Démonstration de force de l’armée chinoise autour de Xi Jinping (VIDEO)

 

La Chine s’est livrée le 30 juillet à une démonstration de force avec un défilé militaire géant autour du président Xi Jinping, qui a appelé l’armée à servir le Parti communiste au pouvoir.

Devant la tribune où le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, se tenait debout revêtu d’un costume et d’une casquette en treillis, des centaines de véhicules, de blindés et de missiles, ainsi que des milliers de soldats, ont défilé loin du public dans l’immense base militaire de Zhurihe, en Mongolie intérieure (nord), à environ 500 km au nord-ouest de Pékin.

Les médias étrangers n’ont pas été conviés à couvrir l’événement qui était retransmis par la télévision nationale à l’occasion du 90e anniversaire de la fondation de l’Armée rouge.

Des hélicoptères ont survolé le défilé, formant le chiffre 90 dans le ciel, suivis par des avions de combat.

 

Dans un discours prononcé face aux troupes, Xi Jinping a appelé l’armée à suivre «la direction absolue» du Parti communiste chinois (PCC) et à se tenir prête à «vaincre tout envahisseur» potentiel.

«Le monde n’est pas entièrement en paix et la paix doit être sauvegardée», a-t-il déclaré. «Plus qu’à aucun autre moment dans l’histoire, nous devons bâtir une armée du peuple puissante», a-t-il ajouté.

A l’approche du XIXe congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui doit lui conférer à l’automne un nouveau mandat de cinq ans à la tête du pays, le chef de l’Etat avait auparavant passé en revue les troupes sous un ciel clair au milieu de la steppe mongole.

 

Xi Jinping a lancé à plusieurs reprises aux soldats : «Camarades, vous avez travaillé dur!» «Nous sommes au service du peuple!», lui ont-ils répondu.

La Chine dispose de la première armée du monde en termes d’effectifs, avec 2 millions d’hommes sous les drapeaux.

En termes de budget, elle est la deuxième du monde, loin derrière celle des Etats-Unis, avec une enveloppe de 143 milliards d’euros prévue pour 2017, en hausse de 7% par rapport à l’an dernier. Pékin a mis à flot en avril un deuxième porte-avions et a ouvert sa première base militaire à l’étranger, à Djibouti.

Lire aussi : Après son «epic fail» photoshop, l’armée chinoise obligée de présenter des excuses publiques

Le défilé du 30 juillet commémorait la fondation de l’armée communiste chinoise en 1927 lors d’un premier engagement face aux troupes du gouvernement nationaliste au début de la guerre civile qui s’achèvera par l’arrivée au pouvoir du PCC en 1949.

L’armée chinoise, connue aujourd’hui sous le vocable «d’Armée populaire de libération» (APL), célèbre normalement son anniversaire chaque année le 1er août.

Les dirigeants chinois successifs ont traditionnellement présidé à d’imposants défilés militaires à diverses occasions, mais ceux-ci se déroulaient habituellement à Pékin.

Source: https://francais.rt.com/international/41515-demonstration-force-armee-chinoise-xi-jinnping

Pour un renouveau de la lutte de classe et du mouvement ouvrier révolutionnaire

Aux mêmes maux les mêmes remèdes… ?

A quoi bon, s’ils se sont révélés totalement inefficaces… !??

Après la « réforme » des retraites, après la loi El-Khomri, c’est bien une nouvelle vague de reculs sociaux qui s’annonce…

Dans les deux cas précédents, le réformisme a fait la démonstration qu’il était désormais une impasse totale…
La voie « nouvelle » empruntée actuellement par le « front social » est exactement la même, voire en plus réformiste, si possible.

« marqué à gauche » ?? On ne voit pas en quoi…

L’an dernier, un embryon de contestation ;
« Loi El Khomri, précarité à vie, cette société là, on n’en veut pas ! » a vite été chloroformé par l’étouffoir des « nuits debout », et le « front social » est l’héritier de cette mascarade.

Les suicides des militants syndicalistes les plus dévoués sont aussi le symbole du suicide que le réformisme impose au mouvement ouvrier.

Sans perspective politique prolétarienne d’alternative au capitalisme le syndicalisme de lutte de classe n’a aucun sens et mène effectivement au suicide, individuel et collectif.

Relancer l’agitation syndicale sans avoir tiré les leçons de ces deux échecs, c’est simplement renouer avec le même type d’échec.

La priorité est donc dans la réflexion politique, dans la relance de l’agitation politique, et autour d’un nouveau mouvement politique prolétarien, l’action syndicale et la lutte sociale reprendront un sens vital, une dynamique qui cessera de mener au suicide.

Luniterre

Source:  https://nousnesommesriensoyonstout.wordpress.com/2017/07/25/manifeste-du-collectif-marxiste-leniniste-octobre/

Du Brésil au Venezuela, les mouvements paysans disent « basta ! » à la droite putschiste

Thierry DERONNE

C’est au cri de « que les corrompus nous rendent nos terres ! » que des centaines de militant(e)s du Mouvement des Sans Terre ont occupé ce 25 juillet du nord au sud du Brésil de grandes propriétés appartenant à des ministres, des sénateurs, et directement ou à travers des prête-noms, au président de facto Michel Temer. A Rio de Janeiro les travailleurs sans terre ont occupé l’immense hacienda improductive de Ricardo Texeira, ex-président de la puissante fédération brésilienne de football, impliqué comme Temer dans de nombreuses affaires de corruption. L’hacienda Santa Rosa, nous explique Joaquin Pineiro, des Sans Terre, sert de plate-forme au blanchissement de capitaux, et « toutes ces terres de corrompus doivent être rendues à la reforme agraire ». La justice brésilienne a ordonné l’expulsion immédiate, ce 25 juillet, des occupants qui ont décidé de maintenir leur campement.

Temer – un ultra-libéral qui s’accroche au pouvoir depuis le coup d’État mené par la droite parlementaire contre la présidente élue Dilma Roussef – est en train de vendre aux multinationales les terres de l’Amazonie appartenant aux communautés indigènes et aux quilombolas (communautés afro-descendantes). Dans le reste du Brésil, il met aux enchères les terres destinées à la réforme agraire (manière d’acheter le vote des secteurs de l’agrobusiness au sein du congrès et de freiner sa possible destitution pour corruption). Allié privilégié des multinationales, le président de facto multiplie la répression contre les militants sociaux. Les travailleurs sans terre dénoncent l’impunité qui entoure les assassinats et autres exactions, réclament la démission du putschiste, la tenue immédiate d’élections libres et la reprise de la réforme agraire.

Au Venezuela, les amis de Temer rêvent, impatients, de mener la même politique sauvage de privatisation de l’économie, de restitution des terres aux grands propriétaires et de répression des mouvements sociaux. Leur violence raciste et de classe (que les médias internationaux déguisent en « révolte populaire » comme ils l’ont fait pour les mobilisations de la droite contre Dilma Roussef) n’est que la répétition générale de ce qu’ils feraient une fois au pouvoir. Depuis le coup d’État contre le président Chavez en 2002 jusqu’à aujourd’hui, en passant par les 43 morts des « guarimbas » de 2014, cette droite est responsable de la violence et de la majorité des morts. Des mouvements paysans ont répondu en occupant des terres improductives appartenant à ces partisans du coup d’État.

La grande différence avec le Brésil est qu’ici, le gouvernement bolivarien, malgré ses inerties conservatrices, résiste aux violences de la droite et continue à donner des réponses positives aux revendications des paysan(ne)s : ce lundi ; après des années de luttes amères, d’expulsions à l’aube, l’Institut National des Terres leur a enfin remis 5.000 hectares du grand domaine Las Mercedes (État de Barinas) et leur a octroyé le titre de propriété. Comme l’explique le journaliste Marco Teruggi : « Il faut poursuivre le mouvement avec d’autres récupérations stratégiques comme les grandes propriétés de Cajarito El Diamante, La Primavera, El Otoño, celles du Sud du Lac de Maracaibo, une longue liste de terres encore aux mains de ceux qui, historiquement, ont vécu de la pauvreté des paysans et financent aujourd’hui les violences de l’extrême droite putschiste. Manière de donner un double signal : en direction des grands propriétaires pour les décourager de continuer à financer la déstabilisation, et en direction des mouvements sociaux, pour montrer qu’on peut renforcer une dynamique positive depuis l’État en faveur de ceux qui veulent semer la terre. » (1)

Thierry Deronne, Venezuela, 26 juillet 2017

Note

(1) Lire, de Marco Teruggi : Campesinos rescatan 5 mil hectáreas de un terrateniente financista de la violencia, http://www.hastaelnocau.wordpress.com/2017/07/25/campesinos-rescatan-5…

»» https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/07/26/du-bresil-au-venezuel

Élection de l’Assemblée constituante le 30 juillet au Venezuela: Appuyons la Révolution bolivarienne! Bas les pattes du Venezuela!

Grand rassemblement en appui à l’Assemblée constituante à Caracas le 27 juillet 2017

Le dimanche 30 juillet, les Vénézuéliens éliront une Assemblée nationale constituante. Près de 20 millions d’électeurs feront leurs choix parmi les 6120 candidats représentants différents secteurs de la société et différents territoires du pays pour les représenter. L’objectif est de consolider le processus politique bolivarien pour résoudre les problèmes du pays par les moyens pacifiques et mettre fin aux violences incitées de l’étranger et à l’ingérence étrangère dans les affaires du Venezuela.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro au rassemblement du 27 juillet 2017 à Caracas

Le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) réitère son appui au peuple du Venezuela et à son gouvernement qui cherchent à résoudre les problèmes par le dialogue et en défendant le droit du Venezuela d’établir une Assemblée constituante en tant que principe de l’autodétermination. Le PCC(M-L) appelle les Canadiens et leurs organisations à manifester leur appui au peuple vénézuélien en ce moment crucial et à s’opposer à l’escalade de l’agression extérieure qui devient de plus en plus meurtrière. Le PCC(M-L) condamne spécifiquement la position sans principe du gouvernement du Canada qui, au nom de grands idéaux de démocratie, répand la désinformation au sujet de ce qui se passe au Venezuela et participe à l’effort pour déstabiliser et renverser le gouvernement.

La complicité du Canada dans cette ingérence encourage l’intervention étrangère et les menaces incessantes de Washington et de plusieurs pays d’Europe, dont l’Espagne et l’Italie. La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a émis deux déclarations, une première le 16 juillet et l’autre le 26 juillet. Elle fait l’éloge du « vote non officiel national sur l’intention du gouvernement de réécrire la constitution et l’avenir politique du pays », vote qu’elle qualifie de grande réussite bien que tous les faits montrent le contraire. Elle prétend que le vote non officiel est respectueux de la constitution tandis que l’élection d’une constituante ne l’est pas. Dans son communiqué du 26 juillet elle affirme que « le processus en vue d’instituer l’assemblée constituante est contraire à la Constitution du Venezuela et vise à usurper les droits démocratiques des Vénézuéliens ». C’est tout simplement faux. « Ce projet d’assemblée constituante ne respecte pas les principes de la démocratie et n’est pas non plus représentatif du peuple vénézuélien », poursuit-elle. « Nous demandons instamment au gouvernement vénézuélien de renoncer à son projet d’assemblée nationale constituante et de prendre des mesures concrètes, de concert avec l’opposition, pour rétablir l’ordre démocratique », dit-elle. Elle reprend ainsi la demande du gouvernement des États-Unis. En plus des menaces lancées par la CIA (voir l’article ci-dessous), le 17 juillet le président étasunien Donald Trump a encore une fois menacé d’entreprendre « une action forte et rapide » contre le Venezuela si l’élection de la Constituante a lieu.

Piquetage à Toronto en appui au peuple vénézuélien le 25 juillet 2017

Le Canada est également complice des tentatives répétées de l’Organisation des États américains (OÉA) de faire adopter une résolution condamnant le Venezuela et autorisant l’intervention extérieure. La majorité des gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes rejettent les pressions de l’OÉA et soutiennent le droit du Venezuela à l’autodétermination. L’Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique (ALBA) a émis un communiqué dénonçant les menaces d’intervention proférées par Donald Trump. Elle qualifie la menace de sanctions additionnelles de coercition et de geste unilatéral et rappelle que c’est une atteinte au droit international et à la souveraineté et à l’indépendance de la République bolivarienne du Venezuela.

Les pays membres de l’ALBA considèrent que l’annonce de sanctions économiques contre le peuple vénézuélien constitue une application interventionniste inacceptable de lois étasuniennes, que cela ne contribue en aucune façon à la résolution de la situation de ce pays d’Amérique du Sud et qu’en fait cela entrave le progrès dans les conditions données.

Les pays de l’ALBA rejettent également l’ingérence des pays qui refusent de respecter le système juridique du Venezuela et le gouvernement constitutionnel et légitime du président Nicolas Maduro et qui mettent à risque le statut de l’Amérique latine et des Caraïbes comme zone de paix telle qu’établie par le Sommet de la communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC) en 2014.

Cette fin de semaine précédant l’élection de l’assemblée constituante, des actions sont organisées dans plusieurs villes canadiennes pour exprimer l’appui des Canadiens au peuple et au gouvernement du Venezuela. Cela comprend une campagne sur Twitter vendredi le 28 juillet avec les mots-dièses #VenezuelaCorazonDeAmerica et #VamosConLaConstituyente.

Tous en appui au peuple vénézuélien, à son président Nicolas Maduro
et à l’élection d’une assemblée constituante !
Bas les pattes du Venezuela !

Source: http://cpcml.ca/francais/Lmlq2017/Q47033.HTM#1

1917-2017 Les travailleurs doivent-ils fêter le centenaire de la Révolution d’Octobre ?

 

Même si l’URSS n’a été officiellement créée qu’en 1922, la Révolution d’Octobre en est incontestablement l’acte fondateur. Lors de sa dissolution, en 1991, elle était encore potentiellement la seconde puissance mondiale.

Son effondrement devait être la «  fin de l’histoire  », la «  libération  des peuples de l’Est  », le «  développement économique par le capitalisme  », etc…

Aujourd’hui, plus d’un quart de siècle après cette «  libération  », plus de 55% des Russes, même selon les instituts de sondage US, s’affirment nostalgiques de l’URSS, et LÉNINE et STALINE y sont considérés parmi les chefs d’Etat russes les plus populaires.

Pourtant, le retour au pouvoir d’un parti communiste, même s’il en reste d’influents, n’y semble pas imminent…

Gorbatchev, liquidateur de l’URSS en 1991, avait déjà depuis des années livré officiellement l’économie de son pays aux bandes maffieuses constituées par les gangs tout droit sortis des anciens goulags. C’était ce qu’il prétendait être la «  perestroïka  »(reconstruction)  !! Parachevant cette ruine économique tragique et entraînant un appauvrissement généralisé de la population, sous l’ère Eltsine, ces gangs de futurs «  oligarques  » se sont affrontés de manière sanglante pendant des années, jusqu’à ce que le clan Poutine, issu du KGB, prenne le dessus et impose son ordre, toujours en place, depuis 1999. Aujourd’hui, la Russie reste un état capitaliste «  émergent  », capable de défendre militairement son indépendance, mais d’une puissance financière à peu près équivalente à celle de l’Espagne, infiniment plus petite…

Aujourd’hui la Russie Soviétique qui suscite la nostalgie n’est donc pas celle, dégénérée, de Gorbatchev, déjà ravagée depuis longtemps par le capitalisme, mais bien celle qui est sortie de terre à l’issue de la Grande Révolution d’Octobre, il y a cent ans.

Celle qui a émergé du néant, saignée à blanc par la 1ère guerre mondiale, puis par la guerre «  civile  », guerre soutenue en fait par toutes les puissances impérialistes occidentales, dont la France.

Celle qui dès 1917, organisait le pouvoir réel des ouvriers et paysans sur la société, alors que chez nous « démocratie » rime encore avec ploutocratie, oligarchie et surtout duperie! Celle qui, en 20 ans, est devenue, à partir d’un pays totalement ruiné, une puissance économique industrielle capable de résister à l’Allemagne Nazie, puissance dominante en Europe, et de la vaincre!

Une nouvelle fois ruinée par cet effort immense, l’URSS se releva à nouveau en quelques années, sans déchoir de son rang de deuxième puissance mondiale.

Avec la prétendue « libéralisation économique », véritable rétablissement du capitalisme, entrepris par Khrouchtchev, s’ouvrira une ère de stagnation économique et de recul social, parachevée sous l’ère Gorbatchev.

Néanmoins, de nombreux acquis sociaux de la première période y ont perduré suffisamment pour que l’on puisse comprendre à la fois la nostalgie actuelle et la méfiance à l’égard des divers «  communistes  », héritiers de l’ère Gorbatchev, même s’ils font mine de s’en défendre et n’hésitent pas à se référer formellement à Lénine et Staline pour tenter de capter une part de leur prestige historique.

Les véritables communistes sont parfaitement conscients des légendes noires, mensonges et calomnies déversées par la bourgeoisie pendant des dizaines d’années sur leur propre histoire. Ils ne se contentent pas de proclamations nostalgiques mais tirent les leçons utiles de l’histoire de l’édification de l’Union Soviétique, qui a rayonné un temps sur le tiers de la planète.

Leur but n’est pas de la reconstituer en l’état, mais de construire un nouveau projet d’alternative prolétarienne, à la fois digne du Grand Octobre et capable de répondre, en 2017, au chaos de la crise du capitalisme ainsi qu’à sa mascarade de démocratie !

« NOUS NE SOMMES RIEN ? SOYONS TOUT ! » – Eugène POTTIER – « L’Internationale »

Source : https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/07/23/1917-2017-octobre-arrive-que-faire-du-centenaire-un-premier-element-de-reponse/

1917-2017 : Octobre arrive !!! Que faire du centenaire ? Un premier élément de réponse…

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Quelle fut la véritable portée historique d’Octobre, de la Révolution Bolchévique, sinon la naissance de l’URSS, cinq ans plus tard, en fait, mais devenant rapidement le pivot historique, la pierre d’angle du XXème siècle… ?

C’était déjà le constat d’une première approche de la question :
Que faire d’Octobre ? La question du centenaire de la Révolution Bolchévique
https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/06/24/que-faire-doctobre-la-question-du-centenaire-de-la-revolution-bolchevique/

Célébrer Octobre, c’est donc célébrer 70 ans d’URSS… 70 ans qui ont profondément marqué le monde, celui du XXème siècle,et le nôtre aussi, en réalité…
Dans ses écoles, dans ses livres d’histoire, l’Occident ne raconte guère les 70 ans de cette pierre angulaire que comme une sorte de bloc monolithique, et quasiment sous la forme exclusive d’une légende noire, à laquelle l’Occident « libérateur » aurait mis fin, sauvant la veuve et l’orphelin du maléfice bolchévique-stalinien!

100 ans après, qu’y aurait-il donc à commémorer, célébrer, fêter ? La naissance de la première et de la plus grande nation socialiste peut-elle être saluée et honorée par ceux qu’elle a eu mission de libérer, les travailleurs ?
Vu de France, vu d’Occident, la question paraît devoir entraîner une réponse négative, selon l’historiographie officielle, les médias officiels, les syndicats et partis politiques officiels, etc…

Néanmoins, dans la France de M. Macron, qui profite encore de l’été pour réduire pratiquement à néant le droit social, le travailleur syndicaliste, militant politique, ou tout simplement un tant soit peu conscient de ce qui l’attend à la rentrée peut s’interroger…

Quelle image les russes ont-ils eux-même gardé de leur passé socialiste ? Octobre arrive…!! Ce centenaire a-t-il un sens pour nos luttes politiques et sociales ?

Le débat a surgi, vif et acerbe, entre quelques militants marxistes-léninistes… Faut-il opposer à la « légende noire » une « légende rouge », en réalité « repeinte en rose », pour en gommer les aspérités dérangeantes, ou bien suffit-il simplement, pour ouvrir le débat de fond, de parler de la réalité des faits et de la perception que le peuple russe en a lui-même ?

C’est cette dernière option, la réalité historique sans fard, avec sa grandeur et ses faiblesses, qu’ont choisi une poignée de militants marxistes-léninistes, désormais regroupés dans le Collectif Marxiste-Léniniste OCTOBRE !

