste de la révolution : car le temps n’a jamais été le même dans le monde entier en même temps. Le moment de la révolution, contrairement à l’hypothèse trotskiste, ne sera exact que si ceux qui « saisissent le bon moment » (ou qui le font advenir) dans des contextes spécifiques se lancent dans des révolutions prolongées capables de désarticuler l’impérialisme en poursuivant la voie socialiste plutôt que d’attendre que tout le monde le poursuive en une seule fois.  Ainsi, malgré la prétention trotskiste d’éviter le déterminisme économique en théorisant sa version de la révolution permanente, sa stratégie en pratique finit par réaffirmer une approche des forces productives, laissant la révolution en suspens jusqu’à ce que le mode de production global « inégal et combiné » soit à un point d’équilibre où tout le monde puisse se lancer en même temps.

Personne, cependant, ne s’intéresse vraiment aux gardiens sectaires trotskistes du « marxisme pur » parce que, bien qu’ils soient probablement les meilleurs exemples de la théorie trotskiste en raison de leur orthodoxie, la plupart des gens trouvent leur sectarisme, leur dogmatisme et leur marxisme-missionaire ennuyant, offensant et généralement sectaire. Plus important encore sont ceux qui sont influencés par la tradition trotskiste mais comprenant correctement l’approche des forces productives (ceux que nous appelons généralement les « trotskistes critiques » ou « post-trotskistes »), ne peuvent toujours pas rompre avec la théorie qui produit une stratégie incapable de faire la révolution. Ces groupes se basent souvent sur la théorie du « socialisme par en bas » de Hal Draper et finissent dans la pratique, par faire du suivisme dans les mouvements de masse. D’autres deviennent un peu plus des clubs pour les étudiants d’universités, des intellectuels et des bureaucrates syndicaux (cela malgré les critiques sans intérêts de la bureaucratie par le trotskisme). D’autres encore s’imaginent qu’entrer dans des partis bourgeois sociaux-démocrates et se lancer dans un projet réformiste, peut-être parce que leur manque de militantisme leur permet d’être des communistes respectables, permettra finalement l’émergence du socialisme. Dans tous ces cas cependant, comme dans le cas précédent, le trotskisme et les courants du marxisme fortement influencés par le trotskisme n’ont jamais vraiment abordé la révolution dans la pratique.

Puisque c’est la facette la plus importante du communisme – faire la révolution et renverser le capitalisme – il est extrêmement révélateur que la tradition trotskiste n’ait pas d’expérience révolutionnaire sur laquelle s’exprimer sauf si nous comptons la révolution bolchevique à laquelle Trotski a participé en tant que révolutionnaire.  Mais ce n’était pas une révolution « trotskiste » ; après tout, Staline participa aussi à la révolution bolchevique (et à un tel point qu’il avait autour de lui tout un appareil souterrain et cela, plus que toute autre chose, lui permit de chasser Trotski du Komintern) mais votre trotskiste moyen aurait un accès de rage si vous appeliez la révolution bolchevique « stalinienne » !

Ainsi, contrairement au maoïsme qui, avant même d’avoir été entièrement théorisé, a inspiré des guerres significatives à travers le monde, le trotskisme n’a aucune expérience révolutionnaire à faire sienne, s’est montré incapable de produire une expérience révolutionnaire propre et ne peut apprendre de ses succès et de ses échecs en matière de stratégie révolutionnaire. En fait, tout ce que le trotskisme peut faire, c’est critiquer les autres mouvements révolutionnaires d’une position venant de nulle part, d’un point de vue basé uniquement sur sa compréhension de la Révolution bolchevique et sa croyance que tout doit être exactement comme il imagine la Révolution Bolchevique bien que, en tant qu’idéologie, il n’a pas réussi à reproduire cette exemple et, plus important encore, le monde n’est pas le même spatialement ou temporellement, que la Russie en 1917. Et bien que les trotskistes aient participé à des moments insurrectionnels comme des grèves minières et des occupations d’usines dans toute l’Amérique Latine, dans tous ces cas, ils suivaient simplement un mouvement de masse plus important plutôt que d’organiser et de mener ces luttes vers un moment révolutionnaire.

Bien sûr, la façon dont le trotskisme a traditionnellement rejeté cette accusation, comme je l’ai noté dans la partie sur la révolution permanente, est que tous ces autres mouvements révolutionnaires ont échoué et qu’ils n’auraient peut-être pas échoué s’ils avaient suivi la révolution permanente. C’est une accusation facile à faire parce que les trotskistes sont capables de revendiquer un « pur marxisme » par le fait même qu’ils n’ont jamais eu une chance, parce que leur théorie les empêche d’avoir jamais cette chance, en premier lieu, de mener une révolution et ainsi rencontrer tous les désordres que les révolutions ont tendance à engendrer, ainsi que la lutte entre les deux lignes que nous maoïstes avons défini (basée sur notre expérience historique) et qui s’est finalement produite ; le trotskisme n’a fait aucune erreur parce qu’il n’a rien fait qui lui permettrait d’échouer ou de réussir. C’est un peu comme quelqu’un qui n’est jamais allé à l’école et affirme n’avoir jamais échoué à un examen : c’est une position absurde et fallacieuse mais surtout une conception idéaliste du marxisme, où un communisme pur serait comme une forme platonicienne existant en dehors de l’espace et le temps, et que tout ce que nous avons à faire est de réfléchir correctement sur son essence afin de produire une révolution parfaitement parfaite.

Mais nous maoïstes affirmons avec Marx, qu’il n’est possible de savoir quelque chose que par la pratique ; ainsi, il est seulement possible de comprendre la révolution à travers la praxis révolutionnaire, en essayant et parfois en échouant à faire la révolution. L’histoire nous sert d’enseignement, mais pas dans les circonstances que nous choisissons et nous ne pouvons résoudre les problèmes, comme Marx tenait à rappeler à ses lecteurs, qui nous sont présentés par l’histoire que si nous les résolvons tous à la fois. Le trotskisme il faut le dire, n’a même pas essayé de résoudre le problème en pratique, de la révolution : il a seulement théorisé ce problème et s’est appuyé sur une théorie qui projette la révolution loin dans le futur, échappant ainsi au dur travail de construire un véritable mouvement révolutionnaire.

En effet, le besoin obsessionnel de prétendre que le maoïsme est un pseudo-communisme semble plutôt être le produit d’une idéologie concerné par un marxisme pur (un marxisme qui existe au-delà de la lutte des classes, qui ne peut être découvert qu’en lisant les mots précis de Marx, Engels, Lénine et Trotski, comme si ces mots étaient sacrés) ainsi qu’à une idéologie qui se sent menacée lorsque d’autres marxismes, à la différence de la supposée apogée de la théorie communiste (le trotskisme), parviennent à construire des mouvements capables de lancer des révolutions.  Donc plutôt que d’examiner pourquoi ces autres communismes réussissent et ce que leurs théories disent réellement – plutôt que de questionner sa propre absence de praxis révolutionnaire – le trotskisme se contente plutôt de prétendre qu’il s’agit de fausses révolutions et ensuite, quand ces révolutions échouent (parce qu’aucune révolution n’est déterminée à réussir et le succès est extrêmement difficile), certains trotskistes rient sciemment et soutiennent que leurs théories peuvent expliquer cet échec quand la vérité est que les théories de ceux qui ont échoué font un meilleur travail, comme indiqué dans la partir précédente à donner un sens à l’échec révolutionnaire.

En fait, certains des groupes trotskistes les plus orthodoxes prétendent que ce manque d’histoire révolutionnaire est une vertu : « les luttes de factions qui ont eu lieu depuis la création de la Quatrième Internationale par Trotski il y a plus de 50 ans ont été des luttes pour la préservation de la cause du prolétariat internationale, les principes et les traditions révolutionnaires que le Parti Bolchevik de Lénine avait mis en pratique pour mener à la victoire des masses laborieuses de l’ancien empire tsariste. »20 Signifiant donc que, le devoir principal d’un révolutionnaire est de préserver les traditions du passé, glanées dans un contexte social et historique très particulier, et qu’une telle poursuite justifie un factionnalisme et un sectarisme qui n’existe que parce que le groupe trotskiste x pense que le groupe trotskiste y a une interprétation idéologique erronée des positions théoriques très spécifiques et raréfiées détenues par Trotski.

Heureusement, ces variantes ultras-orthodoxes du trotskisme sont considérées comme des caricatures ridicules du marxisme par la majorité de la gauche, y compris par la majorité des autres trotskistes et gauchistes influencés par le trotskisme, et la seule raison pour laquelle ils parviennent à persister vient des même raisons que la persistance de leur esprit sectaire. Nous mentionnons seulement cette défense trotskiste orthodoxe de la préservation de l’histoire au détriment de l’action révolutionnaire pour indiquer que certains trotskistes sont tout à fait conscients de l’incapacité du trotskisme à produire ou à diriger un mouvement révolutionnaire. En outre, ce sectarisme orthodoxe devrait nous apprendre que la seule raison de s’engager dans une lutte idéologique avec d’autres variantes du communisme n’est pas, comme certains le font, de promouvoir des sectarismes banals et des factionnalismes statiques, mais de clarifier les fondements théoriques nécessaires pour faire la révolution. Observer ces raisons théoriques sans essayer de les appliquer dans la pratique révolutionnaire – et ainsi être incapable d’apprendre à les articuler de façon créative dans un contexte socio-historique donné – est l’antithèse du communisme.

Théorie et Pratique

Ainsi, comme débattu au début de cette polémique, la question « Maoïsme ou Trotskisme ? » n’a rien à voir avec une querelle sectaire abstraite ; il est questions de circonstances concrètes, de fondements théoriques nécessaires pour faire la révolution.  De plus, c’est une question qui émerge d’une tradition du communisme qui a essayé de faire la révolution et de comprendre ce que cela signifie depuis la signifiante expérience de la Guerre Populaire au Pérou et son échec final.  Après le Pérou, le Népal est allé plus loin mais s’est heurté au problème du révisionnisme qui a émergé, comme nous le dit le maoïsme, à travers la lutte entre les deux lignes.  Après le Népal, il y a eu le renouveau de la guerre populaire en Inde, qui continue de grandir et de plonger le pays dans la guerre civile.  Et dans quelques années, les maoïstes en Afghanistan pourraient finir par lancer leur guerre populaire, prouvant que le 21ème siècle sera celui des révolutions.  Dans les centres capitalistes mondiaux, de nouvelles formations marxistes-léninistes-maoïstes émergent et tentent de comprendre comment faire la révolution dans les centres capitalistes – une question qui n’a pas été examinée de manière approfondie depuis très longtemps et qui, le plus souvent, est répondu avec des théories entristes et/ou insurrectionnelles qui n’ont jamais été couronnées de succès.21

C’est pourquoi nous ne sommes pas intéressés à répéter les refrains éculés que les anciens mouvements marxistes-léninistes ont chantonné à propos du trotskisme.  Nous pensons qu’il est possible de reconnaître le trotskisme comme une interprétation de la tradition marxiste-léniniste nous pensons même qu’il vaut la peine d’admettre qu’il y a beaucoup d’individus et de groupes trotskistes qui ont apporté une contribution utile à la théorie et qui se sont infatigablement mis du côté des masses – nous ne pensons juste pas que cette interprétation, selon ses fondements théoriques, puisse être autre chose qu’une impasse révolutionnaire.

