AMÉRIQUE LATINE: Il appartient au peuple patriotique vénézuélien de mener une lutte héroïque contre l’agresseur impérialiste yanke et ses laquais

 

AMÉRIQUE LATINE : Au Peuple vénézuélien patriote, il appartient de livrer un combat héroïque contre l’agresseur impérialiste yankee et ses valets.

L’agression de l’impérialisme yankee contre la République bolivarienne du Venezuela est en marche, sous la forme du coup d’État de sa marionnette Juan Guaidó.

Ce coup d’État annoncé depuis septembre 2018, pour préparer l’opinion publique interne comme internationale, par les propres représentants de Trump et le New York Times sans en préciser la forme, a donc fini par avoir lieu de la manière la plus cynique et sinistre.

Le fantoche Guaidó, subitement jailli de nulle part comme leader de l' »opposition », a été proclamé président de l’Assemblée législative actuellement suspendue. Ensuite de quoi, suivant la feuille de route établie par le gouvernement archi-réactionnaire et génocidaire Trump-Pence, il s’est autoproclamé devant un rassemblement public de ses partisans « président par intérim » du pays, en violation de l’ordre constitutionnel et légal, contre soi-disant « le gouvernement illégitime de Maduro », « contre la dictature » et « pour la liberté ».

Dans la foulée, en une parodie ridicule et violant ses propres normes internationales (Chartes des Nations Unies et de l’OEA), le gouvernement impérialiste US a reconnu cette mise en scène comme acte valide d’investiture en tant que président du pays et gouvernement légitime ; ordonnant aux forces armées et de sécurité de se mettre au service de sa marionnette, autrement dit, disposant comme une autorité impériale des forces armées d’un pays souverain comme de simples troupes coloniales à ses ordres…

Il a ensuite ignoré l’acte souverain du président Maduro de rompre ses relations avec les États-Unis et affirmé que les forces armées et de sécurité devaient répondre de la sécurité de son personnel diplomatique ; ne reconnaissant plus comme gouvernement vénézuélien souverain que le « gouvernement intérimaire » à sa botte.

Comme il fallait s’y attendre, les impérialistes russes et sociaux-impérialistes chinois ont condamné l’agression yankee qui se présente pour le moment comme coup d’État, et appelé au respect du « droit international » ; cette agression allant à l’encontre de leurs intérêts dans le pays et la région.

Les autres puissances impérialistes, toujours en collusion et lutte avec la superpuissance hégémonique unique US, ont pris leur temps pour négocier et s’assurer leur part de butin.

Ainsi l’Espagne, qui a d’importants intérêts économiques au Venezuela, a annoncé qu’elle « reconnaîtra dans les prochains jours Juan Guaidó comme président en exercice du pays si Maduro ne convoquer pas immédiatement des élections avec toutes les garanties démocratiques et sous contrôle international », selon des sources diplomatiques. Les mêmes sources ont indiqué que la durée de ce délai, qui dans tous les cas sera bref, sera discutée ce vendredi entre les représentants politiques des 28, afin d’assurer une position commune de l’Union européenne.

Le chef du gouvernement Pedro Sánchez a tenu des conversations avec la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Emmanuel Macron et d’autres dirigeants européens pour parvenir à cette position commune. Sánchez a rencontré jeudi à Davos, en Suisse, le président équatorien Lenin Moreno, le colombien Iván Duque et le costaricain Carlos Alvarado, qui lui ont demandé de plaider auprès de l’Union pour la reconnaissance du fantoche autoproclamé (les États-Unis envoyant encore ainsi des messages et faisant pression par le biais de leurs valets).

En ce sens, le gouvernement allemand a exigé ce vendredi la tenue immédiate d’élections « libres et transparentes » au Venezuela, et fait savoir qu’il était disposé à reconnaître provisoirement Guaidó comme chef de l’État en attendant ce scrutin (El País, 25/01/19).

L’agression impérialiste contre le Venezuela, qui se déroule pour le moment sous forme de coup d’État, place le Peuple vénézuélien devant la nécessité de se lever en un gigantesque et puissant mouvement de résistance nationale contre elle, et de mettre en échec ce coup en marche. Il lui faut désormais s’armer mentalement de la décision d’affronter cette intervention impérialiste les armes à la main ; et ensuite armer son bras pour combattre et résister à l’agression dans une lutte héroïque contre l’agresseur yankee et ses valets.

Les peuples d’Amérique latine, afin de préserver leur indépendance nationale et leur souveraineté, doivent absolument livrer une lutte « coup pour coup » contre l’agressif et génocidaire impérialisme yankee, ennemi principal des peuples du monde entier.

Au gouvernement vénézuélien, appartient le devoir de relever le défi et mobiliser ses forces armées pour défendre l’indépendance nationale et la souveraineté dans une dure guerre de résistance. C’est un bon signe, de voir qu’enfin il semble avoir cessé de prétendre rester assis entre deux chaises ; en décidant de rompre ses relations avec Washington et d’expulser son personnel diplomatique.

Mais ceci n’est pas encore suffisant ; les choses ne sont pas comme les fois précédentes où l’opposition fantoche après quelques rodomontades battait en retraite ; cette fois-ci il est bien question d’une attaque directe, sans masque de l’impérialisme :

« La différence est qu’aujourd’hui l’opposition assure avoir un plan bien défini et un soutien international qui va bien au-delà des simples déclarations de solidarité (…) En quoi consiste ce soutien ? Comme l’a assuré Guaidó sur son compte Twitter, il s’agit d’ores et déjà de “résultats concrets”. En premier lieu, un envoi de quelques 20 millions de dollars pour soi-disant aide humanitaire annoncé par le Secrétaire d’État américain. En second lieu, avoir reçu le soutien d’une autre institution qui dans les Amériques garantit l’accès à des fonds :  la Banque intéraméricaine de développement (BID) a manifesté sa volonté de travailler avec le président intérimaire vénézuélien pour assurer la continuité du soutien au développement du pays, a fait savoir son directeur Luis Alberto Moreno. À ceci s’ajoute la reconnaissance par l’administration de Donald Trump, le Canada, le Brésil, la Colombie, l’Argentine, le Pérou, l’Équateur et le Chili. » (El País, 25/01/19)

Et que fait le gouvernement de Maduro, selon le même quotidien : « le 10 janvier, il a appelé la population, les communautés, les familles à se faire les “défenseurs actifs de la paix”. Il a ordonné à tous les diplomates états-uniens de quitter le pays avant dimanche et annoncé le rapatriement du personnel vénézuélien. (…) “Je dis aux gouvernements du Mexique et de l’Uruguay que je suis d’accord avec une initiative diplomatique de dialogue”, a-t-il ajouté à l’occasion de l’inauguration de l’année judiciaire ; tout en laissant entendre clairement qu’il restera au pouvoir au moins jusqu’en 2025. “Ils prétendent imposer un gouvernement parallèle, un gouvernement de clowns”, “le gouvernement que je préside continuera à gouverner (…) nous continuerons à gouverner, en appliquant la loi”, a-t-il tenu à souligner ».

Comme on peut le voir dans ses propres déclarations, Maduro, de par ses limites de classe en tant que représentant d’un secteur de la grande bourgeoisie bureaucratique, n’évalue pas correctement la situation et hésite quant à ce qu’il a à faire ; croyant qu’il peut négocier alors qu’il s’agit d’agir avec détermination, alors qu’a sonné l’heure des armes, et que la situation ne laisse d’autre alternative que lutter ou capituler.

S’il capitule, il cède aux exigences du maître yankee qui l’a appelé à quitter le pouvoir et convoquer des élections pour que soit « légitimée » par une farce électorale sous contrôle impérialiste sa marionnette ou une autre du même acabit. S’il n’obtempère pas et choisit la lutte, Trump a déjà menacé d’employer la plus grande violence ; il se retrouvera alors obligé de défendre l’indépendance et la souveraineté du pays et ce faisant, qu’il le veuille ou non, de servir la révolution démocratique anti-impérialiste au Venezuela, qui commencera alors à se développer armée avec pour contradiction principale, dans cette première étape, la contradiction nation-impérialisme ; les deux autres [des masses populaires avec la grande propriété terrienne et le capitalisme bureaucratique-comprador, NDLR] étant pour le moment secondaires.

Au prolétariat vénézuélien et à la fraction la plus avancée en son sein, les maoïstes, il appartient désormais de se fondre dans le peuple des ouvriers et des paysans, des petits bourgeois, des bourgeois nationaux patriotes et de tous ceux qui sont décidés à faire face à l’agresseur impérialiste et à ses laquais, à l’exclusion d’une poignée de traîtres ; et de participer activement à l’armement général du peuple à la campagne comme à la ville pour le préparer à une vaste guerre de résistance comme lutte armée, s’efforçant d’en prendre la direction et dans le feu de l’action militaire, de reconstruire le Parti communiste pour transformer cette lutte armée de résistance en Guerre populaire de libération nationale.

Il leur appartient d’unir tous ceux qui ne veulent pas être les esclaves des États-Unis, tous ceux qui veulent défendre l’indépendance, la souveraineté et la dignité nationale du pays, tous ceux qui refusent de se soumettre aux intimidations, à l’ingérence, au contrôle et à l’agression des impérialistes yankees. Il leur faut s’unir à tous ceux-là et les mobiliser en s’opposant aux appels à la conciliation, à la paix ou à privilégier les négociations plutôt que d’agir résolument pour écraser l’agression impérialiste qui a pris pour le moment la forme du coup d’État.

Les forces patriotiques doivent appliquer le centralisme démocratique et défendre les conditions de vie du peuple ; tandis que les maoïstes comme représentants du prolétariat et de son avant-garde ont pour tâche de critiquer toutes les expressions de capitulationnisme parmi les représentants des autres classes et tous ceux qui montrent peu de décision dans l’accomplissement des devoirs qui sont les leurs.

L’intervention militaire de l’impérialisme US, qui a commencé sous forme de coup d’État accompagné de tout un déploiement et encerclement de forces pour pousser le gouvernement de Maduro à capituler et asservir la nation, ne s’arrêtera pas avant d’avoir atteint ses objectifs ; elle ira crescendo sur tous les plans jusqu’à les atteindre, et de ce fait suscite et suscitera encore une nouvelle gigantesque vague de résistance contre l’impérialisme parmi les peuples d’Amérique latine et du monde entier.

Toi, héroïque Peuple vénézuélien, sois assuré que tu n’es pas seul dans ta lutte !

Tu peux compter sur l’appui de tous les peuples d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique et de toute la planète.

La lutte des peuples du monde contre l’impérialisme yankee triomphera !

Source: http://vnd-peru.blogspot.com/2019/01/america-latina-al-pueblo-patriotico.html

Traduction de Servir Le Peuple: http://servirlepeupleservirlepeuple.eklablog.com/venezuela-encore-un-texte-peruvien-vraiment-tres-proche-pour-le-coup-d-a158483532

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Naxalbari vit et prospère dans le Dandakaranya – Varavara Rao – par PCmaoiste France

 Pour les 50 ans de la révolte de Naxalbari, le PCm a traduit cet important article de Varavara Rao retraçant l’histoire du mouvement maoïste en Inde depuis la révolte de Naxalbari. (MaoistRoad l’a publié sur son site web le 21 mai 2017)
La révolte de Naxalbari a marqué le début de la Guerre Populaire Prolongée en Inde qui est aujourd’hui la Guerre Populaire la plus développée dans le monde. La révolution en Inde constitue aujourd’hui un phare pour le prolétariat et les peuples opprimées de monde entier indiquant la voie à suivre. Sur la base du marxisme-léninisme-maoïsme, la Guerre Populaire en Inde dirigée par le Parti Communiste d’Inde (maoïste) avec sa branche armée l’Armée Guérilla Populaire de Libération continue d’avancer et d’ébranler l’impérialisme, le capitalisme bureaucratique et le féodalisme.
Pour ce 50e anniversaire de la révolte de Naxalbari, le PCm exprime sa plus grande solidarité envers le Parti Communiste d’Inde (maoïste), les  combattantes et combattants rouges de l’Armée Guérilla Populaire de Libération. Le PCm exprime sa grande solidarité envers les masses populaires d’Inde, les travailleuses et travailleurs, les paysannes et paysans, les femmes, les adivasis, les minorités nationales luttant pour leur émancipation. Comme le disait le Quotidien du Peuple (journal du Parti Communiste de Chine), le 7 août 1967 :
«Que le drapeau rouge de Naxalbari flotte plus haut encore!».

 

Naxalbari vit et prospère dans le Dandakaranya – Varavara Rao
« En Inde, le soulèvement armé révolutionnaire paysan de Naxalbari, qui fêtera son 50èmeanniversaire – a été influencé et inspiré par la Grande révolution culturelle prolétarienne de Chine. Naxalbari a été un événement qui s’est déroulé sous la direction du camarade Charu Majumdar – l’un des deux grands dirigeants, enseignants et fondateurs du PCI (Maoïste) [Parti Communiste d’Inde (Maoïste)], les camarades Charu Majumdar et Kanhai Chatterjee – qui a marqué un nouveau départ dans l’histoire de la révolution démocratique du pays. »
C’est l’observation faite par le Comité central du PCI (Maoïste) lors de son appel à célébrer les quatre grands événements de l’histoire pour atteindre le socialisme dans le monde, y compris le cinquantième anniversaire de Naxalbari.
Il est évident que les Maoïstes – plus encore au sein du PCI (Maoïste) – sont les véritables héritiers du Mouvement Naxalbari en Inde, outre certains groupes révolutionnaires et individus dans tout le pays. La révolution de Nouvelle démocratie en Inde, un précurseur du socialisme ne pourra être accomplie à moins qu’un parti bolchevik ne soit construit avec l’esprit bolchévique pour réaliser la révolution indienne rassemblant toutes ces forces révolutionnaires.
Naxalbari s’élève comme une ligne de démarcation dans tous les aspects de la politique, de la société et de la culture semi-féodales et semi-coloniales entre les classes exploitantes et exploitées, les dirigeants et les gouvernés, la bourgeoisie compradore et les grandes masses de paysans et la classe ouvrière, la politique parlementaire et la voie populaire alternative. En un mot, la lutte de classe sous la direction de la classe ouvrière comme avant-garde pour saisir le pouvoir de l’État par le peuple, les forces productives pour changer les relations de production.

Le mouvement de Naxalbari a défini pour la première fois le caractère de l’Etat comme la dictature semi-féodale et semi-coloniale, la dictature bourgeoise compradore. Il a pris le maoïsme, le marxisme-léninisme de cette époque comme point de vue mondial. Il a rejeté la politique parlementaire. Il a choisi le chemin de la révolution de nouvelle démocratie et a mené une guerre prolongée contre l’État, la lutte armée comme forme de lutte principale. Son programme économique de lutte pour la terre a été lancé à Naxalbari le 23 mai 1967, lorsque les villages Santals de Naxalbari et Kheribari ont occupé les terres et déclaré leur droit à la terre jusqu’au 25 mai et en renonçant à leur vie pour le protéger contre l’intervention des forces armées de l’Etat.
Son programme militaire est une guerre de guérilla jusqu’à ce qu’il libère les villages et finisse par entrer en guerre face à face pour faire tomber l’Etat central. Aujourd’hui, il a atteint sa phase de guerre mobile dans le Dandakaranya, allant du Bastar au Chhattisgarh à Gadchiroli au Maharashtra.
Son programme politique est « tout le pouvoir au peuple » comme celui des Soviétiques en Russie soviétique, des Communes en République populaire de Chine. Ce programme politique était en fait embryonnaire à Naxalbari, Srikakulam, Wynad et d’autres zones de lutte des paysans adivasi, même pendant la lutte armée paysanne du Telangana (1946-51).
Le programme a pris une forme ferme, vivante et limpide en adoptant la résolution de former les Comités de Grama Rajya en 1995 lors du Plenum Spécial du PCI (ML) Peoples War [Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste) Guerre Populaire]. Bien qu’il ait été écrasé dans des centaines de villages dans le nord du Telangana en 1995-2003, avec des tueries déguisées en faux échanges de coup de feu et d’autres formes extra-constitutionnelles sanguinaires afin de mettre en œuvre les politiques de la mondialisation impérialiste, elle a pu se maintenir dans le Dandakaranya et, depuis douze ans, elle a atteint le niveau de la Janatana Sarkar, une autorité autonome, auto-suffisante et de front uni en accord avec les sans terre, la petite paysannerie, la paysannerie moyenne et la paysannerie riche. Les Adivasi, Dalit et classes opprimées se gouvernent sous la direction du Parti, avec l’Armée de Guérilla de Libération du Peuple protégeant le pouvoir populaire de substitution. Et c’est pourquoi aujourd’hui la guerre contre le peuple est menée en particulier dans l’Inde orientale et centrale, dans les zones Adivasi de Jangalmahal au Bengale, Saranda au Jharkhand, au Dandakaranya, à la frontière Andhra-Orissa et dans les Ghâts occidentaux.
Le PCI (ML) de l’Andhra Pradesh a en fait fait perdurer l’esprit de Naxalbari en prenant l’expérience de la lutte armée paysanne au Telangana dans la mise en place de la ligne de masse et la formation d’organisations de masse, en particulier après le recul du mouvement Srikakulam. Après ce recul et le martyr de Charu Mazumdar en 1972, un rapport autocritique a été rédigé et des efforts ont été faits pour former un Comité Central d’Organisation qui a finalement résisté lors de l’état d’urgence et établi la «Route vers la révolution» lors de la réunion du Comité Régional du Telangana en 1976. En raison de l’héritage de la lutte armée au Telangana, Virasam – L’Association des écrivains révolutionnaires a été formée en 1970, Jana Natya Mandali, une grande vague du mouvement culturel populaire s’est formée en 1972, Pilupu – un magazine pour les masses opprimées a été lancé en 1973 et en 1974 Radical Students Union – RSU – a également été formé.
Au cours de l’état d’urgence, les étudiants radicaux ont dû passer dans la clandestinité et ont mené des études sur les relations foncières dans les villages qui peuvent être comparées aux études du Hunan sous la direction de Mao Zedong, ce qui a entraîné une grande vague massive d’occupation des terres par les sans-terre et les pauvres travailleurs agricoles en particulier les Dalits et les classes opprimées. La deuxième conférence de la RSU à Warangal a demandé aux étudiants et aux jeunes de « rejoindre les villages » pour propager la politique de la révolution de nouvelle démocratie et aider les personnes sans terre à occuper la terre et à lutter pour la protéger.
En septembre 1978, à Jagityal, un meeting, connu sous le nom de «Jagityal Jaitra Yatra», a été organisé en occupant des terres dans 150 villages et en déclarant le droit du peuple à le faire. Dès lors, c’est une histoire continue de lutte de classe avec une ligne de masse. Le PCI (ML) Peoples war a été formé en 1980 et a envoyé des escouades au Sironcha du Maharashtra et au Bastar en Madhya Pradesh dans le cadre du projet Dandakaranya.
La perspective de Dandakaranya prévoyait que, contrairement à une zone de base libérée au Yenan de Chine, la révolution indienne pourrait avoir besoin de plus de bases pour établir la Révolution de Nouvelle démocratie, puisqu’elle constituera aussi une révolution innovante pour parvenir au socialisme dans le monde.
En 1999, le PCI (ML) Party Unity qui est actif au Bengale, au Bihar, à Delhi et au Punjab fusionne avec Peoples War en prenant le nom de PCI (ML) Peoples War.
Le 21 septembre 2004, le PCI (ML) Peoples war et le Centre Communiste Maoïste fort de sa longue histoire de la lutte des classes au Bihar et au Bengale sous la direction de Dakshinadesh se sont réunis et ont été unis en tant que PCI (maoïste).
Le congrès d’unification du PCI (Maoïste) a eu lieu en 2007 après le premier congrès du PCI (ML) en 1970. Au cours des dix dernières années, la guerre populaire s’est poursuivie dans ce pays sous la direction du PCI (maoïste). C’est encore une fois, une différence entre les divers partis du PCI (ML) participant aux élections parlementaires et parlant en même temps de la lutte armée et le PCI (Maoïste) qui boycotte les élections et mène la lutte armée comme principale forme de lutte de classe.
Malgré les hauts et les bas, les avancées et les revers, une fois la ligne de masse adoptée en 1976, il y a eu un parcours cohérent. Aujourd’hui, nous voyons le mouvement dans plus d’un état, même selon le gouvernement central dans 16 états où agit l’organisation du PCI (maoïste) et dans de nombreux États en particulier au Dandakaranya, à la frontière Andhra-Orissa, au Jharkhand et au Bihar et dans les Ghats occidentaux, des luttes armées sont menées avec le soutien d’organisations de masse. Et au Dandakaranya, il y a la Milice Bhoomkal qui est l’Armée de Guérilla du Peuple qui protège le pouvoir populaire.
Bien qu’il s’agisse d’une lutte pour la terre, que ce soit à Naxalbari, Srikakulam ou au Telangana dans les années 1970, c’est une véritable lutte anti-féodale et anti-impérialiste incarnée par le slogan « la terre à ceux qui la cultivent », mais visant à la prise du pouvoir d’Etat par le peuple. C’est pour cela que les dirigeants compradores du Centre et les États le regardent avec crainte et le considèrent comme la « plus grande menace interne » pour le système et l’Etat.
La politique de la mondialisation impérialiste adoptée par le gouvernement indien en 1991, en tant que nouvelle politique économique a prouvé la vision de Naxalbari caractérisant l’État comme une collusion de forces compradores, féodales et impérialistes.
Le chemin de Naxalbari mis en œuvre au Dandakaranya, Bihar et Jharkhand, dans la zone frontalière entre l’Andhra et l’Orissa, dans les Ghats occidentaux et au Jangalmahal adopte un programme de développement populaire alternatif afin de protéger les richesses naturelles et le travail humain pillés par les multinationales et les grandes entreprises en Inde orientale et centrale.
Quel que soit le parti politique au pouvoir dans la politique parlementaire – qu’il s’agisse d’un parti de l’Inde ou d’un parti régional -, il adopte la politique de mondialisation et, par conséquent, les patriotes, les démocrates, les écologistes et tous ceux qui veulent sincèrement défendre la souveraineté du peuple doivent se solidariser avec les luttes des larges masses de ce pays, en particulier les Adivasis, les Dalits, les paysans, les travailleurs, les femmes, les musulmans, les étudiants et les jeunes sans emploi dans différents secteurs non organisés sous la direction du PCI (maoïste) et d’autres forces révolutionnaires pour une politique alternative – autonome et autosuffisante, autonomie qui inaugurera la Révolution de Nouvelle Démocratie. C’est le rêve de milliers de martyrs qui ont perdu leur vie en se battant contre ce système d’exploitation et l’Etat.
Il ne faut pas entrer dans les détails de la dégénérescence de la politique parlementaire, en particulier à la lumière des 72 voix pour Irom Sharmila à Manipur et des élections en Uttar Pradesh où le BJP a pu obtenir la majorité absolue sans donner un seul siège aux musulmans.
Donc, le seul l’espoir laissé aux forces démocratiques dans ce pays est la Révolution de Nouvelle Démocratie, la tâche démocratique inachevée qui nous a été confiée il y a 50 ans par le mouvement Naxalbari.

The Communist Party of Venezuela (M-L) Regarding the Complex Scenario in Venezuela

From the Political Bureau of the Marxist-Leninist Party of Venezuela,
Caracas, January 2019

As the leadership of our party has been stating in various national and international documents and places, the fundamental contradictions are becoming sharper. This has been seen with greater impudence in recent days by the actions of the US government and its lackeys. Every moment the imperialist policy becomes clearer, which makes it possible to remove any possible doubt about the effects of the interventionist, aggressive and anti-popular action against the peoples of the world, of the region, and now against the Venezuelan people. These politics have caused serious damage to the economy and the population, relying for its implementation on the native bourgeoisie, the local and regional instrument that affects, more than any other, the working majorities.

The administration of the ultra-reactionary Trump has counted on the support of some sell-out governments that act against the right to self-determination, endorse the condemnable action of the puppet Almagro in the OAS, as well as of all the instruments at the service of the monopolies. Meanwhile they apply anti-people measures designed by the IMF to increase the exploitation and repression against the majorities in their countries. This makes it clearer every day to all revolutionaries on which side we should be at this moment.

The main contradiction in this regional situation is, in general, between imperialist oppression and the struggle for liberation from this dependence. In particular this becomes a struggle between imperialism, mainly US imperialism, which has traditionally maintained its domination, and the interests of the exploited majorities. They sometimes support reformist, revisionist projects and other times support the revolutionary line. This depends in large part on the application of the correct tactics, which for true communists is the line of the Third International. At 100 years since its foundation, this remains in full force, with the tactic that promotes the unity of forces to confront the great imperialist capital and the embryos of fascism, unifying the proletarians in the march towards the total liberation of the oppressed of the world.