Voici leur première publication, leur manifeste, en quelque sorte, qui est, pour l’essentiel, un appel au débat sur ces questions de fond :
__Quelles leçons tirer de l’histoire d’Octobre et de l’histoire de l’URSS ?
__Quelles perspectives d’alternative politique et sociale ouvrir dans la France du XXIème siècle ?

Leur but est que ce message circule et soit diffusé, le plus directement possible, dans les quartiers ouvriers et populaires, là où sont les véritables héritiers d’Octobre, ceux qui ont quelques enseignements réellement utiles à tirer de l’histoire.
C’est pourquoi il a été pensé sous la forme d’un tract recto-verso, avec, d’un côté, une approche résumée de la portée historique d’Octobre, et de l’autre, les points fondamentaux à débattre pour une alternative aujourd’hui !

Source:https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/06/24/que-faire-doctobre-la-question-du-centenaire-de-la-revolution-bolchevique/

France : L’oligarchie industrielle et financière a choisit un gouvernement d’extrême droite !

Nous partageons, avec nos lecteurTRICEs, cette analyse de référence de nos collègues-camarades du PCRF, membre du mouvement de la Reconstruction communiste, simplement pour votre information. 

Une nouvelle étape de la domination politique du capital monopoliste (Extrait du rapport du secrétaire général du PCRF au Comité central du 26 juin 2017)

(…) La crise politique est la manifestation, au niveau de la superstructure, de la crise générale du mode de production capitaliste sur fond de crise économique de long terme, marquée par la tendance à la surproduction et les difficultés de l’accumulation ; et le fait que les phases aiguës sont de plus en plus rapprochées et surtout qu’il n’y a pas de « période de rémission » : la reprise, annoncée tous les trois quatre matins, n’est pas au rendez-vous.

La croissance est atone, et pour ne prendre qu’un exemple, les différents gouvernements bourgeois, qui truquent le nombre de chômeurs en permanence, en sont, dans des pays où le chômage touche des millions de personnes, à se congratuler quand il y a quelques milliers de chômeurs en moins !

(…) Tout indique que nous entrons dans un cadre politique nouveau. Il y aura un avant et un après l’élection d’Emmanuel Macron.

Ce cadre politique nouveau, les conditions dans lesquelles il se construit, doit être analysé avec soin, car s’il est le produit de la lutte des classes, il va bien évidemment en retour impacter la lutte des classes. Dans un contexte marqué par l’absence d’un parti communiste capable de conduire la classe ouvrière pour se défendre, pour préparer une contre-offensive préparant les conditions pour l’affrontement révolutionnaire.

Cinq années de gouvernement socialiste sous la houlette de Hollande ont approfondi le mécontentement profond

des masses populaires, de la classe ouvrière et au-delà, des couches moyennes et de la petite bourgeoisie. Ce

mécontentement remonte à l’époque mitterrandienne et les espoirs déçus que son élection et la participation du

PCF au gouvernement avaient nourris. On peut dire qu’en 2002, la crise politique éclate au grand jour, et qu’à partir

de ce moment-là, on assiste à la montée de l’abstention et du vote blanc (on ne distinguera pas les nuls),

parallèlement au recul permanent du PCF, dont la politique de trahison de classe de ses dirigeants est perçue par

les masses. C’est l’époque des grandes attaques contre la classe ouvrière et les conquêtes sociales, qui provoquent

des mouvements de riposte massifs, mais qui ne trouvent pas de débouchés, de par l’attitude de la direction de la

CGT qui s’aligne sur la CFDT.

De 2002 à 2012, le parti représentant la bourgeoisie est aux commandes, mais il est

obligé de tenir compte du mécontentement et ne va pas jusqu’au bout des contre-réformes réclamées par la

bourgeoisie, tandis que dans les départements et les régions, le PS domine, en appliquant une politique qui cadre

tout à fait avec celle du gouvernement. Se répand l’idée qu’en fait, c’est Bruxelles qui décide et non la bourgeoisie

française qui s’appuie sur Bruxelles pour faire passer sa politique, et qu’en politique, il n’y a pas de changement

possible, si ce n’est à la marge sur des problèmes sociétaux, où droite et gauche, ce n’est pas important. Ce qui ne

veut pas dire que pour nous, ces notions sont absolues et qu’elles ont un contenu fondamental !

Toujours est-il que le référendum de 2005 sur l’UE va traduire ce mécontentement. On a un taux de participation active très

haut et le non l’emporte largement. Mais le Traité de Lisbonne, en annulant purement et simplement le vote populaire, va

renforcer la méfiance pour les partis politiques en place. L’élection de Hollande en 2012 s’est faite dans l’ambiguïté : d’un côté

un rejet de Sarkozy, et de l’autre une méfiance vis-à-vis du PS sans illusions. Notons que les directions réformistes de la CGT

et du PCF vont, quant à elles, tenir un discours capitulard : elles vont cultiver l’idéeque Hollande n’applique pas son

programme, qu’il reculerait. C’est tout bonnement faux. Derrière les mots, le programme de Hollande était clair, c’est celui

qu’il a appliqué. Les élections intermédiaires ont montré la

désaffection de l’électorat et en particulier des travailleurs, des chômeurs, de la jeunesse. La politique mise en

place a accentué le mécontentement sans que cela débouche sur des mouvements d’ensemble par manque de

direction, la CGT rentrant dans une grave crise de direction (en réalité d’orientation).

De graves réformes ont été

adoptées avec le soutien de la CFDT : ANI, lois Macron 1 & 2, mise en place de l’état d’urgence reconduit et

aggravé, loi sur le renseignement, mais aussi réforme des collèges et des rythmes scolaires, attaques contre la

fonction publique… Quand est venue la loi El Khomri contre le Droit du Travail, la coupe était pleine et la colère

s’est exprimée : le Congrès de la CGT, sans rien changer sur le fond (il faut en avoir conscience), a cependant été

marqué par une volonté de renouveau du syndicalisme de classe dans les sections d’entreprises et les

organisations. L’alliance avec la CFDT a été conspuée. Dans les conditions de l’état d’urgence et des provocations

policières, d’une direction confédérale divisée et peu encline à prendre en main la mobilisation d’un mouvement

puissant et conquérant, la lutte contre la loi El Khomri a marqué la vie politique et renforcé l’expression du

syndicalisme de classe dans la CGT.

Des organisations de la CGT demandent aujourd’hui le retrait de la CES, le

retour à la FSM. Mais en même temps, la direction de la CGT n’a pas été en capacité, de par son orientation, de

reprendre la lutte en septembre et d’organiser les travailleurs. Cette situation continue, les directions réformistes

mènent le jeu, et la bataille va être difficile en l’absence d’un Parti Communiste d’avant-garde de la classe ouvrière.

Mais en même temps, le cadre politique dans lequel les forces sociales en présence qui s’affrontent s’organisent,

ne les représentait plus : la recomposition politique était à l’ordre du jour et sous le contrôle complet de la

bourgeoisie dans l’ensemble. Du côté des forces populaires, le PCF, tiraillé entre l’expression de la colère et sa

volonté de s’accrocher au PS pour conserver quelques sièges, s’est vite retrouvé hors jeu, et c’est Mélenchon qui

s’est imposé dans la recomposition, avec la volonté d’en finir avec un PCF largement exsangue de militants, qui ne

représente plus la classe ouvrière.

Si l’on se rappelle, avant notre rupture avec les camarades du PR-C, nous avions mis en garde contre le fait de

croire que les élections étaient réglées, et souligné que Macron avait tous les atouts pour être le candidat de la

bourgeoisie, justement dans le cadre de la recomposition.

Les élections « primaires » à droite ont laissé voir de profondes divisions, mais la surprise fut la victoire de Fillon,

quand la bourgeoisie dans son ensemble préférait Juppé. En fait, l’électorat de droite lui aussi avait besoin de s’y

retrouver et le programme économique et social de Fillon de ce point de vue le satisfaisait. Mais il avait une

faiblesse : la destruction de la Sécurité sociale, si elle emportait le soutien de la bourgeoisie des Assurances (AXA),

ne ralliait pas la bourgeoisie de l’industrie pharmaceutique et du matériel médical, pour laquelle la Sécu est une

source de financement public extraordinaire. Derrière, il y avait aussi un problème de choix d’orientation qui nous

ramène à ce que nous avons dit sur le contexte international et les divisions dans les forces bourgeoises : en gros,

Fillon incarnait une politique plus prudente vis-à-vis de l’UE, fondée sur le statu quo au plan institutionnel, une

pause dans l’élargissement, une plus grande autonomie vis-à-vis de la Commission. Sur la Russie, il avait évoqué la

levée des sanctions, la nécessité du dialogue, et sur la Syrie, il avait des positions moins bellicistes. Sur le Proche-

Orient, d’autre part, il penchait visiblement pour l’Arabie Saoudite. Sur les États-Unis, il ne cachait pas ses

sympathies pour Trump. Par contre, Juppé sur ces questions était dans la continuité avec Hollande, sur l’UE comme

sur la Syrie et la Russie, ou sur les excellentes relations avec la Qatar. Et sur les questions sociales, Juppé s’inscrivait

aussi dans une certaine continuité : s’attaquer à la classe ouvrière, oui, mais prendre son temps, tenir compte du

mécontentement. Au moment de Noël, Fillon apparaît comme le futur Président, d’autant qu’il a rallié les autres

courants anti-Juppé.

Mais visiblement la bourgeoisie avait fait un autre choix : celui de la recomposition pour une politique violemment

anti-ouvrière et anti-populaire (de ce point de vue, c’est le programme de Fillon légèrement remanié), s’inscrivant

pleinement dans les choix pro-UE de la majorité de la bourgeoise française, capable « de rattraper le retard de la

France » sur les réformes qui ont déjà eu lieu dans les pays du nord de l’Europe et en Grande Bretagne, mais aussi

en Grèce, en Espagne et en Italie. Une politique agressive au plan militaire face à la Russie, critique face à Trump, et

la poursuite de la guerre en Syrie et en Afrique. C’était Macron ! Les scandales ont sûrement joué leur rôle, mais

tout autant pour justifier la recomposition, le changement de méthode, etc.

Par contre, et vous lirez dans IC

l’article sur le financement de la campagne Macron, si vous n’avez pas lu Mediapart, tout était prêt avant le départ

de Macron de Bercy pour lancer sa campagne en particulier financièrement, tandis que les neufs milliardaires qui

contrôlent 95% des médias apportaient leur soutien à Macron. Et ça a été plus efficace que tout le reste !

Pour

revenir aux scandales, ils ont aussi permis d’éviter que viennent dans le débat les grandes questions politiques et

que soit posée la question des responsabilités de la montée de la misère, du chômage, de la crise : à en croire la

campagne électorale et une partie de la presse, cette responsabilité revenait à des politiciens corrompus amateurs

de costumes à 13 000€, finançant sa famille par l’intermédiaire de détournement de l’argent public, ou à des

emplois fictifs sur les financements de l’UE aux députés européens ! Certes les scandales Fillon, au regard même de

son programme, de certaines prises de positions prétendument « morales », mettent en lumière la réalité des

hommes politiques de la bourgeoisie, et de ce que le capitalisme génère : la corruption et la putréfaction des

hommes qui le servent. Mais encore faut-il dénoncer le capitalisme et demander son renversement ! En fait, cette

campagne (et celle contre Bayrou par la suite) n’avait comme finalité qu’une chose : préparer la recomposition en

mettant en avant que le changement voulu et souhaité se réduisait à des changements d’individus, plus jeunes,

plus féminins, sans cumul, etc. Et avec le capitalisme, sans régulation, sans le Droit du travail et avec l’état

d’urgence et les lois liberticides, et la politique d’interventions militaires, bien sûr ! Bref, Macron et son

mouvement !

Dans cette période, ce qui est significatif de la volonté de la bourgeoisie de « faire du neuf » pour renforcer la

position du capitalisme français, c’est l’implosion du PS. Il s’est vidé de ses cadres qui ont rejoint Macron en masse,

c’est-à-dire la réaction, nous allons y revenir.

Un mot sur Mélenchon, car quelques camarades nous ont demandé pourquoi ne pas l’avoir soutenu, et donc

pourquoi le combattre. Dans la brochure que nous avons faite, nous expliquons pourquoi c’est un candidat du

réformisme. Notre objectif politique n’est pas et ne saurait être de favoriser une opération qui mettrait la classe

ouvrière à la remorque de la petite bourgeoisie. L’objectif de Mélenchon, c’est de reconstruire un PS « à gauche »

et pas autre chose. Nous devons combattre la construction d’un Syrisa à la française, car s’il parvient au pouvoir, il

fera la même politique que Tsipras, la crise (et ce n’est pas sûr) en moins.

Notre but, ce n’est pas d’accompagner les

masses, mais c’est d’en être l’avant-garde. C’est le chemin inverse si l’on s’inscrit dans le moindre mal, dans le

prétendu pas en avant. Par contre, nous avons dit qu’il fallait aller à la rencontre des électeurs de la FI et leur

expliquer notre position. Là où nous l’avons fait, nous avons été écoutés avec attention, mais nous ne l’avons pas

fait assez. Mais il faut être attentif à ce qui se passe. La nature a horreur du vide. Le Parti Communiste que nous

voulons n’est pas reconstruit. Le succès de Mélenchon, qu’il n’a pas été capable d’apprécier le soir du premier tour,

montre que pourrait se reconstituer une force réformiste sous un masque radical : c’est un phénomène

international et qui doit être vu dialectiquement. L’absence d’un parti révolutionnaire et les effets de la contre-révolution

laissent le champ au réformisme sous une forme moderne, mais en même temps, cela montre que dans

les masses, il existe un potentiel de colère et de révolte que le mouvement communiste doit capter pour ne pas le

laisser s’épuiser dans la gestion « humaine » du capitalisme.

Par rapport à il y a vingt ans, il y a quelque chose qui

bouge : la confirmation de Corbyn chez les Travaillistes, avec un discours « gauche », populaire, alors que tous les

observateurs nous assuraient de la victoire du blayrisme, les résultats de Sanders aux USA, et de la campagne

« Occupons Wall Street », montrent que le réformisme, comme avec Mélenchon, doit prendre un langage radical,

contestataire pour pouvoir, ne nous leurrons pas, tromper les masses. C’est ce qu’ont fait aussi PODEMOS et

Syriza, ce dernier ayant fait la démonstration pratique où cela menait. Que l’on ne compte pas sur nous pour

participer à l’aventure !

Un élément de réflexion. Nous avons dit que la bourgeoisie s’était affrontée sur l’UE, les relations avec la Russie.

Celle qui l’a emporté, c’est la fraction pro-union européenne fédéraliste, ultra libre-échangiste, belliciste à tout va.

Mais au premier tour, force est de constater que les candidats qui expriment leur hostilité à la politique de l’UE, –

et on peut penser que leur électorat est plus radical (c’est vrai pour Mélenchon) -, font 47,79 % contre 50,36 %

(36,15 % des inscrits contre 38,17 %) des suffrages exprimés, auxquels il faut rajouter une partie des

abstentionnistes et une partie de l’électorat Fillon. Alors certes ils ont des motivations différentes, mais en cas de

problèmes graves, de contradictions aiguës éclatant entre la bourgeoisie française et ses rivales, il existe une

solution de rechange possible « anti-UE » dans le cadre du capitalisme, y compris avec Mélenchon. Il faut s’y

préparer.

Venons en maintenant au FN et à Marine Le Pen. Son résultat est inquiétant et en même temps, il faut relativiser :

21,3 % des votants mais 16,14 % des inscrits, au premier tour des Présidentielles. C’est inquiétant, parce que le FN

distille à longueur de temps la xénophobie, le racisme, et que les forces politiques de la bourgeoisie, y compris le

PS (cela ne concerne pas la France Insoumise, mais dans quelques cas, certains élus du PCF), les intègrent sous une

forme ou sous une autre, plus atténuée, plus civilisée, mais pas toujours ! C’est aussi vrai pour les questions

sécuritaires (y compris en lien avec le racisme) : au fur et à mesure que se prolongeait l’état d’urgence, le

gouvernement sous Hollande cédait devant la propagande du FN, en faisant adopter des mesures liberticides et en

légiférant dans la même perspective lors de la loi sur le renseignement ou sur les pouvoirs de la police par

exemple.

Et au-delà de la dernière période, on voit bien comment le FN a pu contribuer à faire renforcer les polices

municipales, à mettre des caméras à tous les coins de rue, etc. Quand on nous parle avec un tremolo dans la voix

du danger de l’extrême-droite, il faut avoir cela en tête et le rappeler. D’autre part, il faut prendre en compte

qu’une partie de l’électorat de droite, et de celui de Dupont-Aignan qui avait appelé à voter pour elle, n’a pas hésité

à voter pour elle au deuxième tour, pour les raisons que nous venons d’évoquer. Cela dit, la progression en voix de

Marine Le Pen, par rapport à son père (particulièrement marqué par son passé politique avec les groupes

néofascistes et l’OAS, et ses sorties antisémites) et à Mégret en 2002, est d’un peu plus de 2 millions de voix, ce qui

ne représente qu’une progression de 5% des inscrits au premier tour. Et surtout, aux Législatives, le FN ne capitalise

pas le résultat du deuxième tour des Présidentielles.

Certes il gagne 6 députés, mais cela est dû au caractère

antidémocratique du scrutin (qui lui donne une sous-représentation). Dans les Hauts de France, où le FN obtient 5

sièges, seuls deux dépassent 20% des inscrits, et partout avec des taux d’abstention et de votes blancs et nuls

dépassant les 60% confirmant là encore que l’électorat populaire n’est pas allé voter. Et ceux qui ont voté Le Pen

semblent bien venir de l’électorat socialiste, ce qu’indiquent les réactions à l’usine Kenwood dans la Somme où les

membres de la CFDT expliquaient aux journalistes qu’ils voteraient Marine le Pen ! C’est le résultat des désillusions

apportées par la politique social-démocrate sur les secteurs les plus réformistes de la classe ouvrière, les moins

conscients et sur le lumpen prolétariat des régions déclassées par la politique du Capital, avec l’accompagnement

actif de la social-démocratie : quand le Capital fermait les mines dans le Nord /Pas de Calais, la région dirigée par le

PS ouvrait des musées de la mine et des parcs d’attraction pour créer des emplois !

L’absence d’un parti

communiste, indépendant de la classe dominante et de ses appareils politiques, ouvre la voix à la démagogie

populiste, au « sens commun », au « bon sens », qui ne sont que l’expression de l’idéologie dominante !

Le fascisme, c’est la dictature ouverte, terroriste, de

l’oligarchie financière, du capital monopoliste, une dictature sanglante, une politique de gangsters. C’est le recours

à la terreur contre le mouvement ouvrier dans son ensemble, terreur criminelle, mais aussi contre tous ceux qui

s’opposent. C’est une politique de préparation à la guerre marquée par la volonté de refouler toute expression de

la lutte des classes et par la glorification d’un nationalisme exacerbé contre les peuples. Le fascisme, c’est la remise

en cause des formes institutionnelles traditionnelles de la dictature bourgeoise (ce que les idéologues bourgeois

appellent l’État de droit) pour faire place à un État d’exception permanent, sans contraintes juridiques, où la

bourgeoisie viole sa propre légalité. C’est la militarisation intégrale de l’économie au profit des seuls monopoles. Et

les partis fascistes préparent la dictature ouverte en utilisant la terreur.

Il existe des partis fascistes, mais pour

l’instant, ils sont en sommeil, sauf en Grèce avec l’Aube Dorée. Et ce n’est pas le Front National (dont il ne s’agit pas

non plus d’oublier qu’il provient en partie de ces groupes), qui représente une partie de l’extrême-droite. Cette

dernière expression est à manier avec précaution comme droite et gauche, car finalement elle renvoie à la vie

politique parlementaire.

Disons que l’extrême-droite se caractérise par des thèmes politiques et idéologiques visant à mettre en oeuvre la

politique de la bourgeoisie monopoliste sans compromis. Elle s’inscrit en tant que telle dans les institutions

bourgeoises et elle n’est pas univoque : plusieurs courants la composent et s’affrontent, et d’un pays à l’autre, ce

que l’on désigne comme extrême-droite peut être différent, en fonction des traditions politiques : aux USA, on

trouve chez les Républicains comme chez les Démocrates des forces qui en Europe seraient classées à l’extrême-droite,

mais qui, aux États-Unis, sont seulement classés à droite.