Nous pensons aussi que les engagements trotskistes, ainsi que ceux qui acceptent sans critique le récit trotskiste (comme Goldner, qui est un « communiste de gauche » et non pas un trotskiste, qui est un bon exemple de ce problème) du maoïsme n’ont jamais réussi à donner un sens à cette trajectoire théorique.  Quand nous rencontrons des articles sur le maoïsme par des soi-disant « trotskistes critiques » qui ne voient rien de valable dans la révolution chinoise et qui ignorent tous les grands mouvements révolutionnaires aux périphéries mondiales qui ont été inspirés par cette révolution quand nous lisons des combats théoriques qui traite du  maoïsme comme étant un phénomène qui n’est apparu que dans les années 1960 et 1970 et qui ignore le fait que le Maoïsme-qua-Maoïsme ne s’est cristallisé qu’à la fin des années 1980, nous avons tendance à supposer que cette mauvaise foi de nos homologues trotskistes nous en dit plus sur leur manque de compréhension théorique que des erreurs de notre part.  En outre, quand nous voyons les grandes guerres populaires qui ont éclaté depuis l’émergence du marxisme-léninisme-maoïsme traités par d’autres communistes comme insignifiants, ou comme un « faux communisme » malgré le fait qu’elles mobilisent avec succès les masses, et les échecs de ces révolutions promu sur leur  succès, nous nous demandons si ces communistes se soucient même d’essayer de faire la révolution.  Comme l’a dit un jour un camarade maoïste, « Ces personnes ne pensent même pas que nous devrions oser lutter ! »

Mais nous devrions oser lutter et nous devrions développer notre théorie à la fois sur les succès et les échecs de nos luttes, tout comme nous l’avons fait avec les succès et les échecs de la Russie et de la Chine.  Et si nous échouons encore, cela ne signifie pas que nous avions tort d’essayer, mais que nous avons échoué à surmonter les problèmes décrits avec justesse par le marxisme-léninisme-maoïsme ou que nous avons rencontré de nouveaux problèmes qui devront être systématiquement théorisés.  Car nous sommes enseignés par les échecs et les échecs tout autant que les succès nous enseignent et nous ne pouvons rien apprendre de la théorie révolutionnaire à moins d’essayer, à travers une systématisation minutieuse matérialiste historique des mouvements révolutionnaires passés (en particulier les révolutions historiques socialistes mondiales en Russie et en Chine), de faire la révolution.  Lénine a un jour déclaré que sans une théorie révolutionnaire, il ne peut y avoir de mouvement révolutionnaire, et c’est juste.  En même temps, cependant, sans mouvements révolutionnaires et ce que nous pouvons apprendre à travers l’expérience de la révolution, il ne peut y avoir de théorie révolutionnaire.

Nous posons donc la question « Maoïsme ou Trotskisme ? » pour clarifier les raisons pour lesquelles un choix idéologique peut et doit être fait.  Si le lecteur préfère un communisme qui a réussi à rester « pur » parce qu’il est resté, par souci de pureté théorique et parce qu’il croit qu’une révolution ne peut avoir lieu que si elle est globale, alors le trotskisme est clairement le seul option viable : après tout, les trotskistes peuvent se vanter de manquer d’échecs révolutionnaires – tout en soulignant les échecs des soi-disant « stalinismes », qu’ils nous avertissent d’éviter – parce qu’ils n’ont jamais réussi à approcher le point vital de l’élan révolutionnaire où l’échec est même possible.  Mais si le lecteur est prêt à accepter que faire de la révolution est une affaire difficile, sujette aux échecs plus souvent qu’au succès, désireux de comprendre comment ces échecs et succès peuvent être systématisés, et prêt à accepter que la difficulté de faire la révolution produira souvent plus d’échecs que de réussites alors que nous trébuchons lentement mais avançons avec espoir vers prochaine révolution historique mondiale, alors le maoïsme, avec tout son désordre « impur », est la seule idéologie communiste pertinente.  Car le monde est en effet désordonné, et nous arriverons à la révolution trempée dans la saleté de l’idéologie capitaliste et toutes les erreurs qui « pèsent sur nous comme un cauchemar » ; cela peut prendre des décennies de guerres populaires successives exaltantes mais finalement ratées pour s’étendre au-delà de l’horizon socialiste suivant… Mais si nous n’essayons pas et essayons plutôt de préserver un marxisme idéal en attendant en permanence, nous serons dépassés par l’Armageddon promis par le capitalisme.

 

Source: http://www.bibliomarxiste.net/documents/canada/maoisme-ou-trotskysme/

MAOISM OR TROTSKYISM? by J. Moufawad-Paul

 