In Venezuela, the struggle against the US-EU imperialist bloc is progressing well, with ever increasing direct struggles involving different social classes. Mainly this is expressed in the major media in the struggle between the traditional pro-Yankee bourgeoisie, which intends to retake control of the government at all costs, and a many-sided tendency, with manifestations of national demands. This has shown itself close to the China-Russia bloc, leaving the objective of the proletariat and the popular masses in second place. But we must state that we are on the street, in the main struggles, in the debate and mobilization. This opens up great possibilities to strengthen the popular line of struggle for national liberation and socialism. It poses an immense challenge to the forces revolutionary; we are working continuously to consolidate higher levels of organization and mobilization of the revolutionary popular movement.

We Marxist-Leninists have a duty to continue gaining the confidence of the people for the consolidation of the political current of class independence. This demands the accumulation of its own forces and in alliances to organize resistance against the US-EU imperialist bloc, as well as in the struggle to improve the living conditions of the popular majorities. This helps them to identify their enemies, capitalism and imperialism as its higher phase, as the cause of their hardship, as well as internal and foreign accomplices. The Venezuelan proletariat is advancing under various difficulties, being clear on the achievement of the strategic objectives of the working class, the peasants and the people, with a position of critical support together with demands on a government under attack by imperialism.

We are adjusting our tactics with the most objective view of the circumstances, and our party, from the very terrain of the struggle, has understood that we are not only living through a complex political situation, marked by the consequences of the economic crisis, an increasing imperialist aggression, but also by errors of past and present government policy, by weaknesses of the revolutionary movement. Despite this the revolutionary movement has grown over the past 20 years, but in addition to the present situation, there is a structural problem of the bourgeois state. This state has shown a process of decomposition, which can be seen in the inability of the contestants to subdue their opponent and emerge as a parallel power. This shows us that this conflict of the structural base will not be solved in the short term and that it opens the possibility for fundamental changes. That is why we must also work on the strategic perspective.

The events of these last days affirm our thesis on the decomposition of the State, as well as the role of the US-EU imperialist bloc and its lackeys. Even with contradictions, as a result of their internal struggles, they maintain a line of conduct to take advantage of the economic, political and social disturbances that Venezuela is experiencing, contributing to the process of decomposition of the State. This process is deepening every day, leading to a negotiation to distribute the country’s wealth among the imperialist powers, to foreign aggression, a coup d’état or even a revolutionary situation. This is a consequence of the struggle among the different tendencies in conflict and the emergence of popular actors, as happened at other periods in the history of the country.

Faced with these scenarios, which are leading to situations of violence, we call on all revolutionaries, patriots and democrats, on the workers of the world, on the peasants and worthy people, to prepare the conditions of concrete solidarity, being certain that the Venezuelan people are resisting and struggling. They will continue resisting and fighting under any scenario; the working class, we Marxist-Leninists and especially our party are working to organize the defense, based on the legitimacy of the actions that the proletariat will take to safeguard their interests and those of the majorities, convinced that the contradictions present in the region are creating the conditions for a struggle that is expanding, and to work for the unity of the working class and peoples on the basis of tactics of a regional character in order to confront the main and common enemy of our peoples without dispersing the forces by attacking scarecrows.

Socialism Is Only Built with the Worker-Peasant Alliance in Power and the People in Arms!

 

Source: http://cpaml.org/posting1.php?id=824

La guerre populaire dans les pays impérialistes

Par le 

Parti Communiste Maoïste de France (PCmF)  

Plusieurs éléments ont composé le cocktail idéologique explosif qui allait déclencher le mouvement de 1968 : le début de la révolution sexuelle qui s’est opposée à la séparation des filles et garçons dans deux résidences séparées à Nanterre d’où la lutte est partie, la contestation de la société de consommation (Marcuse), le situationnisme (le livre  d’Hockeingeim – misère en milieu étudiant), la guerre au Vietnam (comités Vietnam de base), le mouvement d’opposition à Berkeley, Rudy Dutschke en Allemagne et le mouvement anti-impérialiste, la lutte contre le révisionnisme moderne khrouchtchévien, la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine, le mouvement maoïste, la tricontinentale, etc.. Sur le plan économique, de grandes grèves comme celle de la Rhodiaceta avaient jalonné l’année 67. Les évènements du Quartier Latin après la fermeture de Nanterre, allaient provoquer la nuit des barricades le 10 Mai 1968. Le 13 Mai à l’appel des syndicats contre la répression du mouvement étudiant, une manifestation rassemblait 1 million de manifestants à Paris. Jour après jour, des usines étaient occupées par les grévistes. Au bout d’une dizaine de jours, 10 millions de travailleurs étaient en grève, des paysans apportaient leur soutien, les commerçants recevaient des bons d’achat émis par les syndicats à Nantes.

   Bref la situation était quasi insurrectionnelle, mais le PCF ne pouvait que se comporter comme un parti légaliste, réformiste et révisionniste et développer sa thèse d’Union de la Gauche pour la conquête du pouvoir pacifique par la voie parlementaire. Certes la bourgeoisie a été contrainte de faire d’importantes concessions, entre autre le droit des immigrés à être syndiqués et élus, de fortes augmentations de salaires, etc. De Gaulle avait eu le temps de se ressaisir et la bourgeoisie désemparée, revigorée défilait sur les Champs-Elysées (1 million de personnes). La gauche était battue aux élections, une chambre gaulliste était élue.

   Mais le mouvement allait se poursuivre encore plusieurs années. Les trotskystes avançaient la thèse du reflux, alors que les maoïstes de la Gauche Prolétarienne, qui s’était formée en Août par la fusion d’une partie du mouvement du 22 mars et d’une partie de l’UJCML, refusait la théorie du reflux et posait le problème de la guerre populaire prolongée. Un plan d’implantation était élaboré vers les usines : la lutte contre l’exploitation, l’oppression et la conciliation réformiste et révisionniste était engagée. A Renault, c’était l’affrontement entre le comité de lutte et la direction CGT. De nombreuses victoires étaient obtenues par le comité de lutte, des actions contre les mouchards étaient organisées (GOAF, groupes ouvriers anti-flics), la rotation sur les chaînes étaient mises en place (division peinture notamment). Finalement la GP était interdite, les directeurs de la Cause du Peuple arrêtés et les vendeurs de la Cause du Peuple (maoïstes ou militants solidaires d’autres organisations) étaient jetés en prison. Ce qui n’empêchait pas le mouvement de se développer, bien au contraire. L’Union Nationale des Comités de Lutte d’Ateliers (UNCLA) était créée, mais aussi les Comités Vérité et Justice ainsi que le Secours Rouge. Ces organisations regroupaient des militants de diverses organisations. La GP était très activiste.

   La transformation de la GP en Parti était annoncée mais ne vit jamais le jour. La ligne empruntait divers aspects du maoïsme « on a raison de se révolter », lutte intransigeante contre le patron, lutte en dehors des cadres réformistes et révisionnistes, création d’une branche semi-armée, la NRP (Nouvelle Résistance Populaire), dans l’idée de détachements de nouveaux partisans. Mais la théorie de la construction du Parti par le bas persistait, alors que la GP avait été créée, elle, par le haut. L’UNCLA défendait une ligne économiste (la défense du beefsteak, le rejet du politique). La course derrière les Lip qui faisaient la révolution sans le savoir comme le prétendait le chef de la GP, Pierre Victor (Béni-Lévi), amena la direction à déclarer caduques les thèses marxistes-léninistes et à dissoudre la GP.

   Le mouvement autonome sur une ligne encore plus anarchisante va tenter d’appliquer la thèse des maisons pour tous qui était la thèse de la dissolution dans les masses proposée par la direction de la GP. Les NAPAP vont former un noyau armé, qui exécutera Tramoni, assassin de Pierre Overney. Va leur succéder le groupe Action Directe, qui va multiplier les actions armées et attentats contre des cibles impérialistes et capitalistes.

   La GP a été le seul mouvement se réclamant du maoïsme qui a eu une pratique importante dans les masses, ce qui fait sa différence avec Action Directe qui n’a eu pratiquement aucune influence politique et organisationnelle dans la classe ouvrière. La GP a pratiqué l’action symbolique semi-armée et avait comme objectif de mener la lutte armée, la guerre prolongée contre la bourgeoisie, mais n’a pas franchit le pas.

   Les manques de ces deux organisations (GP et AD) ne sauraient faire oublier les aspects positifs de l’une et l’autre, pas plus que le révisionnisme ouvert du PCF depuis les années soixante ne saurait faire oublier, la juste création de la section française de la IIIème Internationale, les luttes menées, et particulièrement la période de la Résistance. Ces expériences, ces luttes, font partie de notre patrimoine idéologique, politique et organisationnel comme la Commune de Paris et sur le plan international, la Révolution d’Octobre, la Révolution Chinoise, et les guerres populaires menées aujourd’hui au Pérou, au Népal, en Inde, en Turquie, aux Philippines,…

   En 1981, la gauche arrive au pouvoir, sociaux-démocrates en tête, alliés au PCF. Mitterrand a défini son objectif : réduire l’influence du PCF, lui faire perdre son électorat qui se réduira comme une peau de chagrin. Les ministres « communistes » vont  gérer le capitalisme. On connaît la suite. Les partis de gauche dont le P« c »F vont perdre les élections présidentielles en 2002, non pas parce qu’ils étaient divisés au 1er tour, mais parce que les promesses électorales n’avaient pas été tenues, que le chômage avait considérablement augmenté, etc.

   Devant la montée du Front national et bien que l’extrême droite ne totalisa que 6 millions de voix contre 10 pour la droite, ils ont appelé à voter Chirac qui a été élu à 82% des voix sur 70% de votants. Bien qu’élu grâce aux voix de la gauche et de l’extrême gauche,Chirac a accéléré la restructuration capitaliste prenant des mesures en conséquence : attaque contre les retraites, augmentation de la CSG, diminution des remboursements de santé avec l’aval de la CFDT, mise en place d’un nouveau contrat social (loi Borloo) et ses maisons de l’emploi.

   Lors du référendum sur la Constitution Européenne en 2005, malgré l’appui de la majorité du PS et de la CFDT qui appelaient à voter OUI, malgré la bienveillante « neutralité » « syndicale » que tenta de faire passer la direction CGT (position renversée par le CCN (Comité Confédéral National) qui fit adopter le NON), le mouvement ouvrier et populaire a voté massivement pour le NON. C’était la 1ère victoire du prolétariat et du mouvement populaire.

   Malgré cela, comme nous l’avions prévu et écrit dans notre presse, la bourgeoisie et le gouvernement de droite ont poursuivi leur offensive et Sarkozy a même fait passer la constitution européenne. De nouvelles mesures étaient prises soi-disant pour enrayer le chômage. Des nouveaux contrats ont succédés aux précédents. Le premier le CNE (Contrat Nouvelle Embauche) était avalisé par la CFDT. Il concernait les jeunes de moins de 26 ans embauchés dans les entreprises de moins de 20 salariés, lesquelles pouvaient s’en séparer sans préavis. La CGT et FO, bien qu’ils n’aient pas signé ce contrat, étaient impuissantes à s’y opposer. Il y avait eu pourtant d’importants mouvements, comme celui de l’Education Nationale, contre les Retraites etc. Au lieu d’appeler au blocage de l’économie capitaliste, en appelant à la « grève générale », ils appelaient dans la légalité avec préavis à des journées d’actions, secteur après secteur, empêchant ainsi tout mouvement généralisé. Les travailleurs perdaient des journées de salaires sans rien obtenir ou presque. Le découragement, l’amertume gagnait du terrain. Les partis de gauche n’avaient aucune perspective à offrir, si ce n’est que d’attendre 2007, pour mettre à la tête de l’Etat capitaliste un gouvernement de gauche en place de celui de droite. C’est cequ’on appelle l’alternance, que nous avons déjà vue à l’œuvre.  

   La misère, le chômage des jeunes considérable (40%) dans les quartiers populaires s’accompagne d’une répression de plus en plus forte. En novembre 2005, la mort de 2 jeunes électrocutés et un autre grièvement brûlé à Clichy sous Bois, suite à une poursuite de police sans fondement ont provoqué la révolte des banlieues. Cette révolte a soulevé la chape de plomb qui écrasait le prolétariat.

   Les partis ont dû se positionner par rapport à cette révolte. La majorité a mis l’accent sur les « excès » des révoltés, appelé au calme car ils sont sur le fond contre la violence utilisée par les masses pour s’opposer à l’oppression, à la répression. Lors de la révolte des banlieues, la bourgeoisie a arrêté plus de 3000 jeunes dont 600 ont été condamnés à des peines allant d’1 mois avec sursis à 8 mois ferme.  

   Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine, cela a été de nouveau démontré. Cette révolte a été suivie par celle de la jeunesse étudiante, lycéenne qui s’est soulevée contre le CPE au printemps 2006. L’occupation de la Sorbonne a conduit l’Etat à envoyer les CRS et gardes mobiles pour déloger les occupants. Le quartier était toujours bloqué un mois après. Cela n’a pas arrêté la détermination des étudiants et des lycéens. Le mouvement qui était parti de la fac de Rennes II, s’était étendu à Toulouse et Nanterre, puis a atteint 70 universités ; plus de 700 lycées furent bloqués. La jeunesse dans toute la France était dans la rue. 70% de la population s’est déclarée contre le CPE, car chacun se sentaitconcerné non seulement pour l’avenir de ses enfants, mais aussi par la démolition systématique du Code du Travail, la suppression de tous les acquis obtenus par la lutte sans interruption du prolétariat. Les manifestations s’amplifièrent de jour en jour pour atteindre 3 millions de personnes dans la rue le 28 mars. La provocation de Chirac à la télé en remettra autant dans la rue le 4 Avril.

   Pouvons nous dire que la révolte des banlieues, le mouvement contre le CPE soient des éléments de la guerre populaire, font partis du processus qui y conduit ? Oui, ce sont les prémisses de la guerre populaire ! Les jeunes des banlieues ont osé se révolter sans organisation, car les organisations ont abandonné un véritable travail politique révolutionnaire dans ces quartiers pour la simple raison qu’ils sont opposés à la rage qui se transforme en violence. Elles appellent au renforcement de la police, de la justice, demandent plus de moyens pour neutraliser cette colère, cette rage, pour pacifier la jeunesse désespérée. Ceci explique pourquoi les pacifistes, les conciliateurs sont rejetés par les jeunes des banlieues. Ils mettent l’accent sur les « excès », pas sur la révolte qui à leurs yeux n’est pas assez politique, alors que la révolte est dirigée contre tous les vrais excès de la bourgeoisie. La violence en est encore à une phase inférieure : il n’y a d’armes que du côté des forces de police. Elle revêt aussi un caractère symbolique et est reprise durant le CPE par des masses de plus en importante. Une partie des « casseurs » prend conscience au contact des radicaux du mouvement étudiant et lycéen et utilise la violence en ciblant mieux.

   Le mouvement lui-même emploie une violence limitée. C’est une violence défensivecontre l’appareil d’État. La direction du mouvement contre le CPE a échappée en partie aux forces organisées, qui y exercent néanmoins leur influence par syndicats interposés. Ils sont obligés de suivre car ils y ont intérêt. L’exemple le plus visible est celui de la CFDT, qui redore son blason en prenant la tête du soutien. Elle fait ainsi oublier sa prise de position pour le CNE. Le CPE a aidé la direction de la CGT dans sa préparation du 49èmeCongrès car il y a une forte opposition à son orientation conciliatrice, accompagnatrice de la restructuration. Aujourd’hui la direction CGT adhère à une « nouvelle » internationale syndicale, dont le programme est la gouvernance du monde en collaboration avec les instances internationales ONU, FMI, OMC… Le mouvement lui-même est traversé par la lutte idéologique, sur le problème de la violence, sur le problème d’attaquer le système lui-même et pas seulement le gouvernement en place.

   Le gouvernement a reculé d’un demi-pas sur le CPE et a abandonné ce projet en proposant des cadeaux supplémentaires pour les patrons qui, paraîtrait-il, les inciterait à embaucher. On a déjà entendu cette chansonnette, sous la gauche ou sous la droite, mais la jeunesse et les travailleurs qui les ont soutenus ont pris conscience de leur force. La jeunesse a secoué les vieux appareils réformistes et révisionnistes et les a contraints à remettre en cause le CNE, auquel certains avaient souscrit comme la CFDT. D’autres avaient refusé de déclencher le blocage du système économique comme moyen de lutte, blocage qu’il ne faut pas confondre avec la grève générale insurrectionnelle, aboutissement de la guerre populaire prolongée.

   Depuis le CPE, il n’y a pas eu de mouvement d’ensemble aussi massif et étendu dans la durée. Cependant, il y a eu des luttes dures qui prennent des formes nouvelles, qui marquent un certain virage. Ainsi, il est à noter les luttes dans les facultés contre la LRU puis contre l’application de la LRU (où les profs se sont solidarisé des étudiants). Ces deux luttes ont été caractérisées par de longs mois de blocage des universités ainsi que des tentatives de mettre en place des « facs libres », « universités populaires », bref des tentatives de renverser les schémas culturels des cours magistraux, des profs que l’on ne remet pas en question, des tentatives de reprendre ses affaires en main et d’ouvrir les universités vers l’extérieur. De même, dans certaines villes, des commissions externes se sont mises en place pour faire le lien avec les autres secteurs de la société et notamment la classe ouvrière.

   De même, la crise générale du capitalisme, crise de surproduction, a mené à la réorganisation du Capital qui se traduit par une augmentation de la concentration de capitaux et au redéploiement du Capital pour garantir à la classe capitaliste-impérialiste un meilleur taux de plus value. Cela s’est manifesté par de nombreux licenciements, des fermetures d’usines et d’entreprises. C’est ainsi que les travailleurs de ces usines et entreprises ont mis en pratique des formes radicales de lutte (séquestrations de cadres, occupations de lieux de travail et d’institutions de l’Etat, menaces de destruction des outils de travail, etc.). Dans le cadre de ces luttes, les travailleurs se sont opposés aux directions syndicales collaboratrices, véritables partenaires sociaux dociles des représentants du Capital (le gouvernement), et ont réalisé l’unité à la base dans des comités de lutte regroupant syndiqués et non-syndiqués. Certes ces luttes ont des limites et elles ne se sont pas généralisées mais les premiers pas ont été franchis vers l’autonomie de la classe ouvrière vis-à-vis des organes réformistes (syndicats et organisations politiques).

   La guerre populaire prolongée a commencé par la révolte des banlieues, elle s’est poursuivie par la lutte de la jeunesse contre le CPE, qui n’est qu’un pas supplémentaire dans cette guerre. Elle continue maintenant au travers des luttes dans les usines et entreprises. Le mouvement le plus avancé a tenté de s’organiser en comité de lutte, d’action. Ces luttes accumulées (révolte des banlieues, lutte  des étudiants et lycéens contre le CPE, contre la LRU, lutte des ouvriers contre les fermetures de boîtes et licenciements), ont eu l’appui et la sympathie de la majorité de la population. Cette contre-offensive contre la bourgeoisie montre que la phase d’initiation de la « guerre populaire » est amorcée. Ce ne sont que les prémisses de la défense stratégique. Ce ne sont que quelques ingrédients. Il manque certes beaucoup de choses. En particulier l’élément subjectif, en tout premier, un Parti Communiste maoïste plus puissant que celui qui mène en ce moment la lutte pour éclairer le chemin. Il manque des organisations de masses authentiquement révolutionnaires, guidées par le Parti, et liées aux masses ouvrières et populaires. Les jeunes des banlieues sauront sous la direction d’un tel Parti et d’un authentique mouvement de la jeunesse révolutionnaire emprunter la voie de la guerre populaire.

   Malgré la quasi absence de Parti, pas d’organisation de jeunesse révolutionnaire, encore moins d’unités combattantes, les jeunes des banlieues ont montré que les fils de prolétaires étaient capables sans organisation, de généraliser leur mouvement de révolte contre l’appareil répressif de l’Etat, contre le système d’exploitation. Depuis, il semble que les jeunes aient appris par leur propre pratique, après la répression massive. Ils sont passés de l’affrontement frontal contre des forces supérieures  à des méthodes encore défensives de « frapper avec des forces supérieures ». Pourtant ils n’ont pas lu les écrits militaires de Mao Zedong. Les jeunes révolutionnaires, les jeunes maoïstes doivent aller aux masses pour apprendre d’elles dans la pratique, mais aussi apporter leurs analyses car les communistes ne partent pas de zéro, « l’ancien doit servir le nouveau », et non le contraire car « le nouveau ne doit pas revenir à l’ancien », mais « seulement utiliser ce qui est utile pour le nouveau ».

Où il y  oppression, il y a résistance !

   La lutte va se poursuivre car les problèmes inhérents au système capitalistes ne peuvent être résolus par des réformes, quelque soit la couleur politique du gouvernement chargé de gérer ce système, mais par la destruction totale du système capitaliste et l’instauration du socialisme. Seul un processus conduisant à la guerre populaire dans notre pays en tenant compte des conditions concrètes de son développement, mais aussi dans tous les pays, peut permettre de prendre le pouvoir dans tout le pays et alors d’engager la construction du socialisme.

   Le parti en formation que doivent rejoindre tous les communistes de ce pays tire les leçons de la Commune de Paris, de la Révolution d’Octobre et de la Révolution chinoise, celles des avancées formidables de la guerre populaire au Pérou, au Népal (bien qu’il faille être vigilant au vu des derniers développements), en Inde, en Turquie, au Bengladesh, aux Philippines et, en ce qui nous concerne et en partant de nos conditions spécifiques, les leçons plus récentes de la révolte des banlieues, de celle des étudiants et lycéens, des luttes des travailleurs et des multiples formes de résistance et de révolte, de la prise de conscience que la gauche et l’extrême gauche légaliste, la droite et l’extrême-droite ne peuvent conduire le prolétariat et le peuple sur le chemin de la victoire.

Ils font leurs plans, faisons les nôtres

   Organisons partout la résistance !

   Créons nos organisations ouvrières, populaires contre la politique des dirigeants conciliateurs, réformistes et/ou collaborateurs. Démasquons les traîtres à la cause du prolétariat et du peuple.

   Formons des conseils dans les usines et les entreprises, regroupant syndiqués ou non syndiqués pour reconstruire le syndicalisme de lutte de classe. Formons des conseils de quartiers dans les quartiers populaires devant répondre aux besoins des plus larges masses d’opprimés et d’exploités, organes embryonnaires du nouveau pouvoir.

   Regroupons dans le Parti Communiste maoïste les communistes et tous ceux qui veulent renverser la dictature de la bourgeoisie et construire le socialisme.

   Contre la montée du fascisme moderne soutenons tous les mouvements ou actions de résistance, aidons à sa structuration, en vue de franchir les divers degrés de résistance, d’atteindre un équilibre suffisant avec les forces adverses pour passer à l’offensive dans tout le pays. C’est la voie de la guerre populaire prolongée jusqu’à la victoire définitive du prolétariat dans chaque pays et à l’échelle mondiale contre la réaction capitaliste et leurs alliés et complices.

 

Source: http://www.bibliomarxiste.net/documents/france/parti-communiste-maoiste-de-france/la-guerre-populaire-dans-les-pays-imperialistes/

Sur les Procès de Moscou

Dans le dixième Congrès du parti, Lénine avait proposé une interdiction sur les groupements de factions à l’intérieur du parti alors qu’ils allaient à l’encontre des principes d’organisation du bolchevisme, le centralisme démocratique. Le centralisme démocratique signifie que, dans un sujet donné, tout le monde a la liberté d’expression pour exprimer son opinion, mais une fois qu’une décision est atteinte, tout le monde doit respecter la règle de la majorité. Si après avoir perdu le débat sur une question donnée, un groupement de factions continuait à insister sur sa propre politique, malgré la majorité du parti qui décidait contre elle, ils seraient probablement expulsés du parti. Soit accepter les principes du parti ou être expulsé.