Par contre, il y a un air de famille : le nationalisme

et la xénophobie ; la volonté de créer les conditions optimales pour l’exploitation de la classe ouvrière au profit de

la bourgeoisie monopoliste ; renforcer le caractère autoritaire, voire policier, de l’État ; créer les conditions les

meilleures pour qu’elle affronte la concurrence internationale avec les autres impérialismes. Au-delà, des éléments

peuvent diverger : par exemple plus ou moins de protectionnisme, mais aujourd’hui, pour tous, dans le cadre des

politiques économiques libérales ; certains utilisent la démagogie sociale, les autres étalent l’arrogance élitiste de

l’oligarchie financière ! Une chose est évidente : quel que soit le discours (voir celui de Marine Le Pen le soir du

second tour des législatives), les extrêmes-droites sont contre le parlementarisme bourgeois classique, contre les

fragments de la démocratie bourgeoise qui survivent, car cela peut être un frein à la politique du Grand Capital.

Mais le plus important, c’est de bien comprendre qu’elles sont les instruments directs de la politique de ce dernier,

qui sont mis en avant quand celui-ci a besoin de passer en force avec un rapport des forces favorable. Certains

courants sont ancrés sur leurs positions, d’autres peuvent rallier la droite classique une fois la tâche accomplie : le

cas le plus caractéristique, c’est De Gaulle, personnage qui doit être placé à l’extrême-droite, mais qui après 1958

ralliera la droite (et une partie du centre) et gouvernera en s’adaptant aux desiderata de la bourgeoisie. Mais il a

mis en place cette Vème République qui donne le cadre politique de la mise en oeuvre de la politique du Grand

Capital directement associé à l’appareil d’État.

La particularité du FN, jusqu’à aujourd’hui, c’est qu’il n’est pas à proprement parlé, une option de la bourgeoisie

pour l’alternance avec les autres forces politiques. C’est un parti qui sert de leurre. Il a été lancé pour ça par

François Mitterrand. Il crée un climat idéologique qui permet aux autres forces de la bourgeoisie de reprendre à

leur compte des positions qui n’auraient pas pu l’être par elles directement (sécurité, xénophobie). Mais il sert tout

autant de faire-valoir aux forces bourgeoises : contre le FN, on ne doit pas se poser de question et voter pour ceux

qui font la pire politique contre la classe ouvrière, LR, PS, MODEM et UDI ! Enfin, il sert à discréditer certaines

prises de position. Par exemple, toute critique de l’Union européenne et de l’Euro, voire aujourd’hui de l’OTAN, est

ramenée aux positions du FN. Il en est de même si vous ne considérez pas qu’aujourd’hui la menace contre la paix

ne vient pas plus de la Russie que des USA et de la France, de l’OTAN, dont la politique agressive est patente, et que

si la Syrie « de Bachar El Assad » est un régime bourgeois, pour autant, l’attaque contre cette république vise à

remettre la Syrie sous l’influence de la France et des USA, et à affaiblir la lutte du peuple palestinien au profit du

régime sioniste d’Israël et de l’Arabie Saoudite ! C’est le rôle qu’a joué le FN aux Présidentielles, élections qu’à

aucun moment il n’a été en mesure d’emporter. Simplement, cela a permis d’établir un consensus autour de

Macron dont on va voir la gravité. Et si certains sont sceptiques, qu’ils se remémorent le débat avec Macron où

Marine Le Pen a systématiquement mis son adversaire en position favorable ; mais surtout, sa déclaration en

sortant du studio, expliquant qu’elle n’était qu’un challenger !

La question qui a été posée pendant la campagne, c’est « Pourquoi ne pas voter Macron contre Le Pen étant donné

la menace qu’elle fait peser sur la population d’origine immigrée ?» Il y a plusieurs réponses.

Notre rôle n’est pas de pousser la classe ouvrière derrière des drapeaux qui ne sont pas les siens, pas plus contre Le

Pen que contre un autre ; les travailleurs d’origine immigrée sont des travailleurs et leur intérêt de classe, ce n’est

pas de soutenir un candidat dont le programme est sauvagement anti-classe ouvrière, il est pire que celui de Fillon,

puisqu’il en reprend les principaux axes et y ajoute l’aggravation de la Loi Travail, les attaques sur le financement

des retraites, l’accélération de la mise en oeuvre des directives européennes contre les travailleurs. Dans le cas

présent, vient s’ajouter un argument supplémentaire, qui a aussi prêté à discussion et continue de l’être dans

certains milieux : Emmanuel Macron, aujourd’hui, c’est un des courants de l’extrême-droite, celle dont la

bourgeoisie a besoin pour organiser le remodelage du cadre politique et la recomposition du champ politique !

Je

disais plus haut qu’il n’y a pas unicité de l’extrême-droite : c’est ainsi qu’en 1932, les camarades du KPD en

Allemagne, au deuxième tour des Présidentielles, ont avancé le mot d’ordre : « Voter Hindenburg, c’est voter

Hitler ! » Et la social-démocratie, les partis petits-bourgeois de s’étrangler et de dénoncer le sectarisme du KPD. Il

n’empêche que la suite a montré que ce sont les communistes qui avaient raison : quelques mois plus tard,

Hindenburg appelait Hitler au pouvoir. Comparaison n’est pas raison, évidemment, mais il faut réfléchir à cet

exemple. On ne bat pas l’extrême-droite qui s’exhibe en votant pour l’extrême-droite qui se donne une apparence

respectable ! Mais peut-on caractériser Macron (c’est un peu plus complexe pour qualifier son mouvement

aujourd’hui, même s’il s’inscrit globalement dans la même visée) à l’extrême-droite ? Il suffit d’examiner son projet

et son comportement politique.

Nous commencerons par le « ni de droite ni de gauche » pour pouvoir faire la politique ultra-réactionnaire dont la

bourgeoisie a besoin et que l’ancien clivage artificiel ne permettait pas. De Napoléon III à De Gaulle, en passant par

Boulanger et Pétain, on a eu droit à ce positionnement pour s’attaquer aux travailleurs et à leurs droits politiques

(dans le cadre de la démocratie bourgeoise). A cela on peut adjoindre son mépris profond du suffrage universel

sauf à des fins plébiscitaires : on se souvient de sa réaction, quand on lui a demandé s’il serait député, il y a trois

ans ! Et il nous annonce la réduction du nombre de parlementaires (-1/3) en même temps que la réduction de leur

rôle. Plus encore, et inquiétant, il annonce que la loi, finalement, c’est secondaire, l’important, c’est l’efficacité ! Et

dans cette optique, parler de renforcer le contrôle sur le gouvernement, c’est du vent. Là on est dans une vision qui

renvoie à des théoriciens du Droit, en Allemagne sous Weimar, qui feront le lit du nazisme.

C’est évidemment

l’annonce de l’utilisation des pleins pouvoirs pour modifier la Loi Travail, mais visiblement pas seulement : les

réformes sur les retraites, sur la fiscalité, etc., semblent devoir être traitées de la même manière puisque Macron

annonce qu’il faut que ce soit réglé pour janvier prochain ! Et donc, dans cette perspective, cela risque fort d’être la

pratique coutumière. Plus extrême-droite que ça, c’est difficile ! Et cela correspond aux desiderata des monopoles :

concentrer le pouvoir dans les mains de leur homme, comme ils tendent à monopoliser la vie économique !

Des éléments l’associent à l’extrême-droite dans la tradition de la Vème République : ce n’est pas un hasard s’il se

fait appeler « le chef » dans LRM, et si sa définition de la fonction est une présidence jupitérienne (en d’autres

termes, c’est le président qui gouverne, qui décide, les autres mettent en oeuvre). Il suffit de voir jusqu’où cela peut

aller : dans LRM, il décide de tout jusqu’à la nomination des candidats. De ce point de vue, il va jusqu’au bout des

tendances en mouvement dans un régime marqué par l’extrême droite.

Sur le renforcement du système autoritaire, il n’a pas de divergences avec Le Pen : la loi anti-terroriste prévue

donne des pouvoirs nouveaux faramineux à la police et aux Préfets, assujettissant la justice à leurs décisions, ce qui

va permettre, au nom de la lutte anti-terroriste, de transformer des personnes suspectes aux yeux des autorités en

coupable. Cette loi va considérer les fichiers S comme des criminels d’intention ; significative, la déclaration

d’Edouard Philippe le soir du 11 juin : les Français auraient soutenu « l’adaptation de notre droit aux nouvelles

exigences de sécurité liées au risque terroriste ». Et face à Marine le Pen, Macron pouvait exprimer sa volonté (la

même qu’elle) de « renforcer les moyens de police » et « les mesures, y compris celles qui peuvent être privatives

de liberté, sur les fichiers S liés à des activités djihadistes ».

Cette loi va permettre d’en finir avec l’état d’urgence :

elle reprend les principales dispositions de celui-ci, les transformant en dispositions permanentes ; l’abandon de

l’état d’urgence, c’est sa pérennisation. Et par conséquent, le djihadisme sera remplacé par autre chose, déjà des

gauchistes ont été interdits de manifestations, parce que le préfet en a décidé ! En quoi cela se distingue-t-il de Le

Pen, alors que c’est ce que que réclame le FN depuis trois ans ? Et les socialistes ont largement pavé la route,

comme toujours.

Il y a aussi des éléments, certes secondaires, mais révélateurs : l’extrême-droite française n’a jamais digéré la

Révolution française, pas celle de 1789, mais celle de 1792-1794 qui en finit avec l’Ancien Régime radicalement. Or

Macron, le jour de son élection devant le Louvre, c’est justement le rappel de la continuité avec l’Ancien Régime,

dans une mise en scène visant à le présenter comme le chef providentiel, mais avec des références avec la

présidence des États-Unis (c’est plus moderne), ce que confirme le discours devant le Congrès à Versailles et son

projet de réforme constitutionnelle.

Or après le rappel de l’Ancien Régime, se produire deux fois à Versailles

(d’abord avec Poutine, ensuite avant que le gouvernement soit présenté au Parlement) n’est pas innocent. Ce n’est

pas un problème personnel. C’est la volonté affirmée de s’inscrire dans la continuité d’une prétendue histoire de

l’État et de la France, qui nie la lutte des classes et la réalité de classe concrète de l’État et de ses formes pour

revendiquer l’héritage de l’Ancien Régime. Et la référence aux États-Unis doit être bien comprise, car Macron a fait

Sciences Politiques. Il s’adresse au Congrès. Tous les observateurs comparent avec le discours sur l’état de l’Union.

Oui, mais à condition de se rappeler qu’en fait le modèle, c’est le discours du Trône en Angleterre (aujourd’hui c’est

plus formel, mais quand même), parce que la classe dominante aux USA a hésité longtemps entre monarchie et

république pour savoir quelle forme serait la meilleure pour assurer sa domination. Macron, et c’est ce qui le relie

à l’extrême-droite, comme De Gaulle en 1958, c’est la personnalisation du pouvoir (d’où la référence à la

monarchie, à Jupiter) pour permettre la mise en place « rapide », « efficace » de la politique de la bourgeoisie

monopoliste, ce qui signifie sans discussions, sans débats et sans compromis.

Politiquement, cela se traduit par le fait que Macron a pris le contrôle direct des services secrets en liaison avec la

question du terrorisme, et donc aussi de la police. Vous voyez des différences avec le Front National ? C’est la

même chose avec la remontée, une première, des Champs Élysées dans une auto-mitrailleuse avec les militaires,

avec la double signification, réaffirmation de la politique belliciste de l’impérialisme français (confirmée par le

voyage au Mali et le discours aux militaires sur le rôle civilisateur de l’armée française depuis 200 ans), mais aussi

avertissement qu’il pourrait utiliser l’armée en politique intérieure (C’est l’avantage de la donnée terroriste, le

« nous sommes en guerre » de Hollande, l’armée peut ouvertement être utilisée pour le maintien de l’ordre

bourgeois.

Et que l’on ne nous parle pas de fantasmes : entre vigipirate et l’état d’urgence, on a habitué les

Français à voir les militaires patrouiller dans les rues et les lieux publics en battle-dress armée jusqu’aux dents !).

Il y aussi l’appel de Brigitte Macron aux prêtres, pasteurs, rabbins et imams pour qu’ils prient pour la réussite du

président ! Pour le coup, dans un pays où la question de la laïcité a toujours été une question clivante à l’intérieur

des forces bourgeoises, cette dame, ayant fait toute sa carrière dans des établissements chics de l’enseignement

privé, met les pieds dans le plat !

Quand on parle de l’extrême-droite, on y associe le nationalisme. C’est d’ailleurs un des éléments de

stigmatisation, à juste titre, du Front National. Le problème, c’est que le nationalisme, comme le reste, n’a pas

toujours la même forme. Cela dépend des besoins idéologiques de la bourgeoisie. Si l’on observe la campagne

électorale de Macron et ces dernières semaines, justement ce qui frappe, derrière les discours creux sur

l’ouverture, sur le refus du repliement sur soi… ou sur la glorification de l’Union Européenne, c’est bel et bien

l’émergence, dans le comportement comme dans le discours, d’une thématique nationaliste et agressive.

L’utilisation à outrance du tricolore, des « Vive la France » hors de propos, les Marseillaises la main sur le cœur et

les yeux chavirés dans les meetings de Macron en témoigne. Il y avait le drapeau de Marie (UE) aussi. Mais cela

n’atténue pas ce que nous disons sauf à considérer que Macron serait l’agent de Bruxelles et de Merkel. Car en fait,

et cela est confirmé par le discours devant le congrès, c’est la volonté exprimée que la bourgeoisie française joue le

premier rôle dans l’UE ! Le discours de Versailles est traversé par un chauvinisme débridé pour exalter les

prétentions de l’impérialisme français. Macron, c’est le représentant de la bourgeoisie française, de l’oligarchie

financière française ! Il ne faut pas s’y tromper, l’Union européenne, il la considère « comme nous » : un

instrument aux mains des monopoles pour accroître l’exploitation de la classe ouvrière par sa propre bourgeoisie,

pour renforcer la défense du capitalisme et tenter de gérer la concurrence entre les groupes monopolistes rivaux !

Et donc le nationalisme, ici, vise à rassembler la classe ouvrière et le peuple de France derrière sa bourgeoisie pour

la soutenir face à ses concurrents et alliés ! Car le nationalisme n’est qu’une idéologie qui vise à mobiliser la

population sur les objectifs de la classe dominante, dans la concurrence internationale pour le partage du

monde, en niant la lutte des classes. Et là encore, Macron, dans son discours, est bien dans la posture de l’extrême-droite
dans toutes ses interventions, il met l’accent sur la nécessité de mettre fin aux divisions artificielles comme

la division en classes, la lutte des classes à laquelle il faudrait mettre fin pour se rassembler derrière « l’intérêt de la

France » en « rejetant les extrémismes » !

Mais ce discours, dans un autre contexte, est le même que celui de

Horvath en Hongrie ou des dirigeants baltes et polonais : « Contre les extrémismes », mais en fait à chaque fois, il y

a une fausse fenêtre (chez nous Le Pen, chez les autres, les nazis pendant la seconde guerre mondiale) pour la

symétrie, car ceux qui sont visés, ce sont les travailleurs et ceux qui les défendent, les révolutionnaires. (…)

Il reste à examiner la question de la xénophobie et du racisme, qui nous a été posée tout au long de la campagne

des présidentielles et des législatives. « Vous ne pouvez pas dire que Macron et Le Pen disent la même chose ! Et

donc il faut empêcher l’élection de Le Pen ! » C’est d’ailleurs le seul argument du PCF et des dirigeants de la CGT.

La

première chose à dire, c’est que si l’on doit caractériser le positionnement d’un parti ou d’une personnalité, on ne

peut se concentrer sur un seul point de son programme. Sinon, certaines propositions de Marine Le Pen suffiraient

à la situer « à gauche » ! Autant le nationalisme est une caractéristique de l’extrême-droite, autant la xénophobie

et le racisme, quand la guerre n’est pas à l’ordre du jour immédiat, peut ne pas être une caractéristique essentielle,

même si ce n’est jamais loin de par la nature même du nationalisme et du chauvinisme.

Mais une fois que l’on a dit

cela, on n’a pas épuisé le sujet ! Sur cette question aussi, les arbres ne doivent pas cacher la forêt. Marine Le Pen

mène une campagne infâme contre les musulmans en prétendant qu’elle s’en prend aux intégristes, contre les

travailleurs immigrés qui fuient la misère dans laquelle le retour du capitalisme, dont elle se réjouit, les a plongés

dans les ex-pays socialistes, et contre les immigrants qui viennent d’Afrique et d’Asie, et qui tentent de rejoindre

notre pays ; elle participe donc des campagnes visant à diviser les travailleurs et faire porter le chapeau des maux

du capitalisme à une partie des victimes de l’exploitation et de l’oppression. Il faut combattre sans complaisance et

sur des bases de classe, pas sur le pathos dame patronnesse, ces campagnes idéologiques.

Le Pen propose de fermer les frontières françaises, de renvoyer ceux qui sont en situation irrégulière, et assimile

l’immigration à l’insécurité, etc. Mais heureusement le FN n’a jamais exercé le pouvoir, il débite un discours mais ne

porte pas la responsabilité de ce qui se passe. Mais Macron ? Avant tout, il nous faut rappeler que ce monsieur a

participé aux gouvernements, directement ou indirectement, du quinquennat Hollande, et qu’il est un soutien

fidèle de l’Union Européenne. Dès lors, on peut, lui, le juger sur des politiques mises en oeuvre, pas seulement sur

des intentions malsaines ! L’a-t-on entendu protester contre la manière dont les migrants étaient accueillis dans

notre pays ? Non. Protester contre l’envoi de la police par Valls et ses propos sur les musulmans et musulmanes, le

burkini, contre les Roms ? Non, pourtant, de ce point de vue, il faut être un fin analyste pour faire la différence avec

Le Pen ! S’est-il manifesté contre la tentative de remettre en cause la nationalité des condamnés d’origine

étrangère par le quinquennat social-démocrate, alors même que finalement le projet a été retiré ? Non, pourtant,

c’était soutenu par le FN, pas seulement par Valls !

Mais ce n’est pas fini. Dans son discours devant la chambre,

Édouard Philippe, après avoir fait quelques tours de passe-passe, ne vient-il pas de nous dire qu’il fallait faire le tri

entre les migrants car il n’est pas question de « subir » ? Ce qui est la position de Macron. Bien sûr qu’il est

nécessaire d’avoir une politique. Ce n’est pas là le problème : il est dans le fait qu’il s’agit de gérer un apport de

main d’oeuvre bon marché pour le profit des monopoles et non de s’attaquer réellement aux causes des

migrations : le capitalisme et ses politiques. Au contraire.

D’autre part, le soi-disant dilemme « fermeture ou

ouverture » est très relatif : l’une veut fermer « nos » frontières – françaises – à tout immigré, l’autre veut fermer

« nos » frontières européennes, en clair aux Africains et aux Asiatiques. Il approuve et est donc partie prenante de

la politique de l’UE qui les refoule en Méditerranée, provoquant des milliers de noyés. Et pas seulement : l’UE a

décidé en février dernier de livrer les rescapés à la Libye : ce pays aux mains des criminels de Al Qaïda, de Daesh,

de bandits de toutes sortes, grâce à l’agression de la France et de l’OTAN pour renverser et assassiner Kadhafi avec

le soutien de Macron comme d’Edouard Philippe, et pour le brut libyen à 10 dollars le baril au marché noir !

Ce

pays livré au chaos , où l’ONU dénonce le pillage, la détention, le racket, la torture, le viol, dont y sont victimes les

migrants ! Vous avez entendu Macron dire qu’il condamnait ? Non, il veut faire appliquer la décision. Et quand

l’Italie demande de l’aide, il fait répondre qu’il n’en est pas question ! Alors nous ne lui saurons pas gré du fait qu’il

se prononce pour accueillir quelques migrants fuyant la guerre et les persécutions : il est l’homme de

l’impérialisme français qui fait la guerre en Afghanistan, qui participe à la coalition américaine en Irak, qui a plongé

la Syrie dans la guerre et le terrorisme et se déclare prêt à profiter de toutes provocations pour intensifier

l’agression militaire.