The question “Maoism or Trotskyism?” might seem absurd to ask now, over a decade into the 21st Century, since such an ideological debate might, at first glance, appear to belong to a period of struggle before the collapse of actually existing socialism. After all, the last gasp of “antirevisionist” Marxism-Leninism in the 1960s and 1970s was marked by sustained polemics against Trotskyism as well as counter-polemics by Trotskyist organizations. Innumerable tracts and books either asked the question “Leninism or Trotskyism?” or attempted to prove that Trotskyism was Leninism and that everything else was simply some variant of “Stalinism”. And those communist organizations that attempted to wage ideological struggle against both Trotskyism and the revisionism of the Soviet Union were often organizations that veiled themselves as “Maoist” because they identified with the so-called “Chinese path” rather than the “Soviet path”.
Now we are living in a period where the Soviet Union has long since collapsed and China has itself embarked on a revisionist road––a period that spelled the doom for an anti-revisionist Marxism-Leninism that had pinned its hopes on China as the centre of world revolution in the cold war period of imperialism, a movement that was doomed to fail because it was unable at the time to systematize the successes and failures of the second world historical socialist revolution. This is a period where capitalism has proclaimed its triumph, claimed “the end of history” for itself, and countless communist movements disintegrated. This is also a period marked by the rise of anarchism, post-modernism, and left-communist movements that openly disavowed Marxism-Leninism and any type of communism that bases itself on a “party of the vanguard” organized to establish the dictatorship of the proletariat.
And yet this is a period where Trotskyism and Maoism still exist, sometimes thriving, both claiming to authentically represent and even supersede the tradition of Marxism-Leninism that was supposed to have died in the 1980s. This is also a period where the anti-Leninist leftist currents are beginning to reach the impasse that was always present in their ideology, leading to disaffection and a renewed interest in the communist tradition that was supposed to have died when capitalism declared itself victorious over communism.
Furthermore, Trotskyism never went away and, despite sectarian splits and critical openings, has still maintained a consistent influence at the centres of capitalism, especially amongst marxist intellectuals living in North America and Britain, even when it was not openly proclaiming itself as “Trotskyist.” Here we can speak of the “post-Trotskyist” groups (such as those influenced by Hal Draper or Raya Dunayevskaya) who might more resemble anarchists in practice but who still declare a certain level of fidelity to Trotskyism in their understanding of history and key moments of theory. We can also examine the renewal of old Trotskyisms such as the International Marxist Tendency that, regardless of their possibly moribund approach to political action, still seem to be attracting young leftists who are fed up with the post-modern “movementism” that has now revealed its lack of revolutionary focus. In this context Trotskyism
was able to wage a somewhat successful ideological struggle within academia at the centres of imperialism and thus exert a significant level of control over the intelligentsia’s discourse of Marxism.
At the same time, however, Maoism only emerged as Maoism proper at the end of the 1980s and beginning of the 1990s when capitalism was declaring communism extinct: first with the people’s war carried out by the Communist Party of Peru (PCP), and the emergence of the Revolutionary Internationalist Movement (RIM) with its 1993 statement Long Live MarxismLeninism-Maoism!. It was in this context that the experience of the Chinese Revolution––its successes and failures––was systematically examined and “Maoism” was declared the third stage of revolutionary science. For the first time, then, “Maoism” was theorized as an actual ideology rather than just a “thought” that had replaced Stalin’s thought as the interlocuter of MarxismLeninism; the PCP and the RIM argued for Maoism-qua-Maoism rather than Maoism-qua-Mao Zedong Thought, claiming that what they called “Maoism” was a theoretical development of scientific communism, a continuity and rupture from Marxism-Leninism, because it possessed tenets that were universally applicable. Hence, the RIM would argue that Maoism is the latest encapsulation of Marxism and Leninism, and Marxism-Leninism as it was is no longer sufficient.1
The birth of Maoism would signify an explosion of revolutionary development and people’s wars in the peripheries of global capitalism (in Nepal, India, Afghanistan, etc.)––what Mao called “the storm centres” and Lenin called “the weak links”––where Trotskyism was generally seen as an alien ideology. But the fact that Trotskyism has historically, with honourable exception, been treated as an alien ideology in the so-called “third world” does not necessarily mean it is theoretically bankrupt. Indeed, it is not enough to point out that a theory has failed to make any head-way in certain regions to relegate it to Trotsky’s “dustbin of history”: various cultural nationalisms, some of which are quite reactionary, have often eclipsed Maoism in the global peripheries and yet we would not argue that this makes them properly anti-capitalist and antiimperialist; and Maoism’s failure to claim ideological hegemony amongst marxists at the centres of capitalism, regardless of some significant transformations here and there, should not mean that Maoism, as some have argued (even some who fancy themselves “Maoist”!), is only applicable to third world revolutions.
Moreover, the question “Maoism or Trotskyism?” should not be confused, as it sometimes is, with the older question of “Leninism or Trotskyism?” asked by anti-revisionists or rugged orthodox Stalinists. The latter was a question that was often asked in bad faith because it began by presupposing that, true to the Stalinist narrative of Trotsky’s expulsion from the Soviet Union, Trotsky was an arch anti-Leninist, a “wrecker”, and possibly even an agent for imperialist reactionaries. The standard Trotskyist response to this polemical question was simply to cast
1 The RIM document Long Live Marxism-Leninism-Maoism! would proclaim that all communisms that argued for a communism pre-Mao, pre-Lenin, or even pre-Marx were “revisionist”, much like arguing for a theory of physics pre-Einstein was theoretically backwards.
itself in the mould of Lenin and, without using the precise terminology, declare itself MarxistLeninist-Trotskyist. Whether or not Trotskyists theorized “Leninism” correctly might be an important issue––and one that we will examine tangentally in some detail below––but the accusation that Trotskyism was the express enemy of Marxism-Leninism was most often a rhetorical stance and semantic game: since Stalin theorized “Leninism”, the argument went, Trotskyism must be anti-Leninist and thus anti-Lenin since it is also anti-Stalin.
Therefore, to ask the question “Maoism or Trotskyism?” as a Maoist is to try to investigate Trotskyism as a competing ideological current and to perform this investigation not to make sectarian points because of some religious adherence to the signifier “Maoist” but in order to point out why Maoism rather than Trotskyism is a necessary theoretical rallying point if we want to make revolution. Indeed, if Trotskyism was able to demonstrate that it was such a rallying point, that it was kick-starting Bolshevik-style insurrections the world over that, even in their failures, were providing a significant communist challenge to capitalism, then we would have to question the validity of Maoism. Since anything is possible, maybe this will happen in the future––and if it does we should all become Trotskyists and accept that this is the correct path to revolution––but maybe also the “movementist” post-modern approach will prove itself successful, or maybe capitalism really is the end of history, and so these multiple possibilities are not enough to prevent an ideological engagement with a theoretical tradition that has so far proven itself incapable of being a revolutionary science. For if we are taught by history and are communists, then we should also recognize that the only way to understand history scientifically is to theoretically systematize the lessons gleaned from history’s motor––class revolution. And since ideologies are historically mediated, we also have to examine whether or not they are viable in connection with class revolution.
Nor can we simply fall back on the old adage of anti-Trotskyism that marked the anti-revisionist Marxism-Leninisms of yesteryear. In those days it was enough to call Trotskyists “revisionists”––or worse, “social fascists” and “wreckers”––and then attempt to ignore them… except when their more orthodox adherents showed up at an event they hadn’t helped organize to chastise everyone for being fake communists. Yes, it is tempting to call someone who is calling you a “fake communist” by the same name, but this is just a mud-slinging exchange. Therefore, it is also important to recognize that Trotskyism is not simply “revisionism”2, that Trotsky was not an anti-communist renegade, as scholars like Grover Furr might have us believe, or that Trotskyists are not dyed-in-the-wool “wreckers” who intend to ruin communism. Even more importantly, it is necessary to recognize that Trotsky was a significant revolutionary during the Russian Revolution and that some Trotskyist theorists have even contributed to the Marxist theoretical canon. Indeed, the fact that Trotskyist intellectuals were able to wage a somewhat successful ideological struggle in the imperialist academic sphere is cause for celebration: it is due in a large part to their efforts that Marx and Marxism remain as valid academic pursuits.
2 Or if it is revisionism than it is objectively revisionist in the way that the aforementioned RIM document has proclaimed that any communism pre-Maoism is a form of revisionism-in-essence.
In any case, the current demise of the people’s war in Nepal proves that Maoists also can be revisionists. The eventual behavour of a degenerated RCP-USA in the RIM proves that Maoists can also be wreckers. These are charges that can be made of communists in every Marxist tradition; they are not some original sin attributable only to Trotskyism. If we are to properly ask the question “Maoism or Trotskyism?” we have to climb out of this rhetorical swamp.
We also must honestly ask “Maoism or Trotskyism?” as Maoists, rather than ignore this question altogether and go about our work, because Trotskyists are asking the same question. Ever since the emergence of Marxism-Leninism-Maoism and the people’s wars that have blossomed in the storm centres of imperialism––ever since vital organizations at the centres of capitalism have started to gravitate, sometimes slowly and sometimes swiftly, towards this coherent form of Maoism––Trotskyist ideologues and intellectuals influenced by the tradition of Trotskyism have been writing theoretical engagements with Maoism.
Generally, these theoretical engagements have been quite poor. Loren Goldner’s Notes Towards a Critique of Maoism is a recent example of these attempts to combat Maoism from a communist tradition that in some ways expresses a certain level of fidelity to Trotskyism. Jairus Banaji’s critiques of Indian Maoism or Chris Cutrone’s dismissal of Maoism altogether are other salient examples. These critiques most ofte venerate Trotsky over Mao, denigrate Maoism as “Stalinism”, and indeed demonstrate the same understanding of Maoism possessed by the most orthodox Trotskyist groups like the Spartacist League and the International Bolshevik Tendency: that Maoism is simply “bourgeois revolution with red flags” because Mao’s theory of New Democracy (which every Trotskyist assumes, having apparently never read the RIM statement or any of the theoretical expressions of Marxism-Leninism-Maoism, is the prime definition of Maoism) is erroneously understood as “class collaboration.” In none of these critiques is there any recognition that Maoism-qua-Maoism finally crystallized as a revolutionary theory only in 1993 and that a sustained engagement with the “maoisms” of the 1960s and 1970s is off the mark.3
These extremely flawed theoretical engagements, however, demonstrate the necessity to ask the question “Maoism or Trotskyism” from a Maoist perspective. On the one hand they show that some Trotskyists and/or post-Trotskyists are taking Maoism seriously (indeed, they cannot deny that it is currently the only variant of communism successfully mobilizing the masses at the storm centres of imperialism); on the other hand, it demonstrates a certain level of panic amongst orthodox Trotskyists (who, like all orthodox communists, are angry that people are choosing a communism other than their own), and amongst non-orthodox Trotskyists and post-Trotskyists who are confused by a communism that, at first glance, does not resemble the kind of communism they believed was proper communism.
3 see here the response to Goldnerʼs article and the assumptions it shares with Trotskyist critiques of Maoism on MLM Mayhem! [http://moufawad-paul.blogspot.ca/2012/10/message-to-insurgent-notesplease.html]
Most importantly, though, these theoretical engagements with Maoism demonstrate the emergence of an ideological line struggle where those committed to a communism that, to whatever degree, is influenced by Trotskyism are trying to prevent people gravitating towards communism from committing what they see as an ideological error. They want young communists to back away from the temptation of Maoism, to adhere to a more respectable Marxist tradition, and they want this because they believe their tradition is the only tradition capable of bringing about communism. And since we Maoists believe the same, we should at least recognize that this attitude is laudable. The problem, though, is that we are making the inverse claim.
The point here is that Trotskyism and the communism inspired by Trotskyism cannot be dismissed as “revisionism” but should rather be understood as a theoretical dead-end. History has many dead-ends and blind alleys, after all, and it is our contention that Trotskyism is ultimately another theoretical anachronism that is incapable of developing a path to revolution; it lacks the theoretical tools necessary for providing ideological and practical unity to a revolutionary movement. So in this engagement we will demonstrate this failure on the part of Trotskyism by examining: a) its theory of “permanent revolution” which is the theory that defines Trotskyism; b) its complaints about “Stalinism” and the failure of actually existing socialism; c) its insability to be anything other than a dead-end when it comes to actually making revolution.
Permanent Revolution
If Trotskyism can be boiled down to a key theory then it is the theory of “permanent revolution, best exemplified in The Permanent Revolution (1931) but also expressed in germ form in earlier documents such as Results and Prospects (1906). It is this theory that determines Trotskyism’s theoretical engagement with Maoism; it even explains why Trotskyism chooses to misunderstand Maoism. All Trotskyist organizations declare fidelity to this theory, even if they spend a lot of time arguing about what it means or attempting to modernize its theoretical terrain (i.e. Tony Cliff of the Socialist Workers Party attempted to do so and was called a “revisionist” by the orthodox Trotskyists), and so it is their theoretical linch-pin.
To give credit where credit is due, the theory of permanent revolution is actually the result of Trotsky asking a correct question: how does one sustain and carry forward a revolution in a country that has not had a bourgeois revolution––how can socialism be built at the global peripheries where the political context and productive forces that are produced by a bourgeois revolution are absent? Clearly Trotsky asked this question because of his experience in the Russian Revolution and the inescapable fact that Russia seemed to lack the necessary elements, directly following the Bolshevik seizure of power, for socialism: the persistence of the peasant masses who were themselves stratified and outnumbered the working-class, the supposed “gravediggers of capitalism”; the absence of the forces of production that would have allowed for a predominant working-class and the foundations for socialization, an absence that led to
numerous economic plans on the part of Lenin and the Bolshevik leadership; and, perhaps most importantly for what would become the theory of permanent revolution, the lack of an infrastructure necessary to prevent socialism from degenerating since it would always be under attack by the more economically advanced capitalist nations. Moreover, since Trotsky was an important participant in the Russian Revolution, he wanted to argue, correctly and contrary to a very strong revisionist Marxist current at the time, that revolutionaries in underdeveloped countries (such as Russia) do not have to wait for an articulate bourgeois class to appear in these countries and have their revolution first.
Borrowing the terminology “permanent revolution” from Marx and Engels, Trotsky tried to make sense of the problems that confronted the revolution in Russia and summed up his understanding in the following manner:
“The Perspective of permanent revolution may be summarized in the following way: the complete victory of the democratic revolution in Russia is conceivable only in the form of the dictatorship of the proletariat, leaning on the peasantry. The dictatorship of the proletariat, which would inevitably place on the order of the day not only democratic but socialistic tasks as well, would at the same time give a powerful impetus to the international socialist revolution. Only the victory of the proletariat in the West could protect Russia from bourgeois resoration and assure it the possibility of rounding out the establishment of socialism.”4
So far so good: some Trotskyists would be surprised to discover that Maoists agree with most of this statement. Where we differ, however, is in how Trotsky fully theorizes his perspective on permanent revolution, the problem of which is contained in the last sentence of this summary where the final responsiblility of socialist victory is accorded to the proletariat at the centres of world capitalism (in Trotsky’s day this was the “West” meaning “West of Russia”––central Europe, predominantly Britain and Germany). We’ll return to this later.
Furthermore, the main part of Trotsky’s revolutionary strategy in the context of peripheral countries is dedicated to a very specific analysis of the peasantry that sets it apart from the Maoist understanding. As noted above, Trotsky claims that the dictatorship of the proletariat must lean on the peasantry, but what he means by this is not that the peasantry in peripheral nations might be a revolutionary class but that, rather, they must be submitted to the discipline of the more advanced but minority proletariat class. Indeed, in The Permanent Revolution Trotsky accuses Lenin of “overestimating the independent role of the peasantry” and that Lenin accused him of “underestimating the revolutionary role of the peasantry.”5 Hence he can speak of how the peasantry does not possess a revolutionary consciousness, that it will actually be counterrevolutionary (following Marx’s analysis of the French peasantry in The 18th Brumaire of Louis
4 Trotsky, The Three Conceptions of the Russian Revolution, http://www.internationalist.org/three.html 5 Trotsky, The Permanent Revolution (third chapter), http://www.marxists.org/archive/trotsky/1931/tpr/ pr03.htm
Bonaparte), and that the proletariat will necessarily come into “collision” with the peasantry when it is consolidating the dictatorship of the proletariat.
Thus, Trotsky’s claim that the dictatorship of the proletariat must lean on the peasantry seems to be rhetorical; he is rather confused by the peasantry and its position within a revolution that emerges in a semi-feudal context. On the one hand he wants to think beyond the crude “stagism” (a charge Trotskyists will later apply to any theory of revolution that tries to answer the same question but that isn’t the theory of permanent revolution) inherent in the revisionist marxisms that consistently focused on a bourgeois revolution happening first; on the other hand he is still caught within the same positivist categories of class where, following very dogmatic readings of Marx, the proletariat must look like the proletariat in western Europe and the peasantry must eventually and always be like the peasantry in the France of the 18th Brumaire. There is a tension here between the desire to break away from dogmatic applications of historical materialism and the gut reaction to stick within the safe territory of a “pure marxism”.