«Dans la lutte pratique contre le factionalisme, toute organisation du parti doit prendre des mesures strictes pour empêcher toutes les actions de factions… d’assurer une discipline stricte au sein du parti et dans tous les travaux soviétiques et de garantir l’unanimité maximale dans l’élimination de tous les factionalism…  »

– Lénine, « Summing-up discours sur l’unité du parti et la déviation anarcho-syndicaliste »

L’interdiction de Lénine sur les factions a conduit à la suppression de divers types d’activités de faction des syndicalistes, des trotskistes et du parti communiste gauche dirigé par Bukharin et d’autres groupes. Ces groupements ont été forcés d’accepter le centralisme démocratique et la discipline de parti s’ils voulaient rester dans le parti.

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(O.V.)

In the 10th Party Congress Lenin had proposed a ban on factional groupings inside the party as they went against the organizing principles of Bolshevism, Democratic Centralism. Democratic Centralism means that in any given topic everyone has freedom of speech to express their opinion, but once a decision is reached everyone must uphold the rule of the majority. If after having lost the debate on a given issue a factional grouping still continued to insist on their own policy despite the party majority deciding against it they would probably be expelled from the party. Either accept the Party’s principles or be expelled.

“In the practical struggle against factionalism, every organisation of the Party must take strict measures to prevent all factional actions… ensure strict discipline within the Party and in all Soviet work and to secure the maximum unanimity in eliminating all factionalism…”

–Lenin, “Summing-Up Speech On Party Unity And The Anarcho-Syndicalist Deviation”

Lenin’s ban on factions led to the suppression of various kinds of factional activities from the Syndicalists, Trotskyists and the Left-Communist Faction led by Bukharin and other groups. These groupings were forced to accept Democratic Centralism & party discipline if they wanted to stay in the party.

Source: https://mltheory.wordpress.com/2017/07/11/the-moscow-trials-part-1-the-investigation/ 

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Les procès de Moscou – Les investigations (Première partie)

LES PROCÈS DE MOSCOU – PROCÉDURES JUDICIAIRES (Deuxième partie)

Les Grandes Purges – Le Massacre de STALINE?

Le PMLQ inaugure sa nouvelle année

« Le PMLQ inaugure la nouvelle année »

Le Parti marxiste-léniniste du Québec (PMLQ) a été l’hôte d’une fête pleine d’enthousiasme dans la soirée du 5 janvier pour inaugurer la nouvelle année. Les camarades et les amis ont été accueillis par des chansons et des mots de bienvenue et d’appréciation pour le travail accompli par tous et par toutes à la défense des droits en 2018.

« Plus les conditions se détériorent à l’échelle nationale et internationale, plus la situation à laquelle les peuples font face devient difficile, a dit le chef du Parti, Pierre Chénier. Ces difficultés rendent d’autant plus significatif le travail accompli par tous et chacun dans l’année qui vient de se terminer. »

En plus des travailleurs, des femmes et des jeunes venus souligner la nouvelle année, le PMLQ a été honoré de la présence de la consule générale de Cuba à Montréal, Mara Bilbao, de même que des représentants de combattants de la liberté de pays comme le Salvador, le Brésil et le Liban, et du secrétaire de la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba.

Au nom du PMLQ, Pierre s’est engagé à continuer d’ouvrir les pages de Chantier politique à tous ceux qui parlent de leurs préoccupations en leur propre nom et en lien avec les préoccupations de la société et du corps politique. Il est très important, a dit Pierre, de développer la politique indépendante de la classe ouvrière et de ne pas être détourné par ce que la classe dirigeante dit être les enjeux. Seuls la classe ouvrière et le peuple ont un intérêt à traiter de la réalité telle qu’elle est, et non selon le mensonge inventé par les riches que la prospérité est créée en rejetant le fardeau de la crise sur le dos de la classe ouvrière et du peuple et en prétendant avoir reçu le mandat de le faire.


Pierre a parlé de l’importante qualité qui a émergé des luttes des travailleurs en 2018. Plusieurs contingents de la classe ouvrière ont pris position pour ce qui est juste, en dépit des pressions qui sont faites sur eux pour qu’ils capitulent. Cette pression provient des cercles officiels. Cela comprend ceux qui forment le gouvernement et ses agences et les partis de l’Assemblée nationale et les médias. Dans plusieurs cas, cette pression provient aussi de l’intérieur du mouvement syndical lui-même dont la vision des choses fait partie de l’idéologie officielle, l’idéologie qui blâme les travailleurs et leur résistance lorsque des problèmes surviennent, plutôt que les riches, leurs demandes et leurs arrangements corrompus. La classe ouvrière est imprégnée des principes de la défense de ce qui est juste et de la solidarité sociale, a dit Pierre, et le problème de se donner un leadership afin d’intervenir dans les luttes à partir d’un point de vue qui favorise les travailleurs et le peuple devient encore plus pressant à résoudre dans l’année qui vient.

Il a aussi dit qu’il faut intensifier l’appui à ceux et celles qui se battent pour les droits de tous et de toutes aux États-Unis et contre les coups et tentatives de coups des impérialistes américains en Amérique latine, les attaques contre Cuba et les préparatifs de guerre. La militarisation de la vie va certainement s’accentuer en cette année du 70e anniversaire de la création de l’OTAN alors que le Canada devient toujours plus intégré à la machine de guerre des États-Unis.

Pierre a mentionné que l’élection fédérale va avoir lieu en 2019 et a dit que les travailleurs doivent se préparer à intervenir sur ce front également d’une façon qui les favorise et qui favorise l’édification nationale au Québec et au Canada. L’assaut contre leur conscience a déjà commencé avec les efforts des cercles officiels pour diviser le peuple en l’alignant derrière tel ou tel parti qui, en fait, ne le représente pas. Pour faire des percées, le peuple doit parler en son nom, a-t-il souligné.

En parlant du travail que le PMLQ fera cette année, Pierre a mentionné spécifiquement la nécessité d’intensifier l’appui aux travailleurs migrants. « Les travailleurs migrants sont classés dans toutes sortes de catégories, comme travailleurs immigrants sous visa, travailleurs contractuels, travailleurs invités/saisonniers/temporaires étrangers et plusieurs autres, pour qu’on les oublie, pour qu’on ne les voit pas et pour qu’ils soient exploités. Ils reçoivent un traitement inhumain alors que le Canada et le Québec prétendent défendre les droits humains.

Pierre a dénoncé la désinformation faite par le gouvernement du Québec qui prétend avoir un mandat du peuple pour contrer l’immigration et combattre les symboles religieux dans les écoles et dans la fonction publique. Cette désinformation vise clairement à détourner l’attention du fait que le trafic d’êtres humains est en hausse pour faire pression sur les salaires et les conditions de travail de l’ensemble de la classe ouvrière, a-t-il expliqué. « C’est une tactique bien connue pour nous diviser pour que nous ne réussissions pas à mettre des bâtons dans les roues de l’offensive antisociale néolibérale. Nous vous appelons à appuyer et à joindre le travail de toutes les manières possibles à la défense des travailleurs migrants, pour mettre fin à cette terrible tendance. Les droits de tous les travailleurs et de toutes les travailleuses du Québec doivent être défendus, peu importe leur origine ou leur statut. »

Sur ces mots, le PMLQ souhaite à tous et à toutes plein succès dans leur travail dans la nouvelle année, a dit Pierre. « Les pages de Chantier politique et la permanence du PMLQ et son local de la rue Ontario sont à votre disposition. »


 

Source : http://www.pmlq.qc.ca/CP2019/CP06001.HTM

Is Post-Soviet Russia Imperialist ?

We do not endorse everything in this analysis but we think our followers must read this text for advancing of materialism study of post-sovietic society

 

Russia is said to be an imperialist world power, one in conflict with the imperialist superpower, the US. Russia has been characterized in this manner both during the period of the Soviet Union, and after the Soviet Union collapsed and separate states were formed. Russia has said to be imperialist both when it was a socialist state and now as a capitalist state.

Russia is also said to be a non-imperial capitalist state, one still struggling to recover from the crisis of the Soviet collapse and the political and economic catastrophe of the Yeltsin years, when it degenerated into a near neo-colonial client looted by the US.[1]

Lenin recognized that modern capitalism “is everywhere becoming monopoly capitalism.” [2] “Capitalism has grown into a world system of colonial oppression and of the financial strangulation of the overwhelming majority of the population of the world by a handful of “advanced” countries.”[3] This domination of the world by a few imperialist powers is not only the biggest barrier to the economic and social progress of the less developed countries, but to resolving the pressing problems that afflict humanity as a whole and now the planet itself.

Lenin defined modern capitalist imperialism:

without forgetting the conditional and relative value of all definitions in general, which can never embrace all the concatenations of a phenomenon in its full development, we must give a definition of imperialism that will include the following five of its basic features:

(1) the concentration of production and capital has developed to such a high stage that it has created monopolies which play a decisive role in economic life; (2) the merging of bank capital with industrial capital, and the creation, on the basis of this “finance capital”, of a financial oligarchy; (3) the export of capital as distinguished from the export of commodities acquires exceptional importance; (4) the formation of international monopolist capitalist associations which share the world among themselves, and (5) the territorial division of the whole world among the biggest capitalist powers is completed. Imperialism is capitalism at that stage of development at which the dominance of monopolies and finance capital is established; in which the export of capital has acquired pronounced importance; in which the division of the world among the international trusts has begun, in which the division of all territories of the globe among the biggest capitalist powers has been completed.[4]

In the following we will look at how capitalist Russia today meets these features as seen in the role Russian capitalist monopolies play in the world imperialist system, Russian export trade in general, the export of Russian capital, the role played by Russian finance capital, and finally Russian military power.[5]

1.Russia’s Strength among the International Capitalist Monopolies

Russia’s role in “(4) the formation of international monopolist capitalist associations which share the world among themselves” can be measured by the country’s corporations position among the 2000 most important international corporations.

Forbes listed the top 2000 corporations in the world based on total sales, profits, assets and market value. Of the top 10 companies, 5 are Chinese and 5 are US. China is home to 291 Global 2000 companies (up from only 43 in 2003).The U.S. is on top with 560. Canada has 50, Australia 39, India 58.

Russia has just 4 in the top 100, ranked 43, 47, 73 and 98. It has only 6 in the top 500, and 25 in the top 2000. Its total corporate share shows a slight declining, not an ascendant trend: in the 2008-2013 period 29-30 Russian corporations Russia made the Global 2000 list.

The 2000 companies on this list account for $39.1 trillion in sales, $3.2 trillion in profit, $189 trillion in assets and $56.8 trillion in market value. Russia’s 25 corporations’ sales total $568 billion, merely 1.45% of the total. Their collective assets amount to $1,757.3 billion, comprising just less than 1% of the total. Among the international monopolies, Russia is a very minor player.

Russia’s Labor Productivity Compared to the European Union and US

The prospect of significant change in these figures is belied by the problem of the low productivity of Russian labor. Labor productivity, here measured by the gross domestic product valued in U.S. dollars divided by the total number of hours worked by the country’s workforce, stood at 25.4 in 2016 for Russia.. This is the lowest rate among all the European countries, so low in fact, that it is less than half the average European Union rate of 53.4. Russia’ labor productivity is 36% of the US level of 69.9; Germany is 68.1. Russia remains mired in a backward country’s level of productivity, far from being able to compete with that of the advanced capitalist centers.

Russian Manufacturing Output

The role Russia plays in the world economic system can again be understood when comparing manufacturing output by country in dollar terms. In 2015, China ranked first with $2,010 billion

in manufactured goods, 20% of world output, and the US second with $1,867 billion, 18%. Russia ranked number 15, behind India, Taiwan, Mexico and Brazil, producing $139 billion in manufactured goods, again a marginal player, producing only 1% of world output.

  1. Russian Exports of Raw Materials vs High Technology Goods

In their export trade, imperialist countries typically show a marked tendency toward sales of sophisticated, high-value finished goods; of knowledge-intensive technical services; and also of financial services. Nations oppressed by imperialism typically are restricted to the export of raw materials at prices determined by the imperialist market and to production of finished goods by imperialist-owned corporate subsidiaries located in their countries.

In 2017 of the top export countries in the world, Russia ranked number 17, after Mexico, United Arab Emirates and Singapore. China ranked first, with $2,263 billion in exports, the US second with $1,547, Germany third with $1,448, with Russia up significantly from 2016, yet still only exporting $353 billion worth of goods.

The World Bank reported on Russia in 2017 that oil and gas account for 58% of exports, metals for another 11%, 6% food raw materials, 3% wood and pulp and paper, 4% precious stones and metals, other minerals. Over 82% of Russia’s exports are raw materials, while actual finished technological goods (including military) only made up 8% of exports.[6]

Russia’s top 10 exported and imported items in 2017 show that machine goods amounted to $12.8 billion in exports compared to $106.2 billion in imports.

Russian exports (and imports) do not fit in the pattern of an imperialist state, but rather of a semi-developed Third World state, exporting primarily raw materials, and relying on foreign import of advanced goods.

Russian Ranking in the Export of High Technology Goods[7]

Imperial powers would be the leaders in the export of high technology goods. In terms of world ranking in the export of these goods, China was again first, with $496 billion in high technology exports, with the US third (after Germany), exporting $153.2 billion.Mexico exported $46.8 billion. Russia ranked 31 in exports of high technology goods, with merely a total of $6.64 billion in exports. These figures also show that Russia is far from being an imperial player on the world stage.

  1. Russian Role in International Banking and Finance Capital

In Lenin’s list of the characteristics of imperialist countries of his time, the large banks are the most important organizations of finance capital. We would expect an imperialist state to be well represented among the leading banks. Of the world’s top 100 banks, ranked by total assets, China has 5 of the top 10. The US has 6 of the top 40. Of the top 100 banks, 20 are Chinese, 10 are US, 9 are Japanese, 6 French, 6 German, 6 British, 5 Canadian, 5 South Korean, 5 Brazilian, 4 Australian, 3 Swedish, 3 Italian, 3 Spanish, 3 Dutch, 2 Singapore banks, and 2 Swiss banks. Russia has one, ranked number 66.

Lenin stated that in the imperialist epoch “the division of the world among the international trusts” has taken place. How the world in the imperialist epoch is divided among these trusts changes as imperialist states rise and fall. In the present world division among these trusts we find Russia a quite minor actor, 4 corporations in the top 100, 25 in the top 2000, holding 1.45% of the world market share, no corporations among the top 100 in terms of foreign assets, and one bank in the top 100 international banks.

Russian Export of Capital

Lenin stated that “(3) the export of capital as distinguished from the export of commodities acquires exceptional importance.” Russia does have a substantial export of capital, but this comes in the form of capital flight, to tax havens such as Cyprus and the British Virgin Islands. Russia’s Central Bank put the country’s net capital flight in 2014 at $154.1 billion, and the total since Putin came into office in 1999 to 2014 at about $550 billion. The actual total through 2014 may be greater than $1 trillion. The Central Bank put Russian capital flight in 2018 at $66 billion.

Russian Multinationals’ Foreign Assets

A study lists the top 100 non-financial multi-national corporations as ranked by their foreign assets, their investment in other countries. In this key measure of export of finance capital, 20 of the corporations are US, 14 are British, 12 French, 11 German, 11 Japanese, 5 Swiss, 5 are Chinese (including Hong Kong). Not one Russian corporation makes the top list of 100 corporations based on their investments abroad.

The top 10 non-financial Russian multinationals possess $188.3 billion in total foreign assets, representing one-third of the Russian total. Total Russian corporate foreign assets amount to less than that of the first two on the top 100 non-financial world multinationals list.

Russian Holdings of Finance Capital Compared to Imperialist States

Another measure of finance capital holdings by the countries of the world is produced annually by Credit Suisse. Its Global Wealth Databook 2018 charts national financial wealth (stocks, bonds, money market funds and bank accounts) by dividing national financial wealth by the total adult population in each country. The top group, with over $100,000 average wealth per adult, consists of the countries of Western Europe, North America, Australia and New Zealand, Japan, Israel, Singapore and Taiwan. The US ($336,528) ranks second after Switzerland ($372,336). All countries in this group are the imperialist countries, or key satellites of the imperial center, the United States. The world average financial wealth per adult is $38,110; looted Greece stands at $33,969. China is far behind at $19,862. Russia lies much lower at $8,843, which amounts to 2.6% of the average adult financial wealth compared to the US.

Russia remains a world apart from possessing the financial wealth of an imperialist country. Of financial and non-financial wealth in the world, the US has a 31% share, China the only country over 10%, with 16.4%: Russia 0.7%.

Lenin wrote “Imperialism is the epoch of finance capital and of monopolies”…“In which the export of capital has acquired pronounced importance.”[8] In the area of export of finance capital for productive purposes by Russian multinationals, Russia is a very minor player.

  1. Russian World Military Weight

Lenin finally refers to the “(5) the territorial division of the whole world among the biggest capitalist powers.” Fundamental to imperialist country dominance of global economic structures is their role in policing and maintaining the world order they impose on us. Leading imperialist powers have important weapons industries, and participate as sellers in the global arms trade.

Russian Military Exports

It is only in military weight that Russia shows its power, but this by itself fails to make it an imperialist according to Lenin. Nor does it make Russia imperialist even in the pre-capitalist imperialist manner of ancient Rome, which was an expansionist military power. While Russia’s significant military might, especially its nuclear arsenal, makes it difficult for the imperialists to push around, Russia does not invade and bomb countries across the globe as the U.S. does, or even as second-rate imperial powers like Britain and France do. Moreover, unlike these other imperial military powers, capitalist Russia did not develop, but inherited its military might and armaments industries from the USSR.

Nevertheless, Russia is a top world weapons exporter. No branch of Russian manufacturing is competitive on the international market except for the armaments industry. World arms exports in 2016 totaled $32.262 billion and $31.106 billion in 2017. The Stockholm International Peace Research Institute lists Russia’s arms export at $6.148 billion in 2017, down from $6.937 billion in 2016. The world’s number one arms exporter is the US, with $10.304 billion in arms sales in 2016 and $12.394 billion in 2017. The US accounts for 34% of global military sales, and Russia for 22%.

The US’s arms exports are slightly more than double those of Russia. Here, Russia is falling behind: while US arms exports grew by 25% in 2013-17 compared to the 2008-12 period, Russia’s exports fell by 7.1% over the same period.

Russian Corporations among Weapons Producers

According to SIPRI, the world’s top 100 arms producers made $398.2 billion in sales and military servicing in 2017. (Defense News gives somewhat different figures). Half of that sum went to the top 10 producers, five of which are US companies, while one is Russian. Of the top 100, 42 are US corporations, while 10 are Russian.

Russian Foreign Military Bases and Military Budget

Russia has 15 military bases in 9 foreign countries. Only two of these are outside the former Soviet Union, in Vietnam and Syria. China has one base outside of China, in Djbouti. The US has over 800 foreign bases.

Compared to the US military budget, which SIPRI put at $610 billion, just the increase in the Pentagon budget this year alone is greater than the whole Russian military budget, which was $66 billion in 2017, fourth after China and Saudi Arabia.

Nato expansion

The US-NATO policy to surround, subjugate and recolonize Russia can be seen in their increasing encirclement

Russian Interventions in Other Countries

Russia has intervened in other countries (Yugoslavia, Georgia, Ukraine, Syria) but not in a manner of imperialist countries, which are motivated to seize natural resources and wealth. Nor is Russian intervention nearly on the scale of even secondary imperial powers such as France or Britain. Nor has Russia engineered coup d’etats in other countries as imperialist countries constantly do.

Russia intervened in a very limited intervention in the former Yugoslavia in the mid-1990s when the Russian forces acted as soft cops for NATO. Russia fought over pro-Russian South Ossetia with Georgia in 2008, which was backed by the U.S.

The conflict in Ukraine is a direct result of the US engineering a rightwing anti-Russian coup in 2014. The people in the eastern region of the Ukraine, which is predominantly Russian-speaking, rose up demanding political and economic autonomy. While those in east Ukraine are backed by Russia, Moscow has shown no interest in absorbing the eastern Ukraine as it did with the Crimea after the referendum there.

Russia’s direct military involvement in 2015 in the Syrian war is similar to that in the Ukraine: to fend off continuing US-NATO regime change and encirclement of their country. Russia was invited in by the Syrian government to assist in defeating rebel groups armed and financed by the US, NATO countries and Saudi Arabia.

In none of these cases has Russia intervened militarily to overthrow a government in order to protect its foreign economic interests, which US, Britain and France continually do.

  1. Russia and Imperialism Today

Referencing Lenin’s statement on imperialism, Russia is not a player in the dominance of monopolies and finance capital, nor does the export of capital play an important role (save the negative effect of on-going capital flight), nor do Russian trusts play any essential role in the division of the world resources.

Russia can be ranked as one of the world’s most powerful states only based on its military strength. Economically it shares the characteristics not of an advanced capitalist state, but of one on the capitalist semi-periphery. It plays very little part in the quintessential imperialist activity: the export of capital to the periphery and the extraction of profit from developing countries’ labor and resources. Russia’s finance capital is small, its exports predominantly raw materials, its industry weak, its multinational corporations minor, its economy plagued by low labor productivity.

Imperialism continues to be the main danger to the life and well-being of the peoples of the world. Our problems, humanity’s problems are rooted in imperialist domination of our nations and our lives. Specifically, this means the rule of the US imperialist boss and its imperialist underlings in Western Europe, Japan, Canada and Australia. Russia, while a capitalist country, bullied by the US because of its independence (like Venezuela, Iran, Qaddafi’s Libya, Nicaragua) is not part of any imperialist cabal that threatens us. Rather the world powers of Russia and China find they must respond to imperialism’s efforts to subordinate them. Their inconsistent resistance provides openings for other peoples and countries to assert their national sovereignty.

[1] Stephen Cohen wrote in The Failed Crusade that after the collapse of the Soviet Union began the most cataclysmic peacetime economic collapse of an industrial country in history. Capitalist restoration brought mass pauperization and unemployment, wild extremes of inequality, rampant crime, virulent anti-Semitism and ethnic violence, combined with legalized gangsterism and precipitous looting of public assets. By 1998 investment was down by 80%, real wages by half and meat and dairy herds by 75%. Those living below the poverty line in the former Soviet republics had risen from 14 million in 1989 to 147 million. This had produced more orphans than Russia’s 20 million-plus wartime casualties, epidemics of cholera and typhus re-emerged, millions of children suffered from malnutrition and adult life expectancy has plunged.

[2] Lenin: The Impending Catastrophe and How to Combat It, CW, 25, p. 339

[3] Lenin: Imperialism: The Highest Stage of Capitalism, CW,22, p.191

[4] Lenin; Imperialism, CW 22, p.266-267

[5] Two helpful articles in writing this are:

Renfrey Clarke and Roger Annis, The Myth of “Russian Imperialism” http://links.org.au/node/4629

Sam Williams, Is Russia Imperialist? https://critiqueofcrisistheory.wordpress.com/is-russia-imperialist/

[6] https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/29913/127254-WP-PUBLIC-ADD-SERIES-JunefinalRussiaEconomicReportENG.pdf?sequence=1&isAllowed=y p. v

[7] Definition: High-technology exports are products with high R&D intensity, such as in aerospace, computers, pharmaceuticals, scientific instruments, and electrical machinery.

[8] Lenin; Imperialism, CW 22, p.297, 267

 

Source: https://chicagoalbasolidarity.wordpress.com/2018/12/22/is-russia-imperialist/

Résolution de la IIIème Rencontre des partis et organisations marxistes-léninistes-maoïstes en Europe IIIème Rencontre des partis et organisations marxistes-léninistes-maoïstes en Europe

Notre Parti a participé à la IIIème Rencontre des Partis et Organisations Marxistes-Léninistes-Maoïstes d’Europe. Nous y avons lutté pour l’unité des communistes du continent et du monde entier. Voilà les trois résolutions prises à cette rencontre.

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!

Nous, partis et organisations marxistes-léninistes-maoïstes, avons tenu notre IIIème Réunion, continuant sur la trajectoire des Ière et IInde Réunions, préparées à l’initiative de la Vème Réunion des partis et organisations marxistes-léninistes-maoïstes d’Amérique latine. La conclusion réussie de la IIIème Réunion marque une nouvelle étape dans le processus en cours d’unité par le débat théorique et la pratique commune. Sur la base du marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme dans notre lutte pour l’unité idéologique en cours, toujours implacablement liée à la lutte contre le révisionnisme, nous intensifierons nos efforts au service de la révolution prolétarienne mondiale.

Sur la base de ces principes, l’unité entre les Partis et les organisations participantes a été renforcée et nous nous engageons à lutter pour inclure tous les Partis et organisations du continent désireuses de s’unir à nous. Nous adressons nos salutations en particulier aux Partis et organisations d’autres pays qui, bien qu’invités, n’ont pas pu participer en raison de problèmes spécifiques. Nous saluons les engagements pris dans leurs déclarations et nous continuons à lutter pour les inclure avec les autres forces communistes de tout le continent dans nos efforts communs.