Voilà pourquoi nous considérons qu’Emmanuel Macron est bel et bien une autre facette de l’extrême-droite : non

pas celle instrumentalisée par la bourgeoisie pour servir de faire valoir aux courants politiques de gestion des

affaires du capitalisme, mais celle dont elle a besoin aujourd’hui pour remodeler le cadre politique largement

rejeté par la population et recomposer le champ politique sous son contrôle exclusif, et ce au-delà même des

questions politiques que nous avons évoquées en commençant, car quelles que soit les options des fractions de la

bourgeoisie qui se sont affrontées, en dernière analyse, la politique que propose Macron peut permettre de faire

passer en force des mesures que toute la bourgeoisie souhaite.

De ce point de vue, la bourgeoisie a remporté un succès : LRM, que nous avons rebaptisé « La Réaction en

Marche », a en apparence renouvelé le personnel et l’offre (c’est l’économie de marché) politique. De fait, avec

43% des exprimés, Macron est mieux élu qu’Hollande, Sarkozy et Chirac en 1995 ! Les dirigeants du PCF et du

mouvement syndical portent d’ailleurs une responsabilité, car l’intérêt des travailleurs et des couches populaires,

c’était que le pouvoir soit le plus faible possible. La bourgeoisie a obtenu un consensus relatif (qu’elle tente de

consolider avec l’opération Simone Veil au Panthéon, avec son mari qui fut pendant 7 ans le collègue du vichyste

René Bousquet au Conseil d’administration d’UTA…) avec la politique sauvage qu’elle veut voir appliquer. Et les

premières annonces sont claires sur ce qui attend les masses populaires. Un autre élément est à prendre en

compte : LRM est présenté comme centriste, alors que sa plate-forme politique est très à droite (pour l’instant, on

ne peut pas complètement réduire ce parti au profil politique de son chef).

Or l’on voit bien aussi chez Les

Républicains une poussée vers l’extrême-droite en rapport avec les divergences déjà évoquées qui divisent la

bourgeoisie. Marine Le Pen veut transformer le FN en alternative crédible pour la bourgeoisie, comme c’est le cas

pour toute une série de partis de ce type en Europe (ex MSI en Italie …). Marion Maréchal-Le Pen, comme G.

Collard et comme Mme Ménard, appelle de ses voeux un rapprochement avec la Droite des Républicains,

souhaitant en finir avec le camouflage social. En effet, rien ne les sépare vraiment, y compris idéologiquement. La

recomposition devrait permettre une redistribution des cartes de la réaction. Ce d’autant que l’élection d’Éric

Woerth (contrairement à Ciotti la veille) comme président de la Commission des Finances, montre que les ruptures

chez les Républicains pourraient ne pas être terminées ! La bourgeoisie monopoliste met l’accent sur le « À droite

toute » ! Avec l’intégration du PS dans LRM, va être tentée la constitution d’un Parti Démocrate à l’américaine

(projet que caressaient Hollande et Valls, le PD italien et Obama) qui effacerait toute référence à l’histoire du

mouvement ouvrier, même réformiste, et permettrait un contrôle plus étroit des secteurs de l’aristocratie ouvrière

comme des nouvelles composantes de la classe ouvrière.

Cela dit, cette victoire est relative, et a des aspects de victoire à la Pyrrhus. D’abord parce qu’il est évident que le

programme de Macron n’a pas le soutien dont il a besoin ; ses 43% ne constituent pas l’adhésion à son programme.

Même une partie de l’électorat de Fillon est réticent. Pendant la campagne des législatives, des électeurs et

militants Républicains affichés sont venus me dire leur inquiétude sur le projet de loi travail, les ordonnances,

l’augmentation de la CSG etc. ! Les élections législatives le montrent : les taux de l’abstention et des votes blancs et

nuls sont historiques, jamais depuis 1848 ils n’ont atteint un tel niveau, et de très loin, pas même sous Napoléon III,

ou au moment de Boulanger ! C’est la caractéristique d’ailleurs de celles-ci.

Il y en a une autre : le deuxième tour ne

confirme pas le premier : le système électoral est anti-démocratique, les milieux populaires se sont abstenus de

choisir (quelle que soit la forme de ce refus) ; il n’empêche que les rares candidats du PCF font des scores

inattendus qui lui sauvent la mise, au plan parlementaire tout du moins, les candidats de France Insoumise aussi

(l’élection de Ruffin dans la Somme était inattendue par exemple). Le PS fait mieux que prévu, mais certains des

élus rejoindront Macron. Mais ce qui nous importe ici, c’est le fait que le tsunami Macron/LRM annoncé en sièges a

manqué d’eau ! Les sondages montrent une majorité pour la proportionnelle intégrale pour la première fois. La

réponse du gouvernement, un énième tripatouillage électoral, ne satisfera pas cette exigence. Et les institutions de

la bourgeoisie sortent de cette période électorale fortement discréditées.

(…)

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Source: http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/france-l-oligarchie-industrielle-et-financiere-a-choisit-un-gouverneme-a130752582

Lénine était-il un brillant révolutionnaire ou un génie meurtrier?

En raison de la pertinence de l’analyse du groupe  « Les vrais amis de l’URSS », à moins de trois (3) mois du centenaire de la Grande Révolution bolchevique d’Octobre 1917, nous vous présentons l’intégralité de l’article.

 

PAR NOTRE CAMARADE WH.

Alors que l’on célèbre le centenaire de la révolution d’octobre 1917, les calomnies contre l’histoire du marxisme s’amoncèlent : Lénine était-il un meurtrier de masse ?

C’est en tout cas la thèse très «originale» proposée par cet article paru au Québec : http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-2-2/le-mepris-meurtrier-de-lenine-pour-la-paysannerie/

[ET EN PARTICULIER CE LIVRE PARU EN MAI 2017 : Lénine face aux moujiks, de Chantal de Crisenoy, éditions La Lenteur, mai 2017. NDLR]

Nous verrons vite à quel point cette originalité consiste à pisser dans le sens du vent du discours mensonger bourgeois (et souvent trotskyste) sur l’histoire des bolchéviques et de l’URSS.

Ce qui est certain, c’est qu’il y a une continuité entre Lénine et Staline. Mais la question est aussi de savoir si cette continuité constitue une continuité d’une lignée de meurtriers sanguinaires, ou d’une continuité vis à vis de la doctrine de Karl Marx.

Cela serait en effet plus embarrassant, puisqu’on nous avait expliqué que l’expérience soviétique était une vulgaire «trahison» du marxisme.

Qui n’a pas entendu des dizaines de fois ces thèses maintenant bien connues ?

Nous allons donc pour une fois faire parler directement le barbu et le «meurtrier» au lieu de laisser à la parole à des déformateurs professionnels.

Et si on écoutait ce qu’ils ont dit réellement ?

« La doctrine de Marx, notait Lénine, suscite dans l’ensemble du monde civilisé, la plus grande hostilité et la haine de toute la science bourgeoise (officielle comme libérale), qui voit dans le marxisme quelque chose comme une « secte malfaisante ». On ne peut pas s’attendre à une autre attitude, car dans une société fondée sur la lutte des classes, il ne saurait y avoir de science sociale « impartiale ». Toute la science officielle et libérale défend, d’une façon ou de l’autre, l’esclavage salarié, cependant que le marxisme a déclaré une guerre implacable à cet esclavage. »

Dès le début de l’article, les mensonges commencent :

1) Lénine se méfiait avec raison des moujiks, de la paysannerie russe, qui est une classe inféodée – exploitée sous le mode de production féodal – précapitaliste.
On voit déjà la première déformation évidente de la théorie de Lénine sur la paysannerie, puisque les bolcheviques ne voyaient pas la paysannerie comme un bloc monolithique. Il existait en Russie la paysannerie pauvre, issue de l’ancien système féodal, et la paysannerie propriétaire, issue de la réforme du libéral Stolypine. A la fin du 19ème, les réformes du régime tsariste visaient à engager le développement du capitalisme dans l’agriculture, grâce à une nouvelle classe de petits propriétaires terriens, les fameux «koulaks». C’est précisément ce qui eut lieu, de sorte qu’il est impossible de considérer la paysannerie de l’époque comme une classe sociale unique à l’intérêt unique.

2) Lénine savait que la paysannerie ne pouvait être le pivot – la force motrice d’une révolution PROLÉTARIENNE, anticapitaliste et antibourgeoise, antipropriété privée des moyens de production.
C’est incomplet. La révolution prolétarienne devait être menée par l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre.
« Je formule clair et net le programme agraire en tenant compte d’un fait nouveau : la scission plus profonde des ouvriers agricoles et des paysans pauvres avec les paysans aisés. » (Lénine, Lettres sur la tactique, écrites en avril, t. XX p. 103.)
« Ce qu’il y a d’original dans l’actualité russe, c’est la transition de la première étape de la révolution, qui a donné le pouvoir à la bourgeoisie par suite du degré insuffisant de conscience et d’organisation du prolétariat, — à sa deuxième étape qui doit donner le pouvoir au prolétariat et aux couches pauvres de la paysannerie. » (Lénine, Thèses d’Avril, t. XX, p. 88, éd. russe.)
« Seuls les ouvriers révolutionnaires, s’il sont soutenus par les paysans pauvres sont en mesure de briser la résistance des capitalistes, de conduire le peuple à la conquête de la terre sans rachat, à la liberté complète, à la victoire sur la famine, à la victoire sur la guerre, à une paix juste et durable. » (Lénine, Les enseignements de la révolution, t. XX I, p. 77, éd. Russe.)

Lénine avait en effet retenu les leçons de la Commune de Paris, expérience révolutionnaire dans laquelle les paysans (propriétaires massivement de leur terre depuis 1792 et classe encore majoritaire) avaient soutenu la réaction contre les communards. En Russie il existait encore de larges couches de paysannerie pauvre, qui étaient donc appelées à jouer un rôle important dans la victoire des bolcheviques.

3) La paysannerie rêve de devenir propriétaire de ses moyens de production (terre-eau-semence-instruments agricole et bétails). Par essence la paysannerie tend vers la propriété privée – individuelle, vers le mode de production capitaliste-bourgeois, qui en retour, nous en convenons, le dépouillera de ses propriétés, de ses moyens de production et fera du paysan un prolétaire urbain misérable et aliéné.
4) Lénine avait compris tout cela et ce fut son grand mérite.
Non cela n’a rien à voir avec les conceptions de Lénine sur la question agraire. Lénine distinguait bien les paysans pauvres, dont l’intérêt ne divergeait pas de celui de la classe ouvrière, et les paysans moyens, qui eux cherchaient effectivement à s’accaparer des terres.
Notre ami invente donc ici une «divergence» entre l’intérêt de classe de la paysannerie pauvre (sous prétexte de l’inclure dans la paysannerie en général), et l’intérêt de classe de la classe ouvrière.
Si donc il y avait une telle divergence d’intérêt, pourquoi avoir choisi la faucille et le marteau comme symbole pour les communistes ? La faucille et le marteau ne devraient-ils pas se battre l’un contre l’autre selon notre ami ?
5) Mais Lénine fut pris au piège de son génie tactique, car ne disposant pas – ne dirigeant pas – d’une multitude de prolétaires russes pour mener une révolution PROLÉTARIENNE ANTICAPITALISTE et ANTIBOURGEOISE (classe embryonnaire en Russie tsariste féodale et capitaliste marchande à peine industrialisée) il poursuivit la chimère d’une révolution prolétarienne sans prolétariat.
Pauvre Lénine, si génial et fourbe à la fois ! Là encore, on voit les vieux préjugés opportunistes mencheviques de la IIème internationale…

« La préparation du prolétariat à ses taches révolutionnaires, en particulier dans les conditions de l’impérialisme, suppose une remise en question des dogmes opportunistes, tels ceux qui dominaient dans la IIe Internationale.

« Premier dogme : sur les conditions de la prise du pouvoir par le prolétariat. Les opportunistes assurent que le prolétariat ne peut ni ne doit prendre le pouvoir, s’il ne constitue pas lui-même la majorité dans le pays. De preuves, aucune ; car on ne saurait justifier ni théoriquement, ni pratiquement cette thèse absurde. Admettons, répond Lénine à ces messieurs de la IIe Internationale. Mais advienne une situation historique (guerre, crise agraire, etc.) dans laquelle le prolétariat, qui forme la minorité de la population, aurait la possibilité de grouper autour de lui l’immense majorité des masses laborieuses, pourquoi ne prendrait- il pas le pouvoir ? Pourquoi le prolétariat ne profiterait-il pas de la situation internationale et intérieure favorable, pour percer le front du Capital et hâter le dénouement général ? » » (Staline, Des principes du léninisme)

Les bolcheviques considéraient en effet que la seule classe capable de diriger la révolution socialiste devait être le prolétariat. Si les bolcheviques s’intéressaient d’abord à la classe ouvrière des villes, c’est précisément parce que les marxistes considèrent que le rôle directeur de la révolution ne peut pas être attribué arbitrairement à n’importe quelle classe.

Il faut d’abord bien sur que la classe en question ait intérêt au renversement du capitalisme. En cela, aussi bien la classe ouvrière des villes que les paysans pauvres y avaient intérêt. Mais cela ne suffit pas pour déterminer qui doit diriger l’action révolutionnaire.

« Il ne s’agit pas de savoir quelle classe aujourd’hui forme la majorité, ou quelle classe est la plus pauvre, mais bien quelle classe se fortifie et quelle classe se désagrège.

Et comme le prolétariat est la seule classe qui grandisse et se renforce sans cesse, qui fasse progresser la vie sociale et rallie autour de soi tous les éléments révolutionnaires, nous avons le devoir de reconnaître en lui la force principale du mouvement actuel. » (Staline, Anarchisme ou socialisme)

En Russie, la classe ouvrière des villes représentait donc encore une minorité, mais elle se développait sans cesse. Il existait des millions d’ouvriers dans les principales villes en Russie, ce nombre n’a eu de cesse de croître pendant toute la période de développement du capitalisme partout en Russie. Il fallait donc reconnaître que c’était à la classe ouvrière qu’appartenait le rôle principal dans la révolution socialiste. Premier point.

En Russie, la paysannerie se divisait d’une part en paysannerie pauvre, dont les intérêts étaient les mêmes que ceux de la classe ouvrière des villes (renversement de l’aristocratie et de la bourgeoisie), et d’autre part en paysannerie de petits propriétaires. Il fallait donc allier la classe ouvrière avec la paysannerie pauvre, d’une part, et obtenir la neutralité des paysans moyens d’autre part (d’où le mot d’ordre sur la terre).

« Pourquoi avons-nous réussi à renverser le pouvoir de la bourgeoisie et à instaurer le pouvoir du prolétariat ? Parce que nous avons préparé Octobre sous le mot d’ordre de dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre; parce que, nous basant sur ce mot d’ordre, nous avons mené une lutte systématique contre la politique de conciliation des partis petits-bourgeois; parce que, nous basant sur ce mot d’ordre, nous avons mené une lutte systématique contre les hésitations de la paysannerie moyenne dans les Soviets ; parce que ce n’est qu’avec ce mot d’ordre que nous pouvions vaincre les hésitations du paysan moyen, briser la politique de conciliation des partis petits-bourgeois et rassembler une armée politique capable d’engager la lutte pour le passage du pouvoir aux mains du prolétariat. Il est à peine besoin de démontrer que sans ces conditions préalables, qui décidèrent du sort de la Révolution d’Octobre, nous n’aurions pu obtenir l’appui de la paysannerie dans son ensemble, ni pendant Octobre ni après Octobre. » (Staline, Les questions du léninisme)