Ultimately Trotsky’s commitment to marxist orthodoxy would defeat his desire for marxist creativity, the form of marxism overwhelming its methodological essence. That is, Trotsky would prove incapable of particularizing the universality of marxism within a given social context: he understood the importance of the peasantry in semi-feudal countries but, by also seeing them as a counter-revolutionary force in the final instance, believed that the nascent working-classes in these countries, as we shall see below, needed to hold the revolution in permanence and discipline a most probably reactionary peasantry.
Generally Trotsky thought the peasantry would support a democratic revolution led by the proletariat but, because of their feudal consciousness, would cease supporting this revolution when it became socialist. Hence his reason for assuming the possibility of a “civil war” between the peasantry and the industrial working-class in The Permanent Revolution, a civil war that could only be avoided if there was an international revolution led by the working-classes in the more developed regions of global capitalism––again we are led to his emphasis about the “victory of the proletariat in the West” as the necessary mechanism to prevent bourgeois restoration.
But before we get into this international dimension of the theory, we should examine how Trotsky’s views of the peasantry were articulated within the semi-feudal context that gave rise to Maoism––the Chinese Revolution. Here, that in 1925 the Trotskyist current in the initial Chinese Party of China (CPC), represented by Chen Duxiu, opposed Mao’s argument, following rigorous social investigation, that the party needed to embed itself within a peasantry that was already engaged in revolutionary action. Chen did not think that the party should embed itself within the peasantry because he felt, following Trotsky’s line, that the peasantry would ultimately prove to be a reactionary force when it came to the struggle for socialism; instead he advocated remaining within the ranks of the Kuomintang and trying to win over the working class so that the party would have the necessary class forces to command the already revolting peasantry. Here, it is interesting to note that the representative of Stalin in the initial CPC, Li Lisan, advocated the
identical practice but for different reasons (the Kuomintang was a bourgeois revolutionary force was Li’s erroneous argument) and so, at the end of the day, both Trotskyist and Stalinist ideological lines resulted in the same dead-end practice: while Mao split from this configuration of the CPC and rebooted the party in the revolutionary peasantry, those loyal to the political lines of Chen and Li were liquidated by the Kuomintang under Chen Kaishek in 1927.
Furthermore, one only has to have a conversation with an orthodox Trotskyist about revolutions outside of the developed imperialist centres to understand what a nearly religious adherence to the theory of permanent revolution means for an understanding of the peasantry. They will tell you that peasants have either a reactionary or “petty-bourgeois” consciousness because they are fully embedded in feudalism and that any revolution that bases itself on this peasantry––even if they are the most numerous class with nothing to lose––is not properly “marxist”. The industrial working-class is the only class capable of being the back-bone for a revolution, is the argument, and if this class does not exist––and sometimes cannot exist as a revolutionary class in a capitalist formation that will remain underdeveloped under imperialist oppression––then there is no point in doing anything but holding the revolution in permanence and waiting for the more developed working-class at the centres of capitalism to lead the world revolution.
This is because Trotsky, in some ways intersecting with Lenin, understood that while revolutionary movements happened at the weakest links of global imperialism, the fact that the centres of world capitalism still possessed the economic power to crush these peripheral revolutions was something that needed to be understood. Unfortunately, rather than trying to make sense of the dialectic between centre and periphery, Trotsky placed the onus of revolutionary responsibility on the shoulders of the proletariat at the centres of global capitalism. This was, after all, a proper proletariat that should have a proper proletarian consciousness. As he argues in Results and Prospects:
“Without the direct State support of the European proletariat the working class of Russia cannot remain in power and convert its temporary domination into a lasting socialistic dictatorship. Of this there cannot for one moment be any doubt. But on the other hand there cannot be any doubt that a socialist revolution in the West will enable us directly to convert the temporary domination of the working class into a socialist dictatorship.”6
In fact, Trotsky goes on to approvingly cite Kautsky’s claim that “[s]ociety as a whole cannot artificially skip any stages of its development, but it is possible for constituent parts of society to hasten their retarded development by imitating the more advanced countries and, thanks to this, even to take their stand in the forefront of development.”7 So much for Trotsky’s avoidance of “stagism”: instead of it being possible for there to be socialist revolutions in the global
6 Trotsky, Results and Prospects (eighth chapter), http://www.marxists.org/archive/trotsky/1931/tpr/ rp08.htm 7 Ibid.
peripheries, at best there can only be “artificial” socialist institutions8 that can influence the more advanced nations to take the lead in producing authentic global socialism. One must wonder, then, what makes a socialism “artificial” as opposed to “authentic” when, according to Lenin, socialism is a process, a transitionary stage where the bourgeoisie is placed under the dictatorship of the proletariat, and thus as heterogeneous as the period of mercantile capitalism, where there were various attempts to place the aristocracy under bourgeois dictatorship, that preceded the emergence of capitalism. But we shall return to this point about the Trotskyist understanding of socialism in the following section.
Trotsky’s theory of “combined and uneven development” was fundamental to his understanding of the theory of permanent revolution’s international meaning. Here we have a theory that seems to imply that capitalism is a global mode of production that develops in a combined and uneven manner, rather than a theory (as those influenced by what would become the Maoist tradition have argued) of a world system of capitalism where capitalist modes of production form the centres of capitalism, and impose/control global capitalism through imperialism, and capitalist social formations on the periphery that are still economically defined, internally, as pre-capitalist modes of production.9
If the world is a single mode of production, then it makes sense for there to be a single world socialist revolution determined in the final instance, obviously, by those who are at the correct international point of production, i.e. the industrial proletariat at the centres of imperialism. For if capitalism is a global mode of production, then its point of production must also be global and it makes sense to speak of a global proletarian class rather than various proletarian classes in various social contexts which might not have a nation ideologically but still exist within a national economic framework materially. In this context the nascent industrial working-class in the economically “backward” regions must not only place the most probably counterrevolutionary peasantry under their advanced discipline but also, due to the inability of building socialism in a particular region without a world revolution, hold the revolution in permanence and wait for the lead of their more advanced counterparts in the more economically “advanced” parts of the global mode of production––much like the workers at a small factory in a small town waiting for the workers in the massive factories in the big cities to have a general strike and start the insurrection.
8 Ibid. 9 Although Trotsky doesnʼt specifically argue that the capitalist mode of production is global, his theory of “combined and uneven development” implies this understanding due to its inability to make a distinction between capitalism as a mode of production and capitalism as a world of system. Instead, for Trotsky, there is only one capitalism that is global, combined and uneven, and the unevenness is only due to the “anarchism” inherent to capitalism rather than a necessary fact of global imperialism imposed by capitalist modes of production that can only exist as modes of production at the centres of world imperialism. His most succinct definition of “combined and uneven development”, which can be found in the The Third International After Lenin, demonstrates this theoretical confusion.
Moreover, this internationalization of the capitalist mode of production causes multiple strands of Trotskyism to also internationalize the revolutionary party. While we Maoists must agree with our Trotskyist counterparts about the necessity of internationalism, we also hold that it is a false internationalism to establish an international communist party. This is because we Maoists believe that every nation has its own unique class composition10, its own particular version of a universal mode of production, and one cannot simply impose the analysis of class and class struggle that was developed in, say, Western Europe or the United States on regions as diverse as Pakistan, Vietnam, etc. Most often this type of “internationalism” ends up being a rearticulation of imperialist chauvinism where the “more advanced” elements of these international parties (i.e. the party members in the US or Britain) dictate the theoretical analysis and behaviour to their party counterparts in a third world country, failing to realize that a revolutionary movement in these regions can only proceed from a concrete analysis of a concrete situation rather than the imposition of an alien analysis connected to other regions.
Hence the failure of Trotskyist parties to launch even the beginning stages of a revolution anywhere, particularly at the peripheries of global capitalism; even in those rare instances where they had significant membership (i.e. in Vietnam before the rise of Ho Chi Minh’s party), they could not initiate a revolutionary process and were quickly eclipsed by those movements that had developed organically, however flawed the theory of these movements might have been, in these particular contexts. Thus, if communism is ultimately about making revolution, we have to question a theory that has been unsuccessful in launching a revolutionary struggle anywhere. And though it is true that Trotskyists claim that other revolutionary struggles failed because they did not take into account Trotsky’s theory of permanent revolution, the fact is that these ultimately failed revolutions were still more successful than any revolutionary movement guided by Trotskyism; the theory of permanent revolution is an originary failure––it has proved itself incapable of even launching a revolution… But I will talk more about this problem in the final section of this polemic.
If I am spending a significant amount of time trying to describe the ins-and-outs of the theory of permanent revolution, it is because a Maoist response to the core theory of Trotskyism requires an adequate summary. Moreover, as noted above, the Trotskyist understanding of Maoism can be traced to the fact that this is the foundational theory for the former ideology; thus, anything that appears to contradict this theory on the part of the latter must be treated, I would assume, as that theory’s most important facet.
Here, of course, we are speaking of the New Democratic Theory that was another way to answer the same question. Since the Chinese Revolution happened in a semi-feudal/semi-colonial context, the CPC under Mao was also interested in theorizing how socialism could be built and, because of this interest, there are moments where the theory of New Democracy and Permanent Revolution, at least in this sense, intersect. The divergences, though, are crucial––mainly they
10 And sometimes, even with a single country, different regions have different class compositions–-albeit united under a single state.
are crucial because the CPC, unlike any Trotskyist organization, actually succeeded in answering the question and building socialism in China.
The theory of New Democracy is generally about how to build the forces of production necessary to produce socialism (i.e. the industrial infrastructure that normally would have emerged under capitalism but is often largely absent in a semi-feudal social formation) since the centralization of productive forces that is the hallmark of socialism is only possible if these productive forces exist in the first place. Rather than wait for a bourgeois revolution to produce the capitalist groundwork for socialism, though, the theory of New Democracy argues that: a) such a revolution is generally impossible in a country that is dominated by imperialism, and unnecessary since global capitalism means that every country is in some sense a capitalist formation; b) the economic infrastructure necessary for socialism will be built under the direction of the communist party, thus the productive forces will be submitted to socialist productive relations and politics will be in command; c) under the direction of the communist party there can be an alliance between the “revolutionary classes” in this period, an alliance necessary to achieve (b) that will consist of a worker-peasant alliance with the participation, to a certain degree, of the national bourgeoisie that would remain under the guidance of the party.11
It is important to note that Trotskyists focus obsessively on point (c), while dismissing the other points as “stagist” (ironic because the theory of permanent revolution also has its “stages”–– artificial socialist institutions in the peripheries first, true socialist revolution led by the proletariat at the centres later), because they feel it is tantamount to “class collaboration” and that this, more than anything else, proves that Maoism (which they reduce only to this theory) is a theory of “bourgeois revolution with red flags.” They will often use examples that have nothing to do with New Democracy as it was practiced in China, and as it has been understood by Maoists now, to prove the class collaborative aspect of this theory. Indeed, Trotskyists will often cite the failure of Indonesian communism in the early 1960s as an example of the failures of New Democracy (and by extension “Maoism”) even though Sukarno’s theory of “Guided Democracy” was not identical to Mao’s theory of “New Democracy” and, in any case, what would produce the theoretical core of Maoist theory––the Great Proletarian Cultural Revolution––had not happened when Sukarno proposed his approach to revolutionary nationalism in 1957. Nor was the Indonesian Communist Party behaving according to the theory of New Democracy; contrary to Mao’s theory noted above, this party had placed itself within the framework of a national bourgeois structure, and thus was under the command of the national bourgeoisie rather than vice versa. New Democracy, therefore, is only possible if the revolution is being led and completed by the communist party: communist politics must be in command; the
11 Maoʼs On New Democracy can be found at the Marxist Internet Archive here: http://www.marxists.org/ reference/archive/mao/selected-works/volume-2/mswv2_26.htm
relations of production politically necessary for socialism must direct the building of the forces of production economically necessary for socialism.12
Moreover, the reason the theory of New Democracy claimed that the national bourgeoisie in a semi-feudal and semi-colonial context could be a “revolutionary class” (but only to a certain extent and always under the direction of the party) was because this class, unlike the comprador bourgeoisie (that is, the bourgeois who represented imperialist interests), often had a vested interest in getting rid of imperialist interference and semi-feudal ideology. In the framework of building socialism in a semi-feudal/semi-colonial, this consciousness was objectively revolutionary. “Being a bourgeoisie in a colonial and semi-colonial country and oppressed by imperialism,” writes Mao in On New Democracy, “the Chinese national bourgeoisie retains a certain revolutionary quality at certain periods and to a certain degree… in its opposition to the foreign imperialists and the domestic government of bureaucrats and warlords.”13 Note that Mao qualifies that this “revolutionary quality” is only possible “at certain periods and to a certain degree”; indeed, he would qualify the limits of this quality just a few paragraphs later which demonstrates why the theory of New Democracy has nothing to do with class collaboration and tailing the national bourgeoisie:
“At the same time, however, being a bourgeois class in a colonial and semicolonial country and so being extremely flabby economically and politically, the Chinese national bourgeoisie also has another quality, namely, a proneness to conciliation with the enemies of the revolution. Even when it takes part in the revolution, it is unwilling to break with imperialism completely and, moreover, it is closely associated with the exploitation of the rural areas through land rent; thus it is neither willing nor able to overthrow imperialism, and much less the feudal forces, in a thorough way.”14
This does not sound like class collaboration. In fact, the way Mao understands the national bourgeoisie in a semi-feudal/semi-colonial context (which is a bourgeoisie, he would argue, that is different from the bourgeoisie at the centres of capitalism) is similar to how Trotsky understands the peasantry: a useful force to draw upon at a certain stage of revolution, but a stumbling block to revolution later on. Hence the reason to place the national bourgeoisie under
12 As an aside, as a friend and comrade who helped edit this polemic pointed out, it is “important to stress that Trotskyists confuse the theory of New Democracy or People’s Democratic Revolution with the Stalinist and postStalinist theory of National Democratic Revolution. The latter practically instructs communist parties in the third world to subordinate themselves to the ‘national bourgeoisie’ [as with Li’s line in the CPC pre-Mao noted above] and hence the debacles of Indian mainstream communism, which has morphed into just contesting elections repeatedly, and the far more tragic disaster of the PKI and Tudeh. New Democracy is very clear about the independent power of the party, of the working-class and peasantry, entering into alliances with the bourgeois forces of the Kuomintang only tactically, and subordinating the the national bourgeoisie to the peasantry and working class––not subordinating the working-class and peasantry to the national bourgeoisie.” (NA) 13 Mao, On New Democracy, Peking: Foreign Languages Press, 1967, p. 14, emphasis added. 14 Ibid., p. 14-15.
the command of the party during the period of New Democracy and the complaints, on the part of reactionary historians even today, of how these poor bourgeois people were tricked into collaborating with communism only to have their bourgeois “rights” taken away.
Indeed, and this is extremely important when it comes to the question of “Maoism or Trotskyism”, the period of New Democracy was over by the end of the Great Leap Forward (despite some of the GLF’s signficant failures which, it should be noted, were not as tragic as bourgeois reactionary historians claim), and the conclusion of this period was openly declared by the faction of the party united under Mao, and socialism was finally emergent. In this context the problem was no longer how to build the context necessary for the dictatorship of the proletariat, but how to maintain the dictatorship of the proletariat and produce the social relations necessary for communism. Here it is significant to note that there was a political line in the party that did not want to go beyond New Democracy, that confused this period with socialism, and did not want to carry forth the struggle to consolidate the dictatorship of the proletariat. Thus, during the Great Proletarian Cultural Revolution, there emerged a critique of the bad theory of “productive forces”––a theory arguing that we should only concentrate on building the productive forces necessary for socialism, rather than dealing with the political question of relations of production, and thus continue only with New Democracy and mistake this period as socialism.
The recent events in Nepal are a good example of this problem. The Communist Party of Nepal (Maoist) [CPN(Maoist)] launched a successful people’s war and was able to establish something akin to a period of New Democracy when it became the United Communist Party of Nepal (Maoist) [UCPN(Maoist)]. Since Nepal was also a semi-feudal/semi-colonial country it needed to establish New Democracy in order to produce the necessary context for socialism but the bourgeois line within the party triumphed earlier than it did in China and even New Democracy was abandoned as the revolution degenerated into what could accurately be called, but only at this moment of degeneration a “bourgeois revolution with red flags.”