Nous adressons également nos salutations les plus sincères aux partis et organisations marxistes-léninistes-maoïstes des centres de la tempête de la révolution prolétarienne dans les pays opprimés et en particulier à ceux qui sont au premier plan des luttes. Les guerres populaires au Pérou, en Inde, en Turquie et aux Philippines sont une source d’inspiration et renforcent notre détermination révolutionnaire. Notre position est claire et tout le monde doit savoir que nous voyons ces guerres populaires comme notre propre lutte. Par conséquent, toute attaque à leur encontre est rejetée catégoriquement comme une attaque contre le cœur même de notre engagement révolutionnaire. Nous refusons toute position capitulationniste d’”Accords de Paix”, toute liquidation de la lutte armée ou autre collaboration avec l’impérialisme, le révisionnisme et la réaction. Dans le cas de la guerre populaire en Turquie, en raison de sinistres événements récents, nous estimons qu’il est essentiel de souligner que c’est un principe fondamental pour tout parti, organisation, mouvement ou individu communiste, révolutionnaire et même soutien des révolutionnaires, qu’il est impossible de collaborer avec l’ancien État afin d’attaquer des forces au sein des rangs des masses populaires, que ce soit dans les pays impérialistes ou semi-coloniaux semi-féodaux. Le faire est un crime et nous condamnons donc fermement ceux qui ont dénoncé nos camarades turcs à la police et à d’autres responsables de l’État, et demandons le retrait immédiat de ces accusations. Nous soutenons fermement la lutte des forces révolutionnaires en Turquie.

Nous voyons très clairement comment les communistes dans le monde progressent avec audace et rapidité, que ce soit les partis menant la guerre populaire ou ceux qui luttent pour constituer ou reconstituer leurs partis en vue de déclencher la guerre populaire. Le maoïsme avance de plus en plus en direction de la nouvelle grande vague de la révolution prolétarienne mondiale. Il y a un besoin criant d’intensifier cette impulsion et de développer les efforts en cours pour unir les communistes du monde. Nous nous engageons fermement à lutter pour la Conférence maoïste internationale unifiée et à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour contribuer à son succès.

Unissons-nous sous le maoïsme!

Victoire aux guerres populaires!

En avant dans la lutte pour la reconstitution des partis communistes!

En avant à la Conférence internationale maoïste unifiée!

Novembre 2018

Signataires:
Parti communiste maoïste
Tjen Folket – Ligue Communiste, Norvège
Collectif Drapeau Rouge, Finlande
Comités pour la fondation du parti communiste (maoïste), Autriche
Comité Drapeau Rouge – RFA
Parti communiste de Turquie / marxiste-léniniste
Mouvement Populaire Pérou (Comité de réorganisation)

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!

Source: http://www.pcmaoiste.org/communique/resolutions-de-la-iiieme-rencontre-des-partis-et-organisations-marxistes-leninistes-maoistes-deurope/

 

Executive order no. 70 is in furtherance of fascist dictatorship: Statement by Prof. Jose Maria Sison

Statement by Prof. Jose Maria Sison
NDFP Chief Political Consultant
December 10, 2018

Executive Order No. 70 is the latest of presidential issuances in furtherance of the already ongoing de facto martial law nationwide and is in preparation for the formal declaration of martial law nationwide sometime next year. Duterte is truly hell-bent on imposing a fascist dictatorship on the Filipino people.

Under the pretext of ending the revolutionary movement, the national task force is aimed at militarizing all civilian departments and agencies of the reactionary government and concentrating powers and the opportunities for corruption in the hands of Duterte and his ruling clique.

EO 70 will not result in the end of the revolutionary movement led by the CPP. It will only inflame the revolutionary resistance of the broad masses of the people because more noncommunists and even more anti-commmunists than communists will be victimized by the military and police acts of suppression.

I said before that Duterte will have to kill, kill, kill a hundred or even a thousand noncommunists before he can kill one communist. Most of the victims of the national task force shall be the critics of and opposition to the tyrannical, brutal and corrupt Duterte regime.

The military and their civilian agents will also invent a big number of fake surrenderers and fake NPA casualties in fake encounters in order to pocket privately the money for fake surrenders and fake NPA casualties.

As Duterte himself said sometime ago, General Esperon can be his successor. Given more time for Duterte to further discredit himself, Esperon can be actually his succcessor as in so many cases abroad when the dictator becomes too discredited the man on the horse (a general) takes over. Duterte is practically sitting on a throne made of bayonets.###

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Duterte forms nat’l task force to end local communism
By: Nestor Corrales – Reporter / @NCorralesINQ
INQUIRER.net / 01:31 PM December 10, 2018
https://newsinfo.inquirer.net/1061679/duterte-forms-natl-task-force-to-end-local-communism?fbclid=IwAR0yyF3y5yXfQZKgsL7kcwPJP3OD2XEat8vdEDJpeKYIK7c_uYWb4Nf6hoU

MANILA, Philippines – President Rodrigo Duterte has created a national task force to end local communist armed conflict in the Philippines.

Duterte signed on December 4 Executive Order No. 70, which copy was only made available to the media on Monday.

Under the EO, Duterte directed the adoption of a national peace framework and institutionalizing the whole-of-nation approach in attaining to attain “inclusive and sustainable peace” in the country.

Duterte said “there is a need to create a national task force that will provide an efficient mechanism and structure for the implementation of the whole-of-nation approach to aid in the realization of the collective aspiration of the Filipino people to attain inclusive and sustainable peace.”

“The government shall prioritize and harmonize the delivery of basic services and social development packages in conflict-affected areas and vulnerable communities, facilitate societal inclusivity, and ensure active participation of all sectors of society in the pursuit of the country’s peace agenda,” Duterte said.

Duterte will be the chair of the task force while the national security adviser will be his vice-chair.

Members of the task force included secretaries of interior, justice, defense, public works, budget, finance, agrarian reform, social welfare, education, communications operations office; the director generals of National Economic and Development Authority and Technical Education and Skills Development Authority.

Other members are the presidential adviser on peace process, presidential adviser for the indigenous peoples’ concerns, chief of staff of the Armed Forces of the Philippines, director general of the Philippine National Police, chairperson of the National Commission on Indigenous People, and two representatives from the private sector.

Duterte ordered the task force “to formulate and start to implement in coordination with relevant national government agencies, local government units, civil society groups and other stakeholders.”

The President said “the framework shall contain principles, policies, plans and programs that will bring inclusive and sustainable peace, and address the root causes of insurgencies, internal disturbances and tensions as well as other armed conflicts and threats in identified areas.”

“Framework shall be responsive to local needs and sensitive to realities on the ground,” he said.

“The framework shall include a mechanism for localized peace engagements or negotiations and interventions that is nationally orchestrated, directed and supervised, while being locally implemented,” he added.

The initial funding requirements for the implementation of the order, Duterte said, should be charged against existing appropriations of member-agencies of the Task Force and such other appropriate funding sources as the Department of Budget and Management may identify. /kga

 

Source: https://josemariasison.org/executive-order-no-70-is-in-furtherance-of-fascist-dictatorship/

Pour une doctrine militaire prolétarienne: un débat communiste des années 1920-21

Auteur en 2004 d’une étude capitale réexaminant les guerres populaires et révolutionnaires à la lumière de la pensée de Clausewitz, Theodor Derbent se penche ici sur la dispute qui, au lendemain de la guerre russo-polonaise, a opposé Trotski aux partisans d’une « doctrine militaire unifiée », au premier rang desquels Mikhaïl Frounzé (parfois appelé le « Clausewitz soviétique ») et Nikolaï Goussev. Ces débats se fondaient sur une série d’oppositions : là où les « communistes militaires » prônaient une stratégie offensive, condition de l’exportation internationale de la révolution, et la création d’une armée permanente, Trotski quant à lui privilégiait l’ « autodéfense » du régime soviétique et, dans la lignée de Jaurès, la formation d’un système de milices. Se revendiquant de l’expérience de la guerre civile, Trotski refusait radicalement la « mise en dogme » des contingences empiriques du combat, autrement dit l’idée même d’une science militaire prolétarienne, de la même manière qu’il rejetait celle de culture prolétarienne. Prenant le parti des communistes militaires, Derbent dévoile les faiblesses de la position d’un Trotski ignorant les enjeux des guerres futures, l’évolution des techniques militaires, et faisant preuve d’un manque de perspicacité flagrant en matière stratégique. Derbent revigore ainsi l’idée d’une pensée communiste de la guerre que ne sauraient épuiser les réflexions actuelles sur la violence.

Avant-propos

Le sujet abordé ici a été une première fois présenté (en vérité : expédié) au colloque Penser l’émancipation qui s’est tenu à l’Université Paris 8 le 13 septembre 2017. Cette adaptation, qui est surtout un développement, a été écrite à la demande de la revue Période. Elle n’abordera que superficiellement les présupposés, cadres et conséquences du débat pour se centrer sur les échanges eux-mêmes, dont plusieurs des textes n’ont jamais été traduits.

J’ai essayé de donner à cette contribution la forme adéquate à une lecture web (ni notes ni citations).

Bonne lecture.

1. Introduction : Un débat riche et complexe

Le débat militaire a été, en URSS, dans les années 1920, d’une grande richesse et d’une grande liberté. Il a brassé les idées d’un large éventail d’intervenants, du jeune communiste sans autre formation militaire que son expérience de la guerre civile au vieux général tsariste encore stupéfait de l’existence d’un État ouvrier et paysan. Ce n’est « que » dix ans plus tard que les théoriciens opposés à la ligne auront affaire à des policiers plutôt qu’à des contradicteurs (la première arrestation de Svetchine remonte à 1931).

Il faut remarquer que chaque grand intervenant du débat s’est retrouvé tantôt en accord, tantôt en désaccord avec chacun des autres. Vorochilov et Staline se sont opposés à Toukhatchevski sur la mécanisation de l’Armée rouge, Vorochilov et Frounzé se sont opposés à Staline sur l’utilisation de l’armée dans la collectivisation, Toukhatchevski s’est opposé à Trotski et à Svetchine sur le caractère offensif de l’Armée rouge, Trotski s’est opposé à Vorochilov sur le partisianisme et à Svetchine sur la question de la milice, etc. Il n’y a donc pas deux « camps » (staliniens contre trotskistes par exemple) instrumentalisant le débat militaire pour des jeux de pouvoir, mais un réel échange de thèses, propositions, analyses et critiques.

Les positions sont généralement nuancées, distinguant les objectifs lointains et les contingences immédiates, et elles s’infléchissent au fil des années, avec l’affermissement du pouvoir soviétique, avec la disparition d’anciennes menaces et l’émergence de nouvelles. Il faut ainsi faire la part, dans la position de Trotski, entre l’impossibilité génétique d’une politique militaire prolétarienne et l’impossibilité conjoncturelle découlant du manque d’expérience de l’Armée rouge, du manque de profondeur de l’expérience socialiste, etc.

Remarquons enfin le vaste éventail des questions traitées : le choix entre une armée permanente et une armée de milice, les questions de la mécanisation, de la possibilité et du contenu d’une doctrine, du caractère offensif de cette éventuelle doctrine, la conceptualisation des opérations en profondeur et de l’art opérationnel, la place de l’appareil politique dans l’armée, etc.

Tout concourrait à faire du débat des années 1920 en URSS un des sommets de l’intelligence militaire – et tant pis pour ceux qui verraient dans cette expression un oxymore.

Au reste, bien des concepts nés à cette époque restent des fondamentaux de la pensée stratégique contemporaine.

2. Le cadre épistémologique du débat

La question de la possibilité d’une science militaire prolétarienne est un thème à tiroir qui amène à deux questions ayant déjà rempli quelques bibliothèques :

1° Le savoir militaire est-il une science ?

2° Peut-il avoir un caractère prolétarien ?

Voltaire a bien résumé, voire outré, la position de ceux qui reconnaissent un « art de la guerre » mais récusent toute « science de la guerre ». Il n’y a rien à apprendre des campagnes du passé pour celles à venir, dit-il, car « les ressemblances sont toujours imparfaites, les différences toujours grandes. La conduite de la guerre est comme les jeux d’adresse, qu’on n’apprend que par l’usage ; et les jours d’action sont quelquefois des jeux de hasard. »

Clausewitz se distingue, qui dépasse l’alternative dans une sortie hautement appréciée par Engels, en considérant la guerre ni comme un art ni comme une science, mais comme un acte de la vie sociale se rapprochant plutôt du commerce (qui constitue également un conflit de grands intérêts) et plus encore de la politique.

Si Frounzé semble reconnaître un caractère scientifique à la pensée militaire, Trotski adoptera une position critique dont l’expression la plus précise se trouve dans un discours de 1922 à la Société scientifique militaire intitulé Marxisme et connaissance militaire. La « science militaire », dit-il ne peut être considérée comme une « science naturelle » parce qu’elle n’est ni « naturelle », ni « science ». Selon Trotski, le savoir militaire est un art qui a besoin de connaissances issues de vraies sciences (géographie, ethnologie, statistique, etc.) et de principes issus de siècles de pratiques militaires qui ne constituent pas plus une science que, l’exemple est de lui, les principes de la serrurerie en constituent une.

Et ce n’est pas le marxisme qui l’aidera à en devenir une. Dans son discours, et dans le compte-rendu des discussions qui suivront, Trotski use d’images : le marxisme peut rendre compte de comment et pourquoi le paysan russe fabrique des chaussures en écorce de bouleau, car il peut rendre compte des conditions socio-économiques du paysan, de l’état de développement des forces productives, etc. Mais le marxisme ne peut pas enseigner comment fabriquer ces chaussures. Même dans son domaine d’élection, l’économie politique, le marxisme touche cette limite : il ne peut expliquer comment diriger une entreprise, comment tenir une comptabilité. De la même manière selon Trotski, le marxisme peut rendre compte du comment et du pourquoi d’une guerre, et même du comment et du pourquoi d’une victoire, mais il ne peut pas enseigner comment gagner une bataille.

Les Soviétiques n’ont résolu la question qu’en redéfinissant les champs d’application, et en faisant de l’art de la guerre une partie de la science de la guerre. Selon cette typologie, qui est postérieure au débat Frounzé/Trotski, mais qui en est une des conséquences, la science de la guerre se subdivise en quatre chapitres :

1° L’étude de la guerre, qui inclut l’histoire des guerres.

2° Les lois de la guerre, à savoir les quelques principes dont l’application est impérative à tous les niveaux, et les quelques règles dont l’application, toujours souhaitable, n’est pas toujours possible dans les conditions qui les rendent réellement productives.

3° Les bases théoriques de la préparation du pays à la guerre, qui correspondent peu ou prou à ce que Frounzé appelait « doctrine militaire ».

4° L’art de la guerre qui, à la différence de la science de la guerre, n’est pas un système rigoureux de connaissances des phénomènes et de leurs lois. En tant qu’activité concrète de commandement, il ne connaît jamais deux conditions identiques : ni les moyens, ni l’ennemi, ni le terrain, ni les conditions socio-économiques ne sont jamais identiques.

Le débat sur l’existence d’une doctrine militaire prolétarienne renvoie à celui sur l’existence d’une science prolétarienne, donc de sciences prolétariennes.

Trotski rejette cette éventualité : et pourquoi pas une science vétérinaire prolétarienne ? ironise-t-il… Pourtant, il considère le matérialisme historique comme une science, et même une science que la bourgeoise ne peut appréhender. S’il y a une sociologie marxiste, une science historique marxiste, une science économique marxiste, pourquoi le marxisme ne s’appliquerait-il pas à d’autres domaines avec autant d’originalité ?

C’est bien avant l’arrivée de Staline à la tête du Parti que cette notion de science prolétarienne, plombée et disqualifiée par le débat sur la génétique des années 1950, s’est affirmée. Cette science se voyait attribuer comme caractéristiques, qui sont autant d’avantages :

1° Sa base philosophique : le matérialisme dialectique, qui lui permet de surmonter les limites idéalistes et métaphysiques ;

2° Son caractère de classe : le prolétariat étant l’agent de la transformation historique, il est en mesure de concevoir les choses dans leur développement, et en ce qu’il est appelé à devenir l’agent de sa propre disparition dans la communauté sociale communiste, il est porteur d’universalité ;

3° Une formation sociale supérieure : offrant une meilleure base à l’activité scientifique.

Quand bien même suivrait-on Trotski en refusant au savoir militaire le titre de science (prolétarienne ou « générale »), quand bien même le réduirait-on à un savoir-faire, il resterait à trancher ce qui est le fond du débat : y a-t-il une manière prolétarienne de préparer et de faire la guerre ?

Trotski, on le verra, en rejette l’idée : il n’y a pas plus de manière prolétarienne de vaincre dans une bataille que de surmonter une épizootie. Pourtant, il reconnaît une manière prolétarienne de faire de la politique avec ses formes d’organisations spécifiques (parti et syndicat), ses formes de pouvoir particulières (soviet, dictature du prolétariat). Pourquoi dès lors n’y aurait-il pas une manière prolétarienne de préparer et faire la guerre ? d’autant que, pour Lénine, guerre et politique sont des domaines voisins.

C’est là le cœur du débat de 1920-21.

3. Le cadre théorique du débat

Outre Clausewitz, qu’ils citent tous deux ou, pour mieux dire, qu’ils tirent à hue et à dia, la principale base théorique assumée par Trotski et Frounzé est Engels.

Principale autorité marxiste en matière militaire, celui-ci avait dénoncé les théories en vigueur à son époque, attribuant les victoires au génie des chefs de guerre, au profit des facteurs suivants :

1° Tout ce qui fait la puissance d’une armée : la qualité et de la quantité de la population, l’armement, l’organisation, l’approvisionnement, les moyens de communications, etc. Facteurs qui dépendent directement de l’état du développement des forces productives.

2° La capacité des dirigeants politico-militaires de comprendre cet état de développement socio-économique et ses potentialités militaires. Les grands capitaine ont simplement adapté les méthodes de guerre aux nouveaux types d’armes et de combattants.

Les périodes révolutionnaires bouleversent tous les aspects de la vie sociale, le domaine militaire est parmi les premiers touchés, et les révolutionnaires sont les mieux placés pour saisir et exploiter le nouveau. Engels a ainsi évoqué la défaite des troupes anglaises, mercenaires, sans motivation aucune, coincées dans des formations serrées, armées du mousquet, face aux rebelles américains combattant en ordre dispersés, utilisant les couverts, tirant au fusil, chacun à son rythme et pour faire mouche, prêts à prendre des risques pour leur cause.

Mais ce sont les armées issues de la Révolution française qui, accomplissant l’épopée militaire que l’on sait, offrent le principal exemple à cette théorie. Le génie de Napoléon consista à comprendre toutes les potentialités de ces armées : armées de masse dotées des derniers progrès de l’artillerie (nombre, efficacité, mobilité, standardisation), bénéficiant d’une mobilisation économique nationale inimaginable dans l’Ancien Régime, et dont la motivation permettait de grandes manœuvres, des marches rapides sur les flancs, sur les arrières, ou sur le point faible de l’ennemi, et ensuite sa poursuite pour transformer une bataille victorieuse en succès décisif.

Engels et Marx allaient particulièrement s’enthousiasmer pour l’insurrection hongroise de 1848 et pour la résistance armée, dirigée par Lajos Kossuth, contre la cour d’Autriche. Les Hongrois retrouvèrent les procédés de 1793 (levée en masse) et bien au-delà (combinaison de la guerre classique avec la guerre de guérilla), donnant à Marx et Engels l’occasion de réaffirmer qu’une armée révolutionnaire découvre de nouveaux procédés stratégiques.

Mais il est une autre référence théorique au débat de 1920-1921 : c’est l’Armée nouvelle de Jaurès. Jaurès prônait le remplacement de l’armée permanente encasernée, aux conscrits délibérément coupés de la société civile et mis à la disposition d’une caste d’officiers réactionnaire, par un vaste système de milices. Celles-ci devaient avoir pour base les unités de production, les usines ou les communautés villageoises. Les miliciens devaient vivre et travailler normalement et recevoir localement une formation militaire.

Jaurès ne comptait que des avantages à sa réforme :

1° L’armée cesserait d’être un outil au main de la réaction, les bases même du militarisme seraient sapées, la jeunesse du pays ne perdrait plus de longues années abrutissantes et improductives dans les casernes,

2° Lecteur avisé de Clausewitz, Jaurès tenait la défense comme forme la plus forte de la guerre, et son système milicien offrait à la France l’outil défensif le plus efficace qui soit. La France aurait en chaque citoyen, un défenseur armé et entraîné, motivé et doté d’une forme de discipline bien supérieure à celle qu’obtient le caporalisme ; une discipline librement acceptée et comprise comme nécessité. Même si l’agresseur (comprenons : l’Allemagne impériale) prenait un avantage initial, grâce à l’attaque surprise de ses forces concentrées, la résistance se renforcerait à mesure qu’il s’enfoncerait dans le pays, jusqu’à l’épuisement de son potentiel offensif et l’inversion du rapport de force. Plus : l’armée milicienne aurait un tel potentiel défensif qu’elle pourrait même dissuader toute idée d’agression.

3° L’armée milicienne était inapte aux guerre d’agression. Pour peu que les partis ouvriers imposent de semblables réformes dans leur pays, à commencer par l’Allemagne, le spectre de la guerre serait conjuré.

Cette réforme était de celles dont Jaurès escomptait la transition, sans révolution, du capitalisme au socialisme. Les dirigeants bolcheviks avaient lu Jaurès. Ils jugeaient utopique cette réforme dans le cadre d’un État bourgeois : la bourgeoisie avait besoin d’une armée encasernée pour assurer son pouvoir, c’était le genre de réforme, suicidaire pour elle, qu’elle ne permettrait jamais. Mais au-delà de cette divergence, tout le mouvement ouvrier avait accepté la doctrine de Jaurès, recoupant celle de Mehring, pour les forces armées des futures républiques socialistes.

4. Le cadre historique et militaire du débat

À la fin de 1920, la guerre civile est virtuellement terminée en Russie. Frounzé se présente au 10e Congrès du Parti fort de la victoire écrasante qu’il a remporté le 16 novembre, en Crimée, sur la dernière armée blanche, celle du baron Wrangel.

Lorsque le Congrès s’ouvre, les dernières forces armées hostiles au pouvoir soviétique sont l’Armée verte de Makhno, le Mouvement des Basmachis au Turkestan et celui des Muridistes au Caucase. Frounzé est élu membre du Comité central mais, lorsque s’ouvre le Congrès, le 8 mars, le parti est en pleine lutte de lignes, avivée par le soulèvement de Kronstdat (survenu le 2 mars). Les débats opposent les partisans d’une radicalisation du communisme de guerre, comme Trotski, à ceux de la recherche d’une alliance avec la paysannerie, comme Boukharine, qui finalement imposeront leurs vues. Face au développement centrifuge des tendances, courants et fractions, Lénine met l’accent sur l’unité : c’est le fameux point 7 du Congrès qui aura une influence déterminante sur la vie politique du parti les années suivantes. Ces débats devront être interrompus en raison de la résistance des insurgés de Kronstdat et Frounzé, comme bien d’autres congressistes, participera à l’écrasement du soulèvement, qui sera achevé le 18 mars.

En octobre 1919, l’Armée rouge comptait trois millions d’hommes dont une immense majorité de conscrits paysans et 48 409 ex-officiers. Le Parti avait dû envoyer des militants ouvriers pour renforcer la solidité de l’armée. À cette époque, ils étaient 120 000. Goussev, dirigeant des commissaires politiques, qui jouera un grand rôle dans le débat qui nous occupe, estimera dans son Histoire de la guerre civile qu’avec moins de 5% de communistes, une unité était inefficace pendant la guerre civile, mais qu’avec entre 12 et 15% on pouvait la considérer comme une unité de choc. Une propagande est faite dans l’armée : 500 000 soldats rouges deviennent membres du Parti pendant la guerre civile, ce qui représente 91% des adhérents durant cette période. L’Armée rouge devient la première institution d’enseignement du pays : en 1920, elle comptera quatre mille écoles, trois universités, mille clubs, vingt-cinq journaux et deux millions de livres en circulation. En juin 1920, l’Armée rouge atteint son maximum d’effectif : 5,5 millions d’hommes. Elle compte 300.000 communistes en août 1920, soit un membre du Parti sur deux.