6) Lénine imagina donc un parti politique “révolutionnaire » regroupant le peu de réels prolétaires que comptait alors la Russie. Ce parti organisé comme une armée secrète – sous discipline militaire chargée d’encadrer les forces de classe disponibles en Russie a cette époque, soient des millions de paysans-moujiks, en lutte à la fois contre l’aristocratie féodale, contre la bourgeoisie encore mal assurée et contre les contingents de moujiks – paysans récalcitrants et ayant une sainte frayeur de ces bolchéviques qui menacaient de NATIONALISER – d’étatiser la terre – les moyens de production agraires – le sang et l’âme de la paysannerie…
Le sang et l’âme ! Nous y sommes… Eh bien, quelle faible connaissance historique. Le parti bolchevique n’avait pas pour charge d’encadrer la paysannerie. A l’époque, les paysans de tous types étaient davantage encadrés par le parti socialiste-révolutionnaire, parti de la bourgeoisie des campagnes qui tentait alors d’embrigader la paysannerie pauvre dans une lutte purement paysanne. C’est ce parti qui exerçait alors la plus grande influence sur les campagnes… jusqu’à leur soutien et leur participation au gouvernement provisoire après la révolution de février. Ce gouvernement continuant la guerre, c’est à ce moment que les bolcheviques purent gagner en popularité auprès des paysans pauvres. Et ils ne s’y trompèrent pas puisque durant la guerre civile qui opposa l’armée rouge à la coalition blanche et impérialiste, de quel côté se trouvèrent ces partis représentant les «paysans récalcitrants» (à «tout état» hein paraît-il), et bien du côté des armées blanches !
« À titre d’exemple, que peut-il y avoir de plus incontestable et de plus clair que la vérité suivante : le gouvernement qui donnerait au peuple exténué par trois ans d’une guerre de brigandage le pouvoir des Soviets, la terre, le contrôle ouvrier et la paix serait invincible ? La paix, c’est le principal. Si, après maints efforts déployés en toute conscience pour obtenir une paix générale et juste, il apparaissait en fait que cette paix ne peut pas être obtenue en ce moment, n’importe quel moujik comprendrait qu’il faut bien accepter une paix non point générale, mais séparée et injuste. Le moujik, fût-il le plus fruste et le plus illettré, le comprendrait et tiendrait en estime le gouvernement qui lui procurerait même une telle paix. » (Lénine, De la gale, 1918)
On parle ensuite de la «nationalisation» des terres, là encore il n’en fut rien. Il n’en était évidemment rien sous la NEP, ni après. Les terres furent en partie nationalisées sous la forme de fermes d’état (sovkhoze), et en grande partie remises aux paysans pauvres sous la forme de fermes collectives (kolkhoz). Staline envisageait une nationalisation progressive des kolkhozes grâce au renforcement du lien avec l’industrie (stations de machines et tracteurs qui fournissaient gratuitement le matériel d’exploitation aux kolkhoz et y introduisaient les techniques agricoles modernes).
7) Ne jamais oublier que pour le paysan russe le mot « État » signifiait le Tsar de toutes les Russies, l’aristocratie et les princes propriétaires fonciers honnis.
8) Ainsi, Lénine – génial – a fait un compromis et promis LA TERRE À CEUX QUI LA TRAVAILLENT. La parcellisation des terres entraina les famines et obligea l’ÉTAT soviétique capitaliste à renier sa promesse et à collectiviser les moyens de production agraire afin de nourrir les populations que Staline et les bolchéviques du Parti militaire dirigeaient vers les villes afin de les prolétariser et de construire l’industrie lourde et légère. On ne saute pas par-dessus un mode de production. L’évolution requérait que la Russie – URSS – passe par le mode de production capitaliste avant d’espérer accéder au mode de production prolétarienne communiste.
Ce qui entraîna les famines, ce sont avant tout les koulaks qui refusaient la collectivisation des terres, attaquaient les kolkhoz, tuaient les paysans pauvres, etc. Mais cela, notre ami n’en a pas eu vent, et répète ainsi de façon très originale la propagande bourgeoise sur la famine.
Ensuite, il est intéressant d’étudier le point de vue de Karl Marx sur la Russie.
« Je parle d’un ‘grand savant et critique russe’ avec la haute considération qu’il mérite. Celui-ci (Tchernitchevsky) a traité, dans des articles remarquables, la question si la Russie doit commencer par détruire, comme le veulent les économistes libéraux, la commune rurale pour passer au régime capitaliste, ou si, au contraire, elle peut, sans éprouver les tortures de ce régime, s’en approprier tous les fruits en développant ses propres données historiques. Il se prononce dans le sens de la dernière solution… Je partageais ses vues sur cette question… Pour pouvoir juger en connaissance de cause du développement économique de la Russie contemporaine, j’ai appris le russe et puis étudié, pendant de longues années, les publications officielles et autres ayant rapport à ce sujet. Je suis arrivé à ce résultat: si la Russie continue à marcher dans le sentier suivi depuis 1861, elle perdra la plus belle chance que l’histoire ait jamais offerte à un peuple pour subir toutes les péripéties fatales du régime capitaliste… Si la Russie tend à devenir une nation capitaliste à l’instar des nations de l’Europe occidentale, et pendant les dernières années elle s’est donné beaucoup de mal en ce sens, elle n’y réussira pas sans avoir préalablement transformé une bonne partie de ses paysans en prolétaires et après cela, amenée une fois au giron du régime capitaliste, elle en subira les lois impitoyables comme d’autres peuples profanes. » (Karl Marx, 1877)
On voit donc qu’à l’inverse de notre ami opportuniste, à l’inverse des mencheviques, Marx (tout comme le «meurtrier» Lénine donc !), considérait que les conditions économiques du passage au socialisme étaient réunies en Russie !
« La Russie est à l’avant-garde du mouvement révolutionnaire de l’Europe.
Le Manifeste communiste avait pour tâche de proclamer la disparition inévitable et prochaine de la propriété bourgeoise. Mais en Russie, à côté de la spéculation capitaliste qui se développe fiévreusement et de la propriété foncière bourgeoise en voie de formation, plus de la moitié du sol est la propriété commune des paysans. Il s’agit, dès lors, de savoir si la communauté paysanne russe, cette forme déjà décomposée de l’antique propriété commune du sol, passera directement à la forme communiste supérieure de la propriété foncière, ou bien si elle doit suivre d’abord le même processus de dissolution qu’elle a subi au cours du développement historique de l’Occident.
La seule réponse qu’on puisse faire aujourd’hui à cette question est la suivante : si la révolution russe donne le signal d’une révolution prolétarienne en Occident, et que toutes deux se complètent, la propriété commune actuelle de la Russie pourra servir de point de départ à une évolution communiste. » (Karl Marx, 1882)
Marx conditionnait certes ce passage à la victoire du socialisme en Europe de l’ouest. On conçoit en effet vite les difficultés d’un tel passage dans un pays retardataire isolé et encerclé par les capitalistes. Cela semblait impossible à l’époque de Marx car il n’existait aucune véritable base industrielle en Russie. Il n’en était rien en 1917, époque à laquelle il devenait donc possible de «sauter un mode de production» dans les campagnes, de passer directement de la communauté paysanne (mir) au kolkhoz, puis enfin au sovkhoze.
Notre ami ignore donc complètement le point de vue de Marx, de Lénine, etc. avant de formuler son propos et ses vieux arguments déjà maintes fois resservis par les mencheviques et plus tard les trotskystes.
Là encore, nous avons non seulement les textes, mais aussi la pratique. Lorsque Khrouchtchev prit le pouvoir en URSS et mis fin au socialisme, sa réforme de 1957 démantela le système des S.M.T. (stations de machines et tracteurs), privatisa l’agriculture (soit le vœux pieux de nos amis opportunistes), ce qui conduisit à un désastre économique tel que l’URSS était obligée d’importer du blé des États-Unis pour ne pas que les ventres soient vides ! Oui, un beau succès en comparaison des affreux affameurs du peuple et propagateurs de famines qu’auraient été soit-disant les bolcheviques…
9) Bref, Lénine dirigea une révolution bourgeoise embrigadant et encadrant des millions de paysans – sous la botte de prolétaires (peu nombreux), enrégimentés dans un parti militarisé combattant des paysans récalcitrants – des aristocrates désespérés – des bourgeois émergents qui furent tous vaincus ce qui permit au petit parti bolchévique d’édifier le mode de production capitaliste – rebaptisée « socialiste » sur les épaules de l’immense paysannerie russe prolétarisée (comme dans les autres pays capitalistes).
La bonne vielle thèse du capitalisme d’état soviétique ! Donc, notre ami reproche aux bolcheviques d’avoir voulu «sauter un mode de production», et ensuite, d’avoir été des «capitalistes d’état». Mais il faut choisir, ça ne peut pas être les deux.
Les bolcheviques ont en effet achevé la révolution bourgeoise en éliminant les restes du régime tsariste. Mais dire que la révolution bolchevique se limite à cet aspect, c’est se moquer du monde. La révolution bolchevique était bien une révolution socialiste, puisqu’elle a introduit la démocratie prolétarienne, la propriété sociale des moyens de production, etc. Quel genre de révolution bourgeoise crée des institutions et des rapports de production socialiste ?
Là encore notre ami ne connaît rien. Dès la période de la NEP (qui prit fin en 1929), 76% des moyens de production de l’économie nationale étaient propriété sociale, c’est à dire propriété d’état prolétarien. La période qui suivit, à savoir celle de la planification et de la collectivisation, permit de transformer le reste (essentiellement dans les campagnes) en propriété collective (kolkhoz), qui n’était donc pas encore propriété d’état socialiste. Tandis que par la suite, il fallait nationaliser progressivement les kolkhoz pour que la totalité des moyens de production soit propriété sociale.
Ensuite, dire que la paysannerie a été «prolétarisée» est complètement faux. En fait, notre ami ne comprend même pas la question des classes sociales sous le socialisme. Le socialisme est précisément la période de transition entre la société capitaliste et la phase haute de la société communiste.
« Mais, avant de réaliser un changement socialiste, il faut une dictature du prolétariat, dont une condition première est l’armée prolétarienne. Les classes ouvrières devront conquérir sur le champ de bataille le droit à leur propre émancipation.. » (Karl Marx et Friedrich Engels, La Commune de 1871, 1870-71)
« Entre la société capitaliste et la société communiste, se place la période de transformation révolutionnaire de l’une en l’autre. A cette période correspond également une phase de transition politique où l’État ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat. » (Karl Marx, Critique du programme de Gotha, 1875)
« Le prolétariat est forcé, en tant que prolétariat, de s’abolir lui-même et du coup d’abolir son contraire dont il dépend, qui fait de lui le prolétariat : la propriété privée. » (Karl Marx)
Dans la société socialiste, le prolétariat s’abolit lui-même en tant que classe. En devenant la classe dominante et en transformant l’ancienne propriété privée en propriété publique de tout le peuple, précisément plus aucune classe ne peut être qualifiée de «prolétaire». La classe ouvrière n’est le prolétariat que sous le capitalisme. Lorsqu’elle devient propriétaire des moyens de production, elle n’est donc plus prolétaire (le mot prolétaire dérive du latin, proles, qui signifie bras, la classe qui n’a rien, ou que ses bras pour survivre). Précisément sous le socialisme la classe ouvrière n’est plus une classe qui n’a rien. Le peuple tout entier devient propriétaire des moyens de production, c’est ce qu’on appelle la propriété sociale des moyens de production.
C’est cette propriété sociale, propriété de tout le peuple, qui permet de réaliser la planification démocratique, et le mot d’ordre «de chacun selon ses moyens, à chacun selon son travail». Dans la société socialiste telle qu’elle existait sous Staline, il n’y avait donc plus de capitalisme, plus de classe exploiteuse, plus de profit et plus de prolétariat.
« Staline argumentait que, avec la croissance rapide de l’industrie soviétique et particulièrement avec la classe ouvrière détenant le pouvoir politique par l’intermédiaire du Parti Bolchevik, le mot « prolétariat » n’était plus exact. « Le prolétariat », déclara Staline, désigne la classe ouvrière sous l’exploitation capitaliste, ou travaillant sous les rapports de production de type capitaliste, tels que ceux qui ont existé pendant la première douzaine d’années d’existence de l’Union soviétique, particulièrement sous la NEP. Mais étant donné que l’exploitation directe des ouvriers par les capitalistes pour le profit était maintenant supprimée, la classe ouvrière ne doit plus être appelée « prolétariat ».
Selon ce point de vue, les exploiteurs n’existant plus, les ouvriers, gouvernant maintenant le pays dans leur propre intérêt par l’intermédiaire du Parti Bolchevik, ne ressemblaient plus « au prolétariat » classique. Donc, « la dictature du prolétariat » n’était plus un concept pertinent. Ces nouvelles conditions appelaient à un nouveau type d’État. » (Zhukov, Inoy 231; 292; Staline, « Projet 800-1 »)
Je ne m’attarderai pas sur les points 10 et 11 qui n’ajoutent rien, si ce n’est de la bêtise, dont j’ai déjà critiqué les arguments plus hauts. Notre ami s’enfonce encore dans les accusations de «militarisme». Là encore il n’a rien inventé, les opportunistes comme Kautsky et la deuxième internationale toute entière lançaient (en cœur avec la bourgeoisie impérialiste), ces accusations contre les bolcheviques
« Sans défendre la république socialiste par les armes, nous ne pouvions pas exister. La classe dominante n’abandonnerait jamais son pouvoir à la classe opprimée. Mais cette dernière devait démontrer dans les faits qu’elle était capable, non seulement de renverser les exploiteurs, mais aussi de s’organiser, de tout mettre en jeu pour se défendre. Nous avons toujours dit: « Il y a guerre et guerre, » Nous avons condamné la guerre impérialiste, nous n’avons pas nié la guerre en général. Ils n’ont rien compris, ceux qui ont essayé de nous accuser de militarisme. Et lorsque, j’ai eu l’occasion de lire le compte rendu de la conférence des jaunes à Berne, où Kautsky a employé cette expression : chez les bolcheviks, ce n’est pas le socialisme, c’est le militarisme, j’ai souri en haussant les épaules. Comme s’il y avait eu dans l’histoire une seule grande révolution que n’ait pas accompagnée la guerre. Bien sûr que non ! Nous ne vivons pas seulement dans un État, mais dans un système d’États, et l’existence de la République soviétique à coté d’États impérialistes est impensable pendant une longue période. En fin de compte, l’un ou l’autre doit l’emporter. Et avant que cette fin arrive, un certain nombre de terribles conflits entre la République soviétique et les États bourgeois est inévitable. Cela signifie que la classe dominante, le prolétariat, si seulement il veut dominer et s’il domine en effet, doit en faire la preuve aussi par son organisation militaire. » (Lénine, 18 mars 1919)
Je laisserai le dernier mot à Lénine, pour qu’il puisse se rendre justice lui-même, oui ces mots n’ont rien perdu de leur justesse aujourd’hui.
« Que dit-on du bolchevisme ? La presse bourgeoise vilipende les bolcheviks. Vous ne trouverez pas un journal qui ne reprenne contre eux l’accusation, devenue courante, de violer la démocratie. Si nos mencheviks et nos socialistes-révolutionnaires, dans leur candeur d’âme (mais peut-être s’agit-il ici de tout autre chose que de candeur, ou bien d’une candeur qu’on dit pire que fourberie ?), pensent avoir découvert et inventé l’accusation, lancée contre les bolcheviks, de violer la liberté et la démocratie, ils s’abusent de la façon la plus comique. Il n’est pas à l’heure actuelle, dans les pays richissimes, un seul des journaux richissimes qui dépensent des dizaines de millions pour les diffuser, sèment le mensonge bourgeois et exaltent la politique impérialiste en dizaines de millions d’exemplaires, – il n’est pas, dis-je, un seul de ces journaux qui ne reprenne contre le bolchevisme ces arguments et ces accusations massues, à savoir que l’Amérique, l’Angleterre et la Suisse sont des États avancés, fondés sur la souveraineté du peuple, alors que la République bolchevique est un État de brigands qui ignore la liberté, que les bolcheviks portent atteinte à l’idée même de la souveraineté populaire et qu’ils ont été jusqu’à dissoudre la Constituante. Ces terribles accusations lancées contre les bolcheviks sont reprises dans le monde entier. » (Lénine, De l’état)
PAR NOTRE CAMARADE WH.
LE PDF DE CET ARTICLE À TÉLÉCHARGER CI-DESSOUS :

Source: http://lesvraisamisdelurss.eklablog.fr/lenine-genie-meurtrier-a130727600 

Conférence Solidarité et Lutte : Renforcer la résistance à la guerre, au militarisme et au néofascisme

 

à Université de Toronto, Canada

du 5 au 7 août 2017

 

Informations : Courriel : antiwarconf.inquiriesto@gmail.com

 

#SOLIDARITYFIGHTBACK

#NO2USMILITARISM

 

Ligue internationale de lutte des peuples /    International League of Peoples’ Struggle     ILPS-LILP

Alliance international des femmes / International Women’s Alliance                                    AIF/IWA

Guerre, militarisme et néofascisme états-uniens

Guide de discussion

  1. TRUMP ESCALADE-T-IL LE MILITARISME ET LA GUERRE DES ÉTATS-UNIS?

 

Cent jours viennent à peine de s’écouler depuis l’accession de Trump à la présidence, et déjà le gouvernement des États-Unis poursuit violemment ses guerres impérialistes d’agression et d’intervention à l’étranger et intensifie la répression au pays. La superpuissance essaie ainsi, désespérément, de maintenir son hégémonie dans un monde multipolaire plongé dans une série de crises.

 

Seulement en mars, plus de 1 000 civils sont morts au cours de frappes aériennes effectuées par la soi-disant coalition que les États-Unis dirigent en Irak et en Syrie. Toujours en mars, Trump a donné l’ordre de lancer sur le Yémen, en seulement une semaine, plus de bombes que ne le faisait Obama dans toute une année.

 

Le 5 avril, Trump a donné l’ordre de lancer 59 missiles Tomahawk sur une base aérienne syrienne, sous un faux prétexte, tuant des dizaines de civils d’un village voisin. Un mois auparavant, les drones étatsuniens avaient lancé des missiles Hellfire et jeté une bombe sur une mosquée de la partie ouest d’Alep, dans laquelle 200 personnes priaient, en tuant 40 et en blessant 120 autres.

 

Le 13 avril, en Afghanistan, les États-Unis ont lancé la plus puissante bombe non nucléaire de leur arsenal sur un complexe de grottes et de tunnels, prétendument utilisés par les terroristes de l’ISIS. C’était la première fois que la bombe GBU-43 «Massive Ordnance Air Blast bomb» (MOAB), «Bombe à effet de souffle d’artillerie lourde», surnommée «la mère de toutes les bombes», était utilisée au combat. L’onde de souffle intense engendré par la bombe peut, dans un rayon d’un mille, anéantir toute personne et brûler tout l’oxygène se trouvant dans des espaces souterrains tels que des tunnels et des grottes.

 

En Somalie, Trump a affaibli les règles d’engagement de l’armée étatsunienne, ce qui entrainera l’augmentation du nombre pertes civiles. Depuis 2007, les États-Unis mènent une guerre très floue contre les soi-disant islamistes en action dans ce pays stratégique de la Corne de l’Afrique, et se servent de l’Éthiopie dans ce conflit mené par procuration. Obama avait régulièrement utilisé les drones des bases étatsuniennes situées à Djibouti, pays voisin, pour frapper les militants d’Al-Shabab.

 

Trump s’est vanté de déployer ce qu’il décrit comme une « armada » de cuirassés pour intimider la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et a menacé de lancer une attaque nucléaire le premier, comme mesure préventive contre ce pays.

 

Toutes les actions agressives et belliqueuses entreprises par les États-Unis sont des signes, non pas de force ou d’assurance en leur capacités, mais bien ceux du déclin de cette puissance impérialiste. Étant en perte de vitesse, cette superpuissance devient toujours plus désespérée et agressive, et utilise la force brutale dans de vaines tentatives de conserver sa position hégémonique.

 

  1. QUELLES SONT LES CAUSES DE CETTE ESCALADE DES GUERRES ET DU MILITARISMES?

 

Comme conséquence de quatre décennies de restructuration néolibérale, l’économie mondiale transformée avait engendré d’énormes profits pour l’oligarchie financière par l’intensification de l’exploitation et la dépossession de familles de travailleurs dans le monde entier. Avant la crise, l’économie se maintenait grâce à la consommation stimulée par l’endettement et à l’activité forcenée des capitaux.  Mais avec l’éruption de la crise, ces facteurs s’étaient affaiblis et ne lui permettaient plus de juguler la crise de surproduction.  Les masses appauvries ne pouvaient plus acquérir les biens créés en quantité excessive par la production capitaliste. Ces facteurs ont même aggravé la suraccumulation de capital jusqu’à l’éclatement de la bulle lors de la crise des prêts hypothécaires à risque en 2007. L’économie mondiale s’est alors enlisée et se trouve depuis plongée dans une crise prolongée.

 

La crise économique prolongée du système capitaliste mondial est en train d’intensifier les luttes géopolitiques et les conflits sociaux dans le monde entier. Les États impérialistes dirigés par les États-Unis s’efforcent toujours plus agressivement de conquérir et de contrôler davantage de territoires qui constituent des sources de matières premières et de main-d’œuvre à bon marché, des marchés captifs, des routes d’approvisionnement et des zones pouvant servir de rampes de lancement de forces militaires à l’étranger. Alors que le néolibéralisme s’enlise dans la crise, le militarisme, c’est-à-dire le recours par les États aux moyens militaires pour atteindre leurs objectifs en matière de gouvernance intérieure et de relations extérieures, se développe et sévit aujourd’hui dans tous les continents.

 

L’impérialisme étatsunien est le principal fauteur de militarisme et de guerres et également la principale cause de déstabilisation dans le monde actuel. Les États-Unis sont préoccupés par l’apparition de nouvelles puissances telles que la Russie et que la Chine dans un monde multipolaire, qui, selon eux, menacent l’hégémonie qu’ils avaient établie sur le monde.  Ils se sentent menacés par la création et le développement de l’Organisation de coopération de Shanghai, qu’ils perçoivent comme étant une alliance opposée à l’alliance États-Unis-OTAN,  du bloc économique des pays désignés par l’acronyme BRICA, qui regroupe le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, de l’accord de commerce régional que développe la Chine, du Partenariat économique global régional (RCEP), qui exclue les États-Unis, des nouvelles institutions financières qui rivalisent avec la structure financière mondiale dominée par le capital financier étatsunien.

 

  1. COMMENT L’IMPÉRIALISME ÉTATSUNIEN MÈNE-IL UNE GUERRE DE TERREUR MONDIALE?

 

Afin de maintenir sa domination sur la planète, les États-Unis déclenchent des guerres de terreur dans le monde entier sous le prétexte de mener une «guerre contre le terrorisme» au niveau international. De connivence avec ses alliés de l’OTAN, l’État sioniste d’Israël et le Royaume d’Arabie Saoudite, les États-Unis ont délibérément fomenté des divisions sectaires en Asie occidentale et en Afrique du Nord, et cherchent à détruire ou à affaiblir tout régime qui défend la cause de l’indépendance nationale et de l’autodétermination des peuples arabes.

 

Le général Wesley Clark, ex-commandant suprême allié de l’OTAN pendant la guerre du Kosovo, a révélé que quelques semaines après les attentats du 11 septembre aux États-Unis, le Pentagone avait publié un mémorandum secret qui «décrivait comment nous allons envahir sept pays en cinq ans, d’abord l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie et le Soudan et enfin l’Iran.» Et, en effet, peu après, les États-Unis et leurs alliés ont bombardé, envahis ou occupés tous ces pays, à l’exception du Liban et de l’Iran, mais en attaquant en plus l’Afghanistan et le Yémen. Washington a également alloué 38 milliards de dollars afin d’appuyer les politiques israéliennes d’apartheid et d’occupation brutale de la Palestine au cours de la prochaine décennie.

 

Sur le continent africain, au cours des deux derniers mandats présidentiels d’Obama et celui de son prédécesseur, George W. Bush, Jr., les États-Unis ont intensifiée la militarisation qu’ils dirigent et continueront sans aucun doute à le faire sous la présidence de Trump. Au début de 2008 a eu lieu la fondation du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), qui a provoqué de l’instabilité et des déplacements de population dans le continent.

 

Comme le souligne Abayomi Azikiwe, rédacteur en chef de l’organisation «Pan-African News Wire» (novembre 2016), «le bombardement de la Libye sous de faux prétextes, la déstabilisation du pays et l’assassinat brutal du leader de longue date, le colonel Muammar Kadhafi, ont eu des conséquences qui sont encore ressenties (…). Aujourd’hui, la Libye est devenue un centre important de trafic ou de fuite d’êtres humains qui quittent le continent africain et traversent la Méditerranée en direction de l’Europe. Le Pentagone effectue chaque jour des bombardements dans cet État nord-africain. Washington et ses alliés ont subi de lamentables échecs lors de leurs multiples tentatives de créer à Tripoli un régime néocolonial stable qu’ils pourraient dominer (…).»