However, since Maoists argue that a line struggle will always manifest within a revolutionary context––a struggle between those who do not want to go further down the socialist path and those who want to complete the revolution––this line struggle will happen whether or not there is a New Democratic revolution. Indeed, in China the line struggle existed before, during, and after the period of New Democracy; the bourgeois line did not attain victory until the end of the Cultural Revolution where the forces gathered around Deng Xiaoping emerged victorious and capitalist restoration––originally envisioned as a return to the period of New Democracy–– began. Thus, the problem with the restoration of capitalism has nothing specifically to do with the theory of New Democracy; it is always, for Maoists, a possibility under socialism because socialism is also a period of class struggle––and this is the key theoretical component, that is universally applicable, of Marxism-Leninism-Maoism.
Therefore, it is important to note that the theory of New Democracy, even if understood properly, is only a theory, according to Maoism, that is applicable to revolutions that emerge at the peripheries of global capitalism. Revolutionary movements at the centres of global capitalism––
that is, movements that manifest within completed capitalist modes of production––will not pursue New Democracy since the problem New Democracy is meant to address has nothing to do with the capitalist mode of production where the economic infrastructure necessary for building socialism already exists. This is why Maoism, which has been promoted as a new theoretical stage of revolutionary communism, is not primarily defined by the theory of New Democracy since a new of communism should carry universal aspects that are applicable in every particular context. The theory of Marxism-Leninism-Maoism’s crucial point is what was noted above, and this point connects to further points about how the party should function, how the super-structure obstructs the base at given moments of historical development, how the party can be held to account by the masses, how to act towards people, and an entire host of concepts that not only take into account the important of third world revolutions––and agree along with Lenin that these tend to happen more frequently because these are the “weak links” of the capitalist world system––but also teach us something about making revolution in the first world and the problems we will necessarily encounter.15
Indeed, the fact that there is no significant peasantry or a national bourgeoisie with some sort of “revolutionary quality” at the centres of capitalism means that the entire possibility of New Democracy in these regions is patently absurd. Rather, the fact that building socialism will mean the mobilization of the masses and a possible united front between communists, various sectors of the proletariat, some conscious elements of the petty-bourgeois (i.e. students and intellectuals), and (in the context of the US and Canada) oppressed nationalities––or even some small business owners who might be more inclined towards revolution than workers in privileged unions––is something worth considering. Moreover, the fact that any possible establishment of socialism will also mean a class struggle between those who want to push socialism forward and those who want to cling to bourgeois ideology––that is, that class struggle continues under the dictatorship of the proletariat––is the key element in understanding Maoism across regions. We will examine this point in more detail in the following sections.
Maoism is Stalinism?
A significant problem we encounter when we engage with Trotskyism is the charge that any form of communism that accepts the basics of Leninism but that is not-Trotskyism is, ipso facto, “Stalinism”. Thus, after Lenin, there can only be Trotskyism or Stalinism and nothing else. Maoism, then, is treated as a variant of Stalinism and the reasons why it is a Stalinism are pretty simplistic.
15 For a more direct examination of the theory of Marxism-Leninism-Maoism, we would ask the reader to consider Shashi Prakash’s Why Maoism? and the RIM document mentioned at various points in this polemic, Long Live Marxism-Leninism-Maoism. For an articulation of Marxism-Leninism-Maoism to a particular social context in the so-called “first world”, we urge the reader to examine the Party Programme of the Parti Communiste Révolutionnaire (PCR-RCP), as well as this revolutionary party’s theoretical writings, available in french and english at pcr-rcp.ca.
Generally, Maoism is Stalinism according to Trotskyists because it supposedly accords to Stalin’s theory of “socialism in one country.” Here it is worth noting that Trotskyists are primarily responsible for defining “Stalinism” which they see as the only ideological option competing with Trotskyism in the Leninist terrain. The fact that Stalin argued that it was possible for a single country to build socialism (but not necessarily communism by itself, and this is important) not only rubs up against the Trotskyist theory of permanent revolution [see above] but is often interpreted, by the most uncritical Trotskyists, to mean that Stalin only cared about the revolution in Russia and thought that it was the only possible socialist revolution––the socialism that could only happen in a single country and damn the rest of the world.
Well it is true that the Chinese Revolution under Mao did attempt to build socialism in China without a world revolution and so I suppose this, if such is the qualification for “Stalinism”, might make them guilty of the Trotskyist charge. At the same time, though, the Maoist understanding of the Chinese Revolution is such that it accords with a very important theoretical distinction between socialism and communism, a distinction made by Lenin in State and Revolution but lacking in Trotsky’s Permanent Revolution writings. And this understanding is that socialism, the dictatorship of the proletariat, is possible in a single country and is the transition to communism, but that full communism, since it would necessarily be stateless, requires the entire world to also be socialist. But just because most of the world isn’t socialist does not mean that a single country cannot establish a dictatorship of the proletariat; most significantly, the more storm centres that enter this transitionary phase, the more likely world communism becomes.16
But Trotskyists are under the impression, because of the theory of permanent revolution and the fact that the world is conceived as a single “combined and uneven” mode of production, that the entire world must have a socialist revolution and that particular socialist revolutions are impossible. Nations in the periphery embarking on socialist revolutions, under this interpretation, can therefore hope for nothing more than a democratic revolution with “artificial socialist institutions” and will eventually run up against a civil war with their peasantry unless the revolution isn’t commanded by the more developed proletariat at the centres of global capitalism. Once again we have a tension between the creativity Trotskyism desires to express and its inability to escape a dogmatic adherence to orthodox marxist categories. The socialist revolution at the peripheries must be permanent, we are told, must not submit to the trap of waiting for a bourgeois revolution; at the same time, however, this revolution is impossible, and can only be a democratic revolution (a bourgeois revolution?––here the categories become confusing, an act of hair-splittling), without the revolutionary intervention of the more economically developed nations.
16 Samir Amin once referred to this process as “delinking”, arguing that the emergence of socialisms at the peripheries, by opting out of the global capitalist market, would negatively affect the capitalist economies at centres of imperialism since it would deprive them of global surplus.
So just as Trotsky conflates the categories of the capitalist mode of production and the capitalist world system, he also conflates the categories of socialism and communism. His justification for arguing that only a global socialist revolution is possible, and that socialism cannot just emerge in particular countries, is to be found in those passages where Marx and Engels also claim that only a world socialist revolution is possible––and Trotskyists are keen to remind us of this fact. The problem, though, is that Marx and Engels often used the terms socialism and communism synonymously and that it was not until Lenin wrote State and Revolution that further semantic clarity was added to these categories. That is, Lenin went to great lengths to point out the moments in the work of Marx and Engels where the concept of socialism (i.e. a centralized state where the bourgeois was placed under the dictatorship of the proletariat) was treated as a progenerative category for communism (i.e. a classless society). Under the Leninist clarification and concretization of these concepts, then, it is quite possible that socialism, or a dictatorship of the proletariat, can exist in particular countries while other countries remain capitalist––though, admittedly, the existence of such a socialism will be affected by external imperialist pressure. At the same time Lenin argued, following Marx and Engels but without the semantic confusion, that communism was only possible globally; after all, in a very pragmatic sense, the state has to wither away in order for communism to exist and, in the context of the capitalist world system, if a state was ever to wither away then it would seem that the imperialist nations would immediately crush this emergent communism. Trotsky, however, did not seem to accept Lenin’s conceptual categories here and was led, perhaps by the way he understood world capitalism, to simply argue that socialist revolution was possible only with a world revolution.
Therefore, there has really never been any actually existing socialism according to Trotskyism, just degenerated/deformed workers states and Bonapartist (i.e. “Stalinist”) regimes. When capitalism is restored in these contexts, then, the Trotskyist response is simply to proclaim, and sometimes gleefully, that this is simply because they were never socialist to begin with! Maoists, however, take a different tack: they claim these regions were socialist but that they failed to carry the socialist struggle through to communism because, and this is the key insight of MarxismLeninism-Maoism mentioned above, class struggle continues under the dictatorship of the proletariat. That is, capitalist restoration can happen because socialism is also a class society: the bourgeoisie, after all, is being held under the dicatatorship of the proletariat and so it can always defeat this dictatorship and return to power. Significantly, bourgeois ideology lingers in the superstructure, becomes a compelling force in socialist society, and this is because most of us were born and raised in a context where bourgeois ideology was hegemonic––it is hard to simply break from this because we arrive, after a revolution, seeped in the filth of the past mode of production––and this ideology remains compelling even for people within the communist party.
And yet Trotskyists have a different story to tell about the restoration of capitalism in formerly socialist (ahem, formerly “deformed worker state”) contexts. Their story is rather simplistic and, as such, cannot account for very much: Stalin and the bureaucracy he produced ruined the Russian Revolution, mainly because Stalin and his bureaucracy wouldn’t recognize permanent revolution. The solution to this problem, then, is to have had Trotsky instead of Stalin lead the Russian Revolution post-Lenin; it breaks down to a problem of great figures of history. But we
Maoists assert that Trotsky’s leadership of the Russian Revolution wouldn’t have made things significantly different: for one thing, he clearly wasn’t capable of realizing that class struggle continued under socialism and even within the party (this insight was only possible in the summation of the Russian Revolution that happened during the Chinese Revolution, crystallizing with the theory of Cultural Revolution where the masses were unleashed upon the party headquarters), and his theory of permanent revolution predicts his failure––how he would have been able to command a global socialist revolution from a Russia that was being attacked by the forces of reaction is rather impossible to surmise. Thus, even according to Trotskyism, the Russian Revolution was destined to fail with or without Trotsky.
Again, we Maoists argue that the failure of any socialist revolution is always a possibility because socialism is a transitionary stage and thus still a period of class struggle where a revolutionary class is attempting to complete its hegemony. We understand that revolutions can always fail, even before socialism, not because the revolutionaries involved lack some pure understanding of Bolshevism and a party with the magical ingredients of true democratic centralism, but because capitalist restoration is always immanent during socialist revolutions. There are line struggles in the party itself and sometimes the line that best represents the capitalist road will triumph.
Returning to the general question of Stalin and Stalinism, which is often the main concern of Trotskyism (since it defines itself as the only Leninism that is not-Stalinist), we should at least agree that it is important to correctly critique Stalin and the phenomenon that Trotskyists call “Stalinism”. Unlike Marxist-Leninists who declare complete fidelity to Stalin as the successor of Lenin, who argue that any revolutionary movement that critiques Stalin to any degree is not properly “Marxist-Leninist”, we Maoists think that every positionality within the communist movement (even Mao) should be subjected to a concrete and thorough critique. This is why we do not imagine that Stalin is beyond reproach, or that criticizing Stalin is tantamount to counterrevolutionary behaviour as the few remaining Hoxhaites would have us believe.17
However, simply focusing on Stalin as some sort of evil dictator who ruined the Bolshevik Revolution smacks of bourgeois moralism and retains some of the worst elements of reactionary propaganda regarding the Russian Revolution. Moreover, this perspective is unable to explain what happened to the Soviet Union following the Stalin period when Khruschev denounced Stalin and the “Stalinist” period. Indeed, Trostkyists at this time praised Khruschev because they felt he was proving the correctness of Trotsky’s theories regarding the Soviet Union… But if this was true, then the intentional revisionism embraced by Khruschev (his theory of peaceful coexistence with capitalism), which was the reason for his denunciation of the Stalin period, would have to be treated as also correct.
17 Enver Hoxha was the leader of the Albanian Revolution whose fidelity to Stalin as the pre-eminent MarxistLeninist was thoroughly dogmatic.
So, if Khruschev was clearly embracing revisionism and was not-Stalin, and clearly rejected anything that could be called “Stalinism”, then would this not make the Stalin period something more than just a “deformed/degenerated workers state” in that Khruschev’s break from this period was the hallmark of revisionism (i.e. the peaceful co-existence thesis being precisely what was argued, in a smaller context, by Eduard Bernstein)? Even Trotskyist critiques of Khruschev are unable to make correct distinctions between this period of the Soviet Union and the Stalin period, seeing it as the same thing (because there was a bureaucracy!) and refusing to recognize that Khruschev’s rupture from this period was a serious epistemic break in the Soviet Union’s theory and practice; indeed, it shook the world, disaffected innumerable communist movements worldwide, led to the failed Bandung project, and cannot simply be treated as another variant of “Stalinism” or, even worse, a revolutionary rejection of “Stalinism” that proved Trotsky correct. At the most they try to claim that Khruschev was just another “Stalinist”, as was Gorbachev and Yeltsin––a homogenization that is clumsy at best, idealist at worst.18
Rather than examine the failure of the Soviet Union as the result of an evil individual who possessed the power to produce a bureaucracy devoted to his nefarious plans––the kind of analysis that belongs in fairy tales and fantasy fiction––Maoists try to make sense of the failures of the Soviet Union in a historical materialist manner. We do not dismiss Stalin as an evil figure; rather we see him as someone who, at one point in time and for whatever reason, was leading a revolutionary state (if history had been different, and Trotsky had taken over the Russian Revolution and Stalin was in exile, we would have said the same about Trotsky) and, in attempting to lead, committed various errors.19 But we see the approach to building socialism under Stalin as the error that produces revisionism and the failure of the Russian Revolution or any revolution for that matter.
Again: the theory that class struggle continues under the dictatorship of the proletariat explains both the failures of the Stalinist period and the revisionism of the Khruschev period. Stalin did not understand the possibility of capitalist restoration as a natural part of socialism––that is, that socialism is still a class society––and that counter-revolutionary political lines come from the inheritance of bourgeois (and even semi-feudal) ideology, preserved in the super-structure. Thus, rather than seeing people who might or might not have adopted bourgeois political lines within
18 see Spartacist League, Trotskyism, What it Isn’t and What it Is!, http://www.marxists.org/history/etol/document/ icl-spartacists/1990/trotskyism.html where these ortho-Trotskyists argue this precise point. And this is a rather ludicrous point considering that Gorbachev has openly stated that he wanted to end the Soviet Union, that he was an anti-communist and despised Stalin, and has now been quite open about his love of capitalist “democracy” (he even appears in Pizza Hut commercials!)… So how does this make him a “Stalinist”? 19 Here it is important to note the CPC’s polemical exchange with the CPSU, The Great Debate, specifically “On the Question of Stalin” [which can be found online at http://www.marxists.org/subject/china/documents/polemic/ qstalin.htm] where they uphold the Stalin period of the Soviet Union against Khruschev’s revisionism but, at the same time, point out that Stalin was indeed guilty of committing “errors of principle and… errors made in the course of practical work.” Here they accused Stalin of metaphy,sical and subjectivist thinking on important questions, of being divorced from the reality of the masses, of treating contradictions between people as contradictions between communism and its enemy, of wrongly convicting people as counter-revolutionaries, of wrongly exposing the scope of suppression, and of demonstrating chauvinism within the international communist movement. But apparently to uphold the Stalin period against the Khruschev period is, for Trotskyists, tantamount to “Stalinism”.
the party and Soviet society as something that would necessarily happen under socialism, the forces assembled around Stalin––the so-called “Stalinist bureaucracy” as Trotskyists put it–– simply acted as if these individuals and groups and ideas were the result of foreign interference or intentional treason. Moreover, they failed to understand that the party itself would be host to an organic line struggle that would be a reflection of the predominance of class struggle under socialism and that the party’s leadership would often preserve bourgeois ideology. And this theory, more than anything else, can explain why Stalin’s chosen successor, Khruschev, who was initially quite happy to carry out policies of liquidation and political policing in the Stalin period, could also be a revisionist. Not because he was a foreign agent (as “Stalinism” would assume) and not because he was a bureaucrat (as Trotskyism would assume) but because bourgeois ideology and thus revisionism is always compelling––especially to people in positions of party leadership.
The Trotskyist analysis of “Stalinism”, however, tells us nothing about how and why socialism can fail other than “it wasn’t socialism to begin with”, or “just because some bad man was leading socialism”, or “if only there was not that cold bureaucracy than things would have been different.” And none of these explanations can explain how to build socialism properly except, perhaps, to hold the revolution in permanence and wait until everyone in the world builds socialism together. But would such a scenario prevent “bad men” from coming to power and ruining everything or would we need to have some sort of magical democratic centralism mechanism that would forever prevent such evil people from gaining totalitarian power? The solution is to just get a Trotsky in there, a solution based on personality types. Moreover, to assume that a bureaucracy (which, by definition, is an organized structure of administration) would not emerge in even the imaginary context of a single global socialist revolution is itself a fantasy: how would socialism be developed and consolidated in this context––spontaneously and without any struggle over administration? Bureaucracies can and will emerge despite any antibureaucratic attempts on the part of revolutionaries. Rather than pretend that they won’t because of some supernatural anti-bureaucratic powers on the part of pure revolutionaries, therefore, we should see them as spaces for class struggle under socialism: structures that will emerge but must be opened to the masses and placed under the control of the masses. Yet again, the Maoist theory of class struggle continuing under the dictatorship of the proletariat tells us something about building socialism and the struggles that will necessarily happen in this period––and this is the main reason why Maoism is applicable in every context, is a development following MarxismLeninism, and is not simply reducible to a communism only for third world peasants.