Si la lutte contre les armées blanches avait uniquement généré de débats sur les modalités d’un objet stratégique faisant l’unanimité (l’anéantissement des armées blanches et l’expulsion des interventionnistes), la guerre russo-polonaise allait faire surgir des questions plus larges qui marqueront le débat entre Frounzé et Trotski.

Le 25 avril 1920, les Polonais, voulant profiter de la faiblesse de la Russie soviétique pour annexer l’Ukraine et reconstituer la Grande-Pologne médiévale, franchissent la frontière. Bousculant le faible dispositif des armées rouges, elles s’emparent de Kiev le 7 mai. L’Armée rouge répond par une vaste manœuvre : Kamenev, qui commande la campagne, fait attaquer Egorov au sud avec trois armées et Toukhatchevski au nord avec quatre armées. Prise en tenaille, l’armée polonaise reflue, la cavalerie rouge sur les talons. Minsk est libérée et la frontière polonaise franchie.

Un débat a alors lieu au comité central, Trotski s’oppose à l’extension de la révolution par la conquête, mais Lénine prend le risque et rassemble les dirigeants bolcheviks polonais pour former un gouvernement révolutionnaire lorsque Varsovie sera prise.

Un vide s’est entre-temps créé entre les deux groupes d’armées soviétiques, entre le Front Ouest de Toukhatchevski qui marche sur Varsovie et le Front Sud-Ouest de Egorov qui marche sur Lvov. Les Polonais reçoivent une aide militaire de la France et s’adossent solidement à Varsovie. Le 6 août, Kamenev ordonne à Egorov de prêter main forte à Thoukhatchevki par une vaste manœuvre de trois armées, dont la 1ère Armée de cavalerie. Mais Egorov et les membres du Conseil militaire révolutionnaire du Front Sud-Ouest, (dont Staline et Vorochilov) ignorent délibérément l’ordre et, au contraire, lancent le 12 août, de leur propre initiative, une offensive en direction de Lvov, le « Manchester polonais », bastion du mouvement ouvrier. Le 13, Staline écrit un télégramme à Kamenev où il justifie son refus d’exécuter l’ordre. Pour cette insubordination manifeste, Staline est relevé de ses fonctions et rappelé à Moscou. Boudienny et Vorochilov continuent à faire la sourde oreille aux ordres répétés de Kamenev et ce n’est que le 20 août qu’ils tournent leurs forces vers le nord.

Mais il est trop tard. La bataille de Varsovie est une défaite, la défaite se transforme en déroute et se solde par un immense massacre de prisonniers rouges.

Le 12 octobre, un armistice est signé, suivi du Traité de Riga laissant à la Pologne la vaste portion de territoire ukrainien que l’URSS ne récupérera qu’en 1939, à la faveur du pacte germano-soviétique.

Toukhatchevski attribuera sa défaite au refus d’ordre du commandement du Front Sud-Ouest, c’est à dire à Egorov, Staline, Vorochilov et Boudienny.

Staline rejette la responsabilité sur Toukhatchevski : sa conduite des armées aurait été insuffisante, sa conduite des opérations aventureuse. Un meilleur que lui aurait gagné la bataille de Varsovie avec les forces dont il disposait.

Frounzé et Kamenev adopteront l’analyse de Toukhatchevski.

Trotski et Lénine ne se prononceront pas.

Si la version de Toukhachevski a totalement disparu de la littérature soviétique à partir du début des années 1930 (et ses défenseurs fusillés par la suite), elle est devenu aujourd’hui la plus couramment admise en Occident.

Mais il était une troisième analyse, celle de Svetchine, selon laquelle même si l’armée de Egorov avait prêté main forte à Toukhatchevski, et même si la bataille de Varsovie avait été gagnée, la guerre aurait été perdu en Pologne, à la bataille suivante ou à celle d’après. L’Armée rouge avait selon lui dépassé le « point limite » de l’offensive : ses forces étaient épuisées, sa logistiques et ses approvisionnements déficients, en raison de lignes de communication trop étirées et d’une carence en moyens de transports.

Quoiqu’il en soit, Trotski était conforté dans son idée qu’une offensive militaire pour étendre la révolution mondiale en passant sur le cadavre de la Pologne était une erreur. Et ses positionnements dans les débats à venir seront marqués par une posture stratégique fondamentalement défensive.

5. Les 22 thèses de Frounzé et Goussev

Au 10e Congrès, Frounzé et Goussev, figures de proue de ce qu’on appelait les « communistes militaires », présentent un projet de résolution en 22 thèses pour la réorganisation des forces armées soviétiques. Les 16 premières propositions sont écrites par Goussev, les six dernières par Frounzé, mais elles forment un ensemble cohérent.

Goussev commence par un examen de la situation à laquelle doit faire face l’Armée rouge, aux plans national et international. Il considère la guerre civile en Russie comme le premier épisode d’une guerre générale entre le prolétariat et la bourgeoisie. Ce premier épisode a été caractérisé par une instabilité des armées blanche et rouge, découlant de ce que la majorité de leurs combattants étaient des paysans, qui hésitaient entre les deux camps.

La 2e thèse de Goussev indique que si la contre-révolution est défaite en Russie à 90%, il ne faut pas que le pouvoir soviétique relâche ses efforts de défense parce qu’une ou plusieurs autres guerres sont possibles sur les frontières occidentales, au Caucase ou en Extrême-Orient.

Même si cette guerre n’éclate pas à court terme, précise Goussev dans la 3e thèse, il ne fait pas de doute qu’elle éclatera dans le futur. Et alors l’Armée rouge ne devra plus affronter des armées instables, mais des armées bourgeoises solides, bien armées et bien commandées. En l’état, l’Armée rouge est incapable de battre de telles armées, et sa réorganisation est donc une tâche essentielle, ce qui comprend un vaste programme d’entraînement et de formation militaires.

La 4e thèse de Goussev met en avant la nécessité d’améliorer qualitativement l’Armée rouge, en lui fournissant notamment un armement moderne. Goussev insiste, dans la 5e thèse, sur le décalage qualitatif entre l’Armée rouge et les armées blanche et impérialistes. Dans la 6e thèse, Goussev pointe comme le principal point faible de l’Armée rouge le corps des commandants. Pour y remédier, il propose la création d’un réseau d’écoles militaires de différents niveaux, dont l’enseignement serait conduit en observance des expériences des guerres passées, sur la base d’une doctrine militaire unifiée reposant sur l’étude de Marx et Engels.

C’est ici, sous la plume de Goussev, qu’apparaît la proposition d’une doctrine militaire unifiée, qui sera au cœur du débat entre Trotski et Frounzé.

Goussev prévient cependant que, même en suivant ce programme, l’Armée rouge restera longtemps qualitativement inférieure à ses ennemis, tant par l’encadrement que par la base économique du pouvoir militaire.

À court terme cependant, nuance la 7e thèse, il est possible de compenser la faiblesse de l’encadrement, en élevant la conscience politique et la préparation au combat des soldats rouges.

La 8e thèse de Goussev insiste pour une armée axée sur la qualité, de la base au sommet.

La 9e thèse évoque l’unification de l’entraînement militaire avec la vie économique du pays.

La 10e thèse indique que l’Armée rouge devrait apprendre la mobilité des armées de Makhno.

La 11e thèse affirme que la guerre future sera une guerre de manœuvre, et qu’en conséquence, le rôle de la cavalerie sera fondamental. Goussev invite à la renforcer avec des mitrailleuses portées, des auto-blindées, des camions et une aviation de bombardement. Cet équipement n’handicapera pas la mobilité de la cavalerie mais la transformerait « en arme d’un type nouveau » – la « cavalerie blindée ». C’était une analyse extrêmement perspicace, presque visionnaire, annonçant les changements dans les armées qui ne se profileront que dix ou quinze ans plus tard.

La 12e thèse appelle à une popularisation de ce programme, en tenant compte des impératifs de secrets militaires.

La 13e thèse met l’accent sur le danger du bonapartisme, d’une contre-révolution par un coup d’État militaire, socialement fondé sur la prédominance des paysans moyens dans la population et sur la tendance du capitalisme à réapparaître. Toute tendance au bonapartisme doit être combattue, et cela nécessite un important appareil politique au sein des forces armées.

La 14e thèse est consacrée au travail politique, à la nécessité de définir un programme, de fonder des écoles, etc.

La 15e thèse aborde la question du commandement unique, qui doit graduellement remplacer le binôme commandant/commissaire de la guerre civile. Elle aborde avec prudence la question du « partisanisme ». Le partizanstvo est un néologisme apparu en 1921 pour dénoncer la tendance à l’organisation irrégulière, au refus par des groupes armés rouges de se soumettre aux plans généraux, de s’intégrer dans l’appareil militaire (par exemple en conservant les prises de guerre plutôt que de les faire remonter aux services ad hoc pour une redistribution rationnelle).

Goussev critique le partisanisme, mais rejette une condamnation sans réserve d’un phénomène propre aux situations de guerre civile.

La 16e thèse, la dernière écrite par Goussev, cite la résolution adoptée par le 9e Congrès du Parti en 1920, établissant que la transition du service militaire (avec encasernement des unités) vers un système de milices devait avoir un caractère graduel, et surtout être fonction de la situation militaire et internationale de la République. Goussev, partisan de l’armée permanente, critique les tenants d’un système de milices dans les zones « sûres » (à l’intérieur du pays) et d’une armée régulière pour les frontières menacées. Goussev avertit qu’un système de milices peut encourager les particularismes aux dépens de l’intérêt général de la République. Pour Goussev, le système de milice n’est envisageable que dans les régions industrielles habitées par une population ayant une haute conscience de classe. Il préconise enfin l’entraînement militaire de tous les citoyens habitant les régions frontières menacées par la guerre.

Dans la 17e thèse, Frounzé prend le relais en insistant sur la nécessité de transformer l’Armée rouge en un organisme unifié par une communauté de vues politiques et idéologiques, unité devant être renforcée par une unité de vues sur les problèmes militaires – ce qui signifie, expose Frounzé, un travail pour résoudre ces problèmes et pour élaborer les méthodes d’entraînement au combat des unités.

La 18e thèse établit que cette unité sera renforcée et exprimée dans les règlements, manuels et directives militaires. Une telle unité doit être organisée sur la base du marxisme au sein d’un système ordonné, d’une vision du monde (Frounzé emploie le terme hégélien entré dans le vocabulaire marxiste : Weltanschauung) de l’Armée rouge et de la République tout entière.

Dans la 19e thèse, Frounzé expose que cette vision unifiée doit être le fruit du travail conjoint des travailleurs politiques et des spécialistes militaires.

Dans la 20e thèse, Frounzé énonce que l’état-major général doit se transformer en « état-major théorico-militaire de l’État prolétarien ».

La 21e thèse expose que l’état-major ne pourra accomplir cette fonction qu’en intégrant des travailleurs politico-militaires, et en donnant aux futurs chefs de l’armée une large éducation scientifique en plus d’une formation purement militaire.

La 22e et dernière thèse appelle à la publication immédiate, par les éditions d’État, de tous les travaux marxistes sur les questions militaires.

6. La réception des 22 thèses

Les délégués aux 10e Congrès ne semblent pas avoir été frappés par les 22 thèses de Goussev et Frounzé. Pire : Trotski, la seconde personnalité du Parti et de l’État, et la première figure militaire de la Révolution, déclara qu’elles étaient « incorrectes en théorie » et « stériles en pratique ».

Trotski poussa le mépris jusqu’à ne pas détailler sa critique mais, face à une telle opposition, Frounzé et Goussev retirèrent leur projet de résolution.

Cependant, les thèses des « communistes militaires » rencontraient un écho favorable chez les jeunes commandants qui voyaient, dans la future doctrine unifiée, la théorisation et la formalisation de leurs propres engagements et expériences.

La victoire sans combat de Trotski au 10e Congrès contre le projet de doctrine unifiée n’avait rien de définitif. Le projet restait vivant et attractif, surtout parmi les commandants et les travailleurs politiques de l’Armée rouge en Ukraine, comme en témoignent les articles publiés sur ce sujet dans la presse de l’armée.

Après le Congrès, Frounzé retourna à son commandement en Ukraine. Il reconnaissait à ses thèses une certaine imprécision, quelques inexactitudes et un manque de clarté dans la formulation, mais il restait persuadé de leur bien fondé. Lui et les autres « communistes militaires » entreprirent de les approfondir, de les clarifier et de les étayer.

L’Armée rouge entamait alors sa démobilisation : certaines unités seront employées dans la production en tant qu’ « armées du travail », puis seront carrément dissoutes. Les communistes la quittaient en masse, les tâches du jour étant la reconstruction et l’administration du pays. L’état de l’armée était lamentable. Les budgets s’effondrant, le matériel n’était pas renouvelé. Faute de caserne les soldats rouges logeaient chez l’habitant, au lieu de s’entraîner, ils coupaient du bois de chauffage, cultivaient des légumes pour améliorer leur vie quotidienne et construisaient leurs propre baraquements. En outre, ils étaient sans cesse mobilisés pour des tâches civiles comme rentrer les foins ou décharger les trains.

7. Frounzé : La doctrine militaire unifiée et l’Armée rouge

En juillet 1921, Frounzé fait paraître dans Armée et Révolution, journal destiné aux militaires d’Ukraine et de Crimée, son fameux Doctrine unifiée et Armée rouge. L’article paraît ensuite dans le numéro de juillet-août du journal généraliste ukrainien Terres vierges rouges.

Frounzé y expose d’abord la genèse de sa problématique mais sans évoquer les échanges du 10e Congrès.

Frounzé explique à nouveau que la victoire sur la contre-révolution, l’établissement du pouvoir des travailleurs crée les conditions de l’élaboration d’une telle doctrine. Celle-ci peut être développée par les spécialistes militaires et les communistes sur base de l’expérience des guerres passées et surtout de la guerre civile.

Selon lui, la pensée théorique militaire soviétique pourra se développer sur la base des relations sociales nouvellement créées. Au sein de l’état-major général, il se trouvera de vieux spécialistes qui se débarrasseront des vieilles routines et prendront à leur compte le point de vue des nouvelles classes sociales, aidés par l’expérience reçue dans l’Armée rouge. À cela doit s’ajouter l’activité de la jeune génération des travailleurs militaires issue des classes populaires dans un contexte de guerres révolutionnaires, et la conjonction de ces efforts donne à Frounzé l’assurance que l’analyse de l’expérience militaire soviétique progressera en même temps que l’élaboration de cette doctrine unifiée dont l’absence se faisait alors ressentir selon lui.

Frounzé expose qu’auparavant, l’issue des guerres armées dépendait de groupes de populations relativement réduits, ou de formations permanentes dont la guerre était le métier, ou encore de ceux temporairement inclus dans des troupes levées dans ce but. À présent les protagonistes des guerres sont pratiquement les nations entières. Les guerres subordonnent tous les aspects de la vie sociale, entraînant dans leur sillage tous les intérêts de l’État et de la société. Le théâtre des opérations militaires n’est plus étroitement délimité, mais composés de vastes territoires occupés par des millions d’habitants. Les moyens techniques ne cessent de se développer, devenant plus complexes, créant toujours de nouvelles catégories de spécialités, de types d’armes, etc.

Alors qu’autrefois, l’autorité directe du commandant sur chaque unité de son armée était normal, il ne peut plus en être question. Cependant l’unité de commandement est plus nécessaires que jamais, non seulement quand les opérations militaires sont en cours, mais dès la préparation à la guerre de l’État et de son appareil militaire. L’État doit déterminer à l’avance sa politique générale et sa politique militaire, indiquer les objectifs possibles de ses efforts militaires, élaborer et mettre en œuvre un plan général qui prépare, par une utilisation judicieuse de l’énergie nationale, les possibles affrontements futurs.

Quant à l’appareil militaire, il doit adopter la forme organisationnelle qu’exigent les buts généraux déterminés par l’État et créer sur cette base une solide unité des forces armées. Tous les échelons de la hiérarchie doivent être liés par un point de vue commun sur la nature des tâches militaires et les moyens de leur réalisation.

Une doctrine militaire unifiée doit donc commencer par indiquer le caractère des affrontements à venir, ce qui déterminera la politique militaire, le développement des forces armées, le caractère et le système d’entraînement des soldats et des grandes unités, la propagande politico-militaire etc.

À ce stade, Frounzé propose une définition : une doctrine militaire unifiée est la consigne acceptée par l’armée d’un État, instaurant la nature du développement des forces armées du pays, des méthodes d’entraînement de ses troupes, de leur orientation sur la base des opinions dominantes de son gouvernement quant au caractère des tâches militaires qui leur sont réservées et des moyens de relever ces défis, fondée sur la nature de classe de l’État et déterminée par le niveau de développement des forces productives du pays.

Frounzé reconnaît les limites de sa définition (qui sera pourtant admise du bout des lèvres par Trotski), et appelle à son développement.

Pour mieux se faire comprendre, Frounzé prend des exemples. Il expose les différences entre les politiques militaires allemande, française, anglaise et russe en les expliquant par les caractères propres du pays (bourgeoisie allemande vorace, donc expansionniste, avec une doctrine militaire offensive, bourgeoisie française repue, exploitant son immense empire colonial, donc aspirant au statu quo, avec une doctrine militaire défensive, etc.)

Et de conclure, sur base de ces exemples:

1° Les affaires militaires d’un État sont déterminées par les conditions générales de la vie dans cet État.

2° Le caractère de la doctrine militaire d’un État est déterminé par la nature de la classe sociale qui est à sa tête.

3° La vitalité d’une doctrine militaire dépend de son adéquation avec les objectifs généraux de l’État et de ses ressources matérielles et morales.

4° Il est impossible d’inventer une doctrine militaire : ses éléments de base sont donnés par le contexte environnant. Tout travail de recherche théorique consiste dans la découverte de ces éléments et dans sa transcription en un système conforme aux principes de la science et de l’art militaires.

5° La tâche théorique des travailleurs de l’Armée rouge doit être l’étude des structures sociales environnantes ; la détermination des tâches militaires résultant de l’essence de l’État ; l’étude des conditions permettant leur accomplissement en fonction des conditions matérielles et morales ; l’étude des particularités de la construction de l’Armée rouge et de l’application des méthodes de lutte à cette armée ; l’harmonisation des exigences de la science et de l’art militaires avec ces particularités objectivement et directement reliées à la nature de l’État prolétarien et à l’époque révolutionnaire.

Et Frounzé entreprend lui-même, dans la foulée, un partie de ce travail :

La doctrine militaire unifiée soviétique découle de ce que la dictature du prolétariat signifie la guerre inconditionnelle des classes laborieuses contre la bourgeoisie russe. Celle-ci, s’appuyant sur la force du capital international, sur la solidité de ses liens internationaux et, finalement, sur le conservatisme spontané des masses petite-bourgeoises, reste un ennemi puissant.

Entre l’État prolétarien et le reste du monde bourgeois, il ne peut y avoir qu’une longue et opiniâtre guerre à mort. Il se peut qu’un état de guerre ouverte laisse parfois et provisoirement place à une espèce de coexistence pacifique, mais fondamentalement, la Russie soviétique est en état de siège, et le restera aussi longtemps que le capital dominera le monde.

L’État soviétique possède un avantage : alors que la bourgeoisie doit user de tromperies pour mobiliser les masses vers des objectifs militaires étrangers à leurs intérêts, ces intérêts sont en adéquation avec la victoire de la révolution.

L’énergie et la volonté du pays doivent être tendues vers la création et le renforcement de sa puissance militaire, il faut le préparer moralement et matériellement à l’idée d’une guerre inévitable, seul moyen de l’affronter avec succès.

Frounzé pose ensuite la question de la nature des tâches de l’Armée rouge sous forme d’une alternative : défensive ou offensive ? Son texte, jusqu’ici solidement charpenté et argumenté, souffre là d’un confusion entre principe d’activité, principe d’initiative, et principe d’offensive. C’est sur ce talon d’Achille que Trotski se précipitera.

Que dit Frounzé ? Que la politique générale de la classe ouvrière, qui s’efforce de vaincre le monde bourgeois, ne peut qu’être active. Il est vrai que la faiblesse des ressources matérielles de la jeune République soviétique brident ce caractère, empêchent de viser immédiatement cet objectif. Mais cela ne change pas l’essence de la question et ce caractère de classe s’accorde au principe stratégique voulant que le camp qui se contente de se défendre est voué à la défaite.

La classe ouvrière sera contrainte, par le cours même du processus historique, de prendre l’offensive quand l’occasion s’en présentera. L’accord entre les exigences de l’art militaire et la politique prolétarienne est total, d’autant que les handicaps (économiques, scientifiques, etc..) de la puissance militaire soviétique peuvent être compensées par l’émergence d’un processus révolutionnaire à l’intérieur des pays capitalistes.

Cette thèse s’appuyait sur l’expérience de la guerre contre la Pologne : lors de son offensive, l’Armée rouge s’était renforcée de dizaines de milliers de volontaires issus des régions libérées : 30.000 rien qu’en Ruthénie, alors que le total des effectifs engagés ne dépassaient pas les 160.000 hommes. Et lorsqu’elle passa près de la Prusse orientale, elle reçut l’apport de milliers de volontaires allemands que Toukhatchevski organisa en une brigade autonome.

En évoquant l’initiative des prolétaires des puissances ennemies comme facteur compensant, dans une mesure restant à déterminer, l’infériorité qualitative de l’Armée rouge face aux armées des puissances impérialistes, et permettant donc à terme à l’Armée rouge d’envisager des opérations offensives, Frounzé va marquer, pour le pire et le meilleur, la pensée militaire soviétique au moins jusqu’à la guerre de Finlande.

Cet avantage sera évoqué ultérieurement comme compensant non plus la faiblesse matérielle de l’Armée rouge, devenue entre-temps moderne et puissante, mais l’avantage inhérent de la défensive sur l’offensive tel que théorisé par Clausewitz. Les stratèges soviétiques reconnaissent la validité des thèses de Clausewitz selon laquelle seule l’offensive permet d’atteindre des buts positifs, mais que, toute chose égale ailleurs, la défensive est militairement supérieure à l’offensive. Mais, ils vont considérer que leur singularité historique (être une armée qui représente les intérêt des peuples des pays ennemis, et pouvant donc compter sur l’appui de ces peuples), compensent les inconvénients de l’offensive énumérés par Clausewitz.

Les conclusions de Frounzé coïncident avec la politique de Lénine : il faut se préparer pour l’offensive à l’Ouest (ou une contre-offensive en cas d’agression impérialiste), mais lorsque le moment sera venu. Il faut certes attendre la nouvelle vague de révolutions en Europe, mais celle-ci ne pouvant tarder, les préparatifs doivent être menés sérieusement.

C’est une position médiane entre celle de Thoukhatchevski, prêt à apporter la révolution à l’Ouest à la pointe des baïonnettes, et celle de Trotski qui prévoit de s’installer dans la défensive et se consacrer à la reconstruction de l’économie. Frounzé envisage même une attaque préventive : si la menace d’une agression militaire impérialiste se profile concrètement, l’Armée rouge pourrait prendre tout à la fois l’initiative et l’offensive.

L’Armée rouge et ses états-majors doivent être prêts à remplir n’importe quel objectif opérationnel sur un champ de bataille qui est en fait la totalité du vieux monde. Les commandants rouges devront donc ajouter à l’entraînement militaire l’étude des conditions économiques et politiques des futurs théâtres de guerre.

De l’analyse de la situation générale de la Russie soviétique, en état de guerre permanente contre les puissances capitalistes, Frounzé déduit la nécessité d’éduquer l’armée dans un esprit de très grande activité, pour la préparer à l’accomplissement de tâches révolutionnaires par des opérations offensives énergiques et courageuses. L’expérience de la guerre civile a témoigné d’un esprit d’initiative dans le camp révolutionnaire, allant parfois jusqu’à la prise de risques excessive.

Frounzé revient sur l’infériorité matérielle (et notamment technique) de l’Armée rouge en indiquant que le plus important moyen d’y palier est la préparation matérielle et morale de l’Armée aux opérations manœuvrières à grande échelle. L’étendue du territoire soviétique, explique Frounzé, offre la possibilité de battre en retraite sur d’importantes distances sans perdre la capacité à poursuivre la lutte, ce qui crée les conditions appropriées pour l’application de manœuvres stratégiques (c’est-à-dire hors du champ de bataille immédiat). Le corps de commandants doit avant tout être formé aux idées de manœuvrabilité, et toute l’Armée rouge doit apprendre à exécuter rapidement et méthodiquement des marches de manœuvres.