 

À Djibouti, le camp Lemonier, base militaire en plein essor, sert de lieu d’organisation et de lancement d’une campagne aérienne et terrestre sous le couvert de la lutte contre le «terrorisme islamique» dans la Corne de l’Afrique. La République du Soudan, qui était autrefois le plus grand État-nation d’Afrique en termes de superficie, a été divisée sous l’égide de Washington pour nuire à l’industrie pétrolière des pays émergents qui agissent en partenariat avec la République populaire de Chine.

 

Dans la région Asie-Pacifique, les États-Unis poursuivent leur politique de créer un «pivot vers l’Asie», qui consiste à y déployer jusqu’à 60 pour cent de leurs forces navales pour contenir la Chine et isoler la Corée du Nord. En 2015, le Commandement du Pacifique des États-Unis a effectué 175 exercices militaires bilatéraux et multilatéraux dans la région Asie-Pacifique.  Ceci constitue une hausse par rapport aux 160 exercices menés en 2014. Ces exercices conjoints font partie d’opérations de plus en plus fréquentes et de plus en plus diversifiées, qui incluant maintenant la guerre terrestre, la guerre aérienne, la guerre maritime, la guerre antimissile, les opérations spéciales, ainsi que la guerre électronique et cybernétique.

 

Tout en ciblant le programme nucléaire de la Corée du Nord, l’armée des États-Unis continue d’amasser des armes nucléaires en Corée du Sud. Les États-Unis se servent de la Corée du Sud comme plate-forme de lancement du Système de Défense aérienne de haute altitude (ou bouclier antimissile étatsunien) du Pentagone, connu sous le nom de THAAD (Terminal High Altitude Air Defense). Ils visent façon ostensive la Corée du Nord, mais également en Chine. En mars 2017, les États-Unis et la Corée du Sud ont entrepris le plus grand exercice militaire jamais réalisé dans la péninsule coréenne, mobilisant plus de 320 000 militaires, qui étaient appuyés par des forces aériennes et navales des États-Unis du niveau technologique le plus avancé. Ces exercices étatsuniens simulent des scénarios d’utilisation d’équipements anti-missiles et de forces de combat spéciales dans le but déclaré de «décapiter» la direction de la Corée du Nord et de détruire les armes nucléaires de ce pays.

 

Il n’est pas déraisonnable de croire que, face à cette grave menace, les dirigeants de la Corée du Nord pensent que les armes nucléaires du pays constituent le meilleur moyen de dissuader les États-Unis d’envahir ou d’attaquer leur pays, comme ils l’ont fait en Afghanistan, en Libye et en Syrie.

 

  1. L’IMPÉRIALISME ÉTATSUNIEN EST-IL COUPABLE DE CRIMES DE GUERRE?

 

Les États-Unis, l’OTAN et les forces alliées ont commis les crimes les plus atroces contre l’humanité tels que le massacre de civils, la torture et l’assassinat de prisonniers de guerre, ainsi que l’utilisation d’armes de destruction massive. Les forces étatsuniennes ont utilisé des bombes de phosphore blanc et des munitions d’uranium appauvri, que les conventions internationales interdisent parce qu’elles causent la mort au terme de douleurs atroces et le cancer d’habitants des populations touchées.

 

L’armée étatsunienne a entraîné et armé des troupes de substitution et des forces paramilitaires, y compris des groupes djihadistes comme Al-Qaïda et Daesh (ISIS / ISIL), dans le but d’attaquer ou de déstabiliser des pays qui ne sont pas alignés sur les conceptions impérialistes étatsuniennes et qui sont situés dans les régions riches en pétrole de l’Asie occidentale et centrale et de l’Afrique du Nord.

 

Ces guerres d’agression et par procuration, qui utilisent des groupes djihadistes, ont rasé des villes, des villages et des centres industriels, détruit des infrastructures civiles telles que des barrages, des ponts, des hôpitaux, des écoles, des installations énergétiques, des sites historiques, des églises et des mosquées, entre autres éléments. Environ 80% des morts de ces guerres ont été des civils, y compris des femmes, des enfants et des personnes âgées.

 

Selon un rapport publié en 2015 par les organisations «Médecins pour la responsabilité sociale», «Médecins pour la survie mondiale» et «Médecins internationaux pour la prévention de la guerre nucléaire», au moins un million d’Irakiens ont été tués entre 2003 et 2012 directement à cause de l’invasion et de l’occupation du pays par les États-Unis. Cette étude a révélé qu’au moins 1,3 million de personnes ont été tuées en Irak, en Afghanistan et au Pakistan à la suite de la soi-disant «Guerre contre la terreur» menée à la suite des événements du 11 septembre 2001. En 2015, les États-Unis ont officiellement lancé plus de 22 000 bombes et des attaques de drones en Irak et en Syrie, soit en moyenne plus de 60 bombes par jour.

 

Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, les bombardements ininterrompus menés au Yémen par la coalition soutenue par les États-Unis ont détruit une partie importante de l’infrastructure sanitaire et aggravé la situation humanitaire qui était déjà effarante. Au moins 10 000 civils ont déjà été tués. D’autre part plus de 7,6 millions de Yéménites, dont 3 millions de femmes et d’enfants, sont au bord de la famine parce que les États-Unis et leurs alliés, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, bloquent toutes les routes terrestres, les aéroports et les régions côtières pour empêcher l’approvisionnement en aliments.

 

Selon le Bureau de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, en 2015, le nombre de personnes «déplacées par la force dans le monde entier en raison de persécutions, de conflits, de violence généralisée ou de violations des droits de la personne» avait dépassé 60 millions, soit le nombre le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences immédiates. Plus des deux tiers de tous les réfugiés proviennent de seulement deux pays, qui ont été ciblés par des guerres dirigées par les États-Unis, la Syrie et l’Afghanistan. Plus de la moitié de ces réfugiés étaient des enfants.

 

Ces faits n’ont cependant pas causé d’émoi ou de tumulte au sein de l’ONU, de la « communauté internationale » et surtout pas dans les « pays civilisés » de l’Occident, eux qui, pour provoquer la guerre, accusent à tout bout de champ Bachar el-Assad et la Corée du Nord de commettre de prétendus « crimes de guerre ».

 

  1. DE QUELLE AUTRE FAÇON L’IMPÉRIALISME ÉTATSUNIEN MÈNE-IL LA GUERRE CONTRE LES CIVILS?

 

Les jeunes Étatsuniens, surtout ceux qui sont de couleur et les chômeurs, ont été sacrifiés dans le cadre de ces guerres d’agression menées à l’étranger. Le gouvernement des États-Unis a admis que 4 448 soldats étatsunien sont morts et que 32 221 ont été blessés lors de la guerre menée en Irak. Un grand nombre des soldats étatsuniens qui ont survécu à ces guerres souffrent de troubles mentaux et d’incapacités post-traumatiques.

 

Les guerres pour le pétrole menées par les États-Unis dans l’ensemble du Moyen-Orient ont causé la mort et l’invalidité de millions de personnes. Et, paradoxalement, les groupes terroristes qui étaient censés être les cibles de ces attaques menées par les États-Unis ont augmenté en nombre et se sont déployés sur une zone encore plus étendue. Après seize années de cette « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis, les talibans contrôlent maintenant plus de territoire en Afghanistan qu’en 2001, tandis que le gouvernement afghan soutenu par les États-Unis ne contrôle pas plus de 60% du pays. Cela montre clairement que la « guerre contre le terrorisme » des États-Unis et de l’OTAN tue plus de civils et incite plus de personnes à devenir des militants opposés aux États-Unis et à leurs représentaux locaux.

 

Quant aux pays européens membres de l’OTAN et alliés de Washington, l’appui qu’ils ont donné aux guerres d’agression des États-Unis se retourne contre eux, comme en témoignent les attaques terroristes survenues à Paris, à Bruxelles et à Londres, qui ont causé de nombreuses victimes chez les civils et créé un climat de terreur au sein des populations.

 

Le terrorisme que les pays impérialistes exportent se retourne contre eux en les frappant. Face à cela, les États deviennent encore plus répressifs localement et adoptent plus de lois et de règlements, qui réduisent les libertés civiles, augmentent la surveillance des masses et militarisent la police et les contrôles aux frontières.

 

Aux États-Unis, par exemple, les citoyens font face à une escalade d’attaques néo-fascistes perpétrées par l’État, entre autres l’incarcération massive de personnes, la lutte contre les syndicats, la criminalisation, la militarisation de l’application de la loi, la brutalité policière, les raids et les déportations effectuées par l’Agence fédérale de contrôle de l’immigration et des douanes  [«U.S. Immigration and Customs Enforcement» (ICE)], et la surveillance des masses. Un exemple de cela est l’utilisation, partout aux États-Unis, des équipes SWAT («Special Weapons And Tactics» ou Armes et tactiques spéciales), lourdement armées, qui entrent de force dans des maisons de travailleurs en pleine nuit, souvent au moyen d’engins explosifs tels que les grenades «Flashbang», qui assourdissent et aveuglent temporairement, simplement pour appliquer un mandat de perquisition émis sur la base du soupçon que quelqu’un serait peut être en possession d’une petite quantité de drogue. Les États-Unis détiennent le quart de la population carcérale mondiale, qui se caractérise par un pourcentage disproportionné de Noirs et de membres d’autres minorités.

 

D’autre part la guerre et la militarisation détournent d’énormes ressources vers la guerre et la destruction alors qu’elles sont tellement nécessaires pour assurer les besoins sociaux de la population. Dans un rapport publié en 2015, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture estimait que pour éliminer l’extrême pauvreté et la faim d’ici à 2030 en améliorant l’agriculture et l’infrastructure rurale des communautés pauvres, il faudrait consacrer des dépenses additionnelles de 265 milliards de dollars par année, soit seulement 15 pour cent des dépenses militaires mondiales allouées en 2015. À l’échelle mondiale, on dédie beaucoup plus de scientifiques et de fonds de recherche et de développement aux recherches sur les armes qu’au développement de technologies sur de nouvelles sources d’énergie, l’amélioration de la santé humaine, l’augmentation de la productivité agricole et le contrôle de la pollution.

 

  1. COMMENT L’IMPÉRIALISME MÈNE-T-IL UNE GUERRE CONTRE LA PLANÈTE

 

En raison de l’élection de Trump et du contrôle continu de l’économie mondiale par les barons du pétrole, du gaz et du charbon et par les élus qui les défendent en appuyant l’utilisation de combustibles fossiles, le monde fait face à une catastrophe écologique du plus haut degré.

 

Comme l’a écrit le commentateur Tom Engelhardt, «On peut se demander si les États-Unis, fidèle à leur traditions d’organiser des coups d’États par la CIA et des changements de régime par l’armée, ne finiront pas par renverser également la planète. Si Trump, en tant que chef du pays qui est déjà le deuxième plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde, applique les politiques énergétiques qu’il a promises durant sa campagne électorale en mettant fin au financement des sciences climatiques, en dénonçant ou en ignorant les accords climatiques, en s’opposant au développement des formes alternatives d’énergie, en donnant le feu vert aux pipelines, à la fracturation hydraulique («fracking») et à d’autres formes d’extraction de combustibles fossiles et en ré-imaginant complètement les États-Unis en tant qu’Arabie saoudite de l’Amérique du Nord, il déclenchera effectivement un changement de régime, un coup d’État contre la planète Terre».

 

Trump n’est, bien sûr, pas le seul à suivre cette voie, mais il est celui qui le fait le plus ouvertement. Le gouvernement soi-disant « progressiste » du Canada du premier ministre Justin Trudeau avait été élu en promettant de promouvoir la justice climatique et un nouveau type de relations avec les peuples autochtones.  Il vient pourtant de donner le feu vert à deux grands projets de pipeline, les projets «Kinder Morgan Trans Mountain» et «Enbridge Line 3 Replacement», qui augmenteront massivement l’extraction du pétrole sale des sables bitumineux de l’Alberta.  Ces exploitations énergétiques mettront en danger les communautés surtout indigènes et les autres populations qui vivent sur son parcours en raison des risques de fuites de pipelines, d’explosions et de naufrages de navires.  Ainsi, le Canada ne respectera pas les promesses de changement climatique qu’il a faites en Paris.

 

À la suite des événements se déroulant dans le Dakota du Nord près de la réserve de Standing Rock de la tribu des Sioux, le ministre des Ressources naturelles du Canada, Jim Carr, a déclaré aux chefs d’entreprise que le Canada était prêt à déployer l’armée pour mettre fin aux manifestations anti-pipelines jugées «non pacifiques». Ceci soulève par conséquent la possibilité que le pays se retrouve dans la situation déjà connue lors de la crise d’Oka en 1990. Pour l’impérialisme canadien également, les affaires sont les affaires comme d’habitude.

 

«Alors que la demande de produits tels que les minerais, le bois et l’huile de palme se maintient, les gouvernements, les entreprises et les réseaux criminels saisissent les terres au mépris des personnes qui y vivent», a déclaré Billy Kyte, militant qui fait partie de la direction de l’organisation «Global Witness» et qui a documenté des attaques mortelles qui ont été menées en 2015 dans 16 pays contre les militants environnementalistes. «Les communautés qui résistent sont de plus en plus visées par les services de sécurité privés des entreprises, par les forces de l’État et par les organisations de tueurs à gages.  Ces dernières constituent une industrie en plein essor. Pour chaque assassinat que nous avons pu documenter, de nombreux autres ont été perpétrés sans être signalés».

 

En 2015 au moins 185 militants environnementaux ont été tués. Selon Global Witness, il s’agit du nombre le plus élevé de morts en un an. Le Brésil a été le pays le plus frappé, avec 50 morts, dont de nombreux homicides de militants qui essayaient de lutter contre l’exploitation forestière illégale en Amazonie. Les Philippines ont été le deuxième pays le plus frappé, avec 33, la Colombie avec 26, le Pérou avec 12, le Nicaragua avec 12 et la République démocratique du Congo avec 11.

 

L’industrie la plus meurtrière contre laquelle les protestations ont eu lieu a été celle des exploitations minières, avec 42 assassinats en 2015 liés aux activités d’opposition aux compagnies minières. Les intérêts de l’agro-industrie, des barrages hydroélectriques et de l’exploitation forestière sont également des facteurs principaux de violence. De nombreux meurtres ont eu lieu dans des villages situés très loin à l’intérieur de forêts tropicales.

 

Ajoutons à cela les déversements sur les terres et dans les océans de produits chimiques toxiques par les bases militaires et par les armes de destruction massive.

 

 

PAGE ENCADRÉE :

 

 

La militarisation et la guerre sous la conduite des États-Unis

 

 

639 milliards de dollars

sont actuellement acheminés vers le complexe militaro-industriel du gouvernement des États-Unis, ce qui confirme la continuation et le renforcement des politiques de guerre, de militarisme et de néofascisme en tant que piliers du capitalisme monopoliste dirigé par les États-Unis.

 

 

Le budget de la défense dépasse la somme des budgets des sept pays ayant les dépenses militaires les plus coûteuses.

 

 

+ 54 milliards de dollars

Sous la direction de Donald Trump, le gouvernement des États-Unis a augmenté de 54 milliards de dollars les dépenses militaires.

 

 

Liste des 7 pays bombardés, envahis et occupés par les États-Unis et du nombre de bombes lancées contre eux :

 

Irak                        12 095 bombes

Syrie                      12 195 bombes

Libye                     496 bombes

Afghanistan         1 337 bombes

Pakistan                3 bombes

Yémen                  34 bombes

Somalie                 14 bombes

 

 

2003                                                                     2017

|                                                                              |

Au cours des 15 dernières années,                 |

les États-Unis et ses alliés ont bombardé,     |

envahi et occupé au moins sept pays.              |

Selon les chiffres officiels, en 2015, les États-Unis ont mené plus de 22 000 largages de bombes et attaques de drones en Irak et en Syrie, ce qui constitue une moyenne de 60 bombes par jour.

 

 

38 milliards de dollars

 

Aide du gouvernement des États-Unis en appui des politiques d’apartheid d’Israël et d’occupation brutale de la Palestine.

 

 

Solidarité et lutte

Renforcer la résistance à la guerre, au militarisme et au néofascisme

Université de Toronto, Canada

du 5 au 7 août 2017

 

 

  1. COMMENT LES ÉTATS-UNIS ÉTENDENT TOUJOURS DAVANTAGE LEUR EMPREINTE MILITAIRE GLOBALE?

 

Le militarisme étatsunien se développe en prenant pour cibles d’autres puissances impérialistes, ce qui augmente les dangers que courre l’humanité.

 

Les États-Unis étendent toujours davantage leur empreinte militaire globale en établissant un nouveau réseau de bases dans des pays qui s’étendent de l’Afrique à l’Asie de l’Est. Le pays a actuellement plus de 800 bases militaires à l’étranger, situées dans plus de 80 pays, alors que les autres pays en ont, ensemble, un peu plus de 30, qui appartiennent principalement à des alliés des États-Unis tels que la France et le Royaume-Uni. Selon David Vine, «les États-Unis ont probablement plus de bases en terres étrangères que tout pays, puissance ou empire ayant existé au cours de toute l’histoire».

 

Les installations étatsuniennes à l’étranger comprennent au moins quatre nouvelles bases à grande échelle ou «hubs» (plaques tournantes), en plus d’un nombre encore plus grand de camps plus petits et de «lily pads» (nénuphars), qui servent de «rayons» aux drones, aux aéronefs de surveillance ou aux armes et aux équipements militaires préalablement installés pour les États-Unis et les autres militaires présents dans environ 160 pays et territoires étrangers.

 

Ce réseau de bases, qui encercle la planète, et les 11 groupes de porte-avions de la marine étatsunienne constituent l’épine dorsale de la machine de guerre impérialiste des États-Unis. Ils sont essentiels pour stocker des armes et du matériel militaire, héberger des troupes et surveiller la région. Ils servent de rampes de lancement pour les attaques de drones ou de plus grande envergure, les opérations secrètes, la cueillette d’information, la cyberguerre et d’autres formes d’intervention étrangère.

 

Même avant l’annonce, en 2011, de la création du Pivot stratégique de l’Asie, la marine étatsunienne avait commencé à intensifier les exercices militaires et les activités provocatrices de surveillance de l’air et de la mer et de patrouille à proximité des frontières chinoises. Ces mesures avaient augmenté le risque de confrontation directe et d’escalade de la guerre dans la région Asie-Pacifique. Les États-Unis avaient également imposé des embargos et entrepris des provocations militaires contre la République populaire démocratique de Corée.

 

Les États-Unis ont recours à la sous-traitance pour construire leurs bases afin de réduire les coûts et de détourner l’opposition des populations locales. La base navale de Jeju, par exemple, actuellement en cours de construction, porte un nom sud-coréen, mais desservira les porte-avions, les sous-marins d’attaque et les destroyers porteurs de missiles Aegis des États-Unis.

 

Sur la guerre prochaine contre la Chine, John Pilger a écrit ceci : «Située dans la mer de Chine orientale, l’île coréenne de Jeju est un sanctuaire semi-tropical et un site du patrimoine mondial que l’on comme étant «une île de la paix mondiale». Sur cette île de la paix mondiale, on a construit l’une des bases militaires les plus provocatrice au monde, à moins de 400 milles de Shanghai. Le village de pêcheurs de Gangjeong est dominé par une base navale sud-coréenne expressément construite pour les porte-avions, les sous-marins nucléaires et les destroyers équipés du système de missiles Aegis, armement que les États-Unis ont massé contre la Chine».

 

L’île japonaise d’Okinawa, située à proximité, dispose de 32 installations militaires, à partir desquelles les États-Unis ont attaqué la Corée, le Vietnam, le Cambodge, l’Afghanistan et l’Irak. Aujourd’hui l’objectif principal est la Chine.

 

Les États-Unis envisagent la possibilité d’installer des bases dans les quatre îles japonaises de Ryukyu aux frais du Japon.

 

  1. QUI PROFITE DIRECTEMENT DE LA GUERRE?

 

Bien que son budget de défense dépassait déjà la somme des budgets des 7 plus pays ayant les dépenses militaires les plus coûteuses, le gouvernement étatsunien, sous la direction de Donald Trump, a demandé une hausse de 10 pour cent de celui-ci, soit une augmentation de 54 milliards de dollars.