Ultimately, there is no such thing as “Stalinism” beyond what Trotskyists say it is––and what they say it is really has no scientific meaning beyond “socialism in one country”, a theory that only Trotskyists obsess about. We Maoists do not recognize that there is anything worthy of being called “Stalinism” and that those who bother identifying as “Stalinist” are also adopting a dead-end communism that is no more scientifically relevant than Trotskyism.
Making Revolution
As noted in the section about permanent revolution, Trotskyism has been singularly incapable of even embarking on the revolutionary path. This problem is generally the result of the failure of this theory’s revolutionary strategy politically and militarily. Its political strategy was discussed above in reference to the theory of permanent revolution and the focus on world socialist revolution. Its military strategy is basically the Bolshevik strategy of insurrection, the so-called “October Road”, where a mass strike and armed insurrection will follow after a period of protracted legal struggle.
It is important to note that all attempts to make revolution following the insurrectionist strategy have failed since the October Revolution and this, in large part, is why some Maoists speak of the universality of people’s war as a military strategy for making revolution. Since this theory is still a subject of debate amongst the international Maoist movement, however, I will not spend time comparing it to the military strategy of insurrection in order to say why Maoism is superior to Trotskyism in this regard. After all, some Maoists and other non-Trotskyists (even some anarcho-communists) uphold the theory of insurrection.
The point here, though, is that none of these failed attempts to make revolution through insurrection were even Trotskyist; that is, Trotskyism has proved itself singularly incapable of even sparking an insurrectionary moment, though it likes to claim other insurrectionary moments as its own––either asserting that the Bolshevik insurrection was all due to Trotsky’s work and he was leading the Bolsheviks in the October Revolution (a claim that ignores the period of guerrilla war that began in 1905 or the fact that Trotsky’s contributions to the revolution were tactical rather than strategic and that the revolutionary strategy that produced the so-called “October Road” was due to Lenin), or naming themselves after an uprising performed by a group whose leading members did not like Trotsky.20 Every failed insurrectionary attempt has been led by: a) Luxemburgists; b) Marxist-Leninists who often declared fidelity to the Soviet Union under Stalin; c) even anarchists, but only once, in the case of the Spanish Revolution.
Thus, there is not a single example of a Trotskyist attempt to actually make revolution and this is due, primarily, to the general political strategy of Trotskyism, the theory of permanent revolution. Indeed, if a socialist revolution cannot hope to succeed unless it is led by the advanced working-class at the centres of capitalism, and this revolution must ultimately be a global revolution in order to be properly called “socialist”, then what Trotskyists are really advocating is holding the revolution in permanence until everyone is ready to go at it all together,
20 I’m speaking here of the failed Spartacist insurrection in Germany and the fact that Rosa Luxemburg and Karl Leibknicht had written some pretty condemnatory things about Trotsky vis-a-vis the Russian Revolution. And yet still, despite the fact that the KPD at that time had no love for Trotsky or anything that would be considered Trotskyist, this has not stopped a notorious sectarian Trotskyist group from appropriating the name of this insurrection for themselves.
everywhere in the world, which of course means they have been waiting since the Fourth International and performing only a long and protracted legal struggle.21
Sometimes Trotskyists will defend their practice by claiming they are protecting a “true” Marxism and, in (with)holding the revolution in permanence, are simply preparing for the time when the working-class will realize, through decades of propaganda and entering trade unions, that this or that Trotskyist sect’s approach is correct and, like a sudden spark igniting, a proper Trotskyist revolution will erupt. Here we have another version of the tired “the time is not right” refrain that some Marxists, and not just Trotskyists, like to repeat ad infinitum. And yet this “time is not right” approach is intrinsic to the Trotskyist strategy of revolution: for the time has never been right across the entire world at the same time. The time for revolution, contrary to the Trotskyist assumption, will only be right if those whose “time is right” (or who make the time right) in specific contexts embark on protracted revolutions that are capable of disarticulating imperialism by pursuing the socialist path rather than waiting until everyone pursues it all at once. Thus, despite the Trotskyist claim that it is avoiding economic determinism by theorizing its version of permanent revolution, its strategy in actual practice ends up reasserting a productive forces approach, holding the revolution in abeyance until the global “combined and uneven” mode of production is at a balanced point where everyone can make a go of it altogether.
No one, however, is really gravitating towards the sectarian Trotskyist guardians of “pure Marxism” because, though they are probably the best examples of Trotskyist theory due to their orthodoxy, most people find their sectarianism, dogmatism, and missionary-Marxism annoying, offensive, and generally cultish. More importantly, then, are those influenced by the Trotskyist tradition but correctly leary of the productive forces approach (those who we generally refer to as “critical-Trotskyist” or “post-Trotskyist”), who still cannot break from the theory that produces a strategy incapable of making revolution. These groups often base themselves on Hal Draper’s “socialism from below” theory and end up, in practice, tailing mass movements. Others become little more than clubs for university students, intellectuals, and trade union bureaucrats (this despite Trotskyism’s toothless critiques of bureaucracy). Still others imagine that entering social democratic bourgeois parties and embarking on a reformist project, perhaps because its lack of militancy allows them to be respectable communists, will eventually allow socialism to emerge. In all of these cases, though, as with above, Trotskyism and those strands of Marxism highly influenced by Trotskyism have never seriously approached revolution in actual practice.
Since this is the most important facet of communism––making revolution and overthrowing capitalism––it is extremely telling that the Trotskyist tradition has no revolutionary experience to
21 Some Trotskyist groups, such as the International Marxist Tendency (IMT), have gone so far as to actually advocate revisionism by claiming that revolutionaries at the centres of capitalism can produce an insurrection by entering social democratic parliamentary parties and taking them over from the inside. It should be noted, though, that other Trotskyist and post-Trotskyist groups have critiqued the IMT for practicing revisionism, just as it should be noted that other Marxist traditions, including Maoism, have sometimes been guilty, based on a dogmatic reading of Lenin’s Leftwing Communism an Infantile Disorder, of the same entryist revisionism.
speak of unless we count the Bolshevik Revolution in which Trotsky participated as a revolutionary. But this was not a “Trotskyist” revolution; after all, Stalin also participated in the Bolshevik Revolution (and to such a degree that he had an entire underground apparatus surrounding him and this, more than anything else, allowed him to push Trotsky out of the Comintern) but your average Trotskyist would have a conniption fit if you called the Bolshevik Revolution “Stalinist”!
So, unlike Maoism which, even before it was fully theorized, has inspired significant people’s wars throughout the world, Trotskyism has no revolutionary experience to call its own, has proven itself incapable of producing a revolutionary experience of its own, and thus cannot learn from its successes and failures when it comes to revolutionary strategy. Indeed, all Trotskyism can do is critique other revolutionary movements from a position of nowhere, a stand-point based only on its understanding of the Bolshevik Revolution and its belief that everything must be precisely as it imagines the Bolshevik Revolution to have been although, as an ideology, it has failed to replicate this instance and, more importantly, the world is not the same, spatially or temporally, as Russia in 1917. And though Trotskyists have participated in insurrectionary moments like mining strikes and factory take-overs throughout Latin America, in all of these cases they were simply tailing a larger mass movement rather than organizing and leading these struggles towards a revolutionary moment.
Of course, the way Trotskyism has traditionally rejected this charge, as I noted in the section on permanent revolution, is by pointing out that all of these other revolutionary movements have failed and that maybe they wouldn’t have failed had they followed the theory of permanent revolution. This is an easy charge to make because Trotskyists are able to claim a “pure Marxism” by the very fact that they have never had a chance, due to the fact that their theory prevents them from ever having a chance in the first place, to lead a revolution and thus encounter all of the messiness revolutions tend to generate, as well as the two-line struggle we Maoists say (based on our historical experience) is bound to happen; Trotskyism has not made any mistakes because it hasn’t done anything that would allow it to fail or be successful. It’s a bit like someone who has never gone to school claiming they have never failed a test: it’s an absurd and fallacious position but most importantly it demonstrates an idealist conception of Marxism, where a pure communism is like a Platonic form, existing outside of space and time, and that all we have to do is correctly reflect on its essence in order to produce a truly perfect revolution.
But we Maoists assert, along with Marx, that it is only possible to know something through practice; thus, it is only possible to understand revolution through revolutionary praxis, through trying and sometimes failing at revolution. We are taught by history, but not in circumstances we choose, and we can only solve those questions, as Marx was keen on reminding his readers, that are presented to us by history––if we solve them at all. Trotskyism, it must be said, has not even tried to solve the problem, in practice, of how to make revolution: it has only theorized this problem and relied on a theory that projects revolution far into the future, thus escaping the hard work of building an actual revolutionary movement.
Indeed, the obsessive need to argue that Maoism is pseudo-communism seems more a product of an ideology concerned with a pure Marxism (i.e. a Marxism that exists beyond class struggle, that can be discovered only by reading the precise words of Marx, Engels, Lenin and Trotsky as if these words are sacred) as well as an ideology that feels threatened when other Marxisms, unlike the supposed apex of communist theory (Trotskyism), actually succeed in building movements capable of launching revolutions. So rather than examine why these other communisms are successful and what their theories are actually saying––rather than question its own absence of revolutionary praxis––Trotskyism instead contents itself by arguing that these are fake revolutions and then, when these revolutions fail (because no revolution is determined to succeed and success is extremely difficult), some Trotskyists chuckle knowingly and argue that their theories can explain this failure when the truth is that the theories of those who failed actually do a better job, as noted in the previous section, of making sense of revolutionary failure.
In fact, some of the more orthodox Trotskyist groups try to argue that this lack of revolutionary history is a virtue: “the faction fights that have taken place since the inception of Trotsky’s Fourth International over 50 years ago have been struggles to preserve for the cause of the proletariat internationally the principles and revolutionary traditions that were brought to bear by Lenin’s Bolshevik Party in leading the toiling masses of the former tsarist empire to victory.”22 Meaning, then, that the principle duty of a revolutionary is to preserve the traditions of the past, gleaned through a very particular social and historical context, and that such a pursuit justifies a factionalism and sectarianism that only exists because Trotskyist group x thinks that Trotskyist group y has the wrong ideological interpretation of very specific and rarified theoretical positions held by Trotsky.
Thankfully, these ultra-orthodox variants of Trotskyism are seen as ludicrous caricatures of Marxism by the majority of the left, including the majority of other Trotskyists and leftists influenced by Trotskyism, and the only reason they manage to persist is for the same reasons that cults manage to persist. We only mention this ortho-Trotskyist defense of preserving history at the expense of revolutionary action to indicate that some Trotskyists are quite aware of Trotskyism’s inability to produce or lead a revolutionary movement. Moreover, this orthodox sectarianism should teach us that the only reason to engage in ideological line struggle with other variants of communism is not, as some would have it, to promote banal sectarianisms and static factionalisms, but to clarify the theoretical grounds necessary for making revolution. Obsessing over these theoretical grounds without attempting to implement them in revolutionary practice–– and thus being unable to learn how to articulate them creatively in a given social-historical context––is the antithesis of communism.
22 Spartacist League, Trotskyism, What it Isnʼt and What it Is!, http://www.marxists.org/history/etol/ document/icl-spartacists/1990/trotskyism.html
Theory and Practice
Thus, as discussed at the outset of this polemic, the question “Maoism or Trotskyism?” has nothing to do with an abstract sectarian squabble; it is a question about concrete circumstances, about the theoretical grounds necessary to make revolution. Moreover, it is a question that emerges from a tradition of communism that has actually been attempting to make revolution and understand what this means since the significant but ultimately failed people’s war in Peru. After Peru there was Nepal that went further but still ran up against the problem of revisionism that emerged, as Maoism tells us, through the party’s two-line struggle. After Nepal there was the renewal of the people’s war in India which is still growing and throwing the country into a civil war. And in a few years the Maoists in Afghanistan might end up launching their people’s war, proving that the 21st century will be one of revolutions. In the centres of global capitalism new Marxist-Leninist-Maoist formations are emerging and trying to understand how to make revolution at the centres of capitalism––a question that has not been thoroughly examined for a very long time and that, most often, is answered with entryist and/or insurrectionist theories that have never been successful.23
This is why we are not interested in repeating the stale refrains that past Marxist-Leninist movements sang about Trotskyism. We think it is possible to recognize Trotskyism as one interpretation of the Marxist-Leninist tradition––we even think it is worth admitting that there are many Trotskyist individuals and groups who have provided useful contributions to theory and who have tirelessly sided with the masses––we just do not think that this interpretation, according to its theoretical foundations, is capable of being anything more than a revolutionary blind alley.
We also feel that Trotskyist engagements, as well as those that uncritically accept the Trotskyist narrative (i.e. Goldner, who is a “left communist” and not a Trotskyist, is a good example of this problem) of Maoism have never succeeded in making sense of this theoretical trajectory. When we encounter articles about Maoism by so-called “critical Trotskyists” that see nothing valid in the Chinese Revolution and that ignore all of the great revolutionary movements at the global peripheries that were inspired by this revolution––when we read theoretical engagements that treat Maoism as a phenomenon that happened only in the 1960s and 1970s and that ignore the fact that Maoism-qua-Maoism did not crystallize until the end of the 1980s––we tend to assume that this bad faith on the part of our Trotskyist counterparts tells us more about their lack of theoretical understanding than any mistakes on our part. Moreover, when we see the great people’s wars that have erupted since the emergence of Marxism-Leninism-Maoism treated by other communists as insignificant, or as “fake communism” despite the fact that they are successfully mobilizing the masses, and the failures of these revolutions promoted over their
23 Canada’s Parti Communiste Révolutionnaire (PCR-RCP), for example, has spent a lot of time trying to answer this question because they see it as essential to building a revolutionary movement in their social context. And the fact that this relatively new party is growing and demonstrating that it is a vital force is not only due to its militancy but to its creative and fresh application of Marxist theory to the context of Canada.
successes, we wonder whether these communists care about even trying to make revolution. As one Maoist comrade once put it, “these people don’t even think we should dare to struggle!”
But we should dare to struggle and we should develop our theory from both the successes and failures of our struggles, just as we have done with the successes and failures of Russia and China. And if we fail again this does not mean we were wrong for even trying but that we have failed to overcome the problems aptly described by Marxism-Leninism-Maoism or that we have encountered new problems that themselves will need to be systematically theorized. For we are taught by failures and setbacks just as much as we are taught by successes and we can learn nothing when it comes to revolutionary theory unless we actually attempt, through a thorough historical materialist systematization of past revolutionary movements (especially the world historical socialist revolutions of Russia and China), to make revolution. Lenin once famously argued that without a revolutionary theory there can be no revolutionary movement, and this is correct. At the same time, however, without revolutionary movements and what we can learn through the experience of revolution there can be no revolutionary theory.
So we ask the question “Maoism or Trotskyism?” to clarify the grounds in which an ideological choice can and should be made. If the reader prefers a communism that has succeeded in keeping itself “pure” because it has remained, out of concern for this theoretical purity and because of its belief that a revolution must only happen if it is global, then Trotskyism is clearly the only viable option: after all, the Trotskyists can boast a lack of revolutionary failure––as well as pointing out the failures of the so-called “Stalinisms” it warns us to avoid––because it has never succeeded in approaching the point of revolutionary momentum where failure is even possible. But if the reader is willing to accept that making revolution is a difficult business–– prone to failures more often than it is prone to success––desiring to understand how these failures and successes can be systematized, and willing to accept that the difficulty of making revolution will often produce more failures than successes as we stumble slowly but hopefully towards the next world historical revolution, then Maoism, with all of its “impure” messiness, is the only relevant communist ideology. For the world is indeed messy, and we come to revolution drenched in the filth of capitalist ideology and all of the mistakes that “weigh upon us like a nightmare”; it may take decades of inspiring but ultimately failed successive people’s wars to stretch beyond the next socialist horizon… But if we don’t try, and instead attempt to preserve an ideal Marxism as we wait in permanence, we will be overtaken by the armageddon promised by capitalism.