Cette primauté de la manœuvre n’exclut ni les opérations défensives, ni la guerre de partisan. Mais celles-ci sont accessoires et ne doivent exister que pour permettre l’exécution par ailleurs de manœuvres générales. La guerre de partisan, dont la guerre civile a fourni une riche expérience, doit être pensée, préparée dans ce cadre et Frounzé écrira d’ailleurs, dans cet esprit, en 1933, des Instructions pour la guerre de partisan.

Le caractère manœuvrier des futures opérations amène Frounzé à réévaluer le rôle et l’importance de la cavalerie dans les batailles à venir. Il s’inscrit en faux contre ceux qui, sur base de la guerre mondiale, doutaient du rôle que la cavalerie pouvait jouer en tant que force active indépendante. Mais s’il affirme que la cavalerie rouge aura un rôle extrêmement important à jouer dans les opérations futures, il n’évoque plus, comme l’avait fait Goussev, une cavalerie de type nouveau, une cavalerie blindée. Si Frounzé ne reprend pas cette proposition de Goussev, qui sera théorisée puis mise en pratique par Toukhatchevski, c’est peut-être parce que l’économie de la Russie soviétique de 1921 ne peut lui en donner les moyens et qu’il avait décidé, dans cet essai, de se montrer plus spécifique que dans le projet de résolution du 10e Congrès.

Frounzé revient ensuite sur le système de milices en tenant son caractère secondaire pour acquis : une Armée rouge permanente est le seul choix possible, étant donnée la nature des tâches militaires. Il considère la question comme définitivement réglée, en relation avec les résolutions correspondantes du 10e Congrès et avec les décrets gouvernementaux qui les ont suivies. Frounzé n’accepte qu’avec réserves une transition vers un système de milice, fondée sur le Vseobshcheye Voyennoye Obucheniye, ce programme d’entraînement militaire universel ayant existé en Russie soviétique de 1918 à 1923 pour fournir un entraînement sportif et paramilitaire aux ouvriers et aux paysans pauvres. L’existence d’une milice n’est admissible que dans la mesure où elle permet des économies budgétaires, sans saper la capacité de l’Armée rouge à remplir des missions offensives.

À la fin de son article, Frounzé traite de la vie interne de l’Armée rouge, qui doit coïncider avec les idéaux de la société communiste, en limitant les privilèges des commandants aux exigences directes du service. Le drill abrutissant et répétitif, le dressage des militaires pour qu’ils défilent au pas de parade, etc. doivent céder à la discipline librement consentie, l’exécution volontaire et consciente des devoirs du service, au développement maximum de l’initiative personnelle de chaque soldat rouge.

La conclusion de Frounzé est modeste : il présente son ouvrage comme une ébauche des idées générales que devraient garder à l’esprit ceux qui travaillent sur les questions de théorie militaire. Les réponses finales ne pourront, selon lui, qu’être le résultat d’un long travail collectif.

Rien, dans l’article de Frounzé ne vise Trotski, ni directement, ni indirectement. L’article de Frounzé n’évoque même pas l’incident du 10e Congrès et accorde (notamment à Trotski mais sans le mentionner) que ses premières propositions étaient critiquables parce qu’imprécises. Cela vaut la peine d’être souligné parce que Trotski écrira que derrière Frounzé se profilait Staline, et que la polémique entrait donc dans le cadre des manœuvres le visant lui, personnellement. Lorsqu’il avançait ce jugement, Trotski avait tendance à tout voir à travers ce prisme, mais Frounzé n’était pas proche de Staline et celui-ci, au moment du débat, n’était pas encore secrétaire général du Parti.

Trotski a expliqué lui-même qu’il était doué pour se faire des ennemis et qu’il ne regardait pas, dans l’accomplissement de son travail, quels pieds il écrasait. Le moins que l’on puisse dire est que Frounzé et les « communistes militaires » s’étaient fait, au 10e Congrès, brutalement écraser les pieds, et qu’ils ne semblaient pas lui tenir rigueur.

Mais le pire était à venir.

8. Trotski : Doctrine militaire unifiée

En novembre 1921, Trotski livre une première réponse lors d’un débat, organisé par la Société scientifique militaire à l’occasion de son premier anniversaire, auquel participeront notamment Vatsetis, Toukhatchevski et Svetchine.

Mettant en garde contre les « contenus mystiques et métaphysiques » travestis en théorie révolutionnaire, Trotski se concentre d’abord sur la question de savoir si la doctrine militaire est une théorie, un ensemble de méthodes, ou l’art d’appliquer des méthodes. Mais sa question est rhétorique : l’exposé montre clairement que c’est ce dernier choix qu’il retient.

Il critiquera à cette occasion Toukhatchevski, qui considère la guerre de position comme dépassée, en l’accusant de procéder à des généralisations hâtives : si la Russie soviétique connaît cinq ou dix ans de paix, elle pourra développer et équiper des forces armées capables de tenir un front. Trotski refuse de considérer que la valorisation de la manœuvre puisse être fondée sur une analyse de la guerre future, il la dénonce comme idéalisation de la guerre civile passée.

Il s’en prend aussi à la « doctrine de l’offensive » en expliquant qu’il peut et doit y avoir des retraites nécessaires en stratégie comme en politique. Cette réponse semble prêter à Toukhatchevski l’idée qu’il faut attaquer en toute circonstance, ce qu’il n’a jamais pratiqué, dit, ni même certainement pensé. On reprendra Trotski caricaturer ainsi la position de ses adversaires.

Trotski critique aussi Thoukatchevski pour son choix d’un système d’armée permanente et son rejet d’un système de milices. Il souligne que le temps de paix joue en faveur de la Russie soviétique qui peut reconstruire son économie et conclut que, dans le domaine militaire, plutôt que de théoriser, mieux vaut accorder de l’attention aux détails comme le graissage des bottes et des fusils…

Trotski va reprendre, élargir et détailler ses positions quelques semaines plus tard. À la fin de l’année, l’article de Frounzé est republié dans le numéro de novembre-décembre de Science Militaire et Révolution, avec une longue réponse de Trotski intitulée Doctrine militaire ou esprit doctrinaire pseudo-militaire.

C’est ce texte que nous allons suivre pas à pas.

9. Trotski : Doctrine militaire ou esprit doctrinaire pseudo-militaire

Trotski ouvre son essai par une série de constatations coïncidant avec celles de Frounzé :

1° Il observe une intensification de l’intérêt pour les problèmes théoriques au sein de l’Armée rouge, correspondant au besoin de dresser le bilan du chemin parcouru et d’en tirer les conclusions théoriques et pratiques.

2° Les perspectives d’avenir (de nouvelles vagues de guerre civile entretenues depuis l’extérieur ? une attaque au grand jour d’États bourgeois contre l’URSS ?) doivent orienter une politique nationale et internationale, intérieure et militaire.

3° La situation est en évolution constante et, en conséquence, l’orientation doit pouvoir changer aussi. Jusqu’alors, le pouvoir soviétique était parvenu à faire face aux tâches militaires imposées par la position nationale et internationale. Ses choix se sont avérés plus pertinents que ceux des puissances impérialistes. Cette supériorité tient selon Trotski à la possession d’une méthode scientifique, le marxisme, et à la capacité de l’appliquer à la complexe combinaison de facteurs et de forces de cette période. À l’inverse, ses ennemis se sont révélés incapables, en raison de leur position de classe, de s’élever au niveau de la méthode scientifique : ils sont empiristes. Leur vaste expérience leurs donne des clés convenables pour de nombreuses situations, mais les marxistes ont une clé universelle qui rend service dans toutes les situations.

4° Le marxisme ne procure aucune prescription toute faite, et surtout pas dans le domaine du développement militaire. Mais ici aussi, il propose une méthode. Et s’il est exact que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, alors, il en résulte selon Trotski que l’armée est la continuation et la pierre angulaire de la structure sociale de l’État.

Selon Trotski, l’approche des questions militaires ne provient d’aucune doctrine militaire (d’emblée caractérisée par lui comme une somme de postulats dogmatiques) mais de l’analyse marxiste des besoins de la classe ouvrière pour son autodéfense.

Car Trotski parle d’entrée d’ « autodéfense » alors que Frounzé intégrait, dès le début de son essai, les besoins liés à l’extension internationale de la révolution. Il y a ici une différence d’approche qui touchera tout le débat.

5° L’Armée rouge, écrit Trotski, a été construite à partir de détachements de la Garde rouge, d’atamans paysans et d’anciens généraux tsaristes. Son point de départ n’est pas une doctrine : elle a été créée partir du matériel à portée de main, en unifiant tout ce travail du point de vue de l’État des travailleurs. Mais malgré la diversité des mesures pratiques et la multiplicité des moyens employés, il n’y avait pas d’empirisme en ce que tout était amalgamé par l’unité de l’objectif révolutionnaire, par l’unité de la méthode d’orientation marxiste.

Cette prétendue absence de doctrine dans la politique militaire des bolcheviks est discutable, nous y reviendrons.

Avant d’en venir à son débat contre Frounzé et les « communistes militaires », Trotski évoque trois débats antérieurs.

1° Le débat qui a opposé dès 1917 le principe manœuvrier au principe « impérialiste » de la guerre de position. Les contradicteurs de Trotski voulaient subordonner la forme organisationnelle de l’Armée rouge à la stratégie manœuvrière en décrétant que le corps d’armée ou la division, la brigade même (environ 5.000 hommes) étaient des unités beaucoup trop pesantes qui devaient céder la place à des combinaisons de détachements ou de régiments.

2° En lien à ce débat il y eu celui du partisanisme, déjà évoqué.

3° Il y eu également le débat sur l’emploi d’anciens officiers. En mars 1919, à la veille du 8e Congrès du Parti, la question des spécialistes s’était posée suite à une série de trahisons spectaculaires. Lénine envisage de licencier tous les ci-devant officiers. Trotski lui révèle qu’ils sont plus de 30.000 à servir dans l’Armée rouge, ce qui rend la proportion de trahisons négligeable. Cela provoquera un retournement d’opinion chez Lénine et la majorité des congressistes.

Il faut noter que l’opposition aux spécialistes n’a pas seulement été politique (comme chez Staline). Toukhatchevski ne leur était pas opposé en soi – il en était un lui-même ! Et lorsqu’il sera nommé à la tête de la 1ère Armée rouge, il lancera avec succès un appel au ralliement aux milliers d’anciens officiers qui s’étaient retirés à Simbirsk. La réserve de Toukhatchevski était militaire : il considérait que les colonels âgés de plus de 50 ans, pris dans les routines des armées d’ancien régime, nuisaient à l’Armée rouge et qu’il fallait promouvoir des hommes jeunes aux grades les plus élevés, pourvu qu’ils aient fait preuve de compétence.
Trotski évoque ces trois débats comme s’il s’agissait d’autant de manifestations d’un seul et même travers dogmatique. Il gomme toutes les différences entre ses contradicteurs, ne leur accorde non seulement aucune pertinence mais même aucune intelligence.

La manière dont ces débats sont introduits et présentés ne laissent guère de doute sur ses intentions: présenter la contribution de Frounzé comme le dernier avatar d’une longue série de prurits doctrinaires vains et stériles.

C’était entreprendre de disqualifier les propositions de Frounzé avant même de les approcher, et le procédé est d’autant plus regrettable que Frounzé n’avait pas été un défenseur du partisianisme ni un contempteur de l’emploi d’officiers.

Trotski revient alors longuement sur son idée que l’Armée rouge a été créé sans doctrine. Et c’est effectivement une question clé : si les bolcheviks n’ont pas eu besoin de doctrine au pire moment de la guerre civile, pourquoi en aurait-il besoin après avoir triomphé des périls ?

On peut douter de cette prétendue absence de doctrine. Trotski n’avait pas fait de grandes lectures militaires, mais L’Armée nouvelle avait profondément marqué sa pensée. Selon Radek, c’était même la lecture militaire qui l’avait le plus influencé.

Aux premières heures de la Révolution, toutes les mesures militaires montre la volonté d’appliquer la doctrine jaurésienne. Les limites de cette doctrine, dont la Garde rouge était l’expression concrète, dans les conditions de la Russie de 1918 avec les premières victoires des armées blanches, ont amené les bolcheviks a l’infléchir jusqu’à revenir au modèle honni de l’armée permanente. C’est un des grands mérites de Trotski d’avoir, l’un des premiers, perçu cette nécessité.

Trotski n’y voit pas un retour au modèle classique mais l’utilisation des habitudes, des coutumes, des connaissances et des moyens du passé avec le matériel humain et technique à portée de main. Et cela avec le souci d’assurer la domination de l’avant-garde prolétarienne dans l’armée.

Trotski prend l’exemple de l’institution des commissaires. L’encadrement des premières unités de l’Armée rouge étant constitué d’officiers de l’ancien régime dont la loyauté n’était pas établie. Le 4 avril 1918, pour se prémunir contre la trahison des officiers issus de l’ancien régime, un décret institue les commissaires politiques dans chaque unité à partir de la compagnie. C’est le système du double commandement : le commandant décide, le commissaire doit contresigner l’ordre et ne doit s’y opposer que s’il suppose une trahison ou un agenda politique caché. Les commissaires, des militants communistes, étaient également chargés d’entretenir le moral et la combativité des troupes. Ce système n’était pas issue du marxisme ou d’une doctrine militaire : c’était l’instrument adéquat dans des conditions particulières.

L’exemple donné par Trotski est équivoque parce qu’il s’agissait de la seule véritable innovation qu’il ait apporté. Toutes les autres mesures prises à partir de la fondation de l’Armée rouge tendaient au retour aux formes et procédés de l’armée de l’ancien régime. En fait, la création du corps des commissaires était le moyen de rendre ce retour possible.

Le passage du modèle jaurésien au modèle classique s’explique par la « montée aux extrêmes » de la guerre civile : quand les volontaires n’ont plus suffi, il fallut la conscription, et avec la conscription la lutte contre les déserteurs, le rétablissement des tribunaux militaires etc.

La République espagnole a connu le même processus.

La seule autre grande innovation de l’Armée rouge est la création en septembre 1919 d’une Armée de cavalerie. Entreprise sous le fameux slogan : « Prolétaire, à cheval ! », elle s’était heurtée à l’opposition radicale de Trotski. Les nécessités stratégiques de telles formations, inconnues en Occident, étaient telles que c’est finalement l’équivalent de trois armées qui sera créé : la 1ère Armée de Boudienny (la fameuse Konarmïa), la 2e de Philippe Mironov, le 3e Corps de cavalerie de Gaï et le 2e de Boris Doumenko. Elles joueront toutes un rôle décisif à un moment ou à un autre de la guerre civile. Ce n’est que plus tard que Trotski reconnaîtra son erreur, mais celle-ci vient de loin : Trotski n’a jamais eu d’autre modèle que l’armée milicienne jaurésienne ou l’armée classique. Il a abandonné le modèle jaurésien (ou plus exactement : en a reporté l’adoption pour après la victoire) et s’est dès lors borné, avec intelligence, méthode et énergie, à créer une sorte d’armée bourgeoise au service du prolétariat.

Pour Trotski, si l’Armée rouge est l’incarnation militaire de la doctrine prolétarienne, c’est seulement :

1° Parce que la dictature du prolétariat est sécurisée par l’Armée Rouge (toujours une formule défensive);

2° Parce que la dictature du prolétariat serait impossible sans l’Armée rouge.

Bref, face à ceux qui estiment qu’il y a un défaut de réflexion sur des questions de doctrine, sur ce que doit être l’Armée rouge, ses tâches historiques, ses perspectives stratégiques, Trotski répond que l’Armée rouge a été créée, qu’elle a vaincu et qu’elle s’est développée et qu’elle se développe très bien sans cela…

Lorsqu’il en vient à poster la question de la définition de la doctrine militaire, Trotski consent à juger acceptable « sous certaines réserves » celle de Frounzé.

Et comme Frounzé, Trotski va user de la méthode historique. Il commence par exposer que les fondements de la science militaire, communs à toutes les époques et à tous les peuples, se limitent à quelques vérités élémentaires. Les guerres ayant certains traits communs et relativement stables, un art militaire s’est développé sur le plan historique. Ses méthodes et ses usages subissent des changements en même temps que les conditions sociales qui le déterminent. Ainsi apparaissent des doctrines militaires nationales relativement stables mais néanmoins temporaires, combinaison complexe de calculs, de méthodes, d’habitudes, de slogans, d’humeurs militaires – correspondant à la structure d’une société donnée et, en premier lieu, à la nature de sa classe dirigeante.

Trotski illustre ses propos avec une analyse des doctrines militaires traditionnelles de la France et de l’Angleterre – analyse assez proche de celle que proposait Frounzé, et peut-être en partie reprise de lui. Mais c’est pour avancer que ces doctrines ont été mises à mal par l’épreuve de la guerre mondiale et plus encore par l’époque de très grande instabilité qui en a résulté, au point qu’aucun pays n’a gardé des principes et des idées assez stables pour être désignés comme doctrine militaire nationale.

Cette affirmation sera vite démentie : l’Angleterre va simplement mettre à jour sa doctrine en intégrant la dimension aérienne à sa traditionnelle politique de suprématie navale, avec la création la première force aérienne indépendante au monde, la Royal Air Force. La France va actualiser la sienne en poussant la doctrine défensive jusqu’à s’enfermer derrière la ligne Maginot ; l’Allemagne va offrir à sa vieille doctrine offensive de nouveaux moyens (blindés et aviation d’assaut) et de nouvelle tactiques (Blitzkrieg). Indiscutablement, les doctrines militaires nationales, très claires et très spécifiques, ne cesseront de s’affirmer, confirmant l’analyse de Frounzé et infirmant celle de Trotski.

Ce dernier poursuit le fil de sa réflexion : l’absence de doctrine militaire chez les puissances impérialistes rend impossible de prévoir la forme que prendra leur agression contre la Russie soviétique. Dans ces conditions, l’unique doctrine correcte est de « rester sur ses gardes ».

« Notre principal théâtre d’activité militaire de la Russie soviétique ces prochaines années sera-t-il en Occident ou en Orient ? » On ne peut, dit Trotski, donner une réponse inconditionnelle à ce type de questions, même lorsqu’elles sont posées de manière aussi grossière. La situation mondiale est trop complexe. Il faut évaluer les forces des classes dans toutes leurs combinaisons et tous leurs changements pour trouver une solution adéquate dans chaque cas concret.

Trotski affirmait une chose pareille en 1921, quand les choix d’équipements et d’organisation de l’Armée rouge étaient limités, mais c’était avoir la vue courte. Très vite des choix devaient être faits. On se souvient du dilemme posé par l’interrogateur de Roubachof dans Le Zéro et l’infini d’Arthur Koestler : construire des sous-marins océaniques, c’est prendre le risque de laisser les côtes sans défense en cas d’agression étrangère, construire des sous-marins côtiers, c’est prendre le risque de n’avoir pas les moyens d’appuyer la révolution mondiale. Il faut faire des choix. On ne peut pas adopter tous les équipements ni toutes les organisations.
Citant Clausewitz, Trotski rappelle les risques d’élever les affaires militaires en système mais il tentera pourtant de répondre aux « communistes militaires » sur base d’une conception de la doctrine militaire divisée en quatre éléments :

1° L’orientation fondamentale du pays suivie par le gouvernement dans les questions d’économie, de culture, etc.

2° Les grandes orientations de la politique internationale et, liés à cette dernière, les théâtres possibles des activités militaires.

3° L’organisation, l’entraînement et le développement de l’Armée rouge en correspondance avec la nature de l’État et la tâche de ses forces armées.

4° L’instruction stratégique et tactique de l’Armée rouge.

Les principes relatifs aux points 3 et 4 constituant selon lui la doctrine militaire dans le sens propre (ou étroit) du terme.

Sur base de cette subdivision, Trotski s’inscrit en faux contre ceux qui dénoncent l’absence de doctrine militaire. Il les met au défi de montrer une parcelle de cette doctrine militaire dont manquerait l’Armée rouge, un élément qui n’aurait été déjà formulé dans les résolutions du Parti, dans les décrets, réglementations, lois et instructions.

Il est difficile de savoir si Trotski ne s’est pas donné la peine de comprendre la problématique soulevée par Frounzé ou s’il feint de ne pas la comprendre pour les besoins de la polémique. Les textes qu’il évoque (le Décret de formation de l’Armée rouge et des dizaines d’autres) abordent en effet toutes les tâches de l’Armée rouge, mais il n’aident pas à la définition des axes de développement prioritaires pour la période d’affermissement du pouvoir soviétique.

Trotski s’en prend alors non pas à Frounzé mais un autre intervenant du débat, Solomine, qui avait mis l’accent sur le rôle international de l’Armée rouge dans un article de Science militaire et Révolution. En réponse Trotski livre une interminable citation d’un de ses propres articles de… 1905 où il mentionne la possibilité d’une armée russe révolutionnaire propageant la révolution en Europe, pour conclure que les questions abordées par les « communistes militaires » avait été réglées (par lui) quinze ans plus tôt.

Encore une fois, Trotski fait montre d’une singulière myopie.

C’est une chose de dire que peut-être la Russie soviétique sera attaquée (peut-être à l’Ouest, peut-être en Orient, peut-être partout en même temps) ou qu’elle sera peut-être amenée à intervenir en appui d’une révolution étrangère (peut-être à l’Ouest, peut-être en Orient, peut-être partout en même temps) et qu’il faut être « prêt à tout ».

C’est une autre chose d’organiser, d’équiper et d’entraîner l’Armée rouge sur base d’une réflexion des conditions objectives. Là il faut faire des choix : armée permanente ou armée de milice ? armée mécanisée ou logistique hippomobile ? construction des casernes et d’arsenaux aux frontières (pour appuyer une intervention étrangère) ou au cœur du pays (pour donner de la profondeur à la défense) ? À quantité égale d’acier et de travail, on peut construire un tank (choix offensif) ou dix canons anti-tank (choix défensif) : que choisir ?

Répondre « il faut être prêt à tout » semble témoigner d’un solide bon sens, mais cela n’est d’aucune aide dans ces choix, pourtant cruciaux.

Trostki s’en prend ensuite longuement au point le plus faible de la position des « communistes militaires » : leur doctrine de l’offensive. Évoquant le précédent congrès du Komintern qui avait exposé que seul un traître pouvait renoncer à l’offensive et seul un niais pouvait réduire la stratégie prolétarienne à l’offensive, Trotski déclare qu’il y a pas mal de « niais de l’offensive » parmi les « doctrinaires à la mode ». Il dénonce avec raison le syllogisme voulant que dans une époque révolutionnaire il faut se mettre à l’offensive, et y voit la simple application du gauchisme dans le domaine militaire.

Remarquons qu’ici, par facilité, mépris ou disposition polémique, Trotski s’en prend à de réels ou imaginaires partisans du « tout offensif », alors que l’essai de Frounzé envisage clairement la possibilité de phases et de batailles défensives et cela aux deux niveaux du débat :

1° Au niveau politico-stratégique général : il faut se préparer pour une guerre défensive mais la tendance principale historique tend plutôt à déterminer qu’il faudra mener une guerre offensive.

2° Au niveau militaire : il faut savoir mener des batailles et des combats défensifs mais dans une stratégie générale où la victoire sera remportée par la manœuvre et l’attaque.

Trotski voit dans les partisans de l’offensive des victimes du « méthodisme ». Ce concept, forgé par Clausewitz dans cette acception, désigne la tendance à faire un système stratégique stable d’une certaine combinaison d’actions équivalent à une série de conditions spécifiques, généralement fondées sur l’expérience de la guerre précédentes. Et Trotski de faire un procès pour « méthodisme » aux partisans de la doctrine de la guerre révolutionnaire offensive. Plus avant, il distingue deux éléments constitutifs de cette doctrine :

1° une politique internationale offensive pour accélérer le processus révolutionnaire.

2° une stratégie offensive pour l’Armée rouge.

Mais c’est pour revenir à son simple credo selon lequel « il faut être prêt à tout » : à une contre-offensive comme après l’agression polonaise, à une retraite comme après Brest-Litovsk, etc.

Au niveau international, la vague révolutionnaire de 1918-1919 a reflué et, facteur entériné par le 3e congrès du Komintern, dans de nombreux pays, les communistes ont été obligés d’effectuer des retraites stratégiques majeures. En Russie soviétique même, il y a eu repli dans le domaine économique (autorisation des concessions, abolition du monopole sur les céréales, etc.).

La raison de ces replis se trouve dans le maintien de l’encerclement capitaliste, donc la relative stabilité du régime bourgeois.