 

L’allocation de 639 milliards de dollars au complexe militaire et industriel par le gouvernement des États-Unis montre que la guerre enrichit directement les monopoles étatsuniens, qui exploitent la classe ouvrière et les peuples opprimés.

 

Une nouvelle course aux armements a commencé entre les États-Unis, la Russie et la Chine.  Elle comprend le développement des missiles hypersoniques, de nouveaux types de drones, des systèmes antisatellites et des armes nucléaires tactiques afin de renforcer la capacité des forces armées de lancer la première attaque. Seulement les États-Unis ont consacré en vue des trente prochaines années un trillion de dollars pour « moderniser » tous les aspects de leur arsenal nucléaire. Les États-Unis sont également au premier rang au monde en matière de vente d’armes.

 

La guerre est devenue un secteur d’affaires très lucratif pour les gouvernements et les entreprises privées. En menant des guerres, les États-Unis ont recueilli d’importants butins de guerre, entre autres des sources de pétrole, des bases et des stations militaires, des contrats de production militaire et des contrats de «reconstruction» des pays ravagés par les guerres étatsuniennes. Les superprofits des entreprises étatsuniennes telles que Lockheed Martin, Northrop Grumman, Raytheon, Boeing and General Dynamics ont connu des hausses astronomiques en même temps que la propagation de la mort et de la destruction dans le monde.

 

Confrontés à leurs propres difficultés économiques débilitantes, les États-Unis ont commencé à faire pression sur leurs alliés de l’OTAN pour que ceux-ci accroissent leurs dépenses militaires et leur contribution à l’OTAN. Trump a demandé aux alliés militaires des États-Unis de «payer leur propre défense». Les membres de l’OTAN se sont récemment engagés à augmenter leurs budgets militaires à 2% de leur PIB et à consacrer 20% de leurs budgets de défense à l’achat d’équipement militaire.

 

Alors qu’ils détruisent des quantités scandaleuses de ressources dans les guerres, les États-Unis et les membres de l’OTAN privent les populations des services nécessaires en matière de santé, d’éducation et de protection sociale et les réfugiés qui fuient les guerres et les politiques des États-Unis et de l’OTAN d’aide.

 

  1. COMMENT LES TRAVAILLEURS ET LES PEUPLES RÉSISTENT-ILS FACE À LA GUERRE, AU MILITARISME ET AU NÉOFASCISME?

 

Face à l’aggravation des atrocités commises par les États-Unis, par leurs alliés impérialistes et par leurs représentants, de plus en plus de personnes résistent à la machine de guerre et à l’agression de l’impérialisme étatsunien.

 

Le peuple palestinien continue de résister à l’occupation sioniste de la Palestine historique et aux politiques israéliennes de nettoyage ethnique et d’apartheid contre le peuple palestinien. La résistance du peuple kurde, ayant au sein de son avant-garde une armée de femmes kurdes, au cours de ses combats, a repris des territoires occupés par l’organisation Daesh, tout en luttant contre les attaques de l’armée fasciste turque.

 

En 2016, au Cachemire, le peuple s’est soulevé de nouveau et a dû faire face à de la répression militaire et à des arrestations civiles massives. À Manipur et au nord-est de l’Inde, se poursuit la résistance à la militarisation massive, aux forces policières, aux guerres par procuration, à la répression des forces démocratiques et à l’utilisation de la Loi sur les forces spéciales, de la Loi sur la sécurité nationale, de la Loi sur la prévention des activités illégales, de la Loi contre la sédition et à d’autres lois répressives.

 

Les mouvements des peuples, aux Philippines, en Inde, en Papouasie occidentale, en Colombie, au Mexique et dans d’autres pays opprimés continuent de mener des luttes militantes et courageuses pour la liberté nationale et la démocratie. Les Kurdes, les Palestiniens et les peuples arabes continuent d’affirmer leur souveraineté contre l’occupation et l’expansion étatsunienne-israélienne.

 

Partout dans le monde, les gens protestent également contre la présence de troupes et de bases étatsuniennes, au Japon, en Corée, aux Philippines, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Honduras, au Salvador et même en Italie, en Allemagne et en Turquie. L’opposition à l’imposition de bases militaires étatsuniennes est particulièrement marquée dans plusieurs endroits, entre autre l’île d’Okinawa au Japon, l’île de Jeju en Corée du Sud ainsi qu’aux Philippines.

 

La résistance se développe également en Afrique, en Amérique latine et ailleurs contre les sociétés transnationales qui se sont accaparées des terres agricoles et des ressources avec l’aide de forces militaires ou paramilitaires. Au Venezuela, en Bolivie, en Équateur, au Brésil et ailleurs, les travailleurs et les mouvements sociaux dénoncent et s’opposent aux tentatives d’intervention et de déstabilisation des États-Unis.

 

Même aux États-Unis et dans d’autres pays impérialistes, les gens s’opposent de plus en plus aux guerres que leurs gouvernements font en leur nom. Immédiatement après l’annonce de la victoire présidentielle de Donald Trump, aux États-Unis, des centaines de milliers de personnes ont protesté dans les rues. Comme l’a déclaré le chapitre des États-Unis de la Ligue internationale des luttes des peuples, «Ceci montre que les gens aux États-Unis ne sont pas paralysés par la peur, et que nous ne tolérons pas le fascisme et la répression de l’État. Nous devons nous organiser pour appuyer et développer ce mouvement de riposte».

 

«Les résultats électoraux dévoilent la gravité de la crise sociale et économique qui sévit aux États-Unis, la mentalité de maîtres d’esclaves qui règne encore au sein de classe dirigeante, l’utilisation de la tactique de «diviser pour régner» contre le peuple des États-Unis afin de brouiller et de nier la réalité de la lutte des classes afin de protéger les plus riches de ce pays.»

 

Au cours des derniers mois les organisations progressistes et révolutionnaires du peuple afro-étatsunien qui militent pour l’autodétermination des Noirs aux États-Unis ont refait surface. Signalons dans cette évolution, entre autres, le mouvement de masse «Black Lives Matter» («Les vies des Noirs comptent») et les événements marquant le 50ème anniversaire de la fondation du Parti des Panthères Noires («Black Panther Party»).

 

Des centaines de milliers ont protesté contre le fait qu’un Afro-étatsunien sur trois se trouve en prison et que ces personnes sont, par conséquent, utilisées comme principal victimes de l’exploitation et du travail esclave moderne du complexe industriel pénitentiaire de plus en plus privatisé.

 

Ils protestent également contre le fait que les policiers étatsuniens abordent des Afro-étatsuniens et tirent sur un grand nombre d’entre eux, tuant un Afro-étatsunien toutes les 28 heures

 

Au Dakota du Nord, la nation Sioux de Standing Rock et les 200 autres nations autochtones, ainsi que jusqu’à 7 000 personnes du monde entier, ont résisté pour bloquer la construction du pipeline d’accès du Dakota (DAPL), qui vise à transporter du pétrole obtenu par fracturation hydraulique des sables bitumineux de Bakrate dans le Dakota du Nord à travers plusieurs États et sous la rivière Missouri.

 

La police et la milice ont procédé à des dizaines d’arrestations, à l’utilisation de gaz lacrymogènes, à des attaques de chiens et à de violentes opérations de dispersion. La bataille est loin d’être terminée puisque Trump promet d’appuyer la construction du pipeline d’accès du Dakota (DAPL), mais les manifestants ont mis un terme à la construction du pipeline le long de son parcours actuel.

 

La lutte dirigée par les nations autochtones de Standing Rock fait partie d’une série de batailles menées dans le monde entier pour affronter et freiner les entreprises géantes des combustibles fossiles et d’autres monopoles extractivistes et pour faire face à la militarisation croissante des territoires indigènes.

 

  1. QUE POUVONS-NOUS FAIRE POUR ARRÊTER LES GUERRES, LE MILITARISME ET LE NÉOFASCISME DES ÉTATS-UNIS?

 

Face à l’escalade des guerres et de la militarisation, il est urgent de sensibiliser le public, de renforcer la solidarité et de multiplier les actions contre le militarisme, les guerres impérialistes d’agression et d’intervention.

 

Les militants de la paix et de la justice peuvent aider en menant des campagnes d’information et d’éducation de grande envergure pour sensibiliser le public et approfondir la compréhension des aspects majeurs et des tendances actuelles de la militarisation et du néofascisme.

 

Cette prise de conscience grandissante doit se traduire par des actions de plus en plus nombreuses, de niveaux toujours plus élevés, afin de dénoncer et de mettre fin aux guerres impérialistes et au militarisme. Il est nécessaire d’établir et de renforcer, d’une part, les liens entre les groupes progressistes anti-guerre et, d’autre part, les liens entre les groupes anti-guerre et les mouvements de résistance des pays attaqués. Il est nécessaire de bâtir un mouvement mondial contre la guerre et pour la justice sociale, qui s’oppose au militarisme et aux guerres d’agression, qui exige le respect du droit à l’autodétermination des peuples opprimés, et qui appuie les différentes formes de résistance à l’agression et à l’intervention impérialistes.

 

La tenue prochaine de la conférence intitulée «Solidarité et lutte contre les conflits: la résistance à la guerre, le militarisme et le néofascisme dirigés par les États-Unis», organisée par la Ligue internationale des luttes des peuples et par l’Alliance internationale des femmes, est une initiative importante à cet égard. Elle aura lieu à Toronto, au Canada, du 5 au 7 août 2017.

 

Il est également nécessaire d’appuyer et de se joindre à la campagne mondiale du Réseau pour l’élimination des bases militaires, afin de démanteler la chaîne mondiale des bases étatsuniennes et annuler les accords qui permettent aux États-Unis d’avoir accès aux installations militaires d’autres pays. Ces initiatives sont liées à l’appel pour un moratoire des exercices militaires menés par les États-Unis et leurs alliés.

 

It  is also necessary to  support and join the global campaign of the Ban the  Bases  Network to    dismantle the global chain of  U.S.  bases and rescind agreements  that allow U.S. forces access  to   military facilities of other  countries.  Linked to this is the call for a moratorium on military exercises conducted by  the U.S. together with its allies.

 

La Ligue internationale des luttes des peuples (ILPS) lance également un appel pour une journée mondiale d’action contre la guerre, le militarisme et le fascisme des États-Unis aux deux dates suivantes : 25 mai 2017 (Sommet de l’OTAN) et le 7 août 2017 (fin de la Conférence et la commémoration des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki par les États-Unis).

 

Nous devrons également exiger de nos gouvernements :

  • La démilitarisation des points chauds des conflits armés actuels (mer de Chine méridionale, péninsule coréenne, Cachemire, etc.)
  • Le démantèlement des armes de destruction massive
  • La réduction de la production, de l’exportation et de l’importation d’armes
  • La réorientation des dépenses publiques pour répondre aux besoins humains et environnementaux
  • La conversion des industries et des installations militaires pour répondre aux besoins civils
  • L’adoption et la promotion de solutions non-militaires pour s’opposer aux menaces militaires
  • La dissuasion de la glorification de la guerre, du militarisme et de la culture machiste dans les écoles, les médias et la culture populaire

Source: http://www.ilps.info/fr/category/conference-solidarite-et-lutte-toronto/

Contre le révisionnisme, pour la défense du marxisme par Lénine

Nous souhaitons d’abord nous excuser d’avance pour les coquilles qui auraient pu s’introduire dans la numérisation de cet article rédigé et publié en 1899 dans la revue n° 4-5 de Rabotchété Diélo. Il nous semblait quand même important de vous faire part de l’analyse léniniste quant à la lutte que menait le POSDR contre les visées «économiste» et «révisionniste» de tout acabit pour la raison fort simple qu’il présente d’une part, par son caractère concis et récapitulatif de ces questions longuement débattues à l’époque révolutionnaire de la Russie du début du XXe siècle, des pistes de solution pour relancer la lutte de classes et le mouvement révolutionnaire communiste du début du XXIe siècle, et d’autre part, résoudre des questions et problèmes théoriques dont les communistes contemporains n’ont pas encore résolues adéquatement puisque nous sommes encore victimes de ce genre de «lutte de ligne» presque un siècle après la Grande Révolution Bolchevique d’Octobre 1917.

 

« La réunion (les social-démocrates d’une localité (de Russie), groupant dix-sept personnes, a adopté à l’unanimité la résolution suivante et a décidé de la publier et de la soumettre à l’examen de tous les camarades.

 

On constate ces derniers temps que certains social-dé­mocrates russes s’écartent des principes fondamentaux de la social-démocratie russe proclamés tant par ses fonda­teurs et militants d’avant-garde – les membres du grou­pe « Libération du Travail »  – que par les publications social-démocrates des organisations ouvrières russes dans les années 90. Le « credo » cité ci-après, destiné à exprimer les vues essentielles de certains social-démocrates russes (les « jeunes »), est un essai d’exposé systématique et nettement défini de «conceptions nouvelles ». Le voici dans son texte intégral.

 

«La période corporative et manufacturière en Occident mat-qua d’une forte empreinte toute l’histoire ultérieure, notamment celle de la social-démocratie. La nécessité pour la bourgeoisie de conquérir des formes libres, ses efforts peur s’affranchir des réglementations corporatives qui ligotaient la production, en fi­rent un élément révolutionnaire partout en Occident, elle commença par proclamer la devise liberté, fraternité, égalité. », par conquérir des formes politiques libres. Mais, par cette conquête, elle tira, selon l’expression de Bismarck, une traite sur l’avenir au profit de son antipode, la classe ouvrière. Presque partout en Occident, cette dernière, on tant que classe, ne s’empara point (les institutions démocratiques, elle en fit usage. On pourrait objecter qu’elle prit part aux révolutions. La référence à l’histoire démen­tira cette opinion, car, précisément en 1848, lorsque les Constitu­tions se consolidèrent en Occident, la classe ouvrière était com­posée d’artisans des villes et représentait la démocratie petite-bourgeoise quant au prolétariat de fabrique, il n’existait Presque – En français dans le texte. – pas, et celui de la grande industrie (les tisserands d’Allemagne dépeints par Hauptmann*, les tisserands de Lyon) était une masse sauvage, uniquement capable de se révolter, mais non de formuler des revendications politiques quelconques. On peut dire murs ambages que les Constitutions de 1848 furent conquises par n bourgeoisie et la petite bourgeoisie, les artisans. D’autre part, la classe ouvrière (artisans et ouvriers des manufactures, typo­graphes, tisserands, horlogers, etc.) est habituée depuis le Moyen Age à faire partie d’organisations, de caisses de secours mutuels, d’associations religieuses, etc. Cet esprit d’organisation demeure vivace parmi les ouvriers éduqués d’Occident et les distingue net­tement du prolétariat de fabrique, qui se laisse organiser diffi­cilement et lentement, et est capable seulement de former des organisations lose-organisations temporaires), et non des orga­nisations solides avec statuts et règlements. Ce sont ces mômes ouvriers éduqués des manufactures qui constituèrent le noyau des partis social-démocrates. D’où le tableau suivant: facilité relative et entière possibilité de mener la lutte politique, d’une part, et, d’antre part, possibilité d’organiser systématiquement cette lutte avec le concours des ouvriers éduqués pendant la pé­riode manufacturière C’est sur ce terrain que grandit en Occident le marxisme théorique et pratique. Le point de départ fut la lutte politique parlementaire, avec la perspective – dont la ressemblance avec le blanquisme n’est qu’extérieure, son origine étant d’un caractère tout différent – de la conquête du pouvoir, d’une part, d’un Zusammenbruch (d’une catastrophe), d’autre part. Le marxisme fut l’expression théorique de la pratique dominante de la lutte politique prévalant sur la lutte économique. En Bel­gique comme en France, et particulièrement en Allemagne, les ouvriers organisèrent la lutte politique avec une facilité extraor­dinaire, et la lutte économique avec d’énormes difficultés, avec des tiraillements considérables. Comparées aux organisations poli­tiques, les organisations économiques (nous ne parlons pas de l’Angleterre) souffrent jusqu’à présent d’une faiblesse et d’une instabilité extrêmes et, partout, laissent à désirer quelque chose. Tant que l’énergie dans la lutte politique ne fut pas complètement épuisée, le Znsammenbruch était le Schlagwort (slogan), organisateur nécessaire, qui devait jouer un très grand rôle histo­rique. La loi fondamentale que l’on peut dégager de l’étude du mouvement ouvrier est celle de la voie du moindre effort, En Occident, cette voie fut l’activité politique, et le marxisme, tel qu’il est formulé dans le Manifeste Communiste, s’avéra une forme on ne peut plus heureuse que le mouvement devait revêtir. Mais lorsque, dans l’activité politique, toute l’énergie se fut épuisée, lorsque le mouvement politique en arriva à un tel degré d’intensité qu’il devint difficile ou presque impossible de le dé­passer (accroissement lent des suffrages dans ces dernières an­nées, apathie du public dans les réunions, ton découragé des publications) et lorsque, d’autre part, s’affirma l’impuissance de l’action parlementaire en même temps que pénétrait dans l’arène la plèbe, le prolétariat de fabrique non organisé et presque inor­ganisable, tous ces facteurs firent naitre en Occident ce qui porte aujourd’hui le nom de bernsteiniade, de crise du marxisme. Il était difficile d’imaginer une évolution du mouvement ouvrier plus logique que celle qui va du Manifeste Communiste à la bernsteiniade, et une étude attentive de tout ce processus peut permettre de déterminer l’issue de . cette e crise e avec une pré­cision mathématique. Naturellement, il ne s’agit pas ici de la dé­faite ou de la victoire de la bernstemniade, ce qui ne présente guère d’intérêt; il s’agit d’un changement radical de l’activité pratique, changement qui, depuis longtemps, s’opère peu à peu au sein du Parti.

 

Cette transformation se fera non seulement dans le sens d’une conduite plus énergique de la lutte économique, d’une consolidation clos organisations économiques, mais aussi, et c’est là l’essentiel, dans le sens d’une modification de l’attitude du Parti à l’égard des autres partis de l’opposition. Le marxisme intransigeant, le marxisme négateur, le marxisme primitif (qui se fait, une idée trop schématique dc la division do la société en classes) fera place è un marxisme démocratique, et la situation sociale du Parti dans la société moderne devra âtre radicalement. modifiée. Le Parti reconnaîtra, la société; ses objectifs étroite-mont corporatifs, sectaires dans la plupart clos cas, prendront l’ampleur do tâches sociales, et son aspiration à la conquête du pouvoir deviendra une aspiration à changer, à réformer la société contemporaine dans un sens démocratique, adapté à l’état actuel des choses, afin d’assurer la défense la meilleure, la plus com­plète, dos droits (de toutes sortes) des classes laborieuses. La notion de « politique e s’élargira et prendra un sens vraiment social, et les revendications pratiques de l’heure auront plus de poids, pourront compter sur une plus grande attention que jusqu’à présent.

 

De cette brève description de l’évolution du mouvement ouvrier on Occident il n’est pas difficile de tirer des conclusions Pour la Rassie. La voie du moindre effort ne sera jamais orien­tée chez nous dans le sons de l’activité politique, l’intolérable oppression politique fera beaucoup parler d’elle et retiendra spé­cialement l’attention, niais jamais elle ne poussera à agir prati­quement. Si, en Occident, les faibles effectifs des ouvriers, en­traînés dans l’action politique, se sont de ce fait affermis et cristallisés, chez nous, au contraire, ces faibles effectifs se heur­tent art mur de l’oppression politique et, loin d’avoir les moyens pratiques de lutter contre elle et, par conséquent, de se dévelop­pe1., sont même systématiquement étouffés par cette oppression et ne peuvent faire aucun progrès, si minima soit-il. Si l’on ajoute à cela quo notre classe ouvrière n’a pas hérité de cet esprit d’organisation qui distinguait les militants d’Occident, on se trouvera devant un sombre tableau, capable de décourager le marxiste le plus optimiste, convaincu que toute nouvelle che­minée d’usine, du seul fait de son existence, est la source d’un grand bien-être. La lutte économique, elle aussi, est difficile, extrêmement difficile, mais elle est possible, et enfin elle est pratiquée par les masses elles-mêmes. Apprenant par cette lutte à s’organiser, et s’y heurtant à tout instant au régime politique, l’ouvrier russe créera finalement ce qu’on peut appeler une forme du mouvement ouvrier-, créera l’organisation ou les organisations les plus conformes aux conditions russes.- A l’heure actuelle, on peut affirmer on toute certitude que le mouvement ouvrier russe se trouve encore dans un état amiboïde * et -n’a créé aucune for­me. Le mouvement gréviste, qui existe quelle que soit la- forme d’organisation, ne peut encore être considéré -comme une forme cristallisée du mouvement – russe; quant aux organisations illéga­les, elles ne méritent pas d’attention, ne serait-ce que du point de vue purement quantitatif (pour ne rien dire de – leur utilité dans les conditions actuelles).