Une nouvelle formation trotskyste voit le jour au Canada!

En tant que mouvements communiste qui promeut l’idée de la construction d’un front uni contre le capitalisme et l’impérialsme, nous vous informons qu’une nouvelle formation trotskyste voit le jour au Canada

POUR UN PARTI OUVRIER RÉVOLUTIONNAIRE ET INTERNATIONALISTE AU CANADA

1

 

La bourgeoisie menace d’entraîner l’humanité dans sa chute. Dans les pays capitalistes avancés, elle revient même sur les acquis que la classe ouvrière a arrachés après la 2e Guerre mondiale. Comme toutes les classes dominantes du monde, la canadienne connait des divergences en son sein sur l’attitude envers les autres classes (encadrement, petite bourgeoisie traditionnelle, classe ouvrière…) et elle se divise sur sa relation aux autres bourgeoisies (Grande-Bretagne, États-Unis, Union européenne, Chine…). En outre, elle est plus hétérogène que la plupart de ses rivales impérialistes car une section met en cause l’État fédéral (comme en Espagne, en Belgique ou en Grande-Bretagne).

Le grand capital, qui oriente la politique de tous les gouvernements bourgeois, a accepté en 1949 l’alliance militaire avec les États-Unis (OTAN) puis a choisi l’ouverture des frontières avec la signature en 1992 de l’Accord de libre-échange nord-américain, en 1994 des accords de l’OMC, en 2016 du Partenariat Pacifique, en 2016 aussi de l’Accord économique et commercial global. Le président des États-Unis a refusé en 2017 de ratifier le Partenariat Pacifique, ce qui prouve que les travailleurs, ni aux États-Unis ni au Canada, n’ont à choisir entre protectionnisme et libre-échange, pas plus qu’entre inflation et compression budgétaire.

La représentation politique de la classe dominante canadienne, bien que divisée entre le Parti Libéral /Liberal Party (PLC/LPC), le Parti Conservateur/Conservative Party (PCC/CPC) et le Parti Québécois (PQ), mène depuis les années 1980 une offensive continue contre vles travailleurs. Tous les gouvernements bourgeois successifs renforcent l’appareil de répression : RCMP/GRC, polices municipales, SCIS/SCRS, Canadian Army/Armée Canadienne (3 % du budget de l’État fédéral)…

2

Or, en face de l’État bourgeois, il n’existe pas de véritable parti ouvrier, c’est-à-dire radicalement opposé à l’ensemble des capitalistes et travaillant à l’émancipation de tous les travailleurs. La représentation traditionnelle des salariés, le New Democratic Party/Nouveau Parti Démocrate (NDP/NPD) est un parti de type travailliste, un parti ouvrier bourgeois dès son origine (1961). Son programme est bourgeois car il accepte le capitalisme depuis sa fondation. Son ancêtre CCF a soutenu sa bourgeoisie impérialiste lors de la 2e Guerre mondiale. La bureaucratie politique qui contrôle le NDP/NPD est liée aux bureaucraties syndicales (surtout anglophones) ; sa défense inconditionnelle de l’État fédéral au compte de la section majoritaire des exploiteurs a largement repoussé les exploité-ées francophones et divisé la classe ouvrière canadienne.

Les bureaucrates syndicaux du Congrès du travail du Canada (CTC/CLC), de la Fédération des Travailleuses et Travailleurs du Québec (FTQ) et de la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN) ont de fait accompagné la contre-offensive sociale en multipliant les concessions aux patrons et à l’État bourgeois.

3

Il n’y a plus d’organisation marxiste internationaliste digne de ce nom, inspirée par la Commune de Paris de 1871 et la Révolution d’Octobre 1917 en Russie, comme l’avaient été, au sortir de la 1re Guerre mondiale, la section canadienne de l’Internationale Communiste (Communist Party/Parti Communiste) puis celle de la 4e Internationale (Workers Party of Canada, Socialist Workers League).

La direction opportuniste de la 4e Internationale d’après-guerre (Pablo, Mandel, Frank…) mise en place par Cannon (le principal dirigeant de la section américaine SWP) a encouragé l’adaptation de la section canadienne (RWP) au parti travailliste de l’époque (CCF). La liquidation de la 4e Internationale dans les années 1950-1960 et la régression de toutes ses composantes vers le nationalisme et le réformisme ont assuré au Canada la survie de l’anarchisme et du stalinisme (PCR/RCP) et conduit à un éclatement inédit du « trotskysme ».

Le Groupe Socialiste des Travailleurs (QI lambertiste) s’est dissous en 1987 dans le NPD. La Riposte/Fightback (TMI grantiste), Alternative Socialiste/Socialist Alternative (CIO grantiste), International Socialists (TSI cliffiste), Gauche Socialiste (QI pabliste), la Ligue Communiste/Communist League (liée au SWP castriste des États-Unis) sont à la remorque des bureaucraties syndicales, des réformistes du Nouveau Parti Démocratique ou sont ralliés à Québec Solidaire. La Ligue Trotskyste/Trotskyist League (LCI robertsoniste) et le Parti de l’Égalité Socialiste/Socialist Equality Party (QI healyste) sont pour leur part embourbés dans le sectarisme.

4

Cet éparpillement décourageant, accentué par le désarroi engendré dans la classe ouvrière par la restauration du capitalisme en Russie et en Chine, ne sera pas surmonté par la recherche d’un « plus petit dénominateur commun », car celui-ci conduirait à l’abandon du programme (révisionnisme) qui est justement à l’origine de cette situation. La tâche est de rassembler sur la base du programme communiste international les militants-tes, tendances, fractions et groupes sincèrement révolutionnaires, actuellement dispersés, en combattant fermement les multiples directions centristes ou sectaires. Il y a en effet une nécessité urgente pour la formation d’une organisation de tout le Canada qui saura éviter à la fois les pièges de l’opportunisme et du gauchisme.