Que veulent donc, demande Trotski, ceux qui espèrent une Armée rouge orientée sur la guerre révolutionnaire offensive ? La reconnaissance du principe ? Alors ils enfoncent des portes ouvertes. La mise à l’ordre du jour d’une offensive révolutionnaire ? Alors ils s’opposent à l’analyse du Parti et du Komintern…

Trotski contourne ici encore les implications majeures de la question de la doctrine, à savoir les priorités à établir dans le développement des forces armées, sauf en un de ces aspects, très particulier et bien choisi pour les besoins de la polémique : l’éducation des soldats.

À nouveau, Trotski évite de s’adresser à Frounzé et tombe à bras raccourcis sur le pauvre Solomine.

Celui-ci avait eu le malheur d’exposer la thèse selon laquelle si la Russie soviétique était intéressée par une période de paix, les guerres révolutionnaires, en dépit d’une politique défensive, n’en demeuraient pas moins inéluctables. Et pour s’y préparer, il fallait entre autre doter les soldats rouges d’un esprit offensif. En d’autres termes, ironise Trotski, aux côtés d’une réserve de biscuits de l’armée, Solomine veut avoir une réserve d’enthousiasme offensif.

Trotski s’est choisi une proie facile : il a beau jeu d’expliquer que le pays et les travailleurs sont épuisés par la guerre et les privations. On explique aux soldats rouges que si on ne les démobilise pas, c’est uniquement parce que de nouvelles attaques menacent. Et c’est sur base de ces conditions que Solomine conclut qu’il faut éduquer les soldats rouges à la guerre révolutionnaire offensive… Trotski rappelle que l’Armée rouge est aux neuf dixièmes composée de paysans sourds aux sirènes de la guerre révolutionnaire offensive. La seule politique éducative consiste, selon lui, sans dissimuler un instant la possibilité d’une guerre révolutionnaire offensive pour aider l’émancipation des travailleurs d’autres pays, à mettre en avant la volonté de préserver la paix pour reconstruire le pays.

Il invoque la guerre polonaise, une guerre défensive qui, à ce titre, a largement mobilisé les masses et leur a donné l’allant pour la transformer en guerre offensive, et oppose cette « bonne dialectique » (une propagande défensive engendrant une guerre offensive) à la « mauvaise dialectique » de Solomine voulant une propagande offensive dans une époque défensive.

Suite à un bref passage sur les limites des analogies historiques relatives à la Révolution française, Trotski insiste sur le fait que la révolution ne peut être apportée de l’étranger : l’intervention militaire de l’extérieur ne peut être qu’un complément à la lutte révolutionnaire nationale.

Trotski envisage ensuite le contenu stratégique et technique de la doctrine militaire proposée, à savoir la manœuvrabilité et l’agressivité.

Si les opérations de la guerre civile s’étaient caractérisées par une extraordinaire manœuvrabilité, Trotski questionne opportunément leur origine : qualités intrinsèques de l’Armée rouge (nature de classe, esprit révolutionnaire, etc.), ou conditions objectives de la lutte (immensité des théâtres militaires, petit nombre de troupes, etc.) ?

L’Armée rouge, remarque-t-il avec raison, n’était pas la seule à se distinguer par sa manœuvrabilité. En infériorité numérique, mais avec une technique militaire supérieure (et, aurait pu ajouter Trotski, une cavalerie initialement plus nombreuse), les Blancs ont compris les premiers l’intérêt d’une stratégie manœuvrière. Durant les phases initiales, ils ont donné des leçons de manœuvrabilité aux Rouges. Quant aux forces de von Ungern et de Makhno, elles se caractérisaient par leur très grande manœuvrabilité. La manœuvrabilité, conclut Trotski de manière absolument convaincante, n’est pas particulière à l’armée révolutionnaire, mais à la guerre civile russe.

Dans les guerres nationales, une armée s’éloignant de sa base s’enfonce dans un environnement où ne sont disponibles ni soutien, ni couverture, ni assistance. Dans une guerre civile, chaque camp trouve du soutien sur les arrières de l’adversaire. Les guerres nationales sont menées par d’énormes masses, les guerres civiles divisent les forces et les ressources du pays, et dans leurs premières phases, elles mettent aux prises des forces limitées et mobiles, ayant recours à l’improvisation et étant sujettes à l’accident.

Il est donc inadmissible, conclut Trotski, de considérer la manœuvrabilité comme expression particulière du caractère révolutionnaire de l’Armée rouge.

Trotski évoque un autre article de la revue Science militaire et Révolution, écrit par un certain Varine, affirmant que la mobilité des unités rouges surpassaient tous les précédents historiques. Trotski déclare l’affirmation intéressante quoique méritant d’être vérifiée. Il reconnaît que l’incroyable vitesse des mouvements opérationnels, exigeant endurance et abnégation, était conditionné par l’esprit révolutionnaire de l’Armée, mais dénonce une nouvelle fois comme nocive toute tentative de « mise en dogme » des caractéristiques de la stratégie et des tactiques de l’Armée rouge durant la guerre civile.

On peut, d’après lui, dire à l’avance que les opérations de l’Armée Rouge sur le continent asiatique – si c’est là qu’elles doivent se dérouler – auraient, par nécessité, un profond caractère manœuvrier. La cavalerie devrait y jouer le rôle le plus important et dans certains cas, l’unique rôle. Mais les activités militaires sur le théâtre occidental seraient plus restreintes. Les opérations menées sur des territoires ayant une composition nationale différente et plus densément peuplés déboucheraient sinon à une guerre de position, au moins à des limites de la liberté de manœuvre.

Ainsi, le rejet d’une défense de positions fortifiées (tel qu’exposée par Toukhatchevski), peut selon Trotski résumer les enseignements de la période écoulée (l’Armée rouge n’ayant pas d’équipements ou de troupes spécialisées pour ce faire), mais ne peut devenir une règle pour le futur. Comme l’Armée rouge est en mesure de se doter des troupes capables de défendre une forteresse, elle peut les développer et les utiliser. Avec le temps, les unités rouges ont pu se doter des qualités nécessaires à la guerre de position (la capacités des unités à tenir une ligne de front en s’appuyant les uns sur les autres), avec le temps, ces capacités se développeront encore.

Ici encore, Trotski ne s’attaque pas au cœur de la pensée qu’il critique. Toukhachevski était un penseur militaire brillant. Son rejet de la défensive ne se basait pas uniquement sur les qualités « originelles » de l’Armée rouge mais aussi sur l’évolution de la technique militaire. En 1921, Toukhachevski n’a pas encore théorisé de l’emploi massif et conjugué de l’aviation et des blindés pour des opérations sur la profondeur, mais c’est déjà en invoquant les progrès de la technique militaire qu’il refuse que l’on enferme l’Armée rouge dans des lignes fortifiées. La réponse de Trotski se limite à dire : nous n’avions pas les moyens de nous enfermer dans une ligne fortifiée, mais maintenant nous en avons les moyens, le marxisme décrète qu’il ne faut a priori écarter aucun moyen, etc.

L’exposé de Trotski semble solide, et plusieurs de ses critiques et observations sont pertinentes, mais si on le confronte aux propositions auquel il prétend répondre, il est tout simplement « à côté de la plaque ». Les grands enjeux de la guerre future lui passent par-dessus la tête.

En s’en prenant au paradigme de l’attaque, Trotski expose qu’il n’est pas exclusif à l’Armée rouge. La doctrine militaire hitlérienne allait le prouver, mais Trotski va démontrer une nouvelle fois son manque de perspicacité dans le domaine stratégique en critiquant l’analyse que Frounzé avait fait de la doctrine militaire française. Selon Frounzé, rappelons-le, la position historique de la bourgeoisie française (repue, ayant eu la part du lion dans le partage colonial et entière satisfaction dans le traité de Versailles) dictait une doctrine militaire défensive. Trotski le conteste : l’attaque est la doctrine officielle de la République française, dit-il, et de citer des articles de la presse militaire française. Mais Frounzé avait vu juste : au fil des années le caractère défensif de la politique militaire française allait s’affirmer et s’incarner dans ce qui est devenu l’archétype du genre, la ligne Maginot.

Après le paradigme de l’attaque, Trotski aborde ceux de l’agressivité, de l’initiative et de l’énergie. Là aussi, il affirme que ces traits furent davantage, au début de la guerre civile, le fait des Blancs que des Rouges. Au cours de la première période de la révolution, les Rouges ont généralement évité l’attaque, préférant fraterniser et discuter, et cette méthode s’est avérée efficace. Ce sont les Blancs qui montraient de l’agressivité, qui forçaient les attaques. Ce n’est que graduellement que les troupes rouges ont acquis une énergie et une confiance garantissant la possibilité d’actions décisives.

Les grands raids de la cavalerie sont l’expression la plus explicite de la manœuvrabilité. Et Trotski a beau jeu de rappeler que le pionnier de ces raids fut le général blanc Mamontov. Trotski généralise : ce sont les Blancs qui ont appris aux Rouges comment faire de soudaines percées, des opérations d’enveloppement, des pénétrations sur les arrières de l’ennemi. Dans la période initiale, la Russie soviétique pensait se défendre par un long cordon de troupes placés côte à côte. La manœuvrabilité, l’agressivité et l’esprit d’initiative n’étaient pas les qualités premières de l’Armée rouge mais celles des Armées blanches.

De fait, le raid du 4e corps de cosaques du Don (9.000 cavaliers) du général Mamontov, qui dévasta les arrières du Front Sud de l’Armée rouge en août 1919, fut le premier grand raid de cavalerie de la guerre civile. Mais il est d’autres exemples qui mettent à mal l’objection de Trotski. Et l’exemple le plus évident ne lui a pas laissé le beau rôle, lui ayant d’ailleurs presque coûté sa place à la tête de l’Armée rouge.

En janvier 1918, Frounzé, qui avait assuré la victoire de l’insurrection de Moscou, avait su constituer la 4e Armée rouge en agrégeant des détachements divers, surtout de partisans. Alors que l’offensive de Koltchak battait son plein, Frounzé estimait que les succès même des Blancs les avaient mis en position de faiblesse, en allongeant leurs lignes de communication. Il proposa alors au chef d’état-major de l’Armée rouge, Vatsétis, de ne pas résister frontalement mais d’effectuer une vaste manœuvre : les 1ère et 4e armées rouges, ainsi que l’armée du Turkestan, déborderaient le flanc sud des Blancs. Comme Vatsétis restait indécis et évasif, Frounzé proposa cette manœuvre à Lénine qui l’approuva. Les forces mises à la disposition de Frounzé furent même augmentées puisque la 5e Armée, dont Toukhatchevski venait de recevoir le commandement, lui fut adjointe. La manœuvre fut un succès total : les forces blanches s’effondrèrent et refluèrent vers l’Oural.

La 5e Armée de Toukhatchevski contribua au plan général dicté par Frounzé par ses propres manoeuvres, ainsi la traversée à marche forcée, des monts Oural par la vallée de la Youryourani. Toukhatchevski fut décorée de l’ordre du drapeau rouge, le gouvernement, dans sa citation, vantant ses « manoeuvres amples, audacieuses, pleines de risques ».

Et l’histoire ne s’arrête pas là : Frounzé et Kamenev, le commandant du Front Est, souhaitaient poursuivre les Blancs, anéantir leurs forces pour libérer l’Oural et la Sibérie. Vatsétis, craignant l’entrée sur le champ de bataille de puissantes réserves blanches (en fait inexistantes) s’y opposa et ordonna un arrêt de l’offensive sur l’Oural. Trotski, qui voulait que les efforts soient concentrés sur le Front Sud, soutint Vatsétis. Comme Kamenev s’obstinait, Trotski et Vatsétis le relevèrent de son commandement. Les commissaires du Front Est (Smilga et Lachkévitch) se solidarisèrent de Kamenev et en appellèrent à Lénine qui leur donna raison.

L’offensive de poursuite voulue par Frounzé et Kamenev eut donc lieu et fut un succès total : les Armées rouges volèrent de victoire en victoire, libérant presque sans desseller ni combattre toute la Sibérie, s’emparant d’un immense butin de guerre.

L’erreur d’appréciation de Vatsétis était telle que Staline demanda et obtint du Comité central, le 3 juillet 1919, son remplacement par Kamenev. Un nouveau Conseil révolutionnaire de guerre de la République est alors formé : des proches de Trotski (Smirnov, Rosengoltz, Raskolnikov) sont remplacés par Smilga et Goussev. Trotski offre sa démission qui est démonstrativement refusée.

L’épisode est évoqué ici parce qu’il montre que les forces rouges avaient bien de grandes qualités manœuvrières dès le début de la guerre civile. On remarquera aussi que les adversaires de Trotski dans le débat de 1920-21, comme Frounzé et Toukhachevski, y ont excellés.

Trotski avait cependant raison de dire que l’Armée rouge en tant que telle (et non les forces rouges initiales) a appris des Blancs l’art de la manœuvre.

Les qualités d’initiative et d’allant étaient bien les qualités premières des forces rouges initiales (Gardes rouges, partisans rouges, et quelques unités comme les fusillers lettons ou les marins de la Baltique). Mais :

1° Ces qualités étaient à l’origine liées à « l’esprit partisan » qui sera placé sous l’éteignoir de la transformation en unités classiques commandées par des officiers d’ancien régime.

2° L’enthousiasme de ces troupes allait être dilué dans la masse des recrues paysannes résultant de l’instauration du service militaire obligatoire, le 29 mai 1918.

Ces recrues étant souvent pauvrement motivées, les désertions et les abandons de poste prirent le caractère d’un phénomène de masse. Le 29 août Trotski donne pour la première fois l’ordre de fusiller des déserteurs. Avant la fin de l’année, l’élection des officiers est abolie, la peine de mort et les tribunaux militaires rétablis, et les soviets de soldats dissous.

La séquence historique pour les forces armées rouges pourrait commencer par des qualités premières d’initiative, d’offensive et de manœuvre, résultant d’un esprit révolutionnaire propre à des détachements de volontaires organisés autour de commandants élus. Ces forces ont ensuite été dissoutes et leurs combattants versés dans des régiments normalisés, en même temps qu’un nombre écrasant de soldats forcés à se battre, le tout placé sous le commandement d’officiers de l’ancien régime. La perte des qualités initiales était inévitable, compensée par le développement quantitatif et le processus d’acquisition de qualités nouvelles. Et dans un troisième temps, partie à l’école des Blancs, partie comme fruit d’un immense travail politique, cette nouvelle armée a retrouvé le sens de l’offensive, de l’initiative et de la manœuvre, cette fois sous un commandement centralisé, à une grande échelle, et avec une répartition rationnelle des forces.

Mais reprenons le fil de l’article de Trotski.

Celui-ci remarque avec justesse que, dans la guerre manœuvrière, la distinction entre défense et attaque s’efface : seule compte la conquête de l’initiative. La confusion entre initiative et offensive était en effet une grande faiblesse dans l’analyse des « communistes militaires ». Si l’Armée rouge avait pu prendre l’offensive sur le front le plus important du moment, ce n’était qu’en s’affaiblissant provisoirement sur tous les autres. Trotski trouve cette constatation dans l’article de Varine et l’approuve. Dans les plans opérationnels, l’offensive était en rapport avec la défensive, voire avec la retraite.

Le travail d’instruction des troupes, conclut Trotski, doit donc introduire l’idée que la retraite n’est pas une fuite, mais parfois le moyen de préserver les forces, réduire le front, tromper l’ennemi etc. Et si une retraite stratégique est légitime, il est alors erroné de réduire toute la stratégie à l’attaque.

Revenant alors à l’article de Solomine (qu’il préfère décidément attaquer que celui de Frounzé) Trotski dénonce jusqu’à la manière dont la problème est posé : « Quel type d’armée préparons-nous et pour quelles tâches ? »  En d’autres termes: « Quels ennemis nous menacent et par quelles voies stratégiques (défense ou attaque) en viendrons-nous à bout ? »

Trotski compare cette approche à la manière dont le vieil état-major austro-hongrois avait envisagé, pendant des décennies, les possibles guerres (contre l’Italie, contre la Russie, etc.) en détaillant des variantes découlant de l’évolution des effectifs des armées potentiellement ennemies, leur armement, les conditions de mobilisation, les fortifications, concentrations et déploiements, etc.

Avec une désinvolture inouïe et une ironie pénible, Trotski balaie ce type de travail qui ne satisfait selon lui que des esprits bornés et routiniers rêvant de schémas stables. Comme l’époque est instable, il est impossible de prévoir tous les cas de figure.

S’enferrant dans cette voie, caricaturant, pour le disqualifier, le travail d’état-major en l’associant à des méthodes conservatrices et routinières, Trotski lui oppose le travail d’évaluation accompli par le Parti. Ce sont les congrès du Parti et son Comité central qui analysent la situation et forgent des directives qui sont tout ce dont l’Armée a besoin.

La morgue de Trotski envers la pensée militaire laisse sans voix. Il avait déjà eu l’occasion de dire que les grands principes militaires n’étaient que des truismes : un âne mangeant du grain par le trou d’un sac en évitant les coups de bâtons d’un mouvement de croupe mettait selon Trotski en application tous les grands principes militaires (exploiter le point faible, dérober les flancs, etc.) sans avoir lu Clausewitz. De Clausewitz d’ailleurs, il ne cite que les passages mettant en garde contre le dogmatisme, glissant sur l’immense portée théorique de De la guerre. On a peine à le croire mais dans ces lignes, indiscutablement, Trotski estime inutile le travail préparatoire d’état-major en temps de paix.

Trotski aborde ensuite la proposition de Toukhatchevski, soumise au Komintern, que soit établi un état-major international qui lui soit attaché. Trotski l’estime « bien sûr » mauvaise : elle ne correspond pas aux tâches formulées par le Congrès du Komintern et est prématurée. Un tel état-major ne peut selon lui surgir que sur la base d’états-majors nationaux de plusieurs états prolétariens.

Trotski reproche aussi à Toukhatchevski sa critique du système de milices – nous en reparlerons – avant de revenir sur l’objection de Solomine décrétant impossible de former en même temps les soldats rouges dans l’esprit de la défense et dans l’esprit de l’attaque. Ce n’était certainement pas la réflexion la plus intelligente de Solomine, et Trotski est très convainquant lorsqu’il expose que les bases de la construction militaire en Russie soviétique sont les tendances à la fois révolutionnaires et défensives des masses paysannes et même de larges cercles de la classe ouvrière. Cela correspond à la situation internationale, avec un mouvement révolutionnaire sur la défensive. En expliquant cette situation aux éléments avancés de l’Armée rouge, Trotski veut leur apprendre à correctement combiner défense et attaque.

Mais sur la lancée, Trotski s’en prend à l’affirmation de Solomine selon laquelle l’armée est formée pour une spécialité – soit pour la défense soit pour l’attaque. Il la juge « erronée jusqu’à l’absurde » parce que la défense et l’attaque constituent des moments variables dans le combat, etc.

Le fusil et la baïonnette sont bons pour la défense comme pour l’attaque, décrète Trotski, qui passe à côté des enseignements des derniers mois de la guerre mondiale, de l’apparition en masse du char d’assaut sur le champ de bataille à l’émergence d’une aviation stratégique. Et alors que dans son essai Frounzé remarquait que les moyens techniques de lutte ne cessaient de se développer, créant de nouvelles spécialités et de nouveaux types d’armes, Trotski en reste au fantassin universel armé de son fusil universel…

Alors certes, en 1921, l’Armée rouge ne disposait que de l’armement hérité de la guerre civile, mais justement, la question de son remplacement se posait. C’est en 1920 que commence la production des premiers avions militaires soviétiques : les premiers Polikarpov R-1 sortent d’usine alors qu’en Italie Giulio Douhet publie La Maîtrise de l’air, première apologie du bombardement stratégique. Le pays ne dispose encore que de vieux tanks abandonnés par les interventionnistes mais les débats ont commencé sur leur rôle dans la guerre future : J. F. C. Fuller a déjà publié son Tanks dans la grande guerre. Trotski, commissaire à la guerre, semble aveugle et sourd à ces grands débats.

Trotski reconnaît dans l’enchevêtrement de rapports internationaux certains éléments permettant d’orienter le travail militaire à moyen terme. À l’ouest, il y a la Pologne et la Roumanie (et derrière elles, la France), en Extrême-Orient, le Japon, autour du Caucase, l’Angleterre. La question de la Pologne est la plus claire. La Russie soviétique s’en tient à la stricte exécution du traité de Riga. Si la Pologne attaque, la guerre sera défensive, ce qui galvanisera la mobilisation du peuple et de l’armée.

Ce n’est que dans les toutes dernières lignes de son essais que Trotski pose la question centrale : comment s’orienter concrètement dans la construction militaire ? Quelle devrait-être la puissance numérique de l’armée rouge ? Dans quel type d’unités ? Avec quelle répartition ?

Mais c’est pour déclarer que seules sont possibles les approximations empiriques et les rectifications opportunes, dépendant des changements de situation. Seuls les « doctrinaires désespérés », déclare Trotski, pensent que les réponses aux questions de mobilisation, formation, entraînement, éducation, stratégie et tactique, peuvent être obtenues par déduction.

Et à ce stade, Trotski s’abaisse à jouer les « monsieur gros bon sens » avec une conclusion digne d’un adjudant prussien : foin d’études doctrinales, il faut cuisiner de la bonne soupe aux choux, enseigner comment détruire les parasites corporels, diriger correctement les exercices, enseigner comment graisser les fusils et les bottes, enseigner comment tirer, aider le personnel de commandement à bien assimiler les règlements, à emballer ses pieds correctement dans des bouts de tissu et, une fois encore, (c’est Trotski qui se répète) à graisser les bottes…

10. Une première évaluation

Tout cet essai, malgré quelques fulgurances, montre un Trotski bien en deçà des exigences du débat. C‘est peu dire qu’on l’a connu plus inspiré et ses procédés même sont quelque peu indignes. Face à des méthodes et des conclusions aussi grossières (où a-t-on vu que Frounzé prônait de ne pas graisser les bottes ?), face la violence de la charge et la pauvreté de son contenu, on peut imaginer que Frounzé, Goussev et les autres « communistes militaires » aient été un peu abasourdis.

On l’a vu, la proposition de Frounzé a un fondement marxiste solide : une situation politique, sociale et économique nouvelle ouvre les possibilités d’une nouvelle manière de faire la guerre. Il se propose non plus, comme l’on fait Engels et Mehring, d’en analyser les caractéristiques a posteriori, non plus, comme l’ont fait Cromwell et Napoléon, d’en utiliser les caractéristiques à chaud et empiriquement : Frounzé se propose de déduire méthodiquement ce que la nouvelle situation sociale, politique et économique de la Russie implique sur le plan militaire. C’est la combinaison de cette analyse et des traits de la conjoncture (qui sont les ennemis de la Russie soviétique ? Quelles sont leurs intentions ? Quelles sont leurs forces?) qui doit donner naissance à la « doctrine militaire unifiée ».

Mais cette myopie de Trotski ne disqualifie pas toutes ses critiques.

Le fait d’avoir traversé victorieusement la guerre civile fournit une expérience qui a un double aspect. Un aspect positif, celui d’une pratique menée avec succès, le meilleurs moyen d’affirmer le vrai sur le faux. Un aspect négatif, celui d’une absence d’analyse critique des anciens choix qui se sont révélés justes.

In fine, Trotski reproche à ses adversaires d’ériger une expérience empirique en modèle, ou plus sévèrement encore : d’idéaliser les lacunes.

Dans une certaine mesure, sûrement, certains d’entre eux ne faisaient que généraliser, en la théorisant, leur expérience dans la guerre civile. Vorochilov et Boudienny avaient été de grands chefs de guerre : les résultats obtenus à la tête le leur 1ère Armée de Cavalerie pèsent autrement plus lourds que les critiques que Trotski ne cessera de distiller à leur encontre, et qui se perpétuent dans une historiographie occidentale qui aime à les prendre pour des incapables. Mais de fait, Vorochilov comme Boudienny idéaliseront, théoriseront et généraliseront ensuite cette expérience en défendant jusque dans les années 1930 l’importance de grands corps de cavalerie. Ils n’iront pas jusqu’à empêcher l’effort de mécanisation impulsé par Toukhatchevski, mais veilleront à ce que d’importantes forces hippomobiles soient préservées.

À tout moment du débat, la position de Trotski restera identique. Il n’y a que deux moyens de faire la guerre :

1° la manière scientifique, atteignant au plus haut degré d’efficacité, qui s’appuie sur un corpus de connaissances accumulées de guerre en guerre au fil des siècles, s’enrichissant des « découvertes » de grands capitaines ou de théoriciens, se modifiant avec l’apparition de nouvelles techniques ;

2° la manière empirique, inexcusable lorsque les connaissances (ou les spécialistes les maîtrisant) sont accessibles.