 

Telle est la situation. Si l’on ajoute à cela les famines et la ruine des campagnes, qui favorisent le Streikbrecherisme ** et il devient – par conséquent encore plus difficile d’élever la culture des massas ouvrières à un niveau plus acceptable, alors … que reste-t-il à faire à un marxiste russe? T Les propos sur la création d’un parti politique ouvrier indépendant ne sont que l’effet de la transplantation Sur notre sol d’objectifs étrangers, de ré­sultats étrangers. Le marxiste russe – fait jusqu’à présent triste figure. Ses buts pratiques sont- actuellement dérisoires ; ses connaissances théoriques,- pour autant qu’il les utilise non comme un instrument de recherche mais comme un schéma d’activité, n’ont aucune valeur même- pour ce qui est d’atteindre ces objec­tifs pratiques dérisoires De plus, ces -schémas empruntés sont nuisibles au point de vue pratique. Oubliant que la classe ouvriè­re d’occident est entrée en lice sur un terrain politique déjà déblayé, -nos marxistes manifestent un dédain exagéré pour l’ac­tivité radicale ou d’opposition libérale de toutes les couches non ouvrières -de la société. Les moindres tentatives de concentrer l’attention sur les manifestations publiques relevant d’une politi­que libérale soulèvent- les protestations des marxistes orthodoxes, qui oublient que tout un ensemble de conditions historiques nous empêchent d’être des marxistes d’Occident et exigent de notre part un autre marxisme, approprié et nécessaire dans les condi­tions russes. L’absence, chez tout citoyen russe, de sens et de flair politiques ne peut évidemment être rachetée par des propos sur la politique ou des appels à une force inexistante. Ce flair politique ne peut être acquis que par l’éducation, c’est-à-dire par la participation à la vie (si peu marxiste soit-elle) que nous offre la réalité russe. Autant la « négation » était (provisoirement) opportune en Occident, autant elle est nuisible chez nous, car une négation émanant d’une force organisée et effective est une chose, alors qu’une négation émanant d’une masse informe d’in­dividus dispersés en est une autre.

Pour un marxiste russe il n’y a qu’une issue : participer, c’est-à-dire contribuer à 14 lutte économique du prolétariat et prendre part à l’activité de ‘l’opposition libérale. En tant que « négateur», le marxiste russe est arrivé trop tôt, et cette négation a affaibli en- lui la part d’énergie qui doit être orientée vers le radicalisme politique. Jusqu’ici, tout cela n’est pas terrible, mais si le schéma de classe empêche l’intellectuel russe de prendre une part active à la vie, et le rejette trop loin des milieux d’opposition, cela portera un grave préjudice à tous ceux qui sont obligés de lutter pour des formes juridiques autrement qu’au coude à coude avec une classe ouvrière qui ne s’est pas encore fixé d’objectifs politiques. La candeur politique de l’intellectuel marxiste russe, dissimulée par des raisonnements abstraits sut’ des sujets politiques, peut lui jouer un mauvais tour.»

 

Nous ne savons pas s’il se trouvera beaucoup de so­cial-démocrates russes pour partager ces vues. Mais il est incontestable qu’en général les idées de ce genre ont des adeptes, et c’est pourquoi nous estimons de notre devoir de protester catégoriquement contre elles, et de mettre eu garde tous les camarades contre la menace de faire dévier la social-démocratie russe du chemin qu’elle c’est déjà tracé la formation d’un parti. politique ouvrier indé­pendant, inséparable de la lutte de classe du prolétariat et s’assignant pour tâche immédiate la conquête de la liberté politique.

 

Le « credo » ci-dessus contient premièrement une « brè­ve description de l’évolution du mouvement ouvrier en Occident » et, deuxièmement, des « conclusions polir la Russie.

 

Tout d’abord, l’idée que les auteurs du « credo » se font du passé du mouvement ouvrier d’Europe occidentale est entièrement fausse. Il est faux que la classe ouvrière d’Occident n’ait pas participé à la lutte pour la liberté politique et aux révolutions politiques.

 

L’histoire du char­tisme et les révolutions de 1848 en France, en Allema­gne et en Autriche prouvent le contraire. Il est absolu­ment faux que le marxisme ait été l’expression théori­que de la pratique dominante : de la lutte politique qui prévalait sur la lutte économique ». Au contraire, le marxisme » est apparu lorsque prédominait le socialis­me non politique (owenisme, fouriérisme, « socialisme vrai») et le Manifeste Communiste s’est immédiatement opposé au socialisme non politique. Même lorsque le mar­xisme est intervenu armé théoriquement de pied en cap (Le Capital) et a organisé la célèbre « Association Inter­nationale des Travailleurs », la lutte politique n’était nullement la pratique prépondérante (trade-unionisme étroit en Angleterre, anarchisme et proudhonisme dans les pays de langues romanes). En Allemagne, le grand mérite historique de Lassalle est d’avoir fait de la classe ouvrière, d’appendice de la bourgeoisie libérale qu’elle était, un parti politique indépendant. Le marxisme a lié en un tout indissoluble la lutte économique et la lutte politique de la classe ouvrière, et les efforts que déploient les auteurs du « credo » pour séparer ces formes de lutte, sont des écarts des plus malencontreux et des plus funes­tes par rapport au marxisme.

 

Ensuite, les auteurs du « credo » se font une idée non moins fausse de la situation actuelle du mouvement ou­vrier en Europe occidentale et de la théorie du marxisme sous le drapeau duquel se poursuit ce mouvement. Parler d’une « crise du marxisme », c’est reprendre le bavardage absurde des écrivassiers bourgeois qui s’ingénient à at­tiser toute divergence entre socialistes afin d’organiser la scission dans les partis socialistes. La fameuse bernstei­niade, telle que la comprennent habituellement le grand public en général et les auteurs du « credo » en particu­lier, est une tentative de rétrécir la théorie du marxisme, de faire du parti ouvrier révolutionnaire un parti réfor­miste, et cette tentative a été résolument condamnée, comme il fallait s’y attendre, par la majorité des social-démocrates allemands. Des tendances opportunistes se sont manifestées plus d’une fois dans la social-démocra­tie allemande et, chaque fois, elles ont été repoussées par le Parti, qui veille fidèlement sur les principes de la so­cial-démocratie internationale révolutionnaire. Nous som­mes convaincus que tout essai de transplanter en Russie les conceptions opportunistes se heurtera à une résistance non moins énergique de la part de l’immense majorité des social-démocrates russes.

 

 

De même, il ne saurait être question d’un « change­ment radical quelconque de l’activité pratique » des par­tis ouvriers d’Europe occidentale, quoi qu’en disent les auteurs du « credo » l’énorme importance de la lutte économique du prolétariat et la nécessité de cette lutte ont été reconnues dès le début par le marxisme, et déjà dans les années 40 Marx et Engels polémisaient avec les socialistes utopistes qui en niaient l’importance.

Une vingtaine d’années plus tard, lorsque se constitua l’«Association Internationale des Travailleurs », la question de l’importance des syndicats ouvriers et de la lutte économique fut soulevée dès son premier congrès, à Ge­nève, en 1866. La résolution adoptée à ce congrès précisa la portée de la lutte économique, mettant les socialistes et les ouvriers en garde, d’une part, contre l’exagération de son rôle (ce qui s’observait à l’époque chez les ou­vriers anglais), et, d’autre part, contre sa sous-estimation de que l’on remarquait chez les Français et les Alle­mands, notamment chez les lassalliens ).

 

La résolution reconnut les syndicats ouvriers comme un phénomène non seulement légitime, mais nécessaire en régime capita­liste, et en souligna l’extrême importance pour l’organisation de la classe ouvrière dans sa lutte quotidienne contre le capital et pour la suppression du salariat. La ré­solution déclara que les syndicats ouvriers no devaient pas s’attacher exclusivement à « la lutte immédiate contre le Capital », qu’ils ne devaient pas se tenir à l’écart du mouvement politique et social d’ensemble de la classe ou­vrière que leurs buts ne devaient pas être  étroits, mais tendre à l’émancipation universelle des millions de travailleurs opprimés. Depuis lors, dans les partis ou­vriers des divers pays, on a soulevé maintes fois, et on soulèvera évidemment encore plus d’une fois, la question de savoir s’il faut, à un moment donné, accorder un peu plus ou un peu moins d’attention à la lutte économique ou à la lutte politique du prolétariat mais la question générale ou de principe se pose aujourd’hui encore com­me elle a été posée par le marxisme. La conviction que la lutte de classe du prolétariat doit nécessairement fu­sionner en un seul tout la lutte politique et la lutte éco­nomique s’est profondément ancrée dans la social-démo­cratie internationale. Par ailleurs, l’expérience historique atteste irréfutablement que l’absence de liberté politique ou la restriction des droits politiques du prolétariat abou­tit toujours à la nécessité de placer la lutte politique au premier plan.

 

Encore moins peut-il être question d’un changement tant soit peu notable dans l’attitude du parti ouvrier en­vers les autres partis d’opposition. Sous ce rapport aussi, le marxisme a indiqué la position juste, également éloi­gnée de l’exagération du rôle de la politique et de la cons­piration (blanquisme, etc.), que du dédain de la politi­que ou de sa réduction à un ravaudage social de caractère opportuniste, réformiste. (anarchisme, socialisme uto­pique et petit-bourgeois, socialisme d’Etat, socialisme de la chaire, etc.). Le prolétariat doit: s’efforcer de créer des partis ouvriers politiques indépendants dont le but es­sentiel  est la conquête du pouvoir politique par le prolétariat pour organiser la société socialiste Il ne doit nullement considérer les autres classes et partis comme e une seule masse réactionnaire » au contraire, il doit participer à toute la vie politique et sociale, appuyer les classes et les partis de . progrès contre les classes et les partis réactionnaires, soutenir tout mouvement révolu­tionnaire contre le régime actuel, se faire le défenseur de toute nationalité ou race opprimée, de toute religion per­sécutée, des femmes privées de droits,. etc. Les raisonne­ments des auteurs du «: credo » sur ce thème témoignent uniquement du désir d’estomper le caractère de classe de la lutte du prolétariat, d’affaiblir cette lutte par une ab­surde e reconnaissance* de la société », de rétrécir le mar­xisme révolutionnaire au point d’en faire un courant ré­formiste banal. Nous sommes convaincus que l’immense majorité des social-démocrates russe repoussera résolu­ment cette altération des principes fondamentaux de la social-démocratie. Les prémisses erronées des auteurs du « credo » sur le mouvement ouvrier d’Europe occidentale les conduisent à des e conclusions pour la Russie » encore plus erronées.

 

Affirmer que la classe ouvrière russe « ne s’est pas encore fixé d’objectifs politiques e, c’est tout simplement révéler son ignorance du mouvement révolutionnaire rus­se. Déjà l’«Union des ouvriers russes du Nord », fondée en 1878 et l’«Union des ouvriers de la Russie du Sud», fondée en 1875, avaient revendiqué dans leur programme la liberté politique.

 

Après la période réactionnaire des an­nées 80, la classe ouvrière a repris maintes fois la même revendication dans les années 90. Affirmer que « les pro­pos sur la création d’un parti politique ouvrier indépen­dant ne sont que l’effet de la transplantation sur notre sol d’objectifs étrangers, de résultats étrangers e, c’est tout simplement. faire preuve d’une incompréhension to­tale du rôle historique de la classe ouvrière russe et des tâches urgentes de la social-démocratie russe. Le pro­gramme des auteurs du « credo » tend évidemment à ce que la classe ouvrière, suivant la « voie du moindre ef­fort et, se limite à la lutte économique, tandis que les « mouve­ments de l’opposition libérale » combattraient avec la « participation » des marxistes pour des » formes juridi­ques ». La réalisation d’un tel programme équivaudrait à un suicide politique de la social-démocratie russe, à un freinage et un avilissement considérables du mouvement ouvrier russe et du mouvement révolutionnaire russe (ces deux notions se confondent à nos yeux). L’apparition d’un tel programme, à elle seule, montre combien étaient fon­dées les craintes d’un des militants d’avant-garde de la social-démocratie russe, P. Axelrod, lorsqu’il écrivait ce qui suit à la fin de 1897, à propos de l’éventualité d’une telle perspective:

 

«Le mouvement ouvrier ne dépasse pas le cadre étroit des collisions purement économiques entre ouvriers et entrepreneurs et, par lui-même, pris dans son ensemble, il n’a pas do caractère politique ; par contre, dans la lutte pour la liberté politique, les couches avancées du prolétariat suivent les cercles et frac­tions. révolutionnaires appartenant à ce qu’on appelle l’intelligentsia » (Axelrod : A propos des tâches et de ta tactique oc-tirettes des social-démocrates russes, Genève, 1898, p. 19)

 

Les social-démocrates russes doivent déclarer une guerre à outrance à tout l’ensemble d’idées exprimées dans le « credo », car elles conduisent directement à la réalisation de cette perspective. Les social-démocrates russses doivent déployer tous leurs efforts en vue de réaliser une autre perspective, exposée par P. Axelrod en ces ter­mes:

 

« Autre perspective: la social-démocratie organise le prolé­tariat russe en un parti politique indépendant, luttant pour la liberté, en partie aux côtés des fractions révolutionnaires bour­geoises (pour autant qu’il s’en trouvera) et en alliance avec elles, en partie en attirant ouvertement dans ses rangs ou en entraî­nant à sa suite les éléments intellectuels les plus attachés au peuple et les plus révolutionnaires » (ibid., p. 20).

 

A l’époque même où P. Axelrod écrivait ces lignes, les déclarations des social-démocrates de Russie mon­traient clairement que l’immense majorité d’entre eux partageaient ce point de vue. Il est vrai qu’un journal des ouvriers de Pétersbourg, la Rabotc/iaïa Mysi , sem­bla pencher vers les idées des auteurs du «credo», en exprimant malheureusement, dans un éditorial à caractère de programme (n° 1, octobre 1897), cette thèse absolu­ment erronée et contraire à la doctrine social-démocrate que la « base économique du mouvement » peut être s’est obscurcie par le désir constant de ne pas oublier l’idéal politique ». Mais en même temps un autre journal des ouvriers de Pétersbourg, le Sankt-Pétersbourgski 1?abotchi Listofc 12 (n° 2, septembre 1897), déclara résolument que « seul un parti ouvrier nombreux et fortement organisé pouvait… renverser l’autocratie », que les ouvriers « orga­nisés en un parti puissant » « se libéreraient eux-mêmes et libéreraient toute la Russie de toute oppression politi­que et économique ». Un troisième journal, la Rabotchaïa Gazéta 13 écrivit dans l’éditorial de son n° 2 (novembre 1897): « La lutte contre le gouvernement autocratique pour la liberté politique est l’objectif immédiat du mou­vement ouvrier russe. » – « Le mouvement ouvrier rus­se décuplera ses forces s’il intervient comme un seul bloc cohérent, sous le même nom et avec une organisation so­lide... » « Les cercles ouvriers isolés doivent se trans­former en un seul parti. » « Le parti ouvrier russe sera un parti social-démocrate. » Ce qui prouve que l’immense majorité des social-démocrates russes partageait entière­ment les vues de la Rabotchaïa Gazéta, c’est que le con­grès des social-démocrates russes, réuni au printemps 1898, forma le « Parti ouvrier social-démocrate de Rus­sie », publia un manifeste au nom de ce parti et recon­nut la Rabotchaïa Gazéta comme son organe officiel. Ain­si, les auteurs du «credo » font un pas énorme en arrière, par rapport au degré de développement déjà atteint parla social-démocratie russe et sanctionné dans le Manifeste du Parti ouvrier social-démocrate de Rassie.

 

Si, à la suite de la féroce répression déclenchée par le gouvernement russe, l’activité du Parti s’est, à l’heure actuelle, momen­tanément affaiblie et si son organe officiel a cessé de pa­raître, la tâche de tous les social-démocrates russes est de déployer tous les efforts en vue de consolider définitive­ment le Parti, élaborer son programme et faire revivre son organe officiel. Etant donné le flottement idéologique attesté par le fait que des programmes comme le « credo s analysé ci-dessus ont pu voir le jour, nous estimons par­ticulièrement nécessaire de souligner les principes fonda­mentaux exposés dans le Manifeste et qui sont d’une énorme importance pour la social-démocratie russe. Pre­mièrement la social-démocratie russe e veut être et res­ter un mouvement de classe des masses ouvrières organisées ».

 

Il en découle que la devise de la social-d4mocra­tie doit être : prêter concours aux ouvriers non seulement dans la lutte économique, mais aussi dans la lutte poli­tique ; l’agitation, non seulement sur le terrain des reven­dications économiques immédiates, mais aussi en liaison avec toutes les manifestations de l’oppression politique la propagande, non seulement des idées du socialisme scientifique, mais aussi des idées démocratiques. Seule la théorie du marxisme révolutionnaire peut être le drapeau du mouvement de classe des ouvriers, et la social-démo­cratie russe doit veiller à la développer et à la mettre en pratique, tout en la protégeant contre les déformations et les avilissements auxquels sont si souvent en butte les « théories à la mode » (or, les succès de la social-démo­cratie révolutionnaire en Russie ont déjà fait du marxis­me une théorie « à la mode s). En concentrant actuelle­ment toute son action parmi les ouvriers des usines, des fabriques et des mines, la social-démocratie ne doit pas oublier qu’avec l’extension du mouvement, les masses la­borieuses qu’elle organise doivent aussi englober dans leurs rangs les ouvriers à domicile, les artisans, les ou­vriers agricoles et les millions de paysans ruinés et mou­rant de faim.

 

 

Deuxièmement : « La classe ouvrière russe doit porter et portera jusqu’au bout sur ses fortes épaules la cause de la conquête de la liberté politique. s En s’assignant comme tâche immédiate le renversement de l’absolutisme, la social-démocratie doit intervenir comme un combattant d’avant-garde dans la lutte pour la démocratie, et est te­nue, ne serait-ce que pour cette seule raison, d’appuyer au maximum tous les éléments démocratiques de la po­pulation russe pour s’en faire des alliés. Seul un parti ou­vrier indépendant peut être un rempart solide dans la lut­te contre l’autocratie, et c’est uniquement en s’alliant à un tel parti, en le soutenant, que tous les autres combat­tants pour la liberté politique pourront déployer large­ment leur activité.

 

Enfin, troisièmement: « En tant que mouvement et tendance socialiste, le Parti social-démocrate de Russie poursuit l’oeuvre et les traditions de tout le mouvement révolutionnaire antérieur en Russie ; considérant que la conquête de la liberté politique est 1a principale tâche immédiate de l’ensemble du Parti, la social-démocratie marche vers le but qu’avaient déjà nettement tracé les glorieux militants de l’ancienne « Narodnaïa Volia » .

 

Les traditions de tout le mouvement révolutionnaire an­térieur en Russie exigent que la social-démocratie con­sacre actuellement toutes ses forces. à l’organisation du Parti, au renforcement de sa discipline intérieure et au perfectionnement de la technique de la lutte clandestine. Si les militants de l’ancienne « Narodnaïa Volia » ont su jouer un rôle immense dans l’histoire russe, bien que ses héros peu nombreux fussent soutenus par des couches sociales très minces, et bien que le drapeau de ce mou­vement fût une théorie nullement révolutionnaire, la so­cial-démocratie, qui s’appuie sur la lutte de classe du pro­létariat, saura devenir invincible. « Le prolétariat russe secouera le joug de l’autocratie pour continuer avec une énergie d’autant plus grande la lutte contre le capitalis­me et la bourgeoisie, jusqu’à la victoire totale du socia­lisme». »

 

Extrait d’un article tiré des Œuvres, Paris-Moscou, t. 4, pp.171-186
Rédigé avant le 22 août (3 septembre) 1899
Publié pour la première fois en décembre 1899 à l’étranger sous la forme d’un tiré à part du n° 4-5 de la revue Rabotchété Diélo