5

La pause dans le militarisme entamée par l’impérialisme canadien après sa participation à la guerre de Corée contre la révolution chinoise s’est achevée avec l’invasion de l’Afghanistan en 2001. Aujourd’hui, une des priorités pour le prolétariat est d’imposer le front unique aux organisations ouvrières de masse (partis et syndicats) contre l’intervention militaire (marine, aviation, forces spéciales) en Irak et en Syrie entamée par le gouvernement Stephen Harper (Parti Conservateur), poursuivie par le gouvernement Justin Trudeau (Parti Libéral), approuvée par le Bloc Québécois.

6

Le Mexique, les États-Unis et le Canada résultent tous de la colonisation brutale de l’Amérique du Nord opérée du 16e au 18e siècle par les monarchies espagnole, française, néerlandaise et britannique au détriment des populations indigènes. Ce processus fut partie intégrante de l’accumulation primitive du capital.

Toute organisation communiste internationaliste doit défendre les droits des nations autochtones opprimées et dépossédées depuis des siècles. Nous défendons leur autonomie culturelle, la préservation de leur environnement et leur droit à l’autodétermination, même si en pratique celui-ci peut s’avérer difficile à réaliser étant donné la dispersion des nations autochtones sur le territoire canadien.

Nous dénonçons leur instrumentalisation tant par les chauvins canadiens que par les nationalistes québécois. Lors du dernier référendum sur la souveraineté du Québec en 1995, le gouvernement canadien a tenté d’utiliser les inquiétudes légitimes des peuples autochtones par rapport à la séparation du Québec et leurs droits dans un éventuel Québec indépendant dans le but d’entraver le droit à l’autodétermination du peuple québécois. Le Canada était présenté de manière hypocrite et démagogique comme un « rempart » pour les droits des Premières Nations !

Le Parti Québécois insistait sur l’intégrité territoriale du Québec suite à la sécession, ce qui ne laissait pas beaucoup de place à l’autodétermination des Autochtones. Nous considérons pour notre part les bourgeoisies canadienne et québécoise comme étant des oppresseurs à parts égales des Premières Nations.

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L’État capitaliste du Canada est né de l’échec des révolutions démocratiques de 1837-1838 menées par les populations anglophone et francophone contre la monarchie anglaise. Il a été historiquement imposé par la force à la minorité francophone. Le Collectif révolution permanente, dans la tradition de l’Internationale communiste et de la 4e Internationale, défend le droit du Québec à l’autodétermination, y compris à la sécession et à la formation d’un État indépendant si telle est sa volonté. Ses partisans s’opposent résolument à toute tentative de l’État fédéral capitaliste canadien d’empêcher le peuple québécois de décider de son avenir et de garder le Québec de force à l’intérieur de la confédération. Le chauvinisme de grande nation du Canada anglais, qui est dominant au sein de l’État canadien et donc encore plus dangereux que le nationalisme étroit du Québec, est un poison pour l’unité de la classe ouvrière canadienne contre les capitalistes anglophones et francophones. La loi sur la Clarté référendaire promulguée en 2000 par le gouvernement libéral fédéral de Jean Chrétien est une attaque sérieuse contre les droits nationaux du Québec, car elle permet au gouvernement fédéral de s’ingérer dans la formulation de la question référendaire et de déterminer la majorité nécessaire pour déclarer l’indépendance du Québec. Le Québec a été historiquement une nation opprimée et pendant des décennies bon nombre de travailleurs-ses québécois-ses ont été obligés de travailler en anglais et étaient moins bien payés que les anglophones.

Cette oppression nationale a été largement surmontée depuis la « Révolution tranquille » des années 1960 et les politiques linguistiques qui ont fait du français la langue officielle du Québec. Les principales victimes de discrimination sont les travailleurs-ses immigré-es à l’échelle fédérale. Les Québécois ne subissent plus de discrimination systématique en raison de leur langue et la bourgeoisie québécoise s’est largement développée au point d’exporter des capitaux dans les pays dominés. Néanmoins, le droit à l’autodétermination nationale du Québec est toujours combattu par le gouvernement canadien. C’est pourquoi les communistes internationalistes du CoReP au Canada défendent ce droit démocratique et légitime, seul moyen d’assurer l’unité de la classe ouvrière de tout le Canada, sans pour autant appeler à l’indépendance du Québec, parce que ce dernier ne subit plus de domination coloniale. Le nationalisme québécois doit être combattu au même titre que le chauvinisme canadien-anglais, car il vise à faire des bourgeois québécois les exploiteurs exclusifs de « leur » classe ouvrière et sème des illusions envers un mythique Québec indépendant qui serait une « libération » pour le prolétariat québécois francophone. Le cadre géographiquement le plus large est favorable à la lutte de la classe ouvrière mais il ne doit pas être imposé. Notre but est non de multiplier les frontières mais de les supprimer par la révolution prolétarienne.

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Le danger potentiel que recèle le nationalisme québécois est révélé par l’émergence des « identitaires ». Depuis au moins une dizaine d’années un fort courant fascisant s’est développé au sein du nationalisme québécois face à l’immigration musulmane. Ce courant se nourrit de la montée du FN français et des mouvements xénophobes européens qui surfent sur l’islamophobie. L’islam est considéré comme une menace pour les « valeurs et l’identité québécoises », comme si tous les Québécois et Québécoises avaient les mêmes valeurs peu importe leur classe sociale. Ce courant politique est complètement réactionnaire, xénophobe et dangereux. Il a conduit à l’attentat de janvier 2017 contre une mosquée faisant 6 morts et 8 blessés à Québec. C’est un poison pour la classe ouvrière, car il mine la nécessaire solidarité de classe avec les travailleurs et travailleuses immigré-es peu importe leur religion et leur origine ethnique et prépare des violences contre toutes les organisations ouvrières.

En 2013-2014, le PQ nationaliste bourgeois a joué la carte identitaire en voulant adopter une « Charte de la laïcité » dite aussi Charte des valeurs québécoises. Cette dernière voulait bannir les signes religieux de l’espace public, mais spécifiquement sa cible était le voile islamique. Les nationalistes identitaires se sont servis cyniquement et hypocritement des droits des femmes pour justifier la stigmatisation de l’islam perçu comme étant unilatéralement misogyne. Les marxistes internationalistes rejettent résolument cette rhétorique démagogique qui n’a rien à voir avec une quelconque défense des droits des femmes, mais cherche plutôt à diviser, en désignant les musulman-es comme bouc émissaire pour la crise historique du capitalisme. En même temps, nous nous opposons à ceux qui au Canada anglais utilisent ces dérives et dérapages d’une partie des nationalistes québécois pour promouvoir le chauvinisme antiquébécois. Les ouvriers, employés et chômeurs immigrés font partie de la classe ouvrière canadienne, comme la classe ouvrière canadienne fait partie du prolétariat mondial.

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Les partisans du CoReP appellent à la rupture par le mouvement ouvrier de tout lien avec le PQ car aucune section de la bourgeoisie ne mérite le moindre appui de la part des travailleurs et de leurs organisations, y compris celles qui se cachent sous des oripeaux « progressistes ». Au Québec, le mouvement ouvrier est trop souvent enchaîné au Parti Québécois nationaliste bourgeois, par nationalisme bien sûr mais aussi parce que le PQ est perçu comme une sorte de substitut de parti social-démocrate qui aurait « un préjugé favorable envers les travailleurs ». L’absence d’un parti ouvrier de masse explique en grande partie l’impact catastrophique de cette collaboration de classes.

Québec Solidaire qui se présente comme l’alternative de « gauche » au PQ est un parti nationaliste petit-bourgeois. QS reçoit l’appui de certains syndicats locaux comme le Conseil Central de la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN) du Montréal métropolitain, mais les instances nationales des centrales syndicales québécoises sont très réticentes à lui accorder un appui, quand elles ne sont pas carrément hostiles. Elles collaborent souvent avec le PQ et son jumeau sur la scène fédérale canadienne le Bloc Québécois pour promouvoir, sous le drapeau de l’indépendance du Québec, un capitalisme national qui ne changera rien à l’exploitation. Le suivisme des bureaucrates syndicaux québécois envers les nationalistes bourgeois est un piège mortel pour la classe ouvrière et un éteignoir pour la lutte des classes. C’est aussi un obstacle majeur pour l’indépendance de classe du prolétariat québécois qui se retrouve enchaîné à un mythique et mensonger « moindre mal ». En fait, cela revient à dire que les travailleurs-ses québécois doivent se lier plutôt aux patrons québécois plutôt qu’à leurs sœurs et frères du Canada. Le résultat le plus probable d’une séparation serait l’aggravation du sort des travailleurs-ses, la dépendance économique renforcée du Québec et du reste du Canada, le renforcement de l’impérialisme français et de l’impérialisme étasunien.

Le prolétariat québécois en a un avant-goût. Le PQ, lorsqu’il est au pouvoir, ne gouverne pas différemment du Parti Libéral fédéraliste. Les deux partis défendent les mêmes intérêts de classe, ceux de la bourgeoisie, et mettent en oeuvre les mêmes politiques d’austérité, de privatisation et de destruction des acquis sociaux de la classe ouvrière. Son but est de créer un nouvel État capitaliste et impérialiste de langue française en Amérique du Nord. Il n’a strictement rien à voir avec les intérêts de la classe ouvrière. Aujourd’hui le Parti Québécois, dans l’opposition à l’Assemblée Nationale du Québec, tente de se refaire une popularité en dénonçant les politiques de compression budgétaire et de démolition sociale du gouvernement libéral de Philippe Couillard. Il tente de faire oublier son propre passé de défense résolue des intérêts du capital et d’attaques antiouvrières comme la répression de la grève des enseignant-es en 1983 ou celle des infirmières en 1999 ainsi que la suppression de 15 000 postes dans la fonction publique québécoise en 1997.

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Nous avons le devoir de militer dans les syndicats de salariés (CTC/CLC, FTQ…) et étudiants de masse malgré et contre leur direction bureaucratique. Nous pouvons, si nous n’avons pas la force de proposer des candidats communistes internationalistes aux élections, être contraints à appeler à voter pour ceux d’un parti « réformiste » de masse (parlementariste bourgeois). Nous ne refusons pas, par principe, d’intervenir dans un tel parti (contre sa bureaucratie agent de la bourgeoisie, contre son programme bourgeois) ou dans une organisation centriste (contre sa direction inconséquente et capitularde, contre son programme petit-bourgeois).

Mais, quelle que soient les tactiques de sa construction, il n’y a pas de substitut à un parti de type bolchevik. Un parti centriste comme l’USPD en Allemagne en 1918-1919, le POUM en Espagne en 1936-1937 ou le MIR au Chili en 1972-1973 ne peut conduire la révolution à la victoire ; les partis ouvriers bourgeois du type SPD en 1918-1919, PSOE et PCE en 1936-1937, PS et PCCh en 1972-1973 la combattent et l’étranglent. Nous ne soutenons donc pas Québec Solidaire (contrairement à la Gauche Socialiste, à La Riposte, Alternative Socialiste qui soumettent en fait les prolétaires à la petite-bourgeoisie) et nous n’appelons pas non plus à la formation d’un parti « réformiste » de masse (contrairement à LR ou AS car le prolétariat n’a pas besoin d’un autre parti ouvrier bourgeois).

Nous préconisons la création de fractions lutte de classe dans les syndicats, d’organes démocratiques de lutte, d’un parti ouvrier révolutionnaire et internationaliste de masse basé sur les enseignements de Marx, Engels, Luxemburg, Lénine et Trotsky. Ce parti se liera dans la lutte à la classe ouvrière et aux opprimés et sera capable d’allier les revendications démocratiques (dont la République, la séparation de l’État et de la religion, le droit de séparation du Québec, l’armement du peuple, l’accès à l’enseignement dans sa langue dans tout le Canada…) et transitoires (dont la création d’organes populaires de type soviets, le gouvernement ouvrier, l’ouverture des frontières aux travailleurs et aux étudiants, l’autodéfense des manifestations et des piquetages, la réduction du temps de travail et l’emploi pour tous…) afin de préparer ouvertement la révolution prolétarienne.

Notre objectif est, en contribuant à la construction d’une internationale ouvrière révolutionnaire, de rassembler l’avant-garde canadienne dans un parti communiste internationaliste, qui est indispensable au renversement de la bourgeoisie (francophone et anglophone), au démantèlement de l’État bourgeois (fédéral et québécois), à l’établissement du pouvoir des conseils de travailleurs-ses (dictature du prolétariat) et des États-Unis socialistes d’Amérique, à la transition vers le socialisme-communisme mondial.

 

Source: http://www.revolucionpermanente.com/francais/2017/05/18/pour-un-parti-ouvrier-revolutionnaire-et-internationaliste-au-canada/