Il ne devrait donc pas y avoir de différence entre les forces rouges et impérialistes, sinon que les premières ont l’avantage structurel de soldats combattants pour leurs intérêts de classe et les second l’avantage conjoncturel d’un savoir-faire supérieur et d’un équipement plus moderne. Il suffit dès lors de rattraper le retard en savoir-faire et en équipement pour s’assurer l’avantage.

Il s’agit de faire, sous la direction générale du Parti, aussi bien, voire mieux, que les chefs de guerre de la bourgeoisie, sur base de leurs méthodes, de leur organisation, de leurs doctrines, etc.

Si Trotski balaie d’un revers de main la possibilité d’une science militaire prolétarienne, il reconnaît l’existence d’une science sociologique prolétarienne : le matérialisme historique.

Comment expliquer cette contradiction ?

D’abord et accessoirement par le côté polémiste de Trotski qui ne résiste que rarement à la formule assassine faisant passer son contradicteur pour un crétin.

Mais il y a plus fondamental.

On se souvient de son ironie sur une « médecine vétérinaire prolétarienne ».

S’il avait fait son parallèle non pas avec l’art de soigner les animaux mais les hommes, il aurait dû constater que la médecine est différente en pays socialiste et en pays capitaliste, non pas dans la description de telle pathologie ou dans l’estimation de l’efficacité de telle ou telle molécule, mais dans toute son organisation et son orientation : on ne soigne pas les mêmes personnes, et pas de la même manière (d’un côté, toute la population en privilégiant les méthodes préventives, de l’autre côté, la partie solvable de la population en privilégiant les méthodes curatives).

En définitive, Trotski est insensiblement passé de l’unicité de la vérité scientifique à la neutralité des techniques et formes d’organisation.

Lorsqu’il s’était mêlé de l’organisation de la production, c’est pour imposer les formes d’organisation les plus dirigistes, les plus éreintantes, venues du fordisme et du taylorisme américains. Le seul rôle politique des prolétaires est d’en comprendre la nécessité, de l’accepter avec entrain et même de les améliorer sur la base de leur expérience.

Nous ne tenterons pas ici d’en expliquer l’origine, de faire la part des choses entre la personnalité de Trotski et l’état des débats entre bolcheviks sur les problèmes nouveaux que posaient la construction du socialisme dans un contexte de guerre civile.

Disons simplement que, dans les rangs bolcheviks, on considérerait souvent qu’une forme d’organisation de la production (ou du combat) était aussi « neutre » (également utilisable par un pouvoir soviétique que par l’ancien régime) qu’un outil – laminoir ou canon. Cela marquera d’ailleurs la période stalinienne. La distinction entre moderne et progressiste n’était pas toujours opérante, comme en témoigne la fascination officielle, presque obsessionnelle, pour les USA en URSS.

11. Un débat parallèle : le débat culturel

Le débat culturel a été d’une intensité rare au début des années 1920 en URSS et les arguments échangés, comme les différents aspects du débats (importance des idées nouvelles, évaluation de l’héritage, utilisation des « spécialistes » de l’ancien régime), correspondaient quasiment terme à terme au débat militaire.

Pour les mouvements artistiques qui avaient adhéré à la révolution, qui l’avaient faite leur, l’élimination de l’ancienne culture paraissait une condition à l’émergence de la culture du monde nouveau.

Les deux principaux mouvements étaient les futuristes et les prolétariens, par ailleurs très opposés.

1° Les futuristes voyaient l’avenir de la littérature dans un changement radical des formes et par un renouvellement du langage. Leur mépris pour l’art traditionnel était au cœur de leur manifeste de 1912 écrit par Maïakovski, Une gifle au goût public, qui invitait à jeter Pouchkine, Tolstoï, Gorki, et les autres « par-dessus bord ». Après Octobre, ils fondent le collectif Komfut (COMmuniste-FUTuriste) et prétendent être admis au Parti en tant que collectif et sur base d’une critique de la carence du Parti sur le front culturel. Sous l’apparence de vérités incontestables, disaient les Komfut, on sert aux masses les fausses doctrines des seigneurs. Sous l’apparence de justice universelle — la morale des exploiteurs. Sous l’apparence des lois éternelles du Beau — le goût perverti des oppresseurs.

2° Les prolétariens, hostiles au formalisme des futuristes, considéraient que l’art nouveau était affaire de contenu, auquel était subordonnée la recherche des formes adéquates. Ils appelaient au rejet de toute œuvre dont l’auteur ne serait pas prolétarien. Ils avaient des racines théoriques bien ancrées dans le mouvement ouvrier russe, avec l’école de Capri de Bogdanov, et la théorie esthétique marxiste élaborée par Plekhanov bien avant la révolution. Eux aussi critiquaient la valeur relative de la culture passée, considérée comme celle des oppresseurs du peuple.

La condamnation de l’art passé traversait toutes les avant-gardes. Malévitch appelait le gouvernement à ne pas s’opposer à la destruction du patrimoine artistique : la culture de la société nouvelle ne pouvant se révéler qu’après l’élimination de l’ancienne tout comme, pour les scientifiques, la vérité se révèle après l’élimination des préjugés. Pour Bogdanov lui-même, la culture du passé est un vecteur de l’idéologie des anciennes classes dominantes, d’autant plus dangereuse que le prolétaire est désarmé par son prestige.

La politique du Parti était autre, qui valorisait la réappropriation par les masses des richesses culturelles du passé. Les artistes soviétiques devaient interpréter l’héritage artistique, et mettre en valeur son caractère national et populaire. L’art n’était pas l’expression de la classe dominante mais un champ où s’exprimaient les contradictions sociales.

Les thèses de Lénine Sur le Proletkult sont connues par leur rejet d’une indépendance de l’organisation culturelle (Bogdanov, fondateur, théoricien et dirigeant du Proletkult défendait l’idée d’un partage des responsabilités : la politique au Parti, l’économie aux syndicats, et la culture au Proletkult). Mais la quatrième thèse vise les courant qui rejetaient l’héritage classique, en prenant comme exemple le marxisme lui-même qui, loin de rejeter les conquêtes intellectuelles de la bourgeoisie, les a assimilées, repensées et dépassées. La société nouvelle se forge, par et sous la direction du prolétariat qui, dans ce processus, se transforme, acquiert une culture qui n’est pas un retour à une pureté prolétarienne originelle mais une avancée vers une culture nouvelle, qui emprunte tout à la fois à l’héritage classique, aux éléments culturels spécifiques du prolétariat, et aux facteurs nouveaux issus de ces rapports sociaux socialistes.

La question des « spécialistes » s’est posée dans le domaine culturel dans les mêmes termes que dans le domaine militaire. En 1925, Boukharine demandait que soit constitué avec les écrivains de l’ancien régime un bloc politico-littéraire et qu’on se mette à leur école, comme dans l’industrie (il aurait pu ajouter : et dans l’armée) à celle des « spécialistes ». Kerzentsev accorda de mauvaise grâce un compromis aux termes duquel les « spécialistes » (acteurs, metteurs en scène et décorateurs) enseigneraient leur art aux amateurs prolétaires. Mais d’autres théoriciens du Proletkult, rejetaient ce compromis, nuisible à leurs yeux dans la mesure où ils estimaient que ces spécialistes entacherait de « nuance bourgeoise » à la créativité du prolétariat.

Le Parti n’est intervenu directement dans la vie littéraire qu’à partir du moment où les conflits de tendances se sont envenimées en raison de la prétention des prolétariens à régenter la littérature, à décider qui publierait quoi. Une commission fut constituée pour étudier la situation de la littérature et faire au Comité central des propositions circonstanciées. S’y retrouvaient des figures politiques de premier plan comme Lounatcharski, Radek, Boukharine, Frounzé et Trotski…

En 1922-1923, Trotski avait consacré à la politique littéraire un ouvrage au grand retentissement : Littérature et révolution. Il y défend l’idée que la tâche principale de l’intelligentsia prolétarienne n’est pas le développement d’une nouvelle culture mais le travail concret permettant aux masses arriérées d’assimiler la culture existante. Bien dans son style, Trotski qualifie de « charlatanisme puéril » la « culture prolétarienne ».

Comme dans le débat militaire, Trotski ne ferme pas tout à fait la porte à l’émergence de conceptions nouvelles. Mais les conditions n’en sont pas réunies, et il faut donc s’en tenir aux formules éprouvées. Trotski effectue alors une généralisation qui éclaire son positionnement dans le débat militaire : il estime que si le marxisme est dès aujourd’hui efficace dans le domaine politique, son développement méthodologique et sa large application à la connaissance sont encore du domaine de l’avenir. C’est seulement dans une société socialiste, affirme Trotski, que le marxisme cessera d’être uniquement un instrument de lutte politique pour devenir une méthode de création scientifique, l’élément et l’instrument essentiel de la culture spirituelle.

À l’inverse de Trotski, il existait pour Lénine un art socialiste en gestation, vivant comme vivaient dans la Russie soviétique les premières pousses du socialisme dans les autres domaines de la vie sociale.

La position de Frounzé (ainsi son intervention à la séance du 3 mars 1925) recueillera un large écho dans la presse du Parti. Il se montre soucieux de ne pas repousser les couches sociales qui rallient la classe ouvrière sous réserve de laisser au Parti la direction idéologique. S’il condamne les méthodes autoritaires des prolétariens, il soutient l’émergence d’une littérature prolétarienne. Il faut viser, selon lui à la conquête par le prolétariat de positions solides dans le domaine de la littérature comme dans celui de l’art tout entier. Frounzé se défend de parler en spécialiste et transpose dans la littérature son expérience de la guerre civile : le rassemblement des forces vives de la nation autour de son avant-garde prolétarienne, comme dans le Tchapaev de Fourmanov, qui avait été commissaire politique auprès de Frounzé.

On retrouve les grandes lignes de Frounzé sur la politique militaire : une littérature (doctrine militaire) prolétarienne est non seulement possible, mais elle existe déjà, de manière embryonnaire et il faut faire de son développement une priorité, jusqu’à la rendre achevée, complète, et hégémonique. Les spécialistes de l’ancien régime peuvent contribuer à la constitution de cette littérature (doctrine militaire) prolétarienne, pourvu qu’ils se débarrassent de ce qui caractérisait la littérature (la pensée militaire) de l’ancien régime.

12. Armée ou milice ?

Il y avait chez les vieux bolcheviks unanimité pour distinguer un type d’armée bourgeoise (permanente et encasernée) et un type d’armée socialiste (milicienne). Il est étonnant que, dans son déni de toute doctrine militaire prolétarienne, Trotski ne s’en rende pas compte. À l’époque de son débat avec Frounzé, la doctrine milicienne avait dû, sous la pression des événements, céder le pas à l’Armée rouge, et Trotski lui-même avait transformé les Gardes et les partisans rouges en militaires enrégimentés puis encasernés. Mais cette transformation, dans l’esprit de Trotski et d’autres dirigeants bolcheviks, était provisoire.

Selon Trotski, le système de milice ne pouvait donner de pleins résultats que dans une société industrialisée, organisée et civilisées. On était loin du compte en Russie, mais le système de milice restait l’objectif à atteindre. Il avait exposé ces thèses au 8eCongrès du Parti, en mars 1919 (c’est Sokolnikov qui, en l’absence de Trotski, les défendit).

Trotski envisageait le moment où les citoyens recevraient leur formation militaire là où ils vivaient et travaillaient, et non dans des casernes. À titre transitoire, on pouvait transformer les casernes pour les faire ressembler davantage à des écoles militaires. Au même congrès, Trotski envisage un retour au système électif des commandants.

Le 8e Congrès adopta ces thèses (et le 9e les reprit aussi) mais soutint dans sa résolution finale sur la question de la milice qu’en cas de guerre ouverte, une armée centralisée, avec unité d’organisation et de commandement permettrait seule d’atteindre les meilleurs résultats avec les moindre sacrifices.

La guerre civile achevée, Trotski entreprit l’application de son programme d’organisation milicienne et territoriale.

Les « spécialistes » furent surpris de voir celui qui avait si vigoureusement centralisé l’armée, et qui en avait extirpé l’esprit de guérilla, défendre un système militaire qui, à leurs yeux, rappelait fâcheusement les chaotiques premiers temps de la guerre civile. Parmi eux Svetchine, que Trotski attaquera dans une critique intéressante parce qu’il y défend l’idée qu’il a tant combattue chez Frounzé : le nouveau exige du nouveau.

Trotski accuse Svetchine de n’avoir pas compris que la Révolution a bouleversé les rapports sociaux : la discipline dans l’Armée rouge n’a pas besoin de caserne, elle repose sur la puissance d’attraction du régime soviétique et du Parti communiste.

Le socialisme développe l’esprit de coopération, l’instruction y est combinée avec le travail physique et la pratique généralisée et intelligente du sport. Si les milices reposent sur les groupes naturels, économico-professionnels, de la nouvelle société (communes villageoises, collectifs municipaux, associations industrielles), alors la milice connaîtra un esprit de corps d’une qualité bien supérieure à celui des régiments formés dans les casernes.

Trotski va jusqu’à reprocher à Svetchine de mettre sur le même pied le mercenaire ignorant et ivre, rongé par la syphilis et abruti par le catholicisme, qui servait Wallestein au 17e siècle, et le prolétaire russe engagé dans l’Armée rouge.

On ne pouvait mieux dire que l’organisation militaire, partie de la science de la guerre, était tributaire du système politique, et qu’ainsi un pouvoir prolétarien devait avoir une organisation militaire prolétarienne.

La proposition de Trotski va se heurter à quatre grandes oppositions :

1° Celle des tenants de la science militaire traditionnelle, ralliés au pouvoir soviétique, dotés parfois d’une grande largeur de vue, mais se méfiant du « rêveur Jaurès ».

2° Celle de bolcheviks comme Smilga qui, lors du Congrès des commissaires aux armées de 1920, expose qu’avec le système des milices, la plupart des régiments et des divisions seraient composés presque exclusivement de paysans, que les unités composées d’ouvriers seraient peu nombreuses et isolées du reste de l’armée, ce qui pourrait mettre en danger la dictature du prolétariat. Il importait pour Smilga de répartir les éléments prolétariens dans toute l’armée, ce qui était incompatible avec une milice territoriale.

3° Celle de bolcheviks qui, lors du même Congrès, et avec comme porte-parole une nouvelle fois Smilga critiquent le système de milices parce que l’arriération générale (encore aggravée par les dévastations de la guerre civile) des infrastructures russes, à commencer par les chemins de fer, rendrait confuse et interminable la mobilisation et la concentration des forces de milices. L’agresseur serait sur la Volga avant que l’Armée rouge milicienne n’ai pu se regrouper. Un système à la Jaurès, résuma Smilga, pour être viable, présuppose un haut degré d’industrialisation, une classe ouvrière nombreuse, un bon réseau de communications.

4° Celles de commandants rouges comme Toukhatchevski et Frounzé pour qui l’Armée rouge doit être une force offensive, prête à fondre sur l’Occident au secours des révolutions prolétariennes. Ce projet nécessite une armée permanente, encasernée, sur le pied de guerre, prête à intervenir rapidement, hautement qualifiée, entraînée, motivée, mobile et manœuvrière.

On l’a vu, Trotski s’oppose à la première et à la dernière catégorie d’objection.

Par contre, il reconnaitra la pertinence de la plus grande partie de l’analyse critique de Smilga, tout en voulant garder pour objectif final un système milicien.

En 1921, à titre d’expérience, il créa trois divisions des milices, à Pétrograd, à Moscou et dans l’Oural. Avec l’affermissement du pouvoir soviétique, dans les années suivantes, le système de milice s’étendit jusqu’aux trois quart de l’Armée rouge. Mais dans les années 1930, avec la montée des périls, la marginalisation de Trotski, l’affirmation des thèses de Frounzé et Toukhatchevski, et la hausse des moyens mis par l’État au service de la Défense, la tendance allait s’inverser.

13. Les suites du débat

Le débat entre Trotski et les « communistes militaires » semble s’achever sur la victoire de Trotski. Il ne rencontra pas de contradiction et, les deux années suivantes, va continuer à défendre sa position au fil des discours et des articles.

Mais l’état de l’Armée rouge continue à se dégrader. En 1923, le budget des forces armées tombe à 2 % du budget de l’État. À la démobilisation voulue des soldats s’ajoute une hémorragie des cadres : sur les 87 000 hommes formés au commandement pendant la guerre civile, 30 000 sont morts et 32 000 partis prendre des responsabilités dans l’économie et l’administration (où ils apporteront un style autoritaire qui impactera la société soviétique). Le nombre des communistes dans l’Armée rouge tombe de 278.000 en août 1920 à 86.000 début 1922. L’armée est presque sans moyen : à peine 87 automobiles blindées pour toute la Russie…

En octobre 1923, lors d’un plenum du Comité central, Frounzé attaque Trotski en exposant son bilan accablant : l’Armée rouge est incapable de participer au moindre conflit, elle est dirigée de manière chaotique, la rotation des cadres est vertigineuse et la pensée stratégique absente, il n’y a pas de plan de mobilisation ni même de manuel d’emploi des différentes armes. Frounzé est suivi par le Comité central et, début 1924, Trotski perd au profit de Frounzé son poste de Commissaire du peuple à la guerre.

Frounzé entame ses réformes alors que l’Armée rouge ne compte plus que 562 000 hommes, soit dix fois moins qu’en 1920. Il pousse à la retraite les anciens militaires tsaristes, qui en 1923 représentaient encore 34 % des commandants et les trois quarts des postes supérieurs, pour faire la place aux jeunes commandants issus de la guerre civile et formée par dizaines de milliers dans les nouvelles écoles militaires (25.000 en 1924). Ce choix d’une nouvelle génération de commandants rouges va créer les conditions du passage au système de commandement unique et donc la fin du système instauré par Trotski associant un commissaire à un spécialiste.

Début 1925, Trotski perd la présidence du Conseil Militaire révolutionnaire, Frounzé le remplace là aussi et décrète que là où le chef d’unité est membre du parti communiste, le système de double commandement est aboli. C’est encore un pas vers le système de commandement unique.

Frounzé tombe malade à l’été 1925. Sa mort, le 31 octobre 1925, lors d’une opération chirurgicale, a été à l’origine de la rumeur d’un assassinat déguisé, mais la levée du secret des archives n’a pas infirmé la version officielle.

L’Armée rouge comptait alors 62 divisions d’infanterie : 26 de type « cadre », 36 du type milice territoriale. Les effectifs de ces dernières sont recrutés de préférence dans les régions industrielles pour leur assurer un caractère prolétarien. Leurs hommes devaient suivre une formation militaire de huit semaines, une fois par an, quatre ans d’affilée. Les divisions de type « cadre » ont un encadrement professionnels et la troupe est composée de conscrits astreints à deux années de service militaire. Toutes les unités de cavalerie et d’artillerie sont de type « cadre ». Progressivement, conformément aux projets de Frounzé, toute les unités de l’Armée rouge deviendront de type « cadre ».

C’est à cette époque que les théoriciens militaires soviétiques conçoivent l’art opératif, percée conceptuelle majeure, et écrivent des ouvrages qui feront date. Svetchine publie Stratégie, Chapochnikov Le Cerveau de l’Armée, Toukhatchevski La guerre du futur et Triandafillov La Nature des opérations des armées modernes. À ces ouvrages phares s’ajoutent des milliers d’études et articles.

La thèse de base est que les armées modernes, immenses, avec tout un pays derrière elles, ne sont plus vaincues par une seule bataille décisive à laquelle on doit parvenir par une seule campagne. Pour Frédéric II, pour Napoléon ou, sur le plan théorique, pour Clausewitz, le but était de chercher l’armée ennemie, de manœuvrer pour l’affronter en situation favorable et lui infliger une défaite décisive. C’est encore cette conception qui déterminera les plans hitlériens.

À cette « stratégie du point unique », pour reprendre l’expression de Isserson, les théoriciens soviétiques opposent la nécessité de mener une succession d’actions, strictement définies dans l’espace et le temps, affectant en profondeur le dispositif ennemi. Ces opérations supposent une séquence d’actions pour lesquelles des forces adaptées et proportionnées, ont chaque fois été rassemblées et préparées, à l’échelle du Front ou même de plusieurs Fronts. L’opération suppose la rupture de la défense ennemie, et l’exploitation de la percée par d’autres unités regroupées à cet effet et adaptées à cette tâche (mécanisées), désarticulant le dispositif ennemi dans sa profondeur.

Il ne s’agit plus simplement d’une stratégie permettant de remporter une bataille décisive car il n’y a plus de bataille décisive. Il s’agit d’une stratégie mettant en oeuvre un « art opératif » qui seul, en combinant batailles, percées et exploitations, permet, dans la guerre moderne, d’assurer un succès décisif.

Au moment de ces percées théoriques, l’Armée rouge n’a pas les moyens de l’art opératif, fin 1928, elle ne dispose que de 200 chars et voitures blindées et 350 camions ! Mais le 15 juillet 1929, le Comité Central du Parti décide de la mécaniser et de la rééquiper. Cet immense programme, impulsé par Toukhatchevski (appuyé par Vorochilov), exploite les possibilités industrielles offertes par le premier plan quinquennal. Une des priorités du plan est de doter l’Armée rouge d’équipements non seulement modernes mais conformes aux nouveaux principes de l’art opératif (définition de chars de rupture, les T-28 et T-35, et de chars d’exploitation, les BT-5 et BT-7, d’une artillerie pouvant frapper la profondeur du dispositif ennemi, d’une aviation d’assaut et de bombardement lointain, etc.).

Lorsque Staline veut que l’Armée serve à la collectivisation des campagnes, notamment en formant chaque année 100 000 recrues paysannes à la maîtrise des machines agricoles, ils se heurte à l’opposition de tous les responsables militaires, de Toukhatchevski à Vorochilov. L’idée qu’une armée en temps de paix doit se concentrer à la préparation à la guerre s’impose et Staline renonce à son projet.

Les progrès sont fulgurants : le premier corps mécanisé est créé en 1932 disposant de 450 chars et de 1440 véhicules, soit le double de toute la dotation de l’Armée quatre ans plus tôt. L’effort intellectuel se poursuit : Gueorgui Isserson publie son Évolution de l’Art opératif.

En 1935, l’Armée rouge compte 930 000 hommes, plus de 3000 avions et 10 000 chars et l’année suivante a lieu une grande manœuvre en Biélorussie : 100 000 hommes et 1000 chars expérimentent pour la première fois l’opération en profondeurs. Après la percée, des forces d’exploitation progressent jusqu’à 60 km derrière les lignes « ennemies », exploitation facilitée, c’est une première mondiale, par un lâché massif de parachutistes. Enfin, les forces de poursuite s’emparent, profitant de la dislocation du dispositif « ennemi », des objectifs de l’opération, préparant les conditions de l’opération suivante.

Le 11 juin 1937, commence la purge contre l’Armée rouge qui en sortira affaiblie d’au moins quatre manières :

1° La qualité de l’encadrement s’effondre par la disparition massive d’officiers sinon talentueux, du moins formés et expérimentés.

2° L’encadrement ayant échappé aux purges va craindre de prendre des initiatives qui pourraient n’être pas approuvées, puis sanctionnées, avec des effets désastreux jusqu’en 1942 (emploi de tactiques stéréotypées et « approuvées », sans considération des conditions réelles).

3° L’encadrement est paralysé par la peur de la délation : les absences irrégulières et les infractions à la discipline augmentent spectaculairement chez les recrues.

4° Le libre débat théorique prend fin, par la disparition de plusieurs théoriciens de qualité et par la tétanie qui frappe les survivants.

C’est la fin d’une quinzaine d’années de débats politico-militaires d’une immense richesse.

Jamais, depuis le bouillonnement intellectuel qui avait eu lieu en Prusse après l’humiliation de Tilsitt, l’activité théorique ne s’était appliquée aux questions militaires avec une telle profondeur et une telle largeur de vue.

L’URSS stalinienne ne produira qu’une avancée conceptuelle dans le domaine militaire : la théorie des facteurs permanents et temporaires décidant de l’issue des guerres, qui sera remise en question, en ce qui concerne le facteur de la surprise, avec l’apparition des armes nucléaires.

Il faudra attendre Mao Zedong pour que la pensée militaire révolutionnaire soit revivifiée de nouvelles expériences et de nouvelles thèses.

Mais c’est une autre histoire…

Source: http://revueperiode.net/pour-une-doctrine-militaire-proletarienne-ou-pas-le-debat-frounze-trotski-de-1920-21/